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	<text titre="L'ombre du chef" date="2011 09 16T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="marie jégo" annee="2011" mois="9" jour="16" journal_clean="Le Monde" keywords="dmitri, dirigeant, président, chef, ans, medvedev, jeune, anniversaire, septembre, russie" langue="fr"> Mercredi 14 septembre, c'était l'anniversaire du président Dmitri Medvedev, 46 ans, le plus jeune dirigeant de Russie depuis Nicolas II (1868-1918). Son Twitter croulait sous les messages. Les « Medvedev girls » lui ont susurré le « Happy Birthday Mr President » façon Marylin Monroe sur la place Rouge, tandis que les représentants des mouvements de jeunesse pro-Kremlin incitaient les passants, place Pouchkine, à lui adresser des SMS laudateurs.   Il y avait là un petit relent de Corée du Nord, avec gadgets technologiques en plus. Le « président blogueur », qui déteste recevoir de l'alcool et des fleurs en cadeaux, dit-on, s'est vu offrir par les « commissaires » (un grade élevé dans la hiérarchie des mouvements de jeunesse au service du pouvoir) un iPhone 4 personnalisé, le « Dimaphone ».
Tout serait allé pour le mieux sans le sondage de l'institut VTsIOM, selon lequel 47 % des personnes interrogées avouent « ne pas savoir précisément » quelles sont les réalisations du jeune président : 3 % lui reconnaissent tout de même le mérite de lutter contre la corruption et d'avoir oeuvré à réformer la police; 2 % vantent sa volonté d'innover. Pour ce qui est de sa personnalité, rien à dire : 56 % le décrivent comme « intelligent », 36 % saluent son « énergie » et son « professionnalisme ». Et son avenir ? Mystère. La question « Voteriez-vous pour lui ? » ne figurait pas au questionnaire.   Le sujet est tabou. Et, d'ailleurs, le président sait-il lui-même où il fêtera son prochain anniversaire ? N'importe quel dirigeant en fin de mandat peut se poser la même question, il est quand même libre de décider s'il se représente ou non. Dmitri Medvedev, lui, ne l'est pas. Son sort politique est entre les mains de son mentor, le premier ministre, Vladimir Poutine.   Vu de Iaroslavl, une petite ville de l'Anneau d'or où Dmitri Medvedev recevait ses hôtes le 7 septembre à l'occasion du « Forum de politique mondiale » qu'il organise chaque année, le patron, c'est Poutine. Impossible de rater les posters géants ornés du profil poutinien le long l'avenue principale de Iaroslavl, empruntée par tous les invités du Forum.   Certes, la campagne en vue des législatives du 4 décembre bat son plein, mais pourquoi diable le premier ministre, Vladimir Poutine, qui a toute la Fédération de Russie sur neuf fuseaux horaires (jadis onze, deux ont été supprimés récemment) pour faire campagne, choisit-il justement de déployer ses affiches à Iaroslavl, et ce, au moment où a lieu le Forum de son partenaire du tandem ?   Un partenaire soumis à rude épreuve. La modernisation ? Trop lente à venir. Le pluralisme politique ? Un décor de carton-pâte. Son intention de se présenter ? Son conseiller en « modernisation », Igor Iourguens, disait à qui voulait l'entendre que Dmitri Medvedev annoncerait sa candidature depuis Iaroslavl...   Le président avait d'autres soucis. Après la série noire des satellites perdus, le naufrage cet été dans la Volga d'un bateau de croisière (129 morts), le pays a connu, le 6 septembre, sa douzième catastrophe aérienne mortelle de l'année 2011.   L'avion Yak-42 qui transportait Lokomotiv, l'une des équipes phares du hockey russe, s'est écrasé au décollage. Quarante-quatre des quarante-cinq occupants de l'avion sont morts, pour la plupart des jeunes espoirs du hockey russe. Il a fallu que le crash se produise à quelques kilomètres du Forum, organisé avec un tel faste qu'on pouvait croire un instant la modernisation achevée.   Autre contrariété : en ce jour d'anniversaire, voilà que le parti libéral Juste Cause, censé rouler pour Dmitri Medvedev, est en pleine déconfiture. La formation est en passe de perdre son chef, l'oligarque Mikhaïl Prokhorov. Choisi par le tandem Poutine-Medvedev pour diversifier le paysage politique plutôt morne, ce grand gaillard (2 mètres) a pris son rôle au sérieux, oubliant qu'il avait un licol au cou.   Son programme électoral - l'intégration de la Russie à l'Union européenne et à la zone euro - lui a tourné la tête. Il a dégrisé le 14 septembre, le jour du Congrès de Juste Cause, quand des représentants de l'administration présidentielle sont venus lui rappeler que le parti était sous contrôle et que Prokhorov n'allait pas seul mener la danse. « C'est un assaut militaire ! », a-t-il protesté.   Avec tout ça, Dmitri Medvedev a quelques cernes. A 46 ans, son visage est d'ailleurs plus marqué que celui de Vladimir Poutine, de treize ans son aîné, lequel rajeunit de jour en jour : pas une ride frontale, pas une patte-d'oie, aucune poche sous les yeux. A cela une raison : le premier ministre a recours à la chirurgie esthétique, estimait récemment le magazine moscovite New Times, photos à l'appui.   La rumeur avait surgi en octobre 2010 lors d'un voyage à Kiev (Ukraine), quand, sous les flashs des photographes, des bleus étaient apparus sur le visage du premier ministre. Mauvais coup au judo ou injection de Botox ? Depuis, la rumeur n'a fait qu'enfler. On lui trouve les pommettes plus saillantes, les yeux plus étirés. Les internautes s'interrogent : « Qu'est-il arrivé au visage de Poutine ? », « Pourquoi ressemble-t-il à un Oudmourte ? ».   Ces ignorants ne comprennent rien à l'impératif de longévité. Depuis 2000, tout le système s'est construit sur le culte du « chef ». « On est passé du dirigeant au chef, la différence est énorme », écrit Arkadi Prigojine, professeur à l'Académie nationale de l'administration publique dans le quotidien Vedomosti. Décrivant l'ordre politique actuel comme « clanique », « féodal » et « fermé », le professeur n'exclut pas un changement. Dans l'Histoire russe, « le statu quo semble éternel et pourtant le changement arrive » , tous les douze ans selon lui. </text>
	

	<text titre="Russie : le GRU, bureau sans légendes" date="2018 11 20T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="isabelle mandraud" annee="2018" mois="11" jour="20" journal_clean="Le Monde" keywords="militaire, moscou, russe, gru, russie, renseignement, unité" langue="fr"> Moscou correspondante - Rien ne transparaît derrière la façade anonyme de l'unité militaire 45-807, le siège moscovite de la direction du renseignement militaire russe, plus connue sous son vieil acronyme soviétique, le GRU. Mais à l'intérieur, l'heure est plutôt au branle-bas de combat depuis que les noms de plusieurs dizaines de ses agents clandestins ont été révélés, et leurs visages parfois exposés sur la place publique.   En l'espace de quelques semaines, 305 agents sont ainsi sortis malgré eux de l'anonymat, auxquels il faut ajouter douze agents inculpés aux Etats-Unis, quatre autres expulsés des Pays-Bas, et deux, enfin, recherchés par le Royaume-Uni. Du jamais-vu.
« Seulement 305 agents ont été révélés, mais aujourd'hui plus d'un millier sont paralysés », précise Roman Dobrokhotov, rédacteur en chef du site d'investigation russe The Insider. Ce dernier, en association avec Bellingcat, un site britannique, est à l'origine d'une bonne partie des fuites.   Leur travail en commun a notamment abouti, mi-octobre, à la divulgation, photos et témoignages à l'appui, de l'identité des deux agents du GRU, Anatoli Tchepiga, alias « Rouslan Bachirov », et Alexandre Michkine, alias « Alexandre Petrov », suspectés d'avoir tenté d'empoisonner un ancien de la maison devenu un agent double, Sergueï Skripal, et sa fille, Youlia, en mars, à Salisbury, en Angleterre. Cette affaire a déjà conduit à la plus vaste expulsion coordonnée de diplomates russes d'Occident.   Depuis, les informations ont continué à affluer. Mi-octobre toujours, les Pays-Bas révélaient avoir expulsé Alexeï Morenets, Evgueni Serebriakov, Oleg Sotnikov, et Alexeï Minine, quatre agents du GRU pris en flagrant délit sept mois plus tôt en train de pirater le réseau informatique de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques à La Haye.   Des indices laissés négligemment ont permis de les identifier. Non seulement, les téléphones portables de ces espions étaient enregistrés à Moscou, mais il a suffi d'une note de taxi trouvée sur l'un d'eux pour remonter... jusqu'à l'unité militaire 26-165, c'est-à-dire l'une des principales antennes moscovites du GRU. Sur cette base, en fouillant dans les sources ouvertes sur Internet ou dans des données accessibles au marché noir, des journalistes sont parvenus à infiltrer l'un des piliers du renseignement russe.  Révélations à répétitionA partir d'un nom, celui d'Alexeï Morenets, trouvé dans les fichiers de la police routière, il leur a été aisé de croiser tous ceux qui, comme lui, avaient leur véhicule immatriculé à la même adresse, celle du GRU. De fil en aiguille, les passeports se sont révélés quasi identiques puisqu'ils possédaient un même numéro de série. Les adresses personnelles renvoyaient aux mêmes immeubles d'habitation... Des dizaines d'agents se sont ainsi retrouvés à découvert.   Toutes les données personnelles ont été masquées lors de leur parution, mais le mal est profond. Chasseurs, les agents du GRU sont eux-mêmes devenus traqués. Leurs biographies, leurs états de service et jusqu'aux opérations auxquelles ils ont participé s'étalent désormais en place publique.   « C'est d'une simplicité déconcertante, assure Roman Dobrokhotov en prenant pour exemple l'un de ses premiers dossiers d'enquête, lorsque les autorités du Monténégro avaient dénoncé en 2016 un an avant leur entrée dans l'OTAN une tentative de coup d'Etat impliquant des Serbes et des agents du GRU. L'un d'eux, Eduard Chirokov, avait financé les Serbes en utilisant Western Union avec comme adresse émettrice celle... du GRU. Et comme il avait déjà été expulsé de Pologne en 2014 [où il aurait travaillé comme attaché militaire adjoint sous le nom d'Eduard Sismakov], il était assez facilement traçable... » La Russie a toujours démenti ces accusations en les qualifiant de « calomnies.   Ces révélations à répétition nourrissent les soupçons à Moscou. A plusieurs reprises, Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des affaires étrangères, a ainsi accusé The Insider d'être l'instrument de services étrangers. « C'est faux bien sûr, mais c'est assez amusant, car cela crédibilise plutôt nos informations, ironise son rédacteur en chef, Roman Dobrokhotov. Avant, elle disait que c'était des &quot;fake news.&quot; » Fondé en 2013, The Insider emploie treize journalistes. Et ils ne sont pas les seuls à chercher les failles.   Récemment, le journaliste Sergueï Kanev, qui enquête pour Dossier Center, un autre site, créé par l'opposant en exil à Londres Mikhaïl Khodorkovski, révélait que le groupe des « quatre » de La Haye était piloté par Alexeï Minine, diplômé de la première « fac » du GRU, le service de renseignement stratégique où sont formés les « costards », c'est-à-dire ceux envoyés sous couverture ­diplomatique à l'étranger ou comme représentants de grandes entreprises russes. Or, selon lui, Viktor Iliouchine, attaché militaire adjoint en France invité à quitter le territoire en 2014 après avoir tenté d'obtenir des informations sur l'entourage intime de François Hollande, sortait tout droit des mêmes bancs.   Autre lien mis au jour par le journaliste du site Meduza, basé à Riga (Lettonie), Daniel Tourovski : l'unité militaire 26-165, située à Moscou la même que celle d'où Alexeï Minine a pris son taxi avant de s'envoler pour les Pays-Bas abriterait le centre principal des hackeurs russes. Rien n'indique, précise-t-il, que le GRU serait lié aux « usines à trolls » de l'homme d'affaires proche du Kremlin Evgueni Prigojine, montrées du doigt dans l'ingérence russe lors de l'élection américaine en 2016. Mais des « dizaines » de centres de recherches informatiques travailleraient pour l'armée.  Contexte troubléEn mai 2017, quelques jours à peine avant l'élection présidentielle en France, WikiLeaks avait publié les archives des correspondances d'Emmanuel Macron et de son QG. Selon Daniel Tourovski, neuf de ces lettres avaient été modifiées par un employé de plusieurs instituts de recherches associés au GRU.   Dans ce contexte troublé, le président russe, Vladimir Poutine, a célébré le 2 novembre le centenaire du GRU, fondé à Petrograd (redevenue Saint-Pétersbourg) en novembre 1918 par une ordonnance secrète de Léon Trotski (un nom qu'on ne prononce plus en Russie, encore aujourd'hui) et tenté de conforter ses troupes. « En tant que commandant en chef suprême, je connais, sans exagérer, vos capacités uniques, y compris dans le cadre d'opérations spéciales », a-t-il déclaré après avoir rendu un hommage appuyé à l'institution pour son rôle joué depuis 2015 sur le terrain en Syrie.   Mais les critiques ont commencé à pleuvoir dru sur le chef du GRU, Igor Korobov. Nommé par M. Poutine en janvier 2016, ce dernier figure déjà dans les listes des sanctions américaines, après l'attaque des serveurs démocrates durant la campagne présidentielle américaine ce qui ne l'a toutefois pas empêché d'assister, avec les deux autres piliers du renseignement russe, Sergueï Narychkine, patron du renseignement extérieur, et Alexandre Bortnikov, chef du FSB (ex-KGB), à une réunion sur l'antiterrorisme en janvier à Washington... D'autres devraient le rejoindre sur les listes noires américaines et européennes.   « C'est une catastrophe, s'insurge Alexandre Goltz, expert militaire. Les dirigeants russes, fascinés par leurs opérations dans le cyberespace, n'avaient pas prévu une telle riposte, mais comme ils s'en sont aperçus, Internet est une arme à double tranchant. Il s'avère que les journalistes sont capables de trouver des informations sur des agents hypersecrets. » Effaré par cette « masse de détails insensés », Valeri Chiriaïev, vice-directeur du journal indépendant Novaïa Gazeta et lui-même ancien officier du KGB, juge « énormes les dégâts causés à l'état-major et à la défense.   Dans l'affaire Skripal, « la transformation d'un message terrible adressé à tous les traîtres d'Etat en un vaudeville honteux suscite un vif ressentiment », affirme-t-il en déplorant l'absence de couverture : « Ils ne se sont même pas donné la peine de construire unelégende. La version « touristes » avancée par les deux agents du GRU suspectés d'avoir tenté d'empoisonner les Skripal père et fille, et contraints de s'expliquer à la télévision sur ordre du Kremlin, n'a en effet convaincu personne.  « Redéploiement des activités »« Une erreur tactique a été commise, car, pendant six mois, les Britanniques n'ayant donné aucun indice, le Kremlin a pensé qu'ils n'avaient pas assez de preuves. Poutine a fait une énorme erreur en pensant qu'ils n'avaient que les visages, juge Alexandre Baounov, rédacteur en chef du think tank Carnegie en Russie. Dans les années 1990, une grande quantité de cadres sont partis dans le business, ou dans le crime, et d'autres encore à l'étranger.Les services spéciaux ont dû se réadapter sans être réellement prêts à la guerre hybride. »   « Au travail traditionnel des attachés militaires et d'espionnage industriel se sont ajoutées des missions purement politiques : travail clandestin contre des journalistes et des structures publiques, ingérence dans les processus politiques... », déplore Valeri Chiriaïev. « Le redéploiement des activités tous azimuts du GRU a considérablement augmenté les risques », souligne Alexandre Goltz.   Si Vladimir Poutine avait salué en héros les « petits hommes verts », les Spetsnaz, les forces spéciales du GRU débarquées en 2014 en Crimée sans insignes pour prendre le contrôle de la péninsule ukrainienne, la suite des opérations de ses agents dans le Donbass, quoique démenties par le Kremlin, s'est révélée moins fructueuse. Arrêtés en 2015 dans la ­région de Louhansk, Alexandre Alexandrov et Evgueni Erofeïev avaient reconnu faire partie des forces spéciales du GRU stationnées à Togliatti, avant d'être échangés en 2016 contre la pilote ukrainienne Nadejda Savtchenko. Le début d'une série noire. </text>
	

	<text titre="Centrafrique Un pion sur l'échiquier russe" date="2018 12 17T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="christophe châtelot (bangui, envoyéspécial), avec isabelle mandraud(à moscou) et marie bourreau (à l'onu) christophe châtelot (bangui, envoyéspécial), avec isabelle mandraud(à moscou) et marie bourreau (à l'onu) christophe châtelot (bangui, envoyéspécial), avec isabelle mandraud(à moscou) et marie bourreau (à l'onu)" annee="2018" mois="12" jour="17" journal_clean="Le Monde" keywords="pion, moscou, russe, échiquier, centrafricaine, coup, venu, paris, effet, centrafrique" langue="fr"> Le coup est venu de Moscou. Paris, accaparé par des dossiers internationaux plus brûlants, ne l'a pas vu venir. Que pèse, en effet, la ­République centrafricaine (RCA) sur l'échiquier géopolitique d'un monde en mutation, déchiré par des guerres menées sur des champs de bataille économiques autant que militaires? Sur le continent noir en pleine explosion démographique, la RCA (moins de 5 millions d'habitants) fait ­figure de poids plume. C'est un nain économique exsangue qui ne parvient pas à faire ­rimer ses richesses (minérales) potentielles avec autre chose que des promesses non tenues. La Russie s'est engouffrée dans la faille. Brusquement et bruyamment ont ainsi débarqué au début de l'année, à Bangui, des ­militaires, des sociétés de sécurité, des investisseurs, des diplomates russes... Un concentré de la méthode brouillonne et sans moyens comparables à la force de frappe ­chinoise utilisée à l'échelle de l'Afrique par Moscou, qui ambitionne de réinvestir un continent qu'elle a délaissé depuis l'effondrement de l'Union soviétique.
L'ancienne colonie française a généré depuis son indépendance en 1960 un nombre étourdissant de conflits internes et meurtriers. La RCA est une centrifugeuse d'insécurités sur un territoire qui échappe à 80 % au contrôle des autorités centrales et qui subit la loi d'une multitude de groupes armés. Les générations de militaires français qui s'y sont succédé l'ont ainsi affublé d'un surnom édifiant : « le pot de pus.   Après y avoir fait et défait les présidences, chassé le gros gibier et empoché, au temps du président Giscard d'Estaing, quelques poignées de diamants; après y avoir mené sept interventions militaires depuis l'indépendance, la France s'est éclipsée sur la pointe des pieds en 2016 pour regarder plus au nord, vers le Sahel balayé par le vent mauvais des insurrections djihadistes.   Mais voilà, sur l'échiquier mondial, toutes les pièces ont leur importance, sinon la même valeur. Exemple : début novembre, à l'occasion de la visite du ministre comorien des affaires étrangères, Souef Mohamed El-Amine, son homologue russe, Sergueï Lavrov, accusait la France de « détenir Mayotte de façon illégitime » au détriment des Comores. En remerciement, les Comores ont renoncé à reconnaître l'indépendance de l'ancienne province serbe du Kosovo que Paris avait soutenue.   Pour Moscou, la Centrafrique est un pion dont il peut s'emparer au milieu du continent, et à bon marché qui plus est, pour progresser sur la voie encore incertaine de sa « nouvelle politique africaine. La Russie a d'abord avancé à terrain découvert dans une brèche ouverte en décembre 2017, à New York. Le Conseil de ­sécurité des Nations unies, France comprise, ­accordait à Moscou un droit d'exemption à l'embargo sur la livraison d'armes auquel la Centrafrique est soumise depuis 2013 au plus fort des violences fratricides entre milices anti-balaka et Séléka. L'ONU répondait alors favorablement à une demande maintes fois formulée par Bangui et Paris, dans l'espoir de reconstruire les Forces armées centrafricaines (FACA) déchiquetées par des années de guerres civiles.  Une brèche ouverte à l'ONULa requête était légitime. Surtout après l'élection du nouveau président Faustin-Archange Touadéra, début 2016, à l'issue d'un scrutin à peu près acceptable au regard des ­critères ­locaux dans ce pays, qui connut tant de coups d'Etat. Comment, en effet, rétablir la sécurité sur un territoire grand comme la France sans armée ni force de police? Tout est à reconstruire : les casernes, l'équipement, la formation... et la confiance d'une population qui, à raison, assimile ses militaires à une soldatesque portée sur les pillages, massacres, viols de civils et autres putschs, plutôt qu'à une force de protection.   Peu avant la fin de son mandat présidentiel, François Hollande avait assuré son homologue centrafricain de son soutien à l'ONU pour une levée dérogatoire de l'embargo. Paris avait d'ailleurs proposé ses Famas à la RCA. Trop chers. La France avait alors imaginé céder un lot de kalachnikovs saisi dans le golfe d'Aden. Mais les Russes, en août 2016, bloquent la proposition devant le Conseil de sécurité de l'ONU.   Les vannes onusiennes ont fini par s'ouvrir. Entre le 26 janvier et le 7 février 2018, des avions Iliouchine de l'armée russe effectuent neuf livraisons sur l'aéroport international M'Poko de Bangui. Au total : 1 500 kalachnikovs (sur un total autorisé par l'ONU de 5 300 fusils d'assaut), des mitrailleuses, des pistolets, des lance-roquettes et des caisses de munitions. Parallèlement, l'ONU autorisait le déploiement, pour un an, de 175 formateurs russes (170 civils et 5 militaires) afin d'entraîner 1 300 hommes des FACA au maniement de ces armes. Quatre-vingt-dix autres doivent encore arriver.   Cette formation militaire est censée compléter celle, plus structurante, assurée par la Mission de formation de l'Union européenne au Mali (EUTM) auprès de 3 000 soldats et officiers centrafricains depuis septembre 2016. « On ne voyait pas l'arrivée des Russes d'un mauvais oeil, confie une source française. On se disait qu'on ne pouvait pas s'occuper de tout. » « A un moment, cela a arrangé tout le monde, ajoute un diplomate rencontré au siège des ­Nations unies à New York. Personne n'avait les moyens de restaurer le calme. Même le Conseil de sécurité qui avait pourtant voté l'envoi de 900 casques bleus supplémentaires peinait à trouver ces hommes et à les déployer. »   Depuis le retrait de l'opération française « Sangaris » (2013-2016), la France a déserté le champ de l'intervention militaire directe au profit d'actions de coopération multilatérales axées sur le développement. C'était une question de cohérence du discours, dès lors que ­Paris estimait avoir rempli sa mission de sécurisation du pays et permis le déploiement de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Misca, rebaptisée Minusca). « Nous considérions être entrés dans une phase de normalisation, ajoute cette source. Nous sommes devenus moins visibles. »   « Sangaris » avait été lancée dans un pays à feu et à sang après la chute du président François Bozizé, chassé du pouvoir en mars 2013 par les combattants de la Séléka. Il s'agissait de tuer dans l'oeuf les « signes avant-coureurs d'un génocide », redouté par la France et l'ONU. Trois ans plus tard, Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense de l'époque et actuel ministre des affaires étrangères, qualifiait de « succès » cette opération militaire. « Nous avons évité des massacres de masse (...), permis un processus de réconciliation intercommunautaire, la reconstitution de l'Etat centrafricain, une élection présidentielle », déclarait-il devant l'Assemblée nationale.   D'autres raisons, notamment budgétaires et stratégiques, au moment d'alimenter l'opération « Barkhane » dans le Sahel, ont conduit à ce retrait. A Paris, certains l'ont jugé précoce. Malgré les déclarations officielles, le pays était morcelé à l'extrême. Il l'est toujours. L'autorité centrale ne s'exerce guère au-delà de Bangui. Derrière le paravent de la protection de leurs communautés ou de leur religion, les groupes rebelles armés, organisés sur des bases ethniques et régionales, se battent pour le contrôle des ressources minières, le racket sur les axes routiers ou les voies de transhumance. « Leurs chefs sont devenus des profiteurs de guerre développant un business florissant par le règne de la terreur », déclare Nathalia Dukhan, auteure d'un rapport publié en novembre par l'organisation non ­gouvernementale The Sentry.  terrain éruptifSur ce terrain éruptif, les 12 000 civils et militaires de la Minusca ont surtout réussi à liguer contre eux les Centrafricains. Trop faible militairement, trop éparpillée pour sécuriser le territoire, la mission a échoué à protéger la ­population malgré un budget annuel de 1 milliard de dollars (880 millions d'euros) trois fois le budget de l'Etat, 60 % du PIB national...   Tel un aveu d'impuissance, Parfait Onanga-Anyanga, représentant spécial en RCA du ­secrétaire général de l'ONU, confie que « dans toute sa laideur, la réalité est celle d'un Etat faible, d'un cadre et d'un contrat social brisé dans un environnement violent. « La solution n'est pas militaire », ajoute-t-il. Dans l'ambiance feutrée des jardins de la résidence de l'ambassade de France à Bangui, ce Gabonais raffiné en est réduit à brandir la « patience » comme principale arme de stabilisation.   Avec la France occupée dans le Sahel et la Minusca décrédibilisée, les Russes ont mis le pied dans la porte, avant de l'enfoncer d'un coup d'épaule. Pour ce jeu, Valeriy Zakharov semble avoir été taillé sur mesure. Carrure massive, crâne dégarni, barbe de trois jours et regard sombre, il ressemble à ces caricatures de membres de l'ancien KGB. Ce que l'homme a d'ailleurs été au temps de l'URSS : « A Leningrad [Saint-Pétersbourg], il était membre de la 12e section [chargée des interceptions téléphoniques], avant de rejoindre les douanes, puis de se lancer dans les affaires », dit une source française.   Rencontré début novembre à Bangui, l'homme est affable. Il s'excuse pour la chaleur étouffante qui règne en cette fin de saison des pluies dans la petite maison hébergeant le cabinet militaire de la présidence centrafricaine, privée de climatisation à cause d'une énième coupure d'électricité. La localisation de son bureau résume à la fois l'importance du personnage et la difficulté à définir le périmètre de sa fonction. Il est situé entre le siège de la présidence et l'ambassade de Russie, dans un immeuble aux allures de HLM décati, hérissé d'antennes et entouré de barbelés. A deux pas du camp de Roux, QG de l'état-major des FACA.   Sans plus de précisions, Valeriy Zakharov dit « [dépendre] du ministère de la défense [russe] », avant de glisser avec un sourire : « Vous savez, à Bangui, il y a de plus en plus de services de renseignement étrangers. Tout le monde est là pour la formation! » Officiellement, il est depuis quelques mois le conseiller pour la sécurité nationale du président Touadéra. Après l'indépendance, il était coutumier de voir un officier français occuper la fonction. Tel Jean-Claude Mantion, lieutenant-colonel et membre de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), qui fut qualifié au gré des interlocuteurs de « vice-roi » ou de « proconsul » de la Centrafrique, durant la présidence de l'ex-général André Kolingba (1981-1993). L'arrivée de Valeriy Zakharov a eu l'effet d'un électrochoc chez les Français. « Nous aurons aussi des conseillers militaires auprès du ministre de la défense », nous annonce le conseiller russe.   Les opérations d'approche de la Russie ont commencé en 2017. En octobre de cette année, à Sotchi, le président Touadéra rencontre Sergueï Lavrov. Depuis son élection, sa cote se dégrade auprès des pays ou organisations internationales présents au chevet de cet Etat fantôme. Le nouvel allié russe, moins regardant sur la gouvernance ou le respect de la feuille de route qui doit mener à la paix, permet de desserrer l'étreinte. Y compris auprès de ses voisins tchadien et congolais, en s'appuyant davantage sur un autre pays frontalier ami de la Russie : le Soudan. « Parallèlement, explique un homme politique centrafricain, [le président] espère avoir accès à des ressources financières nouvelles dans l'optique de sa réélection en 2021. »   Dans la station balnéaire russe des bords de la mer Noire, Faustin-Archange Touadéra tente de convaincre la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, de soutenir, à l'ONU, la levée temporaire de l'embargo sur les armes. La Russie donne son accord. Mieux, elle propose de les fournir. En échange de quoi? « Nous n'avons jamais connu la teneur exacte de leurs entretiens [à Sotchi], regrette un haut diplomate centrafricain, ni le contenu de l'accord de coopération militaire » qui sera signé en août 2018, à Moscou, par la ministre centrafricaine de la défense.   Ce n'est pas la seule zone d'ombre. Le 23 juillet 2018, le groupe d'experts de l'ONU sur la République centrafricaine adressait une lettre au président du Conseil de sécurité, regrettant un manque de transparence dans la livraison d'armes : « Tous les avions ont atterri à Bangui après la tombée du jour,il n'a donc pas été possible d'inspecter correctement les chargements. » Le panel d'experts recommandait la mise en place d'un protocole d'inspection « dans le but de réduire le risque de détournement des armes importées. Depuis, les Etats-Unis ont actionné une procédure de suspension de l'autorisation de livraison d'armes, en attendant plus de garanties sur l'origine, le traçage et la destination des équipements.  « cuisinier de Poutine »Les instructeurs russes arrivés en Centrafrique ne se sont pas installés n'importe où, mais au palais de Berengo, construit à une soixantaine de kilomètres de Bangui par le fantasque et ancien empereur Bokassa Ier, déposé en 1979 par une intervention militaire française. A quelques dizaines de mètres de son tombeau, des tentes sont parfaitement alignées, abritant des FACA entraînées les Russes. Ceux-ci, très voyants au moment de leur arrivée dans les rues de Bangui début 2018, sont devenus très discrets. Ils ne portent plus ces écussons frappés de crânes blancs sur fond noir surmontant deux sabres entrecroisés. La piste d'atterrissage construite par Bokassa a été remise en service à l'abri des regards. Une partie des Russes assurent dorénavant la sécurité personnelle du président, aux côtés de Rwandais de la Minusca.   Qui sont ces instructeurs? Combien sont-ils? Un millier, comme on le dit dans certaines ambassades de Bangui? Une chose est sûre, ils ne font pas que de la formation. Ils donnent également dans le business. Un homme résume cette confusion des genres. Il s'appelle Evgueni Prigojine. Ce personnage sulfureux aurait passé neuf ans dans une prison russe pour appartenance à un gang mafieux du temps de l'URSS. Libre, il s'est lancé dans la restauration à Saint-Pétersbourg, où il a ouvert un restaurant chic, le New Island, que fréquente Vladimir Poutine depuis l'époque où il était le bras droit d'Anatoli Sobtchak, le maire de la ville, au début des années 1990. Evgueni Prigojine y gagne un surnom : le « cuisinier de Poutine.   Il a ensuite monté son entreprise de restauration collective, Concord, qui a nourri l'armée russe jusqu'à l'automne 2013. Plus récemment, son nom est apparu au grand jour, outre-Atlantique. Propriétaire ou financier d' « usines à trolls » - dont la plus connue est Internet Research Agency , il a été inculpé en février 2018 dans le cadre de l'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection de Donald Trump en 2016.Cette année-là, on découvrait qu'il était à la tête d'une société de sécurité privée, Wagner, opérant hors de Russie (Ukraine, Syrie, Afrique).  Trois journalistes russes assassinésL'ombre de Prigojine plane aujourd'hui sur la Centrafrique. La société de sécurité Sewa ­Security Services, créée il y a quelques mois à Bangui, serait une filiale de Wagner. L'homme serait aussi derrière la société ­Lobaye Invest, qui a obtenu des permis d'exploration minière dans les zones diamantifères du pays où des employés de Sewa protègent les périmètres attribués. C'est en enquêtant sur ces activités que trois journalistes russes ont été assassinés exécutés, plutôt par des inconnus au mois de juillet en Centrafrique.   « Il y a une confusion entre la sécurité des prospections et les formateurs. On ne peut pas ignorer que le déploiement des formateurs russes en Centrafrique correspond aux zones minières. Ce ne peut pas être un hasard », s'inquiète un diplomate occidental. De telles pratiques n'ont rien d'extraordinaire. Avant la Russie, les Sud-Africains n'avaient pas agi autrement durant les dernières années de la présidence de François Bozizé (2002-2013), usant de la même rhétorique de résistance au néocolonialisme. Et ils s'étaient cassé les dents. Jamais ils n'étaient parvenus à exploiter de façon intensive les ressources d'or et de diamants dont la nature aluviaire n'est pas adaptée à l'utilisation de moyens industriels. Quant au pétrole, à l'uranium, au cuivre ou aux terres rares, un rapport du ministère des mines reconnaît que « le sous-sol centrafricain n'a pas encore fait l'objet de recherche sérieuse. « Cependant, la Centrafrique n'est pas loin de la République démocratique du Congo et du Soudan, dont les sous-sols sont bien plus riches », note un haut fonctionnaire de l'ONU.   Ce qui est certain, c'est que l'ambition économique russe pollue le processus de discussions de paix entre groupes armés rebelles etle gouvernement centrafricain, mené, non sans mal ni grande inertie, par un panel de l'Union africaine soutenu par l'ONU.Alors Paris et d'autres capitales grincent des dents... Fin août, à Khartoum, la Russie a encore montré « son pouvoir de nuisance », selon les termes d'un diplomate onusien, en réunissant les chefs des principaux groupes armés. « Ils ont amené au Soudan des personnes frappées de sanctions par l'ONU et interdites de voyage, sans en informer les Nations unies, déplore un diplomate français. Le panel de l'UA n'était pas non plus au courant de cette réunion. » Cette réunion s'est conclue par la signature d'une « déclaration d'entente », dans laquelle les groupes armés s'engagent notamment à mettre un terme aux violences contre les civils centrafricains. Promesse non tenue.   A Bangui, deux des participants centrafricains nous ont affirmé chacun de leur côté que le « cuisinier de Poutine », venu de ­Moscou à bord de son jet privé, assistait à cette réunion. A quel titre? Mandaté par le Kremlin? Pour son propre compte? Sans doute les deux, avance un observateur averti : « C'est à l'image des corsaires qui, à leur époque, disposaient de lettres de marque remises par le souverain. Ils remplissent un rôle dans le domaine de la sécurité, en échange de quoi ils sont autorisés à se nourrir sur la bête. » Valeriy Zakharov jure que la réunion de Khartoum n'avait d'autre but que la recherche d'une solution pour la paix, « pas en complément, mais comme un stimulant au processus de l'Union africaine.   Le problème est que les partenaires d'affaires potentiels des Russes ne sont autres que ces seigneurs de guerre sans la protection desquels il est illusoire de vouloir poser ­durablement un pied dans les zones qu'ils contrôlent. « Les ex-Séléka et les groupes ­anti-balaka sont les uns et les autres très impliqués dans la prédation, hautement lucrative, des ressources minérales (...) moteur principal de l'armement et des conflits en RCA », note un rapport publié conjointement le 18 septembre par deux instituts de recherche indépendants, l'International Peace Information Service et le Danish Institute for International Studies.   Pour l'or et le diamant, dans le centre et le nord de la RCA, les Russes comptent sur Abdoulaye Hissène, ancien ministre, homme d'affaires et l'un des chefs du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC, coalition regroupant des ex-Séléka). Frappé par l'ONU d'une mesure de gel de ses avoirs,il aurait, selon un enquêteur des droits de l'homme, « le profil idéal de futur inculpé pour crimes de guerre. Idem pour Ali Darassa. A ce dernier, chef de l'Unité pour la paix en Centrafrique (UPC) et défenseur autoproclamé des éleveurs peuls, les Russes font miroiter la construction d'un abattoir et d'une usine de transformation de la viande à Bambari (centre). Ils ont aussi pris langue avec Maxime Mokom, qui aurait la haute main sur la mine d'or de Ndassima. En 2017, une centaine de personnes sont mortes dans des affrontements entre groupes armés pour le contrôle de ce site.   Ces trois hommes étaient à Khartoum en août 2018. « Moins que des discussions de paix, c'est du partage du gâteau centrafricain qu'il a été question. Tout le monde sait que les Russes leur ont donné, à chacun, 50 000 dollars pour se déplacer au Soudan », dénonce l'ancien président de l'Assemblée nationale, Abdou Karim Meckassoua. Il s'inquiète de « cette tentative de respectabilisation des seigneurs de guerre » et de l'utilisation, par les chefs de groupes, d'éventuels bénéfices financiers pour acheter des armes. Lui se dit victime des Russes. Il voit la main de Moscou derrière sa destitution du perchoir en octobre : « Parce qu'on m'a collé la réputation d'être l'homme des Français, et parce que je demandais davantage de transparence dans l'attribution des permis miniers aux Russes. »   La France se montre aussi troublée par la concomitance de l'arrivée des Russes à ­Bangui et des campagnes de presse contre le « néocolonialisme français. Valeriy Zakharov dément avoir inspiré monnayé? les articles de la presse centrafricaine. Il préfère vanter ses dernières initiatives, bien inoffensives : l'organisation d'un tournoi de football, le financement d'une radio locale et un concours de Miss Centrafrique. « C'est de la com, s'emporte un Français de Bangui. Leur aide directe est négligeable, mais [les Russes] prennent plaisir à nous emmerder. »  contre-attaque françaiseParis a réagi. Début novembre, Jean-Yves Le Drian était à Bangui. « Ça va être sportif », glissait son entourage avant la rencontre avec le président Touadéra. Si le ministre français des affaires étrangères a annoncé plusieurs projets d'aide et de développement, il a aussi profité de son tête-à-tête pour tenter de ramener le président centrafricain à la raison. « Qui était là au plus fort de la crise? La France, les Etats-Unis, l'ONU ou la Russie? », demande un diplomate français.   Selon lui, la contre-attaque française se joue également à New York, afin « de reprendre la main sur le pays, contrer l'influence de Moscou et remettre tout le monde sur le droit chemin. Les « P3 » (France, Etats-Unis, Royaume-Uni) se sont mis d'accord pour refuser toute nouvelle demande d'exemption sur les armes. En juin et août, les Chinois avaient été déboutés. Idem pour les Russes. Quant à la France, elle a finalement pu livrer, le 10 décembre, 1 400 fusils-mitrailleurs provenant du lot saisi au large du Yémen.   Parallèlement, en cette fin d'année, Paris a mené les discussions entourant le renouvellement du mandat de la Minusca, pour tenter d'isoler la Russie. « Il est fondamental d'éviter les initiatives parallèles, sources de confusion, et de veiller à la bonne coordination de tous les partenaires de la RCA, en soutien de l'initiative africaine. C'est une condition du succès », a martelé l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre. A la manoeuvre pour rédiger le nouveau mandat qui a été voté le 13 décembre, la France a donné plus de poids politique à l'ONU dans les médiations de paix et s'opposer à toute référence à la réunion de Khartoum. Message reçu par la Russie, qui a dénoncé la « jalousie » des Français qui gèrent la Centrafrique comme leur « pré carré » et assuré qu'elle « poursuivr[ait] ses activités dans le pays. </text>
	

	<text titre="Arnaud Kalika « En Afrique, la Russie sème des petits cailloux et attend de voir ce que ça donne »" date="2018 12 17T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="propos recueillis parcyril bensimon et benoît vitkine propos recueillis parcyril bensimon et benoît vitkine" annee="2018" mois="12" jour="17" journal_clean="Le Monde" keywords="petits, militaire, directeur, société, direction, renseignement, afrique, russie, donne, voir" langue="fr"> Arnaud Kalika est directeur de la sûreté de Meridiam, une société spécialisée dans le financement et la gestion d'infrastructures publiques. Ancien analyste à la direction du renseignement militaire, il intervient auprès de différents think tanks internationaux sur la Russie et la géostratégie et dirige le séminaire en criminologie dans le monde post-sovétique au CNAM. Il est l'auteur de L'Empire aliéné. Le système du pouvoir russe (CNRS ­Editions, 2008) et de l'article « Brouillard manichéen de la relation franco-russe » dans La Revue des deux mondes (septembre 2015).  Peut-on parler d'un retour de la Russie en Afrique?La Russie est de retour, mais elle part de très loin. A la chute de l'URSS [en 1990], l'Afrique a disparu de ses priorités stratégiques. Les intérêts russes ont plié bagage; le complexe militaro-industriel a continué à fonctionner, mais une dizaine d'ambassades et de centres culturels ont fermé, ainsi que des délégations commerciales et des antennes du KGB.
Les grands textes définissant la politique ­extérieure de la Russie évoquent l'Afrique au minimum, et d'abord dans le cadre de la coopération avec les entités régionales telles que l'Union africaine ou la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Rien n'est dit concernant les relations bilatérales. En termes de priorités, l'Afrique est encore reléguée loin derrière d'autres aires géographiques comme le Moyen-Orient, l'Europe ou l'Asie. Par ailleurs, elle a toujours été perçue en Russie selon une vision hégélienne, raciale, avec une « Afrique utile » englobant le Maghreb-Machrek l'Algérie en premier lieu , et l'Afrique subsaharienne, encore appelée « Afrique noire. A partir de 2013-2014, la crise ukrainienne a eu un effet accélérateur, Moscou cherchant des voies alternatives pour exister dans des zones qu'elle avait délaissées.  Avec quelles intentions?L'objectif premier est économique. Les Russes n'ont plus rien en Afrique : les échanges avec l'ensemble de l'Afrique subsaharienne tournent aux alentours de 5 milliards de dollars [4,4 milliards d'euros], 18 milliards si l'on ajoute l'Algérie. C'est très faible. La Chine, la Turquie, l'Europe, les Etats-Unis, le Brésil sont loin devant. Les secteurs prioritaires sont minier, pétrolier et nucléaire. Rosatom [l'entreprise publique du nucléaire] a une vraie politique d'implantation, avec le développement de minicentrales. La Russie tente surtout de vendre des contrats-cadres aux pays partenaires, avec des avantages tels que des formations de personnels à Moscou ou la création d'écoles, en échange de positions privilégiées sur les marchés.   Le besoin est réel car, avec les sanctions, commencent à se poser des problèmes de débouchés. L'Afrique est une zone intéressante pour investir, mais aussi pour importer. Cela va des minerais la Russie ne dispose pas de ressources éternelles à l'alimentation ou aux terres rares. Cette vision a été présentée par le ministre des affaires étrangères, ­Sergueï Lavrov, lors de sa tournée africaine au printemps.  Comment s'y prend-elle la Russie et quel est son message aux Africains?Dans le secteur économique, le schéma est similaire à celui qui existe en Russie : l'industrie d'armement joue un rôle moteur grâce aux réseaux commerciaux qui en sont issus. Les représentants des « structures de force » jouent aux attachés commerciaux. Parfois sans succès : en Ethiopie, par exemple, en ­dépit d'une importante coopération militaire, les Russes n'ont pas eu les gains économiques qu'ils escomptaient.   Cette approche n'est pas dénuée d'intentions politiques. Mikhaïl Bogdanov, le conseiller spécial russe pour le Moyen-Orient et l'Afrique, parle ainsi beaucoup plus de politique que ses prédécesseurs. Moscou s'adresse aux Africains en utilisant des arguments historiques qui veulent renvoyer les Occidentaux à leur passé d'anciens colonisateurs et qui rappellent le soutien de l'URSS à la décolonisation. Le précédent des « printemps arabes », notamment le cas libyen, sert aussi de mise en garde contre les Occidentaux.   Lors de sa tournée en juin, le directeur du Conseil national de sécurité Nikolaï Patrouchev a proposé des ensembles de mesures : un engagement dans la lutte antiterroriste, une protection contre les mouvements subversifs et contre le risque de révolutions de velours. Cela intéresse plusieurs Etats africains. La Russie a aussi tenté de se placer dans le dossier sahélien, avec plusieurs approches en direction de la France, en expliquant qu'elle avait des réseaux parmi les Touareg.   Enfin, le retour russe a été préparé en amont dans le domaine académique. Depuis quatre ans, ont fleuri des publications sur le terrorisme, l'histoire, la culture, les ethnies africaines, avec des financements des ministères des affaires étrangères et de la défense.  Washington a annoncé une réduction de ses effectifs militaires en Afrique. La Russie pourrait-elle en profiter?Les Russes suivent cette évolution. Sachant que tous les programmes américains, y compris d'aide économique, sont en diminution, ils se disent : pourquoi ne pas prendre leur place? En réalité, Moscou n'en a pas les moyens, mais cela ne l'empêche pas de communiquer à ce sujet. Ses discours de puissance sont impressionnants, mais personne n'en voit la réalité. Ils permettent d'exister sur la scène internationale, quitte à apparaître comme une menace. C'est mieux que d'être déclassé, et cela donne l'impression d'une effervescence permanente, que les Russes sont partout.  Et en Centrafrique? Le retrait de la France n'a-t-il pas facilité l'implantation de la Russie, lui permettant en outre de gêner une puissance rivale?Derrière le narratif russe, il y a toujours une part d'opportunisme consistant à utiliser toutes les ouvertures possibles. Ce fut le cas pour la Syrie, ce pourrait être le cas demain dans les Balkans. En Centrafrique, l'idée n'est pas de prendre la place des Français. Il s'agit là encore de saisir une opportunité, avec une nuance cependant : la République centrafricaine peut se révéler très utile aux élites russes proches du pouvoir. On le voit avec la place que prennent dans ce pays les sociétés militaires privées. Celles-ci ont toujours été présentes en Afrique, mais leurs missions et leurs buts ont changé. Sécuriser la présidence, sécuriser des routes, investir dans l'extraction minière... Cela peut être utilisé pour sortir de l'argent de Russie, voire le blanchir. Le contexte des sanctions, en coupant de nombreux circuits traditionnels, joue aussi un rôle. Si cela permet en plus de glisser une peau de banane sous le pied des Occidentaux, de pénétrer leur pré carré en les renvoyant à leur passé colonial, c'est toujours bon à prendre. Mais la question première reste celle des débouchés qui se sont taris.  En mars, M. Lavrov effectuait une tournée en Angola, en Namibie, au Zimbabwe, au Mozambique et en Ethiopie des pays qui avaient des liens forts avec l'URSS. Cette proximité idéologique joue-t-elle encore un rôle?Je ne crois pas. La Russie s'y sent bien positionnée, grâce à une présence ancienne de son industrie d'armement. Il s'agit surtout de relancer les échanges dans des pays où elle a cumuléles échecséconomiques. Du côté africain, l'aspect idéologique n'a pas non plus un grand rôle. Leur vision est pragmatique, et les propositions russes peuvent faire monter les enchères avec les autres partenaires.   Partout où c'est possible, les Russes tentent de déposer des petits cailloux, en attendant de voir ce que cela donne. Pareil en Afrique de l'Ouest, où Moscou part de très loin. La plupart du temps, il n'y a pas de construction de long terme. C'est une différence fondamentale avec la méthode chinoise.  Le véritable rival de la Russie n'est-il pas justement la Chine?Les Chinois sont loin devant. Leurs échanges avec l'Afrique représentent 200 milliards de dollars. La Russie a beaucoup étudié l'action chinoise depuis la fin des années 1980. On le voit dans la production académique, où de nombreux articles décrivent les méthodes chinoises d'approche des marchés africains. Moscou a aussi créé une plate-forme d'investissement calquée sur celle de Pékin, mais avec une différence, sur le thème : « Nous faisons travailler les Africains, contrairement aux Chinois, qui envoient leur main-d'oeuvre. » Mais les échelles et les moyens mis en oeuvre ne sont pas comparables. Les Chinois ont des liquidités, des possibilités de lever de la dette pas les Russes.  Quels sont les acteurs de la pénétration russe?Le complexe militaro-industriel et la diplomatie. Les services secrets sont toujours présents, en soutien ou pour des missions spécifiques, à commencer par le GRU, le renseignement militaire. Le FSB [sécurité intérieure], lui, est là pour assurer les intérêts privés des élites russes. Sont aussi présents des acteurs para-étatiques : les sociétés de sécurité privées, qui assurent la sécurité et le transfert des flux financiers. On y trouve un homme comme Evguéni Prigojine [homme d'affaires qui détient le quasi-monopole dans les marchés d'approvisionnements de l'armée et réputé être derrière la société de sécurité Wagner]. Son influence en Afrique n'est pas exagérée, notamment en Centrafrique et au Soudan, sans qu'on puisse évaluer s'il agit de sa propre initiative ou sur ordre. Il est très lié au ministère de la défense, mais on ne sait pas exactement ce qu'il fait. C'est sur lui qu'enquêtaient les trois journalistes russes tués en Centrafrique fin juillet.  Qu'en est-il des médias russes et, plus généralement, du « soft power » ?C'est un axe fondamental. Les Russes ont énormément investi pour que la chaîne Russia Today soit diffusée en Afrique, dans ses versions anglophone et francophone. Les médias en anglaisItar Tass, Interfax ou ­Sputnik Afrique sont aussi bien implantés. Quant à Prigojine, il contrôle les trolls de ­l'Internet. Tout cela crée des outils importants pour investir l'infosphère et soutenir le discours russe. Sur Sputnik Afrique, la France est une cible privilégiée. </text>
	

	<text titre="Révélations sur l'ampleur de l'ingérence russe aux Etats-Unis" date="2018 12 19T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="g. p." annee="2018" mois="12" jour="19" journal_clean="Le Monde" keywords="peser, russe, russie, washington, présidentielle, mise, etats-unis" langue="fr"> Washington correspondant - Les manoeuvres prêtées à la Russie pour peser sur l'élection présidentielle de 2016 avaient pris de la consistance en février, avec la mise en cause, par le ministère de la justice, de treize ressortissants et de trois entités russes. Ces accusations ont été confortées par le travail de spécialistes de la propagande sur Internet, supervisé par la société New Knowledge et un laboratoire de l'université d'Oxford, à partir des publications imputées à l'Internet Research Agency (IRA), une entité basée à Saint-Pétersbourg qui appartient à un proche du président Vladimir Poutine, Evgueni Prigojine.   Sollicités par la commission sénatoriale chargée du renseignement, qui conduit sa propre enquête parallèlement aux investigations du procureur spécial chargé de ce dossier, Robert Mueller, ces experts ont livré ces conclusions dans deux rapports publiés, lundi 17 décembre, par le site Axios, après la révélation de premiers éléments par le Washington Post. Ils reposent sur une analyse de données obtenues de haute lutte avec les géants des réseaux sociaux.
Ces rapports concluent à une stratégie russe particulièrement élaborée pour peser sur les débats politiques, principalement par le truchement de ces réseaux ­instrumentalisés à distance par des agents se présentant faussement comme des citoyens ­américains. Avec un objectif clair : affaiblir la candidate démocrate, Hillary Clinton, et favoriser son adversaire républicain, Donald Trump. Ces experts insistent sur le fait que ces efforts déployés pendant la campagne de 2016 n'ont pas cessé après l'élection, mais qu'ils se sont au contraire prolongés en 2017, visant notamment Robert Mueller, en s'insérant dans une stratégie à long terme.   L'activité de la « ferme à trolls » russe, le nom souvent prêté à l'IRA sur le Web, s'est déployée sur Twitter, Facebook, YouTube et Instagram. Ce dernier support a été initialement sous-estimé alors qu'il a généré 187 millions d'interactions, contre 77 millions sur le réseau créé par Mark Zuckerberg, et 73 millions sur Twitter. Pour donner une autre idée de l'audience rencontrée, les notes publiées sur Facebook de 2015 à 2017 ont ainsi été partagées plus de 30 millions de fois et « likées » plus de 38 millions de fois.   Les messages véhiculés par ces notes comme par les autres publications de l'IRA ont ciblé tout particulièrement la communauté afro-américaine, stratégique pour Hillary Clinton. Un véritable écosystème numérique a été créé, reposant sur des sites déguisés en groupes défendant les revendications de cette communauté : Blackmattersus.com, Blacktivist. info, Blacktolive.org et Blacksoul.us. Sur YouTube, une place de choix a été accordée au mouvement Black Lives Matter contre les violences policières, avec des chaînes nommées Don't Shoot et BlacktoLive. L'IRA n'a cessé ensuite d'inciter cette communauté à se détourner du vote, ou à privilégier des candidatures de témoignage, comme celle de l'écologiste Jill Stein.  « Entretenir le tribalisme »La même tactique a été employée envers la communauté LGBT, en rappelant notamment avec insistance la signature apposée par Bill Clinton, en 1996, au Defense of Marriage Act voté par un Congrès républicain et présentée vingt ans plus tard comme la preuve d'une hostilité au mariage homosexuel, ou encore la proximité supposée de la candidate démocrate avec un islam présenté comme hostile à l'homosexualité. Les experts du laboratoire d'Oxford notent que l'IRA a également ciblé la communauté latina après la présidentielle avec des messages instillant également le doute sur l'utilité de la participation à des élections et à des institutions présentées comme hostiles.   Cette stratégie visant à « entretenir le tribalisme », selon le rapport de New Knowledge, de souffler sur les braises d'une très réelle polarisation politique et des divisions qui traversent le pays, a pu avoir des aspects anecdotiques, comme l'évocation insistante d'une sécession du Texas assimilée au Brexit britannique, voire celle, beaucoup plus marginale, d'un « Calexit », une sécession de la Californie. Une seule figure a été épargnée : Donald Trump, au contraire de ses adversaires de la primaire présidentielle républicaine.   « Il est clair que la stratégie [lui] bénéficiait », écrivent les auteurs du rapport d'Oxford. New Knowledge souligne combien la thématique de l'immigration, centrale dans la campagne du magnat de l'immobilier, a été mise en valeur par l'IRA. Une fois ce dernier élu, l'IRA a entretenu la thèse de l'influence d'un « Etat profond » qui pèserait sur les décisions du président, notamment après les frappes américaines contre l'armée syrienne, en avril 2017.  Dénégations russesLa Russie a toujours nié catégoriquement la moindre implication dans la campagne présidentielle de 2016. Donald Trump a donné crédit à son homologue sur ce point à chacune de leurs rencontres, au Vietnam en novembre 2017, comme en Finlande en juillet 2018.   Le président des Etats-Unis ne cesse de démentir l'hypothèse d'une collusion entre les autorités russes et son équipe de campagne à propos de la publication, à la veille du scrutin, par WikiLeaks de courriers internes démocrates obtenus manifestement par des pirates liés à la Russie. Mais Donald Trump n'a jamais commenté le travail de sape de l'IRA visant son ancienne adversaire et dont l'impact sur le vote est sans doute impossible à mesurer. </text>
	

	<text titre="Russiagate 1 | 3 - Le procureur Mueller, cauchemar de Trump" date="2019 01 10T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="nicolas bourcier" annee="2019" mois="1" jour="10" journal_clean="Le Monde" keywords="travail, russiagate, mois, aime, mueller, procureur, washington, jamais, spécial, envoyé, trump" langue="fr"> Washington envoyé spécial - Il n'a jamais été très bavard et n'aime guère évoquer sa personne ou son travail. Les séances photo l'ont toujours ennuyé. Depuis sa nomination, il y a dix-neuf mois, au poste de procureur spécial chargé d'enquêter sur l'ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016 et la possible collusion avec les équipes de Donald Trump, son ­obsession de la discrétion a même empiré : Robert Mueller n'a tenu aucune conférence de presse, ni accordé d'interview; ses apparitions publiques ont été quasi inexistantes, et l'adresse du bureau qu'il occupe avec ses ­enquêteurs, à Washington, a su rester secrète. Dans la capitale fédérale, on surnomme même son porte-parole « Mr. No Comment.
Robert Mueller aurait pourtant bien des choses à raconter, lui qui a bousculé Trump, jeté une ombre sur la légitimité de son élection et mis le doigt sur la vulnérabilité des institutions nationales. Méthodique, il a ­déclenché 192 poursuites pénales, inculpé 34 personnes, dont 27 ressortissants russes. Parmi eux, Evgueni Prigojine, petite frappe convertie à l'oligarchie et à la restauration, devenu suffisamment proche du Kremlin pour être surnommé le « cuistot de Poutine. Douze autres sont des officiers des services secrets du FSB, l'ex-KGB, ou du GRU, le renseignement militaire.   Sur le versant américain, quatre membres de l'équipe de campagne du président suspecté d'entretenir des liens douteux avec Moscou ont été inculpés par Robert Mueller : Michael Flynn, l'ex-conseiller à la sécurité ­nationale de Trump; George Papadopoulos, un conseiller pour les affaires étrangères; Paul Manafort, le directeur de campagne de mai à août 2016, ainsi que son ex-associé Rick Gates, l'autre cheville ouvrière de la campagne. Tous les quatre ont décidé de plaider coupable, à l'instar de Michael Cohen, l'avocat personnel du président. Le « pitbull de Trump », comme on l'appelait jadis, a choisi de coopérer avec la justice sur deux dossiers, dont un pour avoir menti à des commissions d'enquête du Congrès sur les projets d'affaires de M. Trump à Moscou. Il vient d'être ­condamné à trois ans de prison. Un sixième homme, Samuel Patten, lobbyiste installé à Washington, a lui aussi plaidé coupable après avoir admis avoir fait transiter de l'argent en provenance de Russie et d'Ukraine pour la ­cérémonie d'investiture du président.  Morale familiale stricteEt voilà que d'autres noms circulent... Des dizaines de contacts entre des Russes une galaxie d'oligarques, de diplomates, d'anciens officiers ou des intermédiaires de l'ombre et des proches de Trump ont été révélés et disséqués, certaines transactions financières du magnat de l'immobilier et de sa Trump Organization épluchées. L'élargissement des enquêtes est, paraît-il, envisagé, voire une possible procédure visant le président en personne, pour faits d'obstruction à la justice. Il se dit que les équipes du procureur spécial Mueller ont intensifié leurs activités ces derniers temps et qu'elles auraient de nouveau interrogé une douzaine de témoins. Des dépositions ont été enregistrées, en toute discrétion, devant un grand jury d'une cour fédérale à Washington. Idem en Virginie. Du travail d'orfèvre, assurent les spécialistes.   Sans avoir consenti le moindre mot public, Robert Mueller a donc réussi à jeter une ­lumière crue sur une histoire devenue, au fil des mois, aussi vertigineuse que fascinante, une affaire dont nul ne saurait prédire aujourd'hui l'issue. Le silence semble être sa seule stratégie contre un président éruptif, qui n'a de cesse de tweeter et de tonner contre ce qu'il considère être une enquête « bidon » , menée par un propagateur de « fake news ».   Lorsque les deux hommes se sont rencontrés la première fois, mi-mai 2017, à la Maison Blanche, le nouveau président était pourtant allé jusqu'à dire à l'un de ses collaborateurs qu'il semblait apprécier cet ancien directeur du FBI. Ce jour-là, l'entretien avait duré une trentaine de minutes. Le président venait de limoger James Comey, le successeur de ­Mueller à la tête de l'agence fédérale, et voulait son avis. La conversation fut polie et ­directe. Mueller refusa d'entrée l'idée d'envisager de reprendre le poste. Son ton, son côté distant et droit dans ses bottes eurent l'heur de plaire à son hôte.   A peine deux jours plus tard,le 17 mai, ­Robert Mueller est officiellement désigné par le substitut du procureur général, Rod ­Rosenstein, pour enquêter sur l' « affaire russe. Surpris de n'avoir pas été mis dans la confidence, Donald Trump demande alors à l'un de ses conseillers : « Ce gars n'était-il pas ici il y a peu de temps au sujet du poste du FBI? »   Le communiqué de la Maison Blanche, rendu public le soir même, est mesuré. Il indique que le président s'attend « à ce que cette affaire soit conclue rapidement » et qu'il continuera à se battre « pour les gens et les ­sujets qui importent le plus au pays ». A peine douze heures plus tard, et cette fois sans ses conseillers autour de lui, M. Trump exprime sur Twitter un autre son de cloche. Rejetant toute collusion avec les Russes, il qualifie l'enquête de M. Mueller de « chasse aux sorcières, la plus grande jamais entreprise dans l'histoire du pays ». L'intéressé se contente de répondre à cette charge de manière lapidaire avant de se mettre au travail : « J'accepte cette responsabilité et l'accomplirai avec le meilleur de mes compétences. » Et puis, plus rien.   Pour comprendre cette opposition de style et de méthode, il faut revenir des années en arrière, retracer le parcours de ce procureur singulier issu d'une famille aisée, profondément influencé, tout comme Donald Trump, par la figure paternelle et formé, lui aussi, dans les meilleurs établissements privés pour garçons de la Côte est, avant de devenir ce « patricien de la chose publique » , selon la formule de Garrett Graff, l'un des rares journalistes à l'avoir côtoyé avant sa nomination. L'envers exact, en somme, du roi de la télé-réalité et de l'immobilier de luxe devenu président.   Robert Swan Mueller III son patronyme complet a tout du grand bourgeois de l'establishment : sa naissance, il y a soixante-quatorze ans, fut annoncée dans le carnet du New York Times. Premier et seul garçon d'une fratrie de cinq enfants, il grandit dans un quartier cossu de la banlieue de Philadelphie. Son père est un ancien capitaine de frégate chasseuse de sous-marins nazis, devenu par la suite cadre du géant de la chimie DuPont. Il astreint sa progéniture à un code moral strict. « Le mensonge était la pire faute. La seule chose à ne pas faire devant nos parents était de ne pas se cantonner à la vérité » , ­confiera son fils, quelques années plus tard.   A l'adolescence, le jeune Robert est envoyé dans la prestigieuse école préparatoire St. Paul's, à Concord (New Hampshire). Avec son physique d'athlète et sa mâchoire d'airain, il joue au hockey sur gazon au côté du futur ­sénateur démocrate et secrétaire d'Etat John Kerry. En 1966, il opte pour Princeton, comme son père. Sur ce campus, la guerre du Vietnam est au centre des discussions. L'institution ­vacille, comme d'autres, et devient un lieu de mobilisation pacifiste. Mueller, lui, n'adhère pas. Il est davantage marqué par un étudiant du nom de David Hackett. Le jeune homme suit des entraînements chez les marines et collectionne les distinctions. « Il faisait du sport avec nous, rappellera M. Mueller dans un discours, en 2013, au siège du FBI. Il n'était pas nécessairement le meilleur, mais il était un leader naturel et déterminé. »   Le 30 avril 1967, Hackett meurt dans une ­embuscade au Vietnam. « Certains diront que la vie des marines et la mort de David auraient dû nous pousser à ne pas suivre son chemin, ajouta-t-il lors de la même allocution. Au ­contraire, beaucoup d'entre nous voyaient ­David comme la personne que nous voulions être, avant même son décès. Il était un modèle, et nombre de ses amis et camarades de classe ont rejoint les marines à cause de lui, comme je l'ai fait moi-même. »  À la poursuite des malfratsSitôt engagé, Robert Mueller commence par suivre un entraînement de plusieurs mois à partir de novembre 1967. La période est charnière. Au Vietnam, le front bascule. L'offensive du Têt, en janvier 1968, surprend toute l'Amérique. Le président Lyndon Johnson annonce qu'il ne se représentera pas. Et devant des millions de téléspectateurs, le présentateur vedette Walter Cronkite déclare, sur CBS, que la guerre ne pourra pas être gagnée. C'est pourtant là, au début de 1968, en plein chaos politique, au moment où les villes s'embrasent après l'assassinat de Martin Luther King et où le mouvement antiguerre est à son apogée, que M. Mueller intègre l'école des Rangers, à Fort Benning (Géorgie).   Cette année 1968 est la plus meurtrière de la guerre. C'est aussi le moment choisi par le jeune Donald Trump, un diplôme de l'université de Pennsylvanie en poche, pour intégrer l'entreprise de son père, spécialisée dans la location de logements. Le futur président vient d'être réformé après avoir ­obtenu trois reports d'incorporation successifs. Il bénéficiera d'une cinquième exemption un peu plus tard.   De son côté, l'officier Mueller débarque au Vietnam en novembre. Il a 24 ans, il vient de se marier avec Ann, jeune femme rencontrée au lycée à 17 ans, et le voilà à une dizaine de ­kilomètres de la ligne de front. Affecté à une unité d'infanterie, il s'y distingue à la tête d'une quarantaine d'hommes et atteint le grade de capitaine. « Il voulait absolument tout savoir aussi vite que possible sur le terrain, les embûches, les actions passées, tout, se souviendra VJ Maranto, un ancien caporal de la compagnie.Mueller n'était centré que sur la mission, la mission, la mission. » Ses hommes l'apprécient, ses supérieurs louent son calme et son sens du leadership. Dans la troupe court la légende qu'il dort peu. Il passe pour être réservé et méfiant, déjà, envers la simulation et les faux-semblants.   Le 22 avril 1969, quand une balle d'un AK-47 traverse sa cuisse, il maintient sa position jusqu'à ce que ses hommes soient à l'abri. Ce fait d'arme lui vaut une décoration, la deuxième depuis son déploiement. « Je me considère comme extrêmement chanceux d'être sorti vivant du Vietnam, dira-t-il. Et peut-être que parce que j'ai survécu à cette guerre, je me suis toujours senti contraint de servir et d'apporter quelque chose à mon tour à la ­société. » Cette expérience marque pour lui un tournant décisif. « Il ne parlera jamais des horreurs de la guerre et de ce qu'il y a fait » , a rappelé son vieil ami Thomas Wilner, avocat à Washington. D'après un autre comparse, cité par le New York Times, c'est au Vietnam que « le Mueller affable, bon gars et bon ­athlète » a acquis « cette charpente et cette ­ossature en fer forgé qu'il a aujourd'hui ».   De retour aux Etats-Unis, il décide de terminer son cursus juridique à l'université de Virginie. Devenu procureur au ministère de la justice, il gravit les échelons. « J'ai toujours voulu travailler dans la fonction publique » , lâchera-t-il un jour. Au cours des deux décennies à venir, Robert Mueller passe le plus clair de son temps à coffrer des malfrats d'un bout à l'autre du pays. Il s'installe à San Francisco, rejoint ensuite Boston puis Washington, où il dirige la division criminelle au département (ministère) de la justice en tant que procureur général adjoint, nommé par George Bush père.   L'époque est palpitante. Il s'agit aussi bien de superviser l'inculpation du dictateur panaméen, Manuel Noriega, que les investigations sur l'attentat de Lockerbie, en Ecosse (270 morts lors de l'explosion d'un Boeing de la compagnie Pan Am). Il poursuit également le patron de la pègre John Gotti dans un ­procès retentissant en 1990. Hasard du calendrier, quelques mois auparavant, Donald Trump, qui avait commencé dans les années 1980 à monter un empire du jeu à Atlantic City, achète un cheval de course (500 000 dollars) à un associé du chef mafieux.  Le FBI dans la tourmenteEn 1995, Robert Mueller fait une entorse à ses principes et s'écarte un temps du parcours prévu. Le voici qui s'engage, moyennant un salaire annuel de 400 000 dollars, dans un ­cabinet d'avocats d'affaires réputé de Boston. Un choix qu'il regrettera. « Il n'a pas supporté de vendre ses services à des gens qui pouvaient se révéler coupables, glisse Thomas Wilner.Et n'a pas hésité une seconde à quitter ce job lucratif. » Un jour, Robert Mueller appelle le procureur du district, l'attorney général Eric H. ­Holder, et lui demande un poste. Non pas une ­affectation de premier plan, ni un titre quelconque, mais un retour sur le terrain, à Washington. Il se dit sidéré par le taux d'homicides dans cette ville, devenue la capitale nationale du crime. Holder lui confie la section homicides. Mueller y est à son aise. Il aime se frotter aux enquêtes, se rendre sur les scènes de crimes, interroger les témoins, collaborer avec les patrouilles de police. « J'aime tout dans les enquêtes, expliquera-t-il.J'adore les preuves médico-légales, les empreintes, les douilles de balles, et tout le reste. »   En 1998, il monte encore d'un échelon et ­devient procureur à San Francisco pour le district nord-californien. A bien y ­regarder, il n'a pourtant pas le profil idéal. D'ordinaire, ce type de poste revient aux avocats liés d'une manière ou d'une autre au pouvoir en place. Or M. Mueller est inscrit de longue date au Parti républicain, en plus d'avoir été nommé par George H. W. Bush au département de la justice. Un double handicap à l'heure où le démocrate Bill Clinton occupe la Maison Blanche. Mais cela n'empêche pas ­Robert Mueller d'être nommé, avec le soutien de magistrats démocrates. Un ancien juge confiera par la suite : « Je suis démocrate, il est républicain. Mais il est un républicain d'un genre différent, le genre dont on se souvient. »   Une fois installé, Robert Mueller exige la ­démission de toutes les équipes dirigeantes et leur demande par courriel de postuler aux « places désormais vacantes ». Aux voix critiques, il rétorque qu'on ne peut obliger les gens à faire des choses qu'ils sont incapables de faire et qu'il est préférable de les changer ­rapidement de place afin de constituer les meilleures équipes. Une méthode de management apprise au Vietnam, laisse-t-il entendre. Si rude soit-il, l'électrochoc produit son effet. « Il ne cherchait pas à être aimé, affirmera Cristina Arguedas, avocate pénaliste basée à San Francisco.Il s'en fiche au plus haut point! »   Le 4 septembre 2001, c'est l'apogée. Nommé par George W. Bush, il prête serment en tant que directeur du FBI. On le voit aux côtés du président, le regard noir, dans ce costume sombre qu'il semble n'avoir jamais quitté ­depuis, sa chemise blanche jamais bleue , le col boutonné, retourné. Les hommages et les éloges pleuvent. Pour le Time, il est le « Top Gun du FBI. La semaine suivante, à New York, deux avions détournés par des terroristes se jettent sur les tours jumelles. Commence alors, pour Robert Mueller, une autre vie. Pendant près de douze ans, sous administration républicaine puis démocrate, il mène l'agence à travers une des périodes les plus difficiles de son histoire. L'ancien ­marine parvient à transformer une institution obnubilée, depuis sa création, par la ­menace intérieure en une organisation de renseignement globale de lutte contre le terrorisme. Une révolution, certes lente et sans coups d'éclat, mais diablement efficace.   Il évite d'attirer l'attention du public à presque chaque occasion. Il ne voyage pas avec une cohorte d'assistants, n'accorde que très rarement, déjà, des interviews. Il renvoie l'image d'un travailleur acharné, installé au bureau bien avant le lever du soleil jusque tard dans la nuit, week-ends compris. Ses réunions durent quinze minutes, sans pause-café ni ­discussion badine. Le patron est du genre ­impatient, et fonctionne au rythme de deux briefings quotidiens. « C'est comme cela qu'il a su survivre, parce qu'il a toujours fait profil bas , affirme John Pistole, son ancien ­adjoint au FBI, désormais directeur de l'université ­Anderson, dans l'Indiana. La seule chose qui semblait le faire sortir de ses gonds était l'impréparation d'un collaborateur. ­Robert était hors de lui lorsque quelqu'un venait au briefing sans avoir fait son job, ou pire, faisait semblant d'avoir préparé quelque chose. »  La méthode du noeud coulantAvec une constance peu commune, Mueller refuse toute dérogation aux règles d'interrogatoires inscrites dans la loi. Même les pressions exercées par l'équipe Bush n'ont pas de prise sur lui, comme en atteste un épisode rocambolesque du 4 mars 2004. Cette nuit-là, le patron du FBI se rend, toutes sirènes hurlantes, en compagnie de James Comey, alors ­adjoint du procureur général John Ashcroft, au service des soins intensifs de l'hôpital de Washington où ce dernier est hospitalisé. Les deux hommes ont été prévenus que le ­conseiller de la Maison Blanche d'alors, ­Alberto Gonzales, et le chef de cabinet du président, Andrew Card, sont en route vers l'hôpital afin de persuader M. Ashcroft, pourtant alité, de réintroduire le programme d'écoutes nationales que le département de la justice vient de qualifier d'illégales. Mueller et Comey gagnent la course. Le procureur général, qui est capable de lever sa tête et de parler, refuse de signer le texte apporté par les visiteurs venus de la Maison Blanche.   En 2011, le président démocrate Barack Obama demande, à titre exceptionnel, une prolongation du mandat de Robert Mueller à la tête du FBI. Depuis les années 1970, la règle veut qu'un tel mandat n'excède pas dix ans. Mais le « cas Mueller » est particulier : le ­Sénat approuve cette décision à l'unanimité, 100 voix sur 100. « Il est apolitique, ajoute John Pistole. Il suit les règles de la loi tout comme les indices et les preuves, où qu'elles mènent, et ce quelles que soient les conséquences politiques. »   Lorsqu'il apprend que des agents de la CIA enferment des prisonniers dans des cercueils, les enchaînent à des murs et les ­gardent parfois éveillés pendant plusieurs jours, il ordonne à ses agents de ne pas recourir à de telles pratiques. Certains défenseurs des droits de l'homme louent son attitude, tout en critiquant son côté hypocrite : après tout, « son » FBI n'a-t-il pas le pouvoir ­d'enquêter sur les tortures en milieu carcéral? « Pourquoi n'avez-vous pas pris des mesures plus fermes pour mettre un terme aux ­techniques d'interrogatoire? », demanda le ­représentant démocrate de Floride, Robert Wexler, en 2008. « Il n'y a pas de base légale pour enquêter », répondit M. Mueller. Comprendre : son rôle n'est pas de remettre en question l'esprit de la loi. Depuis sa nomination comme procureur spécial, Robert Mueller n'a pas changé, assurent ses proches. Mêmes méthodes, mêmes principes vertueux. « Il est le même gars qu'il a toujours été, estime Marilyn Hall Patel, une juge à la retraite de San Francisco. Sérieux, mesuré, circonspect. » Pour John Pistole, son passé de procureur est à ce point enraciné en lui que « le facteur déterminant pour lui est : quel est le précédent? » Or, peu de « précédents » existent pour l'affaire qui l'occupe ­désormais, le « Russiagate. Un demi-siècle de soubresauts politico-juridiques américains rappelle qu'un président en fonctions ne peut être mis en examen. Seul le Congrès, avec la procédure d'impeachment, a la capacité de le poursuivre. Le département de la justice, auquel M. Mueller est rattaché, n'a pas cette possibilité.   Les dix-neuf derniers mois ont montré que celui-ci n'a pas l'intention de franchir les ­lignes. A l'inverse du remuant procureur ­indépendant Kenneth Starr dans sa charge contre Bill Clinton, impliqué autrefois dans l'affaire de la stagiaire de la Maison Blanche, Monica Lewinsky, Robert Mueller ne cherchera pas à pousser une nouvelle théorie ­légale ni à provoquer d'éclat médiatique. Bien au contraire. L'homme préfère procéder par étapes, façon noeud coulant.  Une équipe d'expertsAinsi a-t-il attendu patiemment dix mois avant d'obtenir une partie des réponses écrites de Donald Trump à une liste de plus d'une quarantaine de questions concoctées dès le début de l'enquête. Il n'a pas cherché à forcer la main, ni obligé Trump à se soumettre à un interrogatoire que l'avocat du président Rudy Giuliani avait d'emblée réfuté, craignant ouvertement que Mueller accuse son client de parjure. Même quand l'enquête a établi avec moult détails les efforts russes pour influencer les élections de 2016, Robert Mueller a laissé le procureur général adjoint, Rod Rosenstein, en faire l'annonce. Pas une fois, la Maison Blanche n'a réussi à réfuter ses dires autrement que par l'outrance verbale de son hôte.   Les enquêteurs qu'il a rassemblés autour de lui comptent parmi les meilleurs de la place, qu'il s'agisse d'experts en fraude fiscale, en nouvelles technologies ou en grand banditisme. Sans compter 16 avocats, parmi lesquels Greg Andres, spécialiste renommé de l'anticorruption, et Michael Dreeben, un autre ponte du droit pénal. Au moins une fois, une équipe s'est rendue à Londres pour s'entretenir avec Christopher Steele, l'ex-espion britannique auteur du rapport « fuité », en janvier 2017, sur l'existence d'une vidéo à caractère sexuel impliquant Donald Trump dans un hôtel moscovite.   De leur côté, Michael Flynn et Paul Manafort deux anciens collaborateurs du président attendent leur condamnation dans les mois à venir. A plus court terme, on évoque une prochaine inculpation de Roger Stone, vieux complice de Donald Trump, pour avoir joué le rôle d'intermédiaire entre le candidat républicain et WikiLeaks. Le nom du gendre du ­président, Jared Kushner, circule également, comme celui d'Ivanka Trump, sa fille.   Pour l'heure, aucune annonce n'est prévue, aucune date de clôture de l'enquête n'est évoquée par son porte-parole. La chose sur laquelle les observateurs s'accordent est le faible nombre de pages du rapport final que doit rendre le procureur spécial. D'après les nouvelles régulations imposées par le département de la justice, Robert Mueller est soumis à l'obligation de produire un texte court, un résumé confidentiel de son enquête, au procureur général. Mais quelle qu'en soit la teneur, le moment sera « dévastateur » pour le président, affirme Alan Dershowitz, célèbre juriste de Washington et fréquent défenseur de Donald Trump. Certes, le ministère de la justice pourrait envisager de classer le rapport sans suite. Mais il se verrait alors contesté par le Congrès, qui exigerait une possible audition du procureur spécial Mueller. Une onde de choc autrement plus ravageuse, et politiquement meurtrière, pour le président.   Pour Robert Mueller, « l'après » sera peut-être moins spectaculaire. Sa réticence ontologique à entrer sur le ring politique le poussera certainement à laisser aux autres le soin de mener les batailles juridiques. Lui aura fait son travail, en son âme et conscience. A ses yeux, tout le reste ne sera que bruit. </text>
	

	<text titre="En Russie, les candidats de l'opposition entravés" date="2019 07 11T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2019" mois="7" jour="11" journal_clean="Le Monde" keywords="lioubov, candidate, moscou, élections, opposition, candidats, sobol" langue="fr"> Moscou correspondant - Mercredi 3 juillet est un jour de fête dans les locaux de campagne de Lioubov Sobol, candidate indépendante pour les élections au Parlement de la ville de Moscou. Les volontaires se prennent en photo devant un tableau où s'affiche un chiffre : 5 045, soit le nombre d'électeurs de la 43e circonscription de la capitale qui soutiennent, à cette date-là, la jeune candidate et lui permettent d'espérer pouvoir participer au scrutin du 8 septembre.   La question des signatures est devenue emblématique de cette élection, en théorie secondaire, mais dont l'opposition à Vladimir Poutine a fait un objectif majeur. En cause, la législation exigeant que les candidats indépendants obtiennent, pour avoir le droit de se présenter, le soutien de 3 % des inscrits sur les listes électorales de leur circonscription (contre 0,5 % auparavant), le tout en à peine un mois, en plein été.
« Un espace en trop »Dans le secteur sud-ouest de Moscou, où Mme Sobol entend défier le pouvoir, ses volontaires ont arpenté les rues, frappé aux portes des appartements pour obtenir les 4 500 précieux sésames. Sur les 45 circonscriptions de la capitale russe, une dizaine d'opposants ont échoué à franchir l'obstacle.   « Nous avons réussi un miracle et prouvé que nous avions le droit moral et juridique d'être représentés à cette élection », se réjouit l'avocate de 31 ans, qui assure que chaque signature a été vérifiée « dix fois. « Maintenant, la décision appartient au pouvoir, qui peut trouver tous les prétextes pour nous interdire. La dernière fois que les autorités ont refusé d'enregistrer le parti d'Alexeï Navalny, c'était pour un espace en trop dans un document... »   Cette deuxième étape, celle de la validation des signatures par la commission électorale, s'annonce en effet au moins aussi délicate que la première. En 2014, la candidate de l'opposition dans cette circonscription avait déjà été empêchée de se présenter. « C'est désormais un rapport de force, estime Mme Sobol. Le pouvoir doit décider ce qui est le plus risqué : nous laisser participer ou provoquer des manifestations en nous en empêchant. »   Le profil de Lioubov Sobol a tout pour déplaire au Kremlin et au maire de Moscou, Sergueï Sobianine. La juriste appartient à la garde rapprochée d'Alexeï Navalny. Elle a à son actif plusieurs enquêtes sur la corruption des élites, dont l'une, sur les cantines scolaires, a accru sa popularité.   En 2016, peu après qu'elle se fut attaquée à Evgueni Prigojine, un proche du pouvoir connu pour ses réactions violentes, son mari a subi un empoisonnement, dont il a réchappé. Ces dernières semaines, plusieurs de ses volontaires ont été agressés, aspergés de matière fécale, ou inquiétés par la police au motif qu'ils récoltaient des signatures sur une « voie fédérale.   Plus significatif de la nervosité du pouvoir à l'approche du 8 septembre (ce jour-là, en plus de diverses élections locales, dix-huit gouverneurs doivent être élus), la formation Russie unie fait profil bas comme jamais. A Moscou, aucun candidat ne se présente sous l'étendard du parti au pouvoir, devenu un repoussoir. « Poutine a sa cote de popularité personnelle, Sobianine aussi, mais Russie unie ne vaut plus rien », estime aussi Lioubov Sobol.   Face à la candidate d'opposition, dans la 43e circonscription, on trouve ainsi un footballeur célèbre, un chanteur de hard-rock ou un acteur, tous se déclarant indépendants mais soutenus par la mairie aucun n'a répondu au Monde.   « On ne les a jamais vus dans les rues, ni eux ni leurs volontaires, et pourtant ils assurent aussi avoir récolté leurs signatures », s'amuse Mme Sobol, alors que des accusations de falsifications des fameux paraphes ont visé le pouvoir dans plusieurs régions, parfois accréditées par des vidéos diffusées sur Internet. La vérification des signatures, qui a débuté le 9 juillet, se fait, elle, à huis clos, contrairement aux règles.   « L'absence formelle de candidats du pouvoir est du jamais-vu depuis 1990, quand les communistes s'étaient présentés comme indépendants, note l'universitaire Valery Soloveï. Les élections sont devenues un danger et un très mauvais moment à passer pour le pouvoir, qui affronte une grogne politique à Moscou et Saint-Pétersbourg, et une grogne sociale et économique dans les régions. Il y a un an, quatre gouverneurs ont déjà été battus malgré le soutien de Vladimir Poutine... »  Faux candidatsCette tension autour de l'élection du 8 septembre contraste avec l'apparence anodine de ce scrutin. Sous le contrôle de la mairie, la Douma de Moscou s'est transformée en une simple chambre d'enregistrement. Mais l'élection d'opposants serait « une bombe pour le pouvoir », explique M. Soloveï, sans compter le désagrément que constituerait le regard sourcilleux de nouveaux venus sur une institution qui gère en toute opacité un budget de plus de 35 milliards d'euros.   Plutôt que de tenter de redorer son image, le pouvoir semble vouloir saboter toute tentative de l'opposition de contester son monopole. Dans une circonscription voisine de celle de Mme Sobol, un autre candidat de l'opposition, Ilia Iachine, a ainsi fait une étrange découverte : sur les documents administratifs fournis par l'imprimerie, censés accueillir les signatures de soutien, deux chiffres ont été inversés dans les coordonnées bancaires du candidat, une « erreur » potentiellement suffisante pour éliminer cet opposant donné, dans un sondage, six fois plus haut que son adversaire du pouvoir.   A Saint-Pétersbourg, les candidats qui voulaient s'enregistrer ont dû se retrouver dans des queues interminables de faux candidats payés pour créer des embouteillages. Alertes à la bombe, bureaux introuvables, candidats interpellés pour avoir traversé en dehors des clous, ce sont au total des dizaines d'impétrants qui ont ainsi été empêchés.   « Le pouvoir va mobiliser ses bataillons habituels de retraités et de fonctionnaires, mais il est devenu minoritaire, tranche Lioubov Sobol. La seule chose qu'ils n'osent pas encore faire est d'annuler les élections... » De fait, les observateurs s'interrogent sur le risque que constituerait pour le Kremlin une interdiction, en particulier à Moscou, de tout ou partie des candidats d'opposition, hormis ceux de l'opposition « tolérée » issus des communistes ou des nationalistes du Parti libéral-démocrate.   « Quoi qu'il arrive, cette barrière des 3 % posée pour nous décourager se révèle déjà une erreur, veut croire Oleg Stepanov, l'homme qui a coordonné dans la capitale russe la collecte des signatures pour l'opposition. Ce sont des milliers de citoyens que nous avons réveillés, mobilisés, et à qui le pouvoir va devoir expliquer que leur signature est fausse, qu'ils ne comptent pour rien dans ce pays. » </text>
	

	<text titre="Lioubov Sobol, étoile montante de la contestation anti-Kremlin" date="2019 08 30T00:00:00" journal="La Croix, no. 41494" auteur="quenelle benjamin" annee="2019" mois="8" jour="30" journal_clean="La Croix" keywords="lioubov, moscou, vague, sobol, vidéo" langue="fr"> Moscou   De notre correspondant   C'est son dernier coup d'éclat en date. Lioubov Sobol, l'égérie de la nouvelle vague de contestation à Moscou, vient de publier une vidéo accusant le président du parlement de la capitale de posséder plusieurs appartements luxueux. Les documents prouvent que leur valeur va bien au-delà de ses revenus déclarés. « Voilà pourquoi ils tiennent tant à leurs sièges... », ironise la jeune femme dans sa vidéo.   Elle s'était elle-même présentée à l'élection des députés de cette douma municipale. Mais, comme d'autres figures de l'opposition libérale, elle a été exclue de ce scrutin du 8 septembre pour de présumés vices de forme. Ces rejets ont mis le feu aux poudres et provoqué une vague de manifestations. « Ils nous volent les élections et notre avenir » , ne décolère pas la juriste au service du leader de l'opposition Alexeï Navalny.
Lioubov Sobol, 31 ans, parle avec énergie, ton calme et déterminé. Mais son corps est épuisé. Rencontrée dans les bureaux d'Alexeï Navalny, près du centre de Moscou, elle venait de mettre fin à 32 jours de grève de la faim. « L'une des mesures de mon arsenal pour m'opposer au régime », confie-t-elle. Sa décision a surpris tout le monde, son mari aussi. « Il s'inquiétait », reconnaît-elle. Y compris Alexeï Navalny. « Elle ne l'a pas consulté. Lioubov, c'est Lioubov, souvent incontrôlable », raconte un proche du leader de l'opposition qui ne cache pas son soulagement après un mois de grève de la faim. Pertes de connaissance, chutes, problèmes au foie... Lioubov Sobol se sentait mal et ne marchait plus qu'accompagnée.   Elle préfère parler de la suite du mouvement. « Il marquera l'histoire. C'est juste le début! », prévient celle qui a rejoint l'équipe d'enquêteurs anticorruption d'Alexeï Navalny dès la fin de ses études de droit, en 2011, année des premières grandes manifestations anti-Poutine. « Où travailler ailleurs? Pas dans le système judiciaire russe, trop dépendant et instrumentalisé! » L'une de ses enquêtes a visé en 2016 Evgueni Prigojine, un proche du pouvoir. Ses révélations ont failli lui coûter cher: juste après, son mari a subi un mystérieux empoisonnement auquel il a survécu.   Parlant bien anglais, Lioubov Sobol a pendant un temps rêvé de rejoindre un cabinet international d'avocats. Mais elle est restée à Moscou. « Mon seul travail, c'est ici. Pour commencer à changer le système de l'intérieur. » Dans la rue et sur les réseaux sociaux, elle ne ménage pas ses efforts. « La peur n'est plus de notre côté. Même chez tous ces jeunes arrêtés, le visage en sang à cause des coups de la police. Les autorités savent que nous pouvons gagner. »Mère d'une fille de 5 ans, elle a exigé que soit retiré de la salle de classe de maternelle le portrait de Vladimir Poutine, affiché comme dans tout établissement russe. « C'est contraire à la Constitution et à nos libertés! » Auteure d'une enquête sur les problèmes de nourriture dans les écoles, elle a placé « cantines scolaires gratuites et de qualité » en tête de ses promesses électorales. « Ma famille me soutient », assure celle qui emmène parfois sa fille aux manifestations pacifiques. « Elle comprend. Et sait très bien qui est Poutine... », plaisante-t-elle. Avant de proclamer: « L'avenir est à nous! » </text>
	

	<text titre="Prigojine, homme des basses oeuvres russes sur le continent" date="2019 10 23T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="b. vi." annee="2019" mois="10" jour="23" journal_clean="Le Monde" keywords="continent, evgueni, action, moscou, homme, prigojine, russes, sotchi" langue="fr"> Moscou correspondant - Evgueni Prigojine sera-t-il présent à Sotchi, les 23 et 24 octobre ? Très certainement, tant l'homme est devenu le pivot de l'action de Moscou sur le continent. Mais à la manière, discrète et en retrait, de celui qui a construit sa carrière à la force des poings et en fuyant la lumière. « Prigojine est l'un des hommes les plus mystérieux de Russie, confirme le journaliste d'investigation Roman Dobrokhotov, patron du site The Insider.Il est aussi, avec le président tchétchène, Ramzan Kadyrov, celui sur lequel il est le plus dangereux de travailler. »   L'un des collègues de M. Dobrokhotov, Roman Badanin, a ainsi fait état de menaces répétées depuis ses enquêtes sur les activités de M. Prigojine en Afrique. Les actions violentes dans lesquelles son nom est cité sont aussi nombreuses, depuis l'empoisonnement du mari de l'opposante Lioubov Sobol jusqu'au meurtre de trois journalistes russes en Centrafrique, en juillet 2018, sur lequel les autorités russes ne paraissent pas pressées d'enquêter.
Ses rares apparitions publiques, ces dernières années, ont justement touché à l'Afrique. On l'a ainsi vu au côté du ministre de la défense russe, Sergueï Choïgou, accueillir à Moscou le maréchal libyen Khalifa Haftar, en rébellion contre le pouvoir de Tripoli. Que faisait là l'homme d'affaires pétersbourgeois, officiellement à la tête d'une entreprise de restauration, Concord, travaillant pour l'armée et des cantines scolaires ?   Si aucune réponse officielle n'a été apportée à cette question, l'apparition d'Evgueni Prigojine n'a guère surpris les spécialistes. Depuis 2013, l'homme est connu pour gérer les dossiers les plus sensibles. C'est à lui que l'on attribue la création et la montée en puissance dans le conflit ukrainien du groupe de mercenaires Wagner, détenu en sous-main. Celui-ci s'est aussi illustré en Syrie, où il a subi des pertes.  « Chef de Poutine »L'homme d'affaires est aussi relié aux « usines à trolls » qui inondent l'Internet russe, et parfois étranger, de commentaires tout faits et de posts préfabriqués. Il a ainsi été sanctionné par Washington pour sa participation supposée aux ingérences russes lors de la campagne présidentielle américaine de 2016.   Evgueni Prigojine, 58 ans, n'est pas un oligarque comme les autres, ni même un membre du premier cercle de Vladimir Poutine. Ancien gangster il a été condamné en 1981 à douze ans de prison pour banditisme et divers vols , il a débuté en vendant des hot-dogs puis en ouvrant un restaurant de luxe, faisant connaissance dans les années 1990 avec le fonctionnaire pétersbourgeois Poutine. Ce dernier, connu pour craindre les empoisonnements, lui fera confiance plus tard pour être le restaurateur du Kremlin, d'où son surnom de « chef de Poutine. La proximité de celui-ci avec le président lui permettra surtout de remporter des contrats de plus en plus importants (celui avec le ministère de la défense est évalué à plus de 1 milliard d'euros par an).   De l'avis des observateurs, l'Afrique est devenue le terrain d'action numéro un d'Evgueni Prigojine, en marge des contrats militaires ou de sécurité officiellement conclus sur le continent par Moscou. Ce rôle est particulièrement visible en Centrafrique, mais les Wagner ont aussi posé le pied ailleurs sur le continent. La « Compagnie », ainsi que ses employés décrivent la myriade de sociétés de l'homme d'affaires, se diversifie aussi en dépêchant ses consultants politiques et médias dans une vingtaine de pays, selon des documents internes révélés par plusieurs sites Internet. A Sotchi, l'un des associés de M. Prigojine animera une table ronde sur « la souveraineté et les valeurs traditionnelles », un thème cher à Moscou.   « Le deal est qu'il prend en charge certaines initiatives pour le compte du pouvoir et obtient en retour des contrats juteux », explique le journaliste Roman Badanin. La coopération avec le ministère de la défense est notamment avérée depuis que des Wagner ont été aperçus sur des bases russes. Roman Dobrokhotov y voit malgré tout une forme « d'aventurisme » et un signal de la faiblesse des positions russes : « Il n'y a pour l'heure aucun exemple où l'action de Prigojine a ensuite été convertie en une présence russe durable. » </text>
	

	<text titre="Poutine met en scène le retour russe en Afrique" date="2019 10 23T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2019" mois="10" jour="23" journal_clean="Le Monde" keywords="continent, présence, poutine, russe, spécialiste, met, russie, scène, afrique, importante" langue="fr"> Sotchi (Russie) envoyé spécial - Rien de mieux pour faire tiquer un spécialiste russe de l'Afrique que d'évoquer un « retour » de la Russie sur le continent. « Nous avions une présence plus importante à l'époque soviétique, mais la Russie n'est jamais vraiment partie », plaide Alexandra Arkhanguelskaïa, spécialiste de l'Afrique australe au sein de l'Institut de l'Afrique à Moscou.   Et pourtant : en 1992, signant la fin de son ambitieuse politique africaine de la guerre froide, Moscou annonçait la fermeture de neuf ambassades et quatre consulats sur le sol africain; vingt-sept ans plus tard, la Russie de Vladimir Poutine accueille en grande pompe son premier sommet africain, à Sotchi, sur la mer Noire.
Officiellement consacré aux coopérations économiques, l'événement a des allures de démonstration de force. Les 23 et 24 octobre, M. Poutine doit accueillir jus qu'à quarante chefs d'Etat de la région, soit bien au-delà des zones d'implantation traditionnelles russes en Afrique du Nord et Afrique australe. « Ce n'est pas vraiment dans ce genre d'enceintes que se résolvent les problèmes, note Fiodor Loukianov, un analyste réputé proche du pouvoir. La portée est d'abord symbolique. » En d'autres termes, à l'heure où la Russie tourne le dos à l'Occident, il convient de montrer que les alternatives existent. « La logique est la même du côté des Africains, relève Tatiana Kastouéva-Jean, de l'Institut français des relations internationales. Une telle rencontre permet d'exciter la rivalité des autres puissances, notamment de celles qui ont des moyens bien supérieurs à la Russie. »  Relative fragilitéSi Moscou met parfaitement en scène ses amitiés africaines, la réalité de la présence russe sur le continent est encore limitée. Les échanges commerciaux entre les deux entités ont franchi en 2018 le seuil des 20 milliards de dollars (17,9 milliards d'euros), des niveaux comparables à ceux du Brésil ou de la Turquie, mais loin de la Chine (204 milliards) ou de la France (51,3 milliards d'euros). Se disant prêt à « entrer en compétition » avec d'autres puissances, M. Poutine assurait, dans un entretien à l'agence TASS le 21 octobre, que la Russie était prête à investir « des milliards de dollars.   « Moscou n'a toujours pas de &quot;politique africaine&quot; à l'échelle du continent », nuance Arnaud Dubien, de l'Observatoire franco-russe, dans une note. Le Kremlin a su, ces dernières années, profiter des désengagements de ses rivaux, français et américain notamment. Pour autant, le renversement du Soudanais Omar Al-Bachir, le départ contraint de Jacob Zuma de la présidence sud-africaine ou les incertitudes en Algérie soulignent la relative fragilité des relais russes sur le continent, explique M. Dubien. Et ce malgré de réels atouts de soft power, à commencer par les quelque 1,5 million d'anciens diplômés africains d'universités russes. L'implantation des médias d'Etat de Moscou (RT, Sputnik) en langues française, anglaise et portugaise, ou encore la popularité personnelle de M. Poutine auprès de nombreux Africains servent aussi de point d'appui.   Les entreprises russes sont très présentes dans le secteur extractif diamants en Angola et au Zimbabwe, or au Burkina Faso et en Guinée, entre autres et l'agroalimentaire. En revanche, le secteur traditionnellement fort pour la Russie des hydrocarbures est à la traîne, et les contrats faramineux annoncés dans le nucléaire civil, avec des constructions de centrales par Rosatom, restent dans les limbes.   « La Russie a des atouts : elle n'a pas les exigences de bonne gouvernance des Occidentaux, et sa diplomatie défend les régimes en place, note Alexandra Arkhanguelskaïa. Mais elle ne peut plus jouer le rôle de &quot;grand frère&quot;, et encore moins s'imposer par des investissements massifs. » Pour la chercheuse, l'annonce de contrats dans l'énergie n'est toutefois pas à exclure à Sotchi, de même que la mise en place de mécanismes d'investissement incluant d'autres Etats.   Si les attentes sont limitées, c'est aussi qu'une partie importante de l'activité russe en Afrique s'épanouit loin des projecteurs d'un tel événement. Il en va d'abord des ventes d'armements, premier vecteur du « retour » russe en Afrique, lorsque, en 2006, Moscou offrait à Alger un méga-contrat d'armes en même temps que l'effacement de sa dette. Le modèle a été réutilisé ailleurs et la Russie s'est imposée comme un vendeur majeur sur le continent, depuis les armes légères jusqu'aux hélicoptères.   Plus secret encore, le rôle joué par les sociétés militaires privées, pourtant interdites par la loi russe, est de plus en plus central, que ce soit comme têtes de pont d'in vestissements futurs ou pour les initiatives les moins avouables de Moscou. Déjà connu pour l'envoi de mercenaires en Ukraine et en Syrie, le groupe Wagner est ainsi apparu en pleine lumière après la mort en Centrafrique, en juillet 2018, de trois journalistes enquêtant sur l'entreprise contrôlée par l'homme d'affaires Evgueni Prigojine. Il est alors apparu que les contrats de coopération militaire signés entre Bangui et Moscou pesaient peu face aux activités souterraines du groupe, allant de la protection de la présidence à l'exploitation de mines de diamants en passant par la formation de troupes centrafricaines.  Contrôle de médiasSans atteindre un niveau comparable à celui de ses activités centrafricaines, les spécialistes estiment Wagner présent dans au moins quatre autres pays Libye, Madagascar, Soudan, Mozambique. En Libye, jusqu'à 35 hommes de Wagner seraient morts en septembre en combattant au côté du maréchal Khalifa Haftar, en rébellion contre Tripoli.   Selon plusieurs enquêtes, menées notamment par les sites d'investigation The Insider et Proekt, le groupe de M. Prigojine, qui opère en coordination avec les autorités russes, tente aussi de plus en plus régulièrement d'intervenir dans des élections africaines, en envoyant des « consultants politiques » ou en prenant le contrôle de médias de ces pays, comme ce fut le cas à Madagascar lors de l'élection présidentielle de janvier.   D'après des documents internes récupérés par le site Proekt en avril, les hommes de M. Prigojine ont également eu le projet de provoquer des tensions entre la France et les Comores à Mayotte. Ils ont aussi fait de l'activiste antisémite Kémi Séba, condamné plusieurs fois en France, une pièce centrale de leur dispositif, notamment en Afrique de l'Ouest. Selon une source diplomatique, des campagnes antifrançaises menées en Centrafrique ont, en revanche, été mises en sourdine à la demande de Paris. </text>
	

	<text titre="A Sotchi, Poutine inaugure la Russafrique" date="2019 10 23T00:00:00" journal="Libération, no. 11939" auteur="célian macé" annee="2019" mois="10" jour="23" journal_clean="Libération" keywords="vladimir, africains, poutine" langue="fr"> Pour attirer des chefs d'Etat et de gouvernement africains mercredi et jeudi dans les palaces de la station balnéaire de Sotchi, sur les bords de la mer Noire, Vladimir Poutine a quelques arguments historiques. La Russie, elle, n'a pas participé au découpage colonial du continent à la conférence de Berlin en 1885. Au contraire, en son temps, l'URSS a soutenu les mouvements de libération au nom de la lutte contre l'impéralisme, tissant tout au long de la guerre froide des liens avec plusieurs «pays frères». Après une période de retrait, Moscou est aujourd'hui de retour, clame le Kremlin. Preuve en est ce premier sommet Russie-Afrique, inauguré en majesté par Vladimir Poutine et l'Egyptien Abdel Fattah al-Sissi, président en exercice de l'Union africaine.
Cette ambition continentale renouvelée, certes incontestable, tient aussi du mythe, préviennent plusieurs experts. «Le retour de la Russie est beaucoup moins spectaculaire que ne le laisse penser sa couverture médiatique récente,nuance le chercheur Arnaud Kalika, dans une note de l'Ifri parue en avril. Il n'est que le produit des difficultés économiques intérieures du pays, où les entreprises ont un besoin vital d'exporter vers des zones épargnées par les sanctions. Nain économique du continent, Moscou a finalement plus besoin de l'Afrique que l'Afrique n'a besoin de la Russie.»Bien qu'en progression, le volume de leurs échanges commerciaux (17 milliards de dollars en 2017, dont 5 milliards seulement pour l'Afrique subsaharienne) reste très inférieur à ceux entre l'Afrique et l'UE (275 milliards) ou la Chine (200 milliards). Le seul secteur où Moscou reste prédominant est celui de l'armement. Mais la Russie lorgne aussi désormais du côté des mines et de l'énergie.   Centrafrique   Sa conquête des marchés repose sur une stratégie à la fois opportuniste et «bon marché» : «Son approche combinant coopération militaire et influence médiatique ne lui coûte pas très cher et permet d'avoir un maximum d'impact en engageant un minimum de moyens,analyse la consultante Poline Tchoubar, dans une étude publiée par la Fondation pour la recherche stratégique. La Russie arrive sur de nouveaux terrains en s'engouffrant dans le vide laissé par le désengagement d'une puissance occidentale (comme en Centrafrique après le départ des troupes françaises de l'opération Sangaris en 2016). Par rapport aux pays occidentaux, la Russie, tout comme la Chine, a aussi moins de contraintes de gouvernance interne susceptibles de la dissuader d'entrer dans des relations corrompues avec le pouvoir pour l'obtention de contrats publics.»La fulgurante percée russe en Centrafrique depuis deux ans a alimenté le discours du Kremlin sur la renaissance de la Russie comme puissance globale en même temps que les inquiétudes des Occidentaux, France en tête. Moscou a commencé par livrer des armes à Bangui à la fin de l'année 2017. Quelques mois plus tard, le président Faustin-Archange Touadéra recrutait le Russe Valery Zakharov comme conseiller personnel à la sécurité, tandis que des dizaines de mercenaires de la société privée Wagner (déjà active en Ukraine et en Syrie) débarquaient sur le sol centrafricain, officiellement pour former les soldats de l'armée nationale et sécuriser des activités minières. En particulier celles de la compagnie russe Lobaye Invest, qui s'est vu attribuer des permis d'exploitation d'or et de diamants quelques jours après une visite de Touadéra chez Poutine à Saint-Pétersbourg.   A lire aussiL'élection de Miss Centrafrique, dernier cadeau des Russes à Bangui   Un homme est considéré comme le maître d'oeuvre de cette irruption soudaine sur la scène centrafricaine : Evgueni Prigojine. «Dans la nouvelle stratégie de Moscou en Afrique subsaharienne, ses entreprises occupent une place prépondérante : en plus du rôle joué par la société Wagner, ses entreprises minières obtiennent des contrats en Centrafrique, à Madagascar et au Soudan,rappelle Poline Tchoubar. Il semble bénéficier d'une certaine carte blanche en Afrique.»Trois journalistes russes indépendants qui enquêtaient sur ces affaires ont été assassinés en 2018 en Centrafrique dans des circonstances qui n'ont jamais été élucidées.   Khodorkovski   Un document confidentiel obtenu par le Dossier Center, une unité d'investigation londonienne financée par l'ex-oligarque en exil Mikhaïl Khodorkovski, et publié par le quotidien The Guardiancet été, a révélé l'étendue des opérations de Prigojine en Afrique. La Centrafrique, Madagascar et le Soudan y sont présentés comme des cibles prioritaires, notées «5» (le maximum) sur l'échelle de la coopération. Juste derrière, au niveau 4, arrivent le Zimbabwe, la Libye (au côté du général rebelle Khalifa Haftar) et l'Afrique du Sud.   Depuis 2017, la Russie a signé des accords de coopération militaire avec 20 pays d'Afrique subsaharienne. Notamment dans le sillage de la tournée de Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères, en Angola, en Namibie, au Mozambique, au Zimbabwe et en Ethiopie, en mars 2018. «A l'inverse de la Chine qui a fait pendant plus de deux décennies fonctionner à plein son soft power et a cultivé pendant des années l'image d'un partenariat infrapolitique, la Russie met plutôt en avant son hard power», décrivait le spécialiste de l'Afrique Roland Marchal dans une note en février. Le Kremlin n'en fait pas mystère : il offre aux dirigeants africains - en particulier les plus contestés - une protection. En échange, les invités de Poutine à Sotchi sont fermement priés d'ouvrir leur marché aux compagnies russes, et de «bien voter» lors des consultations onusiennes. </text>
	

	<text titre="Armes, mercenaires et propagande : le triptyque de la politique africaine de Moscou" date="2019 10 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 23388" auteur="berthemet, tanguy" annee="2019" mois="10" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="propagande, mercenaires, moscou, demeure, russie, africaine" langue="fr"> VUE D'AFRIQUE, la Russie paraît encore bien loin. Alors que Paris, Londres ou Washington ont toujours été présents, que Pékin a fait une entrée fracassante sur la scène continentale, Moscou demeure un partenaire mineur. Mais indubitablement, l'influence russe, qui s'était évaporée à la chute de l'URSS, se fait de nouveau sentir. Le sommet réuni à Sotchi en est le signe le plus évident. « La Russie revient. C'est bien, même si cela demeure léger. Elle est la bienvenue, comme tous les investisseurs », affirme un haut responsable ivoirien, résumant l'approche pragmatique qui vaut dans la plupart des capitales africaines.   Les présidents de l'Union africaine (UA), courtisés depuis plus d'une décennie par les grandes puissances, ont appris à utiliser au mieux de leurs intérêts la concurrence entre ces rivaux. Dans cette opération de séduction, la Russie se montre très active. « Ils ont au moins quinze ans de retard sur la Chine et près de dix sur la Turquie. Ils doivent accélérer s'ils veulent avoir une chance de s'imposer » , souligne Thierry Vircoulon, chercheur à l'Ifri. Moscou a donc opté pour des méthodes pour le moins directes en s'appuyant sur ses meilleurs savoir-faire : la défense, les armes et la propagande.
La Centrafrique a servi de véritable laboratoire aux ambitions de Moscou. Début 2018, une cargaison d'armes en provenance de Russie est livrée, avec l'aval de l'ONU, aux forces locales. Dans la foulée, une poignée de militaires russes sont envoyés pour assurer la formation des militaires centrafricains. Un colonel russe s'invite comme conseiller militaire du président Faustin-Archange Touadéra, un temps protégé par une garde russe. Ce déploiement classique, finalement très Françafrique, surprend et agace Paris qui considère Bangui comme son affidé. La suite va braquer encore un peu plus la France. Plusieurs centaines de mercenaires russes, arrivent. Leur rôle est incertain, mais ils sécurisent les « intérêts » russes dans les mines concentrées dans Lobaye Invest, une société aux contours flous. « Les Russes n'ont pas les moyens d'intervenir sans grosses compensations. Ils se payent sur place », souligne le chercheur.  La France comme cible particulièreCette intervention russe permet de comprendre que la Russie a en fait déjà remis ses rangers en Afrique depuis plusieurs années. Elle est ainsi très proche du régime soudanais. Si la chute du président Omar el-Béchir, en avril 2019, a un peu mis à mal cette collaboration, les hommes de Poutine peuvent encore compter sur « Hemetti » , toujours puissant dans le nouveau régime et à la tête d'une redoutable milice soutenue par les Russes. En parallèle, la présence de soldats privés russes en Libye, au côté du général Khalifa Haftar, se fait évidente. Dans tous les cas se dessinent derrière les mercenaires russes la compagnie de sécurité privée Wagner et son patron Evgueni Prigojine, aussi très actif dans le secteur minier. Très proche de Poutine, ce dernier semble investir massivement en Afrique. Il use de ses hommes armés donc, mais aussi de la déstabilisation de ses adversaires, son autre spécialité, avec la France comme cible particulière.   Les médias proches du Kremlin, Sputnik ou RT, vont ainsi largement publier des articles ou des tribunes sur la situation en Afrique au ton très antifrançais. Les versions francophones de ces sites étant très lues en Afrique de l'Ouest et centrale, l'impact est immédiat. En Centrafrique, les rumeurs sur les « manoeuvres »tricolores fleurissent sur les réseaux sociaux.   L'activisme de la Russie est parfois plus précis. Ses diplomates vont ainsi tenter d'approcher les Comores, avec qui Paris a un contentieux au sujet de Mayotte. Le rattachement de cette île à la France n'a jamais été accepté par Moroni ni entériné par l'ONU où la France se trouve donc en position de faiblesse. Le gouvernement comorien ne saisira pas la main de Moscou. « On a évité de mettre le doigt entre le marteau et l'enclume », sourit un responsable de l'archipel. Les Comores obtiennent au passage une hausse de l'aide française.   Depuis quelques mois, et la rencontre entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron en août dernier, les relations entre les deux pays en Afrique se sont adoucies. Mais Moscou ne baisse pas ses ambitions.   Récemment, les hommes du Kremlin semblent avoir investi un nouveau champ d'action. Selon une enquête de la BBC, des experts russes aux « poches profondes » se sont activés à Madagascar lors de la dernière campagne présidentielle, en 2018. La présence de ces « experts » a beaucoup inquiété car Evgueni Prigojine est soupçonné d'être impliqué dans l'ingérence russe lors des élections aux États-Unis. « Appliquer de telles méthodes dans un pays africain à la démocratie fragile peut se révéler catastrophique » , relève un diplomate. T. B. </text>
	

	<text titre="La Libye, nouveau théâtre d'intervention des Russes" date="2019 11 23T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="frédéric bobin (à paris) et benoît vitkine" annee="2019" mois="11" jour="23" journal_clean="Le Monde" keywords="théâtre, sol, moscou, intervention, tripoli, novembre, syrie, russes, libye" langue="fr"> Moscou correspondant - Après la Syrie, la Libye ? Depuis début novembre, la « bataille de Tripoli », commencée il y a sept mois et demi, prend un nouveau visage, avec une implication croissante de soldats russes aux côtés des forces assaillantes du maréchal Khalifa Haftar, qui pourrait à terme bouleverser la donne stratégique dans cette zone de la Méditerranée centrale.   La présence de ces nouveaux combattants, des « mercenaires » vraisemblablement liés à la compagnie de sécurité privée Wagner, proche de Moscou, place d'ores et déjà sur la défensive les forces loyales au gouvernement d'union nationale (GNA) de Faïez Sarraj, formellement reconnu par la communauté internationale. « C'est très sérieux et préoccupant, on risque un scénario de type syrien », commente un diplomate occidental en poste à Tripoli.
Jusque-là plutôt en retrait sur la crise libyenne, les Etats-Unis dénoncent désormais ouvertement cet activisme militaire inédit déployé par Moscou sur le théâtre libyen. Ce dernier a été qualifié de « tentative de la Russie d'exploiter le conflit contre la volonté du peuple libyen », selon les termes d'un communiqué conjoint signé le 14 novembre avec une délégation du GNA, de passage à Washington.   La manifestation de mauvaise humeur américaine est sans précédent et fait monter la tension entre les deux pays, la Russie niant farouchement les faits. Déjà en proie aux ingérences de puissances régionales l'Armée nationale libyenne (ANL) de Haftar est soutenue par l'Egypte, les Emirats arabes unis (EAU) et l'Arabie saoudite, tandis que le GNA de Sarraj est appuyé par la Turquie , la Libye pourrait se trouver aspirée dans une nouvelle rivalité entre Washington et Moscou.   Face aux démentis russes, les groupes armés de Tripoli loyaux au GNA de Sarraj ont diffusé des photos et des vidéos montrant des documents d'identité, des clichés personnels de Russes issus de téléphones mobiles ou des images pieuses, abandonnés à la hâte à l'issue de combats. Si aucun cadavre ni aucun prisonnier n'ont été récupérés sur le front, le site d'investigation russe Meduza basé à Riga (Lettonie) a comptabilisé entre dix et trente-cinq tués, sur la foi de témoignages d'autres combattants et des familles, ou de recherches sur les réseaux sociaux.   Selon Andreï Tchoupriguine, professeur au Haut Collège d'économie, à Moscou, le nombre de ces paramilitaires russes présents en Libye ne dépasserait pas 150. Une source diplomatique occidentale basée à Tripoli évoque plutôt un chiffre « supérieur au millier » avec une vague soudaine d'arrivées « sur les deux dernières semaines. Selon une source onusienne, les Américains vont jusqu'à mentionner le nombre de « 2 000. « Ces chiffres sont exagérés, nuance Mohamed Jeghllaly,consultant sur la médiation humanitaire en Libye. Ils sont destinés à tirer la sonnette d'alarme. Le nombre réel ne doit pas être supérieur à 500. »   Quoi qu'il en soit, nul ne conteste l'engagement croissant de combattants russes en Tripolitaine (ouest) aux côtés d'Haftar. L'homme fort de l'Est libyen avait déclenché, le 4 avril, l'assaut contre Tripoli, siège du GNA de Sarraj installé en 2016 sous les auspices des Nations unies. Drapé dans l'étendard de la lutte contre le « terrorisme » - label dans lequel il mêle tous ses adversaires , le maréchal a su susciter les soutiens de capitales régionales hostiles à la vague des « printemps arabes » de 2011, et même la bienveillance de la France, au nom de la stabilité de l'aire sahélo-saharienne.  Ascendant dans les airsAprès avoir vu son offensive endiguée aux portes de Tripoli au printemps et à l'été, l'ANL d'Haftar semble grignoter des positions ces dernières semaines, grâce à l'ascendant acquis dans les airs, drones émiratis et rénovations d'avions Soukhoï aidant. S'y ajoute donc, depuis début novembre, l'intervention au sol des mercenaires russes au coeur de la capitale, qui assure à Haftar des « avancées modestes mais systématiques », relève Wolfram Lacher, spécialiste de la Libye et chercheur à l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité.   Les combattants des milices de Tripoli loyales au GNA sont désormais la cible de snipers, de tirs d'artillerie et de frappes de drones précis, souvent nocturnes. « Ils sont subitement confrontés à une guerre sophistiquée à laquelle ils n'étaient pas préparés », note le diplomate occidental de Tripoli. Selon une source libyenne, ces Russes seraient concentrés dans l'aire dite du « Projet Abou Aïcha » - une ex-usine d'avions d'épandage de pesticides , au sud de Tripoli.   Qui sont-ils ? Si leur lien avec Wagner ne peut être à ce stade formellement prouvé, la présomption est forte. Elle se nourrit de la présence attestée par un cliché d'Evgueni Prigojine à la rencontre du 7 novembre 2018 à Moscou entre Haftar et le ministre russe de la défense, Sergueï Choïgou.   Oligarque proche du Kremlin, M. Prigojine est connu pour son rôle dans la création d' « usines à trolls » au service du pouvoir. Il est aussi le parrain présumé de la compagnie de mercenaires Wagner, ainsi nommée en référence au « nom de guerre » (Wagner) de Dmitri Outkine, ex-officier du renseignement militaire (GRU) et l'un des chefs opérationnels du groupe en Ukraine. Créée dès les débuts du conflit ukrainien en 2014, Wagner s'est aussi illustrée en Syrie, au Soudan, en République centrafricaine et au Mozambique.   La proximité entre Wagner et le ministère russe de la défense est un secret de Polichinelle. Que chercherait donc Moscou avec cette intervention certes peu coûteuse, mais qui contrevient à sa doctrine de soutien aux gouvernements « légitimes », quels qu'ils soient ?   « Formellement, rappelle Alexandre Choumiline, directeur du Centre d'études sur le Moyen-Orient de l'Académie des sciences de Russie, le pouvoir russe joue sur les deux tableaux. Il affirme son soutien au gouvernement de Tripoli [le GNA de Sarraj]. Mais Haftar est beaucoup plus proche du Kremlin : c'est le prototype de l'homme fort, à la Kadhafi; il se veut un rempart à l'islamisme. »   Pour ne rien gâter, le maréchal lui-même s'est tourné vers la Russie, dès 2015, pour demander un soutien et promettant, selon le site Meduza, « du pétrole, des chemins de fer, tout ce que vous voudrez. Il a ensuite poursuivi les contacts avec les militaires russes à Grozny, la capitale tchétchène, ou à Moscou, lors de la rencontre de novembre 2018.  Le « péché originel » de 2011L'expert Andreï Tchoupriguine nuance toutefois cette lecture présentant Haftar comme « l'homme de Moscou. Il affirme que la stratégie russe est mouvante dans le dossier libyen. « Pour une partie de l'élite russe, l'action de Wagner, démentie officiellement, permet une &quot;diversification&quot;, une &quot;assurance&quot;, dit-il. Mais Haftar a aussi commis des erreurs qui déplaisent à Moscou, comme le déclenchement, début avril, de l'offensive sur Tripolialors qu'Antonio Guterres [le secrétaire général des Nations unies] se trouvait en ville. »   Autre élément important pour le Kremlin, la possibilité de troubler le jeu des Occidentaux. Dès 2011, le dossier libyen s'est imposé comme à part, douloureux même, dans la vision diplomatique russe. Cette année-là, la passivité de Dmitri Medvedev, alors président, face à l'intervention de l'OTAN contre Kadhafi, a provoqué un vif conflit avec Vladimir Poutine, et a renforcé la détermination de ce dernier à revenir au Kremlin. « 2011 a constitué le péché originel, confirme M. Tchoupriguine. Beaucoup ont vu là une trahison russe, et tout ce que fait le Kremlin depuis est destiné à prouver au monde que la Russie n'abandonne pas ses amis. Mais Moscou sait-il lui-même qui sont ses amis en Libye ? » </text>
	

	<text titre="Des mercenaires de la société Wagner accusés de torture en Syrie" date="2019 11 23T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="b. vi." annee="2019" mois="11" jour="23" journal_clean="Le Monde" keywords="hommes, correspondant, mercenaires, moscou, homme, wagner, société, syrie, enquête" langue="fr"> Moscou correspondant - En juin 2017, après l'apparition sur Internet d'une vidéo montrant des hommes armés, russophones, torturer un homme en Syrie, des doutes subsistaient. L'enquête publiée mercredi 20 novembre par le journal russe Novaïa Gazeta balaie ces interrogations : les quatre combattants que l'on voit s'acharner sur un homme puis sur son cadavre sont bien des mercenaires de la société militaire privée Wagner; l'un d'eux a même été identifié nommément par les journalistes.   Les images de 2017 montraient des combattants frapper un homme au sol à coups de masse et de pied. Les bourreaux parlaient et plaisantaient certes en russe, sans accent, mais aucun élément ne permettait de les identifier, aucun visage n'apparaissait face à la caméra.
Au cours du mois de novembre, trois autres vidéos de la même scène ont été mises en ligne, permettant à Novaïa Gazeta de poursuivre son enquête. On y voit les hommes tenter laborieusement, tout en continuant à plaisanter, de couper la tête de la victime avec un couteau. Un autre essaie, en donnant des coups avec le tranchant d'une pelle, de lui couper les bras. « Maniaques », ironise l'un des combattants, quand l'autre conseille : « Laissez-lui les jambes, on va le pendre par les jambes. » La dernière séquence montre la victime accrochée par les pieds, sans tête ni bras, aspergée d'essence et finalement en flammes, sans que cessent les plaisanteries sur le « barbecue » en préparation.   Au début de novembre, le site d'opposition syrien Jesr Press, réputé fiable, était parvenu à identifier la victime comme étant Mohammed Taha Ismail Al-Abdoullah, un Syrien né à Deir ez-Zor en 1986, qui avait fui la guerre civile dans son pays avant d'y revenir en 2017, pour être incorporé de force dans l'armée de Bachar Al-Assad. Il aurait tenté de déserter, mais aurait été capturé.   Sur les images, un seul des bourreaux montre brièvement l'intégralité de son visage. En utilisant un programme de reconnaissance faciale, Novaïa Gazeta a trouvé sur les réseaux sociaux russes plusieurs images correspondant à un certain « Stanislav D. » (que les journalistes ne nomment pas, par égard pour sa famille), avant de mettre la main sur une copie de son passeport et, surtout, sur ses documents d'engagement chez Wagner, la plus célèbre des compagnies de mercenaires. Avant cela, l'homme était policier dans la ville russe de Stavropol.  Vide juridiqueSelon plusieurs sources arabophones, les images auraient été tournées sur le site pétrolier d'Al-Chaer, au nord de Palmyre, ce qui renforce l'hypothèse d'une implication de Wagner. La firme y avait combattu les forces de l'organisation Etat islamique au printemps 2017, selon un contrat rendu public par Associated Press entre Evro Polis, une société paravent de Wagner, et la compagnie syrienne General Petroleum Corp. Celui-ci garantissait aux Russes 25 % des profits du champ pétrolier.   Fait troublant : au moment où Novaïa Gazeta terminait son enquête, mercredi, est apparue en ligne une autre image de la scène, une photo sur laquelle trois autres participants, outre Stanislas D., apparaissent visages presque totalement découverts. On y voit mieux, sur le torse du soldat démembré, une inscription proclamant « Pour les paras, pour les éclaireurs.   « L'identité des autres participants peut être établie par une enquête officielle des autorités russes, si celles-ci le souhaitent », écrit le journal, qui se dit prêt à transmettre ses informations. Jeudi à la mi-journée, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a estimé que ces révélations n'avaient « rien à voir avec l'opération militaire russe en Syrie. « Il n'y a aucun risque pour notre réputation », a-t-il assuré. Les autorités russes refusent en général de commenter toute information mentionnant les sociétés de mercenaires, depuis que celles-ci sont apparues pour la première fois, lors de la guerre dans le Donbass (Ukraine).   De nombreuses enquêtes relient Wagner à un proche de M. Poutine, Evgueni Prigojine, connu pour être également derrière les « usines à trolls » de Saint-Pétersbourg. Les liens entre ces combattants et le ministère de la défense sont connus, notamment grâce à des entraînements communs sur des bases de l'armée.   Mais formellement, l'entreprise n'a pas d'existence légale en Russie, où les sociétés militaires privées sont en théorie interdites. C'est précisément ce vide juridique qui pousse l'Etat russe à utiliser de manière de plus en plus extensive les services de ces combattants, depuis le théâtre syrien jusqu'à des interventions de plus en plus visibles sur le sol africain : grâce à ce système, Moscou peut nier ces interventions, et évite de se retrouver comptable aussi bien des pertes subies sur le terrain que des éventuelles bavures des combattants.  « Lumpenprolétariat »Sur les réseaux sociaux russes, les réactions horrifiées étaient toutefois nombreuses, plusieurs commentateurs rappelant la brutalité des guerres tchétchènes des années 1990-2000. « Que ce soit en Tchétchénie ou en Afghanistan (1979-1989), on a vu énormément d'horreurs de la sorte, commises par les deux camps, explique Alexandre Golts, l'un des meilleurs spécialistes de l'armée russe. C'est le propre des guerres insurrectionnelles, et la Syrie n'y échappe pas. »   Ce journaliste militaire rappelle aussi le profil particulier des combattants des sociétés militaires privées, dévoilé notamment après une fuite de données de Wagner obtenues par le journal pétersbourgeois Fontanka, en 2017. « Il s'agit de déclassés, de membres du lumpenprolétariat, assure M. Golts. Le recrutement est effectué en suivant le principe remontant au roi de Prusse Frédéric II : s'il y a de bons officiers, n'importe quel soldat fera l'affaire. Pourvu qu'il soit en bonne santé, qu'il ait fait son service militaire ou sache se servir d'une arme. » </text>
	

	<text titre="Libye Le grand marchandage entre Moscou et Ankara" date="2020 01 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="frédéric bobin (à paris), marie jégo et benoît vitkine" annee="2020" mois="1" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="diplomatie, ankara, moscou, grand, libye, janvier, marchandage, patron, istanbul" langue="fr"> Istanbul, Moscou correspondants - Les choses nous échappent en Libye » : ce cri du coeur a été lancé, le 15 janvier, à Bruxelles, par le patron de la diplomatie européenne, Josep Borrell. Plus de huit ans après la mort, en octobre 2011, de Mouammar Kadhafi et la chute de son régime, à la suite d'une insurrection épaulée par l'OTAN, l'équilibre régional autour de l'ex-eldorado pétrolier d'Afrique du Nord est en train de basculer. Plus de huit années d'absence, d'incohérences,de désintérêt américain et de luttes d'influence au sein d'une Union européenne obsédée par le double « péril » (migration et groupes armés) associé à la Libye ont fini par ouvrir un boulevard à des outsiders, trop heureux de s'infiltrer dans le champ de ruines.
Alors que les combats ravagent la périphérie de Tripoli depuis avril 2019, la Russie et la Turquie sont ces nouveaux acteurs se rêvant parrains d'une future solution politique en Libye. Edifiante, une scène a illustré ce grand retournement géopolitique en Méditerranée orientale : celle des retrouvailles, le 8 janvier, à Istanbul, entre le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et le chef du Kremlin, Vladimir Poutine. Ce jour-là, les deux hommes ont ostensiblement affiché leur complicité au moment d'annoncer le lancement de TurkStream, un gazoduc reliant la Russie à la Turquie via la mer Noire. Plus important, ils ont lancé un appel conjoint à un cessez-le-feu en Libye « à compter du 12 janvier » et, signe de leur influence croissante sur un terrain où ils étaient jusque-là plutôt discrets, la trêve a été relativement respectée par leurs affidés locaux. Dans la bataille en cours autour de Tripoli, Moscou soutient le maréchal dissident Khalifa Haftar, patron de l'Armée nationale libyenne (ANL) surtout enracinée en Cyrénaïque (Est). De son côté, Ankara appuie le gouvernement d'accord national (GAN) de Faïez Sarraj, basé à Tripoli et formellement reconnu par la communauté internationale.   Neuf mois après l'assaut déclenché par Haftar contre la capitale libyenne, Russes et Turcs ont ainsi démontré qu'ils étaient maîtres du tempo sur ce front, capables d'alterner à leur guise escalades et accalmies. Il s'agit là d'un changement fondamental. Le nouveau scénario en cours sur le théâtre libyen ressemble à s'y méprendre au processus d'Astana, de l'ancien nom de la capitale kazakhe qui avait hébergé, en mai 2017, les pourparlers entre la Russie, l'Iran et la Turquie, en vue d'une « désescalade » du conflit syrien, mais qui, dans les faits, a abouti à un partage de la région en zones d'influence, tout en marginalisant les négociations amorcées sous l'égide de l'ONU.  l'embargo sur les armes violéLe condominium turco-russe va-t-il réussir à préempter la médiation diplomatique sur la Libye, comme il l'a fait en Syrie ? Cette perspective affole les chancelleries occidentales, qui s'efforcent désespérément de reprendre la main. Le sommet international sur la Libye, qui a tenté, le 19 janvier, à Berlin, de remettre en selle une médiation des Nations unies dans les limbes, a-t-il permis d' « enfoncer un coin dans l'alliance turco-russe », selon la formule optimiste d'un diplomate européen ? Rien n'est moins sûr, notamment parce que le tropisme prononcé de Paris en faveur d'Haftar n'en finit pas de semer le trouble chez ses partenaires européens.   Deux facteurs ont contribué à ce grand recalibrage stratégique autour de la Libye. D'abord, l'impotence des Occidentaux, qui ont échoué à accompagner de manière cohérente la transition post-Kadhafi. Ensuite, l'activisme croissant en Méditerranée de Moscou et d'Ankara qui, au-delà de leurs différences, partagent la même détermination à prendre une sorte de revanche sur l'Occident. Pays émergents aux capacités limitées, la Russie (dont le PIB est égal à celui du Texas) et la Turquie (aux ressources plus faibles encore) sont, certes, beaucoup dans la posture. L'impuissance occidentale confinant à la faillite leur confère cependant un atout majeur.   C'est ainsi en mettant à profit le désespoir du GAN de Faïez Sarraj, abandonné par la communauté internationale qui l'avait pourtant elle-même installé à Tripoli, au printemps 2016, qu'Erdogan a pu s'imposer à Tripoli face à l'assaut du maréchal Haftar. « Nous n'hésiterons pas à nous entendre avec quiconque pourra nous aider d'une manière ou d'une autre à répondre à cette attaque », a déclaré M. Sarraj à la BBC, le 20 janvier. « Il est vrai que la communauté internationale n'a pas couru au secours du GAN », confirme au Monde Ghassan Salamé, l'envoyé spécial de l'ONU en Libye depuis juin 2017, qui s'avoue « déçu et blessé qu'après neuf mois de combats à Tripoli [ils n'aient] toujours pas de résolution du Conseil de sécurité appelant à un cessez-le-feu.   Les Russes y ont systématiquement opposé leur veto. Et les Français, plutôt bienveillants à l'égard des percées d'Haftar dans lequel ils voient un « homme fort » capable de sécuriser le Sud libyen frontalier du Sahel « se sont cachés derrière le veto russe pour ne pas apparaître trop ouvertement pro-Haftar au Conseil de sécurité », précise une source diplomatique. Pourtant, au regard des violations massives de l'embargo onusien de 2011 sur les livraisons d'armes, les raisons d'un sursaut de la communauté internationale ne manquaient pas.   Avec l'assaut lancé contre Tripoli en avril 2019, ces violations ont même atteint un niveau inégalé. Un rapport des Nations unies, datant du 15 janvier, relève ainsi que, sur un total de « 170 frappes de précision » d'avions de chasse opérant pour le compte d'Haftar contre des cibles du GAN, « soixante ont été conduites par des chasseurs étrangers. Si le rapport onusien n'identifie pas ces pays étrangers, les experts, eux, pointent l'Egypte et les Emirats arabes unis les deux plus gros soutiens militaires du maréchal, en sus des Russes.   Acculé, dépité par le mutisme international, le GAN s'est donc tourné vers les Turcs pour assurer sa survie. Le 27 novembre 2019, il a signé un double accord, sécuritaire et maritime, consacrant un échange de « services » : le soutien militaire d'Ankara contre l'acceptation par Tripoli d'une délimitation maritime avalisant les prétentions turques en Méditerranée orientale. Le 2 janvier, le Parlement d'Ankara votait une motion autorisant une intervention turque en Libye à double visage : l'un officiel, l'autre clandestin. Officiellement, Ankara a envoyé en Libye du matériel militaire (drones, véhicules blindés), intensifiant ainsi un soutien préexistant lui aussi au mépris de l'embargo sur les armes , ainsi que quelques dizaines de « consultants.   Or, derrière avec ces « consultants », il y a surtout des miliciens syriens proturcs. Le quotidien britanniqueThe Guardian évoque, dans son édition du 15 janvier, l'acheminement vers Tripoli de plus de 2 000 mercenaires syriens ce que confirme l'Observatoire syrien des droits de l'homme, basé à Londres. Une source diplomatique européenne évoque, quant à elle, le chiffre de « 800 à 1 000 » hommes. Selon la chercheuse américaine Elizabeth Tsurkov, spécialiste de l'opposition syrienne, les groupes convoyés sur le terrain libyen seraient issus de Liwa Al-Moutasem, des divisions Sultan Mourad et Al-Hamza, de Liwa Souqour Al-Chamal et Liwa Sultan Souleyman Chah. Toutes ces brigades sont actives dans le nord-ouest de la Syrie, dans la région d'Idlib, dernier fief de la rébellion opposée au régime de Damas.  l'enjeu des gisements de gazSelon les informations recueillies par Mme Tsurkov, grâce à ses contacts réguliers avec des combattants, ces derniers « se sont vu promettre par leurs commandants un salaire de 2 000 dollars par mois, ainsi que l'obtention de la nationalité turque après six mois d'engagement au combat. A ces troupes qui ne disent pas leur nom s'ajoute un renforcement substantiel des défenses antiaériennes à l'aéroport de Mitiga, à Tripoli, ainsi que dans la métropole portuaire de Misrata, bastion de la résistance anti-Haftar, afin de parer à la supériorité que s'est arrogée le maréchal dans les airs, grâce au soutien émirato-égyptien.   Un tel investissement vise, à court terme, à empêcher la chute du gouvernement de Tripoli. Sa survie est cruciale pour pérenniser l'accord du 27 novembre sur la délimitation des frontières maritimes en Méditerranée, qui permet à Ankara de s'approprier des zones également revendiquées par la Grèce et Chypre. La découverte de vastes gisements de gaz en eau profonde a accru l'importance géostratégique de cette région où Turquie, Chypre, Grèce, Egypte et Israël sont chacun engagés dans des activités d'exploration d'hydrocarbures.   L'inaugurationdu gazoduc TurkStream, début janvier, avait été précédée, quelques jours plus tôt, par la signature d'un projet concurrent : EastMed, fruit d'un partenariat entre la Grèce, Chypre et Israël. Dans cette bataille, l'accord maritime passé avec Tripoli est capital pour Ankara. Or, si Haftar devait conquérir Tripoli, il serait résilié d'un trait de plume : l'Egypte, Etat parrain du maréchal, est l'un des pays de la région les plus mobilisés contre les prétentions turques en mer Méditerranée.   Une autre motivation de la Turquie en Libye tient dans les perspectives alléchantes de contrats. En s'impliquant aux côtés du gouvernement de M. Sarraj, M. Erdogan espère en effet récupérer quelque 25 milliards de dollars de contrats, conclus à l'époque du colonel Kadhafi et qui ont été perdus en 2011. Avant la chute du dictateur, la Libye était le troisième marché international pour les entreprises turques, qui comptent bien y reprendre pied le jour où la reconstruction pourra commencer.   Surtout, la Libye représente pour Ankara un marchepied pour un dessein stratégique embrassant de bien plus vastes horizons. L'engagement militaire à Tripoli vise avant tout à se positionner pour pouvoir négocier face à face avec les Russes. Erdogan, qui estime avoir été trahi par ses « alliés » occidentaux lors du putsch raté du 15 juillet 2016, voit la Russie comme le partenaire nécessaire au rééquilibrage de ses rapports délités avec l'Occident. Si ce plan aboutit, la Libye deviendrait le chantier d'un processus de type « Astana bis », c'est-à-dire le prolongement de l'axe turco-russe déjà à l'oeuvre en Syrie. Astana n'a été possible que quand les Turcs ont compris qu'ils avaient perdu sur l'essentiel; dans le cas libyen, les deux acteurs sont d'accord pour sauter l'étape du combat à mort. Dans cette logique, la Libye risque d'être réduite à un simple actif dans un grand marchandage régional entre Turcs et Russes.   Afin de justifier ses visées en Libye et, au-delà, ses ambitions régionales, Erdogan n'hésite pas à convoquer les mânes du passé : l'Empire ottoman n'a-t-il pas exercé sa tutelle en Tripolitaine et en Cyrénaïque du XVIe siècle jusqu'en 1911, date où ces territoires furent perdus au profit de l'Italie ? « Nous sommes sur ces terres [en Libye] où nos ancêtres ont marqué l'histoire, parce que nous y avons été invités pour résoudre l'injustice et la persécution », a déclaré le président turc, le 9 janvier. Conscient que son aventurisme en Libye n'a pas l'assentiment de l'opinion turque contrairement aux interventions en Syrie et dans le nord de l'Irak , Erdogan tente d'exalter la fibre nationaliste pour convaincre les sceptiques.   Reste une question essentielle : à quel point les intérêts d'Ankara peuvent-ils coïncider avec ceux de Moscou ? L'engagement russe en Libye est indissociable d'un nom, celui de Mouammar Kadhafi. L'URSS fut ainsi le premier Etat à reconnaître la légitimité de son pouvoir après le coup d'Etat militaire mené par le jeune colonel libyen, en 1969. Les relations avec le bloc de l'Est ont ensuite constitué un axe important dans le développement de la Jamahiriya (« Etat des masses »), le régime politique se réclamant partiellement du socialisme mis en place dans le pays.   C'est de nouveau de Kadhafi qu'il est question en 2011. Son exécution, le 21 octobre, à Syrte, par des rebelles libyens, constitue un épisode fondateur de la diplomatie russe en Libye, qui l'a considérée comme une ultime trahison de l'Ouest, après le déclenchement de frappes aériennes outrepassant le mandat fixé par la résolution 1973 de l'ONU. A cela se sont greffées des considérations plus pragmatiques. En 2008, Vladimir Poutine avait donné le signal d'un « retour » russe au Maghreb en rencontrant Mouammar Kadhafi à Tripoli. A cette occasion, comme le notait Arnaud Dubien dans une note de l'Observatoire franco-russe (lié à la Chambre de commerce et d'industrie franco-russe), en septembre 2019, Moscou effaça 4,6 milliards de dollars de dette libyenne remontant à l'époque soviétique. Tripoli s'engageait alors à acheter pour 3 milliards de dollars d'équipements militaires. Un accord sur la participation de RZD, les chemins de fer russes, à la construction d'une ligne reliant Syrte à Benghazi, dans l'est du pays, avait également été conclu et les parts de Gazprom confirmées dans quatre projets gaziers. Dans le secteur du pétrole, Rosneft, autre poids lourd russe, avait en outre signé un accord-cadre avec la compagnie pétrolière nationale libyenne.   Ces considérations politiques et économiques ne suffisent cependant pas à expliquer la stratégie russe actuelle. Intervient aussi, ici comme ailleurs, un effet d'opportunité. « Poutine a vu un vide du pouvoir qui pouvait être comblé à peu de frais », assure ainsi l'ancien diplomate Vladimir Frolov, qui rappelle l'importance pour le Kremlin de délivrer un message politique : « Démontrer que les &quot;printemps arabes&quot; et les révoltes populaires ne peuvent mener à rien, et que les hommes forts autoritaires sont la seule solution possible au Proche-Orient. » De ce point de vue, le choix du maréchal Haftar paraît logique. Aux yeux de Moscou, l'homme a tout pour plaire : il est « le prototype de l'homme fort, d'une main ferme à la Kadhafi, et se présente comme un rempart à l'islamisme », souligne Alexandre Choumiline, directeur du Centre d'analyse des conflits au Moyen-Orient de l'Académie des sciences de Russie. Pour ne rien gâter, le militaire libyen a étudié en Union soviétique de 1977 à 1978 et en 1983.  Des mercenaires russes en renfortDès 2015, le maréchal s'est tourné lui-même vers Moscou pour demander un soutien, tout en promettant, selon Meduza, site d'investigation russe basé à Riga (Lettonie), « du pétrole, des chemins de fer, tout ce qu'[ils] voudr[aient]. Il a ensuite multiplié les visites en Russie. Ce n'est qu'à partir de 2017 qu'il a commencé à recevoir un appui russe, principalement l'envoi de mercenaires liés au « groupe Wagner », créé au début du conflit ukrainien, en 2014, et qui, depuis, a opéré en Syrie, au Soudan, en Centrafrique ou encore au Mozambique. Ces quelques centaines d'hommes entre 300 et 2 000, selon les estimations ont joué un rôle non négligeable dans le succès des offensives automnales du maréchal Haftar et sa marche vers Tripoli. Une trentaine de Russes auraient été tués dans des combats durant l'année 2019. Selon une source onusienne, Wagner ne serait pas la seule compagnie de sécurité russe impliquée dans le pays.   La vision d'une Russie revancharde misant sur un militaire renégat mérite cependant d'être nuancée. Selon de nombreux spécialistes russes, la position de Moscou sur le dossier libyen n'est pas univoque. L'appui à Khalifa Haftar est avant tout le fait du ministère de la défense, dont la coopération avec Wagner est un secret de Polichinelle. En novembre 2018, le maréchal était ainsi reçu à Moscou par le ministre de la défense, Sergueï Choïgou... en présence de l'homme d'affaires Evguéni Prigojine, tenu pour être le chef de Wagner. Cette connexion avec Wagner présente l'avantage de pouvoir être niée. « S'il y a des citoyens russes là-bas, ils ne représentent pas les intérêts de l'Etat russe et ne reçoivent pas d'argent de l'Etat russe », assurait ainsi Vladimir Poutine, le 11 janvier.   En réalité, le maréchal n'est pas la seule carte entre les mains des Russes en Libye. « Haftar est avant tout utilisé comme contrepoids [au gouvernement de Sarraj] à Tripoli et à l'action des Occidentaux », observe Andreï Tchoupriguine, professeur au Haut Collège d'économie à Moscou. Pour cet expert militaire, qui a passé dix ans dans la Libye de Kadhafi, il n'existe pas de stratégie russe déterminée : « Comme les autres acteurs internationaux, la Russie cherche à diversifier ses canaux et ses moyens d'influence, et à ne pas insulter l'avenir. Par ailleurs, il est clair pour tout le monde qu'aucun des deux acteurs Sarraj ou Haftar n'est capable de gouverner le pays de façon durable. »   C'est au ministère des affaires étrangères qu'il échoit de donner la ligne officielle, celle d'un soutien au pouvoir de Faïez Sarraj, reconnu par l'ONU. Les représentants du GAN de Tripoli ont été reçus à Moscou plus fréquemment que ceux du maréchal Haftar. Selon plusieurs sources, les diplomates se méfient de ce dernier et doutent de ses aptitudes à tenir la Tripolitaine.   D'autres centres de pouvoir pèsent sur le jeu russe en Libye, analyse encore M. Frolov : les services de renseignement (FSB), qui voient en Haftar un pion aux mains des Américains; les réseaux du dirigeant tchétchène, Ramzan Kadyrov, qui entretient des contacts à la fois avec Sarraj, avec les représentants de Misrata et avec des filières kadhafistes toujours actives. En somme, le soutien à Haftar est davantage un levier, un outil de négociation, qu'une fin en soi. A cet égard, la stratégie russe s'est révélée payante : Moscou a en effet réussi à s'imposer comme un acteur incontournable sur le terrain diplomatique, grâce à un investissement minimal (certaines sources assurent que la mission libyenne de la compagnie de sécurité Wagner est financée par l'Arabie saoudite) qui ne lui a valu qu'une réprobation internationale limitée. « Comme à l'époque soviétique, la Russie n'a pas les moyens d'être un acteur dominant ou décisif en Libye, explique M. Tchoupriguine. Les Libyens voient dans le jeu russe un moyen de contrebalancer d'autres influences. Et Moscou n'agit intelligemment que quand il accepte ce rôle... »  Une stratégie payanteCette stratégie a paru limpide au cours des discussions tenues à Moscou, le 13 janvier, dans le but de formaliser le cessez-le-feu déclaré quelques jours plus tôt. La partie russe a alors accepté de soutenir un texte inspiré par le partenaire turc et qui était peu favorable à Haftar, lequel se voyait bloqué dans sa dynamique de conquête. Sur les conseils de ses parrains égyptiens et émiratis, mais aussi, selon une source diplomatique, de ses amis français hostiles à ce que le tandem turco-russe préempte la médiation , Haftar a d'ailleurs claqué la porte des négociations. Le maréchal a depuis écrit une lettre à Vladimir Poutine dans laquelle il lui réaffirme son respect, tout en promettant de revenir à Moscou. Cet épisode rappelle que la priorité pour les Russes n'est pas de défendre les positions d'un camp ou de l'autre, mais de convertir leurs investissements passés sur la scène diplomatique.   « La relation avec la Turquie est bien plus importante que le dossier libyen, notamment pour obtenir des résultats en Syrie », souligne M. Tchoupriguine. Les deux pays, aux positions à l'origine radicalement opposées en Syrie, n'ont de fait cessé d'accroître leur coopération sur ce théâtre depuis l'accord d'Astana, et plus encore à la suite de l'offensive turque commencée en octobre contre les milices kurdes du nord-est du pays. Ankara demeure, aux yeux de Moscou, un acteur avec lequel il faut compter dans la perspective d'un règlement politique de la guerre en Syrie.   De la même manière, la Russie peut faire de la Libye un enjeu de négociations avec les Européens. A Paris, l'hypothèse d'un dialogue avec la Russie sur le dossier libyen n'est pas taboue, alors même qu'elle l'est vis-à-vis de la Turquie, pays avec lequel la France multiplie les contentieux. « Autant il nous faut isoler les Turcs sur la Libye, autant on veut bien travailler avec les Russes », confirme une source à Paris. La France pourrait ainsi servir de passerelle vers un arrangement entre la Russie et l'Europe, pour laquelle le dossier libyen est crucial tant sur la question migratoire que sécuritaire. « L'action de la Russie en Libye lui a permis de renforcer sa position dans ses discussions avec l'Europe, affirme M. Frolov. Moscou peut dès lors espérer des concessions sur les sujets qui lui importent davantage, à commencer par l'Ukraine. » Autrement dit, une manière pour les Européens de reprendre la main en Libye serait de substituer un compromis russo-européen à l'axe turco-russe.La Libye se trouve piégée dans un « grand jeu » triangulaire (Europe, Turquie, Russie) sans compter la pression régionale égypto-émiratie qui lui échappe totalement. </text>
	

	<text titre="Les petits signaux d'impatience de Moscou" date="2020 05 09T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2020" mois="5" jour="9" journal_clean="Le Monde" keywords="président, impatience, moscou, bachar, signaux" langue="fr"> Moscou correspondant - Moscou fait-il la démonstration publique de son impatience envers Da mas ? La publication, mi-avril, d'une série d'articles très critiques à l'égard du président syrien, Bachar Al-Assad, a piqué la curiosité des observateurs, qui y voient un moyen pour le Kremlin de faire part de son mécontentement.   Ces textes s'en prenaient à la corruption du régime syrien et à son impopularité :une « enquête d'opinion » attribuait ainsi à Bachar Al-Assad seulement 32 % d'intentions de vote pour la présidentielle de 2021. Surtout, ils sont apparus sur le site RIA FAN, contrôlé par l'homme d'affaires Evgueni Prigojine, tenu pour être le patron de la société de mercenaires de Wagner. Autrement dit, l'homme des basses oeuvres et des missions secrètes du Kremlin à l'extérieur de la Russie. D'autres sites confidentiels ont repris ces éléments de langage, insistant sur les « caprices de la famille Assad » ou posant la question théoriquement taboue à Moscou : « Qui peut remplacer Assad ? »
Les publications sur RIA FAN ont, elles, été effacées, et le site a été jusqu'à évoquer des « attaques informatiques » pour expliquer l'apparition de « fake news concernant le président syrien. Selon certains observateurs, M. Prigojine pourrait aussi avoir tenté de s'immiscer dans les luttes de clans qui déchirent actuellement Damas. Le père et le frère de Rami Makhlouf, cousin de Bachar Al-Assad tombé en disgrâce, sont installés en Russie et y disposent de relais.  Equation insolubleL'existence de désaccords, voire de conflits, entre les alliés russe et syrien n'est pas une nouveauté, même si ceux-ci restent le plus souvent tus. L'équation, insoluble, est connue depuis longtemps : sans Moscou, Assad a perdu; hors Assad, Moscou est perdu.   Sauf que, ces dernières semaines, les agendas des deux parties ont fortement divergé : mise à mal par la chute des cours du pétrole et l'épidémie due au coronavirus, la Russie veut éviter de nouvelles escalades, notamment avec la Turquie, alors que Damas pousse à la confrontation dans le nord-ouest du pays, à Idlib. « Moscou utilise des canaux diplomatiques, des canaux politiques, ces signaux sont en quelque sorte un complément, note Aleksandr Choumiline, directeur du Centre d'études sur le Moyen-Orient de l'Académie des sciences de Russie. Il y avait déjà eu des désaccords, mais moins sérieux. Aujourd'hui, la Russie a besoin d'une solution politique, réelle ou fictive, pour sortir le sujet syrien de l'agenda. »   L'agence Bloomberg cite quatre sources au sein du pouvoir russe qui confirment, anonymement, l'impatience russe face à l'inflexibilité de Bachar Al-Assad, autant sur le plan régional que dans les discussions avec l'opposition pour une résolution politique du conflit.   « Malgré des succès tactiques, remportés principalement grâce au soutien de l'aviation russe, la campagne à Idlib a montré les limites de ce qui est possible par le biais militaire, écrit l'ancien diplomate russe Aleksandr Aksenenok. Il est temps pour la Turquie et la Russie de chercher des compromis significatifs basés sur une vision commune de ce que peut être l'avenir politique de la Syrie. »   La publication de la tribune corrosive de M. Aksenenok par le Conseil russe des affaires internationales, une structure affiliée aux autorités, a elle aussi été interprétée comme un moyen pour Moscou de rendre public son mécontentement et de faire pression sur Damas. Des sites moyen-orientaux ont voulu y voir l'existence d'un « accord entre la Russie, la Turquie et l'Iran pour renverser Assad. M. Aksenenok est toutefois connu pour être un partisan de longue date du compromis en Syrie, et exprime régulièrement son scepticisme vis-à-vis d'Assad.   « Il y a beaucoup de fantasmes dans l'analyse de ce que Moscou pourrait vouloir dire à Damas, estime aussi Maxime Soutchkov, expert sur le Moyen-Orient et qui travaille précisément au sein du Conseil russe pour les affaires internationales. Certains experts poussent leurs opinions, ou les testent dans le débat public, mais l'humeur à Moscou, s'agissant des affaires internes syriennes, est plutôt au wait and see. » </text>
	

	<text titre="Evgueni  Prigojine, un influent mercenaire russe en Syrie" date="2020 05 15T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="vadim kamenka" annee="2020" mois="5" jour="15" journal_clean="l'Humanité" keywords="evgueni, militaire, moscou, intervention, russe, wagner, privées, militaires, syrie, groupe" langue="fr"> Depuis l'intervention militaire de Moscou en 2015, les compagnies militaires privées n'ont cessé de voir leur influence grandir, et dont le groupe Wagner.Parmi les divers acteurs qui interviennent dans les relations russo-syriennes, l'un d'entre eux se démarque : Evgueni Prigojine. Ce dernier n'est pas étranger aux sondages relayés dans la presse russe visant Bachar Al Assad grâce à son site RIA FAN. Qui est-il ? Homme d'affaires, proche de Vladimir Poutine, il possède de nombreuses sociétés touchant des secteurs aussi différents que l'information et la défense. Le journal de Saint-Pétersbourg Fontanka a été le premier à révéler ses liens avec le groupe Wagner, une société de militaires privées (SMP). En est-il le fondateur ?, le financier ? Le flou demeure car ce type d'activités est strictement illégal en Russie, selon le Code pénal, et elles sont enregistrées en tant que sociétés commerciales. Mais celles-ci sont apparues en nombre croissant depuis les années 2000 en accompagnement des opérations militaires russes ou pour des besoins stratégiques moins visibles : Caucase, Ukraine, Syrie, Libye, République centrafricaine, Soudan.
Le groupe Wagner va connaître un essor considérable avec l'intervention militaire russe en Syrie, à partir du 30 septembre 2015. Moscou déploie en plus de ses forces régulières et spéciales de nombreux volontaires désignés comme des « Kontraktniki » (contractuels). Mais c'est durant le conflit dans le Donbass (Ukraine), qui éclate en avril 2014, que se constitue l'embryon de la SMP, autour de soldats aux convictions ultranationalistes. Il est dirigé par le lieutenant-colonel de la GRU (renseignement militaire) Dmitry Utkin, également fondateur du Corps slave, autre société de mercenaires. Ce dernier, proche des milieux néonazis, donne le nom de Wagner en hommage à l'antisémitisme du compositeur allemand...   Evgueni Prigogine reprend en main le groupe à partir de 2016. « Ces mercenaires participeront à plusieurs batailles comme la reconquête de Palmyre en fournissant une présence au sol, qui manquait jusqu'alors au commandement militaire russe », expliquait le quotidien Novaya Gazeta. Evgueni Prigojine profite de ses bonnes relations avec le président russe pour obtenir un certain nombre de contrats en Syrie à travers une autre de ses sociétés, Euro-Polis. Le gouvernement syrien le charge d'assurer la protection des champs pétroliers et gaziers. Trop visible, le groupe est réaffecté notamment en Libye et en République centrafricaine. </text>
	

	<text titre="Ces signaux du Kremlin qui inquiètent Bachar Al Assad" date="2020 05 15T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="pierre barbancey" annee="2020" mois="5" jour="15" journal_clean="l'Humanité" keywords="al, russe, makhlouf, rami, kremlin, businessman, critiques, bachar, vladimir, assad, cours, signaux" langue="fr"> L'intensification des critiques de la presse russe pourrait illustrer l'impatience de Vladimir Poutine. La récente disgrâce du businessman Rami Makhlouf s'inscrit dans ces manoeuvres en cours. Décryptage.Il s'appelle Rami Makhlouf. Il a 51 ans. C'est un homme d'affaires syrien, mais pas n'importe lequel. Il est le cousin germain et ami d'enfance du président Bachar Al Assad, dont il pourrait maintenant, indirectement, causer la chute. Il fait partie de ceux qui ont largement bénéficié de la nouvelle politique économique mise en place à partir de l'année 2000, lorsque Bachar a pris la succession de son père décédé, Hafez Al Assad. Une nouvelle politique économique caractérisée par la déréglementation, les privatisations et l'ouverture à l'économie de marché.
Si, pour le peuple syrien, ces nouvelles orientations se sont très vite traduites par plus de difficultés - notamment avec la suppression de l'aide aux produits de première nécessité -, pour les personnalités bien en cour, un véritable eldorado s'est présenté. C'était le cas de Rami Makhlouf, qui, entre autres, a créé une holding dans laquelle on trouve la société de téléphonie Syriatel.   L'économie syrienne proche de la banqueroute  Très vite, il a investi dans le secteur des services : les banques, les assurances, l'immobilier, le secteur de l'électricité... Son sens des affaires associé à ses liens familiaux ont fait de lui le businessman le plus puissant du pays et l'un des principaux soutiens financiers du régime baathiste. Pourtant, malgré son entregent, il n'est plus intouchable. Il semble qu'aujourd'hui le cousin Bachar a décidé de le sacrifier pour sauver son avenir. Mais Rami Makhlouf n'est pas disposé à se laisser faire. Il a publié deux vidéos inattendues sur Facebook, dans lesquelles il interpelle le président Assad tout en s'épanchant sur des impayés réclamés par l'État (162,2 millions d'euros) et les mesures d'intimidation des services de sécurité. En décembre, les autorités syriennes avaient annoncé le gel des avoirs de plusieurs hommes d'affaires, pour évasion fiscale et enrichissement illégal depuis 2011. Lui, régulièrement conspué par les manifestants, ne pensait pas se trouver dans la fournée, comme il s'en est étonné sur l'une des vidéos postées : « Quelqu'un peut-il imaginer que les services sécuritaires sont arrivés jusqu'aux entreprises de Rami Makhlouf, qui a été le plus grand soutien et parrain de ces appareils pendant la guerre ? »   Pourquoi l'homme est-il ainsi lâché par ses puissants protecteurs parfaitement au courant de ses activités ? En apparence, mais en apparence seulement, on assisterait à un règlement de comptes à OK Damas. Il faut au contraire scruter la crainte de Bachar Al Assad d'être éjecté du pouvoir. Alors que le danger d'un renversement par l'opposition est maintenant écarté, le président syrien, à la tête d'un pays dans une situation économique proche de la banqueroute (l'inflation a dépassé les 100 % en 2019), commence à se méfier de ses alliés, et particulièrement de la Russie. Il ne lui a pas échappé que, depuis quelque temps, les médias russes sont plus critiques à son égard. « La Russie soupçonne Al Assad non seulement de ne plus pouvoir diriger le pays, mais aussi que le chef du régime syrien traîne Moscou vers le scénario afghan, ce qui est une possibilité très déconcertante pour la Russie », a même écrit l'agence Tass.   Dans un article publié en ligne début mai par le site du Conseil russe pour les affaires internationales (Riac), considéré comme proche du Kremlin, son vice-président, Alexander Aksenyonok, par ailleurs ancien ambassadeur de Russie en Syrie, n'y va pas avec le dos de la cuillère. Il dénonce « les pots-de-vin dans le commerce, le transit, les transports et les convois humanitaires en faveur d'une chaîne composée d'unités privilégiées de l'armée, de services de sécurité, de médiateurs commerciaux et de grands entrepreneurs », qu'il désigne comme « proches de la famille du président ». Autant de cercles qu'un « règlement pacifique n'intéresse pas ». Plus intéressant encore, il estime que la Russie doit « repenser l'avenir de la Syrie, en particulier le sort des dirigeants syriens. Damas n'est pas intéressé par une approche flexible à long terme et à la place parie sur des solutions militaires ».   Pour l'heure, aucune décision n'a été prise par Moscou. Mais les signaux qui se multiplient ne doivent rien au hasard. Comme ce « sondage » publié sur le site de l'Agence d'information fédérale (FAN), affirmant que Bachar Al Assad ne serait soutenu que par 32 % des Syriens. Il aurait été réalisé par la Fondation pour la protection des valeurs nationales, dirigée par Alexander Malkevitch, en partie lié aux services de sécurité et à l'entourage du président russe. Vraie ou fausse, « l'information » a été retirée depuis. Or, la FAN appartient à Evgueni Prigojine, le patron du groupe de mercenaires Wagner (lire ci-contre), candidat malheureux à l'exploitation de sites pétroliers et chimiques en Syrie. Il lui a été préféré des investisseurs iraniens...   Le pouvoir syrien continue à jouer le blocage  Les tensions entre Moscou et Damas sont patentes même si, d'un côté comme de l'autre, on tente de régler les problèmes loin du tintamarre médiatique. Pour la Russie, il est temps maintenant de passer à la phase de la solution politique, notamment par la rédaction d'une nouvelle Constitution. Mais le pouvoir syrien continue, dans ce domaine, à jouer le blocage et entend poursuivre sa campagne militaire jusqu'à reprendre la province d'Idleb. Ce qui éloigne d'autant la reconstruction du pays alors que le Kremlin compte sur les juteux marchés qui en découleront, un peu comme un retour sur investissement.   Pour alléger les pressions, Bachar Al Assad s'appuie sur la stratégie iranienne. Téhéran, soumis aux sanctions américaines et aux menaces israéliennes (Tel-Aviv menant des raids aériens sur les forces pro-iraniennes en Syrie), ne voit aucune raison de jouer la stabilité. L'armée syrienne fait d'ailleurs remarquer - non sans ressentiment - que les fameux missiles S-300 russes, seuls capables de contrer les attaques venues de Tel-Aviv, sont bien installés sur le territoire syrien mais pas activés !   Vladimir Poutine, qui cherche maintenant une issue politique et non militaire, sait exploiter sa position de seul dirigeant à pouvoir parler avec tous ses homologues dans la région. Y compris avec Benyamin Netanyahou et avec Recep Tayyip Erdogan. Le président turc, dont les troupes sont également en Syrie, commence, enfin, à faire pression sur le groupe djihadiste Hayat Tharir al-Cham, qui contrôle Idleb. Ankara a fait savoir que le départ de Bachar Al Assad était un prérequis pour mettre fin à ses opérations en Syrie mais garde en réalité un oeil agressif sur lesforces kurdes au Nord-Est syrien.   Pour Bachar Al Assad, une course contre la montre est en cours. Il lui faut tout à la fois montrer qu'il détient encore fermement les rênes du pays - d'où cette attaque contre Rami Makhlouf - et écarter toute tentative de le remplacer en empêchant une quelconque fragmentation des cercles du pouvoir d'où pourrait surgir une personnalité. À l'inverse, le cousin businessman, en prenant le risque d'étaler ses problèmes sur la place publique, donne corps à la recherche d'une solution alternative à la tête de l'État syrien. Toutes les options sont encore possibles. </text>
	

	<text titre="Vladimir Poutine rame à faire rêver les Russes" date="2020 06 05T00:00:00" journal="Libération" auteur="par lucien jacques correspondant à moscou" annee="2020" mois="6" jour="5" journal_clean="Libération" keywords="réforme, constitutionnelle, poutine, enthousiasme, mandats, russes, vladimir, autour, représenter" langue="fr"> Le Président tente de mobiliser autour de la réforme constitutionnelle qui lui permettra de se représenter pour au moins deux mandats de six ans. Sans rencontrer beaucoup d'enthousiasme.   Un petit garçon dans un orphelinat, à qui l'on annonce qu'il vient d'être adopté. Une employée le filme se préparant, tout sourire, à faire la connaissance de ses futurs parents. C'est d'abord le père qui fait apparition, prend l'enfant dans ses bras, l'embrasse. Ils sortent de l'orphelinat, et le sourire du gamin s'efface d'un seul coup. «Et ma nouvelle maman, elle est où?» «Comment ça, elle est où ? se récrie son nouveau père. La voilà ta nouvelle man !» Près de la voiture, une mauvaise caricature d'homosexuel efféminé.
L'histoire DU Alors que le couple s'éloigne avec l'enfant effondré, la caméra pivote vers le visage plein de mépris des employées de l'orphelinat. La plus âgée crache par terre de dégoût; et une voix off s'interroge gravement: «Quelle Russie choisiras-tu? Décide de l'avenir du pays, vote pour la réforme constitutionnelle.» Cette vidéo d'une homophobie particulièrement crasse a JOUR été diffusée sur Internet, mardi, par une agence de relations publiques appartenant à Evgueni Prigojine, un oligarque du premier cercle de Vladimir Poutine. Bannie de YouTube deux jours plus tard, la vidéo reste disponible sur d'autres plateformes. Elle n'est qu'un exemple de la campagne de communication intense déployée depuis plusieurs jours en Russie pour accompagner le retour au premier plan de la réforme constitutionnelle annoncée en février et dont le vote a été repoussé plusieurs fois à cause de l'épidémie de coronavirus. Le référendum est désormais prévu le 1er juillet.   Défense de la langue russe, droit de regard de la Cour suson prême sur l'application des traités internationaux en Russie, mention de Dieu dans la loi fondamentale, définition du mariage comme «l'union d'un homme et d'une femme» et protection de la famille traditionnelle : tous les enjeux de la réforme à venir sont mis en avant. Tous sauf un, le plus central pourtant : la disposition, introduite par surprise par le Parlement russe le 10 mars, qui prévoit de remettre à zéro la limitation du nombre de mandats présidentiels après l'adoption de la réforme. Cela revient à autoriser Vladimir Poutine, au pouvoir depuis l'an 2000, à se représenter en 2024 pour potentiellement deux nouveaux mandats de six ans.   Illusion. «Je pense qu'ils [au Kremlin, ndlr] se rendent bien compte que ce sujet énerve les gens, que tout le monde se souvient que Poutine avait promis à plusieurs reprises de ne pas s'accrocher sans fin au pouvoir, commente Fiodor Kracheninnikov, chroniqueur politique. Ils préfèrent parler de tout, sauf de l'essentiel, dire aux gens ce qu'ils s'imaginent qu'ils ont envie d'entendre.» Surtout, analyset-il, le but est d'occuper l'espace médiatique et de provo-quer des réactions, de donner l'illusion d'un débat public enflammé autour d'une réforme constitutionnelle qui ne bénéficie en réalité d'aucune réelle dynamique. A cause de la pandémie, de report en report du vote, celle-ci s'est perdue. Les annonces sociales de février ne sont plus qu'un lointain souvenir, balayées par la crise économique due au confinement. Et si les restrictions aux déplacements sont en train d'être levées dans la plupart des régions russes, beaucoup d'électeurs risquent d'être découragés le jour du vote par le nombre toujours élevé de nouveaux cas de Covid annoncés quotidiennement.   «Silence». Et malgré la mise en place d'un système de vote par correspondance, propice à toutes les manipulations, le taux de participation réel devrait rester bas, tant le sujet de la réforme constitutionnelle ne déchaîne pas les passions des Russes : ni pour ni contre. «Quand certains opposants ont essayé d'organiser des campagnes sur le thème &quot;défendons notre Constitution&quot;, ils ont rencontré un silence assourdissant, constate Fiodor Kracheninnikov. Pour les Russes, la Constitution n'a pas d'importance symbolique. Personne ne s'attend à ce qu'elle le protège de quoi que ce soit, et personne n'a envie de faire quoi que ce soit pour la protéger non plus.» Quant à l'idée du maintien au pouvoir de Vladimir Poutine après 2024, elle n'inspire à la majorité des Russes qu'une indifférence maussade, nourrie par l'absence d'alternatives, l'usure du pouvoir d'un président qui ne bénéficie plus de l'élan d'enthousiasme provoqué par les aventures militaires de 2014 (Ukraine) et 2015 (Syrie), la stagnation économique Et surtout par la conviction que les jeux sont toujours déjà faits. «Le Kremlin fera ce qu'il veut des résultats et de toute façon, Poutine va rester s'il l'a décidé, conclut Kracheninnikov. Quelle forme il donne à son pouvoir, qu'il change de poste pour devenir président du Conseil d'Etat, de l'Union Russie-Biélorussie, qu'il reste président éternellement, au fond, quelle différence ?» ? </text>
	

	<text titre="La Libye livrée aux ingérences extérieures" date="2020 07 07T00:00:00" journal="La Croix, no. 41751" auteur="françois d'alançon" annee="2020" mois="7" jour="7" journal_clean="La Croix" keywords="arabes, extérieures, unis, ingérences, turquie, véritable, émirats, russie, libye" langue="fr"> L'internationalisation du conflit transforme la Libye en une véritable tour de Babel. Les Émirats arabes unis, la Turquie et la Russie forment aujourd'hui le sommet de l'iceberg dans une myriade d'ingérences extérieures. Les Émirats arabes unis, acteur discret mais véritable pivot de la coalition internationale des pays derrière Khalifa Haftar, disposent d'une base aérienne dans l'Est libyen, à Al-Khadim, à 105 kilomètres à l'est de Benghazi. Un pont aérien quasi permanent y achemine mercenaires, matériel et munitions. Al- Khadim est ainsi le centre névralgique pour le soutien aérien et logistique, fourni et financé par Abu Dhabi, qui y stationne ses drones chinois et ses avions.
Après leur retrait, fin mai, du front de Tripoli, les mercenaires du groupe Wagner, la société militaire privée, fondée par l'oligarque russe Evgueni Prigojine, proche du Kremlin, se sont regroupés sur la base aérienne d'Al-Jufra, à 250 kilomètres au sud de Syrte. Au mois de juin, les soutiens russes de Khalifa Haftar ont mis à profit l'accalmie dans les combats pour consolider leur dispositif dans ce verrou stratégique pour le contrôle de l'espace aérien et du croissant pétrolier. Les paramilitaires disposent d'un équipement important avec des avions de combat MiG-29 et des bombardiers Sukhoi Su-24, acheminés de Russie, via la Syrie.   Le groupe Wagner a également fortifié les défenses de Syrte avec des systèmes de défense antimissile Pantsir, le déploiement de supplétifs syriens et une utilisation massive de mines antipersonnel. Toujours au mois de juin, les hommes de Wagner, accompagnés de combattants soudanais, ont aidé les forces pro-Haftar à contrôler le champ pétrolier d'Al-Sharara, dans le Sud-Ouest libyen. « Le travail accompli par les mercenaires russes avec l'assistance logistique des Émirats illustre le caractère hybride de la mission Wagner en Libye, à la fois sous-traitante des Émirats et entretenant des liens étroits avec le Kremlin,commente Jalel Harchaoui, chercheur à l'Institut Clingendael . La dynamique des ingérences étrangères à l'oeuvre en Libye ne se résume pas à un partage d'influence binaire entre la Turquie et la Russie. »À l'ouest du pays, Ankara a déployé, au début de l'année, plus d'une centaine de conseillers militaires et livré, par bateau et par avion, des cargaisons d'armes, d'équipement militaire et de défense aérienne à Tripoli et Misrata, sans compter plusieurs milliers de combattants syriens. Les militaires turcs veulent s'installer durablement sur la base aérienne d'Al-Watiya, prise le 18 mai aux forces de Khalifa Haftar, à 27 km de la frontière tunisienne, et sur la base navale de Misrata.   Après avoir suspendu son assistance au gouvernement d'union nationale (GNA) à l'automne 2019, Ankara n'a doublé la mise qu'après l'avoir forcé à conclure, en novembre 2019, deux accords sur les droits maritimes et la sécurité. Début 2020, l'intervention de la Turquie a rapidement modifié l'équilibre des forces et permis aux forces du GNA de contrôler la totalité de l'Ouest libyen. Depuis le mois de juin, la ligne de front s'est stabilisée à l'ouest de Syrte, à la charnière de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque, deux zones mises de facto sous tutelle étrangère.   Quels sont les objectifs de ces trois puissances en Libye ? « Les Émirats arabes unis se sont recentrés sur leur stratégie fondamentale de lutte contre les Frères musulmans, perçus par eux comme une menace pour la stabilité du monde arabe », affirme Pierre Razoux, directeur de recherche à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (Irsem).   Sous la houlette du prince Mohammed Ben Zayed (MBZ.), Abu Dhabi joue les chefs d'orchestre en se positionnant sur tous les registres - politique, militaire et financier - à sa disposition. Le prince héritier et ministre de la défense peut compter sur un réseau relationnel éclectique, tissé aux États-Unis, en Russie et en France, sans compter son rapprochement avec le régime de Bachar Al Assad.   Pour la Russie, le soutien apporté à Khalifa Haftar, sous couvert de la compagnie Wagner, lui a permis de reprendre pied sur le théâtre libyen, tout en continuant à dialoguer avec la Turquie. Une carte utile pour se positionner comme interlocuteur dans le jeu régional et bénéficier des éventuelles retombées économiques.   Moscou ne mise pas exclusivement sur le maréchal Haftar, comme l'a montré le retrait des hommes de Wagner à fin du mois de mai. En liaison avec l'Égypte, le Kremlin met désormais en avant le président du Parlement de Tobrouk Aguila Salah et pousse à l'inclusion de kadhafistes en Cyrénaïque.   Pour la Turquie, le soutien au gouvernement de Tripoli fait partie d'ambitions stratégiques plus vastes, souligne l'International Crisis Group, dans un rapport publié fin avril. L'intervention militaire turque vise à sauvegarder ses intérêts géopolitiques en Méditerranée orientale, face aux projets d'exploitation des ressources en hydrocarbures de la Grèce, Chypre et Israël, à préserver une sphère d'influence au Maghreb face à une coalition de pays arabes hostiles, et à sécuriser les intérêts économiques turcs en Libye.   L'aventure libyenne de Recep Tayyip Erdogan n'est pas sans risques. À Tripoli, désormais sous parapluie turc, des lignes de fractures oubliées dans les quatorze mois de guerre contre Haftar reviennent en force entre groupes rivaux. La réforme sécuritaire envisagée par Ankara aiguise les amertumes et les appétits. « Au mois de juin, Ankara a laissé Syrte lui échapper et n'a pas montré un grand savoir-faire dans le domaine diplomatique et économique, note Jalel Harchaoui. Cela pourrait se traduire par des déconvenues dans la négociation en cours sur la reprise des exportations de pétrole et le partage de la rente entre l'Ouest et l'Est. La viabilité économique de la Tripolitaine où se trouve la plus grande partie de la population n'est pas assurée. »La pause actuelle dans les combats peut-elle déboucher sur un arrangement sous parrainage turco-russe ? Jusque-là, Moscou a choisi de soutenir l'initiative égyptienne de relance du processus de négociation, qualifiée par Fayez Al Sarraj de « manoeuvre pour trouver des rôles pour certaines personnalités ».  « La Russie et la Turquie se tiennent mutuellement. Chacun a besoin de l'autre, mais la Libye n'est pas aussi importante pour la Russie qu'elle l'est pour la Turquie », analyse Pierre Razoux. Le gel des opérations miliaires sur la ligne de front reflète la volonté de Moscou et d'Ankara d'éviter une confrontation directe.   Rien n'indique toutefois que le statu quo perdure, dans le ménage à trois entre Moscou, Ankara et Abu Dhabi. Les raids aériens d'avions de combats non identifiés, mais vraisemblablement émiratis, dimanche 5 juillet, sur la base d'Al-Watiya, sous contrôle turc, ne sont peut-être qu'un avant-goût de l'escalade à venir. « Non seulement les Émirats arabes unis et la Turquie ne se font pas confiance mais ils se détestent », ajoute Jalel Harchaoui. </text>
	

	<text titre="La ville libyenne de Syrte plongée au coeur d'une bataille d'influence" date="2020 07 23T00:00:00" journal="La Croix, no. 41764" auteur="d'alancon françois" annee="2020" mois="7" jour="23" journal_clean="La Croix" keywords="ville, libyenne, syrte, bataille, croissant, forces, libyen, accès" langue="fr"> Syrte, ville natale de Kadhafi et verrou stratégique pour l'accès au croissant pétrolier, devient l'enjeu d'une féroce bataille d'influence. Du côté des forces pro-Haftar, l'homme fort de l'est libyen, les paramilitaires du groupe Wagner, la société militaire privée, fondée par l'oligarque russe Evgueni Prigojine, proche du Kremlin, sont en première ligne.   Depuis plus d'un mois, épaulés par des supplétifs syriens, ils ont fortifié la ville avec des systèmes de défense antimissile, des tireurs d'élite et une utilisation massive de mines antipersonnel. À tout moment, les avions stationnés sur la base aérienne d'Al-Joufra, à 250 kilomètres au sud, peuvent leur prêter main-forte.
«Le groupe Wagner a fait l'essentiel du travail, avec le soutien financier et logistique des Émirats arabes unis, pour s'assurer que les forces du Gouvernement d'union nationale (GNA), soutenu par la Turquie, ne puissent pas s'en emparer,explique Jalel Harchaoui, chercheur à l'Institut Clingendael . Lancer une offensive sur Syrte est devenu une décision très lourde à prendre pour Ankara, car le coût de l'opération a été rendu très élevé.»Pour l'heure, les forces pro-GNA se contentent de renforcer leurs positions sur la ligne de front, à l'ouest de Syrte, tandis qu'Ankara conditionne un cessez-le-feu au retrait des forces pro-Haftar.   En dépit des tensions, le dialogue entre la Turquie et la Russie se poursuit. «La nature à la fois compétitive et coopérative des relations turco-russes va jouer à Syrte et à Al-Joufra, souligne Galip Dalay, chercheur à la Robert Bosch Academy. Concrètement, la Turquie pourrait se montrer ouverte à d'autres options pour la gouvernance de Syrte qu'un contrôle total par les forces pro-GNA. Une administration locale de ces zones, ou la présence d'une force internationale, pourrait être une alternative au contrôle exclusif de la ville par l'un ou l'autre des deux camps. »Dans ce contexte, le feu vert donné par les députés égyptiens, lundi 20 juillet, à une possible intervention armée en Libye se veut d'abord dissuasif. «L'Égypte pourrait éventuellement occuper une bande de territoire libyen à l'ouest de la frontière égypto-libyenne pour se protéger de la menace turque, affirme Jalel Harchaoui. En revanche, le coût humain et financier d'une intervention à Syrte pour contrer une offensive des forces du GNA aurait un potentiel déstabilisateur pour le gouvernement égyptien.»Le Caire, déjà confronté à beaucoup de problèmes - la pandémie de coronavirus, la crise économique, une situation critique dans le Sinaï -, se montre prudent.   Après son succès initial, l'aventure libyenne de Recep Tayyip Erdogan semble donc marquer le pas. L'intervention militaire turque a été décisive pour permettre aux forces du GNA de repousser l'offensive du maréchal Haftar sur Tripoli et de reprendre le contrôle de la Tripolitaine. Ankara pourrait avoir plus de mal à avancer ses pions dans la bataille pour les gisements d'hydrocarbures en Méditerranée orientale. L'accord signé en novembre 2019 avec le gouvernement de Tripoli était censé lui donner accès à une zone économique exclusive au large des côtes libyennes. Or, ce projet n'est pas réalisable sans le contrôle du croissant pétrolier à l'est de Syrte. </text>
	

	<text titre="Qui veut la peau de l'opposant Navalny ?" date="2020 08 21T00:00:00" journal="Libération" auteur="par lucien jacques correspondant à moscou" annee="2020" mois="8" jour="21" journal_clean="Libération" keywords="navalny, alexeï, opposant, avion" langue="fr"> Jeudi matin, à bord de l'avion qui le ramenait de Tomsk vers Moscou, Alexeï Navalny est pris d'un violent malaise. Sur une vidéo diffusée par un passager du même vol, on l'entend hurler de douleur. L'avion se pose en urgence à Omsk, l'opposant est aussitôt hospitalisé dans un état grave, sous respiration artificielle et dans le coma. «Dans l'ambulance, les médecins disaient qu'il s'agissait d'un empoisonnement, explique sa porte-parole Kira Yarmysh, présente à ses côtés pendant le voyage. Ce n'est qu'après qu'ils se sont mis à raconter autre chose.» Dans les heures qui suivent, la situation se complique. La police arrive en nombre à l'hôpital, les médecins se murent dans le silence, se contentant, en début d'après-midi, d'annoncer que l'état de santé de l'opposant est «stabilisé». Son médecin personnel n'est pas autorisé à lui rendre visite. L'administration de l'hôpital refuse de délivrer les certificats nécessaires pour organiser une évacuation vers un établissement spécialisé en Europe. La France a déjà proposé de l'accueillir si nécessaire. Les médias d'Etat russes, eux, entament aussitôt leur travail de sape, mettant en doute la réalité de l'empoisonnement, insinuant qu'Alexeï Navalny aurait trop bu la veille au soir, ou aurait pu être sous l'effet de stupéfiants Les attaques enragent ses partisans. «Alexeï Navalny a toujours eu une santé de fer, il faisait du sport régulièrement et depuis dix ans que je le connais je ne l'ai pas vu une seule fois abuser de l'alcool», s'indigne Lioubov Sobol, juriste au sein de l'équipe de Navalny. Pour eux, le commanditaire est évident: «C'est Poutine, assure Kira Yarmysh. Qu'il ait donné l'ordre personnellement ou non, c'est lui qui est entièrement responsable.» PROCÈS COUSUS DE FIL BLANC Depuis longtemps, l'avocat de 44 ans spécialisé dans la lutte contre la corruption est le visage le plus identifiable de l'opposition au régime de Vladimir Poutine. Dans les sondages sur la popularité des hommes politiques russes, il est le seul opposant «hors système» à apparaître régulièrement. Ses scores restent cependant très bas : selon une enquête du centre Levada de mai, seuls 4% des Russes le citent spontanément parmi ceux qui leur inspirent confiance ; contre 25 % à Vladimir Poutine, en tête du classement.
Moscou KAZ. CHINE INDE 1500 «Je ne pense pas que Poutine ou un de ses proches ait donné l'ordre de le faire empoisonner, estime Tatiana Stanovaya, du think tank R.   Politik.   Pour Poutine et son administration, Navalny n'est pas une menace sérieuse.» Au contraire, estiment plusieurs observateurs, le risque que l'assassinat de l'opposant en fasse un martyr est l'un des cauchemars des stratèges du Kremlin. Quelques heures après l'annonce de l'hospitalisation de Navalny, le porte-parole de la présidence, Dmitri Peskov, lui souhaitait «un prompt rétablissement» et lui promettait «toute l'assistance nécessaire et le meilleur des traitements médicaux, comme à tout citoyen russe». Laissant entendre que Navalny n'est pas un dangereux adversaire, mais un simple citoyen mal en point.   Océan glacial Arctique RUSSIE Omsk JAPON Depuis les élections municipales de Moscou en 2013, qu'il a perdues face au candidat du pouvoir Sergueï Sobianine, mais avec un score inquiétant de presque 30%, Alexeï Navalny ne s'est plus impliqué directement dans la compétition électorale. Son casier judiciaire, alourdi par des procès plus ou moins cousus de fil blanc, l'en empêche. Il reste néanmoins très actif dans la vie politique, organisant et inspirant les candidatures de l'opposition et faisant Océan Pacifique km infatigablement la promotion du «vote intelligent», c'est-à-dire le boycott de tous les candidats liés au pouvoir. La méthode a fait ses preuves, et plusieurs sortants soutenus par le Kremlin dans des régions ont ainsi été éjectés Une série d'élections régionales est justement prévue pour le mois de septembre. «Le vote intelligent, c'est le projet principal de Navalny en ce moment, écrit Dmitry Aleshkovskiy, fondateur du média indépendant Takie Dela. Je ne pense pas qu'il faille chercher plus loin des causes de son empoisonnement.» Mais dernièrement, c'est moins l'activisme électoral que la dénonciation de la corruption de l'élite au pouvoir qui a occupé Alexeï Navalny.   Figure politique d'envergure Depuis le début des années 2010, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) mène de grandes enquêtes sur les avoirs cachés des amis du Kremlin, du «cuisinier de Poutine» Evgueni Prigojine au général de la garde nationale (et ancien garde du corps de Poutine) Viktor Zolotov, en passant par le nouveau gouverneur contesté de la région de Khabarovsk, Mikhail Degtiarev.   Bien montés, professionnels, maîtrisant parfaitement les codes de la culture web, ces documentaires d'investigation font des millions de vues sur YouTube. «Navalny s'est attaqué à beaucoup de figures importantes, à la fois proches de Poutine et des milieux criminels, évoque Tatiana Stanovaya. A la place des enquêteurs, c'est plutôt sur ça que je me pencherais». Ce ne serait pas la première fois qu'un enquêteur s'attire la vengeance d'une personnalité haut placée. En 2019, le journaliste Ivan Golounov avait été visé par une affaire de trafic de drogue montée de toutes pièces alors qu'il s'apprêtait à publier un article dénonçant la corruption dans le milieu des pompes funèbres.   Plus récemment, son collègue Ivan Safronov, spécialisé dans les questions de défense, était accusé de «haute trahison» après avoir enquêté sur des ventes d'armes douteuses. Tous les moyens sont bons, pour un fonctionnaire corrompu ou un entrepreneur véreux, pour chercher à se débarrasser d'un gêneur. Reste qu'Alexeï Navalny est une figure politique d'envergure. Difficile d'imaginer une des cibles de ses enquêtes décider de se venger de façon si radicale en se passant du feu vert de Vladimir Poutine.   «Il y a une autre hypothèse, conclut Tatiana Stanovaya. Des ultraconservateurs, qui se voient comme des défenseurs du Kremlin et trouvent, eux, que Navalny est dangereux. C'est ce type de personne qui a fait assassiner Boris Nemtsov en 2015. Ils s'imaginent rendre service à Poutine en éliminant ses ennemis.» ? </text>
	

	<text titre="La violence politique, inhérente au système Poutine" date="2020 08 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2020" mois="8" jour="26" journal_clean="Le Monde" keywords="coupable, alexeï, système, poutine, moscou, inhérente_au_système, question, inhérente, violence, russie, politique, navalny, observateurs" langue="fr"> Moscou correspondant - L'empoisonnement d'Alexeï Navalny confirmé, une nouvelle question se pose : qui est coupable ? Elle risque d'agiter longtemps les observateurs de la Russie et tous ceux qu'un tel crime ne laisse pas indifférents. Certains montreront du doigt les tours du Kremlin, arguant qu'une attaque aussi sérieuse ne peut être commise sans l'aval des plus hautes autorités. D'autres hausseront les épaules : comment croire que Vladimir Poutine pourrait être impliqué dans un acte qui nuit à son image supposant ainsi que l'étalon de la politique russe est le jugement qu'en ont les Occidentaux.   En réalité, la question des responsabilités est à la fois majeure et secondaire. Sur les réseaux sociaux, de nombreux Russes n'ont pas attendu le transfert à Berlin d'Alexeï Navalny pour proclamer : #NousSavonsQuiEstCoupable. Un ambassadeur de France, celui pour les droits de l'homme, leur a emboîté le pas. Derrière ces mots, il y a une vérité simple : la violence politique est inhérente au système Poutine.
La responsabilité de celui-ci porte un nom : l'impunité. Identifier et punir les coupables implique de s'en remettre à la justice. Ce réflexe naturel dans un Etat de droit est, en Russie, un cul-de-sac : la justice n'y a pas pour rôle d'établir la vérité. Dans les affaires sensibles encore plus qu'à l'ordinaire, elle n'est qu'un outil dans les mains des services de sécurité.   Résultat : depuis vingt ans, les agressions et meurtres à caractère politique commis en Russie (contre des responsables politiques ou des journalistes) ont en commun de rester sans coupable. Pour ceux qui disposent des bons appuis, la violence létale est quasiment légalisée.   La réaction de Vladimir Poutine à l'assassinat de Boris Nemtsov, en février 2015, a été relatée par de nombreux témoins. Le président aurait, dit-on, été sincèrement choqué par le meurtre de cet ancien vice-premier ministre, qu'il connaissait bien, qui plus est sous ses fenêtres. Pour autant, la justice russe n'ira jamais plus loin que quelques exécutants, tous venus de Tchétchénie, sans interroger la responsabilité des autorités de Grozny. Dans le cas de M. Navalny, le comité d'enquête, saisi aux premières heures du 20 août, n'a même pas annoncé l'ouverture d'une enquête.   L'impunité est plus qu'une décision politique, elle est un mode de fonctionnement. Par principe, on ne lâche pas « les siens », « svoi » - ceux des services ou de l'élite politique. Lorsque le Royaume-Uni, en 2007, désigna les responsables de l'assassinat de l'ancien agent Alexandre Litvinenko, la réponse de Moscou fut d'offrir un fauteuil de député au chef du commando.   Le cas de Sergueï Magnitski, avocat tué en prison pour avoir dénoncé une fraude au fisc, est un autre cas d'école : il ne relève pas de l'affaire d'Etat mais de la simple avidité de policiers et membres des services corrompus. Les punir serait allé dans le sens de l'intérêt public et de celui des citoyens, mais ces considérations pèsent peu face à la cohésion du clan, de la caste. Les responsables de la mort du juriste ne furent jamais inquiétés, et dès que l'Ouest s'en mêla, ils furent promus. Reste une autre question : comment la violence s'est-elle à ce point imposée dans la sphère politique ou comme mode de règlement des conflits ? L'exemple de Boris Nemtsov est emblématique, là encore. Certains y ont vu le signe d'une spécificité tchétchène, un territoire à part dans lequel le droit russe ne s'appliquerait pas échec criant de la verticale du pouvoir bâtie par M. Poutine. La logique est en réalité inversée : ce sont bien les moeurs violentes de la Tchétchénie kadyrovienne qui ont contaminé Moscou.   Sur les télévisions russes ou dans ce qui tient lieu de débat politique, la violence est omniprésente. Elle prend la forme, en particulier depuis 2014, d'incessants appels à la haine, d'une dénonciation des ennemis et des traîtres. Alexeï Navalny était l'un d'eux. Même empêché de se présenter à la moindre élection, l'opposant représentait une menace pour le régime, avec son obstination à faire battre les candidats du pouvoir. La surveillance et le harcèlement dont il faisait l'objet disent assez son importance.  « Chiens de garde » du régimeLes raisons de cette brutalisation, de cette banalisation de la violence, ne relèvent pas seulement de l'opportunisme. Elles tiennent aussi à l'histoire de ceux qui sont aux manettes de l'Etat, autour de l'ancien officier du KGB Vladimir Poutine. Le traumatisme de la violence politique commise à l'époque soviétique n'a jamais été assimilé, digéré, en Russie; il est désormais, de plus en plus relativisé, justifié. Les silovikis (hommes des structures de force) au pouvoir se revendiquent volontiers comme les héritiers des diverses polices politiques.   Ils ont amené avec eux, au sommet de l'Etat, des méthodes policières désormais indissociables de la conduite des affaires de l'Etat, qui voient en l'opposant un ennemi. A cet héritage s'ajoute celui des années 1990 mafieuses, durant lesquelles la violence touchait chaque pan de la vie publique, de l'économie, des relations sociales.   Ces dernières années, le poutinisme a aussi inventé une autre manière d'utiliser la violence, en la déléguant à des acteurs « privés » ou à des groupes au sein des services secrets pouvant agir en marge de leur hiérarchie. Ces « chiens de garde » du régime, comme les appelle la politiste Tatiana Stanovaya, permettent aux autorités de ne pas se salir les mains, notamment lors d'opérations à l'étranger. En échange de leur loyauté et de leur utilité, ils peuvent se sentir libres de régler leurs propres comptes, ou d'interpréter la volonté du chef à leur façon.   Des observateurs rappellent qu'en dénonçant la corruption des élites, Alexeï Navalny s'est constitué une longue liste d'ennemis personnels. Parmi eux, certains de ces hommes. Le plus connu de ces oligarques de la violence est Evgueni Prigojine, associé aux usines à trolls ou aux mercenaires de Wagner. Dans le passé, son nom a été cité dans un empoisonnement, celui du mari d'une proche collaboratrice de M. Navalny.   Cela ne dédouane en rien Vladimir Poutine. Il y a même fort à parier que la violence politique qu'il a contribuée à installer dans les affaires de l'Etat lui survive. Se débarrasser de ce cancer si profondément enfoui sera, un jour, vital. </text>
	

	<text titre="Navalny, Biélorussie : Poutine droit dans ses bottes" date="2020 08 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2020" mois="8" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="poutine, moscou, russe, annoncé, biélorussie, jeudi, vladimir, accordé, entretien, télévision" langue="fr"> Moscou correspondant - L'entretien surprise accordé par Vladimir Poutine à la télévision publique russe avait été annoncé avec emphase, jeudi 27 août au matin. Il concernerait « les sujets les plus importants à l'ordre du jour », prévenait le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov - « les dossiers les plus chauds du moment », renchérissait la télévision. Quelques heures plus tard, la confirmation tombait : l'empoisonnement du premier opposant de Russie, plongé dans le coma dans un hôpital allemand, ne figure pas parmi les thématiques dignes de l'intérêt du public russe, des journalistes et du président.   Coronavirus, croissance économique en berne, Biélorussie... Pas un mot n'aura été prononcé sur la situation d'Alexeï Navalny. L'interview, enregistrée la veille au soir, terminée,on pouvait rapidement revenir aux affaires courantes, avec l'inauguration par le président, cette fois en direct, d'une autoroute en Crimée.
Le dédain affiché par M. Poutine - qui n'a jamais prononcé le nom de son opposant - trouvait, au même moment, une confirmation éclatante dans l'annonce par la police de « vérifications préliminaires » concernant non pas un éventuel empoisonnement, mais « l'hospitalisation » de M. Navalny.   Depuis son transfert dans un hôpital berlinois, le 22 août, et la confirmation de son empoisonnement par les médecins allemands, les pays occidentaux ont multiplié les appels à l'ouverture d'une enquête, comme un signe minimal de bonne volonté de Moscou. Malgré les demandes des proches de l'opposant, celle-ci n'a toujours pas été ouverte.   L'annonce de la police intervenue ce jeudi, une semaine après que M. Navalny est tombé dans le coma, est une réponse pour le moins minimaliste. « Ces &quot;vérifications préliminaires&quot; ont un statut officiel prévu par le code de procédure pénale, elles sont menées pour savoir s'il y a lieu d'ouvrir une enquête », précise le juriste Kirill Koroteev.   Ces « vérifications » ont été confiées à la police des transports, bien moins armée face à un tel dossier que le comité d'enquête. Différents objets liés au séjour de M. Navalny à Omsk, en Sibérie, ont tout de même été déjà recueillis. Le bureau du procureur général a appuyé cette position jeudi, en concluant qu'il n'existait aucun indice relatif à l'existence d'un quelconque « crime. Il a demandé aux médecins allemands de faire parvenir leurs conclusions.   Passée la confusion des premiers jours - perceptible dans les contorsions de la presse ou l'appui encore donné par le ministère des affaires étrangères, le 25 août, à l'ouverture d'une enquête -, la position officielle russe s'esquisse. Elle se résume de manière simple : « Circulez, rien à voir. » Les médecins de la ville d'Omsk maintiennent ainsi n'avoir décelé aucune trace d'empoisonnement, alors qu'ils auraient donné au patient, selon plusieurs témoignages, de l'atropine, un antidote.  Souffler sur les braisesCharge est seulement laissée à quelques acteurs périphériques de souffler sur les braises. Le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, a ainsi demandé mercredi que soit étudiée l'hy pothèse d'un complot étranger derrière « ce qui est arrivé à Navalny », évoquant une possible « provocation » allemande. Le comité chargé de cette enquête comprend notamment Andreï Lougovoï, l'un des responsables présumés de l'empoisonnement d'Alexandre Litvinenko au Royaume-Uni en 2006.   Le même jour, l'homme d'affaires Evgueni Prigojine a racheté la dette due à une société privée par M. Navalny et son Fonds de lutte contre la corruption. Ce proche du Kremlin, patron présumé des milices Wagner et des « usines à troll », d'ordinaire discret, commentait ainsi : « Je vais foutre ces gens à poil. »   L'entretien accordé par Vladimir Poutine à la télévision a donné lieu, à l'inverse, à de longs échanges sur la situation en Biélorussie voisine, où le président Alexandre Loukachenko affronte une contestation massive. Paradoxalement, le message délivré par M. Poutine est assez semblable à celui envoyé concernant M. Navalny : autant que la situation de l'opposant, le dossier biélorusse relève pour la Russie quasiment d'une affaire intérieure, sur laquelle Moscou n'entend pas rendre de comptes.   Le président russe a réitéré son appel à ne pas interférer dans les affaires biélorusses, mais a précisé, citant notamment le traité d'union de 1999 entre les deux pays : « Nous avons des obligations devant la Biélorussie. » « La Biélorussie est le pays le plus proche de nous ethniquement, linguistiquement, culturellement et spirituellement », a aussi justifié M. Poutine, concluant : « Ce qui se passe là-bas ne nous est pas indifférent. »   Concrètement, le président russe a indiqué avoir, « à la demande de M. Loukachenko », formé une « réserve d'agents des forces de l'ordre » prêts à intervenir en soutien aux forces biélorusses. « Nous avons convenu que je ne l'utiliserai pas jusqu'à ce que la situation soit hors de contrôle et que des éléments extrémistes (...) franchissent certaines limites : qu'ils mettent le feu à des voitures, des maisons, des banques, tentent de saisir des bâtiments administratifs », a-t-il expliqué. Il a aussi appelé les deux camps à « trouver une issue » à la crise, mais estimé que les forces de l'ordre biélorusses se comportaient « avec retenue. La disponibilité russe à aider Alexandre Loukachenko n'est pas une surprise, et elle se matérialise déjà sur le terrain. Mais le fait que M. Poutine en fasse état ouvertement est un signe supplémentaire envoyé à l'Occident pour lui intimer de rester à l'écart.  « Preuve de faiblesse »Depuis le scrutin frauduleux du 9 août, les Etats européens demandent l'ouverture d'un dialogue. Les mots du président russe, qui s'était montré jusque-là plus équilibré, sonnent aussi comme une menace à peine voilée à destination des opposants biélorusses.   « Pour nous, c'est une nouvelle preuve de faiblesse de Loukachenko, qui a peur de son peuple, indiquait peu après au Monde Maria Kolesnikova, la dernière des représentantes du triumvirat d'opposition encore à Minsk. Ce n'est pas un hasard si Vladimir Poutine a pris soin de rappeler que Loukachenko lui avait demandé cette aide. Nous ne le ressentons pas comme une menace : nous ne sommes pas hostiles à la Russie et je n'imagine pas qu'un pays puisse envoyer des troupes soutenir un dictateur faible. » Pour Mme Kolesnikova, cette annonce de M. Poutine constitue aussi une réaction à l'aide financière de 50 millions d'euros débloquée par l'Union européenne pour la « société biélorusse », que « nous n'avions pas demandée.   L'aide russe pourrait aussi s'intensifier dans le domaine financier. Alexandre Loukachenko a assuré jeudi que des négociations menées avec la partie russe s'étaient soldées par un effacement de dettes de 1 milliard de dollars (846 millions d'euros). Cette annonce n'a pas été confirmée par la partie russe, mais l'effondrement de l'économie biélorusse se poursuit à mesure que la crise s'enlise. Symbole de cet écroulement, près de 70 entreprises du secteur des hautes technologies, très dynamique dans le pays, ont annoncé relocaliser tout ou partie de leurs activités : arrestations d'ingénieurs et de cadres et coupures d'Internet rendent leur travail impossible.   Jeudi soir, un groupe d'une vingtaine de journalistes biélorusses et étrangers a été emmené au poste par la police pour un « contrôle d'identité », au moment où il s'apprêtait à couvrir une action de l'opposition. Cette action a elle-même été dispersée par la police, qui a procédé à près de 70 arrestations, selon l'ONG Viasna. </text>
	

	<text titre="Les opposants russes plus déterminés que jamais" date="2020 09 04T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2020" mois="9" jour="4" journal_clean="Le Monde" keywords="alexeï, moscou, absence, déjà, affaires, russie, jamais, russes, navalny" langue="fr"> Moscou correspondant - Alexeï Navalny est plongé dans le coma dans un hôpital de Berlin depuis dix jours et déjà, en Russie, pour ses alliés, c'est le retour aux affaires courantes. Comme si l'absence du chef, dont on ne sait pas si elle durera, n'était qu'une péripétie de plus dans la vie tourmentée et sous pression de ceux qui le suivent depuis des années.   Ce lundi 31 août au matin, par exemple, Lioubov Sobol s'est réveillée avec un compte en banque affichant un découvert de 34 millions de roubles, environ 400 000 euros, qu'elle ne possède évidemment pas. Parmi les lieutenants de M. Navalny, Lioubov Sobol est la figure la plus en vue. Elle s'est fait remarquer pendant le mouvement de contestation de l'été 2019 contre les élections truquées à Moscou. Interdite de se présenter à un poste de députée de quartier, elle avait mené la contestation, enchaînant les arrestations et les amendes.
Ces millions qu'on lui réclame sont la suite de cette révolte d'août 2019 et de plaintes de plusieurs institutions de la ville. Le bureau du procureur exige d'être payé pour le surcroît de travail des agents de police, obligés de réprimer des manifestations parfois même le week-end; le métro se plaint lui aussi d'un surplus de travail de ses employés; une autre société de transport dénonce, à l'inverse, le manque à gagner provoqué par les troubles...   « Cela fait des années que je vis dans ce harcèlement, avec six ou sept arrestations rien que l'année dernière, mais là, il va falloir s'adapter encore, reconnaît la jeune responsable du Fonds contre la corruption, le navire amiral de l'équipe Navalny. Je n'ai rien à moi, donc ils peuvent venir saisir l'appartement familial, mes ha bits, l'ordinateur de ma fille... »  « Foutre ces gens à poil »Le reste de la somme saisie par la banque de l'opposante est le reliquat d'une condamnation pour diffamation à la suite d'une enquête sur la fourniture de nourriture avariée aux cantines scolaires de la capitale. Cette vidéo désignait une société de l'homme d'affaires Evgueni Prigojine, patron présumé des milices Wagner et des « usines à trolls. Depuis qu'Alexeï Navalny a été empoisonné, M. Prigojine a racheté personnellement cette dette pour, a-t-il expliqué, « foutre ces gens à poil.   Lioubov Sobol accuse aussi Evgueni Prigojine d'avoir fait empoisonner son mari (sans conséquence grave) en pleine rue en 2016. Son quotidien, ce sont ces vidéos, fouillées et rigoureuses, dénonçant la corruption des élites russes et le décalage entre leur mode de vie et leurs discours. Sur ce front-là aussi, c'est une journée presque ordinaire : dans l'après-midi sort la dernière vidéo réalisée par Alexeï Navalny, qui décrit la mainmise de la mafia de la construction sur la ville de Novossibirsk, dont elle contrôle la moitié des élus locaux.   Le soir, une autre équipe du Fonds contre la corruption est arrêtée, cette fois au Tatarstan. Attaquée par des inconnus sur une route, c'est elle qui a appelé la police. En vain; le matériel de tournage et les téléphones sont saisis. La veille, un jeune sympathisant du mouvement, lui aussi une figure de la contestation de l'été 2019, avait été tabassé en bas de chez lui; Egor Joukov venait d'expliquer dans une vidéo en ligne s'être fait renvoyer de son université pour des raisons politiques.  « Ne pas vivre dans l'injustice »« Personnellement, je n'ai plus peur depuis longtemps, commente Lioubov Sobol. Je dois être un peu fanatique, mais je ne peux pas vivre dans l'injustice. Je n'avais aucune illusion non plus sur le fait que l'on puisse chercher à tuer Alexeï. » Si l'opposante a bien sûr été choquée par l'annonce de son empoisonnement, déjà, elle est capable de citer ceux qui pourraient s'imposer en cas d'absence prolongée, y compris hors des rangs navalnistes : l'ancien maire de Iekaterinbourg Evgueni Roïzman, les libéraux Ilia Iachine, Vladimir Milov, Dmitri Goudkov...   Leonid Volkov, lui, refuse de se prêter au jeu. Ce lieutenant de toujours de l'avocat anticorruption n'y est « pas prêt. Volkov est resté à Berlin, au côté de la famille de M. Navalny. Lui aussi a l'esprit coupé en deux, une moitié à l'hôpital, l'autre qui regarde vers la suite. « Même si, dans la pratique, précise-t-il, on s'est habitué à travailler sans Navalny, avec des structures souples et variées. Alexeï a souvent été absent, en prison ou sans droit de communiquer. »   Volkov aussi est un habitué des arrestations, des condamnations pénales et des filatures illégales, y compris à l'étranger, assure-t-il. La structure qu'il supervise, ce sont les « Chtab Navalny », ces équipes dédiées au combat politique à Moscou et en province. Malgré d'innombrables tentatives et des milliers de militants, la structure n'a jamais eu le droit de s'enregistrer comme parti politique.   Dans le viseur, les élections locales du 13 septembre, qui se déroulent à différents niveaux dans environ un tiers des 85 régions russes. Dans certains rares cas, les candidats de Navalny ont pu se présenter en tant qu'indépendants. Mais partout, reste l'arme du « vote intelligent », la dernière trouvaille d'Alexeï Navalny : plutôt que de boycotter les suffrages où ils ne peuvent se présenter, ses partisans s'attachent à faire battre le candidat du parti au pouvoir, Russie unie, en soutenant une autre candidature bien placée. Ceux qui en profitent sont le plus souvent des communistes, concurrents électoraux du pouvoir mais loyaux sur l'essentiel.   « C'est un outil qui a montré son efficacité, notamment à Moscou, l'année dernière, et face à cela, le pouvoir est perdu, assure M. Volkov. Ces élections sont les dernières avant le scrutin législatif de 2021, et le Kremlin sent bien que la colère monte dans les régions. A nous de nous concentrer sur ce qu'on sait faire, sur ce qu'Alexeï sait faire de mieux : de la politique. »   Novossibirsk est la cible principale de l'équipe Navalny. Là, dans la troisième ville de Russie, 31 candidats sur 37 ont été autorisés à se présenter à des mandats de députés municipaux, sous les couleurs d'une « Coalition » qui englobe des activistes indépendants et des représentants de formations libérales.   « Novossibirsk a toujours été une ville assez libre politiquement, explique Sergueï Boiko, le chef de file local du Chtab Navalny et de la Coalition. Moscou est loin et intervient peu. C'est plus facile d'y être candidat, et on falsifie moins les votes, en tout cas pas sous les yeux des observateurs. »  Baron local de la constructionSelon M. Boiko, le Kremlin est aussi prudent pour éviter une contagion du mouvement de Khabarovsk, où des dizaines de milliers de personnes manifestent depuis deux mois contre l'arrestation de leur gouverneur.   Pour autant, la campagne électorale est loin d'être paisible. Les stands de rue de la Coalition ont été attaqués et détruits à une dizaine de reprises, des candidats ont été menacés de poursuites judiciaires. Sergueï Boiko lui-même a déjà fait quatre séjours en prison, le plus long pendant un mois.   Le dernier candidat barré des listes l'a été, justement, lundi 31 août. Il apparaissait dans la vidéo diffusée le même jour par l'équipe de Navalny. Les deux hommes y décortiquent les schémas juteux mis en place par un baron local de la construction grâce à son mandat de député municipal. L'après-midi même, la candidature de Daniil Markelov, jusque-là valide, a été annulée après que des signatures de soutien ont subitement été déclarées irrégulières.   « Pour nous, l'empoisonnement de Navalny n'a pas changé grand-chose, nous avons toujours eu conscience des risques, souligne Sergueï Boiko. Dans l'opinion, dans la rue, cela attire peut-être l'attention sur nous, tout le monde comprend que c'est le Kremlin qui est derrière cela. Mais ce n'est pas le genre d'attention dont nous avons besoin. Alexeï est plus utile debout, à nos côtés, pour nous soutenir. » </text>
	

	<text titre="Russie Les mauvais génies de Moscou à l'étranger" date="2020 09 21T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2020" mois="9" jour="21" journal_clean="Le Monde" keywords="evgueni, bandit, étranger, moscou, malofeev, konstantin, oligarque, mauvais, ancien, monarchiste, russie, pétersbourgeois, génies" langue="fr"> Moscou correspondant - L'oligarque monarchiste de Moscou attiré par la lumière et l'ancien bandit pétersbourgeois prudent comme un chat. Konstantin Malofeev, démonstratif et flamboyant; Evgueni Prigojine, quasi invisible et mystérieux... Ces deux milliardaires ont beau se distinguer de mille manières, chacun, par son parcours et ses ambitions, représente une face de la politique étrangère de la Russie poutinienne, un terrain où se mêlent idéologie et cynisme froid.   Alliés, Malofeev et Prigojine ? Rivaux ? Les deux sont en tout cas des acteurs de premier plan sur un même marché, fructueux et en pleine expansion, celui de la diplomatie privée, de l'action extérieure déléguée à des groupes non étatiques. Autrement dit, des « entrepreneurs géopolitiques », selon l'expression de la politiste Tatiana Stanovaya, les mauvais génies de Moscou sur la scène internationale, prêts à s'infiltrer dans les espaces vacants laissés par les diplomates de métier ou à suppléer l'Etat pour des opérations sensibles ou secrètes.
L'idée peut paraître contre-intuitive s'agissant d'un pays dont le système politique est souvent assimilé à une « verticale » parfaite. Pourtant, si les grandes orientations en matière de politique étrangère émanent bel et bien du sommet, une multitude d'acteurs et pas seulement étatiques sont prêts à apporter leur contribution, en réponse à des ordres ou dans l'espoir d'une récompense future. « Sans même parler de politique étrangère, les moyens de rendre service à l'Etat sont multiples : soutien aux pauvres, aux vétérans, financement d'un parti politique lié au pouvoir..., détaille Tatiana Stanovaya. Ces pratiques sont répandues dans le monde des affaires. Les intéressés peuvent certes espérer une rétribution, mais il s'agit avant tout d'obtenir des protections. Et sur le marché extérieur, Prigojine et Malofeev sont de loin les acteurs les plus importants. »  Crâne chauve et sourire avareL'Afrique, au sujet de laquelle Moscou ne cache plus ses ambitions, est leur dernier terrain de jeu. Fin octobre 2019, les deux hommes étaient les vedettes du premier sommet Russie-Afrique organisé à Sotchi, sur les rives de la mer Noire. Chacun avec son style. M. Prigojine n'a pas quitté les coulisses charge à ses lieutenants (l'activiste franco-béninois antisémite Kémi Séba, par exemple) de parler aux journalistes ou d'animer des tables rondes sur des thèmes tels que la souveraineté des Etats africains face à l'Occident ou la défense des « valeurs traditionnelles », pot-pourri de concepts tournant autour de la famille, déjà éprouvé pour séduire les conservateurs en Europe.   Evgueni Prigojine a beau rester invisible, ses intrusions dans la politique africaine sont désormais de notoriété publique. Même s'il persiste à le nier, M. Prigojine est à la manoeuvre derrière les mercenaires de la société militaire privée Wagner qui guerroie en Libye, est présente ou l'a été au Soudan, en République centrafricaine, au Mozambique... A leurs côtés, ses « consultants politiques » interviennent dans des campagnes électorales, à l'instar du scrutin présidentiel mal gache de 2018, et nouent des alliances avec des forces politiques, en particulier quand celles-ci contestent l'influence de Paris dans les anciennes colonies françaises.   Si la présence de Prigojine à Sotchi est restée discrète, nul n'a pu ignorer celle de l'élégant Konstantin Malofeev, avec sa barbe et son panache. « L'oligarque orthodoxe », comme on le surnomme en raison de ses liens avec l'Eglise et de sa foi érigée en étendard, est un nouveau venu sur le terrain africain. Mais il compense ce désavantage par son omniprésence. On l'a ainsi vu animer, en personne, une conférence consacrée au « complot contre l'Afrique », lors de laquelle il affirmait que les préconisations du FMI visaient à « renverser des gouvernements et conduisaient à la guerre civile. Le stand de son Agence internationale pour le développement souverain (IASD), opportunément fondée un mois plus tôt, surpassait en superficie et en superbe ceux des géants russes de l'extraction minière et des hydrocarbures. Cette structure énigmatique se veut un intermédiaire entre Etats africains et entreprises « éthiques qui ne pillent pas l'Afrique.   Quelques mois plus tard, M. Malofeev recevait Le Monde à Moscou. Le milliardaire indiquait vouloir amener de nouveaux investisseurs dans des pays étranglés par les exigences des bailleurs internationaux. « Je ne peux pas en dire trop. Dès qu'un de mes projets avance, les Américains prennent leur téléphone et appellent le ministre africain concerné pour le décourager de travailler avec moi », expliquait-il dans son bureau tapissé d'icônes et de reliques tsaristes, rappelant ainsi que ses précédentes activités lui ont valu d'être sanctionné par les Etats-Unis et l'Union européenne parti cularité qu'il partage avec M. Prigojine. Aucun contrat ferme n'avait encore été formalisé, poursuivait-il, mais des négociations étaient en cours après la conclusion de contrats-cadres avec la Guinée, le Niger et la République démocratique du Congo.   La politique russe en Afrique n'est pas le premier domaine dans lequel les deux hommes se retrouvent côte à côte. En 2014, ils avaient tous deux été mêlés à la crise ukrainienne. Konstantin Malofeev fut l'un des artisans de l'annexion de la Crimée, puis le parrain des séparatistes prorusses du Donbass à qui il a fourni des ressources financières et humaines avant leur reprise en main par Moscou. Cinq ans plus tard, lors du sommet Russie-Afrique, on pouvait d'ailleurs croiser un autre homme, lié aux événements de cette époque : Alexandre Borodaï, ex- « premier ministre » de l'autoproclamée République populaire de Donetsk, l'entité mise en place par le Kremlin dans l'est de l'Ukraine. C'est lui qui avait mis en ordre de bataille les séparatistes locaux, jusqu'à son éviction en août 2014 et son retour à Moscou. Sa proximité avec Konstantin Malofeev, dont il fut un « consultant », n'est pas un secret. A Sotchi, il ne cachait pas « participer » aux initiatives africaines de son ancien patron.   L'Ukraine fut aussi une étape charnière dans la carrière d'Evgueni Prigojine. C'est là que s'est formée celle de ses compagnies de mercenaires qui allait réussir le mieux, sous l'égide de Dmitri Outkine, un ancien officier du GRU (renseignements militaires) répondant au nom de guerre « Wagner » - référence, dit-on, à sa passion pour le IIIe Reich. Les Wagner, comme on les désignera désormais, ont fait leurs premières armes dans le conflit ukrainien, avant d'essaimer en Syrie aux côtés de Bachar Al-Assad à partir de 2015, en Centrafrique auprès du président Faustin-Archange Touadéra, au Soudan à la rescousse d'Omar Al-Bachir (avant sa chute en avril 2019), en Libye en soutien du Khalifa Haftar, en guerre contre le gouvernement de Tripoli, au Venezuela pour assurer la sécurité de Nicolas Maduro...   Enquêter sur Evgueni Prigojine, crâne chauve et sourire avare, est difficile, voire dangereux. Denis Korotkov a été le premier journaliste en Russie à s'intéresser à ses mercenaires, dès 2012, pour le journal local pétersbourgeois Fontanka. Cela lui valut des menaces par dizaines, et même, fin 2018, une sinistre tête de bélier sectionnée, déposée avec une couronne mortuaire devant les bureaux de la rédaction de Novaïa Gazeta, où il travaillait alors.   Des sites Web liés au groupe de médias Patriot que l'homme d'affaires ne reconnaîtra diriger qu'à l'automne 2019 ont multiplié les articles décrivant le journaliste comme un « traître », un « collaborateur » des services secrets ukrainiens, voire un « complice » de l'organisation Etat islamique (EI). « Dans sa façon de démentir systématiquement tout ce qu'on lui attribue, y compris les choses les plus évidentes, il y a chez Prigojine quelque chose du bandit qui méprise le monde extérieur », juge M. Korotkov.  Empoisonnements et assassinatsLes affaires violentes dans lesquelles apparaît le nom de M. Prigojine sont nombreuses, notamment la tentative d'empoisonnement par injection, en novembre 2016, de Sergueï Mokhov, époux de l'avocate et opposante Lioubov Sobol, ou encore l'assassinat, en juillet 2018 en Centrafrique, de trois journalistes russes, venus enquêter sur des contrats miniers obtenus par sa compagnie de mercenaires Wagner. Les proches d'Alexeï Navalny, dont Mme Sobol, estiment qu'il pourrait aussi être lié à l'empoisonnement, le 20 août en Sibérie, de l'opposant avec le feu vert du Kremlin. A cette occasion, il est sorti de sa réserve habituelle, multipliant les déclarations vengeresses contre le Fonds de lutte contre la corruption de M. Navalny.   Le passé délinquant d'Evgueni Prigojine, 59 ans, est connu, même si l'homme a tenté d'en effacer les traces sur Internet. En 1981, il fut condamné à douze ans de prison et libéré au bout de neuf pour vol en bande organisée et divers délits. Dans les années 1990, il se lance dans la restauration avec une chaîne de hot-dogs puis ouvre des établissements huppés dans sa ville natale de Saint-Pétersbourg. Sa renommée attire une clientèle d'exception, dont le fonctionnaire péters bourgeois Poutine qui viendra s'attabler avec des hôtes de marque, tels que Jacques Chirac et George W. Bush, ce qui vaut aujourd'hui encore à Prigojine le sobriquet de « cuisinier de Poutine.   Ces connexions politiques lui permettent de faire fortune en investissant, par le biais de sa société Concord, le juteux marché des repas collectifs, livrés aux cantines scolaires, aux hôpitaux et surtout à l'armée. « Prigojine a eu la chance de trouver une niche [économique] et de mettre ses pas dans ceux de Poutine, note Mark Galeotti, fin connaisseur des élites russes et du monde criminel. C'est un parfait opportuniste, prêt à tout pour satisfaire le pouvoir politique, car ses affaires en dépendent entièrement. Mais il n'appartient pas pour autant au premier cercle de Poutine. »   En comparaison, le parcours de Konstantin Malofeev paraît tranquille. Né en 1974 près de Moscou dans une famille de scientifiques, il fait des études de droit et perce dans la finance. Il bâtit sa fortune en créant le fonds d'investissement Marshall Capital, impliqué dans d'épiques batailles commerciales dans les années 2000. Malofeev soigne autant son image de banquier audacieux que d'homme pieux, proche de l'Eglise orthodoxe, au service des valeurs traditionnelles et religieuses.   Il tente à plusieurs reprises d'entrer en politique, dans diverses formations proches du pouvoir puis à travers son mouvement monarchiste, Aigle à deux têtes, créé en 2015, qu'il espère transformer en parti politique. Le projet est mis entre parenthèses à la suite de la réforme constitutionnelle, entérinée par référendum le 1er juillet : « J'ai atteint mes objectifs politiques puisque Poutine peut rester au pouvoir, explique-t-il au Monde. Avec lui, l'idée monarchiste prend un nouveau sens : nous utilisons encore le vocable étranger de &quot;président&quot;, mais c'est bien un souverain que nous avons. »   Sa chaîne de télévision en ligne Tsargrad, en référence au nom mythique donné par les orthodoxes russes à Constantinople, est un autre levier puissant d'influence. Forte d'une audience estimée à 7 millions de personnes, elle dépasse le groupe de médias de M. Prigojine et promeut des têtes d'affiche capables de rayonner au-delà des frontières russes, à l'instar de l'idéologue eurasiste Alexandre Douguine ou du conspirationniste américain Alex Jones. La presse nationale lui a prêté l'intention d'ouvrir une usine à trolls, un secteur dans lequel Prigojine est bien implanté.  « Usines à trolls »C'est surtout par ses activités à l'étranger que Konstantin Malofeev va se distinguer. Outre son rôle dans l'annexion de la Crimée et la guerre du Donbass, qui lui valent des sanctions américaines et européennes, il oeuvre dans les Balkans, auprès du président prorusse de la Republika Srpska (République serbe de Bosnie), Milorad Dodik, qui menace régulièrement de faire voler en éclats la Bosnie-Herzégovine. Pour s'assurer de la réélection de son protégé à l'automne 2014, Malofeev aurait même envoyé, selon le site d'investigation Bellingcat, des hommes en uniforme cosaque, dont d'anciens combattants du Donbass. Il serait aussi mêlé à la tentative, ratée, de coup d'Etat au Monténégro en octobre 2016. Et il est interdit de territoire en Bulgarie, où il est accusé d'espionnage et de conspiration.   L'oligarque conservateur a enfin joué un rôle déterminant, ouvertement, dans la consolidation des liens entre Moscou et les extrêmes droites européennes. Concernant la France, il confirme avoir aidé Jean-Marie Le Pen à obtenir, en 2014, par l'intermédiaire d'une société chypriote, un prêt de 2 millions d'euros pour son association Cotelec (Cotisation électorale). En novembre 2014, le nom de Thierry Mariani, alors encore chez Les Républicains, était cité dans la presse russe pour rejoindre un fonds d'investissement créé par Marshall Capital. L'ancien ministre français, proche de Moscou, avait démenti; M. Malofeev assure aujourd'hui « ne pas se souvenir.   De son côté, Evgueni Prigojine est venu aux affaires internationales dans un premier temps de manière modeste. Il serait à l'origine d'une fausse manifestation, organisée en 2013, pour accueillir Barack Obama au G20 de Saint-Pétersbourg. De faux « militants gay » y acclament « Obama, notre président !. On lui attribue surtout la paternité, la même année, de la première usine à trolls, où des centaines de commentateurs et blogueurs sont payés pour inonder l'Internet de louanges pour le pouvoir et de textes discréditant l'opposition. L'homme d'affaires nie tout lien avec ces activités, mais la publication de documents piratés, en 2014, a établi que sa société Concord finançait l'Internet Research Agency nom officiel de l'usine à trolls à hauteur d'un million de dollars (environ 845 000 euros) par mois.   Si les trolls ont avant tout des objectifs russes, ils visent aussi les Etats-Unis, à partir de 2016. Washington accuse alors Prigojine d'ingérence dans l'élection présidentielle remportée par Donald Trump. L'homme d'affaires est placé sur la liste des personnalités sanctionnées par Washington et est ciblé par le procureur Robert Mueller, en 2018, avant que la justice ne lève les poursuites. Cela n'a pas empêché des sénateurs américains, démocrates et républicains, de proposer, le 17 juin, une résolution appelant le président Trump à prendre des mesures supplémentaires contre le Russe, dont les activités sont qualifiées de « menaces pour la sécurité américaine et la stabilité internationale. En avril, une enquête de CNN a montré les tentatives du groupe de créer, au Ghana et au Nigeria, un nouveau réseau de trolls en vue de la campagne américaine de 2020, initiative stoppée par l'action de Facebook, Instagram et Twitter.   L'incursion américaine de Prigojine ne s'arrête pas là. En 2018, un certain Alexandre Malkevitch est expulsé des Etats-Unis après avoir tenté d'y lancer USA Really, un site pratiquant la désinformation avec le soutien de Prigojine. Le même Malkevitch, lui aussi présent au sommet de Sotchi, s'active dé sormais en Afrique. Deux de ses employés ont été arrêtés en Libye, en mai 2019, accusés par Tripoli d'ingérence dans les élections libyennes.   Parallèlement, Prigojine s'attelle à la création de Wagner. En participant à des conflits avec des armes lourdes, le groupe va bien plus loin que ses prédécesseurs spécialisés dans la protection. Selon le journaliste Denis Korotkov, qui a eu accès à des centaines de documents relatifs aux Wagner, environ 3 000 hommes ont servi en Syrie. Lors des périodes de combats, leur solde pouvait atteindre jusqu'à 240 000 roubles (3 000 eu ros). Dans leurs rangs, les morts se comptent en centaines, notamment lorsque leur position, près de Deir ez-Zor, fut bombardée par les forces américaines en février 2018. Quelques dizaines d'autres sont morts en Libye.   La question centrale pour comprendre le rôle dévolu aux « entrepreneurs géopolitiques » dans la Russie de Vladimir Poutine est celle de leur motivation à entreprendre de telles actions. Quelle est leur marge de manoeuvre ? Agissent-ils de façon souveraine ou en simples sous-traitants ? Sont-ils suffisamment indépendants du pouvoir politique pour prendre des initiatives, ou se contentent-ils d'exécuter des ordres ?   La réponse se situe probablement dans un entre-deux. Elle varie selon les acteurs et les actions menées. Dans tous les domaines, le pouvoir russe a volontiers recours à des intervenants extérieurs : des oligarques, enrichis grâce à l'Etat, sont mis à contribution pour financer des projets ponctuels, comme les Jeux olympiques de Sotchi, en 2014, ou la construction, en 2016, du pont reliant la Crimée au continent.   Cette pratique a un avantage évident. Les coûts des opérations ne sont pas assumés par l'Etat qu'il s'agisse du coût financier ou du coût politique, comme celui induit par le retour de cadavres à la maison. Surtout, en cas de ratés ou face aux protestations de la communauté internationale, Moscou peut démentir toute implication. « L'orientation générale vient du sommet. Elle consiste à favoriser tout ce qui augmente la présence russe à l'étranger, explique le politiste Mikhaïl Vinogradov. Ensuite, chacun peut apporter des réponses différentes à cet objectif vague, en espérant une rétribution directe ou en apportant au chef un succès, quitte à devancer ses désirs. »  Une succursale à DamasCe schéma correspond bien aux agissements d'Evgueni Prigojine. Si son implication en Syrie au côté du régime de Bachar Al-Assad épouse la ligne politique de Moscou, le « cuisinier de Poutine » escompte un retour sur investissement, sous forme d'un renforcement de ses liens avec le ministère de la défense, dont dépend son chiffre d'affaires, mais aussi plus directement. Selon des révélations de Fontanka, sa société Euro-Polis a ainsi signé avec le régime syrien, en 2016, sous les auspices du ministère russe de l'énergie, un mémorandum de cinq ans pour la protection des champs pétroliers et gaziers syriens. En contrepartie, Euro-Polis perçoit un quart des revenus tirés de l'exploitation du gaz et du pétrole, ainsi que le remboursement du coût des combats menés par Wagner. En mai 2017, Euro-Polis a ouvert une succursale à Damas.   Konstantin Malofeev jure, lui, agir par pur patriotisme. D'ailleurs, assure-t-il, ses aventures ont plutôt nui à ses affaires. « Mon action est absolument indépendante de l'Etat et je n'ai jamais attendu la moindre autorisation pour faire quoi que ce soit », clame-t-il, avant de conclure : « Je suis là où l'Etat ne suffit pas ! » Nombre d'observateurs estiment que les motivations de l'oligarque seraient en effet avant tout idéologiques, au point que ses initiatives pourraient à l'occasion aller trop loin, comme lors du coup d'Etat raté au Monténégro. L'oligarque convient toutefois : « Est-ce que l'on consulte des gens à l'intérieur de l'Etat ? Est-ce que l'on se coordonne avec eux ? Evidemment. »   « Dès lors qu'il s'agit de dossiers dans lesquels l'armée ou les services secrets sont actifs, imaginer que certains puissent agir en free-lanceest une illusion », confirme Vladimir Frolov, un ancien diplomate. Dans certains cas, le lien est évident. Si Konstantin Malofeev dit être intervenu de son propre chef en Ukraine, de nombreuses fuites de documents et d'interceptions téléphoniquesont montré que ses hommes sur place, et lui-même à Moscou, étaient en lien permanent avec les autorités russes y compris au sein de l'administration présidentielle. Sa pièce maîtresse dans le Donbass, le « ministre de la défense » des séparatistes, Igor Strelkov, prétendait avoir démissionné du service fédéral de sécurité (FSB) l'année précédente, en 2013.   Il est par ailleurs avéré que les mercenaires de Wagner utilisent des bases de l'armée russe pour s'entraîner ou en transit, notamment celle de Molkino, dans la région de Krasnodar, où se coordonne l'action des Wagner en Syrie. Des combattants ont été décorés très officiellement, et leur chef, Dmitri Outkine, le fameux « Wagner », a été reçu au Kremlin en décembre 2016.  Gérer les contradictionsCe tableau doit cependant être nuancé par la multiplicité des acteurs au sommet même de l'Etat russe, qui n'ont parfois pas les mêmes priorités. Le cas de la Libye est significatif. L'implication des Wagner auprès du maréchal Haftar est en contradiction avec la ligne prônée par le ministère des affaires étrangères à Moscou, partisan d'un soutien plus franc au camp adverse le gouvernement d'union nationale (GNA) basé à Tripoli. Le choix de Haftar paraît plutôt être celui du ministère de la défense, ce double jeu permettant au Kremlin de garder toutes les options ouvertes sur le théâtre libyen, ainsi que dans ses négociations avec les autres acteurs internationaux de ce dossier turcs ou occidentaux. « Les objectifs stratégiques de Moscou ne sont pas clairement définis, estime M. Frolov, l'ancien diplomate. Cela limite les activités d'un Prigojine et d'un Malofeev, qui relèvent souvent du simple trolling. »   Gérer ces contradictions requiert de l'habileté. Si Evgueni Prigojine poursuit son ascension, ses méthodes brutales suscitent la crispation d'une partie de l'élite russe, autant dans sa frange libérale qu'au sein d'une partie des services de sécurité. Konstantin Malofeev, lui, se fait de plus en plus discret excepté en Afrique. A la suite des sanctions américaines et européennes, le banquier a lâché tout contrôle formel sur le fonds d'investissement Marshall, qui aurait subi de lourdes pertes financières. Il reste en revanche à la tête de diverses fondations promouvant un agenda conservateur et religieux : rénovation d'églises, financement d'écoles traditionalistes inspirées de l'époque tsariste, programmes caritatifs...   L'oligarque assure aujourd'hui ne plus s'occuper de projets internationaux. Il aurait même coupé les ponts avec ses amis de l'extrême droite : « Nous avons réduit notre activité, parce que les personnes avec qui nous collaborions à l'étranger des eurosceptiques ont été la cible de scandales fabriqués de toutes pièces, voire de poursuites judiciaires ! Ça me rappelle l'Union soviétique... » </text>
	

	<text titre="Ces milliardaires, mauvais génies de Moscou à l'étranger" date="2020 09 21T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2020" mois="9" jour="21" journal_clean="Le Monde" langue="fr"> Konstantin Malofeev   et Evgueni Prigojine   représentent la face   secrète de la politique étrangère de la
Russie poutinienne,   du Donbass à la Libye </text>
	

	<text titre="Haut-Karabakh : le dilemme de Poutine" date="2020 10 05T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="isabelle mandraud et nicolas ruisseau" annee="2020" mois="10" jour="5" journal_clean="Le Monde" keywords="haut-karabakh, poutine, moscou, hostilités" langue="fr"> Moscou correspondance - Après six jours d'hostilités ouvertes, les combats pour le contrôle du Haut-Karabakh n'ont pas baissé d'intensité. Dans la matinée, vendredi 2 octobre, Stepanakert, la principale ville de cette enclave montagneuse revendiquée par l'Azerbaïdjan, mais peuplée en majorité d'Arméniens, a été la cible de bombardements par les forces azerbaïdjanaises, faisant « de nombreux blessés parmi la population civile » et des dégâts matériels, selon le ministère de la défense arménien.   Au lendemain de la déclaration commune du Groupe de Minsk (France, Etats-Unis, Russie) appelant à un cessez-le-feu, l'Arménie a entrouvert la porte à une médiation en se disant prête à s'engager dans cette voie sous leur parrainage. L'Azerbaïdjan a indiqué pour sa part n'envisager qu'une seule issue : le retrait de son adversaire. « Si l'Arménie veut voir la fin de cette escalade de la situation, (...) l'Arménie doit mettre fin à l'occupation », a déclaré Hikmet Hajiyev, conseiller de la présidence azerbaïdjanaise.
Utilisation de drones kamikazesLe conflit entre ces deux ex-Républiques soviétiques autour de ce territoire autoproclamé indépendant place le Kremlin dans une situation délicate. Malgré la résurgence régulière d'affrontements entre les deux Etats voisins qui se vouent une haine tenace, Moscou était jusqu'ici parvenu à contenir la situation. La stagnation du conflit depuis vingt-six ans lui permettait de se positionner en tant qu'arbitre, en vendant des armes aux deux camps pour maintenir un équilibre des forces, mais aussi pour le plus grand bien des affaires du complexe militaro-industriel russe. Ce qui incitait Bakou à reprocher de temps à autre à la Russie de livrer des armes plus perfectionnées à Erevan, sans compromettre néanmoins leurs relations.   Mais l'arrivée d'un nouvel acteur dans le jeu, avec la Turquie au côté de l'Azerbaïjan, marque un tournant. Non seulement le chef de l'Etat turc, Recep Tayyip Erdogan, multiplie les déclarations en soutien à son allié, mais Ankara est fortement soupçonné de lui prêter main-forte sur le plan militaire avec, entre autres, le déploiement de miliciens syriens supplétifs de son armée auprès des forces azerbaïdjanaises. La guerre de tranchées à laquelle se livraient Bakou et Erevan a également changé de nature, avec l'utilisation de drones kamikazes qui contribuent à donner une supériorité aérienne à l'Azerbaïdjan.   Si la situation se dégrade encore entre les belligérants, le président russe, Vladimir Poutine, pourrait donc être contraint de choisir, ce qu'il répugnait visiblement jusqu'ici à faire. Soutenir Erevan contre Bakou présente le risque de perdre du terrain en Azerbaïdjan et de conforter l'influence turque dans son arrière-cour politique. Ne rien faire serait interprété dans toute la région du Caucase du Sud hautement inflammable comme un signe de faiblesse de Moscou, alors que la Russie et l'Arménie sont liés par un accord de défense même si celui-ci ne concerne pas l'enclave séparatiste du Haut-Karabakh.   « Cette escalade des violences au Haut-Karabakh est clairement un échec pour Vladimir Poutine, qui a été pris par surprise par l'ampleur de cette crise », affirme Andreï Kortounov, directeur du Conseil russe pour les affaires internationales, l'un des plus importants centres de réflexion à Moscou. « C'est une position qu'il n'aime pas, ajoute-t-il. Le président préfère le statu quo car Moscou pouvait alors continuer à jouer sur les deux tableaux, Arménie et Azerbaïdjan. »   Jusqu'ici, le chef du Kremlin s'est bien peu exprimé sur la crise, mais sa position d'équilibrisme paraît aujourd'hui plus difficile à tenir. Jeudi, après la réunion du conseil de sécurité russe présidée par Vladimir Poutine sur la question du Haut-Karabakh, le Kremlin s'est dit « gravement préoccupé par la poursuite des hostilités » et « les risques créés dans la région par le transfert de combattants de Syrie et du Liban. Vendredi, le chef de l'Etat russe l'a redit au cours d'un entretien par téléphone avec le premier ministre arménien, Nikol Pachinian. Dans un cas comme dans l'autre, le nom de la Turquie n'a cependant pas été prononcé. Et l'entretien s'est fait, a précisé le Kremlin, à l'initiative de la partie arménienne.   La veille, jeudi, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et son homologue turc, Mevlut Cavusoglu, avaient convenu lors d'une conversation téléphonique que leurs deux pays mettraient en place une « coordination étroite pour stabiliser la situation » au Haut-Karabakh « dans le cadre de discussions de paix. Une formulation neutre, et surtout très courtoise.  « Sur la même ligne autoritaire »« Si le conflit s'internationalise, Vladimir Poutine n'aura pas d'autre choix que de défendre Erevan contre Bakou, estime M. Kortounov. Cela représente tout un paradoxe pour lui qui, par nature politique, se sent plus proche d'Aliev [Ilham Aliev, président d'Azerbaïdjan] que de Pachinian. Le chef du Kremlin est sur la même ligne autoritaire que le président azerbaïdjanais. Le premier ministre arménien est issu d'une autre génération, c'est un libéral qui a pris la tête du pays après un long mouvement populaire chassant le pouvoir post-soviétique en place. Il fait partie de ces nouveaux dirigeants, certes pas hostiles à Moscou, mais plus jeunes et davantage pro-occidentaux. »   Comme en écho, l'homme d'affaires Evgueni Prigojine, impliqué dans l'ingérence russe aux Etats-Unis et le déploiement dans plusieurs pays des « Wagner », les mercenaires russes, s'en est pris au premier ministre arménien. Depuis l'arrivée au pouvoir de Nikol Pachinian en 2018, a-t-il expliqué au journal turc Aydinlik (nationaliste, pro-eurasien), « il y a aujourd'hui plus d'ONG américaines en Arménie que d'unités militaires arméniennes. Ce proche de Vladimir Poutine, qui ne s'exprime jamais dans les médias, assure parler en son « nom personnel », mais sa proximité avec le Kremlin laisse planer un doute sur la portée de son propos. Ballon d'essai ? Message indirect à l'Arménie ? Evgueni Prigojine n'y va en tout cas pas par quatre chemins quand il déclare : « Tant que les Turcs ne franchissent pas la frontière arménienne, ils ont le droit légal d'intervenir dans le conflit du Haut-Karabakh. »   Le Kremlin n'a pas caché sa réticence à intervenir pour une enclave disputée dont l'indépendance n'est reconnue par personne. Mais l'implication d'Ankara complique de plus en plus son positionnement et entrave sa marge de manoeuvre. La Russie tente désormais d'organiser une rencontre à Moscou entre les ministres des affaires étrangères arménien et azerbaïdjanais. Sans parvenir, jusqu'à présent, à imposer le projet à Erevan et Bakou. </text>
	

	<text titre="Affaire Navalny : des sanctions de Bruxelles ciblent des proches de Poutine" date="2020 10 15T00:00:00" journal="L'AGEFI Quotidien" auteur="Unknown" annee="2020" mois="10" jour="15" journal_clean="L'AGEFI Quotidien" keywords="sanctions, russe" langue="fr"> Le chef du renseignement intérieur russe et plusieurs autres membres de l'entourage de Vladimir Poutine font partie des personnalités ciblées par les sanctions que l'Union européenne entend imposer après l'empoisonnement d'Alexeï Navalny, selon Reuters, qui cite une source diplomatique. L'opposant russe a été hospitalisé le 20 août dans un état grave à Omsk, en Sibérie, puis transféré le surlendemain à Berlin, qu'il a quitté le 23 septembre au terme de 32 jours d'hospitalisation. Plusieurs gouvernements occidentaux et l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) ont conclu qu'il avait été empoisonné au Novitchok. L'homme d'affaires Evgueni Prigojine est aussi visé dans le cadre du régime de sanctions européennes lié à la Libye. </text>
	

	<text titre="Affaire Navalny : l'UE passe aux sanctions contre Moscou" date="2020 10 17T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="piotr smolar (à paris) et benoît vitkine piotr smolar (à paris) et benoît vitkine" annee="2020" mois="10" jour="17" journal_clean="Le Monde" keywords="alexeï, moscou, sanctions, cause, européenne, empoisonnement, kremlin, liste, navalny, union" langue="fr"> Moscou correspondant - L'Union européenne met en cause le Kremlin pour l'empoisonnement d'Alexeï Navalny. La liste des sanctions nominales de l'UE, publiée au Journal officiel de l'Union européenne jeudi 15 octobre à Bruxelles, compte six noms et une entité. Parmi les individus ciblés figurent deux collaborateurs importants de Vladimir Poutine. Le plus haut responsable est l'ancien premier ministre (1998) Sergueï Kirienko, premier adjoint du chef de l'administration présidentielle, qui dirigea Rosatom, l'agence fédérale de l'énergie atomique. Le second est Andreï Yarine, qui se trouve à la tête du département de la politique intérieure. Celui-ci a notamment conduit une task force dont le rôle est de « contrer l'influence d'Alexeï Navalny dans la société russe, y compris par des opérations visant à le discréditer.
Selon le tableau explicatif figurant dans la résolution européenne, il est donc « raisonnable de conclure que l'empoisonnement d'Alexeï Navalny a été possible uniquement avec l'accord du bureau exécutif présidentiel. Sur le plan politique, le représentant du président pour le district fédéral de Sibérie, Sergueï Mieniaïlo, se trouve aussi sur la liste.   Le 20 août, l'opposant russe avait été hospitalisé en urgence dans un hôpital de la ville sibérienne d'Omsk en raison d'un empoisonnement. Deux jours plus tard, il était évacué vers l'Allemagne, à la demande de sa famille. Soigné à l'hôpital de la Charité à Berlin, il a repris conscience et l'usage de la parole, qu'il a employée pour dénoncer l'implication du Kremlin dans l'attaque dont il a été la victime.   Sur la liste européenne se trouve aussi le directeur des services de sécurité intérieure (FSB), Alexandre Bortnikov. « Dans ces circonstances et prenant en compte le fait qu'Alexeï Navalny se trouvait sous surveillance au moment de son empoisonnement, il est raisonnable de conclure que l'empoisonnement n'a été possible qu'avec l'implication du FSB », souligne la résolution. Celle-ci implique aussi deux vice-ministres de la défense, Pavel Popov et Alexeï Krivoroutchko. Leur ministère est jugé responsable de la conservation et de la destruction des agents chimiques. Dès lors, l'utilisation du Novitchok n'aurait pu être le fait que d'une intention criminelle ou d'une négligence, estiment les Européens.   L'entité figurant sur la liste est l'Institut d'Etat pour la recherche scientifique en chimie organique et en technologie (GosNIIOKhT), considéré comme le lieu de conception de l'agent neurotoxique Novitchok à l'époque soviétique. Il est mis en cause pour avoir failli à sa mission, en matière de surveillance et de destruction des agents chimiques.   Cette liste, qui implique un gel d'avoirs et une interdiction de voyager en Europe, est d'abord le fruit d'une concertation franco-allemande, validée ensuite par les autres Etats membres. Paris et Berlin avaient souhaité attendre les conclusions de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques. Publiées le 7 octobre, ces dernières ont confirmé que les échantillons de sang et d'urine de M. Navalny contenaient un « inhibiteur de la cholinestérase », similaire à deux substances chimiques de type Novitchok.   La liste de sanctions a été discutée à l'occasion du Conseil des affaires étrangères, le 12 octobre. Un dispositif européen similaire, en réponse à l'annexion russe de la Crimée, comporte déjà 177 personnes et 48 entités, six ans après les faits. Alexandre Bortnikov, par exemple, y figurait déjà. Mais cette nouvelle vague de sanctions a une haute portée politique, anticipée par Moscou. Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a envisagé publiquement cette semaine la suspension de tous les contacts politiques avec l'Union européenne, ce qui ne signifie pas une rupture des relations diplomatiques. En outre, la Russie a toujours privilégié les relations bilatérales avec les capitales, plutôt que celles avec Bruxelles. Mais le contexte ne s'y prête pas davantage.  Mécanique bien rodéeJeudi, Moscou a annoncé qu'il ne participerait plus aux contacts tripartites, avec les Pays-Bas et l'Australie, au sujet du Boeing MH17 de la Malaysia Airlines, abattu en Ukraine en juillet 2014. Jamais le projet d' « architecture de sécurité et de confiance » avec la Russie, amorcé à l'été 2019 par Emmanuel Macron, n'a paru plus incertain, plus compromis. « C'est toujours le même chemin, celui d'un dialogue transparent mais exigeant avec la Russie, auquel je crois, a expliqué le président français jeudi à son arrivée à Bruxelles. La Russie est notre voisin, la Russie partage ce continent, mais nous ne saurions céder, renoncer à nos principes et nos ambitions, en particulier quand il s'agit des armes chimiques. »   En marge de la liste Navalny est aussi visé un ennemi juré de l'opposant, Evgueni Prigojine, très proche de Vladimir Poutine. L'homme d'affaires est présenté comme ayant des « liens étroits, notamment financiers, avec la compagnie militaire privée Wagner », responsable de « violations répétées » de l'embargo sur les armes à destination de la Libye. Cette justification a été choisie car elle est plus solide, d'un point de vue juridique, qu'une mise en cause éventuelle de Prigojine dans l'empoisonnement de Navalny. Mais, dans l'esprit européen, il s'agit bien d'un même paquet de sanctions, se voulant une réponse exemplaire à l'usage d'un agent neurotoxique dans une tentative d'assassinat.   La réponse de Moscou à cette initiative européenne fait peu de doutes : l'adoption de contre-sanctions est désormais une mécanique bien rodée. Reste à savoir la forme retenue, Moscou s'appliquant généralement à prendre des mesures qu'il considère comme parfaitement symétriques. Pour la Russie, il n'y a tout simplement pas d'affaire Navalny, ce qui rend ces sanctions particulièrement insupportables. Le « blogueur », comme l'appelle la télévision, le « patient de Berlin », comme dit le Kremlin, n'aurait pas été empoisonné, ou en tout cas pas sur le sol russe.   De là résulte une multitude de théories, depuis la version des médecins évoquant une hypoglycémie jusqu'à celle d'un empoisonnement intervenu sur le sol allemand. Mais rien qui puisse justifier une mise en cause directe du Kremlin. La justice russe a même refusé d'ouvrir la moindre enquête. Formellement, Moscou considère que c'est l'Allemagne qui refuse de coopérer, en ne transmettant pas à la partie russe les résultats médicaux de M. Navalny.   Dans les médias, l'affaire est présentée comme un complot, une invention de l'Occident pour nuire à la Russie. Le 13 octobre, une députée membre du comité des affaires étrangères de la Douma, Elena Panina, estimait par exemple que les sanctions européennes avaient pour but « de discréditer les succès de la science russe dans la mise au point d'un vaccin contre le coronavirus. </text>
	

	<text titre="L'emprise russe en Centrafrique inquiète Paris" date="2021 05 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cyril bensimon (à paris) et benoît vitkine" annee="2021" mois="5" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="touriste, moscou, russe, film, paris, histoire, centrafrique" langue="fr"> Moscou correspondant - Touriste. Le titre est mal choisi et le film ne marquera certainement pas l'histoire du cinéma par ses qualités artistiques. Il est en revanche un révélateur précieux de l'influence grandissante de la Russie en République centrafricaine (RCA). Sa sortie à Bangui, samedi 15 mai, a fait un tabac. La moitié du stade des « Vingt mille places » était remplie pour la projection de cette « superproduction » russo-centrafricaine. Une première du genre. La fiction rejoint ici en partie l'histoire officielle. Dans ce film d'action et de propagande, militaires russes et soldats centrafricains combattent héroïquement une horde de rebelles, forcément sanguinaires, inévitablement soutenus par un perfide conseiller français.
Dès la première minute, le ton est donné aux spectateurs qui auraient des lacunes au sujet de la RCA : « Depuis les années 1990, le pays se trouvait sous le contrôle de bandits se présentant comme des groupes politico-militaires. Pour la première fois, en 2021, ils ont été stoppés. Ce film est dédié aux héros défenseurs centrafricains et russes qui ont libéré la Centrafrique. » Qu'importe l'embellissement des faits alors que, loin de la capitale, la guerre se poursuit. La fibre nationaliste d'un public centrafricain qui a enduré des années d'effondrement de l'Etat est exaltée, les applaudissements sont garantis pour le nouveau « partenaire » devenu frère d'arme. En cas de succès commercial, des spectateurs russes pourraient même adhérer à l'idée que leur pays est à nouveau conquérant en Afrique, comme l'avait signalé le sommet russo-africain de Sotchi en 2019.   Tourné entre décembre 2020 et mars 2021, alors que Bangui était sous la menace d'authentiques rebelles, Touriste emprunte certaines scènes à la réalité et a bénéficié de l'appui des contingents russes présents sur place. Son générique ne fait toutefois nulle mention de la société Wagner et de son patron présumé, l'oligarque Evgueni Prigojine, un proche du président Vladimir Poutine. Officiellement, en RCA comme ailleurs, cette compagnie de mercenaires, qui a également déployé des hommes en Syrie et en Libye, n'existe pas. Elle est pourtant l'un des piliers de l'intervention russe.   Officiellement, Moscou reconnaît aujourd'hui la présence de 535 « instructeurs » en RCA, auxquels le gouvernement de Bangui a demandé début mai au Conseil de sécurité de l'ONU un ajout de 600 hommes pour « soutenir le processus de réforme du secteur de sécurité. Mais en parallèle, comme l'autre face d'une même pièce, de nombreux paramilitaires, que seuls les dirigeants russes et centrafricains font mine d'ignorer, sont présents sur le terrain.  Accusations de tortureLe 31 mars, un groupe d'experts de l'ONU, travaillant notamment sur le mercenariat, s'est ainsi dit « profondément troublé par les actions interconnectées de Sewa Security Services, de Lobaye Invest Sarlu, une entreprise russe, et d'une organisation basée en Russie, connue sous le nom de groupe Wagner. » Selon ces experts, « de graves violations des droits de l'homme et du droit humanitaire international [sont] imputables aux militaires privés opérant conjointement avec les forces armées centrafricaines, et dans certains cas, avec les forces de maintien de la paix des Nations unies. »   Alors que des accusations d'exécutions sommaires, de torture ou de disparitions forcées pèsent sur ces 1 000 à 2 000 mercenaires, présents en première ligne dans les combats ou chargés de la sécurité des principaux dirigeants dont le président Touadéra, la mission multidimensionnelle intégrée de l'ONU pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca) a, à son corps défendant, pris ses distances avec ce sulfureux partenaire. « Depuis février, Russes et Centrafricains ont arrêté toute coordination militaire avec les casques bleus, révèle une source au sein de la Mission. En interne, il y a eu un questionnement sur le fait que le carburant que l'on fournit serve à approvisionner les offensives russes. Mais, alors que le Conseil de sécurité ne s'est toujours pas exprimé clairement, il a fallu des articles dans la presse et des rapports publics pour que la tête de la mission prenne en considération le risque réputationnel. »   Si près de 200 casques bleus rwandais assurent toujours la sécurité de la présidence en compagnie de privés russes, la Minusca, qui s'était pourtant investie dans l'élection contestée du 27 décembre 2020 ayant permis à Faustin-Archange Touadéra de débuter un deuxième mandat, est largement tenue à l'écart des décisions. L'ONU est même désormais l'objet de dénonciations et de manifestations de mécontentement orga nisées. « Les autorités centrafricaines sont dans une approche totalement russe. Elle les isole mais elle est décomplexée », résume la source précédemment citée.   Bien que la politique de la Russie à l'égard de la RCA et plus globalement du continent « ne réponde à aucun objectif stratégique et s'avère uniquement dirigée par l'opportunisme et l'avidité de certains entrepreneurs politiques qui jouent sur les fantasmes géopolitiques de Poutine », selon l'ex-diplomate Vladimir Frolov, cette implication préoccupe de plus en plus les cercles du pouvoir français.   Première cible sur les réseaux sociaux de campagnes de dénigrement d'organisations proches des autorités de la RCA et/ou du parrain russe, Paris voit son image se dégrader un peu plus auprès des jeunes d'Afrique francophone. Les ambitions russes restent floues certains évoquent la volonté de créer une zone d'influence allant du Soudan à l'est jusqu'à l'Angola à l'ouest mais, de bonne source, « à l'ONU, les Russes interviennent maintenant sur tous les sujets africains qui se présentent.  Un « Etat Wagner »Ironie de l'histoire, c'est par le biais de la diplomatie française que Moscou a pris attache avec Bangui et remis un pied dans la région. Fin 2017, Paris avait en effet suggéré au président Touadéra de se tourner dans cette direction pour s'approvisionner en armes alors que son pays était sous embargo de l'ONU. La Russie a saisi l'occasion et profité d'une place volontairement délaissée par l'ex-puissance coloniale pour faire de la RCA le laboratoire de ses nouvelles ambitions, une scène où elle peut exposer les tenants de sa coopération. Un peu plus de trois ans plus tard, le réveil est brutal. « On est passé d'un Etat failli à un Etat Wagner », s'alarme un diplomate alors que des agents russes ont fait leur apparition dans des postes douaniers du pays. Le 17 avril, après un conseil de défense organisé spécifiquement sur ce pays, le président Macron a eu un entretien tendu avec son homologue centrafricain. « Il l'a appelé pour lui signifier que l'aide budgétaire de 2020 ne sera pas décaissée et que celle de 2021 est suspendue », relate une source en interne. En cause, notamment, les attaques répétées des proches de la présidence centrafricaine contre la France qui s'était pourtant investie en faveur de la réélection du président Touadéra, faisant notamment survoler par deux fois les positions rebelles par ses avions de chasse.   Depuis, Paris s'active auprès de l'UE, de la Banque mondiale et des Etats-Unis pour que ces bailleurs revoient leurs financements mais semble toujours balancer entre deux tendances : tourner le dos à un pays où la France estime n'avoir aucun intérêt stratégique tout en espérant que la Russie s'y embourbe comme elle par le passé, ou bien réinvestir le dossier par peur d'un effet domino dans des nations où les investissements français sont plus évidents.   Comme deux symboles de cette influence française en dissolution, l'ambassade à Bangui a subi le 22 avril un grave incendie « à 90 % de chances accidentel » selon une source interne. Moins de trois semaines plus tard, un ressortissant français, Juan Rémy Quignolot, était arrêté et accusé « d'activités subversives. En chemisette à fleurs, un petit arsenal militaire à ses pieds, le quinquagénaire à l'allure martiale a été aussitôt exposé à la presse et aux réseaux sociaux qui se sont empressés de le rhabiller en « mercenaire de la Fran çafrique. Comme dans un film de série B. </text>
	

	<text titre="Russie : assaut contre les médias indépendants" date="2021 06 14T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2021" mois="6" jour="14" journal_clean="Le Monde" keywords="médias, moscou, indépendants, alexander, russie, journaliste, assaut, médias_indépendants" langue="fr"> Moscou correspondant - Pour Alexander Gubsky, la période a un air de triste déjà-vu. En 1998, à la veille du terrible krach financier qui allait secouer la Russie, ce journaliste faisait partie des fondateurs de Vedomosti, quotidien économique unique, soutenu à la fois par le Financial Times et le Wall Street Journal. En 2020, le travail d'une vie s'effondre. Vedomosti, si fier de son indépendance, est racheté par deux hommes d'affaires liés au pouvoir.   « Cette opération était à 100 % politique, se souvient Alexander Gubsky. Le Kremlin ne veut pas forcément un contrôle direct sur chaque média, mais l'idée que certains d'entre eux échappent à tout contrôle lui est insupportable. » Nomination d'un nouveau rédacteur en chef, premiers articles censurés, disparition des articles politiques sensibles... les soupçons du journaliste se confirment. Et puis il y a les précédents RBK et Kommersant, les deux autres quotidiens économiques, qui ont connu la même mésaventure quelque temps plus tôt.
M. Gubsky et la majorité de ses troupes quittent le navire pour fonder VTimes, un site d'information économique qui se distingue rapidement par son sérieux, notamment dans le traitement des nouvelles technologies et de la transition écologique.Le site ne s'interdit pas d'aborder les sujets politiques, prudemment rangés dans une rubrique « société. Le succès se dessine, encore modeste 1,5 million de pages vues par mois et quelques dizaines de milliers de fidèles, mais on parle là de l'élite russe. Selon les plans de ses concepteurs, VTimes devait devenir rentable en trois ans. Il n'en aura pas l'occasion.  Phase de crispationA 52 ans, Alexander Gubsky voit pour la deuxième fois s'effondrer un projet qu'il a porté à bout de bras : le 3 juin, le site a annoncé sa fermeture, effective le 12. La raison : le classement du média comme « agent de l'étranger » par les autorités, au mois de mai, en vertu d'une loi de 2018. Les effets sont immédiats : VTimes devient toxique, les sources comme les annonceurs prennent la fuite. « Pour tout le monde, ce vocable est équivalent à celui d'&quot;ennemi du peuple&quot; du temps de Staline », assure M. Gubsky.   Autre point avancé par le rédacteur en chef, la sécurité de ses équipes : rien ne garantit que des poursuites criminelles ne soient pas engagées contre eux à l'avenir. Jusqu'à sa fermeture, VTimes s'est conformé à la réglementation, qui exige d'afficher le label infamant sur chaque publication (y compris sur Twitter, où l'annonce occupe... 221 signes). Pourtant, Alexander Gubsky réfute l'idée que son média, financé par des investisseurs russes, soit un « agent de l'étranger. Selon lui, la justice a avancé comme unique argument que son nom de domaine avait été acheté depuis les Pays-Bas.   Le cas de VTimes est tout sauf une exception, dans ce qui ressemble à une nouvelle offensive du pouvoir russe contre les médias indépendants. L'un des plus importants d'entre eux, Meduza, dont les équipes travaillent en majorité depuis la Lettonie, est passé à deux doigts de la fermeture après son classement, en avril, comme « agent de l'étranger. Seul un appel aux dons exceptionnellement suivi lui a offert un répit. Newsru.com, un agrégateur de contenus, a, lui, renoncé, dénonçant des pressions politiques sur les annonceurs. Radio Free Europe-Radio Liberty, « agent de l'étranger » bel et bien financé par le gouvernement américain, cumule les amendes.   « On ne parle pas d'opposants, mais de presse indépendante, regrette Alexandre Gubsky. Seulement, le pouvoir ne connaît qu'un seul langage : &quot;avec nous ou contre nous&quot;. Et cette vision est relativement nouvelle. Jusque-là, les médias indépendants de taille modeste ou moyenne étaient tolérés. » De fait, la phase de crispation politique actuelle qui a commencé avec l'annexion de la Crimée en 2014 et se poursuit avec l'empoisonnement puis l'emprisonnement d'Alexeï Navalny semble influer sur les grands équilibres qui régissaient ces dernières années les relations entre les médias et le pouvoir politique.   L'intérêt du second pour les premiers n'est pas nouveau. Le premier mandat présidentiel de Vladimir Poutine, entre 2000 et 2004, a été marqué par la prise de contrôle, parfois brutale, des chaînes de télévision, nationalisées ou transférées dans des mains amies. La saisie de l'insolente NTV par Gazprom, en 2001, restera comme l'un des marqueurs du règne de M. Poutine, à une époque où les slogans libéraux étaient encore en vigueur. Depuis, le monde de la télévision est celui d'une propagande outrancière et volontiers hystérique.   La phase suivante a été la mise au pas des grands journaux, au milieu des années 2010. Si plusieurs d'entre eux continuent de faire vivre un débat d'idées relativement libre, le traitement de la politique y est encadré, tout comme certains domaines des affaires, à commencer par celles du géant pétrolier Rosneft.  Une sorte d'équilibreDans ce paysage, Novaïa Gazeta fait figure d'exception. Pour certains, la sauvegarde de l'indépendance de ce journal, dont au moins cinq journalistes ont été assassinés en vingt ans, est une question d'image, un faible contrepoids à la gênante 150e place occupée par la Russie, en 2021, au classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières.   Un certain nombre de radios continuent elles aussi de travailler dans une relative indépendance, et pas seulement la célèbre Echo de Moscou. Mais, là aussi, l'étau se resserre. « On manoeuvre de plus en plus entre les gouttes, constate le journaliste d'une antenne spécialisée dans le business. Notre propriétaire a reçu des appels menaçants après que l'on a traité des dernières manifestations d'opposition. &quot;Tu veux perdre tes usines ?&quot;, lui demande-t-on. »   Pour le reste, une sorte d'équilibre s'était instauré ces dernières années. Qu'ils soient spécialisés ou généralistes, de dimension fédérale ou locale, des sites indépendants parvenaient à travailler dans une certaine tranquillité. « Le monde des médias russes est même plutôt en bonne forme, ose le politiste Kirill Rogov, du think tank Mission libérale. On peut voir beaucoup de reportages de qualité, et surtout des enquêtes sérieuses. Rien ne reste caché longtemps, en Russie... Le problème est celui de l'accès aux lecteurs, qui passe quasi exclusivement par les réseaux sociaux. »   Outre la crispation politique aiguë, renforcée par l'approche des élections législatives de septembre, c'est précisément ce dernier point qui explique la récente offensive en cours sur les médias indépendants. En 2020, un chiffre fait sensation : selon une étude du Centre Levada, 50 % des citoyens font confiance à Internet pour s'informer, 50 % à la télévision. Avec une coupure générationnelle évidente : en dix ans, la confiance en la télévision a connu une chute brutale, de près de 30 points.   Du côté du pouvoir, la prise de conscience n'est pas entièrement nouvelle; en témoigne la mise en place, vers 2014, des « usines à trolls » de l'oligarque Evgueni Prigojine, destinées en premier lieu au public russe. Des blogueurs sont tantôt recrutés, tantôt punis par des poursuites judiciaires, pour relayer les messages gouvernementaux ou modérer leurs critiques. « Il y a aussi la pression qui est mise sur les réseaux sociaux eux-mêmes [Twitter et d'autres réseaux sont les cibles de blocages et d'amendes, avec notamment l'ordre d'effacer des contenus politiques], mais c'est moins efficace que de s'en prendre directement à ceux qui produisent des contenus », constate Kirill Rogov.   L'assaut contre les sites indépendants apparaît comme la suite logique de cette mise au pas, « le dernier épisode d'un feuilleton ancien », résume M. Rogov. Les armes aussi ont changé : plutôt que les opérations capitalistiques, ce sont désormais la législation et la justice qui sont utilisées. Cette tendance s'illustre aussi par les poursuites toujours plus fréquentes contre des journalistes, à titre individuel. Là encore, la tendance n'est pas entièrement nouvelle, mais le rythme s'accélère.   Pour ces derniers mois seulement, le tableau est parlant : Edouard Chmonine, condamné à huit ans de prison pour extorsion et pornographie, mais surtout auteur d'un documentaire sur le vol de pétrole par les officiels de sa région de Khanty-Mansi; Roman Anin, du site d'investigation IStories, perquisitionné et poursuivi pour avoir écrit sur le yacht de la femme du patron de Rosneft; Arseny Vesnine, de la branche pétersbourgeoise d'Echo de Moscou, ciblé pour un article révélant que des policiers avaient mangé des hamburgers destinés à des manifestants emprisonnés.  « Nouvelle ligne rouge »Peu avant, au mois d'avril, c'est un journal étudiant, DOXA, qui a été accusé d' « inciter des mineurs à commettre des actes illégaux », pour sa couverture des manifestations pro-Navalny. Depuis, quatre de ses rédacteurs, étudiants, sont assignés à domicile. Pour Sergueï Smirnov, rédacteur en chef du site Mediazona, spécialisé dans l'observation du travail de la justice et des forces de l'ordre, la peur des manifestations de rue est ce qui guide l'action récente du pouvoir à l'encontre des médias indépendants : « C'est leur nouvelle ligne rouge : tout ce qui peut renforcer le climat protestataire doit être combattu, et peu importe qu'il s'agisse d'un média, d'un blogueur, d'un opposant, d'un acteur engagé... »   M. Smirnov a lui même été condamné, en février, à vingt-cinq jours de prison pour une raison des plus baroques : le retweet d'une blague le concernant, dans laquelle apparaissait une photo où l'on pouvait lire la date d'une manifestation non autorisée. Initialement, les accusateurs l'avaient accusé d'avoir participé à la manifestation en question... alors qu'il coordonnait le travail de ses équipes depuis chez lui. « C'est encore une gestion manuelle, faite d'avertissements et d'attaques isolées, veut croire Sergueï Smirnov. S'ils le pouvaient, les services de sécurité détruiraient tous les sites indépendants, mais il faut croire que cet ordre n'a pas encore été donné. » </text>
	

	<text titre="Shugaley, un « influenceur » russe en Afrique" date="2021 07 17T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 23920" auteur="dumas, maryline" annee="2021" mois="7" jour="17" journal_clean="Le Figaro" keywords="sociologue, russe, affiches, films, shugaley, afrique, maksim" langue="fr"> AFRIQUE Deux films d'action et des affiches à sa gloire : Maksim Shugaley est un sociologue bien particulier. Ce quinquagénaire russe traîne sa bosse en Afrique depuis quelques années pour promouvoir son pays, mais se dit étranger au Kremlin.   C'est une façon bien étrange de présenter les résultats d'une étude sociologique : au printemps, des affiches 4×3 sont apparues dans les rues de Bangui, capitale de La République centrafricaine. Sur l'un d'elle, un slogan accompagne un portrait de Maksim Shugaley, au visage sérieux, avec ses cheveux courts et son front légèrement dégarni, et présenté comme le sociologue à l'origine de l'enquête : « Le président Touadéra (réélu en décembre lors d'une campagne mouvementée, NDLR) est gagnant-98,1 % (approuvent) . »
Le président de la « Fondation de la protection des valeurs nationales » (une ONG visant à « protéger les intérêts nationaux de la Fédération de Russie et à étudier l'expérience internationale ») a pourtant fait des études de droit. S'il reste une énigme - plusieurs chercheurs contactés avouent ne le connaître qu' « à travers les médias » -, son parcours semble épouser ceux des « entrepreneurs géopolitiques » comme les qualifie la politologue Tatiana Stanovaïa. Des businessmen russes qui se créaient des réseaux sans lien concret avec leurs autorités, tout en participant au rayonnement de leur pays.   Ces profils profitent du retour de Moscou en Afrique depuis une quinzaine d'années, selon Arnaud Dubien, chercheur associé à l'Iris et directeur de l'Observatoire franco-russe : « Depuis 2014, on voit une montée en puissance du domaine sécuritaire avec des acteurs comme Wagner. La Russie cherche à étendre son influence partout. L'Afrique est intéressante, car c'est une zone périphérique assez ouverte géopolitiquement. » Sans être l'égal d'Evgueni Prigojine, « le cuisinier de Poutine » , probable financier de la société paramilitaire Wagner, Maksim Shugaley, 55 ans, s'inscrit dans cette mouvance.   Le Saint-Pétersbourgeois dit avoir travaillé pour des partis d'opposition, dont le Parti libéral-démocrate (ultranationaliste). Un passé sur lequel il s'appuie pour affirmer qu'il n'a aucun lien avec le Kremlin, qu'il accuse d'ailleurs de « ne pas mener une politique suffisamment agressive à l'étranger » , lors d'un entretien accordé au Figaro en visioconférence.   Pourtant, il n'hésite pas à défendre la politique de sa mère patrie : « Les Russes sauvent le monde. Du fascisme, de l'État islamique, des bandes qui pillent et tuent leurs peuples en Afrique. » Pour appuyer ses propos, Shugaley liste les pays par lesquels il est passé : Tchad, Soudan, Madagascar, Libye, RCA. À Madagascar où il travaille, en 2018, pour un candidat à la présidentielle, Jean-Omer Beriziky, alors que la Russie est accusée d'avoir tenté d'influencer ce scrutin. Sans succès : l'ancien premier ministre n'obtient que 0,31 % des voix. « Les Russes sur place étaient peu compétents, assure Arnaud Dubien. C'était les troisièmes couteaux de la science politique russe. »   C'est en République centrafricaine que Shugaley a passé ces derniers mois. Des centaines d'instructeurs russes forment les Faca. Les Forces armées centrafricaines ont dû contrer une offensive de la Coalition des patriotes pour le changement, alliance de groupes armés opposée au président Touadéra et ayant pris le contrôle des villes principales du pays pendant la campagne électorale. Des mercenaires russes auraient participé aux combats. Emmanuel Macron qualifiait, fin mai, le président Touadéra d' « otage du groupe Wagner ». Shugaley s'agace : « C 'est une connerie. Dès que Touadéra a cessé de s'incliner devant Macron, la France a commencé à dire qu'il coopérait avec les Russes. » L'intellectuel autoproclamé chante les louanges de Wagner : « Les Britanniques ont Robin des bois ; les Russes ont Wagner, qui sauve des civils à l'étranger. »   L'homme aux lunettes rectangulaires assume ses contacts avec Evgueni Prigojine « C'est une personne forte, qui gagne de l'argent et ne dépense pas pour ses propres plaisirs, mais pour ce qu'il considère juste : la prospérité de son pays. » Shugaley peut être élogieux. Prigojine lui a apporté une grande aide, alors qu'il se trouvait dans une geôle libyenne en 2020 : « Je ne le connaissais pas avant mon arrestation, il s'est donné beaucoup de mal pour me faire sortir. »   Accusé d'espionnage, il a passé un an et demi dans une prison à Tripoli. Une histoire racontée dans deux films dithyrambiques, Shugaley et Shugaley 2. Le titre de l'étude sur laquelle a planché Shugaley ne prête pas non plus à confusion : « Tripoli comme ascenseur social pour Daech. » Le père de deux enfants affirme avoir rencontré 1 600 personnes dans le cadre de son travail. Parmi lesquelles, Saïf al-Islam Kadhafi, le fils de l'ancien dictateur, qui n'a pas été vu publiquement depuis 2014. « Je l'ai rencontré le 4 avril 2019, dans sa résidence à Zintan(où il avait été maintenu en détention puis libéré par une milice qui a refusé de répondre aux injonctions de Tripoli, NDLR). Il regardait à la télévision un reportage sur l'attaque du maréchal Haftar à Tripoli (qui a justement été lancée ce jour-là, NDLR) et il semblait déçu de ce qu'il se passait dans son pays. C'est une personne pragmatique, prête à refréner son ambition » , raconte le Russe, alors que les rumeurs sur la candidature du fils préféré de Mouammar Kadhafi à une prochaine élection vont bon train.   Shugaley a été arrêté quelques semaines plus tard : « Lors de ma détention à la prison, j'ai compris que ce n'est pas les autorités libyennes qui ont pris la décision de me détenir, mais les Américains. j'ai été arrêté, car je suis russe et à cause du rôle de la Russie (accusée de soutenir le gouvernement parallèle de l'Est et le maréchal Haftar, NDLR) . »S'il n'est pas lié ouvertement au Kremlin, l'homme n'hésite pas à dénoncer un « génocide informationnel contre les Russes à travers le monde » qu'il compare au génocide des Juifs... Tout en nuances. </text>
	

	<text titre="Une officine russe s'intéresse aux violences policières" date="2021 09 15T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2021" mois="9" jour="15" journal_clean="Le Monde" keywords="financer, officine, policières, russe, violences_policières, prêts, france, violence, violences, forces, racisme" langue="fr"> Moscou correspondant - Nous sommes préoccupés par l'augmentation de la violence et du racisme parmi les forces de l'ordre en France. (...) Nous sommes prêts à financer une compagne [sic] informationnelle sur le sujet de la violence policière. » Voilà le message, faute comprise, reçu ces dernières semaines par plusieurs médias français (dont Le Monde ne fait pas partie) et des associations travaillant sur le thème des violences policières. Signé par un certain Ivan Karamazov, il émane d'une officine d'influence russe bien connue qui dit disposer « des ressources financières, juridiques et informationnelles pour aider les victimes ».   Entre autres associations, les collectifs Désarmons-les ! et Témoins-Caisse de solidarité, à Lyon, ont confirmé avoir été approchées. D'autres, comme La Fédération nationale des Maisons des potes, ont été contactées par téléphone. A chaque fois, les Russes cherchent à connaître les « besoins » que pourraient avoir leurs interlocuteurs. « Nous sommes prêts à financer vos actions » , insiste la lettre réservée aux associations.
Les signataires se présentent comme appartenant à la Fondation pour combattre l'injustice, lancée au printemps par l'oligarque Evgueni Prigojine, dont le nom apparaît clairement sur le site de cette fondation. Cet homme d'affaires est connu pour être derrière la société de mercenaires Wagner et les premières « usines à trolls » installées en 2013 à Saint-Pétersbourg, structures destinées à inonder Internet de commentaires sur mesure.   M. Prigojine avait fait part, au mois de mars, de son intention de lancer une fondation « contre les répressions en Occident ». Cette annonce avait été reçue comme une provocation de la part d'un homme dont le nom est cité dans des cas de violences contre des journalistes et des opposants russes et dont les Wagner sont accusés de crimes de guerre sur différents théâtres de conflit.   Son amour du « trolling » se retrouve dans l'acronyme de sa fondation retenu en anglais : FBI. La figure de proue de la fondation est une certaine Mira Terada, une Russe « victime de l'arbitraire américain » , qui a passé deux ans et demi en prison. Oksana Vovk, de son vrai nom, avait plaidé coupable de blanchiment pour éviter une condamnation pour trafic de drogue. Les Etats-Unis sont la cible numéro un de la fondation, dont l'essentiel de l'activité consiste à afficher sur son site Internet des cas de violences réelles commises contre des citoyens de différents pays occidentaux. Les Afro-Américains constituent la majorité des cas.  Un projet clair« Après avoir utilisé la Russie et l'Ukraine comme laboratoires, les hommes de Prigojine ont près d'une dizaine d'années d'expérience en opérations d'influence aux Etats-Unis , note Colin Gérard, qui prépare une thèse sur l'influence informationnelle russe et a constaté l'intensification des activités de cette fondation au début de l'été. La nouveauté est que la France soit ciblée, autour de thématiques considérées comme étant plutôt de gauche. »La fondation assure « s'occuper » de quatorze cas français, pour l'essentiel célèbres, comme ceux d'Adama Traoré, Steve Maia Caniço, Zineb Redouane, Rémi Fraisse ou encore Cédric Chouviat. En réalité, son travail se limite à publier un bref résumé du dossier et, dans certains cas, une lettre qui aurait été envoyée à différentes autorités françaises, sommaire et dont le contenu est à chaque fois identique : « Nous apprenons dans les médias que (...). Nous pensons que ces agissements sont contraires aux droits de l'homme. »De la même façon, la fondation affirme « collaborer » avec un nombre conséquent d'ONG et d'associations reconnues. Parmi elles, Amnesty International assure au Monde n'avoir jamais mené la moindre coopération avec l'organisation.   Le message envoyé aux rédactions et associations semble indiquer une volonté d'aller plus loin, à sept mois de l'élection présidentielle française. De fait, si le ton dénote un certain amateurisme, le projet est clair. Les signataires du message adressé aux journalistes français se disent prêts à toute forme de « coopération » , jusqu'à la publication d'articles sur les médias anglophones et russophones de l'empire Prigojine. Ils semblent surtout prêts à distribuer des subsides à quiconque ferait part d'un vague intérêt pour « les violences policières et les actes de racisme contre les minorités nationales ».   Joint par téléphone, un représentant de la fondation peine à comprendre les questions du Monde sur cet intérêt pour la France, et évoque à plusieurs reprises le « tarif » qui pourrait être défini pour une collaboration « Soit vous faites vous-mêmes des articles, soit on vous les envoie et vous voyez si ça vous convient ou s'il faut adapter. »Dans une réponse écrite ultérieure, la fondation fait preuve d'une transparence étonnante en indiquant avoir identifié 37 médias et 70 associations actives dans les domaines déjà cités, auxquels il faut ajouter « l'aide aux migrants ». Les contacts ont été progressivement lancés à partir d'août.   Faut-il voir la main du Kremlin dans cette initiative, qui rappelle le focus mis sur les questions raciales durant la campagne présidentielle américaine de 2016 ? A l'époque, des Russes avaient acheté des espaces sur les réseaux sociaux pour attiser les tensions ethniques. La justice américaine a inculpé M. Prigojine pour ces actions.  Diplomatie parallèleL'oligarque fait partie des hommes qui se sont positionnés de longue date sur le « marché » de la diplomatie parallèle et de l'influence. En prenant des initiatives, avec ou sans l'assentiment préalable du pouvoir politique, ceux-ci espèrent obtenir une rétribution ultérieure.   Le « chef de Poutine » (il a commencé dans la restauration, après avoir purgé neuf ans de prison pour banditisme à la fin de l'Union soviétique) a ainsi fait sa fortune sur des contrats de logistique avec le ministère de la défense; en Syrie, il reçoit une partie des revenus du pétrole; en République centrafricaine, il contrôle l'extraction de minerais. C'est d'ailleurs sur le théâtre africain que les actions de M. Prigojine ont déjà ciblé la France, avec des opérations d'influence ou de soutien à des forces politiques hostiles à Paris, utilisant par exemple l'activiste antisémite Kemi Seba.   Sur le fond, le choix fait par l'oligarque est cohérent. Lorsqu'il est interrogé au sujet des droits de l'homme dans son pays, Vladimir Poutine renvoie systématiquement à la « répression » des « gilets jaunes » français ou aux poursuites judiciaires lancées contre les assaillants du Capitole américain, le 6 janvier. </text>
	

	<text titre="L'officine russe et les violences policières à Paris" date="2021 09 15T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2021" mois="9" jour="15" journal_clean="Le Monde" langue="fr"> L'oligarque Evgueni   Prigojine propose   de financer des enquêtes sur les forces de l'ordre </text>
	

	<text titre="Mali : la junte négocie avec des mercenaires russes" date="2021 09 16T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 23972" auteur="berthemet, tanguy" annee="2021" mois="9" jour="16" journal_clean="Le Figaro" keywords="mercenaires, paramilitaires, wagner, société, mali, russes, accord" langue="fr"> SAHEL Des paramilitaires russes en armes seraient prêts à intervenir au Mali. La société privée Wagner tente de s'implanter au Sahel, et si aucun accord n'a encore été signé avec Bamako, l'idée que des mercenaires soient déployés n'est plus absurde. Selon l'agence Reuter, un contrat a déjà été rédigé. Après la Libye, le Soudan, la Centrafrique et, un temps, le Mozambique, cette compagnie mettrait ainsi le pied dans un cinquième pays d'Afrique.   Les termes de l'accord ne sont pas très clairs. Ils concerneraient environ un millier d'hommes chargés de la formation des troupes maliennes, et aussi de la protection des personnalités. Mais, comme en Centrafrique où les missions de Wagner sont officiellement les mêmes, ses hommes pourraient parfaitement s'impliquer directement dans les combats. Le parallèle avec l'Afrique centrale ne s'arrête pas là. Comme à Bangui, Wagner signerait pour se payer des accords miniers. Le sous-sol malien étant moins avantageux que celui de Centrafrique l'accord ajouterait, selon Reuter, 6 milliards de francs CFA (9,15 millions d'euros) par mois.
L'hypothèse d'un tel déploiement a immédiatement fait réagir, et la France en premier lieu. Paris, qui entretient depuis huit ans plusieurs milliers de soldats au Mali, ne veut pas entendre parler de Wagner dont l'arrivée en Centrafrique s'était accompagnée d'une violente campagne antifrançaise. Le gouvernement français a donc haussé le ton et mis en garde. La ministre des Armées, Florence Parly, a ainsi dit qu'un tel accord « serait extrêmement préoccupant ». Mardi, Jean-Yves Le Drian a prévenu que les paramilitaires russes sont « absolument inconciliables avec notre présence ». Une source militaire assure que la France envisagerait dans ce cas un repli « vers les pays voisins », notamment le Niger. « Pour l'instant rien n'est fait mais nous sommes vigilants », assure un haut responsable français. En coulisse, la France s'active. Le Sahel a été évoqué entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine lors d'une conversation en août, et le 8 septembre, le directeur Afrique du Quai d'Orsay s'est rendu à Moscou pour s'entretenir avec son homologue.   Mercredi, la Russie, en réponse, a affirmé qu'aucun soldat russe n'était présent au Mali. « Aucune négociation officielle n'est en cours », a ajouté Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin. La Russie a cependant l'habitude de ne jamais évoquer Wagner, vue comme une simple société privée, même si les Occidentaux la considèrent comme un faux nez de Moscou, notamment au travers de son patron officieux, Evgueni Prigojine, un proche de Poutine. Le ministère de la Défense malien a d'ailleurs reconnu conduire des pourparlers avec la compagnie. « Nous avons besoin de tout le monde. Nous parlons avec tout le monde. Et pourquoi pas les Russes qui sont nos amis ? », s'interroge un responsable malien. Le Mali et la Russie ont des liens historiques ravivés depuis peu par l'arrivée du premier ministre, Choguel Maïga, qui a fait dix ans d'études en URSS, et d'un ministre de la Défense, lui aussi formé en Russie.   L'UE en alerte   L'activation de ces réseaux ne ferait cependant pas que froisser Paris. Mercredi, Berlin, qui a dépêché un millier de soldats au Mali, a prévenu qu'un accord avec Wagner « remettrait en cause » le mandat de l'armée allemande. Washington, dont l'aide est indispensable à Barkhane, serait aussi contraint de se replier. L'Union européenne, le plus gros bailleur du Mali, est également en alerte. « L'UE reconsidérerait sans doute ses programmes, explique un diplomate, qui évoque les missions de formation des militaires, Eutm, ou de la police, Eucap. L'appui budgétaire serait aussi très compliqué à continuer ».« En temps normal, le Mali n'aurait aucun intérêt à se lier à Wagner. Il perdrait beaucoup de ressources. Seulement nous ne sommes pas en temps normal , analyse toutefois un autre diplomate. La transition, mise en place après le coup d'état d'août 2020, doit en effet se terminer par des élections fixées en février prochain. Le gouvernement mis en place par les putschistes accumule les retards et se trouve sous pression des Occidentaux. Wagner se montrerait sans doute moins tatillon sur les délais d'organisation du scrutin. </text>
	

	<text titre="Mercenaires russes de Wagner au Mali Apocalypse Now ?" date="2021 09 23T00:00:00" journal="Libération" auteur="par pierre alonso, veronika dorman et célian macé" annee="2021" mois="9" jour="23" journal_clean="Libération" keywords="now, wagner, apocalypse, mali, russes" langue="fr"> Une musique d'opéra épique, pom- peuse, résonnait lundi matin dans le lobby d'un hôtel international de Ba- mako. Reconnaissable entre toutes. La Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner, a relevé une journaliste de l'AFP sur Twitter. Celle des hélicoptères de la fameuse scène d'Apocalypse Now. Un réceptionniste facé- tieux a-t-il décidé de jouer avec les nerfs de la délégation française accompagnant au
Mali la ministre des Armées, Florence Parly ? Wagner est aussi le nom de la nébuleuse paramilitaire russe qui électrise Bamako et Paris depuis une semaine. Des discussions seraient en cours entre le groupe de merce- naires et la junte au pouvoir au Mali, ce qui provoque la fureur des autorités françaises. Décryptage d'une partie particulièrement tendue de poker à trois.   Que sait-on des discussions entre Moscou et Bamako ? La rumeur a commencé à se matérialiser lundi, sous la forme d'une alerte de l'agence   Reuters : «Le Mali proche d'un accord avec les mercenaires russes du groupe Wagner.» L'in- formation, explique la dépêche, a été recou- pée auprès de «sept sources diplomatiques et sécuritaires», toutes anonymes. Deux chiffres sont avancés : le montant du contrat, autour de 6 milliards de francs CFA (9,1 millions d'eu- ros) par mois ; et le nombre de paramilitaires envoyés au Mali, «au moins 1000». L'accord entre Bamako et Wagner por- Suite page 10   Suite de la page 8   terait officiellement sur la formation de l'armée malienne et la protection des hautes personnalités de l'Etat. Le lendemain, Jeune Afrique renchérit : «Bamako sur le point de signer». La visite du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, à Moscou le 4 septembre aurait accéléré les choses. Il fut l'un des cinq colonels à l'origine du putsch contre le président Ibrahim Boubacar Keïta durant l'été 2020. La volonté du président de la transition, Bah N'Daw, de l'écarter du gouvernement, a été à l'origine du second coup d'Etat du 24 mai. Signe de l'importance de Camara au sein de la junte. Il connaît la Russie pour y avoir séjourné, juste avant le putsch, lors d'une formation d'un an au Collège militaire supérieur de Moscou. Le 4 septembre, Sadio Camara a rencontré Alexandre Fomine, vice-ministre russe de la Défense. L'entretien a porté sur des «projets   de coopération militaire» et les «questions de sécurité en Afrique de l'Ouest», selon Moscou. Rien de surprenant pour une rencontre entre ministres de la Défense. D'autant que la Russie et le Mali ont déjà signé un accord de coopération militaire en juin 2019, sous le précédent gouvernement. A-t-il cette fois été question de Wagner, ce groupe de paramilitaires qui ne se déploie qu'avec l'aval du Kremlin ? Les parties prenantes n'ont pas confirmé l'existence d'un contrat en discussion. «Il n'y a aucun représentant des forces armées russes là-bas [ ] et aucune négociation officielle n'est en cours», a démenti le porte-parole du gouvernement russe - comme à chaque fois qu'il est question de Wagner.   A Bamako, les autorités soufflent le chaud et le froid. «Le gouvernement de la République du Mali s'étonne et s'interroge de ces allégations basées uniquement sur des rumeurs et des articles de presse commandités s'inscrivant   dans le cadre d'une campagne de dénigrement de notre pays et de diabolisation de ses dirigeants, s'est agacé le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué publié samedi. Il ne permettra à aucun Etat de faire des choix à sa place et encore moins de décider quels partenaires il doit solliciter ou pas.» Autre son de cloche d'un diplomate occidental au Mali : «Il y a vraiment des contacts suivis. Des gens de Wagner sont venus ici. Ce n'est pas encore signé mais ce n'est pas un simple coup de bluff de la part des Maliens.»   Où les mercenaires de Wagner interviennent-ils en Afrique ? «Le groupe Wagner» est devenu un terme générique pour désigner les sociétés militaires privées (SMP) financées par l'oligarque russe Evgueni Prigojine. Placé sous sanctions américaines et européennes pour son ingérence   dans les élections américaines de 2016 et pour son implication dans le conflit libyen, l'homme est un proche de Vladimir Poutine. Sur le plan militaire, la SMP serait supervisée par Dmitri Outkine, un ancien officier du GRU (le renseignement militaire russe) dont l'alias, «Wagner», est à l'origine de l'appellation de cette structure paramilitaire sans existence légale, qui a fait ses débuts en Ukraine en 2014, puis s'est fait connaître par   ses actes de cruauté en Syrie, où elle était engagée auprès de l'armée russe et du régime de Damas.   Ses mercenaires ont récemment fait leur apparition sur le continent africain, en République centrafricaine (2017), au Soudan (2018), en Libye (2018) et au Mozambique (2019). A Khartoum, leur arrivée avait été négociée avec l'ancien dictateur Omar el-Béchir, renversé l'année suivante. Depuis cette chute, les hommes de Wagner n'ont plus fait parler d'eux. En Libye, ils ont activement combattu aux côtés du maréchal rebelle Khalifa Haftar, qui a tenté de s'emparer de la capitale par la force. Après l'échec du siège de Tripoli, les troupes de Haftar se sont repliées dans le centre du pays. Les mercenaires qui les accompagnent seraient entre 800 et 1200, selon l'estimation des experts de l'ONU. Toujours présents, malgré un accord de cessezle-feu signé en octobre 2020 prévoyant le départ des combattants étrangers.   C'est sans doute la situation en Centrafrique   qui présente le plus de similitudes avec le Mali. A Bangui, les Russes ont mis le pied dans la porte alors que les soldats français de l'opération Sangaris (2013-2016) venaient de plier bagage. Ils ont initialement été introduits comme des «instructeurs» ou des «conseillers» présents sous l'égide du Conseil de sécurité de l'ONU, à la demande des autorités centrafricaines. Deux entreprises dans le giron de Wagner ont été utilisées : Sewa Security Services, qui assure notamment la sécurité du   président Faustin-Archange Touadéra, et Lobaye Invest, une société minière immatriculée localement mais dont le dirigeant, Evgueni Khodotov, est lié à Prigojine. Les Russes sont soupçonnés de se rémunérer avec les ressources naturelles (or, diamant) de la République centrafricaine. En échange, ils aident l'armée nationale à regagner du terrain en s'attaquant aux groupes rebelles qui occupent la majeure partie du territoire. Leurs effectifs s'élèveraient à 2 400 hommes. D'après des «preuves crédibles», les combattants de Wagner «ont participé activement à des opérations mili - taires», commettant des arrestations, des actes de torture ainsi que des exécutions extrajudiciaires, détaille un rapport de l'ONU   paru cet été. La seule expérience africaine de Wagner dans la lutte antijihadiste s'est en revanche soldée par un échec : appelés à la rescousse par le gouvernement mozambicain - vieux partenaire de l'époque soviétique - aux prises avec une insurrection islamiste armée dans la province du Cabo Delgado, riche en gaz naturel, les mercenaires russes ont rapidement essuyé des pertes. Quelques semaines après leur arrivée, sept d'entre eux ont été tués, selon la presse mozambicaine. Wagner a très vite laissé la place à une société militaire privée sud-africaine, Dyck Advisory Group.   Que cherchent les Russes au Mali ? La coopération technique et militaire entre la Russie et le Mali, qui remonte elle aussi à l'URSS, a été réactivée en 2016, quand le «M. Afrique» de Vladimir Poutine, le vice-ministre des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov, s'est rendu à Bamako pour signer des contrats d'armement (portant sur quatre hélicoptères Mi-35, dont les derniers ont été livrés en janvier). Depuis plusieurs années, la Russie s'engage systématiquement dans les   anciennes colonies françaises, et observe aujourd'hui avec délectation les déboires français au Sahel. «La Russie fait ce qu'elle sait très bien faire : elle exploite ces faiblesses, commente Sergey Sukhankin, analyste principal à la Jamestown Foundation. La Russie voit la France comme affaiblie de l'intérieur par ses   problèmes, et isolée à l'extérieur par des relations dégradées avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, maintenant l'Australie Donc Moscou peut défier Paris en Afrique subsaharienne.» Au-delà de cette stratégie de s'immiscer dans les vides ou les interstices laissés par les puissances occidentales, que peut bien convoiter le Kremlin dans un pays dont le sous-sol recèle peu de richesses connues, instable et déchiré de l'intérieur ? «Le Mali est dans le top 20 mondial des principaux extracteurs d'or», rappelle Sukhankin. Moscou n'a ni l'intention ni la prétention d'apporter un soutien économique au Mali, mais ambitionne de se fixer durablement dans une zone qu'elle considère comme un pont entre l'Algérie et les pays d'Afrique de l'Ouest - la Côte-d'Ivoire, le Nigeria - qui représentent des enjeux importants, aussi bien pour les contrats d'armement que pour les ressources naturelles.   En outre, Vladimir Poutine a très bien compris que le groupe Wagner, dont il ne nie plus l'existence depuis 2020, est une arme redoutable dans la «guerre informationnelle asymétrique» qu'il mène contre l'Occident. «C'est une manière de provoquer les Occidentaux, ça ne coûte rien au Kremlin, mais la moindre mention de Wagner rend les Occidentaux nerveux et les pousse à dépenser de l'argent et de l'énergie pour contrer les projets russes», conclut l'expert, qui doute fortement que Bamako ne prenne réellement le risque de se brouiller définitivement avec Paris pour des contrats douteux avec la SMP russe. «Investissement minimal pour un emmerdement maximal», résume un diplomate pour qualifier la stratégie russe en Afrique.   Pourquoi Bamako regarde du côté de Moscou ? Officiellement, la junte cherche à diversifier ses partenaires sécuritaires. Huit ans après la reconquête des villes du nord du Mali par les troupes françaises de l'opération Serval, une grande partie du territoire national continue   d'échapper au contrôle des Forces armées maliennes (Fama). Ni l'appui des soldats français de la force Barkhane ni le soutien des Casques bleus de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) ne leur ont permis de reprendre pied dans le Nord ou de chasser les jihadistes dans l'Est et au Centre.   A Bamako, les Russes jouissent d'une réputation populaire d'efficacité au combat - pourtant largement infondée au vu des précédents mozambicains et libyens. Loin de déranger, leur image de brutalité est au contraire perçue comme un gage de puissance. «L'opinion publique malienne est favorable à une coopération accrue avec la Russie», a affirmé le porte-parole du ministère malien de la Défense. En se tournant vers Moscou, les putschistes s'adressent aussi à la rue malienne. Un signal envoyé au moment où la junte semble envisager de se maintenir au pouvoir au-delà de la date initialement prévue (février 2022). Pour prolonger la transition, elle sait qu'elle aura besoin d'un soutien populaire.   Lassée des manoeuvres politiques des putschistes, déçue du manque de «réengagement de l'Etat» au Nord et excédée par le second coup d'Etat, la France a pris ses distances avec le pouvoir malien ces derniers mois. Emmanuel Macron a annoncé le 10 juin la fin de l'opération Barkhane et la reconfiguration du dispositif français au Sahel. Paris s'oppose également au report des élections. Les clins d'oeil appuyés des autorités maliennes à Moscou sont-ils une forme de pression exercée sur leur allié français ? «Des partenaires ont décidé de quitter le Mali et de se replier sur d'autres pays, a insisté vendredi le Premier ministre de la transition désigné par la   junte, Choguel Kokalla Maïga. Il y a des zones qui sont abandonnées aujourd'hui, il ne faut pas laisser de vide. Les forces [nationales] ne suffisent pas. Est-ce qu'il ne faut pas avoir un plan B ?»   Comment la France réagit-elle ? Les relations entre Bamako et Moscou sont scrutées de près à Paris. Jusqu'ici, les inquiétudes portaient surtout sur les manipulations de l'information ciblant, via les réseaux sociaux, la population malienne. La donne n'est plus du tout la même avec le possible déploiement de mercenaires. «Un sujet de préoccupation   majeur», dit Florence Parly, qui l'a dénoncé comme «incompatible» avec l'engagement militaire français dans le pays. La ministre a abordé la question avec son homologue, le colonel Sadio Camara, lors de sa visite à Bamako en début de semaine. Le choix de Wagner serait le choix de «l'isolement», a inpropres   sisté Parly. L'Allemagne, qui participe à la formation de l'armée malienne et déploie des Casques bleus, a lancé le même avertissement, ainsi que Josep Borrell, au nom de l'Union européenne.   L'arrivée des Russes, si elle se concrétise, pourrait définitivement pousser dehors les Français, et dans leur sillage les partenaires européens et les bailleurs internationaux traditionnels du Mali. Dans ce scénario catastrophe, la junte, lâchée de toute part, aura besoin d'un protecteur. Les gros bras de Wagner redoubleraient alors d'attraits. «Wagner servirait alors de garde du corps à la junte», lâche un bon connaisseur des cercles du pouvoir de Bamako.   Les autorités françaises n'ont pas découvert dans la presse ces tractations de l'ombre. Selon nos informations, la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) est au courant des discussions depuis le printemps au moins. Dès décembre 2019, soit peu après la signature de l'accord de défense avec la Russie, une petite équipe de Wagner avait été repérée dans la capitale malienne. Les responsables politiques d'alors, qui seront déposés par le coup d'Etat, avaient démenti tout recours massif aux Russes. Le ministre de la Défense, Ibrahima Dahirou Dembelé, avait minimisé, en privé, ce partenariat, assurant qu'ils ne viendraient que pour la maintenance des hélicoptères de l'armée, presque tous de fabrication russe. La junte a visiblement décidé d'aller plus loin, même si rien n'est acté, comme l'a prudemment rappelé le ministère malien de la Défense pendant le week-end. Pour affiner ses options, l'exécutif français traitera le sujet Wagner lors d'un conseil de défense avant la fin du mois.   «Il y a vraiment des contacts suivis. Des gens de Wagner sont venus ici. Ce n'est pas encore signé mais ce n'est pas un simple coup de bluff de la part des Maliens.» Un diplomate occidental au Mali Jusqu'ici, les inquiétudes de Paris portaient surtout sur les manipulations de l'information ciblant, via les réseaux sociaux, la population malienne. La donne n'est plus du tout la même avec les mercenaires. </text>
	

	<text titre="Wagner, des mercenaires au service du Kremlin" date="2021 10 20T00:00:00" journal="La Croix, no. 42143" auteur="benjamin quénelle" annee="2021" mois="10" jour="20" journal_clean="La Croix" keywords="partie, moscou, mercenaires, russe, wagner, kremlin, service, mali, jamais, mais, ukraine" langue="fr"> Moscou (Russie)   De notre correspondant   Le Kremlin ne prononce jamais son nom. Mais, de l'Ukraine au Mali, Wagner fait partie intégrante de la panoplie diplomatico-militaire russe dans le monde. « Un secret de polichinelle ! », ironise Ruslan Leviev. Expert du groupe d'enquête Conflict Intelligence Team, il suit depuis 2014 les interventions de ce que le président Vladimir Poutine a simplement nommé « une organisation privée ». Sans jamais citer directement Wagner. « C'est une organisation à géométrie variable : larges bataillons au côté des séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine et milliers de mercenaires dans la Syrie du président Bachar Al Assad, ou de petits commandos en Libye et en Centrafrique. À chaque fois, on finit par récupérer des photos détaillant le déploiement. Pour le Mali, c'est encore flou. Il faut du temps ! », prévient Ruslan Leviev.
Soupçonnés de faire le « sale boulot » au service du Kremlin, les hommes (et quelques rares femmes...) de Wagner ont été régulièrement signalés au côté de l'armée russe avant d'être repérés sur des fronts où, officiellement, Moscou est pourtant absent : auprès du maréchal libyen Khalifa Haftar ou du président de la Centrafrique, Faustin-Archange Touadéra. Et à chaque fois, le Kremlin dément. Le plus souvent, il feint d'ignorer et ne commente pas les actions de Wagner. Pas un mot non plus sur Dmitri Outkine, cet ancien du renseignement militaire qui, réputé passionné du chef du IIIe Reich allemand et de son compositeur fétiche, aurait créé et ainsi nommé ce groupe de paramilitaires. En décembre 2016, il a été reçu au Kremlin pour une cérémonie en hommage aux « héros » de Syrie et figure sur une photographie avec Vladimir Poutine.  « Outkine va régulièrement sur le terrain pour coordonner », assure Ruslan Leviev. Selon l'expert, il orchestre aussi le recrutement - près de 5 000 hommes au fil des années depuis 2014 : des ex-militaires de la guerre d'Afghanistan, d'anciens combattants tchétchènes, des séparatistes d'Ukraine, des soldats à la retraite et de simples volontaires venus de toute la Russie. Offrant un salaire mensuel d'au moins 150 000 roubles (quelque 1 800 €, plus de dix fois le salaire minimum russe), hors diverses primes, Wagner chercherait à renouveler et élargir ses effectifs. Stricte, la sélection se finit par une formation à Molkino, base militaire dans la région sud de Krasnodar où le groupe bénéficierait d'une certaine autonomie par rapport à la hiérarchie locale du ministère de la défense.   Le Kremlin s'en tient pareillement au plus grand silence sur l'autre figure clé de Wagner : l'organisation serait pilotée et financée par l'homme d'affaires Evgueni Prigojine, réputé proche de Vladimir Poutine depuis leur passé commun dans les années 1990 à Saint-Pétersbourg. Le futur président y était alors adjoint du maire et le futur fournisseur des repas du Kremlin y dirigeait des restaurants chic. Evgueni Prigojine est désormais connu pour son sobriquet de « cuisinier de Poutine » qui, toujours vêtu d'un costume sombre, fait oublier son passé de délinquant. Condamné « pour vol » sous l'URSS, il a passé neuf ans en prison.   Aujourd'hui réputé milliardaire grâce à de lucratifs contrats publics, il est sanctionné par les États-Unis pour ingérence électorale et par l'UE pour son rôle déstabilisateur en Libye. C'est l'un des mauvais génies de la politique étrangère du Kremlin, crâne rasé et regard perçant, pourtant discret voire invisible. Lors du sommet Russie-Afrique, à Sotchi en octobre 2019, il n'est pas apparu en public. Mais il était l'un des hommes clés en coulisses pour orchestrer le rapprochement entre Moscou et les capitales africaines. Entre politique... et business.  « Il n'y a aucun doute sur le rôle de Prigojine derrière Wagner »,  affirme Denis Korotkov, le journaliste qui traque l'organisation. Dans Novaïa Gazeta, journal indépendant dont le rédacteur en chef vient de recevoir le prix Nobel de la paix, il a publié de nombreux articles, depuis le camp d'entraînement à Molkino jusqu'à l'étrange opération en Biélorussie à la veille de la révolution l'an passé. « Preuves et témoignages sont nombreux sur l'emprise de Prigojine, impubliables car trop dangereux pour mes sources »,  confie le journaliste, lui-même menacé. Lorsqu'en 2018 Wagner commençait à s'implanter en Centrafrique, trois journalistes russes ont mené l'enquête. Ils ont fini assassinés. Par des bandits, selon Moscou. Par les hommes de Wagner, selon d'autres sources.  « Enquêter sur Wagner est devenud'autant plus dangereux que, groupe paramilitaire à ses débuts, défendant sur le terrain la vision géopolitique du Kremlin, il est devenu une organisation d'affaires, soucieuse donc de protéger ses intérêts commerciaux... », rappelle Denis Korotkov. En Syrie, c'était la protection de gisements pétroliers en échange d'une partie des revenus de la vente des barils. En Centrafrique, la protection d'activités minières s'est révélée une juteuse affaire.   En contrepartie, Evgueni Prigojine couvrirait les frais de Wagner, y compris les compensations aux familles des hommes morts au combat. En février 2018, par exemple, le groupe aurait subi de lourdes pertes en Syrie dans les frappes américaines contre des combattants tentant de s'emparer de champs pétroliers. Comme ce ne sont pas officiellement des soldats, l'État russe ne verse pas d'indemnités aux veuves et orphelins. Les compensations, entre 3 et 5 millions de roubles (35 000 et 60 000 €), seraient directement payées par l'un des fonds d'Evgueni Prigojine. Une information invérifiable. En décembre dernier, en revanche, c'est officiel : il a versé près de 400 000 € à deux Russes libérés de prison en Libye.   « Le Kremlin est satisfait de ce que fait Wagner même si ces hommes, pas forcément les meilleurs, dérapent en Afrique. Poutine laisse faire. En échange, Prigojine se montre loyal... jusqu'à attaquer verbalement et en justice les opposants du Kremlin. Mais, attention, Prigojine n'est pas Setchine ! »,  temporise Mark Galeotti, expert de la politique et des affaires de sécurité russes. Allusion à Igor Setchine, le puissant patron de Rosneft, géant public de l'or noir russe, ami et ex-collègue du KGB du président. « Les destins de Poutine et Setchine sont liés. Par comparaison, Prigojine n'est qu'une bonne connaissance du président qui, si une opération dérape trop, n'hésitera pas à le laisser tomber »,  explique l'analyste.   Ainsi Wagner est-il avant tout une histoire d'aventuristes, entre opportunisme politique et opportunités d'affaires. Sans aucune existence légale car les sociétés militaires privées sont bannies en Russie. « Plus ou moins autonome du Kremlin, Wagner évolue en eaux troubles. Ses hommes peuvent prendre des initiatives servant la stratégie russe. Mais, en cas d'échec, Moscou peut toujours dire que ce n'est pas de sa responsabilité », résume Andreï Kortounov, directeur du Russian Council, think tank sur les questions internationales. Ces mercenaires ne font pas l'unanimité dans l'élite, notamment au ministère des affaires étrangères et dans la hiérarchie militaire. « Mais le Kremlin a réussi à imposer le consensus : Wagner peut s'avérer utile », note Andreï Kortounov. Aujourd'hui au Mali comme hier sur d'autres fronts... </text>
	

	<text titre="La France menacée dans son pré carré africain" date="2021 10 20T00:00:00" journal="La Croix, no. 42143" auteur="fabrice deprez" annee="2021" mois="10" jour="20" journal_clean="La Croix" keywords="mercenaires, wagner, mois, coup, france, paris, mali, groupe" langue="fr"> « Le Mali proche d'un accord avec les mercenaires russes du groupe Wagner » : ce 13 septembre, la dépêche de l'agence de presse Reuters sonne à Paris comme un coup de tonnerre. Voilà plusieurs mois que le pays tente péniblement de gérer les suites du coup d'État du mois de mai et la décision de la France de réduire sa voilure militaire dans la région. Les Russes à Bamako ? Paris s'insurge et menace de quitter totalement le pays.   Depuis les couloirs du siège de l'ONU à New York, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ne se prive pas d'attiser la polémique, en confirmant le 26 septembre que « le pouvoir malien s'est mis en contact avec une société militaire russe ». Un mois plus tard, le flou est pourtant toujours de rigueur. L'état-major français assure à La Croix n'avoir « détecté aucune présence physique du groupe Wagner au Mali », tout en reconnaissant une « intensification de la diffusion de fausses nouvelles contre la France » dans la région.
L'avalanche de réactions est en tout cas venue mettre en lumière l'aura acquise par ce groupe dépourvu de nom ou même d'existence officielle : « Moscou sait très bien que toute rumeur sur la présence de Wagner quelque part en Afrique attire l'attention de l'Ouest, explique Sergueï Soukhankine, chercheur à la Jamestown Foundation et auteur d'un rapport sur l'activité de Wagner en Afrique. Et je crois que la Russie se sert donc aussi du groupe comme d'un outil de confrontation informationnelle. »Mais pas seulement. Libye, Mozambique, Soudan ou Centrafrique : la nébuleuse paramilitaire de l'oligarque russe Evgueni Prigojine, forgée sur les champs de bataille ukrainien et syrien, est devenue un acteur incontournable des conflits africains. C'est d'ailleurs son action dans la République centrafricaine qui, depuis 2018, suscite à Paris des angoisses transposées ces dernières semaines au Mali. Car dans ce pays instable et parmi les plus pauvres de la planète, « Moscou a remplacé Paris dans le rôle de protecteur du régime », assure Thierry Vircoulon, spécialiste de l'Afrique centrale et australe à l'Institut français des relations internationales (Ifri).   Arrivés en tant que simples instructeurs militaires, les mercenaires du groupe se sont en effet rapidement mués en garde prétorienne, participant en janvier 2021 à la contre-offensive contre des groupes rebelles alors proches de la capitale de Bangui. « Les règles d'engagement de la Minusca(la mission de l'ONU) ne permettaient pas de les stopper », a plaidé en octobre le président Faustin-Archange Touadéra sur la chaîne de télévision France 24. Des règles d'engagement dont Wagner ne s'embarrasserait pas : en mars, des experts de l'ONU ont ainsi accusé le groupe d'implication dans de multiples crimes de guerre, dont des exécutions sommaires et des cas de torture.   Expérimenté et bon marché, le groupe est aussi considéré comme l'extension d'une politique étrangère russe désireuse de réduire l'influence occidentale dans la région. Et si la montée en puissance des informations anti-françaises est vue comme un signal de mauvais augure au Mali, c'est qu'elle semble répéter un schéma déjà vu en Centrafrique, avec le financement par des structures proches d'Evgueni Prigojine de médias locaux critiques de la présence française.   Le déploiement du groupe à travers le continent ne s'est pourtant pas fait sans problèmes. « Le bilan doit être relativisé, il y a un delta entre la perception de l'activité du groupe et la réalité sur le terrain qui n'est pas négligeable », note ainsi Emmanuel Dreyfus, spécialiste de la défense russe à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (Irsem). En Libye, au Soudan ou au Mozambique, les hommes de Wagner ont ainsi échoué à s'implanter durablement et ont même subi de cuisantes défaites. « Mais Paris est d'un autre côté dans une contradiction évidente, que ce soit en Centrafrique ou au Mali », juge Thierry Vircoulon. « La France dit qu'elle ne veut plus être le gendarme de ces pays, elle veut sortir, mais ne veut pas que d'autres pays rentrent », ajoute cet analyste. Une contradiction que Moscou n'hésite pas à exploiter. </text>
	

	<text titre="Retrouvailles franco-russes sous tension" date="2021 11 15T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="philippe ricard (à paris) et benoît vitkine" annee="2021" mois="11" jour="15" journal_clean="Le Monde" keywords="rencontre, moscou, frontière, biélorussie, pologne, migrants" langue="fr"> Moscou correspondant - L'afflux de migrants à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne s'est invité à la dernière minute dans les discussions, comme pour tendre encore une rencontre qui promettait déjà d'être explosive. Les gouvernements français et russe ont relancé, vendredi 12 novembre, un format de discussion suspendu par Paris après l'empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny, à l'été 2020. Les ministres des affaires étrangères et des armées français, Jean-Yves Le Drian et Florence Parly, ont reçu, à Paris, leurs homologues russes, Sergueï Lavrov et Sergueï Choïgou.   Ce « conseil de coopération sur les questions de sécurité » avait été mis en place à l'initiative du président Emmanuel Macron, dans une tentative contestée de dialogue stratégique avec la Russie, après un tête-à-tête au fort de Brégançon (Var) avec son homologue, Vladimir Poutine, en août 2019. Une perspective de rapprochement plus que jamais éclipsée par l'accumulation des sujets de contentieux. Alexeï Navalny est en prison et Moscou attribue son empoisonnement à une manipulation de l'Occident, France comprise; aussi, pour nombre de capitales européennes, toute tentative de détente avec la Russie est vouée à l'échec.
Pour justifier la reprise de ce dialogue « ferme et exigeant », les officiels français avaient affiché leur intention d'aborder les sujets qui fâchent. D'abord le Mali, où le gouvernement est tenté de recourir aux services de la société russe de mercenaires Wagner. Ensuite, l'Ukraine, où le conflit demeure, sur fond de bruit de bottes aux frontières. Enfin, la « guerre hybride » lancée par la Biélorussie sur le front migratoire, en ins trumentalisant l'arrivée de migrants aux frontières de la Pologne et de la Lituanie.  Echanges stérilesLa rencontre a tenu ses promesses. Du côté français, on ne cachait pas que les discussions avaient été des plus tendues. Faute de conférence de presse ou de communiqué commun, chaque partie s'est contentée d'un résumé laconique des échanges qui, en creux, donne une idée de leur stérilité.   Ainsi, sur la Biélorussie, les ministres français « ont condamné le comportement irresponsable et inacceptable des autorités biélorusses concernant l'instrumentalisation de flux migratoires visant plusieurs pays de l'Union européenne. Ils ont aussi encouragé Moscou « à mobiliser ses liens étroits avec la Biélorussie pour obtenir qu'il y soit mis fin ». Le compte rendu officiel diffusé par le ministère des affaires étrangères russe évoque plutôt « une situation qui ne peut être résolue que dans le cadre d'un dialogue respectueux entre les parties intéressées et sur la base des droits humanitaires ». Samedi, Vladimir Poutine a affirmé que la Russie n'avait « rien à voir » avec la crise à la frontière Pologne-Biélorussie. Le président français devrait s'entretenir sur le sujet avec son homologue russe dans les prochains jours.   Même s'il goûte certainement les appels à l'aide des Européens pour résoudre cette crise, le Kremlin se contente, pour l'instant, de rester à distance. Moscou a minimisé, vendredi, la menace brandie par M. Loukachenko de stopper les livraisons de gaz russe en transit par son pays vers l'Europe. La Russie a néanmoins réaffirmé ostensiblement son soutien à Minsk, vendredi, en organisant des manoeuvres communes d'unités de parachutistes dans l'ouest de la Biélorussie. Une forme de réplique à la Pologne, qui a massé des forces sur son flanc est, afin d'empêcher toute entrée de migrants sur son sol.   Sur le dossier du Mali, les divergences sont aussi apparues au grand jour : la partie russe a rappelé « le droit des Etats de choisir eux-mêmes les partenaires qu'ils jugent nécessaires pour la sta bilisation et la lutte contre le terrorisme », alors que les Français ne cessent de mettre en garde Bamako contre tout rapprochement avec Wagner. En vain, à ce stade. Mme Parly et M. Le Drian ont encore exprimé, vendredi, « le caractère inacceptable que revêtirait le déploiement de mercenaires de Wagner dans la bande sahélo-saharienne.Jeudi, en visite dans la capitale russe, le ministre malien des affaires étrangères, Abdoulaye Diop a vanté la coopération de son pays avec la Russie, « un partenaire pragmatique, qui a prouvé son efficacité dans la lutte contre le terrorisme. M. Lavrov a promis une intensification de la coopération militaire, disant vouloir éviter le « vide » consécutif au retrait partiel des forces françaises. M. Diop a répété qu' « aucun contrat n'a été signé » avec Wagner, sans en exclure la possibilité. M. Lavrov a estimé que le gouvernement russe « n'a rien à voir avec l'activité et les contrats signés par des sociétés militaires privées », une déclaration étonnante alors que de telles structures sont censées être interdites en Russie.   Cette affirmation agace à Paris, où personne n'est dupe. Ce groupe lié à l'homme d'affaires Evgueni Prigojine a été créé à l'occasion de la guerre en Ukraine. Il s'est aussi illustré au Soudan, en Libye et en République centrafricaine, où ses hommes exercent une influence majeure sur les institutions.   Sur le sujet de l'Ukraine, le fossé entre les positions russes et françaises est tout aussi béant, même si les uns comme les autres appellent au « strict respect » des accords de Minsk, dont la mise en oeuvre est bloquée. Pendant que les Occidentaux attribuent la recrudescence des tensions à la présence de troupes russes à la frontière ukrainienne il pourrait s'agir de forces restées sur place après les manoeuvres importantes du printemps , le Kremlin dénonce une volonté d'agression de Kiev, notamment avec l'emploi de drones de fabrication turque Bayraktar.  Asymétrie dans la relationLes responsables français « ont mis clairement en garde sur les conséquences graves de toute nouvelle atteinte à l'intégrité territoriale de l'Ukraine », un message martelé plus tard dans la journée par Emmanuel Macron. Au contraire, M. Choïgou a rappelé à ses interlocuteurs, d'après le communiqué de son ministère, que « la situation militaro-politique se dégrade en Europe », constat attribué en premier lieu « au renforcement de la présence militaire de l'OTAN près des frontières russes ».   Les attentes étaient d'ailleurs modestes côté russe également. « Pour Moscou, une telle rencontre est avant tout une question de statut, un signal que la Russie continue à être traitée à l'Ouest comme une grande puissance ou, au moins, un adversaire digne, note l'ancien diplomate et analyste Vladimir Frolov. Cette composante est d'abord importante vis-à-vis du public russe. Ensuite, ce format présente l'avantage de marginaliser l'UE et l'OTAN et d'énerver les Européens de l'Est. »« Restaurer le format est une façon de montrer que, des deux côtés, on est intéressé par préserver des canaux de communication et des liens personnels entre dirigeants », relativise l'analyste Fiodor Loukianov. Cet expert, réputé proche du Kremlin, note toutefois une « asymétrie » dans la relation telle qu'elle existe aujourd'hui : « Les sujets qui sont importants pour les Français - le Mali, la situation à la frontière biélorusse - ne le sont pas tellement pour la Russie. Et sur les sujets qui comptent aux yeux de Moscou - Syrie, Ukraine, Afghanistan -, la France n'a pas grand-chose à offrir. » Cette asymétrie a rarement semblé aussi forte. </text>
	

	<text titre="La Centrafrique, protectorat des paramilitaires russes" date="2021 12 06T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24041" auteur="berthemet, tanguy" annee="2021" mois="12" jour="6" journal_clean="Le Figaro" keywords="paramilitaires, russes, bangui" langue="fr"> LE MONUMENT a été déposé, le 29 novembre, sur l'une des grandes avenues de Bangui, au coin de l'université. Le style stalinien de la statue aurait suffi à signer sa provenance, mais les silhouettes façon bronze achèvent d'enlever les derniers doutes. On y voit quatre soldats, deux russes et deux centrafricains, face à d'invisibles ennemis et protégeant une femme et deux enfants. Le groupe pompeux a immédiatement été inauguré par le président Faustin-Archange Touadéra.   Beaucoup y ont vu un symbole de plus de l'influence grandissante de Moscou sur ce pays d'Afrique centrale, et plus particulièrement de Wagner. Ce groupe privé paramilitaire, financé par Evgueni Prigojine, un oligarque proche de Vladimir Poutine, n'a depuis son arrivée à Bangui, en 2018, cessé de monter en puissance. Au point de parfois passer pour le véritable vice-roi, même s'il n'a sur place aucune existence juridique, sinon une mystérieuse société, Sewa Securities. Le défilé militaire du 1er décembre, jour de la fête nationale, a laissé craindre le pire. Plusieurs diplomates invités, redoutant de devoir assister à une démonstration de force de Wagner, avaient préféré se faire porter pâles. La présence russe fut finalement discrète. « Mais cela ne change pas grand-chose à sa présence réelle dans les institutions du pays » , remarque un observateur.
 « Protocole de coopération »   Dans un récent rapport, dévoilé par EUobserver, le Service européen pour l'action extérieure assure qu'au moins un bataillon formé à l'aide de soldats de l'Union européenne est « sous le commandement direct ou la supervision des mercenaires de Wagner Group ». Les paramilitaires exercent en fait « une solide influence sur le commandement des forces armées centrafricaines et d'autres institutions gouvernementales ». Pour Bruxelles, qui depuis 2016 a déployé une mission de formation des troupes centrafricaines (EUTM), dotée d'un budget de 17 millions d'euros, l'affaire est délicate. Les forces armées centrafricaines (Faca) et les mercenaires de Wagner sont en outre régulièrement accusés d'abus. Le groupe de travail de l'ONU a accusé les « sociétés de sécurité privées »de se livrer à des « exécutions sommaires massives, détentions arbitraires, tortures pendant les interrogatoires, disparitions forcées ».   Le poids de Wagner et des Russes ne se limite pas à l'armée. L'an dernier, des « coopérants » russes avaient été déployés dans l'administration des douanes, de loin la première source de recettes pour le budget de l'État. Ce système opaque avait été soupçonné de servir de couverture pour ponctionner le budget, alors qu'une société, Lobaye Invest, liée selon le Trésor américain à Prigojine, bénéficie déjà de contrats miniers. Devant le tollé, le ministre des Finances a annoncé en octobre mettre fin à cette coopération. Dans la foulée, cependant, un projet de « protocole de coopération »filtrait, entre le ministère, l'ambassade de Russie et une mystérieuse société, SJ Amiko, pour améliorer la gestion des douanes. « Le pays est sous la tutelle d'un groupe criminel qui fonctionne sur le modèle du crime organisé transnational », affirme Nathalia Dukhan, enquêtrice pour l'ONG The Sentry.   Les secousses autour de l'arrestation de Hassan Bouba ont également été perçues comme un signe de l'emprise de Wagner. Ministre de l'Élevage et ancien milicien de l'UPC, le plus puissant des groupes armés, Hassan Bouda a été interpellé le 19 novembre par les gendarmes. Ces derniers agissaient sur ordre de la Cour pénale spéciale (CPS), une juridiction qui mêle magistrats centrafricains et internationaux. Six jours plus tard, Hassan Bouda était toutefois relâché sans que les juges n'aient pu l'approcher. « Les Russes ont bien trop besoin de lui pour comprendre l'UPC », déplore une source proche de la CPS, qui voit dans cette affaire le signe d'une « perte de souveraineté du pays ».   Emmanuel Macron a assuré que « le président Touadéra est otage de Wagner ». Comme la France, l'UE a gelé ses aides, faisant perdre 48 millions d'euros au pays. La mission des Nations unies (Minusca), longtemps bienveillante, ne masque plus ses critiques. Ces pressions semblent pour l'instant vaines. « Les acteurs internationaux sont peu coordonnés et lents tandis que Wagner agit avec des méthodes de commando pour étendre son influence », déplore Nathalia Dukhan. Dans Jeune Afrique, le président Touadéra a botté en touche : « Avez-vous vu, ici à Bangui, une société qui s'appelle Wagner et qui aurait pignon sur rue ? » </text>
	

	<text titre="L'UE impose des sanctions aux mercenaires russes du groupe Wagner" date="2021 12 13T00:00:00" journal="L'AGEFI Quotidien - Édition de 18h" auteur="Unknown" annee="2021" mois="12" jour="13" journal_clean="L'AGEFI Quotidien" keywords="mercenaires, lundi, russe, sanctions, wagner, ue, sociétés, russes, groupe, activités" langue="fr"> L'Union européenne a imposé lundi des sanctions à la société de sécurité privée russe Wagner ainsi qu'à huit individus et trois sociétés qu'elle accuse d'avoir financé les activités de mercenaires russes en Ukraine, en Libye et en Syrie. Les Vingt-Sept reprochent au groupe Wagner, qui a recours principalement à d'anciens militaires russes, des violations des droits humains et des opérations clandestines menées dans ces pays au bénéfice du Kremlin. Moscou nie tout lien direct avec le groupe paramilitaire, le président Vladimir Poutine jugeant les activités des mercenaires acceptables tant qu'elles ne violent pas la loi russe. Les sanctions européennes, approuvées lundi lors du conseil européen des Affaires étrangères, visent notamment Dimitri Outkine, un ancien officier des services de renseignements militaires russes (GRU), présenté comme le fondateur du groupe Wagner et l'artisan du déploiement de mercenaires russes dans l'est de l'Ukraine. Trois sociétés liées au groupe Wagner et impliquées selon l'UE dans la production de pétrole et de gaz en Syrie ont aussi été sanctionnées. Cette nouvelle batterie de sanctions s'inscrit dans la continuité de l'interdiction de déplacement et du gel des avoirs qui visent depuis octobre 2020 Evguéni Prigojine, un proche de Vladimir Poutine décrit par l'UE comme le principal financier du groupe Wagner, ce qu'il dément. </text>
	

	<text titre="Evgueni  Prigojine" date="2021 12 14T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23600" auteur="sabine delanglade" annee="2021" mois="12" jour="14" journal_clean="Les Echos" keywords="evgueni, russe, bruxelles, déstabilisation, prigojine" langue="fr"> Depuis l'annexion de la Crimée, le « dossier » russe ne cesse de s'épaissir à Bruxelles. C'est au tour des menaces contre l'Ukraine, des opérations de déstabilisation et autres cyberattaques d'être sur la table. Pour convaincre le Kremlin de cesser d'utiliser les mercenaires de l'armée « privée » Wagner, même si Moscou le nie, Bruxelles pourrait actionner le levier de la dépendance russe à ses ventes de gaz. Voilà donc Wagner dans le collimateur. Cet outil poutinien de ses manoeuvres de déstabilisation est actionné en sous-main par Evgueni Prigojine. Il n'est pas un enfant de choeur. Vladimir Poutine et lui ont en commun une jeunesse de bas-fonds, de coups de poing, douze ans de prison pour Evgueni, pour, entre autres, escroquerie et incitation de mineurs à la prostitution. Le président russe lui a fait la courte échelle, allait dîner dans ses restaurants de luxe. Prigojine n'a pas bâti sa fortune seulement en servant des blinis. « L'Obs » rappelle qu'en 1991 c'était Poutine qui à Saint-Pétersbourg délivrait les licences de jeux et Prigogine a vite essaimé dans le monde des casinos. Qu'un ami bien placé est une douce chose. Merci Vladimir aussi pour les juteux contrats publics de la nourriture des écoles ou de l'armée, un marché de près d'un milliard d'euros.
C'est surtout l'armée de mercenaires que financerait Evgueni qui attire l'attention sur lui. Son usine de trolls est spécialisée dans la déstabilisation numérique mais les hommes de Wagner opèrent de vraies armes à la main, souvent en Afrique. Ils y jouent le rôle d' « armée fantôme » de Poutine lorsqu'officiellement il n'y a pas de soldats russes sur le terrain. Mais la liste de leurs exactions étant longue, cela commence à se voir. Ce vaisseau-là n'est pas vraiment fantôme. </text>
	

	<text titre="Moscou pousse ses pions en Afrique" date="2021 12 14T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23600" auteur="yves bourdillon" annee="2021" mois="12" jour="14" journal_clean="Les Echos" keywords="pays, moscou, mercenaires, pions, wagner, paris, mali, pousse, djihadistes, russes, groupe" langue="fr"> La chevauchée du groupe Wagner ne fait pas rire Paris. Ces mercenaires russes essayent de s'implanter au Mali au détriment de la France, qui protège le pays des actions djihadistes depuis 2012 au prix du déploiement de 5.100 hommes (et de la mort de 55 en huit ans).
Une concurrence révélatrice de la manière dont Moscou pousse ses pions sur le continent. Le Kremlin fait mine de ne rien à voir avec ce groupe paramilitaire, mais c'est un secret de polichinelle qu'il agit pour son compte. Wagner mène des opérations militaires dans divers pays (Ukraine, Syrie, Libye, Centrafrique) tout en permettant au Kremlin de nier toute responsabilité si les choses tournent mal.  Un faux nez du KremlinIl est contrôlé par Evgueni Prigojine, un oligarque proche de Vladimir Poutine. Ses employés sont d'anciens militaires russes. Son budget, de 30 millions de dollars, serait abondé par le ministère russe de la Défense.   La rumeur de la signature imminente d'un contrat entre Wagner et la junte malienne, pour le déploiement de quelques centaines de mercenaires, court depuis l'été, sans s'être encore concrétisée. Mais elle a poussé la France à faire valoir auprès de Bamako que ce serait « eux ou nous ». La junte rétorque qu'elle s'est sentie « abandonnée en plein vol » par la décision de Paris de réduire son contingent de 5.100 à environ 3.000 hommes à l'horizon 2023. La Force Barkhane, soutenue par des contingents allemand, britannique, estonien, suédois et danois ainsi que par du renseignement américain, lutte contre les djihadistes dans tout le Sahel, donc aussi au Niger, Burkina Faso, Mauriranie et Tchad. Cette réduction faisait suite à la multiplication de manifestations antifrançaises dans le sud du Mali. Barkhane n'était pas non plus censée durer éternellement et devait passer le relais à l'armée malienne. Celle-ci ne semble toutefois pas en mesure de tenir tête aux djihadistes.  Cohabitation impossibleAprès avoir menacé de retirer l'intégralité de ses troupes dès l'entrée en scène de Wagner, l'exécutif français semble moins péremptoire, même s'il continue d'insister sur le fait qu'une « cohabitation avec Wagner est impossible ».La junte du colonel Assimi Goïta fait valoir qu'elle peut souverainement discuter avec quiconque pourrait l'aider à rétablir l'ordre. Mais en s'alliant avec Wagner, elle prendrait le risque de s'isoler encore d'avantage des Occidentaux, qui lui reprochent déjà son deuxième coup d'Etat en juin dernier. Cette alliance nuirait d'autant plus à la réputation de Bamako que Wagner est connu pour des exactions graves et des prédations, notamment dans le secteur minier, dans les pays où il a opéré.   Si les mercenaires russes ont prouvé leur efficacité au combat en Syrie et en Crimée, ils ne disposent pas de la puissance de feu d'une armée. Ses effectifs totaux ne dépassent pas 2.000 hommes. Wagner ne dispose pas non plus de chars lourds, d'hélicoptères, d'avions de chasse ou de l'appui logistique dont disposait Barkhane, pourtant incapable d'éliminer les djihadistes...  .   Yves Bourdillon </text>
	

	<text titre="L'UE place la milice russe sous sanctions" date="2021 12 15T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="jean-pierre stroobants et benoît vitkine" annee="2021" mois="12" jour="15" journal_clean="Le Monde" keywords="moscou, russe, sanctions, affaires, ue" langue="fr"> Bruxelles bureau européen Moscou correspondant - Le propos se voulait martial : à la sortie de la réunion du Conseil des affaires étrangères, lundi 13 décembre, à Bruxelles, c'est de « sanctions sans précédent » , de « conséquences politiques graves » et d'un « coût économique très élevé » qu'était menacée la Russie, si elle intervenait militairement contre l'Ukraine. C'est toutefois une action indirecte contre le pouvoir russe qu'ont lancée les ministres européens en décrétant des sanctions contre la société de sécurité privée Wagner, visant huit personnes et trois sociétés qui lui sont liées, accusées d'avoir financé les activités de mercenaires russes en Ukraine, en Libye et en Syrie. La nébuleuse Wagner, réputée proche du Kremlin, est accusée par les Vingt-Sept de violations des droits humains et d'organisation d'opérations clandestines au profit de la Russie. Les sanctions décidées concernent principalement des interdictions de voyage et des gels d'avoirs.
Le fondateur du groupe, Dmitri Outkine, est visé pour avoir notamment organisé le déploiement de combattants dans l'est de l'Ukraine. Evgueni Prigojine, généralement présenté comme le principal financier de la société, a, lui, été visé par des sanctions dès 2020 pour des « activités de déstabilisation » et son implication présumée dans l'empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny. Fondateur présumé de l'Internet Research Agency et de ses « usines à trolls » - il le nie , il est aussi sanctionné aux Etats-Unis pour son interférence dans l'élection présidentielle de 2016.  Décorations officiellesLes sociétés dans le collimateur des Européens sont impliquées dans la production de pétrole et de gaz en Syrie, où elles ont obtenu des contrats très avantageux de la part de Damas. L'Union européenne (UE) espère que ses mesures décourageront d'autres pays de recourir aux services des mercenaires russes. Le Mali est aussi mis en garde : la junte au pouvoir à Bamako, qui s'est rapprochée de Wagner, risque d'être la cible de prochaines mesures restrictives.   Les révélations sur le rôle de Wagner en République centrafricaine, où la société a pris le contrôle d'un bataillon formé par la mission de l'UE dans ce pays, ont apparemment renforcé la détermination des Vingt-Sept. La Russie a initié au maniement d'armes russes, avec l'aide de « consultants » en réalité issus de sociétés privées, des troupes qui avaient été auparavant instruites par la mission européenne.   Moscou dément tout lien avec des groupes militaires ou paramilitaires. Mais leur action concertée avec les organes de l'Etat russe, notamment en Afrique subsaharienne, où Moscou poursuit des objectifs géostratégiques et économiques, est une évidence. Le lien est particulièrement serré avec le ministère de la défense, dont Wagner a souvent utilisé les infrastructures. Depuis 2017, la Russie a signé une vingtaine d'accords de coopération avec des pays d'Afrique et le Kremlin évoque constamment la nécessité d'une lutte conjointe contre le terrorisme. Cette action s'accompagne souvent de campagnes de communication antifrançaises.   Le discours russe a par ailleurs évolué ces derniers mois : après avoir longtemps nié l'existence de tels groupes, interdits par le code pénal russe, le Kremlin et le ministère des affaires étrangères se contentent désormais de les présenter comme des acteurs indépendants, libres d'agir tant qu'ils ne vont pas à l'encontre des intérêts russes ou de la loi.   Les sociétés militaires privées Wagner n'est pas la seule du genre ont fait leur apparition en Ukraine avant de migrer vers la Syrie, puis vers d'autres théâtres d'opération. Plusieurs de leurs membres ont reçu des décorations officielles. Principal nom sur la liste européenne, Dmitri Outkine, l'ancien officier du GRU, le service de renseignement militaire russe, répondant au nom de guerre « Wagner » - référence, dit-on, à sa passion pour le IIIe Reich , a été reçu au Kremlin en décembre 2016.  « Compte tenu de sa relative faiblesse économique, le principal avantage concurrentiel de la Russie est devenu la coopération militaro-technique, tant dans sa forme légale que de manière illégale » , relève, dans la revue Diplomatie , Sergueï Soukhankine, chercheur à la Jamestown Foundation et professeur à l'Université MacEwan, au Canada. La Russie traite ainsi avec plusieurs régimes douteux, en vue d'un profit économique rapide, tout en utilisant les sociétés privées afin de masquer son rôle. </text>
	

	<text titre="Mali : les mercenaires de Wagner se déploient" date="2021 12 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24058" auteur="berthemet, tanguy" annee="2021" mois="12" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="présence, mercenaires, wagner, mois, société, mali, privée" langue="fr"> AFRIQUE DE L'OUEST Les mercenaires de Wagner se déploient au Mali. La rumeur persistante depuis des mois de la présence de cette société de sécurité privée a été confirmée jeudi soir, un communiqué signé par la France et quinze puissances occidentales engagées dans la lutte antidjihadiste au Sahel. « Nous, partenaires internationaux (...), condamnons fermement le déploiement de mercenaires sur le territoire malien », y lit-on.   Le gouvernement de transition, issu d'un putsch en août 2020, a apporté vendredi « un démenti formel ». Bamako affirme, sans surprise, qu'il ne s'agit que de « formateurs russes ». Des arguments connus, similaires à ceux employés depuis trois ans par les autorités centrafricaines, où le déploiement des hommes de Wagner, effectué en parallèle avec celui de formateurs de l'armée russe, est pourtant une évidence. « Je ne connais pas de société du nom de Wagner », répond ainsi régulièrement le président Faustin-Archange Touadéra, alors même que son conseiller spécial publie sur les réseaux des autoportraits avec un tee-shirt « Je suis Wagner ». 
Selon une source française, cette mise en place des hommes de Wagner, un groupe considéré comme un faux nez de Moscou, est tout aussi patente au Mali : « On constate aujourd'hui sur place des rotations aériennes répétées avec des avions de transport militaire appartenant à l'armée russe, des installations sur l'aéroport de Bamako permettant l'accueil d'un nombre assez significatif de mercenaires, des visites fréquentes de cadres de Wagner à Bamako », dit-on, avant de condamner « l'implication du gouvernement de la Fédération de Russie dans la fourniture d'un soutien matériel au déploiement du groupe Wagner au Mali ».   Le communiqué, paraphé par des pays membres de Takuba, la force européenne déployée au Sahel aux côtés de Barkhane, comme la République tchèque, l'Estonie ou l'Italie, mais aussi par le Royaume-Uni et le Canada, ne s'avance pas plus. On ignore si un accord a été signé entre la sulfureuse entreprise russe et la junte au pouvoir à Bamako. « Nous n'avons pas de précision sur un contrat mais on ne peut que déplorer l'utilisation de fonds publics pour payer des mercenaires », souligne-t-on à Paris, où l'on rappelle le lourd passé d'exactions, de violations des droits de l'homme imputées aux hommes de Wagner sur d'autres théâtres d'opérations.   En septembre, l'agence Reuters avait dévoilé un protocole d'accord entre les deux parties évoquant le déploiement d'un millier de mercenaires contre une somme de 10 millions de dollars mensuels. L'exécution de ce protocole s'était heurtée à des contingences financières, Wagner exigeant en plus, comme en Centrafrique, l'accès à des sites miniers aurifères. Ce frein aurait été levé ces dernières semaines après les prospections conduites dans le sud du Mali par un géologue russe et un homme d'affaires en lien avec Evgueni Prigojine, un oligarque proche de Poutine, considéré comme le financier occulte de Wagner.   Pour l'heure, on ne compterait qu'une petite cinquantaine de soldats en uniforme, des russophones arrivés il y a quelques jours à bord d'un Tupolev de l'armée russe, installés sur l'aire militaire de l'aéroport. Aucun moyen lourd n'aurait été pour l'instant envoyé, même si des rotations de gros-porteurs en Centrafrique ont été vues. L'armée malienne dispose déjà de quatre hélicoptères de combat MI-35 et de quatre MI-171, ces derniers livrés par Moscou en septembre, et d'une trentaine de véhicules blindés de type Typhoon russes offerts par les Émirats arabes unis et stationnés sur cette même base. La zone grise que se plaît à entretenir Moscou ne permet pas de distinguer si ces hommes sont bien les formateurs annoncés ou des précurseurs de Wagner. « Il s'agit de l'avant-garde des mercenaires. Il va en arriver d'autres rapidement, et pas forcément de Russie », insiste un bon connaisseur du dossier, qui évoque « des Syriens et des Soudanais » mais aussi « des Toubous du Tchad » ,des miliciens à la fois nettement moins coûteux que les Européens et plus habitués aux conditions du désert malien.   Sanctions financières   Face à cet activisme russe, la France, qui avait estimé « incompatible » la présence de Wagner avec Barkhane, n'envisage pourtant plus de départ. Des mesures financières ont déjà été prises par Paris tandis que l'Union européenne, qui lundi a sanctionné Wagner et huit personnes qui lui sont liées, a coupé les fonds non humanitaires. « Nous verrons la conduite à tenir avec nos partenaires dans les semaines à venir », assure une source. EUTM, la mission de formation de militaires de l'Union européenne, continuera aussi alors même que le même programme vient d'être suspendu en Centrafrique en raison des menées de Wagner. « Le choix des mercenaires n'a pas été fait pas un gouvernement élu mais par une junte », argue-t-on en France pour expliquer l'oubli de la ligne rouge. Dans les faits, la leçon centrafricaine semble avoir été apprise. Pour l'armée française, en quittant Bangui trop vite, elle a laissé le champ libre aux miliciens russes et s'est privée d'un moyen de contrôle.   Surtout, selon des sources sécuritaires françaises, le déploiement de Wagner ne devrait pas empiéter sur celui des troupes occidentales ou des Casques bleus de l'ONU. Les mercenaires, dans un premier temps, devraient s'installer à Nara, une ville proche de la frontière mauritanienne, ainsi que dans le Sud, à Sikasso, près de la Côte d'Ivoire. Cette présence, loin du centre des activités djihadistes, renforce la conviction de Paris que Wagner « vient plus pour aider la junte à conserver la présidence que pour combattre les terroristes ».   Les militaires au pouvoir sont de fait depuis des mois sous la pression des pays de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), l'organisation régionale. Elle exige l'organisation rapide d'une élection et le retour à l'ordre constitutionnel. Le scrutin devait se tenir en février mais la junte a d'ores et déjà écarté cette possibilité. La Cédéao a donc pris une première série de sanctions ciblées contre 240 personnalités maliennes. Les pays de la région ont menacé de prendre d'autres mesures si un calendrier électoral n'est pas publié avant le 31 décembre. « C'est une situation de crise entre la junte et l'ensemble de ses partenaires, internationaux comme régionaux. Le problème de Wagner ne peut être résolu si la crise politique ne l'est pas » , résume-t-on à Paris. </text>
	

	<text titre="Le créateur des « Guignols » russes s'exile pour des motifs politiques" date="2022 01 14T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="b. vi." annee="2022" mois="1" jour="14" journal_clean="Le Monde" keywords="politiques, guignols, motifs, motifs_politiques, devenu, affaires, russes" langue="fr"> Moscou correspondant - C'est devenu une litanie quasi quotidienne. Chaque matin, les réseaux sociaux russes font le compte des dernières perquisitions, des affaires criminelles ouvertes et, désormais, des départs du pays. Ceux-ci ne concernent plus seulement les partisans de l'opposant Alexeï Navalny. Blogueurs, politiques, défenseurs des droits de l'homme, rappeurs, journalistes, avocats, scientifiques... des dizaines de personnalités ont choisi ces derniers mois l'exil pour des motifs politiques.   L'identité du dernier partant a soulevé une émotion inhabituelle, en ce début d'année. C'est par un message publié sur Facebook le 10 janvier que Viktor Chenderovitch, 63 ans, vedette du petit écran et humoriste réputé, a annoncé qu'il quittait son pays natal pour une destination encore inconnue. « La Russie de Poutine m'a indiqué ma place : près des chiottes, dans les geôles nationales », écrit-il, dénonçant vingt ans de pressions, de menaces et de surveillance policière.
Avec son départ, c'est une page de l'histoire russe qui se tourne : dans l'esprit de millions de Russes, le nom de Viktor Chenderovitch reste associé à celui des « koukli », émission de télévisée emblématique des années 1990 mettant en scène des marionnettes à l'effigie de personnalités politiques russes. Le programme satirique n'avait pas survécu longtemps à l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, qui y apparaissait en « méchant petit nain » : dès 2001, la chaîne NTV avait été fermée par les autorités, et ce programme directement inspiré des « Guignols de l'info » arrêté dans la foulée.  Le « cuisinier de Poutine »Depuis, il était devenu un écrivain prolifique auteur d'une trentaine de pièces, nouvelles, romans et recueils de poésie et un commentateur acerbe, notamment pour la radio Echo de Moscou, de la scène politique russe. Il ne cachait pas son soutien à l'opposition à Vladimir Poutine. Fin décembre 2021, il avait été désigné par la justice russe « agent de l'étranger » , une qualification infamante impliquant des contraintes administratives importantes.   L'auteur, habitué des tribunaux, dit fuir des poursuites judiciaires intentées par l'oligarque Evgueni Prigojine pour diffamation. « Je me suis toujours présenté aux convocations en justice ou à des interrogatoires. En partie par curiosité, en partie par confiance dans le destin et dans cette croyance acquise dans l'enfance dans le triomphe, sinon du bien, du moins du bon sens. (...) Cette fois je m'abstiens, justement au nom du bon sens. »Au printemps 2021, dans une chronique radio, M. Chenderovitch avait qualifié M. Prigojine de « criminel » et de « meurtrier ». L'homme d'affaires pétersbourgeois est une figure majeure de la deuxième partie du règne de M. Poutine après avoir fait sa fortune grâce au marché des repas collectifs livrés à l'armée, le « cuisinier de Poutine » est réputé être à l'origine des « fermes à trolls » sur Internet et de la constitution de la société de mercenaires Wagner.   Il avait été condamné en 1981 à douze ans de prison pour banditisme et divers vols, et son nom a été cité dans des affaires d'empoisonnement ou de meurtres d'opposants et de journalistes, dont ceux de trois journalistes russes en République centrafricaine, en juillet 2018. « M. Prigojine n'a jamais eu d'autre réputation que celle d'un criminel et d'un tueur »,  a insisté M. Chenderovitch dans son texte publié lundi.   Il dit craindre moins une condamnation qu'une détention provisoire le temps de l'enquête une période qui peut être longue. L'humoriste préfère donc rejoindre la cohorte des dissidents russes condamnés à contempler, depuis Prague, Berlin ou Tbilissi, la destinée de leur patrie. Il « a fait dans son froc », a commenté M. Prigojine via un communiqué de son entreprise Concord. </text>
	

	<text titre="L'Afrique de l'Ouest à l'heure des colonels" date="2022 01 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24084" auteur="berthemet, tanguy" annee="2022" mois="1" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="pays, guinée, heure, ouest, coup, mali, afrique, burkina" langue="fr"> AFRIQUE DE L'OUEST Il y a d'abord eu le Mali. Deux fois. Puis ce fut la Guinée. Lundi, le Burkina Faso a, à son tour, sombré dans un coup d'État. En moins de dix-huit mois, trois pays d'Afrique de l'Ouest que l'on imaginait plus ou moins ancrés dans la démocratie ont vécu des putschs et ont retrouvé des régimes militaires. La question qui hante maintenant les capitales voisines est simple : l'épidémie va-t-elle s'étendre ? « Cela fait peur à tout le monde,reconnaît un responsable ouest-africain. On se regarde. Le Niger apparaît comme un État fragilisé et la Guinée-Bissau n'a jamais été bien solide ».
La maladie effraie d'autant plus qu'elle semble populaire. À Bamako, Conakry et Ouagadougou, des foules sont descendues sur les places pour fêter l'ère nouvelle qu'ouvrent, pensent-elles, ces hommes en uniforme. Il y a une décennie, parfois moins, ces mêmes manifestants conspuaient pourtant les officiers, réclamant la démocratie et des civils à la présidence. En 2014, au Burkina, ils avaient bravé les soldats en armes pour chasser Blaise Compaoré, ex-capitaine arrimé au pouvoir depuis vingt-sept ans, puis un an plus tard pour faire barrage au général Diendéré, auteur d'une tentative de putsch aussitôt qualifiée de « plus bête du monde », comme si les coups n'étaient plus que de stupides anachronismes.   La ressemblance dans la contagion ne s'arrête pas là. Les nouveaux hommes forts semblent des frères. De jeunes colonels, la petite quarantaine, peu connus du grand public mais bien vus par la troupe. Biens formés dans les meilleures écoles, ce sont des hommes de terrain qui s'affichent en modestes déterminés. La Guinée est un peu à part. Mamady Doumbouya a renversé un président, Alpha Condé, vieillissant et en pleine dérive autoritaire après s'être attribué un troisième mandat anticonstitutionnel.   Au Mali et au Burkina Faso, le parallèle est en revanche saisissant. Assimi Goïta et Paul-Henri Sandaogo Damiba sont venus à bout de deux présidents, eux aussi presque jumeaux, dont les mandats ont été marqués par leur incapacité à endiguer la violence des djihadistes armés qui a exaspéré des populations contraintes de fuir en masse. Les armées étaient également à bout. En dépit d'une augmentation énorme du budget de la Défense, elles n'ont pas vu leur sort matériel s'améliorer et ont continué à essuyer de lourdes pertes. Ibrahim Boubacar Keïta, décédé il y a peu, et Roch Marc Christian Kaboré, arrivés à la présidence après, déjà, des coups d'État, ont en fait exercé un pouvoir lointain et lymphatique, hors sol. Opposants de la dernière heure aux régimes déchus, ils en avaient été les premiers ministres et les présidents de l'Assemblée nationale et ne semblent être jamais être sortis de leur imaginaire politique forgé sur les bancs des universités françaises des années 1960 et au sein de la puissante Féanf, la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France. « Les populations sont fatiguées de ces démocraties qui, au-delà d'élections, ne leur ont rien apporté. Elles sont épuisées par la corruption et donc sensibles au modèle d'ordre et de discipline incarné par les militaires et au développement autoritaire vendu par la Russie et surtout la Chine », analyse ce même responsable.   Assimi Goïta, lui, a compris que l'Afrique n'était pas à la marge du monde. Loin des putschistes polis des dernières années, il a embouché les trompettes d'un souverainisme contemporain omniprésent, à la mode sahélienne. Tout en restant dans l'ombre, il s'est emparé de la présidence pour lui seul, prônant un nationaliste décomplexé, un panafricanisme à l'ancienne et un anticolonialisme rénové, ranimant au passage le vieux sentiment antifrançais mal enfoui.   Une dangereuse rupture qui s'est symbolisée, en guise de nouvel allié, par l'arrivée de coopérants russes au Mali et surtout des mercenaires de Wagner. Pour l'heure, Paul-Henri Sandaogo Damiba ne dit rien de ses intentions. La nouvelle junte, dans son seul communiqué, véritable caricature du genre, s'est contentée de fustiger « l'incapacité du régime », sans rien annoncer pour l'avenir. Suivra-t-il la voie malienne, ou cherchera-t-il à apaiser les pays voisins ? « C'est difficile de le deviner car personne ne connaît vraiment cet officier ou son entourage », glisse un analyste burkinabé. Sans attendre, Evgueni Prigojine, le patron officieux de Wagner, s'est félicité de cette « nouvelle ère de décolonisation en Afrique » tandis qu'Alexander Ivanov, sorte de porte-parole des « instructeurs » russes sur le continent, s'est dit prêt à faire « partager l'expérience » russe aux Burkinabés.   En Face, la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) est démunie, contrainte à condamner et attendre. Après avoir tardivement réagi au putsch malien, elle a imposé début janvier un blocus et de lourdes sanctions qui, pour l'instant, n'ont eu comme résultat que de ressouder les Maliens autour des militaires. La France est tout aussi impuissante. Elle a condamné le dernier coup d'État, sans grand effet.   Mise à mal par la propagande antifrançaise, la crédibilité d'Emmanuel Macron souffre aussi de son voyage en avril dernier à N'Djamena pour saluer la prise de pouvoir fort peu démocratique de Mahamat Déby après la mort de son père. Si la situation du Tchad n'a guère de rapport avec celle du Sahel, l'impression laissée est celle d'un deux poids, deux mesures. « Ce fut ravageur,concède un diplomate . Si les militaires burkinabés suivent les Maliens, cela risque de faire boule de neige et de mettre la région dans une situation impossible. » </text>
	

	<text titre="Damiba, le stratège « taiseux » qui a pris le Burkina" date="2022 01 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cyril bensimonet sophie douce cyril bensimonet sophie douce" annee="2022" mois="1" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="putschiste, burkina, taiseux" langue="fr"> Ouagadougou correspondance - Il n'a ni le regard perçant et mystérieux d'Assimi Goïta, le putschiste malien, ni la stature de colosse de Mamady Doumbouya, le tombeur d'Alpha Condé en Guinée. Sur les rares photos disponibles de lui la variété et les tirages devraient sensiblement augmenter ces prochains jours , le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba apparaît légèrement replet, invariablement coiffé de son béret rouge de parachutiste et habillé du treillis brun jaune, propre à l'armée du Burkina Faso.   L'officier de 41 ans, qui a renversé Roch Marc Christian Kaboré, lundi 24 janvier, et détient toujours l'ex-président, est un pur produit de son institution. Pour le qualifier, ses camarades de la promotion 1992 du Prytanée militaire de Kadiogo l'ont surnommé « L'Armée. Un de ses ex-supérieurs se souvient d' « un chef efficace, très proche de ses hommes, impliqué sur le terrain et prenant des initiatives », lorsque le lieutenant-colonel, devenu dirigeant de fait du Burkina Faso, commandait les forces antiterroristes à Ouahigouya, à 180 km au nord de la capitale.
Homme de terrainPromu en décembre 2021 à la tête la troisième région militaire, la plus importante du pays, le lieutenant-colonel Damiba affiche le CV d'un officier en constante progression. Régiment de sécurité présidentielle (RSP) l'unité d'élite de l'ancien président Blaise Compaoré qu'il quitte après des mutineries en 2011 , commandement de régiments d'infanterie engagés dans la lutte contre les groupes djihadistes dans le nord du pays. « Il n'hésitait pas à se rendre à son PC avancé de Djibo et à mener des opérations de ratissage », relate l'officier supérieur précédemment cité.   L'homme de terrain « taiseux » cache « un passionné de réflexion stratégique », selon un autre de ses pairs . Diplômé de l'Ecole de guerre de Paris, le lieutenant-colonel Damiba est aussi titulaire d'un master 2 en sciences criminelles du Conservatoire national des arts et métiers de Paris, où il fut élève d'Alain Bauer. Considéré par les siens comme « un intellectuel », il a publié en 2021 Armées ouest-africaines et terrorisme : réponses incertaines ? (Les 3 Colonnes).   Le nouvel homme fort du Burkina Faso n'est pas un putschiste récidiviste dans ce pays qui compte déjà huit coups d'Etat réussis depuis son indépendance en 1958. En 2015, il avait refusé de prêter main-forte à la tentative de coup de force de ses anciens frères d'armes du RSP, comme il en a témoigné devant la justice. Pas rancunier, le général Gilbert Diendéré lui avait souhaité pendant une audience de son procès « beaucoup de courage » dans le combat contre les djihadistes... et peut-être un peu plus ?   Les raisons du coup d'Etat endossé par Paul-Henri Damiba semblent autant reposer sur des considérations nationales que des motivations personnelles. La catastrophe sécuritaire et humanitaire vécue par les Burkinabés depuis les premières attaques djihadistes en 2015 - les violences ont fait près de 2 000 morts -, la faiblesse des moyens donnés aux soldats en dépit de l'augmentation réelle des budgets militaires depuis deux ans, le manque de confiance du pouvoir politique, échaudé par les putschs passés, ont nourri la colère de la troupe et servi de toile de fond.   Le massacre, le 14 novembre 2021, de 53 gendarmes à Inata, privés de tout ravitaillementpendant des semaines, a poussé la défiance à son comble. L'arrestation du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana et d'autres soldats le 11 janvier, suspectés de préparer un putsch, a servi d'accélérateur. « Damiba pouvait craindre d'être le suivant. La mutinerie [du dimanche 23 janvier] n'était qu'un écran de fumée. L'action était concertée et avait dès le début pour objectif de faire tomber le pouvoir » ,assure une bonne source. Le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), le nom de la junte qu'il préside, est apparu lundi sur les écrans de la télévision nationale pour promettre « une ère nouvelle » et imposer la série de mesures propres à chaque coup d'Etat : suspension de la Constitution, dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, fermeture des frontières depuis partiellement levée et instauration d'un couvre-feu.  La sécurité, « priorité principale »Depuis, Damiba a convoqué « les forces vives » en vue d'établir une « feuille de route » de la période de transition politique qui s'est ouverte. Mais le soldat sait qu'il sera en premier lieu jugé à l'aune de ses victoires dans le combat contre les groupes djihadistes. Avec quels partenaires ? La France, qui, par principe, a déjà condamné son coup de force ? La Communauté économique d'Afrique de l'Ouest, qui devrait le sanctionner lors d'un sommet vendredi 28 janvier ? La Russie, qui affirme ses ambitions dans la région et lui fait les yeux doux ? Evgueni Prigojine, soupçonné d'être le parrain du groupe paramilitaire Wagner, a déjà applaudi le putsch, estimant que, comme le Mali, où il a déployé des centaines d'hommes depuis le début d'année, le Burkina Faso s'inscrit désormais dans une « nouvelle ère de décolonisation. L'un de ses sbires a proposé sur Twitter de partager « l'expérience des instructeurs russes » et salué « la nouvelle génération de &quot;Che Guevara africain&quot;.Jeudi, le chef de la junte est finalement sorti de sa réserve, faisant entendre pour la première fois le son de sa voix afin de préciser ses intentions. « L'avènement du MPSR a été imposé par le cours des événements dans notre pays, fragilisé par tant d'événements et assailli de toutes parts par des groupes armés radicaux » , s'est-il tout d'abord justifié, avant de souligner que « si les priorités sont nombreuses, il est clair que la priorité principale demeure la sécurité. »A cet effet, Paul-Henri Damiba a certainement dû soulager quelques chancelleries occidentales en appelant « la communauté internationale à accompagner notre pays afin qu'il puisse sortir le plus rapidement possible de cette crise » , et en insistant sur le fait que « le Burkina Faso a plus que jamais besoin de ses partenaires. Le putschiste s'est en revanche gardé d'indiquer le terme de son pouvoir, il s'est simplement engagé à un retour à une vie constitutionnelle normale « lorsque les conditions seront réunies selon les échéances que notre peuple aura souverainement définies. </text>
	

	<text titre="Afrique La stratégie opportuniste de la Russie" date="2022 01 31T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cyril bensimon (à paris),frédéric bobin (à paris),eliott brachet, jean-philippe rémy,élise vincent (à paris) et benoît vitkine cyril bensimon (à paris),frédéric bobin (à paris),eliott brachet, jean-philippe rémy,élise vincent (à paris) et benoît vitkine cyril bensimon (à paris),frédéric bobin (à paris),eliott brachet, jean-philippe rémy,élise vincent (à paris) et benoît vitkine cyril bensimon (à paris),frédéric bobin (à paris),eliott brachet, jean-philippe rémy,élise vincent (à paris) et benoît vitkine" annee="2022" mois="1" jour="31" journal_clean="Le Monde" keywords="nouvelle, stratégie, russie, afrique" langue="fr"> JohannesburG, KhARTOUM, MOSCOU correspondants - Amorce d'une bascule straté gique qui verrait une nouvelle « Russafrique » appuyer la « Chinafrique » dans une conjuration anti-occidentale ? Ou fantasme médiatique dramatisant des percées ponctuelles et opportunistes, souvent fragiles ? L'arrivée d'instructeurs russes et de paramilitaires de la société de sécurité privée Wagner, proche du Kremlin, au Mali, fin 2021, avive les interrogations de l'Europe et des Etats-Unis sur les desseins de Moscou en Afrique.A travers la multiplication d'accords de défense et les activités du Groupe Wagner, la Russie a réussi à s'immiscer dans plusieurs pays d'Afrique : Mali, Libye, Soudan, République centrafricaine (RCA), Mozambique...Une avancée parfois erratique, contestée ou en trompe-l'oeil, qui s'étend sur environ cinq ans et dont Le Monde a pu reconstituer le fil.
Le tumulte provoqué par le déploiement, réel ou supposé, de ces « mercenaires » n'est pas pour déplaire à Moscou, ainsi crédité d'une projection de puissance bénéfique à sa propagande. S'il reste silencieux, le Kremlin a cessé de nier.C'estla galaxie médiatique contrôlée par Evgueni Prigojine, l'homme d'affaires pétersbourgeois proche de Vladimir Poutine et réputé être le patronde Wagner, qui se charge de créer ou d'amplifier les rumeurs sur la présence de ces miliciens russes sur le continent africain. Le coup d'Etat au Burkina Faso du 24 janvier l'a bien montré. Si l'implication du Kremlin n'est pas à ce stade avérée, M. Prigojine a aussitôt applaudi un putsch s'inscrivant dans une « nouvelle ère de décolonisation », tandis qu'un de ses proches, Alexandre Ivanov, a proposé les services d' « instructeurs russes » à l'armée burkinabée.  Projet de base militaire au SoudanAprès trente ans de désengagement massif consécutif à la dislocation de l'Union soviétique, c'est au Soudan qu'a démarré, dès 2017, la grande saga du retour de la Russie en Afrique. Régnant sans partage sur un pays au bord de l'abîme, mais mis au ban de la communauté internationale, le dictateur Omar Al-Bachir, visé par deux mandats d'arrêt pour crimes contre l'humanité et génocide émis par la Cour pénale internationale (CPI) en 2010, s'était tourné vers Moscou. D'abord sécuritaire (livraison d'armes et formation des troupes soudanaises par la Russie), cette coopération s'est aussitôt accompagnéede concessions pour l'exploration de sites aurifères, accordées par Khartoum à M Invest une société liée à M. Prigojine, tête de pont des forces de Wagner , qui s'appuie localement sur Meroe Gold, une filiale soudanaise. Le chef de l'Etat soudanais est aussi mis personnellement à contribution pour servir la politique de Moscou au Proche-Orient. Après avoir voué aux gémonies son homologue syrien Bachar Al-Assad, sauvé de la débâcle grâce à l'intervention de l'aviation russe en 2015, il est ainsi le premier dirigeant arabe à lui rendre une visite officielle, en décembre 2018.   Ces bons offices ne suffiront pas à éviter la chute du régime militaro-islamiste soudanais, en avril 2019, à la suite d'un soulèvement populaire qui embrase le pays. Pour autant, le changement de direction n'a pas entraîné de rupture avec Moscou. Bien au contraire. A la tête d'un conseil de souveraineté, pour moitié composé de civils et chargé d'organiser la transition, le général Abdel Fattah Al-Bourhane a souhaité conserver ce partenariat. Un mois après son arrivée au pouvoir, Moscou et Khartoum signent deux nouveaux accords militaires, dont l'un vise à renforcer la coopération dans le domaine naval. Puis, en novembre 2020, le Kremlin donne son feu vert à la construction d'une base navale, au nord de Port-Soudan, sur les bords de la mer Rouge. Si ce projetestmené à son terme, il s'agirade la première base militaire russe en Afrique depuis la dislocation de l'URSS, en amont du très stratégique détroit de Bab Al-Mandeb par lequel transitent pas moins de 10 % du trafic mondial de marchandises. Ellepourrait recevoir simultanément jusqu'à quatre navires de guerre, dont des bateaux à propulsion nucléaire, et une garnison de300 hommes.   Si l'accord a été suspendu, en avril 2021, alors que les autorités civiles étaient encore en fonction, il pourrait être remis sur la table depuis leur éviction par le coup d'Etat militaire d'octobre 2021, selon plusieurs sources. Trois semaines après s'être débarrassé de ses anciens partenaires, le général Al-Bourhane a déclaré que les discussions se poursuivaient avec Moscou. Il n'est d'ailleurs pas anodin que la Russie soit l'une des rares puissances à n'avoir pas condamné les généraux putschistes. Ces derniers entretiennent des liens étroits avec le Kremlin en particulier Mohammed Hamdane Daglo, dit « Hemetti », numéro deux de la junte et principal artisan de la répression sanglante des manifestations prodémocratie et chef des Forces de soutien rapide, qui bénéficient de l'appui direct du Groupe Wagner.  Main basse sur la CentrafriqueIllustration de la progression réticulaire des mercenaires russes en Afrique, cet ancrage au Soudan a facilité leur projection, selon une logique de continuité géographique, vers la République centrafricaine voisine. C'est, en effet, à bord d'un Iliouchine-76 en provenance de Khartoum que Moscou y fait son entrée, le 26 janvier 2018. L'avion de transport militaire est accueilli sur le tarmac de l'aéroport de Bangui-M'Poko par quelques agents russes, auxquels personne ne prête alors grande attention. Dans les soutes de l'appareil, des armes légères doivent équiper deux bataillons de la fantomatique armée centrafricaine. Pour les former, des instructeurs s'installent à Berengo, dans le palais à l'abandon de feu l' « empereur » Bokassa Ier.   Quelques semaines plus tôt, la Russie avait pourtant mis son veto à la requête française d'une levée partielle de l'embargo sur les armes, instauré par les Nations unies dans ce pays depuis 2013. Paris, qui s'était vu refuser la livraison de 1 500 kalachnikovs confisqués à des pirates somaliens dans le cadre de l'opération « Atalante », avait alors suggéré au président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, de négocier avec Moscou une exemption. Celle-ci lui fut accordée, au-delà de toute espérance.   Au nom de l'impératif de combler le vide sécuritaire laissé, selon lui, par le départ précipité des soldats français de l'opération « Sangaris » (2013-2016), M. Touadéra a ouvert un boulevard à Moscou, quitte à brader les considérables ressources minières de son pays au profit du Groupe Wagner. Cette fois, c'est une société du nom de Lobaye Invest, dont la sécurité est assurée par Sewa Security Services toutes deux affiliées à M. Prigojine , qui a obtenu des licences d'extraction. Trop visible, Lobaye Invest a depuis cédé la place à Midas Resources, réputée tout aussi proche de la milice russe. Wagner « est aujourd'hui omniprésent et tout-puissant », décrit un observateur sur place, qui évalue ses effectifs en Centrafrique entre 2 000 et 2 500 hommes venus de Russie, mais aussi de Syrie et de Libye, où opère également le groupe. Rien ne semble pouvoir entraver son ascension. Ni les coups de semonce de Paris, qui a suspendu son appui budgétaire et sa coopération militaire à Bangui, en juin 2021, dans l'espoir d'atténuer les virulentes campagnes antifrançaises téléguidées par Moscou. Ni la gêne de Bruxelles, qui a temporairement gelé ses formations militaires pour éviter toute collusion avec les paramilitaires. Au fil des mois, l'emprise du groupe dans les différentes strates du pouvoir centrafricain n'a cessé de se renforcer.   La partie russe interfère ainsi régulièrement dans le processus législatif, afin que les textes adoptés lui soient favorables, avec des exigences parfois incompatibles avec celles des bailleurs de fonds internationaux. Une situation délicate pour Bangui, en difficulté vis-à-vis de l'Union européenne, du Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale. Fort de son influence au plus haut niveau de l'Etat, Moscou paraît décidé, selon plusieurs observateurs, à jouer « une approche globale » en poussant à la conclusion d'un accord de paix, signé à Khartoum, entre Bangui et les groupes rebelles. Mais aussi en organisant des tournois de football ou des concours de beauté...   Le départ, à la fin du printemps 2021, de Valery Zakharov un ancien des services de renseignement russes (GRU), jusqu'alors considéré comme le chef de Wagner en Centrafrique et qui occupait le très exposé poste de conseiller présidentiel à la sécurité nationale , s'est accompagné d'une refonte du dispositif russe à Bangui. Deux responsables ont pris la main. Le premier, Dimitri Sytyi, qui officiait comme traducteur, s'occupe de la communication autour de Wagner dans le pays, tandis que le second, Vitali Perfilev, lui aussi francophone et passé par la Légion étrangère, coordonne ses opérations militaires. Incarnation de la puissance de pénétration des réseaux russes au sein de l'appareil de l'Etat, M. Perfilev s'entretient quasi quotidiennement avec le ministre de la défense, Rameaux-Claude Bireau,ainsi qu'avec le général Freddy Johnson Sakama, sous-chef d'état-major chargé des opérations.Le nouvel homme fort de Wagner à Bangui veille en particulier à ce que les rapports sur la situation sécuritaire destinés au chef de l'Etat ne ternissent pas l'image des paramilitaires. Et n'hésite pas à les censurer, en particulier lorsque ces rapports pointent des tensions entre les Forces armées centrafricaines et les combattants du groupe russe.   Témoignage de l'importance stratégique que revêt la Centrafrique pour le Kremlin, l'homme d'affaires pétersbourgeois Evgueni Prigojine s'est rendu à Bangui à deux reprises, fin juillet 2021 et début octobre de la même année, pour rencontrer le président Touadéra. Dimitri Outkin, ex-lieutenant-colonel des forces spéciales russes et du GRU, présenté comme le fondateur de Wagner, aurait quant à lui passé le mois de novembre 2021 en RCA. « Il s'agissait de faire le point sur la situation militaire et d'améliorer le modèle économique, explique une source bien informée. Après s'être vu retirer le contrôle des droits de douane du fait des pressions des bailleurs de fonds, Wagner tente de compenser ses pertes en poussant la présidence à lui confier la gestion des impôts. »Opération de charme à Sotchi en 2019Le contrôle réel qu'exercent sur le terrain les paramilitaires russes et leur efficacité sont, en revanche, débattus. S'ils disposent d'un net avantage militaire sur les rebelles, ils ne paraissent pas en mesure de sécuriser les territoires repris et se bornent à tenir les grands axes, notamment la route reliant Bangui au Cameroun, et les principales localités. Et, comme les soldats français avant eux, ils sont aux prises avec la guérilla tenace du groupe 3R (Retour, réclamation et réhabilitation), qui privilégie une stratégie d'évitement et réinvestissent dès que possible les zones délaissées par les Russes.   Quoi que l'on pense de l'importance des moyens russes, c'est bien à un tournant de la politique étrangère de Moscou auquel on assiste : la Russie a de nouveau les yeux braqués sur l'Afrique. Cette volonté de retour a été mise en scène, en octobre 2019, à Sotchi, lors du premier sommet Russie-Afrique en présence d'une cinquantaine de représentants des Etats du continent. L'événement s'apparente à une véritable opération de charme, Moscou s'affiche en protecteur des souverainetés face au néocolonialisme, comme un rempart contre les déstabilisations, les « révolutions de couleur » et autres « printemps. Ce discours vise avant tout à se démarquer de l'Occident et à donner un habillage politique aux coopérations sécuritaires proposées par Moscou. Sa pénétration en Afrique permet à la Russie de retrouver son statut de puissance mondiale, sur fond de montée de la tension avec l'Europe et les Etats-Unis. « Dans le contexte de sanctions euroatlantiques qui pèsent sur la Russie depuis la crise ukrainienne, l'Afrique constitue un champ propice au déploiement d'activités opérationnelles pour les conglomérats russes du secteur extractif », écrivent les chercheurs Igor Delanoë et Nour Hedjazi dans la dernière livraison de la revue Hérodote (troisième trimestre 2021), consacrée à « La Libye, géopolitique du chaos » .Le télescopage avec Paris est rude dans la zone d'influence historique française, en particulier en RCA et au Mali. « La rivalité se fera toujours en défaveur de la France en raison de son passé colonial et de ses récentes interventions en Côte d'Ivoire et en Libye, qui ont réveillé ce passé », estime l'Ivoirien Ahoua Don Mello, qui fut porte-parole et ministre de l'équipement au sein du dernier gouver nement (2010-2011) de Laurent Gbagbo. « Le passé russe est, lui, positivé, poursuit cet ingénieur recruté, en septembre 2021, par le patronat russe comme consultant sur les dossiers africains . Nous voyons la Russie comme un pays libérateur. »Une telle image s'adosse à un soft power de Moscou savamment étudié. Celui-ci repose notamment sur les contingents d'étudiants originaires d'Afrique subsaharienne accueillis dans les universités russes, dont le nombre (entre 7 000 et 9 000 par an) est redevenu comparableà celui des années 1980, ou encore sur la popularité dont jouit Vladimir Poutine sur le continent. Sur le plan médiatique, les contenus francophones de RT et de Sputnik les deux principaux représentants de l'audiovisuel extérieur public de la Russie se sont propagés sur les réseaux numériques africains, selon une étude de l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire (Irsem), publiée en juillet 2021, en s'appuyant sur un « écosystème informationnel » local : des sites Internet, parfois créés de toutes pièces par Moscou, diffusant des campagnes anti-occidentales. En mai 2019, le « Centre Dossier » - une structure d'investigation fondée par l'ex-oligarque aujourd'hui opposant en exil Mikhaïl Khodorkovski avait déjà révélé l'ampleur de ces projets ciblant en priorité le Soudan, le Soudan du Sud, la RCA, le Tchad, la République démocratique du Congo, l'Ethiopie ou encore Madgascar, avec des relais parfois inattendus, tels que le polémiste antisémite et militant panafricain franco-béninois Kémi Séba.  « Une politique au rabais »Un deuxième sommetRussie-Afrique est prévu en 2022, à une date encore inconnue. Paradoxalement, il devrait servir de rappel. Les engagements annoncés (à hauteur de 11,2 milliards de dollars, soit environ 10,05 milliards d'euros) lors de la première édition n'ont pas débouché sur des contrats majeurs. Les échanges commerciaux de 2021 sont équivalents à ceux de 2018 environ 20 milliards de dollars annuels, soit à peu près la même performance que le Brésil ou la Turquie, très loin de la Chine (185 milliards de dollars). Et les investissements russes stagnent à moins de 1 % de l'ensemble des investissements étrangers en Afrique. Le développement du vaccin russe anti-Covid-19, Spoutnik V, qui avait donné lieu à une intense communication en directiondes pays en développement, n'a pas non plus rencontré le succès escompté : en Afrique, onze pays l'ont finalement homologué, mais la quantité des doses reçues est bien en deçà de ce qui avait été promis. Ces éléments rappellent que Moscou est encore un acteur secondaire sur le continent, largement dépendant du diptyque sécurité-énergie. De leur côté, les Etats africains ne perçoivent pas la Russie comme un marché potentiel, ce qui limite leurs volontés de rapprochement politique.   L'essentiel des coopérations se cantonne ainsi à une poignée de pays où la présence russe est traditionnellement forte : Algérie, Egypte et Afrique du Sud, les deux premiers absorbant plus des deux tiers des exportations. Le cas de l'Algérie est emblématique d'un héritage de l'histoire, celui de la décolonisation et de la guerre froide, et dominé par la dimension militaire. Alors que la Russie représente 30 % des importations d'armements de l'Afrique subsaharienne, elle fournit 67 % des achats algériens d'armes étrangères, selon les chiffres de l'International Peace Research Institute (Sipri) basé à Stockholm. La « russophilie » de la direction de l'armée algérienne est illustrée par le parcours de l'actuel chef d'état-major, Saïd Chengriha, formé dans les années 1970 à l'académie militaire Vorochilov. Si elle tend à vieillir, cette connexion pourrait se régénérer dans le contexte d'une rivalité algéro-marocaine qui s'exacerbe. Les Algériens resserrent, en effet, leurs liens sécuritaires avec Moscou, en réaction à l'accord de défense scellé, en novembre 2021, entre le Maroc et Israël.   Mais tout cela fait-il une politique cohérente ? « La stratégie russe a encore un caractère réactif et fragmentaire » , reconnaît un rapport du centre de recherches de l'Ecole des hautes études en sciences économiques de Moscou, publié en novembre 2021. Ses auteurs notent que « beaucoup de projets annoncés au plus haut niveau politique n'ont pas été mis en oeuvre. Ce caractère « réactif » de la politique russe est très visible s'agissant des mercenaires de Wagner ou des consultants politiques au service de M. Prigojine. Leurs interventions se déroulent systématiquement dans des espaces en proie à l'instabilité ou laissés vacants par d'autres puissances, notamment la France. Certains experts peinent toutefois à identifier quels en sont les bénéfices pour la Russie. « Il est difficile de voir quels peuvent être les intérêts de la Russie en République centrafricaine ou au Sahel, note l'ancien diplomate Vladimir Frolov. L'opportunisme d'acteurs privés et leurs intérêts commerciaux ont été les facteurs déterminants. L'Etat suit, en essayant d'en tirer un bénéfice géopolitique, mais cela ressemble à une politique au rabais. »Si la continuité géographique a permis à la Russie de se projeter du Soudan vers la RCA, c'est plutôt une logique d'insertion dans les brèches d'une « Françafrique » en crise qui facilite son apparition au Mali. Ici, la prospection minière de représentants de Wagner, commencée à la fin octobre, a précédé le déploiement d'instructeurs et de paramilitaires, à la mi-décembre. Ces hommes ont étéacheminés par voie aérienne, à partir de Lattaquié, base militaire russe en Syrie, puisvia Benghazi, en Libye. Le circuit épouse la géopolitique de projection russe esquissée,de la Méditerranée orientale à l'Afrique sahélo-saharienne en passant par le pivot libyen.   La Russie s'est, en effet, durablement installée dans le chaos post-Kadhafi, en 2019, à l'ombre des forces du maréchal Khalifa Haftar, d'abord en Cyrénaïque (est) puis dans le désert du Fezzan (sud), où les hommes de Wagner ont pris possession des champs pétroliers d'Al-Charara et d'Al-Feel. Sur ce théâtre libyen, le groupe russe peut compter sur 1 200 soldats aguerris, lesquels chaperonnent 800 supplétifs syriens pro-Damas, tandis qu'il oeuvre en coulisses à la promotion de Saïf Al-Islam, fils de l'ex- « Guide » - tué en 2011 , avec lequel Moscou entretenait une relation privilégiée.  Plus de 600 hommes déployés au MaliLa France n'est pas exempte de responsabilités dans ce retour russe en Libye. Elle a, en effet, soutenu beaucoup politiquement et un peu militairement , dans les années 2016-2020, le maréchal Haftar, celui-là même qui a fini par embarquer Wagner dans ses fourgons. A l'époque, les intérêts « antiterroristes » de Paris et de Moscou pouvaient converger autour de la promotion d'un « homme fort », drapé dans le combat contre l'islamisme. Ce n'est que dans un deuxième temps que Paris a compris le danger que posait, à terme, cette incursion russe pour son « pré carré » africain plus au sud.   Aujourd'hui, au Mali, plus de 600 hommes armés russophones sont déployés, selon des informations consolidées. Leur statut est ambigu, car la junte malienne, issue de deux coups d'Etat à Bamako (août 2020 et mai 2021), ne reconnaît que la présence d' « instructeurs russes ». D'autres sources, maliennes et françaises, indiquent pourtant que des paramilitaires opèrent aux côtés des forces maliennes. Après s'être installés sur une base jouxtant l'aéroport de Bamako, ces hommes agissent désormais surtout dans le centre du pays, où les Français n'ont jamais été. En janvier, la junte s'est ainsi targuée de succès militaires contre les djihadistes dans la région grâce au soutien russe.   Ces victoires, difficiles à vérifier, se confirmeront-elles dans la durée ? Pour l'instant, la junte espère surtout des coups d'éclat sécuritaires. Une façon de rallier l'opinion malienne à son projet de report des échéances électorales, de février 2022 à 2026.Sans écarter l'aide française, mais en affichant une agressivité croissante à l'égard de Paris : un exercice complexe. En parallèle, la prospection minière russe se développe. Au moins deux sites dans le sud du Mali, à Sikasso et Kaye, et un plus au nord, en pays Dogon, ont fait l'objet de contrats, non encore exécutés. Mais sur ce sujet sensible, qui pourrait heurter l'opinion malienne, la junte n'a pas communiqué.   La présence russe au Mali a enfin des répercussions sur les 13 000 casques bleus de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), dont une part est basée dans le centre du pays. Mi-janvier, la Minusma a ainsi dû cesser ses rotations aériennes durant plusieurs jours, après que la junte a imposé quarante-huit heures de préavis à tout survol de son territoire. Les vols ont repris le 20 janvier, mais le poids de la Russie au Conseil de sécurité de l'ONU réduit les marges de manoeuvre du représentant spécial onusien pour le Mali, El-Ghassim Wane. Lors de la présentation de son rapport trimestriel, le 11 janvier à New York, il a dressé un état des lieux alarmiste de la situation sécuritaire au Mali sans jamais prononcer le mot « Wagner. « Il est obligé de faire très attention » , confie un connaisseur du dossier.  Déconfiture au MozambiquePour être complet, le tableau du retour des Russes en Afrique doit aussi inclure leurs échecs, comme la déconfiture de Wagner au Mozambique. En septembre 2019, l'aventure avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices. Le président Filipe Nyusi ne demandait qu'à resserrer ses liens avec Moscou et bénéficier ainsi du catalogue d'offres russes. Parmi celles-ci, la promesse de neutraliser une insurrection djihadiste apparue à l'extrémité nord du pays, en 2017, dans la région de Cabo Delgado, riche en ressources gazières et minières. Les islamistes armés d'Ansar Al-Sunna, ou Chabab (« jeunes ») selon l'appellation locale, paraissaient alors faciles à contenir pour des combattants russes bien équipés. Mais, au bout de deux ans de rébellion, les Chabab n'étaient plus de simples villageois en tongs et kalachnikovs. Et, à l'été 2019, ils faisaient allégeance à l'organisation Etat islamique.   En septembre, en échange d'un accès aux ressources du Cabo Delgado, Wagner se contente de déployer un petit contingent qui, très vite, rencontre une résistance imprévue. D'abord, de nombreux secteurs miniers (comme celui du rubis) s'avèrent fermement tenus par des sociétés, souvent associées à des généraux mozambicains de différentes « factions », qui ne se laissent pas facilement dessaisir. Ensuite, les versements promis par le gouvernement tardent. « Wagner a vite compris qu'il n'y avait rien à gagner au Mozambique », relevait alors une source sécuritaire qui décrivait des « caisses de l'Etat vides.La guerre en mode « low cost » de Wagner a alors tourné à la catastrophe. Mal renseignés, inadaptés, les mercenaires sont tombés dans des embuscades, laissant penser que leurs déplacements étaient connus des rebelles. Le groupe russe a subi des pertes. Certains de ses employés ont été décapités. D'autres sont morts sous les « tirs amis » de soldats mozambicains. Wagner a fini par plier bagage en décembre 2019. Seuls quelques « formateurs » seraient toujours au Mozambique. Un fâcheux contre-exemple. Le signe que le vent peut tourner quand l'excès de confiance fait fi des imbroglios locaux. </text>
	

	<text titre="Dans les arcanes de la lutte informationnelle russe" date="2022 01 31T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="élise vincent" annee="2022" mois="1" jour="31" journal_clean="Le Monde" keywords="moscou, russe, informationnelle, français, politique, lutte" langue="fr"> S'il est un domaine auquel Moscou porte un soin particulier depuis la reprise en main de sa politique africaine, en 2019, c'est celui de la lutte informationnelle. Ce que les militaires français appellent la « L2I », la « lutte informatique d'influence », c'est-à-dire la bataille de l'opinion, notamment sur les réseaux sociaux. Depuis peu, Paris assume recourir, lui aussi, à la L2I, mais avec un certain retard comparé à Moscou, dont les méthodes sont rodées de longue date et affranchies d'états d'âme, selon une note que Le Monde a pu consulter.   A travers la lutte informationnelle la France cherche surtout, en Afrique et en particulier au Mali, à ne pas définitivement perdre la guerre des coeurs et des esprits. Mais côté russe, la lutte informatique d'influence est d'abord utilisée pour « discréditer la France », carMoscou ne peut « concurrencer » Paris en matière d'investissements économiques et d'aide au développement, estiment en préambule les auteurs de la note. « Pour prendre l'avantage, [la Russie] doit faire valoir d'autres arguments » : elle ne demande pas, par exemple, de « contreparties » à son soutien sur la démocratie ou les droits humains , soulignent-ils.
« Relais d'influence »Les « campagnes d'influence prorusses » auraient commencé dès 2019, au Mali. Une période qui aurait coïncidé avec les premières incursions sur le terrain de responsables de la société paramilitaire Wagner, dont la présence n'est confirmée qu'à l'automne 2021. Un « bruit de fond » antifrançais est alors orchestré à partir d'un ressentiment depuis longtemps en germe au sein de l'opinion malienne. Celui-ci va ensuite gagner en visibilité sur les réseaux sociaux et prendre de la vigueur après le deuxième coup d'Etat au Mali, au printemps 2021, lorsque la Russie identifie une fenêtre d'opportunité pour s'implanter durablement.   Les rouages en Afrique de cette L2I à la russe sont en partie connus, même si Moscou ne les met jamais en avant ni ne les confirme. Cette note les précise. Le premier pilier de cette stratégie est le puissant service du renseignement militaire russe, le GRU. Pour développer l'aura de Moscou sur le continent africain, le GRU organiserait ses campagnes en mêlant actions de L2I et lutte cyberoffensive classique. Le tout en s'appuyant sur des « relais d'influence », plutôt qu'un contact direct avec son « auditoire cible.Afin de maximiser l'efficacité de ses actions, le GRU effectuerait au préalable des études approfondies des médias et des audiences, avec un fort recours à l'intelligence artificielle afin de modéliser la sphère informationnelle. Ces méthodes se développent un peu partout dans le monde, mais Moscou en a une maîtrise plus ancienne. Utilisé en Afrique, ce travail « combiné » du GRU a été conçu, à l'origine, surtout à l'encontre de l'Ukraine et des pays de la sphère d'influence des Etats-Unis et du Royaume-Uni.   Le deuxième pilier s'appuie sur un groupe de médias qui a pignon sur rue en Russie et dont les manoeuvres visent d'abord à séduire le public russe à des fins de politique intérieure. Baptisée Patriot Media Group, cette holding est détenue par l'oligarque Evgueni Prigojine, proche de Vladimir Poutine. Le groupe rassemble plusieurs dizaines de sites Web d'information, en majorité russophones. Leurs contenus sont issus d'une société de production baptisée Lakhta, capable de fournir des articles à la chaîne jusqu'à une centaine par mois , tout en animant un réseau d'avatars (plusieurs milliers d'identités virtuelles) pour les diffuser.   Le troisième pilier passe par le « recrutement d'acteurs locaux ». Une façon pour les officiels russes, par exemple implantés en République centrafricaine et qui s'affichent peu dans les médias, de « ne pas se substituer aux producteurs de contenus locaux. Ce recrutement de personnalités sur place s'ajouterait à des actions « d'intimidations et de corruption » pour « faire taire ceux qui leur sont hostiles ». Cette pratique a été documentée en 2019 par une journaliste de CNN, Clarissa Ward, et par Alain Nzilo, le directeur du média centrafricain Corbeau News, dont le site, hostile à Wagner, a été bloqué en 2021, en même temps que celui d'un autre média en ligne, Le Tsunami.   Le courant d'opinion panafricaniste, très opposé à la politique française sur le continent, est l'une des cibles de choix des services russes. Par leur intermédiaire ou grâce à des avatars, Moscou parvient ainsi à diffuser de façon « massive et coordonnée » de fausses informations. Polémiste antisémite et militant controversé de la cause noire, Kémi Séba a ainsi expliqué, en 2020, à l'occasion d'une intervention sur la chaîne Vox Africa, avoir été « approché » par des employés d'Evgueni Prigojine et avoir rencontré l'homme d'affaires à plusieurs reprises à partir de 2019. M. Séba a aussi expliqué qu'il avait été « soutenu matériellement » par M. Prigojine, qui lui avait demandé en échange « d'appeler la jeunesse africaine à mener des actions violentes contre les intérêts français en Afrique.Discret travail de fondAu-delà des appels classiques à manifester contre la présence française, ou la production de vidéos valorisant l'action russe et celle de la société Wagner comme dans le long-métrage baptisé Touriste, diffusé en RCA en 2021 , les manoeuvres de Moscou dans l'espace informationnel africain passeraient aussi par des opérations visant à diluer la communication stratégique militaire française sur les réseaux sociaux dans un flot de messages russes. Dans ce cas, des avatars sont spécifiquement engagés.   Même chose sur le sujet sensible des négociations avec les djihadistes, qui divise, notamment à Paris. Les services russes useraient régulièrement d'avatars prodjihadistes qui soit appellent au rapprochement des groupes terroristes avec les Etats européens, soit dénoncent la « connivence » qui existeraitentre ces mêmes pays européens et les djihadistes.   Les services français n'ont pas encore trouvé la parade à ces opérations relativement efficaces. Un discret travail de fond a bien commencé sur le terrain, notamment au Mali. Mais ses effets peuvent prendre du temps. Et cette réplique pourrait avoir du mal à venir à bout d'une lame de fond antifrançaise éparse mais bien ancrée dans nombre de cercles africains. </text>
	

	<text titre="Vladimir Poutine, diplomate de l'incertitude" date="2022 02 07T00:00:00" journal="La Croix, no. 42234" auteur="benjamin quénelle" annee="2022" mois="2" jour="7" journal_clean="La Croix" keywords="incertitude, chef, moscou, poutine, vladimir, ukraine" langue="fr"> Moscou (Russie)   De notre correspondant   Le chef s'est enfin exprimé sur l'Ukraine. Depuis des semaines, Vladimir Poutine ne disait mot, soufflant à distance le chaud et le froid sur les tensions avec l'Ouest. Mardi 1er février, le président russe a rompu le silence, son habituelle pièce maîtresse de tacticien qui, réputé pour ses surprises, n'aime pas agir sous pression. Entouré d'une demi-douzaine de proches, il prend ses décisions loin de la collégialité soviétique. Au politburo, un Leonid Brejnev pouvait être contredit. Au Kremlin en 2022, Vladimir Poutine agit davantage en solitaire que les secrétaires généraux de la guerre froide.   Lorsque, il y a six jours, Vladimir Poutine prend enfin la parole publiquement, cela ne signifie pas que lui et son petit comité ont décidé de la suite des événements. Au contraire. Le chef du Kremlin ne peut pas terminer sans résultat la séquence militaro-diplomatique qu'il a ouverte. Il prend son temps et dicte l'agenda. Avec ses déclarations, rares mais lourdes de sens et de sous-entendus, il maintient cette tension dont il a besoin dans sa diplomatie de l'incertitude. « C'est désormais clair que les préoccupations fondamentales de la Russie ont été ignorées » , déclare sèchement le président mardi, en conférence de presse avec le premier ministre hongrois Viktor Orban, l'allié de passage à Moscou avant la visite, ce lundi, d'Emmanuel Macron, puis celle, le 15 février, du chancelier allemand Olaf Scholz.
Le chef du Kremlin a opté pour le langage dur. Ses exigences (fin de l'élargissement de l'Otan et de ses exercices militaires) remontent le temps, trente ans après la chute de l'URSS. Elles ont été fixées par ceux qui, anciens du KGB comme lui, ont acquis une influence croissante. Ils se moquent de l'image de la Russie à l'étranger. Alors que, en quête de « désescalade », leurs visiteurs européens viennent à Moscou pour négocier une réduction du dispositif militaire russe près de l'Ukraine, ils axent le bras de fer avec Washington sur les questions plus larges de l'architecture sécuritaire.  « Ne pas croire sur parole » les Américains, prévient le président entouré de ses siloviki, représentants des forces de sécurité. Ces faucons ont commencé leur carrière dans les dernières années de l'URSS et ont vécu comme un traumatisme la chute du régime soviétique. Ils justifient leur logique anti-occidentale d'aujourd'hui en rappelant les « mensonges » américains des années 1990. Pendant cette chaotique sortie du communisme, Washington s'est montré en unique vainqueur de la guerre froide et, contrairement aux promesses, a renforcé sa présence en Europe. Une humiliation que les siloviki veulent inverser.   Il s'agit notamment de Nikolai Patrouchev, secrétaire du Conseil de sécurité de Russie et ancien patron des services secrets, et de Sergueï Narychkine, directeur des renseignements extérieurs et membre central de ce même conseil. Ce dernier, d'habitude très discret, a publié fin 2021 une note sur la « situation en Ukraine similaire à celle de la Géorgie avant les événements de 2008 ». Allusion à l'engrenage de « provocations » sur fond de mouvements de troupes qui a permis à Moscou de prendre le contrôle de 20 % du territoire géorgien. De quoi faire frissonner les Ukrainiens. Les voix de Nikolai Patrouchev et Sergueï Narychkine, réputés ultra-loyaux, pèsent bien plus que celles des dix autres membres du Conseil de sécurité.   Deux Sergueï y jouent des partitions différentes mais complémentaires : Lavrov, ministre des affaires étrangères, orchestre le dialogue ; Choïgou, à la défense, met en scène l'affrontement. Mais si le premier a la confiance du président, le second a son amitié. C'est avec Sergueï Choïgou que Vladimir Poutine part en vacances en Sibérie. C'est lui qui, ces derniers mois, organise les mesures « technico-militaires » voulues par Vladimir Poutine. Le long de l'Ukraine, avec quelque 115 000 hommes, un neuvième de l'armée russe. Mais aussi ailleurs, comme ces exercices navals annoncés en face des côtes irlandaises.   Au-delà du Conseil de sécurité, d'autres amis ont l'oreille du président et une influence informelle.En tête : Igor Setchine, ombre du président depuis leurs jeunes années communes au KGB. Désormais patron du groupe pétrolier public Rosneft, il agit au-delà de l'or noir. Si la majorité est issue des services de sécurité, certains intrigants ont des profils différents. Parmi eux : Evgueni Prigojine, mauvais génie de la politique étrangère. L'homme d'affaires est derrière Wagner, ces mercenaires soupçonnés de faire le « sale boulot ». Récemment, il s'est félicité du coup d'État au Burkina Faso. En Afrique, il s'active surtout au Mali, autre sujet de la rencontre Macron-Poutine.  «Personne ne voulait nous parler. Écoutez désormais... », avait lancé dès 2018 Vladimir Poutine, sous les applaudissements de l'élite rassemblée pour écouter son discours à la nation. Les Russes se félicitent d'avoir retrouvé leur rang et leur prestige. Mais, alors que le pays est plus intégré au système international que les discours patriotiques ne le font croire, l'inquiétude monte, y compris dans l'électorat fidèle au président : la priorité donnée aux dépenses militaires et menaces de guerre ne conduira-t-elle pas à couper définitivement des Occidentaux la Russie, redevenue un géant politique mais condamnée à rester un nain économique ? Cette question, soulevée par les libéraux à l'influence réduite, est un non-sujet pour les siloviki, imperméables aux sanctions.   Les yeux fixés sur Washington et non sur les capitales européennes, moquées et manipulées pour leurs divergences, ces faucons partagent une même priorité : l'Ukraine. Une vraie obsession depuis que, en 2014, ils ont gagné la Crimée, péninsule annexée par Moscou, en perdant de facto un voisin et allié historique. Trente ans après l'indépendance de cette ex-république soviétique, Vladimir Poutine a expliqué que ces terres s'appelaient jadis « Petite Russie », le mot « Ukraine » évoquant une simple « périphérie ». Les élites entretiennent l'incertitude sur leur vision impérialiste : l'indépendance ukrainienne ne serait qu'un artifice.   À Moscou, lundi 7 février, Emmanuel Macron devra éviter de tomber dans le piège d'un accord qui s'effondrera dans quelques semaines - juste avant la présidentielle française, par exemple. Les siloviki ont en tête les agendas électoraux européens. L'Élysée a promis qu'il s'agira d' « aller au fond des choses » avec Vladimir Poutine. Réputé moins stratège au long cours que tacticien prêt à surprendre ses adversaires, le chef du Kremlin reste comme ses proches un joueur d'échecs. Avec en vue, quelle qu'elle soit, une victoire rétroactive, trente ans après la chute de l'URSS. </text>
	

	<text titre="Comment Poutine a tué toute opposition politique" date="2022 02 10T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23642" auteur="benjamin quenelle" annee="2022" mois="2" jour="10" journal_clean="Les Echos" keywords="politique, opposition, poutine" langue="fr"> C'est un nouveau coup dur pour les Russes, en tout cas pour ceux que la liberté d'expression préoccupent. Après une année 2021 lourde en arrestations, menaces, poursuites judiciaires et... fuites à l'étranger parmi les figures critiques du régime, 2022 commence mal. Viktor Chenderovitch, l'un des principaux écrivains satiriques, a fini à son tour par quitter le pays. Célèbre auteur des « Koukli », cet équivalent des « Guignols de l'info » dans les chaotiques années 1990 de sortie du communisme, il continuait à se moquer publiquement de la politique en général et de Vladimir Poutine en particulier. 
Ce sens de l'humour restait cantonné à des chroniques ironiques suivies dans les étroits cercles libéraux moscovites. C'était déjà trop pour les siloviki, représentants des forces de sécurité à la mainmise croissante.Ces hommes-là ont leur propre sens de l'humour. Mis sous surveillance des services secrets, cible de menaces de mort, Viktor Chenderovitch s'est aussi retrouvé sur l'infamante liste des « agents de l'étranger ». Et poursuivi en diffamation par Evguéni Prigojine, l'homme du Kremlin derrière les mercenaires Wagner soupçonnés de mener les basses oeuvres de Moscou à l'étranger.  Des parodies de procèsCraignant comme tant d'autres en 2021 de finir en prison, Viktor Chenderovitch a préféré fuir la Russie. C'était le 11 janvier. Triste fin pour l'humoriste de 63 ans. Depuis, jour après jour,la vague de répression se poursuit, tous azimuts, comme en 2021. Un an après son arrestation,Alexeï Navalny vient d'être placé sur la liste des « terroristes ». L'opposant, dont la vidéo sur le palais de Vladimir Poutine a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux parmi les Russes sans pourtant provoquer de vague de contestation contre le Kremlin, figure à côté d'ultranationalistes et de talibans. Après la fermeture forcée des QG régionaux du mouvement d'Alexeï Navalny, ses responsables locaux ont été un par un ciblés, poursuivis en justice et souvent contraints à l'exil pour éviter la prison.   La vague s'est déjà l'an passé étendue aux avocats, journalistes et simples citoyens qui n'ont ni aura médiatique ni soutien financier pour se défendre face à une machine judiciaire sous contrôle politique. Les procès virent régulièrement à la parodie. Dernier exemple en date : Ivan Safronov, 31 ans, journaliste réputé pour son indépendance, incarcéré et poursuivi pour « trahison », vient d'apprendre qu'il a moins d'un mois pour digérer les 23 tomes du dossier d'instruction jusque-là gardé secret. Le jeune homme, dont l'arrestation a choqué la petite communauté de la presse indépendante sans provoquer d'indignation générale, risque vingt ans de prison.  Reconnaissance facialeTrois décennies après la fin de l'URSS qui avait fait naître des espoirs dans un pays sans tradition démocratique, cette vague de répression coïncide avec le dixième anniversaire des manifestations de 2011-2012. « Ukhodi ! » criaient alors dans les rues de Moscou jusqu'à 100.000 personnes. Ce « Pars ! » visait Vladimir Poutine. Aucune manifestation de cette ampleur en 2021. Et sans doute pas en 2022. La classe moyenne dynamique avide de libertés politiques qui protestait il y a dix ans s'est assagie, rattrapée par les préoccupations du quotidien. Les plus politisés poursuivent certes. Mais les centaines d'incarcérations depuis un an ont réussi à intimider. D'autant plus qu'un rebelle peut être arrêté le jour de son action mais aussi plus tard grâce à la reconnaissance faciale et aux milliers de caméras installées un peu partout.   L'extension du champ d'application de la liste des « agents de l'étranger », classification rappelant les années soviétiques des « ennemis du peuple » et imposant d'innombrables formalités kafkaïennes, a renforcé ce climat de peur. Le championnat dans le radicalisme s'intensifie. Une sorte de compétition de l'absurde, où les faucons autour de Vladimir Poutine, 70 ans en octobre prochain et déjà près d'un quart de siècle au pouvoir, semblent vouloir montrer au chef qu'ils combattent les ennemis présumés, supposés membres d'une cinquième colonne financée de l'étranger.  Les mécontents se taisentFace au système occidental qu'il juge en déclin, le Kremlin met en scène sa propre vision de la démocratie. Ce discours plaît à une partie des Russes. Mais la vaste majorité n'est, en fait, ni pour ni contre. Les plus anciens se souviennent du chaos des années 1990 après la sortie du communisme. Ils associent la démocratie à la crise économique, à la débauche politique et à l'émergence des oligarques. Les plus jeunes ont appris à vivre leur vie sans vraiment s'intéresser à la politique. On ne peut pas parler d'opposition en Russie, terme de démocratie parlementaire.   Il y a certes des mécontents. Sur les questions de baisse du pouvoir d'achat. Sur les dégâts écologiques. Sur la corruption. Sur la surmortalité record due au Covid. Mais, au-delà d'un microcosme, ces mécontents ne protestent pas. Telle est la vraie victoire de Vladimir Poutine : non seulement il a anéanti l'opposition et écrasé la société civile, mais il a également orchestré l'apathie générale.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="Marie Mendras Nous ne sommes pas confrontés à une crise ukrainienne, mais à une crise russe" date="2022 02 15T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="marie mendras" annee="2022" mois="2" jour="15" journal_clean="Le Monde" keywords="crise, insécurité, crise_russe, russe, confrontés, guerre, ukrainienne, ukraine" langue="fr"> En Europe, nous vivons depuis plusieurs mois au rythme des menaces de guerre en Ukraine. Et nous devons nous préparer à tenir ce rythme pendant encore de longs mois. L'insécurité permanente est l'ultime tactique du Kremlin.   Le tête-à-tête de cinq heures entre le président français et le président russe, le 7 février, au Kremlin, a permis de démontrer clairement la nature du problème. Nous ne sommes pas confrontés à une crise ukrainienne, mais à une crise russe. C'est la dérive autoritaire et agressive du régime Poutine qui met en danger la sécurité des Ukrainiens, de tous les Européens, ainsi que l'avenir des Russes.
Face à Emmanuel Macron, Vladimir Poutine n'a pas bougé de sa position, cimentée autour du déni de l'intervention armée en Ukraine depuis 2014 et d'une inversion du récit. Il a répété que l'Ukraine est l'agresseur, et que l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) menace la Russie puisqu'elle soutient Kiev. L'homme est enfermé dans ses assertions et ses émotions, et refuse tout compromis, car c'est à l'autre de faire des concessions. Ses propos sont parfois incohérents. Il a affirmé que si l'Ukraine entrait dans l'OTAN, ce serait pour entraîner les Alliés dans une guerre contre la Russie, afin de récupérer la Crimée (annexée en mars 2014, juste avant l'intervention au Donbass [dans l'est de l'Ukraine]). Or, la question aujourd'hui n'est pas l'adhésion de l'Ukraine à l'Alliance atlantique, mais le retrait des forces russes massées à la frontière ukrainienne.  Hystérie guerrièreDans le tohu-bohu des invectives et des menaces, des bruits de botte et des exercices militaires, Vladimir Poutine s'était tu pendant près de six semaines, du 22 décembre 2021 au 1er février. Il avait laissé les rênes de la communication aux patrons des services de sécurité, au ministre de la défense, au président de la Douma [la chambre basse du Parlement russe] tous des anciens camarades du KGB [les services de renseignements soviétiques] , ainsi qu'aux diplomates et propagandistes des médias. Ces serviteurs zélés ont entretenu une tonitruante hystérie guerrière. Mais ils n'ont pas autorité pour conduire la politique étrangère. Vladimir Poutine a dû sortir de son silence et reprendre les échanges que les Occidentaux exigeaient.   Cet épisode révèle une grande vulnérabilité du pouvoir poutinien. La prise de décision est opaque. Les institutions ne participent plus au processus de décision sur les questions de sécurité, depuis déjà des années. La réflexion stratégique est inexistante, en l'absence d'un débat critique et informé au Kremlin. Le chef s'isole, n'écoute plus que ceux qui vont dans son sens. L'un de ses proches, l'oligarque Evgueni Prigojine, finance les mercenaires Wagner [issus d'une société militaire russe privée], notamment au Mali.   Comme tout autocrate, Poutine n'a confiance en aucun expert et s'enferme obstinément dans son récit. En mettant sous contrôle l'information et les médias, en réprimant opposants et journalistes, il nourrit sa propre désinformation. L'excellent spécialiste Andreï Kortunov, directeur du Conseil russe pour les affaires internationales, un organisme officiel, rappelle que l'élargissement de l'OTAN est une perspective lointaine, et que ce sont l'Ukraine et la Géorgie qui demandent à rejoindre l'Alliance. A contrario, la propagande russe répète à l'envi que les Etats-Unis et l'OTAN font pression sur ces pays pour les saisir dans leurs filets.   Vladimir Poutine est au pouvoir depuis vingt-deux ans. Il se retranche dans sa citadelle et a perdu le contact avec les réalités, et avec les points de vue des adversaires. Il est sourd aux préoccupations de ses 146 millions d'administrés, qui veulent vivre mieux et en paix. Il n'écoute pas les élites économiques et professionnelles, qui ne voient plus de perspectives prometteuses dans leur pays. Il n'a plus de garde-fou, car les institutions ne fonctionnent plus. Il commet des erreurs. Le chantage à la guerre en Ukraine en est un exemple, qui se déroule sous nos yeux et que nous tentons de contenir.   Au fond, nos gouvernements, l'Union européenne et l'OTAN sont les derniers garde-fous ayant la capacité d'empêcher Pou tine de prendre des décisions fâcheuses. Et c'est tout le sens de la diplomatie bilatérale et multilatérale. Le harcèlement politique et les sanctions ciblées constituent deux instruments efficaces. S'y ajoutent le soutien ferme à l'Etat ukrainien, et le renforcement de la défense des pays de l'OTAN, voisins de l'Ukraine ou de la Russie. Les pays de l'Union européenne ont, une nouvelle fois, réussi à faire face à la menace, unis et solidaires. Chacun apporte sa contribution à l'effort dissuasif, à sa manière. Vladimir Poutine défie seul une alliance qui représente la moitié de la capacité militaire de la planète.   Il est improbable que troupes et chars russes, le drapeau au vent, envahissent toute l'Ukraine, et s'engagent dans un bras de fer militaire avec les pays de l'OTAN et ses partenaires. Rien ne permet d'affirmer que le plan A à Moscou était une invasion de l'Ukraine, en dépit de l'infernale escalade militaire et propagandiste. Trois arguments soutiennent cette thèse.   Premièrement, la guerre en Ukraine a déjà eu lieu, et continue à petit feu depuis huit ans, avec le contrôle armé du Donbass, les cyberattaques permanentes, le chantage sur le transit du gaz, la distribution de passeports russes. Ce mode de conflit présente beaucoup d'avantages pour Moscou, pourquoi prendre le risque d'une guerre ouverte, et le risque d'une défaite ?  Rester au pouvoirDeuxièmement, Vladimir Poutine n'est pas un conquérant, mais un perturbateur. Il veut se protéger d'une démocratisation et européanisation de la société ukrainienne, qui mettrait en danger non pas « la Russie », mais son pouvoir autocratique. Il doit entretenir l'insécurité dans les pays de l'entre-deux, pris en étau entre la Russie et l'Europe : Ukraine, Géorgie, Biélorussie, Moldavie, Arménie, afin de décourager l'Union européenne et l'OTAN de développer un partenariat avec eux. La stratégie est d'empêcher la démocratisation de ces sociétés et d'affaiblir la souveraineté de ces Etats, pour atteindre un objectif prio ritaire : rester au pouvoir coû te que coûte.   Troisièmement, la majorité des Russes se sentent menacés par la crise économique et sociale chez eux, et par l'envoi de jeunes hommes pour combattre une nation amie. Les élites et la classe moyenne sont de plus en plus déstabilisées par la fureur anti-occidentale du Kremlin, les sanctions, le repli protectionniste, l'absence d'Etat de droit, qui compromettent leur avenir et celui de leurs enfants.   Vladimir Poutine veut discuter de la sécurité de la Russie et de l'Europe. Saisissons cette opportunité pour rappeler les principes et pratiques du bon voisinage : la défense de la sécurité d'un pays ne doit pas se faire aux dépens de la sécurité d'un autre; un Etat a le choix souverain de ses engagements et ses alliances, un pseudo-statut de neutralité mettrait l'Ukraine à la merci de Moscou; le désarmement et les mesures de sécurité communes permettront des avancées concrètes. Négociation et résolution valent mieux que force et que rage. </text>
	

	<text titre="« WAGNER » , DU CÔTÉ OBSCUR DE LA FORCE RUSSE" date="2022 02 19T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24104" auteur="barluet, alain" annee="2022" mois="2" jour="19" journal_clean="Le Figaro" keywords="gabidoullin, homme, wagner, marat, russes, groupe" langue="fr"> Les mercenaires russes ont désormais un visage, celui de Marat Gabidoullin. Cet homme a combattu au sein du groupe Wagner, une phalange qui, officiellement, n'existe pas et que la Russie utilise pour tisser sa toile au Moyen-Orient et en Afrique. Le Figaro avait recueilli en juin dernier à Moscou le témoignage inédit de cet ancien militaire proche de la soixantaine, ayant été porte-flingue de la mafia, puis condamné pour meurtre, avant de partir combattre Daech en Syrie, entre 2015 et 2019, avec d'autres soldats de fortune à la solde des intérêts russes. On le retrouve face à la caméra d'Alexandra Jousset et Ksenia Bolchakova, narrant son parcours de guerrier en rupture de ban éclairant un peu cette « armée de l'ombre » , à laquelle il est fier d'avoir appartenu et qui n'a pas fini de faire parler d'elle.
Éjecter la France du Mali   Après s'être implanté en République centrafricaine (RCA) en 2018, Wagner, faut-il le rappeler, vient de réussir l'un de ses plus fameux coups en contribuant à éjecter la France du Mali. Or, Marat Gabidoullin le confirme « de l'intérieur » : malgré les démentis de Vladimir Poutine, Wagner est bien une « filiale » de l'État russe. Un autre mercenaire, le visage masqué affirme : « Notre ennemi, c'est le monde occidental avec ses valeurs. » Derrière ce groupe sans drapeau, Moscou peut se dissimuler aisément. C'est dans cet angle mort qu'ont été perpétrées de sinistres exactions, notamment en Syrie et en RCA, comme le rappelle, le documentaire, images fortes à l'appui.  « Combattre, s'enrichir, désinformer»: le film documente les trois piliers de la « galaxie » dans laquelle évolue Wagner, un consortium d'entreprises dirigé par Evgueni Prigojine, proche du Kremlin considéré comme le véritable « parrain » du groupe. En Syrie, et en Afrique, celui qu'on surnomme le « cuisinier de Poutine » a mis en place, nous explique-t-on, un véritable système de prédation lui permettant de faire rémunérer ses « services » armés grâce aux ressources naturelles locales, pétrole ou minerai. Enfin, les rouages de la guerre (dés)informationnelle sont ici bien montrés. Les méthodes sont plus que douteuses : selon Riafan, un média contrôlé par Prigojine, le responsable du meurtre en 2018 de trois journalistes russes venus enquêter sur Wagner en RCA serait un homme d'affaires français travaillant pour les « services » parisiens...   France 5   dimanche   20.55 </text>
	

	<text titre="Wagner, l'armée fantôme du Kremlin" date="2022 02 21T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2022" mois="2" jour="21" journal_clean="Le Monde" keywords="wagner, mercenaires, armée, kremlin" langue="fr"> Documentaire - C'est un document remarquable à au moins deux titres. Wagner, l'armée de l'ombre de Poutine décortique avec une précision inégalée le fonctionnement de ce groupe de mercenaires souvent mythifié mais mal connu, en s'appuyant sur un travail de terrain méti culeux, sorte de tour du monde de la violence guerrière. Un travail d'autant plus difficile que Wagner est une société fantôme, sans la moindre existence légale.   Pseudonyme du premier chef du groupe, Dmitri Outkine, ancien soldat aux sympathies néonazies apparu sur le terrain ukrainien en 2014, Wagner a pris son ampleur vers 2015, en passant sous la coupe d'Evgueni Prigojine, un gangster pétersbourgeois devenu homme d'affaires, grâce à des contrats avec le ministère de la défense. Déjà derrière la création d' « usines à trolls » d'Internet, il va pousser à son paroxysme une pratique caractéristique de l'élite russe : l'intrication des intérêts privés et publics.
Ces liens sont évidents, de la réception au Kremlin du néonazi Outkine à l'attribution à Wagner d'un cantonnement sur une base de l'armée russe, en passant par ces avions de chasse Mig qui ont accompagné les mercenaires en Libye, en 2020.  Mythes et propagandeEn bout de ligne, il y a ceux qui combattent « principale motivation, l'argent », rappelle un vétéran, qui témoigne à visage découvert , et qui parfois meurent. Ces pertes, le pouvoir russe n'a officiellement à les assumer ni moralement ni financièrement. « C'est pourtant bien l'Etat qui l'a envoyé, non ? », s'interroge la mère d'un jeune combattant mort en Syrie, engagé pour rembourser un crédit, et dont la famille ne reçoit pas la moindre indemnisation.   Qui dit armée fantôme, dit impunité. L'enquête en Centrafrique est glaçante. Le grand chef se paie sur la bête en s'appropriant les contrats miniers, au prix, sur le terrain, de pillages, de vols, de commerçants découpés en morceaux pour une rançon, de femmes violées... Mais aussi de journalistes assassinés Orkhan Djemal, Alexandre Rastorgouïev et Kirill Radtchenko, tués en juillet 2018, à 300 kilomètres au nord de Bangui.   Impunité également pour le dépeçage et l'immolation d'un déserteur syrien, dont les bourreaux se filment à visage découvert... « Qui est responsable ? Qui sont les commandants vers qui se tourner ? », s'interroge Denis Korotkov, journaliste à la Novaïa Gazeta, l'un des rares médias russes à oser enquêter sur Wagner.   Le film fait apparaître la galaxie Prigojine comme un système cohérent, créant ses propres mythes et sa propagande pour amplifier son action réelle, préparant ses interventions par des campagnes de désinformation ciblées, discréditant, par le biais d'une myriade de médias, ses ennemis (dont les réalisatrices du documentaire, ciblées par des accusations fantaisistes d'achat de témoins).   Au Mali, le dernier terrain de jeu des Wagner, les géologues de Prigojine ont précédé les hommes en armes. Avec toujours, en arrière-plan, le Kremlin, qui se frotte les mains d'un mauvais coup porté à la France et d'une occasion d'accroître à peu de frais son influence sur le continent africain. </text>
	

	<text titre="Les sanctions pleuvent mais ne mouillent pas trop Poutine..." date="2022 02 24T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2022" mois="2" jour="24" journal_clean="l'Humanité" keywords="président, ciblent, poutine, russe, sanctions, européenne, dirigeants, royaume-uni, liste, personnalités, oligarques, union" langue="fr"> Les dirigeants de l'Union européenne ont dressé une liste de personnalités plus ou moins liées au président russe. Le Royaume-Uni et les états-Unis ciblent des oligarques. Pas de quoi arrêter l'escalade.Le ministre de la Défense, le chef de cabinet de Vladimir Poutine, le commandant en chef de la flotte dans la mer Noire, son homologue à la tête des forces aériennes, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, la directrice du média Russia Today, le vice-président du gouvernement par ailleurs PDG de la banque VTB, le patron d'un fonds d'investissements publics et les 351 députés de la Douma qui ont voté la reconnaissance des deux Républiques de Donetsk et Lougansk, dans l'est du Donbass (Ukraine)... Figurant sur la première liste noire de l'Union européenne, toutes ces personnalités russes sont, depuis l'entrée en vigueur des sanctions, mercredi après-midi, interdites de voyage dans les 27 États membres et leurs avoirs financiers sont gelés. L'UE vise également Evgueni Prigojine, accusé de diriger, outre le groupe de mercenaires Wagner, l'une des plus grosses « fermes à trolls » au service du président russe. Et les Vingt-Sept ciblent également les dirigeants de trois banques soupçonnés d'avoir des liens directs avec Vladimir Poutine ou de financer l'industrie militaire russe.
Boris Johnson se trompe de nom  Dans le paysage des sanctions tous azimuts visant la Russie, après la suspension unilatérale du projet de gazoduc Nord Stream 2 par les Allemands, les dirigeants européens qui doivent se retrouver ce jeudi soir, pour un sommet extraordinaire sur le sujet, tapent, sur le papier, plus fort que les Américains ou les Britanniques. Selon la Maison-Blanche, le talon d'Achille de Vladimir Poutine serait à rechercher du côté des oligarques exilés à Londres. « Ils partagent les profits émanant de la corruption liée aux politiques du Kremlin et ils vont devoir partager aussi la souffrance, désormais », promet Joe Biden. Outre-Manche, Boris Johnson a, lui, réussi à s'emmêler les pinceaux en citant le nom de Roman Abramovitch, propriétaire notamment du club de foot de Chelsea, parmi les grandes fortunes russes « déjà sanctionnées »... Avant d'admettre qu'il s'était trompé de nom. « La faiblesse de cette riposte de Boris Johnson donne le sentiment que le Royaume-Uni ne peut pas se passer de l'argent russe », se désole le député travailliste Chris Bryant. Ces annonces ne paraissent pas perturber Moscou. La Russie peut se targuer d'avoir accumulé l'équivalent de 560 milliards d'euros dans ses réserves de change et 160 milliards d'euros dans son fonds souverain. Du coup, le Kremlin promet une « riposte forte aux sanctions, pas forcément symétrique mais bien calculée et douloureuse pour la partie américaine ». Derrière l'ouverture affichée par Poutine à la « diplomatie », l'escalade continue allègrement : les Russes ont commencé l'évacuation de leur personnel diplomatique en Ukraine. Recevant, ce mercredi, les chefs de gouvernement polonais et lituanien, ses plus proches alliés en Europe, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lancé la mobilisation des réservistes et des volontaires. « L'avenir de la sécurité européenne se joue en ce moment même chez nous, en Ukraine ! » lance-t-il.   Thomas Lemahieu </text>
	

	<text titre="La double dérive de Vladimir Poutine" date="2022 02 25T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="jérôme fenoglio" annee="2022" mois="2" jour="25" journal_clean="Le Monde" keywords="territoire, poutine, ukrainien, forces, russes, vladimir, europe, double, dérive, agression" langue="fr"> La guerre, frontale, est de retour en Europe. L'offensive déclenchée, à l'aube du 24 février, par les forces russes sur de multiples sites du territoire ukrainien constitue une agression militaire d'une ampleur inédite sur notre continent depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Elle est préméditée, soigneusement planifiée et assumée cette fois sans aucun faux-semblant.   Ce ne sont plus des soldats dépourvus d'insignes d'appartenance à une armée, comme en Crimée en 2014, qui sont entrés en action. Le déploiement de force ne se dissimule plus derrière les combattants des deux républiques fantoches du Donbass. La guerre est cette fois assumée dans chacun des mots du chef de l'Etat russe, Vladimir Poutine. Son objectif est limpide : briser l'Ukraine.
1   Et ses menaces envers toute entrave à cette volonté sont également explicites : « Quiconque entend se mettre sur notre chemin ou menacer notre pays et notre peuple doit savoir que la réponse russe sera immédiate et aura des conséquences jamais vues dans votre histoire », a-t-il martelé dans sa brève allocution marquant le déclenchement des opérations de fait une déclaration de guerre.   Il faut l'écrire aussi clairement qu'il l'assume en paroles : Vladimir Poutine est bien le responsable de ce conflit majeur. Aucune maladresse occidentale, aucune erreur historique, aucun des arguments avancés par le régime russe et ses défenseurs depuis des années ne sauraient justifier l'attaque qui vient de commencer.   Cette volonté d'imposer la loi du plus fort, ce mépris affiché du droit international trouvent en réalité leur origine dans la double dérive de Vladimir Poutine depuis son accession au pouvoir en 2000. La première est la tournure autocratique de plus en plus prononcée qu'a prise son régime, organisé autour de sa personne et de ses obsessions. Au fil des années et des mandats, Poutine a imposé un contrôle absolu sur la société civile. L'assassinat en 2006 de la journaliste d'investigation Anna Politkovskaïa portait déjà la marque de ce système. La tentative d'empoisonnement en août 2020 du critique du régime Alexeï Navalny, aujourd'hui emprisonné, et le harcèlement de ses soutiens, était un autre signe de cette dérive permanente. Début 2022, un humoriste a dû fuir la Russie pour avoir critiqué un oligarque proche du chef de l'Etat, Evgueni Prigojine, dont les mercenaires, les Wagner, se sont déployés en Syrie, au Mali, en Centrafrique ou en Libye, au prix d'exactions jamais assumées par Moscou.   Opposants, journalistes et aujourd'hui parlementaires, conseillers : au cours des années, tous les acteurs d'une vie politique tempérée par des règles et des contraintes ont été écartés, de plus en plus brutalement, d'un cercle restreint obnubilé par la défense de ses richesses et de ses privilèges. La seconde dérive découle directement de cette évolution clanique. Depuis sa « révolution orange » de 2004, la démocratie ukrainienne est devenue le repoussoir absolu du Kremlin. Ses évolutions sont vécues comme une menace existentielle. C'est à cette indépendance, de vue, d'esprit, de comportement, que Poutine entend aujourd'hui mettre fin par la force.   C'est donc bien le droit international qui est ici violé. C'est bien l'ordre européen de sécurité issu de la fin de la guerre froide qui est défié. Que peut faire l'Occident ? Les pays démocratiques paient la faiblesse de leur réaction aux précédentes violations du droit international par Vladimir Poutine.   Lorsque, sur ordre de M. Poutine, les forces russes ont occupé une partie du territoire géorgien en 2008, cette agression est restée impunie. Lorsque, en 2014, sur ordre de M. Poutine, la Russie a annexé la Crimée puis est intervenue dans le Donbass en appui aux séparatistes prorusses, la riposte européenne et américaine à cette violation flagrante de la souveraineté et de l'intégrité du territoire ukrainien s'est limitée à des sanctions certes inconfortables mais calculées, pour ne pas causer de dégâts majeurs aux économies occidentales.   On le constate aujourd'hui, ces sanctions ont échoué. Elles n'ont pas détourné Vladimir Poutine de son dessein profond, qui est de redessiner la carte de l'Europe en se réappropriant une sphère d'influence. Les démocraties occidentales doivent aujourd'hui prendre acte de cet échec et adopter contre le régime de M. Poutine des mesures beaucoup plus fortes, en assumant le coût qu'elles auront pour leurs propres économies. C'est le prix minimum à payer si l'on veut vraiment faire respecter les principes fondamentaux du droit international. </text>
	

	<text titre="Pourquoi la Russie est championne de la guerre hybride (cyber, informationelle, fonds sous-marins, spatial)" date="2022 03 01T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7337" auteur="michel cabirol" annee="2022" mois="3" jour="1" journal_clean="La Tribune" keywords="hybride, russie, fonds, guerre" langue="fr"> La Russie est certainement l'un des pays les plus décomplexés au monde pour livrer une guerre hybride totale aussi bien dans les domaines cyber, informationnel, spatial, dans les fonds marins (câbles) et bien sûr dans les renseignements. Soit pour une guérilla pure et dure dans tous ces milieux, soit pour préparer une opération de plus grande envergure (Géorgie, Crimée, Ukraine). Des &quot;milieux&quot; où la dissimulation est propice et où l'attribution reste très complexe. Héritée de l'époque soviétique, la stratégie hybride russe a été définie et mise en musique en 2014 par l'actuel chef de l'état-major des forces armées de la Russie, le général Valeri Guerassimov.
« L'influence à distance, sans contact, sur l'adversaire devient le principal moyen d'atteindre ses objectifs de combat et d'opération, explique le vice-ministre russe de la Défense dans un long article publié en Russie. La défaite de ses entités s'effectue dans toute la profondeur du territoire. Les distinctions s'effacent entre les niveaux stratégiques, opératifs et tactiques, et entre les actions offensives et défensives&quot;. »   En février 2017, le ministre de la défense Serguei Choigou a annoncé la création de forces d'opérations informationnelles pour &quot;lutter contre la propagande&quot;. Le Kremlin a par ailleurs institutionnalisé le processus décisionnel de la guerre hybride en créant, en 2014, le centre de contrôle de la défense nationale (NTsUO). Cet organe coordonne les activités des structures militaires mais aussi des agences de sécurité ou d'entités civiles telles que le service fédéral de sécurité (FSB), le service fédéral de protection (FSO), le service des renseignements extérieurs (SVR), ou encore le ministère de l'intérieur et l'agence fédérale de l'énergie atomique (RosAtom).  Un vaste champ de possibilités asymétriquesValeri Guerassimov estime par ailleurs que &quot;l'espace informationnel offre de vastes possibilités asymétriques de réduire le potentiel de combat de l'ennemi&quot;. C'est pourquoi l'objectif de la Russie est de se livrer à des actions hostiles visant à déstabiliser politiquement, économiquement et militairement une cible. Pour ce faire, elle mène des opérations de subversion, de désinformation et de renseignement. La Russie a été également accusée de nombreuses ingérences dans les élections de plusieurs pays occidentaux.   Elle a donné sa pleine puissance aux Etats-Unis en 2016 où elle a mené des cyberattaques pour voler des données et les divulguer. Mais elle a également été très présente dans les élections au Royaume-Uni (Brexit), en France en 2017, en Espagne et aux Pays-Bas. En outre, de nombreux rapports montrent comment des trolls et des bots pro-Kremlin répandent des &quot;infox&quot; et des nouvelles susceptibles d'engendrer des divisions sociales au sein des pays occidentaux.   En outre, la Russie pratique à grande échelle des attaques cyber, via des pirates... russes. Le centre national de cybersécurité (NCSC) du Royaume-Uni a d'ailleurs accusé Moscou de recourir à des cyberattaques &quot;pour saper le système international&quot;. En novembre 2017, le chef du NCSC, Ciaran Martin, a signalé que des pirates russes avaient pris pour cibles les secteurs britanniques de l'énergie, des télécommunications et des médias. Une des nombreuses attaques attribuées à des groupes russes.  Une tactique utilisée de nombreuses foisAu-delà de la désinformation, la doctrine du général Gerasimov sur la guerre irrégulière n'est pas non plus une nouveauté tactique pour les forces armées russes. Ainsi, lors de la guerre contre la Géorgie en août 2008, en appui des opérations militaires, les forces armées russes ont lancé des cyberattaques pour paralyser la capacité de réaction des autorités géorgiennes (niveau stratégique) et pour détruire le système de communication des forces armées (niveau tactique), rappelle Céline Marangé dans un rapport publié par l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM).   Cela a été aussi le cas au moment de l'annexion de la Crimée en mars 2014. &quot;En plus de déployer des forces spéciales (spetsnaz) sans marques d'identification sur la péninsule, puis dans l'Est de l'Ukraine, ils ont recouru à plusieurs opérations de subversion et de désinformation&quot;, explique-t-elle. Puis, la Russie a utilisé des moyens conventionnels pour réduire complètement la résistance ukrainienne. Avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie, les preuves de la présence militaire russe dans le Donbass abondent mais, faute d'identification formelle de ces forces, la Russie a toujours pu dire qu'elle était étrangère à ce conflit.   La Russie peut également nier sa participation dans des opérations menées par les mercenaires de Wagner. Cette société paramilitaire privée a opéré dans plusieurs pays, dont l'Ukraine au début de l'année 2014, mais aussi en Syrie, au Soudan, en Libye, en Centrafrique et maintenant au Mali. Selon les services de renseignement américains, elle est associée à Evguéni Prigojine, proche du président russe et surnommé le cuistot de Vladimir Poutine pour avoir bâti un empire dans la restauration. Ce type de société lui permet de s'installer dans des pays à moindre frais, puis de les exploiter.   Enfin, de nombreux pays notent une recrudescence des espions russes dans le monde, notamment aux Etats-Unis. Le service de renseignement britannique MI6 a placé la Russie dans la catégorie des menaces de classe 1, sur le même plan que le terrorisme islamiste. &quot;Bien évidemment, on pense d'emblée à des pays comme la Chine ou la Russie&quot; pour des menaces d'espionnage, avait expliqué le patron de la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), le général Eric Bucquet, dans une interview accordée à La Tribune (lien : https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/nous-sommes-dans-la-guerre-economique-general-eric-bucquet-directeur-de-la-drsd-888386.html).   Les Russes continuent d'ailleurs d'utiliser des techniques vieilles comme le monde mais toujours efficaces. &quot;Ils peuvent essayer de cibler une personne sur le plan cyber, mais après pourquoi s'embêter si elle peut être séduit par une jeune Russe, explique-t-on à La Tribune. Ils peuvent également faire pression sur cette personne parce qu'ils ont découvert qu'il a eu un comportement déviant à un moment donné...&quot;. Mais ils utilisent également des techniques très sophistiquées. La Russie a recours à des techniques de surveillance, tels que des drones ou des antennes camouflées, pour extraire des renseignements des smartphones qu'utilisent les troupes de l'OTAN dans les pays baltes et en Pologne.  Une menace contre les câblesSelon un rapport de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, des hauts responsables militaires pensent que la marine russe pourrait représenter une menace pour les câbles sous-marins qui acheminent 97 % des télécommunications mondiales et permettent 10 billions de dollars de transferts financiers par jour. La Russie est effectivement très active pour tout ce qui a trait à la lutte sous la mer. La maîtrise des fonds marins fait partie intégrante de la stratégie navale russe avec un accent particulier sur la détection sous-marine et l'emploi de drones sous-marins. La marine russe dispose également de navires ayant la capacité de poser des câbles sous-marins et d'intervenir sous la mer.   L'activité des sous-marins russes dans la partie septentrionale de l'Atlantique s'est sensiblement accrue ces dernières années. Ils &quot;évoluent de manière agressive&quot; à proximité des câbles, selon ce rapport. La Russie a procédé à un renforcement non négligeable de ses capacités navales avec, entre autres, l'arrivée de navires de collecte de renseignements de classe Yantar et de sous-marins auxiliaires, &quot;deux types de bâtiment capables de détériorer les câbles&quot;, estime le rapport. En juin 2018, les États-Unis ont décrété des sanctions visant des moyens sous-marins dont les autorités russes se servent pour exploiter les câbles de communication sous-marins des pays occidentaux. Enfin, les services de renseignement surveillent d'éventuelles opérations d'espionnage à partir des câbles. &quot;Cela peut être fait dans les stations d'atterrage, explique-t-on à La Tribune. On peut se plugger dessus&quot;.  L'espion spatialDans le cadre de la militarisation de l'espace, la ministre des Armées Florence Parly avait révélé pour la première fois en septembre 2018 un exemple précis d'espionnage d'un satellite de télécoms franco-italien, Athena-Fidus par le satellite russe Louch-Olymp. Un satellite dit butineur qui espionne d'autres satellites. &quot;Tenter d'écouter ses voisins, ce n'est pas seulement inamical. Cela s'appelle un acte d'espionnage. Et ce satellite aux grandes oreilles s'appelle Luch-Olymp, satellite russe bien connu, mais un peu... indiscret&quot;, avait expliqué alors la ministre. Ces actes d'espionnage dans l'espace ne sont pas nouveaux. L'armée de l'air française a reconnu avoir identifié en 2012, puis 2013 et, enfin, en 2015, des engins spatiaux qui se sont approchés de satellites militaires français. Ces satellites sont d'ailleurs restés à leur contact pendant une période relativement longue. Très certainement pour les écouter.   &quot;La frontière entre compétition et confrontation, qui nous permettait de distinguer le temps de paix du temps de crise ou de la guerre, est aujourd'hui profondément diluée, avait expliqué en février 2020 le président de la République, Emmanuel Macron. Elle laisse place à de multiples zones grises où, sous couvert d'asymétrie ou d'hybridité, se déploient des actions d'influence, de nuisance voire d'intimidation, qui pourraient dégénérer&quot;. La Russie y excelle. Et d'ailleurs Vladimir Poutine a menacé ceux qui &quot;tenteraient d'interférer avec nous [...] ils doivent savoir que la réponse de la Russie sera immédiate et conduira à des conséquences que vous n'avez encore jamais connues&quot;. La guerre hybride totale est à nos portes... </text>
	

	<text titre="Les Wagner en Centrafrique : des diamants et des exactions" date="2022 03 03T00:00:00" journal="La Croix, no. 42255" auteur="laurent larcher" annee="2022" mois="3" jour="3" journal_clean="La Croix" keywords="mercenaires, russe, wagner, société, nord-est, sources, bria, exactions, centrafrique" langue="fr"> Que s'est-il passé exactement les 16 et 17 janvier 2022 dans la région de Bria, dans le nord-est de la Centrafrique (RCA) ? Selon plusieurs sources dignes de foi, des mercenaires de la société russe Wagner et l'armée centrafricaine (Faca) auraient ouvert le feu contre les villageois d'Aïgbado et de Yanga, à 75 et 143 kilomètres de Bria.   Bilan de ces deux attaques : au moins trente morts, selon l'ONU. «Entre 65 et 68 », corrige une source militaire proche du dossier. «  Il est fort probable que des rebelles aient été présents dans la localité »,écrivent des sources sécuritaires françaises dans une note que La Croix a pu consulter, soulignant qu' « il est impossible de discriminer formellement la part de civils et de combattants tués. De nombreux témoignages ont toutefois rapporté des exécutions sommaires, des enlèvements et des tirs discriminés sur des civils ».
Selon les journalistes de l'agence d'information centrafricaine CNC, le bilan de ces attaques s'élèverait même à plus de 70 victimes. Pour faire la lumière sur ces exactions, la mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) a ouvert une enquête sur cette double tuerie. Mais «  l'accès à la localité a été bloqué par des véhicules des forces loyalistes et des patrouilles onusiennes se sont vues interdire un accès libre à la localité (escorte permanente par des éléments Wagner) », souligne la note.   Le gouvernement centrafricain dément catégoriquement ces informations. «  C'est une campagne d'acharnement contre les Faca et nos alliés. Ils veulent les présenter comme des assassins du peuple centrafricain », explique le porte-parole de la présidence de la République, Albert Yaloké Mokpème en accusant les médias français d'être les auteurs de cette manipulation. Alexandre Ivanov, conseiller à la présidence centrafricaine et représentant des « instructeurs » russes sur place, assurait le 5 février : «  En ce moment, nous assistons à l'activation de ressources d'information de propagande qui gagnent de l'argent en inventant des nouvelles, calomniant les spécialistes russes et la Russie (...). Les instructeurs sont accusés de crimes qui auraient été commis à des centaines de kilomètres de l'endroit où ils se trouvent. Que vont-ils ensuite proposer ? Wagner sur Mars ?  »Interrogé par La Croix sur les événements de Bria, un proche collaborateur du secrétaire général de l'ONU dit attendre le résultat de l'enquête, en précisant toutefois que «  ce ne serait pas la première fois que Wagner serait impliqué dans des exactions en RCA ». À la mi-2021, le groupe d'experts de l'ONU chargé de la Centrafrique avait déjà dénoncé les crimes attribués aux forces de sécurité centrafricaines et aux paramilitaires russes lors de leurs opérations conjointes. Le gouvernement centrafricain avait lui-même reconnu en octobre dernier une partie de ces crimes.   Depuis le mois de décembre, Wagner appuie les milices animistes et chrétiennes anti-balaka «  pour mener des opérations et des exactions »,souligne la note. Ces milices, poursuit-elle, «  participent à l'intensification des exactions en province, Wagner instrumentalisant les clivages intercommunautaires entre les populations peule, musulmane et chrétienne pour agir en toute impunité et renforcer son assise ».Comment comprendre un tel déchaînement de violences ? «  Wagner est de plus en plus aux abois en RCA », répond un observateur qui a requis l'anonymat. La société ne gagnerait pas assez d'argent dans ce pays pour être une affaire rentable aux yeux de son principal actionnaire, l'oligarque russe Evgueni Prigojine. Même si elle a obtenu l'exploitation de zones diamantifères dans le nord-est du pays, qu'elle a monté un trafic d'or entre Bria et le Soudan, selon cette même source, la rentabilité de son intervention en RCA ne serait pas au rendez-vous.   Surtout depuis que sa surveillance des douanes lui a été retirée par le premier ministre Henri-Marie Dondra. «  Pour se payer, Wagner est contraint d'étendre son contrôle sur les zones d'extractions diamantifères qui se trouvent à Aïgbado. Le 16 et le 17 janvier, elle est intervenue violemment pour s'imposer dans cette nouvelle zone »,assure l'observateur. La note confirme que « les artisans miniers sont régulièrement taxés, pillés et/ou exécutés »par Wagner. Selon le site d'information CNC, la société russe réclamait six mois d'arriérés au gouvernement centrafricain du premier ministre Henri-Marie Dondra.   Jugé trop peu conciliant avec les Russes, ce dernier a été démis par le président Touadéra, le 7 février, et remplacé par Félix Moloua, au profil plus russo-compatible. « Son départ est bien lié à l'incapacité du gouvernement centrafricain à payer Wagner »,dit notre source militaire. Un remaniement politique qui coïncide avec une offensive des mercenaires russes dans les zones diamantifères de la Haute-Kotto (Nord-Est) et aurifères de l'Ouham (Nord-Ouest).  «  L'opération de nettoyage a commencé au début février en suivant l'axe de Bria à Ouadda et Sam-Ouandja »,confie l'observateur ,avant d'établir la liste funèbre de leurs derniers crimes  : le 12 février, assassinat de Zakaria Damane (leader du Rassemblement patriotique pour le renouveau de la Centrafrique) et de 5 personnes ;le 14 février, exécution de 16 personnes dans un chantier minier de Ouadda ;le 15 février ,6 tués dans une nouvelle mine ; le 19 février ,attaque de la mine de Boungouziti à 45 km de Ouadda...   Cette colonne infernale dont le mode opératoire rappelle celui des 16 et 17 février dernier bénéficierait de la protection de Bangui. «  Le gouvernement se trouve dans un étau,juge le chercheur Thierry Vircoulon, de l'Institut français de relations internationales. D'un côté, ses caisses sont vides en raison de la suspension, par ses principaux bailleurs dont la France et l'Union européenne, de leurs aides budgétaires. Et de l'autre, il est sommé par Wagner de lui verser les paiements qu'il lui doit.  »Ce défaut de rentabilité va-t-il conduire Evgueni Prigojine à retirer ses pions de la RCA ? D'autant que son arrivée au Mali et la crise en Ukraine mobilisent ses hommes. « On assiste déjà à une diminution des effectifs en RCA au profit de ces régions du monde », remarque l'observateur.  «  Wagner ne partira pas tout de suite de la RCA, tempère la source militaire. La Centrafrique est un laboratoire où les Russes expérimentent l'outil Wagner pour se réimplanter en Afrique. Moscou poursuit des buts politiques et stratégiques, même à fonds perdu. » Un nouvel outil d'autant plus dangereux et efficace qu'il jouit, en Centrafrique, d'une totale impunité. </text>
	

	<text titre="Le continent africain dans le viseur de RT" date="2022 03 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="aude dassonville" annee="2022" mois="3" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="continent, rt, guerre" langue="fr"> Je ne connais pas grand-chose à la guerre. Mais je peux vous dire que j'ai le sentiment que c'est notre Ukraine qui bombarde les civils. » Ce témoignage troublant, recueilli auprès d'une femme présentée comme ayant réussi à fuir Marioupol, ville située dans le sud de l'Ukraine, figurait, mercredi 23 mars, sur le compte Twitter de l'ambassade de Russie en France. Dépourvu de tout commentaire, monté à partir d'images créditées du ministère russe de la défense, il était estampillé RT France.   Même interdite de diffusion dans l'Union européenne (UE) depuis le 2 mars, au même titre que la plate-forme Sputnik, la chaîne d'information russe en français continue d'être accessible à ceux qui contournent la sanction en utilisant un VPN (réseau privé virtuel). Elle l'est aussi dans la plupart des pays africains francophones, où le média d'Etat russe devrait confirmer son ancrage.
Dès le 25 janvier, soit bien avant que ne tombe la sanction européenne, le média accusé de diffuser de « la propagande de guerre » avait déposé plusieurs noms de domaine Internet révélateurs de ses projets de développement : Rt-afrique.com, Africa-rt.com, Rtafrica. media, Rtafrique. online, etc. « Il y a (...) 300 millions de francophones dans le monde, et près de 60 % d'entre eux sont en Afrique » , justifiait, dès mars 2019, Xenia Fedorova, la présidente de RT France, à Jeune Afrique.  Pas de « percée spectaculaire »Outre le fait que la chaîne avait installé un correspondant régional à Tunis, l'émission « Africonnect », lancée en septembre 2021, visait déjà à renforcer la couverture de l'actualité africaine à destination de ce bassin d'audience potentiel. Ces dernières semaines, un projet d'implantation d'une rédaction à Nairobi, la capitale du Kenya, a aussi paru prendre corps, la chaîne cherchant à recruter des journalistes, des éditeurs, des présentateurs, des professionnels des réseaux sociaux et des pigistes dans cette ville ouverte aux médias et aux industries numériques.  « Les personnes qui souhaitent remettre en question les idées reçues sur le continent et qui sont désireuses de le montrer au monde sous de nouveaux angles sont les bienvenues » , indique une offre d'emploi publiée sur le réseau professionnel LinkedIn. Une description de poste cohérente avec la ligne éditoriale de la chaîne, illustrée par le slogan « Osez questionner ».   Disponible en Afrique francophone (dans les pays du Maghreb mais aussi au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Cameroun et au Burkina Faso), RT n'y a pas encore connu de « percée spectaculaire, assure Maxime Audinet, chercheur en stratégies d'influence au sein de l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire (Irsem). Mais s'ils créent une chaîne ou un site RT Afrique, cela changera.Le 16 mars, le magazine Jeune Afrique écrivait que Mme Fedorova avait pris langue avec les responsables du site d'information Maliactu, à la ligne éditoriale ouvertement prorusse, en vue d'un « partenariat renforcé » et d'une reprise des contenus de RT. Une information qualifiée de « fake news » par le compte Twitter du service de communication de RT France. Les dirigeants de Maliactu, pas plus que ceux de RT France, n'ont donné suite à nos appels.   Selon l'hebdomadaire panafricain, le Burkina Faso pourrait constituer un autre point d'ancrage possible. Depuis plusieurs années déjà dans la région, le narratif russe trouve à s'y épanouir par le biais de Sputnik, la plate-forme multimédia elle aussi entièrement financée par le Kremlin. « Le Burkina Faso est le quatrième pays au monde où le site Sputnik France réalisait ces derniers mois ses plus fortes audiences, derrière la France, la Belgique et le Canada, et devant l'Algérie » , souligne M. Audinet.  « Effort informationnel »A l'occasion d'une étude menée en 2018 pour le compte de l'Irsem, Kevin Limonier, maître de conférences en études slaves à l'Institut français de géopolitique, avait recensé 622 sites reprenant « à des fins lucratives ou d'autolégitimation » les contenus de Sputnik et de RT, considérés « comme des sources normales ». Ce faisant, des plates-formes locales d'information (Mediacongo.net en République démocratique du Congo, Bamada.net au Mali, Senegalinfos.com au Sénégal, etc.), des sites militants, alternatifs ou complotistes (Afriquemedia.tv au Cameroun, Africa24.info en Côte d'Ivoire) contribuaient déjà à « conforter un agenda politique, une vision du monde » antifrançais, par ailleurs largement portés par des « entrepreneurs d'influence » tels qu'Evgueni Prigojine, l'oligarque derrière le réseau de mercenaires Wagner, rappelle ce spécialiste de l'Internet russophone.   Les sanctions économiques qui frappent la Russie et ont fait plonger le rouble pourraient-elles contrarier l'expansion africaine de ces deux outils d'influence officiels ? « En 2015, lorsque étaient tombées les premières sanctions économiques à la suite de l'annexion de la Crimée et que le rouble avait fortement chuté, le budget de RT avait suivi de manière très nette, reprend M. Audinet. Même si, dans la situation actuelle, l'effort informationnel pour justifier l'attaque et déconstruire la couverture des événements par les médias occidentaux est important, on ne sait pas encore ce qui va se passer. »Au cours d'un comité social et économique de RT France, le 14 mars, des journalistes ont demandé si, dans le cas d'une implantation africaine de la chaîne, ils pourraient aller y travailler. Aucune réponse ferme ne leur a alors été apportée. Quelques jours plus tard, le 23 mars, la directrice de l'information « encourageait » ceux qui, parmi les 170 salariés, étaient « absolument sûrs de ne pas lier leur avenir à RT France » à contacter le service des ressources humaines en vue de négocier leur départ. « Cela nous aidera à calculer notre budget et à voir quelles sont les options financières et opérationnelles » , expliquait-elle. Alors que l'Etat actionnaire russe approuve les budgets du média (330 millions d'euros en 2020) tous les trois mois, l'incertitude reste de mise quant aux fonds qui continueront d'être alloués. </text>
	

	<text titre="Les mercenaires Wagner? &quot;Désinhibés, voire sans foi ni loi&quot; (Général Thierry Burkhard)" date="2022 04 22T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7374" auteur="michel cabirol" annee="2022" mois="4" jour="22" journal_clean="La Tribune" keywords="loi, foi, état-major, chef, mercenaires, wagner, général, russes, armées, thierry" langue="fr"> Les mercenaires russes de Wagner &quot;sont efficaces dans leur registre et désinhibés, voire sans foi ni loi&quot;, a estimé le chef d'état-major des armées (CEMA), le général Thierry Burkhard, interrogé le 16 février par les députés sur la cohabitation au Mali de l'armée française avec Wagner. Un compte-rendu publié seulement le 20 avril. Soit plus de deux mois après. Entretemps, la guerre en Ukraine est entrée en infraction en Europe. Alors pourquoi écrire un article deux mois après des propos tenus dans un autre monde par le général Thierry Burkhard? Parce que c'est le chef d'état-major des armées et que ses propos pèsent et comptent quand il évoque une entité aussi sulfureuse comme peut l'être Wagner, présente très probablement en Ukraine. Surtout le général Burkhard confirme officiellement ce que tout le monde pense sur cette société de mercenaires &quot;liée bien évidemment lié à l'État russe&quot;.
« Qui dirige Wagner? Le groupe est bien évidemment lié à l'État russe, mais je ne suis pas certain qu'il soit piloté directement , estime le chef d'état-major des armées. D'une part parce que ce serait compliqué, d'autre part parce que ce serait moins souple pour eux. Je pense que Wagner a de grandes lignes directrices en termes d'opérations, d'effet à produire, de stratégie. Sur ce dernier point, si la France se veut une puissance d'équilibre, la Russie se veut une puissance de nuisance; elle en a les capacités et travaille dans des stratégies de long terme&quot;. »   Selon le CEMA, Wagner &quot;n'est pas directement subventionné, en tout cas pas en permanence, par l'État russe - qui ne se distingue pas particulièrement par la puissance de son économie&quot;. Pour autant, estime-t-il, &quot;le point faible de Wagner est qu'il est d'abord un business model : quand Wagner s'engage dans une zone, qui correspond à la zone d'intérêt et d'influence russe, il doit trouver de quoi s'autofinancer, et je pense que c'est cela qu'il faut essayer de briser&quot;. Il souligne par ailleurs que le patron de Wagner Eugène Prigojine, surnommé le cuisinier de Vladimir Poutine, &quot;n'est pas un militaire mais un bon chef d'entreprise - ou un bon mafieux, comme on veut&quot;.  AmbiguïtéInterrogé par la députée LR du Loiret Marianne Dubois, sur de possibles affrontements entre des militaires français et Wagner au Mali, ou dans d'autres pays africains, le général Thierry Burkhard a a rappelé que &quot;pour ce qui est de l'emploi par les Russes de la société de mercenaires Wagner au Mali, l'ambiguïté est constante. Des soldats russes sont présents au Mali, et la Russie comme le Mali disent qu'il s'agit d'un partenariat bilatéral. Cela ne trompe ni vous ni moi, mais la réalité est qu'il est difficile, sur le terrain, de faire la part des choses de manière certaine avec Wagner&quot;. D'autant que l'Algérie, proche de Moscou, avait interdit des survols de son territoire à l'armée française mais autorisé ceux de Wagner.   « Sur &quot;l'hypothèse d'interactions entre les forces Wagner et Barkhane, j'ai reçu ordre de désengager Barkhane en sécurité et j'ai pris les mesures pour le faire le mieux possible, a expliqué le général. Cela ne signifie pas pour autant qu'il ne peut pas y avoir de pertes : c'est la guerre, et nous avons en face de nous des gens qui poursuivent leurs propres objectifs. Nous ferons tout pour que cela n'arrive pas. Des consignes très strictes ont été données dans ce domaine&quot;. »   &quot;Sans foi ni loi&quot;. Le groupe Wagner serait impliqué début avril dans un massacre dans lequel des centaines de civils dans un village du centre du Mali à Moura auraient été tués. Selon Reuters, certains comptes rendus suggère qu'ils auraient été tués par des soldats de l'armée malienne avec l'appui du groupe Wagner. Pour l'organisation Human Rights Watch (HRW), il s'agit de la &quot;pire atrocité signalée dans le conflit armé qui dure depuis une décennie au Mali&quot;. En outre, les violations des droits de l'homme de Wagner ont été pointées du doigt par l'ONU en Centrafrique. Enfin, selon un haut responsable européen, il y aurait entre &quot;10 à 20.000&quot; mercenaires de Wagner ou de combattants syriens et libyens engagés aux côtés des forces russes. Il précise avoir constaté des &quot;transferts, de zones comme la Syrie et la Libye, vers la région est du Donbass&quot;. </text>
	

	<text titre="Wagner s'enlise dans les sables du Sahel" date="2022 04 26T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2022" mois="4" jour="26" journal_clean="l'Humanité" keywords="militaire, armée, charnier, faux, wagner, française, société, mali, groupe, privée" langue="fr"> Mali La société militaire privée russe est accusée par l'armée française d'avoir tenté de créer un faux charnier pour la discréditer. Alors qu'une nouvelle attaque a été perpétrée dimanche, un groupe djihadiste affirme de son côté détenir l'un de ses mercenaires.Sa présence est toujours formellement démentie par la junte militaire au pouvoir au Mali, qui jure que seuls quelques instructeurs russes du groupe Wagner demeurent sur son sol, mais les preuves s'accumulent. Dans un communiqué transmis à l'AFP dans la nuit de dimanche à lundi, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), affilié à al-Qaida, assure détenir au moins un otage de la société militaire privée censée être dirigée par Evgueni Prigojine, un oligarque proche de Vladimir Poutine. « Durant la première semaine d'avril, (nous avons) capturé un soldat des forces russes Wagner dans la région de Ségou (dans le centre du Mali - NDLR). » « Ces forces meurtrières ont participé avec l'armée malienne à une opération de parachutage sur un marché dans le village de Moura où ils ont affronté plusieurs moudjahidin avant d'encercler cette localité pendant cinq jours et de tuer des centaines de civils innocents », ajoute le texte. 
Pour mémoire, plusieurs organisations de défense des droits de l'homme soupçonnent l'armée malienne, appuyée par les troupes de Wagner, d'avoir massacré des civils dans la localité de Moura. Et la junte à Bamako a jusqu'à présent refusé toutes les enquêtes internationales, y compris celle de la force onusienne Minusma, tout en confiant les investigations à un tribunal militaire. Selon la version officielle du gouvernement malien, quelque 200 « terroristes » avaient été neutralisés lors de cette opération, tandis que d'autres témoignages évoquent des centaines de villageois abattus car soupçonnés de « collaborer » avec les groupes armés.   une intense polémique entre Paris et Bamako  Un massacre et une prise d'otage qui interviennent dans un contexte pour le moins tendu. Selon l'armée malienne, trois attaques simultanées menées à l'aide de « véhicules bourrés d'explosifs » ont visé dimanche trois camps militaires dans le centre du Mali, tuant six soldats, des assauts revendiqués par la katiba Macina, dirigée par Amadou Koufa, elle aussi affiliée à al-Qaida.   Plus au nord, entre Gao et Tombouctou, c'est l'emprise militaire de Gossi, rétrocédée le 19 avril par l'armée française à la junte, qui fait l'objet d'une intense polémique entre Paris et Bamako. Le ministère français de la Défense a ainsi diffusé une vidéo prise par un drone et censée montrer des mercenaires de Wagner en train de mettre en scène un faux charnier situé à proximité de la base de Gossi afin d'accuser la principale force de l'opération « Barkhane » d'avoir laissé derrière elle des cadavres de civils. Sans faire mention de la société militaire privée russe, l'armée malienne a assuré avoir découvert le charnier dans « l'environnement immédiat du camp » après des « tirs indirects », tout en déplorant « le fait que les FAMa (forces armées maliennes - NDLR) fassent malicieusement l'objet de communications visant à fourvoyer leur montée en puissance et à altérer leur image ». Toujours selon la junte, « l'état de putréfaction avancée des corps indique que ce charnier existait bien avant la rétrocession ». « Par conséquent », conclut le communiqué de l'armée, les FAMa ne sauraient en être tenues pour responsables.   Marc de Miramon </text>
	

	<text titre="Wagner intensifie sa campagne de recrutement" date="2022 04 29T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24163" auteur="barotte, nicolas" annee="2022" mois="4" jour="29" journal_clean="Le Figaro" keywords="recrutement, militaire, wagner, société, guerre, ukraine" langue="fr"> LA CAMPAGNE de recrutement de Wagner s'est accélérée. Alors que la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine piétine, la société militaire privée dirigée par l'un de ses proches, Evgueni Prigojine, est appelée en renfort pour rejoindre « l'étranger proche » , lit-on sur les réseaux sociaux. Sur Telegram ou VK, principaux supports numériques des campagnes de recrutement, les « offres d'emplois » se multiplient. Elles ne s'encombrent plus des faux-semblants habituels. Désormais, on y trouve les numéros de téléphone et les contacts nécessaires pour s'engager. Jusqu'à présent, les candidats devaient passer par des messageries anonymes servant d'intermédiaires. Apparemment, il n'y a plus de temps à perdre. « Il y a une forme de panique dans le recrutement» , estime une source spécialisée.
Autre signe de fébrilité, les prix ont grimpé. Avant la guerre, Wagner proposait à ses recrues un salaire d'environ 1 900 euros par mois. Certaines annonces atteignent maintenant parfois 2 800 euros. Outre le profil de soldat classique, Wagner cherche des compétences plus rares, comme pilote de drone ou de blindés. Les annonces promettent aussi aux soldats, « quand l'opération spéciale sera terminée » , d'être redéployés « ailleurs ». Une promesse de carrière. « On ne vous laissera pas tomber » , disent les messages de recrutement. Les critères physiques requis se sont aussi considérablement assouplis. « On ne regarde pas les dents » , précisent certaines annonces. Être atteint du VIH ou de la syphilis reste en revanche discriminatoire, tout comme venir d'un pays membre de l'Otan.   L'accélération du tempo date du mois de mars. Jusque-là, Wagner recherchait beaucoup de traducteurs ou de chauffeurs pour accompagner ses soldats en Afrique. Puis les revers subis par l'armée russe en Ukraine ont renversé les priorités. Le discours a changé sur les réseaux sociaux proches de Wagner où l'exaltation d'un sentiment nationaliste s'exacerbe.   En Ukraine, les hommes de Wagner ont été déployés dans le Donbass et à Marioupol. Le terrain et la guerre urbaine sont censés leur être familiers. Wagner est née dans le Donbass en 2014. Certains de ses membres ont aussi été envoyés à Kiev, recrutés par « une autre société que Wagner», dit un connaisseur du dossier. Cette autre société sans nom utilisait cependant les mêmes réseaux et les mêmes méthodes que son aînée. Fin février, la presse britannique assurait qu'ils avaient été envoyés là-bas pour assassiner Volodymyr Zelensky.   « Un contexte d'attrition »   Les états-majors militaires occidentaux demeurent prudents, mais on évalue entre 10 000 et 20 000 le nombre de mercenaires de Wagner et de combattants venus de Syrie se battant en Ukraine. Des soldats se trouvant en Libye auraient aussi basculé vers l'Ukraine. Les mouvements de troupes depuis la Centrafrique ne sont pas confirmés par les états-majors occidentaux. « En Ukraine et particulièrement dans l'est, il y a des combattants étrangers, des mercenaires, le groupe Wagner. Mais je ne pourrais pas le quantifier» ,expliquait-on au Pentagone il y a quelques jours. « Ce n'est pas inhabituel » pour la Russie, ajoutait-on en relativisant, après les révélations sur le massacre de Boutcha, les conséquences de ces recrutements : « Il serait faux de croire que nous devrions davantage nous inquiéter de la brutalité (des forces russes) avec le recours à des combattants étrangers ». Le Kremlin a fait appel à Wagner « pour reconstituer des forces militaires dans un contexte d'attrition » , résume une source militaire française.   Dans la guerre d'Ukraine, le modèle militaire de Wagner atteint ses limites. Là, il n'est plus question de zone grise ou de guerre par procuration mais de s'intégrer dans une manoeuvre d'ensemble complexe. « Wagner, c'est l'hybridité. Dans le Donbass, c'est le combat militaire classique» , souligne un gradé français en relativisant les performances militaires de Wagner. Les mercenaires ne renverseront pas le cours de la guerre. </text>
	

	<text titre="Un oligarque russe exploite l'or du Soudan avec l'aide du groupe Wagner" date="2022 05 03T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23699" auteur="etienne goetz" annee="2022" mois="5" jour="3" journal_clean="Les Echos" keywords="soudan, russe, wagner, oligarque, groupe" langue="fr"> Dans le nord-est du Soudan, des dizaines de camions chargés de minerais d'or font des allers-retours entre plusieurs petits sites d'extractions minières et une usine près de la ville d'Atbara. De ce minerai extrait dans l'Etat du Nil, on ne sait pas grand-chose : aucun document public ne permet de déterminer ni les quantités d'or produites, ni à qui est vendu le métal ou dans quel bijou il atterrit. Dans cet océan d'opacité, quelques informations sur ces va-et-vient commencent toutefois à filtrer.
Selon Bloomberg, qui a pu consulter des documents commerciaux locaux, le complexe industriel serait la propriété de Meroe Gold. Cette compagnie minière russe a des liens avec la société Wagner, une société de mercenaires, liée au Kremlin. Meroe Gold et le groupe Wagner font partie d'une seule et même galaxie, gérée en sous-main par l'oligarque Evgueni Prigojine, très proche du président Vladimir Poutine.   Le cas soudanais est l'illustration parfaite des « interconnexions entre des opérations paramilitaires russes, le maintien au pouvoir de régimes autoritaires et l'exploitation de ressources naturelles », selon les mots du Trésor américain pour décrire les activités de l'homme d'affaires dans une note de 2020. Meroe fait partie d'une dizaine d'opérateurs miniers à s'être implantés en 2017 au Soudan, l'année même où le groupe Wagner a élaboré, selon le Trésor américain, des stratégies au profit du dictateur de l'époque Omar El Bechir pour mettre fin aux manifestations pro-démocratie.   Selon plusieurs ingénieurs, dirigeants, mineurs, ou consultants interrogés par Bloomberg, les relations privilégiées entre la milice et l'administration d'El Bechir ont permis à Meroe de sécuriser l'accès à du minerai semi-raffiné et bon marché. Le ministre soudanais des Affaires étrangères dément la présence du groupe Wagner dans le pays, mais s'abstient de démentir les activités de Meroe.   Ce n'est pas la première fois que les mercenaires russes se mettent au service d'autres filiales de l'oligarque Prigojine pour avoir accès aux ressources naturelles d'un pays en Afrique. Fin 2021, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont constaté que le groupe Wagner avait donné un coup de main aux putschistes du Mali, un pays riche en or, même si la junte malienne a toujours démenti. La milice russe est également active en République centrafricaine où se trouvent des mines de diamants ou d'or.   En décembre dernier, l'UE a mis sous sanction le groupe Wagner, pour avoir envoyé des mercenaires dans des zones de conflit, dans le but d'y alimenter la violence et d'y piller les ressources naturelles. En 2020, le Trésor américain a accusé la milice de mener des « opérations dangereuses de déstabilisation » dans des pays comme l'Ukraine, la Syrie ou le Mozambique.   E. Go. </text>
	

	<text titre="Opacité, exactions, propagande : la méthode Wagner appliquée en accéléré au Mali" date="2022 05 10T00:00:00" journal="Libération" auteur="célian macé" annee="2022" mois="5" jour="10" journal_clean="Libération" keywords="sol, rupture, wagner, mois, paris, mali, millier, russes, diplomatique, groupe, méthode, bamako, combattants" langue="fr"> En quelques mois, un millier de combattants russes ont été déployés sur le sol malien, précipitant la rupture diplomatique entre Bamako et Paris.   Le groupe Wagner est né en Ukraine, s'est fait connaître en Syrie, mais il prospère aujourd'hui en Afrique. Après la Centrafrique (2017), le Soudan, la Libye (2018) et le Mozambique (2019), ses mercenaires ont fait leur entrée au Mali à la fin de l'année dernière. Wagner est attiré par les mines d'or, les conflits et les Etats faillis. Quelle meilleure cible que le Mali, aux prises avec une insurrection jihadiste depuis une décennie, et déstabilisé par un double coup d'Etat ? La survenue du second putsch, en mai 2021, avait sérieusement dégradé les relations entre Bamako et Paris. L'arrivée du groupe de paramilitaires russes sur le sol malien va précipiter leur rupture. Après une crise diplomatique d'une rare violence entre les deux «partenaires» dans la lutte antiterroriste, Emmanuel Macron a annoncé, le 17 février, le départ des 2400 derniers soldats de l'opération Barkhane. Le 2 mai, le Mali a dénoncé les accords de défense qui le liaient à la France.
Zone grise Entre ces deux dates, les mercenaires russes ont débuté leurs opérations auprès des Forces armées maliennes dans le centre du pays. Leur présence ne fait aujourd'hui plus aucun doute, même si le gouvernement malien continue de démentir la signature d'un contrat avec la société Wagner -Bamako parle uniquement d'«instructeurs russes». La semaine dernière, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a pourtant lui-même reconnu leur existence : «Wagner est une société privée qui n'a rien à voir avec l'Etat russe. Nous l'avons expliqué aux Français quand ils ont commencé à devenir nerveux car Wagner a signé un accord avec le gouvernement du Mali pour la fourniture de services de sécurité», a-t-il déclaré au cours d'une interview à la télévision italienne.   Tout l'intérêt de Wagner, pour le Kremlin, réside dans cette zone grise à l'intérieur de laquelle la compagnie évolue. Formellement, elle n'est pas liée à l'Etat russe. Elle n'a d'ailleurs pas d'existence légale en Russie, puisque la loi interdit la constitution des sociétés militaires privées. Ce qui permet à Moscou de nier toute responsabilité dans ses activités les plus embarrassantes, comme les atteintes aux droits de l'homme, les tentatives de déstabilisation de l'Etat ou le pillage des ressources. Cependant, personne n'est dupe de la proximité entre le Kremlin et Wagner. Le grand argentier du groupe, l'oligarque russe Evgueni Prigojine, est un membre du cercle rapproché de Poutine. Et Wagner utilise régulièrement les moyens de l'armée russe, notamment aériens, pour déplacer troupes et matériel. Ses opérations sont perçues - et certainement pensées - comme une projection de la puissance russe en Afrique.   L'expérience malienne est à cet égard un concentré de la méthode Wagner. Son implantation, jamais reconnue officiellement, a dynamité la coopération sécuritaire entre le Mali et ses alliés français et européens. Surtout, le déploiement d'un millier de combattants russes aux côtés des soldats maliens s'est accompagné d'une hausse des exactions envers la population civile - tout comme en Centrafrique ces dernières années. Le 2mars, une trentaine de corps calcinés ont été retrouvés près du village de Danguèrè Wotoro, dans la commune de Dogofry, non loin de la frontière mauritanienne : les hommes de Wagner sont soupçonnés d'avoir pris part à la tuerie. Le 19 avril, au marché de Hombori, dans le centre du Mali, «les soldats maliens sont arrivés avec des militaires blancs et ont tiré sans distinction, tuant 14 personnes au marché, puis, 7 personnes près du goudron et 4 à côté du cimetière», a raconté un témoin à Libé. Quelques heures plus tôt, un convoi de la garde nationale malienne était tombé dans une embuscade non loin de là. La fusillade aurait été menée en représailles. Plusieurs civils arrêtés ce jour-là ne sont jamais réapparus.   C'est dans le village de Moura, dans la région de Mopti, que s'est déroulé le massacre le plus important. Entre le 27 et le 31 mars, les soldats maliens et leurs alliés russes auraient exécuté entre 200 et 400 personnes, selon des témoignages recueillis par Libération. «C'était un Blanc avec un bâton qui venait chercher les gens. Il tapait sur la tête des personnes [ ] et les amenait derrière une maison en construction, où se tenaient un soldat malien et un autre soldat blanc. Ce sont eux qui exécutaient, a raconté un rescapé, qui fut forcé de charger les corps sur des charrettes. Ils ne prenaient même pas le temps d'attacher les mains ou de bander les yeux. Une balle et c'est tout.» Le survivant affirme que ces «soldats blancs» parlaient russe.   Vecteur d'influence Les autorités maliennes ont nié tout crime commis à Moura et se sont, au contraire, félicitées de la réussite de cette «opération d'opportunité aéroterrestre de grande envergure». Gare à qui contredit ce discours officiel à Bamako. La Mission des Nations unies au Mali s'est vue refuser l'accès au village pour mener une enquête. Ces derniers mois, la junte a resserré son contrôle sur la presse. La diffusion des médias français RFI et France 24, très suivis au Mali, a été suspendue. Dans le même temps, des comptes prorusses, visiblement téléguidés, ont fait leur apparition sur les réseaux sociaux. Le 21 avril, l'un d'eux a accusé l'armée française d'avoir laissé derrière elle un charnier après son départ de la base de Gossi, images de cadavres à l'appui. Mais les militaires français, qui redoutaient ce genre d'«attaques informationnelles», avaient pris leurs précautions : quelques heures plus tôt, un drone de Barkhane a filmé des soldats -il est impossible de distinguer s'il s'agit de Maliens ou de Russes- enterrant des corps et filmant les dépouilles. Les lieux correspondent. Selon l'état-major des armées français, il s'agirait de la preuve de la mise en scène du charnier et de l'opération de manipulation de Wagner. Le groupe n'est pas qu'une entreprise paramilitaire. Il est aussi un puissant vecteur d'influence politique (il intervient dans des campagnes électorales) et médiatique (Prigojine finance les usines à trolls au service du Kremlin). La galaxie Wagner est un système total qui a la capacité de se greffer sur les Etats les plus vulnérables. Au Mali, la contrepartie n'a jamais été prouvée. Les Russes ne semblent pas avoir pris le contrôle des mines d'or. En février, le chef du commandement américain pour l'Afrique, le général Stephen Townsend, a indiqué que le Mali versait 10 millions de dollars par mois à Wagner. Mais Bamako, étranglé par les sanctions économiques, a-t-il toujours les moyens de payer la facture ? A moins que pour l'instant, le groupe paramilitaire ne travaille à perte, sur ordre de Moscou, trop ravi de damer le pion à la France dans son ancienne colonie. </text>
	

	<text titre="«La Russie a toujours nié fermement notre existence»" date="2022 05 10T00:00:00" journal="Libération" auteur="recueilli par veronika dorman" annee="2022" mois="5" jour="10" journal_clean="Libération" keywords="existence, visage, tourner, wagner, nié, cause, marat, gabidullin, russie, groupe, fermement" langue="fr"> Engagé comme mercenaire du groupe Wagner, convaincu d'oeuvrer pour une «noble cause» avant de tourner le dos à son ancienne vie, Marat Gabidullin est le premier à témoigner à visage découvert des batailles «M arat Gabidullin n'est pas un repenti. Il n'est pas un lanceur d'alerte tiraillé par sa conscience, décidant un beau jour de se retourner contre l'organisation dont il a fait partie pour la dénoncer. Non. Marat est un soldat.» Ainsi commence la préface du premier témoignage jamais publié, à visage découvert, d'un ancien combattant de la très secrète armée de Vladimir Poutine. Moi, Marat, ex-commandant de l'armée Wagner (Michel Lafon) est un récit à la première personne, sans figure floutée ni voix modifiée. Les lieux, les dates, les faits d'armes, tout est authentique. Gabidullin s'est contenté d'inventer les noms de guerre de ses compagnons et supérieurs. Ainsi, Dmitri menées par l'armée secrète russe, au Donbass comme sur le front syrien.
Outkine, le fondateur de la société militaire privée (SMP), alias Wagner, est devenu «Beethoven». Marat Gabidullin, lui, avec le matricule M-0346, se faisait appeler «Ded», le grand-père, le papi, car, à 49 ans, il faisait partie des plus vieux mercenaires au sein de «la compagnie», comme il l'appelle.   Depuis l'adolescence, Marat Gabidullin, féru de films d'action soviétiques, se préparait à une carrière dans les forces aéroportées. Mais après dix ans sous les drapeaux, il quitte en 1994 une armée russe en pleine décomposition. Il fricote avec la pègre, tue un homme, fait trois ans de prison. En 2015, il s'enrôle dans la SMP créée l'année d'avant, pour soutenir les séparatistes prorusses dans le Donbass ukrainien. Marat Gabidullin est déployé à Louhansk, puis de nombreuses fois en Syrie. En 2019, il plaque la «compagnie», dégoûté. Et décide de raconter son histoire. Son roman autobiographique, paru en Russie au début de l'année 2022 sous le titre Deux fois dans le même fleuve, n'est pas une confession. Pas plus que Marat Gabidullin ne parle au nom de ses frères d'armes, dont personne, à sa connaissance, n'a accompli le cheminement intérieur qui l'a conduit à tourner le dos au mercenariat, à porter un regard critique sur le phénomène et, surtout, à cerner l'usage qu'en fait le Kremlin, dans toutes ses guerres hybrides. Pourquoi avez-vous décidé, à visage dé- couvert, sous votre nom, de parler d'une organisation considérée comme très se- crète en Occident ? lll lll   Sincèrement, j'ai l'impression qu'en Occident, les gens en savent plus sur Wagner qu'en Russie Pour ce qui est du visage découvert, c'est le format qui peut convaincre le plus. On me croira davantage si je ne me cache pas. Toutes ces vidéos avec des personnages au visage dissimulé, à la voix modifiée, qui parlent de Wagner, à mon avis ça crée du soupçon. Je voulais avancer la visière levée, me présenter tel que je suis, avec tous mes défauts et mes points faibles. Une personne concrète.   A quel moment vous vient l'idée d'écrire ce livre, et à qui s'adresse-t-il ? Dès 2016, pendant ma convalescence. J'avais été blessé à Palmyre, l'explosion d'une grenade. En sortant du coma, j'ai passé de longs mois à me rétablir. J'ai eu envie de mettre en lumière l'activité des employés des sociétés militaires privées. Mais je voulais avant tout raconter la vérité sur cette guerre en Syrie. Je voyais comment nos médias mentaient sur le sujet. Plus tard, j'ai compris que la thématique des SMP est très importante pour la Russie.   Nous, on fait comme si le mercenariat n'existait pas, comme si ce n'était qu'un phénomène occidental, propre à sa décadence, comme un rictus carnassier du capitalisme. Or, nous faisons exactement la même chose. Et même pire.   MGABIDULL«M arat   Revenons un peu sur l'his- toire des SMP en Russie. Les premiers mercenaires dans l'espace post-soviétique sont les spécialistes militaires qui avaient été mobilisés dans le Haut-Karabakh, au début des années 90. Les Arméniens, comme les Azerbaïdjanais, manquaient de personnel compétent pour manoeuvrer les armes modernes. Après la chute de l'URSS, l'armée soviétique était en déliquescence. Des régiments entiers   DE WAGNERdu ruVeronikMiche19,95 étaient laissés à l'abandon. Ensuite sont apparues des entreprises comme Moran Security Group, RSB Group, spécialisées dans l'escorte et la protection de cargaisons. C'était une forme de SMP, mais pas aboutie. Le jalon le plus important a été la création du Corps slave, en 2013. C'était la première apparition des mercenaires russes en Syrie. C'était du mercenariat pur sans aucune participation de l'Etat russe, à cette époque. Un type avait rassemblé des hommes et les avait mis au service d'un oligarque syrien. Dmitri Outkine avait commandé l'une des deux compagnies du Corps slave. En rentrant, ils ont été cueillis à l'aéroport et les organisateurs ont été arrêtés et incarcérés pour quatre ans. Parce que le mercenariat est interdit en Russie. Et puis commence le conflit avec l'Ukraine, on est en 2014. Le groupe Wagner n'a pas été créé dans le but d'aller combattre en Ukraine, c'est plutôt l'inverse qui s'est passé. Le Kremlin a dit: «Allez, on rassemble des combattants, tous les volontaires, pour filer un coup de main à ces bras cassés dans le Donbass, qui ne vont arriver à rien tout seuls.» Les séparatistes n'étaient bons qu'à défiler armés dans les rues de Donetsk et de Louhansk, agiter des drapeaux russes, mais ils étaient totalement inaptes à la guerre et au combat. Avec le temps, les mercenaires russes, partis là-bas à l'arrache, en ordre dispersé, ont commencé à se structurer. La «compagnie» a commencé à prendre forme. Mais même ces formations-là n'étaient plus en mesure de sauver les républiques autoproclamées, l'armée ukrainienne était en train de gagner. Si les forces armées russes ne s'en étaient pas mêlées directement, il n'y aurait pas eu de conflit, tout se serait terminé très vite. Quel rôle ont joué les mercenaires de Wagner en 2014 en Ukraine ? Ils ont surtout été déployés dans la région de Louhansk. Raids, embuscades, offensives éclairs, en soutien aux séparatistes. Ils ont participé à l'opération de Debaltseve au côté de l'armée russe régulière. Et ils ont également été chargés de désarmer et liquider le bataillon «Odessa», qui était devenu une bande de racketteurs. Il avait été formé par les prorusses d'Odessa, ceux qui avaient survécu au tragique incendie de la Maison des syndicats [par des militants nationalistes,   ARAT MOI, , EX- L'ARMÉE traduit e par Dorman, Lafon, uros.   en 2014, épisode rappelé sans cesse par Poutine pour justifier la «dénazification» de l'Ukraine, ndlr]. Ces victimes, ces héros, sont vite devenues des criminels. Quand vous vous engagez dans le groupe Wagner, avez-vous conscience d'entrer dans une zone d'illégalité ? Je me trouvais dans un moment creux de la vie. Egaré, au chômage. En 2015, un bon ami me parle de cette entreprise qui peut me donner une nouvelle chance, un nouveau départ dans ce que je sais faire, c'est-à-dire la guerre. Pour ce qui est de l'illégalité, en Russie, ce sont des questions toutes relatives. Je ne suis pas idiot: je suis arrivé dans un camp d'entraînement militaire, j'ai reçu des armes, on s'entraînait au combat Je comprenais bien que tout ça ne pouvait pas exister sans le parrainage des autorités. Toutes les armes étaient fournies par le ministère de la Défense. Et le matériel de base aussi, des gilets pare-balles, des tenues de combat. C'était un bon travail, avec un bon salaire, selon les standards russes. 80 000 roubles (980 euros) par mois dans le camp, puis 120 000 roubles (1 500 euros) la première mission. 180 000 roubles (2 200 euros) pour les missions en Syrie. C'était notre façon de servir la patrie. Quelles fonctions avez-vous occupées au sein de Wagner ? J'ai commencé comme simple soldat, puis j'ai été commandant d'équipe pendant un certain temps. Je suis ensuite devenu commandant d'une compagnie de reconnaissance et, après avoir été blessé, j'ai été chef d'état-major adjoint dans une escouade d'assaut. En théorie, le boulot des éclaireurs est de partir en reconnaissance vers les lignes ennemies, observer le déploiement des troupes, détecter les positions de tir Mais nous, on nous envoyait juste devant les unités d'assaut, on se retrouvait devant le premier feu. Toute l'année 2018, j'ai été conseiller principal du bataillon des «chasseurs de Daech», composés de Syriens. Là aussi, je me suis retrouvé dans des endroits où je n'aurais pas dû, c'est-à-dire au combat, sous le feu. Parce que je considérais que le commandant n'était pas prêt à mener une attaque, je suis resté à ses côtés.   Votre première mission vous amène à Louhansk. En juin 2015. Après deux mois, j'avais l'impression que tous ces gens [la population locale] étaient les otages d'une poignée de bandits armés. La propagande nous avait fait croire que nous devions défendre un monde russe en danger. Mais sur place, la menace avait une tête bizarre. Certains défenseurs des républiques autoproclamées de Louhansk et Donetsk n'étaient pas capables d'expliquer ce que les Ukrainiens leur avaient fait au juste. Et puis je voyais bien, depuis la ligne de démarcation, que les Ukrai- Suite page 4   Suite de la page 3 niens se faisaient tout le temps tirer dessus depuis notre côté. Moi, pas une fois je n'ai été sous le feu ukrainien. Après cette première mission, est-ce que votre regard sur le mercenariat a changé? Oui, j'ai commencé à avoir des doutes. Ce n'était pas pour ça que je m'étais embarqué dans cette aventure. L'Ukraine, c'était aussi mon pays, et je ne voyais pas en quoi ces gens nous voulaient du mal. Mais entretemps, les missions en Syrie ont commencé. On nous a dit : «Vous partez combattre l'Etat islamique (EI).» Eh bien ça, c'est une vraie cause ! C'est un pays vraiment étranger, un autre peuple, des Arabes, je m'en fichais un peu, je n'allais pas combattre contre les miens. L'ennemi était très concret.   A quel moment avez-vous compris que là aussi, on vous avait induit en erreur ? Dès2016. Le principal mensonge étant que Bachar al-Assad était un type bien, à la tête d'une armée héroïque, qui combattait un envahisseur. Oui, bien sûr, il fallait combattre l'EI. Mais une fois cette mission terminée, en 2018, une nouvelle phase avait commencé. Et une nouvelle étape dans ma prise de conscience aussi. Quand tu es mercenaire, et que tu combats du côté du bien, c'est une bonne chose. Mais en réalité, ce n'est jamais toi qui choisis. La fois d'après, tu devras faire des choses qui vont contre tes principes. Par exemple, l'opération de nettoyage dans la Ghouta, c'est la participation à une guerre civile, qui n'avait plus rien à voir avec l'EI. Nous, les mercenaires, devions consolider l'avancée de l'armée syrienne qui, bien que soutenue aussi par l'artillerie et l'aviation russes, ne parvenait pas à avancer de manière décisive, et menaçait sans cesse de reculer. Nous devions contenir ces reculades. A Palmyre, nous n'avions eu affaire qu'à l'EI. A la Ghouta, il y avait des combattants d'Al-Nosra et d'Al-Qaeda, bien sûr, mais aussi l'Armée syrienne libre. C'était l'opposition, pas des jihadistes. Je me suis rendu compte que nous aidions une bande d'imbéciles incultes à détruire ce qu'il y avait de meilleur dans leur pays, ces Syriens normaux, qui savaient se battre, et qui nous avaient tant manqué dans la lutte contre Daech.   Le 7 février 2018, vous êtes à Deir el-Zor, dans la fameuse attaque par l'aviation américaine des forces loyalistes syriennes. Vous perdez beaucoup d'hommes. Que s'est-il passé ce jour-là ? C'était une tentative de s'emparer du champ gazier de Conoco, tenu par les Kurdes. Nous devions nous les faire. Deux détachements, 400 mercenaires. Moi je commandais un bataillon de Syriens, les «Isis Hunters» [les «chasseurs de Daech»]. Mais l'offensive n'avait pas encore commencé que l'enfer s'est déchaîné. Ça tombait de partout. Des roquettes, puis des hélicoptères nous ont mitraillés. L'arrière était en feu, la colonne qui devait nous seconder, les munitions, les QG, tout brûlait. Moi j'ai eu de la chance, j'ai été légèrement blessé. J'ai dû battre en retraite en traversant cette zone de mort, de débâcle. On a perdu au moins cent gars.   La Russie nie en bloc, puis finit par reconnaître cinq morts parmi ses citoyens. Est-ce que le commandement russe ne savait pas que vous avanciez ? Officiellement, et c'est vrai, aucun soldat de l'armée régulière russe n'a péri. Quant à nous, les mercenaires, nous n'étions tout simplement pas là. La Russie a toujours nié fermement notre présence, et même notre existence. Evidemment que le commandement russe sur place savait que nous avancions. Mais ils nous ont reniés.   Pourquoi la Russie utilise-t-elle des mercenaires dans ses guerres modernes ? Dans chaque situation concrète, les mercenaires ont leur fonction. En Syrie, l'objectif était de cacher au peuple russe le coût réel de la victoire, créer l'illusion que nous l'avions remportée avec peu de sang. Mais ce n'est pas vrai. Ailleurs, comme en Ukraine, c'est beaucoup plus simple, logistiquement et juridiquement, de déployer très vite quelques bataillons de combattants, prêts à l'attaque, qui seront opérationnels dès qu'ils poseront le pied sur le terrain.   Comment avez-vous réagi quand la Russie a attaqué l'Ukraine ? J'ai été horrifié. Comment peut-il en être autrement ? Il s'agit d'une faute criminelle. Que savez-vous de la participation des hommes de Wagner dans cette guerre ? Ils sont présents sur tous les fronts, selon le même schéma qu'en Syrie, comme des unités d'assaut, de percée. D'ailleurs, le général [Aleksandr] Dvornikov, qui a été désigné pour mener la «bataille du Donbass», fait du recours aux mercenaires sa méthode préférée. Il avait fait ça à Palmyre en 2016. Il nous avait envoyés libérer un col contrôlé par l'EI, que l'armée syrienne n'arrivait pas à prendre. Ces derniers temps, là où il y a Wagner, il y a aussi des exactions Je ne veux surtout pas les défendre ou embellir leur image, mais là où les mercenaires sont utilisés pour faire la guerre, on ne rapporte pas d'exactions. Comme en Libye par exemple. Les problèmes et les excès commencent quand on leur demande d'accomplir des fonctions policières ou semi-policières. Ces gens sont habitués à combattre un ennemi armé. Et ne possèdent pas nécessairement les notions juridiques, ou mentales, pour faire autre chose.   Autrement dit, quand leurs fonctions ne sont plus purement militaires, ils commettent des atrocités ? Je me réfugie toujours derrière l'espoir que ce ne sont pas eux qui ont commis les atrocités Moi je n'ai jamais été témoin de crimes de guerre. Au contraire, j'ai vu parfois des gens capables d'élans très humains, enterrer un combattant ennemi par exemple. Ils ne supportaient pas quand les Syriens profanaient les dépouilles ennemies.   Et la vidéo qui a fait le tour du monde où l'on voit des hommes torturer et décapiter un Syrien ? Oui, tout indique qu'il s'agit d'employés de Wagner, mais je ne les connais pas. C'étaient des escouades créées à la hâte, sans véritable tri, sans aucune préparation. De manière générale, à partir de 2017, a débuté un processus de dégradation des notions et des normes intérieures qui avaient régi le fonctionnement de la compagnie. C'était sûrement dû au fait que les commandants avaient décidé qu'elle devait devenir une structure prête à accomplir absolument n'importe quelle mission, participer à toutes sortes d'entreprises, sans égard pour les normes éthiques et morales. Comment évaluez-vous ce qu'est devenu le groupe Wagner aujourd'hui ? C'est devenu une structure puissante qui, effectivement, est très utile pour promouvoir les intérêts russes dans des régions qui ne sont pas tranquilles, sans cesse secouées par des affrontements, des coups d'Etat, des nettoyages ethniques Mais une formation militaire de la taille de Wagner devrait être dotée d'une existence juridique, qui lui accorderait des pouvoirs mais aussi des devoirs, des obligations au regard du droit international. En niant l'existence des SMP, le Kremlin les maintient dans une zone de non-droit. L'Etat russe n'assume pas les actions de ses citoyens et de leurs destinées. Mais cette situation arrange aussi le propriétaire et le commandement de la structure, elle leur permet de conserver le monopole total dans le domaine du mercenariat. Il n'y a aucune concurrence, on ne leur demande aucun compte. Vous connaissez Dmitri Outkine personnellement ?   Oui, j'ai été commandant d'une compagnie de reconnaissance sous ses ordres. C'est un vrai chef militaire, il était toujours sur le terrain, participait aux combats. En 2015-2016, il était toujours en première ligne. Au début, c'était une figure d'autorité pour moi, je le respectais inconditionnellement. Mais à mesure que j'ai évolué, mon regard sur lui a changé aussi.   Est-ce que sa personnalité et son style de commandement ont contribué à la détérioration de la compagnie ? Bien sûr. C'est lui le prescripteur de tendances. Ce que la compagnie est devenue, c'est le résultat de sa vision. Et il n'y a plus personne pour contenir ses impulsions. C'est un homme très décidé, déterminé, dépourvu de toute limite morale. Et sans aucune considération pour la vie humaine. Il n'a jamais compté les pertes.   Et Evgueni Prigojine - le «cuisinier de Poutine» - qui serait le principal sponsor de Wagner, le connaissez-vous ? Je ne veux pas parler des individus. Je veux discuter des phénomènes. Si ça n'avait pas été lui, ça aurait été un autre. C'est comme dire que quelqu'un d'autre aurait été meilleur que Staline à cette époque. Non, ce n'est pas vrai. Il se serait appelé différemment, mais ça aurait été le même tyran. ?   L'histoire de Marat Gabidullin a également été adap- tée en podcast. L'affaire M0346 : Marat, ex-comman-dant de l'armée Wagner, produit par Paradiso Media, est disponible à partir de ce mardi. </text>
	

	<text titre="Au Burkina, la spirale frénétique de la violence" date="2022 05 18T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24179" auteur="berthemet, tanguy" annee="2022" mois="5" jour="18" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> AFRIQUE DE L'OUEST Le week-end passé fut une illustration de l'infernale spirale de la violence au Burkina Faso. Le seul samedi, une douzaine de villageois ont été tués, et au moins huit Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), ces supplétifs civils de l'armée, à Guessel dans la région du Sahel, dans l'extrême nord du pays. Le bilan est devenu aussi banal que les circonstances. Privés d'approvisionnement, les habitants tentaient simplement d'aller cueillir des mangues en brousse. Le même jour, dans la même région, à Salmossi, cinq autres VDP et un civil perdaient la vie. Le lendemain, dans le sud du pays cette fois, près du Togo qui a subi sa première attaque djihadiste le 10 mai, un convoi de civils, escorté par les VDP, subissait une attaque. Quinze passagers et trois VDP sont morts. Chaque fois, les milices djihadistes sont responsables. Dans un rapport publié lundi, Human Rights Watch (HRW) constate, sans surprise, une hausse ces derniers mois des meurtres de civils par des islamistes mais aussi par l'armée. Plus d'une centaine de personnes sont mortes ces dernières semaines.
Pour Paul-Henri Damiba, cette succession de revers et la dégradation de la situation générale deviennent périlleuses. Ce jeune lieutenant-colonel a renversé, en janvier dernier, Roch Marc Christian Kaboré en reprochant précisément à son pouvoir son incapacité à juguler les violences qui, depuis 2015, débordent du Mali voisin, submergeant le « pays des hommes intègres ». Il promettait alors une reconquête rapide.   Aujourd'hui, après avoir cru en cet officier, la foule s'impatiente. « Les forces de défense restent profondément divisées notamment entre militaires et gendarmes, mais aussi au sein de la hiérarchie. Cela empêche toute réforme effective et remise en ordre » , souligne un diplomate. Un policier, interrogé par téléphone, confirme cette apathie. « Sur le terrain, il n'y a quasiment personne, sauf les VDP qui sont en première ligne. C'est la raison d'ailleurs pour laquelle ils essuient tant de pertes. »   Face à ces difficultés, la tentation de faire appel aux mercenaires russes, comme le font les voisins maliens, se réactive. Au lendemain du coup d'État, Evgueni Prigojine, parrain informel de Wagner, avait fait des appels du pied aux Burkinabés, saluant « une nouvelle décolonisation ». « Damiba n'est pas intéressé par la solution russe. D'autres officiers en revanche, penchent de plus en plus ouvertement pour cette solution facile » , indique une source française.   Médiation avec les islamistes   À Ouagadougou, les messages prorusses apparaissent fréquemment lors des manifestations. En avril, une mission militaire burkinabée a même été envoyée auprès de la junte malienne et de son président, Assimi Goïta, pour discuter d'une possible coopération. Cette pression et ces frictions font peser le risque, selon plusieurs analystes, d'assister à une tentative de contre coup d'Etat. « Cette possibilité existe. Paul-Henri Damiba en a parfaitement conscience et agit pour l'éviter » , explique un proche du pouvoir. En coulisses, Paris s'active aussi pour appuyer cet allié de circonstance et vaincre les réticences de certains pays européens, naturellement méfiants à l'égard des militaires putschistes.   Le pouvoir burkinabé, de son côté, essaie aussi de s'éloigner du tout-militaire pour tenter une médiation avec les islamistes. L'état-major a été réorganisé en ce sens et plusieurs personnalités nommées, comme Yero Boly. Longtemps ministre de Blaise Compaoré, cet homme, désormais chargé de la réconciliation nationale, est connu pour son entregent et son habileté. Paul-Henri Damiba a ensuite, le 1er avril, annoncé l'ouverture de pourparlers. « Il y a eu des approches,confirme un proche des négociations. Les islamistes n'ont pas refusé. Mais rien n'est fait et cela reste très embryonnaire. » Pour espérer rétablir la paix, il faudra aussi contourner les querelles d'ego et de territoire qui rongent Ansarul Islam, le principal groupe rebelle du pays. </text>
	

	<text titre="Au Sahel, Paris échoue à contrer la propagande russe" date="2022 05 19T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cyril bensimon et christophe châtelot cyril bensimon et christophe châtelot" annee="2022" mois="5" jour="19" journal_clean="Le Monde" keywords="propagande, pouvoir, russe, france, paris, mali, russes, junte, tchad" langue="fr"> Des drapeaux russes brandis pendant que ceux de la France flambent dans les manifestations de l'opposition au Tchad. Une junte au pouvoir au Mali qui, avec un certain appui populaire, rompt tous les ponts avec Paris pour se rapprocher de Moscou. Des réseaux sociaux qui ne semblent bourdonner que d'une seule musique. La France a-t-elle déjà perdu la bataille de l'opinion au Sahel face à la Russie ?   Les objectifs et la pérennité du réinvestissement de la Russie en Afrique sont encore incertains mais sa stratégie est désormais mieux connue. Si son activité économique est limitée à quelques exploitations minières, Moscou a su s'implanter grâce à une offre sécuritaire sans pareille : un combiné d'accords de défense officiels et de liens officieux avec le Groupe Wagner, nébuleuse proche du Kremlin, fournissant mercenaires comme au Mali, en République centrafricaine ou en Libye, et experts en « guerre informationnelle. Avec un évident succès jusque-là.
L'histoire récente du vrai-faux charnier de Gossi, dans le centre du Mali, est, à ce titre, un cas d'école. Fin avril, l'état-major des armées françaises dévoile, pour la première fois, une vidéo filmée par l'un de ses drones. Y apparaissent une dizaine d'hommes en uniforme, non français, enterrant des corps dans une fosse commune. Deux jours plus tôt, les militaires français avaient transféré leur base aux forces armées maliennes (FAMa) dans le cadre de leur retrait du pays. La diffusion de ces images avait pour objectif de désamorcer une opération d'intoxication élaborée, selon Paris, par Wagner, le nouvel allié russe de Bamako, et destinée à accuser les Français d'être les responsables de ce crime.   Paris pensait prendre l'autre camp de vitesse et gagner une bataille dans ce que le chef d'état-major des armées, le général Thierry Burkhard, nomme la « guerre des perceptions », mais l'argumentation lui est revenue comme un boomerang, renvoyée sur les réseaux sociaux par des activistes maliens. Notamment l'un des plus bruyants d'entre eux, Adama Diarra, dit « Ben le Cerveau. Sur sa page Facebook en date du 26 avril, ce fondateur du mouvement panafricaniste Yéréwolo debout sur les remparts voyait dans ces images la preuve que « &quot;Barkhane&quot; a volontairement espionné le camp de Gossi pour coller la responsabilité du charnier sur les FAMa ». Dans la foulée, il demandait le départ de toutes « les forces d'occupation étrangères ».   « Galaxie Prigojine » Selon un patron de presse malien qui préfère conserver l'anonymat, « Ben le Cerveau » est « le VRP des Russes ». Plusieurs spécialistes des réseaux sociaux le rattachent à la « galaxie Prigojine »  , du nom d'Evguéni Prigojine, le parrain du Groupe Wagner, dont un millier d'hommes sont arrivés au Mali depuis début 2022 pour épauler la junte au pouvoir.   Le nom de M. Prigojine est cependant devenu célèbre dans un autre domaine que la sécurité. C'était lors de l'élection américaine de 2016. Des experts de l'université d'Oxford puis les enquêteurs du FBI ont démontré que les réseaux sociaux avaient été instrumentalisés par une « usine à trolls », l'Internet Research Agency basée à Saint-Pétersbourg et détenue par l'oligarque russe, au profit de Donald Trump.   « Les entrepreneurs d'influence comme Prigojine sont alors apparus sur le radar des services américains, ils ont dû chercher d'autres horizons à prospecter. Ce sera l'Afrique où des régimes faibles sont demandeurs des prestations de sécurité, de conseils politiques, également de montage d'opérations d'influence informationnelle »  , explique Kevin Limonier, maître de conférences en géographie et en études slaves à l'Institut français de géopolitique.   Cela nécessite de travailler les opinions publiques. « Après le coup d'Etat au Mali, ils ont créé des centaines de comptes sur les réseaux sociaux qui sont pilotés depuis l'extérieur. On les reconnaît car ils n'ont pas beaucoup de publications, mettent souvent des photos des chefs de la junte en profil et s'expriment en bon français », observe le patron d'un site d'information . « Mais, depuis quelque temps, les Russes internalisent la gestion de ces comptes au Mali » , ajoute-t-il.   Selon plusieurs analystes, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad sont désormais dans leur collimateur. Directeur des projets et partenariats numériques au centre d'analyses et de prévention des conflits, Timbuktu Institute, Jean Bruno décortique les « interactions » sur Facebook, autrement dit les likes, clics, partages et autre commentaire, générées par un message. « Le fait est qu'il n'y a pratiquement aucun discours positif sur Macron. Tout est pro-Poutine. La France est en position défensive partout » , résume-t-il après avoir décrypté les messages diffusés au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Tchad.   Il est difficile, voire impossible, de mesurer l'incidence profonde de ces campagnes auprès des populations, ni d'établir de liens directs, financiers notamment, entre ces chambres d'écho prorusses et leurs commanditaires. « Mais l'activité sur les réseaux sociaux n'est pas anecdotique, souligne Jean Bruno. Facebook, avec WhatsApp et Instagram, est devenu le premier média en Afrique, celui par lequel l'opinion publique s'informe. »Une source officielle française perçoit trois cercles dans la diffusion des campagnes hostiles à la France. « Il y a d'abord les têtes de gondole, comme les activistes Kémi Séba ou Nathalie Yamb, qui lancent les sujets sur lesquels polémiquer. Puis arrive un deuxième cercle qui relaye et amplifie. Et, enfin, survient l'avalanche de trolls russes qui diffusent largement. Depuis deux mois, nous sommes passés à une échelle industrielle. »Si Paris reconnaît s'être « réveillé très tard » , sa réponse est encore timide. Un poste d'envoyé spécial pour la diplomatie publique a été créé fin 2020. Son titulaire, l'ambassadeur Sylvain Itté, a été chargé de valoriser les actions de la France en Afrique et de riposter aux « attaques informationnelles » , mais avec deux salariés et un stagiaire sous ses ordres et des méthodes bien moins agressives que ses détracteurs, « on a l'impression de vider avec une petite cuillère une baignoire aux robinets grands ouverts », dit-on dans son entourage.  « Une puissance moyenne »Peut-on pour autant en conclure que la France est la cible unique de la Russie et de ses influenceurs ? Il faut se méfier des effets d'optique. Les principaux intérêts stratégiques de la Russie en Afrique sont en Egypte, en Algérie, en Afrique du Sud voire au Soudan. « Certes, une constante de la politique étrangère russe est de concurrencer les puissances occidentales mais ce n'est pas tant la France qui est ciblée que certaines de ses anciennes colonies en situations d'instabilité et offrant donc de grandes marges de prédation » , pense Maxime Audinet, chercheur à l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire et enseignant au département d'études slaves de l'université Paris-Nanterre.   Même dans son ancien pré carré, l'ancien colon français demeure une puissance moyenne, à la portée des moyens russes et de ses vecteurs d'influence classiques. Notamment ses médias officiels tels Russia Today et Sputnik dont la propagande est moins débridée que celle de la galaxie Prigojine mais qui ne se privent pas de dénoncer le « néocolonialisme » français. « lIs arrivent à produire un récit qui vient se greffer sur des opinions sahéliennes déjà très hostiles à la présence française et à l'opération &quot;Barkhane&quot; » , observe Kevin Limonier . Autant d'éléments qui laissent penser que la France est encore loin d'avoir regagné la bataille de l'opinion. </text>
	

	<text titre="Nathalie Yamb, l'influenceuse qui veut chasser la France d'Afrique" date="2022 05 19T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cyril bensimon" annee="2022" mois="5" jour="19" journal_clean="Le Monde" keywords="guerre, nathalie, france, afrique, suisse, yamb, vue" langue="fr"> Une vraie machine de guerre. Radicale, éloquente, impertinente, outrancière, Nathalie Yamb n'a de neutre en elle que la Suisse qui l'a vue naître et lui a donné sa nationalité. Métisse d'un père camerounais et d'une mère suisse, la militante de 52 ans est l'une des dénonciatrices les plus virulentes et les plus suivies de la France en Afrique. Ses vidéos et ses écrits sur les réseaux sociaux elle comptabilise plus de 200 000 abonnés sur Twitter et près de 160 000 sur YouTube se sont également assortis d'une nouvelle cause depuis le début du conflit en Ukraine : la défense de l'invasion russe et la mise en accusation des Occidentaux dans leur ensemble comme fauteurs de guerres.
Rien de très surprenant pour celle qui se surnomme depuis 2019 « la dame de Sotchi »,en référence à son discours « d'anthologie », tenu lors du premier sommet Russie-Afrique . En octobre de cette année-là, Moscou avait convié dans cette station balnéaire des bords de la mer Noire dirigeants et leaders d'opinion africains.   Lors d'une table ronde montée par l'Afric, une organisation, selon l'ONG Free Russia Foundation, de la galaxie d'Evguéni Prigojine, le parrain du Groupe Wagner, elle y énonce qu' « après l'esclavage, après la colonisation, après les pseudo-indépendances, on ne nous a reconnu que le droit d'être libre, mais seulement au sein de l'enclos français. L'Afrique francophone est encore aujourd'hui (...) sous le contrôle de la France. »Si quelques applaudissements surgissent de l'assistance, une tornade de commentaires élogieux apparaît très vite sur la Toile pour celle qui n'est encore en Côte d'Ivoire que la conseillère exécutive de Mamadou Koulibaly, ancien président de l'Assemblée nationale du temps de Laurent Gbagbo et universitaire connu pour ses critiques acerbes de la politique française en Afrique. Arrivée en 2007 à Abidjan comme directrice des ressources humaines de la filiale locale de l'opérateur de télécommunications MTN, elle s'est d'abord fait connaître en animant un blog sous le pseudonyme de Mahalia Nteby, l'anagramme de son nom. Dans son premier texte référencé, quelques mois après son arrivée, « Côte d'Ivoire : naufrage d'une nation », elle y expose déjà son thème de prédilection : la lutte contre le « néocolonialisme français.« Tout le monde la recevait à l'époque, car c'était une très bonne communicante. Elle disait avoir des relations en Afrique et en Europe, avec un spectre assez large au sein de la gauche française et européenne », raconte un ancien ministre de Laurent Gbagbo, assez admiratif de « sa popularité actuelle dans l'opinion africaine, surtout francophone.Tremplin de SotchiSon tremplin sera Sotchi ou plutôt ses suites. Le 2 décembre 2019, le ministère de l'intérieur en Côte d'Ivoire la fait expulser dans la journée, accusant l'opposante de « mener des activités incompatibles avec l'intérêt national ». Direction Zurich après une escale à Paris. Le Quai d'Orsay a-t-il encouragé son éviction ? Rien ne permet de le certifier, mais à l'ambassade à Abidjan certains exultent alors.   Calcul à courte vue. L'expulsion fait office de propulsion. « Je n'avais jamais entendu parler d'elle avant. Cela lui a permis de se victimiser », juge un conseiller présidentiel d'un pays voisin de la Côte d'Ivoire. Nathalie Yamb peut désormais mener depuis la Suisse sa guerre à la « Françafrique », et au régime ivoirien qu'elle considère comme son meilleur serviteur. La voilà égérie de tous ceux qui veulent faire table rase de la présence française en Afrique.   Moscou est de ceux-là et la militante n'hésite pas à prendre fait et cause pour tous ceux qui tournent le dos à Paris et se rapprochent de la Russie : la République centrafricaine, présidée par Faustin Archange Touadéra, où elle s'est rendue en août 2021, ou le Mali dirigé par le colonel Assimi Goïta.  « Nathalie Yamb est une agente russe. Elle a été recrutée à Sotchi », assène la même source, en peine cependant lorsqu'il s'agit de prouver un lien au-delà de celui de la convergence d'intérêts. A ce jour, la relation la plus établie entre Mme Yamb et Moscou se retrouve à travers l'Afric. Celle-ci a assisté à une autre conférence le 20 janvier 2020 à Berlin de cette « ONG » que Free Russia Foundation décrit comme « un réseau d'agents d'influence, payés avec des formes intraçables de cryptomonnaies, fournissant des expertises et des avis bénéfiques à la Russie. Parmi les participants se trouvaient Aleksander Malkevich, sous sanctions américaines pour son rôle dans la campagne de 2016 à travers ses « usines à trolls » ayant travaillé à l'élection de Donald Trump, et deux figures de l'extrême droite allemande, le député de l'AfD Stefan Keuter et le journaliste et blogueur Billy Six.   L'alliance entre la panafricaniste et les ultranationalistes européens est moins incongrue qu'il n'y paraît. Lors de la dernière présidentielle française, Mme Yamb a dit espérer que la diaspora franco-africaine vote pour Eric Zemmour , « car son arrivée à la magistrature suprême en France sera l'avènement du moratoire auquel j'aspire : la rupture claire et nette des relations de l'Afrique francophone avec la France. </text>
	

	<text titre="La Centrafrique, laboratoire de la propagande russe" date="2022 06 10T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="clément di roma et carol valade clément di roma et carol valade" annee="2022" mois="6" jour="10" journal_clean="Le Monde" keywords="laboratoire, propagande, moscou, russe, ukraine, russie, milliers, centrafrique, propagande_russe, bangui" langue="fr"> Bangui correspondance - Nous allons soutenir la Russie jusqu'à notre dernier souffle ! » Ce 5 mars 2022, à des milliers de kilomètres de l'Ukraine, alors envahie par les forces de Moscou depuis un peu plus d'une semaine, des dizaines de manifestants brandissent le drapeau russe dans les rues de Bangui, capitale de la République centrafricaine.  « Les Russes ont demandé à l'Ukraine d'arrêter ses attaques, mais les Ukrainiens n'ont pas obéi, alors la Russie a été obligée d'attaquer l'Ukraine, c'est ça qu'il faut comprendre » ,expliquent les organisateurs, membres de « Galaxie nationale », une association proche du pouvoir. La propagande russe s'affiche sur les pancartes : « Russie et Centrafrique contre le nazisme ». Un peu en retrait, des hommes blancs masqués observent la scène depuis leur véhicule aux vitres fumées. A Bangui, pourtant, chacun connaît leur appartenance. Les mercenaires du Groupe Wagner, société sans existence officielle mais présente partout où le Kremin a des intérêts, sont au coeur du pouvoir centrafricain, protégeant un gouvernement favorable à Moscou. En quelques années, le pays est devenu le laboratoire d'une propagande agressive et multiforme.
Les premiers Russes sont arrivés début 2018. La France avait mis un terme à l'opération française « Sangaris » (2013-2016) sans réussir à éteindre les braises de la guerre civile. Bangui signe alors un accord de défense avec Moscou, qui enverra au fil du temps jusqu'à 2 000 « instructeurs » pour former une armée nationale en débandade et sous-équipée. Les Wagner assurent la protection rapprochée du président Faustin-Archange Touadéra et mènent des combats acharnés pour le contrôle des sites miniers dans l'intérieur du pays. Au prix de graves exactions sur les civils, largement documentées par les Nations unies : tortures, viols, exécutions sommaires, ciblage ethnique.  Un partenaire désintéresséMais la Russie se bat aussi sur un autre front : celui de la propagande. « Des réunions secrètes, pour préparer des manifestations, sont organisées à la présidence où siègent les Wagner et les plus hautes autorités centrafricaines » , explique un ancien membre du parti au pouvoir, en exil après avoir dénoncé les manoeuvres russes. « Les participants reçoivent une somme d'argent qu'ils distribuent ensuite aux chefs de quartier en prélevant leur part. Chacun perçoit 1 500 francs CFA [environ 2 euros] à l'issue de la manifestation » , de quoi survivre une journée de plus dans le deuxième pays le plus pauvre du monde.   « Galaxie nationale » organise ainsi régulièrement des manifestations contre l'ONU et la France. Sous couvert d'anti-impérialisme, l'association cible avant tout les acteurs dont la présence gêne Moscou. Après avoir appelé à « envahir l'ambassade de France à Bangui » , son leader, Didacien Kossimatchi, cadre du parti au pouvoir, menaçait, fin mai, dans un communiqué,les militaires français de « sévices » s'ils venaient à s'aventurer dans les rues de la capitale.   La rhétorique antifrançaise trouve un terreau fertile dans les quartiers défavorisés de Bangui, où règne un ressentiment vis-à-vis de l'ancienne puissance coloniale. Dans les couloirs décrépis de l'unique université du pays, Trésor Adoum, un étudiant chargé de mobiliser ses pairs, lance : « Nous avons fait combien d'années avec la France ? Regardez l'état du pays. Nous avons connu combien de coups d'Etat ? Combien de mutineries ? » « L'histoire témoigne que la Russie n'a jamais colonisé un pays africain » , renchérit l'un de ses camarades. Face à l'Occident, présenté comme le pilleur des ressources de l'Afrique, Moscou s'affiche en partenaire désintéressé, capable de régler tous les problèmes par la force.   Depuis la présidence, le très secret Bureau d'information et de communication transmet les éléments de langage et désigne les cibles à attaquer. Des membres de Wagner formés à l'Internet Research Agency, l'usine à trolls d'Evgueni Prigojine, un oligarque proche de Poutine, supervisent les opérations.Le message est clair : les Centrafricains sont reconnaissants envers la Russie. Des militaires centrafricains se filment, annonçant vouloir combattre auprès des Russes en Ukraine en signe de remerciement. Dans les quartiers, on apprend aux enfants des comptines pour chanter les louanges des mercenaires.  « Avec la présence russe, dans un court laps de temps nous avons un bon résultat, et ça m'a donné l'envie de tenir le drapeau pour dire merci à la Russie, merci au président Poutine » , martèle Trésor Adoum. En janvier 2021, lorsque les groupes armés lancent une nouvelle offensive sur la capitale pour reprendre le pouvoir par les armes, les Russes ont effectivement joué un rôle décisif dans la défense de Bangui.   Un fait d'armes que les mercenaires ont immortalisé en érigeant, en plein centre-ville, un monument grandeur nature figurant des combattants russes protégeant une femme et son enfant. Les visages s'inspirent des héros de Touriste, le premier long-métrage d'action russe tourné en Centrafrique. Le scénario glorifie l'intervention des contractuels de Wagner à grand renfort d'effets spéciaux, de gros calibres et d'empoignades en pleine jungle. « Les Américains se battent pour la démocratie et nous pour la justice » , médite en russe l'un des protagonistes. Touriste est produit par une société détenue par M. Prigojine.   Lors de la première du film, au stade de Bangui le 10 mai 2021, les acteurs centrafricains ont défilé devant des milliers de personnes, sur le tapis rouge, des étoiles plein les yeux. Pour Mac Armel Degoto,Mélo de son nom de scène, c'était le plus beau jour de sa vie.   Dans Touriste, il joue « le rôle du méchant » , l'ex-président Bozizé, qui tente de reprendre le pouvoir par les armes. Mais, au lieu de la carrière internationale dont il rêvait, l'expérience lui a laissé un goût amer. « Ils m'ont donné 35 000 francs CFA et je n'ai plus jamais entendu parler d'eux » , lâche-t-il aujourd'hui. Devant sa petite maison qui suinte la misère, Mélo ironise : « J'ai joué un président, mais je n'ai même pas de quoi me payer le taxi. » I l reconnaît que, dans la « guerre de communication » actuelle, tout n'est pas dit : « Il y a beaucoup d'&quot;en-dessous&quot;... »Les « en-dessous » , ce sont les victimes des exactions russes. A Bangui, la plupart des témoignages sont étouffés par crainte des représailles et rares sont ceux qui osent dénoncer à visage découvert les méthodes brutales de ces nouveaux sauveurs. Même la Minusca, la mission des Nations unies en Centrafrique, pourtant forte de 14 000 hommes, n'évoque qu'à demi-mot les violations des droits humains, et les mercenaires ne sont jamais désignés que sous l'euphémisme « autres personnels de sécurité. Il est important de ne pas froisser Moscou, qui dispose d'un siège au Conseil de sécurité.   Depuis plus d'un an, la Russie bloque le renouvellement du mandat des experts chargés d'enquêter sur les violations de l'embargo en vigueur sur les armes. Sur le terrain, les Wagner établissent un cordon infranchissable autour de leurs zones d'opérations, les antennes téléphoniques sont abattues. Les massacres se font à huis clos. Les enquêteurs de l'ONU et les casques bleus chargés de protéger les civils sont systématiquement refoulés.   Pour s'assurer un tel silence, les mercenaires ont mis la main sur un paysage médiatique qu'une précarité généralisée rend très vulnérable. « Ils viennent te voir avec un article traduit du russe et 10 000 francs CFA, détaille un journaliste. Si tu refuses de le publier tel quel, tu es considéré comme un ennemi, et c'est là que les problèmes commencent. » Tous ses confrères interrogés décrivent un climat de peur. « J'ai dû mettre la clé sous la porte après avoir reçu des menaces de mort » , témoigne le directeur de publication d'un organe d'opposition. En 2018, trois journalistes russes qui enquêtaient sur Wagner ont été assassinés en Centrafrique. RIA FAN, l'agence de presse d'Evgueni Prigojine, a immédiatement organisé le tournage d'un documentaire pour dédouaner les mercenaires.  Sans contrepartieLa radio Lengo Songo reçoit du matériel et de l'argent pour louer leur action et vilipender celle de la France. Elle est financée par Lobaye Invest, une société minière dirigée par Dimitri Sytyi, 33 ans, parfaitement francophone, et haut responsable de Wagner en Centrafrique, placé sous sanctions par le Trésor américain. Elle diffuse également des annonces qui vantent les vertus thérapeutiques de la Wa na wa, la première vodka « fabriquée en Centrafrique avec la technologie russe » , dont la consommation « protège contre le Covid » , à en croire la presse.   Les conteneurs de la marque sont stockés juste derrière une nouvelle Maison russe , un centre culturel qui, depuis le début de l'année 2022, dispense des cours de langue, projette les films de la galaxie Prigojine et propose aux enfants des tours de manège sur un carrousel de l'époque soviétique. C'est Dimitri Sytyi, également conseiller officieux du président Touadéra, qui la dirige.   Depuis un an, Wagner tente même de se lancer dans l'humanitaire en distribuant des sachets de sucre accompagnés d'un flyer où « de la part d'Evgueni Prigojine »  s'inscrit dans un drapeau russe en forme de coeur. Peut-être une contrepartie, alors que les mercenaires ont pris l'habitude de se servir sans payer dans les boutiques de Bangui.   Les Wagner ont aussi bâti une diplomatie parallèle dans la capitale. « On a vite compris qu'il y avait deux Russies en République centrafricaine : l'ambassade et les Wagner, explique l'ex-cadre du parti au pouvoir en exil. Mais rapidement l'ambassadeur a disparu, et c'étaient les Wagner qui contrôlaient tout, avec un commandement militaire et un commandement civil chargé de la stratégie de la désinformation. Dimitri Sytyi et Vitali Perfilev sont installés à la présidence avec le titre de conseillers du chef de l'Etat. » Fin 2021, les deux hommes, ovationnés devant l'Assemblée nationale, ont reçu une lettre de remerciement des mains de son président, Simplice Mathieu Sarandji, l'un des artisans de l'installation russe dans le pays.   Ce fidèle de M. Touadéra a validé l'attribution de chaque contrat minier, car le recours aux mercenaires n'est pas gratuit. En 2021, ces derniers ont tenté d'étendre leur influence jusque dans l'administration du pays, apportant leur « assistance technique » aux douanes. Bangui finira par remettre en cause cet agrément sous la pression de l'Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.   Mais le lien est solide. Confiant dans la puissance de son nouvel allié, le pouvoir centrafricain n'entend pas rompre les amarres : « Si Poutine nous envoie des Wagner, ce n'est pas notre problème. Pour nous, ce sont des Russes. Qu'ils se fassent appeler Beethoven ou Mozart, ils sont là pour défendre la démocratie centrafricaine et on les accepte ! » lance Fidèle Gouandjika, puissant ministre et conseiller spécial du président Touadéra, qui, pour nous recevoir à son domicile en ce début du mois d'avril, arbore un tee-shirt estampillé « Je suis Wagner ». </text>
	

	<text titre="Jean-Philippe Delsol Il faudra éviter le retour des oligarques après avoir gelé leurs biens" date="2022 06 16T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="jean-philippe delsol" annee="2022" mois="6" jour="16" journal_clean="Le Monde" keywords="biens, agresseur, russie, dispositions, éviter, oligarques, européennes, mesures, ukraine" langue="fr"> L'invasion de l'Ukraine par la Russie a suscité, dès 2014, des mesures de rétorsion européennes tendant à affaiblir l'agresseur. Ces dispositions ont été renforcées considérablement depuis février 2022, notamment par le gel de tous les fonds et des ressources économiques appartenant, directement ou indirectement, à des personnes considérées comme responsables d'actions compromettant ou menaçant l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine.   En France, s'appuyant sur ces dispositions européennes et sur le chapitre VII de la charte des Nations unies, un article L. 562-3 du code monétaire et financier, adopté le 6 novembre 2020, a permis au ministre chargé de l'économie de procéder, pour des périodes de six mois, renouvelables éternellement, au gel des fonds et des ressources économiques des oligarques russes proches de Poutine. Mais le fondement juridique de ces textes est très fragile.
L'ONU n'a édicté aucune sanction qui s'impose à ses membres, car il aurait fallu que la décision vienne du Conseil de sécurité, où la Russie a le droit de veto. Quoi qu'il en soit, la saisie des biens des oligarques n'est pas possible à défaut de jugement préalable et de motif légalement reconnu. On ne punit pas des personnes pour leur simple amitié, réelle ou supposée, avec un Poutine quelconque. Il ne s'agit donc que de mesures provisoires de gel, qui peuvent être contestées et remises en cause, comme en témoignent les deux ordonnances successives des 18 et 28 mars, rendues par le juge des référés du tribunal judiciaire de Lorient, pour annuler les sanctions de gel d'un navire de commerce russe.   Mais ces mesures ont le mérite de faire peser des menaces substantielles sur l'environnement de l'agresseur. En outre, peut-être même en Russie, elles sont un signal que peut apprécier l'opinion : elle sait que ces oligarques, sauf exception, ont bâti leur fortune de manière peu recommandable.   Lors de la libération du joug soviétique, les pays de l'empire soviétique n'ont pas perdu leurs habitudes de concussion et de corruption que le communisme avait propagées dans toute la société. Dès le début des années 1990 furent organisées des attributions d'actions de sociétés privatisées au profit de la population. Quelques rapaces des milieux économiques proches du pouvoir s'en emparèrent rapidement pour des bouchées de pain. Puis furent mis en place des programmes « prêts contre actions » par lesquels quelques banquiers prêtèrent de l'argent au gouvernement russe en prenant en garantie des paquets d'actions de sociétés qui devaient leur revenir à vil prix si, un an plus tard, le prêt n'était pas remboursé. Et, bien entendu, ils n'étaient quasiment jamais remboursés ! Ces programmes furent développés dans le cadre d'enchères biaisées qui profitèrent à quelques étrangers et à de nombreux aventuriers locaux n'ayant peur de rien pour s'enrichir sans vergogne par des moyens douteux, quand ils n'étaient pas criminels.   En arrivant au Kremlin au début des années 2000, Vladimir Poutine a voulu réduire le pouvoir de ces nouveaux riches corrompus jusqu'à l'extrême. Mais, en fait, il les a surtout mis sous la surveillance de son réseau de « siloviki » (« les hommes de force ») recrutés parmi les hommes du KGB ou FSB qui lui sont totalement attachés. Il a écarté par la prison ou par la mort ceux qui soutenaient les groupes libéraux, comme Khodorkovski, envoyé en Sibérie, ou Berezovski, retrouvé mort au Royaume-Uni dans sa salle de bains. Mais il permit aux autres de continuer à amasser leur fortune à condition de ne pas s'immiscer en politique, sauf à s'exécuter sans délai pour soutenir, ouvertement ou en sous-main, les projets, parfois sombres, du Kremlin. Ainsi se renforçait une forme d'étatisme de connivence par lequel ont continué de prospérer les oligarques comme Evgueni Prigojine, qui emploie les milices Wagner là où le pouvoir russe le souhaite. Ceux qui désobéissent subissent le sort des premiers opposants. Rien qu'en 2022 de nombreux oligarques, encore jeunes, sont morts brutalement de façon suspecte.  Zelensky s'est éloigné d'euxEn Ukraine, après que le pouvoir a été accaparé à son tour par les oligarques, Volodymyr Zelensky s'est fait connaître par sa série télévisée Serviteur du peuple qui mettait en scène un jeune président de la République élu presque par hasard et libérant le pouvoir politique de sa soumission aux oligarques.   En 2019, sa notoriété acquise par la télévision lui a donné les clés du pouvoir. Il y fut aidé par certains oligarques comme Ihor Kolomoïsky, mais il sut s'en détacher. Pour éviter que celui-ci puisse récupérer son ancienne banque, il soutint en mai 2020 une loi qui empêchait les banques déclarées insolvables ou nationalisées d'être récupérées par leurs précédents propriétaires. Il fit ratifier, en novembre 2021, à l'encontre des oligarques, une loi sur « l'influence excessive de personnalités économiques ou politiques sur la vie publique » qui devait entrer en vigueur le 7 mai 2022 !   Toutefois, en 2021, la Cour des comptes européenne (CCE) déplorait encore, dans un rapport intitulé « Réduire la grande corruption en Ukraine », que l'action de l'UE en faveur des réformes en Ukraine soit inefficace en matière de lutte contre ce fléau. Il semble que Zelensky lui-même, qui avait sans doute eu recours à des paradis fiscaux pour les profits de sa série télévisée, en soit désormais sorti. Pour le moins, il a commencé à essayer de changer les mentalités. Des oligarques ukrainiens qui, comme en Russie, avaient mis le pays en coupe réglée, y compris le précédent président Petro Porochenko, l'une des premières fortunes du pays, soutiennent désormais l'Etat plutôt que de le piller ou de se substituer à lui. A part le prorusse Viktor Medvedtchouk, interpellé le 13 avril, divers oligarques ont mis une partie de leur fortune à disposition du pays pour participer à l'effort de guerre. Mais, bien entendu, ces oligarques ukrainiens (Rinat Akhmetov,Viktor Pintchouk, Dmytro Firtash...), qui ont confondu les fonds publics et les fonds privés, ne sont souvent à la manoeuvre que pour sauvegarder leurs intérêts.   Sans s'y plier toujours lui-même, Zelensky a engagé une restauration de l'Etat de droit, qui repose sur la séparation des pouvoirs et l'autonomie de la politique et de l'économie. Cette lutte contre les oligarques enrichis indûment sur le dos de l'Etat et de la population ne doit pas déraper jusqu'à bafouer le droit, car la fin ne justifie jamais les moyens. Mais elle mérite d'être continuée par tous les moyens de droit. Elle doit être une condition au soutien financier et militaire massif que les pays occidentaux offrent à l'Ukraine, et l'engagement de celle-ci à la poursuivre doit justifier l'amplification de cette aide, notamment de la part de la France dont le concours est encore très timide. Elle est peut-être un moyen de faire comprendre aux Russes que l'Europe oeuvre aussi dans leur intérêt. Comme l'Ukraine, la Russie, si elle l'admettait, pourrait rejoindre une alliance européenne après s'être débarrassée des miasmes staliniens qui l'empoisonnent encore. </text>
	

	<text titre="Macron face aux poupées russes en Afrique" date="2022 07 26T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="pascal airault" annee="2022" mois="7" jour="26" journal_clean="L'Opinion" keywords="face, africain, emmanuel, déplacement, mandat, second, visite, macron, russes, afrique, cameroun" langue="fr"> Emmanuel Macron s'est rendu lundi soir au Cameroun, puis doit rejoindre le Bénin et la Guinée-Bissau jusqu'au 28 juillet, pour le premier déplacement africain de son second mandat. Une visite dont le but est notamment de repositionner la France en Afrique centrale face aux ambitions russes et de promouvoir l'initiative Food and Agriculture Resilience Mission (FARM), lancée en mars dernier, pour renforcer la résilience alimentaire et favoriser l'investissement dans l'agriculture africaine.
Fini les bravades à l'égard de l'aîné Paul Biya, 89 ans dont quarante passés au pouvoir. Emmanuel Macron, 44 ans, s'était targué en 2020 de « mettre la pression » sur le président camerounais pour qu'il libère, lors de son septième mandat, ses opposants et règle la crise anglophone à l'ouest de son pays.   Deux ans plus tard, le chef de l'Etat français devrait aborder, selon l'Elysée, les questions de l'Etat de droit et des libertés individuelles « sans injonctions médiatiques » lors du premier déplacement africain de son second mandat. Le Cameroun n'est pas devenu une démocratie entre-temps mais les autocraties d'Afrique centrale semblent revenir en grâce au nom des intérêts stratégiques, peu importe si les photos avec les dirigeants cacochymes ont du mal à passer auprès de l'opinion publique.   Paul Biya, politicien madré, ne devrait pas bouder son plaisir après avoir pris acte, lors du premier man- dat, du désintérêt de son homologue français pour son pays et l'Afrique centrale, région non visitée à l'exception du Tchad, engagé dans la lutte antiterroriste au Sahel.   Priorité politique. L'offensive russe en Afrique n'est pas pour rien dans ce revirement stratégique. « Emmanuel Macron va marquer la Russie à la culotte, confie un diplomate français.   L'Elysée a pensé au début qu'en plantant son drapeau au Sahel, la présence de la puissance militaire française allait de soi en Afrique. Aujourd'hui, on brûle des drapeaux français et le Kremlin tisse sa toile avec 26 accords de défense passés avec les pays du continent, soit presque la moitié. » Officiellement, Paris n'a rien à redire au partenariat russo-africain, tant qu'il s'agit d'une relation d'Etat à Etat, mais souhaite réaffirmer « une priorité politique» en Afrique. «Le sujet qui inquiète est la présence de Wagner avec des recherches d'implantations supplémentaires. Sous couvert de lutte contre les groupes armés ou contre des groupes terroristes, cette installation conduit tout d'abord à une exacerbation de la violence sur le terrain et vise souvent les populations peuls », confie ??? Page2 ? ? ? Suite de la page 1 une source élyséenne. Paris reproche au groupe dirigé par Evgueni Prigojine d'être un faux nez du Kremlin et de contribuer à une prolongation indéfinie de certains régimes au pouvoir. Une accusation dont les présidents français ont euxmêmes longtemps souffert et souffrent encore.   Lors de son entretien avec Paul Biya,   Emmanuel Macron devrait aborder les crises régionales, la lutte antiterroriste au nord Cameroun. Il devrait expliquer la réarticulation du dispositif militaire français pour faire face à l'expansion de la menace djihadiste vers le Golfe de Guinée. « Les deux présidents discuteront également de l'agression russe contre l'Ukraine et de ses conséquences sur le reste du monde, en particulier sur le plan de la sécurité alimentaire », précise une source élyséenne.   Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, aura un entretien avec le ministre camerounais délégué à la Défense, Joseph Beti Assomo, avec au menu l'intensification de la coopération militaire, notamment dans la lutte contre Boko Haram au nord Cameroun. Ce dernier, à qui l'on prête une proximité avec les sécurocrates russes, a effectué une visite remarquée à Moscou le 12 avril dernier, en pleine offensive en Ukraine. Il a signé avec son homologue, Sergueï Choïgou, un nouvel accord en matière de politique de défense et de sécurité.   Centre d'écoute. Les deux pays ont ensuite laissé fuiter le document de treize pages, sans en divulguer les annexes. Le Kremlin prévoit d'inviter des observateurs camerounais à ses exercices militaires, compte exploiter les bases de son partenaire pour l'escale de navires et d'aéronefs, envoyer des soldats pour des opérations conjointes, développer la formation et les consultations entre experts. « Les Russes ont une très grande ambassade à Yaoundé, assure une source israélienne. Selon nos informations, il s'agit d'un centre régional de communication et d'écoute pour des actions sécuritaires. » Déjà présents au Mali, en Centrafrique et au Soudan, les Russes seraient donc en embuscade. « Ils ciblent le Cameroun, un carrefour stratégique avec un accès au Golfe de Guinée et sur l'hinterland, poursuit le diplomate français. L'Elysée essaie de comprendre ce qui se passe entre les différents clans qui s'affrontent dans l'optique de la succession au pouvoir alors que Paul Biya n'a pas préparé de dauphin. Il faut surtout rassurer Yaoundé sur la pérennité de notre partenariat alors que le Kremlin mise sur le ministre camerounais délégué à la Défense et les jeunes officiers pour étendre son influence. La Russie forme entre 100 et 150 officiers et sous-officiers par an dans ses écoles de guerre. On doit intensifier notre coopération militaire si on ne veut pas que Yaoundé bascule dans l'orbite russe. » Vladimir Poutine cherche actuellement à rétablir une présence géopolitique à moindre coût dans l'ancien pré carré français. Sur le terrain, la Russie et ses officines draguent la société civile et les médias dans une logique de guerre informationnelle contre la France qui s'inquiète de l'essor de cette influence régionale.   Coïncidence suspecte des agendas, le déplacement élyséen intervient au moment où le ministre des Affaires étrangères de Russie, Sergueï Lavrov, a posé ses valises à Oyo, au Congo- Brazzaville, pour s'entretenir avec le président Denis Sassou N'Guesso. Il se rend ensuite à Kampala pour rencontrer le président ougandais, Yoweri Museveni, puis à Addis-Abeba, où il verra le Premier ministre, Abiy Ahmed. Le diplomate russe ne manquera de promouvoir sa vision de la crise ukrainienne, de rassurer sur la fourniture de céréales et de discuter des projets bilatéraux dans les domaines militaires et miniers.   Pour Emmanuel Macron, ce déplacement au Cameroun est particulièrement sensible, à l'image de celui de son homologue américain dernièrement en Arabie saoudite. Les Occidentaux tentent actuellement de conserver à bord leurs alliés traditionnels de plus en plus séduits par les sirènes chinoises, russes ou encore turques.   Ex-pays du pré carré français, le Cameroun a longtemps été choyé par les décideurs français, notamment par Charles Pasqua et ses réseaux corses qui y avaient leurs entrées. Voulant tourner le dos à la Françafrique, les derniers dirigeants français y ont marqué un relatif désintérêt.   Comme en Algérie, la décolonisation y a été violente et la relation oscille entre amour et haine entretenue par nombre d'intellectuels. Pour tenter de vider le prurit mémoriel, Emmanuel Macron a confié en 2021 au théoricien du post-colonialisme, le Camerounais Achille Mbembe, le soin de réfléchir à la refondation des relations avec la France et l'Europe. Le chef de l'Etat pourrait, lors de ce déplacement, effectuait de nouveaux gestes pour honorer la mémoire de combattants de l'indépendance comme Ruben Um Nyobè, exécuté par l'armée française en 1958, ou encore Félix Roland Moumié, empoisonné par les agents du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE, ex DGSE) en 1960.   « Il faut que le Président ait des paroles apaisantes, conclut le diplomate français. La France a dirigé une guerre contre-insurrectionnelle sanglante contre les indépendantistes camerounais quand Pierre Messmer administrait, en tant que Haut-commissaire, la région. Il faut, à l'image du Rwanda, engager un important travail mémoriel afin de refonder nos relations alors que les blessures de la période coloniale sont encore vivaces au sein de la diaspora camerounaise. » @P_Airaultt </text>
	

	<text titre="Comment les mercenaires russes de Wagner pillent le bois de Centrafrique" date="2022 08 08T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23765" auteur="pierre demoux" annee="2022" mois="8" jour="8" journal_clean="Les Echos" keywords="bois, mercenaires, main, wagner, centrafrique" langue="fr"> Pendant que le Kremlin essaye de compenser en Afrique la perte de ses liens politiques et économiques avec l'Occident, ses hommes de main sont déjà bien implantés sur le continent. Depuis plusieurs années, les mercenaires du groupe Wagner opèrent insidieusement dans plusieurs pays à la demande de gouvernements aux abois, comme au Mali, au Soudan ou au Mozambique.   Mais les paramilitaires russes, réputés pour leur violence, ne se contentent pas de former et d'intervenir aux côtés des armées locales : autour de Wagner gravite une galaxie d'entreprises, qui ont pour point commun d'être reliées au sulfureux oligarque russe Evgueni Prigojine. Ce proche de Poutine, ciblé par les sanctions, tire ainsi profit des connexions entre la milice et les régimes autoritaires qui l'emploient pour mettre la main sur diverses ressources naturelles, comme l'or du Soudan. 
Une enquête de la Radio-Télévision Suisse (RTS) montre que ce schéma s'applique également en Centrafrique, où Wagner officie aux côtés de l'armée depuis le retrait de la force française Sangaris, fin 2016. En plus de la garde rapprochée du président Faustin-Archange Touadéra, ses soldats combattent aux côtés de l'armée dans la guerre civile qui déchire le pays depuis 2013. Le média helvétique, l'European Investigative Collaborations et l'association OpenFacto révèlent qu'une société affiliée à Prigojine s'est vue attribuer une immense parcelle forestière de 187.000 hectares dans laquelle « elle est libre d'exploiter le bois presque comme elle l'entend », sans payer de taxes ni respecter les législations locales.   L'oligarque russe serait ainsi derrière le groupe Bois Rouge, qui a bénéficié début 2021 de conditions inédites et très généreuses . « Cette « forêt bradée », explique RTS, pourrait être une compensation contre les services des combattants de Wagner. Bois Rouge serait actuellement « en phase de test » avant de lancer une exploitation à grande échelle. Celle-ci posera la question de la traçabilité du bois provenant de Centrafrique.   « Si les sanctions européennes visant le groupe Wagner et son financier Evgueni Prigojine devraient théoriquement rendre impossible l'importation de 'bois Wagner' sur le sol européen, la faiblesse des contrôles existants ne permet pas de garantir que cette interdiction soit correctement appliquée » , avertit le média.   Pierre Demoux </text>
	

	<text titre="Les mercenaires de Wagner en renfort d'une armée russe en difficulté en Ukraine" date="2022 08 22T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="yaroslav trofimov" annee="2022" mois="8" jour="22" journal_clean="L'Opinion" keywords="mai, armée, militaire, mercenaires, wagner, russe, offensive, groupe, ukraine" langue="fr"> En mai, des journalistes de la télévision italienne ont demandé à Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, quel rôle jouait Wagner, un groupe militaire privé, dans l'offensive lancée par Moscou dans la région du Donbass, à l'est de l'Ukraine. Il a éludé la question. Wagner n'a pas été déployé en Ukraine, a-t-il affirmé, et n'a aucun lien avec l'Etat russe.   Pourtant, selon les commandants ukrainiens, les combattants de Wagner se sont révélés indispensables lors des quelques succès remportés par la Russie dans le Donbass. Autrefois exhortés à minimiser son rôle, les médias officiels n'en finissent plus désormais de vanter les exploits héroïques du groupe de mercenaires qui aime à se qualifier « d'orchestre » et à appeler ses soldats des « musiciens ». Le propriétaire du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, surnommé le cuisinier du président Vladimir Poutine à cause de ses contrats de restauration avec le Kremlin et recherché par le FBI pour soupçons d'ingérence dans les élections américaines, a récemment reçu la plus haute récompense du pays, le titre de Héros de la fédération de Russie.
Des affiches de recrutement pour Wagner sont apparues dans les rues de plusieurs villes russes. « L'Orchestre W vous attend » proclamait, à Iekaterinbourg en juillet dernier, l'une d'elles sur laquelle on pouvait voir le logo de Wagner - un crâne -, sur l'harmonica tenu par un combattant.   Au total, le groupe, qui opère également sous le nom de Liga dans des zones de l'Ukraine occupées par la Russie, a ouvert des centres de recrutement dans 26 villes russes selon les renseignements militaires ukrainiens, et se tourne désormais vers les prisons russes pour tenter de compenser ses pertes.   « Ils remportent des victoires sur le front là où les autres reculent » explique Igor Guirkine, ancien colonel des renseignements russes dont la prise de la ville de Slovyansk a déclenché des violences dans le Donbass en 2014, « parce qu'ils exécutent leur mission, quelles que soient les pertes ». M. Guirkine compare le groupe Wagner à la division SS Totenkopf (Tête de mort), qui n'épargnait pas ses soldats au combat - et souligne malicieusement que pour certains commandants de Wagner, c'est un compliment.   M. Prigojine, qui a été photographié à plusieurs reprises dans des bases de Wagner au Donbass, a répondu par écrit qu'il « ne savait rien » sur Wagner et que les déclarations de M. Guirkine montraient « qu'il avait besoin qu'on lui examine le cerveau pour voir s'il était encore vivant ». Le Kremlin et le ministère de la Défense russe n'ont pas réagi à nos demandes de commentaires.   Pour le général de division ukrainien Victor Yahoune, ancien chef adjoint des services de renseignements ukrainiens (SBU), cette dépendance nouvelle de la Russie à Wagner s'explique en partie par le fait que les unités russes d'élite qui auraient normalement dû exécuter ces missions ont été battues près de Kiev suite aux mauvais calculs de Moscou dans les premières semaines de la guerre.   « La fédération de Russie a un énorme problème de motivation de ses troupes. La seule motivation qu'il reste, c'est l'argent, exposet-il. Il ne leur reste plus personne pour les assauts et pour faire des percées, et Wagner est leur seule unité de combat qui le fait sans poser la moindre question - même si elle essuie 10% à 15 % de pertes après chaque mission. » Les combattants des unités Wagner sont bien mieux payés que les militaires russes ordinaires. Selon une note de recherches des services de renseignements militaires ukrainiens (GUR) consultée par The Wall Street Journal, les soldats de Wagner touchent 350 000 roubles par mois, l'équivalent de 5 790 dollars, plus des primes de 150 000 à 700 000 roubles en fonction du succès de la mission et de leur rôle, et des bonus lorsqu'ils tuent des soldats ukrainiens. Les publicités de Wagner sur les réseaux sociaux évoquent une paie de base de 250 000 roubles.   En mai, la principale offensive russe dans le Donbass a calé près d'Izioum et les tentatives de traverser la rivière Donets avec un pont flottant ont fini en débâcle. Mais les hommes de Wagner ont fini par réussir à forcer les fortifications ukrainiennes près de la ville de Popasna. Cela a permis aux forces russes de se déployer dans l'offensive appelée « fleur de Popasna » dans les semaines qui ont suivi et de s'emparer des villes de Severodonetsk et de Lyssytchansk. Les forces Wagner ont pris la centrale à charbon de Vouhlehirsk en juillet et, selon des responsables russes et ukrainiens, elles mènent désormais les combats visant à briser la prochaine ligne de défense de l'Ukraine dans la ville de Bakhmout.   « Ils saignent comme les autres, ils tombent comme les autres, mais on sent bien leur niveau de préparation », explique le capitaine ukrainien Oleksandre Bountov, qui a commandé une unité de reconnaissance engagée en combat rapproché avec le groupe Wagner à Popasna et plus tard près de Lyssytchansk. « Ce n'est pas l'infanterie russe habituelle. Ils s'y connaissent en reconnaissance, ça se voit à leur façon de marcher et de se déplacer. Ils savent aussi comment faire appel à l'artillerie et aux renforts aériens. » Si la compagnie Wagner s'est battue contre les forces ukrainiennes dans le Donbass dès 2014, ces huit dernières années elle a surtout été active en Syrie, en Libye, au Mali et en République centrafricaine, où elle a fourni ses services à des dirigeants soutenus par la Russie en échange d'une partie des revenus issus de l'exploitation des ressources naturelles, selon des responsables américains. « Ce sont des tueurs professionnels qui travaillent en groupes coordonnés, et ils n'en sont pas à leur première guerre » commente Oleksiy Danilov, conseiller à la sécurité nationale ukrainienne.   Contrairement à d'autres compagnies militaires russes privées plus petites qui opèrent elles aussi en Ukraine, comme Redout et Patriot, Wagner possède ses propres tanks, son artillerie lourde, ses défenses aériennes et des systèmes de lance-roquettes multiples. Elle exploite aussi des avions de combats. Au moins deux chasseurs pilotés par du personnel de Wagner - un général de division russe et un colonel biélorusse, tous deux à la retraite -   ont été abattus par les forces ukrainiennes près de Popasna. Le général de division, Kanamat Botachev, avait été renvoyé de l'armée russe et avait reçu une amende de cinq millions de roubles en 2013 après avoir pris un avion de chasse, un Su-27, sans autorisation pour faire une virée et l'avoir fait s'écraser.   Sur le champ de bataille ukrainien, aujourd'hui les soldats de Wagner opèrent sous le commandement global des unités militaires russes responsables de la zone et sont intégrés à la chaîne logistique militaire russe, selon le GUR. « C'est une erreur de les qualifier de compagnie militaire privée - Wagner n'est qu'un moyen comme un autre de servir dans les forces armées russes », estime M. Yahoune.   Si Wagner fait moins preuve de discrétion ces derniers temps, c'est parce que le groupe a besoin de recruter après ses lourdes pertes dans le Donbass. Une partie de ces dernières a d'ailleurs été causée par cette soif nouvelle de publicité: la frappe meurtrière, par l'armée ukrainienne, de la base Wagner à Popasna a été rendue possible samedi dernier après que M. Prigojine a posé pour des photos avec un correspondant russe devant leurs installations. Selon des responsables ukrainiens, ces photos, publiées en ligne par ce correspondant, ont permis à l'artillerie ukrainienne d'identifier le bâtiment sans aucun mal. Des publications d'autres combattants de Wagner révèlent que l'administrateur de la chaîne de Wagner sur la messagerie Telegram compte parmi les victimes de cette frappe.   Les lourdes pertes subies par Wagner depuis les mois de mai et juin signifient que le groupe doit racler les fonds de tiroir pour recruter et revoir à la baisse des critères autrefois relativement exigeants. Si les conditions n'ont pas changé pour les mercenaires souhaitant travailler en Afrique ou au Moyen-Orient, ceux qui veulent se battre en Ukraine n'ont plus besoin d'être en bonne santé, d'avoir de l'expérience ou d'être particulièrement sportifs. « Ils ne font pas trop attention aux chiffres, il faut juste ne pas être un gros balourd », peut-on lire dans une note de recrutement pour Wagner sur un réseau social russe.   Pour les hommes de plus de 35 ans, il suffit d'être capable de courir un kilomètre en 4 mi nutes et 20 secondes, et les seules maladies rédhibitoires sont le sida et l'hépatite, selon l'annonce. Il n'est plus nécessaire d'avoir des dents en bon état, ni d'avoir un casier judiciaire vierge, tant que les condamnations ne concernent pas des crimes sexuels.   Selon des groupes de défense des droits des prisonniers russes, les maisons d'arrêts du pays sont d'ailleurs devenues des lieux de recrutement de choix pour les unités Wagner envoyées en Ukraine. M. Prigojine, qui a luimême fait de la prison à l'époque soviétique, a personnellement fait la tournée des pénitenciers en arborant sa médaille de Héros de la fédération de Russie et promis aux détenus liberté et argent s'ils acceptent de partir à la guerre, rapportent les associations de défense des prisonniers russes.   Andrey Bogatov, membre haut placé du groupe Wagner également titulaire de la médaille des Héros de Russie, a confirmé ce moisci que Wagner recrutait des prisonniers, avançant que le groupe se souciait également de la vie de ses recrues « qu'ils soient d'anciens soldats ou d'anciens condamnés. » M. Prigojine a indiqué par écrit qu'il n'avait pas seulement visité des prisons mais qu'il avait lui-même passé dix ans derrière les barreaux.   Dans les pénitenciers russes, Wagner explique aux prisonniers que leur condamnation sera effacée au bout de six mois de service en Ukraine, alors même que la loi russe ne prévoit pas du tout une telle procédure, explique Olga Romanova, directrice de l'association de défense des prisonniers Russia Behind Bars.   « Cette situation est totalement hors de tout champ légal » ajoute-t-elle. Peu de ces prisonniers recrutés ont une expérience militaire, parce qu'en règle générale ils font des allers et retours en prison depuis l'adolescence, continue Mme Romanova. Quelque 200 d'entre eux sont déjà morts en Ukraine depuis que Wagner a commencé à les déployer sur les lignes de front l'année dernière, dit-elle. « Ils ne sont rien d'autre que de la chair à canon. » Yaroslav Trofimov Evan Gershkovich et Brett Forrest ont contribué à l'élaboration de cet article.   (Traduit à partir de la version originale en anglais par Bérengère Viennot)   Edited from the original   Les lourdes pertes subies par Wagner depuis les mois de mai et juin signifient que le groupe doit racler les fonds de tiroir pour recruter et revoir à la baisse des critères autrefois relativement exigeants « La fédération de Russie a un énorme problème de motivation de ses troupes. La seule qu'il reste, c'est l'argent » </text>
	

	<text titre="L'influence, l'autre guerre de Poutine contre l'Occident" date="2022 09 15T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="gilles sengès @gillesengest" annee="2022" mois="9" jour="15" journal_clean="L'Opinion" keywords="mis, russie, poutine, ukraine" langue="fr"> « Nous serons mis à rude épreuve par ceux qui veulent tirer parti de la moindre division entre nous. Il ne s'agit pas seulement d'une guerre menée par la Russie contre l'Ukraine mais d'une guerre (...) de l'autocratie contre la démocratie. » Ce n'est peut-être pas une coïncidence si Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a commencé, mercredi, son discours sur l'état de l'Union par cet avertissement solennel. Les services de renseignement américain avaient effectivement annoncé, la veille, avoir alerté plus d'une centaine de pays d'une campagne à venir de Vladimir Poutine pour atténuer l'impact des sanctions internationales à la suite de son agression contre l'Ukraine. Avec à la manoeuvre, deux hommes dont Evgueni Prigojine, présenté comme le « cuisinier » du président russe.
Après avoir investi plus de 300 millions de dollars depuis 2014 pour interférer dans de nombreuses élections, le maître du Kremlin aurait prévu de consacrer des centaines de millions de dollars supplémentaires pour appuyer partis et personnalités politiques étrangères affidées lors des scrutins à venir. « On s'est trop souvent focalisé ces dernières années sur les cyberattaques et la désinformation parce que les financements politiques sont des sujets sensibles (...) L'argent étranger caché est la menace extérieure la plus sous-estimée par les démocraties occidentales », expliquait, en décembre 2020, Josh Rudolph, co-auteur du rapport « Covert Foreign Money » de l'Alliance for Securing Democracy devant une commission du Parlement européen. « Poutine a lancé ses premières campagnes en Europe en 2014, aux Etats-Unis en 2016 et en Afrique en 2018 », expliquait-il en chiffrant déjà à 300 millions de dollars la somme investie (conjointement avec, marginalement, la Chine, l'Iran et les Emirats arabes unis)   dans 33 pays pour peser sur leurs scrutins.   L'étude évoque le financement des séparatistes ukrainiens du Donbass ou du Parti conservateur britannique, via les oligarques. Sans succès, il est vrai, tant Boris Johnson s'est avéré un fidèle soutien de l'Ukraine. Sont listés aussi le prêt de 11 millions d'euros au Front National d'une banque liée au Kremlin pour « remercier » Marine Le Pen d'avoir reconnu l'annexion de la Crimée; le règlement des dettes d'un conseiller du président tchèque Milos Zeman par une entreprise publique russe; la vente à moitié prix, par un proche de Vladimir Poutine, d'une maison à un responsable des Démocrates de Suède, formation de la droite radicale, ou les voyages offerts à un dirigeant suisse chargé de la lutte contre la corruption et le blanchiment d'argent sale.   Contrat pétrolier. Quand les pays interdisent le financement étranger des partis politiques - ce qui n'est pas le cas en Suède, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, en Autriche et en Grèce, dans une douzaine d'Etats africains ou en Nouvelle-Zélande - fondations, associations, centres de réflexion etc. servent à contourner l'obstacle. Le rapport évoque ainsi le montage - avorté - mis au point par Matteo Salvini, admirateur déclaré de Vladimir Poutine alors vice-président du conseil italien, pour détourner dans les caisses de la Liga, son parti, plusieurs dizaines de millions de dollars d'un contrat pétrolier. Moscou recourt, aussi, à des influenceurs comme l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder, salarié de plusieurs entreprises russes ou le recours à Wikileaks, l'organisation non gouvernementale sans but lucratif fondée par Julian Assange utilisée parle GRU, le service de renseignement militaire, pour déstabiliser les « ennemis »   de la Russie. </text>
	

	<text titre="Banquiers, proches de Poutine, groupe Wagner... les Etats-Unis annoncent de nouvelles sanctions contre la Russie" date="2022 09 17T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7467" auteur="latribune.fr" annee="2022" mois="9" jour="17" journal_clean="La Tribune" keywords="nouvelles, wagner, sanctions, russie, groupe, proches, etats-unis" langue="fr"> Les Etats-Unis n'en finissent plus de vouloir durcir l'étau autour de la Russie. Tandis que Vladimir Poutine a affirmé il y a huit jours que le plus dur était passé (lien : https://www.latribune.fr/economie/international/russie-malgre-les-sanctions-occidentales-poutine-estime-que-le-plus-dur-est-passe-929430.html) pour son pays engagé dans une guerre en Ukraine depuis le mois de mars, l'administration américaine a annoncé une nouvelle salve de sanctions. Cette fois-ci, elle doit cibler une longue liste d'entreprises technologiques et des responsables russes dont des banquiers, un groupe paramilitaire néo-nazi et une proche du président Poutine accusée d'avoir coordonné le déplacement contraint d'enfants ukrainiens.
L'objectif est toujours d'étouffer l'économie russe et, surtout, de faire basculer l'opinion publique. Mais depuis sept mois, la Russie qui engrange encore les ventes de ses hydrocarbures, se maintient. Auprès des créanciers, le défaut de paiement est toutefois acté depuis peu.   Lire aussiLe défaut de paiement de la Russie est acté, la dette du pays mise aux enchères (lien : https://www.latribune.fr/economie/international/le-defaut-de-paiement-de-la-russie-est-acte-la-dette-du-pays-mise-aux-encheres-929721.html)   Face à cette résistance de l'économie russe (lien : https://www.latribune.fr/economie/international/l-economie-russe-resiste-mieux-que-prevu-celle-de-l-ue-moins-bien-selon-le-fmi-927056.html), les Occidentaux dégainent donc de nouvelles mesures ciblées : &quot;Les Etats-Unis continueront à prendre des mesures fortes afin que la Russie rende des comptes pour ses crimes de guerre, les atrocités et son agression&quot; en Ukraine, a déclaré la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, citée dans un communiqué.  Le dirigeant du système Mir sanctionnéQuelque 22 responsables et entités sont ainsi placés sur la liste noire des Etats-Unis, notamment des proches du leader tchétchène Ramzan Kadyrov, lui-même déjà sanctionné, ainsi que des hauts responsables du système bancaire russe, dont Vladimir Komlev, qui dirige le système de paiement Mir. Ce système bancaire est le symbole de la volonté d'autonomie de la Russie vis-à-vis du réseau occidental Swift dont elle a été exclu en grande partie.   Ces sanctions ont pour effet de geler les avoirs éventuels des personnes désignées et de limiter leurs transactions financières ainsi que, plus globalement, leur accès aux marchés financiers internationaux.   Parallèlement, le département du Trésor et du Commerce interdisent toute exportation vers la Russie et le Bélarus de matériaux informatiques dans le but, selon le Trésor, d'empêcher les efforts de reconstruction de l'armée russe, qui a subi de lourdes pertes dans sa guerre contre l'Ukraine lancée en février dernier. Alors que des pénuries apparaissent en Russie, le pays tente de se tourner vers des matériaux en provenance de Chine.   Lire aussiEchec et mat pour la Russie? (lien : https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/echec-et-mat-pour-la-russie-932349.html)  Le spatial russe cibléDans cette optique, le département d'Etat américain a annoncé dans la foulée des sanctions envers 31 entreprises présentent notamment dans le secteur spatial russe, comme la construction de satellites, mais aussi dans les technologies de pointe, comme celles impliquées dans la fabrication de semi-conducteurs ou l'informatique quantique.   Cinq responsables russes accusés d'avoir permis le vol de céréales ukrainiennes par la Russie ont aussi été mis sur la liste noire des Etats-Unis.   Les sanctions du département du Trésor visent par ailleurs une proche du président russe, Maria Lvova-Belova, qui dirige la Commission présidentielle russe pour le droit des enfants, et qui est accusée d'avoir &quot;coordonné le déplacement forcé vers la Russie de milliers d'enfants ukrainiens&quot;, selon le communiqué.  &quot;L'homme de main&quot; tchétchèneElles concernent également des membres de la famille du dirigeant de la république russe de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, dont ses épouses et ses filles. Présenté comme &quot;l'homme de main&quot; du président russe, Ramzan Kadyrov a &quot;accumulé une extrême richesse avec une maison dans les Emirats, un zoo privé, des véhicules de luxe et une importante caisse noire&quot;, selon le texte.   Enfin, les Etats-Unis ciblent la &quot;Task Force Rusich&quot;, un groupe paramilitaire néo-nazi associé au groupe Wagner, accusé d'avoir participé à des combats aux côtés des troupes russes en Ukraine, en particulier près de la ville de Kharkiv (nord-est).   Le groupe Wagner est réputé comme étant lié à l'oligarque russe Evguéni Prigojine, lui-même considéré comme un proche du président russe.   &quot;Ceux qui ont été nommés aujourd'hui, des auteurs de violences à une responsable ayant facilité le déplacement intentionnel d'enfants d'Ukraine, offrent un exemple des comportements reflétant la guerre injustifiée du gouvernement russe&quot;, a souligné le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.   (Avec AFP)   Lire aussi« Géopolitique de la Russie » (lien : https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/geopolitique-de-la-russie-932763.html) </text>
	

	<text titre="Poutine mise sur l'escalade en précipitant l'annexion du Donbass par référendums" date="2022 09 21T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24286" auteur="barluet, alain" annee="2022" mois="9" jour="21" journal_clean="Le Figaro" keywords="lieu, fédération, poutine, escalade, annexion, forces, russie, vladimir, référendums" langue="fr"> RUSSIE Mis sous pression par l'avancée des forces ukrainiennes, Vladimir Poutine a décidé de jouer l'escalade. Des référendums de rattachement à la Fédération de Russie auront lieu dès la fin de cette semaine, le 23 septembre, et jusqu'au 27, dans plusieurs territoires séparatistes du Donbass, Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia, dans l'est et le sud de l'Ukraine. Une initiative qui pourrait déboucher sur un tournant majeur dans le conflit déclenché il y a près de sept mois par le chef du Kremlin. Ces référendums, dont l'issue ne fait pas doute, ont été annoncés mardi par les autorités prorusses de ces régions. Mais l'initiative apparaît sans équivoque téléguidée depuis Moscou. À Donetsk, « capitale » de la République populaire de Donetsk (DNR), les électeurs auront à se prononcer sur la question : « Approuvez-vous l'entrée de la DNR au sein de la Russie en tant que sujet de la Fédération ? » Les bulletins devraient être libellés de la même manière dans les autres régions.
Les États-Unis ont immédiatement réagi en dénonçant des « simulacres » de référendums en prévenant que Washington « ne reconnaîtra jamais les prétentions de la Russie sur des parties prétendument annexées de l'Ukraine » tandis qu'Emmanuel Macron a évoqué une « parodie ». L'Otan a, pour sa part, stigmatisé une « nouvelle escalade ».   Le serpent de mer de la mobilisation générale   Ces scrutins étaient évoqués depuis plusieurs mois - selon certaines sources, ils devaient se tenir le 4 novembre, célébré chaque année en Russie comme la journée nationale de l' « unité populaire ». Les percées réalisées ces dernières semaines par les Ukrainiens ont conduit ces derniers jours Moscou à précipiter le processus - manifestement sans plan initial et à toute vitesse. C'est que le terrain en passe d'être reconquis par l'armée de Kiev pourrait s'étendre aux villes stratégiques « libérées » avant l'été (Sieverodonetsk, Lyssytchansk...), et même au-delà. Une reconquête facilitée, selon Moscou, par des livraisons d'armes occidentales, et notamment françaises, à l'Ukraine. La diplomatie russe a ainsi signifié à Paris « le caractère inacceptable du gavage de l'Ukraine avec des armes ».   Selon Alexander Baunov, expert réputé de l'Institut Carnegie, Vladimir Poutine « veut maintenant faire le plus vite possible pour engranger les pertes et les bénéfices »(de son « opération militaire spéciale »). Objectif du président russe, selon ce spécialiste : « Transformer son invasion en une guerre défensive qui sera perçue par les citoyens russes comme plus légitime et lui libérera les mains pour toute sorte de décisions. »Selon Baunov, les initiatives du Kremlin ont sans doute été mûries lors du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), la semaine dernière à Samarkand (Ouzbékistan). Plusieurs de ses interlocuteurs - les dirigeants indien et turc, notamment avaient fait part à Poutine de leurs inquiétudes devant la poursuite du conflit. Le président russe, lui, avait eu des propos sibyllins en disant souhaiter en finir le plus rapidement possible...   Que faut-il en déduire après l'annonce de ces référendums ? Une question à laquelle Margarita Simonian, patronne de Russia Today et porte-voix exalté du Kremlin a répondu mardi : « Le scénario est celui de la Crimée et c'est un va-tout », affirme-t-elle en référence à la péninsule ukrainienne annexée par la Russie en 2014. « Aujourd'hui le référendum, demain la reconnaissance(de ces territoires, NDLR) comme étant des parties de la Russie, après-demain des frappes, sur le territoire russe, donc. Une véritable guerre entre l'Ukraine et l'Otan et la Russie, qui libérera les mains de la Russie à tous les égards», ajoute-t-elle. Et la pythie médiatique de conclure : « Cette semaine marque soit la veille de notre victoire proche, soit la veille d'une guerre nucléaire. Je ne vois pas de troisième solution. »Des propos affinés, plutôt qu'infirmés, par la chercheuse Tatiana Stanovaya, l'une des meilleures observatrices de la vie politique russe : « Ce qui se passe aujourd'hui est un ultimatum sans ambiguïté de la Russie à l'Ukraine et à l'Occident. Soit l'Ukraine bat en retraite, soit c'est la guerre nucléaire » , déclare-t-elle . « Poutine ne veut pas gagner cette guerre sur le champ de bataille, il veut forcer Kiev à se rendre sans combattre » , souligne Tatiana Stanovaya. Elle précise toutefois : « Je ne veux absolument pas dire que l'annexion des régions ukrainiennes signifie le début d'une guerre nucléaire. »Selon Mme Stanovaya , « Poutine a misé sur l'escalade (...) et les principales questions qui se posent aux experts militaires sont les suivantes : combien de personnes peuvent être mobilisées ? Que reste-t-il aujourd'hui des forces armées et des équipements militaires ? Si la Russie opte pour une mobilisation totale, quelles sont les chances de l'armée ukrainienne ? »Mobilisation... L'idée fait figure de serpent de mer. L'attrition vraisemblable des forces russes - en l'absence de tout bilan des pertes depuis des mois -, les derniers développements sur le terrain et les difficultés du recrutement ont remis la question en lumière. Le rabattage des volontaires pour le front a lieu jusque dans les prisons - à l'image, hallucinante, du patron de Wagner, Evgueni Prigojine, battant le rappel face à des détenus. Pour les spécialistes, une mobilisation générale était jusqu'à présent peu probable car remettant en cause le « contrat » tacite passé entre le pouvoir et les citoyens à qui l'on a « vendu » une « opération militaire spéciale » , pas une guerre... </text>
	

	<text titre="Poutine menace de recourir à « tous les moyens »" date="2022 09 22T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24287" auteur="barluet, alain" annee="2022" mois="9" jour="22" journal_clean="Le Figaro" keywords="connu, recourir, poutine, mobilisation, russie, moyens" langue="fr"> À L'ÉPOQUE contemporaine, la Russie n'a connu jusqu'à présent que trois appels officiels à la mobilisation : le 18 juillet 1914 (lors de la Première Guerre mondiale), le 23 juin 1941 (contre l'Allemagne nazie) et ce 21 septembre, presque sept mois après le lancement de l' « opération militaire spéciale » en Ukraine. Certes, à la différence des deux premiers conflits, Vladimir Poutine a bien précisé qu'il ne s'agissait là que d'une « mobilisation partielle » et non générale - une éventualité qui inquiétait beaucoup les Russes. N'empêche, nombre de ceux qui ont entendu l'allocution télévisée du président russe, finalement diffusé mercredi matin après avoir été programmée pour la veille, étaient sous le choc. D'autant plus que le flou entourant certaines de ces annonces fait surgir le spectre de développements inquiétants et, pour la Russie, le risque d'un grand saut dans l'inconnu . « Chaque génération peut connaître (les événements de) 1941 mais aussi la victoire de 1945. Nous ne pouvons pas perdre la bataille du Donbass » , a d'ailleurs déclaré Guennadi Ziouganov, le chef du Parti communiste (KPRF), globalement loyal au Kremlin et lui aussi friand de « comparaisons » historiques. 
Hormis la mobilisation, l'autre point saillant de l'intervention du chef du Kremlin, le recours possible à l'arme nucléaire, a glacé les esprits. « Nous utiliserons certainement tous les moyens à notre disposition pour protéger la Russie et notre peuple » ,a dit Vladimir Poutine. « Je dis bien tous les moyens (...) Ce n'est pas du bluff » ,a-t-il insisté.   Signe, parmi d'autres, d'un début de panique, les vols pour les destinations proches de Moscou et ne nécessitant pas de visas (Turquie, Arménie, Azerbaïdjan...) ont été pris d'assaut. Un vol pour Erevan (Arménie), acheté 12 000 roubles lundi (214 euros), en valait 98 000 (1 750 euros) mercredi matin.  « J'estime nécessaire de soutenir la proposition(du ministère de la Défense, NDLR) de mobilisation partielle des citoyens en réserve, ceux qui ont déjà servi (...) et qui ont une expérience pertinente » ,a déclaré Vladimir Poutine dans son allocution. Son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, est intervenu dans la foulée pour préciser les modalités de cette mobilisation, - à effet immédiat selon Poutine -, mais qui soulève néanmoins beaucoup de questions sur sa mise en oeuvre, son effectivité et l'accueil qu'elle recevra dans la population. Selon lui, 300 000 réservistes seront visés par cet ordre de mobilisation, soit à peine « 1,1 % des ressources mobilisables »qu'il a évaluées à 25 millions de personnes. Les hommes de moins de 35 ans (pour les soldats et les sous-officiers) et jusqu'à 60 ans (pour les officiers supérieurs) concernés. Les étudiants et les conscrits effectuant leur service militaire ne seront pas appelés, a affirmé Sergueï Choïgou . « Nous n'allons pas faire comme une moissonneuse-batteuse et attraper tout, non », s'est-il voulu rassurant. La patronne de Russia Today, Margarita Simonian a une nouvelle fois mis son grain de sel sur son compte Instagram.Trois catégories de personnes sont mobilisables a indiqué ce relais zélé des paroles officielles : 1. Ceux ayant servi dans l'armée. 2. Ceux ayant une spécialité militaire qui est maintenant requise - comme les médecins de Moscou qui ont reçu massivement, dès mercredi, une convocation pour se rendre dans les bureaux d'enrôlement. 3. Et surtout, ceux ayant une expérience du combat, a encore souligné Margarita Simonian. De même, par exemple, les opérateurs de drones, les spécialistes des communications devraient être sollicités en priorité.   Après leur recrutement, ces personnes suivront une formation ou un recyclage et « ce n'est qu'ensuite qu'elles iront accomplir les tâches qui leur sont prescrites », a encore dit Sergueï Choïgou. Les signaux d'un manque d'effectifs se sont multipliés ces derniers temps. Le 14 septembre, une vidéo, devenue virale, montrait un homme ressemblant à Evgueni Prigojine, le patron des mercenaires « Wagner » recrutant des détenus d'une colonie pénitentiaire. « Le premier péché est la désertion, personne ne recule », les prévient ce sergent recruteur, connu sous le nom de « Cuisinier de Poutine ». « Après six mois, vous rentrez avec une grâce. (...) Mais ceux qui arrivent sur le front et qui se rendent comptent qu'ils se sont trompés d'endroit, nous les considérons comme des déserteurs et nous les abattons », ajoute-t-il.   Comment et par qui ces milliers d'hommes issus de la vie civile seront-ils préparés au combat et équipés ? Combien de temps cela prendra-t-il ? Quel pourra être leur poids dans la balance des forces en présence sur le terrain, au moment où les forces ukrainiennes poursuivent leur avancée ? Ces questions se posaient, en Russie, au lendemain d'amendements au code pénal, votés mardi à la Douma pour « encadrer » cette mobilisation et punir plus sévèrement les déserteurs.   Officiellement, tous les hommes mobilisables n'ayant pas encore reçu leur convocation étaient libres de se déplacer, y compris à l'étranger. Néanmoins, « je ne vous conseille pas d'aller vous reposer en Turquie, allez plutôt en Crimée », a indiqué Andreï Kartapolov, le président du comité de la Défense de la Douma. Comme d'habitude en Russie, l'humour, noir surtout, n'est jamais absent : « Une idée de start-up, casseurs de bras », persiflait ainsi un internaute, faisant écho à la crainte de nombreux jeunes d'être mobilisés.   Une nouvelle séquence, inédite et périlleuse, s'est ouverte mardi avec l'annonce que des « référendums » d'annexion seront organisés à partir de vendredi dans quatre régions de l'est et du sud de l'Ukraine. Des initiatives dénoncées comme des « simulacres » par la plupart des dirigeants occidentaux, mais qui permettront au président russe de se draper dans une légitimité pour défendre les « territoires russes » d'Ukraine si l'armée de Kiev tentait de les reconquérir. D'autant que la doctrine militaire russe prévoit la possibilité de recourir à des frappes nucléaires si des territoires considérés comme russes par Moscou sont attaqués.   De plus en plus, c'est surtout l'Occident que le Kremlin a dans son viseur. Mercredi, dans son intervention, Vladimir Poutine s'en est pris vigoureusement aux Occidentaux, les accusant d'avoir « dépassé toutes les limites dans (leur) politique agressive » et de vouloir « affaiblir, diviser et, en fin de compte, détruire notre pays ». « Nous nous battons plutôt contre l'Occident collectif que contre l'armée ukrainienne » , a abondé ensuite le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou.   Mercredi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a réfuté tout changement de nature du conflit, refusant d'appeler « guerre » ce qui demeure à ce stade encore pour les autorités russes une « opération militaire spéciale ». Pour les Russes, cette dernière dénomination signifiait que les hostilités en Ukraine devaient rester hors de leur champ quotidien. Ce n'est plus le cas depuis mercredi. Dans la journée, de maigres manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes - Tomsk, Oulan-Oude, Irkoutsk... - contre la mobilisation. Quelques dizaines de personnes ont été arrêtées. </text>
	

	<text titre="[Le premier péché est la désertion, personne...]" date="2022 09 22T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24287" auteur="Unknown" annee="2022" mois="9" jour="22" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> Le premier péché est la désertion, personne ne recule   EVGUENI PRIGOJINE, DIT « LE CUISINIER DE POUTINE » RECRUTANT DES DÉTENUS POUR LES MILICES WAGNER </text>
	

	<text titre="Evgueny  Prigojine, le chef du groupe Wagner dans les arrière-cuisines africaines" date="2022 10 03T00:00:00" journal="Libération" auteur="veronika dorman avec julien lecot" annee="2022" mois="10" jour="3" journal_clean="Libération" keywords="chef, evgueny, wagner, traoré, prigojine, groupe, capitaine, ibrahim, damiba" langue="fr"> «J e salue et soutiens le capitaine Ibrahim Traoré. [ ] Le 24 janvier, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba a pris le pouvoir dans le pays, sous l'égide de la lutte pour la liberté et la justice. Cependant, il n'a pas su se montrer à la hauteur de la confiance des jeunes officiers, qui ont finalement suivi le capitaine Ibrahim Traoré. Et maintenant, ils ont fait ce qui était nécessaire, et ils l'ont fait uniquement pour le bien de leur peuple.» C'est le message publié le 30 septembre sur les réseaux sociaux de l'oligarque russe Evgueny Prigojine. Mais qui est-il pour saluer, en son nom propre, un coup d'Etat militaire dans un lointain pays d'Afrique ? Quel rôle cet homme de main gris du régime de Vladimir Poutine a-t-il pu jouer dans les récents développements au Burkina Faso ?
«Depuis le début de l'année, et le premier coup d'Etat, il y a un intérêt croissant pour le Burkina, qui fait partie des pays où Prigojine aimerait s'implanter. Mais Damiba s'était toujours montré réticent. On a vu apparaître il y a quelques mois des messages sur plein de faux comptes, qui s'en prenaient à lui, il était visé. On sait qu'il y a des tentatives d'infiltration favorables à un rapprochement avec la Russie», explique Colin   Gérard, doctorant à l'Institut français de géopolitique et spécialiste des stratégies d'influence informationnelle de la Russie.   PROCÈS ET INTIMIDATIONS Ces dernières semaines, il ne se passe pas un jour sans que surgisse le nom de l'un des personnages les plus secrets de l'entourage de Vladimir Poutine, mais qui joue un rôle essentiel, depuis des années, dans les différents «projets» internationaux du Kremlin. Et notamment, depuis 2018, en Afrique, où la Russie se réengage activement en apportant une aide politique, financière et surtout militaire aux régimes qu'elle choisit de soutenir. A l'avantgarde de cette expansion se trouve Prigojine, qui propose une «offre» : influence politique, médiatique, extraction de ressources et soutien aux présidents locaux, via son armée de mercenaires. Suite page 8   Suite de la page 7   La semaine dernière, celui que l'on surnomme «le chef cuistot de Poutine», qui avait toujours nié le moindre lien avec «l'armée secrète» spécialisée dans la guerre hybride et déployée là où la Russie défend ses intérêts sans vouloir en avoir l'air -Ukraine, Syrie, Libye, Centrafrique, Mali-, a reconnu en être le créateur. Dans un communiqué, publié le 26 septembre sur les réseaux sociaux de son entreprise Concord, l'homme d'affaires brise le secret de polichinelle. «C'est un moment opportun. Les forces armées russes [en Ukraine] ont merdé, c'est clair pour tout le monde. Les mercenaires de Wagner, eux, donnent des résultats. Il a saisi le moment, il veut se présenter comme un homme de guerre actif, compétent, qui a créé une structure efficace», commente Marat Gabidullin, ex-commandant au sein de la compagnie militaire privée (SMP) «Wagner» qui a combattu en Syrie à plusieurs reprises. «La guerre en Ukraine lui a donné une opportunité de se mettre en avant. Sûrement auprès des élites dirigeantes. On sait qu'il y a des tensions entre Choïgou [ministre de la Défense, ndlr], Poutine, Guérassimov [chef d'Etat-major] depuis le début de la guerre. Prigojine essaye de se mettre en avant, de signaler son utilité. De montrer qu'il a été fidèle du début et le restera jusqu'à la fin», confirme Colin Gérard.   L'effet de surprise, si tel avait été l'objectif, n'a pas fonctionné, tant les liens entre Evgueny Prigojine et le groupe Wagner ont été établis depuis longtemps par les journalistes d'investigation russes, puis occidentaux, et confirmés tout récemment au plus haut niveau par le département d'Etat américain. Mais le sexagénaire démentait sans sourciller, se défendant à coups de procès en diffamation et intimidations contre les médias intrépides, et n'hésitant pas à éliminer physiquement les plus curieux. Trois journalistes russes partis enquêter sur ses activités en Centrafrique en 2018 ont été assassinés. Un autre est «tombé»   de son balcon, à Ekaterinbourg, après avoir été le premier à écrire sur les mercenaires russes en Syrie. «Il est bien le fondateur, le sponsor et le dirigeant de la SMP», assure Marat Gabidullin. Réfugié en France où il a publié son témoignage sur ses années dans les rangs du groupe, Gabidullin connaît personnellement l'animal pour avoir été son assistant personnel, à Saint-Pétersbourg, de septembre 2017 à janvier 2018, entre deux missions en Syrie. Presque tous les jours, il se posait pour une petite réunion matinale avec son patron, qui «était toujours au courant de tout, en contact direct avec tous les commandants qu'il pouvait joindre à n'importe quel moment, et qui connaissait les noms et les blases de tous les combattants blessés».   «IMPLIQUÉ DANS DE NOMBREUX PAYS» Depuis le début de la guerre, le 24 février, à laquelle les mercenaires de Wagner ont participé dès la première heure, sur tous les fronts, Prigojine a commencé à prendre la lumière en pleine face. Il a été repéré çà et là dans le Donbass, au côté de ses hommes. Dans les semaines qui ont précédé la mobilisation décrétée par Poutine le 21 septembre, l'homme d'affaires s'est personnellement déplacé dans les colonies pénitentiaires pour recruter des mercenaires. «Il a une sale tête sur ces images, il a l'air cabossé par la vie. Sa façon de parler a changé, mais en même temps, je ne l'ai jamais entendu haranguer une foule. Ce n'était pas dans sa pratique de s'adresser publiquement aux mercenaires comme ça», commente Gabidullin, pas étonné un instant, cependant, que son ancien employeur, «doté de pouvoirs hallucinants», se fasse dérouler le tapis rouge dans les lieux de détention, au mépris total de la loi. «Wagner a besoin de plus de combattants que les autres SMP car le groupe est impliqué dans de nombreux pays. Prigojine ne veut pas gaspiller ses vétérans -plus utiles en   Afrique - dans cette guerre qui n'est rien d'autre qu'un hachoir à viande. Alors il va dans les prisons. Il sait qu'il y trouvera des hommes déterminés, prêts à surmonter la barrière psychologique pour commettre des meurtres de masse, des vols, des viols.» Rien, pourtant, ne prédestinait Evgueny Prigojine, né en 1961 à Leningrad (actuelle Saint-Pétersbourg), à devenir l'un des hommes les plus puissants et riches de Russie. Et moins encore à jouer les chefs de guerre. Rêvant d'une carrière de skieur professionnel, il tombe tôt dans la petite délinquance. A 20 ans, il prend douze ans pour vol en bande organisée, fraude et participation à un réseau de prostitution pour mineurs. Quand il sort de prison en 1990, après avoir purgé les trois quarts de sa peine, il se lance dans les hot-dogs et finit par le propriétaire du très luxueux bateau-restaurant New Island. C'est là qu'il fera la connaissance d'un certain Vladimir Poutine, conseiller au maire qui, devenu président, y dînera avec Jacques Chirac et George W. Bush. Le «chef cuistot de Poutine» se voit confier la restauration du Kremlin, puis des contrats juteux dans celle de l'armée et des écoles.   Quand Poutine revient au Kremlin en 2012, Prigojine est plus près encore. Il met sa fortune au service de la désinformation et de la propagande, toujours tapi dans l'ombre, en finançant médias et «fabriques de trolls». Il infiltre les cortèges des grandes manifestations anti-Poutine à Moscou et Saint-Pétersbourg, crée quelques médias qui n'ont pour but que de dézinguer l'opposition. Via son entreprise l'Internet Research Agency (IRA), il cherche à s'immiscer dans la campagne présidentielle américaine en 2016. En 2019, il sort de la clandestinité, en créant le groupe de médias Pa- triote. «C'est une manière de donner un visage public à son centre clandestin de préparation des opérations d'influence et à reconnaître la paternité d'activités qu'on lui attribue», commente Colin Gérard.   A partir de 2014, quand le Kremlin s'en va t'en guerre contre l'Ukraine, un nouveau rêve éclos dans la tête de l'homme d'affaires: devenir le patron du Donbass, cette région riche en houille de l'est de l'Ukraine. Selon Marat Gabidullin, «il avait suffisamment d'autorité et de relations en haut lieu pour se voir confier l'organisation de la guerre hybride qui était en train de se mettre en place. En servant les intérêts du Kremlin, il commence surtout à tout mettre en place pour servir les siens». Le groupe Wagner n'a pas été créé dans le but d'aller combattre en Ukraine, c'est plutôt l'inverse qui s'est passé, racontait l'ancien mercenaire à Libé en mai : «Avec le temps, les mercenaires russes, partis là-bas à l'arrache, en ordre dispersé, ont commencé à se structurer. La &quot;compagnie&quot; a commencé à prendre forme», sous le commandement de Dmitri Outkine, un ex du GRU (le renseignement militaire russe). Pour devenir une véritable armée de l'ombre, au service des ambitions de Poutine à l'étranger, qui combat, protège, escorte, pille, et parfois viole et massacre, là ou le Kremlin prétend ne pas être.   DUPLICITÉ ET CUPIDITÉ L'exemple le plus abouti, le plus terrifiant aussi, de la mainmise de cette milice sur un Etat est la Centrafrique. Garde prétorienne du président Touadéra, Wagner torture et élimine les opposants, pendant que des sociétés contrôlées par Prigojine exploitent les gisements de diamants et prennent petit à petit le contrôle du commerce du bois, se payant ainsi sur la bête. «Généralement, les intérêts du Kremlin et ceux de Prigojine sont liés. Il n'agira jamais contre les intérêts du Kremlin. Mais en retour, l'intérêt du Kremlin est d'avoir un type qui assure &quot;à peu de frais&quot; une présence russe sur le continent africain», dit Colin Gérard. Reste la question, impossible à trancher, de la poule et de l'oeuf. Est-ce que Prigojine choisit lui-même le pays qu'il va aller explorer ou suit-il des recommandations du Kremlin? Selon le chercheur, «il y a forcément une coordination. Ils sont interdépendants. Mais l'intérêt pour Prigojine est de s'enrichir avant tout».   Une gueule de truand, regard par en dessous, au parler de petite frappe, un «homme dur, charismatique, déterminé, pas lâche. Une brute coriace, un homme assez évolué», décrit Gabidullin. «Ce n'est pas un oligarque de bureau. Il est allé luimême en Afrique, a rencontré luimême tous ces présidents, il a eu des contacts avec eux, les a convaincus de prendre son parti. Il était souvent fourré sur nos positions en Syrie aussi», raconte l'ancien mercenaire avec une pointe de respect. Il ne lui pardonne pas en revanche sa duplicité et sa cupidité : «Il dissimule soigneusement ses véritables motivations. La rhétorique est patriotique, mais il l'exploite sans vergogne. Ses proclamations, la guerre pour la défense du peuple, de notre terre, tout ça c'est du vent. Tout ce qu'il fait, c'est du business.» </text>
	

	<text titre="Ukraine : Lyman, à peine annexée par Poutine, aussitôt reprise" date="2022 10 03T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24296" auteur="polard, pierre" annee="2022" mois="10" jour="3" journal_clean="Le Figaro" keywords="lyman, poutine, régions, kiev, annexion, ukrainiennes, forces, armées, ukraine" langue="fr"> GUERRE Aux mots de Moscou, Kiev a répondu par des actes. Deux jours après que Poutine proclamait « pour toujours » l'annexion de quatre régions en Ukraine, les forces armées ukrainiennes reprennent Lyman dans la région de Donetsk. La surprise est celle d'un seul camp. Depuis plusieurs semaines déjà, Lyman était mise sous la pression des troupes de Kiev ; son encerclement advenait au moment même où Poutine discourait, le 30 septembre. Le nombre de soldats russes capturés, ou tués alors qu'ils se repliaient sur Kreminna, est incertain mais Serhiy Haidai, gouverneur ukrainien de la province de Louhansk, estimait vendredi à 5 000 le nombre de soldats russes encore présents à Lyman. Haidai rajoutait que ces hommes n'avaient plus que trois options : « Fuir, mourir ou se rendre. » 
Noeuds logistiques   Les forces armées ukrainiennes poursuivent maintenant l'assaut sur Kreminna, moins préparée que Lyman. Une offensive apparemment d'ampleur : Zelensky annonçait ce dimanche que « dans une semaine, il y a aura encore plus de drapeaux ukrainiens dans le Donbass. »   La stratégie ayant réussi à Kharkiv en septembre semble maintenant à l'oeuvre dans le Donbass : profiter d'une ligne russe moins solide dans le Nord-Est que dans le Sud, puis encercler méthodiquement, un à un, les noeuds logistiques. Si on se fie à Mykhaïlo Podolyak, un des plus proches conseillers de Zelensky, l'objectif final est une des deux capitales des régions dont la Russie avait fomenté la sécession en 2014 : Donetsk ou Louhansk. « Leur chute provoquera l'ultime découragement de la Russie » , déclarait-il ainsi fin septembre. « Après leur chute, il ne restera que trois mois, trois mois et demi, avant la fin de la guerre. »   Déni russe   Du côté de la Russie, après le silence et le déni, sont venus les prétextes. Dimanche, le ministère russe de la Défense déclarait : « Menacés de se faire encercler » les soldats russes se sont « retirés de Lyman vers des lignes plus favorables. » Les euphémismes ne sauraient néanmoins longtemps couvrir cette défaite qui fait suite à une série d'autres en septembre. D'autant plus que la chute de Lyman advient dans un contexte nouveau : depuis sa prétendue annexion du 30 septembre, la ville est censée être une ville de la Fédération de Russie. Enfin, sur le plan militaire, cette défaite implique le haut commandement russe - Poutine reste, pour l'instant, épargné, selon le vieux mythe du bon tsar entouré de mauvais boyards.   Kadyrov, président de la Tchétchénie, s'est ainsi emporté : « Ce n'est pas seulement que Lapin (le colonel général en charge de la défense de Lyman, NDLR) est médiocre. C'est qu'il est couvert par ses supérieurs de l'état-major. Si je pouvais, j'enverrais Lapin se battre comme simple soldat sur le front. » Ce à quoi Evgueni Prigojine, chef du groupe Wagner, a ajouté : « Tous ces losers devraient être envoyés sur le front pieds nus et fusil d'assaut à la main. » Dans un post très partagé de la journaliste militaire Anastasiya Kashevarova, la critique a porté jusqu'à Choïgou, le ministre russe de la Défense : « Le président sait-il pour la situation ? Qui lui en parle ? Où est l'équipement ? (...) Comment cela peut-il advenir ? »Reste à savoir si les Russes peuvent encore conventionnellement stopper l'avancée ukrainienne. La mobilisation annoncée par Poutine le 21 septembre ne s'est pas déroulée sans accroc et elle mettra du temps à se matérialiser sur le terrain. Valeri Zaloujny, commandant en chef des forces armées d'Ukraine, déclarait à ce propos : « Nous avons vaincu l'armée professionnelle russe, il est désormais temps d'en finir avec l'armée amateur. » Chez les Russes, l'escalade nucléaire est évoquée comme option - précisément à cause de l'absence apparente d'autres options...   Kadyrov, après sa logorrhée sur les responsables de la défaite, a ainsi conclu : « Nous devons prendre des mesures plus drastiques : instaurer la loi martiale aux frontières et utiliser de l'armement nucléaire tactique. » Cette escalade de la violence en double une autre : celle des défaites russes et des mensonges les couvrant. Des mensonges toujours plus paradoxaux, qui nient les défaites autant qu'ils en exagèrent la portée - la Russie serait désormais attaquée sur son propre sol et elle jouerait en Ukraine sa survie... En 1972, sur ce qui était alors l'URSS, Soljenitsyne disait : « Tout homme qui a choisi la violence comme moyen doit inexorablement choisir le mensonge comme règle. » </text>
	

	<text titre="UKRAINE La contreoffensive de Kyiv s'affirme" date="2022 10 03T00:00:00" journal="Libération" auteur="par luc mathieu" annee="2022" mois="10" jour="3" journal_clean="Libération" keywords="lyman, pages, russe, ukrainien, vendredi, affirme, région, heures, donbass, kyiv" langue="fr"> pages 16   Lyman, bourgade du Donbass ukrainien, aura été «russe» durant moins de vingt-quatre heures. La région à laquelle elle appartient, Donetsk, a été annexée vendredi, ainsi que celles de Louhansk, Zaporijia et Kherson, lors d'un discours aux accents eschatologiques et furieusement antiniens
Occidentaux de Vladimir Poutine. Mais la diatribe du président russe s'est fracassée dès le lendemain sur la réalité militaire lorsqu'en début d'après-midi Lyman, encerclée, a été reprise par les forces ukrainiennes. Leur victoire s'est symbolisée par une vidéo où deux soldats souriants, debout sur le capot de leur voiture, scotchent un drapeau jaune et bleu sur un panneau à l'entrée de la ville. «Il y a vingt heures sur la place Rouge, les dirigeants russes chantaient &quot;hourra&quot; à cause de l'annexion de nouveaux territoires. [ ] La réalité peut faire mal quand vous vivez dans un monde imaginaire», s'est moqué sur Twitter le conseiller à la présidence ukrainienne, Mykhaïlo Podo- lyak. «Menacées de se faire encercler, les troupes alliées ont été retirées de Lyman vers des lignes plus favorables», s'est contenté de déclarer le ministère russe de la Défense. La victoire ukrainienne n'a rien d'anodin. Elle prouve que la contre-offensive de Kyiv dans l'est du pays, entamée en septembre dans la région de Kharkiv et qui se prolonge dans le Donbass, n'était pas un coup d'éclat précaire.   Il s'agit bien d'une reconquête de pans entiers de territoire. Lyman, un gros noeud ferroviaire, était crucial dans la tentative russe de s'emparer de l'Est, stratégie prioritaire depuis le printemps. Les défenses russes le long des rivières Donets et Oskil ont désormais sauté et les Ukrai- peuvent espérer continuer à avancer. «Durant la semaine, de nouveaux drapeaux ukrainiens ont flotté sur le Donbass. Il y en aura encore plus dans la semaine à venir», a déclaré samedi le président ukrainien, Volodymyr   Zelensky. Impasse. La prise de Lyman, fin mai, par les Russes, avait été décisive dans sa progression vers la région voisine de Louhansk, jusqu'à la capture de Sievierodonetsk et Lyssytchansk un mois plus tard. L'inverse est désormais vrai. Les Ukrainiens sont en mesure de mieux protéger Sloviansk, à une vingtaine de kilomètres de Lyman, et Kramatorsk, qui fait office de capitale ukrainienne de la partie libérée de la région de Donetsk. Ils ne pourront pas forcément empêcher des frappes de missiles mais l'hypothèse d'un assaut russe sur les deux villes paraît désormais très peu probable. Elle supposerait que le ministère de la Défense décide de rebasculer des troupes déployées dans le Sud, à Kherson. Mais cela affaiblirait ce front où les Ukrainiens avancent, moins vite que dans l'Est, depuis septembre. Cette impasse dans laquelle s'est coincée la Russie provoque dissensions et invectives au plus haut niveau, entre des proches de Vladimir Poutine et l'état-major, coupable selon eux d'incompétence. L'un des plus vindicatifs, le dirigeant de la république russe de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, a dénoncé sur Telegram le «népotisme» régnant dans l'armée et accusé l'état- major d'avoir «couvert» un général «incompétent» qui devrait être envoyé au front «pour laver sa honte avec son sang». Kadyrov affirme qu'il avait prévenu le général Valery Gerassimov, le chef des forces armées, que les soldats déployés à Lyman avaient été abandonnés sans suffisamment de munitions et de moyens de communication. L'attaque a été reprise et soutenue par l'oligarque Evgueny Prigojine, le fondateur du groupe Wagner (lire pages 7 et 8), coupable d'exactions en Syrie et dont les mercenaires se battent aussi en Ukraine : «Ramzan, beau gosse, tu assures ! Envoyez toutes ces ordures pieds nus avec des mitrailleuses directement sur le front.» Interruption. A l'inverse, interrogé sur une chaîne de télé russe sur les raisons de la débâcle à Lyman, le parlementaire et ancien général Andreï Gouroulev a expliqué ne pas comprendre comment elle avait été possible. «Le problème que nous avons est que les rapports qui arrivent sont toujours positifs, c'est-àdire qu'ils sont mensongers. [ ] Ce système ne fonctionne pas du bas en haut, mais de haut en bas.» La liaison Skype utilisée par Gouroulev s'est alors brutalement interrompue, laissant seul le présentateur à l'écran.   Dans son discours de vendredi, Poutine avait une nouvelle fois menacé d'employer l'arme nucléaire, ajoutant que les Etats-Unis avaient créé «un précédent» en frappant Hiroshima et Nagasaki, comme si cela rendait son usage aujourd'hui moins condamnable. Le président russe pourrait arguer une atteinte à la sécurité nationale si les forces ukrainiennes continuent de progresser dans les régions annexées après des référendums sans valeur que quasiment aucun pays n'a reconnus. «A mon avis, des mesures plus drastiques doivent être prises, jusqu'à la déclaration de la loi martiale dans les zones frontalières et l'utilisation d'armes nucléaires de faible puissance, l'a encouragé samedi le Tchétchène Kadyrov. Il n'est pas nécessaire de prendre nos décisions en tenant compte de la &quot;communauté occidento-américaine&quot;.» ?   L'histoire du jour </text>
	

	<text titre="Burkina Faso, Coup sur coup d'Etat" date="2022 10 03T00:00:00" journal="Libération" auteur="par agnès faivre correspondante à ouagadougou" annee="2022" mois="10" jour="3" journal_clean="Libération" keywords="faso, grand, coup, calme, etat, burkina" langue="fr"> e calme apparent de Rosine, qui pèle d'un geste sûr, grand   L couteau en main, concombres et oignons derrière un stand métallique en bordure de route, contraste avec les événements qui agitent la capitale depuis vendredi matin. Le coup d'Etat ne l'inquiète pas ? Haussement d'épaules, moue résignée. Voilà trois jours que l'incertitude planait sur l'entérinement d'un nouveau putsch, le deuxième depuis le début de l'année. Une quinzaine de militaires ont annoncé vendredi soir sur le plateau de la radio-télévision burkinabè (RTB) avoir «démis de ses fonctions» le président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR, la junte au pouvoir), Paul-Henri Sandaogo Damiba, au motif de «la dégradation continue de la situation sécuritaire». Le visage du nouvel homme fort, Ibrahim Traoré, a même été dévoilé. Il s'agit d'un capitaine de 34 ans, chef du régiment d'artillerie de Kaya (à 100 km au nord-est de Ouagadougou) depuis mars 2022.
Mais le président Damiba tarde à annoncer sa démission, qui n'intervient que le dimanche en milieu d'après-midi. Samedi, des tirs continuaient de résonner au rond-point des Nations-Unies, en plein coeur de la capitale. Une colonne de 4 à 5 blindés se déployait au même moment au grand marché central tandis qu'un hélicoptère survolait la zone à basse altitude.   CÉLÉBRATION DE LA RUSSIE Le onzième coup d'Etat de l'histoire de la Haute-Volta, devenue Burkina Faso en 1984, désormais acté, aura été un drôle de putsch. Le précédent, le 24 janvier, avait été plié en deux jours. Débutant par une mutinerie dans une caserne discrètement infiltrée par les putschistes, se soldant dès le lendemain à 17 h 30 par un communiqué lu à la télévision nationale. Avec, déjà, cet impératif de renforcer la lutte contre les groupes armés terroristes responsables de la mort de 10 000 civils et militaires depuis 2015 selon les autorités. A la manoeuvre, les mêmes hommes, peu ou prou, emmenés par l'unité Cobra issue des forces spéciales. Mais cette fois se greffent aussi des hordes de militants déchaînés contre la France. La situation apparaît vite incontrôlable. Attaques contre l'ambassade de France à Ouagadougou, l'Institut français de Bobo-Dioulasso (deuxième ville du pays) et de nombreux symboles français, directives tous azimuts pour contrer l'appui supposé des forces françaises au président déposé Damiba, appels à la violence contre «l'impérialisme» ou les Français relayés sur WhatsApp Et cette constante, dans les slogans comme dans les audios : la célébration de la Russie. Au milieu de ce chaos ambiant, un nouveau communiqué du MPSR, lapidaire, est lu sur la RTB samedi après-midi. Le lieutenant-colonel Damiba «se serait retiré au sein de la base militaire française en vue de mener une contre-offensive», «suite à notre ferme volontaire d'aller vers d'autres partenaires prêts à nous aider dans notre lutte contre le terrorisme». Tous les regards se tournent vers la société de mercenaires russes Wagner et le scénario malien. C'est quelques mois après le «putsch dans le putsch» du 24 mai 2021 que les paramilitaires russes se sont déployés au centre du Mali pour appuyer la lutte antiterroriste. Au Burkina Faso, au lendemain du coup d'Etat du 24 janvier, Evgueny Prigojine, homme d'affaires proche du Kremlin et financier du groupe Wagner, avait salué une «nouvelle ère de décolonisation». Dans la foulée, Alexandre Ivanov, un instructeur russe présent en Centrafrique, s'était empressé de proposer ses services à Ouagadougou. Surfant sur les critiques croissantes de la présence militaire française au Sahel et la frilosité des autorités burkinabè à solliciter des appuis de la force Barkhane.   «LA FRANCE À LA POUBELLE» Le ton des putschistes à l'égard du partenaire français s'était toutefois radouci samedi soir. Tout en démentant l'ingérence de la France et un quelconque appui de Paris au camp Damiba, le capitaine Traoré glissait avec une pointe d'ironie, à l'occasion d'une interview audio pour France24: «J'ai l'impression que le communiqué vous fait beaucoup de peine Non, ne vous inquiétez pas. Si on a d'autres partenaires aujourd'hui, qui peuvent nous soutenir, ne voyez pas forcément la Russie.» «Dans la fracture de plus en plus ouverte au sein de l'appareil militaire et du MPSR, la question des partenariats de défense est un point saillant. Cela peut aussi apparaître comme une fausse solution, facile à proposer dans le contexte sécuritaire burkinabè en constante détérioration», décrypte Constantin Gouvy, chercheur sur le Burkina Faso auprès de l'institut de recherche néerlandais Clingendael. «Au début des tractations [entre pro-Damiba et pro-Traoré], des revendications liées à la solde et aux avantages de certaines unités étaient sur la table. Mais maintenant s'ajoutent la question de partenaires militaires étrangers relevant en principe du politique, et cette instrumentalisation des populations qui sortent dans la rue. Donc ça déborde de partout, on n'avance pas», complétait samedi soir, déconcerté, un haut gradé.   Dimanche matin, le dénouement semblait proche. Sauf que le communiqué numéro 9 du MPSR a ajouté à la confusion. Il a appelé les citoyens au calme «en attendant de faire la lumière sur le dossier Zoungrana». Autre point saillant des désaccords entre militaires, la libération de cet officier qui croupit en prison militaire pour un supposé blanchiment d'argent. Et, beaucoup l'attestent, pour ses divergences avec son ex-camarade Damiba. Peu avant cette annonce, des centaines de manifestants s'étaient massés devant la RTB. Concert de vuvuzelas, de klaxons, drapeaux russes flambant neuf en surnombre, parfois brandis du haut d'un char. «La France se nourrit du sang des Africains», «La Russie ou rien, la France à la poubelle», scandaient des manifestants. «Le sentiment anti-français et prorusse est tellement puissant que [les Russes] n'ont plus besoin de trolls ou d'officines, le chariot est lancé», résume un observateur des mouvements sociaux. Loin des troubles politico-militaires de la capitale, à Djibo, ville du nord sous blocus des groupes armés terroristes depuis le 17 février, un autre rassemblement s'organisait. Celui de mères de familles confrontées, impuissantes, à la pénurie alimentaire. Certains enfants sont morts de faim cette semaine. ? </text>
	

	<text titre="Le commandement russe confronté à de vives critiques à Moscou" date="2022 10 04T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2022" mois="10" jour="4" journal_clean="Le Monde" keywords="lyman, commandement, ville, moscou, russe, hauts, critiques, n’était, responsables, ukraine" langue="fr"> Moscou - correspondant - La chute de la ville de Lyman n’était pas encore consommée, samedi 1er octobre, que les hauts responsables de « l’opération spéciale » russe en Ukraine commençaient le jeu de massacre avec la désignation des responsables de cette nouvelle déroute. Premier à dégainer, Ramzan Kadyrov s’en est pris avec virulence au colonel général Alexandre Lapine, maître des opérations dans cette ville de la région de Donetsk tout juste annexée par la Russie.   Selon le dirigeant tchétchène, l’officier supérieur, « un incapable », « n’a pas fourni les communications, les renforts et le ravitaillement en munitions nécessaires » aux soldats engagés dans la défense de cette localité stratégique. « Ce même Lapine qui a reçu l’étoile de héros de la Russie pour la prise de Lyssytchansk alors qu’il n’était même pas dans le coin… », fustige-t-il sur sa chaîne Telegram. « Je dégraderais Lapine au rang de simple soldat et l’enverrais au front avec un fusil pour laver sa honte dans le sang », conclut le Tchétchène, qui en profite pour réclamer «?des mesures plus radicales, comme l’utilisation d’une bombe nucléaire de?faible puissance?».
Attaques directesCes critiques ne sont pas les premières exprimées par celui qui se présente depuis longtemps comme le chef de guerre le plus efficace en Ukraine. Ce qui est nouveau, c’est la virulence du propos et l’attaque directe contre les plus hauts responsables militaires russes. Evoquant le « népotisme » qui régnerait dans l’armée, le dirigeant tchétchène – qui a succédé à son père en 2007 – s’en prend ainsi, après le général Lapine, « à ceux qui le couvrent au sein de l’état-major »– référence claire au chef d’état-major, le général Valéri Guerassimov, et au ministre de la défense, Sergueï Choïgou.   Autre nouveauté, Ramzan Kadyrov a été rapidement rejoint par d’autres. L’ancien général Andreï Gourouliev, député du parti Russie unie, a lui aussi souligné la responsabilité de l’état-major et la mauvaise qualité des informations remontant à chaque niveau – ce qu’il nomme le « mensonge généralisé ». Ces critiques ont également été reprises, de manière moins directe, par les propagandistes du régime, Vladimir Soloviev et Margarita Simonian. Elles circulaient, enfin, sur des dizaines de chaînes Telegram animées par des commentateurs ultranationalistes et des experts militaires, qui n’hésitaient pas à s’en prendre ouvertement à Sergueï Choïgou, voire à Vladimir Poutine lui-même, qui serait mal informé. La télévision, elle, ne mentionnait pas même la défaite de Lyman.   Plus remarqué encore, le soutien d’un homme à la parole publique rare : « Bien dit, Ramzan, beau gosse ! Il faut envoyer ces ratés au front avec juste une mitraillette », a écrit l’homme d’affaires Evgueni Prigojine, fondateur du groupe de mercenaires Wagner, sur le site de sa société, Concord.   Ce grand déballage témoigne en premier lieu de la fébrilité qui s’est emparée du commandement russe depuis les revers militaires essuyés en septembre. « Les failles ne vont que grandir, prédit le politologue Abbas Galliamov. Poutine estime que l’armée l’a trompé en se prétendant plus forte qu’elle ne l’était ; les militaires, eux, vont accuser Poutine et les tchékistes[le FSB] d’avoir mal analysé la situation en Ukraine avant de lancer les hostilités. »Kadyrov défie le pouvoir centralCes attaques laissent aussi apparaître une possible recomposition politique à la faveur des hostilités, voire pour « l’après » – après le conflit ou même après Poutine. L’alliance passée entre Kadyrov et Prigojine, ébauchée depuis longtemps, devient claire. Les deux hommes ont en commun d’avoir été marginalisés par l’annonce de la mobilisation « partielle », le 21 septembre, qui les rend moins nécessaires. Tous deux cherchent à élargir leur influence.   Ramzan Kadyrov n’en est pas à son premier défi lancé au pouvoir central. Son poids dépasse largement son rôle officiel de dirigeant régional, et des rumeurs le voient régulièrement « monter » à Moscou pour occuper un poste de direction. Evgueni Prigojine, lui, ancien bandit avide de discrétion, se fait de plus en visible. Ses services diffusent des vidéos le montrant, médailles à la poitrine et carte d’état-major sous la main, conduire tel un général les opérations de sa société de mercenaires.   Quel que soit l’objectif ultime de ces déclarations, c’est bien la direction de Vladimir Poutine qui est atteinte. A en croire plusieurs publications, dont le New York Times , c’est lui qui a ordonné personnellement de tenir les poches – fragiles – de Lyman et de Kherson. Ensuite, le commandant en chef de l’armée n’a cessé de remplacer tout au long du conflit les généraux chargés des opérations. Toute attaque contre l’état-major devient dès lors une remise en cause de ses choix. La réaction du Kremlin en dira long sur la réalité de la « verticale du pouvoir » dans la vingt-troisième année du règne du chef du Kremlin. </text>
	

	<text titre="Un nouveau commandant pour le front ukrainien" date="2022 10 10T00:00:00" journal="Libération" auteur="romain boulho" annee="2022" mois="10" jour="10" journal_clean="Libération" keywords="reconnu, forces, commandant, kremlin" langue="fr"> Un nouveau commandant des forces armées, reconnu pour sa brutalité, afin d'apaiser les récentes critiques de la frange belliqueuse du Kremlin? Après l'explosion qui a endommagé samedi le pont de Kertch en Crimée et dans la lignée d'une déconfiture de l'armée de Moscou sur les fronts Est et désormais Sud, le ministère russe de la Défense a indiqué dans un communiqué avoir nommé le général d'armée Sergueï Sourovikine comme «commandant du groupement combiné de troupes dans la zone de l'opération militaire spéciale» en Ukraine. L'annonce est une surprise : Sourovikine prend la place d'un inconnu, puisque le Kremlin n'a jamais officiellement révélé l'identité du remplacé, même si les médias russes évoquaient le général Alexandre Dvornikov.
Crimes de guerre. Sourovikine, 55 ans, crâne lisse et yeux pochés, dirigeait jusqu'à présent le groupement de forces Sud en Ukraine. Le pedigree de l'homme est résumé par le renseignement britannique dans un rapport divulgué par le Guardian: «Depuis plus de trente ans, la carrière de Sourovikine a été marquée par des allégations de corruption et de brutalité.» Une réputation acquise sur de nombreux fronts, en Afghanistan, lors de la guerre civile au Tadjikistan dans les années 90 ou la deuxième guerre de Tchétchénie dans les années 2000. En mars 2017, Sourovikine dirige l'armée russe en Syrie, en soutien de Bachar al-Assad. Il y est accusé d'avoir recouru à des bombardements aveugles contre les combattants anti-régime. Dans un rapport sur d'éventuels crimes de guerre commis à Idlib, Human Rights Watch le place parmi les gradés susceptibles d'assumer la «responsabilité de commandement». Il obtient dans la foulée, en décembre 2017, le titre de héros de la Fédération de Russie. Ses «faits d'armes» ne s'arrêtent pas là: le chef du renseignement ukrainien, Kyrylo Boudanov, l'accuse d'avoir organisé des frappes sur des civils en juillet, en Ukraine, contre un immeuble et deux camps de vacances à Odessa. Ces frappes ont causé la mort de 21 personnes.   Coup d'Etat. La réputation sulfureuse du nouveau commandant des forces russes en Ukraine ne vient pas que des champs de bataille : en 1995, il est reconnu coupable de vol et de vente d'armes, condamnation annulée par la suite en raison de «circonstances à décharge». Quatre ans plus tôt, en 1991, l'homme est au centre d'un triple meurtre. Comme le raconte le média indépendant russe Novaïa Gazeta, Sourovikine participe à la tentative manquée de coup d'Etat du 20 août 1991. Alors capitaine, il dirige un bataillon de fantassins et envoie son unité contre des barricades érigées par des manifestants pro-démocratie. Trois hommes sont tués. Il passe sept mois en prison avant d'être libéré par Boris Eltsine, sous le prétexte qu'il «a simplement suivi un ordre». Puis il est promu major. «Il est hautement symbolique que Sergueï Sourovikine, le seul officier qui a ordonné de tirer sur des révolutionnaires en août 1991 et qui a effectivement tué trois personnes, soit désormais en charge de cet ultime effort pour restaurer l'Union soviétique», analyse sur Twitter Greg Yudin, directeur de la philosophie politique à l'Ecole des sciences sociales et économiques de Moscou.   Samedi, Sourovikine a reçu l'onction d'Evgueny Prigojine. Le chef du groupe de mercenaires Wagner a salué «le commandant le plus capable de l'armée russe», une «figure légendaire» «née pour servir fidèlement sa patrie». Et ajouté, à propos de la tentative de coup d'Etat de 1991 : «Ayant reçu un ordre, Sourovikine était cet officier qui, sans hésitation, est monté   dans son char et est allé de l'avant pour sauver son pays.» </text>
	

	<text titre="Sur la défensive, le Kremlin pointe les chefs militaires" date="2022 10 10T00:00:00" journal="La Croix, no. 42438" auteur="françois d'alançon" annee="2022" mois="10" jour="10" journal_clean="La Croix" keywords="chefs, choïgou, chef, militaires, nationalistes, général, kremlin, défense, ministre, chefs_militaires, russes, cercles, armées, sergueï" langue="fr"> Le Kremlin et les cercles nationalistes russes ont trouvé leurs boucs émissaires : le ministre de la défense Sergueï Choïgou, le général Valeri Guerassimov, chef d'état-major des armées, et les haut-gradés de l'armée sont désignés comme les responsables des défaites cuisantes subies ces dernières semaines en Ukraine. Les chefs militaires sont des cibles faciles pour des élites politiques soucieuses de s'exonérer de toute responsabilité dans une « opération militaire spéciale » qui vire au fiasco. La guerre s'avère toxique pour les haut-gradés, avec au moins huit généraux limogés, réaffectés ou mis à l'écart, depuis le 24 février, début de l'invasion. Sans compter une dizaine d'autres morts au combat.
Dernière annonce en date, l'armée russe a nommé un nouveau commandant en chef en Ukraine. Ancien chef des forces aérospatiales russes, le général d'armée Sergueï Sourovikine, 55 ans, avait été installé cet été à la tête du groupement militaire du Sud, en remplacement du général Alexandre Dvornikov. Les cercles nationalistes russes lui attribuent la prise de contrôle de Lyssytchansk en juillet et misent sur sa réputation de « dur à cuire » pour reprendre l'initiative en Ukraine. « Sourovikine est le commandant le plus compétent de l'armée russe », affirme Evgueni Prigojine, fondateur de la société militaire privée Wagner et critique virulent du commandement militaire.   Vétéran de la guerre civile au Tadjikistan dans les années 1990, de la deuxième guerre de Tchétchénie dans les années 2000 et de l'intervention militaire russe de 2017 en Syrie, Sergueï Sourovikine est un adepte de la tactique de la « terre brûlée ». Sa carrière mouvementée, marquée par des allégations de corruption et de brutalité, comprend deux séjours en prison, dont une pour vente d'armes. Avec sa nomination, le Kremlin cherche à répondre aux critiques des nationalistes qui accusent l'armée de mal gérer la guerre en Ukraine et de ne pas utiliser de tactiques plus dures pour forcer Kiev à se soumettre.   Après l'explosion samedi 8 octobre qui a partiellement détruit le pont de Crimée, une infrastructure clé pour l'approvisionnement de cette péninsule annexée par Moscou et pour les forces russes en Ukraine, «  le Kremlin va probablement continuer à présenter le ministère de la défense comme un bouc émissaire de tous les échecs militaires russes », estime l'Institute For the Study of War.   Dans le sillage de Ramzan Kadyrov, homme fort de la république de Tchétchénie et allié de Vladimir Poutine, les critiques se multiplient depuis quelques semaines contre les responsables militaires. Dans le collimateur, le ministre de la défense Sergueï Choïgou, ex-compagnon de vacances du président russe en Sibérie. «  Beaucoup de gens disentque, en tant qu'officier, le ministre de la défense pourrait simplement se tirer une balle pour avoir laissé les choses en arriver là », affirmait, jeudi 6 octobre, Kirill Stremousov, gouverneur adjoint russe de la région de Kherson (sud de l'Ukraine). Avant lui, Andrei Kartapolov, chef de la commission de la défense de la chambre basse du Parlement russe, avait fustigé le ministère de la défense pour avoir dissimulé les mauvaises nouvelles du front. « Ils doivent arrêter de mentir, a déclaré cet ancien officier supérieur. Les gens ne sont pas stupides, loin de là, et ils voient qu'ils ne sont pas pris au sérieux. »Les critiques se concentrent sur le manque de préparation des forces armées, en dépit d'un budget colossal, les insuffisances de la planification, les dysfonctionnements dans la chaîne de commandement, les problèmes d'approvisionnement et les erreurs commises dans la mobilisation.   Reste à savoir combien de temps Vladimir Poutine, figure centrale de l'« opération militaire spéciale », pourra rejeter sur d'autres la responsabilité des échecs. « C'est la première fois qu'on assiste à des attaques personnalisées au sein du régime, note la politologue Tatiana Stanovaya, fondatrice du cabinet d'analyse R.Politik. C'est une situation plutôt dangereuse pour Poutine, car personne ne la contrôle. Plus le conflit fait rage et plus le régime russe jette de ressources dans la fournaise de la guerre, plus les élites russes peuvent devenir divisées et plus ces divisions seront graves. » </text>
	

	<text titre="Ukraine : derrière Poutine, il y a la Russie, qui sera toujours voisine de l'Europe (1/2)" date="2022 10 11T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7483" auteur="le groupe de réflexions mars (*)" annee="2022" mois="10" jour="11" journal_clean="La Tribune" keywords="nouvelle, assumer, poutine, voisine, vient, russie, régime, guerre, fuite, europe, ukraine" langue="fr"> La guerre en Ukraine vient d'entrer dans une nouvelle phase pleine de dangers et d'incertitudes. Le régime Poutine aux abois, non content d'assumer les crimes de sa soldatesque, poursuit sa fuite en avant en annexant les territoires occupés depuis sept mois et mobilise pour préserver ses conquêtes. Poutine est prêt à faire massacrer les forces vives de son peuple appelées sous les armes non pour protéger la patrie, mais uniquement pour lui sauver la face. Mal équipés, mal entraînés, mal commandés, ces hommes dépourvus d'autre force morale que l'instinct de survie vont se faire hacher menu comme chair à canon. Dans sa folie paranoïaque, Poutine n'en a cure. Le Kremlin attend « la chute » (en référence à un film célèbre) dans un moment crépusculaire.
Mais le parallèle avec Hitler s'arrête là. Ou plutôt, il faut se mettre à la place de Staline, Roosevelt et Churchill, et imaginer le IIIe Reich doté de l'arsenal nucléaire le plus puissant. Évidemment, Berlin ne serait pas tombée et Hitler ne se serait pas suicidé. Il n'y aurait pas eu de capitulation sans condition. Alors, il aurait fallu négocier avec un IIIe Reich ruiné par la guerre et affaibli.  C'est la Russie que Macron voit derrière l'odieux PoutineDans ses mémoires (« The Second World War », vol.I, pp.312), Churchill, que l'on peut difficilement accuser de lâcheté ou de pacifisme, jugeait en ces termes l'entrée en guerre de son pays et de la France : «... la Grande-Bretagne s'avance, menant la France par la main, pour garantir l'intégrité de la Pologne qui, seulement six mois auparavant, avait pris part avec un appétit de hyène au pillage et à la destruction de l'État tchécoslovaque. Il y avait quelque sens à vouloir se battre pour la Tchécoslovaquie en 1938 (...) mais on avait jugé cela déraisonnable, téméraire, indigne de la pensée et de la moralité modernes. Et cependant, maintenant, les deux démocraties occidentales se déclaraient enfin prêtes à risquer leur vie pour l'intégrité territoriale de la Pologne. Il faut vraiment fouiller de fond en comble l'histoire (...) de l'humanité pour trouver l'équivalent de ce renversement total et soudain après cinq ou six années d'une politique nonchalante d'apaisement et de conciliation se muant presque du jour au lendemain en acceptation de l'éventualité évidemment imminente d'une guerre dans des conditions bien plus difficiles et sur la plus vaste échelle... »   Aujourd'hui, quand Emmanuel Macron assume de maintenir malgré tout le dialogue avec la Russie de Poutine, il a raison. En leader mondial raisonnable, il sait qu'il n'a pas le choix. Contrairement aux autres États membres de l'UE, la France est une puissance nucléaire membre du P5, les cinq membres permanents du conseil de sécurité des Nations unies et aussi les cinq États « dotés » au sens du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Rappelons que le TNP ne prohibe pas la menace nucléaire à l'encontre d'une autre puissance nucléaire; c'est le principe-même de la dissuasion, et c'est bien ce qui distingue la France de tous les autres membres de l'UE. Cela aide à rester raisonnable. C'est la Russie que Macron voit derrière l'odieux Poutine, et cette Russie sera toujours la voisine de l'Europe. C'est à l'avenir qu'il pense. L'avenir de la Russie, mais surtout de la France, de l'Europe, et de l'humanité.  L'arme nucléaire, un équilibre stabilisateurA l'inverse, on se demande à quoi pensent ceux qui poussent à l'accélération de l'armement de l'Ukraine. Bien sûr, tout le monde souhaite la reconquête par l'Ukraine de ses territoires injustement et illégalement occupés. Mais il ne faut pas rêver, Poutine n'admettra jamais son erreur et encore moins sa défaite. C'est pour lui une question de survie. Donc, à moins d'une nouvelle révolution russe qui conduise à une nouvelle paix de Brest-Litovsk (mais où est le Lénine envoyé par l'Allemagne dans un wagon plombé?), plus la Russie sera acculée, plus le risque d'une catastrophe nucléaire sera élevé. Il ne faut surtout pas acculer Poutine. Lui promettre la corde est le meilleur moyen de l'encourager dans sa fuite en avant. Évidemment, il faut qu'il sauve la face, même si cela nous répugne, car c'est la seule condition pour aboutir à un compromis arrêtant la guerre.   N'en déplaise à toutes les mêmes bonnes âmes qui considèrent immorale la possession de l'arme atomique et la dissuasion nucléaire, le président Zelensky aussi a raison : si Kiev avait gardé et maintenu l'arsenal nucléaire qu'il possédait en 1994, l'Ukraine vivrait aujourd'hui en paix dans ses frontières de 1991. Le droit n'est qu'un « chiffon de papier » pour un agresseur sans foi ni loi. Seule la capacité d'utiliser la force protège contre la force. Les dizaines de milliers de vies brisées aujourd'hui en Ukraine préfigurent les millions de victimes d'un monde dénucléarisé. Dieu merci, la fin des armes nucléaires à un horizon proche paraît illusoire, offrant paradoxalement un équilibre stabilisateur entre États.  Prolonger la guerre ne peut conduire qu'à la catastropheOn peut comprendre la haine des Ukrainiens contre les Russes, entretenue de part et d'autre depuis plus de dix ans. On peut croire que leur nationalisme est légitime, car nourri de trois siècles d'oppression russe contre l'esprit de liberté cosaque et la mémoire de la terrible famine des années 1930. On peut soutenir l'ambition polonaise de reconstituer une nouvelle « république des Deux-Nations », sorte de résurgence du royaume polono-lituanien, ennemi héréditaire de la Grande Russie, après l'échec de 1921 (il y a un siècle) à Kiev contre l'armée rouge de Trotski. On peut vouloir intégrer la main d'oeuvre ukrainienne dans le marché unique pour abaisser les coûts de production et faciliter les exportations européennes. Mais cela ne doit pas se faire au détriment de la paix du reste du monde ni de nos intérêts, à nous Français.   C'est en 2014 qu'il aurait fallu rappeler Poutine à ses engagements vis-à-vis du Mémorandum de Budapest. Et c'est en Ukraine, et non en Roumanie, qu'il aurait fallu envoyer un contingent français, et ce, dès janvier. Le geste, pour symbolique qu'il eût été, aurait été compris par tous les protagonistes. Il aurait favorisé la négociation et ouvert la voie à un compromis. Contribuer à prolonger la guerre aujourd'hui ne peut conduire qu'à la catastrophe.  La paix en Europe ne dépend que des AméricainsLe président Macron a raison de refuser le chantage nucléaire russe. Mais il faut aussi refuser le chantage des nationalistes ukrainiens, des nationalistes polonais et de tous les nationalistes européens prêts à jouer à la roulette russe au nom de leur haine ou de leurs intérêts. Dans un article au titre éloquent publié le 27 septembre (Russia's Defeat Would Be America's Problem), la revue Foreign Policy ne dit pas autre chose que Churchill : « No one will be able to stop the Ukraine hawks from taking a victory lap, but it is essential to keep them from leading the West to repeat its past mistakes. » De la part d'une revue réputée proche des démocrates américains, c'est un avertissement.   Il paraît aujourd'hui évident que l'administration Biden est la seule à pouvoir forcer les Ukrainiens au compromis. Il suffit du jour au lendemain de cesser l'appui en renseignement et en moyens de commandement (nul ne sait où est localisé le centre ukrainien de conduite des opérations et qui le commande) et d'interrompre les livraisons, notamment de munitions. Encore une fois, la paix en Europe ne dépend que des Américains. Ils avaient intérêt au déclenchement de cette guerre pour délégitimer les prétentions européennes à l'autonomie stratégique, re-légitimer l'OTAN et affaiblir la Russie au point qu'elle ne soit plus une menace pour ses alliés. Les buts de guerre étant atteints, au prix d'épouvantables souffrances pour le peuple ukrainien, il est temps de siffler la fin de la partie et forcer l'Ukraine à consentir à des concessions. C'est à ce prix que le risque d'une catastrophe nucléaire sera évité.   Les Etats-Unis n'ont plus aucun intérêt à ce que la guerre se prolonge au point que la Russie implose. Les chances qu'un régime libéral s'installe à Moscou au départ de Poutine sont minces. Les Russes ne veulent plus revivre l'ère Eltsine. La probabilité est plus grande qu'un régime encore plus nationaliste et corrompu (que l'on pense à Prigojine, le parrain de Wagner, qui vient de déclarer ses ambitions) lui succède, soutenu par le ressentiment de la population. Poutine semble encore maîtriser les luttes d'influence internes au Kremlin, mais pour combien de temps? Le rêve polonais (théorisé par Pilsudski) d'une Russie partagée entre différentes entités autonomes ne correspond en rien aux intérêts américains, car cela renforcerait considérablement la Chine qui dominerait alors immédiatement la Sibérie et l'Extrême-Orient russe. L'intérêt des Etats-Unis est bien de maintenir au Kremlin un régime affaibli mais non entièrement défait.  Ukraine, pas de reconnaissance pour la FranceLivrer quelques chars Leclerc à l'Ukraine serait donc une idée funeste et à contretemps. L'armée française a besoin de garder son matériel et ses stocks militaires dimensionnés pour un juste besoin afin de continuer à s'entraîner (ces chars sont bel et bien utilisés pour la préparation opérationnelle), assumer ses engagements et défendre son territoire sur tous les continents et tous les océans. La France est déjà engagée militairement, son armée est au maximum de ses capacités après 30 ans de budgets sacrifiés à la solidarité européenne.   Car il faut rappeler que les dividendes de la paix n'ont pas été réinvestis en France, mais dans une contribution européenne qui a permis à des pays comme la Pologne d'être aujourd'hui en capacité d'acheter des milliers de blindés, de chars, d'obusiers et d'avions de combat en Corée du Sud, aux Etats-Unis, un peu en Allemagne, mais surtout pas en France.   L'expérience tragique de 1939 devrait nous ouvrir les yeux sur le risque mortel que nous courrions à suivre aveuglément nos alliés. N'ayons aucune illusion : pas plus que la Pologne, l'Ukraine n'aura envers la France la moindre reconnaissance d'un appui militaire qui se serait fait au propre détriment de l'armée française. L'armée ukrainienne sera équipée de matériel américain, point.   Les États n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts. Or, depuis Anne de Kiev au XIXe siècle, les intérêts français ont rarement croisé ceux de l'Ukraine. Rien de ce qui est humain n'est étranger à l'universalisme des valeurs portées par la République française, à ce titre chaque État démocratique, aussi récent soit-il, est un ami et un allié potentiel, mais l'avenir de la France est ailleurs : non sur les rivages de Chersonèse, mais sur tous les océans dans son positionnement de puissance d'équilibre. L'invitation du président Macron au forum Asie-Pacifique de Bangkok en porte témoignage.[Image : https://ssl.gstatic.com/ui/v1/icons/mail/images/cleardot.gif]  La leçon de 1940 nous interdit d'hurler avec les loupsNous avons déclaré la guerre à l'Allemagne en 1939 en solidarité avec les Polonais, et nous avons subi la pire défaite de notre longue histoire. La question n'est pas aujourd'hui de s'interroger sur la pertinence des alliances automatiques. Si le groupe MARS est de ceux qui défendent l'appartenance à l'alliance atlantique, c'est précisément parce que les leçons de l'histoire ont été retenues : politiquement, cette alliance n'a rien d'automatique (il faut relire attentivement le fameux article 5), et militairement, l'OTAN est d'une efficacité potentielle sans égale dans l'histoire du fait de l'organisation de son commandement et de ses standards d'interopérabilité.   La haute stratégie et la communication politique convergent rarement. C'est le propre d'un homme d'État de trouver le courage de s'opposer à l'esprit de meute. La leçon de 1940 nous interdit aujourd'hui d'hurler avec les loups. Comme le disait de Gaulle, si la France fait la guerre, il faut que ce soit sa guerre, il faut qu'elle puisse la conduire en toute liberté et en toute autonomie, fût-ce au sein d'une alliance.   Le régime de Poutine n'est pas notre ami, mais il n'est pas non plus, à ce stade, notre ennemi direct. Certes, nul ne le regrettera quand il sera renversé (espérons que ce soit le plus vite possible), mais en attendant, il règne encore au Kremlin et il reste capable de nous détruire en une fraction de seconde, quels que soient les dommages que lui infligeront la cinquantaine d'ogives nucléaires ciblées en permanence sur sa tête du plus profond des océans. La dissuasion, ce n'est pas seulement un système d'armes, c'est d'abord une volonté, une crédibilité, un langage et une diplomatie.   -------------------------------------------------   * Le groupe Mars, constitué d'une trentaine de personnalités françaises issues d'horizons différents, des secteurs public et privé et du monde universitaire, se mobilise pour produire des analyses relatives aux enjeux concernant les intérêts stratégiques relatifs à l'industrie de défense et de sécurité et les choix technologiques et industriels qui sont à la base de la souveraineté de la France.   ------------------------------------------------- </text>
	

	<text titre="Faiblesse" date="2022 10 11T00:00:00" journal="Libération" auteur="par alexandra schwartzbrod" annee="2022" mois="10" jour="11" journal_clean="Libération" keywords="loi, vladimir, poutine" langue="fr"> Vladimir Poutine croit donc aux vertus de la Loi du Talion, «oeil pour oeil, dent pour dent», «tu m'endommages mon pont, je noie tes principales villes sous les bombes». Mais il y a un hic : la nature des deux opérations est très différente. L'explosion qui a endommagé le pont visait à détruire un ouvrage à la fois symbolique (la fierté de Poutine) et stratégique (il est vital pour la logistique militaire russe dans toute la zone) alors que la pluie de missiles russes qui s'est abattue sur l'Ukraine depuis dimanche a pour objectif de terroriser les civils et de tuer de façon indiscriminée. On imagine aisément Vladimir Poutine tapant du pied devant ses écrans, samedi, à la vue du camion devenu boule de feu, en jurant de détruire les Ukrainiens jusqu'au dernier. Cette réaction d'un autre temps - de cette époque, bien avant notre ère, qui a donné naissance à la Loi du Talion - en dit long sur le niveau de celui qui fait actuellement trembler l'Europe. Et aussi de son état de faiblesse. Cette série de frappes russes est une vengeance pure, en aucun cas une stratégie militaire puisque, sur le front, les forces de Volodymyr
Zelensky continuent à avancer. Et les Ukrainiens ont montré, depuis le début de cette guerre, que la peur de mourir ne les faisait pas reculer. Bien au contraire, elle renforce leur combativité. Il reste que la situation est hautement inflammable, surtout si la guerre menace de déborder sur le Bélarus, où le président Loukachenko envisage de mobiliser des hommes contre Kyiv, et la Moldavie qui n'a pas apprécié de voir des missiles russes violer son espace aérien. On sent ces derniers temps le Kremlin beaucoup moins en maîtrise, travaillé de l'intérieur par les appétits ou la haine d'hommes prêts à tout, du Tchétchène Ramzan Kadyrov au Russe Evgueny Prigojine (fondateur du groupe paramilitaire Wagner). Il faut juste espérer que toutes ces folies finissent par s'annihiler. ? </text>
	

	<text titre="La Russie joue la surenchère contre les civils" date="2022 10 11T00:00:00" journal="Libération" auteur="par veronika dorman" annee="2022" mois="10" jour="11" journal_clean="Libération" keywords="russie, ukraine" langue="fr"> Lundi matin, toute l'Ukraine, d'ouest en est, s'est réveillée aux hurlements des sirènes antiaériennes et au fracas des bombes. Pour la première fois depuis des mois, la capitale, qui n'avait pas été visée depuis le 26 juin, a été frappée en son centre. A l'heure de pointe matinale, de puissantes détonations ont également secoué Lviv, Ternopil, Ivano-Frankivsk, Jitomir, Dnipro, Zaporijia, Krivyi Rih, Kharkiv Tirant 83 missiles au cours de la matinée, l'armée russe a visé des infrastructures civiles, dont 29 installations essentielles, des barres d'immeubles et des maisons individuelles, une école, un musée, un parc, selon les autorités ukrainiennes. Un bilan provisoire faisait état, lundi soir, de 11 morts et 64 blessés. «L'objectif des frappes a été atteint. Toutes les cibles ont été touchées», s'est félicité le ministère russe de la
Défense lundi, à la mi-journée. «Ce matin [ ] la Russie a lancé une frappe massive avec des armes aériennes, maritimes et terrestres de précision à longue portée contre les installations ukrainiennes d'énergie, de commandement militaire et de communication», a confirmé Vladimir Poutine en préambule d'une réunion de son Conseil de sécurité, retransmis à la télévision.   «LIGNE PSYCHOLOGIQUE» C'était la première réaction officielle du chef de l'Etat russe à l'attaque, samedi, du pont de Kertch qui relie la Crimée annexée à la Russie, qualifiée de «terroriste» par le Kremlin. Et de prévenir: «En cas de poursuite des tentatives d'attentats terroristes sur notre territoire, la réponse de la Russie sera sévère et correspondra au niveau de la menace posée pour la Fédération de Russie en termes d'ampleur. Personne ne doit avoir aucun doute à ce sujet.» Et surtout pas les faucons de tout poil, qui, de plus en plus, accusent le président et l'état-major d'une trop grande mollesse à l'égard de l'ennemi. «La riposte d'aujourd'hui est sans aucun doute une réaction à la destruction du pont, une réponse très démonstrative», commente la politologue Tatiana Stanovaya de R.   Politik. Depuis quelques semaines, «Poutine est soumis à une pression croissante pour devenir plus agressif, par un entourage de militaires et de patriotes irrités par sa stratégie initiale, qui ne donne pas les effets escomptés, poursuit la spécialiste, pour laquelle les bombardements de lundi matin marquent un palier dans l'escalade, de la même importance que les référendums illégaux pour annexer le sud et l'est de l'Ukraine, et la mobilisation partielle qui avait suivi, fin septembre. «Poutine reconsidère son approche de l'Ukraine. Il a franchi une ligne psychologique, il est désormais prêt à infliger beaucoup plus de dégâts à l'ensemble Suite page 4   Suite de la page 2 de l'Ukraine.» C'est dans ce contexte, et pour répondre à l'impatience des proguerre, que s'inscrit aussi la nomination, samedi, d'un nouveau chef de l'«opération militaire spéciale» en Ukraine, l'impitoyable général Sergueï Sourovikine, le «boucher d'Alep», connu pour avoir ordonné des bombardements aveugles en Syrie et commis des crimes de guerre en Tchétchénie. C'est lui, aussi, qui a mené le siège de Marioupol. «TERRORISME DES MISSILES» Pendant que les va-t-en-guerre exultent à cette affectation d'«une personnalité légendaire, née pour servir la patrie» (selon les mots d'Evgueny Prigojine, le fondateur du groupe Wagner) et se frottent les mains - «le premier épisode est joué. Il y en aura d'autres» (d'après Dmitri Medvedev, ex-président et actuel vice-prési- du conseil de sécurité de Russie) -, l'ONU dénonce une «escalade inacceptable de la guerre». Ces «frappes délibérées de la Russie sur l'ensemble du territoire ukrainien et contre des civils, c'est un changement profond de la nature de cette guerre», a commenté pour sa part Emmanuel Macron. «Poutine est désespéré à cause des défaites sur le champ de bataille, et il utilise le terrorisme des missiles pour essayer de changer le rythme de la guerre en sa faveur», a fustigé sur Twitter Dmytro Kouleba, le chef de la diplomatie ukrainienne, en écho au sentiment partagé par de nombreux observateurs, notamment ceux qui sont impatients de voir tomber l'autocrate, et qui voient dans cette dernière salve un régime aux abois.   «D'un point de vue militaire, l'attaque n'a aucun sens et ne fait que rapprocher l'armée d'invasion de la dé- faite. La signification politique de ce qui se passe est la suivante: Poutine ignore complètement la réalité, il n'a plus aucun moyen de pression, mais il s'accrochera à son pouvoir personnel jusqu'à ce qu'il tente de détruire complètement l'Ukraine et la Russie», écrit Kirill Martynov, le rédacdent teur en chef de Novaya Gazeta Europe. Du reste, l'acharnement de Poutine contre les civils, loin de démoraliser les Ukrainiens qui ont fait preuve d'une résilience admirable en sept mois de guerre, ne peut être que contre-productif. «Chaque nouveau crime ouvertement commis par les autorités russes incite l'Europe et les Etats-Unis à aider l'Ukraine par tous les moyens, poursuit l'expert politique. Après l'attaque du 10 octobre sur Kyiv, l'Ukraine recevra plus rapidement aussi bien des systèmes de défense antiaérienne sophistiqués que, possiblement, des armes offensives à longue portée.» Qualifiant les frappes russes de «méprisables», la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, a d'ailleurs confirmé la livraison «dans les prochains jours» de systèmes Iris-T, créant une bulle de protection de 20 kilomètres de hauteur et de 40 kilomètres de largeur.   Objectivement, la situation sur le terrain semble au désavantage de la Russie, depuis la contre-offensive ukrainienne, commencée il y a quelques semaines, qui a permis de libérer des milliers de kilomètres carrés de territoires occupés par les Russes. Mais «Poutine ne se sent pas acculé, tempère Stanovaya. Lui ne se considère pas comme au pied du mur. Il a encore plein d'options en réserve, comme il semble le penser, et comme le lui disent apparemment les loyalistes de l'armée. Il reste encore beaucoup de choses à bombarder.» Il n'a pas non plus perdu tous ses alliés. Accusant Kyiv de préparer une attaque contre son pays, le Bélarusse Alexandre Loukachenko a annoncé que Minsk et Moscou allaient déployer des troupes russo-bélarusses dans un avenir proche. ?   «D'un point de vue militaire, l'attaque n'a aucun sens et ne fait que rapprocher l'armée d'invasion de la défaite.» Kirill Martynov rédacteur en chef de «Novaya Gazeta Europe» </text>
	

	<text titre="ZOOM|Sourovikine, un dur à la tête de l'offensive russe" date="2022 10 11T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2022" mois="10" jour="11" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="tête, moscou, russe, largement, russie, défaites" langue="fr"> Lucile Descamps   Son nom est désormais sur toutes les lèvres. Après l'explosion sur le pont reliant la Crimée à la Russie - et, plus largement, une série de défaites sur le terrain -, Moscou a nommé un nouveau chef de « l'opération militaire spéciale » menée en Ukraine : Sergueï Sourovikine.   Depuis juin, ce quinquagénaire était déjà commandant des forces armées du sud de l'Ukraine, où il a notamment contribué à la prise de la ville de Lyssytchansk. Il a, avant cela, dirigé la Direction principale des opérations de l'état-major général de 2008 à 2010 puis est devenu chef des forces aérospatiales en 2017.
Tadjikistan, Tchétchénie, Syrie...Avec des tels postes, ses faits d'armes ne se résument bien sûr pas à l'Ukraine. « Il a notamment servi au Tadjikistan dans les années 1990 puis en Tchétchénie », énumère Dimitri Minic, chercheur au centre Russie-NEI de l'Institut français des relations internationales (Ifri). En 2017, il a dirigé le contingent russe envoyé en Syrie, où il s'est « illustré par une brutalité et une violation répétée des droits de l'homme, par des bombardements de zones résidentielles et d'infrastructures civiles », poursuit le spécialiste. De quoi lui valoir le titre de « héros de la Russie » la même année.   Au-delà de ses méthodes décriées, Sergueï Sourovikine a un passé trouble vis-à-vis du pouvoir. Il a été impliqué dans une tentative de putsch -qui a coûté la vie à trois civils - en 1991, retrace Dimitri Minic. « Beaucoup ont été amnistiés dans un esprit de réconciliation », détaille le spécialiste. Mais il est tout de même passé par la case prison avant d'être lavé des accusations qui pesaient sur lui.   La « cruauté » du nouveau commandant de l'opération spéciale « plaît nécessairement » à des figures comme le président tchétchène, Ramzan Kadyrov, ou le fondateur du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine, continue Dimitri Minic.  Satisfaire les partisans de la guerre totale et les nationalistesÇa donne aussi, plus largement, « satisfaction à l'extrême droite nationaliste, qui pense que le pouvoir est trop mou », note Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). « Il s'agit de montrer à l'opinion publique que Moscou fait ce qu'il faut pour avoir des personnes compétentes à la tête des opérations, et de dire à l'armée qu'elle va être menée à la victoire », juge-t-il.   Reste que, avant d'en arriver là, c'est plutôt aux défaites que risque d'être confronté Sergueï Sourovikine. Et il pourrait bien servir de paratonnerre au Kremlin dans les prochains jours si les troupes russes sont obligées d'annoncer le retrait de Kherson. </text>
	

	<text titre="GUERRE EN UKRAINE A Bakhmut, «l'armée russe envoie ses hommes se faire massacrer»" date="2022 10 25T00:00:00" journal="Libération" auteur="par luc mathieu envoyé spécial à bakhmut" annee="2022" mois="10" jour="25" journal_clean="Libération" keywords="hommes, vite, camionnette, hommes_se_faire_massacrer, armée, bakhmut, heure, russe, massacrer, edouard, artillerie" langue="fr"> Edouard conduit vite, un peu trop peut-être, 120kilomètres par heure entre des ornières qui font tanguer sa camionnette Ford. La route, déserte, est à portée de l'artillerie russe. «Bonne chance», avait dit le soldat ukrainien au dernier check-point. Edouard l'avait remercié, avant d'accélérer autant qu'il le pouvait. A quelques kilomètres, il y a Bakh- mut, l'une des très rares villes d'Ukraine encore attaquées par l'ar- mée de Moscou. Elle la bombarde et l'assaille depuis cet été. Sa débâcle au nord-est, à Kharkiv, sa défaite an- noncée dans le sud, à Kherson, n'y changent rien. Elle l'attaque même encore plus violemment, s'immis- çant dans ses faubourgs, avant de reculer sous la riposte ukrainienne, et de relancer un assaut quelques heures plus tard. Edouard, 30 ans, volontaire béné- vole de l'organisation Vostok SOS, a un emploi du temps serré. Trois adresses où aller, trois habitants de Bakhmut à évacuer. Il veut aller vite, une heure maximum si possi- ble. Il connaît la ville, y a grandi et y vivait encore au printemps. Il est parti quand sa maison a brûlé après un bombardement et que sa mère s'est exilée en République tchèque. Il ralentit à peine quand il passe la station-service marquant l'entrée sud de Bakhmut. Ce n'est plus qu'un amas de tôles noircies par les explo- sions et bordées de véhicules carbo- nisés, dont on ne peut plus dire s'ils étaient militaires ou non. Il s'enfonce dans une avenue aux barres d'im- meubles datant de l'ère soviétique.
DES FAÇADES ÉBOULÉES «Il est où, l'appartement 89 ?» de- mande Edouard à son collègue Ni- kola, 18 ans, originaire de Boutcha, une banlieue de Kyiv martyrisée par l'armée russe au début de l'inva- sion. Les deux descendent de la ca- mionnette et montent l'escalier en courant. Antonina, 59 ans, les at- tend dans son petit appartement. Elle s'est apprêtée, élégante dou- doune jaune, rouge à lèvres et bas- kets roses. Elle ferme sa porte à double tour et s'arrête sur le palier. «Ça y est, je m'en vais», dit-elle à sa voisine. La vieille femme l'enlace et sanglote. «Mon fils est invalide, il faudrait qu'il s'en aille aussi.»   La camionnette repart. Elle em- prunte la longue avenue qui re- monte vers le nord. Sur les trottoirs, des marchés improvisés sur des caisses de bois ou à même le maca- dam proposent pommes de terre, bouteilles de lait et vêtements d'hi- ver. Edouard s'arrête au niveau du centre-ville. Un autre immeuble de l'époque soviétique et, au sixième étage, Valentina, 72 ans, un glau- come qui l'a rendue quasiment aveugle et des jambes gonflées qui la laissent à peine marcher. Ses af- faires, quelques vêtements, beau- coup de serviettes éponge et une tasse en fer-blanc sale, tiennent dans trois sacs en plastique et un pe- tit sac de sport. Elle n'a pas de voisin à saluer, ni de famille à laquelle dire au revoir. Edouard et Nikola l'aident à descendre, et reculent la camion- nette de deux mètres pour lui épar- gner quelques pas. «Je préfère être allongée si possible», dit-elle. Ils l'aident à s'installer dans le coffre, sur des couvertures. Elle s'endort aussitôt. Un petit kilomètre plus loin vers le nord, les immeubles ont disparu, remplacés par de petites maisons de plain-pied, aux murs de briques ou peints en blanc. Une ambiance qui pourrait être champêtre s'il n'y avait ces façades éboulées et ces murs soufflés. Les explosions, tirs ou arri- vées de roquettes et de mortiers sont incessantes. Edouard et Nikola sont venus cher- cher Stanislav. Il a 59 ans mais en paraît quinze de plus, ne peut pas marcher, et son visage est jaune ci- reux, maladif. Ce sont ses voisins qui l'hébergent. Deux d'entre eux le portent pour lui faire descendre le petit escalier. Deux jours plus tôt, il était dans sa maison et sa femme dans le jardin quand un obus l'a frappée. «Il lui est littéralement tombé dessus, elle a été pulvérisée. On a ramassé les bouts de corps et on l'a enterrée hier. Stanislav ne pouvait pas rester seul», dit la voi- sine. Il est déjà dans la camionnette, mutique et immobile.   LES MILICES DE WAGNER La bataille de Bakhmut, 70 000 ha- bitants avant guerre, connue pour ses mines et son vin pétillant, n'en finit pas. Elle dure depuis cinq mois et mobilise des milliers d'hommes de chaque côté. Les forces russes ont lancé leur offensive en juin alors qu'ils venaient de prendre Severodonetsk et Lyssytchansk, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est. Elles voulaient rejoindre   Siversk et s'emparer de Kramatorsk, qui fait office de capitale de la ré- gion de Donetsk non occupée. Mais le plan russe s'est fracassé sur la contre-offensive menée par l'armée ukrainienne en septembre à Khar- kiv (nord-est). A une vitesse que personne n'avait anticipée, elle a enfoncé les lignes ennemies, repris Izioum et desserré l'étau sur Si- versk. Elle tente aujourd'hui de pro- gresser dans la région de Louhansk et de reprendre Lyssytchansk.   Les Russes n'ont pas pour autant abandonné Bakhmut, même si per- sonne ne comprend pourquoi. «Il est difficile de parler de stratégie chez eux. Ils ne planifient rien, ils envoient leurs hommes se faire massacrer. C'est de la chair à canon», dit Sergei Cherevaty, porte-parole de l'armée ukrainienne dans le Donbass. L'avis est partagé par le centre de recher- ches américain Institute for the Study of War (ISW), qui décrit l'effort russe comme «non pertinent opérationnellement». «Une prise de Bakhmut paraît peu probable vu la façon dont les forces russes se sont empalées sur de petits villages environnants durant des semaines. Elle ne suffirait en outre pas à accomplir les objectifs initiaux puisqu'elle ne pourrait plus être soutenue par une avancée depuis Izioum», indique une note récente de l'organisation. L'une des explications à cette obsti- nation pourrait tenir à la présence parmi les rangs des forces russes des miliciens de Wagner, une so- ciété de mercenariat qui fournit des supplétifs à l'armée régulière, usée par sept mois de combats et une in- vasion ratée. Le fondateur de Wag- ner, Evgueny Prigojine, un proche de Vladimir Poutine, s'est peu à peu imposé comme «le visage» des opé- rations russes en Ukraine, selon ISW. Une victoire à Bakhmut, qui ne serait que symbolique et resterait un non-sens stratégique, renforce- rait son poids au sein des élites rus- ses et sa position face à l'état-major. «Prigojine livre aussi une guerre de l'information. Il a annoncé plusieurs fois que des villages proches, Ivangrad et Opytne, étaient tombés et que ses hommes étaient dans Bakhmut. C'était faux à chaque fois», ex- plique Sergei Cherevaty. Les combats n'en sont pas moins in- cessants, et particulièrement vio- lents. Les soldats ukrainiens dé- ployés à Bakhmut, ou qui l'ont été, semblent épuisés, quand ils n'ont pas été blessés. «C'est la merde, dit un officier de la 516e brigade. Les hommes sont usés, tous ou presque ont demandé du soutien psychologique une fois que la bataille sera finie.» Les forces russes, renforcées par des soldats mobilisés en catas- trophe le 21 septembre, lancent as- saut sur assaut, jusqu'à une ving- taine par nuit. Elles ne visent pas que Bakhmut mais aussi les villages proches, dont Soledar, Ivangrad, Opytne et Avdiivka, utilisant toute l'artillerie dont elles disposent et n'hésitant pas à recourir à des ar- mes à sous-munitions. «Depuis quelques semaines, on voit aussi qu'elles envoient les derniers mobilisés devant, en sachant qu'ils seront tués, juste pour localiser nos défenses, dit Serguei Cherevaty. Les hommes de Wagner arrivent juste après pour nous attaquer.»   PAYSAGE LUNAIRE Sous un feu continu, Bakhmut est coupée en deux. Il ne reste plus qu'un des cinq ponts au-dessus de la rivière qui traverse la ville. «Le problème est que les Russes le voient. Si on tentait de le traverser, ils nous viseraient immédiatement avec leurs mortiers. On ne va plus sur l'autre rive», dit Edouard. Les rares images de la première ligne, inaccessible à la presse, montrent un paysage lu- naire, creusé de cratères et de tran- chées où se terrent des soldats. «Il n'y a plus que des trous dans notre champ, dit Oksana, qui habite avec son mari Alexei et ses deux enfants dans l'est de Bakhmut. J'ai compté, nous avons été visés treize fois depuis juin. Et je ne compte que les obus et les roquettes qui sont arrivés dans le champ ou sur l'un de nos bâtiments, pas tous ceux qui sont tombés à côté.» Ce 18 octobre, le couple est venu avec sa Lada hors d'âge et une re- morque à Kostiantynivka, à une trentaine de kilomètres de Bakhmut. Ils ont acheté un sac de pommes de terre, des nouilles lyophilisées et des pneus. «Il n'y a plus de magasin, hormis de l'aide humanitaire, maison en reçoit très peu.» Alexei, 37 ans comme sa femme, les mêmes mains terreuses, montre un shrapnel qui a traversé la calandre de la Lada pour se ficher dans le mo- teur. Il l'a réparé avec de la peinture, faute de colle. Le couple et ses deux enfants comptent parmi les derniers habitants de leur quartier. «Dans notre rue, il n'y a plus que quatre personnes, des retraités. Dans celle d'à côté, il n'y en a plus que deux. Et une seule dans celle d'après.» La famille survit avec ses 31 vaches, dont 12 produisent du lait. Les en- fants, âgés de 9 et 12 ans, ne com- prennent pas vraiment ce qu'il se passe, assure Oksana. Quitter la ferme n'est de toute façon pas envi- sageable. «Il nous a fallu vingt ans pour la construire, nous ne pouvons pas l'abandonner. Quand bien même les Russes gagneraient, que feraientils de nous ? Pourquoi nous tueraient-ils ? Nous ne sommes personne.» Le couple repart sans peur apparente vers Bakhmut. ?   «Les hommes sont usés, tous ou presque ont demandé du soutien psychologique une fois que la bataille sera finie.» Un officier de la 516e brigade de l'armée ukrainienne </text>
	

	<text titre="Les réseaux Poutine, entre séduction et désinformation" date="2022 10 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="catherine pacary" annee="2022" mois="10" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="réseaux, poutine, député, français, france, désinformation, groupe, europe, séduction" langue="fr"> Documentaire - En ce 11 février, Frédéric Petit, député du groupe Démocrate (MoDem et Indépendants) de la 7e circonscription des Français établis hors de France (Allemagne, Europe centrale et Balkans), ne peut pas prévoir qu’il va se faire piéger en pénétrant dans le Palais du Luxembourg. Alors qu’il est persuadé de participer à une réunion parlementaire sur la situation en Ukraine, son intervention va être diffusée en direct sur une chaîne télévisée ukrainienne prorusse, et détournée en l’entrecoupant de déclarations de proches de Vladimir Poutine, comme l’oligarque ukrainien Viktor Medvedtchouk ou le député Leonid Slutsky.   Ce dernier est « interdit de séjour en Europe », précise Laure Pollez, une des trois journalistes à avoir enquêté sur France : les réseaux Poutine, diffusé jeudi 27 octobre, mais la seule à se mettre en scène à l’écran. Le documentaire, tel que nous avons pu le visionner, ne précise pas que Viktor Medvedtchouk a, lui, été arrêté le 12 avril par les forces ukrainiennes, détenu et échangé le 22 septembre. Il s’attache en revanche à découvrir comment une telle supercherie a pu être montée.
Après cette alléchante entrée en matière, la politique de séduction de Vladimir Poutine à l’égard des dirigeants français (de droite) se concrétise par une séquence, plus connue, consacrée aux liens qui unissent le président russe à François Fillon, depuis la naissance de leur amitié à Sotchi, en 2008, alors que les deux hommes étaient premiers ministres. Les liens que le Kremlin entretient avec les membres du Rassemblement national (Marine Le Pen, Thierry Mariani, Philippe Olivier) sont illustrés par des documents exclusifs fournis par The Dossier Center, organe de l’opposant à Vladimir Poutine, Mikhaïl Khodorkovski, et par des témoignages de diplomates.   La dernière partie, consacrée à la manipulation de l’information, se suit comme une fiction. Elle débute par un reportage à RT France, la chaîne russe interdite de diffusion depuis le 2 mars (le documentaire explique pourquoi), où seule la présentatrice Samantha Ramsamy s’exprime.  Tenir tête aux OccidentauxLes investigations de Laure Pollez la mènent ensuite en Afrique (où RT est diffusée) pour expliciter la fausse affaire du « charnier » de Gossi, au Mali – deux jours après le départ de la force « Barkhane » de cette base, un tweet est publié le 21 avril : « Voilà ce que les Français ont laissé derrière eux », avec une photo de cadavres enterrés. « Les miliciens de Wagner ont orchestré cette mise en scène », assure la France?; la Russie nie. L’enquête offre au passage l’occasion unique de pénétrer dans les locaux de Viginum, la nouvelle cellule française créée pour lutter contre les ingérences étrangères. Elle révèle comment MediaPatriot, le groupe de presse d’Evgueni Prigojine (patron du groupe de mercenaires Wagner), a tenté de discréditer Emmanuel Macron avant la présidentielle de 2022.   Mais qui rédige ces faux articles ? Comment sont-ils publiés ? Un article fourni clés en main est payé 300 euros pour être publié à Cotonou (Bénin). La Russie envoie des aides et tient tête aux Occidentaux, explique un journaliste africain, « et ça plaît ». La désinformation a de beaux jours devant elle. Malgré son interdiction, RT France diffuse de nouveau ses programmes en direct et en français sur la plate-forme complotiste Odysee. </text>
	

	<text titre="Elections américaines : l'oligarque  Prigojine, proche du Kremlin et fondateur de Wagner, revendique des ingérences russes" date="2022 11 08T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7502" auteur="latribune.fr" annee="2022" mois="11" jour="8" journal_clean="La Tribune" keywords="ingérences, ingérences_russes, oligarque, kremlin, prigojine, russes, américaines" langue="fr"> Le « Russiagate », qui avait embarrassé Donald Trump pendant son mandat à la tête des Etats-Unis, n'a pas fini d'agiter la vie politique américaine. Evguéni Prigojine, oligarque influent proche du Kremlin, a revendiqué lundi des « ingérences » de la Russie dans les élections américaines. Une annonce qui jette une ombre sur les élections de mi-mandat, les « Midterms », décisives pour le président Joe Biden et qui se tiennent demain aux Etats-Unis.
« Nous nous sommes ingérés, nous le faisons et nous allons continuer de le faire. Avec précaution, précision, de façon chirurgicale, d'une manière qui nous est propre », s'est vanté Evguéni Prigojine sur les réseaux sociaux de son entreprise Concord en répondant à une question sur les accusations d'ingérence russe venant des Etats-Unis dans les élections de mi-mandat de mardi aux Etats-Unis.   S'il n'a pas cité ouvertement le scrutin de 2016, Evguéni Prigojine est inculpé par la justice américaine aux côté de 13 autres personnalités russes qui auraient contribué à des ingérences russes lors de l'élection présidentielle qui a mené Donald Trump au pouvoir. La justice américaine a longtemps creusé l'hypothèse d'une collusion entre Donald Trump et Moscou pour vaincre la candidate démocrate d'alors. Laquelle n'a jamais pu être précisément établie.  Rôle actif dans la stratégie extérieure du KremlinL'oligarque, longtemps spécialisé dans la restauration collective ce qui lui a valu le surnom de « cuisinier de Poutine », est accusé d'avoir créé une « ferme de trolls », c'est-à-dire de faux profils sur les réseaux sociaux capables de répandre de fausses informations ou de s'en prendre à des candidats pour influer sur le cours d'un scrutin.   Dans le contexte de guerre en Ukraine et de crise ouverte entre Moscou et Washington, qui arme massivement les forces ukrainiennes en ayant fourni au moins 30 milliards de dollars d'équipements jusqu'ici, l'homme d'affaires affirme haut et fort son rôle prééminent dans la stratégie de la Russie à l'étranger.   Ce partisan de l'invasion de l'Ukraine a admis dans une vidéo publiée fin septembre, et tournée depuis une prison russe dans laquelle il recrutait des supplétifs pour partir en Ukraine, avoir fondé en 2014 le groupe de mercenaires Wagner présent au cours des dernières années en Syrie et en Afrique. Cette unité paramilitaire, qui intervient seule ou aux côtés des soldats réguliers russes, est soupçonnée d'intervenir officieusement à la solde du Kremlin, récemment en Centrafrique et au Mali en y menant une intense propagande anti-française. Ce que l'oligarque Prigojine et le Kremlin avaient jusqu'alors toujours démenti.   (avec AFP) </text>
	

	<text titre="Un proche de Poutine évoque des « ingérences » dans les élections américaines" date="2022 11 08T00:00:00" journal="La Croix, no. 42462" auteur="Unknown" annee="2022" mois="11" jour="8" journal_clean="La Croix" keywords="evgueni, prigojine" langue="fr"> Un homme d'affaires russe proche du Kremlin, par ailleurs fondateur du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine, a admis lundi 7 novembre des « ingérences » dans les élections américaines, à la veille du scrutin de mi-mandat. Depuis des années, Washington accuse Moscou d'interférences. « Nous nous sommes ingérés, nous le faisons et nous allons continuer de le faire. Avec précaution, précision, de façon chirurgicale, d'une manière qui nous est propre », a déclaré Evgueni Prigojine, cité dans une publication sur les réseaux sociaux de son entreprise Concord. </text>
	

	<text titre="Prigojine admet des « ingérences »" date="2022 11 09T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2022" mois="11" jour="9" journal_clean="Le Monde" keywords="prigojine" langue="fr"> L’homme d’affaires russe Evgueni Prigojine, proche du président Vladimir Poutine et lié au Groupe Wagner, a admis, lundi 7?novembre, des «?ingérences?» dans les scrutins américains, à la veille des élections de mi-mandat. «?Nous nous sommes ingérés, nous le faisons et nous allons continuer de le faire, a-t-il déclaré, cité dans une publication sur les réseaux sociaux de son entreprise Concord. Avec précaution, précision, de façon chirurgicale, d’une manière qui nous est propre.?» M.?Prigojine, qui fait l’objet de sanctions américaines et européennes, est depuis plusieurs années accusé d’ingérences dans des élections américaines, notamment lors de la présidentielle de 2016. </text>
	

	<text titre="En Afrique, la guerre de l'information russe s'intensifie contre la France" date="2022 11 10T00:00:00" journal="La Croix, no. 42464" auteur="laurent larcher" annee="2022" mois="11" jour="10" journal_clean="La Croix" keywords="continent, source, militaire, information, france, russes, afrique, guerre, champ, informationnel" langue="fr"> «  Bien sûr, les Russes nous mènent une guerre dans le champ informationnel et celui des représentations en Afrique. Leur but ? Nous évincer de ce continent ! » Cette source militaire française, engagée depuis peu dans cette guerre frontale et non conventionnelle que se font Paris et Moscou sur le théâtre africain, précise : «  C'est laRussiequi nous mène cette guerre, c'est elle qui nous a mis dans cette situation d'affrontement. Nous, nous nous défendons ! » Et d'ajouter : «  Pour les Russes, tous les coups sont permis, ce qui ne peut pas être notre cas. » Tous les coups ? Mensonges, mises en scène, corruptions, intimidations, opérations d'intoxication sur les réseaux sociaux, dans les médias alternatifs repris par de faux comptes, par des influenceurs, dont certains sont payés par Moscou et auxquels s'agrègent de vrais comptes de personnes pour qui ces accusations confortent leur représentation du monde. Et les exemples abondent. Le plus terrible, révélé en avril par Paris, fut le faux charnier de Gossi (dans le nord du Mali), attribué à la force Barkhane. Dans cette manipulation, un compte Twitter au profil factice, un certain « Dia Diarra », publie des images d'un charnier en accusant Barkhane d'en être l'auteur. En guise de riposte, l'armée française livre aux médias les images prises par l'un de ses drones sur la mise en scène scabreuse réalisée, selon elle, par des agents russes de Wagner. Seule chose vraie dans ce montage démonté : les cadavres filmés.
Attribuer à son ennemi des actes et des projets scandaleux afin de le décrédibiliser aux yeux de la société dans laquelle il se meut n'est en rien nouveau. « Tout l'art de la guerre est l'art de duper », disait déjà Mao Zedong. Conquérir les esprits par la manipulation, par l'information et la désinformation, par la légitimation de ses actions et la délégitimation de celles des autres a été l'épine dorsale de la guerre froide. En bon ancien agent du KGB, Vladimir Poutine - « l'Homo kagibus », comme le surnomme l'historienne Françoise Thom - perpétue cette pratique en investissant le cyberespace afin d'affaiblir les Occidentaux. Parmi ces cibles, la France en Afrique.   À cette fin, il s'appuie sur la machine de guerre créée par Evgueni Prigojine, homme d'affaires proche du Kremlin : une myriade de sociétés qui s'attaquent aux ennemis désignés par Moscou tout en engrangeant des profits. Cette mégastructure - active dès 2014 en Ukraine et en Syrie - repose sur trois piliers. Le premier est sécuritaire et s'incarne dans la société de mercenaires Wagner. Cette armée privée propose ses services à des régimes menacés par des groupes insurrectionnels. Elle encadre et forme les forces nationales, protège les autorités et s'engage sur le terrain pour neutraliser les ennemis du régime. Le second est économique. Pour financer ses actions, la sphère Prigojine obtient des droits d'exploitation de mines dans les pays où elle intervient. Le troisième pilier assure la propagande en faveur de Moscou et de sa clientèle à travers le Patriot Media Group, une structure composée de onze médias dont l'un, l'Agence de presse fédérale (Ria Fan), est spécialement tourné vers l'Afrique. Créé en 2019, le Patriot Media Group compte aussi 130 médias partenaires, selon le chercheur de l'Irsem Maxime Audinet (1).   Au fil des années, la méthode Prigojine s'est affinée. Dans le champ informationnel, elle pousse les sujets des médias locaux qui lui conviennent et produit ses propres contenus, qu'elle diffuse sur ses canaux de communication. Pour ce faire, elle donne la parole à ceux dont les «?enquêtes?» l'arrangent, s'appuie sur des «?idiots utiles?» (un concept généralement attribué à Lénine), achète des journalistes et des relais d'opinion, crée des médias dans ses pays cibles comme la Radio Lengo Songo en Centrafrique (RCA), produit des dessins animés et des films à grand spectacle qui glorifient son action. Parmi ses outils, les usines à trolls d'où sont lancées ses campagnes antifrançaises ou en faveur de ses «?amis?» sur les réseaux sociaux. «  En Afrique, les Russes en ont installé dans plusieurs pays comme l'Afrique du Sud et le Cameroun », assure un acteur de cette lutte informationnelle. Selon lui, plus d'un millier de faux comptes produisent ou relaient les infox antifrançaises à destination du continent. «  C'est très volatil, les comptes sont lancés de manière opportuniste, désactivés, puis réactivés  »,explique-t-il.   Dans le viseur des Russes, les journalistes récalcitrants. La sphère Prigojine est même soupçonnée d'en avoir assassiné plusieurs, en particulier en Centrafrique : trois Russes et au moins deux Centrafricains, selon une source diplomatique. En conséquence, de moins en moins de monde sur le continent ose critiquer ou déconstruire à visage découvert les actions et les exactions de la sphère Prigojine. « Il faut bien voir que le terrain africain lui est très favorable pour attaquer la France sur le champ informationnel »,observe Caroline Roussy, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). La propagande antifrançaise diffusée par les canaux russes «  reprend et valorise des idées et des perceptions déjà très présentes en Afrique francophone », explique la directrice de recherche.   Parmi les sujets qui préexistent à la propagande russe, le bilan négatif en matière de sécurité de dix ans d'intervention militaire dans le Sahel. « Pour les Sahéliens,Barkhane est un échec et ils n'ont pas eu besoin des Russes pour le penser »,note Jean-Pierre Maulny, de l'Iris. Autres sujets « irritants », pour reprendre l'expression de Caroline Roussy, la manière dont est perçu l'exécutif français en Afrique : « Arrogant et irrespectueux. » «  Les Maliens et les panafricains dénoncent aussi les entorses répétées de la France contre leur souveraineté », ajoute Jean-Pierre Maulny. L'accusation du double jeu attribué aux Français dans le Sahel est aussi très performative : loin de lutter contre les « terroristes », ils les aideraient en sous-main et en profiteraient pour exploiter discrètement les richesses du pays. «  C'est une erreur de penser que ces idées sont minoritaires et celles de gens peu éduqués. Je les entends aussi dans les milieux intellectuels au Niger, au Burkina et au Mali »,témoigne Gwenola Possémé-Rageau, une experte de la jeunesse du continent.   Dans la guerre informationnelle, rappelle Jérôme Pigné du Réseau de réflexion stratégique sur la sécurité au Sahel, il n'y a «  rien de plus facile et de plus efficace que de créer de faux comptes et de diffuser de fausses informations qui plaisent à ceux à qui elles sont destinées ».C'est le secret d'une propagande réussie, théorisait déjà le philosophe Jacques Ellul. «  Or, avec la France,constate Jérôme Pigné, les Russes jouent sur du velours en Afrique. » </text>
	

	<text titre="Le cocktail  Prigojine" date="2022 11 10T00:00:00" journal="La Croix, no. 42464" auteur="jérôme chapuis" annee="2022" mois="11" jour="10" journal_clean="La Croix" keywords="agit, cocktail, prigojine" langue="fr"> Le champ de bataille est virtuel, les armes non létales, mais c'est bien d'une guerre qu'il s'agit. Quand les historiens feront le récit de l'opération Barkhane, qui a officiellement pris fin ce mercredi, ils consacreront au moins un chapitre à la guérilla informationnelle, comme une des explications de l'échec français. Au Mali, comme auparavant en Centrafrique, la Russie est parvenue à discréditer la France, en portant les techniques d'agit-prop à une échelle industrielle. Sur un terrain favorable - le ressentiment à l'égard de l'ancienne puissance coloniale y est très fort -, manipulations, mensonges et diffamations ont prospéré, sapant la confiance des régimes et des populations, jusqu'à rendre impossible la tâche des diplomates et militaires français.
On connaît le cocktail Molotov. On peut parler du cocktail Prigojine, du nom de l'homme d'affaires russe, proche du Kremlin, qui en plus de sa milice privée Wagner entretient dans des pays cibles une armée de propagandistes. Ceux-ci opèrent dans les médias traditionnels ou sur les réseaux sociaux. La recette de celui qu'on surnomme «?le Cuisinier de Poutine?» est simple?: troubler, désunir, affaiblir moralement. La France a mis du temps à prendre la mesure de l'efficacité de ces méthodes, d'autant plus difficiles à contrer qu'elles sont asymétriques?: en matière d'intox, la Russie de Poutine ne se fixe aucune limite.   Dans son discours sur les grands enjeux de la défense nationale hier à Toulon, Emmanuel Macron a annoncé que « l'influence » allait être érigée au rang de « fonction stratégique ».Il s'agit de ne plus rester passif devant les récits que cherchent à imposer des puissances hostiles. C'est d'autant plus urgent que l'espace public de nos démocraties est lui-même concerné. Lundi, veille des élections de mi-mandat, Prigojine a admis publiquement ses ingérences dans la campagne américaine. </text>
	

	<text titre="À Kherson, l'armée russe confrontée à un revers majeur" date="2022 11 11T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24330" auteur="barluet, alain" annee="2022" mois="11" jour="11" journal_clean="Le Figaro" keywords="armée, revers, russe, kherson, soloviev, grave, vladimir, décision" langue="fr"> GUERRE EN UKRAINE« Une décision difficile, une décision triste » : c'est avec la mine des mauvais jours et un ton grave que le chantre médiatique des « faucons » moscovites, Vladimir Soloviev, a longuement commenté la nouvelle, annoncée quelques heures plus tôt, que l'armée russe allait se retirer de Kherson, la principale ville ukrainienne occupée depuis mars dernier .Un retrait aux allures de sérieux revers - même s'il a été accueilli avec prudence à Kiev -, et qui pourrait s'avérer être un tournant la guerre. « Ne pas perdre notre armée est d'une importance fondamentale », a encore argumenté le propagandiste Soloviev, en écho fidèle aux messages officiels destinés à présenter ce revers en nécessité. L'annonce a été fournie mercredi, lors d'une étonnante séquence télévisée au cours de la laquelle le nouveau patron de l' « opération spéciale » en Ukraine, le général Sergueï Sourovikine a présenté un rapport sur la situation militaire évoquant les lourdes pertes infligées à l'ennemi et les performances de la défense anti-aérienne russe. Et c'est parmi les points de ce compte rendu que le général Sourovikine a indiqué le retrait de ses troupes - trente mille hommes, selon certaines sources - pour « sauver (leur) vie et l'efficacité globale du combat ». Cette décision, approuvée en direct par le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, présent lui aussi sur le plateau, a été largement minimisée sur les chaînes fédérales qui l'ont qualifiée de simple « regroupement de forces ». 
Le général Sourovikine a aussi rappelé mercredi que ces événements survenaient après l'évacuation par les Russes de 115 000 habitants de Kherson, située sur la rive occidentale du Dniepr - le grand fleuve qui coupe le pays en deux-, vers sa rive orientale. Ceci, a encore expliqué le chef militaire, afin de protéger ces populations au moment où les Ukrainiens menaçaient de détruire le barrage de Kakhovka, en amont du fleuve, ce qui aurait « créé de vastes zones d'inondations et fait de nombreuses victimes civiles »... En réalité, souffrant de graves carences logistiques, pilonnés sans relâche par l'artillerie ukrainienne et menacés d'encerclement, les Russes n'avaient pas d'autres options que de se retirer sur l'autre rive du Dniepr, pour organiser leur défense le long du fleuve, ainsi que l'a d'ailleurs confirmé Sergueï Sourovikine.   Selon le média en exil Meduza, des « brochures méthodologiques » auraient été préparées par le Kremlin pour justifier le retrait de Kherson, où « la situation est la plus difficile pour l'armée russe au stade actuel ». D'après ces « éléments de langage » , il aurait été suggéré de comparer Vladimir Poutine à Pierre le Grand, qui, au début du XVIIIe siècle, « pendant la guerre avec la Suède, a également retiré ses troupes de Poltava et ainsi sauver ses forces et gagner ». Mais c'est surtout le général Sourovikine, qui a été couvert d'éloges et loué pour sa « décision courageuse » , comparable, selon Vladimir Soloviev, à celle du général Koutouzov évacuant Moscou face à la Grande armée de Napoléon en 1812. Même les partisans du combat à outrance, comme le Tchétchène Ramzan Kadyrov ou le parrain des mercenaires de Wagner, Evguéni Prigojine, ont participé à l'habillage du fiasco, en approuvant un choix ardu mais indispensable. Selon certains commentateurs, la date choisie, au lendemain des « midterms » américaines, s'expliquerait par un souci de ne pas fournir de grain à moudre au camp Biden et à ceux pour qui ce grave insuccès russe plaiderait en faveur de la poursuite de l'aide massive à l'Ukraine.   Une rumeur, aussi improbable qu'invérifiable, courait aussi, selon laquelle le retrait de Kherson aurait fait l'objet d'un « accord » entre Moscou et Washington ... « Il n'y a aucun accord politique derrière cela, c'est une décision strictement militaire », a néanmoins pris la peine d'insister Vladimir Soloviev, l'infatigable camelot de Vladimir Poutine. Ce dernier, vingt-quatre heures après ces événements, ne les avait toujours pas commentés publiquement.   Avec le retrait de Kherson, la perspective d'une offensive russe vers Odessa - c'était l'un des objectifs prioritaires - apparaît sérieusement compromise, sauf à lancer des attaques de missiles ou de drones. Ce départ fragilise aussi le couloir stratégique terrestre entre la Fédération de Russie et la Crimée, plus exposée aux missiles ukrainiens, la péninsule annexée risquant aussi d'être privée d'approvisionnement en eau, si la Russie perd le contrôle du barrage de Kakhovka.  « Le retrait n'est pas synonyme de défaite. (...) Il y aura une offensive, il y a certainement une offensive » ,proclamait jeudi la chaîne nationaliste Tsargrad, en titrant sur « le plan secret de Sourovikine ».Une carte, publiée sur son site, détaillait avec de grosses flèches rouges des attaques tous azimuts... Dans l'immédiat, Moscou, qui a subi de lourdes pertes, veut vraisemblablement se donner le temps d'équiper et de former les dizaines de milliers de soldats mobilisés depuis septembre, non sans accrocs. Avant une éventuelle offensive d'hiver. Pour les Ukrainiens, la consolidation par les forces russes de lignes de défense derrière la barrière du Dniepr pourrait compliquer de futures offensives. Et la « victoire » de Kherson - selon le mot, jeudi, du secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg -, recèle encore des pièges dans une ville très certainement minée et dont le contrôle prendra du temps.   Le retrait n'est pas synonyme de défaite. (...) Il y aura une offensive, il y a certainement une offensive   LA CHAÎNE DE TÉLÉVISION RUSSE TSARGRAD </text>
	

	<text titre="Le retrait de Kherson, un revers russe majeur" date="2022 11 12T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine avec emmanuel grynszpan, cédric pietralunga emmanuel grynszpan, cédric pietralunga et faustine vincent (à paris)" annee="2022" mois="11" jour="12" journal_clean="Le Monde" keywords="situation, militaire, revers, russe, d’un, moscou, mercredi, kherson, simple, novembre, retrait, point, russes" langue="fr"> Moscou - correspondant - C’est au détour d’un simple point de situation militaire que les autorités russes ont annoncé, mercredi 9 novembre, rien de moins que l’abandon de ce qu’elles considèrent comme l’une de leurs capitales régionales. Incapable de résister à la pression militaire ukrainienne, l’armée russe a indiqué qu’elle se retirait de la ville de Kherson et d’une zone attenante de quelque 4 800 km2, pour se regrouper sur la rive gauche du Dniepr, à l’abri du large fleuve qui coupe l’Ukraine en deux.   Le revers est immense, autant militaire que politique. Kherson était la seule capitale d’oblast capturée – presque sans combats – par Moscou lors de son offensive de mars. Elle devait servir de point d’appui à une avancée ultérieure vers Odessa et la Transnistrie. Désormais, c’est la capacité de l’armée russe à mener à bien une telle évacuation de ses troupes, avec barges et ponts flottants, qui est en jeu.
Pertes importantesDepuis le 30 septembre et la tenue d’un référendum fantoche, la ville avait gagné le rang de centre administratif de l’un des quatre-vingt-neuf sujets de la Fédération de Russie. Vladimir Poutine avait alors promis de la défendre « par tous les moyens ».Avant cela, le chef du parti présidentiel, Andreï Tourtchak, assurait que « la Russie est là pour toujours », reprenant le mantra affiché sur des dizaines de panneaux géants installés dans les territoires occupés de l’Ukraine.   Mercredi, sans aller jusqu’à évoquer un « geste de bonne volonté », comme lors des retraites de Kiev et Tchernihiv, le même Tourtchak évoquait une simple « manœuvre » destinée à « défendre la population ».   Aussi frappant que le revers est le soin mis à le dissimuler. L’annonce du retrait de Kherson a été presque noyée dans un long briefing militaire diffusé par la télévision de l’armée. Le commandant en chef de l’ « opération militaire spéciale », le général Sergueï Sourovikine, y assure que « la situation est stable sur tout le front ». Puis, il rapporte les « succès » enregistrés par Moscou dans la région de Donetsk. Dans celle de Kherson, explique-t-il, « nous résistons avec succès aux assauts de l’ennemi », qui subit des « pertes immenses ».   Sans transition, le général Sourovikine poursuit : « Nous allons préserver la vie de nos soldats et la capacité de combat de nos unités. Les maintenir sur la rive droite ne sert à rien. » « Je suis d’accord avec vos conclusions et vos propositions, lui répond le ministre de la défense, Sergueï Choïgou. Procédez au retrait des troupes. »S’il existe une part de vérité dans ces déclarations, c’est que l’enjeu pour Moscou est bel et bien d’éviter un désastre comparable à la débandade observée au mois d’août dans la région de Kharkiv, qui s’était soldée par des pertes en matériel et en hommes importantes. La contre-offensive sur Kherson, moins spectaculaire, avait été lancée à la même époque avec la destruction partielle ou totale, grâce notamment aux lance-roquettes multiples Himars fournis par les Occidentaux, des trois ponts reliant les deux rives du fleuve.   Ces destructions, de même que l’attaque sur le pont de Crimée du 8 octobre, compliquaient le ravitaillement russe. La mobilisation dans l’armée de centaines de milliers de Russes, à partir du mois de septembre, n’aura pas suffi à renforcer le dispositif. A l’inverse, le commandement russe a probablement dû tenir compte de la grogne qui monte en Russie après les pertes importantes subies par plusieurs unités de mobilisés.   Côté ukrainien, il s’agissait aussi d’une course de vitesse, avec l’objectif de bouter les forces russes de la rive droite du Dniepr avant l’hiver, pour interdire une reprise des offensives de Moscou au printemps. Ce succès, une fois matérialisé, devrait stabiliser cette portion du front et, peut-être, déplacer les opérations plus à l’est. Moscou a d’ores et déjà commencé la construction d’une triple ligne de fortifications sur la rive gauche du fleuve, allant de la mer Noire au réservoir de Kakhovka. Ce dispositif doit notamment protéger l’accès à la péninsule de Crimée, annexée en 2014 et que Vladimir Poutine ne peut se permettre de perdre.  Anticipé par les deux campsLe retrait de Kherson avait été anticipé par les deux parties. Moscou affirme avoir procédé à l’évacuation de 115 000 civils, présentés comme volontaires et menacés par la supposée volonté ukrainienne de faire sauter le barrage de Kakhovka. Des statues ont aussi été emportées, et jusqu’aux ossements du prince Grigori Potemkine, amant de Catherine II de Russie et colonisateur du sud de l’Ukraine. Ces derniers jours, la disparition des drapeaux russes de plusieurs bâtiments administratifs avait également alimenté les rumeurs. Mercredi, enfin, l’armée russe a fait sauter plusieurs ponts sur des rivières de la partie nord de la région, donnant enfin corps à une retraite dont le calendrier précis n’a pas été dévoilé.   Jusqu’au bout, pourtant, les forces russes ont cherché à renforcer leurs positions au nord de Kherson, où des combats intenses étaient encore signalés mercredi. Les stratèges russes ont-ils voulu attendre la tenue des élections législatives aux Etats-Unis, pour ne pas affaiblir le camp de ceux, au sein du Parti républicain, qui dénoncent un soutien militaire à l’Ukraine excessif et inutile ?   Les préparatifs ont aussi été menés sur les fronts médiatiques et politiques, tout aussi vitaux. Là, l’objectif est simple : limiter l’humiliation et éviter les questions gênantes. Dès le 7 novembre, le média en exil Meduza, coutumier du fait, dévoilait le contenu des instructions transmises par le Kremlin aux principaux médias. L’accent y était mis sur la volonté de préserver la vie des civils comme des militaires, à la différence des « formations nationalistes terroristes » ukrainiennes qui auraient un « besoin vital » d’avancer pour conserver le soutien de leurs donneurs d’ordre occidentaux.   Mercredi soir, durant le journal télévisé de la chaîne Rossiya 1, le « regroupement des forces » présentes à Kherson était présenté comme une simple péripétie, noyée dans les longs développements du général Sourovikine, diffusés en intégralité, et au même niveau que les « succès » dans le Donbass, le soin apporté à la formation des soldats mobilisés ou les grèves en Belgique.   Autre instruction passée aux médias, selon Meduza: moins donner la parole sur les plateaux de télévision aux responsables politiques connus pour leurs attaques contre l’état-major militaire et sa supposée mollesse. Parmi ces représentants du « parti de la guerre », comme il est désigné par les observateurs, le changement de ton était d’ailleurs perceptible, par rapport aux critiques acerbes qui avaient suivi la déroute de Kharkiv. Des personnalités comme Margarita Simonian, patronne de RT, Evgueni Prigojine, chef des mercenaires de Wagner, ou Ramzan Kadyrov, président de la Tchétchénie, allaient jusqu’à saluer « le courage d’une décision difficile ».   Dès lors, les critiques restaient cantonnées aux réseaux sociaux, et notamment aux chaînes Telegram spécialisées dans le suivi des opérations militaires. Là, les commentateurs dénonçaient une « honte », attribuable à des « traîtres », et s’interrogeaient notamment sur le devenir de la Crimée, où des travaux de fortification étaient également signalés mercredi. Le retour au réel est brutal pour des commentateurs d’ordinaire habitués à réclamer un assaut immédiat sur Mykolaïv, Odessa ou Kharkiv.   Le terrain avait été d’autant mieux préparé que cette décision est attribuée au général Sourovikine, que les médias ont méthodiquement dépeint en impitoyable commandant à poigne. Mercredi soir, c’est de lui qu’est venue la proposition du retrait, que le ministre de la défense, Sergueï Choïgou, n’a fait qu’approuver. Vladimir Poutine, lui, est resté encore plus à l’écart : mercredi soir, il participait aux célébrations du jubilé de l’Agence fédérale de biologie, saluant son travail « efficace » durant la pandémie de Covid-19.  Méfiance des UkrainiensCôté ukrainien, l’opinion comme les experts militaires se partageaient en deux camps : ceux qui accueillaient les annonces russes avec joie et ceux qui restaient méfiants face à un possible piège. Mercredi soir, les troupes ukrainiennes continuaient d’ailleurs de progresser avec une grande prudence. La crainte n’est pas seulement celle des mines ou des tirs de barrage d’artillerie, mais aussi de voir des unités russes entières rester à l’arrière.  « Il existe un risque que l’armée russe laisse derrière elle des soldats déguisés en civils dont la mission sera d’offrir une résistance aux forces ukrainiennes, prévenait ainsi Oleg Jdanov, colonel de réserve et conseiller au ministère de la défense ukrainien. Ces incidents seraient utilisés pour créer l’illusion que l’Ukraine envahit. »A Kiev, les officiels faisaient preuve de la même retenue, en notant que des dizaines de milliers de soldats russes étaient encore positionnés sur la rive droite du Dniepr. « L’ennemi ne nous fait pas de cadeau, nous devons tout gagner, a commenté le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dans son adresse quotidienne.  Nous devons donc faire preuve d’une extrême prudence, sans émotions, sans prise de risque inutile, afin de libérer toute notre terre avec des pertes aussi minimes que possible. » </text>
	

	<text titre="« Le monde russe, qui a déclaré la guerre à la civilisation occidentale, est un monde carcéral »" date="2022 11 14T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="natalia turine" annee="2022" mois="11" jour="14" journal_clean="L'Opinion" keywords="tourne, russe, déclaré, carcéral, occidentale, monde, rond, civilisation, guerre, histoire, monde_carcéral" langue="fr"> Le philosophe Hegel considérait l'histoire comme une spirale. L'histoire russe, elle, est un cercle. Elle tourne en rond comme le font les bagnards lors de leur balade obligatoire dans la cour froide et sombre de leur triste prison. Chaque jour de la vie d'un bagnard ressemble au précédent et au suivant. Rien ne change.
La « prison » russe est construite sur la conviction solide que nous, les Russes, nous ne faisons pas partie du monde commun. Nous sommes d'une autre galaxie, d'une autre planète. Peu importe que cette planète manque d'oxygène et de lumière. Nous sommes différents. Nous ne voulons pas vivre comme « eux » ? les autres. Occidentaux, par exemple. Car pour être comme « eux », il nous faudrait faire des choix, travailler, nous remettre en question, décider. Oui, « eux », ils sont plus rationnels, mais nous, on est spirituels. Oui, « eux » choisissent leur destin, mais ils ne comprennent pas le sacré. Oui, notre monarque nous vole, on n'a aucun droit, on tourne en rond en attendant la distribution du maigre repas carcéral. Mais le gouffre entre la Russie et le reste du monde est bien plus important qu'entre le pouvoir russe et son peuple.   Isolationnisme. Ce pouvoir change parfois de nom. Ivan le Terrible, Pierre le Grand, Staline, Poutine. Mais son essence a toujours été l'isolationnisme. La philosophie russe, c'est la justification du séparatisme dans sa forme la plus radicale: si le monde progresse, la Russie va faire des efforts incommensurables pour que tout reste comme avant ; si le monde rêve du paradis, nous, les Russes, irons en enfer.   Le dernier dictateur russe légitimement élu par ses vassaux n'a pas besoin des technologies politiques pour diriger les masses. Il lui suffit, croit-il à juste titre, de bouger le petit doigt pour mettre le pays en garde-à-vous. L'ancien étudiant en droit Vladimir Poutine est un conformiste et, en bon élève moyen, il aime justifier ses propos par des citations de philosophes ou d'historiens. Ces derniers temps, son favori est Ivan Ilyine (1883-1954). La philosophie d'Ilyine, qui émigra en 1922 et mourut en Suisse, est l'apologie du dictateur. Selon sa doctrine, l'homme est un animal méchant, une bête qui a besoin de dressage permanent. Elle ne peut s'accomplir que dans l'amour fanatique pour son maître. Ilyine est la légitimisation du monde carcéral russe. Car le monde russe, ce monde qui a déclaré la guerre à la civilisation occidentale, est bien un monde carcéral.   Dans l'inconscient collectif russe, le KGB (ou Tchéka, NKVD, FSB, comme on voudra)   est une machine de répression, mais la prison est un lieu de résistance. A toutes les époques, les meilleurs esprits russes sont passés par le bagne. Les officiers nobles de l'empire et ses écrivains, les scientifiques soviétiques et la nomenklatura, les héros révolutionnaires et les riches bourgeois, les popes et les rabbins, les divas et le corps de ballet, les favorites et les femmes légitimes des chefs et les chefs eux-mêmes. La moitié du pays en prison a été   gardée par l'autre moitié, en liberté conditionnelle. En 1917, la moitié du pays a déclaré que l'autre moitié n'avait plus le droit d'exister. En 2022, les Russes ont décidé qu'en Ukraine, il y a des Russes qui se prennent pour des Ukrainiens, et qu'il fallait les dresser jusqu'à ce qu'ils ne redeviennent normaux. Russes, donc.   Le culte du bagne ne date pas d'hier. De marginale, la culture carcérale est devenue canonique, convenable. Le vocabulaire codé des prisonniers a déménagé vers les salons de l'establishment. Les Russes aiment et respectent le folklore carcéral et les légendes des bandits. Le célèbre chanteur dissident Vladimir Vyssotski (1938-1980) était devenu le grand ami du premier milliardaire soviétique Vadim Tumanov ? un petit taulard devenu parrain du diamant ? parce que ses chansons lui brisaient le coeur fossilisé dans les mines du goulag.   Toute personne passée par le goulag reçoit une indulgence populaire. C'est une sorte de distinction. Notre Légion d'honneur. Peu importe pourquoi on s'y retrouvait: si tu reviens de là-bas, tu es quelqu'un. Et si tu y meurs, tu deviens une légende.   Bouffons. En Russie, nul ne jurait aussi crûment que les nobles et les intellectuels. Pendant longtemps, ce phénomène est resté sans explication. J'entends encore ma grandmère expliquer, comme les autres dames de la bonne société : « Le goulag, c'est simple. On était tous là, nous. Les bolcheviks étaient dehors. » Et elle allumait une cigarette russe, une papyros « Belomor Canal », du nom du plus grand goulag de la Mer blanche, avant d'enchaîner les anecdotes racontées avec le panache du vocabulaire carcéral.   C'est dans ce respect ancestral pour la figure du prisonnier que l'on trouve l'explication des gestes suicidaires d'opposants au régime. Ainsi Alexeï Navalny est revenu en Russie pour qu'on l'arrête, malgré les protestations des proches amis qui ne comprenaient pas le sens de cet acte irrationnel. Mais Navalny savait que le symbole d'un chef de l'opposition martyr est plus fort que des actes des partisans en liberté. S'attendait-il à une réaction du peuple suite à son arrestation? Probablement pas. Les Russes aiment des martyrs, morts et canonisés.   On notera que Poutine n'a pas fermé les frontières, comme c'était le cas à l'époque soviétique.   Il permet ainsi aux familles de fidèles de voyager, mais également aux « grandes gueules » de l'opposition de partir. Pourtant, les plus emblématiques choisissent le bagne. Ceux qui choisissent la liberté en Occident terminent souvent mal, Soljenitsyne en est un exemple. Les dissidents les plus inflexibles deviennent souvent les plus noirs réactionnaires.   Les pires sont les bouffons qui rêvassent d'un gouvernement en exil avec eux à sa tête. Leurs forums et cocktails à Londres ou à Vilnius ressemblent aux parvis des églises où, entre mendiants, la concurrence pour une petite pièce est la plus forte.   La vie d'un Russe en liberté ne vaut rien. Elle vaut encore moins en prison. D'où le culte de la mort. Violente et insensée. Les Russes ne croient pas dans la loi, mais ils croient dans les « notions de la pègre ». Vivre selon elles, voilà la règle. Tu as menti ? tu meurs; tu as manqué de respect ? tu meurs; tu as trahi ? tu meurs. Une fois mort, on est tous égaux. Le rêve de la révolution bolchevique est ainsi accompli. Plus de classes, plus de communautés. Que des morts égaux. C'est pour ça que les vrais communistes se consacrent à tuer.   Back In USSR n'est pas une chanson des Beatles. C'est une chanson triste des taulards. De force, Poutine va conduire son peuple au paradis de la dictature d'égalité. Et s'il y a une vie après la mort, il faudra bien un chef pour contenir ces « âmes mortes » (Gogol).   Dinosaure. L'ancien du KGB partira peutêtre à la retraite dans un monastère très chic, mais oublié des dieux. Peut-être se réfugierat-il en Chine? C'est alors qu'Evgueni Prigojine, patron de la société Wagner, pourrait ramasser le bâton pour garder les brebis. Il est un bon pasteur, un authentique, un des leurs. Il est passé par là. Huit ans dans un camp, ça ne s'achète pas. Respect, en vertu des « notions de la pègre ». On a vu récemment Evgueni Prigojine recruter des mercenaires en prison pour les envoyer combattre en Ukraine. Ceux qui, à   l'Ouest, excluent totalement la possibilité que Prigojine puisse remplacer Poutine sur le trône de la Russie ont tort. C'est une vieille blague russe : quelle est la probabilité qu'une jeune mannequin rencontre un dinosaure ? 50 %. Pourquoi ? Soit elle le rencontre, soit elle ne le rencontre pas. Cela vaut aussi pour Prigojine au Kremlin...   Une chose est certaine, en revanche: dans les prisons russes, votre statut se mesure par la distance entre vous et le seau des excréments. Plus vous en êtes près, et plus vous êtes en bas de la hiérarchie des prisonniers. Ironie de l'histoire: cette année, à la veille de l'anniversaire de la révolution d'Octobre, le 7 novembre (selon le calendrier grégorien), la ville de Volgograd (ex-Tsaristyne, ex-Stalingrad) a été littéralement inondée par les excréments, suite à une avarie majeure, dans un pays où les canalisations ont toujours été problématiques... Un collecteur a explosé, privant plus de 200000 personnes d'eau et de toilettes pendant quatre jours. Le lieu le plus endommagé de la ville est le musée « Rossia, moïa istoria ». C'est-à-dire: « Russie, mon histoire ». Dans la merde, littéralement.   Natalia Turine   Une éditrice opposante à Poutine Fille d'un diplomate et militaire soviétique, née en Allemagne et ayant grandi en France, Natalia Turine a débuté comme journaliste à la télévision dans la Russie de Gorbatchev. Résidant à Paris depuis 1990, elle a créé sa maison d'édition, Louison, et racheté la Libraire du Globe, spécialisée sur le monde russe. Elle anime la chaîne Youtube Global Tok, sur la base de longs entretiens. Très critique envers le régime de Poutine, elle affiche son soutien à l'Ukraine.   « C'est dans ce respect ancestral pour la figure du prisonnier que l'on trouve l'explication des gestes suicidaires d'opposants au régime. Ainsi Alexeï Navalny est revenu en Russie pour qu'on l'arrête » </text>
	

	<text titre="Brutale exécution d’un déserteur de Wagner" date="2022 11 15T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2022" mois="11" jour="15" journal_clean="Le Monde" keywords="evgueni, déserteur, d’un, wagner, côté, exécution, russes, j’ai" langue="fr"> Moscou - correspondant - Je suis Evgueni Anatolievitch Noujine, né en 1967. J’ai rejoint le front dans le but de passer du côté ukrainien et de me battre contre les Russes. Le 4 septembre, j’ai mis en œuvre mon plan. Le 11 novembre, dans une rue de Kiev, j’ai reçu un coup sur la tête et j’ai perdu connaissance. Je me suis réveillé dans cette cave où on m’a indiqué qu’on allait me juger. »L’homme qui parle a le visage attaché à une brique par du film plastique. Il a à peine le temps de finir sa phrase qu’un violent coup de masse s’abat sur sa tempe. Il est ensuite achevé au sol d’un second coup. La vidéo est apparue dimanche 13 novembre sur une chaîne Telegram proche du groupe de mercenaires Wagner. « Le traître a reçu la punition traditionnelle wagnérienne » , dit le commentaire. Depuis l’exécution, en 2019, d’un déserteur de l’armée syrienne, démembré et brûlé, la masse ressemble presque à une signature pour cette société militaire privée qui a exporté ses méthodes brutales dans le monde entier.
Le visage ceint de plastique n’est pas inconnu. Après sa reddition, Evgueni Noujine avait donné plusieurs entretiens à des médias ukrainiens, affirmant parler librement. Il y racontait son parcours : emprisonné depuis 1999 pour meurtre et tentative d’évasion, l’homme avait saisi la possibilité d’une sortie de prison en rejoignant les rangs de Wagner ; surtout, il affirmait avoir eu l’intention dès le début de déserter pour combattre du côté de l’Ukraine, « victime » d’une agression russe.   A l’époque, ce récit avait été contesté. L’homme, ancien du ministère de l’intérieur, purgeait sa peine dans une prison réputée privilégiée. Il affichait sur les réseaux sociaux un franc soutien à « l’opération spéciale » – et sur le torse un tatouage de croix gammée.  Dissuader les désertionsPour Wagner, ces interrogations sont secondaires. La priorité semble de dissuader les désertions et les refus de combattre, qui touchent toute l’armée. Le groupe avait déjà laissé entendre il y a quelques jours avoir exécuté l’un de ses combattants, ne filmant cette fois que l’interrogatoire du soldat au visage tuméfié.   Par cette exécution publique, Wagner et son patron, Evgueni Prigojine, montrent aussi que tout leur est permis, y compris sur le sol russe, y compris contre des Russes. M. Prigojine a ainsi revendiqué les faits, dimanche, avec l’ironie glaçante dont il est coutumier : « Il n’a pas trouvé le bonheur en Ukraine et a fini par rencontrer des gens durs mais justes. Ce film devrait s’appeler “une mort de chien pour un chien”. Excellente réalisation, qui se regarde d’un souffle. Aucun animal n’a souffert durant le tournage. »Le comité d’enquête, institution d’ordinaire prompte à déclencher des investigations à tout sujet, n’avait pas réagi, lundi.   L’épisode pose aussi question quant à l’attitude de Kiev. L’idée que Noujine aurait été enlevé en pleine rue suscite des doutes. Les observateurs russes penchent plutôt pour un échange de prisonniers. L’un d’eux a bien eu lieu le 11 novembre, avec 45 Ukrainiens rendus et aucune précision donnée côté russe. Certaines sources vont jusqu’à affirmer que Noujine a été échangé contre vingt Ukrainiens détenus par Wagner. </text>
	

	<text titre="Kherson, tournant de la guerre en Ukraine" date="2022 11 15T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2022" mois="11" jour="15" journal_clean="Le Monde" keywords="déjà, kherson, tournant, guerre, d’une, ukraine" langue="fr"> Images de joie intense au milieu d’une guerre qui a déjà causé des dizaines de milliers de morts et des destructions massives, les scènes de liesse, les fleurs offertes par les habitants de Kherson aux soldats ukrainiens qui ont libéré la ville, vendredi 11 novembre, après presque neuf mois d’occupation russe, ont de quoi réjouir. Non seulement parce que le retrait russe a été opéré sans chaos ni pertes civiles, mais aussi parce que la chute de Kherson constitue un tournant dans la guerre d’agression lancée, le 24 février, par Vladimir Poutine contre son voisin.   Rappeler que, le 30 septembre, le président russe proclamait Kherson « russe pour toujours » lors de son annexion illégale donne la mesure de l’immense revers militaire et politique que constitue pour la Russie de Vladimir Poutine le retrait forcé de cette ville, seule capitale d’une région (oblast) prise par Moscou en mars. Résultat de la pression exercée par les forces ukrainiennes, cette défaite militaire est si flagrante qu’elle a contraint le chef du Kremlin à adopter son attitude des jours de mauvaises nouvelles : le silence total. Le temps semble loin où M. Poutine menaçait de représailles nucléaires en cas d’avancée ukrainienne sur des territoires qu’il tient pour russes. Kiev reconquiert son territoire sans tenir compte des intimidations et la parole du président russe se trouve affaiblie.
Décisive, la libération de Kherson change la physionomie du conflit : la Crimée, annexée par Moscou en 2014 et longtemps perçue comme difficile à reprendre, redevient exposée à la contre-offensive des Ukrainiens. Le canal qui alimente la péninsule en eau n’est plus qu’à 5 kilomètres de leurs canons, tout comme la ligne de chemin de fer qui approvisionne les forces russes. L’hiver approchant est certes une lourde perspective pour les soldats de Kiev, mais elle l’est plus encore pour les Russes, qui disposent d’armes moins précises et dont les approvisionnements sont plus aléatoires.   La retraite russe à Kherson rend de moins en moins hypothétique la perspective d’une défaite russe et semble éloigner pour le moment celle de négociations ouvertes. Alors qu’aux Etats-Unis commençaient à se multiplier des voix critiquant le coût du soutien militaire à l’Ukraine et appelant Kiev à modérer ses revendications, les avancées ukrainiennes sur le terrain soulignent au contraire la nécessité impérieuse d’une poursuite du soutien décisif des Etats occidentaux. Le maintien d’une majorité démocrate au Sénat américain au lendemain des élections de mi-mandat et l’hommage, par la Maison Blanche, à l’ « extraordinaire victoire »de Kherson vont dans ce sens.   Si l’on considère que le destin de Vladimir Poutine est lié au sort des armes en Ukraine après qu’il a fermé toute issue diplomatique, les événements de Kherson peuvent constituer aussi un « tournant » politique en Russie. A cet égard, la décision d’Evgueni Prigojine, chef des mercenaires Wagner et proche du président russe, de permettre la mise en scène, par une vidéo diffusée sur Internet, de l’atroce exécution d’un de ses hommes, accusé de désertion en Ukraine, souligne le risque d’une spirale de la sauvagerie dans le conflit. L’odieuse exploitation de ce crime de guerre, l’un des nombreux déjà commis sur le terrain ukrainien, ne fait que renforcer la nécessité d’une mobilisation de toutes les armes du droit international pour se préparer à en juger les auteurs. </text>
	

	<text titre="Russie : les visées politiques de  Prigojine" date="2022 11 18T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2022" mois="11" jour="18" journal_clean="Le Monde" keywords="d’affaires, politiques, s’était, prigojine, russie, politique, d’evgueni" langue="fr"> Moscou - correspondant - La première entrée en politique d’Evgueni Prigojine, en 2020, s’était soldée par un échec. A l’époque, l’homme d’affaires pétersbourgeois, connu depuis lors pour être le fondateur de la compagnie de mercenaires Wagner et des « usines à trolls » inondant les réseaux sociaux, avait tenté un rapprochement avec le parti nationaliste Rodina (« patrie »), dans la perspective des élections législatives de l’année suivante. L’affaire s’était conclue par une brouille – « une très mauvaise expérience », résumait l’intéressé.   La leçon a été apprise : mieux vaut être seul maître à bord. C’est fort de ce constat que M. Prigojine prépare le lancement prochain, selon le site d’information Meduza, d’un « mouvementpolitique conservateur » entièrement à son service. Deux proches de Vladimir Poutine, les frères Kovaltchouk, deux oligarques également originaires de Saint-Pétersbourg, seraient de l’aventure, mais dans le rôle évident de seconds couteaux et de financiers.
Ce grand saut a quelque chose d’une évidence : Evgueni Prigojine possède tout ce qu’il faut pour faire de la politique en Russie – l’assentiment du Kremlin, un empire médiatique, de l’argent, et aussi un sens certain de la provocation. Ce à quoi il faut désormais ajouter la légitimité nouvelle offerte par son engagement dans l’« opération spéciale » en Ukraine et la réputation d’efficacité qu’y ont gagnée ses mercenaires.   Restait encore un obstacle, le culte obsessionnel du secret que cultive l’ancien bandit de 61 ans. C’est précisément le conflit en Ukraine qui l’a vu, pour la première fois dans une longue carrière nimbée de mystère, chercher la lumière. Les innombrables sites Internet qu’il contrôle ont ainsi distillé les images de ses déplacements sur le front, descendant d’hélicoptère, cartes d’état-major en main, médailles épinglées à la poitrine.   En septembre, M. Prigojine a aussi reconnu être le fondateur de Wagner, alors qu’il intentait auparavant des procès en diffamation à tour de bras sur le sujet et que les sociétés militaires privées sont toujours, en théorie, interdites en Russie. Semblant prendre du plaisir à ce grand déballage, il avait aussi reconnu, peu avant les élections américaines de novembre, des « ingérences » dans les scrutins passés de ce pays. Washington et Bruxelles ont placé dès 2014 le personnage et sa société principale, Concord, sous sanctions.   Le « chef de Poutine » (ce surnom lui vient des restaurants de luxe ouverts à Saint-Pétersbourg dans les années 1990, puis des contrats mirobolants passés avec le ministère de la défense) s’est surtout illustré par ses critiques acerbes du commandement militaire russe, accusé de mollesse en Ukraine. En passant une alliance de circonstance avec le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, Evgueni Prigojine a même obtenu la tête d’un général, Alexandre Lapine, rendu responsable de la désastreuse retraite de Kharkiv. Signe que ses prises de position sont très froidement calculées, il a, à l’inverse, salué la décision « responsable » du retrait de Kherson, s’alignant ainsi sur les exigences du Kremlin.  Jadis emprisonné pour banditismeCet activisme forcené a permis à l’entrepreneur d’asseoir son image de dur parmi les durs, adepte de la manière forte, profil pour lequel il existe une demande forte dans la frange ultranationaliste et radicale de l’opinion.   Sur les sites spécialisés, les commentateurs ne jurent ainsi que par « l’efficacité » de Wagner et la détermination de son chef – mouvement qu’il est toutefois difficile d’évaluer, puisque l’entrepreneur finance nombre de ces chaînes Telegram, machines à diffuser des fausses informations destinées avant tout à attaquer ses ennemis.   Evgueni Prigojine fait même de son passé de détenu une force. Lui qui a été emprisonné de 1981 à 1990 pour banditisme et divers vols a ainsi fait fuiter les images de ses visites en prison pour recruter des mercenaires pour Wagner. Le 11 novembre, répondant à une question écrite d’un site sibérien, il a même théorisé la chose : « Les prisonniers ont un niveau de conscience bien plus élevé que celui de l’élite russe. » Pour Meduza, une telle déclaration donne aussi une indication sur l’orientation de ce futur mouvement qu’il s’apprêterait à lancer : une formation ultranationaliste s’adressant à la Russie des petites villes. Selon M. Prigojine, les élites russes ont ainsi « choisi leur confort plutôt que le bien du peuple », en refusant notamment d’envoyer leurs enfants combattre.   Que cherche le richissime homme d’affaires en s’exposant de la sorte ? Evgueni Prigojine a bâti l’intégralité de sa carrière sur son sens de l’initiative, sa capacité à mélanger affaires publiques et privées. C’est ce qui a guidé la création des « fermes à trolls » dès 2013, avec l’Internet Research Agency. La même démarche a été à l’origine de son action à l’étranger, depuis la Syrie et la Libye en passant par la République centrafricaine, avec les mercenaires du Groupe Wagner ou le déploiement de consultants politiques. Ces derniers ont aussi cherché à étendre leur action en Europe et aux Etats-Unis, avec la création de fausses ONG de défense de droits humains ou de lutte contre les violences policières.  « Entrepreneur géopolitique »Autant d’initiatives, sous le contrôle plus ou moins direct du Kremlin, qui lui ont permis non seulement de s’enrichir, en prenant par exemple le contrôle du pétrole syrien ou des diamants centrafricains, mais aussi d’accroître son influence auprès du pouvoir. L’ « entrepreneur géopolitique » Prigojine, selon la formule de la politologue Tatiana Stanovaya, sent parfaitement l’air du temps – et celui-ci, dans la Russie de l’« opération spéciale », réclame du sang. L’homme veut renforcer encore son rôle, voire s’imposer dans le cercle restreint des proches qui ont encore l’oreille de Vladimir Poutine.   Ses messages envoyés tout récemment sont clairs : alors qu’il s’en était déjà pris publiquement au gouverneur de Saint-Pétersbourg, Alexander Beglov, son rival local, l’entrepreneur a franchi un cap, le 14 novembre, en l’accusant de « haute trahison ». Le même jour, il a aussi revendiqué, par un commentaire sarcastique mais sans ambiguïté, l’exécution à la masse, par des mercenaires de Wagner, d’un déserteur du groupe. Il a ensuite publié un démenti aux allures de trolling, sa spécialité, évoquant une piste menant… aux services secrets américains.   Le nom Prigojine était déjà associé à des épisodes de violence, qu’il s’agisse de menaces contre des journalistes, de l’empoisonnement d’un opposant, ou encore de la mort en Centrafrique de trois journalistes russes, en 2018. Mais ce dernier message rigolard, couplé au fait qu’aucune enquête officielle n’a été ouverte sur l’exécution sauvage du supposé « déserteur », envoie le signal que tout lui est dorénavant autorisé, non seulement sur des théâtres lointains, mais en Russie même.   Pour plusieurs politologues russes, l’entrepreneur cherche aussi à se positionner dans la perspective de l’après-Poutine, en occupant un créneau radical mais porteur dans la Russie de 2022. De là à l’imaginer prêt à aller contre le pouvoir en place, il n’y a qu’un pas. « Prigojine et Kadyrov sont la force qui gouvernera la Russie après Poutine , veut croire Alfred Koch, un ancien vice-premier ministre de Boris Eltsine, désormais exilé. Et Poutine n’est vivant et est en bonne santé que jusqu’à ce que ce couple se sente plus fort que l’armée. Dès que cela se produira, ils auront entre les mains une tabatière et un foulard [référence à l’assassinat du tsar Paul Ier en 1801] et ils arriveront immédiatement dans les appartements de Poutine. »Quel que soit le sérieux de cette prédiction, l’ascension d’Evgueni Prigojine suscite bel et bien une rancœur importante au sein de l’armée, sans compter la haine tenace que lui vouent nombre d’agents du FSB, les services russes de sécurité, et la peur qu’il suscite au sein de l’élite. Sa posture reste toutefois bien opportune pour le pouvoir. De tels profils ont en effet toujours existé durant le règne de Vladimir Poutine – des radicaux dont l’existence même est censée rassurer, à l’intérieur comme à l’extérieur, sur le positionnement « modéré » du président.   Ces personnages, à l’instar d’un Vladimir Jirinovski (chef historique du parti ultranationaliste LDPR, mort en avril), se contentaient de vociférer leurs fantasmes de guerre nucléaire sur les plateaux de télévision. La nouveauté est que, désormais, ils ont des armées privées, avec artillerie et aviation, et pour emblème une masse tachée de sang. </text>
	

	<text titre="Des milliers de prisonniers russes envoyés en Ukraine" date="2022 11 18T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="emmanuel grynszpan" annee="2022" mois="11" jour="18" journal_clean="Le Monde" keywords="d’affaires, condamnations, evgueni, pouvoir, peine, russe, envoyés, l’homme, prisonniers, prigojine, russes, prison, d’etat" langue="fr"> Sans aucune fonction officielle dans l’appareil d’Etat russe, l’homme d’affaires Evgueni Prigojine possède le pouvoir de commuer en peine capitale les condamnations à la prison. Par dizaines de milliers, il sort les détenus russes de leurs cellules pour les recaser dans des sections d’assaut sur le front ukrainien, avec peu de chance d’en réchapper. Sa société militaire privée (SMP) nommée Wagner rend ainsi un grand service au chef d’Etat russe, Vladimir Poutine, qui peine à regarnir les rangs de son armée d’invasion déjà en partie décimée.   Les pertes sont effroyables. « Quatre-vingt-dix-neuf pour-cent périssent », assure au Monde Olga Romanova, fondatrice de Rus Sidiachaïa (« la Russie à l’ombre »), une ONG défendant les droits des prisonniers depuis 2008. « Sur la première fournée de détenus envoyés au front en juin, soit 500 prisonniers, seuls deux sont encore en vie » , poursuit la militante qui vit à Berlin depuis 2017 pour échapper à des poursuites judiciaires à caractère politique. Les deux rescapés, Andreï Yastrebov et Semion Paltchevsky, souffrent tous deux de blessures graves. La mère du premier a reçu 151 000 roubles (2 400 euros) en liquide dans une enveloppe remise par des employés du Groupe Wagner, selon Vladimir Osetchkine, fondateur de l’ONG Gulagu.net. Le second, dont la main gauche est paralysée, serait sorti de l’hôpital et se trouverait toujours sur le front.
Chair à canonLes premiers prisonniers combattants de la SMP Wagner sont apparus sur le champ de bataille le 14 juillet, à Vouhlehirsk, dans la région de Donetsk. Menant des assauts frontaux extraordinairement risqués, ils ont tout de suite été identifiés par les militaires ukrainiens pour leur capacité à répéter des attaques en dépit de pertes très lourdes. Cet emploi primitif de la chair à canon a permis aux forces russes de gagner du terrain au début de l’été, avant de buter sur la ville de Bakhmout, où se concentrent une partie des unités Wagner. « Ils sont exclusivement déployés en première ligne. Derrière eux se trouvent les “troupes barrières”[chargées de tirer sur les soldats de première ligne au cas où ils reculeraient], puis les mobilisés et enfin les soldats professionnels », résume Olga Romanova.   Selon Rus Sidiachaïa, qui dit posséder des informateurs « dans toutes les prisons, maisons d’arrêt et colonies pénitentiaires de Russie », la SMP Wagner aurait déjà constitué une armée d’environ 30 000 à 35 000 détenus depuis juin, date du démarrage de la campagne de recrutement dans les prisons. « Nos sources nous communiquent chaque jour le nombre de prisonniers qui ont signé avec Wagner, et le nombre de ceux qui sont transférés », précise Olga Romanova.   A l’heure actuelle, 25 000 combattent sur le front. Les 5 000 fraîchement recrutés sont entraînés sur trois bases connues de la SMP Wagner, dans les régions russes de Rostov, de Voronej et de Koursk, frontalières de l’Ukraine. Leur existence constitue un indice de la manne financière grandissante d’Evgueni Prigojine. Avant l’invasion de l’Ukraine, la SMP Wagner n’opérait que sur une seule base militaire, dans la région de Krasnodar (sud-ouest), pour former ses mercenaires destinés à combattre en Syrie et sur le continent africain.   Les détenus russes qui s’engagent pour l’Ukraine sont pour la plupart recrutés par l’homme d’affaires en personne. Dans une vidéo publiée le 14 octobre par des alliés de l’opposant Alexeï Navalny, lui-même incarcéré, on voit Evgueni Prigojine haranguer des prisonniers de la maison d’arrêt no 15 de Bataïsk, dans la région de Rostov, réunis en demi-cercle autour de lui. S’exprimant avec des intonations de bandit et dans un jargon de prison plein de connotations sexuelles, le patron des Wagner promet la liberté automatique au bout de six mois à ceux qui s’engagent, sans la moindre base légale pour cela.   Ses mots font mouche : d’après les statistiques compilées par Rus Sidiachaïa, un tiers des détenus en moyenne finit par signer un contrat. Le recruteur précise pourtant que ces hommes ont pour mission de partir à l’assaut et que les chances de survie sont faibles. Qui recule, se rend ou déserte est liquidé sur-le-champ. Menace déjà mise à exécution, selon la fondatrice de l’ONG, qui cite le chiffre d’au moins 40 détenus recrutés assassinés par leurs propres congénères.  « Blanc-seing » du pouvoir« Prigojine apprécie visiblement cette activité de recrutement, puisqu’il visite les prisons une par une , affirme Olga Romanova. Pour l’instant, il n’a visité qu’une moitié des centres de détention russes et commence à peine à recruter en Sibérie » – où se trouve la majeure partie de l’archipel des colonies pénitentiaires. Une démarche illégale à plus d’un titre. La loi russe punit en effet de peines de prison le mercenariat et l’activité de recrutement à cette fin. Extraire un détenu de son lieu de détention pour l’employer par une société privée, lui fournir des armes et l’envoyer à l’étranger constituent autant de délits passibles de condamnations. « Si Prigojine peut librement procéder à une campagne de recrutement dans les prisons russes, cela signifie qu’il a obtenu un blanc-seing en plus haut lieu. Seul Poutine a pu lui donner un tel pouvoir » , estime Olga Romanova.   Plusieurs sites d’information indépendants (Holod, Taïga et Vajnie istorii) ont recueilli les témoignages de proches de détenus visités par l’entrepreneur. Il en ressort qu’un protocole radical est mis en place dans les prisons visitées. Les proches cessent brutalement d’avoir quelque contact que ce soit avec les détenus et perdent leur trace. L’administration carcérale refuse de donner la moindre explication. Jamais, depuis l’ère stalinienne, la vie humaine n’avait à ce point été dévalorisée en Russie. </text>
	

	<text titre="En Russie, l’ambition politique du patron des Wagner" date="2022 11 18T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2022" mois="11" jour="18" journal_clean="Le Monde" langue="fr"> - Evgueni Prigojine capitalise sur l’engagement de ses mercenaires en Ukraine   - Il recrute des milliers de détenus pour les envoyer en première ligne des combats </text>
	

	<text titre="Françoise Thom : « Comme toujours en Russie, cela finira par une nouvelle autocratie »" date="2022 11 28T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24344" auteur="lasserre, isabelle" annee="2022" mois="11" jour="28" journal_clean="Le Figaro" keywords="nouvelle, françoise, éditions, poutine, soviétique, finira, histoire, russie, autocratie, nouvelle_autocratie, puissance" langue="fr"> SPÉCIALISTE de la Russie, Françoise Thom vient de publier La Marche à rebours. Regards sur l'histoire soviétique et russeaux Éditions de la Sorbonne, ainsi que Poutine ou l'obsession de la puissance aux Éditions du Rocher.  LE FIGARO. - Comment envisagez-vous la fin de Vladimir Poutine ?Françoise THOM. - L'histoire ne se répète jamais, mais il existe des particularités dans la construction politique russe qu'il est utile de rappeler. Le régime russe, peut-être davantage encore que le régime communiste soviétique, s'est construit autour d'une personnalité, d'un chef, dont dépend toute la pyramide du pouvoir. C'est encore plus vrai avec Vladimir Poutine, car il a, quand il est arrivé au pouvoir, détruit les institutions, réduit à néant les initiatives locales et effacé l'embryon d'État que Boris Eltsine avait commencé à créer.
Si bien que le jour où Vladimir Poutine sera mis à l'écart ou assassiné, si ce jour arrive, on peut s'attendre à une gigantesque crise. On s'apercevra, à ce moment-là, qu'il n'y a pas d'État russe ! On commence à le voir en Ukraine, où le Kremlin est incapable d'organiser l'effort de guerre. La guerre russe en Ukraine montre le début de la désagrégation de la verticale du pouvoir, qui remplace l'État comme le Parti communiste remplaçait l'État sous l'URSS. Au moins à l'époque soviétique y avait-il un « politburo » , qui limitait le pouvoir des secrétaires généraux, même celui de Staline. Avec Vladimir Poutine, le pouvoir est devenu totalement autocratique. Il y a bien des oligarques autour de lui, mais politiquement, ils n'ont pas d'existence.  La fin de Vladimir Poutine entraînerait donc le chaos ?On pourrait en tout cas s'attendre à une crise grave, consécutive à la désagrégation de la verticale du pouvoir. On en voit déjà les premiers symptômes, avec la fragmentation des forces armées en bandes : celle de Kadyrov, celle de Prigogine, les forces spéciales de l'armée, celles du FSB et de la Garde nationale, ou encore les forces des gouverneurs régionaux, à qui Poutine a donné le droit d'organiser leur propre défense quand il redoutait des troubles politiques dans la population après avoir décrété la mobilisation partielle. Quand les Russes reflueront d'Ukraine, les recrues mobilisées par Prigojine dans les prisons constitueront un ferment considérable de troubles et d'anarchie. Comme quand en 1953, à la mort de Staline, l'ouverture des portes du goulag par Beria avait été suivie d'une grosse vague de criminalité.  Quels sont les scénarios possibles ?J'en vois deux. Le premier serait une transition contrôlée à l'issue d'un accord entre les élites. Prigojine ou Kadyrov sont pour l'instant des épouvantails, comme l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski le fut à l'époque de Gorbatchev et de Boris Eltsine. Des éléments favorables à un semblant de libéralisation émergeront peut-être du KGB. Ce ne seront pas des démocrates, mais ils tenteront de se rabibocher avec l'Occident, en se présentant comme des réformateurs pragmatiques. Jusque-là, Poutine était inamovible parce que les élites et une partie de la population avaient cru qu'il avait reconstitué la puissance de la Russie. Mais depuis qu'il a commencé à saborder les piliers de son pouvoir, notamment l'armée, Gazprom et le pétrole, les élites se détournent de lui. Leur objectif sera sans doute de revenir à la Russie des années 2000, celle qui vendait du pétrole et du gaz à l'Europe. Ils auront pour but d'obtenir la levée des sanctions.  Et le deuxième scénario ?Il n'est pas certain que la transition reste contrôlée. Peut-être que les petites équipes qui l'auront organisée seront rapidement balayées. La question à laquelle on ne peut pas répondre, c'est de savoir si on assistera à une rébellion des régions de Russie, qui ont été sacrifiées par la période Poutine, saignées à blanc et qui ont des griefs profonds à exprimer.   Ce sera alors le temps des troubles, comparable à celui qui a suivi « l'opritchnina » d'Ivan le Terrible, la « réserve du Souverain » , qui désignait, de 1565 à 1572, la partie de la Russie sur laquelle le tsar exerçait un pouvoir absolu et une répression féroce. Avec les mêmes débordements et la même anarchie qui avaient accompagné la réaction à la politique d'Ivan le Terrible. Dans un pareil contexte, une figure comme celle de Prigojine pourrait devenir un acteur important.  Quelles seraient les conséquences d'une victoire ukrainienne pour le pouvoir russe ?Une défaite en Ukraine entraînerait la chute de Vladimir Poutine. Il a tenu bon jusqu'à présent, car l'élite a encore l'espoir qu'il pourra offrir à la Russie une victoire militaire. Mais si la Russie est obligée de se retirer de toutes les terres occupées, Poutine ne leur servira plus à rien et il devra être écarté. Soit en douceur, avec des garanties d'impunité, prétextant peut-être des raisons de santé. Ou de façon plus brutale. Souvenez-vous de ce que disait Mme de Staël : la Russie est un despotisme tempéré par l'assassinat.  Croyez-vous en une victoire de l'Ukraine ?Le temps joue pour l'Ukraine, car elle a une armée plus entraînée, mieux équipée et elle fait une guerre intelligente. À condition que les populations résistent à l'hiver, qui va être très dur. Mais la solution du problème russe prendra du temps. Tant que le coeur du poutinisme, qui est la prédation de la richesse de la Russie par le clan au pouvoir, subsistera, le problème demeurera. Car les dirigeants seront obligés d'avoir recours au chauvinisme et au nationalisme agressif pour s'assurer de la docilité de la population et justifier le pillage de la Russie. L'économie de prédation est le noeud du pouvoir actuel et on ne peut exclure qu'il soit reproduit par les successeurs. Tant que demeurera ce système de prédation, les Occidentaux feront bien de ne pas se précipiter vers le « business as usual » avec la Russie.  Vous ne croyez pas à une révolte populaire ?Peut-être que la population se révoltera, mais comme toujours en Russie, cela finira par une nouvelle autocratie. Je n'imagine pas un démocrate arriver au pouvoir. Les Russes ont subi vingt ans de lavage de cerveau, la population est mutilée intellectuellement et moralement. Et puis, cela dépendra de la réaction de l'Occident. S'il est lucide, il s'attachera davantage aux institutions qu'aux personnes. Réussira-t-il à faire pression pour qu'une vraie décentralisation soit installée en Russie ? C'est une question cruciale. Les provinces pourront-elles conserver leurs ressources ? Moins dépendre de Moscou ? Une autre Russie n'est pas à exclure. Mais si on se retrouve avec un système poutinien sans Vladimir Poutine, avec le temps, le même problème se reposera. Avec, de surcroît, une Russie plus redoutable, car elle aura tiré les leçons des échecs de Vladimir Poutine et saura qu'on ne prend pas les mouches avec du vinaigre. </text>
	

	<text titre="Evgueni  Prigojine, la fuite en avant du « cuisinier » de Poutine" date="2022 12 05T00:00:00" journal="La Croix, no. 42484" auteur="olivier tallès" annee="2022" mois="12" jour="5" journal_clean="La Croix" keywords="evgueni, avant, poutine, généraux, entrepreneur, fuite, qui" langue="fr"> Les guerres ont tendance à faire surgir de l'ombre des généraux habiles, des dirigeants à poigne ou des résistants courageux. Le conflit en Ukraine a mis en avant, côté russe, un entrepreneur qui, dans un James Bond, jouerait volontiers le rôle de la brute déguisée en majordome : Evgueni Prigojine. Le milliardaire qui fuyait les photos et poursuivait les journalistes qui s'intéressaient de trop près à son organisation de mercenaires, Wagner, enchaîne depuis quelques mois les interviews à un rythme quasi quotidien.   À l'écouter, on pourrait penser qu'à lui tout seul il mènerait les rares offensives victorieuses dans le Donbass, chasserait les Français du Mali et de Centrafrique, ferait élire Donald Trump et nourrirait la moitié des casernes russes. Autant dire un entrepreneur spécialisé dans la géopolitique qui, à travers ses usines à fabriquer des fausses informations, ses médias « patriotes » et sa milice privée déployée en Afrique et en Ukraine, se mettrait au service du rayonnement de la Russie à l'étranger.
L'ancien taulard soviétique (voir les repères) détonne dans l'univers des oligarques russes. Sa fortune ne s'est pas construite sur la captation des biens de l'État soviétique à la fin de l'URSS, mais sur le marché des casinos, des hot-dogs puis des restaurants huppés de Saint-Pétersbourg, où il a grandi. Il y tisse son réseau en servant ses hôtes de marque, dont un certain Vladimir Poutine qui a ses habitudes au chic New Island.   Ses relations avec le futur président lui ouvriront le marché juteux de la restauration des casernes du ministère de la défense et l'organisation d'événements du Kremlin. « Il a une vraie logique d'entrepreneur et sait flairer les opportunités,précise Colin Gérard, doctorant à l'Institut français de géopolitique et spécialiste des stratégies d'influence informationnelle de la Russie. Mercenariat, influence, construction... Toutes ses affaires ont un point commun : obtenir un gain financier. »Quand Vladimir Poutine revient au pouvoir en 2012, son protégé se transforme en entrepreneur d'influence à travers le lancement d'une ferme à trolls à Saint-Pétersbourg. Une armée d'internautes submerge l'Internet russe de fausses rumeurs sur les opposants, puis se déploie à l'étranger. C'est le lancement de la guerre informationnelle qui contribuera à affaiblir la candidature de Hillary Clinton face à Donald Trump et l'action de la France en Centrafrique puis au Mali. En parallèle, il crée des médias « patriotes » qui inondent la Russie de films et d'articles anti-occidentaux.   Vaisseau amiral de ces chaînes de communication, Ria Fan sert directement les intérêts de la galaxie Prigojine. « À chaque fois que Wagner a des vues sur un pays africain, Ria Fan entre en action en produisant des contenus et en les diffusant à des dizaines de partenaires, observe Maxime Audinet, chercheur à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire. Ce média a un usage décomplexé et systématique du mensonge et de la désinformation, notamment lorsqu'il s'agit de discréditer les opposants de Wagner, à commencer par la France. »Tous les coups sont permis. Il joue sur l'image de la brute sans foi ni loi, qui aime, ici, arborer ses tatouages de truand, parle, là, l'argot des prisons face à des détenus, se félicite un jour de l'exécution à coups de masse d'un « traître » de Wagner, et envoie le lendemain une réplique de la masse ensanglantée aux parlementaires européens après un vote contre la Russie. Sans parler des meurtres non élucidés de journalistes qui enquêtaient sur ses affaires. « Il assume l'usage de la violence, poursuit Maxime Audinet. Il se permet d'aller dans des extrêmes qui sont liés à sa personnalité. »Depuis la guerre en Ukraine, Evgueni Prigojine fait feu de tout bois. Recrutés dans les prisons, les hommes de Wagner agissent telle une armée parallèle dans le Donbass. Les médias de l'oligarque relaient leurs « exploits », tout en critiquant le ministre de la défense Sergueï Choïgou et les généraux russes. « Il a énormément d'ennemis dans l'armée »,observe Colin Gérard qui ne lui prédit pas une fin heureuse  : « S'il est sorti du bois, c'est pour mieux se protéger. »Dans sa fuite en avant, l'homme d'affaires de 61 ans a lancé à l'automne un mouvement politique « patriotique ».   Jamais un oligarque n'a pris autant de place dans l'espace public sous Vladimir Poutine depuis l'arrestation de Mikhaïl Khodorkovski en 2003. Mais à la différence de ce dernier, Evgueni Prigojine reste fidèle au maître du Kremlin sans lequel il n'aurait jamais fait fortune. Jusqu'à devenir un éventuel successeur ? Pour un tel scénario, il lui faudrait lever les obstacles posés par ses nombreux rivaux au sein de l'élite oligarchique, comme des siloviki , ces officiers issus des services de sécurité (FSB, ex-KGB) qui forment la colonne vertébrale du régime de Poutine. </text>
	

	<text titre="A Odessa, la mafia prorusse sous contrôle" date="2022 12 06T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="jacques follorou" annee="2022" mois="12" jour="6" journal_clean="Le Monde" keywords="odessa, restaurant, fin, mafia, contrôle, oleg, d’odessa, envoyé, fond" langue="fr"> Odessa (Ukraine) - envoyé spécial - Le restaurant Divan, au cœur d’Odessa, n’attend qu’un tampon officiel pour ouvrir. Son propriétaire, Oleg B., y reçoit, au fond, seul, en fin de journée jeudi 1er décembre, à la lumière de trois téléphones portables pour cause de coupures d’électricité dans un pays en guerre. Dehors, un de ses hommes de main surveille les alentours et sa Mercedes noire. « Je ne peux pas ouvrir,se plaint l’homme , ils m’ont retiré mon permis de résident, je suis arménien et ils m’en veulent à cause de mes amis. » Car, pour les autorités, il n’est pas que restaurateur. Affilié à Armen Sargsyan, chef du « clan de Donetsk », il est relié à un groupe criminel basé dans la ville d’Horlivka, dans le Donbass, occupée par la Russie. De quoi susciter la suspicion sur sa loyauté envers l’Ukraine.
Kiev n’a pas seulement dû répondre à l’agression de Moscou, le 24 février. Le pays a aussi veillé à neutraliser une cinquième colonne susceptible de le prendre à revers. Très tôt, les Services de sécurité d’Ukraine (SBU) ont craint, en effet, que cette puissante mafia dite géorgienne, en fait caucasienne, réputée pro-Moscou et dirigée par les Vory v zakone (« voleurs dans la loi », en russe) puisse servir de relais à la Russie. Chassés de Géorgie par le gouvernement de Mikheïl Saakachvili, entre 2005 et 2011, nombre de Voryavaient fui, notamment vers Odessa, ville portuaire cosmopolite, carrefour des trafics entre Europe et monde slave et refuge de la pègre depuis toujours.   Oleg B. avait été arrêté, en novembre 2021, pour soupçons d’activités illégales avant d’être relâché sous contrôle judiciaire. L’invasion russe n’a pas arrangé ses affaires. Pourtant, il assure ne pas comprendre ce traitement. « Beaucoup de criminels sont partis se battre sur le front », dit-il. Mais son visage rond et méfiant dit toute sa peur d’être « déporté » du pays, une mesure qui a déjà visé plusieurs poids lourds du crime organisé, d’origine étrangère, qui s’étaient établis en Ukraine.  Tatouages de criminelsSans doute pour prouver sa bonne foi, il dit avoir refusé d’être « couronné », allusion au rituel par cooptation qui adoube une « autorité criminelle » au rang de « voleur dans la loi », le plus haut rang hiérarchique au sein de l’organisation mafieuse. Et il n’est pas le seul à avoir envoyé des signes au pouvoir ukrainien. Mark Gordienko, responsable d’un comité citoyen et patriote qui prête main-forte, depuis 2014, aux autorités, pour contrer les visées russes dans la région, estime que « plus d’une centaine de criminels connus ont patrouillé avec les policiers depuis le 24 février, alors que Moscou menaçait de débarquer sur les plages d’Odessa. Certains avaient des armes automatiques, d’autres des grenades et même des mortiers ».En avril, un criminel s’est présenté dans les locaux de l’association d’Oleksandr Babic, un ex-policier d’Odessa reconverti dans le soutien aux troupes. « Il voulait aider. Il a acheté un Mitsubishi à 35 000 euros à un ami soldat à moi qui avait cassé son pick-up près du front. Depuis, il a offert près de cinq millions d’euros en matériels. » Employé par l’armée pour la récupération des cadavres de soldats russes, l’ex-policier dit avoir vu sur les corps des tatouages de criminels passés en prison, lieu de recrutement du groupe paramilitaire Wagner dirigé par Evgueni Prigojine, un proche de Vladimir Poutine.   La mafia des Voleurs dans la loi est née dans les années 1930 dans les goulags soviétiques, qui ont utilisé des condamnés de droit commun comme supplétifs pour gérer ces camps de l’intérieur et surveiller les détenus politiques. Désormais, grâce aux cambriolages, la contrebande et l’extorsion qui alimentent l’ obchtchak, la caisse de solidarité de l’organisation qui enrichit ses chefs, le Vory ressemble davantage à un oligarque. D’après Sergueï Dibrov, rédacteur en chef adjoint à Odessa du site d’information Dumskaya, « le clan de Moscou desVory a tenté, avant février, de déstabiliser les prisons en Ukraine en appelant les détenus à se révolter, or on sait que ce clan est tenu par le FSB[services russes de sécurité] ».   Dès la fin février, les agents du SBU ont donc fait le tour des chefs criminels afin de tester leur loyauté. Ils ont, notamment, appelé Liorat Sousmskoï, l’un des principaux Voleurs dans la loi en Ukraine, très influent sur Odessa et considéré comme le véritable « chef des prisons » du pays. « Le SBU lui a dit, tu es loyal et tu dis aux prisons de rester tranquilles ou on t’élimine », résume Sergueï Dibrov. Après s’être acquitté de cette mission, il a pu rester en Ukraine. Fin novembre, Sacha Kurara, un criminel ayant passé vingt-quatre ans en prison, a diffusé sur les réseaux sociaux deux vidéos à destination des centres pénitentiaires ukrainiens, dont une bonne part se trouve dans les zones occupées par les Russes. Il rappelle que tout engagement dans les rangs des mercenaires Wagner revient à enfreindre les règles criminelles.  « L’Ange » et « le Cardinal noir »Des interrogations ont également surgi à l’encontre de personnes situées au croisement du monde des affaires, des voyous et de la politique. Parmi eux, Alexandre Anguert et Vladimir Galanternik, surnommés « l’Ange » et « le Cardinal noir », deux hommes d’affaires vivant entre Londres et l’Ukraine, qui tiendraient, dans l’ombre, le destin d’Odessa entre leurs mains. Le premier a connu nombre de Voleurs dans la loi dans les années 1990, le second serait, d’après les soupçons de la justice, la façade légale d’intérêts occultes. Les deux hommes sont des proches du maire d’Odessa, Hennady Troukhanov, de quoi faire naître, alors que Moscou pénétrait sur le sol ukrainien, des soupçons sur le premier édile, qui a disparu les dix premiers jours de la guerre avant de réapparaître.   Dans son grand bureau, le maire, en costume gris et petit gilet de laine noire, ne fuit pas les questions. « Ceux qui me connaissent savent que je me battrai jusqu’au bout pour mon pays. Avec Anguert, nous sommes amis depuis des années. Son influence secrète sur la ville, c’est un mythe. Voilà trente ans qu’on l’accuse d’être le représentant le plus influent du monde criminel en Ukraine, mais il n’est pas recherché. Comme pour Galanternik, c’est une manière de détourner l’attention de ceux qui déstabilisent vraiment le pouvoir légal et sont dix fois plus riches. » Allusion à un promoteur immobilier et patron de médias qui l’accuse de corruption.   Pour Hennady Troukhanov, « on surestime l’idée d’une criminalité prorusse, elle n’a pas de nationalité, en fonction de leurs intérêts, ils peuvent s’unir ou non ». Un discours qui trouve son écho dans une salle de restaurant d’Odessa vide de tout client à l’exception de deux joueurs de cartes peu causants. Par la baie vitrée, le ciel gris déteint sur une mer Noire agitée et glaciale. Vitalik, cheveux ras, y reçoit. Il a été au contact du monde criminel dans les prisons pendant quinze ans, jusqu’à devenir numéro deux de l’administration pénitentiaire régionale. Il en connaît les chefs et les sans-grade.  « Plusieurs chefs criminels sont partis une semaine avant le 24 février, histoire de voir comment les choses allaient tourner,rapporte-t-il. Beaucoup ont été à Dubaï, il y en a un qui est parti en France,, avec un passeport hongrois. Si les Russes avaient réussi leur coup, ils auraient fait avec. Mais l’Ukraine a résisté, ils font avec aussi. C’est l’argent qui guide leurs actes, pas la politique, même si, dans le fond, la plupart restent prorusses. » Voilà sans doute pourquoi les autorités continuent de surveiller de près ce milieu criminel aux affinités changeantes.   Début septembre, Mousaïev Khalid Abdoulav était arrêté à Odessa. Ce caïd de 56 ans, d’origine tchétchène, investi dans la boxe, est connu pour des faits de contrebande, notamment lors des trois mois de prohibition de l’alcool, instaurés de mars à mai. Il est suspecté, cette fois-ci, selon Alekseï Beloshitsky, adjoint au chef de la police chargé de la sécurité publique, de « collaboration avec l’ennemi ». On lui reproche des liens avec le clan Kadyrov, le dirigeant tchétchène impliqué dans la guerre en Ukraine au côté de Moscou, ce qu’il dément, assurant n’être qu’ « un homme d’affaires pris au piège d’un conflit qui le dépasse ».   Khalid apparaît aussi, selon le parquet d’Odessa, avec d’autres figures du milieu criminel d’Odessa dans des enquêtes sur des faits d’extorsion de fermiers. Profitant du manque de camions, de stockage et d’essence, ils les auraient forcés à vendre leur grain à très bas prix pour se ménager de confortables marges. Trois fermiers joints par Le Monde dans la région de Mykolaïv ont admis avoir dû vendre à vil prix, mais affirment ne pas avoir été victimes de menaces. Selon la presse locale, d’autres auraient créé un comité d’autodéfense près de la frontière moldave.  « Je ne sais pas si les criminels sont devenus patriotes,glisse, dans un demi-sourire, Sergey Bratchuk, porte-parole de l’administration militaire régionale, je vois que depuis 2014 et l’invasion de la Crimée, ils défendent leur terre natale. » Au mois de mars 2014, se souvient Mark Gordienko, chef du comité patriote d’Odessa, « deux criminels étaient venus me voir, habillés comme des princes, ils disaient agir au nom de la rue, une façon de dire qu’ils étaient envoyés par leur organisation, et désiraient faire quelque chose car ils ne croyaient pas à la paix russe, ils ne voulaient pas être envoyés à Vorkouta[région du nord de la Russie connue pour ses goulags] ». Les criminels ukrainiens savaient déjà qu’en cas de victoire Moscou aurait imposé non seulement son ordre, mais aussi ses propres bandits. </text>
	

	<text titre="Le « marchand de mort » Viktor Bout de retour en Russie" date="2022 12 10T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2022" mois="12" jour="10" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="mort, mois, viktor, marchand, russie, bout" langue="fr"> Cela faisaitplusieurs mois que la rumeur d'un troc de prisonniers circulait et que le nom de Viktor Bout figurait dans la liste des potentielles monnaies d'échange. La Russie a officiellement annoncé jeudi le retour au pays du tristement célèbre marchand d'armes de 55 ans, détenu depuis près de dix ans aux États-Unis.   La basketteuse américaine de 32 ans, Brittney Griner, incarcérée depuis neuf mois en Russie pour avoir été contrôlée à l'aéroport de Moscou en possession d'un liquide de vapoteuse à base de cannabis, a fait le chemin inverse.
Si le retour de Griner, injustement détenue, a suscité un immense soulagement aux États-Unis, la libération de Bout, que Moscou s'emploie à faire délivrer depuis des années, doit certainement frustrer les services secrets américains.  Les kalachnikovs remplacent les textilesNé en 1967 à Douchanbé en Union soviétique (aujourd'hui capitale du Tadjikistan), Viktor Bout commence une carrière dans l'armée jusqu'à l'effondrement de l'URSS en 1991. Profitant du chaos régnant dans l'ex-bloc de l'Est, il met la main sur une flotte d'avions-cargos laissés à l'abandon et s'envole pour les Émirats où il monte une compagnie de fret.   Il se rend vite compte que les importants stocks d'armes soviétiques transitant sur le marché noir représentent une mine d'or. Peu à peu, les kalachnikovs remplacent textiles et ordinateurs dans la soute de ses avions. Selon le « New York Times », Bout se sert à l'époque des « anciens réseaux militaires et commerciaux de l'ère soviétique » et développe « des sociétés fictives pour dissimuler » ses transactions.   Bientôt, ses armes inondent la plupart des pays en guerre à l'époque, particulièrement en Afrique : Liberia, Sierra Leone, Rwanda, République démocratique du Congo... Attiré uniquement par le gain et dénué de toute morale, il équipe aussi bien les talibans que les forces du commandant Massoud, qui s'affrontent en Afghanistan à la fin des années 1990. Celui que les services secrets américains surnomment « le marchand de mort » est également soupçonné de vendre des armes à Al-Qaïda, selon le quotidien américain.   Son cynisme et sa capacité exceptionnelle à échapper à la justice auraient en partie inspiré le héros du film américain « Lord of War » (sorti en 2005), qui raconte les aventures de Yuri Orlov, un trafiquant d'armes d'origine ukrainienne, interprété par Nicolas Cage.   Des agents américains de la Drug Enforcement Administration (DEA) mettent fin à son juteux business à Bangkok (Thaïlande) en 2008, grâce à une incroyable opération au cours de laquelle ils se font passer pour des membres du groupe armé colombien des Farc en quête d'armes. Il est extradé vers les États-Unis en 2010 et condamné à vingt-cinq ans de réclusion pour quatre chefs d'accusation dont « complot en vue de tuer des citoyens américains ».   Après sa libération, jeudi, beaucoup d'observateurs ont trouvé suspect que la Russie, qui avait à l'époque dénoncé « une condamnation politique », se soit autant employée à obtenir le rapatriement d'un trafiquant d'armes.  Le mythe du génie de l'évasionPour le journaliste indépendant, spécialiste des conflits, Romain Mielcarek, il ne fait presque aucun doute que Viktor Bout est lié aux services secrets russes. « Moscou n'aurait pas fait ça pour un simple citoyen. Mon hypothèse est qu'il a collaboré avec le renseignement russe qui, en échange, a fermé les yeux sur ses activités », explique-t-il au « Parisien », détruisant le mythe du génie de l'évasion.   Sans forcément avoir le statut officiel d'espion, Bout aurait très bien pu servir à l'époque à « récolter des renseignements » pour le Kremlin, « nouer des relations avec des groupes plus ou moins puissants » et « entretenir un réseau d'informateurs », explique Romain Mielcarek, qui le compare à Evgueni Prigojine, le nébuleux patron du groupe paramilitaire Wagner. Moins de vingt-quatre heures après son rapatriement, Viktor Bout a d'ailleurs accusé ce vendredi l'Occident de vouloir « détruire la Russie ».   L'ambassadeur de Russie aux États-Unis s'est dit « sincèrement ravi » que « les efforts de la Russie » pour sa libération « ont finalement abouti ». Les familles de victimes des différents conflits des années 1990 n'ont sans doute pas accueilli la nouvelle avec la même satisfaction. Selon le média Afrique XXI, GJRP, une ONG libérienne qui rassemble des preuves contre d'anciens chefs de guerre, qualifiait déjà en octobre l'éventuelle libération de Bout d'« entaille dans la quête de justice au Liberia ». </text>
	

	<text titre="Fake news, mercenaires, armes : comment la Russie tente de prendre sa revanche en Afrique" date="2022 12 16T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23856" auteur="yves bourdillon" annee="2022" mois="12" jour="16" journal_clean="Les Echos" keywords="mercenaires, russe, armes, visant, russie, afrique, ventes" langue="fr"> Désinformation, ventes d'armes et mercenaires. Tels sont les leviers d'une stratégie russe visant à redevenir un « caïd » en Afrique, au point d'alarmer désormais ses rivaux occidentaux. Poussant l'administration Biden, pourtant accaparée par les dossiers ukrainien et taïwanais, à souligner combien le continent africain lui importait, lors du sommet achevé ce jeudi dans la capitale américaine.
Depuis peu, Washington, comme Paris ou Londres, jugent nécessaire de contrer l'offensive informationnelle de Moscou visant à installer « un récit qui est la réactualisation du soutien de l'URSS aux mouvements de libération nationale ou anticoloniaux durant la guerre froide », explique aux « Echos » Maxime Audinet, chercheur à l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire.  Evincer la FranceLe Kremlin essaie méthodiquement d'évincer les Occidentaux, et en particulier la France de son « pré carré » africain en relayant un discours victimaire ou d'humiliation sur le Web ou dans les médias papier. Cela va de la « fake news » pure et simple, comme celle sur un prétendu charnier laissé à Gossi, au Mali, par l'armée française en avril dernier (heureusement débunké par les images d'un de ses drones), aux informations pas inexactes mais biaisées, montées en épingle et assorties d'une sauce haineuse.   C'est d'autant plus facile que la « Françafrique » est loin d'être irréprochable et que la moitié des 54 pays du continent ont été jadis des colonies ou des protectorats français. « La Russie utilise ses armes informationnelles et digitales classiques, ferme à trolls, faux comptes sur les réseaux sociaux, financement secret de certains médias. C'est très efficace car le marché de l'information en Afrique est vulnérable », précise Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales.   Le Kremlin s'appuie pour cela sur son redoutable service de renseignement militaire, le GRU, et surtout sur le groupe Wagner, fondé par Evgueni Prigojine, qui, après avoir fait de la prison pour banditisme, s'était lié d'amitié dans les années 1980 avec Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg.   La galaxie Wagner et ses filiales informationnelles, comme la Fondation pour la promotion des valeurs nationales « jouent de plusieurs leviers, le trolling et la désinformation en ligne, la corruption ou la cooptation de journalistes, la sous-traitance médiatique, ou le financement de radios ou de sites pro russes, voire la production de films grand public glorifiant Wagner, tels Touriste ou Granit », estime Maxime Audinet.   L'Etat russe essaie aussi, plus classiquement, d'étendre son influence via les ventes d'armes : il est le principal fournisseur des pays d'Afrique subsaharienne, en sus de contrats importants avec l'Algérie et l'Egypte. Quant au troisième volet de son action, celle des mercenaires, elle passe, là encore, par Wagner, qui assure la protection des dirigeants ou forme les soldats de nombreux pays : Mali, Libye, Madagascar, Soudan, Mozambique, Centrafrique (où il est accusé par l'ONU de racket, viols et tortures), et peut-être bientôt le Burkina Faso. Les mercenaires ont toutefois essuyé des revers sanglants en Libye ou au Mozambique et le Mali semble désormais déçu de son implication.   Yves Bourdillon </text>
	

	<text titre="Burkina Faso : la présence des mercenaires Wagner dénoncée par le Ghana" date="2022 12 19T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cyril bensimon" annee="2022" mois="12" jour="19" journal_clean="Le Monde" keywords="ghana, l’armée, mercenaires, wagner, traoré, faso, mali, capitaine, burkina, ibrahim" langue="fr"> Le Burkina Faso marche-t-il dans les pas du Mali ? Le capitaine Ibrahim Traoré s’est-il tourné vers la Russie, et en premier lieu vers la société militaire privée Wagner, pour appuyer l’armée burkinabée, comme l’a fait son voisin malien, le colonel Assimi Goïta ? C’est ce qu’affirme le président ghanéen avec inquiétude. Lors d’une rencontre avec Antony Blinken, le chef de la diplomatie américaine, tenue en marge du sommet Etats-Unis-Afrique, Nana Akufo-Addo a, le 14 décembre, assuré qu’ « aujourd’hui des mercenaires russes sont à notre frontière nord. Le Burkina Faso a conclu un arrangement pour employer des forces de Wagner et faire comme le Mali ».En contrepartie, a-t-il ajouté, « je crois qu’une mine leur a été allouée dans le sud du Burkina. (…) Avoir ces hommes qui opèrent à notre frontière nord est particulièrement préoccupant pour nous, au Ghana ».
Ces déclarations sont « graves et inexactes », a réagi une source gouvernementale burkinabée auprès de l’AFP, alors que l’ambassadeur du Ghana dans le pays a été convoqué vendredi 16 décembre, tandis que celui du Burkina Faso, à Accra, était rappelé pour « consultation ».  Drapeaux russesNana Akufo-Addo n’a pas révélé sur quelles bases il s’appuie pour formuler cette accusation mais l’hypothèse d’une arrivée du Groupe Wagner et d’un rapprochement avec la Russie n’a fait que se renforcer depuis le coup d’Etat du capitaine Traoré, le 30 septembre.   Si Paris n’avait dit noter « aucune interférence »de Moscou dans le putsch mené contre son frère d’arme le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, plus enclin à collaborer avec l’armée française dans le combat contre les groupes djihadistes que le pouvoir civil qui l’a précédé, son accession au pouvoir fut accompagnée d’une floraison de drapeaux russes et d’une déclaration de nature à susciter les interrogations.   Dans un communiqué officiel, Ibrahim Traoré expliquait, parmi les raisons de sa prise de pouvoir, une divergence avec son prédécesseur concernant « notre ferme volonté d’aller vers de nouveaux partenaires, prêts à nous aider dans la lutte contre le terrorisme ».Evgueni Prigojine, fondateur du groupe Wagner, avait dans la foulée directement souhaité, sur les réseaux sociaux, la « bienvenue » au jeune capitaine de 34 ans. « Jusqu’en janvier[date du putsch contre le président élu, Roch Marc Christian Kaboré] , le peuple du Burkina Faso était sous le joug des colonialistes qui pillaient le peuple », écrivait l’oligarque proche du Kremlin, dans une attaque à peine voilée contre la France, tout en soutenant le renversement du lieutenant-colonel Damiba qui « n’a pas justifié la confiance des jeunes officiers ». De source française, la tentation d’un rapprochement avec la Russie existait bien au sein de l’armée du Burkina Faso mais celui-ci n’a jamais été validé par M. Damiba.  Un voyage à MoscouSon tombeur, le capitaine Traoré, a-t-il choisi de franchir le pas, lui qui, le 10 décembre, proclamait que « le combat pour l’indépendance totale a commencé », alors que « nos terres sont occupées, notre économie est balbutiante et nos mains sont liées» ? Un voyage peut le laisser entendre. Quelques jours plus tôt, le 7 décembre, comme l’a révélé l’hebdomadaire Jeune Afrique, le premier ministre, Kyélem Apollinaire de Tambèla, s’était discrètement envolé pour Moscou, en passant par Bamako.   Le 12, il y a rencontré Mikhaïl Bogdanov, vice-ministre russe des affaires étrangères en charge de l’Afrique, afin d’aborder « les questions prioritaires du renforcement des relations », selon le communiqué de la diplomatie russe.   Début novembre, un autre déplacement, celui du capitaine Traoré à Bamako, la capitale malienne – sa seule sortie signalée du territoire jusque-là – avait déjà alerté les chancelleries occidentales et plusieurs Etats de la région sur le risque de conclusion d’une alliance entre putschistes, protégée par Moscou.   Deux semaines plus tard, imitant les autorités maliennes, le pouvoir burkinabé suspendait les émissions de Radio France Internationale accusée de « jeter le discrédit sur la lutte dans laquelle le peuple burkinabé est engagé pour plus de liberté et de dignité ». </text>
	

	<text titre="La bataille de Bakhmut, un test capital pour l'avenir de l'armée russe en Ukraine" date="2022 12 21T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="yaroslav trofimov (traduit à partir de la version originale en anglais par paul julhiet)" annee="2022" mois="12" jour="21" journal_clean="L'Opinion" keywords="capital, armée, obus, bakhmut, russe, bataille, bondarenko, russes, shilkova, avenir, ukraine" langue="fr"> BAKHMUT, Ukraine ? Les obus russes tombent de plus en plus près. Ludmyla Bondarenko et Zoya Shilkova, emmitouflées dans des manteaux de fourrure et recouvertes de plusieurs couches de vêtements, sont assises sur un banc devant leur immeuble. Elles discutent et prennent l'air en cet après-midi glacial dans les vestiges de cette ville de l'est de l'Ukraine.   A proximité, les troupes ukrainiennes emploient une grue pour positionner des blocs de béton à une intersection, afin de sécuriser le quartier. Trois chars fraîchement arrivés passent en trombe, des drapeaux bleu et jaune à leur tourelle. Le son lointain d'une mitrailleuse se détache au milieu du bruit de l'artillerie.
« Nous sommes maintenant tellement habituées que nous n'y prêtons même plus attention, raconte Mme Bondarenko, 76 ans, en désignant un cratère tout proche creusé par un obus russe dans la matinée. Cela dure depuis des mois. Quand cela va-t-il se terminer? » « Ça ne finira probablement jamais », lui répond Mme Shilkova, 75 ans.   Leurs appartements n'ont ni chauffage, ni électricité, ni eau courante depuis des mois. La seule nourriture accessible est fournie par des bénévoles. « C'est une catastrophe humanitaire. C'est dans ces conditions que nous vivons », ajoute Mme Bondarenko.   Les soldats russes et les combattants de la société privée Wagner tentent depuis près de six mois de s'emparer de Bakhmut, une ville de 70 000 habitants qui, avant la guerre, était surtout connue pour ses vins mousseux.   Le pilonnage russe quotidien a transformé le centre-ville, autrefois élégant, en une succession de façades éventrées où les débris jonchent les rues au milieu de tranchées fraîchement creusées et de barrières antichars.   Les Russes ont atteint la périphérie orientale de Bakhmut début juillet, au cours de leur dernière offensive couronnée de succès, marquée par la prise des villes voisines de Lyssytchansk et Sievierodonetsk. Depuis, le cours de la guerre a nettement basculé en faveur de Kiev dans le reste du pays, les forces ukrainiennes parvenant à chasser les troupes russes de vastes zones dans les régions de Kharkiv, de Donetsk et, le mois dernier, de Kherson.   Aujourd'hui, Bakhmut est devenu le principal champ de bataille du conflit. L'Ukraine et la Russie y déversent troupes, chars et artillerie, en une concentration de puissance de feu rarement atteinte depuis le début de l'invasion, il y a dix mois. Le patron de Wagner, Evgueni Prigojine, a recruté des dizaines de milliers de criminels dans les prisons russes pour prendre la ville. Moscou y a également envoyé une partie des 300000 nouvelles recrues mobilisées depuis octobre.   L'avenir de Bakhmut est capital pour M.   Prigojine, un proche du président Vladimir Poutine qui a critiqué l'incompétence des chefs russes de l'armée régulière, mis en avant Wagner comme les meilleures troupes du pays et obtenu la possibilité de recruter des prisonniers russes tout en bénéficiant de généreux financements publics après avoir promis de prendre la ville ukrainienne il y a plusieurs mois.   Le nouveau commandant militaire russe en Ukraine, le général Sergueï Sourovikine, a également beaucoup à perdre sur ce théâtre d'opérations. Nommé début octobre, il a justifié le retrait de Kherson le mois dernier en invoquant notamment la nécessité d'utiliser les forces qui y étaient déployées pour mener des offensives ailleurs.   « Sourovikine doit remporter quelque part quelque chose qui ressemble à une première victoire depuis sa nomination, déclare Fedir Venislavskiy, membre de la commission de la sécurité nationale, de la défense et du renseignement du Parlement ukrainien. Ce que les dirigeants militaires et politiques russes souhaitent absolument, c'est prendre Bakhmut. C'est pourquoi Sourovikine et Prigojine y jettent toutes leurs forces. » Le calcul de l'Ukraine ne repose pas, lui non plus, sur un raisonnement strictement militaire. Si Bakhmut devait tomber, la ville de Chasiv Yar, située sur les hauteurs juste à l'ouest, pourrait constituer une ligne efficace pour défendre les 40 % de la région de Donetsk qui restent sous contrôle de Kiev et que Moscou revendique.   « D'un point de vue militaire, Bakhmut n'a pas de valeur stratégique, a reconnu le commandant des forces terrestres ukrainiennes, le général de division Oleksandr Syrsky, à la télévision de son pays ce mois-ci. Mais, en même temps, il a une importance sur le plan psychologique. » En effet, un retrait de Bakhmut indiquerait que l'Ukraine a perdu l'initiative après quatre mois d'avancées. Cela remonterait le moral des Russes et rendrait plus difficile la poursuite des offensives ukrainiennes à Donetsk et dans la région voisine de Louhansk. C'est pourquoi, au cours des trois dernières semaines, l'Ukraine a saturé la zone de troupes fraîches et de matériels.   Depuis le début du conflit, Kiev a le plus souvent essayé d'éviter les batailles où les deux camps concentrent fortement leurs moyens, conscient que ce type de combat peut favoriser la Russie.   « Certaines des choses qui font notre force, comme l'autonomie, l'initiative, la capacité d'agir même en l'absence d'ordres clairs, peuvent devenir nos faiblesses lorsque de nombreuses unités se trouvent au même endroit, et que chacune possède sa propre vision », explique Mykola Volokhov, commandant de l'unité de reconnaissance de drones Terra qui, comme d'autres forces ukrainiennes, a été transférée à Bakhmut depuis la région de Kherson ce mois-ci. « Le résultat ici dépendra de la capacité de nos forces à assurer leur coordination. » Une autre pièce de ce puzzle se trouve sur le front de Kreminna-Svatove au nord, où les offensives ukrainiennes se sont littéralement enlisées en raison des conditions météorologiques qui ont rendu les voies non bitumées impraticables. Selon les commandants ukrainiens, une baisse durable des températures pourrait geler le sol et permettre à leurs forces de reprendre leur progression vers l'est.   En cas de succès, les arrières des troupes russes attaquant Bakhmut se retrouveraient menacés, ce qui les obligerait probablement à   battre en retraite. A l'inverse, une avancée russe à Bakhmut, si elle intervenait avant, réduirait la pression ukrainienne sur Kreminna et Svatove.   A l'origine, cet été, la stratégie de Moscou à Bakhmut a consisté à pilonner la ville à l'artillerie lourde, transformant les unes après les autres les zones d'habitation en ruines, avant de lancer des attaques d'infanterie. C'est ainsi que la Russie s'était emparée de Marioupol en mai, puis de Sievierodonetsk et Lyssytchansk en juin et juillet. Des mois de combats acharnés près de Bakhmut n'ont cependant permis que des gains restreints.   Un commandant d'une batterie ukrainienne de blindés Akatsiya dotés de canons de 152 mm Akatsiya, un capitaine qui n'accepte de se faire appeler que Capitaine, affirme que l'intensité des tirs russes à Bakhmut ces derniers jours est bien plus faible que ce qu'il avait vécu sur le front de Kherson avant d'être redéployé ici au début du mois.   « Nous disposons nous-mêmes d'une énorme concentration d'artillerie ici », assuret-il alors qu'un canon automoteur M109 Paladin de fabrication américaine appartenant à une autre brigade roule dans un champ derrière lui en ouvrant le feu, avant d'ajouter: « Je pense que les Russes commencent à manquer de munitions. » Pour essayer de déborder les positions ukrainiennes, Wagner envoie des vagues successives de petits groupes d'assaut composés de condamnés pouvant être exécutés en cas de désertion et amnistiés s'ils survivent six mois en Ukraine. Mieux équipés et plus motivés que les troupes russes mobilisées sur d'autres lignes de front, ces hommes ont parfois réussi à progresser ? mais à un coût énorme.   « Personne ne se soucie de leur mort, dit Yuri, qui, comme la plupart des soldats ukrainiens, n'est autorisé à donner que son prénom ou son nom de guerre. Nous leur tirons dessus, et ils reviennent sans cesse, comme des cafards. Les champs tout autour de nous puent à cause de leurs cadavres, mais il y a toujours une nouvelle vague qui arrive. » Les Ukrainiens, eux aussi, subissent des pertes. Un de ces derniers jours, on a pu voir des soldats ukrainiens traverser la rivière Bakhmutka qui baigne la ville avec un brancard contenant le corps d'un de leurs camarades, déjà placé dans un sac en plastique.   Des salves de tirs ont retenti, puis un obus russe s'est écrasé sur une colline voisine, provoquant un flash lumineux puis un panache de fumée sombre. Dans une structure médicale de fortune installée à la périphérie de la ville ? après plusieurs bombardements et la fermeture de l'hôpital de campagne située au centre de   Bakhmut ?, trois autres sacs en plastique similaires étaient empilés dans l'allée, en attendant d'être évacués.   « Les Russes vident leurs prisons et envoient leurs pires éléments mourir ici, tandis que nous perdons certains de nos meilleurs. L'échange n'est pas du tout équitable », se désole Sergiy Stakhovsky, tennisman et viticulteur ukrainien qui combat à Bakhmut au sein d'une unité équipée de mortiers.   Si les offensives russes cherchent à encercler Bakhmut, jusqu'à présent, au moins trois routes d'approvisionnement importantes restent sous contrôle ukrainien. Le matériel militaire entre et sort de la ville à toute heure: munitions, carburant et nourriture arrivent jusqu'aux lignes de front alors que les troupes poursuivent leur ballet, passant des positions de combat situées aux avant-postes à l'arrière, et inversement.   Selon les responsables ukrainiens, Bakhmut n'abrite plus qu'un dixième environ de sa population civile d'avant-guerre. Dans la ville cohabitent des « zhduny », des pro-russes qui attendent l'arrivée des troupes du Kremlin, des personnes trop pauvres, trop âgées ou trop malades pour partir, et des Ukrainiens qui ont foi dans la capacité de leur armée à tenir et à forcer les Russes à se replier.   L'une de ces derniers, Tetiana Shcherbak, est l'infirmière qui dirige un centre de résilience que les autorités ukrainiennes ont ouvert dans un magasin abandonné au début du mois. Là, des bénévoles distribuent du thé, du café, des aliments chauds et quelques médicaments aux habitants.   Un groupe électrogène permet aux visiteurs de recharger leurs appareils, notamment leurs téléphones, alors qu'ils peuvent se connecter à leurs amis et leur famille grâce au Wi-Fi. Une télévision fixée au mur diffuse les informations ukrainiennes aux personnes qui n'ont souvent aucun moyen d'être au courant des développements du conflit.   « L'aide principale dont les gens ont besoin ici est psychologique. Ce n'est pas simple du tout. Dans notre centre, les gens peuvent au moins se parler, regarder les informations à la télévision. Cela contribue à leur survie », raconte Mme Shcherbak. Elle ajoute qu'elle n'a pas l'intention de fuir. « Bien sûr que Bakhmut va tenir bon. Nous croyons en nos soldats, en nos aigles, en nos faucons. Nous sommes ukrainiens. », dit-elle, en reprenant une partie de l'hymne national alors que ses yeux s'embrument.   Edited from the original   Aujourd'hui, Bakhmut est devenu le principal champ de bataille du conflit. L'Ukraine et la Russie y déversent troupes, chars et artillerie, en une concentration de puissance de feu rarement atteinte depuis le début de l'invasion, il y a dix mois </text>
	

	<text titre="Série. Entretien avec Natalia Turine" date="2022 12 26T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="interview jean-dominique merchet" annee="2022" mois="12" jour="26" journal_clean="L'Opinion" keywords="iii, plébiscitaire, natalia, monarchie, poutine, soviétique, spécialiste, vladimir, guerrier, napoléon, aventurisme" langue="fr"> Monarchie plébiscitaire et aventurisme guerrier : « Vladimir Poutine me fait penser à Napoléon III », raconte Natalia Turine. Fille d'un diplomate et militaire soviétique, cette spécialiste de la Russie anime la chaîne Youtube Global Tok, qui propose de longs entretiens. Page 8   A l'occasion des fêtes de fin d'année, l'Opinion publie une série de grands entretiens pour analyser 2022 et se projeter vers 2023.
Monarchie plébiscitaire et aventurisme guerrier : Natalia Turine, spécialiste de la Russie, trace des parallèles avec le Second Empire, sans croire que la démocratie finira par triompher en Russie Un mot sur 2022 et la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine ? Crime.   De manière a priori étonnante, vous comparez le président russe et Napoléon III. Pourquoi ? Ce qui m'a d'abord frappé, c'est que tous les deux étaient au pouvoir depuis vingt-deux ans lorsqu'ils se sont engagés dans la guerre, celle de 1870 contre la Prusse pour Napoléon III - elle lui sera fatale - et l'invasion de l'Ukraine pour Vladimir Vladimirovitch. Mais   je ne suis pas historienne et je m'appuie sur ce que l'on apprenait en Union soviétique dans ma jeunesse. Le célèbre ouvrage de Karl Marx Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte était une lecture obligatoire quelles que soient vos études, vétérinaire ou pilote de ligne ! Marx y décrit le bonapartisme. Il montre que le coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851 est le fruit de la lutte des classes, mais, au-delà ce leitmotiv bien connu, Marx livre une analyse bien plus intéressante. Il décrit le mécanisme des liens personnels d'un leader avec des masses non structurées, sur lesquelles celui-ci s'appuie. Napoléon III a été élu par les paysans et le petit peuple des villes, aigri, qui ne comprenaient pas que ce Napoléon-là n'était pas « l'autre Napoléon ». Depuis les défaites des guerres napoléoniennes en 1814-1815, trente ans s'étaient écoulés. Poussés par le ressentiment, les Français cherchaient une revanche, après la grandeur perdue. La plaie des défaites   restait à vif. Il fallait aux Français un nouveau Napoléon et de nouvelles victoires. Autour de Cavaignac, le candidat de la bourgeoisie, les républicains n'imaginaient pas une seconde à quel point le nom de Napoléon Bonaparte   pouvait être magique dans les « masses populaires ». Les gens venaient aux urnes en disant : je vote Napoléon. Et le neveu, personnage comique et aventurier politique, a gagné dès le premier tour. Comme Poutine en 2000.   Dans le bonapartisme du Second Empire, il y a la nostalgie de la grandeur impériale, mais également l'aspiration au retour à l'ordre et à la prospérité.   Est-ce comparable avec la Russie ? Poutine n'est pas arrivé au pouvoir avec une demande d'ordre. Il a même organisé des attentats, liés à la guerre en Tchétchénie, pour créer une atmosphère de désordre, ce qui lui a permis de durcir son pouvoir. Les gens demandaient surtout le retour de la grandeur. L'immense Union soviétique, détruite, pillée et dirigée par l'alcoolique Eltsine rêvait d'un retour de sa gloire de vainqueur du fascisme en 1945. Vladimir Poutine était jeune et appartenait au KGB. Il faisait l'affaire pour la revanche. La grandeur impériale à la française ? Dans l'opinion publique, l'annexion de la Savoie   et de Nice, en 1860, peut être comparée au « retour de la Crimée » à la Russie - même si en France, cela s'est fait avec l'accord des Italiens. Le Second Empire ce sont aussi des expéditions militaires lointaines, la guerre de Crimée (1853-1856) par exemple ou la désastreuse expédition au Mexique (1861-1867). Mais du point de vue économique, cela a été un régime réussi,   qui a modernisé la France. Que l'on songe au « remodelage » de Paris par Haussmann ! En Russie, la présidence de Vladimir Poutine n'a certainement pas donné aux intellectuels de possibilité d'épanouissement. Mais, comme Louis-Napoléon, il a su créer une économie stable et un niveau de vie digne pour la classe moyenne. Ceux qui ont connu les rayons vides des magasins de l'époque de Brejnev et la quasi-détresse alimentaire sous Eltsine vous diront que jamais les Russes n'ont aussi bien vécu que sous Poutine. Les villes propres, le service impeccable, le transport efficace rimaient avec l'abondance des produits de base et le luxe des boutiques sophistiquées. Les Russes, qui venaient en vacances à Paris, ne revenaient pas du choc que leur faisait l'état lamentable de la   capitale française Les systèmes politiques du Second Empire et de la Russie actuelle sont-ils comparables ? La France de Napoléon III était un régime   plébiscitaire, basé sur l'introduction brutale, en 1848, du suffrage universel masculin, sans   autres institutions de participation démocratique. Avec ce système, la France a eu un empereur puissant et légitimé par son peuple. On peut appeler cela une monarchie démocratique,   une monarchie s'appuyant directement sur les masses populaires. Au début des années quatre-vingt-dix, la Russie s'est retrouvée dans des conditions similaires de celles de la France qui a porté Napoléon III au pouvoir. A cause d'un conflit entre le Président et le Parlement en 1993, le pays s'est doté d'une constitution super-présidentielle. Boris Eltsine et ses conseillers ont fait ce qu'avait décrit le grand sociologue allemand Max Weber : quand il y a un puissant conflit au sein des élites, il faut trouver un président fort pour l'arrêter. Mais le plus important est le fait que cet homme fort doit s'appuyer directement sur les masses. Avec Vladimir Poutine, ce schéma s'est radicalisé en devenant un modèle plébiscitaire. Le nouveau président a éliminé ce qu'on appelle un peu vite l'élite pour se créer un pouvoir directement lié à la base. Manipuler une foule est beaucoup plus simple que se mettre d'accord avec une assemblée d'élus ! Les élections   ne décident plus qui va diriger le pays, mais servent à montrer que la « ligne générale » est massivement acclamée. L'électorat de Poutine, c'est ce qu'on appelle en Russie, non sans condescendance, le « peuple profond ». C'est d'ailleurs cette condescendance   qui a amené l'échec des élites libérales. Quant au Parlement, il faut prendre au sérieux, la phrase - célèbre en Russie - de Boris Gryslov, ancien président du parti de Poutine : « Le Parlement n'est pas un endroit pour des discussions. » Le président Poutine est aujourd'hui un monarque. Comme il est élu, cela fait de   Russie une monarchie plébiscitaire ou une démocratie plébiscitaire. Cet oxymore est un exemple de la réalité hybride russe. Les masses deviennent le moyen de légitimation du régime monarchique. Le peuple est plus que jamais passif et le président est plus que jamais dépendant du peuple. La passivité des Russes est telle qu'on ne peut même pas dire qu'ils soutiennent la guerre en Ukraine. En fait, ils soutiennent le chef. Si celui-ci décide d'aller se battre, c'est ok. Si demain, il renonce, ce sera ok aussi. Aujourd'hui, le bonapartisme est un système très rationnel, qui n'a rien de farfelu. La Russie, la Hongrie, la Turquie ne sont pas les seules à choisir ce type de gouvernance. De plus en plus nombreux sont les dirigeants qui proposent de résoudre les problèmes à coups de vote populaire. Même le président ukrainien Zelensky avait fait des référendums la base de son programme électoral.   Vladimir Poutine finira-t-il comme Napoléon III ? L'invasion de l'Ukraine sera-t-elle pour lui l'équivalent de la guerre de 1870 et de la défaite de Sedan ? L'un des problèmes du bonapartisme est celui du charisme. Or, le charisme ne rime pas toujours avec l'intelligence et il n'est pas transmissible. On voit apparaître en Russie de plus en plus de « charismatiques » : Evgueni Prigojine, le patron de Wagner ou Ramzan Kadirov, le dirigeant de la Tchétchénie, qu'on connaît déjà en Occident. Une nouvelle personnalité vient d'apparaître avec la libération par les Américains du trafiquant d'armes Viktor Bout comme avec Armen Sarkissian, un baron du crime organisé dans le Donbass, propulsé par les militaires pour faire pièce à Wagner. On assiste en direct à un évènement unique : la création de la concurrence aux structures criminelles et de pouvoir au sein de la fédération de Russie. Cela peut être annonciateur d'une crise. En effet, les démocraties plébiscitaires surestiment les menaces extérieures et sousestiment les ennemis intérieurs. En prêtant trop d'importance à l'extérieur, elles ne voient pas la formation d'organisations intérieures contre lesquels leur pouvoir finit par se briser. Si on poursuit la comparaison avec la France de 1870, après Poutine, le Russie pourrait devenir une République démocratique ? Je ne le crois malheureusement pas. Le régime de Poutine ressemble à celui de Napoléon   III, mais son hybride diffère sur d'autres points. Tentons de raisonner comme Poutine. Contrairement à ce que l'on croit ici, son objectif actuel n'est pas de garder le pouvoir. Peut-être n'y pense-t-il même pas, parce que, justement, il l'a le pouvoir ! On se trompe en considérant que le virage autoritaire du régime traduit sa crainte de perdre le pouvoir. Comme il n'obtient pas les résultats escomptés à l'extérieur, il ouvre la chasse à l'ennemi intérieur. C'est soviétique. Rappelons-nous le vieux principe communiste : plus le système socialiste se forge, plus importante sera l'exacerbation de la lutte des classes. Dans les années vingt, le pouvoir soviétique acceptait encore le soutien tacite et passif des citoyens. A partir des années trente, ce même pouvoir a exigé une expression verbale forte, le dévouement, l'approbation, la fidélité. Le silence ne convenait plus et les silencieux partaient en Sibérie ou vers la mort. Or, le régime de Staline était tout ce qu'on veut, sauf faible. Si Vladimir Poutine met en route la machine de répression, ne nous pressons pas de déclarer qu'il est en train de perdre le pouvoir.   Un mot, enfin, sur Poutine en 2023 ? Châtiment.   @jdomerchet t   « On assiste à la création de la concurrence aux structures criminelles et de pouvoir au sein de la Russie. Cela peut être annonciateur d'une crise : les démocraties plébiscitaires surestiment les menaces extérieures et sous-estiment les ennemis intérieurs » </text>
	

	<text titre="Pour une Russie sans Poutine" date="2022 12 28T00:00:00" journal="La Croix, no. 42503" auteur="françois d'alançon" annee="2022" mois="12" jour="28" journal_clean="La Croix" keywords="pression, fin, poutine, cofondateur, lev, années, russie, memorial, ukraine" langue="fr"> L'invasion de l'Ukraine a mis fin aux apparences de normalité. Lev Ponomarev, 81 ans, cofondateur de l'ONG Memorial à la fin des années 1980, vivait jusque-là sous une pression constante mais était relativement protégé, explique-t-il, « par(son) grand âge et(sa) petite notoriété ».   En décembre 2020, l'animateur du Mouvement pour les droits de l'homme était l'un des premiers à tomber sous la qualification d' « agent de l'étranger », un statut créé en 2012 obligeant tout citoyen russe accusé d'avoir une activité « politique » bénéficiant d'un financement étranger, à le signaler aux autorités et à le mentionner sur chacune de ses publications. L'association s'était alors autodissoute, ses membres continuant à travailler à titre individuel. En décembre 2021, c'était au tour de Memorial de se voir interdite, ses bureaux saisis et fermés, accusée par le procureur de « dépeindre faussement l'URSS comme un État terroriste »et de « nous faire repentir de notre passé soviétique au lieu de rappeler notre glorieuse histoire ».
Le basculement dans la dictature s'accélère après le lancement de « l'opération militaire spéciale ». Convoqué par la police, Lev Ponomarev est informé qu'un avis de recherche a été lancé contre lui au niveau fédéral, annonce d'un procès au pénal. La pression augmente à travers une série de « signaux faibles » : une agression par des passants anonymes, la porte de son domicile taguée (« Ici vit un défenseur des terroristes »), un chat crevé déposé à l'entrée des bureaux de son organisation.  « Après le lancement, dans la nuit du 23 au 24 février, d'une pétition contre la guerre en Ukraine qui a atteint plus d'un million de signatures sur change.org, un record pour une pétition russophone, j'ai su que je ne pourrais pas rester. » En juin, informé de son arrestation imminente par deux sources, le défenseur des droits humains se réfugie un mois à Tbilissi en Géorgie, le temps d'obtenir un visa pour la France où vit sa fille.   Député à la Douma de 1990 à 1995, puis engagé dans la défense des droits humains, Lev Ponomarev a vécu de près le chaos des années Eltsine. À la faveur d'une démocratisation brouillonne, Memorial s'érige peu à peu en institution gardienne de la mémoire contre toutes les révisions de l'histoire des maîtres du Kremlin. En mars 2000, l'élection à la présidence de la Fédération de Russie de Vladimir Poutine, ex-petit fonctionnaire du KGB, marque le triomphe d'une alliance de fait entre les hommes des services de sécurité (les siloviki) et ceux du crime organisé.   Désormais, c'est de Paris que l'opposant s'active pour renforcer l'unité dans les rangs de l'opposition russe en exil et pour garder le contact, via le cloud, avec ceux qui sont restés. « Il est important, dit-il, que ces personnes comprennent qu'elles ne sont pas seules, que leurs opinions et leurs sentiments sont partagés par beaucoup d'autres comme eux. »Pour qu'une paix durable revienne sur le continent européen, martèle ce vétéran de la dissidence, Vladimir Poutine doit impérativement être défait en Ukraine. « L'Occident doit fournir à l'Ukraine les armes lourdes dont elle a besoin pour mettre fin à l'occupation fasciste de son territoire. »Le cofondateur de Memorial ne cache pas son désaccord avec Emmanuel Macron sur les « garanties de sécurité » qu'il faudrait offrir à la Russie dans le cadre d'une solution négociée. « Négocier des garanties quelconques avec Poutine n'a aucun sens »soutient l'ex-dissident. « L'idée selon laquelle la Russie serait menacée est une invention du président russe. Lui donner des garanties sur des menaces qui n'existent pas, cela ne veut rien dire. »Selon lui, le chef du Kremlin projette son insécurité personnelle dans une vision paranoïaque de la Russie engagée dans une confrontation permanente avec un Occident acharné à sa perte. « Poutine a peur d'un peu tout monde, décrypte Lev Ponomarev.  La situation intérieure du pays devient de moins en moins stable avec l'émergence de pouvoirs parallèles autour des groupes paramilitaires d'Evgueni Prigojine et de Ramzan Kadyrov. » Lev Ponomarev veut croire à l'avènement d'une Russie enfin débarrassée de son projet néo-impérial. « Les pays occidentaux devront conditionner la levée des sanctions à la libération des prisonniers politiques au jugement des crimes de guerre commis par le régime, au paiement par l'État russe de réparations à l'Ukraine et à l'organisation d'élections libres sous contrôle international », explique l'ancien physicien, en appelant l'Occident à soutenir la future démocratisation de la Russie, comme les puissances alliées l'avaient fait pour l'Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. </text>
	

	<text titre="A Bakhmout, les traces du terrible acharnement russe" date="2023 01 03T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23868" auteur="Unknown" annee="2023" mois="1" jour="3" journal_clean="Les Echos" keywords="acharnement_russe, russe, bakhmout, immeuble, cave, difficile, acharnement, bataillon" langue="fr"> « La situation est difficile mais stable », estime Iouri Skala, commandant du bataillon de renseignement éponyme, posté dans la cave d'un immeuble du centre-ville de Bakhmout reconvertie en poste de commandement. Dans cette ville de l'est de l'Ukraine, dévastée par des mois de bombardements et de combats acharnés, les hommes de « Skala » effectuent des missions de reconnaissance et d'assaut, tout en corrigeant les coordonnées de tir de l'artillerie. Des tâches risquées mais essentielles, menées à l'aide de drones, alors que cette petite ville de 70.000 habitants est soumise depuis six mois à des assauts quotidiens de la part de l'armée russe et de ses supplétifs, notamment le groupe paramilitaire Wagner.   L'importance stratégique de Bakhmout est discutable à tel point que les experts s'interrogent sur les raisons de l'acharnement russe. « Militairement, Bakhmout n'a aucune importance stratégique », déclarait ainsi début décembre le colonel général Oleksandr Syrsky, commandement des forces terrestres ukrainiennes. Mais elle a une importance psychologique. »Certains supputent que la prise de la ville constituerait une importante victoire pour l'homme d'affaires russe Evgueni Prigojine, créateur du groupe Wagner. Alors que celui-ci s'est fait de plus en plus visible au cours des derniers mois, une victoire ici lui permettrait d'asseoir sa légitimité, et potentiellement de se positionner comme successeur de Vladimir Poutine. Preuve de l'importance symbolique du lieu, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s'y est rendu le 20 décembre dernier pour y rencontrer les défenseurs de la ville et leur remettre personnellement des décorations.  Des soldats russes envoyés « à la boucherie »« Chaque jour, des groupes d'une quinzaine ou vingtaine de soldats tentent de prendre nos positions à revers, à l'est de la ville, explique en ukrainien Leonid, 39 ans, opérateur de drone au sein du bataillon Skala. Selon ce natif de Dnipro, dans l'Est de l'Ukraine, les soldats seraient envoyés « à la boucherie » dans le but de repérer les positions ukrainiennes qui sont ensuite visées par l'artillerie. Les combattants sont si proches, explique Leonid, qu'il lui est difficile de déterminer si les obus de mortiers qui s'abattent sur la zone sont ukrainiens ou russes. « Il est impossible de corriger le tir de l'artillerie si l'on n'est pas sûr que ça soit la nôtre. »La population civile fait les frais de cet acharnement : plus de 80 % de la ville aurait ainsi été détruite par les bombardements, et les habitants restants se terrent dans des caves, privés depuis six mois d'accès à l'eau, au gaz et à l'électricité. Dans les rues désertes, le son de l'artillerie et des lance-roquettes résonne en permanence. Il résonne sur les façades éventrées des bâtiments résidentiels et des commerces aux vitres éclatées. Sur le parking de leur immeuble résidentiel du centre-ville, Ana* cuisine un ragoût sur un feu de bois, tandis que Fyodor* prépare du bois de chauffage. Ces deux habitants de Bakhmout, âgés tous deux d'une cinquantaine d'années, vivent dans leur cave depuis des mois. « Ça bombarde tous les jours ici », confirme Fyodor. Comme pour appuyer ses dires, Ana désigne d'un geste un trou béant dans l'asphalte, située à une dizaine de mètres à peine de leur cuisine improvisée. « Quand est-ce que ça va se terminer ? » demande-t-elle en étouffant un sanglot.  « Nous effectuons des sorties tous les jours, pour éviter que la ville brûle complètement », explique Vyacheslav, dit Slava, pompier. Avec son équipe et un chien errant qu'ils ont décidé de mettre à l'abri, Vyacheslav réside dans une caserne du centre-ville, équipée d'un poêle à bois, d'un groupe électrogène et d'un terminal Starlink, pour se connecter à Internet. Tous ses hommes sont originaires de Bakhmout, et tous ont fait le choix de rester malgré le danger : 11 pompiers ont ainsi été tués dans la région de Donetsk depuis le début de l'invasion. A Bakhmout, pas une minute ne passe sans que ne résonne le son de l'artillerie.  * Les prénoms ont été changés, à la demande des personnes interviewées.Guillaume Ptak </text>
	

	<text titre="Le Kremlin critiqué après la mort de 63 soldats tués par une frappe ukrainienne" date="2023 01 04T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23869" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="1" jour="4" journal_clean="Les Echos" keywords="mort, soldats, kremlin, frappe, tués, russie, ukrainienne" langue="fr"> Entre deuil et colère, les réactions se multiplient en Russie après l'annonce de la mort de 63 soldats, tués par une frappe ukrainienne le soir du Nouvel An en plein Donbass. C'est la première fois depuis février que les autorités russes admettent un tel revers et, surtout, un bilan aussi lourd. Cet aveu intervient alors que le Kremlin multiplie les déclarations hostiles. Le président, Vladimir Poutine, qui maintient son objectif de « dénazification » de l'Ukraine, a promis de donner aux forces armées tous les moyens financiers dont elles ont besoin pour conclure le confit.
En Russie, la large couverture médiatique de la mort des 63 soldats, tués dans un bâtiment où ils stationnaient à Makiïvka, ville sous occupation russe dans la région annexée de Donetsk, pourrait nourrir des appels à la revanche et servir le narratif officiel en vue d'une intensification de l'offensive. Mais pour le moment, c'est la contestation qui monte. A court terme, la transparence du Kremlin pourrait se révéler contre-productive. D'autant qu'elle est toute relative, comme l'ont rapporté les réseaux sociaux : le bilan admis par le ministère russe de la Défense serait en réalité bien plus élevé.  Les langues se délient sur les réseaux sociauxAlors que des rassemblements bien organisés se sont tenus mardi à travers la Russie pour rendre hommage aux « héros » morts au combat, les critiques se sont multipliées. Pas contre Vladimir Poutine, qui n'a personnellement toujours pas réagi à la frappe à Makiïvka. Mais contre l'armée, accusée d'incompétence et d'inefficacité.   Sur les réseaux sociaux, les langues se délient. Le compte Telegram Rybar, qui compte un million d'abonnés, a dénoncé la « naïveté criminelle » de la hiérarchie militaire : des munitions auraient été entreposées dans le même bâtiment où logeaient les soldats tués, lesquels avaient été autorisés à appeler sur leurs téléphones portables, une imprudent qui a permis de facto leur géolocalisation par l'artillerie ukrainienne. Ce bâtiment aurait accueilli des mobilisés russes, contrairement à la promesse du Kremlin de n'envoyer que des soldats professionnels.  Montée en puissanceHasard ou non, ces critiques contre l'armée s'intensifient alors qu'au même moment, les télévisions publiques mettent à l'honneur Evgueni Prigojine, homme d'affaires proche de Vladimir Poutine et chef de Wagner, le groupe de mercenaires désormais omniprésents en Ukraine. Ce sont eux qui, ces derniers jours, attaquent la ville de Bakhmout, devenu un objectif militaire alors qu'elle ne présente aucune importance stratégique. Les combats se font âpres et sont largement couverts par les télévisions publiques russes.   Une victoire des Wagner après l'échec et le lourd bilan de Makiïvka pourrait servir la réorganisation envisagée par le Kremlin depuis des semaines : la mise à l'écart des chefs de l'armée, plus discrédités que jamais, et la montée en puissance d'Evgueni Prigojine.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="L'ambassadeur de France persona non grata au Burkina Faso" date="2023 01 04T00:00:00" journal="La Croix, no. 42509" auteur="laurent larcher" annee="2023" mois="1" jour="4" journal_clean="La Croix" keywords="mois, faso, burkina, décembre, france, autorités, ambassadeur" langue="fr"> Le sort de l'ambassadeur de France au Burkina Faso, Luc Hallade, semble scellé. Lundi 2 janvier, une lettre des autorités burkinabées adressée à la fin du mois de décembre au Quai d'Orsay, demandant son remplacement, a fuité sur les réseaux sociaux.   La raison ? Il ne serait plus un interlocuteur fiable, selon Ouagadougou. Une requête discrète mais ferme, qui confirme le net refroidissement des relations entre les deux pays depuis le coup d'État du capitaine Ibrahim Traoré, le 30 septembre 2022. Lors de ce putsch, le second en 2022, des manifestants, drapeaux russes à la main, avaient violemment attaqué l'ambassade de France et l'Institut français, provoquant la consternation à Paris. Soufflant le chaud et le froid, le capitaine Traoré a rassuré la France en calmant alors les esprits des manifestants, tout en se rapprochant de Moscou. Evgueni Prigojine, l'oligarque russe proche du Kremlin et fondateur du groupe paramilitaire Wagner, a été l'un des premiers à le féliciter pour son coup de force, estimant que lui et ses hommes « ont fait ce qui était nécessaire et ils l'ont fait uniquement pour le bien de leur peuple ».
La relation entre Paris et Ouagadougou n'a cessé, depuis lors, de se détériorer, à la manière d'un vieux couple qui s'engage inexorablement sur la voie du divorce. Le nouveau premier ministre burkinabé, Apollinaire Joachim Kyélem de Tambèla, a commencé à critiquer publiquement les propos de l'ambassadeur français, en particulier ceux tenus devant le Sénat en juillet sur la « guerre civile » qui gagne tout le pays. Un jugement qui bute sur la propagande de Ouagadougou, pour qui cette crise est due à des groupes terroristes étrangers que les forces armées locales seraient en train de repousser.   Dans la foulée, comme au Mali, RFI a été suspendue. Officiellement, les nouvelles autorités lui ont reproché d'avoir relayé un « message d'intimidation » d'un « chef terroriste » et « une information mensongère » sur une tentative de coup d'État qui aurait visé Ibrahim Traoré. Deux Français, accusés d'espionnage, ont été exclus du pays. Au début du mois de décembre, Apollinaire Joachim Kyélem de Tambèla s'est par ailleurs rendu à Moscou avec une importante délégation de ministres et militaires à la veille du sommet États-Unis-Afrique (du 13 au 15 décembre 2022), auquel le Burkina Faso n'était pas invité. Lors de ce voyage, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, au nom de Vladimir Poutine, a convié le capitaine Ibrahim Traoré au prochain sommet Russie-Afrique, prévu en juillet 2023 à Saint-Pétersbourg. Ces événements se sont accompagnés d'une série de manifestations antifrançaises dans la capitale.   La détérioration des relations entre Paris et Ouagadougou évoque le précédent malien. Si la forme est moins brutale, la dynamique est similaire. Au Mali, la rupture a été consommée en août 2022, avec le départ des derniers soldats français déployés dans le nord du pays.   Au Burkina Faso, le départ des 300 commandos des forces spéciales (opération Sabre) cantonnés à Kamboinsin, dans la périphérie de Ouagadougou, est désormais envisagé publiquement à Paris. Le ministre des armées, Sébastien Lecornu, a lui-même déclaré ne plus l'exclure au Journal du dimanche, le 19 novembre 2022. </text>
	

	<text titre="«Le commandement de l'armée russe est trop divisé pour être efficace»" date="2023 01 04T00:00:00" journal="Libération" auteur="recueilli par léa masseguin" annee="2023" mois="1" jour="4" journal_clean="Libération" keywords="divisé_pour_être_efficace, armée, russe, efficace, militaires, divisé, frappe, bilan, guerre, ukrainienne, rangs" langue="fr"> Jamais, depuis le début de la guerre en Ukraine, l'armée russe n'avait reconnu officiellement un bilan aussi lourd dans ses rangs. Au moins 63 militaires sont morts dans une frappe ukrainienne tirée par un lance-roquettes américain Himars près de Donetsk, en territoire occupé, a admis lundi le ministère russe de la Défense. Les autorités ukrainiennes avancent des chiffres bien plus élevés: selon elles, plus de 400 personnes ont péri dans le bombardement de ce bâtiment scolaire qui accueillait des mobilisés russes.
Pour Yohann Michel, chercheur analyste à l'International Institute for Strategic Studies, la réussite d'une telle frappe s'explique par l'importance de l'aide militaire fournie à Kyiv par les Occidentaux, mais aussi par les multi- ples problèmes structurels auxquels continue de faire face l'armée russe près d'un an après le début de l'invasion. Une frappe de lance-roquettes Himars a tué au moins 63 soldats russes à Makiïvka. Dans quelle mesure ces armes de précision, fournies par les Etats-Unis, permettent-elles aux Ukrainiens de contrer l'invasion russe ? Il faut d'abord rappeler que le matériel livré n'est jamais le seul responsable de l'efficacité d'une frappe. Celle-ci n'est possible que lors- qu'un renseignement est exploitable suffi- samment rapidement par les troupes. C'est ce qui s'est produit à Makiïvka. Les Himars américains jouent néanmoins un rôle crucial dans cette guerre. Mais la question est de sa- voir si les capacités occidentales à livrer des munitions pourront continuer sur le long terme. Les stocks, y compris ceux des Améri- cains, ont des limites. Il faudra voir si l'industrie de l'arme- ment russe sera capable de pro- duire des matériels militaires plus rapidement que les Occi- dentaux. Cette frappe, dont le bilan communiqué côté russe n'a jamais été aussi élevé, peutelle marquer un tournant dans la guerre ?   Malheureusement, la mort de plusieurs cen- taines d'hommes en une demi-journée n'a rien d'inédit dans cette guerre. Ce qui est nou- veau ici, c'est la communication qui accom- pagne cette frappe. Plusieurs groupes politi- ques et bureaucratiques ont l'air de vouloir utiliser cet événement pour faire une critique plus générale de l'invasion de l'Ukraine. Il semble y avoir du changement au sein du jeu politique interne russe. D'autant que l'armée russe accumule les erreurs depuis le début de l'invasion L'accumulation des erreurs est effectivement étonnante. L'état-major russe ne semble pas avoir pris en compte les mesures de sécurité à adopter depuis les livraisons des Himars. Des dépôts logistiques ou de munitions laissés à l'air libre à quelques kilomètres du front ont déjà été frappés à plusieurs reprises dans le passé. La défense antiaérienne russe est par- fois défaillante. Il y a une forte probabilité que ces erreurs soient liées au mépris de l'état-ma-jor russe envers son adversaire. Comment expliquer la persistance d'un tel mépris alors que l'armée ukrainienne a remporté d'importants succès sur le front ? Une politique impérialiste se base générale- ment sur l'idée d'une supériorité d'un groupe sur un autre. Une grande partie des Russes, à tout niveau de la société, pense être supé- rieure aux Ukrainiens. La plupart des élites militaires ont développé ce sentiment de mé- pris, qui justifie la domination impériale. Si cette attitude évolue au sein de l'armée russe, le cours de la guerre pourrait être modifié. Mais il semblerait qu'elle n'ait pas changé depuis dix mois. L'armée russe souffre également de problèmes structurels d'organisation et de formation.   Au niveau organisationnel, le commande- ment est trop divisé pour être efficace. Les ar- mées russes, les armées séparatistes et toute la galaxie d'unités de mercenaires possèdent leur propre fonctionnement et leur propre logique, y compris politique. Il existe des luttes d'influence et d'ego. La frappe ukrai- nienne à Makiïvka offre par exemple une nou- velle opportunité à Evgueni Prigojine [patron du groupe de mercenaires Wagner, ndlr] de convaincre les Russes de rejoindre ses rangs plutôt que d'être mobilisés par l'armée régu- lière. Les forces russes ne fonctionnent pas comme un ensemble cohérent. De nombreux observateurs estiment que l'hiver pourrait changer le cours du conflit. Comment évoluent les fronts ? Contrairement aux prédictions, les sols n'ont jusqu'à présent pas gelé. La boue s'est mainte- nue, ce qui limite fortement les opérations. Les fronts ne bougent donc que très peu, y compris à Bakhmut [dans l'est], où la multipli- cation des opérations du côté ukrainien comme russe a entraîné un affaiblissement de l'efficacité des attaques. Depuis le début, les Ukrainiens ont toutefois montré une intel- ligence de situation et une flexibilité supé- rieures à celles de leurs adversaires. Quelles sont les perspectives pour 2023 ? La tentative d'une nouvelle offensive de grande ampleur n'est pas à exclure. Les nou- veaux Russes mobilisés en septembre ont désormais plusieurs mois de formation mili- taire à leur actif et peuvent prétendre à un début d'opérationnalité. Cette masse relativement considérable d'hommes entraînés (plus d'une centaine de milliers) pourra avoir un effet sur le terrain. L'armée russe semble par ailleurs ration- ner ses munitions ces dernières semaines. La question est de sa- voir si ces soldats et ce matériel serviront à relancer des offensi- ves ou à démarrer un nouveau front. Soit l'armée russe finira par s'effondrer, soit elle déclenchera un autre déluge de feu important.   INTERVIEW </text>
	

	<text titre="Moscou confronté à la colère des pro-guerre" date="2023 01 06T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="emmanuel grynszpan" annee="2023" mois="1" jour="6" journal_clean="Le Monde" keywords="commandement, l’armée, colère, l’ukraine, centaines, russes, réveillon, mobilisés" langue="fr"> Le réveillon de la Saint-Sylvestre a tourné au bain de sang pour des centaines d’hommes russes mobilisés dans le cadre de l’invasion de l’Ukraine. Accusé de négligence, le haut commandement de l’armée russes’efforce de rejeter la faute sur les victimes, qui auraient enfreint les règles de discipline. Le carnage a eu lieu dans la toute première minute de l’année 2023. Entre 89 et 400 soldats russes célébrant le Nouvel An ont péri lors d’un bombardement de l’artillerie ukrainienne. Un bilan auquel il faut ajouter plusieurs centaines de blessés.   Les victimes, des soldats mobilisés des régiments n° 44 et n° 45, se trouvaient dans le lycée technique n° 19 de la rue du Kremlin, dans le nord-ouest de la ville de Makiïvka, dans une région de l’Ukraine occupée par la Russie depuis 2014. Le lieu de la frappe ne se trouve qu’à 11 kilomètres de la ligne de front, à portée d’une large gamme de canons ukrainiens. Le bilan officiel du ministère de la défense russe se monte à 89 morts. C’est la première fois, depuis le début de la guerre, en février 2022, que les autorités admettent des pertes aussi importantes lors d’une seule attaque.
Le ministère de la défense a promis l’ouverture d’une enquête, mais rejette d’ores et déjà la responsabilité sur les soldats eux-mêmes. Dans un message vidéo diffusé sur le site du ministère, le général russe Sergueï Sevrioukov affirme que ces derniers auraient « massivement utilisé leurs téléphones portables » au moment du réveillon pour communiquer avec leurs familles, en dépit de l’interdiction d’en faire usage. Ces appels auraient « permis aux forces ukrainiennes de géolocaliser » la concentration de soldats russes.  La polémique enfle en RussiePour faire bonne mesure, le ministère de la défense assure avoir déjà détruit les quatre systèmes de missiles guidés Himars américains utilisés dans l’attaque de Makiïvka. Une affirmation peu crédible. Depuis le début du conflit, le ministère russe a déclaré avoir détruit 27 systèmes Himars – sans jamais apporter la moindre preuve à l’appui de ces dires –, alors que les Etats-Unis n’en ont livré que 20 à l’armée ukrainienne.   Le bilan officiel reste très inférieur aux estimations fournies par plusieurs sources russes présentes sur le lieu du carnage. Le renseignement ukrainien évoque de son côté 400 morts. A mesure que les détails émergent sur ce désastre, la polémique enfle en Russie, en particulier dans les rangs des nationalistes, favorables à la guerre. Selon la chaîne Telegram Rybar, un dépôt de munitions se trouvait sur le territoire du lycée technique n° 19. Les missiles ukrainiens l’auraient fait exploser, augmentant encore les dégâts et le nombre de victimes.   Nombreux sont les commentateurs pro-Kremlin à laisser éclater leur indignation à l’égard du haut commandement militaire russe, de l’état-major et même du ministre de la défense, Sergueï Choïgou. Mais sans jamais viser le chef suprême des armées, Vladimir Poutine, qui a pour habitude de garder le silence lorsque l’actualité est dominée par les mauvaises nouvelles. A la pointe de ce mouvement de colère figurentle journaliste vedette du petit écran Alexander Sladkov, le blogueur militaire Boris Rojine, connu sous le pseudonyme de « Colonel Cassad » et les auteurs anonymes de la chaîne Rybar, qui ont tous des audiences autour du million d’abonnés sur Telegram. Tous ces agents d’influence sont contrôlés, à divers degrés, par des structures du pouvoir rivales, comme l’administration présidentielle, des clans du FSB (services de sécurité russes) et le patron des mercenaires du Groupe Wagner, Evgueni Prigojine.   L’Institute for the Study of War (ISW), basé à Washington, observe que les blogueurs militaires affiliés au Groupe Wagner accusent « le commandement militaire russe d’avoir permis aux forces ukrainiennes de frapper facilement plusieurs centaines de militaires en un seul endroit » et qualifient de « mensonge » l’explication officielle selon laquelle la frappe de Makiïvka a été provoquée par l’utilisation imprudente de téléphones portables par les soldats russes. Evgueni Prigojinelui-même a réagi au désastre en conseillant à tous d’accrocher dans leurs bureaux la célèbre affiche de propagande stalinienne « Ne Boltaï » (« tiens ta langue »).  Détourner la colère vers l’OTANPrompt à critiquer le ministère de la défense sur son incapacité à maintenir un niveau adéquat de sécurité opérationnelle en zone de combat, l’homme d’affaires prend cependant fréquemment le risque de visiter ses hommes sur le front. Ce que n’ont jamais fait ni Sergueï Choïgou ni Vladimir Poutine. « De graves échecs militaires continueront de compliquer les efforts de Poutine pour apaiser la communauté proguerre. Son incapacité à répondre aux critiques et à corriger les failles de la campagne militaire pourrait saper sa crédibilité en tant que chef de guerre », souligne le bulletin de l’ISW du 2 janvier.   La seule réaction du Kremlin consiste à canaliser et à détourner la colère vers les pays de l’OTAN. Dans cette veine, le sénateur et ancien vice-ministre des affaires étrangères Grigori Karassine prétend que « le régime de Kiev, avec l’aide de ses alliés de l’OTAN et de leurs armes, a commis [à Makiïvka] un crime contre[les] citoyens. Il est important de savoir que cet acte monstrueux a été planifié et agréé au sein de l’OTAN ».   En s’efforçant de faire croire à une réaction spontanée de la société civile, le pouvoir a organisé, le 3 janvier, à Samara, un rassemblement « en soutien à l’“opération militaire spéciale” » pour les familles des victimes. La parole a été donnée non à ces dernières, mais à l’épouse du commandant de la seconde armée russe (toujours vivant), Ekaterina Kolotovkina, qui dirige une organisation pro-Poutine. Soigneusement maquillée et coiffée, vêtue d’un manteau de fourrure onéreux, elle a déclaré, dans une allocution diffusée à la télévision : « Nous briserons ensemble l’ennemi. Nous n’avons pas le choix. Ni nos enfants ni nos maris ne voulaient la guerre, mais tout l’Occident s’est ligué contre nous. Pour nous détruire nous anéantir, nous et nos enfants. »Parallèlement, une émanation de l’administration présidentielle russe se présentant comme les « veuves des soldats de Russie », a demandé, le 2 janvier, à Vladimir Poutine, d’interdire aux hommes de quitter le territoire russe. Dans un communiqué, les « veuves » enjoignent au pouvoir de suivre l’exemple du dictateur soviétique Joseph Staline, « qui ne décidait pas en fonction des sondages et de l’opposition, mais n’avait qu’un seul objectif : la victoire ».   Autant de signes qui suggèrent la préparation d’une nouvelle vague de mobilisation. C’est la thèse avancée, le 30 décembre 2022, par le chef du renseignement militaire ukrainien, Kyrylo Boudanov. Selon lui, l’armée russe « n’a pas assez d’effectifs » pour compenser « des pertes importantes » et pour former les nouvelles unités indispensables à la nouvelle offensive qu’envisage le pouvoir russe. </text>
	

	<text titre="Armée française au Sahel, du triomphe à l'échec" date="2023 01 11T00:00:00" journal="La Croix, no. 42515" auteur="thomas hofnung et laurent larcher" annee="2023" mois="1" jour="11" journal_clean="La Croix" keywords="sahel, bamako, française, france" langue="fr"> La France a-t-elle commis des erreurs stratégiques ?   En février 2013, François Hollande est acclamé par une foule en liesse à Tombouctou et à Bamako où il déclare, ému, vivre « la journée la plus importante de(sa) vie politique ». En quelques semaines, les troupes françaises parviennent à chasser les groupes djihadistes des principales localités du nord du Mali, détruisant leur sanctuaire au coeur du massif des Ifoghas. Éclatant, le succès de l'opération Serval sera cependant de courte durée. Très vite, Paris prend la mesure de ce qu'un haut-gradé nomme « l'effet mercure » : loin d'être écrasée, la nébuleuse djihadiste ruisselle à l'intérieur du Mali, ainsi que dans les pays voisins.   À l'été 2014, Serval se mue en opération Barkhane. Loin de retirer ses troupes, Paris a l'ambition d'étendre la lutte à cinq pays, avec le même objectif : créer un « environnement de sécurité » permettant à l'administration locale de se redéployer et aux agences et ONG d'assurer le développement de zones déshéritées. Mais le piège se referme sur l'ex-puissance coloniale?: plus Barkhane frappe les mouvements djihadistes, plus ces derniers se renforcent et plus l'insécurité se répand au Mali, au Burkina Faso et même au Niger. Et plus l'incompréhension des populations locales grandit. Paris cherche alors à rebondir en favorisant la montée en première ligne des armées locales, réunies au sein du «?G5 Sahel?», et en portant ses efforts militaires dans la zone la plus sensible de la région, aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Mais la dégradation exponentielle de la situation sur le terrain prend la France de vitesse.
 Quelles sont les responsabilités des régimes sahéliens ?   Le Mali n'a pas su exploiter la victoire des forces françaises contre les djihadistes en 2013 : Bamako se montre incapable de restaurer l'administration dans les zones libérées, nourrissant la contestation et le rejet du pouvoir central. Avec le Mali, la plupart des régimes de la région s'enferment dans un déni de la réalité, minimisant la menace représentée par ces groupes et les raisons de leur succès. Ils refusent de changer leur manière de fonctionner, préférant le court terme au long terme, restant empêtrés dans des dynamiques de corruption, de clientélisme et de défiance vis-à-vis de leurs propres armées. La « mal-gouvernance », chronique, conduit à des ruptures avec les sociétés civiles et favorise le recrutement du côté des djihadistes. Les armées envoyées au front sans grands moyens finissent par se révolter contre les politiques : les militaires mènent deux coups d'État au Mali et au Burkina Faso, ruinant l'ordre constitutionnel et démocratique.   Autre erreur majeure, les pouvoirs centraux couvrent les exactions commises par leurs forces armées et les milices d'autodéfense, en particulier contre la minorité des Peuls. Cette impunité favorise les crispations identitaires et le recrutement djihadiste sur des bases communautaires. Ce cocktail composé de corruption, de déni et d'exactions n'est pas sans rappeler les précédents du régime Lon Nol au Cambodge, de la République du Vietnam dans la première moitié des années 1970, ou encore du régime afghan face aux talibans dans les années 2000-2010. Des régimes qui ont fini par s'effondrer comme des châteaux de cartes.   Comment expliquer l'efficacité des groupes djihadistes ?   Incapables de résister à l'opération Serval, ils se disséminent dans tout le Sahel, en premier lieu en Algérie et en Libye où les principaux groupes disposent de bases arrière. Ils trouvent aussi au Burkina Faso, du temps de Blaise Compaoré (chassé du pouvoir en 2014), des zones refuges. Une fois leurs forces réorganisées, ces groupes très mobiles repartent à l'offensive dans les zones délaissées par les États, recrutant parmi les jeunes pour qui ils représentent la seule possibilité d'une vie meilleure. Si le projet théologico-politique de ces groupes armés séduit de plus en plus dans un environnement très dégradé, leur succès s'explique aussi par la dimension insurrectionnelle de leur mobilisation contre un exécutif perçu comme indifférent et injuste.   Les exactions commises par les forces gouvernementales et les bavures attribuées à l'armée française favorisent l'enrôlement des jeunes, comme le montre Rémi Carayol dans son livre Le Mirage sahélien (1). Plus ancrés dans le tissu social que les forces gouvernementales et l'armée française, ils peuvent tout à la fois terrifier, séduire et compter sur le soutien des populations locales sans défense. Enfin, ces groupes bénéficient de soutiens dans les arcanes des pouvoirs régionaux et centraux mais aussi dans la sous-région comme en Algérie, pays refuge pour le chef du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, Iyad Ag Ghali. À cela s'ajoutent, sur le plan international, les soupçons de soutien indirect qui pèsent sur certains pays du Golfe.   Quel poids a joué la guerre informationnelle ?   La présence française est progressivement la cible d'une offensive dans le champ informationnel. Mensonges, intimidations, opérations d'intoxication sur les réseaux sociaux, dans les médias «?alternatifs?» repris par de faux comptes, mais aussi par des influenceurs dont certains sont payés par Moscou et auxquels s'agrègent de vrais comptes de personnes dont la représentation du monde est confortée par ces accusations. Au coeur de ce mouvement hostile, la machine de guerre créée par Evgueni Prigojine, homme d'affaires proche du Kremlin?: une myriade de sociétés qui s'attaquent aux ennemis désignés par Moscou. Parmi ces entreprises, le Patriot Media Group, une structure de onze médias dont l'un, l'agence de presse fédérale russe Ria Fan, est spécialement tourné vers l'Afrique. Parallèlement, la société de mercenaires Wagner s'implante dans le «?pré carré?» français?: en Centrafrique à partir de 2018, au Mali à partir de 2021, puis au Burkina Faso, avant de cibler le Niger.   Mais le succès de cette propagande antifrançaise en Afrique est aussi lié à la perception de plus en plus négative de la France et de l'opération Barkhane par les opinions publiques. Pour parer cette entreprise de désinformation, Paris a lancé plusieurs contre-feux, comme la création d'une cellule dédiée à la «?guerre informationnelle?» au sein de l'armée française. Surtout, l'Élysée a opté pour la plus grande discrétion à propos de son engagement dans le Sahel. Les 3 000 militaires français actuellement déployés dans cette région sont, en quelque sorte, invisibilisés dans le cadre d'une opération désormais sans nom (depuis la fin officielle de Barkhane?l'été 2022). Probablement pour ne pas être stigmatisée et ciblée par les trolls russes. </text>
	

	<text titre="Ukraine : à Soledar, les affrontements «les plus sanglants» depuis un an" date="2023 01 12T00:00:00" journal="Libération" auteur="par charles delouche- bertolasi" annee="2023" mois="1" jour="12" journal_clean="Libération" keywords="ville, sanglants, affrontements, mines, ukrainien, sel, soledar, ukraine" langue="fr"> Jusqu'à présent, la ville de Soledar, dans le Donbass, était surtout connue pour ses mines de sel. Un or blanc et pur puisé
deux siècles dans la région, facilement commercialisable. En ukrainien, soledar signifie «don du sel». Des millions de tonnes sont ainsi prélevées chaque année de cette région percée de mines et de souterrains. Et ses entrailles disposeraient de réserves pour encore deux millénaires.   Désormais, Soledar sera le synonyme de l'une des batailles les plus acharnées d'un conflit qui dure depuis près d'un du an. La ville d'environ 11000 habitants est en proie à une guerre urbaine qui s'est intensifiée ces derniers jours. Mercredi matin, les combats se durcissaient encore dans cette ville située à une poignée de kilomètres de la cité stratégique de Bakhmut. De quoi faire dire à Mykhaïlo Podoliak, le conseiller à la présidence ukrainienne, que ce point clé de l'est de l'Ukraine est le théâtre des affrontements les «plus sanglants» depuis le début de l'invasion russe. La dernière ville conquise par Moscou, le 3 juillet, était Lyssytchansk. Au petit matin mercredi, les informations qui filtraient de la ligne de front laissaient pourtant croire que Soledar était tombée aux mains des paramilitaires jour russes de Wagner. Le chef du groupe de mercenaires, Evgueny Prigojine, a paradé devant ses hommes dans l'ombre de ce qu'il a présenté comme les souterrains, se félicitant d'avoir pris la ville. Et d'évoquer une victoire de ses «unités» sur l'ardepuis mée ukrainienne après les intenses combats de cette semaine qui se sont cristallisés autour de cette localité. C'est par la voix de son service de presse et sur Telegram que l'homme d'affaires proche de Poutine a partagé la nouvelle. «Les unités de Wagner ont pris le contrôle du territoire entier de Soledar», a-t-il avancé. «Casse-pipe». Une information vite démentie par Moscou, le ministère russe de la Défense précisant que «des unités aéroportées ont bloqué les parties nord et sud de Soledar», que «les forces aérospatiales russes frappent les bastions ennemis». Côté ukrainien, la vice-ministre de la Défense, Ganna Maliar, a fait part des «violents combats [qui] se poursuivent à Soledar», affirmant que les Russes ont «tenté de percer la défense» ukrainienne et «de capturer complètement la ville, mais sans succès». Comme de nombreux analystes et experts, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s'est demandé dans son adresse vidéo à la nation lundi soir ce que la Russie «avait à gagner à Soledar». Pour le général Dominique Trinquand, cette percée russe sur le front ne s'apparente pas à un tournant dans la guerre mais plutôt à l'illustration de «la guerre privée menée par monsieur Prigojine, qui veut se placer dans l'organigramme russe au plus haut possible. Pour ça, il n'hésite pas à envoyer des gens au casse-pipe depuis des mois, sans aucune tactique». D'après l'ancien chef de la mission militaire française auprès des   Nations unies, «la bataille sera encore longue». «A Soledar et Bakhmut, la situation est décrite comme une guerre urbaine, où les quartiers sont récupérés un pâté de maisons à la fois», décrit le général. Selon lui, l'un des intérêts à court terme pour Prigojine est d'accaparer les mines de sel, tout en faisant un pied de nez au ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, avec lequel il est à couteaux tirés. «[Les miliciens de] Wagner sont des prédateurs, assure le général. De la même manière qu'ils ont pris les mines d'or et de diamant au Mali et en Centrafrique, ils peuvent s'intéresser aux mines et aux ressources naturelles.» «Cadeau». Pour Marianna Perebenesiuk, journaliste franco-ukrainienne, cette percée à Soledar et les images montrant Prigojine dans les souterrains sont une manière pour la milice de se «démarquer de l'armée régulière» et d'offrir «un cadeau à l'opinion en montrant que la Russie a toujours pour objectif de gagner des territoires». Dans son briefing quotidien publié mardi matin, le ministère britannique de la Défense a néanmoins rappelé qu'au cours des quatre derniers jours, l'armée russe et les unités Wagner ont effectué des «avancées tactiques» à Soledar : des mouvements pour chercher «très probablement à encercler Bakhmut depuis le nord» et «à perturber les lignes de communication ukrainiennes». Une partie des combats vise à contrôler une ancienne mine de sel. Ses souterrains pourraient servir aux Russes à abriter troupes et munitions, aussi bien que passer sous la ligne de front afin de «s'infiltrer derrière les lignes ennemies». Du côté de Moscou, si Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a appelé mercredi matin à ne «pas se presser» en déclarant trop vite la capture de Soledar, il a tout de même mis en avant la «dynamique positive dans les avancées» des forces russes, louant des «succès tactiques»: «On les obtient au prix assez cher, celui de l'héroïsme fantastique de nos soldats. C'est pourquoi c'est une raison de plus pour être fiers de nos gars qui n'épargnent ni leur vie ni leur santé.» ? </text>
	

	<text titre="En Ukraine, les deux batailles de Soledar" date="2023 01 12T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jean-dominique merchet" annee="2023" mois="1" jour="12" journal_clean="L'Opinion" keywords="nommé, ukrainiens, ville, état-major, chef, armée, guerassimov, wagner, général, politique, russes, soledar, ukraine" langue="fr"> Ukrainiens et Russes s'affrontent pour contrôler la ville. Une lutte politique y oppose aussi Wagner à l'armée du Kremlin Page 6
Le général Guerassimov, chef d'état-major des armées, a été nommé mercredi commandant des troupes en Ukraine, en remplacement du général Sourovikine, nommé en octobre dernier. Une décision inattendue alors que de durs combats se déroulent à Soledar, où la situation restait incertaine et l'armée ukrainienne en difficulté. Par ailleurs, la Pologne s'est dite prête à livrer à l'Ukraine quatorze chars Leopard, dans le cadre d'une coalition internationale « qui est en train de se construire », a déclaré le président Andrzej Duda. Enfin, Kiev et Moscou ont demandé à la Turquie d'aider à la mise en place d'un couloir humanitaire pour les civils.   La petite ville ukrainienne de Soledar serat-elle le théâtre de la première victoire russe depuis six mois? Mercredi en fin de journée, il était impossible de trancher, tant la situation sur place restait confuse. Une chose est certaine: les forces ukrainiennes y sont en difficulté depuis plusieurs jours, face à une puissante offensive russe. Reste à savoir si ce qui s'y joue actuellement est important, militairement et politiquement? Du point de vue militaire, l'enjeu semble assez secondaire. C'est une question d'échelle: la bataille se déroule sur quelques kilomètres alors que le front en fait 1200. Célèbre pour ses mines de sel - devenues attraction touristique -, Soledar était une petite ville de 10000 habitants avant la guerre. Le groupe Wagner assure en avoir pris le contrôle, ce que ne reconnaissent pas les autorités ukrainiennes.   Soledar est située à une douzaine de kilomètres au nord-est de Bakhmut, la ville que les Russes tentent en vain de conquérir depuis le mois d'août. Faute d'y parvenir, ils ont visiblement décidé de concentrer leurs efforts plus au nord sur la ligne de front, à Soledar. Les combats à Bakhmut semblent d'ailleurs baisser d'intensité ces derniers jours.   En prenant Soledar, les Russes espèrent perturber les lignes de communications ukrainiennes vers Bakhmut. Mais leur capacité à y « exploiter » une percée, c'est-à-dire à faire passer des forces importantes dans la brèche, semble très réduite, voire inexistante. S'ils prennent Soledar, ils planteront le drapeau sur l'hôtel de ville pour crier victoire! Haine. Pour eux, la nécessité est plus politique que militaire. Depuis la prise de l'agglomération de Sievierodonetsk-Lyssychansk fin juin-début juillet, les forces russes ne sont pas parvenues à conquérir la moindre ville ukrainienne. Au contraire, elles ont dû céder beaucoup de terrain, dans la région de Kharkiv (nord-est) puis de Kherson (sud). Une victoire à Soledar serait un signal positif pour l'armée russe, la preuve que la mobilisation des réservistes porte ses fruits et que Moscou n'a peutêtre pas encore perdu la guerre. Pour l'Ukraine, ce serait, au contraire, un coup dur pour le moral, mais qui n'entamera pas sa détermination à combattre.   Si le sort des armes se révèle défavorable aux Ukrainiens, on saura immédiatement qui est le vaincu. Pour l'identité du vainqueur, ce sera une autre histoire. Elle se jouera alors, côté russe, entre l'armée privée Wagner et l'armée régulière. Le patron de Wagner, Evgueni Prigojine, s'est fait photographier avec ses hommes dans la mine de sel de Soledar alors que le commandant des troupes russes en Ukraine, Sergueï Sourovikine, vient d'être congédié et remplacé par Valeri Guerassimov, le chef d'état-major des armées en personne. La haine et la rivalité entre l'armée régulière et Wagner constituent le fond du tableau de la bataille de Soledar, dont les conséquences politiques se feront sentir à Moscou.   Pour parvenir à ses fins, le patron de Wagner ne ménage pas ses moyens. Il recrute dans les prisons russes et utilise ses hommes comme chair à canon dans des combats très meurtriers. On ignore le niveau exact des pertes à Bakhmut - où Wagner opère également - et à Soledar, mais tout indique qu'elles sont très élevées, de part et d'autre. Côté ukrainien, les soldats s'accrochent au moindre kilomètre de front, sans jamais procéder à des replis tactiques, qui pourraient parfois s'avérer utiles. La logique politique prévaut sur les considérations tactiques: on ne cède pas un pouce de terrain à l'ennemi et on en tue le maximum. Le chef ukrainien, le général Zaloujny, l'expliquait récemment à l'hebdomadaire The Economist.   « Coalition ». Si l'on change d'échelle, en voyant plus large que les quelques kilomètres de la bataille symbolique de Soledar, le front se présente toujours de manière globalement stable depuis deux mois et la prise de Kherson, le 11 novembre. Si les Russes sont à l'offensive dans le secteur Soledar-Bakhmut, les Ukrainiens continuent leur pression plus au nord, vers Kreminna et Satove, sans que rien de décisif ne se joue.   Ces opérations meurtrières, mais géographiquement limitées, permettent de « fixer » l'ennemi. Elles l'empêchent de régénérer et de regrouper ses forces, pour, ensuite, les concentrer en vue d'une nouvelle offensive majeure. Les deux camps cherchent actuellement cette opportunité. Les Russes font toujours peser la menace d'une nouvelle action sur Kiev, à partir de la Biélorussie notamment. Les Ukrainiens agissent de même, dans le sud, vers Melitopol et en direction de la Crimée. Pour y parvenir, l'armée ukrainienne a besoin d'une quantité suffisante de matériels et de munitions: d'où l'importance pour elle des chars de combat occidentaux. Mercredi la Pologne s'est dite prête à lui fournir des Léopard, de fabrication allemande, au sein d'une « coalition ». L'affaire semble en bonne voie.   Au-delà du front terrestre, la guerre se poursuit avec des frappes stratégiques « dans la profondeur », selon l'expression militaire. Engagée depuis trois mois, après l'attaque du pont de Kertch, la campagne russe ne parvient pas à monter en intensité, faute de missiles en nombre suffisant. Elle porte des coups aux infrastructures ukrainiennes, sans provoquer leur effondrement. Déjà très efficace, la défense aérienne locale va se renforcer, avec l'arrivée prochaine de Patriot et de Mamba. Enfin, Kiev réclame toujours des missiles sol-sol à longue portée, comme les ATACMS américains. Ils permettaient à l'Ukraine de frapper plus facilement les bases en Russie même, en réplique aux attaques dont elle fait l'objet sur son territoire. Pour Washington, il n'en est toujours pas question. Ou, peut-être, pas encore.   @jdomerchett </text>
	

	<text titre="Percée russe sur le front du Donbass" date="2023 01 12T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="emmanuel grynszpan et cédric pietralunga" annee="2023" mois="1" jour="12" journal_clean="Le Monde" keywords="front, militaire, russe, victoire, point, forces, petite, russes, groupe, donbass" langue="fr"> Les forces russes se trouvent sur le point de remporter leur première petite victoire militaire après une longue série de revers cuisants dans les régions de Donetsk, Kharkiv et Kherson. Le groupe de mercenaires Wagner affirmait, mardi 10 janvier, avoir pris le contrôle de Soledar, une petite ville située à 10 kilomètres au nord de Bakhmout, dans le Donbass. Les combats dans ce secteur durent depuis six mois et constituent le point le plus contesté des 740 kilomètres de front entre les deux armées.   Ce 10 janvier en fin d’après-midi, une première vidéo, apparue sur les réseaux sociaux, prouvait la présence des soldats du Groupe Wagner, posant dans le centre de Soledar (10 000 habitants avant le conflit) devant l’administration municipale à moitié démolie. Une autre vidéo, filmée cette fois côté ukrainien, montre des gardes-frontières dépités, quittant la ville à pied et répétant avec une ironie amère « Soledar était à nous ».
Une note, publiée au même moment par le ministère britannique de la défense, confirmait qu’au « cours des quatre derniers jours, les forces russes et de Wagner ont réalisé des avancées tactiques à Soledar et contrôlent probablement la plus grande partie de l’agglomération ».  « Au contact »Dans la soirée, les combats se concentraient à proximité de la mine de sel qui donne son nom à la ville. Une mine qui, une fois conquise, permettrait aux forces russes de placer des munitions et des soldats à l’abri de la très précise artillerie ukrainienne.   Côté officiel, le porte-parole du groupe oriental des forces armées ukrainiennes,Serhiy Tcherevaty, démentait, mardi, que Soledar soit entièrement conquise par l’envahisseur. Mais les commentateurs militaires ukrainiens s’accordent à considérer la situation comme très difficile autour de la ville, alors que l’effort principal de l’offensive russe porte maintenant sur cette localité, davantage que sur Bakhmout, qui concentrait jusqu’ici l’essentiel de ses attaques.   Le reporter de guerre ukrainien Iouri Boutoussov, rédacteur en chef du média en ligne Censor. net, confirme une forte avancée des troupes de Moscou à Soledar. Selon lui, les Russes « sont parvenus à une position plaçant sous leur feu la principale route d’approvisionnement de Soledar[venant de Sloviansk] ». Le groupe indépendantd’experts militaires Conflict Intelligence Team souligne de son côté que « cette situation crée des problèmes d’approvisionnement » pour les forces ukrainiennes, y compris à Bakhmout.   Taras Berezovets, un membre des forces spéciales ukrainiennes, signale sur sa chaîne Telegram que l’infanterie ennemie a mis en œuvre une nouvelle tactique pour prendre Soledar. Les Russes attaquent par petits groupes de huit soldats qui vont « au contact », c’est-à-dire s’approchant le plus près possible de la première ligne de défense ukrainienne, et cherchent les plis du terrain les plus avancés. Chaque soldat est équipé d’un lance-roquettes individuel Chmel à munitions thermobariques, réputé efficace contre les positions fortifiées. Ces groupes de « mules » portent une charge maximale d’armement. Ils transmettent les coordonnées précises des positions ukrainiennes aux unités de mortiers de 82 mm et de 120 mm, qui s’efforcent alors d’anéantir la première ligne ukrainienne. Ces unités d’assaut russes sont chargées « d’accrocher » le terrain et de « monter » des armes qui seront utilisées par d’autres s’ils sont tués.   Pendant ce temps, à 500 mètres en retrait du groupe avancé, une deuxième section russe entre en action, avec un équipement plus léger. Couverte par son artillerie, elle se lance à l’assaut de la position ukrainienne. Si elle échoue, un troisième puis un quatrième groupe entre en action. Soit quatre vagues d’assaut pour chaque position ukrainienne. Selon Taras Berezovets, l’erreur ukrainienne a été d’utiliser son artillerie pour détruire les unités d’assaut russes au lieu de travailler en « contrebatterie », c’est-à-dire de faire taire en priorité les mortiers russes bombardant la première ligne de défense. « Sans leur couverture, les unités d’assaut succombent rapidement », estime le militaire.  Dégâts matériels immensesSi la tactique russe paie, elle est extrêmement coûteuse en vies humaines, selon l’ensemble des observateurs ukrainiens. Des drones sont utilisés de part et d’autre, tant pour observer l’adversaire et diriger le feu que pour lâcher des grenades avec une grande précision sur les fantassins allongés dans les tranchées, à quelques dizaines de mètres en contrebas.   Ces drones enregistrent des images, publiées côté ukrainien, d’innombrables cadavres de soldats russes gisant sur le sol gelé des environs de Bakhmout et de Soledar. Ces clichés, et c’est à cette fin qu’ils circulent sur les réseaux sociaux, renforcent l’impression que l’armée russe – et le Groupe Wagner en particulier – abandonne ses soldats tombés sur le champ de bataille. Une hypothèse difficile à vérifier ou même à quantifier. Les corps jonchant les environs ont récemment inspiré une plaisanterie macabre : « Ne demandez jamais son âge à une dame ; son salaire à un homme ; où il trouve sa pitance à un chien de Bakhmout. »Les dégâts matériels se révèlent également immenses. Il ne reste plus une construction indemne à Bakhmout – qui comptait 70 000 habitants avant l’invasion russe –, ni dans les agglomérations satellites. Moscou ne recule devant aucune destruction pour atteindre l’objectif minimum de l’invasion de l’Ukraine : la conquête complète du Donbass, dont il lui manque encore un bon tiers. La prise de Soledar, puis de Bakhmout, ouvrirait la route vers les villes plus importantes de Konstantiniivka, Droujkiiva, Kramatorsk et Sloviansk.  « Pour Moscou, le cours de la bataille semble plus important que sa résolution : Bakhmout permet de fixer une partie de l’armée ukrainienne à un endroit précis du front, ce qui entrave sa capacité à mener des contre-offensives ailleurs. Dans le même temps, cela donne du temps aux Russes pour regarnir leur armée et mener à bien la mobilisation de nouvelles troupes », estime Vincent Tourret, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste de l’armée russe. Selon cet expert, « la prise de Bakhmout ne va pas déboucher sur un effondrement ukrainien. Les lignes de défense de l’armée de Kiev sont bien organisées dans cette région et les Russes n’y disposent plus suffisamment de capacités de manœuvre ».Pour le chef du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, la prise de Soledar revêt un intérêt « commercial » en plus d’être une victoire militaire arrachée au nez et à la barbe de son rival politique Sergueï Choïgou, le ministre russe de la défense. L’homme d’affaires, qui a déjà utilisé ses mercenaires pour prendre le contrôle et exploiter des mines au Soudan, en Centrafrique et au Mali, affirmait, lundi, que la mine de sel de Soledar constitue pour lui « la cerise sur le gâteau ». </text>
	

	<text titre="Evgueni  Prigojine" date="2023 01 13T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23876" auteur="sabine delanglade" annee="2023" mois="1" jour="13" journal_clean="Les Echos" keywords="que" langue="fr"> Jamais un homme de l'ombre n'était sorti aussi brutalement de la sienne. Le dévoilement pratiquement au grand jour d'Evgueni Prigojine semble le signe que, désormais, tous les coups lui sont permis. Le milliardaire de 61 ans qui fuyait les interviews ne se cache plus. Il a enfin admis qu'il dirigeait le groupe paramilitaire Wagner et a tenté d'influer sur les élections américaines. Les pouvoirs du mercenaire de Vladimir Poutine sont hallucinants. Dans quel pays de droit un nervi pourrait-il sans vergogne recruter des condamnés de droit commun pour étoffer son armée privée ? En échange de six mois de front et 1.590 euros par mois, il leur promet la grâce. L'armée le déteste, il le lui rend bien, traite les officiers de « déchets ». Son ami Poutine lui donne d'une certaine manière raison en jouant avec son état-major comme avec des pions. Le général Sourovikine, dernier responsable des opérations militaires en Ukraine, n'aura tenu que trois mois. A tel point, que, de la même façon qu'au Mali, ses hommes sont venus remplacer l'armée française, le chef de la milice Wagner apparaîtrait presque comme un élément de stabilité des forces en présence dans l'affrontement sanglant autour de la ville ukrainienne de Bakhmout. Ce qui l'intéresse dans le Donbass, ce sont les industries et le charbon. 
Corruption, assassinat, escroquerie, prostitution de mineurs, voilà la tétralogie du patron de Wagner. Les deux derniers chefs d'accusation augmentés de celui du vol l'avaient envoyé en prison pour dix ans au début des années 1980. En sortant, il profita du Far West de la libéralisation, gagna des millions en commençant par une chaîne de fast-food. Dans son restaurant huppé de Saint-Pétersbourg, il servait Vladimir Poutine. Aujourd'hui, c'est celui-ci qui le sert. </text>
	

	<text titre="Le chef d’état-major russe prend les commandes en Ukraine" date="2023 01 13T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="1" jour="13" journal_clean="Le Monde" keywords="chef, militaire, moscou, russe, mois, spéciale, commandant, nomination, prend, d’état-major, l’opération, ukraine" langue="fr"> Moscou - correspondant - Le pilotage de « l’opération militaire spéciale » russe en Ukraine connaît de nouveaux soubresauts. Trois mois seulement après sa nomination comme commandant unique des manœuvres sur le terrain, le général Sergueï Sourovikine a été démis de cette fonction mercredi 11 janvier. Selon le communiqué du ministère de la défense, il a été remplacé par Valéri Guerassimov, qui cumulera cette charge avec celle de chef d’état-major de l’armée russe qu’il occupe depuis 2012. Sergueï Sourovikine est rétrogradé au rang d’adjoint, au côté des généraux Oleg Salioukov et Alexeï Kim.   Ce changement de direction n’est pas le premier depuis le déclenchement de l’offensive en Ukraine, le 24 février 2022. Mais il est remarquable à plus d’un titre – et pas seulement parce que le nouveau chef des opérations, réputé être l’un des théoriciens de la guerre hybride, est bien connu.
Sergueï Sourovikine avait été le premier commandant des forces déployées en Ukraine à bénéficier de pouvoirs élargis, à sa nomination en octobre 2022, pour tenter de résoudre les problèmes de coordination observés sur le terrain. Ensuite, c’est le Kremlin lui-même qui avait choisi, de manière inhabituelle, de médiatiser cette figure. La propagande d’Etat avait ainsi transformé l’arrivée de ce « Général Armageddon », en un événement majeur, de nature à changer la donne après les contre-offensives militaires ukrainiennes réussies de cet été.  Reddition de KhersonL’éviction soudaine de ce haut gradé a pris de court en Russie même, jusque dans les cercles proches du pouvoir peu convaincus par le communiqué sibyllin de l’armée qui explique ces mouvements par « un élargissement de l’ampleur des missions à accomplir et la nécessité de mener une interaction plus étroite entre les composantes des forces armées ». La chaîne Telegram spécialisée Rybar, bien informée mais sous le contrôle strict des autorités, n’hésite pas à évoquer les résultats « contestables » du général Sourovikine. L’analyse coïncide avec celle du renseignement britannique, qui dans son rapport public quotidien, estime que son départ constitue une « reconnaissance » des échecs russes.   L’arrivée du général, le 8 octobre 2022, était allée de pair avec le lancement d’une campagne de bombardements massifs sur des infrastructures civiles ukrainiennes. Destinée à pousser à bout la société ukrainienne et à l’amener à la capitulation, cette stratégie n’a pas donné les résultats escomptés. La mission de Sourovikine restera aussi comme celle du retrait des troupes russes de Kherson, la première prise après le début de l’offensive en février 2022, et que Moscou considère comme l’une de ses capitales régionales. Puis, il y a eu la frappe ukrainienne sur Makiïvka, dans le Donbass, qui a tué, le soir du 31 décembre, des dizaines, voire des centaines de soldats russes mobilisés – le ministère de la défense s’en tient à un bilan officiel de 89 morts.   Pour Dmitri Kolezev, rédacteur en chef du site indépendant The Republic, en exil, ces changements de direction « semblent vouloir dire que la mission de Sourovikine consistait seulement à assumer la “décision difficile”[l’expression qu’il avait alors employée] de la reddition de Kherson. Et on peut supposer que si le chef d’état-major prend le commandement c’est qu’il espère que la période des défaites est terminée et que l’armée russe se prépare à une nouvelle offensive d’ampleur ».RééquilibrageDe fait, l’arrivée de Valéri Guerassimov concorde avec des premiers mouvements sur le front. Si le sort de la ville de Soledar, dans le Donbass, ne semble pas entièrement fixé, la progression des forces russes y est incontestable, avancée inédite depuis plusieurs mois. Sa chute, si elle se confirme, offrirait de nouvelles perspectives à l’armée de Moscou, notamment en direction de Bakhmout, objet d’une bataille aussi longue que féroce.   Sauf que cette percée réalisée à Soledar est à mettre au crédit non de l’armée, mais des mercenaires du groupe Wagner. Quand bien même le ministère de la défense rappelle avec insistance sa participation aux combats, c’est bien le fondateur de cette société militaire privée, Evgueni Prigojine, qui s’affichait mercredi sur les réseaux sociaux au fond des célèbres mines de sel de la ville ukrainienne.   Les mouvements d’épaulettes sont à lire également à cette aune, celle d’un rééquilibrage entre structures concurrentes. Après avoir fortement critiqué ses prédécesseurs, le chef des Wagner avait donné sa bénédiction à Sergueï Sourovikine. Or, son éviction coïncide avec le retour en grâce, d’un des officiers supérieurs dont Evgueni Prigojine et d’autres durs du régime avaient obtenu la tête à l’automne 2022. Le général Alexandre Lapine, jugé responsable de la déroute de Kharkiv, a ainsi été nommé, mardi, chef d’état-major des forces terrestres russes.   Valéri Guerassimov, lui, malgré sa participation à la préparation très hasardeuse de « l’opération militaire spéciale », n’a jamais semblé perdre la confiance du chef du Kremlin, auprès duquel il est apparu à de nombreuses reprises. « Poutine cherche une tactique efficace dans un contexte de défaite latente, note la politiste Tatiana Stanovaya. Il essaie différentes figures, oscille entre elles, donne sa chance à celui qui lui paraît convaincant à un instant précis. Aujourd’hui, Guerassimov lui a paru convaincant, demain ça peut être un autre. Mais en réalité, le problème réside dans les tâches à accomplir, pas dans les hommes. » </text>
	

	<text titre="Ukraine: la valse des généraux russes continue" date="2023 01 13T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jean-dominique merchet" annee="2023" mois="1" jour="13" journal_clean="L'Opinion" keywords="tête, opérations, état-major, chef, guerassimov, russe, généraux, mercredi, ministre, valse, difficultés, russes, désigné, sergueï, valeri, ukraine" langue="fr"> Sur fond de difficultés militaires, le chef d'état-major, Valeri Guerassimov, prend la tête des opérations en Ukraine Page 6
Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a désigné mercredi 11 janvier, le chef d'état-major de l'armée russe, Valery Gerasimov, comme nouveau commandant de l'« opération militaire spéciale » en Ukraine. Valery Gerasimov succède à Sergueï Sourovikine, surnommé le « général Armageddon » qui avait été nommé en octobre. Ces changements sont destinés à renforcer l'efficacité des opérations en Ukraine « en lien avec l'ampleur accrue de la tâche », a indiqué le ministère, citant la nécessité d'« organiser des contacts plus étroits entre les différentes branches de l'armée et d'améliorer, l'efficacité de la gestion des troupes russes ».   La valse des généraux russes se poursuit, preuve, si besoin était, des difficultés de l'armée russe en Ukraine. Trois mois après avoir été nommé, le 8 octobre, commandant de l'« opération militaire spéciale », le général Sergueï Sourovikine a été remercié mercredi 11 janvier. Il est remplacé par le chef d'état-major des armées luimême, c'est-à-dire le plus haut gradé de l'armée russe, le général Valéri Guerassimov. Certes, Sourovikine restera l'un des trois adjoints de Guerassimov, mais cette annonce surprise témoigne de l'ampleur de la crise militaire, même si les kremlinologues se perdent en conjectures sur les intentions de Vladimir Poutine.   Au onzième mois de l'invasion russe, le commandement militaire a déjà subi plusieurs changements, alors que, du côté ukrainien, le général Zaloujny tient toujours la barre. En février, aucun général russe n'avait été désigné pour prendre la tête de l'opération militaire spéciale, commandée depuis Moscou. Après l'échec devant Kiev, le général Dvornikov est nommé en avril, avec la mission de conquérir l'ensemble du Donbass. Il perd son poste en juin, sans qu'on sache s'il a été véritablement remplacé par le général Zidko. En octobre, conséquence de la débâcle vers Kharkiv, le général Sourovikine est désigné pour rétablir la situation. Il organise le repli de la rive droite du Dniepr (Kherson), engage une campagne de frappes stratégiques, bénéficie de la « mobilisation partielle » et maintient une forte pression dans le Donbass, autour de Bakmut. Cela ne suffit pas. Le Kremlin a besoin d'une victoire - alors que, depuis fin juin-début juillet, l'armée russe n'est toujours pas parvenue à conquérir une nouvelle ville, reculant au contraire sur deux larges parties du front.   Double humiliation. Pour l'armée régulière, le problème est que cette victoire - si victoire il y a à Soledar, où la bataille est toujours en cours - pourrait être portée au bénéfice de l'armée privée Wagner. Or, son chef Evgueni Prigojine est l'ennemi juré du ministre de la défense Choïgou Comme les « blogueurs militaires » nationalistes, il dénonce les insuffisances de l'armée et de ses chefs. Dont Guerassimov. Pour l'état-major, l'humiliation serait alors double: non seulement l'armée ne remporte pas de victoire, mais les « privés » de Wagner, avec leur recrutement dans les prisons, y parviendraient! Dans la haute hiérarchie militaire, la bataille est donc avant tout politique. La décision de nommer le général Guerassimov à la tête des opérations en Ukraine n'est pas forcément une promotion pour l'homme qui commande l'ensemble de l'armée russe depuis 2012. Pour l'instant, il cumulera les deux fonctions, sans que l'on sache très bien comment. Quoi qu'il en soit, il est désormais le dernier fusible pour le Kremlin. S'il ne parvient pas, au printemps, à monter une offensive victorieuse ou à s'opposer à une offensive ukrainienne, c'est le chef d'état-major des armées lui-même qui sautera.   Les généraux ne sont pas forcément très en cours auprès de Vladimir Poutine. Le président russe est issu du KGB, une institution qui a toujours méprisé l'armée rouge - celle-ci le lui rendant, au travers d'une profonde détestation. Culturellement, ce sont des mondes différents et opposés. L'armée russe a toujours été tenue à l'écart de la politique. Elle doit faire désormais avec des concurrents, comme le groupe Wagner, les troupes tchétchènes de Kadyrov ou des unités paramilitaires de la Rosgvardya (Garde nationale).   Valeri Guerassimov, 67 ans, est un officier respecté. Mais cela suffira-t-il à renverser la situation militaire? Comme chef d'état-major des armées, n'a-t-il pas validé toutes les décisions militaires qui ont conduit à la situation actuelle? Comme le dit le ministère ukrainien de la défense, dans un tweet ironique: « Chaque général russe doit avoir au moins une occasion d'échouer en Ukraine. Certains peuvent avoir la chance d'échouer deux fois. » Le chef d'état-major russe est surtout connu en Occident comme l'auteur de la « doctrine Guerassimov » sur la guerre hybride. Mais c'est un mythe qui a la peau dure, comme l'explique l'inventeur de l'expression Mark Galeotti. Pour ce spécialiste britannique de la Russie, « il n'y a pas de doctrine Guerassimov » ex cathedra, uniquement un article publié en 2013 dans la revue russe Le Courrier militaro-industriel dans lequel le général expliquait que « peu importent les forces de l'ennemi, il aura toujours des vulnérabilités et cela signifie qu'il existe des moyens adéquats de s'opposer à lui ». Son homologue ukrainien, le général Valeriy Zaloujny ne cache pas son admiration, comme il disait, en septembre dernier dans Time Magazine: « J'ai beaucoup appris de Guerassimov. J'ai lu tout ce qu'il a écrit. » Les voilà face à face.   @jdomerchett   Les généraux ne sont pas en cours auprès de Poutine, issu du KGB, une institution qui a toujours méprisé l'armée rouge - celle-ci le lui rendant </text>
	

	<text titre="Qui est Guerassimov, le nouveau commandant de l'offensive russe ?" date="2023 01 14T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="1" jour="14" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="russe, offensive, victoire, général, valéri, soledar, ukraine" langue="fr"> Lucile Descamps   Nouveau jeu de chaises musicales dans le commandement de l'offensive russe en Ukraine et, déjà, une victoire revendiquée à Soledar. Mercredi, le général Valéri Guerassimov, chef d'état-major des armées depuis 2012, a été nommé à la tête de ce qui n'est encore, officiellement, qu'une « opération militaire spéciale ». Il remplace ainsi Sergueï Sourovikine, qui devient l'un de ses trois adjoints, aux côtés d'Oleg Salioukov et d'Alexeï Kim.   Une nomination qui n'est probablement pas anodine. Pour Andreï Kozovoï, professeur d'histoire russe à l'université de Lille (Nord), il s'agit pour Vladimir Poutine de faire passer un message, en écho à ses voeux du Nouvel An. « Sans le dire clairement (le mot n'est toujours pas utilisé par le Kremlin), il a fait savoir qu'on entrait dans une année 2023 qui allait rimer avec guerre », décrypte le spécialiste.
Les codes nucléaires entre ses mainsEt le choix de mettre Valéri Guerassimov - numéro deux dans la hiérarchie militaire derrière le ministre de la Défense - à la tête de l'offensive « fait comprendre que la Russie a fini de jouer et qu'elle va entrer dans le conflit de plain-pied. C'est le signe qu'il faut passer aux choses sérieuses », juge l'historien.   Preuve de cette potentielle escalade, le général désigné pour prendre la tête de l'opération commande toutes les forces russes (air, terre, renseignement, cyber...) et possède les codes nucléaires, « contrairement à Sourovikine », rappelle Andreï Kozovoï.   Et la date de ce changement n'a sans doute pas été choisie au hasard : l'attaque à Makiïvka (qui a fait des dizaines de morts chez les soldats russes début janvier) « a été une véritable humiliation pour l'armée, qui peut être imputée à Sourovikine », commente la politologue russe Tatiana Stanovaya. S'ajoute à cela le fait que « son approche visant à frapper les infrastructures énergétiques n'a pas apporté de résultats très significatifs ».   S'il n'est resté en place que trois mois, il n'a pas complètement échoué dans sa mission. Comme nous l'expliquait Dimitri Minic à l'époque, Sergueï Sourovikine était notamment destiné à servir de « paratonnerre pour le Kremlin, en prévision de l'annonce à venir du retrait des troupes russes de Kherson ». À peine un mois après sa nomination, l'armée de Poutine a effectivement quitté la capitale de l'oblast du même nom. Et l'officier avait alors permis « un retrait en bon ordre, en sauvant beaucoup de matériels et d'hommes », commente aujourd'hui le spécialiste.   Au-delà du message envoyé au monde et aux Russes concernant ses intentions en Ukraine avec ce nouveau changement à la tête des opérations, Vladimir Poutine semble vouloir « mettre fin à la cacophonie qui existe en interne ». Notamment avec Evgueni Prigojine, à la tête du groupe paramilitaire Wagner, qui s'est vanté de la prise de Soledar - avant que le Kremlin ne tempère, puis revendique finalement une victoire ce vendredi. D'autant que Valéri Guerassimov - qui a combattu en Tchétchénie et est l'un de ceux qui ont théorisé le concept de guerre hybride - est « très respecté par beaucoup de militaires », notamment pour le succès de l'annexion de la Crimée par la Russie.  En place pour combien de temps ?Et ce, même si « les premiers échecs » en Ukraine « sont de son fait, car il était largement responsable de la planification technique de l'opération militaire spéciale », rappelle Dimitri Minic, docteur en histoire des relations internationales et chercheur au centre Russie/NEI de l'Ifri (Institut français des relations internationales). Après être tombé en disgrâce, il bénéficie donc aujourd'hui d'une deuxième chance. « Si on fait un parallèle historique, c'est un peu comme Nikita Khrouchtchev à l'époque, qui a déçu avant de se rattraper en organisant la défense de Stalingrad », compare Andreï Kozovoï.   Pour Tatiana Stanovaya, ce nouveau changement pourrait aussi être, tout simplement, la preuve que Vladimir Poutine tâtonne encore, onze mois après le début de l'invasion. « Il tente de rebattre les cartes, il cherche de nouvelles solutions efficaces et essaie donc de nouveaux généraux. » Aujourd'hui, c'est Valéri Guerassimov. Mais difficile de savoir pour combien de temps. </text>
	

	<text titre="Ukraine : la Russie remporte une première bataille depuis sept mois" date="2023 01 16T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23877" auteur="yves bourdillon" annee="2023" mois="1" jour="16" journal_clean="Les Echos" keywords="mois, bataille, ukraine" langue="fr"> La Russie a lancé ce week-end une dixième salve de missiles contre des sites civils en Ukraine, cette fois presque exclusivement avec des missiles balistiques à haute vélocité, donc très difficiles à intercepter.Une frappe contre un immeuble résidentiel dans la ville de Dnipro, la troisième du pays à une centaine de kilomètres du front, a fait au moins 23 morts et plus de 70 blessés, dont des enfants. Plus de 40 personnes sont toujours portées disparues.
Le président russe, Vladimir Poutine, a estimé peu après à la télévision que la campagne en Ukraine suivait une « dynamique positive » et que « tout se déroule selon les plans du ministère de la Défense et de l'état-major. J'espère que nos combattants vont encore nous ravir plus d'une fois avec leurs résultats militaires ». Il réagissait à l'annonce de la prise, annoncée vendredi, de la petite ville de Soledar, 11.000 habitants avant guerre, dans le Donbass.  Importance stratégique discutableSoledar est la première bataille remportée par Moscou depuis fin juin, à l'issue de semaines de combats acharnés entre les forces armées ukrainiennes et le groupe paramilitaire Wagner. A trois reprises, les 10, 11 et 12 janvier, le fondateur et chef de Wagner, Evgueni Prigojine, a annoncé la prise de Soledar par ses hommes.   De son côté, le gouvernement ukrainien assurait encore samedi que la bataille se poursuivait, des sources indépendantes affirmant toutefois que les Ukrainiens ne tenaient plus que quelques immeubles dans les faubourgs ouest.   Située à une vingtaine de kilomètres de Bakhmout, Soledar était assiégée par les forces russes depuis le mois d'août, mais, tout comme Bakhmout, son importance stratégique est discutable, et les sacrifices consentis par les Russes pour s'en emparer paraissent disproportionnés. Un représentant du gouvernement ukrainien cité par le « Financial Times » estimait ainsi que sur les 50.000 mercenaires dont disposait le groupe Wagner, plus de 4.100 auraient déjà été tués, dont 1.000 près de Bakhmout.  Londres ouvre le bal des chars lourdsParallèlement, Londres a annoncé samedi soir la fourniture prochaine à l'Ukraine d'hélicoptères d'assaut Apache 64 H « tueurs de chars » et, surtout, de chars lourds, des Challenger 2, les premiers de conception occidentale, indispensables pour l'attaque de positions fortifiées et donc pour une éventuelle reconquête de territoires. Quatre d'entre eux seraient livrés dans quelques jours et huit autres dans quelques semaines.   La pression monte ainsi sur les autres partenaires de la coalition Otan-UE, notamment l'Allemagne et la France. Berlin n'a toujours pas accepté de livrer des chars Leopard, parmi les meilleurs du monde avec les Challenger, les Abrams américains et les Leclerc français. Paris semble considérer jusqu'ici que sa livraison de blindés de combat légers, AMX 10 RC, annoncée il y a dix jours, suffirait.   Les ministres de la Défense de la coalition doivent se retrouver vendredi sur la base militaire américaine de Ramstein, en Allemagne, où devraient être finalisées de nouvelles annonces, dont peut-être celles de chars Abrams, d'un apport potentiellement décisif. Pour l'instant, Kiev ne dispose en guise de chars lourds que de T72 soviétiques, conçus il y a un demi-siècle.   Les Occidentaux hésitaient à livrer des chars lourds de peur que cela revienne à franchir une « ligne rouge » du Kremlin, même si plusieurs de ces dites lignes rouges ont déjà été franchies depuis le début de la guerre, sans riposte notable de Moscou. Toutefois, la formation au pilotage et la maintenance de chars lourds imposerait vraisemblablement le déploiement discret de soldats de l'Otan soit en Pologne soit dans la partie occidentale de l'Ukraine...   Guillaume Ptak   Yves Bourdillon </text>
	

	<text titre="Antoine Nicolle « Le Mage du Kremlin » multiplie les tours de passe-passe avec le réel" date="2023 01 16T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="antoine nicolle" annee="2023" mois="1" jour="16" journal_clean="Le Monde" keywords="empoli, roman, analyse, française, kremlin, giuliano" langue="fr"> Le Mage du Kremlin,de Giuliano da Empoli (Gallimard, 2022), qui a remporté le Grand Prix du roman de l’Académie française en octobre 2022, a été encensé pour son analyse minutieuse de la psychologie des éminences du Kremlin. Le livre se présente comme une fiction : le personnage central qu’il met en scène, Baranov, bien qu’inspiré d’un ex-conseiller de Vladimir Poutine, est presque entièrement imaginaire. Par son intermédiaire, l’auteur nous fait pénétrer dans l’intimité du président russe, de l’oligarque Boris Berezovski et d’autres figures-clés du Kremlin, comme le fondateur de l’organisation paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine – individus aussi célèbres qu’inaccessibles pour l’essayiste, mais que le romancier peut invoquer et faire parler à sa guise. De là vient la « magie » du livre, qui fonctionne à merveille.
Le problème de la magie, cependant, c’est qu’elle fascine, et que la fascination ne fait pas bon ménage avec la froideur d’esprit qu’exige une « analyse ». Pourtant, l’auteur, politologue, ne cesse d’insister sur cette vocation analytique de son roman, censé, selon lui, se « rapprocher de la réalité » plus efficacement qu’un « essai ». Résultat : la finesse d’analyse se mêle à un discours stéréotypé qui flatte notre image reçue de la Russie plus qu’il ne l’éclaire.  Observateur désengagéLa figure qui assume la fonction « analytique » du roman, c’est le mage Baranov, qui se substitue à l’auteur-narrateur dès le chapitre 3. La transition est bien orchestrée, les deux hommes ayant un caractère similaire et une admiration commune pour l’écrivain russe Evgueni Zamiatine et les classiques français ; la disparition rapide des guillemets confirme leur entente de fond, qui saute ensuite aux yeux presque à chaque page.   Ce qui frappe, c’est d’abord le détachement de ce mage : alors même qu’il occupe un poste de pouvoir, il est, du début à la fin, dans une posture d’observateur désengagé. A plusieurs reprises, il marque sa non-adhésion à la politique officielle ; lorsque Berezovski, en exil, perd définitivement les faveurs du Kremlin, il marque même sa compassion pour l’oligarque déchu. Sa posture générale de participation esthétique au grand jeu de la politique lui confère un important capital de sympathie : il est présenté comme un analyste, plein d’une sorte d’ironie romantique qui lui permet de commenter, la tête froide, la réalité sans foi ni loi qu’il contribue à édifier, et qu’il lui arrive même de contempler amèrement.   Tel est, nous semble-t-il, le principal coup de baguette magique de Giuliano da Empoli : mêler sa voix à celle d’un haut représentant du Kremlin, pour plonger d’autant plus volontiers le lecteur dans les délires paranoïaques et criminels de la clique poutinienne, afin de les comprendre de l’intérieur.  Pour un lecteur bien informéPuisqu’il met l’accent sur la description de la logique interne du pouvoir, le roman peut se permettre de mêler fiction et réalité. Si nombre d’épisodes sont avérés – les tractations des oligarques, l’accident du sous-marin nucléaire Koursk en 2000 –, d’autres sont totalement inventés – la biographie de Baranov, l’histoire d’amour, les nombreuses tirades parfois surréalistes de personnages a priori plutôt taiseux. Répétons-le, il s’agit d’un roman, l’auteur fait donc ce qu’il veut, et le lecteur est averti d’emblée.   Reste que seul un lecteur bien informé sera à même de faire la part des choses entre les faits et les inventions romanesques ; surtout, le non-spécialiste ne sera sans doute pas à même de voir ce que le mage escamote pour que la vraisemblance du spectacle soit assurée. L’un des thèmes principaux du livre étant la transformation des oppositions en « acteurs malgré eux », on peut s’étonner de l’absence de certaines figures qui ont effectivement rempli ce rôle durant des années, comme Vladimir Jirinovski, leader nationaliste au potentiel théâtral avéré et rouage notable de l’illusion démocratique du système poutinien.   Le casting semble avoir été fait selon les connaissances préalables du public français : l’homme politique Edouard Limonov est notamment connu grâce à l’écrivain EmmanuelCarrère, Garry Kasparov grâce à son titre de champion d’échecs ; tous deux jouent pourtant un rôle marginal dans la vie politique russe, y compris d’opposition. N’empêche qu’on les attend, car ce sont eux qu’on connaît, et qu’ils sont romanesques. De même, on ne peut que remarquer l’escamotage complet des étapes qui ont marqué le règne poutinien, tels les revirements des relations diplomatiques avec l’Occident ou le tournant religieux du régime. Là encore, les ficelles sont transparentes : il s’agit d’une concession à la logique romanesque, qui exige cohérence et vraisemblance là où la réalité est souvent plus chaotique – et moins spectaculaire.   Le problème tient en fait à la vocation ambiguë du roman : d’une part, il prétend éclairer la Russie contemporaine ; de l’autre, il prétend fournir une fable plus universelle sur la nature du pouvoir. Mais la focale de l’« analyse » étant en perpétuel mouvement, le risque est fort – surtout quand l’auteur est présenté comme ancien conseiller politique de Matteo Renzi et enseignant à Sciences Po ! – de confondre magie et réalité.   Dans l’avertissement qui ouvre le livre, après avoir précisé que les personnages et leurs propos sont imaginaires, l’auteur ajoute qu’ « il s’agit néanmoins d’une véritable histoire russe ».L’expression est troublante… et révélatrice. La « véritable histoire russe »est en effet, depuis quelques décennies, un genre littéraire à part entière. Un genre non pas russe, mais tout ce qu’il y a de plus français, allant du Limonov (P.O.L, 2011) d’Emmanuel Carrère à l’immanquable Sylvain Tesson – autant de best-sellers qui fournissent aujourd’hui au lectorat français non russophone son image de la « vraie Russie ».   Les ingrédients de la « véritable histoire russe », on les connaît donc bien : d’abord, il faut un narrateur familier de la Russie ; ensuite, quelques « vraies femmes russes », froides et fatales ; puis des méditations, généralement arrosées de vodka, sur les classiques russes ; enfin, de longues digressions sur ce que ce règne de non-droit qu’est la Russie postsoviétique a de mystérieux, d’impénétrable et donc de fascinant.  Imaginaire occidentalPas un de ces ingrédients ne manque au roman de Giuliano da Empoli : de là découle tout le discours stéréotypé.   La société civile russe y est ainsi présentée comme une matière inerte et anhistorique. On apprend par exemple que « les Russes aiment à se faire guider par des hommes implacables » ou que « la Russie s’est toujours faite[…] à coups de hache ». Cette idée conforte à la fois l’imaginaire occidental… et certains idéaux du Kremlin, notamment celui du destin « à part » de la Russie, justifiant aujourd’hui la haine antioccidentale.   Si ce discours peut être imputé au personnage du mage, c’est en revanche bien l’auteur qui choisit de camper, pour unique figure féminine (entièrement fictive) du livre, cette indispensable (bien qu’inutile) « femme russe », Ksenia : un mannequin sexualisé qui manipule les hommes pour parvenir à ses fins – car, comme chacun sait, « un des motifs principaux du charme de la femme russe est sa férocité » ! Ksenia étant la plus féroce de toutes, elle est donc naturellement… la plus russe. Il s’agit là d’un fantasme exotisant bien plus européen que russe, qui indique assez bien que l’analyse n’est pas aussi contemporaine qu’elle pourrait (ou devrait) l’être. Dommage, là encore, de s’en tenir à des clichés dont le seul but est d’asseoir une logique romanesque traditionnelle.   Certes, dira-t-on, on peut juger sur pièces, et prendre soi-même la distance qu’il faut. Le lecteur n’est pas bête. Sauf que, pour prendre la distance qu’il faut, bête ou pas, il faut avoir des points de repère en dehors de la fiction. Et, pour la majorité du lectorat français, les principaux points de repère à disposition sont, précisément, les « vraies histoires russes » qu’il connaît déjà, et qui ont assez souvent tendance à verser dans une semblable fascination pour le chaos et la résilience russes.   Si le livre de da Empoli constitue donc bien un éclairage spectaculaire sur les mécanismes du pouvoir, il n’est pas réellement de ceux qui « nous éclair[ent] sur l’époque », comme l’affirmait Tahar Ben Jelloun, membre du jury du prix Goncourt : il nous éclaire sur certains points de cette époque… mais seul un lecteur déjà « éclairé » sera à même de faire la part des choses. Celui qui ne l’est pas aura, quant à lui, tout le plaisir de retrouver des stéréotypes qu’il connaît déjà et qui ont fait le succès du genre exotique de la « vraie histoire russe » à la française.   Si l’auteur avait fictionnalisé l’ensemble de ses figures, et pas seulement celle de Baranov, il n’y aurait probablement rien eu à redire : on aurait eu affaire à une fable politique de grande qualité. Tout le problème est que la fiction ne se veut finalement pas si fictive que ça : la vocation « essayistique » du roman se heurte frontalement à sa vocation romanesque, et l’auteur assume simultanément des prétentions inconciliables, qui offrent l’avantage de le prémunir contre toute critique. En ces temps où une compréhension claire, réelle, non exotisée de la Russie est sans doute urgente en Europe, une remise en cause de ces stéréotypes éculés et pourtant bien vivaces semble indispensable. </text>
	

	<text titre="A Soledar, une stratégie toute symbolique" date="2023 01 16T00:00:00" journal="Libération" auteur="stéphane siohan correspondant à kyiv" annee="2023" mois="1" jour="16" journal_clean="Libération" keywords="dimanche, soledar, prise" langue="fr"> Il a voulu voir Kyiv, Odessa ou Kharkiv et on a vu Soledar Vladimir Poutine a estimé dimanche que sa campagne en Ukraine suivait une «dynamique positive», après l'annonce vendredi de la prise de la ville par le ministère de la Défense russe et les écrans de fumée diffusés par le groupe mercenaire Wagner. Dimanche, il apparaît pourtant que les Ukrainiens, certes sur le reculoir, sont encore solidement campés à la limite ouest de la ville. Cependant, «tout se déroule selon les plans du ministère de la Défense et de l'état-major», claironnait dimanche le maître du Kremlin. «J'espère que nos combattants vont encore nous ravir plus d'une fois avec leurs résultats militaires», ajoute-t-il.
Il est néanmoins improbable que Soledar, 12700 habitants en 2015, ait figuré en haut de la liste prioritaire des cités à envahir, au début de «l'opération militaire spéciale» en février 2022. «Pourquoi ils se sont tellement acharnés sur Soledar ? C'est un peu le hasard et la géographie, explique un volontaire chargé des drones, auprès de deux brigades du secteur. C'est juste que [les Russes] se sont cassé les dents pendant des mois en lançant un assaut frontal sur Bakhmout. Ils n'y arrivent pas, c'est fortifié comme jamais. Or, les types de Wagner avaient tellement besoin de ramener un trophée qu'ils se sont jeté sur Soledar comme des chiens sur un os.» Résultat, fin décembre, les forces d'Evgueni Prigojine ont jeté leur dévolu sur la bourgade, située à 10km au nord de Bakhmout, dont elle constitue une banlieue.   Chemin de l'exil. Soledar a déjà été au milieu des enjeux ukrainiens et russes, il y a huit ans, en janvier 2015. Les premiers accords de Minsk de 2014 avaient établi à Soledar un «centre conjoint de contrôle pour la coordination des questions de cessez-le-feu et la stabilisation de la ligne de désengagement». Petit territoire diplomatique russo-ukrainien, Soledar avait été relativement épargné par les tirs d'obus à l'époque. La situation s'est dégradée à la fin du printemps 2022. Devant la progression russe, une grande partie de la population a pris le chemin de l'exil et la mine de sel Artyomsol, fleuron de l'économie locale, a dû   cesser son activité le 24 mai. Soledar n'est pas un objectif. Le siège, c'est celui de Bakhmout, une ville appelée Artemivsk jusqu'en 2015, en hommage à un révolutionnaire bolchevique local. Un petit noeud routier utile dans le Donbass, tant qu'il n'y a pas autre chose de plus consistant à se mettre sous la dent. Cependant, l'armée ukrainienne, le leadership politique et la société civile, dans la foulée des victoires de l'automne, ont fait de Bakhmout un symbole. On a réveillé les mânes de la «forteresse Bakhmout», cet avantposte fortifié cosaque ukrainien du XVIIe siècle. Résister, coûte que coûte. Régulièrement, la société ukrainienne est prompte à générer des mystiques émotionnelles qui dépassent la rationalité militaire, comme la défense acharnée de l'aéroport de Donetsk jusqu'en 2015. Tout l'hiver, des clips vantant Bakhmout l'inexpugnable ont jalonné les programmes du marathon télévisé national. Des affiches et des teeshirts «forteresse Bakhmout» ont fait surface.   Ville détruite. Soledar n'est pourtant qu'un épiphénomène, la bataille est loin d'être terminée. «Pourquoi nos forces ne sont-elles pas parties plus tôt de Soledar ? Parce qu'on veut à tout prix éviter toute forme d'encerclement de Bakhmout, affirme un conseiller politique proche de la présidence ukrainienne. Mais Soledar n'a plus aucune importance opérationnelle.» Les 46e et 77e brigades aéroportées, deux unités d'élite, ainsi que d'autres formations aguerries, profitent du fait que les forces russes soient aspirées par groupes de fantassins dans la ville détruite pour les éliminer en arrosant d'artillerie le moindre regroupement de chaleur humaine sous un toit encore en état.   «La situation à Soledar est plus politique que militaire, estime Oleg Zhdanov, expert et ancien colonel ukrainien. La Russie veut obtenir une forme de victoire pour renforcer la combativité de son armée et de sa population. Le pouvoir dira que tout cela en vaut la peine, ils présenteront [Soledar] comme une nouvelle prise de Berlin et justifieront toutes leurs pertes en disant : &quot;Nous nous battons comme nos grands-pères se sont battus. Ils mouraient, nous mourons, mais nous gagnons.&quot; Mais à mon avis, il est très important de ne pas les laisser faire, afin de contenir autant que possible [la Russie] et de lui faire comprendre qu'elle n'est plus capable de mener des opérations offensives.» STÉPHANE SIOHAN Correspondant à Kyiv </text>
	

	<text titre="L'incroyable désertion d'un commandant présumé de Wagner en Norvège" date="2023 01 18T00:00:00" journal="La Croix, no. 42521" auteur="jean-baptiste françois" annee="2023" mois="1" jour="18" journal_clean="La Croix" keywords="wagner, travers" langue="fr"> Le récit de sa course-poursuite dans le cercle polaire, à travers la frontière russo-norvégienne, relève du film d'action. Il s'agit pourtant du témoignage d'un chef de section déserteur de l'organisation paramilitaire russe Wagner, recueilli en vidéo par le site Gulagu.net dirigé par le dissident Vladimir Ossetchkine. L'homme, âgé de 26 ans, se présente sous le nom d'Andreï Medvedev.   Il explique comment, dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, au terme d'une cavale de trois mois, il a traversé les barbelés, la forêt, puis une rivière gelée, sous les tirs des gardes-frontières russes, pour finalement échouer sain et sauf côté norvégien. « J'ai entendu deux coups de feu et j'ai vu une balle passer devant moi. J'ai jeté le téléphone dans la forêt et j'ai couru à travers la glace vers une lumière de maison que j'ai aperçue à deux kilomètres » , a-t-il raconté. Intercepté par les gardes-frontières norvégiens, l'évadé a immédiatement été transféré par avion à Oslo.
Son histoire comporte de larges zones d'ombre, mais l'ONG choisie pour la livrer tend à lui donner du crédit. Connu pour avoir aidé des soldats du Kremlin à fuir, le militant des droits de l'homme et homme d'affaires Vladimir Ossetchkine est recherché par Moscou pour avoir dévoilé des tortures dans les prisons russes. Il assure avoir épaulé Andreï Medvedev durant sa cavale. L'évadé aurait commandé une dizaine d'hommes de Wagner.   S'il reconnaît avoir pris part aux hostilités en Ukraine, il assure ne pas avoir été dans des combats rapprochés, jamais en contact avec les civils, rapporte son avocat norvégien, Brynjulf Risnes. « Il est fatigué, mais il est prêt à coopérer et aider à condamner ceux qui ont commis les crimes de guerre », souligne ce dernier. Son client aurait décidé de ne pas reconduire son contrat avec Wagner après avoir vécu « quelque chose de complètement différent de ce qu'il attendait », mais aurait été prolongé dans ses fonctions contre son gré.   L'affaire est assez importante pour faire réagir le dirigeant du groupe Wagner, l'homme d'affaires Evgueni Prigojine. Ce proche de Poutine s'est empressé d'insinuer, par voie de communiqué, que le fugitif n'aurait pas les mains tout à fait propres. « Faites attention, il est très dangereux »,a-t-il déclaré à propos de ce soldat qui aurait « maltraité des prisonniers » au sein d'une « unité norvégienne » de Wagner.   Evgueni Prigojine a déjà montré quel sort il entendait réserver aux déserteurs : en novembre dernier, dans une vidéo ultraviolente, un soldat apparaît le visage scotché contre une pierre, avant d'être frappé avec une masse. Des images de terreur qui n'auront pas échappé à l'ex-commandant Medvedev, pourchassé selon ses dires par son ancien employeur ainsi que par le renseignement russe (FSB).  « J'étais sous la menace d'être enlevé, d'être assassiné, d'être descendu, voire pire d'être condamné à la masse, comme Noujine », a-t-il développé pour justifier sa demande d'asile. Oslo n'a pas encore tranché sur la recevabilité de sa requête. L'ex-soldat devra, dans un premier temps, être entendu en tant que témoin par la Kripos, l'agence de police chargée des crimes de guerre, en lien avec la Cour pénale internationale (CPI). Pour l'heure, l'hypothèse qu'il soit lui-même arrêté et inculpé pour des exactions n'est pas exclue. </text>
	

	<text titre="Guerre en Ukraine : la nomination de Guerassimov est-elle un tournant dans le conflit?" date="2023 01 19T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7548" auteur="cyrille bret" annee="2023" mois="1" jour="19" journal_clean="La Tribune" keywords="opération, militaire, armée, guerassimov, russe, poids, général, est-elle, nomination, commandant, conflit, vétéran, lourd, guerre, ukraine" langue="fr"> L'opération russe en Ukraine a un nouveau commandant en chef, le général Guerassimov. C'est un « poids lourd » et un vétéran de l'appareil militaire russe : général d'armée de 67 ans, il est depuis 2012 à la fois premier vice-ministre de la Défense et chef d'état-major des armées (CEMA) et, à ce double titre, membre du Conseil de défense nationale.
L'Occident le connaît car il est (à tort) considéré comme le père d'une « doctrine » qui porte son nom (lien : https://www.nato-pa.int/download-file?filename=/sites/default/files/2018-12/166%20CDS%2018%20F%20fin%20-%20PARADES%20AUX%20MENACES%20HYBRIDES%20EMANANT%20DE%20LA%20RUSSIE%20-%20RAPPORT%20JOPLING_0.pdf) théorisant la guerre hybride. Il figure surtout sur les listes de sanctions individuelles adoptée par l'UE en 2014 puis en 2022 en raison de sa contribution aux actions contre l'Ukraine.   Quelle est la portée de cette nouvelle nomination, non seulement sur la guerre elle-même mais sur la posture stratégique de la Russie ?  Nomination technique, geste politique ou inflexion stratégique ?Valéri Guerassimov, qui conserve son poste de CEMA, remplace (lien : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-monde-d-apres/le-monde-d-apres-de-jean-marc-four-du-jeudi-12-janvier-2023-3028927) au commandement des forces armées russes en Ukraine le général Sourovikine, qui avait été nommé à ce poste le 8 octobre dernier. Pour autant, ce dernier n'est pas destitué : il est simplement rétrogradé aux fonctions d'adjoint de Guerassimov.   [Près de 80 000 lecteurs font confiance à la newsletter de The Conversation pour mieux comprendre les grands enjeux du monde. Abonnez-vous aujourd'hui (lien : https://theconversation.com/fr/newsletters/la-newsletter-quotidienne-5)]   Ce changement soulève de nombreuses questions en raison de son tempo, du statut du nouveau « chef de guerre » russe et de la donne stratégique. S'agit-il d'une nomination technique d'un spécialiste des opérations militaires ou bien d'un geste politique fort destiné à l'opinion internationale ? Est-ce simplement une sanction contre le général Sourovikine après la défaite à Kherson (lien : https://www.lemonde.fr/international/article/2022/11/14/apres-la-liberation-de-kherson-les-ukrainiens-lorgnent-sur-la-crimee_6149718_3210.html) et la mort de dizaines (voire centaines) de soldats russes à Makiivka (lien : https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/lhecatombe-de-makiivka-symbole-de-lamateurisme-de-larmee-russe-20230103_STXKZEAFGNADLKJKN52OFE6OJM/) le 1er janvier ?   Plus généralement, faut-il prévoir une inflexion dans la posture stratégique russe ? La valse des commandants en chef est-elle achevée et cette nomination annonce-t-elle un durcissement supplémentaire ?  Un « poids lourd » militaire... et politiqueGuerassimov a connu un parcours typique pour les militaires professionnels de la génération née dans les années 1950 : entrés dans la carrière au moment de l'apogée de l'Union soviétique dans les années 1970, ils ont accédé aux grades d'officiers supérieurs après la fin de l'URSS en 1991. Guerassimov, comme son aîné de trois ans Vladimir Poutine, a donc connu l'ivresse de l'hégémonie militaire et l'amertume de la chute stratégique de son pays.   Tankiste de formation, il est très sensible à la dimension territoriale de la campagne russe en Ukraine : au niveau technique, sa nomination doit permettre de répondre aux difficultés rencontrées par les divisions blindées russes (lien : https://air-cosmos.com/article/plus-de-1200-chars-russes-hors-de-combat-en-ukraine-60863). Fer de lance de l'offensive de l'hiver et du printemps 2021, les unités de tanks russes ont subi de nombreux revers, du point de vue des équipements comme sur le plan tactique. Sa compétence (même ancienne) en la matière annonce sans doute une inflexion dans l'usage des blindés en Ukraine - et donc de nouvelles avancées territoriales.   Surtout, Guerassimov est un officier chevronné bien au fait du fonctionnement de l'armée aux niveaux tactique, opératif (à l'échelon de l'opération) et stratégique. Sa principale expérience tactique date de la deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2000), une campagne inflexible et très meurtrière.   Plus tard, c'est en tant que CEMA qu'il a supervisé la préparation, le déploiement et la réalisation de la campagne russe en Syrie à partir de l'été 2015 (lien : https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/rnv_109_adamsky_campagne_syrienne_moscou_2018.pdf). En somme, à la différence du général Sourovikine, il peut se targuer d'un spectre d'expérience militaire très large, du terrain aux cercles politiques, des conflits sur le sol national aux opérations extérieures lointaines. Combinée à sa longévité au poste de CEMA et à la confiance dont celle-ci témoigne de la part de Poutine, cette carrière lui confère au sein de l'armée un prestige qui est sans équivalent, même pour le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou.   C'est donc un vétéran des commandements opérationnels, un apparatchik des états-majors et un familier des cercles de décision politique qui est désormais en charge de la guerre en Ukraine. Une décision qui semble confirmer qu'une nouvelle offensive russe de grande ampleur est prévue pour les prochaines semaines.  Un nouveau chef pour une nouvelle offensive ?Le nouveau commandant en chef de l'opération devra renforcer la coordination interarmées, traditionnellement déficiente en Russie (lien : https://ecfr.eu/article/lessons-for-the-west-russias-military-failures-in-ukraine/). Pour bien des observateurs, la mauvaise coopération entre l'artillerie, l'infanterie et la dimension aérienne est une explication majeure des revers subis depuis août 2022, au premier rang desquels la reprise de Kherson par les Ukrainiens en octobre.   En outre, Guerassimov est très conscient de l'importance du continuum entre les outils militaires et civils dans les conflits. Dans un discours prononcé en 2013 (lien : https://inmoscowsshadows.wordpress.com/2014/07/06/the-gerasimov-doctrine-and-russian-non-linear-war/) sur les révolutions arabes, il avait insisté sur l'usage de moyens médiatiques, culturels, financiers et sociaux pour préparer les opérations militaires. C'est ce qui avait conduit à lui attribuer l'invention d'une doctrine de « guerre hybride ». Sa nomination pourrait donc non seulement répondre aux déficiences de coordination entre armes sur le terrain mais également préparer une offensive multidimensionnelle en 2023, par exemple dans le cyberespace, sur les scènes politiques régionales ou encore sur des théâtres territoriaux connexes comme le Caucase Sud, la mer Noire ou encore la Moldavie.   Le prestige militaire national lié à son statut de « héros de la Fédération de Russie » doit également permettre, dans l'esprit des dirigeants russes, de reprendre en main la mobilisation des réservistes actuellement en cours. La « catastrophe de Makiivka » le 1er janvier 2023 avait pointé un certain amateurisme organisationnel (lien : https://www.lexpress.fr/monde/europe/general-trinquand-la-frappe-de-makiivka-montre-lamateurisme-des-forces-russes-XB5IDLKZ7NDFTKWVOHIOU3ECXA/) et un certain laxisme disciplinaire des officiers encadrant les nouveaux mobilisés. L'arrivée du CEMA à la tête de l'opération devrait consolider la chaîne de commandement au sein de l'institution militaire pour améliorer la discipline à l'intérieur et, éventuellement, élargir la mobilisation, même s'il est encore trop tôt pour savoir si cette nomination prépare une mobilisation générale.   En somme, sur le plan militaire, cette nomination donne des indications fortes sur la nature et le rythme de la nouvelle offensive russe à venir. Celle-ci utilisera toutes les composantes des forces armées russes (terre, air, mer, cyber, forces spéciales, auxiliaires de la société Wagner) et sera probablement élargie à la région dans son ensemble : les Russes, sous Guerassimov, se montreront sans doute plus actifs en mer Noire et à partir du territoire de l'allié biélorusse. Au niveau militaire, l'opération russe en Ukraine n'est plus « spéciale » au sens où elle n'est pas l'usage d'un corps expéditionnaire chargé de prendre possession rapidement d'un État considéré comme faible. Elle devient stratégique au sens où elle est planifiée dans un sens multidimensionnel et de long terme.  Syndrome Joukov ou malédiction Lebed ?Quels sont les bénéfices et quels sont les risques de cette nomination pour la direction politique et, en particulier, pour Vladimir Poutine ?   Changer fréquemment de commandement militaire est un aveu d'insuccès. De même, nommer le CEMA commandant d'une opération souligne que le vivier des chefs militaires est limité et que l'échelon politique se prive de « fusibles ». La rétrogradation du général Sourovikine acte les revers russes de l'automne. Et en confondant le niveau stratégique (celui du CEMA) avec le niveau opératif (celui du chef de l'opération militaire), le niveau politique s'expose. En cas d'échec patent, le bouc émissaire médiatique sera tout désigné : le CEMA. Or la proximité de celui-ci avec le ministre de la Défense et le président de la Fédération signifie que son échec serait aussi, plus directement que sous Sourovikine, celui des dirigeants du pays.   Enfin, sur le strict plan politique, cette nomination souligne la compétition entre cercles dirigeants pour bénéficier du soutien du président russe.   La guerre en Ukraine et ses résultats (maigres) pour la Russie ont aiguisé les rivalités internes. La question du dauphin de Vladimir Poutine se repose dans des termes nouveaux, plus durs mais plus ouverts. La communication publique du groupe Wagner et de son dirigeant, Evguéni Prigojine, manifeste l'appétit de promotion de celui qui a longtemps été surnommé le « cuisinier de Poutine » car il avait commencé par la création d'une chaîne de fast food. Il n'avait d'ailleurs pas hésité, fin décembre, à s'en prendre avec véhémence à Guerassimov (lien : https://www.businessinsider.com/wagner-group-prigozhin-backs-video-cursing-russia-top-general-gerasimov-2022-12?r=US&amp;IR=T), le jugeant responsable d'un mauvais approvisionnement des troupes.   De même, l'ancien premier ministre et président Dmitri Medvedev essaie depuis plusieurs mois de rallier à lui les mouvements nationalistes en multipliant les déclarations xénophobes provocatrices. D'autres acteurs encore, plus discrètement, essaient d'exploiter l'évolution du conflit pour gagner les faveurs de Poutine.   Quant à Guerassimov lui-même, sa nomination l'expose comme jamais. Bien sûr, son autorité sera ruinée en cas de revers militaires. Mais en cas de succès, le CEMA sera également en danger. S'il tente de gagner une dimension politique, il pourrait être victime de la « malédiction Lebed ». On se souvient que le général Alexandre Lebed avait essayé d'exploiter son prestige militaire acquis en Afghanistan (du temps de l'URSS) et en Moldavie (après l'indépendance) pour faire une carrière politique (lien : https://www.lemonde.fr/archives/article/1999/09/11/alexandre-lebed-a-annonce-sa-candidature-a-l-election-presidentielle-russe_3566774_1819218.html). Il avait disparu dans un accident d'hélicoptère (lien : https://www.letemps.ch/monde/alexandre-lebed-ne-connaitra-jamais-victoire-venir-tot-tard) dont les causes sont controversées.   De même, avec cette nomination, le président Poutine pourrait être confronté à un « syndrome Joukov ». Le maréchal Joukov (lien : https://www-cairn-info.accesdistant.sorbonne-universite.fr/les-marechaux-de-staline--9782262085384-page-243.htm) s'était imposé, en 1944 et 1945, comme l'un des grands vainqueurs militaires de la Seconde Guerre mondiale. Staline avait d'abord bénéficié du prestige de Joukov pour faire oublier l'effondrement soviétique de 1941 face à l'armée allemande. Mais il avait ensuite tout fait pour marginaliser ce maréchal très populaire avant d'engager de nouvelles purges dans l'armée.   En un mot, la nomination du général Guerassimov annonce non seulement une nouvelle offensive plus rigoureuse et plus continue sur le plan militaire mais aussi une nouvelle posture stratégique à l'échelle de la région... et, possiblement, une nouvelle donne politique à Moscou.   [Iframe : ]   Par Cyrille Bret (lien : https://theconversation.com/profiles/cyrille-bret-224753) Géopoliticien, Sciences Po   Merci à Laurent Célérier et à Florent Parmentier pour leurs contributions à cet article. </text>
	

	<text titre="UKRAINE Bakhmout, coûte que coûte" date="2023 01 25T00:00:00" journal="Libération" auteur="par luc mathieu" annee="2023" mois="1" jour="25" journal_clean="Libération" keywords="chars, hiver, bakhmout, alliés, ukraine, nord-est, combats, kyiv" langue="fr"> L'   hiver et la livraison ou non de chars lourds par les alliés de Kyiv n'y chan- gent rien, les combats se poursuivent en Ukraine. Ils se concentrent sur une ligne al- lant du nord-est au sud, depuis la région de Louhansk jusqu'à celles de Zaporijjia, où le front s'est ravivé après des mois de gel, et Kherson, en passant par la province de Donetsk, où ils sont les plus acharnés. Il ne restera bientôt rien de Bakhmout, ville de 70000 habitants avant guerre. Les forces rus- ses, essentiellement des mercenaires de Wagner, continuent de l'attaquer jour après jour depuis plus de cinq mois. L'intérêt straté- gique reste sujet à caution, même si la ville voi- sine de Soledar est parsemée de mines de sel et de gypse, les forces ukrainiennes ayant bâti de solides lignes de défense si elles venaient à perdre et reculer. Mais les paramilitaires rus- ses, dont d'anciens prisonniers graciés en- voyés sous le feu ukrainien sans chance d'en revenir, n'abandonnent pas leurs assauts. Ce sont des combats d'artillerie, de drones et d'ar- mes automatiques quand le front se resserre. Ces derniers jours, ils se sont concentrés sur Bakhmout, mais aussi au nord-est de la ville, à Verkhnokamianske, Bilohorivka et Rozdo- livka, selon le centre de recherches américain Institute of Study of War (ISW). D'après l'état- major ukrainien, les Russes n'ont pas avancé dans cette zone. Mais ils auraient en revanche progressé au sud-ouest, où ils tentent de cou- per la route qui part vers Ivanivsk.
OFFENSIVES EN VUE AU PRINTEMPS Kyiv n'a toujours pas reconnu la perte de Sole- dar, annoncée par le patron de Wagner, Evgueni Prigojine. Dimanche, un dirigeant séparatiste, Denis Pouchiline, a lui aussi affirmé s'être rendu dans la ville, «détruite» et «où il ne reste quasiment plus un bâtiment entier». En mal de victoire depuis plusieurs mois, la Russie affirme que la prise de Soledar préfigure celle de Bakhmout. «Un encerclement ou une capture imminente de Bakhmout reste peu probable, note l'ISW. Les divergences entre les fortes attentes de la communication russe et l'incapacité des forces à y parvenir fragilisent le récit [de Moscou].» Pour autant, les Etats-Unis, premier soutien à l'Ukraine, doutent eux aussi de la focalisa- tion des opérations ukrainiennes sur Bakh- mout. Selon un responsable américain inter- rogé par l'AFP, même si Kyiv a investi des ressources considérables pour défendre la ville, plus les combats s'y éternisent, plus les forces russes, supérieures en nombre et mieux équipées en artillerie, ont des chances de s'en emparer. Mais cela ne marquerait pas un tournant majeur dans la guerre, les soldats ukrainiens pouvant reculer sur des positions plus faciles à défendre. «(Le groupe) Wagner déverse, jette littéralement des corps dans un hachoir à viande», a déclaré le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison   Blanche, John Kirby. «Même s'ils parviennent (à prendre) Bakhmout et Soledar, ça ne changera pas la dynamique stratégique sur le champ de bataille. Cela ne veut pas dire que les Ukrainiens seraient soudainement sur la défensive et en train de perdre.» Washington incite les Ukrainiens à se prépa- rer aux reprises généralisées des offensives à la fin de l'hiver. Selon les renseignements militaires de Kyiv, des troupes russes se re- groupent en vue d'attaques massives dans les régions de Donetsk et Louhansk au printemps ou au début de l'été. Les Etats-Unis poussent aussi leur allié à s'organiser pour lancer sa propre contre-offensive, notamment dans le sud. Selon eux, l'Ukraine pourrait transférer des soldats déployés à Bakhmout dans des programmes d'entraînement dirigés par les Etats-Unis.   PRESSION SUR L'ALLEMAGNE L'Ukraine pourra utiliser les centaines de blin- dés reçus ou promis ces dernières semaines. Le 19 janvier, à la veille du sommet de Ram- stein, en Allemagne, où se sont réunis les alliés de Kyiv, Washington a annoncé l'envoi de 59 blindés légers Bradley, en plus des 50 déjà promis, et de 90 blindés de transport de troupes Stryker. La Suède va livrer 50 blindés de combat d'infanterie CV90. La pression ac- crue sur l'Allemagne a fini par porter ses fruits, indiquaient mardi soir les médias allemands, citant des sources gouvernementale. Berlin enverra bien une compagnie, soit 14 chars Leopard II, et devrait, selon l'agence DPA, éga- lement autoriser les pays disposant de ces véhicules à en expédier en Ukraine. Selon la chaîne américaine ABC, douze pays atten- daient l'autorisation de Berlin pour livrer une centaine de ces blindés à l'Ukraine. ? </text>
	

	<text titre="En Russie, les premiers prisonniers recrutés pour le front reviennent à la vie civile, libres" date="2023 01 30T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="1" jour="30" journal_clean="Le Monde" keywords="front, premiers, médias, moscou, recrutés, prisonniers, vie" langue="fr"> Moscou - correspondant - Leur histoire n’apparaît pas à la télévision, tout juste sur une poignée de médias régionaux et de sites Internet en exil. Elle raconte le retour à la vie civile, en Russie, de « héros » un peu particuliers – les ex-prisonniers recrutés par la compagnie de mercenaires Wagner et libérés à l’issue de leur service en Ukraine.   Alexandre Tioutine, par exemple. Cet entrepreneur de Saint-Pétersbourg avait été arrêté en 2018, alors qu’il préparait le meurtre de sa nièce. Durant l’enquête, il était apparu qu’il avait déjà commandité l’assassinat d’un partenaire d’affaires, ainsi que celui de sa femme et de ses enfants de 11 et 15 ans, achevés à la hache. Condamné en 2021 à vingt-trois ans de prison, il a quitté sa colonie de Carélie en juillet 2022 pour rejoindre les rangs de Wagner. Le voilà libre, de retour à Saint-Pétersbourg.
Stanislav Bogdanov a tué un juge à coups de poing et d’haltère. Condamné à vingt-trois ans de prison, sorti au bout de dix. Au média indépendant (en exil) Holod,il a expliqué avoir perdu une jambe et gagné une médaille, donnant au passage des leçons de patriotisme. Voici aussi Kirill Neglin, condamné pour trafic de drogue et pour le passage à tabac de sa femme. Au tribunal, il avait promis de la tuer dès sa sortie de prison. Libre, aussi.   Meurtriers, cambrioleurs, membres de groupes criminels… Tous ont en commun d’avoir accompli six mois de service au sein de la société Wagner, devenue l’un des piliers de « l’opération spéciale » en Ukraine, avec des forces qui se comptent en dizaines de milliers. Parmi les premiers recrutés, ils quittent peu à peu l’Ukraine, un pécule en poche (la solde mensuelle est de 200 000 roubles, 2 660 euros).   Lors de ses tournées de recrutement en prison, Evgueni Prigojine, le patron de Wagner, aimait à répéter : « Seules trois personnes peuvent vous sortir de là : Allah, Dieu et moi. Je ne peux juste pas vous garantir que vous serez vivants. »En réalité, Vladimir Poutine est seul habilité à gracier un prisonnier condamné. Vendredi 27 janvier, le porte-parole du Kremlin a confirmé l’existence d’ « oukases secrets » du dirigeant russe.   Evgueni Prigojine fait preuve d’une discrétion inhabituelle sur le sujet – le tout nouveau Centre Wagner, ouvert à Saint-Pétersbourg, n’a pas répondu au Monde sur ce point, ni sur le nombre total de prisonniers libérés. Car, pour le reste, ces retours du front – quatre ou cinq groupes depuis le 5 janvier – donnent lieu à une publicité importante, au moins dans les médias contrôlés par l’homme d’affaires.   Le 18 janvier, ce dernier s’adresse ainsi à un groupe de quelque vingt-cinq hommes : « Pour l’instant, vous rentrez chez vous. Si vous voulez revenir à la guerre, vous n’avez pas besoin de passer par la prison.(…) Vous avez de l’argent, vous avez des médailles, alors soyez prudents. Ceux qui veulent revenir, on vous attend. Ceux qui veulent se marier, étudier, se faire baptiser, vous avez ma bénédiction. »Les combattants remercient, échangent des accolades viriles, puis montent dans un autobus.   Dans la vidéo suivante, le 23 janvier, ils ont le visage flouté. « Vous venez de vivre six mois d’une guerre incroyablement dure. Ceux qui ont été à Soledar savent que Stalingrad faisait pâle figure, à côté. La patrie et le peuple s’inclinent devant vous », leur lance M. Prigojine, avant d’insister : « Gardez l’adrénaline en vous. Ce que vous avez appris n’est pas fait pour la vie civile. Là, il n’y a pas d’ennemis. »L’avertissement n’est pas fortuit. Difficile de ne pas penser aux statistiques qui montrent que les affaires pénales pour des crimes commis avec armes à feu ou explosifs ont déjà augmenté de 24 % en 2022 – et même triplé à Moscou et dans les régions frontalières de l’Ukraine.   Place à part de Prigojine Malgré le caractère potentiellement sensible des libérations, l’enjeu est d’abord de convaincre de futures recrues que M. Prigojine tient parole. Les informations sur le fonctionnement du groupe (qui n’a pas d’existence légale) ont de quoi refroidir – depuis les exécutions de « déserteurs » à peine démenties jusqu’à l’utilisation « d’unités de barrage » interdisant aux premières lignes de reculer.   Nul ne sait si les mercenaires sont réellement tous libérés. Comparé au caractère massif des recrutements, à l’été 2022, le nombre de retours paraît modeste. Les pertes lors des assauts frontaux dans lesquels sont engagés les prisonniers ont sans doute un impact, même si elles sont difficiles à estimer. A l’inverse, des familles se sont vu notifier la mort de proches qui ne l’étaient pas – certaines recevant même un cercueil se révélant vide.   L’autre enjeu de cette communication est d’ordre plus politique. Elle tient à la place à part occupée par M. Prigojine, qui entretient une rivalité ouverte avec le commandement militaire, mais aussi avec une partie des services de sécurité. Il ne cache plus ses ambitions politiques, servies par un discours anti-élite. Dans les vidéos publiées par ses médias, il apparaît parfaitement à l’aise, capable de parler à l’homme de la rue et de recevoir en retour sa confiance – autant de qualités dont sont dépourvus la quasi-totalité des fonctionnaires et des élus de Russie.   Le patron des Wagner, qui a lui-même purgé neuf ans de prison pour des vols et des agressions à la fin de l’URSS, a même théorisé la chose : « Les prisonniers ont un niveau de conscience bien plus élevé que celui de l’élite russe », disait-il le 11 novembre 2022, accusant cette dernière d’avoir « choisi le confort plutôt que le bien du peuple ».   Difficile de savoir ce que pensent les Russes du retour des anciens prisonniers graciés. Dans le discours officiel, rien ne doit remettre en cause leur statut de héros. A une occasion au moins, le 31 décembre 2022, Vladimir Poutine a décoré personnellement un ancien prisonnier.   Quelques indications percent toutefois. L’enterrement avec les honneurs de Sergueï Molodtsov a ainsi suscité des remarques acerbes sur les réseaux sociaux. L’homme purgeait une peine de onze ans et demi de prison pour le meurtre de sa mère, en 2017. Dans l’Oural, les autorités d’une petite ville ont refusé d’organiser une telle cérémonie dans la maison de la culture locale. Evgueni Prigojine a répliqué en menaçant d’envoyer leurs enfants sur le front.   Puis, le 25 janvier, le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, a prié les députés de préparer une loi sur la « discréditation des participants aux opérations militaires », plus large, donc, que la législation actuelle sur l’armée. Dans ce texte taillé sur mesure pour satisfaire M. Prigojine, pourrait être considéré comme « critique » , et donc interdit, le fait de préciser les crimes d’un ancien mercenaire. </text>
	

	<text titre="Wagner poursuit son assaut sur l’Afrique" date="2023 01 30T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cyril bensimon, frédéric bobin, eliott brachet (à khartoum), emmanuel grynszpan, hélène sallon (à beyrouth), et élise vincent" annee="2023" mois="1" jour="30" journal_clean="Le Monde" keywords="xixe, connu, wagner, siècle, l’afrique" langue="fr"> Le Wagner du XIXe siècle est connu pour sa musique aux accents guerriers. Le Wagner contemporain, en treillis et lunettes de soleil, lui, conquiert l’Afrique. Kalachnikov en bandoulière, précédé de propagandistes et suivi de trafiquants, il obéit au Kremlin pressé de trouver des appuis sur la scène internationale en temps de guerre.   Depuis onze mois, le recours effréné à des combattants « chair à canon » pour le théâtre ukrainien n’a pas contraint le groupe dirigé par Evgueni Prigojine à dégarnir les rangs de ses mercenaires déployés à l’étranger. En 2022, l’homme d’affaires, ancien repris de justice, a cherché à consolider sa présence dans les pays africains, et même au-delà. Avec des résultats mitigés. Discret au Mali, voyant en Centrafrique, annoncé au Burkina Faso mais réduisant la voilure en Libye et en Syrie, quittant la Serbie aussi vite qu’il y est arrivé, le Groupe Wagner est opportuniste, à l’image de la diplomatie russe dont il épouse les intérêts.
« Le modèle d’affaires de Wagner, c’est la prédation et le financement direct par l’Etat. La prédation permet de financer aussi ses opérations en Europe », observe une source militaire française .Le groupe, précise cette dernière, « n’agit pas sur la situation sécuritaire : elle est très dégradée au Mali. Mais il isole les dirigeants. La Russie déstabilise en Afrique car cela peut aider à la gestion du conflit en Europe. Rallier des voix africaines pour ne pas être condamnée à l’ONU est aussi intéressant pour elle. Il y a un jeu de pondération stratégique entre les deux continents ».   Cette perspective inquiète les Occidentaux. Le 26 janvier, le Trésor américain plaçait sous sanctions six individus et douze entités liées au Groupe Wagner, qualifié « d’organisation criminelle transnationale(…) affiliée au Kremlin ». Sa contribution à l’invasion russe de l’Ukraine n’est pas seule en cause. « Le personnel de Wagner s’est engagé dans un schéma continu d’activités criminelles graves, notamment des exécutions massives, des viols, des enlèvements d’enfants et des violences physiques en République centrafricaine et au Mali », note le Tresor américain.   La guerre en Ukraine a opéré un changement d’échelle pour la société militaire russe, qui comptait 9 000 soldats tous pays confondus fin 2021. Après avoir massivement recruté en 2022, elle emploierait environ 50 000 soldats rien qu’en Ukraine – dont 40 000 repris de justice. Son arsenal comprend des chars d’assaut, des hélicoptères et des avions de combat. Le tout confié à un groupe privé opérant en dehors de tout cadre juridique, ce qui démontre la proximité entre Evgueni Prigojine et Vladimir Poutine.   Général sans épaulettes, le patron de Wagner a offert au dirigeant russe quelques percées sur le front du Donbass, se distinguant d’une armée régulière multipliant les déconvenues. Au prix de pertes stupéfiantes comparées « à la totalité de celles du Groupe Wagner, qui n’excédaient jusque-là pas la centaine depuis 2014, tous pays confondus », indique le site d’investigation Dossier. center, qui suit de près ses activités.  « Centres culturels »La Serbie est le dernier pays où le groupe a tenté de s’implanter, en annonçant, le 7 décembre 2022, avoir ouvert un « nouveau bureau, le Centre culturel et d’information russo-serbe », selon le quotidien serbe Danas. Ce modus operandi rappelle celui utilisé en Centrafrique, où Wagner avait dissimulé son activité dans un « centre culturel russe ». Les mercenaires aiment se décrire comme « les musiciens » d’un « orchestre », mais le paravent culturel ne va pas plus loin. Leur lien – ténu – avec le compositeur du XIXe siècle passe par l’un de ses admirateurs, le premier chef du groupe, Dmitri Outkine, connu pour les écussons SS tatoués sur son thorax.   A Belgrade, l’opération de diplomatie publique a vite tourné court. Les vidéos en langue serbe pour recruter des mercenaires afin d’aller combattre en Ukraine ont provoqué une réaction irritée du président Aleksandar Vucic sur la chaîne serbe Happy TV, le 18 janvier : « Pourquoi vous, chez Wagner, tentez-vous de recruter en Serbie alors que vous savez que c’est contraire à nos lois ? »L’échec dans les Balkans contraste avec l’implantation sur le continent africain, qui dure depuis six ans et continue de s’étendre. Le 5 janvier, un message diffusé sur une chaîne Telegram affiliée au groupe suggérait la reprise du recrutement dans un pays d’Afrique non nommé, promettant « des revenus à partir de 240 000 roubles », soit 3 120 euros.   La destination était peut-être Ouagadougou, où l’arrivée des mercenaires russes alimente les débats. Le Groupe Wagner travaille l’opinion publique avec un dessin animé diffusé sur les réseaux sociaux depuis début janvier. On y voit les chefs des juntes malienne et burkinabée, épaulés par des mercenaires de Wagner, décimant des « soldats de Macron », représentés sous forme de zombies.   Les putschistes burkinabés sont visiblement tentés par l’exemple malien. « Le colonel Assimi Goïta [chef de la junte malienne] a vendu au président[de transition Ibrahim] Traoré le succès de son revirement antifrançais et pro-Wagner, glisse un officier burkinabé . Ibé[surnom de Traoré] pense que Wagner peut être une solution, davantage pour assurer sa sécurité personnelle que pour lutter contre le terrorisme. »Une vision partagée par d’autres sources, selon lesquelles le capitaine de 34 ans, au pouvoir à Ouagadougou depuis septembre 2022, reste contesté au sein de l’armée et craint d’être renversé. « Il y a eu des préparations de putsch ces derniers mois », soutient un diplomate occidental, s’appuyant sur les arrestations de plusieurs officiers.   Ibrahim Traoré a fait part de sa volonté de « diversifier » les partenariats sécuritaires. Des drapeaux russes fleurissent dans les rues de Ouagadougou, tout comme les discours antifrançais. Soulignant le rapprochement, le premier ministre burkinabé, Apollinaire Kyélem de Tambèla, s’est envolé pour Moscou en décembre 2022 pour une visite privée, à bord d’un avion affrété par la junte malienne. Sur place, il a exprimé son souhait « que la Russie soit une alliée » dans la lutte antiterroriste.   Au Mali, Wagner s’est fait discret après une tonitruante entrée en scène, à la fin de 2021. Invisible à Bamako, où la junte n’évoque que des « instructeurs russes », le déploiement des hommes du groupe s’étend de Tombouctou à Gao, mais il se concentre au cœur du pays. Environ 1 400 mercenaires russes seraient présents. Selon une source onusienne, « Wagner n’a pas encore trouvé son modèle économique au Mali, et les effectifs n’ont pas été dégarnis au profit de l’Ukraine ». Pour Paris, Bamako vise à déstabiliser la région et à promouvoir les intérêts russes.  Efficacité douteuseL’investissement géopolitique s’avère rentable pour Moscou et pourrait se renforcer. Sauf que l’efficacité sur le terrain est douteuse. Les mercenaires n’ont jusqu’ici fait qu’augmenter le niveau de violence, sans contenir la poussée djihadiste. Selon le décompte de l’ONG Acled, 71 % des « actes de violence politique organisée » impliquant le groupe au Mali entre le 1er décembre 2021 et le 31 juillet 2022 ont ciblé des civils. Leur pire exaction fut le massacre de Moura fin mars 2022, dans lequel près de 300 civils ont été tués.   Aussi visibles en Centrafrique qu’ils sont discrets au Mali, les mercenaires consolident leur présence dans ce pays depuis cinq ans. Après le temps des armes est venue la phase suivante : la rentabilisation des investissements. Les rangs des combattants, dont les effectifs avaient grimpé à plus de 2 000 hommes en 2021, ont été divisés par deux. « Le théâtre ukrainien a ponctionné la Centrafrique, qui n’est plus prioritaire militairement pour Wagner. Son intérêt est aujourd’hui de contenir les groupes armés, tout en maintenant un niveau d’instabilité suffisant pour justifier sa présence. Le sujet, pour Wagner, repose désormais sur la prédation économique », confie un observateur étranger.   Les troupes d’Evgueni Prigojine se concentrent sur la mine d’or de Ndassima, qui s’est agrandie à huit zones d’extraction, selon un câble diplomatique américain publié par Politico. Wagner vise le long terme et a fortifié le site, construisant des ponts et déployant des canons antiaériens aux endroits-clés. Des investissements sont allés vers la sylviculture (société Bois rouge), l’exportation de sucre et de café. Pour faire sortir les marchandises, le groupe assure la sécurité des convois entre Bangui et le port de Douala, au Cameroun.   La pérennisation de Wagner en Centrafrique se heurte toutefois à des résistances. L’homme de confiance d’Evgueni Prigojine à Bangui, Dmitri Sytyi, a été grièvement blessé le 16 décembre 2022 dans une attaque au colis piégé. Selon nos informations, lors de son passage à Washington en décembre 2022, le président Touadéra s’est vu remettre une feuille de route pour expulser les mercenaires russes d’ici à la fin 2023.   Au Soudan, son autre bastion, le groupe a fait main basse sur un actif aurifère dans la localité d’Al-Abiddiya, selon une enquête réalisée par Le Monde en partenariat avec l’Organized Crime and Corruption Reporting Project. Cette activité très lucrative permettrait à la Russie d’empocher des tonnes d’or en contournant les sanctions occidentales. En contrepartie, l’armée soudanaise est formée par des instructeurs russes.   Khartoum jouit d’équipements et de technologies de propagande russes servant depuis 2022 à promouvoir, entre autres, un « centre culturel soudano-russe ». Wagner cultive aussi des liens avec la plus puissante milice paramilitaire du pays, les Forces de soutien rapide, dirigées par le numéro deux de la junte, le général « Hemetti ». Ce dernier s’est rendu à Moscou à la veille de l’invasion russe en Ukraine et affiche son soutien au Kremlin.   Plus au nord, en Libye, l’impact de la guerre en Ukraine est minime. Sa position, à mi-chemin entre la Syrie et l’Afrique subsaharienne, est stratégique. L’allègement des forces de Wagner y est donc « marginal».« Les mercenaires russes restent déployés sur des sites pétroliers et des bases militaires de Cyrénaïque et du Fezzan, sous l’ombrelle du maréchal Khalifa Haftar », note une source diplomatique française, qui évalue leur nombre entre 1 000 et 1 500.   Après la débâcle de l’offensive menée avec Haftar sur Tripoli en 2020, les mercenaires ont protégé la retraite des forces du maréchal et sanctuarisé son bastion. Depuis, une accalmie a permis à Wagner de se concentrer sur trois activités : la prédation du pétrole, grâce à son déploiement dans le golfe de Syrte et près des puits du Fezzan ; l’utilisation de la Libye comme hub logistique entre la Syrie et l’Afrique, secondé dans cette tâche par un millier de miliciens syriens pro-Damas ; et la reprise de vieilles ambitions russes consistant à contenir militairement les Occidentaux sur la rive sud de la Méditerranée. Le Groupe Wagner travaille notamment au retour au pouvoir du fils de Kadhafi Saïf Al-Islam.  Forage pétrolierEn Syrie, son empreinte militaire s’est fortement réduite depuis un an. Et sa priorité, ici aussi, passe désormais par les affaires. Le groupe continue ainsi de protéger des champs pétroliers contre 25 % de la production. En mars 2021, la compagnie Kapital, liée à Evgueni Prigojine, a obtenu de Bachar Al-Assad un droit exclusif d’exploration et de forage pour quatre ans dans une zone offshore disputée entre la Syrie et le Liban.   La majorité des mercenaires de Wagner de cette région ont été redéployés vers le terrain ukrainien. « Lors de la phase des combats intenses, leur nombre dépassait 1 500. En 2022, leur présence en Syrie était très faible, indique le chercheur Anton Mardasov . Du fait de désaccords entre Wagner et le ministère russe de la défense, la plupart des unités de mercenaires récentes en Syrie appartenaient au Groupe Redut, une structure affiliée aux forces aéroportées. Les tâches remplies par Wagner et Redut consistent à assurer la sécurité de bases temporaires ou permanentes. Dans les zones contrôlées par des groupes pro-iraniens ou pro-Assad, les Russes ont recours aux services de sociétés de sécurité syriennes. Leur tâche se limite donc à maintenir une présence et une influence sur le terrain, un peu comme en Libye. »Leur reflux laisse le champ libre à l’Iran pour renforcer ses milices dans le sud de la Syrie. « Bien que la guerre en Ukraine n’ait pas radicalement réduit les capacités tactiques de la Russie en Syrie, elle a clairement sapé l’influence régionale plus large de Moscou » , conclut Anton Mardasov. Le resserrement sur les activités économiques signale moins une stabilisation qu’une incapacité à maintenir l’offre de service en matière de sécurité à l’international. Les victoires russes signées par les mercenaires Wagner ne peuvent inverser la tendance lourde : l’enlisement militaire en Ukraine. </text>
	

	<text titre="Au Mali, la Sécurité d’Etat soupçonnée de financer les mercenaires russes Wagner" date="2023 02 06T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cyril bensimon et morgane le cam" annee="2023" mois="2" jour="6" journal_clean="Le Monde" keywords="financer, malien, mercenaires, wagner, mali, russes, d’etat" langue="fr"> La question est lancinante depuis la révélation de leur arrivée sur le sol malien en décembre 2021. La société privée Wagner qui emploie des mercenaires est-elle payée pour son appui aux colonels putschistes ? Et, si tel est bien le cas, comment les versements sont-ils financés ?   Avant même le déploiement de forces militaires, les hommes d’Evgueni Prigojine, patron de l’entreprise russe, ont commencé à prospecter dans le domaine aurifère dont le Mali est l’un des premiers producteurs en Afrique. Or, leurs recherches n’ont jusqu’ici débouché sur la signature d’aucun contrat d’exploitation minière, aucun accaparement de mine n’a été effectué comme en République centrafricaine. Wagner travaillerait-il donc à perte au Mali, laissant ses interventions en Centrafrique, en Libye ou au Soudan financer ce déploiement, jugé plus stratégique dans la mesure où il sape l’influence occidentale, en particulier française ?
Un document officiel malien a manifestement éclairéplusieurs chancelleries. Daté du 30 juillet 2022 et « publié par erreur » en fin d’année, selon une source occidentale, le budget rectifié de l’Agence nationale de la sécurité d’Etat (ANSE), les services de renseignement, laisse apparaître une envolée des dépenses de cette structure placée sous l’autorité directe du président, Assimi Goïta, et dirigée par l’un des piliers de la junte, le colonel Modibo Koné .Les autorisations d’engagement de l’ANSE, initialement chiffrées à hauteur de 2 milliards de francs CFA pour 2022 (3 millions d’euros), ont ainsi été réévaluées en cours d’année à 71,4 milliards de francs CFA (108 millions d’euros). Les crédits de paiement, soit la limite des dépenses possibles pour la couverture des autorisations d’engagement, fixés pour leur part à 13,7 milliards de francs CFA (21 millions d’euros) ont, eux, été rectifiés à 103,7 milliards de francs CFA, soit une augmentation vertigineuse de plus de 135 millions d’euros pour 2022.  « Rentabiliser sa présence »« La surallocation de budgets à des institutions ou à des ministères ne correspondant à aucune dépense publique est une pratique commune dès lors que l’on veut maquiller des versements »,assure une source diplomatiqueconvaincue, comme deux autres interlocuteurs de haut rang, que le financement des mercenaires russes est à chercher dans cette ligne budgétaire. Une conviction renforcée par le montant de l’augmentation qui correspond, peu ou prou, au contrat de 6 milliards de francs CFA par mois (un peu plus de 9 millions d’euros), évoqué en septembre 2021 par l’agence de presse Reuters, lorsque l’Etat malien était encore en négociation avec le groupe de mercenaires. Une somme par la suite confirmée par le général américain Stephen Townsend, le commandant d’Africom.   La date du 30 juillet 2022 figurant sur ce document n’est également pas anodine. Le 3 de ce mois, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avait levé les sanctions économiques et financières imposées six mois plus tôt à Bamako en raison du non-respect des délais de la période de transition, censée s’achever en février 2022. En retirant ces mesures de restriction qui ont fait exploser l’endettement de l’Etat malien sur le marché intérieur – et obligé la junte à geler une partie de ses versements à ses nouveaux alliés russes durant les premiers mois de leur déploiement –, la région a redonné au gouvernement des capacités d’emprunt sur les marchés extérieurs.   Les caisses publiques maliennes ne sont désormais plus soumises à la même pression, mais la solution d’un financement du Groupe Wagner par la sécurité d’Etat n’est peut-être que provisoire. « L’objectif de Wagner semble toujours de rentabiliser sa présence à travers l’exploitation des ressources naturelles», prévient un diplomate.   Après avoir monté, comme l’a révélé l’hebdomadaire Jeune Afrique en janvier, plusieurs sociétés, qui ne sont pas parvenues à s’octroyer les mines ciblées, les cadres de Wagner pourraient avoir incité les autorités maliennes de transition à créer, le 17 novembre 2022, la Société de recherche et d’exploitation minière du Mali (Sorem SA), chargée d’accroître les revenus de l’Etat. Une mesure suivie de l’annonce par le ministère des mines de la suspension des permis d’exploration et d’exploitation afin d’ « améliorer le processus de délivrance et de suivi des autorisations » et de « mieux servir les acteurs du secteur ».Plus de deux mois après, la menace d’une redistribution des permis d’exploitation n’a cependant pas été mise à exécution. « Les Canadiens[premiers acteurs miniers du pays avec les sociétés Barrick Gold et B2Gold] semblent jusqu’ici assez contents », convient un observateur étranger. Parallèlement, les combattants de Wagner au Mali n’ont pas vu leurs rangs décroître. Au contraire, une source occidentale évoque même une augmentation des effectifs qui seraient désormais compris « entre 1 500 et 2 000 hommes ». Contactées par Le Monde, les autorités maliennes qui, jusqu’ici, ne reconnaissent que la présence d’ « instructeurs russes » sur leur sol, n’ont pas répondu à nos sollicitations. </text>
	

	<text titre="En Ukraine, les inquiétudes du président Zelensky" date="2023 02 06T00:00:00" journal="La Croix, no. 42537" auteur="thomas hofnung (avec afp)" annee="2023" mois="2" jour="6" journal_clean="La Croix" keywords="zelensky, président, front, ukrainien, dimanche, volodymyr, février" langue="fr"> Il a fait du volontarisme affiché sa marque de fabrique. Mais, ce dimanche 5 février, Volodymyr Zelensky n'a pas caché son inquiétude. Le président ukrainien a reconnu que la situation sur le front militaire « se compliquait (...) à Bakhmout, Vougledar, Lyman(est du pays, NDLR) et dans d'autres régions. »À Bakhmout, « des combats acharnés ont lieu dans les quartiers nord pour chaque rue, chaque maison, chaque cage d'escalier »,selon le patron du groupe paramilitaire russe Wagner, Evgueni Prigojine, dont les unités sont en première ligne. Les forces armées ukrainiennes ne battent pas en retraite. Elles se battent jusqu'au dernier homme. »
Le nombre d'hommes, c'est précisément l'une des clés de cette nouvelle phase du conflit en Ukraine. Moscou mise sur sa supériorité dans ce domaine : plus de 320 000 soldats russes, environ deux fois plus que lors de l'invasion de février 2022, seraient actuellement déployés sur le terrain. Et Moscou dispose de 150 000 à 200 000 soldats en réserve, disponibles à tout moment pour rejoindre le front (lire La Croix du vendredi 3 février).   Pour l'heure, Moscou a certes obtenu des gains territoriaux limités sur le terrain, dans l'espoir de faire sauter le verrou ukrainien sur Bakhmout. Mais le temps joue en sa faveur. « L'occupant mobilise de plus en plus ses forces pour briser notre défense », s'est alarmé Volodymyr Zelensky. Kiev, qui redoute une prochaine attaque russe d'envergure, attend impatiemment la livraison des armes promises par les Occidentaux, notamment des chars lourds et des roquettes de plus longue portée.   Dans cette course contre le temps, les Occidentaux ont fini par accéder à la demande de Kiev, tout en posant des limites : dimanche 5 février, le chancelier allemand Olaf Scholz a évoqué dans un entretien au journal Bild am Sonntag le « consensus » existant entre le président Volodymyr Zelensky et les Occidentaux sur la nécessité d'éviter tout usage de ces armes dans des attaques sur le territoire russe. </text>
	

	<text titre="Sur le front près de Bakhmout, avec une ancienne star internationale du tennis" date="2023 02 07T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24405" auteur="louis, cyrille" annee="2023" mois="2" jour="7" journal_clean="Le Figaro" keywords="front, tchassiv, bakhmout, quitté, kilomètres, russes, ancienne, jours, troupes, tennis" langue="fr"> LA PETITE UNITÉ a quitté Bakhmout il y a six jours pour se redéployer quelques kilomètres plus à l'ouest, dans le bourg agricole de Tchassiv Yar. « Notre mission est de frapper les troupes russes qui avancent depuis le sud pour les empêcher d'encercler la ville » , explique Sergiy Stakhovsky, ancienne étoile du tennis ukrainien qui a troqué sa raquette pour un fusil semi-automatique AR-15. Près de lui, trois soldats finissent de régler le mortier de 120 mm avec lequel ils s'apprêtent à cibler une position ennemie à trois kilomètres de là. « Nous visons leurs tranchées pour tenter de casser leur progression » , explique l'un d'eux. Peu auparavant, un obus tiré par les Russes a explosé sur un mamelon enneigé, à deux cents mètres de la chaumière où ces combattants ont pris leurs quartiers.
Ce « bataillon » , en réalité un groupe constitué d'une vingtaine d'hommes, épaule la 4e brigade de réaction rapide de la Garde nationale. En première ligne, celle-ci subit les assauts furieux de l'armée russe dans les faubourgs de Bakhmout. « Ces dernières semaines, la situation s'est dégradée de manière très brutale,concède l'ancien champion. Nous avons perdu quelques positions bien établies, notamment autour de Soledar, sans doute en raison de notre infériorité numérique mais aussi d'un certain manque d'expérience. S'ils continuent à nous attaquer avec cette intensité, nous risquons d'avoir du mal à tenir. Mais avec la quantité d'hommes qu'ils perdent chaque jour, je ne sais pas combien de temps ils seront capables de poursuivre leur effort... »   Il y a un an, tandis que la Russie de Vladimir Poutine se préparait à envahir l'Ukraine, Sergiy Stakhovsky se trouvait à Dubaï. Le joueur de tennis, qui a connu son heure de gloire en faisant trébucher Roger Federer un jour de 2013 à Wimbledon, vient alors de mettre un terme à une carrière honorable. Dix-neuf ans sur le circuit, une place de 31e joueur mondial au zénith de son parcours, quatre tournois remportés en simple et quatre autres en double... À l'heure de tirer sa révérence, son horizon balisé. Après de multiples séjours dans le Bordelais, voici en effet un moment que Stakhvosky s'est lancé dans la production de vin à partir de raisin qu'il fait élever dans les Carpates ukrainiennes. Mais, le 24 février, lorsqu'une première salve de missiles s'abat sur Kiev, Kharkiv, Marioupol et Odessa, celui qui a disputé plusieurs Coupe Davis sous le drapeau bleu et jaune décide qu'il n'a pas le droit de se dérober. « Après un détour par Budapest, où je vivais avec mon épouse et nos trois enfants, puis un arrêt à Bratislava pour y récupérer un gilet pare-balles, j'ai pris la route de l'Ukraine » , raconte-t-il. En chemin, le spectacle de files de voitures en route vers l'exil le conforte dans sa décision.   L'armée russe harcelée   « Durant les premières semaines de guerre, j'ai fait ce qu'on pourrait appeler du tourisme militaire » , raconte l'ancien sportif, qui, à Kiev, commence par rejoindre les rangs de la Défense territoriale. Au printemps, il s'engage successivement dans divers bataillons privés constitués par des hommes d'affaires soucieux d'aider leur pays. Puis s'aventure dans les forces spéciales avant de rejoindre, en septembre, l'unité dans laquelle il sert aujourd'hui. Ce petit groupe, mobile, harcèle l'armée russe à coups de mortiers de 82 mm et de 120 mm. « Nous recevons nos ordres et nos munitions de l'armée régulière » , expose Sergiy Stakhovsky.   Depuis Tchassiv Yar, lui et ses hommes ont été chargés de ralentir la poussée ennemie au sud-ouest de Bakhmout. Le 20 janvier, les troupes russes annonçaient s'être emparées de Klishchiivka, un hameau jadis peuplé de 400 habitants, d'où elles menacent la dernière route digne de ce nom permettant encore de ravitailler la ville assiégée. « L'ennemi pourrait bientôt réussir à la couper » , s'inquiète l'ancien joueur de tennis. S'il y parvient, les Ukrainiens n'auront plus qu'une voie étroite et cahoteuse serpentant à l'abri des reliefs pour circuler à l'abri de l'artillerie russe. Ces derniers jours, on y croisait de nombreux véhicules militaires sortant de Bakhmout. Mais il n'est pas certain qu'elle soit de taille à absorber l'évacuation en urgence des forces lourdement équipées qui défendent la ville, dans l'hypothèse où le commandement leur en donnerait l'ordre.   « C'est un choix très difficile » , observe Sergiy Stakhovsky, veste de camouflage blanche et masque de ski sur son casque lourd. Selon l'administration militaire, quelque 6 000 civils vivent encore à Bakhmout - soit près d'un dixième de la population avant la guerre. Jusqu'à présent, les autorités ukrainiennes se disaient prêtes à défendre la ville quoi qu'il en coûte. Mais le week-end dernier, le président Volodymyr Zelensky a reconnu que la situation « se complique ». « Des combats acharnés ont lieu dans les quartiers nord pour chaque rue, chaque maison, chaque cage d'escalier, affirme pour sa part Evguéni Prigojine, le patron du groupe paramilitaire russe Wagner. Si nous recevons l'ordre d'évacuer la ville, nous nous y plierons, soupire l'ancien joueur de tennis, et ce ne sera pas la fin de la guerre pour autant. Mais le mieux serait encore qu'on parvienne à conserver ce morceau de territoire ukrainien. »   L'épreuve de Bakhmout, engagée depuis l'été, met à nu l'asymétrie des moyens impliqués dans cette guerre. Malgré le soutien des Occidentaux, les militaires ukrainiens manquent d'armes et surtout de munitions pour répondre au déluge d'artillerie russe. « Malgré l'urgence de la situation, nous ne pouvons tirer que trois obus par jour sur chacun de nos mortiers » , illustre Sergiy Stakhovsky, qui dit n'en avoir que 200 en tout pour tenir jusqu'au 23 février. Certains viennent de Serbie, les autres de République tchèque, de Croatie ou des États-Unis. Tous, dit-il, n'ont pas le même poids, si bien que les artilleurs doivent se refaire la main à chaque nouvelle livraison. « Pour éviter de gâcher, explique le sportif, nous avons pour ordre de ne pas viser une position lorsqu'elle abrite moins de trois soldats russes. »   Situation difficile sur le front de Bakhmout   Regard bleu translucide, la mine chiffonnée par la fatigue, Sergiy Stakhovsky dévoile ses doutes et ses frustrations avec une liberté de ton inhabituelle dans les rangs de l'armée. « Je suis un privilégié, reconnaît-il, par contraste avec les soldats de première ligne qui restent des jours entiers terrés dans leur tranchée, dans le froid et sous le martèlement constant de l'artillerie. » Le sportif, qui a pu échapper à la conscription en raison de sa situation familiale, a plusieurs fois quitté le pays pour passer un moment avec ses enfants. De temps à autre, il se rappelle au souvenir de ses camarades joueurs de tennis en appelant les organisateurs de tournoi à bannir les compétiteurs russes ou biélorusses.   Après bientôt un an de guerre, et malgré une situation chaque jour plus difficile sur le front de Bakhmout, Stakhovsky se dit résolu à combattre aussi longtemps que nécessaire pour chasser l'envahisseur russe hors d'Ukraine. Plus que par la peur ou la mort autour de lui, il dit avoir été marqué par les crimes commis par les soldats russes dans les villes occupées aux abords de Kiev, notamment à Boutcha. « Après avoir vu des familles chercher en vain les corps de leurs proches disparus, des mères désespérant de retrouver leurs enfants et des enfants appeler leurs parents qui ne répondaient pas, dit-il, je crois que je ne pourrai jamais oublier. » </text>
	

	<text titre="La Russie cherche de nouveaux alliés en Afrique" date="2023 02 08T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="pascal airault" annee="2023" mois="2" jour="8" journal_clean="L'Opinion" keywords="diplomatie, chef, alliés, janvier, russie, afrique, sergueï, australe, lavrov" langue="fr"> Après l'Afrique australe en janvier, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a entamé une autre tournée Page 7
Sergueï Lavrov a entamé un troisième déplacement en Afrique depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, moins d'un mois après un voyage en Afrique australe. Il effectuait, ce mardi, une première visite officielle au Mali qui doit ensuite le conduire ensuite au Maroc, en Tunisie et en Mauritanie. A Bamako, le chef de la diplomatie russe a rencontré son homologue, Aboulaye Diop, puis a eu un déjeuner de travail et une audience avec le colonel Assimi Goita, le président de la transition.   « Nos amis maliens ont des demandes précises, elles sont systématiquement satisfaites, a déclaré mardi Sergueï Lavrov à Bamako. La Russie continuera à aider le Mali à améliorer les capacités combatives de son armée, à former les militaires et les policiers. » Une déclaration qui intervient après la livraison, le 19 janvier, de nouveaux équipements pour l'aviation malienne.   La Russie joue la carte de l'alliée fidèle et indéfectible, offrant ses services sans conditionnalités, notamment en matière de démocratie et de droits de l'homme. Une manière de se démarquer de son concurrent français à qui elle taille des croupières en Afrique francophone. Après la   Centrafrique et le Mali, le Burkina faso est en voie de passer dans l'orbite russe. Le Kremlin retisse patiemment sa toile sur un continent qu'il avait largement abandonné au lendemain de la chute du Mur de Berlin.   « Aujourd'hui, l'Afrique de l'ouest francophone est le terrain de jeu sur lequel la Russie tente de récréer le climat postcolonial des années 1960 pour relancer un mouvement des non-alignés dont Vladimir Poutine évoque les contours dans ses discours du 30 septembre et du 22 octobre dernier sur l'annexion de l'Ukraine, explique Lova Rajaorinelina, chercheuse associée à la Fondation pour la recherche stratégique et auteur d'une note intitulée Poutine l'Africain. Il y accuse sans retenue l'Occident en disant que &quot;ses élites sont restées ce qu'elles étaient : colonialistes&quot;. Le maître du Kremlin redéfinit le nouvel ordre mondial en appelant ses alliés à lutter, non seulement contre l'armée &quot;nazie&quot; de Zelensky mais aussi les ex-puissances coloniales, au premier chef la France, passant d'un théâtre d'affrontement à l'autre ». Discours simpliste. Cette chercheuse décrit les ressorts de l'influence russe dans l'ancien pré carré de la France. L'écosystème informationnel de cette région fait l'objet d'un véritable travail de sape sur les plateformes de réseaux sociaux. Plusieurs campagnes sont orchestrées à destination des internautes et utilisateurs des messageries privées par le biais des sociétés d'influence du groupe Wagner d'Evgueni Prigojine, un proche de Poutine.   Cela prend la forme de capsules audio, de montages photos et même de dessins animés qui circulent sur WhatsApp, Facebook, Twitter, etc. La France y apparaît sous les traits grossiers d'un rat, ou d'un serpent menaçant dont l'ambition est de piller les richesses de ses anciennes colonies. Un discours simpliste, martelé sur le mode de la communication politique, qui finit par faire son nid, surtout auprès d'une jeunesse urbaine en quête de combat.   « Poutine et Prigojine détournent l'attention de la faillite sécuritaire des Etats sahéliens, en mobilisant les jeunes sur la lutte contre la France, poursuit Lova Rajaorinelina. Ils cherchent à faire de Bamako ce qu'était Alger dans les années 1960, La Mecque des révolutionnaires africains contre les pouvoirs impérialistes. Le colonel Assimi Goïta, président de la transition malienne, y apparaît comme le bon panafricaniste qui distribue les bons et les mauvais points à ses pairs de la région ». Réputés pro-Français, l'ivoirien Alassane Ouattara et le nigerien Mohamed Bazoum sont pris pour cible. Les campagnes de dénigrement sont relayées par des activistes publics, français ou africains, se réclamant notamment du panafricanisme tels que Kemi Séba, Nathalie Yamb, Franklin Nyamsi, Sylvain Afoua ou encore Maikoul   Zodi. « Ceux-ci se trouvent sur un spectre assez divers du militantisme et de prises de position, indique Jonathan Guiffard, chercheur associé à l'Institut Montaigne et auteur d'une analyse récente sur le sentiment antifrançais. Ils ne sont pas nécessairement liés entre eux, certains portant une parole individuelle quand d'autres la coordonnent. Suivies par des dizaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux, présentes sur les plateaux télés ouest-africains, ces personnalités formulent des critiques véhémentes de la France et de sa politique, certains étant des promoteurs très directs de la politique russe et de ses proxies, sous un vernis panafricain. » Lutte informationnelle. La France est poreuse à ce discours sur le néocolonialisme car elle prête le flanc à la critique alors qu'elle a parfois encore du mal à ne pas être dans une attitude paternaliste à l'égard de ses alliés de l'ex pré-carré. Pour Jonathan Guiffard, la relation historique de la France à son ancien pré carré « la positionne en première ligne face à des populations qui subissent soit une forte dégradation sécuritaire, soit d'importantes inégalités. Selon lui, Paris traîne plusieurs fardeaux: son passé colonial malgré le travail mémoriel entrepris par Emmanuel Macron, les réflexes politiques de la   Françafrique, les restrictions de visas, la baisse sensible de la coopération technique.   La propagande russe est d'autant plus efficace que la France a tardé à y répondre. Le « réarmement français » face à la désinformation est récent. Il a commencé il y a un peu plus de deux ans. La diplomatie publique et d'influence est surtout devenue une priorité depuis cet été. Elle repose largement sur un volet technique et numérique. Paris a revu son dispositif de lutte informationnelle qu'il veut « agile et réactif » autour de plusieurs structures publiques (DGSE, MEAE, Minarm), recourant également au privé. Ces structures détectent et caractérisent les ingérences numériques et proposent des stratégies de riposte informationnelle. Emmanuel Macron l'a rappelé dernièrement: « l'influence » est aujourd'hui considérée comme une « priorité stratégique ». @P_Airaultt   « Des activistes formulent des critiques véhémentes de la France, certains étant des promoteurs très directs de la politique russe et de ses proxies, sous un vernis panafricain » </text>
	

	<text titre="Andriy Yermak Les alliés de l’Ukraine doivent l’aider à créer un système de sécurité mondial" date="2023 02 11T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="andriy yermak" annee="2023" mois="2" jour="11" journal_clean="Le Monde" keywords="sécurité_mondial, système, d’un, l’ukraine, alliés, créer, sécurité, système_de_sécurité_mondial, mondial, nabuchodonosor, bout" langue="fr"> Dans l’ancien royaume de Babylone, le roi Nabuchodonosor était à bout de patience. Aucun de ses magiciens et astrologues ne pouvait expliquer la signification d’un rêve terrifiant qui hantait le monarque. Nuit après nuit, Nabuchodonosor voyait une magnifique statue avec une tête dorée, une poitrine en argent et des cuisses en bronze. Mais au sol, les pieds de la statue étaient faits d’argile.   Frustré, il ordonna le meurtre de ses décevants voyants. Le massacre se poursuivit jusqu’à ce que Daniel, un jeune juif retenu en captivité, se fasse entendre et révèle que la statue représentait le système de domination babylonien tel qu’il allait progresser à travers les empires successifs. Les métaux précieux représentaient des années puissantes et prospères. Mais les pieds d’argile illustraient un empire incapable de maintenir sa grandeur. Un empire qui finirait par s’effondrer sous le poids de ses contradictions.
Il est bien difficile de ne pas conclure que la Russie moderne est en passe de subir le même sort. En février 2022, lorsque le Kremlin a ordonné l’invasion illégale de l’Ukraine, les forces armées russes ont d’abord déployé quelque 160 000 soldats. Mais ils ont rencontré une résistance courageuse et ont depuis fui vers la frontière russe. Beaucoup ne croyaient pas qu’une telle défaite pouvait arriver à l’une des supposées « grandes puissances » du monde.   Pourtant, après la retraite, la crise s’est aggravée. En juillet, Evgueni Prigojine, le chef du Groupe Wagner, a fait le tour des prisons russes dans une tentative désespérée de recruter des soldats pour la guerre en Ukraine. Ce ne fut pas une recherche fructueuse. Quelques mois plus tard, des milliers de Russes ont fui le pays pour éviter d’être jetés aux fauves après que le Kremlin a annoncé la conscription de 318 000 civils.   Les pieds d’argile de l’empire russe sont également dévoilés par sa décision d’éviter le combat militaire avec l’Ukraine et de bombarder nos infrastructures civiles. Loin d’être un signe de force, c’est une démonstration évidente de la faiblesse du Kremlin. Cette guerre ne se terminera pas demain ou dans un mois. Mais nous avons déjà atteint un tournant. Il ne fait aucun doute que les forces de défense ukrainiennes triomphent des envahisseurs russes sur le champ de bataille et qu’elles continueront à le faire. Comme l’a fait remarquer le président Zelensky, ce succès est conditionné, dans une certaine mesure, au fait que l’Ukraine batte la Russie dans la bataille de l’opinion. L’aide extraordinaire et sans précédent fournie par nos alliés et partenaires – militaire, économique, humanitaire – en est la preuve.   Toutefois, il est trop tôt pour s’arrêter là. Nous entendons des appels à sauver la réputation de la Russie et à s’asseoir à la table des négociations sans conditions préalables. Mais cela requerrait la reconnaissance de l’annexion illégale des territoires ukrainiens que la Russie occupe toujours. Certains experts pensent que Vladimir Poutine déclarera n’importe quelle issue comme une victoire. Il est probable qu’il parviendra à en convaincre un grand nombre de ses citoyens, car la puissance de la propagande russe a la capacité d’atténuer l’humiliation de la Russie sur le champ de bataille.   Mais la réalité est que le déchaînement de violence de Poutine en Ukraine n’a pas seulement alarmé ses conseillers les plus fiables. Il a également gravement endommagé les liens avec les partenaires internationaux dont il a passé des décennies à chercher les faveurs. Les pertes militaires catastrophiques de la Russie ont brisé non seulement les familles de ses citoyens, mais aussi la confiance d’alliés autrefois fidèles, résultat de décennies de planification économique méticuleuse. Elles ont également insufflé à l’OTAN un nouveau sentiment de détermination. La guerre est un faux pas aux proportions et aux conséquences considérables, qui a entraîné la fuite de talents, celle de milliers de Russes parmi les plus brillants, tout en exposant à la vue de tous, sur la scène mondiale, des vulnérabilités cachées depuis des décennies.  Chantage et destructionMalgré cela, le Kremlin continue de faire chanter le monde avec la menace d’armes nucléaires et de catastrophes radioactives. Les dirigeants russes cherchent toujours à éviter d’être punis pour le crime d’agression. Si ce régime obtient seulement une partie de ce qu’il veut, il y aura d’autres tentatives de relancer son projet impérial. Les ressources de la Russie seront une fois de plus utilisées pour le chantage et la destruction, et non pour le partenariat et la création.   Les Russes auront une chance de devenir libres à condition de vaincre le Kremlin dans leur esprit, a déclaré le président Volodymyr Zelensky. Mais il est évident qu’ils ne pourront pas le faire seuls. C’est pourquoi les partenaires et les alliés de l’Ukraine doivent nous aider non seulement à rétablir notre souveraineté et notre intégrité territoriale à l’intérieur de frontières internationalement reconnues, mais aussi à créer un nouveau système de sécurité mondial qui rendra impossible toute tentative de revanche.   Le plan de paix en dix points du président Zelensky, annoncé en novembre, prévoit toutes ces mesures. Il prévoit le retrait de toutes les troupes russes d’Ukraine, le rétablissement de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, la création d’un tribunal spécial chargé de poursuivre les crimes de guerre russes, des garanties de sécurité occidentales pour l’Ukraine, des garanties de sécurité alimentaire, notamment un soutien aux exportations de céréales de l’Ukraine vers les nations les plus pauvres du monde, et des garanties en matière de sécurité nucléaire autour de la plus grande centrale nucléaire d’Europe, Zaporijia, aujourd’hui occupée par les Russes.   Ces conditions doivent être remplies dans leur intégralité. Sinon, le colosse russe se dressera à nouveau sur ses pieds d’argile. Un jour, il tombera inévitablement de nouveau. Mais l’humanité devra le payer d’encore plus de vies. Le monde démocratique peut choisir d’empêcher ce scénario dès maintenant. Il suffit d’aider les Ukrainiens à venir à bout de cette guerre. </text>
	

	<text titre="Les techniques novatrices du Kremlin pour surveiller la Toile" date="2023 02 11T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="2" jour="11" journal_clean="Le Monde" keywords="partie, sociaux, réseaux, moscou, kremlin, sites, surveiller" langue="fr"> Moscou - correspondant - Il y a la partie émergée de l’iceberg : l’interdiction de réseaux sociaux étrangers, le blocage de sites d’information, les poursuites judiciaires pour des likes ou des commentaires en ligne. Et puis il y a le travail souterrain, d’une ampleur bien plus importante, qui vise à garantir un « Internet propre », selon le nom d’un des programmes secrets développés par les autorités russes.   Le détail de cette besogne est désormais connu grâce à une enquête publiée simultanément, mercredi 8 février, par plusieurs sites d’investigation russes, tous en exil (Proekt, Mediazona, Agenstvo ou Radio Svoboda , pour les principaux). L’enquête elle-même a été rendue possible par le piratage, au mois de novembre 2022, de l’agence de supervision de l’Internet, Roskomnadzor. A cette occasion, 700 000 courriels et deux millions de documents auraient été récupérés par des hackeurs biélorusses membres d’une organisation nommée Cyber Partisans.
Sur le papier, Roskomnadzor est une banale agence administrative, chargée de distribuer les fréquences radio ou de veiller au respect des lois protégeant les données personnelles. En réalité, elle s’est transformée en une structure de contrôle, de censure et même d’infiltration de segments entiers de l’Internet.  « Agents de l’étranger »Premier enseignement de ces fuites, l’ampleur des blocages opérés depuis le début de « l’opération spéciale » en Ukraine : durant les neuf premiers mois de conflit, 150 000 pages Internet et publications sur les réseaux sociaux ont été effacées, concernant notamment les pertes de l’armée russe ou les crimes que celle-ci est accusée d’avoir commis en Ukraine. L’accès à 72 médias russes, 23 médias étrangers et 630 sites ukrainiens a aussi été purement et simplement bloqué.   Dans le cadre de ce travail de veille, les agents de Roskomnadzor partagent aussi une partie de leurs trouvailles avec d’autres structures, comme le bureau du procureur, la police ou le FSB, les services de sécurité. A cet effet, des tchats thématiques sont utilisés, aux noms évocateurs : « Fausses informations[sur l’armée] », « sentiment contestataire », « déstabilisation », « ingérence étrangère »…   Dans le même registre, Roskomnadzor a aussi établi des listes de centaines de journalistes et de blogueurs, mais aussi des experts qui ont pour habitude de leur parler. Nombre des personnalités recensées dans ces listes sont ensuite désignées comme « agents de l’étranger ». D’autres personnalités, notamment du monde de la culture, sont aussi surveillées de la même manière.   Selon les médias russes participant à l’enquête parue mercredi, des rapports quotidiens sont par ailleurs rédigés au sujet des contenus circulant sur l’Internet russe au sujet de deux thèmes jugés sensibles : la santé du président Vladimir Poutine et la mobilisation. Des tâches plus ponctuelles peuvent aussi être assignées aux agents : par exemple obtenir des services de météo en ligne qu’ils intègrent les territoires annexés de l’Ukraine aux prévisions russes ; ou des campagnes de commentaires négatifs concernant une personnalité jugée déloyale – une activité qui paraissait jusque-là réservée aux « fermes à trolls » del’entrepreneur privé proche du Kremlin Evgueni Prigojine, fondateur de la compagnie de mercenaires Wagner.   En plus des trolls, les services de Roskomnadzor auraient recours à des « bots » permettant de créer rapidement un nombre important de faux comptes sur les réseaux sociaux, dans le but d’infiltrer et donc de surveiller des conversations dans des groupes privés. Si le résultat de ce travail n’est pas détaillé, des citoyens russes ont bel et bien été condamnés pour « diffusion de fausses informations » ou « discréditation de l’armée » pour des écrits privés en ligne. La plupart du temps, toutefois, ces condamnations ont fait suite à des dénonciations d’autres participants à ces conversations.   Des outils encore plus innovants sont développés par Roskomnadzor, notamment en coopération avec des institutions universitaires comme l’Institut physico-technique de Moscou. En 2020, un département de la structure de contrôle a ainsi reçu mission de développer un système baptisé « Internet propre » utilisant l’intelligence artificielle pour systématiser le travail de surveillance en ligne. Selon ses concepteurs, « Internet propre » devrait être capable d’identifier sur l’ensemble du réseau russe des messages interdits concernant un large spectre : extrémisme, terrorisme, « appels à des actions publiques illégales », « propagande des relations non traditionnelles » (l’homosexualité) ou encore « dénigrement des symboles de l’Etat ».  Repérer ses ciblesL’Institut physico-technique de Moscou a apporté sa pierre à l’édifice en développant un système, baptisé « Okulus », capable de repérer non seulement des textes, mais aussi des images et des vidéos. Aux thématiques déjà citées s’en ajoutent d’autres : critiques du pouvoir ; promotion de l’opposition ; promotion du mode de vie « child free » (le fait de ne pas avoir d’enfants), de la toxicomanie, du suicide ; moyens permettant d’échapper à l’armée ; « actions artistiques offensantes » ; « méthodes de Gene Sharp » (un théoricien de l’action politique non violente)…   Selon les documents récupérés par les hackeurs biélorusses et transmis aux journalistes russes, des stocks d’images ont aussi été constitués pour entraîner le système Okulus à repérer ses cibles. On y trouve notamment des dossiers contenant des « images offensantes pour le président » et des « comparaisons du président avec des personnages négatifs » – soit, de manière plus détaillée, des fichiers nommés « Poutine représenté sous la forme d’un crabe », « Poutine représenté sous la forme d’une mite » ou encore des images comparant le président à un vampire ou à Adolf Hitler. </text>
	

	<text titre="En Ukraine, l'armée russe fait pression sur le front" date="2023 02 13T00:00:00" journal="La Croix, no. 42543" auteur="françois d'alançon" annee="2023" mois="2" jour="13" journal_clean="La Croix" keywords="pression, front, armée, russe, offensive, ligne, russie, prendre, ukraine" langue="fr"> Après plusieurs mois de violents combats sur une ligne de front statique dans l'est de l'Ukraine, les deux camps se préparent à passer à l'offensive. La Russie tente de prendre les devants, avant que les livraisons de matériel promis par les pays occidentaux ne renforcent l'arsenal ukrainien. Vladimir Poutine a donné l'ordre de prendre toute la région du Donbass d'ici à la fin mars, selon les services de renseignement ukrainiens.   Avec environ 320 000 soldats déployés en Ukraine et 150 000 autres en formation, le Kremlin pourrait miser sur le nombre pour tenter de submerger les positions ukrainiennes en multipliant les attaques. De son côté, l'Ukraine doit résister à la pression russe sans épuiser les ressources dont elle a besoin pour préparer sa contre-offensive. Kiev forme des milliers de soldats à l'extérieur du pays et s'active pour amasser des armes lourdes et des munitions. Le groupe de contact des pays impliqués dans l'aide militaire se réunira, mardi 14 février, à Bruxelles, au siège de l'Otan.
Principal scénario évoqué par les analystes, la Russie pourrait lancer un mouvement pour prendre en tenaille les forces ukrainiennes dans le Donbass. À partir du nord, en franchissant la frontière en direction de Soumy et Poltava, et à partir du sud, en avançant depuis la région occupée de Zaporijjia. Du côté ukrainien, les perspectives sont limitées pour une offensive dans le Donbass, face à des positions russes fortifiées et des lignes d'approvisionnement établies depuis 2014. L'option la plus prometteuse pour une contre-offensive se situerait dans le sud en direction de Melitopol, une ville à l'intersection de deux autoroutes et d'une voie ferrée, donc essentielle pour l'approvisionnement des troupes russes dans le secteur. L'isolement des forces russes affaiblirait considérablement leur emprise sur la région de Kherson.   Pour l'heure, l'armée russe intensifie sa pression sur la ligne de front. Dans la région de Louhansk, les forces russes mènent des actions offensives au nord de Svatove et dans la région de Kreminna. Dans la région de Donesk, les attaques russes se poursuivent autour de Bakhmout, aux abords de la ville de Donetsk et, plus au sud, autour de Vouhledar. Le chef du groupe paramilitaire russe Wagner Evguéni Prigojine a affirmé, dimanche 12 février, que ses troupes avaient pris la localité ukrainienne de Krasna Hora, à quelques kilomètres au nord de Bakhmout. Dans le sud-est de l'Ukraine, enfin, l'effort russe porte sur Zaporijjia.  « Les forces russes ont repris l'initiative », analyse l'Institute for the Study of War (ISW) basé à Washington. « Le rythme des opérations russes a nettement augmenté dans la région de Louhansk. L'engagement d'éléments importants d'au moins trois grandes divisions russes dans des opérations offensives dans le secteur indique que l'offensive russe a commencé. » Les attaques des troupes russes sur les lignes défensives ukrainiennes produisent quelques avancées tactiques, en particulier dans la zone de Bakhmout.  « En multipliant les assauts d'un bout à l'autre du front, de façon suffisamment significative, on force l'adversaire à répondre à chacun des points agressés », note le général Olivier Kempf, dans son bilan hebdomadaire, sur le site de la lettre stratégique La Vigie. « L'attaque doit être suffisamment sérieuse pour que l'adversaire soit obligé d'y consentir des efforts, d'y amener des réserves : en clair, de se disperser. » Dans cette guerre d'usure à grande échelle, les forces russes obligeraient leurs adversaires ukrainiens à « se garder sur tous les points du front et donc à céder peu à peu, là où la pression est trop forte ». </text>
	

	<text titre="En un an de guerre en Ukraine, la métamorphose du groupe paramilitaire russe Wagner" date="2023 02 13T00:00:00" journal="Libération" auteur="Unknown" annee="2023" mois="2" jour="13" journal_clean="Libération" langue="fr"> Tabous jusqu'à l'an dernier, l'armée privée au service des intérêts russes et son sulfureux fondateur, Evgueny Prigojine, sont sortis de l'ombre. Jusqu'à devenir incontournables, en particulier sur le front du Donbass. Retour en plusieurs dates sur l'évolution de l'organisation composée d'environ 50 000 hommes, </text>
	

	<text titre="La bataille de Soledar : leçons militaires... et communicationnelles" date="2023 02 14T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7566" auteur="christine dugoin-clément" annee="2023" mois="2" jour="14" journal_clean="La Tribune" keywords="mois, (lien, militaires, bataille, https://www, lemonde, soledar, combats" langue="fr"> Après plusieurs mois de combats (lien : https://www.lemonde.fr/international/article/2023/01/13/guerre-en-ukraine-comprendre-la-bataille-de-soledar-verrou-du-donbass-dont-la-russie-revendique-la-prise_6157794_3210.html), la compagnie militaire privée Wagner a annoncé le 10 janvier avoir pris la ville de Soledar, dans le Donbass (Est de l'Ukraine), annonce reprise progressivement par la suite par les canaux officiels russes. Kiev a admis avoir perdu la ville (lien : https://www.20minutes.fr/monde/ukraine/4020586-20230126-guerre-ukraine-apres-mois-combats-difficiles-armee-ukrainienne-reconnait-avoir-cede-soledar) deux semaines plus tard. Tout au long de ces affrontements extrêmement violents, les deux parties belligérantes se sont livrées à une lutte presque aussi intense sur le terrain de l'information que sur le théâtre des opérations.
Analyse de cette double dimension d'une bataille dont l'impact aura peut-être été aussi important en termes de communication qu'en termes militaires.  Un besoin de médiatisation ?Depuis cet été, les avancées ukrainiennes au détriment des forces de Moscou ont permis au général Zaloujny, le chef d'état-major de l'Ukraine, d'annoncer, début janvier 2023, la reprise de 40 % du territoire gagné par la Russie depuis février 2022 et de 28 % de celui occupé depuis 2014 (lien : https://ukranews.com/en/news/905968-afu-in-2022-liberate-40-of-ukraine-s-territory-occupied-since-february). Dans le même temps, le ministère russe de la Défense a dû communiquer sur les bombardements ukrainiens sur la base provisoire de Makiivka survenus dans la nuit du Nouvel An, qui ont causé de lourdes de pertes à l'armée de Moscou (lien : https://fr.euronews.com/2023/01/03/guerre-en-ukraine-la-russie-sous-le-choc-apres-la-frappe-meurtriere-a-makiivka) - un désastre comparable, pour le Kremlin, à la symbolique et marquante perte du croiseur Moskva (lien : https://www.courrierinternational.com/article/guerre-en-ukraine-le-moskva-a-coule-un-naufrage-plus-que-symbolique), coulé en avril 2022.   Dans ce contexte pesant pour elle, la Russie devait impérativement obtenir une victoire qui puisse être médiatisée. Ce besoin avait des origines multiples : nécessaire pour remonter le moral notoirement bas des troupes (lien : https://information.tv5monde.com/video/ukraine-le-moral-des-troupes-russes-en-berne), il devait aussi permettre de redorer l'image du haut commandement, largement mise à mal par les manquements logistiques mais aussi sécuritaires constatés au cours de ces derniers mois (lien : https://euromaidanpress.com/2023/01/04/makiivka-incident-highlights-russian-armys-unprofessional-practices-british-intel/). L'attaque de Makiivka, dont Moscou avait tenté de faire porter la responsabilité notamment aux autorités de l'autoproclamée République populaire de Donetsk (DNR) (lien : https://ubn.news/russia-is-attempting-to-deflect-the-blame-for-losing-the-army-base-in-makiivka-to-preserve-putins-authority/), illustre cette dégradation d'image.   En outre, au moment où des bruits courent autour du lancement d'une seconde vague de mobilisation (lien : https://www.lalibre.be/international/europe/guerre-ukraine-russie/2023/01/18/la-rumeur-enfle-en-russie-poutine-va-t-il-mobiliser-ses-troupes-pour-une-seconde-vague-en-ukraine-FRFIOTZ4O5HOVMP6QZIGNNKJEA/) (alors même que près de la moitié des recrues de la première vague, encore en cours de formation, n'ont pas encore été déployées sur le terrain), l'annonce d'une grande victoire représenterait un atout non négligeable pour rendre plus convaincants les spots télévisés qui présentent la carrière militaire comme une possibilité offerte aux futurs engagés d'améliorer leur situation financière et sociale.  Annonces contradictoiresLe 10 janvier, alors que la ville de près de 11 000 habitants était encore sous les feux russe et ukrainien, le groupe Wagner, par la voix de son dirigeant Evguéni Prigojine, affirmait en avoir pris le contrôle (lien : https://www.theguardian.com/world/2023/jan/10/head-of-wagner-group-says-his-troops-have-taken-control-of-soledar). Cette annonce a été confirmée quelques jours plus tard par le ministère russe de la Défense. Dans le même temps, les forces ukrainiennes annonçaient que les combats se poursuivaient (lien : https://www.france24.com/en/europe/20230113-live-ukraine-says-its-forces-hold-out-in-fight-for-mining-town-soledar). Cette communication russe rappelle celle, un peu hâtive, sur la chute de Marioupol en mai dernier, proclamée alors que des centaines de soldats ukrainiens, étaient retranchés dans l'usine Azovstal continuaient de s'y battre (lien : https://www.lemonde.fr/en/international/article/2022/05/19/war-in-ukraine-several-hundred-fighters-still-remain-in-the-azovstal-factory-in-mariupol_5984062_4.html).   Annoncer cette prise de guerre permet à la Russie de montrer qu'elle a renversé la tendance après plusieurs mois de revers. Symétriquement, pour les Ukrainiens, souligner son caractère prématuré vise à en limiter l'effet positif sur le moral des troupes russes et à jeter le doute sur l'honnêteté des porteurs de l'annonce.  La prise de Soledar : une victoire aussi stratégique ?En termes militaires, l'intérêt semble dépasser la ville elle-même. En effet, la finalité première des Russes est d'affaiblir la ville voisine de Bakhmout, elle aussi théâtre de très violents combats (lien : https://www.lexpress.fr/monde/europe/la-bataille-de-bakhmout-le-verdun-de-la-guerre-en-ukraine-PF6PJA5PHVGR3AHYU7T5R4XZOY/), si bien qu'elle est surnommée « le hachoir à viande » (lien : https://fr.euronews.com/2022/12/01/a-bakhmout-sous-les-feux-de-lennemi-les-ukrainiens-vulnerables-fuient-la-ville). Si elle chutait, la ligne de défense ukrainienne entre Siversk (40 km plus au nord) et Bakhmout serait nettement affaiblie.   En ce sens, il semble que les axes routiers qui servent à approvisionner Bakhmout constituent des points d'intérêt majeurs pour les Russes, notamment les axes de la M03 au nord de la ville et les routes 504 et 506 qui en traversent le sud d'est en ouest en direction de Ivanivske et Tchassiv Yar. Cependant, pour atteindre ces deux objectifs plus directement que par des frappes en profondeur, les troupes russes devront encore traverser le fleuve Bakhmoutovska, sous le feu de l'armée de Kiev, qui paraît avoir renforcé des positions en surplomb de ce cours d'eau.   Si Soledar ne représente pas un élément clé du conflit, sa chute n'en fragilise pas moins la ligne de défense Siversk-Bakhmut. Pour autant, les Ukrainiens ont encore plusieurs options pour réagir à la perte de la ville.  Wagner et le ministère de la Défense : des enjeux de coordinationInitialement annoncée par les forces de Wagner, la nouvelle de la prise de Soledar a rapidement été reprise par les médias russes officiels et, quelques jours plus tard, par le ministère de la Défense (lien : https://t.me/mod_russia_en/5741%5D) qui s'est néanmoins abstenu de citer le rôle joué par Wagner.   Le même jour, en accusant les fonctionnaires de vouloir minimiser les mérites de Wagner (lien : https://t.me/concordgroup_official/269), Prigojine s'est inscrit, sans pour autant s'attaquer au président Poutine, dans le prolongement des critiques dont la gestion du conflit et la qualité de l'armée russe faisaient déjà l'objet. Ces déclarations ont provoqué une inflexion dans le discours officiel du ministère, qui, au final, a reconnu la présence de la milice du « cuisinier de Poutine » dans la ville de Soledar (lien : https://novayagazeta.eu/articles/2023/01/13/russias-defence-ministry-officially-confirms-participation-of-wagner-group-fighters-in-soledar-capture-en-news).   Ces déclarations interviennent alors que le commandement de l'opération spéciale vient de passer du général Sourovikine, en poste depuis seulement trois mois, au général Guerassimov (lien : https://theconversation.com/nomination-du-general-guerassimov-a-la-tete-des-operations-en-ukraine-un-tournant-dans-la-guerre-197827), chef d'état-major de l'armée russe, proche de Poutine mais dont la popularité auprès des forces armées russes est limitée en raison, notamment, des nombreux dysonctionnements révélés au cours des premiers mois de l'invasion.   Si beaucoup s'attendent à une offensive russe (lien : https://www.theguardian.com/world/2023/jan/06/russia-preparing-mobilise-extra-500000-conscripts-claims-ukraine%5D) qui, au printemps, pourrait s'appuyer sur les hommes mobilisés à l'automne 2022 (lien : https://www.rfi.fr/fr/europe/20221018-mobilisation-partielle-en-russie-l-incertitude-et-l-angoisse), cette opération nécessitera que le nouveau commandement parvienne à coordonner les forces régulières et les milices opérant sur le terrain dont Wagner, si elle est la plus connue, n'est pas la seule.   L'identification de cet écueil conforte les rumeurs selon lesquelles la milice Wagner pourrait être intégrée aux forces régulières. Prigojine perdrait alors, en apparence au moins, l'un de ses atouts. Ce contexte pourrait expliquer la frénésie de communication a laquelle se livre cet affairiste également connu pour son rôle dans les opérations d'influence conduites par son Internet Research Agency (IRA) (lien : https://www.state.gov/desamorcer-la-desinformation/le-groupe-wagner-evgueni-prigojine-et-la-desinformation-de-la-russie-en-afrique/). Cependant, il convient de rappeler que Prigojine, surnommé « le cuisinier de Poutine », ne pourrait probablement pas agir de manière totalement indépendante de la volonté présidentielle.   Faute de prendre Bakhmout, ville de près de 80 000 habitants qui résiste depuis le printemps 2022, les forces russes ont dû se rabattre sur la prise de Soledar, regropuant environ 11 000 âmes. Pour autant, cette avancée marque un arrêt dans la succession des revers subis par l'armée russe depuis l'été. La prise de Soledar s'accompagne d'une stratégie de bombardements massifs du territoire ukrainien qui, depuis le ciel, ciblent sans relâche les infrastructures critiques comme les centrales électriques (lien : https://www.globsec.org/what-we-do/commentaries/ukrainian-electricity-network-withstood-russian-shelling), les infrastructures civiles (lien : https://www.ukrinform.net/rubric-ato/3622530-number-of-casualties-following-russian-shelling-of-dnipro-up-to-13.html) ou les systèmes anti-aériens (lien : https://www.deftech.news/produit/deftech-n-02-juin-ao%C3%BBt-2022/).   En inscrivant définitivement le conflit dans le temps long, notamment lors de ses voeux (lien : https://www.lemonde.fr/international/article/2022/12/31/la-justesse-morale-et-historique-est-de-notre-cote-dit-vladimir-poutine-dans-ses-v-ux-pour-le-nouvel-an_6156197_3210.html), et en remaniant le commandement de l'opération spéciale afin de passer à une « échelle élargie des tâches », le président Poutine adresse un signal fort aux Occidentaux (lien : https://www.themoscowtimes.com/2023/01/12/russias-war-leadership-reset-signals-power-struggle-among-top-brass-experts-a79926), dont l'Ukraine a cruellement besoin pour maintenir son effort de guerre. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'annonce du fait que le sous-marin nucléaire Belgorod sera désormais équipé des toutes nouvelles torpilles nucléaires Poséidon (lien : https://www.opex360.com/2023/01/16/la-russie-dit-avoir-produit-un-premier-lot-de-torpilles-nucleaires-dronisees-poseidon/) arrive exactement dans le même temps - une concordance dans le temps qui rappelle fort la Heavy Metal Diplomacy (lien : https://www.defnat.com/e-RDN/vue-tribune.php?ctribune=1533). Ce concept développé par le chercheur Mark Galeotti (lien : https://ecfr.eu/publication/heavy_metal_diplomacy_russias_political_use_of_its_military_in_europe_since/) fait référence aux démonstrations déclaratives et militaires qu'utilise Moscou pour mettre en avant son statut de puissance conventionnelle et nucléaire et pour infléchir les prises de décision des autres pays.   Il convient donc de garder son sang-froid et de ne pas laisser des annonces ponctuelles nous entraîner dans une lecture hâtive d'un conflit qui, après bientôt un an d'affrontements, a démenti bien des pronostics, russes notamment. Enfin, il est nécessaire d'avoir conscience que, pour atteindre ses objectifs, le Kremlin a autant besoin de l'affaiblissement du soutien des Occidentaux à Kiev que de victoires sur le champ de bataille.   [Iframe : ]   Par Christine Dugoin-Clément (lien : https://theconversation.com/profiles/christine-dugoin-clement-500730), Analyste en géopolitique, membre associé au Laboratoire de Recherche IAE Paris - Sorbonne Business School, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, chaire « normes et risques », IAE Paris - Sorbonne Business School.   La version originale (lien : https://theconversation.com/) de cet article a été publiée sur The Conversation (lien : https://theconversation.com/fr). </text>
	

	<text titre="« La haine est entrée dans chaque famille russe »" date="2023 02 14T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="propos recueillis parisabelle mandraud propos recueillis parisabelle mandraud" annee="2023" mois="2" jour="14" journal_clean="Le Monde" keywords="alexeï, moscou, russe, entrée, radio, haine, famille, russie, venediktov" langue="fr"> Figure médiatique très connue en Russie, Alexeï Venediktov, 67 ans, dirige depuis 1998 la rédaction d’Echo de Moscou (Ekho Moskvy) .Première radio russe indépendante née durant la glasnost de Mikhaïl Gorbatchev, celle-ci s’était notamment distinguée pour avoir couvert la tentative de coup d’Etat en 1991 à Moscou, en dépit du blocage de son antenne par les putschistes.   Son inamovible rédacteur en chef à la crinière blanche, parfaitement francophone, a toujours défendu le principe d’inviter le pouvoir comme l’opposition russe, y compris dans les soirées anniversaires organisées par la radio, où l’on pouvait croiser la porte-parole du ministre des affaires étrangères, Maria Zakharova, aussi bien que l’opposant Alexeï Navalny. Cela n’a pas empêché Echo de Moscou, propriété du groupe russe Gazprom, d’être fermée par les autorités au début de l’invasion russe de l’Ukraine. Ni Alexeï Venediktov, de passage à Paris début février, de devenir la cible des pro comme des antiguerre.
Voilà bientôt un an que la Russie a envahi l’Ukraine. Avec le recul, ne vous dites-vous pas que vous auriez dû alerter sur le danger d’une guerre ?C’est vrai, j’ai été choqué, mais pas surpris. Après l’article « historique » de Vladimir Poutine en juillet 2021 [un essai révisionniste intitulé « De l’unité historique des Russes et des Ukrainiens »], j’ai compris que la guerre était inévitable, mais pas avec cette ampleur. En octobre, alors que les troupes russes se massaient aux frontières de l’Ukraine, nous avons dîné à Moscou, Dmitri Mouratov [rédacteur en chef deNovaïa Gazeta et Prix Nobel de la paix 2021] et moi-même, avec la sous-secrétaire d’Etat américaine, Victoria Nuland. Elle m’avait demandé : « Qu’est-ce que c’est ? » Je lui avais répondu : « C’est pour Kiev. » Avant le 24 février 2022, on parlait des palais [de Poutine], pas de Iounarmia [organisation militaro-patriotique pour les jeunes], de la corruption, pas de la militarisation de la société. Nous n’avons pas vu les bottes de la revanche. C’est notre faute. Ma faute.  Tous les médias indépendants ont été fermés, y compris la radio Echo de Moscou. Vous y attendiez-vous ?Le 24 février 2022, à 7 heures du matin, j’ai dit à l’antenne que c’était une erreur fatale de Poutine, et que la Russie avait déjà perdu la guerre. Les conséquences pour ma génération, pour celle de mon fils de 22 ans seront catastrophiques. On m’a appelé du Kremlin pour me dire : « Tu es foutu, pendant la guerre, la propagande doit être totale. » Le 3 mars, Echo de Moscou cessait d’émettre sur décision du procureur général. Le 4, nous avons ouvert une chaîne YouTube où nous parlons de la guerre, de Boutcha, de tout. De 36 000 abonnés, nous sommes passés à 770 000 aujourd’hui. Mais, au dernier jour de la radio, nous avions 112 journalistes, et plus de la moitié d’entre eux sont au chômage. D’autres sont partis à l’étranger. Il n’en reste plus qu’une quinzaine.  Malgré tout, les Russes ont donc la possibilité de continuer à s’informer…Oui, mais ils ne veulent pas voir. Ou plutôt, ils ne sont pas pour la guerre, mais ils suivent le chef et le chef leur dit que c’est une guerre défensive contre l’Occident, et qu’elle concerne chaque famille. Voilà pourquoi il n’a pas mis fin à son décret sur la mobilisation, parce que c’est l’affaire de tous. Nous avons pensé que Poutine est Machiavel, en fait il est Savonarole.   L’opinion publique ne peut pas accepter d’être du côté des bourreaux. C’est très difficile. Je suis historien, je l’ai constaté maintes fois. Regardez l’histoire du soldat [William] Calley aux Etats-Unis : voilà un type envoyé au Vietnam, qui tue 102 civils, principalement des femmes et des enfants [massacre commis en 1968 connu sous le nom du hameau où il a eu lieu, My Lai], qui est arrêté, condamné. Et que se passe-t-il ? Sous la pression de l’opinion publique, Nixon l’a gracié. Regardez aussi les difficultés qu’a eues la France à admettre les exactions commises pendant la guerre en Algérie… Pour les Russes, Boutcha est une mise en scène. Pour les Ukrainiens, sans aucun doute possible, c’est une guerre coloniale.  Le nombre de morts ne change rien…Pour la défense de la patrie, ce n’est pas un prix élevé. La Russie dit 16 000 morts, les Etats-Unis nous disent 100 000. C’est impossible à vérifier pour le moment. Il a fallu trente ans avant que nous sachions que la seconde guerre mondiale ne s’était pas traduite par 7 millions de morts, comme le prétendait Staline.  Mais pourquoi les intellectuels russes restent-ils silencieux, encore aujourd’hui ?Lesquels ? Certains soutiennent la guerre, d’autres pensent que c’est une guerre civile avec des traîtres qu’il faut punir. Les modernistes sont sous le choc. Les intellectuels sont divisés, il n’y a pas de dissidents. Pas de tribune, non plus, pour s’exprimer. Le seul fédérateur politique, c’est Navalny, mais il est en prison. Au début de la guerre, les siloviki[représentants de l’appareil sécuritaire et militaire] voulaient prendre les commandes de la Banque centrale et de l’économie. Poutine a dit non. Ce sont les « libéraux » qui ont fait que l’économie fonctionne mieux que prévu. Rien n’est simple. Mais je veux tout de même souligner que deux tiers des personnes inscrites sur la liste des « agents de l’étranger » sont des écrivains, des journalistes.  Vous-même figurez sur cette liste, et en même temps vous êtes très critiqué par l’opposition pour votre proximité avec le pouvoir…Le 22 avril 2022, j’ai effectivement été déclaré « agent de l’étranger ». J’ai alors reçu beaucoup d’appels me disant « ne nous appelle pas ». Cela a été fait, bien sûr, pour me couper de mes contacts. Et, oui, je figure également sur la liste « soutien à la guerre » de Navalny. Je suis indépendant. Les ministres, les gouverneurs, les décideurs écoutaient aussi Echo de Moscou, et nous les interrogions. Tout le monde est mécontent ? Très bien ! Chaque jour, grâce à notre chaîne YouTube, quelqu’un nous dit « merci de ne pas nous avoir quittés ». Le mot « guerre » prononcé à Moscou vaut trois fois plus que lorsqu’il est prononcé à Riga ou à Paris.  Ne regrettez-vous pas, cependant, vos selfies avec Margarita Simonian, la cheffe des propagandistes ? En pleine « guerre informationnelle », comme on la nomme au Kremlin ?Je ne peux plus parler avec elle, elle est fanatique. Mais quand, avec Simonian, je tire Ivan Golounov [ correspondant du site Meduza exilé, arrêté en juin 2019] de prison, je ne regrette pas qu’on l’ait fait ensemble. Les 24 marins ukrainiens [capturés au large en mer Noire en 2018] et Oleh Sentsov [cinéaste ukrainien arrêté en Crimée en 2014], c’est moi aussi, avec Simonian, qui voulait, elle, obtenir la libération de Kirill Vichinsky [directeur de RT en Ukraine]. Ils ont été échangés en septembre 2019. Moi encore qui ai organisé le premier appel entre Poutine et Zelensky, en juillet 2019. Tout cela, je le paie par ma réputation, mais les marins ukrainiens et Sentsov sont libres.   La guerre ne change pas ma profession. Je ne représente pas le gouvernement, même si j’ai des contacts avec lui. La guerre informationnelle, ce n’est pas ma guerre.  Après un an de combats, êtes-vous surpris par la faiblesse de l’armée russe, que l’on disait toute-puissante, et l’image qu’elle a donnée d’elle-même ?On connaît la corruption en Russie, et l’armée n’y échappe pas. Mais, attention, nous sommes encore dans le brouillard, 18 % du territoire ukrainien reste sous contrôle russe. C’est la guerre des ressources : il y a 23 millions de réservistes en Russie, contre 7 millions en Ukraine [de 18 à 60 ans]. Les deux dirigeants restent « optimistes » sur leur chance de victoire. Moi, je redoute un bain de sang au printemps. Je ne vois aucune alternative à une grande bataille. Un général russe m’a dit : « 2023 sera mieux que 2022, mais moins pire que 2024. »Pensez-vous à une frappe nucléaire ?Non, non, non. Je vous rappelle que, pour déclencher une frappe nucléaire, ce n’est pas un bouton, ni même une valise, mais trois valises qui sont nécessaires.  Souhaitez-vous la défaite de la Russie ?La défaite, qu’est-ce que c’est ? Si aujourd’hui Poutine déclarait : « La guerre est finie, nous avons gagné », les gens le croiraient. L’armée russe doit rentrer dans ses casernes, point. Ensuite, il faudra gérer la situation, car la Russie en sortira très affaiblie.  Avec ou sans Poutine ?Même s’il devait quitter le pouvoir, pour une raison ou pour une autre, je doute que son successeur change véritablement les choses, du moins dans l’immédiat. J’ai dîné pour la dernière fois en janvier 2021 en tête à tête avec [Sergueï] Lavrov [le ministre russe des affaires étrangères]. Ce sont tous des partisans de la restauration de l’empire soviétique.  Ce dernier multiplie les déclarations nauséabondes comparant Hitler et Zelensky, les nazis avec les démocraties. Cela ne vous inquiète pas ?Je suis juif, et, le 24 mars 2022, quelqu’un a mis une tête de porc devant ma porte. La police ne fait rien. Les déclarations de Lavrov ne sont jamais que le reflet des manuels soviétiques. Dans sa tête, la Shoah n’existe pas.   Le patron des mercenaires du Groupe Wagner, Evgueni Prigojine, représente-t-il une solution possible ? Pour lui, comme il l’a publiquement déclaré, je suis un « ennemi ». Ce qui est sûr, c’est qu’il a gagné l’estime de Poutine avec son armée privée et qu’il veut désormais entrer en politique avec le grade de favori. Il va essayer de créer un parti d’extrême droite. Cette frange n’est pas représentée, et le Kremlin cherche comment la structurer après la mort de [Vladimir] Jirinovski [président du parti LDPR, décédé en avril 2022]. Prigojine restera loyal à Poutine. Au régime, je ne sais pas.  Comment vit-on aujourd’hui à Moscou ?Déprimé. Il y a de moins en moins de rencontres possibles. Vous croyez que nous parlons de Bakhmout, ou d’Izioum ? Non, on ne parle que d’histoires de famille, du fils qui est allé en prison, du grand-père qui soutient « l’opération spéciale ». La guerre a provoqué une cassure dans chacune d’entre elles. Onze millions de familles russes ont des liens directs avec l’Ukraine, pas au niveau des cousins, mais des grands-parents, ou de parents très proches. Et la haine est entrée dans les familles. C’est tragique. Mais c’est le pays de Poutine, de Navalny, et le mien. </text>
	

	<text titre="Entre Paris et Ouagadougou, une procédure de divorce accélérée" date="2023 02 14T00:00:00" journal="Libération" auteur="par agnès faivre correspondante à ouagadougou" annee="2023" mois="2" jour="14" journal_clean="Libération" keywords="opération, kaya, paris, divorce, ouagadougou, convoi, barkhane" langue="fr"> Il est environ 13 heures, jeudi 18 novembre 2021, quand un convoi logistique de l'opération
Barkhane parti d'Abidjan (Côte-d'Ivoire) à destination de Gao (Mali) est stoppé net à Kaya, dans le centre du Burkina Faso. A l'entrée de la ville, un empilement de pneus, de bois et de poteaux électriques entrave la route. Face aux militaires français, des milliers de manifestants. Des élèves, des étudiants, des vieux, des femmes, qui accusent la France de soutenir les insurgés jihadistes. Une charge complotiste, sur fond de tristesse et d'indignation : quatre jours plus tôt, 57 personnes dont 53 gendarmes ont été tuées dans une attaque terroriste à Inata, site aurifère du nord du pays. «S'ils avaient eu l'armement des Français, ils auraient pu combattre», assure un manifestant.   Inattendu, cet événement prélude au «divorce fracassant», selon les termes du quotidien gouvernemental Sidwaya, entre la France et le Burkina. A la demande de ce dernier, le retrait des forces françaises de l'opération Sabre stationnées depuis 2010 à Ouagadougou, et le rappel de l'ambassadeur de France Luc Hallade, ont été actés par le Quai d'Orsay les 25 et 26 janvier. C'est simplement «un accord militaire qui a été dénoncé», a minimisé le président, Ibrahim Traoré, le 3 février, lors d'une interview sur la télévision publique. Tout en assurant ne pas avoir «une dent» contre la France.   LECTURE INFANTILISANTE Le désamour n'a peut-être pas commencé avec le blocage du convoi français à Kaya, mais cet épisode a figé des approches irréconciliables. A l'époque, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, blâme sur le plateau de LCI les «manipulateurs» qui, «par des fausses nouvelles», «jouent contre la France». En gros, la Russie, ses trolls et officines seraient à la manoeuvre. «N'y a-t-il pas une dégradation des relations entre la France et l'Afrique ?» tente l'intervieweuse. «Non, je ne crois pas», balaie-t-il, à la fois interdit et sûr de lui. Si les opérations d'influence russes ne font aucun doute, Paris ne semble guère s'enquérir des raisons pour lesquelles la sauce a si bien pris.   Une lecture perçue comme infan- tilisante, voire hors-sol à Ouagadougou. «L'échec au Sahel d'un dispositif aussi impressionnant que Barkhane a complètement retourné l'opinion contre la France, rappelle un observateur de la scène politique. Les Burkinabè, profondément touchés par le terrorisme, voient un partenariat qui ne marche pas, ils ont envie d'aller voir ailleurs.» Ils vont effectivement cheminer vers cet horizon, au fil des bouleversements politiques. Le 24 janvier 2022, le président Roch Marc Christian Kaboré est renversé par le lieutenant-colonel Damiba, qui entend «réduire signi- ficativement les zones sous influence terroriste», et «aller plus à l'offensive». Evgueni Prigojine, patron du groupe Wagner, s'empresse de saluer «une nouvelle ère de décolonisation». Mais le recours aux paramilitaires russes divise encore l'armée burkinabè.   MALI   Burkina   Avec la France, le partenariat militaire avait été renforcé le 14 décembre 2021, au crépuscule du règne du président Kaboré. Ce «changement de braquet» apparaît alors, selon un diplomate français, comme une chance de «faire taire les critiques sur l'inefficacité de Barkhane». L'étatmajor à Paris salue même au début le «renforcement de la coopération opérationnelle entre les forces françaises et l'armée burkinabè», alors que Barkhane annonce en février son retrait progressif du Mali.   CÔTE   D'IVOIRE 100   Très vite, pourtant, se pose un problème d'«acceptabilité» par l'opinion. A Ouagadougou, dézinguer la France est devenu un fonds de commerce politique. Et la séman- tique a beau changer côté français («partenariat d'égal à égal», «coconstruction», interventions armées «seulement en appui»), le «changement de braquet» accouche d'une coopération militaire timide et en dents de scie.   Les insurgés islamistes, eux, ne cessent de gagner du terrain. L'ONG   NIGER   Inata   Kaya   Armed Conflict Location and Event Data Project (Acled) recense 925 incidents au premier semestre 2022 contre 525 à la même période en 2021. Le nombre de déplacés internes atteint deux millions de personnes, soit 10 % de la population. Dès le mois d'avril, le président Damiba appelle à «diversifier» les partenariats. «A vous de fixer les priorités, nous adapterons nos outils et interventions», propose l'ambassadeur de France, Luc Hallade, dans son discours du 14 juillet.   Ouagadougou FASO   BÉNIN   GHANA   TOGO km   MOUVEMENT ANTICOLONIALISTE Sauf qu'il évoque aussi les accusations de «double jeu» visant la France et «regrette que les réseaux sociaux soient devenus les &quot;idiots utiles&quot;, la caisse de résonance de ceux et celles qui [ ] nous accusent, sans preuve aucune, de vouloir exploiter les richesses du Burkina Faso, ou pire encore d'armer les terroristes». La formule, jugée insultante, crée un tollé.   Elle va précipiter l'éclosion, dans la foulée, du «M30 Naaba Wobgo». Un mouvement anticolonialiste qui réclame le départ de la force Sabre et de l'ambassadeur Hallade. Ses militants brandissent des drapeaux russes. Le 1er octobre 2022, ils se mélangent à ceux d'une nébuleuse d'organisations dites panafricaines qui fondent sur l'avenue de l'Indépendance de Ouagadougou pour soutenir le putsch d'un capitaine de 34 ans, Ibrahim Traoré. «La France à la poubelle», clament-ils. L'Institut français est mis à sac et l'ambassade de France attaquée. Fervents partisans du président Traoré, ces activistes gravitant dans une galaxie mouvante de collectifs souverai- nistes vont rythmer la transition de leurs marches. Avec comme revendication commune le départ de la force Sabre.   En recrutant une armée citoyenne de 50000 volontaires pour la défense de la patrie (VDP), les nouvelles autorités affichent leur credo: compter sur leurs propres forces. Mais il faut les équiper, les former, les rémunérer. La France rechigne à fournir ce type d'aide à des civils armés. Le 29 novembre, Luc Hallade est enfin reçu par le Premier ministre, Apollinaire Kyelem de Tambèla, nommé un mois plus tôt.   «J'attendais qu'il ait un moment», explique poliment le diplomate à la presse à l'issue de la rencontre. Sans manquer de souligner que Paris est «le premier partenaire bilatéral du Burkina avec plus de 100 millions d'euros par an d'engagement à travers l'Agence française de développement» et que la coopération militaire peut être «plus performante». Le lendemain, son interlocuteur ré- torque : «Les Burkinabè cherchent une bouée de sauvetage, [si elle] doit provenir d'un pays autre que la France, pourquoi pas ?»   DERNIÈRE CARTE Le 7 décembre, Apollinaire Kyelem de Tambèla s'envole pour Moscou. Le rapprochement avec la Russie est «un choix de raison», soulignera le chef de l'exécutif le 12 janvier, en présence de l'ambassadeur russe au Burkina. Deux jours plus tôt, l'Elysée a joué une dernière carte, en dépêchant à Ouagadougou la secrétaire d'Etat chargée du Développement, de la Francophonie et des Partenariats internationaux, Chrysoula Zacha- ropoulou. Qu'a-t-elle proposé au président Traoré? Mystère. En public, elle a ressassé la «constance de l'engagement de la France», et sa capacité «à faire différemment dans l'écoute, le respect, l'humilité». Trop tard. Le divorce est déjà consommé. ? </text>
	

	<text titre="La bataille de Bakhmout continue" date="2023 02 14T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="2" jour="14" journal_clean="Le Monde" keywords="krasna, bakhmout, troupes, russe" langue="fr"> Evgueni Prigojine, le chef du groupe paramilitaire russe Wagner, a affirmé, dimanche 12 février, que ses troupes avaient pris la localité de Krasna Hora, à quelques kilomètres au nord de Bakhmout, une ville-clé de l’est de l’Ukraine, dans le Donbass. Depuis plus de six mois, le Groupe Wagner et l’armée russe essaient de capturer cette ville à l’importance stratégique limitée, mais qui a gagné une grande importance symbolique du fait de la durée des combats. Les forces russes tentent ces dernières semaines d’encercler Bakhmout et ont réussi à couper plusieurs routes vers la cité, vitales pour le ravitaillement des troupes ukrainiennes. Le Groupe Wagner a annoncé, le 11 janvier, la prise de Soledar, ville plus importante située près de Krasna Hora. Le ministère de la défense russe avait mis deux jours avant d’annoncer la conquête de Soledar, révélant des dissensions entre Wagner et l’armée régulière russe. </text>
	

	<text titre="« Débâcle » des Russes à Vouhledar, avancée vers Bakhmout" date="2023 02 16T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23900" auteur="Unknown" annee="2023" mois="2" jour="16" journal_clean="Les Echos" keywords="armée, russe, bakhmout, russes, région, kiev, combats, vouhledar, ukraine" langue="fr"> Alors que le premier anniversaire de la guerre en Ukraine approche, Kiev s'inquiète des progrès de l'armée russe dans la région de Bakhmout, dans l'est du pays, théâtre de combats féroces depuis plus de six mois. Ainsi, le cabinet du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a fait état lundi, après la capture du petit village de Krasna Hora, revendiquée dimanche par le groupe Wagner, d'une situation « compliquée près de Soledar : le village de Paraskoviivka fait face à des bombardements et à des assauts intenses ».
Le président ukrainien a évoqué, lui, mardi une situation « extrêmement difficile » dans les régions de Donetsk et de Louhansk, « c'est littéralement une bataille pour chaque mètre de terre ukrainienne ». Pour autant, le chef du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, a estimé mardi que « Bakhmout ne sera pas prise de sitôt, parce qu'il y a une forte résistance, un pilonnage »,ajoutant que « l'adversaire s'active et envoie tout le temps de nouvelles réserves. Tous les jours, ce sont entre 300 à 500 combattants qui arrivent à Bakhmout de partout, les tirs d'artillerie s'accroissent tous les jours ».Capturer Bakhmout « avant mars »Depuis plusieurs semaines, Kiev avertissait ainsi d'une offensive russe « imminente » dans le Donbass : selon Volodymyr Zelensky, celle-ci aurait déjà débuté, alors que Kyrylo Boudanov, le directeur du renseignement militaire ukrainien, estimait à environ 326.000 le nombre de soldats russes combattant actuellement en Ukraine, et à 150.000 ceux ayant été mobilisés en vue de cette nouvelle offensive.   A Bakhmout, dévastée par six mois de combats, la situation pour les Ukrainiens serait devenue critique. Selon un site d'information local, les forces ukrainiennes auraient détruit lundi un pont reliant la ville à la commune voisine de Kostiantynivka, signe d'une potentielle retraite afin d'éviter l'encerclement.   Kiev nie cependant avoir l'intention d'abandonner la ville. Joint par téléphone mardi, un soldat du bataillon de renseignement Skala a confirmé aux « Echos » que lui et son unité continuaient d'opérer dans le centre-ville, mais a reconnu que les Russes avaient intensifié leurs opérations, afin de capturer la ville « avant mars ». « Nous continuons de nous battre », a-t-il assuré.   Cependant, les avancées russes dans la région se font au prix de lourdes pertes, et même Evgueni Prigojine semble pessimiste, ayant déclaré qu'il pourrait falloir « deux ans » à la Russie pour contrôler les régions de Donetsk et de Louhansk, dans l'est de l'Ukraine. « Si nous devons aller jusqu'au Dnipro, alors cela prendra environ trois ans », a-t-il ajouté lors d'une récente interview. A Vouhledar, ville située dans l'oblast de Donestk, un récent assaut des forces russes s'est soldé par un échec cuisant, entraînant la mort de nombreux soldats et la destruction de tanks et de véhicules de combats.   Qualifiée de « débâcle honteuse » par des analystes militaires pro-russes, cette récente offensive souligne les problèmes dont continue de souffrir l'armée russe : manque d'entraînement des conscrits ; problèmes de coordination, et bévues stratégiques. Sur sa chaîne Telegram, l'ancien ministre de l'auto-proclamée « République Populaire de Donetsk », Igor Girkin, est allé plus loin, déclarant que seuls des « crétins » pourraient s'entêter à attaquer « de front » un endroit fortifié « pendant plusieurs mois d'affilée. » Interrogé par Politico, Oleksii Dmytrashkivskyi, un représentant des forces armées ukrainiennes a estimé que la Russie perdait actuellement « 150 à 300 » hommes par jour près de Vouhledar.   Guillaume Ptak </text>
	

	<text titre="« Vladimir Poutine n'a jamais été aussi vulnérable »" date="2023 02 20T00:00:00" journal="La Croix, no. 42549" auteur="recueilli par françois d'alançon" annee="2023" mois="2" jour="20" journal_clean="La Croix" keywords="est-il, poutine, russe, jamais, vladimir, ukraine" langue="fr"> Un an après le début de l'invasion russe de l'Ukraine, le leadership de Poutine est-il fragilisé ?   Catherine Belton : En vingt ans de présidence, Vladimir Poutine n'a jamais été aussi vulnérable. Son « opération militaire spéciale » censée installer, en une semaine, un nouveau pouvoir à Kiev ne s'est pas déroulée comme prévu et il a dû la recentrer sur l'est de l'Ukraine. Une série de défaites humiliantes essuyées par l'armée russe en septembre 2022 l'a forcé à renier sa promesse de ne pas recourir à la mobilisation.
Sous la pression de la guerre, sa capacité à contrôler les conflits au sein de l'élite s'est affaiblie. Poutine a perdu son statut d'intouchable. En privé, certains parlent entre eux de qui pourrait lui succéder. Evgueni Prigojine, le patron du groupe Wagner, critique publiquement l'armée et semble parfois incarner une force politique autonome. Un fossé se dessine entre les pragmatiques qui veulent un arrêt de la guerre, perçue comme un fardeau insoutenable pour la Russie, une terrible erreur qui a rendu impossible l'objectif politique de garder l'Ukraine dans la sphère d'influence russe, et les faucons comme Evgueni Prigojine ou Nikolaï Patrouchev, secrétaire du conseil de sécurité, partisans d'une guerre longue pour venir bout de la résistance ukrainienne.   Les siloviki, membres des services de sécurité et colonne vertébrale du régime, sont-ils toujours derrière lui ?   C. B. : Vladimir Poutine a fondé la légitimité de son régime sur sa capacité à garantir la stabilité de la Russie, la prospérité de son peuple et la restauration de sa grandeur sur la scène mondiale. Avant l'annexion de la Crimée en 2014, la Russie était en passe de devenir la cinquième plus grande économie du monde à l'horizon 2020. Le ralentissement économique résultant des sanctions occidentales a intensifié les luttes intestines pour le contrôle des ressources et des richesses. Le pacte non écrit qui a permis à Poutine et son entourage de gouverner comme ils le souhaitaient, tant que les revenus augmentaient, a commencé à s'effilocher.   À l'intérieur des services de sécurité et du corps diplomatique, certains voient aujourd'hui Poutine comme le responsable d'une décision erronée, prise sans consultation, une menace pour la stabilité du pays et son statut de puissance mondiale. Aujourd'hui, la guerre en Ukraine transforme la Russie en paria sur la scène internationale. Elle met à bas des décennies de travail pour développer les opérations d'influence à l'étranger et les relations économiques avec les pays occidentaux, en dépit des efforts du Kremlin pour remplacer ces liens par une coopération plus étroite avec la Chine et l'Inde.   L'isolement de Poutine a-t-il un impact sur son évaluation de la situation ?   C. B. : Poutine, un ancien officier du KGB, s'est toujours appuyé sur un nombre restreint de vieux amis et de proches pour consolider son pouvoir, sans jamais faire pleinement confiance à personne. Ce cercle très étroit s'est rétréci depuis la pandémie, et la guerre n'a fait qu'accentuer son isolement. Poutine vit dans son propre monde. C'est presque une réalité parallèle, produit des paranoïas nées de l'effondrement de l'empire soviétique et de la défaite du système communiste. Pour lui et ses alliés, la Russie est une nation assiégée par l'Occident, considéré comme un ennemi déterminé à affaiblir la Russie. Cette vision est confortée par l'information biaisée qu'il reçoit de ses services de sécurité.   Le président russe a construit une structure de pouvoir conçue pour lui fournir les informations qu'il veut entendre, soigneusement calibrées pour souligner les succès et minimiser les revers. Les commandants de première ligne sur le front ukrainien rendent compte au FSB qui édite des rapports pour les experts du conseil de sécurité, transmis ensuite à Nikolaï Patrouchev, puis à Vladimir Poutine. Des propagandistes, «?correspondants de guerre?», contribuent également à son information. Iouri Kovaltchouk, «?banquier personnel?» et ami de Poutine, lui aussi un supporteur de la guerre, conserve son influence. Poutine se repose également sur Sergueï Kirienko, chef adjoint de l'administration présidentielle, pour superviser les aspects politiques de l'annexion illégale des territoires ukrainiens. En même temps, il a laissé des technocrates comme le premier ministre Mikhaïl Michoustine se charger de l'économie.   La nomination du chef d'état-major des armées Valeri Guerassimov à la place du général Sergueï Sourovikine, comme commandant en chef des troupes russes en Ukraine, est une conséquence de la bataille d'influence. Devenu politiquement très actif, Prigojine, très proche de Sourovikine, commençait à représenter une menace potentielle pour Poutine. La nomination de Guerassimov est une façon de serrer la bride à ses ambitions.   Son pouvoir est-il menacé ?   C. B. : Poutine reste aux commandes avec, autour de lui, d'énormes structures de sécurité, dont la garde nationale, sa force de sécurité personnelle. L'année 2023 sera cruciale. Plus la Russie continue à perdre militairement, plus son pouvoir sera menacé. Si Poutine continue à essuyer des défaites militaires et si l'économie se détériore, on peut en arriver au point où des régions refusent d'obéir aux ordres du Kremlin et cela pourrait conduire à un changement de pouvoir. On dira à Poutine qu'il n'y a pas le choix, au vu de la situation dans le pays, qu'il doit partir pour être remplacé par un nouveau leader. Dans ce cas, l'histoire se répéterait car c'est ce qu'ont fait les services de renseignements avec Boris Eltsine en l'écartant du pouvoir. Au sein des services, la principale faction se voit comme la gardienne de la stabilité de la Russie.   Comment l'élection présidentielle russe prévue en 2024 peut-elle peser dans ses décisions ?   C. B. : La situation militaire échappe à son contrôle. La Russie va lancer une nouvelle offensive et une nouvelle mobilisation pourrait intervenir cette année, au risque de susciter le mécontentement dans la population et une aggravation de la situation économique. L'élection de 2024, si elle n'est pas repoussée, ne va pas l'inciter à faire des concessions territoriales. </text>
	

	<text titre="Washington ébauche un plan pour évincer Wagner d’Afrique" date="2023 02 21T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cyril bensimon" annee="2023" mois="2" jour="21" journal_clean="Le Monde" keywords="d’un, wagner, washington, pourraient, actuels" langue="fr"> La proposition a les apparences d’un marchandage assez classique, dont les termes pourraient se résumer ainsi : « Nous avons beaucoup plus à vous offrir mais rompez d’abord avec vos alliés actuels ! » Selon les informations du Monde, le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, s’est vu remettre mi-décembre 2022 par l’administration américaine un mémorandum lui exposant les bénéfices qu’il aurait à se séparer des paramilitaires du Groupe Wagner et les conséquences qu’il encourrait à maintenir son alliance avec eux. Transmise en marge du sommet Etats-Unis-Afrique, qui s’est tenu à Washington du 13 au 15 décembre, cette offre aurait été préparée par le National Security Council, institution rattachée à la présidence américaine et destinée aux questions de politique étrangère et de sécurité nationale. 
S’il ne s’agit pas d’un ultimatum en bonne et due forme, les Etats-Unis donnent, selon nos sources, un délai de douze mois au chef d’Etat centrafricain pour prendre ses distances avec les mercenaires venus de Russie, qui après la signature d’un accord officiel entre les deux pays ont commencé à se déployer début 2018. Désormais dirigés à Bangui par un ancien de la légion étrangère, Vitali Perfilev, les hommes d’Evgueni Prigojine ont, après la sécurité rapprochée du président Touadéra et l’appui à l’armée centrafricaine, étendu leurs activités à l’exploitation minière et forestière, la sécurisation de convois, le contrôle des douanes et même la production de vodka et de bière « locales ». Une emprise grandissante qui s’accompagne de multiples exactions rapportées par des organisations de défense des droits humains.   Dans sa stratégie « de faire obstacle à la capacité du Kremlin à armer et équiper sa machine de guerre qui mène une guerre injustifiée contre l’Ukraine », le Trésor américain a ajouté le 26 janvier plusieurs noms à sa liste des personnalités et d’entités sous sanctions financières :un ancien conseiller sécurité à la présidence centrafricaine, Valery Zakharov ; le chef de la Communauté des officiers pour la sécurité internationale, Alexandre Ivanov ; Sewa Security Services, « une société(…) contrôlée par le Groupe Wagner, qui assure la protection de hauts responsables du gouvernement centrafricain» ; et Kratol Aviation qui permet à Wagner de « déplacer du personnel et des équipements entre la RCA[République centrafricaine] , la Libye et le Mali ».Mais, s’ils décrivent désormais le groupe dirigé par Evgueni Prigojine comme « une organisation criminelle transnationale de grande envergure », les Etats-Unis ne ferment pas la porte à des discussions avec ceux qui souscrivent à ses services. Une différence notable avec la France qui a justifié les départs de ses soldats et l’arrêt de ses programmes d’aide à la Centrafrique et au Mali par la présence des paramilitaires de Wagner dans ces pays.  Couper les financementsDans l’offre faite à Faustin-Archange Touadéra, la diplomatie américaine propose, selon nos informations, en contrepartie d’une rupture avec les hommes de Wagner, de soutenir la formation des Forces armées centrafricaines en remplacement des « instructeurs russes », d’accroître l’assistance humanitaire par l’intermédiaire de l’agence Usaid et de renforcer leur appui à la Mission des Nations unies sur place. Washington se dit aussi prêt à travailler à éloigner du Tchad, où il est accueilli, et même de la région tout entière, l’ancien président François Bozizé que Bangui soupçonne d’être derrière les attaques qui ont repris sur le territoire centrafricain fin novembre.   Dans le cas contraire, Washington envisage des coupures de ses financements, des réductions de personnel au sein de son ambassade et même, le cas échéant, une fermeture de celle-ci. Des sanctions individuelles pourraient également viser des personnalités du pouvoir considérées comme les plus associées aux paramilitaires russes et les sociétés qu’ils contrôlent. Jointe par Le Monde, la ministre centrafricaine des affaires étrangères, Sylvie Baïpo-Temon, reconnaît être « en échange constant »avec la diplomatie américaine depuis octobre 2022 et la visite à Bangui d’Ervin Massinga, le sous-secrétaire adjoint du département d’Etat chargé des questions africaines. Mais elle assure ne pas avoir connaissance d’un document écrit où Washington dicterait les conditions de sa coopération.   Longtemps négligée par les chancelleries et les bailleurs de fonds, la Centrafrique est devenue un terrain de rivalités entre l’Occident et la Russie. Faustin-Archange Touadéra est aujourd’hui le porte-étendarddes nouvelles ambitions africaines du Kremlin. A supposer qu’il en ait la volonté, aurait-il la capacité de se désengager de la relation établie avec ses protecteurs actuels ? « Il est, en un certain sens, otage et sa propre sécurité est une question », convient une source proche du dossier.   L’approche tentée par les Etats-Unis auprès de la présidence centrafricaine s’inscrit dans une stratégie d’endiguement américaine plus large. Mais au Mali comme au Soudan, où Wagner intervient comme supplétif des juntes au pouvoir, la marge de manœuvre américaine est plus restreinte. A Bamako, les paramilitaires russes, qui ont commencé leur déploiement fin décembre 2021 selon les renseignements français et américains, agissent à la demande des colonels qui ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020. A Khartoum, ceux-ci opèrent en lien avec le général « Hemetti », le numéro deux du régime militaire et patron de la puissante milice, les Forces de soutien rapide.   Si Washington n’a pas rompu avec ces pays après les coups d’Etat qui y ont été perpétrés, « l’espace pour y travailler s’est réduit », en raison des restrictions imposées par la législation américaine qui interdit en théorie toute assistance à un gouvernement non élu, reconnaît un diplomate américain. « C’est une contrainte qui nous empêche de proposer une assistance sécuritaire à ces pays mais nous ne sommes pas prêts à sacrifier notre politique de défense des valeurs démocratiques », dit-il. Au Mali, les Etats-Unis soutiennent ainsi le programme de réforme de la Constitution, confiants que le temps aura raison du pouvoir militaire en place.  Pas de résultats concretsPour l’heure, cette stratégie de lutte contre la présence russe sur le continent n’a pas encore donné de résultats concrets. Depuis le Soudan, le 9 février, à l’issue de sa dernière tournée africaine, Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a assuré que les hommes de cette société sont déployés « sur demande directe des gouvernements ».Quelques jours plus tôt, son ambassadeur à Bangui déclarait à l’agence de presse RIA Novosti que « le gouvernement[centrafricain] est intéressé à accueillir plus[d’instructeurs russes] ».Si les sources occidentales évoquaient ces derniers mois une baisse des effectifs de Wagner en RCA, autour d’un millier d’hommes, consécutive au déclenchement de la guerre en Ukraine, Alexandre Bikantov, l’ambassadeur de Russie à Bangui, comptabilise désormais la présence de « 1 890 instructeurs russes » sur le territoire centrafricain. Une augmentation de personnel qui pourrait être la conséquence de la reprise d’activité de la rébellion dans le nord du pays et constituerait une preuve que le président centrafricain demeure un associé privilégié du Kremlin. </text>
	

	<text titre="Comment les Wagner Leaks révèlent l'influence de la Russie en Afrique" date="2023 02 22T00:00:00" journal="La Croix, no. 42551" auteur="vivien latour" annee="2023" mois="2" jour="22" journal_clean="La Croix" keywords="documents, die, influence, wagner, russie, afrique" langue="fr"> Un consortium de journalistes composé de Die Welt, Arte, Insider, ainsi que de l'organisation Dossier Center a eu accès à près de 2 500 documents piratés par des hackeurs sur les serveurs informatiques du groupe Wagner, dirigé par Evgueni Prigojine. Les documents montrent l'existence de plusieurs projets de désinformation en Afrique, financés par l'oligarque russe et destinés à nuire à l'Occident.   Comme en République centrafricaine, où le groupe est présent depuis 2017. L'enquête d'Arte prouve que les manifestations contre la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca) ont été organisées avec le concours des réseaux d'Evgueni Prigojine. Un membre repenti du projet «?Stop Minusca?» explique ainsi que des personnes étaient payées 1?684 dollars (1?580 €) pour quatre manifestations de 15 à 20 personnes. Des factures montrent également qu'un journal local, Ndjoni Sango, était financé pour amplifier ces manifestations. Un ancien employé du journal a confirmé auprès d'Arte que Ndjoni Sango était financé par les Russes.
Dans le pays, le groupe Wagner compte désormais 13 bases militaires, selon les documents étudiés par Politico. Une emprise qui grandit, alors que les hommes de Wagner, dirigés à Bangui par un ancien soldat de la Légion étrangère, protègent déjà le président Touadéra et sont en appui de l'armée, à la suite de la signature en 2018 d'un accord entre la Russie et la Centrafrique.   Les documents montrent aussi l'existence du projet « Magadan », intégré à la structure du projet Lakhta, l'outil de désinformation financé et utilisé par Evgueni Prigojine. L'enquête révèle que « Magadan » avait déjà sévi aux États-Unis en 2020 pour diviser l'opinion américaine sur l'immigration, les armes à feu ou encore les droits des femmes. Un bureau financé par l'oligarque avait même été installé au Mexique. L'enquête menée par Arte établit que, malgré sa neutralisation par le gouvernement américain et le FBI, « Magadan » serait toujours actif en Afrique. Il serait désormais chargé de mener une propagande anti-occidentale dans les pays où Wagner s'est engagé et a intensifié ses activités.  Die Welt et Arte font également mention de l'influence grandissante de Wagner au Soudan. Le gouvernement y avait déjà autorisé une entreprise contrôlée par Evgueni Prigojine à exploiter de l'or. Une influence établie avec le concours du général Mohammed Hamdan Daglo, dont la force paramilitaire d'action rapide est appuyée par le groupe Wagner.   Le quotidien allemand écrit qu'en 2018, Wagner avait dépensé l'équivalent de 50?000 € pour les rédacteurs et les bureaux des sites Khartoum Star, Radio Africa et Sudan Daily, afin de favoriser la propagande prorusse. D'après les documents qui ont fuité, des pots-de-vin ont aussi été versés au Soudan pour étouffer des accusations de viol contre une femme par un membre du groupe paramilitaire russe?: « 1 000 dollars(938 €, NDLR) ont été payés à la famille de la victime pour le dommage moral et 280 000 livres soudanaises(448 €, NDLR) au procureur pour clore la procédure. » Mali, Burkina Faso, RD-Congo, Centrafrique, Soudan... Présente dans 23 pays africains, l'emprise de Wagner et des réseaux Prigojine ne cesse de s'étendre, au prix de violations grandissantes des droits humains. </text>
	

	<text titre="Soldats russes et ukrainiens victimes par centaines de milliers" date="2023 02 23T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cédric pietralunga" annee="2023" mois="2" jour="23" journal_clean="Le Monde" keywords="centaines_de_milliers, moscou, victimes, centaines, jour, combats, russes, milliers, kiev, troupes, ukraine" langue="fr"> Combien de temps peuvent-ils tenir ? Alors que les troupes de Moscou et de Kiev s’affrontent depuis un an en Ukraine, à coups de milliers d’obus tirés chaque jour et de combats menés parfois jusqu’au corps-à-corps dans les tranchées du Donbass, la soutenabilité de leurs pertes reste l’une des principales inconnues de la guerre. « Le nombre exact des victimes du conflit en Ukraine, des deux côtés, est extrêmement difficile à évaluer mais je pense que, quand nous les connaîtrons, nous serons estomaqués », a indiqué le général Vincent Breton, directeur du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations (CICDE) de l’armée française, lors d’une audition à l’Assemblée nationale le 30 novembre. 
Si aucun chiffre officiel n’est plus donné depuis des mois par les belligérants, autant pour soutenir le moral de leurs populations que pour ne pas renseigner l’ennemi, différentes sources estiment aujourd’hui à plusieurs centaines de milliers le nombre de militaires tués, blessés ou faits prisonniers dans les deux camps. Dans un communiqué publié le 17 février, le ministère de la défense britannique a ainsi affirmé que « les forces du ministère russe de la défense et des sous-traitants militaires privés[la milice Wagner] ont probablement enregistré entre 175 000 et 200 000 pertes depuis le début de l’invasion de l’Ukraine,[dont] environ 40 000 à 60 000 tués ».   Selon Londres, le nombre de victimes russes aurait notamment « considérablement augmenté depuis septembre 2022 », date à laquelle Vladimir Poutine a ordonné une « mobilisation partielle » de sa population. Le peu d’entraînement de ces nouveaux conscrits, dont plusieurs dizaines de milliers auraient été déployés en Ukraine dès l’automne, contrairement aux engagements du Kremlin, se traduirait par un taux de mortalité sensiblement plus élevé que celui des troupes régulières. De la même façon, les milliers de détenus sortis des colonies pénitentiaires russes et envoyés sans formation sur le champ de bataille par Evgueni Prigojine, le patron de la milice Wagner, auraient connu un taux de perte « allant jusqu’à 50 % », affirment les Britanniques.  Pertes civiles sous-estiméesLors d’une audition à l’Assemblée nationale, le 16 novembre, le vice-amiral Hervé Bléjean, directeur général de l’état-major de l’Union européenne, avait de son côté estimé qu’ « au moins 60 000 combattants russes auraient été tués, pour trois fois plus de blessés, ce qui signifie qu’environ 250 000 combattants russes seraient aujourd’hui “hors service” ». Des chiffres invérifiables mais qui donnent une idée de l’ampleur des pertes : au début de la guerre, Vladimir Poutine avait massé entre 120 000 et 150 000 hommes aux frontières de l’Ukraine. Depuis, Moscou a procédé à la mobilisation de 300 000 à 320 000 conscrits supplémentaires et pourrait, selon les services de renseignement ukrainiens, encore amplifier son recrutement. A titre de comparaison, l’armée russe avait perdu quelque 15 000 hommes en dix ans de conflit (1979-1989) avec les moudjahidine en Afghanistan.   Côté ukrainien, les estimations sont encore plus difficiles. « Le nombre de morts dans leur armée est sans doute le plus grand secret de cette guerre », affirme une source militaire française. Les pertes ukrainiennes seraient néanmoins deux fois inférieures à celles des Russes, estime-t-on généralement au sein des états-majors occidentaux, où l’on rappelle que l’attaque consomme plus d’hommes et de matériels que la défense.   Le 22 janvier, le chef d’état-major norvégien Eirik Kristoffersen a ainsi évoqué des pertes « probablement au-delà des 100 000 morts ou blessés » au sein des troupes de Kiev. « Les Ukrainiens montrent plus de considération pour leurs hommes que les Russes », indique-t-on à Paris pour expliquer cette différence dans les bilans.   Seule certitude, les combats en cours dans la région de Bakhmout, à l’est du pays, sont parmi les plus meurtriers depuis le début du conflit. Ces dernières semaines, l’Ukraine a affirmé à plusieurs reprises avoir mis hors de combat plus 1 000 soldats russes en une seule journée. Un chiffre dantesque qui n’étonne pas les états-majors. « Dans un conflit de haute intensité, les pertes se montent en moyenne à 1 % de morts et 4 % de blessés par jour parmi les troupes », a rappelé le général Pierre-Joseph Givre, directeur du Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC) de l’armée de terre, lors d’un colloque sur la guerre en Ukraine, le 16 février à Paris. Des chiffres extrapolés de l’exercice Warfighter 21-4, qui s’est tenu en avril 2021 aux Etats-Unis et lors duquel les forces américaines, britanniques et françaises ont simulé une guerre terrestre « dure ».   Les civils ne sont pas épargnés, même si les pertes sont en apparence moins lourdes. Dans un rapport publié le 13 février, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) affirme avoir enregistré 18 955 victimes civiles ukrainiennes depuis le début de la guerre : 7 199 tués et 11 756 blessés. Parmi eux, 461 enfants ont trouvé la mort (926 ont été blessés), selon le procureur général ukrainien.   Mais ce nombre serait largement sous-estimé, reconnaît l’organisme onusien, qui n’a pas accès aux zones occupées par les Russes. Dans une note publiée mardi 21 février, le ministère de la défense britannique estime ainsi à 16 000 le nombre de civils « probablement » tués depuis le 24 février 2022. Un chiffre lui-même sujet à caution, au vu de l’importance des destructions infligées dans les zones conquises par Moscou. Rien qu’à Marioupol, les estimations de pertes civiles oscillent entre 12 000 et… 120 000 morts. </text>
	

	<text titre="Pour Vladimir Poutine, un an de solitude" date="2023 02 24T00:00:00" journal="Libération" auteur="par sonia delesalle- stolper et paul gogo (à moscou)" annee="2023" mois="2" jour="24" journal_clean="Libération" keywords="immense, chef, vladimir, poutine" langue="fr"> Un leader esseulé au bout d'une immense table. Un chef d'Etat isolé sur la scène internationale, exclu de tous les grands raouts. Mais aussi chez lui, en Russie, très loin de ses concitoyens, quasi invisible, caché derrière une toute petite poignée de proches. C'est l'image qui s'impose de Vladimir Poutine, un an après sa décision unilatérale d'envahir l'Ukraine. «La vérité est avec nous», assurait-il encore mardi devant les parlementaires de son pays, dont certains ne cachaient pas leur ennui. Empêtré dans sa croisade civilisationnelle et personnelle contre l'Occident, dans laquelle le conflit en Ukraine ne représente pour lui qu'une étape mineure, le chef du Kremlin ne s'est jamais donné la peine d'expliquer précisément aux Russes les raisons de cette guerre et surtout comment en sortir.
Pour les législateurs, voir leur président en chair et en os est un événement. Pour les journalistes et les Russes aussi, tant il s'est fait, au cours de l'année, de plus en plus discret. S'il a été encore possible de l'entrapercevoir quelques minutes, à distance, lors d'épisodes scénographiques parfaitement orchestrés au stade Loujniki ou sur la place Rouge à Moscou, avec assistance convoyée en bus et récompensée en espèces, c'est à peu près tout. Vla- dimir Poutine a même séché sa grand-messe télévisuelle de l'année. Il a également annulé sa traditionnelle et interminable conférence de presse de Noël.   «TRAHISON»   Si les longs cortèges présidentiels bloquent encore régulièrement l'avenue Koutouzov, qui relie sa maison de campagne «Novo-Ogaryovo» au Kremlin, c'est bien dans ce palais situé en périphérie de Moscou, au bord de la Moskva, que Vladimir Poutine passe le plus clair de son temps. Il y multiplie les visioconférences. Pour ses rares déplacements, il privilégierait le train à l'avion et aurait même fait construire des gares à proximité de ses résidences. Même le chef des armées informel, Evgueni Prigojine, patron des milices de Wagner, désormais en première ligne dans le Donbass et notamment à Bakhmout et que les Américains présentaient comme proche du président ne l'est visiblement pas tant que ça. Voire plus du tout, tant ses dernières diatribes, accusant l'armée russe de «trahison» pour son refus de fournir à ses troupes des équipements et des munitions, montent en puissance. L'homme d'affaires de 61 ans n'a même pas hésité à en appeler au peuple russe pour qu'il se manifeste en faveur de Wagner. Dans un pays où toute critique du pouvoir ou de l'armée est impitoyablement punie.   Depuis un an, le chef du Kremlin n'a pas mis un doigt de pied à l'extérieur de la Russie et ses visiteurs étrangers se font rares. L'Inde, la   Turquie et la Chine ont, jusqu'à présent, joué aux équilibristes, évitant au maximum de prendre position clairement en faveur de ou contre Moscou et tentant plutôt de se poser en médiateurs. Même si la visite cette semaine à Moscou du ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a laissé penser que Pékin, qui a promis de publier ces jours-ci sa propre proposition de plan de paix, pourrait envisager un soutien plus prononcé à la Russie.   Vladimir Poutine a passé son année à modeler l'opinion publique russe.   Il lui a fallu faire avaler des défaites, annoncer une guerre qui dure, une mobilisation, rediriger les critiques, nombreuses chez les mobilisés, vers les autorités régionales En matière de communication, le président russe n'a rien d'un Zelensky. Et la séquence de la semaine an- niversaire, avec la visite surprise de Joe Biden à Kyiv dans la capitale d'un pays en guerre, a encore renforcé cette impression. Détail surprenant, même dans les médias les plus propagandistes, on soulignait ouvertement ces jours-ci que, contrairement à son ennemi ukrainien, Poutine ne s'est jamais déplacé sur le front, auprès de ses soldats.   «TROU NOIR» «Cette guerre est un immense trou noir qui consume tout», souligne la politologue Tatiana Stanovaya, de l'observatoire R.   Politik. Pourtant, Poutine continue «à diriger le pays comme s'il n'y avait pas de guerre. En cherchant à rester discret sur ses plans militaires en Ukraine, il endommage sa réputation d'homme fort et laisse les élites, quelles qu'elles soient - militaires, des services secrets, technocrates ou ultrapat- riotes - dans l'obscurité totale et dans une incompréhension absolue sur la porte de sortie. Les élites sont encore politiquement paralysées, mais elles commencent à regarder autour d'elles et à s'interroger » Pour la chercheuse, il faut «s'attendre à un dégel graduel des élites politiques. Pas autour de comment se retourner contre Poutine, mais plutôt de comment survivre tout en l'ignorant». ? </text>
	

	<text titre="Pourquoi la Russie doit perdre la guerre" date="2023 02 24T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jean-dominique merchet" annee="2023" mois="2" jour="24" journal_clean="L'Opinion" keywords="russe, perdre, russie, projet, guerre, nations, ukraine" langue="fr"> A la veille du premier anniversaire de l'invasion russe de l'Ukraine, l'Assemblée générale des Nations Unies devait se prononcer, jeudi, sur un projet de résolution, présenté par l'Ukraine et ses soutiens. Ce texte, appelé à entrer dans l'histoire selon les Etats-Unis, souligne « la nécessité de parvenir, dès que possible, à une paix complète, juste et durable », conformément à la Charte des Nations unies.
La Russie doit perdre la guerre, parce que le prix d'une victoire, même partielle, du Kremlin serait inacceptable. Non seulement pour l'Ukraine, mais pour l'idée que nos démocraties libérales se font de la vie internationale. Voilà ce qui se joue actuellement dans les tranchées du Donbass et dans le ciel des villes ukrainiennes. A l'unisson des Occidentaux, le président Macron l'a proclamé, vendredi 17 février à Munich: « La Russie ne peut ni ne doit gagner cette guerre ».   Cela signifie donc qu'il faut qu'elle soit défaite militairement par l'Ukraine sur le champ de bataille et qu'il convient de lui en donner les moyens. Est-ce vraiment possible ? Pourquoi est-ce nécessaire? Existe-t-il des portes de sortie? Et quelles seraient les conséquences d'une défaite sur le pouvoir russe ? C'est à ces questions qu'il faut tenter de répondre, malgré toutes les incertitudes, au moment où le conflit entre, ce 24 février, dans sa seconde année.   La défaite russe est-elle possible ? Lorsque l'on songe à la Russie, nous sommes habituellement victimes de nos représentations, de nos clichés sur un pays décrit comme un « ours », un « ogre » ou sur le « rouleau compresseur » que serait son armée. Autant d'images d'une puissance irrésistible, qui contrastent avec une réalité historique plus nuancée. Certes, l'Union soviétique - y compris l'Ukraine, donc - a gagné la « Grande Guerre patriotique » (1941-1945) au prix de pertes humaines colossales et grâce également à l'aide matérielle angloaméricaine. Cette victoire est d'ailleurs l'un des seuls véritables motifs de fierté des Russes d'aujourd'hui, peuple et dirigeants confondus. Le régime de Vladimir Poutine en fait le coeur de son narratif politique et de sa légitimité, jusqu'à prétendre, dans un récit délirant, combattre le régime « néo-nazi » de Kiev qui aurait pris « le peuple ukrainien » en otage.   La victoire soviétique de 1945 nous aveugle, en nous faisant oublier qu'au cours du XXe siècle, la Russie a perdu de nombreuses guerres: en 1905 contre le Japon; en 1917 lorsque son armée s'est effondrée avec la Révolution ; en 1921 quand elle a attaqué la Pologne; en 1936-1939 dans la guerre d'Espagne où elle ? ? ? Pages 2 et 3 ? ? ? Suite de la page 1 soutenait les Républicains contre les franquistes; en 1939-1940, lorsqu'elle a été mise en sérieuse difficulté par la petite Finlande (qui l'aurait sans doute emporté si elle avait bénéficié du même soutien occidental que l'Ukraine actuellement); dans les années 1980 quand elle dut renoncer à la guerre froide, par épuisement économique, et finalement en 1989, avec le retrait d'Afghanistan. N'en déplaise à Vladimir Poutine, qui affirmait, mardi dans son discours à la Douma « qu'il est impossible de la vaincre sur le champ de bataille », la Russie peut être battue.   Arsenal nucléaire. A cela, nombre d'experts rétorquent que son arsenal nucléaire la protégerait d'une défaite en rase campagne sur le sol de son voisin. C'est oublier la logique même d'une dissuasion que les Occidentaux exercent aussi à son égard. Car la menace n'est pas à sens unique. Cela a été rappelé au Kremlin, lors de la rencontre entre les patrons de la CIA et du FSB le 14 novembre dernier à Ankara. Les autres Etats « dotés » (Royaume-Uni, France et Chine) ont également fait passer des messages de mise en garde.   Régulièrement, avec des discours allusifs, le Kremlin agite la menace nucléaire, mais les Occidentaux n'ont, à ce jour, jamais observer d'actes concrets et menaçants. Mardi, Vladimir Poutine a bien dit qu'il « suspendait » la participation de la Russie au traité New Start sur les armements stratégiques, mais sans aller jusqu'à le dénoncer. La question - sans réponse aujourd'hui - est de savoir si, en cas de défaite militaire en Ukraine, le Kremlin jugerait « l'existence de l'Etat menacée », puisque telle est la doctrine russe, définie par le décret présidentiel du 2 juin 2020, comme le rappellent les experts Lova Rinel et Pierre Grasser. Jusqu'à présent, la dissuasion réciproque a permis d'éviter l'escalade, en limitant géographiquement l'affrontement au seul territoire de l'Ukraine, y compris les régions officiellement annexées par Moscou.   Dans ces conditions, l'Ukraine peut-elle remporter la guerre conventionnelle contre la Russie? L'année écoulée, avec le piteux bilan militaire russe, ne permet pas de l'exclure. Sur le front, la situation n'a pas été bouleversée depuis novembre, même si l'armée russe a repris quelques dizaines de km2. Les lignes de défense ukrainiennes tiennent et nulle part, l'armée russe n'est parvenue à percer le front. Si elle prend finalement la petite ville de Bakhmut, après sept mois d'offensive, serait-ce suffisant pour redorer son blason? Attrition. D'autant que, malgré la mobilisation, les forces russes ne semblent pas disposer des capacités suffisantes pour « exploiter » une éventuelle percée, qui ferait s'effondrer leur adversaire. La logique d'« attrition » - l'usure progressive de l'ennemi - l'emporte donc sur celle de son anéantissement. C'est aussi le cas avec la campagne de frappes sur les installations civiles, pas assez puissante pour mettre l'Ukraine à terre, d'autant qu'elle se heurte à une défense sol-air remarquablement efficace.   En face, les Ukrainiens préparent, eux aussi, une offensive, s'ils parviennent à rassembler assez d'équipements (blindés, artillerie et munitions). La plupart des analystes estiment qu'ils attaqueront dans le Sud, pour prendre des positions permettant de menacer la Crimée, sans essayer de la reconquérir dans un premier temps. Mais comme en septembre/octobre dernier, des surprises sont possibles. Malgré les pertes élevées, les deux camps ne souffrent pas encore de problèmes d'effectifs. On estime qu'environ 300000 hommes se font face de part et d'autre.   Pourquoi la défaite russe est-elle nécessaire? Imaginons dans quelle situation nous serions si la Russie gagnait la guerre et que, bon gré mal gré, nous reconnaissions cette victoire? Cela reviendrait à accepter qu'une puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, dépèce son voisin en annexant une partie de son territoire et y installe un régime à sa botte. Ce serait un feu vert à toutes les ambitions révisionnistes de par le monde, aux modifications des frontières par la force, et la fin de l'ordre international tel que les grandes puissances ont tenté de le construire depuis 1945.   Car la Russie de Vladimir Poutine n'est pas l'URSS de Staline : consciente de ses faiblesses, cette dernière était fondamentalement attachée au maintien du statu quo en Europe, dont elle était une bénéficiaire. Au contraire, la Russie d'aujourd'hui veut le modifier à son avantage et récupérer ses prétendues « terres historiques ». Vladimir Poutine joue avec une boîte de Pandore dans laquelle une bombe géopolitique est cachée. Et si demain, la Chine réclamait à son tour que la Russie lui rétrocède ses « terres historiques » au nord du fleuve Amour en Sibérie, enlevées à Pékin par les « traités inégaux » duXIXe siècle? Leadership américain. On ne peut s'imaginer une victoire russe sans le lâchage préalable de l'Ukraine par les Etats-Unis, mais une telle décision porterait un coup terrible au leadership américain dans le monde. Washington n'est sans doute pas prêt à en payer le prix. Engagés comme ils le sont désormais - la visite de Joe Biden à Kiev l'a montrée - les Etats-Unis jouent leur crédibilité. Pas seulement face à Moscou, mais avec Téhéran et surtout Pékin. En cas de défaite de l'Ukraine, le Japon, la Corée du Sud ou Taïwan ne pourraient plus compter sur l'assurance en dernier ressort de Washington face à une Chine se sentant pousser des ailes.   Une victoire russe inciterait donc à la prolifération nucléaire: la conquête de l'Ukraine aurait été obtenue à l'abri de la dissuasion nucléaire russe, aux dépens d'un pays qui a volontaire- ment renoncé à l'arme nucléaire en échange de garanties internationales de sécurité. De nombreux Etats (Japon, Corée du Sud, Arabie saoudite, Turquie ou pourquoi pas un jour la Pologne?) pourraient franchir le pas, en se dotant de la bombe comme assurance-vie.   Enfin, la défaite russe est nécessaire parce que c'est le Kremlin qui a décidé souverainement, en 2014 puis en 2022, d'entrer en guerre contre un voisin qui ne le menaçait nullement. Cette défaite est aussi nécessaire que celle de l'Irak en 1991, quand Saddam Hussein avait décidé de rayer le Koweït de la carte du monde. On ne choisit pas ses ennemis - ce sont eux qui nous désignent comme tels. Il suffit d'écouter Vladimir Poutine pour comprendre qu'au-delà de l'Ukraine, il est désormais en guerre contre l'« Occident collectif ». Perversion. Son discours de mardi est une litanie de diatribes contre le monde occidental. Citant les « saintes écritures » et présentant la Russie comme « une civilisation distincte », l'ancien lieutenant-colonel du KGB se pose en rempart contre notre « désastre spirituel »: « Regardez ce qu'ils font à leur propre peuple. Il s'agit de la destruction de la famille, de l'identité culturelle et nationale, de la perversion et de l'abus des enfants, y compris la pédophilie, toutes choses qui sont déclarées normales dans leur vie. Ils obligent les prêtres à bénir les mariages entre personnes de même sexe ». Le « désastre spirituel » auquel on assiste n'est-il pas plutôt constitué des innombrables crimes de guerre de l'armée russe, dont Boutcha restera le symbole?   Une victoire russe empêcherait que les responsables puissent, un jour, rendre des comptes devant la justice internationale.   Existe-t-il une porte de sortie en sauvant le soldat Poutine? Pour l'instant, aucun des deux camps ne semble être disposé à trouver une issue diplomatique. Un double échec militaire des offensives russes et ukrainiennes de cette année pourrait toutefois aboutir à un gel de la situation, ouvrant la porte à des discussions en vue d'un cessez-le-feu. C'est un scénario à la coréenne, lorsque le Nord et le Sud cessèrent les combats en 1953. Il ne signifie pas la fin d'une guerre, qui pourrait reprendre à tout moment, tant que la Russie n'aura pas renoncé à son projet impérialiste. Kiev ne cesse de rappeler que la guerre a commencé en 2014, en Crimée et dans le Donbass, et qu'elle ne pourra s'achever que lorsque la Russie « ne sera plus une menace pour l'Ukraine ». A Washington, l'administration Biden semble pressée d'en finir mais elle est divisée sur la manière de le faire : donner les moyens à l'Ukraine de gagner vite et fort ou tenter de trouver un arrangement, offrant à Vladimir Poutine la possibilité d'un narratif justifiant son échec? Pékin - qui vient de présenter un plan de paix à Moscou - est aussi de la partie, avec le souci prioritaire de préserver son économie. « Les Chinois ne veulent pas d'une défaite éclatante de la Russie, qui serait humiliante pour les systèmes autoritaires et donc pour eux », note le spécialiste en relations internationales Dominique Moïsi.   Si l'Ukraine parvient, comme elle en a l'intention, à reprendre la totalité de son territoire, y compris la Crimée, l'échec militaire et politique de la Russie serait patent. Mais, pour Vladimir Poutine, l'essentiel n'est pas l'Ukraine, c'est la sauvegarde de son propre pouvoir, alors que des élections présidentielles sont prévues en 2024. La question n'est évidemment pas de savoir si les électeurs voteront pour lui, mais si le « système », issu de la fusion des intérêts économiques et des organes de sécurité, restera uni autour de lui.   Des fissures pourraient apparaître ou s'aggraver. On en observe déjà une, avec la tentative en cours d'élimination d'Evgueni Prigojine, le patron de Wagner. Rien ne dit qu'une défaite en Ukraine entraînerait la chute de Vladimir Poutine. Au contraire, elle pourrait même se traduire par un renforcement de son pouvoir, après l'élimination brutale de ses concurrents. La démocratisation du pays, qui a échoué à la fin du XXe siècle, est très improbable, faute d'une base sociale suffisante.   D'autres redoutent l'arrivée au pouvoir d'éléments plus durs que l'actuel maître du Kremlin. « Toutes les options autres que Vladimir Poutine au sein du système actuel me paraissent pires », confiait, samedi dernier, Emmanuel Macron à quelques journalistes, en assurant de pas vouloir « écraser » la Russie, des propos très mal reçus par Kiev. Le fond du problème est que la Russie n'a pas les moyens de ses ambitions. Comme l'explique le politologue Ghassan Salamé, lors d'un débat avec la revue en ligne Le Grand Continent: « Cette guerre est une tentative pathétique de Vladimir Poutine de montrer que la Russie est encore une grande puissance ». Oui, « pathétique ». @jdomerchett   La Russie de Vladimir Poutine n'est pas l'URSS de Staline: consciente de ses faiblesses, cette dernière était fondamentalement attachée au maintien du statu quo en Europe, dont elle était une bénéficiaire </text>
	

	<text titre="Ukraine-Russie : la saignée" date="2023 02 24T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23906" auteur="anne bauer" annee="2023" mois="2" jour="24" journal_clean="Les Echos" keywords="ukrainien, mieux, guerre" langue="fr"> « C'est l'un des secrets les mieux gardés de la guerre », confirme un officier français de haut rang. Celui que ne dévoile jamais, même pas à ses plus proches alliés, le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Personne ne connaît le nombre de soldats ukrainiens tombés au combat. A vrai dire, en dépit des vidéos constantes de chars détruits ou de drones largués sur des attaquants, personne ne sait répondre à cette question simple que posent régulièrement les journalistes : combien de morts ?
Si le mensonge côté russe ne surprend guère, nombre de militaires européens sont surpris par la manière dont l'Ukraine parvient à garder le secret. Quand, cet hiver, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a évoqué 100.000 militaires et 20.000 civils ukrainiens tués, les démentis ont fusé, obligeant la Commission européenne à s'excuser et à retirer ces chiffres.   Le dernier bulletin officiel diffusé par les autorités ukrainiennes évoque 144.440 décès côté russe depuis le 24 février. Mais ne dit rien sur les soldats du pays. Aucun des deux belligérants ne donne d'ailleurs plus d'indications depuis de longs mois. Seule certitude, les chiffres, avec, grossièrement, une centaine de milliers de morts et de blessés dans les deux camps, sont effrayants.   Dans un communiqué diffusé le 17 février, le ministère de la Défense britannique estime que « les forces du ministre russe de la Défense et des sous-traitants militaires privés ont probablement enregistré entre 175.000 et 200.000 pertes depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, dont environ 40.000 à 60.000 tués ». La Norvège complète ce bilan vertigineux, en évoquant 180.000 morts ou blessés parmi les soldats russes et 100.000 morts et blessés côté ukrainien. Le bilan en Ukraine des pertes civiles n'est pas non plus facile à établir. Kiev estimait que plus de 20.000 civils avaient perdu la vie à Marioupol lors de la bataille terminée fin mai. L'Ukraine pleurerait donc au bas mot 30.000 civils tués.  Des centaines de morts quotidiennementLa cruauté des combats ces derniers temps à Bakhmout, dans la région de Donetsk, a atteint un tel niveau que même le chef de Wagner, Evgueni Prigojine, perd ses nerfs, accusant les ministres de la Défense, Sergueï Choïgou, et le chef d'état-major, Valery Gerasimov, de priver ses combattants de munitions et les accusant de vouloir détruire son groupe paramilitaire. Wagner aurait perdu la moitié des hommes envoyés au front, perdant jusqu'à un millier de combattants par jour. « On revient avec cette guerre à des niveaux de mortalité qui se rapprochent de ceux de la campagne de France de 1940 », s'exclame le général Vincent Desportes.   Tous les chiffres finissent par devenir un abstrait brouillard. Voici les pertes de quelques conflits plus récents, pour mesurer l'ampleur de ce qui se joue à nos portes. Les Russes en Afghanistan ont perdu 15.000 hommes en dix ans de conflit (1979-1989) avec les moudjahidines. En vingt ans, les Etats-Unis ont engagé 775.000 soldats dans le même pays et déploré 2.456 décès de soldats, tandis qu'on estime le nombre de civils afghans décédés à 40.000 personnes. En Algérie, les pertes militaires françaises atteignent, de 1954 à 1962, 25.000 morts, dont 15.500 au combat ou par attentat, 65.000 blessés et 485 disparus.   Il faut néanmoins rappeler que deux récents conflits ont eux aussi fait des centaines de milliers de morts, essentiellement parmi la population civile : la Tchétchénie (environ 300.000 décès) et la Syrie. L'Observatoire syrien des droits de l'Homme faisant état de près de 500.000 morts en dix ans entre 2011 et 2021, dont 160.000 civils - principalement tués par les attaques du régime syrien et de milices alliées - et 168.000 combattants pro-régime.  Similitudes avec la Première Guerre mondialeEt maintenant ? Alors que les militaires, le chef d'état-major américain Mark Milley en tête, tablent désormais sur une guerre d'usure, combien de temps chaque camp va-t-il pouvoir tenir ? En novembre dernier, le général Milley tentait d'inciter l'Ukraine à envisager des négociations avec la Russie, en comparant la situation à la Première Guerre mondiale, lorsque les deux camps se sont enlisés dans un conflit autour d'une ligne de front stabilisée qui a fait un million de morts entre août et décembre 1914. En Ukraine, cette ligne s'étend sur 1.500 kilomètres. Aujourd'hui, on semble entrer plutôt dans une phase de course à l'armement, chaque camp tentant de régénérer ses forces en vue de nouvelles offensives.  Un enlisement coûteuxL'Otan demande aux Européens de livrer leurs armes à l'Ukraine au plus vite et de réinvestir dans leurs usines d'armement. En Russie, ces usines tournent 24 heures sur 24. Des deux côtés, il faut mobiliser de nouveaux soldats. Ces nouveaux arrivés sont de moins en moins bien formés, même si de plus en plus d'Ukrainiens partent en stage dans différents pays européens.   Plus motivés et mieux formés, les Ukrainiens sont en revanche moins nombreux que les Russes. Pour l'heure, les rumeurs de mobilisation des femmes ont toujours été démenties. A Ramstein, en janvier, Mark Milley s'est montré très prudent sur la possibilité d'une victoire rapide. A ce stade, les états-majors craignent l'enlisement. Et loin des discours diplomatiques, ils soulignent que plus les négociations de paix tarderont, plus terrible sera le bilan humain. Lors de la Première Guerre mondiale - et même si comparaison n'est pas raison - le bilan est passé de 1 million de morts à fin 1914 à… 20 millions en 1918.   Anne Bauer </text>
	

	<text titre="« La Russie n'a jamais assumé la responsabilité des crimes qu'elle a commis »" date="2023 02 24T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="Unknown" annee="2023" mois="2" jour="24" journal_clean="L'Opinion" keywords="crimes, assumé, russie, jamais, commis" langue="fr"> Dina Khapaeva, sociologue originaire de Saint- Pétersbourg, enseigne à l'Ecole des Langues modernes de l'Institut Technologique de Georgie (Etats-Unis) vient de publier en France Crimes sans châtiment. Aux sources du poutinisme, aux éditions de l'aube (248 pages, 24 euros).   Que vous inspire l'allocution sur l'état de la nation de Vladimir Poutine devant le Parlement russe, mardi? Il vit dans son monde, dans ses fantasmes. Malheureusement, tout cela a de graves conséquences pour le monde entier. Il a passé au moins une vingtaine de minutes à essayer d'expliquer les raisons qui l'ont amené à lancer cette guerre criminelle. Il n'a rien trouvé de plus convaincant que de dire que c'étaient les Etats-Unis qui menaçaient la Russie et qu'il fallait dénazifier l'Ukraine.
Comment expliquez-vous ses références répétées au nazisme? Contrairement à Hitler et à Staline qui, à la tête de régimes eux aussi criminels, appelaient leurs sujets à se battre et mourir pour eux dans la perspective de connaître un avenir meilleur, d'atteindre une certaine forme de paradis, Vladimir Poutine n'a pas réellement d'idéologie. Il n'a aucune vision de l'avenir. Ce n'est en rien un cerveau. Tout ce qu'il a proposé ces vingt dernières années, via sa propagande, pour asseoir son pouvoir, a été de revenir à une sorte de néomédiévalisme en Russie, à un régime autocratique et de terreur comme le pays en a connu par le passé en n'ayant de cesse de les idéaliser. C'est ainsi qu'on a assisté à une réhabilitation du stalinisme et de Staline comme le grand leader qui a amené le pays à remporter à lui seul la plus grande victoire de l'histoire. En présentant la guerre en Ukraine comme un combat contre le nazisme, il essaie de réveiller ce que lui et son régime appellent la grande confrontation idéologique de la Seconde Guerre mondiale. Il tente de réanimer dans la population l'idée d'une menace représentée par l'Occident et de réveiller le sentiment patriotique de l'époque.   Et ses sorties contre la dépravation de l'Occident? C'est sa volonté de revenir à de très vieilles règles du XVIe siècle (« Domostroi ») régissant alors la société russe, autorisant notamment les hommes à battre leurs épouses et leurs enfants. C'est ainsi qu'en 2017, Vladimir Poutine a fait décriminaliser la violence domestique. C'est le monde dans lequel il veut vivre. Tout ce qui va contre cela, c'est de la dépravation. On est confronté globalement une organisation mafieuse, non? Absolument! Vladimir Poutine a été profondément influencé par les us et coutumes du système pénitentiaire soviétique (« zona ») ? disons surtout les camps de concentration même si à l'époque ils étaient appelés camps de travail ? où la loi était faite parle milieu criminel avec la procuration des autorités. Il ne faut pas oublier qu'avant d'arriver au pouvoir, Staline braquait les banques! Ce système n'a pas disparu avec l'éclatement de l'Union soviétique. Les responsables de l'époque n'ont pas eu le temps de le faire. Non seulement cette culture demeure dans les prisons, mais elle est sortie des murs pour devenir la matrice, la fondation de la société russe. Vladimir Poutine et ses amis dont certains sont de véritables criminels forment une véritable mafia. Le groupe Wagner, composé de mercenaires qui propagent la terreur et dont le chef Evgueni Prigojine a été multi-décoré par Vladimir Poutine en est une illustration. Il appartient à la matrice. C'est une organisation terroriste qui a ses propres règles. La pieuvre mafieuse a étendu ses tentacules en Europe via la corruption de certains anciens dirigeants comme l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder ou l'ancien président du conseil italien Silvio Berlusconi. Ce qui représente un réel danger pour la démocratie car comme le terrorisme, la corruption est très difficile à combattre. Pourquoi l'Occident a-t-il été aussi longtemps aveugle à l'égard de Vladimir Poutine et de son régime terroriste ? Comment des diplomates, les gens du renseignement qui connaissaient son passé n'ont-ils rien dit? C'est une erreur historique. Les sanctions occidentales peuvent-elles provoquer une chute du régime? En Russie, on parle de l'alternative entre le frigidaire et la télévision. Le frigo dit « je me vide », la télé dit « nous sommes grands ». Mais je ne m'attends pas à une réaction de la population. L'apathie à laquelle on assiste à l'égard de la guerre en Ukraine ne date pas d'aujourd'hui. La population russe a accepté d'abandonner ses droits et sa liberté dès l'arrivée au pouvoir de Poutine contre la promesse de supermarchés achalandés, d'une essence peu chère et d'une certaine stabilité. Ce qu'il a pu faire car les prix du pétrole ont flambé au début des années 2000. Il y a une sorte de contrat social entre le poutinisme et les   Russes. Quant à l'impact des sanctions, l'histoire du pays, frappé par de nombreux désastres économiques, fait que la population a une résilience considérable dans les périodes de crise.   Donc, il n'y a pas d'espoir? Bien sûr que si ! Il faut espérer que l'Ukraine gagne la guerre. La Russie a besoin de connaître une défaite militaire parce qu'elle n'a jamais assumé ses responsabilités historiques pour les crimes qu'elle a commis dans toute son histoire. Staline en est le meilleur exemple. Le pays n'a jamais eu à se repentir, à s'excuser, à se sentir coupable de ses horreurs passées. C'est le moment! Une défaite militaire est absolument nécessaire pour en finir avec le régime de Poutine ou tout autre régime. Car s'il était remplacé demain, rien ne changerait de ce point de vue. Le poutinisme frapperait à nouveau. La guerre continuerait. Regardez le bilan de ces vingt dernières années entre la guerre en Tchétchénie, l'agression de la Géorgie en 2008, l'annexion de la Crimée et d'une partie du Donbass en 2014 et la guerre totale contre l'Ukraine depuis un an. Ce régime ne fera jamais la paix, il doit être détruit militairement. La nation doit réaliser que tous les crimes commis en son nom ne doivent pas demeurer impunis.   Interview Gilles Sengès @Gillesengest   « Poutine a été profondément influencé par les us et coutumes du système pénitentiaire soviétique où la loi était faite par le milieu criminel » « La population russe a accepté d'abandonner ses droits et sa liberté contre la promesse de supermarchés achalandés » </text>
	

	<text titre="Prigojine, chef du Groupe Wagner, révèle les énormes pertes russes" date="2023 02 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="emmanuel grynszpan" annee="2023" mois="2" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="evgueni, prigojine, russes, groupe, cadavres, pertes, février" langue="fr"> Le patron de la compagnie de mercenaires Wagner, Evgueni Prigojine, a exposé devant l’opinion publique, mercredi 22 février, la photographie d’un tas de cadavres russes pour ouvrir les arsenaux du ministère de la défense. « Sur cette image[où l’on distingue une cinquantaine de corps d’hommes alignés à même le sol enneigé] , vous voyez l’un des endroits où l’on rassemble les cadavres. Ces gars sont morts hier. A cause de la disette d’obus. Il devrait y avoir cinq fois moins de morts » , s’indigne l’homme d’affaires, au micro du blogueur ultranationaliste Vladlen Tatarski.
Depuis plusieurs jours, il réclamait au ministre de la défense russe, Sergueï Choïgou, des obus sur tous les tons, y compris l’insulte. Dans un message vocal publié sur Telegram mercredi, on l’entend éructer sur un registre emphatique typique des bas-fonds : « La moitié de mes gars meurent parce que certains fonctionnaires militaires ne veulent pas se bouger le cul. Ceux qui nous empêchent de gagner cette guerre travaillent directement pour l’ennemi, aidant l’ennemi à briser le dos de la Russie. Vous n’avez donc aucune conscience ? », s’indignait Evgueni Prigojine, qui a envoyé entre 30 000 et 50 000 prisonniers russes à une mort presque certaine sur le front ukrainien.   Truand ayant passé neuf ans derrière les barreaux à l’époque soviétique, il s’était discrètement enrichi à partir de l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine grâce à d’énormes contrats publics. Il semblait, depuis l’invasion de l’Ukraine, s’être hissé au sommet de l’élite politique. Déployer à l’étranger une armée privée et extraire des dizaines de milliers de criminels des prisons – activités totalement illégales en Russie – requiert des ressources politiques auxquelles seul le président Vladimir Poutine peut donner accès. La montée en puissance d’Evgueni Prigojine s’est toutefois heurtée à la résistance acharnée des Ukrainiens depuis huit mois autour de la ville de Bakhmout. Ainsi qu’aux nombreux ennemis qu’il s’est faits au sein de l’appareil d’Etat.  « Malgré toutes mes relations haut placées, je ne peux pas résoudre le problème[de déficit de munitions], admettait l’homme d’affaires réputé proche du banquier pétersbourgeois Iouri Kovaltchouk, qui est un intime du président russe. On me susurre : “Vous savez, Evgueni Viktorovitch, vous avez des relations compliquées [il pointe un doigt vers le haut en levant les yeux au ciel] , et donc vous devez vous excuser et faire preuve de contrition. Ensuite vos combattants recevront des munitions.” »Grand déballage informationnelIl a préféré briser un tabou en illustrant les monstrueuses pertes militaires russes. Les livraisons n’ont pas traîné. Dès le lendemain de la publication macabre, il expliquait à travers sa chaîne Telegram avoir reçu à 6 heures du matin, jeudi, un premier bon de livraison. Une date symbolique forte en Russie, le Jour du défenseur de la patrie, instituée en référence aux soldats de l’Armée rouge.   Le jour même, il apparaissait dans une vidéo filmée à Bakhmout pour encourager ses soldats, déplacement que son rival Sergueï Choïgou n’a jamais osé faire depuis le début de l’invasion. Enfonçant le clou, l’ex-truand a déclaré dans un message : « Mettons les choses au clair : des centaines de milliers de soldats sont morts au front. » Toute révélation sur les pertes militaires est passible de prison en Russie. Le dernier chiffre communiqué par le ministère de la défense, qui remonte à septembre 2022, s’élève à 6 000 morts.   Est-ce un geste de défiance montrant qu’il reste au-dessus des lois ? « C’est déjà du désespoir », lit-on sur l’influente chaîne Telegram « VChK-OGPU » (acronyme de la police politique du temps de Staline). L’auteur anonyme cite une source au sein du ministère de la défense russe : « Il restait[à Prigojine] l’espoir que l’échec[de l’offensive russe]  à Vouhledar ramènerait le ministère de la défense à la réalité. D’autant que Prigojine a pris sur lui de promettre des résultats probants du Groupe Wagner. Au final, Wagner est incapable de surfer sur une victoire contrastant avec l’échec de l’état-major. Le contrat initial était de consommer du prisonnier dans les troupes d’assaut pour prendre Bakhmout. Mais, au rythme actuel des pertes, la ressource des repris de justice s’épuise trop vite, et sans résultat. Ce pourrait être la fin prochaine de “l’orchestre” [surnom du Groupe Wagner]. »Début février, Evgueni Prigojine a essuyé un premier revers lorsque M. Choïgou lui a confisqué son monopole sur les « munitions humaines » carcérales, en recrutant à son tour dans les prisons.   La chaîne Telegram relève un autre problème « insoluble » : les territoires pris par Wagner nécessitent des troupes pour être tenus. Plus son armée en conquiert, plus il lui faut des hommes et des obus, alors que ces deux ressources s’épuisent rapidement. Avec à la clé un risque de débâcle : « Wagner n’a pas de réserves et n’a pas de lignes défensives si les forces ukrainiennes lancent une contre-attaque massive. »Pour l’heure, Moscou cherche une parade au grand déballage informationnel déclenché par l’homme d’affaires. Le quotidien en ligne The Moscow Times rapporte que les employés des morgues du pays ont reçu l’ordre de « limiter » la remise quotidienne des corps des soldats tués en Ukraine aux proches. Il s’agirait de réduire le risque qu’un vent de panique se lève dans les médias locaux et sur les réseaux sociaux. A titre d’exemple, un décret en Ossétie du Nord, république du Caucase russe, prescrit de « ne pas rendre plus de deux corps par jour ».   Ordre aurait été donné de bâillonner Evgueni Prigojine. Selon le journal en ligne indépendant russe Viorstka, les médias d’Etat ont reçu la consigne de ne plus reprendre la moindre remarque critique de l’homme d’affaires. Dans les faits, les agences TASS et RIA Novosti se limitent déjà depuis plusieurs semaines à ne reprendre ses déclarations que si elles annoncent de « bonnes nouvelles du front ». p </text>
	

	<text titre="Poutine vitupère, l'Europe sanctionne" date="2023 02 27T00:00:00" journal="Libération" auteur="Unknown" annee="2023" mois="2" jour="27" journal_clean="Libération" keywords="kyiv, armes, forces, ukraine" langue="fr"> Dans une interview diffusée dimanche, le président russe, Vladimir Poutine, a accusé l'Otan de participer au conflit en Ukraine en fournissant des armes aux forces de Kyiv. «Ils envoient des dizaines de milliards de dollars d'armes à l'Ukraine, a-t-il insisté, dans un entretien à la chaîne Rossiya 1. Cela signifie qu'ils prennent part, quoiqu'indirectement, aux crimes du régime de Kyiv.» ? Le patron du groupe paramilitaire russe Wagner, Evgueni Prigojine, a revendiqué
samedi sur Telegram la capture par ses hommes de Iaguidné, un village à la périphérie nord de Bakhmout. Les troupes de Moscou, le groupe Wagner en première ligne, tentent de prendre cette ville depuis l'été, devenue un symbole de la lutte pour le contrôle de la région du Donbass, dans l'est de l'Ukraine. Les forces russes tentent depuis plusieurs semaines d'encercler Bakhmout et ont réussi à couper plusieurs routes importantes pour le ravitaillement des troupes ukrainiennes.   ? L'Union européenne a adopté samedi son dixième train de sanctions contre la Russie depuis le début de l'invasion de l'Ukraine. Celles-ci visent 121 individus et entités, dont trois banques russes, des responsables de la déportation et l'adoption forcée d'enfants ukrainiens, et des fabricants iraniens de drones utilisés par la Russie pour frapper des cibles ukrainiennes. Elles font écho aux mesures annoncées vendredi par les Etats-Unis et le Royaume-Uni.   ? Environ 10 000 personnes, selon la po- lice, étaient rassemblées samedi au centre de Berlin pour appeler l'Allemagne à négocier avec Moscou plutôt que de livrer des armes à l'Ukraine. Organisé par la figure politique d'extrême gauche Sahra Wagenknecht et la féministe Alice Schwarzer, ce rassemblement a créé la controverse, notamment parce que des personnalités d'extrême droite se sont jointes à l'initiative.   ? Le secrétaire d'Etat américain, An- tony Blinken, se rend en Asie centrale en début de semaine, espérant renforcer l'empreinte des Etats-Unis dans les anciennes républiques soviétiques, prises en étau entre leur partenaire historique russe et l'influence grandissante de la Chine. Les cinq ex-républiques soviétiques (Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizistan, Turkménistan) se sont abstenues ou n'ont pas pris part au vote jeudi à l'Assemblée générale de l'ONU sur une résolution réclamant le départ des troupes russes d'Ukraine. </text>
	

	<text titre="Confessions d'un soldat en enfer" date="2023 02 28T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="2" jour="28" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="soldat, tête, kramatorsk" langue="fr"> Christel Brigaudeau Envoyée Spéciale À Kramatorsk (ukraine)   Quelques mots prononcés en français lui ont fait relever la tête. La présence d'étrangers dans cet hôtel défraîchi de Kramatorsk, au Donbass, intrigue Oleg*. Des journalistes. L'Ukrainien en uniforme kaki sourit. Une heure plus tard, il frappe à notre porte, avec l'air emprunté de l'invité qui craint de s'être trompé de jour ou d'adresse. Il a apporté une bouteille de Coca et un gâteau au beurre, qu'il porte dans ses bras comme un oiseau blessé, emballé dans un sac en plastique. Sa mère l'a cuisiné avec tout l'amour qu'on peut mettre dans une recette.   Oleg est un soldat, la guerre a creusé ses joues et son regard. Une blessure l'a cloué à l'hôpital toute cette semaine. Ce dimanche soir, il désire se confier. Un bus doit le reconduire demain au front, et c'est peut-être sa dernière chance de livrer son témoignage, en forme d'appel à l'aide. « La réalité n'est pas tout à fait comme on le dit... commence-t-il. On a beaucoup de morts à Bakhmout, beaucoup... » On pose de quoi grignoter sur la table. Il s'assied.
« On est partis à vingt gars... »Depuis le 24 (plus personne ici ne s'encombre du mois et de l'année de l'invasion russe en Ukraine), Oleg a vécu en sourdine sous occupation russe - son village au nord de Kharkiv a été envahi dès le premier jour. En septembre, dès l'armée au trident de retour sur ses terres, ce vétéran du Donbass de 38 ans a bouclé son sac, direction le bureau de conscription.   Il a intégré la 54 e brigade d'infanterie mécanisée. Ces dernières semaines, son unité combattait près d'un village à 2 km de Bakhmout. C'est l'épicentre de la guerre. L'armée russe tente depuis juillet de planter son drapeau sur cette bourgade sans réel intérêt stratégique, désormais devenue un enjeu politique et un symbole pour les deux belligérants. Les pertes se chiffrent en centaines de morts et de blessés chaque jour. Mission après mission, il faut conquérir des positions. C'est mortel mais pas technique : se lancer à découvert, courir sous le feu ennemi, se jeter dans un autre trou. Recommencer.   « La dernière fois, explique Oleg sans dater cette mission, on est partis à vingt gars. » Il marque une pause. Son expérience militaire ne peut rien contre l'émotion qui serre sa gorge. « Quand je suis arrivé à la position, on n'était plus que neuf. Puis on a dû se replier, c'était trop compliqué. Nos chefs nous ont renvoyés, tous les neuf. Et cette fois, on était six à l'arrivée. »  Onze jours sans renfortsLes survivants de ce « hachoir à viande » (ainsi que l'a nommé avec cruauté le chef de la milice russe Wagner, Evgueni Prigojine) peuvent rester des jours et des nuits sur leurs positions, en attendant les renforts qui les aideront à sécuriser la zone et partir conquérir quelques mètres carrés de plus. « Vous pouvez rester là avec seulement une demi-tasse de thé à boire en deux jours. » C'est le scénario optimiste : « Au moins, vous avez pu avaler quelque chose de chaud. » Une fois, Oleg a attendu onze jours d'affilée, cerné par la mort et la boue.   Les blessés aussi peuvent attendre longtemps avant qu'une évacuation puisse se mettre en place. Ainsi de cet engagé, touché à la mâchoire par des éclats d'obus, qui ont aussi transpercé le col de son gilet pare-balles. « Il a été blessé à 11 heures du matin et il est resté allongé à côté de nous jusqu'à 18 heures. »   C'est ainsi que la guerre avance, mètre après mètre. C'est ainsi que la menaient les poilus de 1917. Sueur glacée sur l'échine, le sang, la terre qui plombe les bottes. Les experts comparent Bakhmout à Verdun. Le paysage rappelle celui de la Meuse. La neige recouvre comme un pelage la terre retournée des champs. Les bois sont remplis de canons et de munitions. Dans ce secteur, l'artillerie mugit constamment.  Liouda, sa petite amie, cache sa peurLe front se rappelle à Oleg et le miroir de ses pupilles renvoie la pure horreur. Liouda, sa petite amie, attrape sa main et la serre doucement pour le ramener ici et maintenant à la table en Formica de cette chambre de Kramatorsk. Ils échangent un regard rempli de tendresse, elle retient ses larmes de toutes ses forces. « Pour les civils aussi, c'est dur », glisse-t-elle, et profitant d'un instant d'absence de son amoureux : « Je ne lui dis pas à quel point je souffre. » Il revient, elle lui présente un sourire de réconfort.   Leur couple n'est pas plus vieux que la guerre. Il y a un an, les deux collègues de travail, employés dans une usine de pain, débutaient leur idylle après s'être longtemps tournés autour. Chacun a des enfants d'une précédente union. La fille d'Oleg a soufflé ses 4 bougies récemment.   Liouda regrette aujourd'hui le temps perdu. Chaque seconde est un trésor, depuis la guerre. Sous son pull à col roulé, elle porte en pendentif la première plaque militaire d'Oleg, gravée lors de son service militaire, en 2005, en Crimée. C'est la première fois en un an qu'elle l'ôte de son coeur, pour nous la montrer brièvement. Les larmes coulent toutes seules; quand Liouda murmure, Oleg lui fait répéter.   Ses tympans ont subi un traumatisme important, quand un calibre 120 mm a sifflé à 40 cm de lui, dans la tranchée, il y a dix jours. Elle s'est écrasée si fort que son casque « a volé dans les airs ». Il a fallu courir, transporter les blessés vers l'arrière. Oleg titubait sur la terre, il n'y voyait plus très clair, la tête retournée par l'effet blast, mais il portait quand même un camarade plus amoché que lui. Il lui fallait s'arrêter tous les 30 m, « pour vomir ».  Deux chargeurs et une grenade sur le gilet« C'est difficile de voir un ami mourir, ou blessé, sans bras. Tu voudrais le sauver, mais il est dans un tel état que tu ne sais pas où mettre le tourniquet. » Le mot désigne ces garrots de premier secours que l'on pose en cas d'hémorragie, et qui permettent de gagner du temps avant des soins plus approfondis. Chaque soldat en porte un sur son gilet pare-balles, à gauche. À droite, Oleg a une grenade. Et, sur le torse, deux chargeurs « pour le pire des cas ». Si la mort est certaine, la consigne est de faire un maximum de victimes autour de soi avant de rendre l'âme.   Les portables, photos et talismans, si nombreux dans les bardas, restent à la base quand la 54 e brigade part en mission. Oleg a prévenu Liouda. Sans nouvelles de sa part pendant plus de sept jours, elle devra le considérer comme mort. Dans son bataillon, « il n'y a pas de prisonnier ». </text>
	

	<text titre="La Douma durcit la loi punissant les critiques contre la guerre" date="2023 03 04T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="3" jour="4" journal_clean="Le Monde" keywords="critiques, loi" langue="fr"> Les députés russes ont adopté en deuxième lecture, jeudi 2 mars, une loi punissant encore plus sévèrement les critiquesde la guerre en Ukraine. La « discréditation » de l’armée pourra désormais être punie d’une peine maximale de quinze ans de prison – peine jusque-là réservée à la « diffusion de fausses informations » sur la conduite de l’« opération militaire spéciale ». Surtout, le champ d’application de la loi est élargi : sont visées non seulement les critiques contre l’armée, mais aussi celles contre « tous les participants à l’“opération spéciale” », y compris les « volontaires ». Ce dernier terme désigne en premier lieu les combattants de la milice privée Groupe Wagner, notamment ceux recrutés en prison. Un tel texte de loi était réclamé parle fondateur de la milice, l’homme d’affaires Evgueni Prigojine. </text>
	

	<text titre="Comment la bataille de Bakhmout a tourné en faveur des Russes" date="2023 03 05T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="3" jour="5" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="zelensky, président, ville, bakhmout, ukrainienne" langue="fr"> Combien de temps la résistance ukrainienne tiendra-t-elle bon ? Le président Zelensky avait juré de défendre Bakhmout « aussi longtemps que possible ». Mais dans cette ville, à l'est de l'Ukraine, les limites semblent avoir été atteintes. Depuis l'été, chaque camp s'y épuise. De l'acharnement, disent certains, au regard de la faible importance stratégique de la cité industrielle, qui comptait 70 000 habitants avant l'invasion. Épicentre des combats depuis des mois, Bakhmout serait surtout devenu symbolique.   « Les unités de Wagner ont pratiquement encerclé Bakhmout, il ne reste plus qu'une seule route » pour en sortir, a souligné vendredi le patron de Wagner, Evgueni Prigojine. En tenue de combat et s'exprimant alors qu'une forte explosion se fait entendre au loin, il a appelé Volodymyr Zelensky à donner l'ordre aux troupes ukrainiennes de se retirer. « Si avant nous faisions face à une armée ukrainienne professionnelle, nous voyons de plus en plus de personnes âgées et d'enfants. Ils se battent, mais leur vie ici est courte, un jour ou deux, affirme-t-il. Donnez-leur une chance de quitter la ville. »
Deux ponts clés détruitsLa vidéo montre ensuite trois personnes demandant au président ukrainien de leur permettre de partir. Dans sa dernière mise à jour du renseignement, le ministère britannique de la Défense confirme les difficultés des troupes ukrainiennes. Kiev a beau « renforcer la zone avec des unités d'élite », les forces russes progressent. « La défense ukrainienne de la ville de Bakhmout dans le Donbass est soumise à une pression de plus en plus sévère, avec des combats intenses dans et autour de la ville », selon le ministère britannique de la Défense.   Les mercenaires de Wagner et les troupes russes régulières ont fait une percée significative dans la banlieue nord de la ville, encore tenue par les Ukrainiens mais désormais vulnérable. « Au cours des trente-six dernières heures, deux ponts clés ont été détruits, dont un vital, reliant la ville à la dernière voie d'approvisionnement de Bakhmout à Tchassiv Yar », 15 km à l'ouest. « Les itinéraires de réapprovisionnement tenus par les Ukrainiens hors de la ville sont de plus en plus limités », alerte encore la Grande-Bretagne. Des soldats au front ont fait état d'un manque d'hommes, de munitions et de soutien de l'artillerie. Mardi, le commandement militaire ukrainien avait admis une situation « extrêmement tendue ». Le même jour, Volodymyr Zelensky avait constaté une augmentation de « l'intensité des combats » autour de la ville, où 4 500 habitants ont choisi de rester, malgré le danger.   Le lendemain, le porte-parole du commandement oriental de l'armée ukrainienne, Serguiï Tcherevaty, a démenti le retrait de ses troupes. Depuis, silence radio. Vendredi, l'état-major ukrainien est resté muet sur la situation à Bakhmout. Il a simplement déclaré que l'armée avait repoussé 85 attaques russes sur l'ensemble du front ces dernières 24 heures. </text>
	

	<text titre="« Les sanctions s'enchaînent, mais les Russes gagnent en confiance »" date="2023 03 07T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23913" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="3" jour="7" journal_clean="Les Echos" keywords="Russes_gagnent_en_confiance, russe, gagnent_en_confiance, sanctions, confiance, réaction, gagnent, russes, enchaînent, ukraine" langue="fr"> Pourquoi le gouvernement russe a-t-il accueilli sans grand enthousiasme le plan chinois pour l'Ukraine ?Ce n'est pas un plan. C'est un ensemble de principes. La réaction russe n'a certes pas été très enthousiaste. Mais elle a été plus positive que celle des Occidentaux. La Chine essaie de rester équilibrée et, dans son document, tout le monde peut trouver ce qui lui plaît et déplaît. Mauvaise nouvelle pour les Russes : l'insistance chinoise sur le respect de la souveraineté de l'Ukraine et sur l'intégrité territoriale. Bonne nouvelle pour les Russes : l'appel à un cessez-le-feu sans conditions. Pékin critique aussi les sanctions des Occidentaux et leur armement de l'Ukraine qui nourrit l'escalade. En réalité, la Chine montre de plus en plus de signes d'impatience face à ce conflit. Tout dépendra désormais du voyage de Xi Jinping à Moscou, attendu au printemps.
Xi Jinping pourrait-il accepter de livrer des armes à la Russie en échange de transferts des technologies nucléaires russes dont la Chine a besoin pour développer ses infrastructures ?Difficile à dire pour le moment. Au-delà du commerce, les deux pays cherchent à développer leur intégration technologique, dans le nucléaire mais aussi dans l'aéronautique. Par ailleurs, la Russie a-t-elle vraiment besoin des armes chinoises ? Sa propre industrie militaire produit déjà beaucoup d'armes nécessaires à son armée sur le front ukrainien. Et Pékin continue de rester très prudent, voulant éviter de s'exposer aux sanctions occidentales secondaires en cas de soutien à son allié russe.  Les élites russes ont ironisé sur le récent dixième paquet de sanctions européennes. S'habituent-elles ?Elles devraient craindreces sanctions. Mais c'est un fait que cela devient une routine. Il y aura sans doute un onzième puis un douzième paquet de mesures. La réaction de Moscou est d'autant plus apaisée quel'économie russe s'est préparée et se révèle très résiliente, loin des scénarios d'effondrement envisagés au printemps 2022. Les sanctions s'enchaînent, mais les Russes gagnent en confiance. La défense du Kremlin et des élites est de dire que l'Ouest cherche en fait des prétextes pour détruire l'économie russe mais qu'il n'y arrivera pas. Moscou est prêt à vivre longtemps sous ces sanctions qui, une fois mises en place, seront difficiles à lever. C'est simplement une nouvelle réalité dans laquelle nous devons durablement vivre.  La suspension de la participation russe au traité New Start avec les Américains sur le désarmement nucléaire annonce-t-elle une nouvelle course à l'armement ?J'espère que Moscou et Washington retourneront à la table des négociations. S'il n'y a plus de lignes de communication, cela devient dangereux. C'est la porte ouverte à une escalade au-delà même de l'Ukraine. Et cela sera coûteux : sans limites dans le cadre d'un accord de contrôle, chacun devra financer une nouvelle course aux technologies des têtes nucléaires… Vladimir Poutine a annoncé cette suspension, seule vraie annonce dans son discours à la nation le mois dernier, car la situation devenait trop surréaliste : d'un côté, les Américains veulent appliquer le traité sur le contrôle des installations nucléaires ; mais, d'un autre côté, ils sont soupçonnés par l'intelligence russe de donner des informations aux Ukrainiens leur permettant de cibler les bases des bombardiers stratégiques russes.  Les diplomates à Moscou envisagent-ils la possibilité d'une défaite militaire russe en Ukraine ?Je ne pense pas. Cela ne rentre pas dans la rhétorique du Kremlin. Ne pas garantir des gains territoriaux n'est pas une option. La définition minimale de la victoire est le maintien de ce qui a déjà été acquis, les quatre régions rattachées à la Russie après les référendums de septembre dernier, afin d'assurer la sécurité des populations du Donbass et de Crimée. L'objectif est d'assurer un contrôle territorial jusqu'à la péninsule afin d'éviter, par exemple, une nouvelle attaque ukrainienne sur le pont de Crimée. Mais, bien sûr, l'ambition maximale reste un changement politique à la tête de l'Ukraine.   La poussée des radicaux pourrait-elle permettre à la milice Wagner et à son chef Evgueni Prigojine de jouer un rôle diplomatique croissant, en Ukraine mais aussi en Afrique ?  Evgueni Prigojine est à la fois radical, avec des déclarations dures, et réaliste, rappelant que la victoire en Ukraine prendra au moins un an supplémentaire. Wagner est un groupe privé oeuvrant parallèlement à l'armée russe mais cela ne signifie pas qu'il s'oppose à la diplomatie officielle. Il y a certes eu des incidents, lorsque ses représentants n'ont pas suffisamment consulté les officiels. Mais c'est un fait que Evgueni Prigojine a un accès direct au Kremlin. Avec un objectif commun : le forum Afrique-Russie qui, prévu en juillet à Saint-Pétersbourg, a pris une importance accrue dans le contexte du conflit en Ukraine. Moscou cherche de nouveaux alliés et de nouvelles possibilités.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="Ukraine : l'étau se resserre autour de la ville emblématique de Bakhmout" date="2023 03 07T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23913" auteur="yves bourdillon" annee="2023" mois="3" jour="7" journal_clean="Les Echos" keywords="ville, russe, emblématique, mois, bakhmout, région, ukrainienne, donbass, ukraine" langue="fr"> La chute de la ville ukrainienne de Bakhmout serait une question d'heures… depuis un mois. Mais cette fois-ci, l'étau russe semble vraiment se resserrer autour de cette ville du Donbass, région orientale de l'Ukraine. Trois des quatre routes d'approvisionnement des troupes ukrainiennes sont coupées depuis fin février et la dernière est sous le feu russe depuis peu.
Le groupe de mercenaires russes Wagner en première ligne de ce siège de huit mois, le quatrième plus long depuis 1945 (après Sarajevo, Leningrad et Homs), affirmait d'ailleurs vendredi que « les pinces[étaient] en train de se refermer » sur cette ville devenue emblématique. L'acharnement des combats dans des paysages devenus lunaires sous les obus, où les fantassins se font face à quelques dizaines de mètres depuis des tranchées, évoque Verdun en 1916.   La ville, 75.000 habitants avant-guerre, a été pratiquement rasée et les forces russes lancent depuis des semaines des vagues d'assaut sans aucune considération pour la survie de leurs fantassins qui permettent de progresser d'une centaine de mètres par jour. Il a été visuellement établi que Wagner avait pris pied dans la partie orientale de Bakhmout.   L'armée ukrainienne y perdrait plusieurs centaines de combattants chaque jour. Pourtant, la présidence ukrainienne a démenti toute intention d'abandonner sa forteresse, indiquant au contraire, lundi, qu'elle comptait y « renforcer » ses positions en accord avec les commandants en chef des forces armées. Les combattants ukrainiens sur le terrain reconnaissent que la situation est de plus en plus difficile, quoiqu'encore « sous contrôle ».  Un enjeu politiqueBakhmout présente pourtant peu d'intérêt stratégique, même si sa prise ouvrirait à l'armée russe la route vers des points importants du Donbass, notamment les villes de Sloviansk où sont toutefois déjà en place des lignes défensives. Mais sa conquête représenterait la première victoire russe depuis celle de Severodonetsk, à une soixantaine de kilomètres au nord, fin juin.   Bakhmout revêt donc surtout une importance politique pour Moscou, où on peut s'attendre à un gros battage médiatique à sa chute, mais donc aussi pour Kiev en tant que symbole de résistance. Ce qui explique que l'armée ukrainienne ait pris le risque d'y voir détruit ou encerclé un nombre non négligeable de bataillons.   Dimanche, l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), un groupe d'experts américains, a estimé que les forces ukrainiennes étaient « vraisemblablement en train d'effectuer une retraite tactique d'ampleur limitée » à Bakhmout. L'ISW, dont les analyses sont robustes quoique parfois un peu optimistes pour Kiev, a estimé que la défense de Bakhmout restait « stratégiquement sensée », car elle « continue d'épuiser les effectifs et les équipements russes » dans des combats urbains où les défenseurs sont traditionnellement avantagés.   L'ISW s'attend à une retraite progressive des forces ukrainiennes afin de gagner du temps pour préparer une contre-offensive sur d'autres fronts. Kiev attend notamment des chars d'assaut polonais et allemands pour le mois d'avril. Washington a annoncé lundi un nouveau paquet d'aide militaire, de 400 millions de dollars ; exclusivement des munitions dont l'armée ukrainienne consomme une quantité spectaculaire, entre 2.000 et 6.000 obus par jour. L'équivalent d'un huitième du stock total d'obus de l'armée britannique.  Moscou attaque sur plusieurs axesLa bataille de Bakhmout est aussi l'objet d'une rivalité entre l'armée régulière russe et le groupe Wagner. Le patron de ce dernier, Evgueni Prigojine, s'est encore plaint, dimanche, d'être insuffisamment alimenté en munitions. Ce puissant entrepreneur que l'on dit tour à tour protégé par Vladimir Poutine ou en disgrâce avait accusé de trahison, mi-février, le chef d'état-major Valeri Guerassimov, et le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou. « Si Wagner se retire maintenant de Bakhmout, c'est le front tout entier qui s'effondrera, jusqu'aux frontières de la Russie, peut-être même plus loin », a-t-il affirmé dimanche.   Ajoutant à la complexité de la situation, Evgueni Prigojine est allié avec Ramzan Kadyrov, l'influent chef de combattants tchétchènes, ainsi qu'avec, semble-t-il, Sergueï Sourovikine, chef des opérations en Ukraine rétrogradé en janvier au rang d'adjoint opérationnel de Valeri Guerassimov.   Moscou affirme progresser par ailleurs sur cinq axes dans le Donbass, région de l'est de l'Ukraine qu'elle a annexée en septembre dernier - opération reconnue par la seule Corée du Nord. La protection des populations majoritairement russophones du Donbass, contrôlé aux deux tiers par l'armée russe, est désormais le principal objectif politique affiché par le Kremlin après avoir été successivement, depuis le début de l'invasion, le retrait des troupes occidentales de l'Otan sur leurs positions de 1999, la démilitarisation et la dénazification du régime ukrainien et la reconnaissance de l'annexion de la Crimée et des régions de Zaporijjia et de Kherson en sus de celle du Donbass.   Yves Bourdillon </text>
	

	<text titre="La guerre jusqu'à l'absurde" date="2023 03 08T00:00:00" journal="La Croix, no. 42563" auteur="jérôme chapuis" annee="2023" mois="3" jour="8" journal_clean="La Croix" keywords="ville, bakhmout, absurde, guerre" langue="fr"> Bakhmout n'est plus qu'un champ de ruines. Cette ville moyenne - 70 000 habitants avant la guerre - au coeur du Donbass est détruite à plus de 80 %. Les autorités ukrainiennes se refusent à admettre publiquement leur défaite. En début de semaine, le président Volodymyr Zelensky a annoncé l'envoi de renfort. Mais les témoignages recueillis par La Croix auprès des soldats à proximité de la zone (notre édition d'hier)laissent peu de place au doute quant à l'issue des combats : la localité est presque totalement encerclée. Impossibles à estimer avec précision, les pertes semblent considérables de part et d'autre.   Les circonstances de la guerre ont placé la ville au centre d'un bras de fer absurde. La plupart des observateurs considèrent que la bataille n'est pas de nature à modifier profondément le cours de la guerre. L'enjeu est avant tout psychologique. Moscou compte sur cette victoire pour effacer l'humiliation de Kherson, reprise cet automne par l'armée ukrainienne. Pour les Russes, cette prise serait la démonstration qu'ils n'ont pas complètement perdu pied. L'autre aspect de cette tragédie tient aux luttes entre les clans qui gravitent autour de Vladimir Poutine. Les mercenaires de la milice Wagner sont en première ligne à Bakhmout. Leur patron, Evgueni Prigojine, tout à sa rivalité avec l'état-major et le ministre russe de la défense, entend y faire la démonstration de son utilité. Quitte à employer des moyens démesurés. C'est ainsi que le nom de Bakhmout vient aujourd'hui s'ajouter à la longue liste des batailles dont le bilan humain est d'autant plus affligeant qu'il est sans rapport avec leur intérêt stratégique. </text>
	

	<text titre="Pourquoi Bakhmout est si stratégique" date="2023 03 09T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="3" jour="9" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="stratégique, objectif, ville, bakhmout, conflit, symbolique, uniquement" langue="fr"> Félix D'Orso   Une ville « à l'importance stratégique limitée » ou encore un objectif « uniquement symbolique » pour Moscou. C'est par ces mots qu'experts du conflit et journalistes décrivent la ville de Bakhmout, épicentre des combats dans l'est de l'Ukraine, depuis cet hiver. Pourtant, les dernières déclarations des états-majors et l'acharnement des deux camps pour le contrôle de la ville viennent contredire ces affirmations. Et si Bakhmout n'était, finalement, pas si dénué d'intérêt stratégique ?   Déclenchée dès l'été dernier, la bataille de Bakhmout n'a connu un intérêt médiatique qu'en novembre, après le retrait dans ce secteur des troupes régulières russes au profit des hommes de la milice Wagner. Depuis, le chef de ce groupe de mercenaires, Evgueni Prigojine, a fait de la capture de la ville son objectif principal. Les combats se sont intensifiés ces derniers jours, les Russes ayant quasiment achevé l'encerclement de la localité, ne laissant plus qu'une voie de repli - vers l'ouest - aux défenseurs ukrainiens terrés dans la ville.
Dans le centre-ville, les Russes progressent aussi, Wagner revendiquant ce mercredi la conquête de la partie orientale de la ville. « Nous ne pouvons pas exclure que Bakhmout tombe finalement dans les prochains jours », a déclaré dans la foulée le patron de l'Otan, Jens Stoltenberg.  L'état-major de Kiev ne cédera rienFace à la menace d'un encerclement et donc de la capture de nombreux valeureux soldats, Kiev a, contre toute attente, décidé lundi de renforcer ses positions à Bakhmout. « J'ai eu une réunion avec le chef d'état-major hier et les commandants militaires en chef [...] et ils ont tous dit que nous devions rester forts à Bakhmout », a confirmé Zelensky dans un entretien à CNN diffusé ce mercredi.   Pour le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française à l'ONU, les raisons de ce pari risqué sont doubles : d'abord, la résistance ukrainienne provoque « une attrition » et « un abcès de fixation » des forces russes. Autrement dit, les soldats de Wagner s'épuisent à Bakhmout. « Même si Kiev perd des soldats de valeur tous les jours, l'Otan estime que pour chaque défenseur ukrainien tué, cinq soldats de Wagner sont mis hors de combat », rappelle Xavier Tytelman, qui analyse le conflit sur sa chaîne YouTube.   Deuxièmement, les Russes sont « fixés » à Bakhmout, ce qui laisse à Zelensky et ses généraux les mains libres pour préparer une contre-offensive. « Nous devons faire tout ce que nous pouvons pendant que nous recevons des armes, des fournitures et que notre armée se prépare à la contre-offensive », a confirmé ce dernier sur CNN.   Pour le général Trinquand, cette contre-attaque pourrait intervenir au printemps ou au début de l'été, quand les sols seront « plus secs », les armes occidentales « acheminées en Ukraine » et les soldats de Kiev « formés à leur utilisation ». « Je suis convaincu que l'Ukraine conduira une contre-offensive en avril-mai », abonde Xavier Tytelman.  Donetsk, une question de fiertéPour le Kremlin ou Evgueni Prigojine, la conquête de la ville ne serait pas uniquement symbolique mais ouvrirait la voie des villes de Sloviansk et Kramatorsk, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de là. Bakhmout « est un noeud important [des lignes] de défense des soldats ukrainiens dans le Donbass », a déclaré, mardi le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, après une de ses rares visites du front : « Sa prise permettra de mener de nouvelles opérations offensives en profondeur. »   Car, derrière l'offensive de Bakhmout, l'objectif principal de la Russie reste la conquête de la totalité de la région de Donetsk, l'une des quatre annexées par Poutine en septembre 2022. Si celle de Louhansk est presque entièrement aux mains de Moscou, le Kremlin ne contrôle qu'un tiers des régions de Kherson et Zaporijjia et un peu plus de la moitié de celle de Donetsk. Une humiliation pour Poutine, qui avait juré que ces territoires faisaient désormais partie de la Russie « pour toujours ».   Mais le général Trinquand est sceptique : « L'usure de l'armée russe conduit à penser qu'ils ne pourraient pas s'engager très profondément derrière. Comme lorsque, en juin, après la prise de Sieverodonetsk, ils n'avaient pas exploité leur avantage faute de moyens. » </text>
	

	<text titre="Kiev s'accroche à la ville de Bakhmout" date="2023 03 09T00:00:00" journal="La Croix, no. 42564" auteur="pierre sautreuil" annee="2023" mois="3" jour="9" journal_clean="La Croix" keywords="ville, bakhmout, question, russes, groupe, kiev, troupes, ukraine" langue="fr"> L'Ukraine peut-elle encore tenir Bakhmout ? La question est plus vive que jamais, à l'heure où les troupes russes et leurs supplétifs du groupe Wagner disent contrôler la partie orientale de la ville, et menacent les forces ukrainiennes d'encerclement. Or, si certains observateurs prédisent un retrait ukrainien imminent, les prises de parole officielles venant de Kiev continuent de marteler l'objectif de tenir cette «?ville forteresse?» du Donbass.   Le président ukrainien Volodymyr Zelensky récuse depuis le début de la semaine les allégations selon lesquelles les troupes ukrainiennes s'apprêteraient à quitter cette ville où leur maintien serait de plus en plus coûteux en vies humaines. Lundi 6 mars, la présidence a annoncé de nouveaux renforts et tenu à faire taire les rumeurs laissant entendre que le haut commandement militaire de l'armée ukrainienne serait favorable à un retrait.
Le lendemain, mardi 7 mars, le chef de l'État enfonçait le clou en déclarant à la chaîne américaine CNN que la chute de Bakhmout ouvrirait la voie vers Sloviansk et Kramatorsk, villes clés pour le dispositif ukrainien dans le Donbass. Un constat que semble partager le ministre russe de la défense Sergueï Choïgou, selon qui Bakhmout est « un noeud important » pour les lignes de défenses ukrainiennes dans le Donbass, dont la prise permettra de mener « de nouvelles opérations offensives en profondeur ».   Mais est-ce vraiment le cas ? L'opinion publique ukrainienne s'interroge sur l'opportunité de continuer à perdre un nombre important de soldats dans la défense d'une ville qui, selon plusieurs analystes militaires, n'aurait pas une valeur stratégique décisive. Le groupe de réflexion américain Institute for the Study of War estime ainsi plus probable que l'offensive russe perdra en intensité une fois Bakhmout prise, faute de pouvoir en tirer des gains opérationnels plus larges.   Les prochains objectifs russes dans le Donbass - l'agglomération Sloviansk-Kramatorsk d'une part, et Kostiantynivka d'autre part - sont situés sur des axes routiers qui ne permettraient pas un soutien mutuel des forces. D'autant que ces forces, en particulier mécanisées, manqueraient côté russe pour enfoncer les lignes de défense ukrainiennes « probablement lourdement fortifiées » sur ces trajectoires.   Après des mois de bataille, la prise de Bakhmout, une ville de taille comparable à celle de Beauvais avant la guerre, semble pourtant être devenue un objectif en soi pour l'armée russe et pour le groupe Wagner, tous deux en mal de succès à présenter sur le champ de bataille. En dépit d'une montée en puissance des assauts russes dans le Donbass en janvier et février, ces deux derniers mois ont vu Moscou n'engranger que des gains territoriaux dérisoires, au prix de lourdes pertes humaines et matérielles, comme à Vouhledar, petite localité à une centaine de kilomètres au sud de Bakhmout, où la Russie aurait perdu une centaine de blindés. Bakhmout serait aussi un «?trophée?» politique pour Evgueni Prigojine, le chef de Wagner, dans sa rivalité avec Sergueï Choïgou.   Alors Bakhmout, ville symbolique ou ville stratégique ? La question n'est peut-être pas la bonne. Pour un ensemble de raisons militaires et politiques, cette cité du Donbass est d'abord l'endroit où la Russie et l'Ukraine ont choisi de se livrer bataille. Un point de fixation où l'enjeu, pour Kiev, est aussi territorial qu'humain et matériel?: profiter de l'entêtement russe pour détruire au maximum la capacité offensive de l'adversaire, tout en préservant ses forces pour une future contre-offensive. Un choix payant si le ratio de pertes reste avantageux, mais dont l'opportunité se dégrade quand le coût en vies humaines augmente - ce qui semble être le cas désormais. Interrogé par le Kyiv Independent, l'expert américain Michael Kofman a eu cette formule pour décrire la situation actuelle?: « L'Ukraine a besoin de beaucoup plus de Vouhledar, et de beaucoup moins de Bakhmout. » </text>
	

	<text titre="Antoine Arjakovsky La double erreur de Macron sur l’Ukraine" date="2023 03 10T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="antoine arjakovsky" annee="2023" mois="3" jour="10" journal_clean="Le Monde" keywords="république, président, emmanuel, l’ukraine, macron, l’égard, double" langue="fr"> Il est rare d’entendre un président de la République se repentir publiquement. A Munich, à l’occasion de la conférence de sécurité, Emmanuel Macron a reconnu qu’il avait péché par naïveté à l’égard du président russe. Il a admis avoir été berné par Vladimir Poutine, qui lui a fait croire que les milices Wagner n’avaient rien à voir avec l’Etat russe. Mais cette confession était-elle bien sincère ?   Il faut dire que les officiels russes ne respectent plus les faux-semblants. Evgueni Prigojine, patron du groupe Wagner, a avoué lui-même sa totale dépendance à l’égard du Kremlin, y compris lorsqu’il interféra dans les élections américaines. Le président de la République n’a plus d’autre choix que de désigner l’Etat russe comme une « puissance de déséquilibre et de désordre partout dans le monde ». Il reconnaît même que la milice Wagner est le « truchement néomafieux » d’une Russie « néocoloniale ».
On est loin du 19 août 2019, lorsque le président de la République accueillait Vladimir Poutine au fort de Brégançon et rêvait avec lui d’une « Europe de Lisbonne à Vladivostok ». Deux semaines plus tard, le président français annonçait aux ambassadeurs une réinitialisation des relations avec la Russie, contre l’avis même des experts. Emmanuel Macron refusait, en effet, l’expertise au nom d’une « diplomatie à rénover ».   La diplomatie française s’exécuta donc et, pendant deux ans, voulut croire en la possibilité de mettre en œuvre les accords de Minsk signés en septembre 2014 et février 2015. Jusqu’en janvier 2022, Emmanuel Macron crut vraiment possible d’organiser, comme le souhaitaient les Russes, des élections dans le Donbass sous contrôle des « séparatistes ». Alors que les Ukrainiens expliquaient depuis des années que lesdits « séparatistes » n’étaient que les antennes du Kremlin et que de telles élections ne pourraient être qu’un leurre.  La bonne questionCette contradiction fondamentale des accords de Minsk, dans lesquels les Russes étaient à la fois juges et parties, était dénoncée avec acharnement par les experts du sujet, réunis en octobre 2019 au sein de la Commission vérité, justice et réconciliation entre la Russie et l’Ukraine. Ils ont publié à ce sujet une tribune dans Ouest-France, le 22 octobre 2019.   Mais rien n’y fit. La position de l’Elysée et celle du gouvernement français, au-delà même de la position personnelle du chef de l’Etat, revenaient à considérer que la diplomatie consistait à maintenir les rapports de force au nom des bienfaits de la stabilité de l’ordre international. Le problème est que le monde est par nature instable et que seul l’ordre éthique peut l’emporter sur l’ordre de la terreur. Comme l’a montré l’histoire du XXe siècle, le droit international, arrimé fortement aux principes éthiques qui le fondent, est en mesure de procurer de la stabilité et de protéger par là les intérêts stratégiques des démocraties.   Le chef de l’Etat français s’est donc rendu à Kiev, en juin 2022, pour afficher sa solidarité avec l’Ukraine et pour lui reconnaître son statut de pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne. Il défendit même, devant l’Assemblée des Nations unies, le 20 septembre 2022, le droit de limiter « le recours au droit de veto[des cinq membres permanents du Conseil de sécurité] en cas de crimes de masse ».   La prise de conscience du président Macron de vouloir accompagner l’Ukraine « jusqu’à la victoire », et donc « jusqu’à la défaite de la Russie », est par conséquent salutaire. Mais est-elle pour autant profonde ? François Heisbourg [conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique]a posé à Munich la bonne question au président de la République à la fin de son intervention : « Une paix durable est-elle possible avec la Russie si celle-ci n’a pas fait le deuil de son empire ? » C’est alors que la position naturelle de l’Etat français est revenue au galop. Le président Macron a dévoilé le fond de sa pensée : « La Russie n’a pas digéré la fin de son empire… Je suis sceptique quant à sa capacité à ressusciter son empire. Mais je ne crois pas une seule seconde à la théorie d’un changement de régime… Qui est le leader ? Qui peut mettre en œuvre ce changement de régime ? Nous avons déjà défendu des changements de régime dans de nombreux pays et cela a toujours mené à des échecs… » La stratégie de la France se résume donc à cette courte conclusion du président : « Il faut forcer la Russie à se mettre à la table des négociations aux conditions de l’Ukraine. »Le président commet ici une double erreur, dont les conséquences pourraient être dramatiques. En effet, on ne peut plus ignorer la réalité de l’opposition démocratique russe. Alexeï Navalny a beau être en prison, il est soutenu par des dizaines de millions de Russes. Ses représentants à l’étranger, Leonid Volkov ou Maria Pevchikh, disposent d’une popularité phénoménale. Ajoutons que l’opposition russe dispose désormais d’une plate-forme réunissant des figures éminentes, comme Gary Kasparov ou Mikhaïl Khodorkovski, et proposant un programme audacieux de transition démocratique, incluant la reconnaissance de l’Ukraine dans ses frontières de 1991.   Par ailleurs, peut-on imaginer que les Alliés aient pu envisager l’avenir des relations internationales avec l’Allemagne nazie ? Le président français voudrait pourtant parler avec le responsable de l’agression de l’Ukraine, en s’appuyant sur une définition éculée de la souveraineté des nations. Mais le gouvernement russe actuel n’acceptera jamais de renoncer à sa vision impériale du monde. De plus, les Ukrainiens ont déjà reçu le soutien de la communauté internationale sur leur plan de paix juste qui ne prévoit aucune négociation avec la Russie, mais seulement un retour aux règles du droit international.   La grandeur de la vision des Alliés fut de miser sur Konrad Adenauer et sur l’avènement d’une république fédérale allemande démocratique. On mit en place assez tôt un plan Marshall à destination de toutes les nations prêtes à s’engager en faveur d’un régime démocratique. De même, aujourd’hui, la démocratie russe est possible, dès lors qu’on cesse de la regarder avec les yeux de Machiavel. </text>
	

	<text titre="Le village Potemkine poutinien se lézarde" date="2023 03 10T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24432" auteur="mandeville, laure" annee="2023" mois="3" jour="10" journal_clean="Le Figaro" keywords="village, potemkine, militaire, poutinien" langue="fr"> Les observateurs militaires ont raison de regarder de près les remarquables rebondissements de la situation militaire à Bakhmout. Car après avoir bataillé pour chaque mètre carré, et sacrifié aveuglément des milliers d'hommes, les Russes se retrouvent menacés d'un revers symbolique si retentissant qu'il pourrait marquer le début d'une vraie débandade, ou au moins d'une série de revers. Il est peut-être encore trop tôt pour confirmer la dynamique, mais l'encerclement en cours de la milice privée Wagner de Evgueni Prigojine par une manoeuvre surprise des Ukrainiens qui avaient fait mine de se retirer, est à méditer. Il montre à quel point les Ukrainiens ont appris à manier avec brio l'art du leurre et de la manoeuvre asymétrique. L'encerclement de Wagner pourrait marquer la fin de la « gloriole » sanglante du groupe militaire privé qui se vantait de démontrer sa supériorité sur l'armée russe régulière, mais criait à la pénurie de munitions. « Si nous tombons, alors c'est tout le front qui s'effondrera en vagues » ,menaçait l'ancien cuisinier de Poutine il y a quatre jours, hors de lui. Le fait que le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, n'ait pas volé à son secours en dit long sur les règlements de comptes entre clans, note un militaire ukrainien à la retraite sur YouTube. Ces batailles de dogues russes qui se jouent désormais sous la lumière des réseaux sociaux gagnent en ampleur, sans que Poutine semble réussir à les juguler, remarque la russologue Françoise Thom sur Atlantico, y voyant un signe de « déliquescence ». Le village Potemkine de « l'ordre poutinien » se lézarde, révélant le chaos que cache l'autocratie.
Alors que Poutine vient de signer un décret qui permet d'écarter les actionnaires des entreprises qui refuseraient de contribuer à la défense « jusqu'à la fin de la loi martiale » (celle-ci n'est pourtant pas en vigueur !), des questions se posent aussi sur la capacité de la Russie à approvisionner le front dans la durée. La fameuse grande offensive russe n'est toujours pas venue et les problèmes de munitions semblent devenir aigus. Dans une vidéo, le colonel Girkin, ancien colonel du renseignement militaire russe (GRU), à la manoeuvre dans le Donbass en 2014, a dressé un tableau alarmiste de la capacité industrielle de défense russe, citant le patron d'une entreprise saint-pétersbourgeoise clef, qui doute de la possibilité de créer des lignes de production dans l'urgence. Il rappelle qu'en 1941, les usines qui avaient fourni les armes se préparaient « dès 1935 », cassant le mythe d'une répétition du scénario de la grande guerre, si cher à Poutine. « Rien de tel » ,a-t-il lancé, pariant que l'industrie américaine serait beaucoup plus apte à accélérer la production au profit des Ukrainiens. Dans ce contexte où se mêlent répression et signaux de faiblesse, un observateur note aussi le revers cinglant que représente pour le Kremlin l'échec du pouvoir géorgien prorusse à imposer une loi sur « les agents de l'étranger » , face à la pression populaire à Tbilissi. « La Russie voulait russifier la politique géorgienne, mais ne va-t-on pas voir une ukrainisation des dynamiques régionales ? » ,s'interroge-t-il. D'autres lézardes pourraient se dessiner au FSB, affirme Vladimir Soloveï, analyste censé avoir l'oreille des hautes sphères des services. Ses interviews sur YouTube peignent le tableau d'un Poutine incapable de sortir du piège où il s'est enferré et susceptible d'être lâché bientôt par son ex-maison. Soloveï affirme qu'en l'absence de progrès, des réalistes au sein du FSB - « seule organisation capable de prendre l'initiative »sans risquer le couperet répressif, chercheront à stopper la guerre en sacrifiant Poutine, pour convaincre les Européens de revenir au statu quo ante afin de sauver leur pouvoir, excluant néanmoins tout mea culpa. Un scénario que redoute Daniil Beilinson, cofondateur de l'agence OVD-Info qui se bat contre les persécutions politiques, persuadé qu' « il s'agirait d'une paix illusoire, laissant intacte la menace de la Russie sur le monde ».Pour cet activiste exilé en France, en prise directe avec ceux qui résistent en Russie, les Européens doivent développer une pensée plus audacieuse et stratégique en misant, non seulement sur l'aide militaire à l'Ukraine, mais sur le renforcement de la société civile russe. À cet égard, Beilinson expose ce vendredi dans Le Figaro comment la présence de centaines de milliers de Russes exilés en Europe offre l'occasion rêvée de préparer l'avenir. « Il ne faut pas enterrer la société russe » , dit-il. Aussi malade soit-elle. - </text>
	

	<text titre="BAKHMOUT Pour les Russes, une prise partielle au prix d'une boucherie" date="2023 03 11T00:00:00" journal="Libération" auteur="par alexandre horn" annee="2023" mois="3" jour="11" journal_clean="Libération" keywords="face, wagner, prise, vidéo, russes, prix, evgueny" langue="fr"> Aux premières heures de la journée de mercredi, le pa- tron de Wagner, Evgueny Prigojine, diffuse une vidéo dans la- quelle il est filmé face au monu- ment soviétique (le classique char de la Seconde Guerre mondiale ju- ché sur un piédestal) qui trône sur la rive orientale de Bakhmout. De- puis quelques heures, ses hommes, supplétifs des forces russes, reven- diquent avoir conquis «tout ce qui est à l'est de la rivière Bakhmoutka» dans cette bataille qui dure depuis plus de sept mois dans l'est de l'Ukraine, entre Kramatorsk et le Donbass occupé. Une guerre de tranchée pour une ville réduite à l'état de gravats et de terre retournée, où Moscou a con- centré une partie de son offensive
BIÉLORUSSIE   Kyiv POLOGNE   MOLD.   ROUMANIE 200 hivernale. Le ré- sultat est une lente et mince avancée, soit un recul des forces ukrainiennes dans cette zone. Mais der- rière les discours victorieux et le gain symbolique brandi par Prigo- jine, on aperçoit les contours d'une victoire à la Pyrrhus. Les forces de Vladimir Poutine n'ont eu de cesse de perdre du territoire depuis la phase initiale de l'invasion il y a un an, se retirant d'abord de   Kyiv face à l'échec de la prise éclair de la capitale, puis face à la contre-offensive ukrainienne sur différents fronts pendant l'été. Mais depuis le début de l'hiver, les forces russes ont lancé plusieurs offensives, sans succès flagrant, comme à Vuhledar ou à Kreminna. L'attention se foca- lise sur Bakhmout, attaquée depuis la fin de l'été. Et la prise totale de la ville par Moscou semble de plus en plus inéluctable.   RUSSIE   DONBASS Bakhmout   BILANS HUMAINS FANTASMAGORIQUES Mais à quel prix ? L'évaluation des pertes subies par la Russie ou par l'Ukraine est difficile au milieu du brouillard de guerre, où l'informa- tion circule difficilement et la pro- pagande bat son plein à propos d'un sujet extrêmement sensi- ble. Depuis le début du conflit, chaque camp brandit, à grands coups de graphiques, des bilans humains et des tableaux de chasse plus ou moins fantasmagoriques, der- rières lesquels il reste dif- ficile d'estimer les ordres de grandeurs réels. Plusieurs chiffres ont néanmoins été diffusés par différents médias inter- nationaux, pointant le coût humain astronomique de l'avancée pour les forces russes. La chaîne améri- caine CNN explique notamment   UKRAINE   Mer d'Azov   CRIMÉE   Mer Noire km que «l'Otan estime que la Russie a perdu cinq fois plus de soldats à Bakhmout que l'Ukraine», citant anonymement un «responsable militaire» de l'organisation transatlantique. Ou encore le Guardian, qui évoque entre «20 000 et 30 000 pertes», tués et blessés, pour le camp russe, là aussi selon une source militaire qui garde l'anonymat, en précisant que les pertes ukrainiennes étaient «nettement inférieures», sans pour autant avancer de chiffre.   Ce bilan humain, et le fait qu'il soit aussi défavorable à Moscou, s'explique par la façon dont Wagner mène cet assaut. La stratégie de la compagnie militaire privée du Kremlin, complètement hors des tactiques conventionnelles, consiste à envoyer des soldats faiblement entraînés (principalement des hommes recrutés dans les prisons russes) par vagues successives, comme le rapportait parmi d'autres le Wall Street Journal le 5 mars. Ce qu'Evgueny   Prigojine lui-même avait concédé sans ambages, et dans son style caractéristique: mi-février il reconnaissait que «le hachoir à viande» était «en action» à Bakhmout, à propos des lourdes pertes subies par Wagner.   SACRIFIER DES TROUPES PEU FORMÉES La «motivation» pour les belligérants russes à ces assauts, où les chances de survie sont proches de zéro, se trouve dans l'interdiction de se rendre -sous peine d'être exécuté plus tard- ou même de se replier. Cette tactique est coûteuse en vies humaines, transformées en chair à canon. Pour autant, le calcul de Wagner est de sacrifier des troupes peu formées utilisées comme des consommables et remplaçables d'un point de vue militaire. Ce qui n'est pas le cas des troupes ukrainiennes qui leur font face. Le journaliste du Wall Street Journal à Bakhmout, Yaroslav Trofimov, résumait sur Twitter : «Le problème est que la Russie réduit sa population carcérale tandis que l'Ukraine perd ses meilleurs éléments.» Cette guerre d'usure n'était néanmoins pas forcément un désavantage pour l'Ukraine jusqu'à main- tenant, comme l'explique le spé- cialiste de la doctrine militaire russe Vincent Tourret, doctorant à l'Université du Québec à Montréal : «On arrive de plus en plus à la conclusion que l'attrition est très défavorable aux Russes. La tension est forte pour les Ukrainiens, parce que s'ils ont moins de pertes, elles sont proportionnellement plus dures à supporter, mais ils semblent réussir à engranger des réserves [ne pas déployer l'intégralité de leurs forces et à en préserver certaines, ndlr]: la situation semble dure pour Kyiv, mais supportable.» En toile de fond, plus qu'un risque de percée russe, c'est surtout les capacités ukrainiennes à réaliser une contre-offensive au printemps qui pourraient se retrouver amoindries par l'usure générée à Bakhmout. Comme l'expliquait sur Twitter le chercheur et analyste militaire américain Rob Lee, lui aussi passé à Bakhmout récemment, «le ratio des pertes s'est aggravé pour l'Ukraine une fois qu'elle a perdu le contrôle des flancs de Bakhmout. Les conditions sont moins favorables à la défense de Bakhmout qu'à Vuhledar ou ailleurs et Kyiv a besoin d'autant de forces que possible pour son offensive». Une analyse également soulevée par différents officiels ukrainiens.   JOUER LA CARTE DU CATASTROPHISME Une question reste néanmoins omniprésente : pourquoi une telle focalisation sur cette ville ? Dans sa vidéo filmée devant le monument de Bakhmout, Prigojine assène qu'après la capture de la ville, «nous allons avoir accès à de l'espace opérationnel. Et pour l'instant, le monde n'a pas encore rencontré l'armée russe bien entraînée avec ses unités bien formées qui ne sont pas encore entrées en combat». Des affirmations qui sont à prendre avec des pincettes, bien qu'elles ne soient pas entièrement invalidées par une récente réponse du chef de l'armée de terre ukrainienne, Oleksandr Syrsky: «La déclaration de Prigojine confirme encore une fois qu'après la capture de Bakhmout par les troupes de Wagner, l'ennemi aura les mains libres et pourra lancer une offensive de grande échelle en utilisant son armée [régulière] et des unités parachutistes [ ]. Cela prouve encore une fois le rôle très important de Bakhmout.» Le président, Volodymyr Zelensky, interrogé sur CNN mardi, soulignait le risque pour les défenses ukrainiennes si la ville tombait. Il n'est toutefois pas exclu que le camp ukrainien joue la carte du catastrophisme militaire pour des raisons politiques et géopolitiques comme il a déjà pu le faire durant d'autres phases du conflit, certains analystes et chercheurs remettant en cause les affirmations les plus pessimistes.   Vincent Tourret estime que cette bataille n'est pas forcément le tournant de la guerre que certains veulent y voir: «L'attention portée à Bakhmout s'explique parce qu'on a une bataille qui dure depuis plus de sept mois, avec des dizaines de milliers de pertes, une montée en épingle symbolique des deux camps, et surtout le risque d'une &quot;victoire&quot; russe.» Le chercheur met l'accent sur d'autres offensives russes en cours, revêtant un intérêt stratégique au moins aussi important. «L'offensive sur Kreminna [au nord de Bakhmout] est largement ignorée, rappelle-t-il. Et on a tendance à oublier l'offensive de Vuhledar, menée par les forces régulières [du Kremlin], qui n'est pas brillante pour les Russes, alors qu'elle est doublement importante pour eux: il s'agit de mieux sécuriser [l'axe] Melitopol-Marioupol ainsi que le lien terrestre avec la Crimée, de réduire le saillant avec Donetsk, et potentiellement, même si je ne pense pas qu'ils y croient eux-mêmes, de réussir à percer à revers du Donbass.» ? </text>
	

	<text titre="Comment les oligarques russes déjouent les sanctions" date="2023 03 13T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="gilles sengès @gillesengest" annee="2023" mois="3" jour="13" journal_clean="L'Opinion" keywords="sanctions, oligarques, russie" langue="fr"> « Les sanctions occidentales contre la Russie ne sont pas satisfaisantes, elles sont détournées. Il ne faut pas seulement geler les actifs étrangers de la banque centrale et des oligarques mais les confisquer. » A l'instar d'Olena Halushka, membre du centre d'action anticorruption (AntAc) qui participait vendredi à un séminaire sur l'Ukraine organisé par l'Institut français des relations internationales (Ifri), nombre de responsables à Kiev s'inquiètent de la capacité continue de Moscou à financer sa guerre et de la timidité des alliés occidentaux à prendre des décisions plus radicales.   « Les pays qui défendent l'Etat de droit ne peuvent pas s'asseoir sur les processus juridiques. Toutes les options sont sur la table mais il y a un débat autour de la condamnation juridictionnelle de la Russie », a tenté d'arguer Pierre Heilbronn, récemment nommé envoyé spécial du président de la République pour l'aide et la reconstruction de l'Ukraine.
L'affaire est effectivement compliquée. Preuve en est une récente décision du Tribunal de l'Union européenne qui a retiré, la semaine dernière, de la liste des sanctions la mère d'Evgueni Prigojine, propriétaire de la société de mercenaires russe Wagner, qui s'illustre actuellement par ses atrocités dans la guerre en Ukraine.   « Fortune offshore ». Les magistrats ont considéré que le lien de parenté n'était « pas suffisant pour justifier son inscription sur les listes litigieuses ». Qu'importe que Violetta Prigojina (83 ans) ait été, jusqu'en 2017, « propriétaire de Concord Management and Consulting LLC, qui appartient au groupe Concord » fondé par son fils et que toute la famille de l'oligarque figurait dans le tour de table de ses sociétés, que cela soit sa « mère de paille » mais aussi son « épouse de paille » et son « fils de paille »...   «Le Tribunal de l'UE, qui a pris par le passé une décision inverse à l'égard d'un homme d'affaires syrien lié au régime de Bachar al-Assad, fait une appréciation totalement juridique de la situation. Il estime que le Conseil de l'UE (qui n'avait pas accès au registre du commerce russe) n'a pas apporté les preuves nécessaires concernant Mme Prigojina », relève Richard Milchior, avocat associé au cabinet Heral, expert en droit européen. « S'il n'y a pas de pourvoi, cela voudra dire que la mère du fondateur du groupe Wagner pourra redevenir propriétaire de sociétés appartenant à son fils », ajoute-t-il.   Le recours à des prête-noms semble chose courante pour le maître du Kremlin et ses amis oligarques. La justice suisse a commencé à s'intéresser à l'argent du violoncelliste et chef d'orchestre russe Sergueï Roldouguine, décrit comme le « gardien de la fortune offshore du président Poutine », dont une partie a transité dans le pays. Dans son livre Le règne de glace, l'homme d'affaires anglo-américain Bill Browder, l'ennemi numéro du président russe depuis le décès suspect de son avocat Sergueï Magnitski, chiffre à plus de deux milliards de dollars les sommes passées par les sociétés du musicien! Gilles Sengès @Gillesengest </text>
	

	<text titre="Wagner vise les alliés africains de la France" date="2023 03 15T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="pascal airault" annee="2023" mois="3" jour="15" journal_clean="L'Opinion" keywords="russe, wagner, paramilitaire, vaste, alliés, france, affaires, désinformation, groupe, publiques, afrique, spécialistes" langue="fr"> Le groupe paramilitaire russe emploie de nombreux spécialistes des affaires publiques dans le cadre d'une vaste opération de désinformation lancée contre l'Occident et ses alliés en Afrique. Plusieurs pays sont dans le collimateur : Niger, Côte d'Ivoire, Tchad et Sénégal.
Page 7   Les révélations du collectif « All Eyes on Wagner » ont montré que le groupe paramilitaire russe employait de nombreux spécialistes des affaires publiques en Russie.   Après le Mali et le Burkina, le Niger est devenu la nouvelle cible des attaques du groupe Wagner. Ces dernières semaines, les agents du groupe paramilitaire russe d'Evgueni Prigojine ont mis en oeuvre une vaste campagne de désinformation dans le but de déstabiliser Mohamed Bazoum. Cela a commencé en février, avec notamment une publication Facebook annonçant le déclenchement d'un coup d'Etat au moment où le président nigérien se trouvait en France. La manipulation avait l'apparence du « vrai », les réseaux sociaux relayant des vidéos de l'AFP et de France 24 relatives à des putschs ultérieurs. Ces vidéos ont même trompé un ex-diplomate français qui a les a repartagé sur son fil d'actualité.   D'autres fake news ont dernièrement mentionné la complicité entre soldats français et djihadistes, le départ des forces françaises du pays, des mouvements de sédition au sein de l'armée nigérienne. La France et le Niger prennent les choses très au sérieux et coordonnent leurs actions. Leurs outils d'analyse ont montré que les attaques provenaient de comptes enregistrés au Mali et au Burkina Faso, où l'influence de Wagner bat son plein.   Les moyens privilégiés sont Facebook et Tik- Tok et le repartage se fait généralement sur WhatsApp, la plateforme courante pour les échanges de textes, vidéos et photos. Ces campagnes sont pilotées depuis le siège de Wagner à Saint-Pétersbourg où une équipe de spécialistes des affaires politiques officient dans différentes langues. Le groupe paramilitaire s'appuie aussi sur le bureau d'information et de communication (BIC) à Bangui, qualifié de « rotule informationnelle » pour mener ses campagnes en Afrique. « La force de ce dispositif est de disposer de relais médiatiques en Afrique, notamment sur des sites comme Afrique média, et au sein de militants se prétendant panafricanistes, comme le franco-béninois Kémi Seba et la suisso-camerounaise Nathalie Yamb », confie un analyste européen.   Les services occidentaux s'attendent à la multiplication des attaques dans les prochains mois contre les pouvoirs en place au Sénégal, au Tchad et en Côte d'Ivoire, d'autres alliés majeurs de la France sur le continent. En Côte d'Ivoire, la diffusion d'un dessin animé antifrançais, où l'on voit apparaître à la fin de la projection les initiales du pays, a créé un électrochoc chez les autorités à Abidjan. Le président Alassane Ouattara est souvent la cible des activistes pro-russes.   Ripostes structurées. Dans le viseur de Wagner, il y aurait également le président Macky Sall, probable candidat à un troisième mandat au Sénégal. Les services s'attendent à une multiplication des attaques à l'approche de la présidentielle de février 2024. « Le but de ces manoeuvres est de provoquer le départ des troupes françaises et de renverser les pouvoirs en place pour permettre l'arrivée d'opposants plus perméables à l'influence russe », poursuit l'analyste européen.   Ces derniers mois, les structures de Wagner ont montré leur grande capacité à inonder le champ informationnel en utilisant le pouvoir déformant des réseaux sociaux, ce qui rend plus difficile toute vérification des informations. En réalité, ces campagnes touchent une portion minime de la population mais donnent l'impression d'un effet de masse. « Ils ont une capacité à démultiplier les faits, donnant l'impression qu'un pays entier se soulève, ajoute l'analyste. Ils ont aussi créé des liens avec des opposants et représentants de la société civile au Niger, au Sénégal, en Côte d'Ivoire. » Pour contrer ces attaques, les Etats-Unis et la France ont lancé des ripostes assez structurées. Ils détournent certaines campagnes, attaquent systématiquement les activistes pour décrédibiliser leur parole. La nouveauté est surtout la prise de conscience des pouvoirs en place qui développent leurs propres structures de contreinfluence. Les services spécialisés et la gendarmerie y tiennent une place importante dans des pays comme le Sénégal ou la Côte d'Ivoire. « Il est difficile de reconquérir le public déjà conquis par ces campagnes mais les ripostes systématiques permettent d'éviter le basculement des indécis », conclut un agent de lutte contre-informationnelle. @P_Airaultt </text>
	

	<text titre="L’Ukraine salue la décision de la CPI, la Russie la juge négligeable" date="2023 03 20T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="service international" annee="2023" mois="3" jour="20" journal_clean="Le Monde" keywords="international, délivré, cpi, mandat, pénale, vendredi, d’arrêt, russie, cour, décision" langue="fr"> Une décision historique qui conduira à une reconnaissance historique des responsabilités » : Volodymyr Zelensky a salué, vendredi 17 mars, le mandat d’arrêt international délivré par la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre du président russe, Vladimir Poutine, accusé d’être responsable de la déportation de milliers d’enfants ukrainiens. « Il aurait été impossible de mettre en œuvre une telle opération criminelle sans l’aval de l’homme qui se trouve à la tête de l’Etat terroriste », a ajouté le président ukrainien. D’après lui, pas moins de 16 000 enfants seraient concernés par ces transferts forcés.  « Nous ne sommes pas encore pleinement conscients des conséquences de la décision de la CPI. C’est une mesure forte, courageuse et juste pour notre pays et ses enfants. Au niveau international, le statut de Poutine et de son entourage est clairement défini : un criminel international qui enlève des enfants et commet un génocide à leur encontre », déclare au MondeOksana Filipishyna, cheffe adjointe du département analytique du groupe ukrainien d’Helsinki pour les droits de l’homme : « C’est vrai que la Cour pénale internationale n’emploie pas le mot “génocide”. Mais je suis convaincue que c’en est bien un. Au fur et à mesure que l’enquête se poursuit, ce crime de Poutine sera prouvé » , assure cette ex-représentante de l’ombudsman ukrainien aux droits de l’homme pour le respect des droits de l’enfant et de la famille (2012-2022).
En Russie, la nouvelle a suscité une émotion importante, même si les officiels s’attachaient surtout, vendredi soir, à souligner son caractère insignifiant. La porte-parole du ministère des affaires étrangères, Maria Zakharova, rappelait que « les décisions de la Cour pénale internationale n’ont aucune signification pour notre pays, y compris d’un point de vue juridique », Moscou n’étant pas un Etat partie au statut de Rome.  « Inacceptable »« Les décisions de ce tribunal sont nulles et non avenues », réagissait de la même manière le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, jugeant l’idée même d’une arrestation de Vladimir Poutine « scandaleuse et inacceptable ». Le patron du comité d’enquête, organe judiciaire, réclamait même des « vérifications » sur les auteurs de cette décision.   De manière plus imagée, l’ex-président Dmitri Medvedev a évoqué le mandat d’arrêt en des termes plus triviaux. « La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine. Pas besoin d’expliquer où ce papier doit être utilisé », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux, terminant son message par une émoticône de rouleau de papier toilette.   A l’inverse, les opposants au Kremlin savouraient une petite victoire. Les références à la CPI et l’espoir d’y voir un jour traduit M. Poutine sont anciennes de ce côté du spectre politique, remontant à bien avant le début de la guerre en Ukraine. Certains se laissaient même aller à imaginer, sur le ton de la blague, le patron du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, tirant le président de sa cellule pour lui proposer d’aller combattre en Ukraine.   Il reste que le mandat d’arrêt de La Haye risque aussi de servir le discours du Kremlin faisant de la Russie une forteresse assiégée et son président l’objet d’un complot occidental visant à le renverser. Le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, s’exprimait en ce sens, vendredi soir : « Ils[Washington et Bruxelles] n’ont pas réussi à briser les citoyens de la Fédération de Russie ou à détruire son économie. Ils comprennent que tant qu’il y a Poutine, il y a la Russie, et donc ils se mettent à l’attaquer. »« Un signal très fort »Pour le président américain, Joe Biden, ce mandat d’arrêt est, au contraire, « justifié » et envoie « un signal très fort », même si la CPI n’est pas reconnue non plus par Washington. Les autorités américaines n’ont « aucun doute sur le fait que la Russie commet des crimes de guerre et des atrocités en Ukraine, et nous avons été claires pour dire que les responsables devront rendre des comptes », avait réagi un peu plus tôt un porte-parole du département d’Etat.   Derrière ces accusations américaines se dessine un problème politique, juridique et militaire : les Etats-Unis n’ont pas ratifié le traité instituant la CPI, et ne collaborent pas avec elle. Certes, à son arrivée à la Maison Blanche, Joe Biden a levé les sanctions adoptées par son prédécesseur, Donald Trump, contre la Cour. Mais Washington demeure opposé aux investigations de la CPI concernant l’Afghanistan et le conflit israélo-palestinien, soit parce qu’elles pourraient déboucher sur la mise en cause de ses propres responsables militaires, soit parce qu’elles placeraient l’Etat hébreu en accusation.   Les Européens n’ont pas ces réserves. Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a salué « une décision importante », tandis que le Royaume-Uni s’est félicité de « cette mesure prise par la CPI indépendante pour obliger ceux qui sont au sommet du régime russe, y compris Vladimir Poutine, à rendre des comptes ». La décision de la CPI d’émettre un mandat d’arrêt contre le président russe, Vladimir Poutine, « fera date », a aussi estimé le Quai d’Orsay, où l’on se réjouit de voir la CPI se placer à la pointe des efforts de lutte contre l’impunité des crimes commis dans le contexte de l’invasion russe.  « Le mandat d’arrêt délivré par la CPI démontre qu’elle est capable de poursuivre les plus hauts dirigeants russes » , souligne une source française. Une façon de répondre aux autorités ukrainiennes, qui réclament, avec les pays d’Europe centrale, la création d’un tribunal spécial afin de juger les responsables russes accusés du crime d’agression, lequel ne figure pas dans les prérogatives de la CPI. </text>
	

	<text titre="En Russie, éviter une deuxième mobilisation" date="2023 03 21T00:00:00" journal="La Croix, no. 42574" auteur="pierre sautreuil" annee="2023" mois="3" jour="21" journal_clean="La Croix" keywords="vague, autorités, mobilisation, russes" langue="fr"> C'est une vague de « clarifications » qui intrigue, et qui inquiète. Ces dernières semaines, les autorités de plusieurs régions russes ont adressé à leurs résidents des convocations à se présenter à leurs commissariats militaires. Le but, assurent-elles, est d'actualiser les données à la disposition des administrations. Mais à l'heure où l'armée russe subit de lourdes pertes en Ukraine, ces appels font craindre que la Russie ne lance prochainement une deuxième vague de mobilisation. Le Kremlin nie, pour le moment, envisager un nouvel appel de réservistes sous les drapeaux, comme il l'avait déjà fait une première fois en convoquant près de 300 000 hommes à l'automne 2022. «C'est une pratique courante, affirme le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov, toutes les données doivent être mises à jour.»
L'intention est pour partie sincère. La première mobilisation décidée en septembre 2022 a mis au jour d'importants dysfonctionnements bureaucratiques, provoquant notamment l'envoi sous les drapeaux de nombreuses personnes qui auraient normalement dû être exemptées. Pour corriger cela, le gouvernement russe a entamé un effort de modernisation. Objectif : consolider d'ici à avril 2024 un registre numérique unifié permettant de faciliter l'appel des réservistes. Mais un dispositif qui s'avérera indéniablement utile en cas de nouvelle mobilisation.   Les autorités russes auraient cependant des réticences à reproduire cette première vague de mobilisation, qui avait poussé des centaines de milliers de Russes à fuir le pays. Plus probable, estiment certains observateurs du conflit, est le scénario d'une mobilisation diluée dans le temps. « Tout se fera de manière plus calme, estime une source à la Douma citée par le site d'information indépendant Viorstka, ils essaieront de recruter un maximum de personnes comme volontaires. »Plusieurs individus se présentant aux commissariats militaires pour des vérifications de données se sont ainsi vu proposer de s'engager comme volontaires, indique Viorstka. Créés à l'été 2022 pour appuyer l'armée russe, les bataillons de volontaires régionaux ont été l'occasion d'une compétition entre autorités locales, chacune y voyant l'occasion de démontrer son zèle en expédiant d'importants contingents. Mais en dépit de ce battage politique, « seuls » 20 000 volontaires se sont joints au combat, indiquait à la fin de l'année 2022 le ministère russe de la défense. Bien moins que les 300 000 mobilisés à l'automne.   Un autre important réservoir de troupes existe : les conscrits. Plusieurs centaines de milliers de jeunes Russes continuent en effet d'être appelés tous les six mois pour accomplir leur service militaire. S'ils ne peuvent légalement être déployés en zone de combat, ils ont la possibilité de signer un contrat pour servir dans l'armée, et peuvent dès lors être envoyés au front après quelques mois.  «Ce vivier est déjà exploité et peut l'être encore plus, note sur Twitter la sociologue Anna Colin Lebedev. Les contrats sont signés de plein gré, mais aussi sous une pression plus ou moins lourde. Ces contractuels-là sont une denrée précieuse : ils sont jeunes, plus ou moins formés au cours du service, sans charge de famille (...) Les recrutements de contractuels sont moins visibles que la mobilisation et ne font pas de vagues. L'armée sait aussi mieux gérer les contractuels que les mobilisés. La pression sur les conscrits pour signer un contrat devrait monter. » La Douma planche d'ailleurs sur un projet de loi afin de « retarder » la tranche d'âge de la conscription de 18-27 ans à 21-30 ans à partir de 2024. Une manière de « rattraper » quantité d'étudiants qui échappent pour l'heure à la conscription.   Reste le groupe Wagner. Le 18 mars, Evgueny Prigojine, le patron de cette cohorte de mercenaires, a annoncé qu'il espérait recruter 30 000 nouveaux soldats de fortune d'ici à la mi-mai 2023. Quelques jours plus tôt, il annonçait l'ouverture prochaine de centres de recrutement dans 42 villes de Russie. </text>
	

	<text titre="La Chine frappée en Centrafrique" date="2023 03 21T00:00:00" journal="La Croix, no. 42574" auteur="laurent larcher" annee="2023" mois="3" jour="21" journal_clean="La Croix" keywords="attaque, république, chine, centrafrique, minier" langue="fr"> Que sait-on de l'attaque ?   Le chantier minier de Chimbolo, situé à 25 km à l'est de Bambari, chef-lieu de la préfecture de la Ouaka (centre de la République centrafricaine), a été attaqué dimanche 19 mars, vers 5 heures. D'après des sources locales, les assaillants auraient visé à l'aide de roquettes les dortoirs du personnel chinois qui exploite cette mine. Neuf ont été tués, deux blessés. Aucun soldat de l'armée centrafricaine (les Faca) détachée pour assurer la sécurité de cette mine n'aurait été touché par les assaillants. Une enquête a été ouverte, lundi, sur le meurtre des neuf employés chinois dans l'attaque de ce site minier.
 Qui est derrière ?   Cette opération n'a pas été revendiquée. Mais dès le 19 mars, le premier ministre de République centrafricaine (RCA), Félix Moloua, a accusé la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC), principal groupe armé sévissant dans la région, d'être responsable de cette attaque sanglante. Créée en 2020, cette coalition est composée de six groupes parmi les plus violents du pays. Liée à François Bozizé, ennemi juré du président actuel, Faustin-Archange Touadéra, la CPC a tenté de le renverser en décembre 2020. Sans l'intervention militaire de la Russie, elle aurait réussi.   Or depuis le début de l'année, on observe une reprise des attaques attribuées à la CPC dans le centre et l'est du pays contre les forces armées centrafricaines et leurs alliés russes de Wagner. Le 15 février, la CPC a pris d'assaut le camp militaire de Sikikede, tuant une vingtaine de soldats, en capturant une vingtaine d'autres, et s'emparant d'armes et de munitions. Dans un communiqué publié le 19 mars, ce groupe armé réfute être derrière cette attaque, présentant ses condoléances à la Chine et accusant les Russes de Wagner d'en être les auteurs.   Le groupe Wagner peut-il être impliqué dans cette attaque ?   Depuis l'année dernière, le groupe Wagner, présent en Centrafrique depuis plusieurs années, monte des opérations coup de poing pour tenter de récupérer l'exploitation de mines dans le centre et l'est du pays. Des opérations ultraviolentes liées à ses efforts visant à financer et rentabiliser son engagement dans cette ancienne colonie française. « Wagner est de plus en plus aux abois en RCA », remarquait récemment un observateur. Même si le groupe dirigé par Evgueni Prigojine a obtenu des autorités de Bangui l'exploitation de zones diamantifères dans le nord-est du pays, et qu'il est suspecté d'avoir organisé un trafic d'or entre la ville centrafricaine de Bria et le Soudan, la rentabilité de son intervention en RCA ne serait toujours pas au rendez-vous. Et Wagner pourrait dès lors être contraint d'étendre son champ d'action à d'autres mines, dont certaines sont exploitées par des entreprises chinoises.   Comment a réagi la Chine ?   Pékin est furieux. Le président Xi Jinping a appelé à « sévèrement punir les meurtriers, conformément à la loi ». Le ministère chinois des Affaires étrangères a demandé à tous les citoyens chinois d' « évacuer au plus vite » les zones dangereuses du pays, dans les faits l'ensemble du territoire, à l'exception de la capitale Bangui.   Vis-à-vis du président Touadéra, Pékin est sur la même ligne que la Russie, bien que son rôle et son aide se fassent plus discrets. La Chine s'est positionnée contre l'embargo international qui pèse sur la fourniture d'armes en Centrafrique. Elle soutient le secteur sanitaire de ce pays, l'un des moins équipés et le plus pauvre au monde, et le fait savoir. Pékin met régulièrement en scène ses dons pour les hôpitaux, pour les victimes des inondations ou pour les enfants scolarisés. Présente dans le secteur minier, la Chine a signé un accord d'assistance économique gratuite de 10 milliards de francs CFA (15,267 millions d'euros), le 11 février 2022, en échange d'une plus grande liberté et sécurité dans l'exploitation du sous-sol centrafricain. </text>
	

	<text titre="L’empire du patron du Groupe Wagner mis à nu par des hackeurs" date="2023 03 22T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="emmanuel grynszpan" annee="2023" mois="3" jour="22" journal_clean="Le Monde" keywords="mercenaires, wagner, travaillent, groupe, informaticiens" langue="fr"> Il existe en Russie une corporation où travaillent main dans la main des mercenaires criminels de guerre, des juristes, des malfrats armés jusqu’aux dents, des informaticiens chevronnés, des politologues. Et ces derniers, au service d’Evgueni Prigojine, ancien repris de justice devenu « cuisinier de Poutine », puis général sans épaulettes de la guerre en Ukraine, à la tête du Groupe Wagner, se comptent par dizaines de milliers.   L’entreprise a été retournée comme un gant par Dossier Center, un groupe d’enquêteurs financés par l’homme d’affaires et dissident russe Mikhaïl Khodorkovski. Le 18 mars a ainsi été publiée « La cyberarmée de Prigojine », une étude basée sur plus d’un million de documents internes captés par un groupe de pirates informatiques anonymes. Des informations copiées, selon toute vraisemblance, depuis les serveurs des structures d’Evgueni Prigojine au début de l’automne 2022.
Ses principales activités ont été touchées : les documents proviennent de la fabrique de trolls de Saint-Pétersbourg, l’Internet Research Agency, mais aussi de Concord Group, la structure mère, ainsi que du Groupe Wagner et d’une galaxie de 400 sociétés, réelles ou fictives, appartenant au multimillionnaire. Vue de l’intérieur, la structure commerciale dévoile une société quasi étatique russe, mais aussi une entreprise criminelle unique en son genre.   Principale conclusion à laquelle sont parvenus les enquêteurs : toutes ses activités sont « organiquement liées ».Les employés qui travaillent dans un recoin de l’empire peuvent ainsi être réaffectés très rapidement dans un autre secteur.  « Les combattants blessés de Wagner se rétablissent au centre de loisirs de [la ville de] Guelendjik, les fonctionnaires du ministère de la défense reçoivent des cartes de réduction pour l’épicerie de luxe Elisseïevsky, les trolls deLakhta[un quartier de Saint-Pétersbourg]  déménagent dans des bâtiments construits par la société de BTP de Prigojine et y font la promotion à l’international du Groupe Wagner. Aujourd’hui, des avocats et des financiers examinent des contrats de concession à Saint-Pétersbourg, et demain à Antananarivo ou à Bangui » , résume l’enquête. Cette structure polymorphe et dynamique complique la mise en place de sanctions internationales.   L’étude du personnel et des salaires des spécialistes en informatique montre qu’ils sont employés par différentes sociétés et ballottés d’un projet à l’autre : celui qui, hier, s’occupait des commandes de meubles pour l’appartement de la fille de Prigojine achète aussi les billets d’avion pour Téhéran ou le Portugal de Violetta, la mère de Prigojine. Des achats réalisés par l’intermédiaire d’une agence de voyages nommée – détail croustillant – Zelenski Corporate Travel Solutions, basée à Moscou. Le lendemain, la même personne organisera les processus de filtration d’un camp de prisonniers ou calculera le nombre de planches nécessaires pour fabriquer les milliers de cercueils destinés aux mercenaires tués en Ukraine. En moyenne, ces informaticiens gagnent environ 110 000 roubles par mois, soit 1 327 euros.  Chaînes Telegram payéesParticulièrement sur ses gardes, l’homme d’affaires fait subir à tous les candidats de son groupe tentaculaire un interrogatoire obligatoire de deux heures effectué à l’aide d’un détecteur de mensonges. « Il s’agit d’éliminer tous les candidats ayant un faible pour l’opposition, tous ceux pouvant avoir des contacts avec les médias et les forces de l’ordre, les toxicomanes et les personnes endettées »,révèle l’enquête .Bien entendu, des questions visent à déterminer l’opinion du candidat sur la guerre en Ukraine. En revanche, le filtrage ne tend pas à éliminer les néonazis, qui semblent pulluler au sein du groupe. Les mots de passe des groupes de travail décryptés par les enquêteurs contiennent très souvent le chiffre 1488, un code de reconnaissance utilisé par les néonazis et suprémacistes blancs.   Autre paradoxe : le rapport souligne un « étrange déséquilibre » entre la sécurité maximale, la culture du secret dans l’entreprise d’un côté, et, de l’autre, « une indifférence totale envers la sécurité numérique des données : les employés ne reçoivent aucune formation ni d’instructions concernant le cryptage, qui est inexistant ».   D’anciens employés estiment que l’usine à trolls compte actuellement environ 400 personnes, dont plus de 30 s’occupent uniquement de rédiger des commentaires sur les sites Web des médias, et une trentaine d’autres sur YouTube.   Le groupe paie des chaînes Telegram très suivies pour faire passer ses messages sous d’autres signatures, et va jusqu’à commander des articles payés à des quotidiens réputés comme Kommersant. Ce dernier, selon Dossier Center, aurait perçu 750 000 roubles (9 000 euros) pour une publication remontant à l’hiver 2021. On apprend aussi dans l’enquête que Daria Douguina, fille de l’idéologue ultranationaliste Alexandre Douguine, travaillait pour Evgueni Prigojine avant d’être tuée dans un attentat à la bombe en août 2022.   Sans un commentaire sur ces révélations, Evgueni Prigojine a préféré fanfaronner, lundi 20 mars, sur son intention de recruter 30 000 nouveaux combattants pour l’Ukraine d’ici mi-mai. </text>
	

	<text titre="Evan Gershkovich reporter américain arrêté en Russie" date="2023 03 31T00:00:00" journal="Libération" auteur="veronika dorman" annee="2023" mois="3" jour="31" journal_clean="Libération" keywords="américain, arrêté, reporter, locaux, evan, ekaterinbourg, gershkovich" langue="fr"> Evan Gershkovich, parti en reportage à Ekaterinbourg, dans l'Oural, avait arrêté de répondre au téléphone mercredi en milieu de journée. A peu près dans ces eaux-là, les réseaux sociaux locaux ont relayé l'interpellation d'un homme non identifié dans le centre-ville. Jeudi matin, les autorités russes ont confirmé l'interpellation du correspondant du Wall Street Journal et citoyen américain. Selon le FSB (les services de sécurité russes), Evan Gershkovich, «agissant à la demande des Etats-Unis, a recueilli des informations constituant un secret d'Etat sur les activités d'une entreprise du complexe militaro-industriel russe». Le journaliste a été arrêté «alors qu'il tentait d'obtenir des informations classifiées», précise le FSB. Des poursuites ont été engagées pour espionnage, en vertu de l'article 276 du code pénal. L'accusation est gravissime et la peine peut aller jusqu'à vingt ans de réclusion ferme.
En réalité, le reporter américain, qui vit à Moscou depuis six ans et travaille avec une accréditation officielle du ministère des Affaires étrangères, était en train de boucler une enquête sur la perception des mercenaires de Wagner et de leur patron, Evgueni Prigojine, par la société russe. C'est en tout cas ce qu'assure l'une de ses sources, le spécialiste en communication Yaroslav Chirchikov, interviewé il y a une quinzaine de jours par Evan Gershkovich à Ekaterinbourg, à deux pas de l'endroit où le journaliste a été arrêté. Selon les journalistes occidentaux à Moscou, cités par le média indépendant Meduza, Gershkovich se serait également rendu récemment à Nijni Taguil, où se trouve l'usine d'armement Uralvagonzavod, au vu et au su des autorités locales, en recontrant des officiels et des élus locaux.   «Ce que faisait le collaborateur de la publication américaine Wall Street Journal à Ekaterinbourg n'avait aucun rapport avec le journalisme», a écrit sur Telegram la porteparole de la diplomatie russe, Maria Zakharova. Le reporter n'était «pas le premier Occidental célèbre à être pris la main dans le sac» et d'autres avaient déjà par le passé «utilisé le statut de &quot;correspondant étranger&quot; à des fins de couverture de leurs activités», a ajouté Maria Zakharova, sans citer d'exemples précis.   Des journalistes occidentaux se sont vu refuser des visas ces derniers mois, mais aucun n'a été détenu. Le porteparole du Kremlin a, de son côté, mis en garde Washington contre toute forme de représailles visant des journalistes russes aux Etats-Unis. «Le Wall Street Journal est profondément préoccupé par la sécurité» de son correspondant, a déclaré dans un communiqué la rédaction, qui «réfute avec véhémence les allégations du FSB et demande la libération immédiate d'Evan Gershkovich, un journaliste fiable et consciencieux». Selon le quotidien russe Kommersant, Evan Gershkovich doit être emmené à Moscou et mis à l'arrêt par le tribunal de Lefortovo. </text>
	

	<text titre="Au Sahel, «il devient compliqué, sinon impossible, de travailler»" date="2023 04 03T00:00:00" journal="Libération" auteur="arnaud vaulerin" annee="2023" mois="4" jour="3" journal_clean="Libération" keywords="impossible, travailler, compliqué, journaliste, devient" langue="fr"> Une petite éclaircie dans un paysage sombre. Si la libération du journaliste Olivier Dubois, le 20 mars, a été une excellente nouvelle pour ses proches et la profession, elle ne reflète guère l'état de la liberté de la presse dans toute l'Afrique sahélienne. L'expulsion samedi de notre correspondante au Burkina Faso, Agnès Faivre, et de sa consoeur du Monde, Sophie Douce, témoigne d'une dégradation continue et inquiétante de la situation des médias dans une région en proie à des coups d'Etat et à l'activisme de groupes jihadistes ou paramilitaires. Elle est intervenue cinq jours après la suspension de France 24 et quatre mois après celle de RFI.
Les autorités putschistes du Burkina Faso n'ont pas apprécié le contenu d'une enquête exclusive publiée par Libération le 27 mars. Après sa publication, elles ont évoqué des «manipulations [ ] à des fins politiques» et une volonté de «jeter le discrédit». Les deux journalistes françaises ont été convoquées pour un entretien à la direction de sûreté de l'Etat avant d'être expulsées.   Entraves. Les représailles du pouvoir sont hélas fréquentes et font partie du quotidien des correspondants de la presse internationale comme celui des journalistes locaux. Le Sahel risque de plus en plus de devenir une «zone de non-information» comme le craint le directeur du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), Sadibou Marong. Dans un rapport publié ce lundi, l'ONG de défense de la presse revisite une décennie noire. Ces dix dernières années qui ont vu l'émergence de groupes jihadistes armés et la multiplication des attaques terroristes, l'arrivée au pouvoir de juntes et le délitement de la situation sécuritaire.   Rien qu'«entre 2017 et 2022, plus de 1000 attaques terroristes ont été recensées au Mali, au Burkina Faso et au Niger, selon Sécurité Liptako-Gourma, une structure de veille et d'expertise», écrit RSF dans son enquête. Du Tchad au Bénin en passant par le Niger et le Mali, les journalistes ont vu leurs conditions de travail se détériorer très nettement.   Depuis novembre 2013 et la mort au Mali des reporters de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon, au moins sept journalistes ont été tués. Six sont portés disparus. Près de 120 ont été arrêtés ou sont encore détenus. Et les menaces de mort, les agressions, les entraves, le saccage de matériel et de locaux se comptent en dizaines. «Le recul de l'espace informationnel dans le Sahel est très important, note le responsable du bureau investigation chez RSF, Arnaud Froger. Même dans les capitales de ces pays, qui restaient les derniers bastions d'un journalisme indépendant, il devient extrêmement compliqué, sinon impossible, de travailler». Le Burkina Faso est l'un de ces pays où la situation s'est le plus nettement dégradée ces derniers mois. Et le phénomène est d'autant plus inquiétant que le pays était, il y a peu encore, bien placé dans le classement de la liberté de la presse. «La dégradation a été graduelle, raconte Agnès Faivre, la correspondante de Libé à Ouagadougou. On en a vu les prémices avec l'émergence de groupes pro-russes début 2022. Mais c'est surtout à partir du deuxième putsch dans le pays, le 30 septembre, et l'arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim   Traoré, que le musellement de la presse a pris de l'ampleur, avec des menaces et des appels au meurtre de reporters.» Après avoir qualifié de «décision illégale» la suspension de RFI en décembre, le journaliste et ex-président de la Commission électorale nationale indépendante Newton Ahmed Barry a été pris pour cible à plusieurs reprises.   «Chape de plomb». Le pouvoir ne se cache même plus pour menacer la presse ou toute voix critique et indépendante. «Ceux qui pensent qu'ils sont cachés [ ] et qui continuent d'informer et de communiquer pour l'ennemi, ils vont le payer», déclarait le 22 mars le chef de la junte et capitaine Ibrahim Traoré. «Le Burkina Faso est sur la même trajectoire que le Mali, la dynamique est identique, poursuit Arnaud Froger. Il va même plus loin : au Mali, on a poussé les journalistes vers la sortie. C'était devenu impossible de travailler, ils n'arrivaient plus à s'accréditer. Ils quittaient le pays. Au Burkina, on fait le ménage sans se masquer. On les expulse, en leur notifiant oralement leur départ.» Dans les deux pays, il est demandé de plus en plus souvent aux journalistes de défendre les intérêts nationalistes, sinon ceux de la junte. Ces injonctions patriotiques visent à épouser le récit des autorités en butte aux groupes jihadistes -comme le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim)- qui n'ont cessé d'étendre leur emprise depuis dix ans. «Il y a désormais des sujets qui ont totalement disparu des médias, reprend Agnès Faivre. Il n'y a plus rien sur les exactions contre les Peuls, sur les débâcles infligées aux forces militaires nationales. Il y a interdiction de faire le jeu de l'ennemi, de reprendre des éléments de communication du Jnim par exemple. Une chape de plomb s'est installée.» Peur des représailles, autocensure, sources terrifiées les journalistes doivent aussi composer avec les réseaux d'influence russes présents dans le sillage de Wagner. Dans une étude publiée en septembre par l'Irsem sur la Russie au Mali, les chercheurs Maxime Audinet et Emmanuel Dreyfus avaient mis «en lumière l'écosystème mis en place par les acteurs de la galaxie Prigojine, qui façonnent et alimentent un récit de justification de la présence russe tout en dénonçant ses détracteurs». Dans le rapport de RSF, Sophie Bernard du projet All Eyes on Wagner constate une «prolifération de groupes sur WhatsApp [ ] et des campagnes inauthentiques coordonnées en ligne qui servent à la promotion de la junte et de ses actions. Les narratifs récents que nous avons vu émerger sont les suivants : les groupes terroristes sont financés par l'armée française». Ces campagnes acharnées de propagande et de désinformation font la part belle à la thèse du complot et à l'amalgame. Sophie Douce, la journaliste du Monde expulsée en même temps qu'Agnès Faivre, a été accusée à tort par les autorités burkinabè d'avoir participé à l'enquête publiée par Libération. Idem pour Lamine Traoré, journaliste réputé d'Omega médias. Samedi, la direction du groupe de presse radio télé a opposé un «démenti formel». ARNAUD VAULERIN </text>
	

	<text titre="L'attentat de Saint-Pétersbourg souligne les rivalités entre ultranationalistes" date="2023 04 04T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23933" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="4" jour="4" journal_clean="Les Echos" keywords="vite, saint-pétersbourg, opposition, kremlin, attentat, ultranationalistes, autorités" langue="fr"> Moins de vingt-quatre heures après les faits, le Kremlin tient déjà les coupables. Alors que les récents meurtres de figures de l'opposition n'ont jamais été résolus, les autorités ont vite identifié les responsables présumés derrière l'attentat à la statuette piégée qui, dimanche dernier, a coûté la vie à Maxime Fomine, 40 ans.
Blogueur connu sous le pseudonyme Vladlen Tatarskiï (un demi-million d'abonnés sur sa chaîne Telegram), c'est l'un de ces « voenkor », pseudo correspondants de guerre omniprésents sur le front de la propagande « patriotique » depuis le début de « l'opération militaire spéciale » russe en Ukraine, selon la litote du Kremlin.   Réputé être sous la tutelle de Wagner, le groupe paramilitaire d'Evgueni Prigojine, ce chef mercenaire aux relations troubles avec le Kremlin, Vladlen Tatarskiï était dimanche soir la vedette d'une de ces causeries entre ultranationalistes dans un bar de Saint-Pétersbourg. Il venait d'envoyer un post célébrant la « guerre sainte contre l'antéchrist ». Une jeune femme lui aurait donné une statuette à son effigie. Quelques minutes plus tard, selon la version donnée par de nombreux médias russes, la bombe placée à l'intérieur a explosé, tuant Vladlen Tatarskiï et blessant plus de 30 personnes, dont plusieurs grièvement.   Prigojine prudent Sans surprise, comme pour l'attentat à la voiture piégée le 20 août dernier contre Daria Douguina, fille d'un théoricien ultranationaliste présenté comme le cerveau derrière l'offensive russe en Ukraine, les autorités accusent Kiev. « Bien sûr, il s'agit d'une attaque terroriste. Il existe des preuves que les services spéciaux ukrainiens pourraient être impliqués dans sa planification. Le régime de Kiev était derrière le meurtre de Douguina. C'est très probablement lui qui est derrière le meurtre de Fomine », a déclaré Dmitrï Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine.  « Je ne blâmerais pas le régime de Kiev. Je pense qu'un groupe de radicaux opère », a cependant prévenu… Evgueni Prigojine. Comme pour l'attentat contre Daria Douguina, Vladlen Tatarskiï pourrait en fait être la victime des luttes internes entre ultranationalistes.   Le chef de Wagner est bien placé pour le savoir. Lui qui, ouvertement, a multiplié les critiques contre l'armée russe après ses échecs en Ukraine, sert depuis des mois de relais à toute la sphère « patriotique » remontée contre les faiblesses du régime. En réaction, des groupes ultranationalistes ont ainsi pu envoyer un message à Evgueni Prigojine en tuant Vladlen Tatarskiï, son fidèle relais, qui n'hésitait pas à critiquer sur son blog le commandement de l'armée…   Mais les médias du Kremlin l'assurent : l'attaque a été planifiée par les Ukrainiens avec la participation d'« agents » d'Alexeï Navalny, le leader de l'opposition en prison depuis plus de deux ans. La police a vite arrêté Daria Trepova, 26 ans, militante de l'opposition selon le comité antiterroriste, soupçonnée d'avoir été recrutée par Kiev. « Il est très pratique pour eux de nous accuser. Ils ont besoin non seulement d'un ennemi absolu extérieur - l'Ukraine. Mais aussi d'un ennemi intérieur - l'équipe de Navalny », a ironisé Ivan Zhdanov, un proche de l'opposant, accusant les forces de sécurité russes de « s'empoisonner et s'entre-tuer ».   B. Q. </text>
	

	<text titre="Un blogueur russe ultranationaliste tué dans un attentat" date="2023 04 04T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="4" jour="4" journal_clean="Le Monde" keywords="russe, ultranationaliste, explosif, café, russie, blogueur, dimanche" langue="fr"> Moscou - correspondant - Le déclenchement d’un engin explosif dans un café de Saint-Pétersbourg, dimanche 2 avril, paraît ramener la Russie tout droit aux années 1990 et à ses sanglantes guerres de clans mafieux. Mais c’est un autre conflit, celui qui fait rage en Ukraine, qui sert de toile de fond à la puissantedéflagration survenue dans le Street Food Bar No 1, situé le long de la Neva, non loin du centre historique de la ville.   Propriété d’Evgueni Prigojine, patron du groupe de mercenaires Wagner, ce café avait l’habitude d’accueillir rencontres et discussions du groupe « patriotique » local Cyber Front Z. Dimanche soir, une centaine de personnes s’y étaient réunies pour écouter le blogueur ultranationaliste vedette Vladlen Tatarskiï.
Peu avant 19 heures, une explosion a soufflé l’intérieur de l’établissement, tuant M. Tatarskiï et blessant trente-deux autres personnes, selon le dernier bilan fourni lundi matin par les autorités. Une enquête pour meurtre a été ouverte et l’affaire a suscité une émotion importante, rappelant la mort dans l’explosion de sa voiture de Daria Douguina, idéologue ultranationaliste comme son père, Alexandre Douguine.   Le retentissement de l’événement tient aussi au mode opératoire présumé, particulièrement spectaculaire. Selon plusieurs témoins interrogés par les médias russes, l’engin explosif était dissimulé dans une statuette à l’effigie du blogueur, qu’une participante lui a offerte durant la soirée. En prenant le micro pour lui dire son admiration, celle-ci a été jusqu’à blaguer sur le fait que la sculpture de plâtre pouvait contenir une bombe, puis elle s’est assise quelques minutes à côté de Vladlen Tatarskiï. Les témoignages divergent quant au fait de savoir si elle a quitté les lieux avant l’explosion.  « Les journalistes russes ressentent constamment la menace de représailles du régime de Kiev, a commenté la porte-parole du ministère des affaires étrangères, Maria Zakharova. C’est grâce aux correspondants de guerre russes que le monde voit les vraies images des opérations et découvre ce qu’il se passe en Ukraine. »Avec ses plus de 500 000 abonnés sur Telegram, Vladlen Tatarskiï appartenait au groupe des voenkor, les « correspondants militaires » devenus des acteurs importants de l’« opération militaire spéciale » en Ukraine. Tout en accomplissant un travail de propagandistes fervents, ceux-ci donnent une image plus réaliste des opérations militaires que les médias d’Etat et n’hésitent pas à critiquer le commandement de l’armée. Ils sont souvent sous la tutelle d’institutions de l’Etat – armée, services de sécurité ou, s’agissant de Vladlen Tatarskiï, le Groupe Wagner. De son vrai nom Maxime Fomine, le blogueur de 40 ans avait aussi collaboré avec la chaîne pro-Kremlin RT Russie.   Né dans le Donbass ukrainien, l’homme purgeait une peine pour vol à main armée quand l’offensive russe et séparatiste sur la région, en 2014, lui avait permis de s’échapper de prison. Combattant un temps dans les rangs séparatistes, il avait ensuite choisi le front informationnel. Il avait été particulièrement remarqué en septembre 2022, lorsque, invité au Kremlin pour célébrer l’annexion de quatre régions ukrainiennes, il avait interprété à sa manière le discours très virulent prononcé alors par Vladimir Poutine : « Nous allons vaincre tout le monde, nous allons tuer tout le monde, nous allons voler– tout ce que nous aimons », s’était-il enthousiasmé, face caméra, à l’intention de ses abonnés.   Dimanche, il avait publié un post évoquant l’Ukraine comme une « guerre sainte contre l’antéchrist ». « Il est maintenant sur une autre portion du front, là où les Ténèbres affrontent la Lumière », titrait lundi le journal Komsomolskaïa Pravda, citant l’un de ses amis. Nul doute que les autorités feront de lui un héros de l’« opération spéciale » et un martyr des actions de Kiev, selon la piste d’ores et déjà privilégiée.  « Conflits politiques internes »Les observateurs se perdaient toutefois en conjectures sur le scénario de l’attentat et son ou ses auteurs. La jeune femme à la statuette a été arrêtée lundi matin, a annoncé le comité d’enquête. Identifiée par la police et des témoins comme Daria Trepova, 26 ans, elle avait été arrêtée en février 2022 lors d’une manifestation antiguerre, son mari passant à cette occasion neuf jours en prison. Les médias officiels indiquent qu’elle a donné dans le passé de l’argent au Fonds de lutte contre la corruption de l’opposant Alexeï Navalny. « J’ai été piégée », aurait-elle écrit dimanche soir à une amie, selon la chaîne Telegram VChK-OGPU, toujours bien informée, qui assure également qu’elle avait l’intention de rejoindre à l’étranger son mari, lui aussi recherché.   Les autorités ukrainiennes, de leur côté, ont démenti tout lien avec la mort de Vladlen Tatarskiï. « Les araignées commencent à se manger entre elles », a commenté le conseiller à la présidence Mikhaïlo Podoliak, évoquant des « conflits politiques internes ». La même hypothèse était citée par l’Institute for the Study of War américain, avec en ligne de mire possible Evgueni Prigojine. Dimanche soir, l’entrepreneur faisait d’ailleurs savoir qu’ « il ne faut pas accuser le régime de Kiev » pour cet assassinat, mais, sans plus de détails, un « groupe de radicaux ».p </text>
	

	<text titre="En Ukraine, le recrutement militaire à la peine" date="2023 04 04T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="thomas d’istria" annee="2023" mois="4" jour="4" journal_clean="Le Monde" keywords="rues, villes, recrutement, d’un, guerre, kiev, ukrainienne" langue="fr"> Kiev - correspondant - Il serait presque possible d’oublier la guerre dans les rues de Kiev. Plus d’un an après le déclenchement de l’invasion, la capitale ukrainienne et les villes de l’arrière ont retrouvé un semblant de normalité. Aujourd’hui, l’un des marqueurs des combats qui font rage dans le pays se présente sur les murs et aux entrées des villes sous la forme d’une campagne de recrutement pour rejoindre les forces armées. Ces affiches, qui exposent des portraits de soldats aux visages durs et déterminés, appellent les citoyens à s’engager pour défendre le pays. L’une de ces opérations de mobilisation, gérée par le ministère de l’intérieur ukrainien depuis début février, vise à créer huit nouvelles brigades.
Ce projet, dont le processus de recrutement arrive à terme, a pour objectif le « renforcement des forces ukrainiennes », explique la vice-ministre de l’intérieur, Kateryna Pavlichenko. Dans son bureau, l’un des murs est orné d’un portrait de la poète ukrainienne Lessia Oukraïnka (1871-1913) avec une mention rose flashy, « Women’s power ». Composées de différents profils de volontaires passés par un « processus de sélection très exigeant », les brigades visent aussi à répondre à la demande de la « période actuelle », assure la vice-ministre d’un air martial, mercredi 29 mars. « La période actuelle a changé, assène-t-elle. Avant, il s’agissait de défendre le pays. Aujourd’hui, nous devons récupérer nos territoires. »Mais si la vice-ministre assure que les huit brigades recensent déjà des dizaines de milliers de soldats alors « qu’on [leur] disait que tous les volontaires ont déjà rejoint l’armée et qu’[ils] n’atteindr[aient] jamais la quantité » nécessaire, la perception de la mobilisation générale semble être plus nuancée pour une partie de la population ukrainienne. Après plus de treize mois de guerre, le temps où les bureaux de recrutement de l’armée croulaient sous les demandes de civils prêts à prendre les armes semble être révolu.   Le 9 février, alors que le Parlement ukrainien votait pour prolonger de quatre-vingt-dix jours la loi martiale instaurée depuis le 24 février 2022, le président, Volodymyr Zelensky, alors en visite à Bruxelles, reconnaissait des difficultés au sein de l’armée, tout en ajoutant que l’Ukraine ne peut pas, comme la Russie, « conduire les gens à la guerre avec des matraques ». Plus tôt, en janvier, le chef de l’Etat avait signé une loi controversée qui imposait des sanctions plus sévères à l’égard des déserteurs.   Pour contenir avec succès l’offensive russe lancée cet hiver dans l’est du pays, la mobilisation de soldats semble s’être accélérée depuis deux mois, avec l’apparition sur les réseaux sociaux de vidéos d’enrôlements musclés dans les villes. Le 5 février, dans un entretien publié sur le site du média Oukraïnska Pravda, le ministre de la défense, Oleksii Reznikov, expliquait que la mobilisation dans le pays était nécessaire : « Nos hommes et nos femmes meurent et il y a aussi des blessés. »La question des pertes au sein des forces armées est un secret bien gardé. Selon les estimations d’experts occidentaux, environ 100 000 soldats ukrainiens auraient été tués, blessés ou capturés depuis le début de l’invasion – contre 200 000 militaires russes, selon le ministère de la défense britannique.   Mais une partie de la population semble réfractaire à l’idée de s’engager. Ce mouvement se manifeste discrètement par la création de chaînes Telegram sur lesquelles les internautes échangent des informations sur la présence de recruteurs et de soldats dans les rues. Le fait de recevoir une convocation ne signifie pas un enrôlement immédiat, il peut aussi s’agir d’une visite pour mettre à jour la base de données des autorités. Si le service de sécurité ukrainien (SBU) a fermé plusieurs de ces chaînes, d’autres continuent malgré tout de fonctionner, rassemblant jusqu’à plus de 100 000 personnes. Sur l’une d’elles, le 1er avril, un homme écrivait : « Je confirme qu’à 16 heures, au parc de Polytechnique[à Kiev] , six officiers recruteurs se promènent à la recherche d’hommes. »Sentiment ambivalentAndrii, qui a préféré ne pas donner son nom de famille, un jeune habitant de Kiev rencontré dans un café, confie avoir des doutes sur l’intérêt de ces chaînes d’informations qui nourrissent « l’anxiété » tout en permettant de repérer « les espaces libres »où les civils peuvent se rendre sans croiser un officier. Certains de ses amis les consultent régulièrement. D’autres ont simplement fait le choix de « rester chez eux », explique le garçon. « Particulièrement ceux qui vivent avec leurs parents, qui sont inquiets pour leurs enfants »,ajoute-t-il. Andrii donne aussi l’exemple du mari de sa sœur, qui ne voyage plus dans le pays afin d’éviter les gares, réputées être pleines de recruteurs.   Andrii n’est pas inquiet car, en tant qu’étudiant dans une université, il ne peut pas être enrôlé. Cela l’arrange bien car s’il s’imaginait rejoindre les forces armées avant la guerre, « de manière un peu romantique », aujourd’hui il ne le souhaite plus. « Avant, je pensais à quitter mes études, mais maintenant je préfère rester comme ça car c’est un statut qui me permet de me balader en ville sans peur », explique-t-il. Andrii se refuse à sortir du pays pour des raisons sentimentales et aussi « parce qu’il n’y a plus que des solutions illégales pour partir ».   Alors que la loi martiale interdit aux hommes de 18 à 60 ans de quitter le territoire, les quelques exceptions qui existaient pour différentes catégories professionnelles se sont raréfiées au fil des mois. Les étudiants ukrainiens n’ont plus la possibilité de traverser la frontière pour rejoindre une université étrangère car, assure le jeune homme, « il y a beaucoup de faux étudiants qui tentent de quitter le pays »avec ce statut afin de se réinstaller ailleurs. Les sorties pour des motifs liés à la culture ont, elles aussi, été quasiment supprimées depuis qu’un comique parti en Turquie avec un permis temporaire a annoncé qu’il ne rentrerait pas en Ukraine. « Ça a déclenché une certaine polémique », assure Andrii, qui explique que les conditions d’obtention du sésame sont devenues très difficiles.   Restent donc les moyens illégaux, documents trafiqués et passages irréguliers des frontières. Pour cette dernière option, indique le jeune homme, « tout le monde connaît le prix, c’est 7 000 dollars pour quitter le pays ». Une opération que l’on entreprend à ses risques et périls. « Dix gars sont morts noyés dans une rivière en tentant de traverser la frontière roumaine », souffle-t-il.   Dans un autre petit café de la capitale, Anton, un barbu de 34 ans au sourire facile, confirme aussi un sentiment ambivalent autour de lui. « Beaucoup de gens ont peur et beaucoup disent que ce n’est pas leur problème », affirme cet employé d’un restaurant de Kiev, qui a combattu pendant les trois premiers mois de la guerre dans une unité de la défense territoriale. Il a quitté les combats après que son commandant lui a expliqué qu’il n’était pas possible de lui verser un salaire et qu’il pouvait partir et retrouver « une vie normale ». Anton assure ne pas consulter les chaînes Telegram qui recensent les mouvements de policiers car il se dit prêt à reprendre les armes si jamais il est appelé. « Je sens que j’ai l’énergie pour me battre. Donc il vaut mieux que ce soit moi plutôt qu’un ami qui n’en a pas envie. »« Le pire scénario »Selon Anton, l’un des avantages des forces armées ukrainiennes est de permettre aux soldats, parfois, de s’engager au sein d’une unité de leur choix. Il donne l’exemple de son ancien commandant de la défense territoriale, qui l’appelle de temps en temps, « en rigolant », pour lui demander de les rejoindre car « il aimerait qu’[ils] combatte[nt] ensemble ». « Là, je n’étais pas prêt, mais tout le monde a besoin de gars avec qui tu te sens bien », dit-il. «Je n’aimerais pas être dans une tranchée avec des gens qui ne veulent se battre, c’est le pire scénario », fait-il valoir. Au sujet de la mobilisation de ces personnes non volontaires, il insiste sur le fait que l’Ukraine est « un Etat de droit ». « Si tu ne veux pas te battre, ne réponds pas à la convocation. »Aujourd’hui, ses anciens frères d’armes combattent aux alentours de Bakhmout, la ville ravagée sur laquelle l’armée russe et les soldats du Groupe Wagner concentrent leurs efforts depuis l’été et dont le chef, Evgueni Prigojine, a revendiqué la capture « au sens légal »après que ses mercenaires ont pris la mairie, dans la nuit de dimanche à lundi. Ils lui décrivent un « putain d’enfer ».« D’abord, les chefs leur ont dit qu’ils les envoyaient en seconde ligne. Mais quand ils sont arrivés à la base, on leur a dit que ça ne marchait pas pour la seconde et qu’ils allaient rejoindre la première ligne. Et à la fin, ils ont terminé à la ligne moins un », lâche-t-il en rigolant. Certains de ses amis n’étaient pas suffisamment préparés, affirme-t-il aussi, « ils ont reçu des armes mais ils n’ont pas eu le temps de s’entraîner ». Selon Anton, le déploiement de ces forces moins expérimentées est nécessaire alors que « nos troupes d’élites sont en entraînement à l’étranger »afin de se préparer pour une contre-offensive.   Dans le quartier de Podil, à Kiev, le soldat et avocat Masi Nayyem, gravement blessé au combat en juin 2022, reconnaît que les besoins des forces armées sont importants pour combler les pertes subies après plus d’un an de guerre. « Je connais plusieurs cas de gars qui ne pouvaient pas servir et à qui les docteurs ont dit qu’ils étaient aptes malgré tout »lors du passage devant les commissions médicales précédant un éventuel enrôlement, affirme-t-il. Interrogé sur les pertes au sein de l’armée, cet homme esquive, hésite, puis répond : « Beaucoup de gens meurent. Mais le prix que nous avons déjà payé est tellement énorme que nous ne nous arrêterons certainement pas pour d’autres milliers de personnes. » </text>
	

	<text titre="Dans le Donbass, les soldats ukrainiens impatients de lancer la contre-offensive" date="2023 04 04T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23933" auteur="Unknown" annee="2023" mois="4" jour="4" journal_clean="Les Echos" keywords="lancer_la_contre-offensive, contre-offensive, ville, front, armée, bakhmout, soldats, lancer, point, donbass" langue="fr"> Si le front est gelé, les annonces et démentis fusent dans le Donbass. L'armée russe n'a fait état, dans son point quotidien de lundi, d'aucune avancée dans la ville de Bakhmout, malgré la revendication la veille par le patron du groupe de mercenaires Wagner de la prise de la mairie. Et Kiev a affirmé que ses troupes « tenaient bon » en dépit d'une « situation difficile » après trois mois de combats intenses autour de cette ville devenue un symbole au même titre que Verdun, en France, en 1916.
A plusieurs reprises, ces derniers mois, Evgueni Prigojine, le patron de Wagner, s'est vanté d'avancées militaires qui n'ont pas été confirmées par le ministère, signe des rivalités acerbes entre l'armée régulière et ces mercenaires, ou tout simplement de l'absence de conquêtes réelles. L'ISW (Institute for the Study of War) a calculé que les forces russes ont conquis seulement 70 km2 au mois de mars !  Des conditions météorologiques difficilesLa chute éventuelle de Bakhmout, ville au demeurant peu stratégique, n'entamerait sans doute pas la détermination des Ukrainiens, qui attendent de lancer la contre-offensive de printemps promise par Kiev. Le ministre de la Défense, Oleksii Reznikov, a ainsi récemment indiqué que celle-ci commencerait probablement « en avril ou en mai », en fonction des conditions météorologiques. Or, de violentes pluies se sont abattues au cours des derniers jours sur le Donbass.   Du coup, les soldats patientent, tandis qu'une boue visqueuse s'agrippe aux bottes et ralentit leurs déplacements. Sur la ligne de contact de Toretsk, dans l'est de l'Ukraine, où se font face forces russes et soldats de la 24e brigade mécanisée de l'armée ukrainienne, les lignes n'ont quasiment pas bougé depuis des mois. Tous disent attendre la contre-offensive annoncée depuis plusieurs semaines.  « Les derniers jours ont été plutôt calmes », confirme Masik, un vétéran de la guerre du Donbass, entre deux bouffées de cigarette. Seuls les aboiements des chiens errants et de rares détonations troublent la quiétude de la tranchée. Pour autant, les soldats sont sur leur garde : les Russes sont à moins de deux kilomètres, leurs positions retranchées visibles à l'horizon, serpentant entre les terrils et les villages dévastés par les bombardements. Quelques jours auparavant, des combattants de l'autoproclamée « République populaire de Donetsk » ont tenté, sans succès, de prendre d'assaut les fortifications ukrainiennes.   Les armes à leur disposition sont anciennes, pour la plupart des mitrailleuses et lance-roquettes de fabrication soviétique, et les fantassins sont tenus d'improviser : sur une caisse de munition, un obus de mortier modifié pour être tiré par un lance-roquette témoigne des trésors d'ingéniosité déployés par Masik et ses camarades, mais également des moyens limités dont ils disposent.  « C'est plus efficace contre l'infanterie », explique Roman, autrefois manager au sein d'une entreprise de transport à Tchernihiv. Une rafale de mitrailleuse résonne au loin. « Ce sont les nôtres », indique Psycho, imperturbable, l'officier chargé de l'unité. Avant le 24 février 2022, cet ancien sportif entraînait une équipe de jeunes footballeurs, avec laquelle il a sillonné l'Europe pour participer à des compétitions. Il a rejoint les forces armées quelques jours après le début de l'invasion, et a combattu près de Bakhmout avant sa réaffectation, un mois et demi auparavant, à Toretsk. « En comparaison, c'est plutôt calme ici », dit-il avec un léger sourire.  Faire face à nouvelle vague de mobilisation en RussieLui aussi appelle de ses voeux la contre-offensive, mais estime que celle-ci pourrait être rendue difficile par une nouvelle vague de mobilisation en Russie : « Nous pouvons les repousser, mais je ne sais pas à quel point. » Selon le président Volodymyr Zelensky, la contre-offensive serait conditionnée à l'envoi de nouvelles armes à l'Ukraine par ses alliés : « Nous ne pouvons pas commencer tout de suite, nous ne pouvons pas envoyer nos braves soldats sur la ligne de front sans chars, artillerie et roquettes à longue portée », a-t-il ainsi déclaré lors d'une interview avec le journal japonais « Yomiuri Shimbun ».   En attendant, les hommes de la 24e brigade ont juré de ne pas céder un pouce à l'ennemi : « Chacun d'entre nous a des enfants, une famille, déclare l'un d'entre eux, agrippant la crosse de son fusil-mitrailleur. Nous avons vu ce que les Russes ont fait à Irpin et Boutcha, on ne peut pas les laisser continuer. »Guillaume Ptak   Y. B. </text>
	

	<text titre="En Ukraine Wagner revendique la prise de la mairie de Bakhmout" date="2023 04 04T00:00:00" journal="Libération" auteur="Unknown" annee="2023" mois="4" jour="4" journal_clean="Libération" keywords="bakhmout" langue="fr"> Quitte à jouer sur les mots, le groupe paramilitaire russe a revendiqué lundi contrôler la localité «au sens légal». Comprendre: Evguéni Prigojine, le chef de Wagner, assure que ses troupes ont pris possession de l'hôtel de ville de la commune de l'est du pays, où des combats acharnés font rage depuis des mois. De son côté, l'état-major ukrainien affirme le contraire: «L'ennemi n'a pas arrêté son assaut sur Bakhmout. Cependant, les défenseurs ukrainiens tiennent courageusement la ville en repoussant de nombreuses attaques ennemies.» </text>
	

	<text titre="L'influenceur Vladlen Tatarski, figure de la propagande russe, tué dans un attentat" date="2023 04 04T00:00:00" journal="La Croix, no. 42586" auteur="pierre sautreuil" annee="2023" mois="4" jour="4" journal_clean="La Croix" keywords="influenceur, vladlen, tatarski, attentat" langue="fr"> Il y a une certaine ironie, pour un homme en guerre contre « l'Occident collectif », à perdre la vie dans un lieu nommé « Street Food Bar n° 1 ». C'est dans cet établissement de Saint-Pétersbourg qu'une bombe a tué, dimanche 2 avril, le blogueur militaire russe Maxime Fomine, plus connu sous le nom de Vladlen Tatarski. Avec plus de 570 000 abonnés sur l'application Telegram au moment de sa mort, il était l'une des figures les plus populaires de la galaxie d'influenceurs et de propagandistes bellicistes qui ont émergé sur les réseaux sociaux russes depuis le début de l'invasion de l'Ukraine.   Fervent soutien de l' « opération militaire spéciale », ce natif de la région ukrainienne de Donetsk, passé par la prison et détenteur de la nationalité russe depuis 2021, s'est bâti un large public en diffusant analyses, vidéos et commentaires sur les opérations russes, mais aussi des déclarations conspuant l'Ukraine. « Nous les vaincrons tous, nous les tuerons tous, nous pillerons tous ceux qu'il faudra piller » , déclarait-il ainsi à ses abonnés, en marge d'une réception au Kremlin.
Radical dans son soutien à la guerre, Vladlen Tatarski se permettait parfois des prises de position critiques à l'égard de l'armée russe et de son haut commandement, à l'image des nombreux autres blogueurs militaires russes, dont les propos sont plus libres que ceux des propagandistes télévisés. En se gardant, règle bien comprise, d'adresser la moindre flèche au président Vladimir Poutine.   Cet influenceur réputé proche du groupe Wagner dénonçait ainsi ce qu'il considérait comme de l'incompétence ou du manque de détermination dans la poursuite de la guerre, et avait récemment appelé à remplacer le ministre de la défense russe Sergueï Choïgou, cible récurrente des critiques du chef des mercenaires russes Evgueni Prigojine. Ce dernier a d'ailleurs rendu hommage à Maxime Fomine au soir du 2 avril depuis Bakhmout, où de féroces combats continuent d'opposer l'armée ukrainienne aux soldats et mercenaires russes, en brandissant devant le bâtiment de la mairie détruite un drapeau russe portant l'inscription «?Vladlen Tatarski, souvenir éternel?».  « Tu étais le meilleur d'entre nous ! », a également salué Reverse Side of the Medal, un autre important compte pro-guerre considéré comme proche de Wagner, et suivi par 327 000 personnes sur Telegram. « Tous ceux qui portent aujourd'hui les armes, et tous ceux qui aimaient Vladlen, sachez qu'il n'y aura pas de meilleure fête d'adieu pour notre frère que la destruction totale de l'ennemi », a ajouté le compte Starche Eddy, suivi par 625 000 personnes.   La Russie accuse l'Ukraine d'être responsable de l'assassinat de Maxime Fomine, comme elle l'avait déjà fait après l'attentat à la bombe aux circonstances troubles qui avait coûté la vie, au mois d'août 2022, à Daria Douguina, fille du théoricien ultranationaliste russe Alexandre Douguine. L'Ukraine rejette, pour sa part, toute responsabilité dans cette affaire, et laisse courir l'idée qu'il s'agirait d'un règlement de comptes entre Russes. « Les araignées se bouffent entre elles » , a commenté sur Twitter Mykhaïlo Podoliak, conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky. </text>
	

	<text titre="Arte met à l’honneur l’investigation à partir de données en accès libre" date="2023 04 11T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="mouna el mokhtari" annee="2023" mois="4" jour="11" journal_clean="Le Monde" keywords="partir, accès_libre, données, russe, libre, prigojine, données_en_accès_libre, met, accès, saumon" langue="fr"> Magazine - Qu’est-ce qui peut bien réunir l’oligarque russe Evgueni Prigojine et le saumon ? Réponse : une nouvelle série d’investigation signée Arte et intitulée « Sources ». Pour « sources ouvertes » : c’est-à-dire des documents (presque toujours) librement disponibles sur Internet pour qui sait parfaitement ce qu’il cherche, et où regarder. Des mines d’or pour les services de renseignement et les journalistes, notamment pendant les conflits – froids de préférence –, et de quoi vérifier et recouper des informations quand on suspecte une « fake news ». Aux commandes, Alexandra Jousset, Prix Albert Londres de l’audiovisuel 2022, avec Ksenia Bolchakova pour le puissant documentaire Wagner, l’armée de l’ombre de Poutine. 
Dès le premier épisode, on remet le couvert avec le Groupe Wagner et son énigmatique chef et fondateur. A partir de documents piratés, les journalistes déploient le système Prigojine : sa société militaire privée et ses liens avec l’Etat russe ; le projet Lakhta et les campagnes de désinformation qui visent l’Occident ; la mise en place d’un service chargé de surveiller les opposants politiques et de couvrir les crimes de guerre commis par les mercenaires de Wagner.  Making of noir sur blancLe deuxième numéro est consacré aux dessous du saumon bio que nous consommons en Europe. Les journalistes retracent comment des entreprises européennes ravagent les stocks de poissons mauritaniens pour fabriquer huiles et farines qui serviront à nourrir les saumons d’élevage – secteur supposé préserver les réserves océaniques de la surpêche – consommés sur le Vieux Continent.   En furetant sur les réseaux sociaux, en récupérant des vidéos ou des photos sur des applications de messagerie, en fouillant les bases de données en accès libre sur Internet, les images satellites ou encore des outils de localisation GPS des bateaux ou des avions, ces journalistes (au Mondeaussi) tirent profit de la quantité astronomique de données qui est générée chaque jour sur le Web. Pour chaque enquête Osint (Open Source Intelligence), la méthode est décrite sur la longueur, sorte de making of noir sur blanc. « Nous souhaitions que les gens puissent suivre notre cheminement, explique Alexandra Jousset. Nous avons à cœur de rétablir la confiance dans le travail journalistique. »Ce nouveau magazine d’Arte, qui doit compter six épisodes par an, met l’accent sur la rigueur, servie par une animation graphique omniprésente. Les enquêtes et les méthodes déployées, si arides que soient certaines étapes, sont parfaitement limpides, laissant au téléspectateur le sentiment que l’enquête s’est débobinée sous ses yeux. Prochain numéro fin mai. </text>
	

	<text titre="La vidéo de décapitation d’un soldat sème l’effroi et la colère à Kiev" date="2023 04 14T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="c. pi. et faustine vincent" annee="2023" mois="4" jour="14" journal_clean="Le Monde" keywords="décapitant, décapitation, sociaux, réseaux, colère, russe, d’un, mercredi, avril, extrême, prorusses, violence, vidéo, soldat, l’effroi, d’une, montrer" langue="fr"> L’Ukraine était sous le choc, mercredi 12 avril, après la diffusion sur les réseaux sociaux prorusses, la veille au soir, d’une vidéo d’une extrême violence semblant montrer un soldat russe décapitant un soldat ukrainien. Dans cette séquence d’une minute et demie, un homme en treillis portant un brassard jaune, caractéristique des soldats ukrainiens, hurle avant qu’un autre homme en tenue camouflage portant une bande de tissu blanc sur la jambe – un symbole communément associé à l’armée russe et aux combattants prorusses –, ne le décapite avec un couteau. Un troisième homme brandit ensuite un gilet pare-balles appartenant vraisemblablement à la victime. 
L’authenticité de la vidéo n’a pas pu être confirmée de source indépendante. La date et le lieu où elle a été tournée restent incertains. La végétation, abondante, laisse penser qu’elle a pu être enregistrée il y a des mois, pendant l’été.   Quelques jours plus tôt, le 8 avril, une autre vidéo a émergé sur les réseaux sociaux prorusses, rapporte CNN. Selon la chaîne américaine, elle aurait été tournée plus récemment près de Bakhmout, dans l’est de l’Ukraine, où se déroulent de violents combats depuis plusieurs mois, avec l’implication de mercenaires russes du groupe Wagner. Elle semble montrer les cadavres décapités de deux soldats ukrainiens allongés sur le sol à côté d’un véhicule militaire détruit. Derrière la caméra, une voix, en russe, affirme que le véhicule blindé « a été défoncé par une mine ».Se référant manifestement aux corps gisant à terre, cette personne poursuit, en riant : « Ils les ont tués. Ils se sont approchés d’eux et leur ont coupé la tête. »Dès lundi, l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), basé aux Etats-Unis, affirmait que le groupe Wagner semblait continuer de « commettre des crimes de guerre en décapitant des militaires ukrainiens à Bakhmout ». Il faisait référence à une photo partagée sur des médias sociaux prorusses montrant une tête – qui appartiendrait à un soldat ukrainien, selon l’ISW – plantée sur un pic.   Le président ukrainien a réagi mercredi à la vidéo de décapitation. « Comme ces monstres tuent facilement. Cette vidéo de l’exécution d’un prisonnier de guerre ukrainien, le monde doit la voir. C’est une vidéo de la Russie comme elle est », a affirmé Volodymyr Zelensky. Les services de sécurité ukrainiens ont ouvert une enquête. De son côté, le Kremlin a dénoncé une vidéo « horrible », mais a affirmé qu’elle devait être authentifiée.   La mission de l’ONU pour les droits humains en Ukraine s’est dite « horrifiée ». Elle a également évoqué la seconde vidéo et appelé à ce que « ces incidents fassent l’objet d’une enquête réelle ». L’Union européenne a déclaré qu’elle demandera « des comptes à tous les auteurs et complices de crimes de guerre », tandis que la France a dénoncé un « acte barbare ».   Le chef du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, a nié toute implication dans la mort des deux soldats décapités retrouvés près du véhicule militaire. « J’ai regardé la vidéo,a-t-il affirmé au site américain Daily Beast. C’est une mauvaise chose quand on coupe les têtes aux gens, mais je n’ai trouvé nulle part que cela se produisait près de Bakhmout et que des membres du groupe Wagner étaient impliqués dans l’exécution. »Situation « folle »Le modus operandi du meurtre a semé l’effroi et la colère en Ukraine. Beaucoup font le parallèle avec l’organisation djihadiste Etat islamique (EI), qui a l’habitude de filmer les décapitations de ses otages et prisonniers. Le ministre des affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a estimé que la Russie était même « pire que l’Etat islamique ». « Les terroristes russes doivent être chassés de l’Ukraine et de l’ONU et tenus responsables pour leurs crimes. » La Russie, membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, en a pris la présidence tournante le 1er avril, une situation jugée encore plus « absurde » et « folle » par de nombreux Ukrainiens.   Pour Andriy Yusov, porte-parole de la direction générale du renseignement du ministère de la défense d’Ukraine, la vidéo de décapitation vise à « démoraliser et semer la panique au sein des forces de défense ukrainiennes ». Pour les spécialistes, ces images sont l’expression de la culture de brutalité qui imprègne l’armée russe.   Lors de leur service militaire, les jeunes appelés y subissent une forme de bizutage très violent, appelé dedovchtchina, qui se traduit par des humiliations, des coups ou des viols, même si ceux-ci auraient diminué après la réduction de deux ans à un an de la durée de conscription, décidée en 2008. En opération, les exactions peuvent aussi être encouragées, comme on a pu le voir en Tchétchénie ou en Syrie, où les témoignages d’actes de cruauté et de barbarie ont été nombreux.   En Ukraine, la surreprésentation de minorités ethniques issues des régions les plus pauvres de Russie parmi les forces armées envoyées au front, est également l’une des explications avancées aux exactions constatées depuis février 2022. « Les soldats qui pratiquent des actes atroces en Ukraine peuvent venir de régions relativement pauvres qui subissent elles-mêmes la violence et l’injustice de l’Etat russe », estime Dimitri Minic, chercheur spécialiste de la Russie à l’Institut français des relations internationales. Selon lui, « cette violence physique et morale interne à l’armée est un continuum de la violence systémique de l’Etat et de la société russes, largement héritée de l’époque soviétique et du milieu carcéral qui a une place particulière en Russie ».   D’après les analystes, la violence exprimée à l’égard des soldats ukrainiens ne peut, enfin, être dissociée du discours martelé depuis des années par le Kremlin sur les supposés « nazis » qui dirigent l’Ukraine et dont il faudrait se débarrasser pour permettre à la population prorusse de vivre en paix.  « Le rapport colonial que Moscou a conservé vis-à-vis de ses anciennes provinces impériales, dont l’Ukraine, favorise la déshumanisation des peuples qui en sont issus et contribue à légitimer la violence extrême contre eux » , estime Dimitri Minic. La mise en scène de la décapitation d’un soldat, si elle provoque l’effroi au sein de la société ukrainienne, pourrait aussi renforcer sa détermination à vaincre le voisin russe. </text>
	

	<text titre="L'assaut sur Bakhmout se poursuit" date="2023 04 17T00:00:00" journal="La Croix, no. 42596" auteur="Unknown" annee="2023" mois="4" jour="17" journal_clean="La Croix" keywords="russe, armée, guerre" langue="fr"> L'armée russe a revendiqué ce week-end des gains territoriaux aux périphéries nord et sud de Bakhmout, où se déroule la bataille la plus sanglante depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Les forces de Moscou ont lentement progressé jusqu'à en contrôler la majeure partie. Le groupe paramilitaire russe Wagner, dirigé par le sulfureux homme d'affaires Evgueni Prigojine, est en première ligne, épaulé par l'artillerie et les parachutistes de l'armée. Selon le ministère russe de la défense, les troupes ukrainiennes « battent en retraite et détruisent délibérément les infrastructures et les bâtiments résidentiels de la ville afin de ralentir l'avancée » des Russes. Vendredi, Evgueni Prigojine a pourtant évoqué un arrêt de la guerre. Il a publié un article sur sa chaîne Telegram, où il défendait l'idée de « mettre un terme définitif » à l' « opération militaire spéciale », l'expression officielle pour parler du conflit en Russie. Il juge que « les objectifs fixés ont été atteints » et que Moscou peut s'en tenir « aux territoires aujourd'hui sous(son) contrôle ». </text>
	

	<text titre="Les Soudanais pris en otage" date="2023 04 21T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="4" jour="21" journal_clean="Le Monde" keywords="mort, soudan, pouvoir, millions, pris_en_otage, soudanais, pris, otage" langue="fr"> La lutte à mort engagée entre les deux généraux qui se partageaient le pouvoir au Soudan depuis leur putsch conjoint de 2021 fait vivre un calvaire, depuis samedi 15 avril, aux 5 millions d’habitants de l’agglomération de Khartoum. Bombardements, tirs croisés, eau et électricité coupées : la capitale de ce pays, l’un des plus pauvres du monde, est au centre des combats qui, en cinq jours, ont fait plus de 270 morts et plus de 1 800 blessés, selon un bilan partiel.   L’armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane, homme fort du pays, y affronte les paramilitaires des Forces de soutien rapide du général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », numéro deux des autorités de transition. Le conflit, déclenché par le refus de ce dernier d’accepter l’intégration à l’armée de ses troupes, véritable force autonome, ruine l’espoir de l’instauration d’un régime civil, quatre ans après le soulèvement populaire qui a mis fin au règne du dictateur islamiste Omar Al-Bachir.
Le conflit menace de dégénérer en une véritable guerre civile, dans un pays où les forces armées sont un outil d’enrichissement au service d’individus et de clans et où la guerre du Darfour (Ouest), jamais éteinte, a causé la mort de 300 000 personnes en vingt ans. Tandis que le général Al-Bourhane est issu de la classe dirigeante traditionnelle du Soudan et soutenu par l’Egypte du maréchal Al-Sissi, son rival, « Hemetti », est originaire des tribus du Darfour, mal représentées au sein du pouvoir central. Ce qui ne l’a pas empêché de mener de terribles opérations de répression et de nettoyage ethnique au Darfour dans les années 2000. Soutenu par les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite, il entretient aujourd’hui des relations d’affaires avec Evgueni Prigojine, patron du groupe de miliciens russes Wagner, qui contrôle des mines d’or au Soudan.   La déstabilisation et la menace de partition qui pèse sur le troisième plus grand pays du continent africain font redouter un essaimage régional, la dissémination d’armes et de miliciens. Doté d’une position stratégique grâce à sa façade sur la mer Rouge, axe majeur du commerce mondial, le Soudan est frontalier de sept autres pays. Plusieurs (Libye, République centrafricaine, Soudan du Sud) vivent déjà des situations troublées et le Tchad, pivot de l’influence française dans la région, a souvent vu son régime être menacé par des rébellions venues du Soudan.   Alors que l’Union africaine sonne l’alarme sur un risque d’ « escalade vers une véritable guerre »,tout doit être fait pour faire cesser les combats en cours, qui illustrent cruellement l’impuissance des démocraties à inciter, par le biais de remises de dettes et d’aides financières, les pays menés par un pouvoir militaire à rendre le pouvoir aux civils.   L’unanimité des appels à la cessation des hostilités – de l’Union européenne à la Russie et des Etats-Unis à la Chine – tend à le montrer : personne n’a intérêt à ce que le Soudan poursuive sa descente aux enfers. Ni ses voisins, ni les grandes puissances, ni surtout les 45 millions de Soudanais qui, en 2019, ont réussi à se débarrasser d’Omar Al-Bachir – visé par un mandat de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre au Darfour et toujours emprisonné à Khartoum – et se débattent aujourd’hui dans une situation proche de la catastrophe humanitaire, pris en otage par deux militaires ambitieux aux intérêts irréconciliables. </text>
	

	<text titre="Au Soudan, la guerre des deux généraux" date="2023 04 24T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23946" auteur="dominique moisi" annee="2023" mois="4" jour="24" journal_clean="Les Echos" keywords="hommes, soudan, donner, généraux, guerre, simplement" langue="fr"> Il est rare de nos jours de voir des conflits dont l'origine est simplement la rivalité entre deux hommes. Il faudrait le talent d'un Shakespeare pour donner quelque relief à la « guerre des généraux » qui met à nouveau le Soudan à feu et à sang. Tels des consuls romains ou des condottieres italiens, deux hauts gradés soudanais se disputent, sous les yeux du monde, la richesse qui va avec le pouvoir.
En 2019, le peuple avait pris la rue, pour mettre fin au règne de l'homme qui dirigeait le Soudan sans partage depuis 1989, Omar Al Bachir. Mais ce fut finalement l'armée et non la rue qui chassa le dictateur. Et après une courte transition semi-démocratique, l'armée finit par s'emparer totalement du pouvoir, en 2021. Aujourd'hui ce sont les généraux putschistes de 2019, qui, parleur lutte fratricide, menacent potentiellement la stabilité de tout l'est de l'Afrique. En dépit des appels aux cessez-le-feu qui se multiplient, il est hélas probable que le conflit ne pourra prendre fin que par la victoire d'un camp sur l'autre. Après les guerres au Darfour qui firent des centaines de milliers de morts de 1989 à 2003, l'Histoire semble se répéter tragiquement dans cette partie du monde, comme si le mal de la guerre civile courrait dans l'est de l'Afrique. Comme si la folie des hommes ne pouvait que se surajouter aux défis croissants de la nature.  Des militaires qui ont tant de sang sur les mainsA la place géographique où se trouve aujourd'hui le Soudan florissait il y a quelques milliers d'années en Nubie (autour du VIIIe et VIIe siècle avant J.-C) une civilisation brillante : celle des pharaons noirs. Dans toute cette partie du monde où naquit la civilisation, le contraste entre le passé lointain et le présent immédiat est douloureux.   Il l'est d'autant plus, quele sang qui coule à nouveau au Soudan, n'est pas le produit de la lutte contre un envahisseur étranger, ou la conséquence de la confrontation idéologique, religieuse ou simplement politique entre ethnies rivales. De manière primaire - il convient d'insister sur ce point - le conflit résulte de la simple lutte acharnée entre deux hommes : le chef de l'armée, le général Abdel Fattah Al Buhran, et son numéro 2, le général Mohamed Hamdan Dagalo, surnommé « Hemetti ».   Cette « guerre des généraux » que personne ne semble vraiment capable d'arrêter pourrait-elle apparaître comme une nouvelle démonstration de l'affaiblissement en profondeur du monde occidental (avant tout les Etats-Unis) dans cette partie du monde ? Les appels au cessez-le-feu, lancés depuis le Japon, (lors d'une réunion préparatoire du G7) par le Secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, puis par les Nations unies, risquent de rester sans effet durable.   La communauté internationale avait voulu se persuader que l'on pouvait ramener un pays sur le chemin de la stabilité et de la démocratie par le seul biais de « carottes » économiques : en mettant fin à l'existence d'une politique de sanctions par exemple. Mais des militaires qui ont tant de sang sur les mains peuvent-ils rendre volontairement le pouvoir ? Les généraux soudanais ont fait semblant de donner des gages à l'Amérique : en particulier lorsqu'ils ont - contre monnaies sonnantes et trébuchantes - accepté de reconnaître l'Etat d'Israël, dans le contexte d'un élargissement des accords d'Abraham.   Mais ils ne sont visiblement pas prêts à aller plus loin dans les concessions. Céder le pouvoir est exclu et même le partager entre eux est devenu désormais impossible. Le numéro 1, le général Burhan, veut contrôler les forces spéciales qui constituaient hier la garde prétorienne du président Omar Al Bachir. Pour le numéro 2, « Hemetti », ce scénario est tout simplement inacceptable. Le pouvoir, c'est l'enrichissement dans les systèmes autoritaires non démocratiques. Le pouvoir corrompt, dit-on. Le pouvoir absolu corrompt absolument.   La guerre civile qui ensanglanta dernièrement l'Ethiopie opposait des ethnies rivales. Il est difficile de trouver des explications autres que le simple appât du gain, aux affrontements qui viennent d'éclater au Soudan et qui risquent de conduire le pays, sinon la région, au chaos. Une catastrophe humanitaire d'une grande ampleur est en marche à nouveau sur le continent africain. Cette fois, la communauté internationale ne détourne pas pudiquement les yeux, mais pour combien de temps ? Le poison de l'indifférence se combine si facilement à celui de l'ignorance. Pourtant, le Soudan, avec ses 45 millions d'habitants, est un pays qui compte. Et plus encore par sa géographie que par sa démographie. N'a-t-il pas des frontières communes avec sept autres pays Africains ? Ne longe-t-il pas la mer Rouge, par laquelle l'approvisionnement en pétrole de l'Europe se fait ?  Le pouvoir pour l'enrichissement de certainsLes Etats du Golfe, très impliqués dans l'évolution du Soudan, craignent l'extension du chaos à leur porte. Les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite soutiennent le régime militaire depuis sa prise de pouvoir, avec une apparente préférence des Saoudiens pour le numéro 2, le général « Hemetti ». A l'inverse, l'Egypte du maréchal Sissi - réflexe légitimiste de militaire ? - soutient clairement le chef de l'armée, le général Burhan. La Russie est elle aussi impliquée dans le conflit.Le chef du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, est selon le département du Trésor américain, l'heureux propriétaire d'une mine d'or soudanaise et a des liens privilégiés avec le général « Hemetti » à travers des mines contrôlées par ce dernier au Darfour. Dans les années 1960-1970 en Amérique Latine, lorsque les militaires étaient incapables de résoudre la crise économique, ils rendaient le pouvoir aux civils.   A Myanmar en Asie, tout comme au Soudan en Afrique, les militaires ne cachent même plus leurs visées kleptocratiques. Le pouvoir n'est pas exercé pour le bien de tous, mais strictement pour l'enrichissement de certains. « Nous allons faire une immense fortune, une fortune immense », disait Talleyrand à Fouché après sa nomination comme ministre des relations Extérieures du Directoire. Visiblement, les chefs de l'armée soudanaise n'ont pas su s'entendre pour partager entre eux les bénéfices du pouvoir. Depuis une semaine - et de leur seul fait - le monde est encore un peu plus chaotique.  Dominique Moïsiest géopolitologue.   Dominique Moïsi </text>
	

	<text titre="Penser la Russie, une urgence pour l'Europe" date="2023 04 28T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24474" auteur="mandeville, laure" annee="2023" mois="4" jour="28" journal_clean="Le Figaro" keywords="homme, europe, russie" langue="fr"> La Russie est « l'homme malade de l'Europe ». Elle s'enfonce dans une catastrophe nationale, et l'effondrement qui se profile risque de ressembler, par son ampleur, à la tourmente de 1917. Après avoir écrasé tous les contre-pouvoirs en vingt ans, Vladimir Poutine, son homme fort (qui ne l'est plus vraiment), s'est lancé dans une aventure militaire qui n'a fait qu'accélérer le désastre moral où baignait déjà le pays, miné par la corruption et l'arbitraire. Elle a surtout révélé que la remise en ordre de l'État, dont se targuait Poutine, n'avait pas eu lieu, et que l'armée n'était pas cet outil moderne et rénové qu'il croyait avoir reconstruit. « Tout est pourri, Poutine n'a rien fait, ils ont tout volé et ils vont se noyer ensemble » ,lance un proche du régime à son ami oligarque lors d'une conversation incroyablement révélatrice de l'état de déliquescence, interceptée au début de l'année par les services de renseignement occidentaux. À cet égard, la guerre en Ukraine a fait tomber les masques sur une autocratie finissante sans garde-fous. La désinstitutionnalisation des processus politiques est apparue omniprésente, transformant les ministres et les institutions en « mécanismes » au service d'un Poutine ivre de sa toute-puissance. Le président aurait décidé « l'opération spéciale » en dépit du désaccord du chef d'état-major, Valéri Guerassimov. Depuis, des apprentis tyrans de tout poil, dont le patron de la milice Wagner, Evgueni Prigojine, est l'incarnation, surgissent sur cette scène crépusculaire et barbare, croyant tenir leur moment. « J'ai revu des images des fastes incroyables du 300e anniversaire de la dynastie Romanov. Quatre ans plus tard, le tsarisme qui se croyait immortel avait disparu ! » , avertit un diplomate polonais, persuadé que l'ère Poutine se termine.
Moscou étant imprévisible, beaucoup d'observateurs ont la tentation du « fossé » pour tenir à distance « les crocodiles » russes, note l'ancien journaliste vedette Evgueni Kissilev, aujourd'hui en exil. À l'autre extrême, il y a ceux qui veulent dialoguer à tout prix avec les « crocodiles » , au motif qu'ils ne se transformeront jamais en « agneaux ». Dans les deux cas, c'est une curieuse manière de préparer l'avenir. L'ancien premier ministre lituanien Andrius Kubilius juge, lui, qu'il est indispensable de saisir « l'opportunité stratégique »de la guerre pour aider à « une transformation majeure de la région Est du continent ».Il faut, dit-il, parier sur une transformation démocratique de la Russie en exprimant clairement aux Russes qu'il y aura, en cas de défaite de Moscou, non seulement une reconstruction pour l'Ukraine et un tribunal pour Poutine, mais une place centrale en Europe pour une Russie qui rejetterait l'empire et l'autocratie. Son argument massue est que si l'Europe ne se saisit pas du problème russe, celui-ci se saisira de nous, selon la phrase de Bismarck. Kubilius est persuadé que rien ne condamne la Russie à l'autocratie pour toujours. Il croit à l'avènement possible d'une perestroïka 2.0 pour stopper cette trajectoire catastrophique, et appelle l'Europe à faire ce qu'elle peut pour inciter les élites russes aujourd'hui silencieuses, qui rejettent les crimes de Poutine, à se mobiliser. Élément intéressant, le conseiller spécial du président Volodymyr Zelensky, Mikhaïlo Podoliak, est sur la même longueur d'onde. Estimant que la spirale de répression qui se déploie en Russie montre que le régime n'a plus rien à proposer, il parie, après la victoire de l'Ukraine (qu'il juge certaine), « sur une période de troubles sociaux »débouchant sur « une transformation de la Russie en démocratie faible » ,menée par « des élites rénovées ». Serons-nous prêts ? - </text>
	

	<text titre="Le patron de Wagner s'en prend violemment à l'armée russe" date="2023 05 06T00:00:00" journal="Libération" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="6" journal_clean="Libération" keywords="armée" langue="fr"> «Où sont mes putains de munitions ? Vous traînez, salopards, dans vos clubs de luxe, vos enfants mènent la belle vie et font des vidéos sur YouTube. Vous pensez avoir le droit d'envoyer ces gars à la mort.» Dans deux vidéos, Evgueni Prigojine étrille les deux plus hauts responsables militaires russes et menace, faute de munitions, de retirer ses hommes de Bakhmout. Une nouvelle étape dans le divorce entre le groupe paramilitaire et l'armée. A lire sur Libé.fr. Photo Tass. ABC. Andia.fr </text>
	

	<text titre="À Bakhmout, le torchon brûle entre Wagner et Moscou" date="2023 05 07T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="7" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="evgueni, état-major, russe, wagner, munitions, bakhmout, paramilitaire" langue="fr"> Maxime Poul   Tensions maximales entre Wagner et Moscou. La société paramilitaire accuse l'état-major russe de ne pas lui fournir suffisamment de munitions. Ce n'est pas la première fois qu'Evgueni Prigojine, chef de Wagner, porte de telles accusations alors que sa milice se situe en première ligne dans la bataille de Bakhmout, épicentre des combats entre Russes et Ukrainiens depuis de nombreux mois.   Mais cette fois-ci, Prigojine a franchi une nouvelle étape en prenant directement à partie Sergueï Choïgou, ministre de la Défense russe, et Valeri Guerassimov, chef d'état-major général des forces armées russes, dans une vidéo où il montre des cadavres de sa milice avant d'évoquer une pénurie de munitions de l'ordre de 70 %.
Selon lui, ce manquement serait volontaire de la part de l'état-major, désireux de le priver d'une victoire qui ferait de l'ombre à l'armée régulière. « Le 9 mai 2023, nous étions censés prendre Bakhmout, mais sachant cela, à partir du 1 er mai, des bureaucrates nous ont pratiquement coupés de toutes nos munitions d'artillerie », accuse-t-il.  L'armée russe « veut reprendre la main »Après avoir annoncé qu'il allait retirer ses troupes le 10 mai, le chef du groupe paramilitaire vient de demander à l'armée russe l'autorisation de céder ses positions dans la ville ukrainienne de Bakhmout aux troupes du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov.   « Je vous demande d'émettre un ordre de bataille sur le transfert, avant minuit le 10 mai, des positions du groupe Wagner aux unités du bataillon Akhmat », a-t-il indiqué dans une lettre adressée à Sergueï Choïgou, où il évoque à nouveau « une longue pénurie de munitions ».   Les relations sont au plus mal entre les deux parties et ce n'est sans doute pas un hasard si cela arrive au moment où le rapport de force s'est inversé, explique David Teurtrie, enseignant en géopolitique de la Russie à l'Inalco : « L'armée avait besoin de Wagner et des Tchétchènes entre juillet et novembre 2022, à un moment où les troupes russes étaient insuffisantes sur le terrain et où ils avaient besoin de supplétifs comme Wagner. Maintenant que l'armée russe dispose de plus de soldats, elle veut reprendre la main. »   Cependant, le groupe paramilitaire reste toujours utile aux yeux de l'état-major pour effectuer les opérations où les pertes humaines sont nombreuses, notamment en milieu urbain, afin de transférer les pertes humaines au groupe privé et non à l'armée, précise David Teurtrie.   L'an passé, les victoires russes sur le terrain étaient beaucoup attribuées à Wagner et aux Tchétchènes, pendant que l'armée russe essuyait de nombreuses critiques, une situation que n'aimerait pas revivre l'exécutif russe. Y a-t-il vraiment des problèmes d'approvisionnement ou cela fait partie d'un jeu subtil de l'armée russe ? « C'est très difficile à dire, cela relève du service de renseignement », relève le chercheur à l'Observatoire des États post-soviétique.   Pour Lukas Aubin, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), l'hypothèse d'un jeu subtil de l'armée russe est très peu probable, la victoire face à l'Ukraine étant toujours la priorité de la Russie. « C'est une possibilité, mais je trouverais ça contre-productif, surtout quand on connaît les difficultés de l'armée russe sur le terrain. »  Les faiblesses du système de PoutineCe spécialiste de la géopolitique de la Russie estime que, compte tenu des nombreuses pertes de Wagner pour prendre Bakhmout et du timing de l'annonce, Evgueni Prigojine pourrait vouloir s'offrir une porte de sortie avant la contre-offensive du printemps ukrainienne qui s'annonce massive et qui pourrait provoquer un nouveau massacre au sein de sa milice.   Mais selon lui, les annonces du chef de Wagner montrent que l'armée russe reste dépendante de sa milice. « Habituellement, Prigojine critique des intermédiaires ou l'état-major russe. Là, il s'en prend directement à Choïgou et Guerassimov, des hommes importants dans l'organigramme en Russie. Ça montre que si Wagner est certes moins important que l'armée russe, l'armée russe a besoin de Wagner sur le terrain. »   Malgré cela, David Teurtrie estime qu'un retrait de Bakhmout de Wagner est improbable. « Ce n'est pas sérieusement envisagé tant que Bakhmout n'est pas contrôlé par l'armée russe. Prigojine est devenu important au sein du pouvoir russe, c'est pour cela qu'il se permet de faire de telles déclarations, mais j'imagine mal l'idée que Wagner parte sans l'aval de l'armée russe. » En revanche, un scénario où Wagner finit le travail et l'armée russe prend le relais lui semble plus probable.   Ce conflit montre toutes les faiblesses du système russe conçu par Vladimir Poutine, analyse Lukas Aubin. « Quand on construit un régime vertical clientéliste autocratique, il y a des rivalités qui naissent, on le voit avec celles-ci entre les milices privées, l'armée et certaines personnalités. La seule personne qui est épargnée, c'est Vladimir Poutine, jusqu'au jour où quelqu'un franchira le pas. Mais pour le moment, ce n'est évidemment pas le cas... » </text>
	

	<text titre="Wagner, un ennemi dans la mire" date="2023 05 09T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="9" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="nationale, russe, wagner, assemblée, ennemi, france" langue="fr"> Henri Vernetet Christel Brigaudeau   La France aura bientôt un nouvel ennemi, désormais clairement défini : la milice russe Wagner. Ce mardi, l'Assemblée nationale examine une résolution portée par des députés de droite et de gauche (à l'exception de LFI, dont la position n'était « pas arrêtée » lundi soir, et du RN, qui la votera, comme Marine Le Pen l'avait annoncé dans nos colonnes) demandant l'inscription de cette société militaire privée (SMP) sur la liste de l'Union européenne des organisations terroristes.   Si Kiev a fait savoir qu'il espère un vote positif, le texte va au-delà du signal politique à l'allié ukrainien. Il cible la firme de l'oligarque Evgueni Prigojine comme un ennemi qui combat la France de façon directe. Terrain privilégié de cet affrontement : l'Afrique francophone, où Wagner a considérablement accru sa présence, sous différentes formes, depuis sa création en 2014. Les Américains ont déjà classé la SMP sur leur liste des « organisations criminelles transnationales ». « Le classement permettra, avec nos alliés américains, de renforcer les moyens pour bloquer les flux financiers qui irriguent l'entreprise, mettre la pression sur les établissements, entreprises, banques qui travaillent avec eux », espère Benjamin Haddad, le député (Renaissance) à l'origine de la proposition. 
La Russie présentée en pays « libérateur »« Wagner n'est pas simplement une compagnie de mercenaires. C'est aussi de la désinformation et de la propagande, un service de sécurité des autocrates, un service de sécurisation des matières premières en vue de leur exploitation... », explique Julien Théron, professeur à Sciences-po et chercheur en sécurité internationale.   Exemple, la Centrafrique, premier pays de l'ex-pré carré de Paris en Afrique d'où les Français ont été évincés par Wagner. La firme a fait nommer l'un des siens conseiller pour la sécurité du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra, monté une garde prétorienne matant la « rébellion » à coups d'exactions contre des civils, organisé la prédation à son profit des richesses minières (diamant, or...) et acquis à sa cause l'une des principales radios du pays, Lengo Songo, désormais surnommée « la radio des Russes ». D'autres relais participent à lustrer l'image d'une Russie présentée en pays « libérateur » face à l'ex-puissance coloniale française.   En juillet 2022 est ainsi née l'Organisation africaine de la russophonie, censée concurrencer la francophonie sur le continent. Moscou peut compter sur le soutien de plusieurs influenceurs, ennemis revendiqués des pays occidentaux. Parmi ces relais zélés, l'activiste franco-béninois Kémi Séba (lire ci-contre), ou la youtubeuse suisso-camerounaise Nathalie Yamb, qui se surnomme « la dame de Sotchi » depuis son intervention en 2019 au premier sommet Russie-Afrique organisé sur les rives de la mer Noire. La deuxième édition du sommet est annoncée le 26 juillet à Saint-Pétersbourg, ville de Poutine, de Prigojine et du groupe Wagner, qui y a inauguré son QG le 4 novembre.  Une riposte « stratégique »Au Mali, le Kremlin s'est attiré les louanges de l'influent activiste Adama Diarra, alias Ben le Cerveau. Après avoir réclamé (puis salué) la fin de la présence française dans le pays et l'arrivée des Russes, il organisait le 28 avril une manifestation contre les casques bleus de la Minusma. Dans l'assistance, des balais brandis au son d'« ONU dégage ». Et des drapeaux russes. « Wagner a développé une stratégie en trois temps, développe une source diplomatique. D'abord, éliminer la France avec des infox sur son néocolonialisme et de prétendues exactions. Puis susciter l'attente de ce qui viendra à sa place, en mieux. Enfin, magnifier la coopération entre Wagner et les gouvernements locaux. »   Entre la compagnie de Prigojine et le Kremlin, se joue la « rencontre de deux intérêts, décrypte la même source. Celui de la Russie, qui veut rallier des pays africains à sa tentative de monter une grande coalition antioccidentale et s'attacher des États prêts à voter en sa faveur à l'ONU; et l'intérêt particulier de Wagner qui se finance sur le dos des pays clients ». Et ça marche, comme l'a montré le vote du Mali - parmi des pays aussi « recommandables » que la Corée du Nord, la Syrie ou la Biélorussie - contre la condamnation de l'invasion russe en Ukraine.   En décembre 2022, puis en janvier et en mars, trois dessins animés de propagande mettant en scène des soldats de Wagner « chassant » les Français de pays africains ont circulé sur les réseaux sociaux. Sur l'un des films, on voit un milicien tuer à coups de hache un rat bleu-blanc-rouge à béret, qui terrorisait un citoyen burkinabé dans sa maison. « Il est certain que ces actions de guerre informationnelle instillent une petite musique, elles créent un climat de suspicion généralisé. C'est un poison lent qui peut avoir à terme des effets significatifs », estime le député (Renaissance) Thomas Gassilloud, qui préside la commission Défense à l'Assemblée nationale. L'état-major français prend ces tentatives de déstabilisation très au sérieux. La guerre informationnelle est désormais considérée comme un terrain stratégique au même titre que l'espace ou le cyber. Les ministères des Affaires étrangères et des Armées concoctent une « stratégie nationale » pour lutter contre les ingérences étrangères dans le champ de l'information, qui devrait être finalisée dans les prochains mois.  Détricoter les infoxDéjà le Quai d'Orsay abrite une sous-direction de veille stratégique. Pilotée par un diplomate passé par un think tank américain spécialisé dans l'antiterrorisme, elle traque les tendances sur le Web, identifie les menaces et prépare les actions de détricotage des intox. Cas d'école de cette lutte : le faux charnier de Gossi, une infox fabriquée par Wagner en avril 2022, visant à faire croire que les militaires français avaient laissé derrière eux des corps de civils, lors du retrait du Mali des troupes de l'opération Barkhane. Grâce à des images satellites, l'état-major a pu prouver la mise en scène - on voyait les mercenaires russes enterrer des corps à proximité d'une base militaire quittée un peu plus tôt par les Français. </text>
	

	<text titre="L’Ukraine mise sur le « brouillard » pour affoler la Russie" date="2023 05 09T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cédric pietralunga" annee="2023" mois="5" jour="9" journal_clean="Le Monde" keywords="brouillard, militaires, général, russie, guerre, mise, appellent" langue="fr"> Les militaires appellent cela le « brouillard de la guerre ». Théorisée au début du XIXe siècle par le général prussien Carl von Clausewitz, cette expression désigne, lors des conflits armés, le flou volontairement entretenu par les belligérants sur leurs forces, leurs positions ou encore leurs objectifs. « Le brouillard est la condition structurelle de la guerre. On le provoque pour assurer la sûreté de ses opérations. Et les Ukrainiens sont très doués à ce jeu-là », explique Joseph Henrotin, chargé de recherche au Centre d’analyse et de prévision des risques internationaux, et rédacteur en chef du magazine Défense &amp; sécurité internationale.   Alors que Kiev annonce depuis le début du printemps l’imminence d’une contre-offensive de ses troupes contre l’ennemi russe, l’armée ukrainienne multiplie les opérations destinées à épaissir ce brouillard. De nombreuses attaques de drones ont été répertoriées ces derniers jours sur des positions situées dans les territoires ukrainiens occupés mais aussi en Russie.
Le 29 avril, une frappe a provoqué un gigantesque incendie dans un dépôt de carburant du port de Sébastopol, quartier général de la flotte russe de la mer Noire. Le 2 mai, un autre site pétrolier a pris feu dans le village russe de Volna, proche de la Crimée. Le 4 mai, une explosion a touché une raffinerie de pétrole à Ilsky, dans la région russe de Krasnodar.  Dispersion des actionsLes opérations de sabotage s’accélèrent également. Les 1er et 2 mai, deux trains de marchandises ont déraillé dans la région russe de Briansk, non loin de la frontière avec l’Ukraine, après avoir été touchés par des engins explosifs. Lundi, une ligne électrique près d’un village situé au sud de Saint-Pétersbourg a été endommagée. Le service fédéral de sécurité russe (FSB) a par ailleurs annoncé avoir démantelé un réseau de partisans ukrainiens « qui prévoyait de commettre une série d’actes importants de sabotage et de terrorisme en Crimée », selon un communiqué publié le 3 mai. Sept personnes auraient été arrêtées.   De la même façon, les forces ukrainiennes mènent depuis la mi-avril d’innombrables petites attaques tout au long des 1 800 kilomètres de front, du delta du Dniepr à la région de Koupiansk, en passant par celles d’Orikhiv ou de Pavlivka.   Prises isolément, ces actions n’ont pas d’effet stratégique ou même opératif, mais leur dispersion les rend difficiles à interpréter pour Moscou. « Les Ukrainiens tapent aussi bien au nord qu’au sud ou à l’est, ce qui impose des dilemmes à l’état-major russe. Soit celui-ci choisit de tout défendre, au risque d’être faible partout, soit il concentre ses forces à certains endroits, ce qui en laisse d’autres vulnérables », explique M. Henrotin.   Le choix est d’autant plus cornélien pour les Russes qu’ils ont peu de moyens de savoir où les troupes ukrainiennes vont se concentrer. Moscou ne dispose que de deux satellites militaires d’observation optique, Persona 2 et Persona 3. Situés en orbite basse, ils ne peuvent rester au-dessus d’une position fixe, à la différence d’un satellite géostationnaire. « Les Ukrainiens connaissent leurs heures de passage et se cachent lorsqu’ils arrivent au-dessus de leurs têtes », affirme une source militaire française. La flotte russe de drones d’observation Orlan, très sollicitée au début de la guerre, a connu d’importantes pertes, et les avions de reconnaissance Iliouchine Il-20 ou Antonov An-30 s’approchent peu de la frontière ukrainienne, par peur des systèmes de défense antiaérienne.   Ce quasi-aveuglement contraste avec la masse de données dont disposerait à l’inverse l’Ukraine. Depuis l’été 2022, Kiev loue un satellite d’observation radar à la société finlandaise Iceye qui lui permet d’observer le sol, y compris de nuit ou sous une importante couverture nuageuse. Kiev a également passé un accord avec la start-up pour avoir accès aux images à haute résolution de ses vingt autres satellites, ce qui lui assure une fréquence d’observation élevée des sites surveillés, à la différence des Persona russes. Les Occidentaux donnent aussi aux Ukrainiens un accès à leurs propres moyens satellitaires, qui sont d’une ampleur sans commune mesure avec ceux de la Russie.   Les Etats-Unis et plusieurs pays européens, dont la France, multiplient par ailleurs les vols de renseignement électromagnétique aux frontières de l’Ukraine. Jeudi 4 mai, une demi-douzaine d’aéronefs a encore sillonné le flanc est de l’Europe, depuis la Finlande jusqu’à la mer Noire. Pour la deuxième fois seulement depuis l’interception d’un de leurs drones par des Soukhoï Su-27 russes, le 14 mars, les Américains ont notamment envoyé un RQ-4 Global Hawk au-dessus de la mer Noire. Ces vols permettent d’établir ce que les militaires appellent un « Electronic Order of Battle » (EOB), une cartographie de tous les systèmes émetteurs d’ondes radar de l’adversaire.   Outre ces éléments matériels, les responsables ukrainiens et occidentaux multiplient les déclarations destinées à troubler les Russes. Le 27 avril, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a ainsi affirmé que « les alliés(…) [avaient] envoyé en Ukraine 230 chars, 1 550 véhicules blindés et des quantités importantes de munitions, soit 98 % des matériels promis, afin d’équiper neuf nouvelles brigades blindées ». « Cela placera l’Ukraine en position forte pour continuer à reprendre le territoire occupé », a-t-il ajouté, conscient de l’impact que ces paroles peuvent avoir sur le moral des troupes de Moscou.   Plus mystérieux, l’armée ukrainienne a annoncé la mise en place, à partir de vendredi soir, 5 mai, d’un couvre-feu de cinquante-huit heures à Kherson, ville située à l’embouchure du Dniepr et qui avait été libérée par les troupes de Kiev en novembre 2022. « Il sera interdit de se déplacer et de se trouver dans les rues.[Kherson] sera également fermée à l’entrée et à la sortie », a expliqué le responsable de l’administration militaire locale, Oleksandre Prokoudine, dans un communiqué publié le 3 mai. Une information qui peut tout aussi bien signifier l’imminence d’une attaque ou n’être qu’une opération de « déception », destinée à tromper l’ennemi.   Menace de Prigojine Ce brouillard entretenu est-il en train de provoquer de la fébrilité du côté russe ? Jeudi, le patron de la société russe de mercenaires Groupe Wagner, Evgueni Prigojine, a diffusé une vidéo où il invective avec violence le ministre russe de la défense et le chef d’état-major des armées. « Nous manquons de 70 % de munitions ![Sergueï] Choïgou,[Valéri] Guerassimov, où sont ces p… de munitions ? », y lance l’affairiste devant des alignements de cadavres présentés comme ceux de mercenaires russes. Dans une autre vidéo publiée le lendemain, Evgueni Prigojine menace même de retirer ses troupes de Bakhmout le 10 mai s’il n’obtient pas les approvisionnements qu’il réclame.   Autre signe d’inquiétude, la Russie a annoncé, vendredi, l’évacuation partielle de dix-huit villages sous occupation russe dans l’oblast de Zaporijia, dans le sud de l’Ukraine. « Ces derniers jours, l’ennemi a accentué les bombardements sur les localités situées à proximité directe de la ligne de contact », a justifié sur Telegram Evgueni Balitski, le responsable régional installé par Moscou.   Pour les experts militaires, c’est le signe que l’état-major russe craint que la contre-offensive ukrainienne se déroule à cet endroit et veut s’y préparer. Choix pertinent de Moscou ou manipulation de Kiev réussie ? L’issue de la bataille en devenir dépend pour partie de la réponse. p </text>
	

	<text titre="En Ukraine, « les Russes pissent le sang »" date="2023 05 09T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jean-dominique merchet @jdomerchett" annee="2023" mois="5" jour="9" journal_clean="L'Opinion" keywords="commémore, sang, principales, fêtes, nationales, victoire, pissent_le_sang, Russes_pissent_le_sang, pissent, jour, russie, russes, allemagne, succès, nazie, ukraine" langue="fr"> Alors que la Russie célèbre aujourd'hui le Jour de la Victoire, l'une des principales fêtes nationales du pays, qui commémore le succès sur l'Allemagne nazie, les premières phases de la contre-offensive ukrainienne ont sans doute déjà commencé. Les pertes russes sont estimées à près de 200 000 hommes.
Page 7   La Russie a intensifié ses bombardements sur Bakhmut dans l'espoir d'en prendre le contrôle d'ici à mardi 9 mai, a déclaré dimanche soir le général ukrainien en charge de la protection de la ville ukrainienne, assiégée par l'armée russe. « Notre mission est d'empêcher cela » a ajouté le général Oleksandre Syrskyi. Par ailleurs, la Russie a lancé plusieurs frappes aériennes sur Kyev et d'autres villes d'Ukraine dans la nuit de dimanche à lundi. Le 9 mai, est le Jour de la Victoire, l'une des principales fêtes nationales en Russie, qui commémore le succès sur l'Allemagne nazie.   En Ukraine, « les Russes pissent le sang ». A la veille du défilé sur la Place rouge à Moscou, le constat de ce haut responsable français est sans détour, alors que l'Ukraine reprend l'initiative en vue d'une contre-offensive très attendue.   Les Ukrainiens estiment ainsi les pertes (morts, blessés, disparus, prisonniers) des forces russes à près de 200 000 hommes, dont plusieurs dizaines de milliers de morts. C'est plus que l'effectif engagé initialement le 4 février 2022. Certes, il faut prendre ces chiffres avec des pincettes, mais ils donnent la mesure de l'échec de l'« opération militaire spéciale » lancée par le Kremlin. On ignore le niveau des pertes ukrainiennes, sans doute très élevé également. Toutefois, un élément nous permet d'estimer, comme le font les analystes occidentaux, qu'il est inférieur à celui de leur ennemi: si l'état-major ukrainien a accepté de poursuivre la bataille de Bakhmut, c'est parce qu'il estime que c'est « rentable » pour lui. Le chef du renseignement militaire ukrainien, le général Kyrylo Budonov l'explique en ces termes à Yahoo News: « On tue des Russes et on va continuer à le faire partout. » Résultat: « Ils n'ont plus la capacité de lancer des offensives. » En Russie, chaque 9 mai, Jour de la Victoire, est commémoré le succès soviétique face à l'Allemagne nazie, mais cette année, l'ambiance n'est pas vraiment à la victoire. Les cérémonies seront plus modestes que d'habitude, lorsqu'elles n'ont pas été simplement annulées, comme en Crimée ou dans certaines villes russes. Les forces de sécurité sont sur les dents, craignant une action ukrainienne, après l'épisode obscur de la vraiefausse attaque de drones sur le Kremlin dans la nuit du 2 au 3 mai.   Le chef d'état-major russe, le général Valeri Guerassimov, est bien conscient de la précarité de la situation, près de quinze mois après le début de l'invasion de l'Ukraine. Il installe ses forces sur des lignes défensives, comme le décrit l'Institut for the Study of War (ISW). De fait, l'armée russe a renoncé, du moins pour l'instant, à toute nouvelle poussée sur le front, après l'échec de sa campagne d'hiver. Contrairement aux promesses faites à Vladimir Poutine et sans cesse renouvelées depuis plus d'un an, les forces russes ne sont pas parvenues à conquérir l'ensemble des deux régions du Donbass: si elles contrôlent bien 98% de l'oblast de Luhansk, plus de 40% de celui de Donetsk leur échappent toujours.   « Désorganisation ». La tâche n'est pas facile pour le commandement militaire russe. Celui-ci n'a, en effet, qu'une autorité parcellaire sur l'ensemble des forces déployées sur les 1 400 ki lomètres de front. On vient de le voir avec l'épisode du chantage du patron de Wagner, Evgueni Prigojine et, dans une moindre mesure du Tchétchène Ramzan Kadyrov. Pour obtenir plus de munitions, Prigojine avait menacé de retirer ses troupes de Bakhmut, où elles conduisent l'assaut dans la zone urbanisée. Elles auraient été remplacées par les Tchétchènes, qui auraient alors quitté les zones qu'ils tiennent ailleurs sur le front. Au-delà de la haine entre Wagner et l'étatmajor russe, ce dernier estime que la priorité est à la consolidation des lignes de défense, pas au gaspillage de munitions dans une bataille sans intérêt stratégique majeur.   Le simple fait qu'un tel épisode puisse se produire publiquement illustre ce qu'un haut responsable français qualifie de « désorganisation ». Vladimir Poutine n'a visiblement pas la capacité politique de remettre durablement de l'ordre dans les forces engagées en Ukraine. Le jeu solitaire du patron de Wagner et sa dénonciation virulente de l'armée, comme la valse incessante des grands chefs militaires, en témoignent. Poutine n'est pas Staline: imagine-t-on le vojd (guide en russe, appellation du dirigeant soviétique)   supporter les déclarations et le chantage d'un Prigogine? « On voit que Poutine est resté un chef mafieux, un produit des années 1990 », entendon dans les milieux spécialisés.   Le Jour de la Victoire se déroule cette année dans l'attente de la contre-offensive ukrainienne. L'objectif politique de Kiev est de reconquérir les18 % de son territoire (y compris la Crimée) envahis par son voisin, mais l'ambition est moindre sur le plan militaire. Dans le Washington Post, le ministre de la Défense, Oleksii Reznikov, prend les devants: « Les attentes sur notre campagne de contre-offensive sont surestimées dans le monde. La plupart des gens attendent quelque chose d'énorme » ce qui, selon lui, pourrait entraîner une « déception émotionnelle ». Surprises. Le président Zelensky est soumis à une double pression. D'un côté, les Occidentaux, Américains en tête, et l'opinion publique ukrainienne attendent rapidement une victoire majeure. De l'autre, l'armée ukrainienne veut prendre son temps, accumuler le maximum de troupes entraînées, d'armements et de munitions, avant de se lancer dans une offensive. Pour l'instant, la météo est l'alliée de l'état-major ukrainien. Les pluies de printemps ont rendu le terrain impraticable et il faudra plusieurs jours de beau temps sec pour changer la donne.   Ceux qui s'attendent alors à un assaut digne des grandes heures du cinéma hollywoodien risquent d'être déçus. L'offensive ukrainienne va réserver des surprises, à la fois sur sa forme, son lieu d'application et son tempo. Il est d'ailleurs probable que les opérations aient déjà commencé, au moins dans la première phase de la planification opérationnelle. On l'observe sur plusieurs plans, en particulier avec la multiplication des opérations spéciales ou clandestines à l'arrière du front, où l'on constate beaucoup d'explosions. La manoeuvre est également logistique et « informationnelle ». La communication ukrainienne vise à créer le doute chez l'ennemi. Celui-ci doit tenir un immense front ainsi que les arrières, sans avoir les forces nécessaires, même si l'on estime que 300000 Russes sont actuellement engagés en Ukraine.   Enfin, les opérations de renseignement battent leur plein. A cet égard, l'Ukraine dispose d'un avantage considérable: le soutien des Occidentaux, surtout Américains, ainsi que les réseaux de résistance dans les zones occupées. L'imagerie satellitaire, la guerre électronique, le renseignement humain couplé à des capacités de synthèse et d'analyse de premier ordre fournissent, en direct, un tableau précis du dispositif russe. Rien de comparable en face. L'un des meilleurs connaisseurs du sujet, Gaston Erlom (un pseudonyme) décrit dans le mensuel spécialisé Raids, « les pannes et limites du renseignement russe ». On devrait en voir rapidement les conséquences sur le terrain.   @jdomerchett   Poutine n'est pas Staline: imagine-t-on le vojd (guide en russe, appellation du dirigeant soviétique) supporter les déclarations et le chantage d'un Prigogine? </text>
	

	<text titre="KÉmi SÉbaiL'influenceur anti-France chouchouté par  Prigojine" date="2023 05 09T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="ch.b." annee="2023" mois="5" jour="9" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="kémi, séba, discours" langue="fr"> Sa carrure imposante, cintrée dans un costume grenat, se penche légèrement au-dessus du pupitre. Kémi Séba détache ses mots au micro. Il laisse des silences lester de solennité son discours sur un thème imposé : « Russie- Afrique dans un monde multipolaire ». Ce 16 mars, l'activiste franco-béninois, autoproclamé penseur du « panafricanisme au XXI e siècle », est l'invité d'honneur de la Douma, le parlement russe, qui tient congrès pour deux jours avec une quarantaine de délégations africaines. L'homme au million d'abonnés sur Facebook connaît Moscou. À la chaîne Russia Today, il dit être ici en terre « amie ». Alexandre Douguine, le théoricien d'extrême droite proche de Poutine, est un « camarade ». Tous les deux, expliquera-t-il, se retrouvent dans la « détestation » du « progressisme dégénéré » de l'Occident - synonyme d'ennemi absolu.
Au micro, Séba déroule sa partition mille fois répétée sur la nécessaire révolution d'une Afrique affranchie des anciennes puissances coloniales, et libre de nouer ses propres alliances. Il a choisi les siennes : il se réclame proche de la Turquie d'Erdogan, l'Iran des mollahs, Cuba, et la Russie de Poutine, qui lui accorde des égards de chef d'État, et subventionne ses activités.  Avocat convaincu du chef du KremlinSelon une enquête publiée le 31 mars par le magazine « Jeune Afrique », avec Arte et le journal allemand « Die Welt », Kémi Séba n'est pas seulement un allié objectif de Moscou. Son ONG Urgences panafricaines a été financée par le groupe Wagner, pour plus de 400 000 € entre octobre 2018 et juillet 2019.   La nouvelle fait mauvais genre sur le CV d'un révolutionnaire qui revendique son indépendance. « Je ne suis pas la pom-pom girl des Russes », se défend-il au téléphone, avant que l'entretien ne tourne court, le militant jugeant « insultant » d'être interrogé par un média français sur les ressorts de ses amitiés russes.   « Comme d'autres influenceurs, Kémi Séba a son propre agenda et peut se montrer critique vis-à-vis de la Russie, constate Kélian Sanz-Pascual, chargé de recherche à l'institut Geode de l'université Paris-VIII, et analyste géopolitique chez Cassini Conseil. Mais il reste un relais très important de la Russie pour sa propagande. » Et pour cause : le quadragénaire se montre un avocat convaincu du chef du Kremlin, clamant par exemple que l'invasion décidée par Poutine serait la juste reconquête « de terres qu'on lui a volées ».  D'agitateur extrémiste à leader révolutionnaireUn discours martelé auprès d'une audience large, en Afrique mais aussi en Europe, où Kémi Séba vient d'achever une tournée de conférences, en région parisienne, en Suisse, en Belgique ou en Angleterre. Les images montrent des salles pleines, et les « likes » s'accumulent sur ses médias sociaux. Longtemps, son nom est resté davantage connu de la justice que du grand public. Né à Strasbourg, et grandi en région parisienne, il s'est fait connaître en 2006 en tant que fondateur de la Tribu Ka - groupuscule dissout après une marche à caractère antisémite, rue des Rosiers à Paris. Un temps proche de Dieudonné, il a multiplié les invectives ultra-violentes et les initiatives au bas mot polémiques.   Dès 2020, le chercheur Christophe Premat constatait que l'activiste connu comme « une figure extrémiste, un suprémaciste noir et un antisémite notoire » reçoit « un écho grandissant en France et en Afrique francophone ». Depuis son installation à partir de 2011 au Sénégal puis au Bénin, il a accompli une mue, d'agitateur extrémiste à leader révolutionnaire reconnu. Son discours, cependant, « ne porte pas auprès de toute une génération instruite qui veut sortir des positions idéologiques », commente Thierry Hountomey, le président de l'Association des ressortissants béninois de France. Ce n'est pas Kémi Séba qui fera changer les choses. » </text>
	

	<text titre="9 Mai : entre Poutine et  Prigojine, deux salves deux ambiances" date="2023 05 10T00:00:00" journal="Libération" auteur="par veronika dorman" annee="2023" mois="5" jour="10" journal_clean="Libération" keywords="rouge, poutine, prigojine, place, mots" langue="fr"> «La civilisation est de nouveau à un tournant. Une guerre a été lancée contre notre patrie.» C'est avec ces mots que Vladimir Poutine du commencé son discours annuel, mardi, sur la place Rouge à Moscou, pour commémorer la victoire soviétique sur les nazis en 1945. Assimilant ainsi, une fois de plus et sans plus aucune nuance l'offensive russe contre l'Ukraine, qui est dans son quinzième mois, à l'exploit de l'Armée rouge contre les troupes de Hitler, il y a 78 ans.
«Coup d'Etat». «Rien n'est plus important actuellement que votre tâche militaire, a lancé le président russe aux soldats rassemblés devant lui. La sécurité du pays repose aujourd'hui sur vous, l'avenir de notre Etat et de notre peuple dépend de vous.» Comme si la Russie avait été, comme jour en 1942, victime d'une agression étrangère et ne faisait que se défendre. Cette fois, les ennemis qui, dans les mots de Poutine revêtent les mêmes traits que les nazis des années 30 et 40, sont les «élites occiden- tales mondialisées», qui ont instrumentalisé le «peuple ukrainien devenu otage d'un coup d'Etat» pour «monter les peuples les uns contre les autres, diviser les sociétés, provoquer des conflits sanglants». L'objectif étant, comme toujours, «l'effondrement» et la «destruction» de la Russie. Contrairement à la débauche de moyens des années précédentes, le défilé militaire sur la place Rouge a été très modeste, sans escadrilles aériennes ni gros calibres, hora mis un char T-34 soviétique datant de la Seconde Guerre mondiale, une pièce de musée. Les célébrations du jour de la Victoire, la principale fête nationale russe, ont été considérablement réduites cette année, à Moscou et à travers tout le pays, en raison de préoccupations sécuri- taires accrues. Dans plus d'une vingtaine de villes, certaines proches de la frontière ukrainienne mais aussi jusqu'en Sibérie, à des milliers de kilomètres du front, les défilés militaires ont été annulés, les autorités avançant un risque «terroriste», en référence à d'éventu- elles attaques planifiées par l'Ukraine. Dans l'attente que démarre la contre-offensive ukrainienne, planifiée par Kyiv pour ce printemps, des incidents désagréables et humiliants pour Moscou se sont multipliés: sabotages de voies de chemin de fer, frappes sur des dépôts russes de carburant, attaque présumée de drones contre le Kremlin, tentatives d'assassinats de personnalités, comme celle qui a visé samedi l'écrivain nationaliste pro-guerre Zakhar Prilépine.   Pendant que le chef suprême de l'état-major russe remerciait, depuis une tribune ensoleillée sur la place Rouge, les défenseurs valeureux de la patrie, un autre chef militaire éructait sur les réseaux sociaux. Evgueni   Prigojine, le turbulent patron des milices Wagner, depuis son repère à Bakhmout, accusait l'armée russe de désertion.   «Sacré». «Aujourd'hui, l'une des unités du ministère russe de la Défense a fui l'un de nos flancs, abandonnant ses positions. Ils ont tous fui et ont dégagé un front de près de 2 kilomètres de large et de 500 mètres de profondeur», a dit Prigojine, en pull vert kaki, devant une tasse de thé, sur une vidéo diffusée par son service de presse. Sans préciser la section exacte du front dont il s'agit, l'homme d'affaires a indiqué que les positions avaient été abandonnées par la 72e brigade, dont la défection aurait coûté la vie à 500 de ses mercenaires. «Pourquoi l'Etat n'arrive-t-il pas à défendre le pays ?» a grincé Prigojine, en conflit ouvert depuis des mois avec la hiérarchie militaire russe, qu'il accuse de ne pas suffisamment pourvoir en armes et munitions ses hommes, les seuls, selon lui, à tenir la ligne de front dans le Donbass. La semaine dernière, il avait menacé de retirer ses soldats des zones de combat. «Le jour de la Victoire est la victoire de nos aïeux, nous n'en avons pas mérité ne serait-ce qu'une fraction», a-t-il taclé. En écho aux propos de Poutine qui, en identifiant les soldats d'hier aux combattants dans «l'opération militaire spéciale» d'aujourd'hui, menant eux aussi une bataille «sacrée», a appelé à une nouvelle «victoire» de la Russie. Zelensky avait, quant à lui, promis à la Russie la même défaite que celle des nazis, lundi. Rompant résolument avec la tradition soviétique du 9 Mai, le président ukrainien a accueilli mardi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. En cette Journée de l'Europe, il l'a exhortée à «prendre une décision po- sitive concernant l'ouverture des négociations sur l'adhésion» de l'Ukraine à l'UE. ?   Le défilé militaire a été très modeste, sans escadrilles aériennes ni gros calibres, hormis un char T-34 soviétique. </text>
	

	<text titre="En Russie, une commémoration du 9 mai 1945 sous tension" date="2023 05 10T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23956" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="5" jour="10" journal_clean="Les Echos" keywords="poutine, russe, victoire, soviétiques, russie, vladimir, mardi" langue="fr"> Vladimir Poutine a célébré ce mardi l'héroïsme des combattants russes, plus précisément soviétiques, ayant vaincu l'Allemagne nazie le 9 mai 1945 et promis la victoire à un peuple russe jouant, selon lui, son destin en Ukraine. Il a déroulé durant une dizaine de minutes un discours sans surprise sur la place Rouge, mais sans les habituels rassemblements associés aux commémorations de la fin de la « grande guerre patriotique », point de référence de l'identité nationale orchestré par le Kremlin pour entretenir la fibre patriotique.
En effet, le régime avait multiplié les mesures de sécurité dans la capitale ainsi qu'en régions, de crainte d'incidents, voire de raids de drones comme ceux, mystérieux, sur la forteresse du Kremlin mercredi dernier. Le traditionnel défilé du « régiment immortel »de civils portant le portrait d'aïeux tués lors des combats avec les Nazis (environ 10 millions de soldats) avait été annulé. Le système GPS était brouillé à Moscou, au grand dam des chauffeurs de taxi.   C'est ainsi que Vladislav, la trentaine, drapé avec sa femme et sa fille dans les couleurs nationales, a été obligé de suivre d'une rue adjacente à la place Rouge, sur son téléphone portable, la célébration « de nos victoires et de notre souveraineté. Pour moi et ma famille, c'est important d'être venu. Comme en 1945, nous allons vaincre les fascistes ».Un parallèle historique avec la guerre de 1941-1945Dans le discours d'une dizaine de minutes du président face à des milliers de soldats, dont certains revenant du front « pour libérer l'Ukraine des fascistes »,selon la formule officielle, comme dans les propos de certains des centaines de badauds alentour, c'est le même parallèle historique entre le conflit de 1941-45 et celui en cours. « La civilisation est de nouveau à un tournant. Une guerre a été lancée contre notre patrie », a déclaré le chef du Kremlin, dont le discours ne comportait aucune annonce particulière sur le plan politique, ou militaire.   Vladimir Poutine a toutefois bel et bien parlé de « guerre », mot initialement interdit mais désormais entré dans le lexique présidentiel. Les Russes le savent : la guerre fait rage, en Ukraine mais aussi chez eux, comme le rappellent les récents sabotages de voies ferrées et les frappes contre des installations énergétiques ou militaires de plus en plus loin du front, en Russie même.   Cette année, les chefs d'Etat ou de gouvernement de sept ex-républiques soviétiques, avaient rejoint Vladimir Poutine à la tribune sur la place Rouge : le Turkménistan, l'Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Bélarus, l'Arménie, le Kazakhstan, le Tadjikistan. Mais pas de représentants de haut niveau de pays asiatiques ou africains. Et nul journaliste occidental. Pour la première fois, les autorités ont refusé d'accréditer à la parade les correspondants, dont celui des « Echos », issus de pays « non amicaux », c'est-à-dire ayant sanctionné Moscou depuis le début de son offensive militaire en Ukraine. « Triste mais normal ! En 1945, les Occidentaux et l'URSS étaient alliés. Alors qu'aujourd'hui, hélas… », regrette Mikhaïl, la cinquantaine, père de famille à Moscou et fervent défenseur de l'offensive. « Nous devons gagner cette guerre. Comme en 1945, il en va de la survie de notre pays. »Les critiques du chef de WagnerDans l'ombre des revers actuels de l'armée russe en Ukraine, la victoire finale pourrait passer selon lui par un homme : Evgueni Prigojine qui, à la tête du groupe paramilitaire Wagner, est au coeur de l'assaut sur Bakhmout, dans l'est de l'Ukraine. « S'il réussit à libérer cette ville, il va booster sa popularité. En Russie, après une guerre victorieuse, on voit toujours surgir de nouveaux leaders »,espère Mikhaïl. Mais en ce mardi hautement symbolique, ce sont surtout les nouvelles critiques acerbes de Prigojine contre la stratégie de l'armée russe qui ont un peu plus terni les commémorations. Le chef de Wagner a même accusé la hiérarchie militaire de vouloir « tromper » le président russe.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="En Ukraine, des dissensions sur le front de Bakhmout" date="2023 05 10T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23956" auteur="yves bourdillon" annee="2023" mois="5" jour="10" journal_clean="Les Echos" keywords="front, mai, militaire, bakhmout, défilé, commémoration" langue="fr"> En Ukraine, l'enlisement sur le terrain continue, en parallèle à une commémoration minimaliste du 9 mai 1945. C'est un défilé militaire curieusement réduit qui a clos la célébration de la victoire sur l'Allemagne nazie, mardi sur la place Rouge, sous les yeux des dirigeants russes et des caméras du monde entier. Un seul char, un T34, conçu donc en 1934, a mené le bal de blindés sur la célèbre place, constitué de cinquante-deux véhicules d'assaut d'infanterie et amphibie, d'obusiers, de transports de troupes, en sus de six lanceurs de missiles Iskander et deux lanceurs de missiles balistiques nucléaires. Alors que le Kremlin avait annoncé cent vingt-cinq engins. 
Un total quatre fois inférieur à celui observé il y a deux ans. Le défilé aérien a été annulé, comme en 2022, sans explications. Le chef d'Etat-major de l'armée, Valéri Guerrassimov n'a pas été vu à la tribune à proximité de Vladimir Poutine, ravivant les rumeurs de disgrâce, comme l'an dernier où il avait séché le défilé. La modestie de ce défilé a étonné les kremlinologues, puisque cela semblait refléter un manque spectaculaire de disponibilités en équipements modernes, lesquels seraient en majorité perdus… à moins qu'ils ne soient déployés sur le front afin de faire face à la prochaine contre-offensive ukrainienne. Les analystes estiment que la Russie a perdu plus de 2.000 chars depuis le début de la guerre, soit largement la moitié des chars modernes (T72, T80 et T90) disponibles. Comme en écho et illustrant les difficultés sur le terrain, les mercenaires du groupe Wagner et l'armée régulière ont continué de s'invectiver sur la bataille en cours pour achever la conquête de Bakhmout, seul point du front long de 900 km où ils ont réussi à progresser depuis juillet dernier.   La menace de Prigojine Malgré un ultime effort, au prix de bombes incendiaires, Wagner et les unités de l'armée régulière qui l'épaulent n'ont pas réussi à faire avant le 9-Mai l'offrande au président Poutine de la prise de cette ville de 70.000 habitants avant guerre, dont l'Ukraine contrôle encore 3 km2.   Comme pour détourner le blâme devant cet échec, Evgueni Prigojine, le patron de Wagner, qui opère comme un bras armé officieux du Kremlin en Ukraine mais aussi en Afrique, a accusé l'armée régulière de ne pas lui fournir les munitions nécessaires pour tenir Bakhmout et avait menacé, vendredi, d'en retirer ses troupes le 10 mai.   Revirement, dimanche, il affirmait avoir reçu la promesse des munitions requises. Mais, ce mardi, nouveau coup de théâtre juste après le discours du président russe, il accusait les soldats de la 72 brigade de l'armée régulière russe d'avoir fui leurs positions à Bakhmout et d'avoir « paumé 3 km2 » d'un territoire difficilement conquis par son groupe.   Dans une vidéo truffée d'insultes, il affirmait n'avoir reçu qu'un dixième des munitions promises et avoir été averti que lui et ses combattants seraient considérés comme des traîtres s'ils se retiraient. Il accusait aussi l'Etat d'être incapable de défendre la Russie et la haute hiérarchie militaire de « tromper le président Poutine ». Comme en riposte au discours du président russe accusant les pays occidentaux de vouloir dominer le monde et détruire la Russie, les Etats-Unis ont annoncé mardi une nouvelle aide militaire à l'Ukraine de 1,2 milliard de dollars. Cette aide permettra à Kiev d'acheter du matériel pour renforcer sa défense aérienne. Parallèlement, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a entamé ce mardi, jour de la commémoration de l'Europe, un séjour officiel à Kiev, où elle a rencontré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.   Yves Bourdillon </text>
	

	<text titre="«Une guerre lancée contre notre patrie »" date="2023 05 10T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="10" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="mai, poutine, occasion, patrie, vladimir, lancée, guerre, mardi" langue="fr"> Marianne Chenou   L'Occidentresponsable de tous les maux, voici comment résumer en peu de mots la prise de parole de Vladimir Poutine à l'occasion des cérémonies du 9 Mai à Moscou ce mardi. Depuis la place Rouge, où se tenait la traditionnelle parade militaire annuelle, le président russe a salué la victoire de 1945, sous les yeux de nombreux dirigeants de l'ex-URSS venus pour l'occasion. Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, le président biélorusse, Aleksandre Loukachenko, ainsi que le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, ont été aperçus dans les tribunes.  « Néonazisme mondial »Vladimir Poutine a pris la parole pendant une dizaine de minutes pour rendre hommage aux victimes de la Grande Guerre patriotique, le nom donné en Russie à la Seconde Guerre mondiale. « La civilisation est de nouveau à un tournant. Une guerre a été lancée contre notre patrie », a lancé Vladimir Poutine devant des milliers de soldats et l'élite politique et militaire russes, réunis pour commémorer la défaite nazie. « Pour la Russie, il n'y a pas de peuple hostile ni en Orient ni en Occident, nous souhaitons un avenir pacifique, libre et stable », a-t-il insisté.
« Nous avons repoussé le terrorisme international, le monde est à un tournant. Toute idéologie de supériorité est répugnante, criminelle, mortelle. Mais l'élite globaliste occidentale divise la société, provoque des conflits et sème la haine et la russophobie », a affirmé le leader russe, continuant sa rhétorique opposée à l'Occident.   « Il ne cite jamais de pays mais fait référence à ceux où l'on détruit les monuments en hommage aux soldats soviétiques », explique Denys Kolesnyk, analyste, spécialiste de la guerre informationnelle. « Certains ont cherché à créer un nouveau néonazisme mondial, à détruire le système de sécurité, à étouffer tout développement souverain », a encore revendiqué le président russe dans sa diatribe.   Vladimir Poutine n'a pas hésité à évoquer la situation en Ukraine, « otage d'un renversement du pouvoir » selon lui, et victime d'un « gouvernement marionnette qui a exécuté les plans de l'Occident ». Face à cela, « rien n'est plus important actuellement que votre tâche militaire, a insisté Poutine à destination des militaires présents. La sécurité du pays repose aujourd'hui sur vous, l'avenir de notre État et de notre peuple dépend de vous ».  Wagner continue ses critiques« Le Kremlin craint d'être contraint de réactiver la mobilisation en cas de succès d'une contre-offensive ukrainienne », affirme Denys Kolesnyk. Ainsi, en faisant défiler un char T-34 sous un drapeau soviétique, l'idée était pour l'analyste « de rallier la population à la Grande Guerre patriotique, de renvoyer à l'histoire de l'URSS, la grande patrie envahie par l'Allemagne nazie sans déclaration de guerre officielle (selon le mythe russe) ».   Ce défilé annuel intervient alors qu'Evgueni Prigojine, chef du groupe Wagner, continue de critiquer la stratégie de l'armée russe et la hiérarchie militaire, à laquelle il reproche de ne pas fournir assez de munitions. Il a accusé mardi des soldats de l'armée régulière d'avoir fui leurs positions à Bakhmout, épicentre des combats dans l'est de l'Ukraine, et dénoncé l'État d'être incapable de défendre la Russie.   « En Occident, on le considère comme indépendant. Mais je pense que de telles déclarations ne seraient pas possibles sans approbation du Kremlin. Quelque part, il a un feu vert de la part de Vladimir Poutine », analyse Denys Kolesnyk. Selon lui, la Russie commence « à forger certains narratifs pour le public. Il faut que l'on puisse critiquer quelqu'un si la contre-offensive ukrainienne a du succès ».   La journaliste dissidente Marina Ovsiannikova, exilée en France après son assignation à résidence en Russie, « ne croit pas » au discours de Vladimir Poutine qui « inverse la réalité », explique-t-elle sur BFMTV. « Cette année, on n'a pas montré les répétitions du défilé du 9 Mai à la télévision parce qu'on a peur des attaques. » Selon elle, en déclarant la guerre à l'Ukraine, Vladimir Poutine « a détruit la victoire de nos aïeux ». </text>
	

	<text titre="Evgueni  Prigojine est-il en train d'échapper au président Poutine ?" date="2023 05 11T00:00:00" journal="La Croix, no. 42615" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="11" journal_clean="La Croix" keywords="evgueni, poutine, homme, affaires, prigojine, construire, personnalité, politique, train, veut" langue="fr"> L'homme d'affaires veut se construire une personnalité politique   Anna Colin Lebedev  Maîtresse de conférences à l'université de Paris-NanterreL'hostilité d'Evgueni Prigojine vis-à-vis des autorités militaires russes est de notoriété publique, et ce depuis le début de la guerre en Ukraine. Ce qui est surprenant et assez nouveau, c'est la manière dont le patron du groupe paramilitaire russe Wagner règle ses conflits, avec des prises de parole de plus en plus ouvertes, et des messages qui circulent beaucoup plus largement. La communication du Kremlin reste maîtrisée. À la télévision, seules les avancées de Wagner sont mises en avant. Les critiques, elles, restent cantonnées au réseau social Telegram, sur Internet. Elles sont néanmoins très persistantes. Le 9 mai au soir, après avoir laissé passer le discours de Vladimir Poutine et le grand défilé militaire, Prigojine a publié une vidéo dans laquelle il a réitéré son ultimatum?: il menace toujours d'un repli militaire à Bakhmout, dans les jours qui viennent, assurant que Wagner n'avait reçu mardi « que 10 % » des munitions promises par l'armée.
Il est très difficile de tirer des conclusions de ces libertés de parole sur la qualité de la relation entre Prigojine et le Kremlin, qui le laisse faire depuis le début. Avec un bémol toutefois?: Vladimir Poutine ne s'est pas empressé de légaliser Wagner. L'organisation reste hors-la-loi?; Prigojine peut sauter du jour au lendemain. Ce qui est certain, en revanche, c'est que Prigojine cherche à se construire une personnalité politique. Ce capital qu'il se constitue a pour socle le franc-parler, l'honnêteté souvent grossière de celui qui dit les choses comme elles sont, sans filtre, notamment lorsqu'il disqualifie l'armée régulière. Cette stratégie peut être payante à la fois dans l'institution militaire et dans la population russe très impliquée dans le conflit, dans un contexte où l'«?opération spéciale?» s'enlise, et que les succès militaires ne sont pas au rendez-vous sur le terrain. Le but recherché peut être de trouver une place dans le système politique actuel, ou bien dans l'après-Poutine, ces deux options ne s'excluant pas l'une l'autre. Tôt ou tard, il pourrait répondre aux propositions de prendre les rênes d'un parti, sachant que, en Russie, cela relèverait davantage de la notabilisation que de la réelle force politique.   La figure de Prigojine évolue. Il y a un an et demi, il réfutait encore être à la tête de Wagner. Il a même poursuivi pour diffamation un journaliste qui l'affirmait, et a obtenu gain de cause. Depuis un moment maintenant, c'est totalement assumé. Il voit bien le profit qu'il peut en tirer. Aujourd'hui, l'accès au statut d'homme politique passe par la guerre. Prigojine, qui l'a bien compris, propose à des notables russes de faire un court passage par le front, pour gagner des galons. Pour certains élus locaux, cela a même été un moyen de se racheter une virginité, et de lever des poursuites judiciaires. Autant de services rendus pour lesquels Prigojine pourra un jour demander un retour.   Recueilli par Jean-Baptiste François   ----   Prigojine est comme un fils difficile avec qui il faut composer   Tatiana Stanovaya  Chercheuse au Centre Carnegie Russie Eurasie et directrice du centre d'analyse politique R. PolitikEvgueni Prigojine est l'homme de Poutine. Le dirigeant russe le comprend et apprécie son implication en Ukraine, avec de lourdes pertes pour ses troupes. Au début de la guerre, l'homme d'affaires a proposé ses services, et Vladimir Poutine a accepté qu'il prenne des responsabilités. L'armée russe connaissait alors des difficultés. Mais maintenant qu'elle a plus de recul, avec l'expérience de la guerre, elle n'a plus autant besoin du groupe paramilitaire Wagner.   Evgueni Prigojine est convaincu qu'il sert le président, qu'il tire son mérite de la guerre, et qu'il est plus efficace que l'État russe. Je ne suis pas sûre que Vladimir Poutine le voie ainsi, et pour lui, la manière dont Evgueni Prigojine s'exprime n'est pas acceptable. À mes yeux, il n'a pas pour autant franchi la ligne rouge, qui serait de critiquer directement Poutine et sa stratégie en Ukraine.   Il ne faut pas exagérer les tensions qui existeraient entre les deux hommes. Dans les faits, Evgueni Prigojine parle rarement à Poutine. Il ne peut pas l'appeler dès qu'il le souhaite, ce n'est pas lui qui décide quand ils se parlent. Cela arrive seulement quand Poutine considère que c'est le moment. Ensuite, Evgueni Prigojine dépend de l'État russe d'où proviennent toutes ses ressources. L'État russe peut le détruire, mais les conséquences auxquelles il s'expose en s'exprimant sur le régime sont imprévisibles. Personne ne sait à quel point le Kremlin peut tolérer cela. Pour Vladimir Poutine, ses propos sont dommageables pour l'État et l'armée, mais à ce stade, il ne veut pas aller contre lui. Prigojine est comme un fils difficile avec qui il faut composer.   La situation est différente entre Evgueni Prigojine et les élites russes. Le Kremlin a tenté de le faire travailler avec le chef des armées Valeri Guerassimov, mais cela n'a pas fonctionné. Sur les critiques liées aux livraisons de munitions jugées insuffisantes par Prigojine, Guerassimov n'a pas réagi publiquement. Mais sur certaines chaînes Telegram non officielles, des responsables tentent de partager leur version des faits?: Prigojine aurait reçu assez de munitions, mais il ne les utilise pas correctement.   Evgueni Prigojine est parfois décrit comme un homme politique calculateur, mais la réalité est plus simple?: il traverse l'enfer. Il est en train de perdre beaucoup d'hommes chaque jour. On a affaire à des émotions et à de l'indignation. Le Kremlin souhaite tout de même le calmer, sans y parvenir. Evgueni Prigojine a promis à Poutine qu'il récupérerait Bakhmout d'ici au 9 mai et il a échoué. Et maintenant, il ne sait pas comment s'en sortir. Soit il reste et continue de perdre ses hommes, soit il quitte la ville. Il serait alors vu comme un traître.   Recueilli par Edward Maille </text>
	

	<text titre="Les députés français visent le Groupe Wagner" date="2023 05 11T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="jérémie lamothe (à paris)et stéphanie maupas jérémie lamothe (à paris)et stéphanie maupas" annee="2023" mois="5" jour="11" journal_clean="Le Monde" keywords="mai, wagner, résolution, groupe, visent, députés" langue="fr"> La Haye - correspondance, - C’est sous les yeux de l’ambassadeur d’Ukraine en France, Vadym Omelchenko, que l’Assemblée nationale a adopté, mardi 9 mai, dans un rare consensus, une résolution demandant à la France et à l’Union européenne (UE) d’inscrire le groupe militaire privé russe Wagner sur la liste des organisations terroristes. Porté par le député Renaissance Benjamin Haddad, président du groupe d’amitié France-Ukraine, le texte lance un appel aux autorités françaises et européennes pour qu’elles « renforcent considérablement leur coopération et leurs instruments judiciaires, financiers, pour faire la lumière sur cette organisation tentaculaire et opaque ». La résolution n’a aucune valeur contraignante, mais la ministre des affaires étrangères, Catherine Colonna, a appelé les députés à ne « pas sous-estimer l’importance symbolique d’une telle désignation, ni le caractère dissuasif qu’elle pourrait avoir vis-à-vis des Etats qui seraient tentés par un recours » à Wagner.
Pour Clémence Bectarte, avocate de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), qualifier Wagner de groupe terroriste « pourrait ouvrir la voie à des sanctions plus importantes et, dans certains pays, à des poursuites judiciaires sur la base de charges pour terrorisme». Mais « est-ce que cela va les empêcher d’agir ? », s’interroge l’avocate. «Symboliquement, c’est important,estime quant à elle Jelena Aparac, ancienne membre du groupe des experts de l’ONU sur le mercenariat, mais l’impact sera très limité. Cela n’empêchera sans doute pas Wagner de continuer à exister et à commettre des crimes. »« Des structures complexes »En République centrafricaine, au Mali, en Ukraine, en Syrie, partout où ils passent, les hommes de Wagner sont suspectés de se rendre coupables d’actes de torture, de viols et d’exécutions sommaires. Si la Russie avait initialement nié tout lien avec les mercenaires, Evgueni Prigojine, le patron de Wagner, qui doit à Vladimir Poutine son ascension, a cessé de cacher ses liens avec le pouvoir russe. Néanmoins, lors des commémorations de la victoire de la Grande Guerre patriotique contre l’Allemagne nazie, le 9 mai, le chef de Wagner a de nouveau fustigé, depuis l’Ukraine occupée, les responsables militaires de son pays, avec lesquels il est en opposition déclarée depuis des mois.   En 2018, l’armée s’était opposée à une légalisation des sociétés militaires privées, interdites en Russie. A l’époque, des vétérans se plaignaient de ne pas bénéficier du statut d’anciens combattants, ou de l’absence de compensations pour les familles de ceux d’entre eux qui avaient été tués au combat. Avec l’invasion de l’Ukraine, les liens entre Wagner et le pouvoir se sont clarifiés, et en novembre 2022 le Parlement européen a qualifié la Russie d’ « Etat parrain du terrorisme », puis demandé aux Vingt-Sept de placer l’organisation sur la liste des entités terroristes. Seule la Lituanie a pour l’instant franchi ce pas. Au Royaume-Uni, le Parlement a conduit une enquête et doit encore se prononcer. Les Etats-Unis ont préféré le label d’ « organisation criminelle transnationale ». Pour l’avocat britannique Jason McCue, ces hésitations s’expliquent : «S i Wagner est une organisation terroriste, alors cela signifie que l’Etat russe sponsorise le terrorisme, et je pense que pour certains [Etats] , il est difficile, politiquement, de franchir cette étape. »Le chef de Wagner fait déjà l’objet d’une série de sanctions émanant de l’UE et des Etats-Unis depuis 2017, sur la base de l’implication dans des conflits et d’interférences politiques, notamment dans les élections américaines . «Wagner fonctionne sur des structures complexes, transnationales, utilisant des sociétés-écrans et des paradis fiscaux,précise Jelena Aparac. Ces structures ont été mises en place il y a des années. »Juridiquement, l’organisation Wagner n’existe pas. Elle est formée d’un réseau de sociétés, créées en Russie et dans les pays où le groupe opère et mène ses activités commerciales, comme en République centrafricaine. L’organisation monnaie le plus souvent ses services dans le domaine de la sécurité contre des concessions minières.   Des sanctions supplémentaires n’auraient sans doute pas d’impact majeur. En revanche, la qualification de terrorisme pourrait permettre d’engager des procédures dans certains pays contre des responsables de Wagner. De nombreux obstacles demeurent. «Il est extrêmement compliqué d’identifier les auteurs, comme souvent avec les groupes armés non étatiques », rappelle Clémence Bectarte, qui avertit : « Le risque sécuritaire pour les victimes et les témoins est particulièrement grand quand on parle des exactions. Par exemple, convaincre les victimes au Mali de porter plainte reviendrait à les mettre en danger. »Peu de dossiers sont ouverts aujourd’hui. En 2021, une plainte a été déposée par trois organisations – la FIDH, Memorial (interdite depuis en Russie) et le Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression – devant la justice russe. Cette action reposait sur le cas de Mohammed Taha Ismail Al-Abdullah, torturé par six hommes de Wagner et exécuté dans la région de Palmyre, en Syrie. Il avait été identifié par son frère sur une vidéo. L’affaire est aujourd’hui devant la Cour européenne des droits de l’homme. « Cela va bien au-delà de la responsabilité individuelle, en posant la question de la responsabilité de l’Etat russe sur les agissements du Groupe Wagner en Syrie», souligne Clémence Bectarte.  Une portée limitéeS’il est aujourd’hui difficilement envisageable de poursuivre avec succès les responsables de Wagner, certains avocats visent leurs sources de revenus. En novembre, lecabinet londonien McCue Jury &amp; Partners a engagé une procédure civile contre Evgueni Prigojine et Wagner, portée par un groupe d’Ukrainiens réfugiés au Royaume-Uni. Jason McCue veut «orchestrer » une pluie de « class actions » et a mis sur pied un réseau d’avocats pour « déposer des dossiers partout dans le monde, qui ciblent la machine de guerre russe ».   L’opération PayBack4Ukraine » (« rembourser l’Ukraine ») vise les marchands d’armes, les kleptocrates et les mercenaires, jusqu’à Vladimir Poutine. Cette procédure s’appuie sur des demandes de réparations pour les Ukrainiens victimes du conflit mené par la Russie dans leur pays. L’avocat dit être en possession d’ une montagne de preuves » contre Evgueni Prigojine, lesquelles « seront présentées devant un tribunal, et deviendront une partie de l’histoire avec un grand H ». Il avance également que de nouveaux éléments continuent de s’accumuler, car « chaque semaine, Prigojine dit et fait quelque chose qui vient s’ajouter au dossier » .   Les autorités ukrainiennes, elles aussi, cherchent à obtenir l’accès aux fonds gelés dans le cadre de sanctions internationales visant des responsables russes. « Je suis pour qu’on se saisisse de ces fonds, mais cela soulève un point complexe de droit international », avertit Jason McCue. Si, aujourd’hui, « les Etats-Unis ne sont pas en faveur de cette option, ce n’est pas parce qu’ils ne le veulent pas, mais parce que si les biens sanctionnés peuvent être simplement confisqués et transférés à une entité quelconque, cela ouvrirait la porte à beaucoup de problèmes au niveau international».   Qualifier Wagner de groupe terroriste n’a à ce stade qu’une portée limitée. Pour Jelena Aparac, il reste encore à créer « un cadre juridique international ». Si plusieurs Etats planchent depuis 2010 pour créer ce cadre, les débats sont lents. Lors de la dernière réunion d’un groupe intergouvernemental consacré à ce sujet à Genève, mi-avril, seuls quelques diplomates étaient présents.  « Les Etats discutent de l’avenir de l’un des instruments les plus importants pour la paix et la sécurité internationales et la salle est restée presque vide », regrette Jelena Aparac, qui faisait alors partie des experts de l’ONU sur le mercenariat. « Il me semble que Paris devrait être leader dans ce domaine » , estime-t-elle encore. Dans l’un de leurs rapports, les experts de l’ONU s’inquiètent de la prolifération des sociétés militaires privées et du mercenariat. La guerre au Soudan, avec ses milices locales et l’implication supposée du Groupe Wagner, en est une nouvelle illustration. </text>
	

	<text titre="Bakhmout, la citadelle assiégée" date="2023 05 11T00:00:00" journal="Libération" auteur="nelly didelot" annee="2023" mois="5" jour="11" journal_clean="Libération" keywords="hommes, défendent, bakhmout, soldats, blocs, citadelle, ukrainiens, champ" langue="fr"> Depuis le début de la guerre, les soldats ukrainiens défendent leurs villes jusqu'à leurs dernières rues, leurs derniers blocs d'immeubles, même réduits à un champ de ruines fumants. Les hommes du régiment Azov ont tenu des semaines, assiégés dans l'aciérie de Marioupol. Les défenseurs de Sievierodonetsk ont campé sur leurs positions jusqu'à ce que la ville soit presque intégralement détruite par les Russes. A Bakhmout, plus de neuf mois après le début des combats, la bataille pour la ville dure toujours, bien que l'issue en semble scellée. L'armée russe et les supplétifs de Wagner tiennent au moins 80% de la ville, tandis que les Ukrainiens sont repliés dans une petite zone de 2 à 3 kilomètres carrés tout à l'ouest de l'agglomération. «Leur dispositif défensif repose sur trois points forts : l'école olympique au nord-est, la &quot;citadelle&quot; au centre et la rue Tchaïkovski au sud, écrit Olivier Kempf, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, dans son rapport hebdomadaire sur la ligne de front. La citadelle est constituée de barres d'immeubles assez hautes et resserrées, ce qui rend leur saisie difficile.»
Snipers. Dans cet environnement dense, les Russes continuent à progresser lentement, jour après jour, rue après rue. Le 8 mai, les mercenaires de Wagner affirmaient ainsi avoir repoussé la ligne de front de 130 mètres. Pour s'emparer des premiers blocs de la citadelle, ils auraient fait exploser les murs aveugles des immeubles soviétiques, pour y entrer et prendre à revers les snipers ukrainiens postés le long des parois pourvues de fenêtres.   Aux abords de Bakhmout, les combats sont tout aussi violents. Tchassiv Yar, la petite localité où le journaliste de l'AFP Arman Soldin (lire ci-contre) a été tué mardi dans un tir de roquettes, deviendra la première ligne de défense si la ville tombe. De Tchassiv Yar part la «route de la vie», la seule encore praticable pour alimenter en munitions les soldats qui défendent Bakhmout. Alors que les Ukrainiens ont lancé la semaine dernière une série de contre-offensives localisées le long de la ligne de front du Donbass, les gains dans la zone de Bakhmout ont été très modestes, de l'ordre de 1 kilomètre carré. Ils semblent avoir progressé davantage en début de semaine, dans le secteur de Bila Hora, au sud-ouest de la ville. «L'une des unités du ministère russe de la Défense a fui l'un de nos flancs, abandonnant ses positions. Ils ont tous fui et ils ont abandonné environ 3 kilomètres carrés où nous avons perdu 500 hommes», a tonné mardi Evgueni Prigojine, le patron de Wagner, en conflit ouvert avec la hiérarchie militaire à Moscou. Si l'argument semble surtout être une excuse pour ne pas avoir réussi à conquérir Bakhmout avant le 9 mai, jour de commémoration de la «Grande Guerre patriotique», le recul russe a été confirmé par Kyiv. La 3e brigade d'assaut ukrainienne a publié une vidéo récente où des soldats russes fuient à pied l'arrivée d'un tank ukrainien. Son chef affirme avoir repris une bande de 3 kilomètres de long sur 2,6 kilomètres de large. A l'issue de cette opération, la mainmise de Moscou sur la région de Donetsk est passée de 57,1 % à 57,09 %. Soit une reprise plus que timide.   Menaces. Comme depuis le début de la bataille de Bakhmout, ces combats pour quelques hectomètres sont extrêmement meurtriers. La semaine dernière, Prigojine a publié une autre vidéo, où il déambule dans le noir au milieu de dizaines de cadavres de ses mercenaires. «Nous manquons de 70% de munitions, crie-t-il, le visage déformé par la rage. Où sont mes putains d'obus ?» Les hommes de Wagner, qui mènent depuis des mois l'essentiel des assauts sur Bakhmout, n'ont pu avancer que grâce à l'appui massif de l'artillerie. Mais depuis mars, Prigojine dénonce à grands coups de menaces et de jurons le manque de munitions pour ses obusiers, qui l'empêcherait d'achever la prise de la ville.   En réalité, Bakhmout reste l'un des secteurs les plus actifs du front. Les services de renseignement ukrainiens y ont repéré en début de semaine un important mouvement de troupes russes, signe d'un potentiel assaut à venir. De son côté, l'armée de Kyiv a rapproché ses Himars (des lance-roquettes multiples à longue portée fournis par Washington) de la zone pour y mener, le 8 mai, une de ses frappes les plus massives depuis le début de la guerre. Même ravagée et en très grande partie aux mains des Russes, Bakhmout reste un champ de bataille symbolique, où aucun camp ne peut se permettre de reculer. </text>
	

	<text titre="L’interminable guerre d’usure de Bakhmout" date="2023 05 12T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="florence aubenas, thomas d’istria, emmanuel grynszpan,cédric pietralunga (à paris) emmanuel grynszpan,cédric pietralunga (à paris) et benoît vitkine" annee="2023" mois="5" jour="12" journal_clean="Le Monde" keywords="moscou, mois, bataille, bakhmout, guerre" langue="fr"> Kiev, Moscou - correspondants et envoyés spéciaux - Qui a davantage épuisé les ressources de l’autre ? Terriblement meurtrière, la bataille de Bakhmout, qui dure depuis plus de neuf mois, sera peut-être décisive dans la guerre que la Russie mène à l’Ukraine. C’est une victoire à la Pyrrhus qui attend probablement Vladimir Poutine, alors que les forces russes contrôlent aujourd’hui 90 % de Bakhmout. Moscou a jeté des forces considérables dans cette bataille d’usure, avec un résultat douteux.  « Nous menons des contre-attaques efficaces, a assuré, mercredi 10 mai, le commandant de l’armée de terre ukrainienne, Oleksandr Syrsky. Les troupes russes se seraient retirées à environ deux kilomètres des forces ukrainiennes. » Ville de 71 000 habitants, jadis fameuse pour son vin mousseux, Bakhmout gît aujourd’hui broyée, victime des ambitions impériales de Vladimir Poutine.
Une fraction de la population civile continue de survivre dans les décombres, après avoir passé des mois sans eau, sans gaz et sans électricité, terrés chez eux ou dans des caves. Au péril de leur vie, des centaines de volontaires ukrainiens leur ont distribué de l’aide humanitaire et permis l’évacuation des civils le désirant, jusqu’à ce que le front traverse le centre-ville, en début d’année. Le nombre de civils tués dans la bataille demeure inconnu.   Leur cohabitation avec les militaires est tout sauf simple. « A Bakhmout et autour, j’ai parfois l’impression que les envahisseurs, c’est nous !, confie Andri, 55 ans, un soldat de la brigade territoriale originaire de Kharkiv, combattant dans le Donbass depuis décembre 2022. Partout en Ukraine, la population nous soutient, elle nous offre à manger. Au Donbass, un tout petit poulet nous est vendu pour 500 hryvnias [12 euros] et nous louons des maisons à moitié démolies pour 15 000 hryvnias[370 euros] . Ce n’est pas l’Ukraine. Il faut tenir la ligne de front, mais la bataille à Bakhmout est politique, comme l’était celle de Marioupol. »« Les civils attendent les Russes »Eddie (son nom a été changé), un étranger combattant par intermittence à Bakhmout depuis l’été 2022, puis de manière permanente à partir de janvier, critique vivement la gestion des civils par l’armée ukrainienne. « Un jour, nous nous sommes retrouvés dans la cave d’une longue barre d’immeuble de neuf étages, dans le nord de Bakhmout. C’était dystopique ! Une trentaine de civils étaient installés là. Nous étions sur le point d’être encerclés et nous avons dû abandonner l’immeuble. Nous avions tout l’explosif nécessaire pour le faire sauter, parce qu’il ne faut pas laisser un point haut derrière soi. Sauf que la présence de civils nous en a empêchés. Du coup, les Russes ont récupéré cet immeuble et s’en sont servis comme d’un poste d’observation pour perturber notre logistique. Cette présence de civils se traduit par des morts parmi les soldats ukrainiens ! »« Autre exemple, explique Eddie. Un jour, j’étais en train de casser une porte pour protéger ma position dans un appartement. Un civil qui remontait de la cave s’est mis à protester. Je lui dis : les Russes démolissent toute ta ville ! Je ne suis pas en train de voler tes bijoux, mais de te défendre ! A ce stade, il ne faut pas se faire d’illusion. Les civils qui sont restés, pour certains avec leurs gosses, attendent les Russes. On le sait tous. On s’en méfie et c’est réciproque. Ces civils représentent une menace, il faudrait les mettre dans des bus et les envoyer à Belgorod [en Russie] . »Justifiant la résistance acharnée de l’armée, le secrétaire du conseil national de sécurité et de défense de l’Ukraine, Oleksi Danilov, a déclaré le 3 mars à la télévision nationale que le ratio des pertes militaires à Bakhmout est de sept soldats russes tués pour un Ukrainien. « C’est difficile mais il faut garder à l’esprit que, chaque jour, nos hommes et nos femmes envoient ad patres des centaines d’entre eux. » Les chaînes de télévision nationale, réunies dans un « marathon » informationnel, relaient les comptes rendus des forces armées sur les « pertes monstrueuses » russes.   Du terrain remontent des informations plus nuancées. « Les vagues d’attaques de soldats mal formés ont duré jusqu’en février, puis ont complètement cessé fin mars, raconte Pierre, un volontaire français combattant depuis février à Bakhmout. Le thèmedes anciens prisonniers [engagés dans la milice privée russe] Wagnera un peu disparu. Ils ont déjà été “consommés” dans les combats. Ces derniers mois, on a plutôt vu ici des soldats professionnels de Wagner ou des militaires expérimentés. Ce ne sont plus des troupes envoyées à l’abattoir. Et c’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle : la Russie est dorénavant obligée de consommer ses troupes de qualité. Mon sentiment est que les pertes russes ne sont certainement pas dix fois supérieures aux nôtres, mais seulement trois fois supérieures. »Côté russe, la bataille de Bakhmout a été dès le départ un facteur de crispation au sein de l’élite. Si la rivalité entre les différentes structures combattant en Ukraine est ancienne, ces tensions ont pris une tournure nouvelle à mesure que les assauts russes se sont fracassés sur les défenses ukrainiennes. A Soledar, verrou sur la route de Bakhmout conquis mi-janvier après plusieurs mois de combats, on voit le patron de Wagner, Evgueni Prigojine, et le ministère de la défense se disputer le crédit de la victoire. A Bakhmout, il s’agit au contraire de se rejeter la responsabilité de l’échec et du coût humain terrible de la laborieuse progression des forces russes.   C’est le sens des sorties de plus en plus véhémentes de l’entrepreneur pétersbourgeois Evgueni Prigojine. Ses premières complaintes remontent au mois d’octobre 2022, avec un leitmotiv : l’armée ne donne pas assez de munitions à Wagner. En réalité, les munitions sont probablement rationnées, du fait des capacités de production limitées de l’industrie russe et du besoin de constituer des stocks en prévision de la contre-offensive ukrainienne, actuellement en préparation.  Une bataille peu médiatisée en RussieDans ce contexte, l’interminable bataille de Bakhmout n’est que peu montrée à la télévision russe. Contrairement à Marioupol, dont la capture avait été racontée comme un feuilleton, la propagande d’Etat n’exalte pas le sort de la cité du Donbass. Signe révélateur : les commentateurs se laissent fréquemment aller à employer le nom ukrainien de la ville au lieu du nom soviétique, « Artiomovsk », qui était le sien jusqu’en 2016. Vladimir Poutine n’a jamais évoqué publiquement la 56e ville d’Ukraine. Volodymyr Zelensky, lui, s’est rendu deux fois aux abords de la ville pour encourager ses troupes et faire de ce combat un symbole de la résistance nationale à l’envahisseur. Parce que le doute peut vite s’insinuer parmi ces milliers de soldats terrés dans la boue glaciale des tranchées autour de la ville. « On a tenu quinze jours mais après on ne pouvait plus rester, relate un soldat de la brigade territoriale de Boutcha, en permission. Parmi les survivants, tout le monde était blessé d’une manière ou l’autre, plus ou moins grave. Bakhmout n’existe plus. Il n’y a plus rien à défendre physiquement. Nous défendons l’idée de Bakhmout. »Pour meurtrière qu’elle soit, cette bataille n’a rien d’irrationnel, estiment les analystes militaires. Tenir la ville permet aux Ukrainiens d’y fixer un nombre important de troupes russes, qui ne peuvent être déployées ailleurs. Et d’infliger de lourdes pertes à l’ennemi, les zones urbaines étant particulièrement meurtrières pour les attaquants. « Bakhmout est un verrou qui empêche les Russes de poursuivre leur conquête de l’oblast de Donetsk, l’un des principaux objectifs fixés par Vladimir Poutine. Les Ukrainiens l’ont bien compris et utilisent la ville pour réduire le potentiel de l’armée russe », estime Joseph Henrotin, chargé de recherche au Centre d’analyse et de prévision des risques internationaux, et rédacteur en chef du magazine  Défense &amp; sécurité internationale.   A plusieurs reprises, l’armée ukrainienne a été sur le point de perdre Bakhmout. Selon l’un des documents révélés par les DiscordLeaks, la situation y était « catastrophique » fin février. La dernière route permettant d’approvisionner la ville était sous le feu de l’artillerie ennemie et les troupes ukrainiennes menaçaient d’être encerclées. Les services de renseignement occidentaux conseillaient même à leurs homologues de se replier sur les collines environnantes. Mais les Ukrainiens ont envoyé des troupes d’élite à Bakhmout pour desserrer l’étau russe.   Pour les historiens militaires, la bataille de Bakhmout rappelle celle de Verdun, lors de la première guerre mondiale. Comme en 1916, les combats s’y distinguent par leur durée très longue – près de dix mois à Verdun –, et leur très lourd bilan : plus de 300 000 morts à Verdun. Le bilan de Bakhmout n’est pas connu (chaque camp gardant ses pertes secrètes), mais John Kirby, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, a assuré, le 1er mai, que plus de 100 000 combattants russes ont été tués ou blessés depuis décembre, principalement là-bas. Le patron de la milice Wagner, Evgueni Prigojine, évoquait, lui, début mai, des « dizaines de milliers de tués et blessés » au rythme de « cent morts par jour ». Dont il a rejeté la responsabilité sur le haut commandement militaire russe. Tombeau des ambitions de l’armée russe, Bakhmout lézarde lentement et sûrement l’autorité de Vladimir Poutine. </text>
	

	<text titre="Kiev travaille en secret à la reconquête" date="2023 05 14T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="14" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="partie, contre-offensive, forces" langue="fr"> Henri Vernet   Dans l'art de la guerre, les calendriers ne sont pas fixés à l'avance. Et jouer avec les nerfs de l'ennemi fait partie de la stratégie. La contre-offensive tant annoncée des forces ukrainiennes pour repousser l'envahisseur russe n'a jamais semblé aussi proche, ni aussi... floue.   Fin avril, le ministre de la Défense ukrainien, Oleksiy Reznikov, assurait alors que « les préparatifs touchaient à leur fin », qu'il ne restait plus aux commandants sur le terrain qu'à donner les ordres d'assaut. Mais jeudi, Volodymyr Zelensky a annoncé vouloir « attendre ». « Nous avons encore besoin d'un peu de temps supplémentaire », a déclaré à la BBC le président-résistant, ajoutant qu'un lancement prématuré leur ferait « perdre beaucoup de monde ». Sans donner plus d'explications. Afin de préserver l'effet de surprise ?
Coup de pression et intoxEvgueni Prigojine, sinistre patron de la milice Wagner qui tient encore la ville de Bakhmout, épicentre des combats, accuse - un comble - Zelensky de « mentir ». Selon lui, la contre-offensive « bat son plein » sur sa zone où les soldats ukrainiens enregistrent des succès. Une façon pour Prigojine de mettre un coup de pression supplémentaire sur le commandement de l'armée russe afin d'obtenir des munitions ? Ou alors, comme le pensent certains observateurs occidentaux, Zelensky a-t-il voulu faire croire à Moscou que l'opération était retardée alors qu'elle était déjà lancée ? Sur le terrain, la bataille de Bakhmout fait rage. L'armée ukrainienne affirme « avancer » autour de la ville.   Soucieux de maintenir ses soutiens, le président ukrainien multiplie les déplacements, ce samedi à Rome et au Vatican, et ce dimanche en Allemagne. Le ministre Reznikov avait précisé que les munitions et les équipements militaires promis par les Occidentaux avaient été en bonne partie livrés. Zelensky veut-il attendre d'en recevoir encore davantage ? L'Allemagne a annoncé ce samedi un envoi considérable incluant notamment des chars lourds Leopard, des drones et des batteries antiaériennes, la Grande-Bretagne promet des missiles à longue portée, la France s'apprête elle aussi à hausser son aide... mais il y a forcément des délais entre les annonces et le moment où le matériel est opérationnel sur le terrain. Ainsi, les redoutables chars américains Abrams ne seront pas utilisables avant... fin 2023.  Objectif Crimée ou pas ?Jusqu'où pourrait aller la contre-offensive ukrainienne ? Quels objectifs, quel gain territorial (le Donbass et la Crimée ou seulement le premier ?), Quel niveau d'attrition de l'adversaire faudrait-il obtenir pour que les Ukrainiens puissent parler de victoire ? Ces questions sont largement débattues dans les capitales occidentales. Sans trouver de réponse précise. À Paris, les sources proches du dossier se bornent à expliquer qu'il s'agit de rétablir l'Ukraine dans ses droits, ce qui signifierait restaurer son intégrité territoriale et sa souveraineté d'avant-2014, date de l'invasion du Donbass suivie de l'annexion de la Crimée. « L'essentiel, appuie un connaisseur du dossier, est de créer un rapport de force suffisant pour convaincre Poutine qu'il n'a pas d'autre solution que négocier. » Mais cette décision de discuter avec l'envahisseur appartiendra aux Ukrainiens et à eux seuls.   Quant à une reprise de la Crimée, forcément coûteuse en vies humaines et risquée car les forces russes y sont solidement retranchées, l'Élysée se garde tout autant d'y inciter l'Ukraine que de l'en dissuader. « Les Occidentaux sont embarqués dans un jeu qu'ils ne contrôlent pas, observe le spécialiste de géopolitique Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences-po. Ils sont en position de réactivité continue, soumis aux objectifs stratégiques mouvants et inconnus de Poutine. » </text>
	

	<text titre="Doutes et dissensions s'aggravent à Moscou" date="2023 05 15T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23959" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="5" jour="15" journal_clean="Les Echos" keywords="doutes, moscou, ukraine" langue="fr"> Les dissensions récurrentes à Moscou commencent à s'accompagner de doutes manifestes sur la capacité des forces russes à l'emporter en Ukraine. Les intervenants sur les télévisions publiques évoquent de plus en plus franchement les difficultés sur le front, et s'interrogent sur le manque de coordination entre unités ou de fourniture de munitions.
Ces doutes et critiques afin d'attribuer à d'autres la responsabilité des revers sont exprimés de la manière la plus virulente par le patron du groupe de mercenaires Wagner, Evgueni Prigojine. Alors que se profile même une défaite à Bakhmout, oùle Kremlin claironnait en début d'année que la victoire était imminente, il vient de remettre de l'huile sur le feu dans son bras de fer avec la hiérarchie militaire et, au-delà, politique. Il a ouvertement accusé les troupes régulières de fuir le front dans la ville et le ministère de la Défense de cacher la vérité sur la situation.  « Heureux grand-père »« Il faut immédiatement arrêter de mentir », a dénoncé vendredi le patron de Wagner dans une tonitruante vidéo, agitant le spectre d'une « tragédie globale pour la Russie ». Mercredi, il avait posé sans fard une question taraudant beaucoup de Russes pourtant pro-Kremlin : « Pourquoi l'Etat n'arrive-t-il pas à défendre le pays ? » Il avait osé accuser un « heureux grand-père » de penser que « tout se déroule bien dans la campagne d'Ukraine ». Il n'a pas précisé qui il désignait, mais beaucoup d'observateurs ont estimé qu'il visait en fait Vladimir Poutine.   Il aurait franchi ainsi une ligne rouge. A moins que, derrière cette ﻿liberté de parole surprenante, se profile un projet politique bien orchestré par le chef du Kremlin lui-même. Alors que les arrestations et lourdes condamnations se multiplient contre de simples opposants osant critiquer indirectement le pouvoir et son offensive militaire, Evgueni Prigojine semble jouir d'une surprenante autonomie pour vilipender les dirigeants, jusqu'au président. Rivalités politiques sur fond de tensions militaires ? Ou mise en scène médiatique ?  Marionnette« Prigojine ne peut pas avoir agi sans l'aval du Kremlin » , assure à Moscou un politologue critique du Kremlin. Pour lui, son ascension soudaine et sa liberté de ton ne sont qu'une mise en scène pour capter l'attention d'une opposition de plus en plus forte : la frange nationaliste, remontée par les revers militaires de l'armée et les faiblesses du Kremlin.   « Ces Russes-là ont cru aux messages populistes de Poutine qui, l'an passé, leur a fait miroiter une victoire facile en Ukraine. Pour eux, Poutine s'est révélé un centriste trop mou. Aujourd'hui, au contraire, ils aiment les postures et le franc-parler de Prigojine » , analyse-t-il. Le restaurateur devenu chef paramilitaire pourrait même devenir candidat à la présidentielle l'an prochain. « Afin de canaliser cette opposition nationaliste. Tout en la gardant sous contrôle grâce à la marionnette Prigojine… » Un ex-haut responsable du Kremlin estime qu' « au-delà de sa présence militaire, Prigojine est avant tout une opération médiatique bien pratique pour détourner l'attention » . « On le voit beaucoup à la télévision. Mais cela ne veut pas dire qu'il a acquis de l'importance politique. Il combat bien, mais n'a pas d'influence au Kremlin pour autant. Les médias le disent proche de Poutine. En fait, il le voit peut-être trois fois par an. » Dans tous les cas, à l'ombre de la défaite militaire, ce serait avant tout un bon outil de communication au service du Kremlin.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="« La Russie développe une dépendance sans précédent vis-à-vis de l'Iran »" date="2023 05 19T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24491" auteur="mandeville, laure" annee="2023" mois="5" jour="19" journal_clean="Le Figaro" keywords="dépendance, moscou, ukrainien, précédent, shaheed, vis-à-vis, rôle, relation, russie, iran, drones" langue="fr"> LE FIGARO. - On parle peu de la relation Russie-Iran, qui joue pourtant un rôle crucial dans le conflit ukrainien, via la livraison des drones iraniens Shaheed à Moscou. Est-ce une relation de circonstance, ou une alliance durable ?Sarah FAINBERG. - C'est une alliance tactique extrêmement tendue, et non une alliance stratégique de long terme. Cette relation a toujours été marquée historiquement par de très fortes tensions entre l'Empire russe et l'Empire perse. Mais la relation s'est développée en raison des circonstances géopolitiques régionales, entre deux acteurs dont la marge de manoeuvre s'est réduite, et qui sont, de ce fait, contraints de développer leurs liens. Cela n'a bien sûr rien à voir avec la relation stratégique israélo-américaine, qui repose sur des valeurs communes. Si on dit aux Russes qu'ils ont une relation stratégique avec l'Iran, ils sauteront au plafond. 
Le ciment est anti-occidental ?C'est une coopération tactique qui inclut aussi la Chine et dont le ciment est anti-occidental. Mais il y a aussi un phénomène de vases communicants autour de deux arènes, l'arène ukrainienne et l'arène syrienne. Depuis 2014, tout ce qui se passe en Ukraine a des réverbérations en Syrie, et vice versa. Les deux acteurs se retrouvent liés, bon an mal an, par leur engagement sur ces deux zones. Bien sûr, dans la dernière année, le mouvement s'est intensifié. On assiste à l'instauration d'une dépendance croissante et sans précédent de la Russie vis-à-vis de l'Iran, au niveau opérationnel et tactique.  Vous faites allusion aux fameux drones iraniens, qui jouent un rôle majeur pour déstabiliser les positions ukrainiennes ?Les drones Shaheed 136 et 131, dont le but est de détruire des infrastructures et les populations civiles, sont intégrés dans la stratégie russe de destruction maximale du front intérieur ukrainien. Au départ, l'armée russe voulait minimiser les pertes civiles, mais cela a changé à l'été 2022. Et du coup, l'Iran est entré dans la donne pour devenir la partie centrale, opérationnelle et tactique de cette nouvelle stratégie.  Comment expliquer que les Russes aient besoin de se fournir en Iran pour ces drones non sophistiqués ?À l'époque du ministre de la Défense Serdioukov, Moscou a mis l'accent sur les missiles balistiques de haute précision et les missiles de croisière, dans la reconstruction des forces conventionnelles russes. La Russie a alors tenté de constituer un arsenal de drones sophistiqués notamment chez les Israéliens, mais cette coopération s'est arrêtée en raison des pressions occidentales après l'annexion de la Crimée. De plus, dans les guerres qu'elle préparait, la Russie avait misé sur des opérations de courte durée se déroulant dans le domaine informationnel, basées essentiellement sur les attaques cyber et la guerre électronique, et ne nécessitant pas un arsenal de drones importants. La Russie a donc été acculée à s'adresser à l'Iran depuis un an, ce qui est sans précédent en termes d'image pour Moscou. Il faut savoir, en effet, que la Russie est redevenue une puissance qui compte au Moyen-Orient, mais quand l'Arabie saoudite, Israël, le Liban ou l'Égypte la voient quémander des drones à Téhéran, cela nuit à sa crédibilité.  Les déboires de l'armée russe sont devenus un facteur géopolitique majeur, les Chinois, le Moyen-Orient et d'autres découvrant que la Russie n'est pas la puissance qu'ils imaginaient.C'est vrai, mais il faut comprendre aussi que ces pays ont une conscience aiguë de la puissance latente que la Russie conserve. Elle n'a épuisé qu'un certain nombre d'instruments, ne faisant pas usage de ses missiles hypersoniques ni de ses armes nucléaires tactiques. Lors de la conférence Elnet à laquelle je viens de participer à Paris, la question était de savoir s'il fallait acculer la Russie à une défaite stratégique ou au contraire la contraindre à arrêter sans défaite réelle. La peur est que si elle est défaite stratégiquement, elle s'en remette au domaine nucléaire tactique et aux armes hypersoniques. Il y a un écart immense entre les aspirations initiales de la Russie et les résultats du terrain. Mais cela n'est pas seulement dû aux faiblesses patentes de l'armée russe. C'est dû à la force du front civil ukrainien, et aussi à la formation de l'armée ukrainienne par les Américains et les Britanniques qui a précédé cette guerre depuis huit ans. Enfin, il faut noter un troisième facteur : l'aide massive des Occidentaux, pas seulement les gouvernements, mais aussi les corporations comme Starlink, qui incarnent le nouveau visage de la guerre.  Vous pensez vraiment que la Russie est prête à aller jusqu'à une frappe nucléaire tactique ?Oui, je le pense. La rhétorique nucléaire russe fait partie de son appareil de dissuasion. Mais mes craintes sont liées à la situation intérieure. En Russie, on assiste à une inquiétante paramilitarisation de la société et une difficulté de plus en plus grande de Poutine à garder le monopole de l'usage de la violence. Toute l'idée d'Evgueni Prigojine, qui accule Poutine en réclamant des armes, toutes ces armées privées qui se baladent entre les prisons et le front, représentent un facteur aggravant, pour l'éventualité d'une frappe tactique. Car Poutine pourrait être obligé face au chaos intérieur, et à la débandade des siloviki(les membres des agences du maintien de l'ordre), de démontrer qu'il garde l'usage de la violence légitime. Il n'a plus beaucoup de cartes à jouer sur le théâtre d'opérations, puisque les drones sont arrêtés partiellement par les systèmes de défense antiaériens ukrainiens. L'autre option serait de continuer la guerre d'usure à Bakhmout et Donetsk. Mais, là aussi, tout va dépendre de la contingence de la guerre, de la manière dont la contre-offensive ukrainienne va se déployer. Si elle échoue, la Russie pourra rester dans une guerre d'usure, qu'elle vendra comme une forme de victoire. Mais si on a une victoire ukrainienne très claire, cela sera compliqué pour Poutine, et les facteurs pouvant le pousser à utiliser l'arme tactique se multiplieront.  Ceux qui ne croient pas à l'utilisation de cette arme, et ils sont nombreux, disent qu'une frappe tactique ne changerait pas le rapport de force et priverait Poutine de toute crédibilité en Russie et au plan international, notamment vis-à-vis des Chinois. Un Rubicond...Vous avez raison. Ce qui a permis à Poutine de continuer, c'est l'oxygène que lui a donné le « Sud global ». Sans cet oxygène, il aura du mal à poursuivre cette guerre, mais le paradoxe est qu'il ne peut pas non plus apparaître trop faible, car une Russie trop faible n'intéressera plus les Chinois. Une Russie trop violente risque aussi de les éloigner. Il faut qu'ils restent donc dans une forme d'équilibre. Les Chinois ne prennent en réalité aucun partenariat stratégique vraiment au sérieux. Mais, en même temps, il faut se souvenir que Pékin, ces dernières années, a beaucoup compté sur la Russie pour servir de parapluie politique et militaire en Asie centrale, où elle prenait la main économiquement. Prévoir ce qui va se passer en Asie centrale et au Caucase, dans l'hypothèse d'une Russie très affaiblie, est très compliqué pour Pékin.  Les Russes ont joué un rôle pour contenir la nucléarisation de l'Iran. Mais la Russie a toujours été ambiguë, avec ses transferts de technologie pour le nucléaire civil iranien. Aurait-elle moins peur du nucléaire iranien que d'un rapprochement Iran-États-Unis ?Oui, le cauchemar de Poutine est bien le rapprochement de l'Iran et des États-Unis. Car il perdrait sur tous les plans. La Russie a acquis un pouvoir d'influence régional assez significatif, en jouant sur tous les tableaux et notamment sur le dossier nucléaire iranien. Elle n'a pas beaucoup de choses à « vendre » , sinon de l'énergie, des armes, et de moins en moins. Elle vend surtout de la « médiation » et ce qu'elle craint à propos du dossier iranien, c'est qu'il soit réglé. Car elle ne pourrait plus capitaliser sur son rôle de médiateur qui lui permet d'avoir des canaux de communication informels avec tous les acteurs de la région et de gagner des points sur d'autres dossiers comme l'Ukraine.  Vous souligniez le lien entre les deux champs de bataille ukrainien et syrien. Pouvez-vous préciser ?Le lien est très significatif, car la guerre d'Ukraine pourrait mener à ce que la Russie change le statu quo en Syrie. Jusqu'ici, il y a eu un modus vivendi tactique qui fonctionnait très bien entre Israël et la Russie. La Russie a fermé les yeux sur nos raids aériens et n'a pas activé ses systèmes de défense antiaériens contre nos pilotes, permettant à ceux-là de continuer leurs opérations de prévention stratégique en Syrie, contre l'Iran et le Hezbollah. Mais le changement que nous voyons arriver dans la politique russe, c'est la contrainte que la Russie s'est imposée en matière de fournitures d'armes, de technologie et de savoir-faire à l'Iran. Jusqu'à présent, on avait vu la fourniture de missiles S300 en 2016, et ensuite plus rien, sous la pression des Israéliens. L'accord tacite était que Poutine ne fournissait pas d'armes sophistiquées à l'Iran et les Occidentaux n'en fournissaient pas à l'Ukraine et la Géorgie... Un accord de marchands de tapis !  Cela a choqué les Ukrainiens au début de la guerre, qui en ont voulu à Israël...Je peux les comprendre. Mais depuis la construction d'une usine de drones en Russie avec la participation de l'Iran, on est dans une nouvelle donne, car il faut payer pour ces drones, et la Russie paie en hélicoptères, en missiles balistiques et pourrait donner des systèmes de défense aériens. Elle a aussi payé en fournissant des avions de chasse Sukhoi 35, qui avaient été construits pour les Turcs, mais que Moscou a commencé de livrer, selon des sources turques et occidentales, à l'Iran. Quelques Sukhoi 35, cela n'est pas grand-chose pour l'armée israélienne, mais sur le long terme, la construction d'un arsenal offensif iranien qui se conjuguerait avec des capacités de défense antiaérienne créerait des contraintes nouvelles pour Israël. Ce changement va changer la politique israélienne en Ukraine. Israël pourrait décider de fournir autre chose que de l'aide humanitaire. -   PROPOS RECUEILLIS PAR L. M.La guerre d'Ukraine pourrait mener à ce que la Russie change le statu quo en Syrie </text>
	

	<text titre="Le groupe Wagner, pièce maîtresse du Kremlin ?" date="2023 05 22T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="22" journal_clean="l'Humanité" keywords="chef, occidentaux, hiérarchie, russe, milice, wagner, bakhmout, kremlin, prigojine, prise, conflit, groupe, signal, evguéni" langue="fr"> GUERRE EN UKRAINE Evguéni Prigojine, chef de la milice russe, revendique l'entièreté de la prise de Bakhmout, creusant le conflit avec la hiérarchie militaire. Un signal envoyé aux Occidentaux en plein sommet du G7. Au terme de 224 jours de combats, parmi les plus intenses depuis l'invasion de l'Ukraine le 24 février 2022, la ville de Bakhmout est tombée entre les mains de la Russie. Entouré de neuf mercenaires en armes, brandissant trois drapeaux de Wagner et deux de la Fédération de Russie, le chef de la milice privée, Evguéni Prigojine, a annoncé, ce 20 mai à midi, la prise de la cité orientale située dans l'oblast de Donetsk. En conflit avec la hiérarchie militaire, ce dernier assure qu'il n'y a « que Wagner ici ». C'est seulement dans un second temps que le président Vladimir Poutine a confirmé la prise de la ville de 70 000 habitants et félicité les troupes, en n'omettant pas le rôle des forces russes. Une tentative de rééquilibrer, par la parole, le rapport de force sur le terrain : « À la suite des actions offensives des unités d'assaut de Wagner, avec le soutien de l'artillerie et de l'aviation de l'unité Sud, la libération de la ville d'Artemovsk (le nom russe de Bakhmout - NDLR) est totale », note un communiqué du Kremlin. 
Evguéni Prigojine a garanti que ses troupes se retireraient dès le 25 mai pour laisser place à l'armée régulière, tout en restant à disposition pour de futures opérations. En janvier, il avait déjà revendiqué la prise de Soledar. Ces derniers jours, il avait publiquement mis en cause le manque de soutien du commandement russe, estimant que celui-ci lui mettait « des bâtons dans les roues » et que les « caprices » du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et du chef d'état-major, Valéri Guerassimov, avaient causé la mort d'un nombre important d'hommes, cinq fois plus que dans les rangs ukrainiens, selon ses dires. Pire, le 9 mai, jour où la Russie célèbre sa victoire sur l'Allemagne nazie, Evguéni Prigojine avait accusé « l'une des unités du ministère de la Défense (d'avoir) fui de l'un de (leurs) flancs ». Ajoutant : « Si tout est fait pour tromper le commandant en chef (Vladimir Poutine - NDLR), alors soit le commandant en chef vous déchirera le c..., soit ce sera le peuple russe qui sera furieux si la guerre est perdue. » Pour mémoire, lors de la conquête de Soledar, le ministère russe de la Défense s'était un temps abstenu d'évoquer le rôle joué par Wagner. Critiqué pour sa gestion du conflit, le ministère avait fini par admettre la présence des paramilitaires.   L'intense guerre d'influence de Moscou  Autrement surnommé le « Cuisinier de Poutine », Evguéni Prigojine ne pourrait toutefois pas agir sans l'aval du Kremlin. Pour consolider son pouvoir, la présidence se jouerait ainsi de la rivalité entre milices et armée régulière. Le groupe Wagner, qui n'a eu de cesse de réclamer des munitions, a pour sa part intérêt à faire la démonstration de son rôle indispensable dans le conflit. Il y a quelques semaines, le Washington Post assurait qu'Evguéni Prigojine avait proposé à l'Ukraine de lui fournir des informations confidentielles sur l'emplacement des troupes russes à Bakhmout en échange d'un retrait des troupes ukrainiennes de la ville. Si elle reste difficile à confirmer, cette information vise à mettre en doute la fiabilité du chef du groupe Wagner, et par ricochet de la Russie, partout où ils sont engagés, et notamment sur le continent africain où Moscou mène une intense guerre d'influence à la France.   Kiev, qui a, dans un premier temps, affirmé sur Telegram tenir « certaines installations industrielles et infrastructures » et habitations à Bakhmout, a finalement reconnu avoir totalement cédé le terrain à la Russie. « Aujourd'hui, Bakhmout n'est que dans nos coeurs », a confirmé le président Volodymyr Zelensky, dimanche 21 mai. Après une série de revers de l'armée russe à Kharkiv et Kherson, la prise de Soledar, Krasna Gora, Laguidné et désormais celle de Bakhmout permettent d'envoyer un signal en plein sommet du G7 à Hiroshima, où le chef de l'État ukrainien s'est rendu (lire ci-contre). Alors que Kiev dit préparer une contre-offensive d'ampleur, elle a plus que jamais besoin du soutien des Occidentaux afin de maintenir son effort de guerre et d'obtenir des avions de combat.   Le 8 mars, le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, assurait que le contrôle de Bakhmout par l'armée russe « (soulignerait) que nous ne devons pas sous-estimer la Russie ». C'est précisément le dilemme de Volodymyr Zelensky, qui cherche à montrer que les armes européennes et états-uniennes, entre les mains de la résistance ukrainienne, permettent de faire la différence. Avant la chute de Bakhmout, un haut responsable états-unien avait averti que la priorité donnée par l'Ukraine à la ville entravait l'offensive dans le sud du pays, soulignant les divergences d'appréciations stratégiques.    Lina Sankari </text>
	

	<text titre="Russie et Ukraine se disputent le contrôle de Bakhmout, dévastée" date="2023 05 22T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23963" auteur="les echos" annee="2023" mois="5" jour="22" journal_clean="Les Echos" keywords="fin, régulière, armée, russe, contrôle, wagner, disputent, bataille, bakhmout, russie, groupe, dévastée, ukrainienne" langue="fr"> Serait-ce la fin de la bataille de Bakhmout ? Alors que l'armée ukrainienne et les mercenaires du groupe paramilitaire Wagner, soutenus par des unités de l'armée régulière russe, se disputent depuis le mois d'août dernier le contrôle de cette petite ville de l'oblast de Donetsk, ces derniers semblent en passe de l'emporter.
Ce samedi,Evgueni Prigojine, le chef de Wagner, a ainsi déclaré dans un message publié sur l'application de messagerie instantanée Telegram que ses hommes s'étaient emparés de Bakhmout « à midi », ajoutant « nous avons pris toute la ville, maison par maison ».   Le soir même, le président russe Vladimir Poutine a, par voie de communiqué, félicité Wagner et les soldats de l'armée régulière lui ayant apporté leur soutien pour l'achèvement de « l'opération de libération d'Artyomovsk », le nom soviétique de Bakhmout.   Une affirmation qui semblait avoir été confirmée le lendemain par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en marge du sommet du G7 à Hiroshima, au Japon : « Bakhmout n'est plus que dans nos coeurs, a-t-il ainsi déclaré. Il n'y a plus rien là-bas […] à part des ruines, et des Russes morts. »Mais peu après, le porte-parole de la présidence, Sergii Nykyforov, a clarifié les propos de Volodymyr Zelensky dans un message publié sur Facebook, expliquant que ce dernier avait répondu « non » à un journaliste lui demandant si la Russie s'était emparée de Bakhmout. La vice-ministre ukrainienne de la Défense Hanna Maliar a pour sa part déclaré que les forces ukrainiennes avaient « à demi encerclé » la ville, à la suite de contre-attaques localisées menées sur les flancs de l'agglomération par la 3e brigade d'assaut. Le président ukrainien a finalement assuré de son côté que la ville « n'[était] pas occupée » par les troupes russes, après une série de déclarations ambiguës sur la situation sur place.   Ce n'est pas la première fois que les gouvernements ukrainiens et russes se disputent par voie de communiqués le contrôle de la ville : en avril dernier, après que ses hommes s'étaient emparés de l'hôtel de ville de Bakhmout, Evgueni Prigojine avait assuré que celle-ci, « d'un point de vue légal », était aux mains des forces russes.   Mais là où cette déclaration avait alors été accueillie par des moqueries de l'état-major ukrainien, il semblerait que l'annonce faite ce 20 mai par Evgueni Prigojine soit plus crédible : en effet, selon Kiev, la situation sur le terrain serait « critique », et l'armée ukrainienne ne contrôlerait plus que « certaines installations industrielles » et des bâtiments résidentiels.  Importance stratégique discutableSi la ville était en effet passée sous contrôle russe, cela mettrait fin à une bataille ayant duré dix mois, et considérée par certains observateurs comme l'une des plus sanglantes du XXIe siècle. Cités par la BBC en mars dernier, des officiels occidentaux estimaient les pertes russes à Bakhmout à entre 20.000 et 30.000 personnes, tuées ou blessées.   La ville, elle, a été totalement dévastée par des mois de bombardements intensifs, et l'utilisation d'armes incendiaires par la Russie. Rien ne prédestinait pourtant cette petite ville minière de 70.000 habitants, avant le début de l'invasion, à devenir le théâtre de tels combats. D'une importance stratégique discutable, Bakhmout n'est ni un centre industriel majeur, ni un symbole comme pouvait l'être la ville martyre de Marioupol.   Mais selon certains observateurs, Evgueni Prigojine et le groupe Wagner auraient été chargés par Vladimir Poutine de s'emparer de cette ville à tout prix, après les échecs essuyés par les forces régulières russes, ce qui pourrait expliquer l'empressement du patron de Wagner à crier victoire.   Guillaume Ptak </text>
	

	<text titre="Les Russes revendiquent la victoire à Bakhmout" date="2023 05 22T00:00:00" journal="La Croix, no. 42623" auteur="jean-baptiste françois" annee="2023" mois="5" jour="22" journal_clean="La Croix" keywords="evgueni, ville, armée, russe, a-t-elle, wagner, victoire, bakhmout, prise, russes, groupe, patron" langue="fr"> La ville de Bakhmout a-t-elle vraiment été prise par Wagner et l'armée russe ?   En réponse à la vidéo du patron du groupe paramilitaire russe Wagner, Evgueni Prigojine, dans laquelle il affirme que la ville de Bakhmout « a été prise dans sa totalité », samedi 20 mai à midi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky n'a pas opposé un très clair démenti. « Je ne pense pas », a-t-il répondu dimanche, depuis Hiroshima, au Japon, où il se trouvait pour un sommet du G7. « Il n'y a rien dans cet endroit(...) , juste des ruines et beaucoup de Russes morts », a-t-il poursuivi. Sur Facebook, son porte-parole Serhiï Nykyforov n'a pas voulu laisser place à l'interprétation?: «?Le président a démenti la capture de Bakhmout.?»
La ville était certes déjà conquise à plus de 90 % par les forces russes depuis des semaines. Mais « certaines installations industrielles et infrastructures de la zone ainsi que dans le secteur privé » sont toujours sous le contrôle de Kiev, a assuré dès samedi la vice-ministre ukrainienne de la défense Hanna Maliar. Depuis le Japon, Volodymyr Zelensky a fini par enfoncer le clou dimanche midi?: la ville « n'est pas occupée », a-t-il insisté.   Quel est le gain d'une telle annonce pour Moscou ?   Sa charge symbolique est forte, après 244 jours de combats acharnés dans et en périphérie de cette ville parfois décrite comme un « Verdun ukrainien ». Bakhmout, cité du Donbass de 70?000 habitants avant la guerre, n'est guère plus grosse que Beauvais. Mais elle est devenue le point de fixation où la Russie et l'Ukraine ont choisi de se livrer bataille. 20?000 soldats russes y seraient tombés, dont la moitié au sein du groupe Wagner, d'après la Maison-Blanche. Evgueni Prigojine et l'armée russe tentent de convaincre que cela n'aura pas été en vain, alors que les forces militaires au service du Kremlin n'ont pas enregistré de succès depuis des mois. Dans un communiqué, le président Vladimir Poutine a «?félicité les unités d'assaut de Wagner, de même que tous les militaires des unités des forces armées russes qui leur ont fourni le soutien nécessaire et (qui ont couvert leur flanc), pour l'achèvement de l'opération (ayant permis de) libérer Artiomovsk?», utilisant le nom soviétique de Bakhmout.   Cette « victoire » est-elle stratégique pour la suite du conflit ?   La communication russe, centrée sur Bakhmout, est moins prolixe sur les environs de la ville, au nord et au sud, où les forces ukrainiennes ont repris 20 km2. Dimanche en fin de matinée, Hanna Maliar a même déclaré être en situation de force. «?L'avancée de nos troupes dans la banlieue sur les flancs, qui se poursuit, rend très difficile la présence de l'ennemi à Bakhmout. Nos troupes ont encerclé partiellement la ville?» , a-t-elle indiqué sur le réseau social Telegram. Sans doute le patron de Wagner veut-il sortir de cette sanglante bataille par le haut. Car il l'a assuré : il remettra le contrôle de la ville aux troupes régulières russes le 25 mai. Charge à elles de prendre la suite. </text>
	

	<text titre="A Bakhmout, les Russes revendiquent la victoire" date="2023 05 22T00:00:00" journal="Libération" auteur="luc mathieu" annee="2023" mois="5" jour="22" journal_clean="Libération" keywords="wagner, bakhmout, victoire, russes, groupe, ukrainienne, combats, tactique" langue="fr"> Manoeuvre tactique ukrainienne en prélude à un encer- clement ou défaite après dix mois de combats acharnés ? Dimanche, au lendemain de l'annonce par le groupe de mercenaires Wagner et par le président russe, Vladimir Poutine, que la ville de Bakhmout était tombée, le commandant des forces terrestres ukrainiennes, Oleksandr Syrsky, a reconnu que son armée ne contrôlait plus qu'une partie «insignifiante» de la cité ravagée, tout en assurant qu'elle progressait sur ses flancs et pouvait prétendre l'encercler.
Progrès. Quelques heures plus tôt, en marge du G7 à Hiroshima, le président ukrainien avait affirmé de façon ambiguë qu'«aujourd'hui [les Russes] sont dans Bakhmout [mais que la ville] n'est pas occupée par la Russie». Assaillie depuis mai 2022, la ville du Donbass, 70 000 habitants avant guerre, est donc en passe d'être prise par les forces russes, essentiellement des miliciens du groupe Wagner, si ce n'est déjà fait. Epuisés par des combats dantesques, les soldats ukrainiens restent présents autour de la ville, surtout au nord et au sud où ils ont enregistré des progrès ces dernières semaines. Ils ont aussi lancé des contre-attaques sur le flanc ouest. «L'importance de la défense [de la ville] reste d'actualité. Cela nous donne la possibilité d'y entrer en cas de changement de situation, ce qui se produira certainement, a affirmé sur Telegram Oleksandre Syrsky, qui évoque «un encerclement tactique». Autrement dit, la victoire russe n'en est pas une, et les combattants de Moscou seront bientôt piégés.   Le patron de Wagner, Evgueni Prigojine, a déclaré dès samedi que ses hommes n'attendront pas et qu'ils seront relevés par des soldats de l'armée régulière. «D'ici au 25 mai, nous allons fouiller complètement la ville, créer des positions défensives et la transférerons aux militaires pour qu'ils s'en occupent.» Il a une nouvelle fois accusé   l'état-major russe ne pas le soutenir: «Nous ne nous sommes pas uniquement battus avec l'armée ukrainienne à Bakhmout, nous nous sommes battus [aussi] avec la bureaucratie russe, qui nous mettait des bâtons dans les roues.» Prix. L'Institute for Study of War (ISW) doute de la faisabilité du plan de Wagner. «Se retirer alors que les troupes sont toujours en contact avec l'ennemi est une tâche extrêmement compliquée que les forces de Wagner ne pourront vraisemblablement assurer dans les cinq jours», indique sa note du 20 mai. Les soldats ukrainiens restent capables de viser avec leur artillerie les combattants russes déployés à Bakhmout. «Il est plus probable que les redéploiements de bataillons russes servent à sécuriser les flancs de Bakhmout menacés», note l'ISW. Moscou doit aussi compter avec la contre-offensive globale annoncée par Kyiv, alors que l'obsession à s'emparer d'une ville surnommée «le hachoir à viande» a considérablement affaibli ses forces.   Le 1er mai, la Maison Blanche, estimait que plus de 100000 Russes avaient été tués ou blessés depuis décembre, principalement à Bakhmout. Un prix à payer exorbitant pour une ville qui n'a pourtant rien de stratégique. </text>
	

	<text titre="Oui, il faut des avions pour l'Ukraine" date="2023 05 22T00:00:00" journal="Libération" auteur="par anne sinclair chroniqueuse politique à «libé»" annee="2023" mois="5" jour="22" journal_clean="Libération" keywords="siècle, bakhmout, images, faut, ukraine" langue="fr"> Les symboles se cognent, les images s'entrechoquent entre l'histoire du dernier siècle et celle qui s'écrit en ce moment, et cela saute aux yeux en ce week-end de mai.   Bakhmout outragée, brisée, martyrisée mais hélas, non pas libérée mais occupée samedi par Prigojine, cet arrogant criminel, à la tête de l'armée de massacreurs de Wagner. Depuis des semaines on assiste, caméras au bout des mitrailleuses ukrainiennes ou des Go-pro fixées au casque des soldats, aux furieux corps à corps où des dizaines de milliers d'hommes meurent de chaque côté, pour quelques mètres gagnés puis reperdus. Une fois de plus, sur les chaînes d'info, c'est le blessé qu'on met à l'abri, c'est le camarade qu'on couvre pendant qu'on va chercher le copain qui vient de tomber. Les images comme chaque soir ou presque, vont nous hanter la nuit prochaine.
Et pendant que s'effondre Bakhmout comme un vestige de 14-18, c'est dans la ville aux 100 000 morts de 1945, à Hiroshima, que Volodymir Zelensky, président-soldat sur tous les fronts, vient parler aux dirigeants du G7, et plus important sans doute encore, à Modi, le Premier ministre indien ou à Lula, celui du Brésil. C'est enfin dans ce rappel des guerres d'hier, dans l'omniprésence cruelle de celle d'aujourd'hui, que les Etats-Unis viennent de donner leur feu vert à la livraison de F16 par les pays volontaires, avec entraînement des pilotes en Europe. Une Europe où une fois de plus la guerre est là. Une Europe qui sait que c'est à   Bakhmout, Soledar, Kherson ou demain Odessa que se joue notre destin à nous. A nous qui serrons les dents pour que les Ukrainiens tiennent encore et encore. Pour que la force ne l'emporte pas. Pour que le mensonge, l'esprit de défaite, ne nous gangrènent pas. Pour qu'après la guerre du début du XXe siècle, qu'après celle du milieu, ne se joue pas la guerre totale du XXIe siècle. Alors oui, il faut que l'Ukraine gagne, il faut que Poutine perde. En 1936, les gouvernements européens, frileux, pensaient éviter la guerre en refusant d'aider les Espagnols. Et malgré les cris «des avions pour l'Espagne», on laissa les républicains espagnols se faire écraser par les troupes franquistes, deux ans même avant Munich, pour jouer à tout prix une paix trompeuse. Je sais bien que les analogies historiques sont spécieuses. Mais les réflexes de peur face à celui qui emploie la force ont la vie dure. Alors aujourd'hui, il faut des avions pour l'Ukraine, malgré les risques, malgré les opinions publiques frileuses, malgré «l'engrenage» qu'on nous prédit mais qui est déjà là. Il faut des avions pour l'Ukraine car ils se battent aussi pour nous. ? </text>
	

	<text titre="La Russie revendique une victoire à Bakhmout" date="2023 05 23T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="thomas d’istria et benoît vitkine" annee="2023" mois="5" jour="23" journal_clean="Le Monde" keywords="rodionov, ville, moscou, bakhmout, victoire, souvient, lieutenant-colonel, russie, kiev, ukrainienne, edouard" langue="fr"> Kiev et Moscou - correspondants - Ma première rencontre avec Bakhmout a eu lieu en 2015, se souvient Edouard Rodionov, lieutenant-colonel au sein de la 58e brigade ukrainienne. C’était une ville florissante. Avec un stade de football, des parcs modernes, de jolis paysages : tout ce dont vous aviez besoin pour une vie normale et épanouie. » Sept ans plus tard, après dix mois de bombardements et de combats intenses, la jolie petite ville de 70 000 habitants (avant la guerre) n’est plus qu’un champ de ruines. Samedi 20 mai, c’est dans un paysage d’apocalypse que le patron de la milice privée russe Wagner, Evgueni Prigojine, a revendiqué la capture de Bakhmout, épicentre des combats du front de l’Est.
« Aujourd’hui, à midi, Bakhmout a été prise dans sa totalité. L’opération a duré deux cent vingt-quatre jours », lance-t-il dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux, sur fond de détonations d’artillerie. En tenue de combat, Evgueni Prigojine se tient devant des soldats masqués portant des drapeaux de la Fédération de Russie et du Groupe Wagner. « Nous avons pris chaque maison, personne ne peut nous dire qu’il reste un morceau », insiste-t-il encore.   Plus tard dans la soirée, Vladimir Poutine a félicité le groupe de mercenaires et l’armée russe par le biais d’un communiqué, saluant la « libération d’Artiomovsk », l’ancien nom de Bakhmout. Même lapidaire, ce commentaire du président russe est en soi un événement : M. Poutine n’a pas évoqué les opérations militaires en cours en Ukraine depuis plusieurs mois, faute de nouvelles positives.  Intérêt stratégique limitéCette prise de Bakhmout – annoncée un an jour pour jour après celle de Marioupol, localité bien plus importante – est déjà présentée comme une victoire pour M. Poutine, quand bien même son intérêt stratégique est limité, de l’avis des observateurs militaires, russes y compris. Quant à son coût (la mort de milliers ou dizaines de milliers d’hommes et la destruction de la ville), il est considéré comme parfaitement acceptable par la partie russe, d’autant que l’essentiel des pertes est à compter dans les rangs des détenus recrutés par Wagner. Des cérémonies de remise de décorations ont déjà été organisées et la télévision saluait dimanche « un événement d’ampleur historique ». « Nous ressentons probablement la même chose que nos grands-pères entrant dans Berlin », commentait un combattant interrogé par la Première chaîne.   Cette victoire tant attendue par Moscou n’offre en tout cas pas de répit dans la lutte qui oppose M. Prigojine au haut commandement militaire. L’homme d’affaires pétersbourgeois, qui avait au cours des semaines précédentes été jusqu’à traiter le ministre de la défense de « salope », a répété samedi : « Il n’y avait que Wagner ici (…) . Nous ne nous sommes pas uniquement battus contre l’armée ukrainienne à Bakhmout, mais aussi contre la bureaucratie russe. »Evgueni Prigojine a par ailleurs affirmé – nouvelle menace ou aveu d’épuisement ? – que ses hommes se retireraient de la ville à partir du 25 mai et transféreraient leurs positions à l’armée régulière. Celle-ci n’a pas commenté la proposition, mais le ministère de la défense prenait soin, dimanche, de rappeler le rôle de « soutien  de l’artillerie et de l’aviation du groupe d’armées “Sud” ».   Les autorités ukrainiennes, de leur côté, ont multiplié les démentis pour assurer que la ville n’était pas entièrement dans les mains des Russes. Si la vice-ministre de la défense, Hanna Maliar, a concédé que les forces ukrainiennes se trouvaient dans une « situation critique », elle a ajouté que de « violents combats »se poursuivaient pour continuer de tenir « certaines installations industrielles et infrastructures ». Les déclarations d’autres sources militaires laissent penser que les forces ukrainiennes ont établi leurs positions à l’entrée de la ville et contrôlent au moins un de ses accès. Bakhmout « n’est pas occupée », a aussi affirmé le président Volodymyr Zelensky depuis le Japon, où il participe à un sommet du G7.   La partie ukrainienne rappelle surtout les avancées de ces derniers jours au nord et au sud de la ville. Au cours des trois premières semaines du mois de mai, les forces armées ukrainiennes ont de fait lancé une série d’attaques réussies sur les flancs de la milice Wagner, réussissant à reconquérir 20 kilomètres carrés, d’après l’état-major. Ces percées autour de la ville avaient inquiété le chef de Wagner, qui avait alors accusé les forces régulières russes de fuir leurs positions. Dimanche, certaines sources officielles évoquaient un « demi-encerclement » de la ville par l’armée ukrainienne. Au téléphone, un jeune commandant d’une unité ukrainienne qui continue de combattre dans la bourgade d’Ivanivske, au sud-ouest de Bakhmout, préfère insister sur le fait que Bakhmout, en soi, ne peut pas constituer une défaite. « Je n’ai pas ce genre d’état d’esprit, car je sais combien de troupes ils ont sacrifiées uniquement pour capturer Bakhmout et combien ils en perdront encore dans le futur pour ce genre de ville », assure le combattant, qui répond au nom de guerre « Kyiv » (Kiev, en ukrainien).  « Hachoir à viande »« Ce n’est plus une ville mais une autre ruine laissée par le “monde russe” », constate de son côté le lieutenant-colonel Edouard Rodionov, qui a longtemps assuré la défense de Bakhmout avant d’être redéployé plus au nord, dans la région de Kharkiv. Ce vétéran de la guerre du Donbass raconte les différentes étapes d’intensification des combats. C’est à partir du mois de mai 2022, alors que les forces russes perçaient le front du Donbass, que les premiers bombardements ont frappé Bakhmout. « Des missiles de croisières russes Kalibr ont commencé à bombarder les infrastructures », se souvient l’officier. Au milieu de l’été, un pilonnage massif de la ville a commencé avec des lance-roquettes multiples, des bombardements depuis des avions et des tirs de missiles depuis des hélicoptères. Les obus et les missiles étaient tirés non seulement sur des cibles militaires, mais aussi sur les civils. »Les mois passant, la bataille gagne en intensité. A partir de l’automne 2022, la ville finit par acquérir son surnom de « hachoir à viande ».« La tactique n’a pas d’importance lorsque vous avez 140 millions d’habitants dans le pays, résume le lieutenant-colonel Rodionov en rappelant les vagues d’assauts sans fin menés par les fantassins de Wagner. Les abords à l’est de Bakhmout étaient littéralement jonchés de cadavres. »A l’époque, des informations font aussi état d’exécutions parmi les mercenaires refusant d’avancer sous le feu ukrainien.   Les forces russes ont progressé dans le centre et aux abords de la ville durant l’hiver, usant peu à peu la défense ukrainienne. A la fin de janvier, après avoir promis de défendre la « forteresse »jusqu’au bout, le président Volodymyr Zelensky reconnaissait que Bakhmout concentrait « les plus grandes difficultés » rencontrées par son armée.   En dépit du scepticisme des alliés occidentaux, les autorités ukrainiennes ont décidé de renforcer leurs positions. Le 9 mars, le commandant des forces terrestres ukrainiennes, Oleksandr Syrsky, déclarait dans un communiqué que chaque jour de défense supplémentaire de la ville permettait de « gagner du temps pour préparer nos réserves et nos futures opérations offensives »pour récupérer les territoires occupés dans le cadre d’une grande contre-offensive dite « de printemps ». Les autorités de Kiev continuent d’estimer que la bataille a permis d’infliger un maximum de pertes à l’armée ennemie, prisonnière de son obstination à apporter la victoire promise et enferrée dans une stratégie coûteuse en hommes. « Bakhmout est devenu un trou noir pour les Russes et les hommes de Wagner, renchérit le commandant « Kyiv ». Je l’ai vu de mes propres yeux. Ils envoient leurs troupes au massacre. »Dans le même temps, l’intérêt de Bakhmout aurait été de fixer les troupes russes en ce point du front, rendant vulnérables d’autres portions.   Les deux armées ont subi de lourdes pertes durant la bataille, la plus longue et la plus sanglante depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, lancée en février 2022. Au début de mai, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain, John Kirby, estimait que 100 000 soldats russes avaient été tués ou blessés depuis décembre 2022, principalement à Bakhmout. Dimanche, le président américain Joe Biden a repris le chiffre, depuis le Japon.   Commandant d’une unité d’assaut déployée dès la mi-février aux abords de la ville, « Schmidt », de son nom de guerre, considère que la stratégie ukrainienne a été payante. « Nous avons fait sortir beaucoup de réservistes russes, ils ont perdu beaucoup de soldats », résume-t-il au téléphone. Le militaire, qui a été envoyé avec ses hommes dans Bakhmout à partir d’avril, évoque la dureté des combats : « Les tirs d’artillerie n’ont jamais cessé. L’ennemi montait à l’assaut en permanence. Les Russes ont utilisé du phosphore pour nous brûler, ou des avions, et finalement ils ont réussi à nous chasser de certaines positions. Ils ont rasé la ville maison après maison, bloc après bloc. » Son unité a quitté la ville le 17 mai afin de « reconstituer[sa] capacité de combat ». </text>
	

	<text titre="Ukraine La Russie revendique la prise de Bakhmout" date="2023 05 23T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="23" journal_clean="Le Monde" keywords="ville" langue="fr"> Cette ville ukrainienne, réduite à l’état de ruines après des mois de combats, est plus que jamais l’épicentre du conflit sur le front de l’est. Pour les Russes comme pour leurs adversaires, son contrôle constitue un enjeu plus symbolique que véritablement stratégique, comme l’ont prouvé les événements des derniers jours. Samedi 20 mai, alors que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, occupait l’avant-scène au sommet des pays du G7 au Japon, le patron de la milice privée russe Wagner, Evgueni Prigojine, revendiquait la capture totale de la ville. Vladimir Poutine s’est empressé de féliciter les mercenaires et l’armée régulière.
De leur côté, les Ukrainiens ont multiplié les démentis pour assurer que Bakhmout, qui comptait 70 000 habitants avant la guerre, n’était pas encore entièrement aux mains de l’ennemi. Une certitude : les deux camps ont subi de lourdes pertes dans cette longue bataille. </text>
	

	<text titre="Des combattants anti-Poutine bousculent l'armée russe sur son propre territoire" date="2023 05 24T00:00:00" journal="La Croix, no. 42625" auteur="thomas hofnung" annee="2023" mois="5" jour="24" journal_clean="La Croix" keywords="attaque, armée, russe, menée, belgorod, combattants, ukraine" langue="fr"> Belgorod a éclipsé Bakhmout. Était-ce le but principal de l'attaque menée en territoire russe par des combattants venus d'Ukraine, au lendemain de la victoire proclamée par Evgueni Prigojine dans la ville martyre du Donbass, en proie à une lutte acharnée depuis dix mois ? À l'issue de plus de vingt-quatre heures de combats, l'armée russe a affirmé, mardi 23 mai, avoir « bloqué et écrasé » cette opération spectaculaire menée près de la frontière côté russe, apparemment par des unités de volontaires russes anti-Poutine, dont des franges ultranationalistes.   Ce n'est pas la première fois que la Russie fait l'objet d'attaques. Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, plusieurs actions ont été menées dans les régions qu'elle contrôle, notamment dans la péninsule de Crimée, annexée illégalement par Moscou en 2014. Plus récemment, une mystérieuse attaque de drones a eu lieu à proximité du Kremlin, imputée par les autorités russes à l'Ukraine, et démentie par Kiev. Mais jamais la Russie n'avait subi une attaque de l'ampleur de celle menée dans le secteur de Belgorod.
Pour venir à bout de cette incursion qualifiée de « terroriste », l'armée russe dit avoir recouru à son artillerie mais aussi à l'aviation. Avant d'employer les grands moyens, les autorités avaient fait évacuer pas moins de neuf localités. Aucun bilan chiffré indépendant sur les pertes militaires et civiles n'était disponible ce mardi.   L'opération a été revendiquée sur une chaîne Telegram par un groupe de combattants russes oeuvrant côté ukrainien, la « légion Liberté pour la Russie », laquelle avait déjà assuré être à l'origine d'incursions dans la même région. Un autre groupe aurait participé à l'opération, le « corps des volontaires russes », dirigé par une figure des milieux de hooligans russes qui revendique son appartenance à la mouvance néonazie, Denis Kapoustine (alias « Nikitine »).   Les autorités de Kiev démentent tout lien avec ces groupes et leurs actions. « Nous ne livrons pas de guerre sur des territoires étrangers », a assuré, mardi 23 mai, la vice-ministre ukrainienne de la défense Hanna Maliar. Un propos avant tout destiné aux alliés de Kiev qui ont promis de nouveaux équipements à l'armée ukrainienne, notamment des avions de combat de type F-16.   Si le Kremlin ne va pas manquer d'exploiter cette opération pour justifier son invasion de l'Ukraine, celle-ci met une nouvelle fois en lumière les défaillances de son armée. « Cela nécessite de notre part plus d'efforts, ces efforts continuent d'être fournis et l'opération militaire spéciale(en Ukraine) se poursuit pour que cela n'arrive plus » , a lâché le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. L'incursion de Belgorod survient au moment où les rumeurs sur une prochaine contre-offensive ukrainienne se font de plus en plus insistantes. Ce mardi, le président Volodymyr Zelensky s'est rendu sur la ligne de front dans la région de Donetsk. </text>
	

	<text titre="À quoi joue  Prigojine, l'imprécateur de la Russie poutinienne ?" date="2023 05 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24496" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="5" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="evgueni, joue, mai, mercenaires, wagner, victoire, prigojine, russie, groupe, dernier, patron" langue="fr"> RUSSIE Samedi dernier, 20 mai, Evgueni Prigojine a engrangé une double victoire. Dans une vidéo apparemment tournée in situ, le patron des mercenaires du groupe Wagner, entouré de ses miliciens, annonce la prise de Bakhmout. Une victoire symbolique, plus que stratégique, après presque huit mois - deux cent vingt-quatre jours - de sanglants combats pour mettre la main sur cette ville devenue emblématique de la guerre lancée par Vladimir Poutine en février 2022. Cette ville du Donbass, qui comptait naguère 70 000 habitants, n'offre plus qu'un spectacle d'apocalypse, un champ de ruines sans âme qui vive. Pris dans le hachoir de Bakhmout, les Wagner n'auront pu progresser que de soixante-quinze mètres par jour en moyenne. Ils ont laissé au total 20 000 hommes sur le terrain, au dire de Prigojine lui-même ; la moitié de ces combattants ayant été recrutés dans les prisons. C'est donc une victoire à la Pyrrhus, aussitôt contestée d'ailleurs par Kiev qui affirme toujours contrôler certains points de la ville et progresser sur ses flancs - dans le contexte, beaucoup plus large, de la contre-offensive annoncée par les Ukrainiens. Sa deuxième victoire, Evgueni Prigojine l'a obtenue ce même 21 mai, en recevant, les congratulations de Vladimir Poutine. Pour l'ex-repris de justice de 62 ans, marchand de hot dogs devenu restaurateur de l'administration présidentielle, patron d'un empire interlope - dont les fameuses « usines à trolls » -, sous sanctions internationales, et chef de guerre, ces félicitations sonnent comme une légitimation. Le chef du Kremlin reconnaît le rôle des « unités d'assaut de Wagner (...) dans l'achèvement de l'opération (ayant permis) de libérer Artiomovsk(le nom soviétique de Bakhmout, NDLR) » , selon l'agence Tass. Dans ce même message, le président russe promet des médailles aux vainqueurs de Bakhmout. Un comble, alors qu'il y a à peine plus d'un an, le Kremlin répétait que « ce groupe Wagner n'existe pas » et que « les sociétés militaires privées sont interdites en Russie ». Jusqu'en août dernier, Prigojine lui-même niait tout lien avec le groupe de mercenaires et avait même attaqué en justice la journaliste Catherine Belton pour avoir affirmé qu'il en était le chef. En réalité, comme il l'admettra par la suite, Evgueni Prigojine était bien impliqué au premier chef dans les activités de Wagner, notamment à partir de 2015 en Syrie, un pays où lui-même passera beaucoup de temps. Mais il s'en tient alors à la discrétion par intérêt, les siens et ceux du Kremlin. Son rôle véritable est pourtant un secret de polichinelle, en tant que parrain d'une cohorte de l'ombre dont la mission est d'intervenir - de l'Amérique latine à l'Afrique, en passant par le Proche-Orient - partout où l'armée russe ne veut pas le faire en son nom propre.
L'invasion de l'Ukraine bouleverse la donne. La guerre devient pour Evgueni Prigojine une affaire personnelle et revendiquée comme telle . « Les Wagner n'ont été appelés que le 16 mars 2022, lorsqu'on a constaté que la guerre ne se déroulait pas comme prévu », explique l'expert israélien David Gendelman . « Le fait même que l'on ait pu avoir besoin de Prigojine a été perçu comme un déshonneur pour l'armée russe » ,  affirme-t-il aussi. Les différends entre l'homme d'affaires, patron du groupe Concord Catering, et l'administration militaire, prétendument pour des contrats non honorés, sont anciens.  « Prigojine veut manifestement être le principal visage russe de cette guerre » , estime le journaliste Andreï Pertsev, mercredi, sur le site d'investigation Meduza . « Le fait de n'avoir aucune fonction officielle lui offre un couloir d'opportunités très large, contrairement aux fonctionnaires et aux hommes politiques, pour s'en prendre à la hiérarchie militaire » , complète-t-il.   Pas un jour ou presque sans qu'il ne s'exprime sur sa chaîne Telegram ou sur YouTube, éructant ses exigences - en premier lieu, la fourniture de munitions pour ses hommes - et mettant en scène face caméra sa rivalité avec ceux qu'il appelle « les généraux qui traînent leurs pantoufles sur le parquet sans aller en première ligne ». Haro sur les « élites ». Un maître en communication, fort en gueule, « cash » dans son expression, madré, d'un cynisme parfait. « On m'a appelé « le cuisinier » et c'est vrai que j'ai été restaurateur et que j'ai eu beaucoup de succès,confie-t-il dans sa dernière interview sur YouTube. Mais je ne sais pas cuisiner moi-même et on aurait dû plutôt penser à me surnommer le « boucher de Poutine » »...Sa bête noire, la hiérarchie du ministère de la Défense, incarnée par Sergueï Choïgou et le chef d'état-major des armées Valéri Guérassimov. Un summum a été atteint le 5 mai lorsque, le visage déformé par la colère, il apparaît au milieu des cadavres de dizaines d'hommes étendus dans la pénombre . « Choïgou, Guérassimov, où sont les munitions ? », hurle-t-il dans cette vidéo-choc . « Ce sont les gars de Wagner qui sont morts aujourd'hui (...). Si vous aviez donné des munitions, il y en aurait eu cinq fois moins » ,ajoute-t-il. Une virulence détonnante dans un pays où l'expression publique est désormais verrouillée. À Moscou, il y a quelques jours, un homme de 51 ans avait affiché sur sa voiture ces mêmes invectives - « Choïgou, Guérassimov... ».Il a été interpellé et condamné à une amende de trente mille roubles (environ 380 euros). D'où vient alors la liberté de ton que s'autorise cet astre noir planant sur le désert politique russe ? Quelles sont ses motivations, ses ambitions et ses affiliations principalement avec Vladimir Poutine, qu'il n'affirme avoir connu que lorsqu'il est devenu président ?   Dans une interview publiée aujourd'hui, Prigojine aiguise davantage ses philippiques, critiquant vertement la facilité avec laquelle des groupes armés ont pu s'introduire lundi dans la région frontalière de Belgorod. « Où est la garantie qu'ils ne viendront pas à Moscou demain ? », lance-t-il, en tançant une « défense absolument pas préparée à contrer la menace de quelque manière que ce soit ». Plus iconoclaste encore, il met en cause dans cette même interview le déroulement de l' « opération militaire spéciale » qui, selon lui, a eu pour résultat de renforcer l'armée de Kiev. « Nous voulions démilitariser l'Ukraine et c'est le contraire qui s'est produit : nous l'avons militarisée de toutes les manières possibles. » Il ajoute : « Nous nous sommes promenés dans toute la région avec nos bottes, de manière grossière, à la recherche de nazis(...) puis nous nous sommes retirés. » Avant de conclure par une référence qu'il affectionne : « Staline en aurait tiré des conclusions et aurait fusillé deux cents personnes »...Pour la plupart des observateurs, Prigojine reste étroitement dépendant de Vladimir Poutine, celui qui l'a fait monter en graine et à qui il ne saurait s'en prendre directement. Le 9 mai, jour des cérémonies de la Victoire, le chef des Wagner avait évoqué un « grand-père heureux » qui « pense qu'il s'en sort bien » malgré la situation sur le front - ce grand-père (dedouchka) n'étant autre que Poutine, dans la compréhension des Russes. Et il ajoutait : « Comment gagnerons-nous la guerre s'il s'avère soudain que ce grand-père est un connard complet ? » Mais le lendemain, interrogé sur ce point, Prigojine noie le poisson, excluant qu'il puisse avoir parlé de Poutine. On croit alors comprendre que ses propos auraient plutôt visé Guérassimov.   La politologue Tatiana Stanovaya rappelait récemment cette vérité simple : Prigojine est avant toute chose un entrepreneur, guidé par ses affaires et les bénéfices qu'il peut en retirer. C'est le fil rouge de ses activités en République centrafricaine, comme en Syrie où un contrat lui octroie un quart des revenus pétroliers des sites qu'il sécurise . « Il offre aux autorités ses ressources et exige des services en retour », explique le journaliste Andreï Pertsev. Des relations dans lesquelles l'aval du président russe, ou de ses très proches, joue un rôle essentiel. À la mi-septembre, après les revers sur le front face aux Ukrainiens, Prigojine est autorisé à recruter des combattants dans les prisons. Il y voit immédiatement son intérêt et sort du bois. Ce privilège lui a été retiré au printemps, conséquence de sa longue guérilla avec l'administration de la Défense, souhaitant elle aussi puiser des soldats dans le vivier pénitentiaire. Sergueï Choïgou a emporté la première manche, conduisant Vladimir Poutine à arbitrer en faveur de l'institution. Peu auparavant, le 11 janvier, le général Sergueï Sourovikine, un proche de Prigojine, avait été remplacé au poste de commandant de l' « opération militaire spéciale » par le général Valéri Guérassimov.  « La prise de Bakhmout pouvait être un moyen pour Prigojine de regagner les faveurs du président et c'est peut-être déjà le cas » , relève Andreï Pertsev. Pour quelles ambitions ?  « Contrairement à ce que l'on entend souvent, je ne pense pas que Prigojine a des ambitions politiques, au sens électoral , explique Arnaud Dubien, directeur de l'Observatoire franco-russe à Moscou. Sa posture reflète plutôt les réalités sur le terrain, les rivalités et la jalousie de la hiérarchie militaire. Car Wagner a longtemps bénéficié d'une situation privilégiée, en termes d'accès aux munitions, de recrutement dans les prisons. Wagner payait davantage ses recrues même si n'est plus le cas », ajoute l'expert . « Le poids de Prigojine est indexé sur ses succès militaires mais si ces succès cessent, il entre dans une zone incertaine » , estime aussi Arnaud Dubien. De même, d'après le journaliste Andreï Pertsev, l' «  influence de Prigojine sur Poutine et sur le système politique russe ne doit pas être exagérée  ». « C'est le type d'hommes politiques dont la « verticale du pouvoir » se débarrasse depuis trente ans, en les limogeant ou en les emprisonnant », tranche même Pertsev. Certains internautes russes lui prédisent même un destin encore plus funeste. « Du thé, ou la fenêtre ? » , lui propose un Poutine grimaçant, sur une caricature qui fait florès sur internet... Néanmoins, pour Andreï Pertsev, Prigojine devrait continuer à faire de la politique publique, en usant de son influence. L'expert cite d'ailleurs un sondage Interfax-Russian Field réalisé en janvier dernier sur les dix personnalités les plus médiatiques de Russie : Sergueï Choïgou a quitté le « top 10 » ; Evgueni Prigojine arrive en deuxième position avec 2 % des suffrages, certes loin derrière Vladimir Poutine (30 %) et devant l'opposant emprisonné Alexeï Navalny (1,8 %).  « Sa trajectoire à moyen terme dépend de sa structure institutionnelle qui reste fragile », explique encore Arnaud Dubien. « C'est typique de la gestion par l'incertitude des élites russes » ,ajoute directeur de l'Observatoire franco-russe. Selon lui, Prigojine n'a pas d'accès direct au président russe. Il peut certes passer par des intermédiaires mais il ne peut pas le voir quand il le souhaite, à la différence de certains oligarques ou de Sergueï Choïgou.   Reste à savoir de quoi Prigojine est-il le nom dans le jeu du pouvoir. La mise en place de rivalités, pour neutraliser les ambitions de personnalités concurrentes, est une pratique de longue date du système au Kremlin pour pérenniser le rôle d'arbitre du président entre les différents clans.  « Prigojine et Choïgou font un jeu à somme nulle dans lequel il ne peut y avoir deux gagnants  » , note l'analyste politique Vladimir Pastoukhov, sur Telegram.  « Ces intrigues, toutefois, étaient habituellement tenues hors de la vue du public. La confrontation au vitriol entre Prigojine et Choïgou a cassé le moule » , écrit en substance le Wall Street Journal, dans son édition de mercredi . « En observant ce conflit, les élites russes pourraient en tirer les conclusions que Poutine n'est pas capable de réguler les relations, qu'il est devenu faible et la verticale du pouvoir en train de se défaire », commente à ce propos, toujours dans le WSJ, le politologue Abbas Galliamov, ancien rédacteur de discours au Kremlin . « En temps de guerre, préserver un front uni est à la base de la tâche de l'État. Et Poutine n'est pas en mesure de le faire », affirme Galliamov.   Le 18 mai, à l'avant-veille de ses annonces sur Bakhmout, Prigojine jurait ses grands dieux de « ne pas avoir pour objectif d'occuper une place dans la structure de l'État bureaucratique mais d'empêcher la Russie de tomber dans l'abîme vers lequel, malheureusement, nous glissons... » Lundi, le groupe Wagner a assuré que ses forces se retireraient de Bakhmout du 25 mai au 1er juin et remettrait le contrôle de la ville à l'armée régulière . « Il faut former un régiment de généraux, leur donner à tous des fusils, et tout ira bien », a immédiatement raillé l'incorrigible, inquiétant et hypothétique M. Prigojine, dans une nouvelle pique envoyée au haut commandement militaire russe. </text>
	

	<text titre="Avec Wagner, Evguéni  Prigojine devient le nouvel homme fort en Russie" date="2023 05 25T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="25" journal_clean="l'Humanité" keywords="dirigeant, nouvel, homme, fort, wagner, prigojine, russie, groupe, politique, présidentielle, evguéni, destin" langue="fr"> Natif de Saint-Pétersbourg, le dirigeant du groupe de mercenaires, catalogué comme terroriste par l'Europe, s'imaginerait - selon certains médias - un destin politique avant la présidentielle de 2024 en Russie.Au coeur de la ville de Bakhmout, épicentre du conflit en Ukraine ces derniers mois, Evguéni Prigojine se filme au milieu des ruines. Il annonce : « Le 20 mai 2023, aujourd'hui, à midi, Bakhmout a été prise dans sa totalité », dans une vidéo diffusée sur Telegram, où le dirigeant du groupe paramilitaire Wagner se tient aux côtés d'hommes armés devant des bâtiments complètement détruits. Ce nouveau coup médiatique fait-il du natif de Saint-Pétersbourg le nouvel homme fort de la Russie ? Après six mois de combats et des dizaines de milliers de morts, la portée de la prise de cette ville stratégique s'avère extrêmement symbolique pour Moscou. Prigojine offre cette victoire aux autorités russes alors que le G7 est réuni au Japon et un an après celle de Marioupol. À tel point que Vladimir Poutine a félicité Wagner en personne, alors que « les armées privées sont officiellement hors la loi en Russie », rappelle Arnaud Dubien, directeur de l'Observatoire franco-russe à Moscou. 
Prigojine, qui a débuté, comme de nombreux oligarques russes, dans le milieu mafieux avant d'investir celui des affaires, peut-il s'imaginer un destin politique ? De nombreux doutes accompagnent une telle hypothèse. « Il ne fait guère partie des clans habituels au pouvoir : armée et services de renseignements, milieux d'affaires, haute administration et élus », estime un diplomate. Si la guerre a rebattu les cartes politiques, avec une percée du courant de pensée le plus nationaliste comme celui du Club des patriotes en colère, dont Prigojine semble proche, l'hypothèse d'une participation et d'une victoire à la présidentielle de 2024 semble difficilement imaginable. « Toutefois, le message de félicitations de Poutine constitue une sorte de légitimation. Il pourrait à terme servir de candidat paratonnerre pour la présidentielle afin de capter les déçus du régime », n'exclut pas Arnaud Dubien.   À la fin des années 1990, Prigojine remporte des contrats publics avec sa société Concord Catering pour fournir les cantines de Moscou, Saint-Pétersbourg et les rations de l'armée russe. Il se fera connaître aussi comme le traiteur du Kremlin. C'est à partir des années 2010 que Prigojine multiplie les percées dans l'univers de la sécurité, d'abord sur le Web puis, plus tard, en fondant une société militaire privée, Wagner, en 2014. Interdit en Russie, il se déploie sur les terrains de Libye puis de Syrie, qui le mettent au premier plan. Ses mercenaires vont utiliser les mêmes méthodes ultraviolentes que les groupes terroristes islamiques que Wagner combat. Prigojine se distingue à tel point qu'il obtiendra une récompense avec ses acolytes, dont Dmitri Outkine, par Poutine, au Kremlin, en 2016. Ses sorties médiatiques contre l'armée et notamment le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, un proche de Poutine, interpellent. « Il semble sûr de sa force depuis sa présence en Syrie, au Mali, en République centrafricaine, au Soudan », estime un journaliste russe. Et si « ses succès en Ukraine lui permettent d'accumuler des contrats ailleurs et de lui ouvrir un peu plus les portes du Kremlin, poursuit-il, ils les médiatisent aussi pour éviter le contrecoup d'une éventuelle défaite ».   Vadim Kamenka </text>
	

	<text titre="Dans le Donbass, les soldats de Kiev ne croient pas à la prise de Bakhmout" date="2023 05 25T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23966" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="25" journal_clean="Les Echos" keywords="lisière, bakhmout" langue="fr"> A la lisière d'une forêt dans la région de Donetsk, deux soldats ukrainiens couverts de cambouis s'affairent autour d'un véhicule de combat BMP-1, de fabrication soviétique. Le grondement de l'artillerie résonne régulièrement, mais les deux hommes n'y prêtent pas attention. Le bruit étrange provenant du moteur de leur engin les préoccupe bien plus. 
Pour les hommes du 214e bataillon OPFOR de l'armée ukrainienne, leurs véhicules sont une ressource précieuse. « Ils sont anciens, mais on arrive à faire des miracles avec », explique Oleksii, dit « Chimique », un jeune conducteur au visage poupin. « Celui-ci m'a sauvé la vie une fois, assure-t-il, en désignant d'un geste les 13 tonnes d'acier derrière lui. Evidemment, nous préférerions avoir des véhicules occidentaux, modernes, mais ceux-ci ont leur utilité. »Progrès indéniablesLa conversation est momentanément interrompue par le bruit, plus fort, d'une explosion dans la direction de Kramatorsk, qui soulève une épaisse colonne de fumée noire à l'horizon. Depuis l'été dernier, Oleksii et ses camarades effectuent quotidiennement des sorties à bord de leurs véhicules blindés et de leurs tanks pour repousser les avancées des forces russes dans la direction de Bakhmout.   Cette petite ville de 70.000 habitants, d'une importance stratégique pourtant discutable, est devenue au cours des derniers mois l'un des principaux objectifs de l'armée russe et de la milice paramilitaire Wagner. Le week-end dernier, le fondateur de Wagner, Evgueni Prigojine, avait annoncé que ses hommes étaient enfin parvenus à s'emparer de Bakhmout, au prix de terribles pertes : dans une interview publiée mercredi sur sa chaîne Telegram, il affirme que 20.000 d'entre eux seraient morts à Bakhmout.   De son côté, le gouvernement ukrainien réfute ses affirmations et dit encore contrôler certaines positions à la lisière sud-ouest de la ville. Une position partagée par « Chimique » et le reste du 214e bataillon : « Les Russes mentent, assure le jeune homme. Nous contrôlons encore une partie de la ville, au sud-ouest de Bakhmout, et les combats se poursuivent. »L'officier en charge de l'unité, un major ayant demandé à rester anonyme, affirme que les déclarations d'Evgueni Prigojine constituent avant tout une opération de communication : « Nous savons que les Russes ne se sont pas encore entièrement emparés de la ville. Prigojine essaie de sauver sa peau dans le conflit qui l'oppose au ministère de la Défense, et de se présenter comme vainqueur de Bakhmout. » Pour le major, les forces russes ont néanmoins réalisé des progrès indéniables, grâce au déploiement d'importants moyens en hommes et en munitions. Selon lui, les mercenaires du groupe Wagner ne se limitent pas à des prisonniers recrutés dans les prisons, mal entraînés et mal équipés : « Tout ce que vous pouvez imaginer, ils l'utilisent ici, explique-t-il. Ils ont des lance-roquettes multiples, de l'artillerie, du phosphore, des tanks, des véhicules blindés. »Pour Oleksii, même si les Russes parvenaient à s'emparer de Bakhmout, cela ne constituerait pas un tournant de la guerre. « Bien sûr, cela nous fait mal de voir nos villes et villages détruits et occupés par l'ennemi, soupire-t-il. Mais nous savons que, tôt ou tard, nous allons les reprendre. »Gu. P. (envoyé spécial à Donetsk) </text>
	

	<text titre="Dans le sillage de la société Wagner, de nouvelles milices liées à l'armée tracent leur sillon guerrier en Ukraine" date="2023 05 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24496" auteur="colling, julian" annee="2023" mois="5" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="armée, wagner, société, milices, ukraine" langue="fr"> DÉCEMBRE 2022. L'armée russe tente une nouvelle percée autour du verrou de Vouhledar, après plusieurs tentatives infructueuses. La nouvelle offensive sera elle aussi vaine, mais le commandement des forces ukrainiennes remarque l'entrée dans le conflit autour de Vouhledar de la société militaire privée (SMP) russe Patriot, qui n'a jusque-là pas fait parler d'elle en Ukraine. On présente rapidement Patriot comme affiliée au ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, et « en concurrence » avec Wagner. Raccourci pratique : Choïgou et Evgueni Prigojine, le représentant de Wagner, se détestent et sont en conflit larvé depuis des années.   Patriot n'est pas la seule nouveauté. Au cours de l'année 2022, la presse se fait l'écho de la rapide multiplication en Ukraine des milices privées russes. L'une des plus mentionnées est Potok (le « flot »), créée par Gazprom. On dit le géant gazier russe également lié aux SMP Fakel (« torche »), Plamia (« flamme ») et Redut (« redoute »). Fin 2022, le gouverneur de Crimée annexée, Sergueï Axionov, lance lui aussi sa milice, dénommée « Convoi » et qui serait dirigée par un ancien bras droit de Prigojine en Afrique. Tout ceci fera même évoquer une « wagnerisation » en cours de l'armée russe, par le politologue pro-Kremlin Sergueï Markov. Mais ces sociétés sont-elles si « privées » que cela ? Comme souvent en Russie, les choses sont en réalité plus sinueuses qu'elles n'en ont l'air.
Patriot n'a, d'abord, rien d'une entité nouvelle. La première mention publique de ce groupe remonte à 2018, dans un appel d'anciens vétérans à... légaliser les sociétés militaires privées (officiellement, le mercenariat est interdit en Russie). Et Patriot n'aurait surtout rien d'une vraie bande de mercenaires. «Ces combattants sont certes mieux payés que les soldats réguliers et recrutés sur le volet, mais ils sont totalement rattachés à l'armée et menés par d'anciens officiers», résume une source très bien informée au sein des corps de sécurité russes. Un profil qui correspond à la majorité des SMP russes actives dans le marigot ukrainien.   Ces milices ne seraient en réalité que des détachements spéciaux, des extensions de la Défense russe. « Le Kremlin a rapidement voulu faire participer les grands groupes comme Gazprom et leurs patrons à l'effort de guerre », nous indique l'expert des agences de sécurité russes Andreï Soldatov. « Le but était aussi de dépenser dans la guerre de l'argent « privé » , et non pas issu du budget fédéral, pour masquer les dépenses colossales. Et puis cette implication forcée permet de garder tout le monde en rang. »Ainsi, ces groupes trouvent souvent leur genèse dans les entreprises de sécurité privée classiques fondées par les grands conglomérats pour protéger leurs sites et usines sensibles. Certaines auraient aussi, comme Wagner, fait leurs gammes depuis 2014 en Syrie, dans le Donbass ou en Afrique, pour des missions de protection de sites commerciaux notamment. « Lukoil, Rosneft(pétrole) ou encore Rostec(armement) avaient, comme Gazprom, toutes plusieurs sociétés de sécurité privées », révèle notre source.   Redut, seule SMP à s'approcher de Wagner en taille et en expérience, aurait, elle, été fondée en 2008 par d'anciens membres des forces spéciales (Spetsnaz) et du renseignement militaire. Mais elle répondrait désormais entièrement au ministère de la Défense - tout en dirigeant, selon plusieurs sources, la plus jeune Potok. Redut serait surtout financée par deux oligarques, Oleg Deripaska et Guennadi Timtchenko, un proche de Vladimir Poutine. Elle aurait été liée à Gazprombank et à la protection de divers sites en Sibérie.   Autre aspect crucial pour le Kremlin et la popularité du chef Poutine : le recrutement de volontaires (ou de prisonniers) par ces entreprises permet, pour le moment, d'éviter une redoutée seconde vague de mobilisation. Dans ce but, les gouverneurs de régions russes ont également été mis à contribution. « On les a sommés de créer leurs propres « bataillons » régionaux de volontaires - et de ponctionner de l'argent aux entreprises locales pour l'effort de guerre », ajoute notre source. Les « républiques ethniques » russes, Bachkortostan, Tatarstan, Bouriatie par exemple, ont chacune formé leurs propres unités spéciales.   En tout, dit notre interlocuteur, la Russie ne compte pas moins de vingt groupes paramilitaires actifs « mais, pour moi, les deux seuls vrais groupes de mercenaires, à l'indépendance plus grande, ce sont Wagner et le bataillon Akhmat ».À savoir la garde prétorienne du satrape tchétchène Ramzan Kadyrov, les fameux Kadyrovtsy.   Officiellement, pourtant, les textes russes interdisent le mercenariat. Mais comme le remarque dans son podcast le spécialiste Mark Galeotti, « la Constitution et le code criminel ne sont pas si clairs, ils interdisent le mercenariat de Russes à l'étranger, pas sur le territoire national ». Est-ce là l'une des raisons de l'annexion en septembre des territoires occupés du Donbass et du Sud ukrainien, à savoir « légaliser » l'activité de ces groupes paramilitaires ?   En tout cas, le groupe Wagner s'est récemment vu légitimer par Vladimir Poutine lui-même. Suite à la « capture » de Bakhmout, le boss saluait officiellement les efforts des « unités d'assaut » de Wagner. Les incluant, de facto, dans le contingent des forces armées russes. </text>
	

	<text titre="[Prigojine et Choïgou font un jeu à somme...]" date="2023 05 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24496" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="25" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> Prigojine et Choïgou font un jeu à somme nulle dans lequel il ne peut y avoir deux gagnants   VLADIMIR PASTOUKHOV, ANALYSTE POLITIQUE </text>
	

	<text titre="Jusqu'où ira Evgueni  Prigojine, l'encombrant mercenaire de Poutine ?" date="2023 05 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24496" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="25" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> Impitoyable envers l'état-major russe, qu'il couvre d'injures, le chef de la milice Wagner, « vainqueur » à Bakhmout, reste un protégé du maître du Kremlin, dont il exécute les basses oeuvres. Jusqu'au jour où il lui fera de l'ombre ? PAGES 6 et 7 </text>
	

	<text titre="[Le fait de n'avoir aucune fonction officielle...]" date="2023 05 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24496" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="25" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> Le fait de n'avoir aucune fonction officielle offre à Prigojine un couloir d'opportunités très large, contrairement aux fonctionnaires et aux hommes politiques, pour s'en prendre à la hiérarchie militaire   ANDREÏ PERTSEV, JOURNALISTE </text>
	

	<text titre="A Moscou, sérénité de façade avant la contre-offensive" date="2023 05 26T00:00:00" journal="Libération" auteur="léo vidal-giraud" annee="2023" mois="5" jour="26" journal_clean="Libération" keywords="contre-offensive, russe, frontalière, région, belgorod" langue="fr"> Quelle panique pour quelques villages occupés pendant vingt-quatre heures et un blindé léger volé L'incursion cette semaine, dans la région frontalière de Belgorod, d'une centaine de combattants russes anti-Poutine, a provoqué, dans les médias et sur les réseaux sociaux russes, une tempête hors de proportion avec l'ampleur réelle de l'opération. Dès les premières nouvelles mentionnant le passage de la frontière par les assaillants, les réseaux se sont remplis de messages alarmistes et contradictoires. L'ennemi serait déjà entré dans Belgorod, écrivaient les uns. Il porterait des tenues de policiers russes, affirmait un message très partagé sur les groupes Telegram régionaux, invitant à tirer à vue sur toute personne portant un uniforme de la police.
Sarcasmes. Les communiqués officiels, affirmant d'abord que les «saboteurs ukrainiens» étaient tombés dans un piège, puis qu'ils avaient tous été éliminés alors même que les combats continuaient, ont provoqué un déluge de sarcasmes plus ou moins an- goissés. «On a dépensé dix milliards de roubles pour fortifier la frontière de la région de Belgorod, ironisait lundi la chaîne Telegram Grey Zone, affiliée au groupe paramilitaire Wagner. Mais qui aurait pu se douter qu'ils allaient passer par le poste-frontière.   Je pense même qu'ils ont téléphoné en avance pour réserver un créneau de passage, histoire de bien respecter les règles et de ne franchir aucune ligne rouge.» Car, comme souvent, les critiques les plus acerbes et les commentaires les plus pessimistes viennent du groupe Wagner et de son patron, Evgueni Prigojine. Mercredi, dans une longue interview filmée et avec son langage de charretier habituel, il n'hésitait pas à tirer un bilan extrêmement critique de «l'opération militaire spéciale». «On est venus comme des connards, traîner nos bottes sur tout le territoire de l'Ukraine pour chercher des nazis. Pendant qu'on les cherchait, on a buté tous ceux qu'on croisait. On est arrivés à Kiev, on a merdé et on s'est enfuis. A Kherson, on a merdé, on s'est enfuis. Ça ne marche pas pour nous.» Mentionnant le chiffre effarant de 20000 soldats de Wagner tués pendant la prise de Bakhmout, Prigojine tresse au passage des louanges à l'armée ukrainienne, «l'une des plus fortes au monde» et prédit «une contre-offensive qui sera peut-être victorieuse, ils vont revenir aux frontières de 2014, ils vont attaquer la Crimée. Nous devons nous préparer à une guerre difficile». L'interview a coûté son poste au journaliste qui s'est risqué à tendre ainsi un micro au patron de Wagner. Comme une marque supplémentaire de la fébrilité ambiante, alors que la   Russie attend la contre-offensive. Où l'armée ukrainienne attaquera-t-elle? Quand? Et surtout, qu'attendre de ces équipements lourds occidentaux, Leopard, AMX-10, Bradley, CV90 et autres Challenger, que l'on n'a pas encore vus sur le champ de bataille.   Eléments de langage. Le message officiel est simple: «même pas peur». Le 16 mars, le gouverneur de la région frontalière de Koursk, Roman Starovoït, assurait avoir déjà trouvé une utilité aux futurs fragments des chars Leopard détruits: il les fera fondre dans le mémorial de la bataille de Koursk, célèbre affrontement de blindés entre Wehrmacht et Armée rouge en 1943. «Puisque des chars portant la croix allemande reviennent sur notre sol, il me semble indiqué d'y ajouter leurs débris, puisque, je n'en doute pas, ils seront détruits par nos défenseurs», fanfaronnait le gouverneur. Début mai, le média indépendant russe Meduza s'était procuré les instructions transmises par le Kremlin aux médias russes sur l'attitude à adopter au sujet de la contre-offensive : «Si elle échoue, on pourra dire que l'armée russe a su repousser une attaque d'une puissance supérieure, expliquait l'un des auteurs de ces éléments de langage. Si l'Ukraine reprend des territoires, on pourra l'expliquer en disant que l'Occident tout entier a fait un effort immense et que ses succès sont très modestes. Et donc, que l'armée russe s'en est bien sortie aussi.» Plus près du terrain, chez la multitude de correspondants de guerre, soldats-blogueurs et propagandistes en free-lance, l'ambiance est nettement plus alarmiste. «Notre commandement a détruit ses propres réserves dans des assauts sanglants, démoli en masse ses propres blindés à Vuhledar, a fait cadeau sur cadeau à l'adversaire, déplorait le 24 mai un compte Telegram tenu par un soldat russe et suivi par plus de 100 000 abonnés. Tout ce qui aurait pu faire office de réserve de notre côté a été détruit, hommes et blindés. Je n'ai aucun doute sur l'ampleur de la catastrophe militaire à venir.» </text>
	

	<text titre="Wagner commence son retrait de Bakhmout" date="2023 05 26T00:00:00" journal="La Croix, no. 42627" auteur="Unknown" annee="2023" mois="5" jour="26" journal_clean="La Croix" keywords="russe" langue="fr"> Le groupe paramilitaire russe Wagner a commencé à se retirer de Bakhmout, conquise le week-end dernier, qui a donné lieu à la plus sanglante bataille depuis l'invasion russe. Son patron, Evgueni Prigojine, a affirmé, jeudi 25 mai, que ses troupes auront définitivement quitté la ville d'ici au 1er juin, remplacées par l'armée russe. L'Ukraine prétend de son côté avoir récupéré 20 kilomètres carrés aux alentours de la ville. Le même jour, des assaillants russes anti-Poutine ont fait leur retour sur le territoire ukrainien après avoir déjoué la défense russe à la suite d'une incursion spectaculaire, lundi 22 mai, dans la région de Belgorod. </text>
	

	<text titre="Drones sur Moscou : quand la guerre en Ukraine s'infiltre en Russie" date="2023 05 31T00:00:00" journal="Libération" auteur="par léo vidal-giraud" annee="2023" mois="5" jour="31" journal_clean="Libération" keywords="colère, moscou, incursion, spectaculaire, semaine, milieux, capitale, russie, russes, guerre, ukraine" langue="fr"> Une semaine après l'incursion spectaculaire à Belgorod, les attaques sur la capitale illustrent les fragilités russes. Et suscitent la colère des milieux nationalistes favorables au conflit, dont le patron de Wagner.   Même pour un ancien taulard, la richesse du vocabulaire d'Evgueni Prigojine laisse rêveur et pose parfois des difficultés de traduction, tant on se heurte aux limites du français en matière de grossièreté. «Qu'est-ce que vous foutez, bande de bêtes puantes ? Vous êtes du bétail ! Bougez-vous le cul des fauteuils dans lesquels on vous a mis pour défendre le pays. C'est vous, le ministère de la Défense», a ainsi réagi, mardi matin, le patron de Wagner, à l'attaque de Moscou par des drones ukrainiens, qui a endommagé quelques immeubles et fait deux blessés légers. «Vous n'avez rien branlé pour attaquer l'ennemi, reprend Prigojine, du toujours à l'adresse du ministère russe de la Défense. Qu'est-ce que vous branlez, pour que ces drones arrivent jusqu'à Moscou ?» Cette violente diatribe est une façon pour Prigojine de continuer d'exister médiatiquement alors que, depuis la prise de Bakhmout, Wagner n'occupe plus le devant de la scène. Mais aussi et surtout, une illustration de l'immense colère provoquée par cette attaque dans les milieux les plus va-t-en-guerre de lasociété russe. Comment une telle attaque a-t-elle pu se produire, alors que Moscou est entouré de toutes parts par des batteries de missiles solair S-400 et Pantsir, supposés les meilleurs au monde, alors que le Kremlin a déjà été touché par une attaque iljour y a tout juste quelques semaines, et après l'incursion spectaculaire la semaine dernière dans la région russe de Belgorod ? «Cela pose des questions sur l'inaction des autorités. Le pouvoir et les entreprises font comme si l'opération militaire spéciale n'existait pas», s'indigne la blogueuse nationaliste Anastasia Kachevarova. «[Le maire de Moscou Sergueï] Sobianine va envoyer en urgence une mission à Donetsk pour y étudier l'impact négatif des drones et obus de 155 sur le fonctionnement des institutions municipales», ironise de son côté l'ancien ministre de la Défense de la République populaire autoproclamée de Donetsk, Igor Strelkov.
Macabre. Peu importe, au fond, que la défense anti- aérienne de la capitale russe semble effectivement avoir fonctionné et détruit la totalité des drones ukrainiens (8 selon Moscou, entre 25 et 32 selon des médias russes) avant que ceux-ci n'atteignent leurs cibles. Pour les milieux pro-guerre, c'est le simple fait que cette attaque ait pu se produire qui est intolérable. Le fait qu'après avoir promis la victoire totale en quelques jours, la propagande de Vladimir Poutine en soit désormais à discuter de la qualité des défenses de la capitale russe et à se féliciter de la prompte réaction des services d'urgence. Souvent, la colère se mêle à une sorte de satisfaction macabre de la part de ceux qui s'indignent de voir la société russe si indifférente à la guerre et appellent à la mobilisation générale du pays et de l'économie. Cette fois-ci, veulent-ils croire, les Moscovites gâtés ne pourront plus ignorer que leur pays est en guerre. «Bonjour Moscou, bienvenue à Donetsk», écrit par exemple Egor Kholmogorov, une figure du milieu nationaliste. «La guerre exige que chaque citoyen ait l'âme d'un guerrier, considère Andreï Tkatchev, prêtre orthodoxe très médiatique célèbre pour ses prises de position conservatrices. La société doit se transformer, cesser d'être une paume molle pour devenir un poing fermé.» Invariable. Tous ceux-ci risquent d'être amèrement déçus par la réaction officielle de Moscou. «Dieu merci, il n'y a pas eu de victimes, s'est félicité le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov. Et à l'heure actuelle aucune menace pour les habitants de Moscou et de sa région.» Même la réaction de Poutine en personne est à l'eau tiède. Pas d'adresse à la nation, pas de conférence de presse exceptionnelle. Simplement, face à des journalistes, quelques phrases pour souligner la bonne performance de la défense anti- aérienne moscovite. «Ils essayent de nous provoquer, nous allons voir ce que nous allons faire», a déclaré le dirigeant russe, accusant l'Ukraine de chercher à «terrifier la Russie» et «intimider les citoyens russes». Comme à chaque revers subi par Moscou, comme à chaque attaque sur le sol russe, le message du Kremlin à sa population demeure invariable : tout va bien, circulez, il n'y a rien à voir.   «Je ne pense pas que cette approche va changer, écrit la politologue Tatiana Stanovaïa.   C'est un défaut inhérent au système, qui est entièrement conçu pour le confort du &quot;père&quot; et sur l'autosatisfaction pour sauver sa peau. [ ] Pourquoi Poutine se comporte-t-il ainsi, il ne comprend donc pas, il n'a pas peur des conséquences? Non, il n'a pas peur, et tout repose sur l'idée, qu'il a souvent exprimée, d'un peuple patient, qui comprend tout et supporte tout Nous verrons bien.» ?   Pour les milieux proguerre russes, le simple fait que cette attaque ait pu se produire est intolérable. </text>
	

	<text titre="Ciblée par les drones, Moscou oscille entre inquiétude et indifférence" date="2023 05 31T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23969" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="5" jour="31" journal_clean="Les Echos" keywords="attaque, moscou, drones" langue="fr"> Entre inquiétude et indifférence. L'inédite attaque coordonnée de drones sur Moscou et sa région mardi matin n'a pas suscité de vague de panique. « Pour le moment, il n'y a aucune menace pour les habitants », a rassuré Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin. Affirmant que le président était tenu « informé en direct » de l'évolution de la situation, il s'est surtout félicité : « le système de défense antiaérien au-dessus de Moscou a bien fonctionné ».
Aucune victime n'est à déplorer et les dégâts matériels restent mineurs. Mais le contraste des informations entre les annonces officielles (faisant état de huit drones) et les données sur les réseaux sociaux (plus d'une trentaine d'attaques selon des chaînes Telegram, certains drones réussissant à entrer à l'intérieur de bâtiments) n'a pas tardé à susciter le doute sur l'ampleur réelle de l'attaque.  « Le travail de notre défense aérienne, qui a réussi à abattre presque toutes les cibles, relève du domaine militaire et donc de la loi sur la diffusion publique d'informations délibérément fausses », a prévenu Vladmir Soloviov, l'un des propagandistes en chef au service du Kremlin, en référence aux peines de prison prévues (jusqu'à 15 ans) en cas de publication de soi-disant « fake news ». Selon le ministère de la Défense, tous les drones ont été abattus.   Malgré les menaces de poursuites, les informations circulant sur Internet sont pourtant bien différentes de celles des autorités. Des drones auraient réussi à frapper des immeubles sur des avenues résidentielles de Moscou. Un autre serait tombé près d'un des aéroports de Moscou, d'autres non loin d'un village où se trouvent des datchas d'Etat, à une dizaine de minutes en voiture de la résidence de Vladimir Poutine.  « Poutine n'est pas tout-puissant »A plus de 500 kilomètres du front, Moscou se retrouve donc désormais la cible directe de drones. Le ministère russe de la Défense n'a pas tardé à accuser l'Ukraine d' « acte terroriste ». Le porte-parole du Kremlin a quant à lui dénoncé une « réponse de la part du régime de Kiev » aux récentes frappes russes en Ukraine. Ces derniers mois, des drones ont également pris pour cible des bases militaires et des infrastructures énergétiques en Russie.  « Les Moscovites ne peuvent ressentir que marginalement ce que ressentent les habitants des villes ukrainiennes, sous les bombes depuis des mois. Mais cela suffit à les faire réfléchir un peu à ce qu'est la guerre », prévient Andrei Kolesnikov, expert de la fondation Carnegie. Il est l'un des rares politologues critiques du Kremlin encore présents dans la capitale russe. « Ces attaques peuvent créer un sentiment d'insécurité. C'est une sorte de rappel : la guerre est proche. Et donc Poutine n'est pas tout-puissant. »Cela pourrait ébranler l'opinion publique russe… mais aussi servir d'excuse pour une rhétorique plus agressive. Evgueni Prigojine, turbulent patron de la milice Wagner, n'a d'ailleurs pas tardé à réagir pour accuser le ministère de la Défense : « Pourquoi permettez-vous ces drones de voler au-dessus de Moscou ? » a-t-il fustigé. Il a appelé la hiérarchie militaire à vite rattraper son retard.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="Prigojine, dynamiteur de l’Etat russe" date="2023 06 01T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="6" jour="1" journal_clean="Le Monde" keywords="moscou, russe, l’etat, marché, ukraine" langue="fr"> Moscou - correspondant - La dénazification de l’Ukraine ? Un prétexte. « On est arrivés en Ukraine comme des bourrins. On a marché sur tout le territoire avec nos grosses bottes en cherchant des nazis. On a tapé sur qui on pouvait. On a avancé jusqu’à Kiev, on s’est chié dessus et on s’est retirés. » Sa démilitarisation ? Un échec complet. « L’Ukraine a aujourd’hui l’une des armées les plus puissantes du monde. »L’avenir de « l’opération militaire spéciale » ? Sombre. « Nous sommes dans la situation où nous pouvons tout simplement perdre la Russie. »L’homme qui s’exprime ainsi fait bien plus que remettre en cause le discours officiel russe sur la situation en Ukraine. En brocardant les buts de guerre revendiqués par Vladimir Poutine, Evgueni Prigojine n’est pas loin de commettre un crime de lèse-majesté. Même à l’aune de ses déclarations passées, volontiers fracassantes, un cap est franchi lors de cet entretien accordé par l’homme d’affaires, le 24 mai, à différents médias sous son contrôle.
Jusqu’à présent, le chef de la milice Wagner concentrait ses attaques sur le haut commandement militaire – parfois en termes fleuris, certes, mais sans aller plus loin que le ministre de la défense, Sergueï Choïgou. Sa référence à un « grand-père débile » qui mettrait en danger l’avenir de la Russie, quelques semaines plus tôt, était suffisamment mystérieuse pour laisser planer un doute sur sa cible.   Que cherche Evgueni Prigojine avec cette surenchère permanente ? L’ancien bandit – il a purgé neuf années de prison à la fin de l’Union soviétique – a conduit sa carrière en faisant de la discrétion une valeur cardinale, allant jusqu’à nier pendant des années ses liens avec Wagner. Son fonds de commerce consistait alors à deviner et devancer les désirs du chef, qu’il s’agisse d’envoyer ses mercenaires en Syrie ou en Afrique ou d’inonder Internet des commentaires favorables produits par ses « usines à trolls », pas à saper son autorité.   Beaucoup a été dit sur les ambitions politiques de cet homme de 61 ans. Prigojine a déjà tenté par le passé de mettre la main sur le parti nationaliste Rodina. La franchise qu’il revendique aujourd’hui est un outil de communication, d’autant plus remarquable qu’elle n’est guère partagée par les autres acteurs de la scène politique. Chaque vidéo le montrant les pieds dans la glaise du front, parfois même devant les cadavres de ses hommes tombés, est faite pour rappeler la pusillanimité des membres de l’élite, leurs passe-droits, leurs enfants qui profitent du soleil de Dubaï ou des Maldives pendant que les hommes russes meurent au front.   Chaque occasion est bonne pour interpeller les puissants et se mettre du côté du peuple – comme l’arrivée dans le ciel moscovite de drones, mardi 30 mai : « Bande de chiens puants, vous foutez quoi ?, hurle Prigojine dans un enregistrement audio . Bougez votre cul des bureaux où on vous a installés pour défendre ce pays.(…) Les drones volent vers la Roubliovka[secteur de l’ouest de Moscou où sont concentrées les villas de l’élite de la capitale]. Au diable, que vos maisons brûlent ! Mais les gens normaux sont censés faire quoi ? »Ce style direct, vulgaire, lui attire des sympathies dans une frange de l’opinion. Récemment, on a pu voir les habitants d’un village bombardé de la région de Belgorod, proche de la frontière ukrainienne, s’adresser directement à lui : « Evgueni Viktorovitch, venez nous sauver ! »Peu importe s’il s’est lui-même immensément enrichi sous le règne de Vladimir Poutine, par le biais de sa société Concord et du juteux marché des repas collectifs, livrés aux cantines scolaires, aux hôpitaux et surtout… à l’armée.  « Il n’a que des ennemis »Au-delà de ses imprécations, l’homme d’affaires prône une sorte de militarisation complète du pays : introduction de la loi martiale, mobilisation générale, « fusiller 200 personnes comme aurait fait Staline »… Autrement dit, il faut « travailler uniquement pour la guerre et vivre quelques années sur le modèle de la Corée du Nord ». Là encore, ces préconisations vont à l’encontre de la politique menée par le Kremlin, qui, tout en avertissant du caractère existentiel du conflit en cours, s’efforce de maintenir un semblant de normalité dans le quotidien des Russes.  « En se faisant le porte-parole du camp ultrapatriotique et antisystème, il a trouvé une niche qu’il occupe de façon presque monopolistique, résume la politologue Tatiana Stanovaya. Il cherche ainsi à se positionner dans la transition en cours au sommet de l’Etat. Pas forcément pour l’après-Poutine : le régime se transforme déjà très vite, avec un président en retrait, dont la place diminue. Cela ne veut pas dire qu’il vise un poste précis, il essaie de s’assurer un poids politique pour peser et sécuriser ses positions. »Avec ses attaques incessantes, l’homme d’affaires compense en quelque sorte la faiblesse de son jeu.  « Prigojine a des handicaps sérieux : pas d’accès direct à Poutine, pas de poste formel dans l’administration, peu d’alliés au sein de l’appareil d’Etat » , rappelle Tatiana Stanovaya. D’autres observateurs le voient sur la défensive – ses positions érodées par les mois d’assaut infructueux sur Bakhmout, finalement prise mi-mai. « Il a peur pour sa vie, écrit même l’opposant en exil Leonid Gozman. Il n’a que des ennemis et peu de résultats. Il est obligé de surenchérir. »L’annonce unilatérale du retrait de ses mercenaires de cette ville du Donbass pose les mêmes questions : faut-il y voir une confirmation que son groupe est capable de dicter son agenda à l’armée, ou bien l’aveu que les immenses pertes subies dans cette bataille (20 000 tués, selon Prigojine lui-même) l’ont rendu exsangue et incapable de tenir ses positions ? Le ministère de la défense a d’ailleurs pris, dès le printemps, le contrôle de la principale ressource de Wagner – le recrutement des prisonniers.   Reste que les sorties d’Evgueni Prigojine et les réactions qu’elles suscitent en disent long, en creux, sur le fonctionnement de la Russie après un an et demi de guerre – un pays où la « verticale du pouvoir », vantée comme le principal acquis du poutinisme, est bousculée.   En soi, la place prise par Wagner dans un pays où les sociétés militaires privées restent formellement interdites constituait déjà un défi aux institutions, sans compter le rôle de son chef dans la disgrâce de plusieurs généraux et la brève nomination au commandement de « l’opération spéciale » de l’un de ses proches, Sergueï Sourovikine. C’est précisément ce que disait, mi-mai, le député communiste et ancien général Viktor Sobolev : « Je ne comprends pas le rôle de cette organisation. A mes yeux, l’Etat – nous avons bien un Etat ! – doit conserver un monopole absolu sur l’utilisation des forces armées. »Passivité de PoutineEn réponse, Evgueni Prigojine a traité le député de « grande gueule en carton » et des combattants de Wagner ont menacé de le violer sur la place Rouge. Plus significative est la réaction du Parti communiste, qui s’est désolidarisé de son député et a menacé de l’exclure de ses rangs. L’épisode en rappelle d’autres, quand des élus locaux qui refusaient d’enterrer en héros des soldats de Wagner auparavant condamnés pour des crimes graves ont reçu des menaces. La Russie est sommée de se plier à la loi de la masse, l’instrument utilisé par les mercenaires pour diverses exécutions publiques et devenu l’emblème de Wagner.   De ce constat de faiblesse des institutions à celui d’une faiblesse de Vladimir Poutine, il n’y a qu’un pas. Comment ne pas s’étonner du silence du président face aux insultes lancées contre son ministre et ami Sergueï Choïgou, traité à plusieurs reprises, publiquement, de « salope » ?   Le chef du Kremlin s’est depuis longtemps positionné dans ce rôle d’arbitre en dernier recours, qui laisse ses subordonnés s’entredéchirer. Qui plus est, la rancœur accumulée par la frange ultranationaliste de l’opinion doit trouver un débouché, un représentant… « Dans le système très personnalisé mis en place par Poutine, les conflits de ce type jouent le rôle de régulateurs et de contre-pouvoirs, écrit sur Telegram la politologue Maria Snegovaya. C’est un signe de sa force, pas de sa faiblesse. »Sauf que dans ce cas précis, l’arbitrage tarde à venir. Pour les élites, l’un des rôles du président est de garantir leur sécurité et de les défendre. Ici, elles peuvent légitimement se sentir laissées à la merci du premier imprécateur venu – ou autorisées à réagir par leurs propres moyens. La passivité du président face à tout ce qui touche à la guerre met à rude épreuve les nerfs de ceux mêmes qui sont prêts à le soutenir jusqu’au bout.   Selon Tatiana Stanovaya, Vladimir Poutine, tout à son « complexe messianique », est en réalité loin de ces considérations. « Pour lui, estime la politologue, le conflit en cours est une guerre de civilisation, qui se joue sur le temps long. Ces attaques, y compris celles dirigées contre sa personne, ne sont pas un problème pour lui. Elles le sont, en revanche, pour son régime. Elles montrent que le pouvoir ne peut pas, ou ne veut pas, défendre les institutions et l’autorité de l’Etat. »Un vide qui encourage les ambitieux comme Evgueni Prigojine. </text>
	

	<text titre="Le défi du patron de Wagner à l’Etat russe" date="2023 06 01T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="1" journal_clean="Le Monde" langue="fr"> - Evgueni Prigojine, propriétaire de la société de mercenaires, met en cause publiquement l’état-major et le discours officiel sur la guerre en Ukraine   - L’homme d’affaires ne se contente plus de s’en prendre violemment aux élites russes : ses critiques visent désormais indirectement Vladimir Poutine
- Porte-parole du camp ultranationaliste et antisystème, il prône, à rebours de la ligne du Kremlin, une militarisation complète de la Russie   - Son positionnement et le silence de Poutine sont révélateurs du fonctionnement du pays, avec des institutions affaiblies et un pouvoir vertical bousculé   - Après l’attaque de drones sur Moscou, mardi, les autorités se veulent rassurantes, mais elles ont peu d’options pour riposter </text>
	

	<text titre="A Bakhmout, l’épilogue du « Verdun de l’Ukraine »" date="2023 06 02T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="rémy ourdan" annee="2023" mois="6" jour="2" journal_clean="Le Monde" keywords="bakhmout, kramatorsk, spécial, n’a, donetsk, jamais, guerre, envoyé, mentol, cigarette, nom" langue="fr"> Kramatorsk (province de Donetsk, Ukraine) - envoyé spécial - Mentol » n’a jamais fumé de cigarette à la menthe de sa vie et a oublié pourquoi, un jour, il a hérité de ce nom de guerre. Commandant le 214e bataillon spécial « OpFor », dernière unité ukrainienne à avoir quitté la ville de Bakhmout, le lieutenant-colonel Anton Lavrinuk grille des clopes à la chaîne sous l’auvent de la maison lui servant de quartier général, dans un village près de Kramatorsk.   « Mentol » raconte une bataille qui fut un enfer jusqu’au bout, lors des combats menés dans le dernier carré urbain défendu par ses hommes – sept immeubles de neuf étages –, à l’ouest de la ville. « Les tirs de tanks et d’artillerie étaient très intenses. L’ennemi a commencé à encercler nos hommes en provenance de trois directions. Nous avons dû reculer. Nous n’avons même pas pu emmener tous nos morts »,raconte-t-il. Sur la fin, dans les sept immeubles, il ne restait que « deux ou trois positions » dans les étages, qu’il fallait « atteindre avec des cordes » tant les cages d’escalier étaient ravagées par le feu russe.
La prise de Bakhmout a été annoncée par Moscou le 20 mai. Douze jours plus tard, Kiev refuse toujours de reconnaître officiellement la chute de la ville. Le pouvoir ukrainien, sans livrer de détails opérationnels, avance que la bataille se poursuit pour trois raisons : la présence de forces spéciales infiltrées dans un secteur de la ville, celle d’artilleurs sur les hauteurs à l’ouest, et des contre-offensives en cours sur les flancs nord et sud.  « Les combats continuent »« La bataille de Bakhmout n’est pas finie. Elle est entrée dans une nouvelle phase,affirme, mercredi 31 mai, la vice-ministre de la défense, Hanna Maliar, jointe par téléphone à Kiev. Nos forces sont en train d’encercler la ville par les flancs et notre artillerie perturbe les rotations entre les unités de Wagner et de l’armée russe. Nous sommes à l’initiative. La situation peut changer à tout moment. »Au quartier général avancé du général Oleksandr Syrsky, le chef de l’armée de terre chargé des opérations dans la région de Bakhmout, le colonel Serhi Tcherevaty, porte-parole du commandement militaire de la région Est, également joint par téléphone le 31 mai, affirme qu’il y a à la fois « des combats à l’orée de la ville et des duels d’artillerie ». « Nous contrôlons encore quelques bâtiments dans le sud-ouest de la ville, et nos forces spéciales mènent encore des opérations,dit-il. Donc on ne peut pas dire que les Russes ont le contrôle total de Bakhmout. »« Mentol » n’entre pas dans des réflexions où se mêlent considérations politiques et situation militaire. Il confirme simplement d’un air las que ses hommes ont quitté Bakhmout « le 23 mai », soit trois jours après une annonce de victoire faite par le chef de Wagner, Evgueni Prigojine, immédiatement félicité, le soir même, par le président russe, Vladimir Poutine.   La priorité de « Mentol », aujourd’hui, est de « soigner les blessés et les malades », et de « donner un peu de repos » à ses hommes. « Etre constamment sous le feu de l’artillerie, ne jamais dormir et tuer cinq ou dix ennemis par jour créent une tension intense. Les gars ont besoin de respirer. »Au quartier général du « groupe tactique Adam », niché dans un souterrain du même village de la province de Donetsk, près de Kramatorsk, le colonel Yevgeny Mezhevikin confirme que le 214e bataillon spécial OpFor, qui opère sous le commandement de son état-major, fut la dernière unité à défendre, « jusqu’au 23 mai », des positions dans Bakhmout.   L’officier – « Adam », de son nom de guerre – est toutefois d’accord avec Kiev sur le fait que « les combats continuent ». Il désigne un bâtiment sur la carte des opérations – que l’on surnommera « bâtiment B », sa localisation devant rester secrète – d’où, après le départ du 214e bataillon, d’autres soldats ukrainiens poursuivent des missions. Il s’agit, selon un officier de renseignement, d’hommes du 3e régiment des forces spéciales qui « repèrent les positions russes afin de transmettre leurs coordonnées à l’artillerie » et « posent des mines » pour établir une première ligne de défense. Le « bâtiment B » étant presque totalement détruit, il ne peut toutefois plus constituer une position fixe de défense.   Au-delà du débat sur la chute de Bakhmout ou la poursuite de la bataille, les combattants ukrainiens continuent de s’interroger sur la décision prise il y a quelques mois de « tenir » la ville coûte que coûte. A ce sujet, les avis divergent. De même qu’elle a fait apparaître des tensions au sein du commandement militaire russe, illustrées par les saillies d’Evgueni Prigojine, l’interminable bataille de Bakhmout suscite un débat, certes plus feutré qu’à Moscou, au sein des forces armées ukrainiennes.  « Comment des généraux ont-ils pu prendre la décision de tenir Bakhmout ? !,s’interroge le colonel Y., commandant d’un bataillon de volontaires. Combien d’hommes avons-nous perdus là-bas, combien de soldats d’unités des forces spéciales ou de combat dont nous aurions absolument besoin pour nos contre-offensives ? » Lui aussi y a perdu des hommes, et il est en colère. « Bakhmout, c’est une catastrophe… », conclut-il, voyant dans la décision de livrer une bataille frontale « le mauvais côté du système militaire ukrainien, avec un aspect “soviétique” qui refait parfois surface ».Le capitaine A., commandant d’un bataillon des forces spéciales, pense que « Bakhmout, c’est politique et rien d’autre ». « Cette ville n’avait aucun intérêt stratégique,poursuit-il. De même que, côté russe, les généraux devaient prouver à Poutine qu’ils pouvaient encore “libérer” une ville, côté ukrainien, il a fallu s’en tenir à la décision de Zelensky de “tenir” Bakhmout. » L’officier est persuadé, comme tant d’autres soldats en Ukraine – et même si aucune déclaration publique ne le confirme –, que le chef d’état-major des forces armées, le si populaire général Valeri Zaloujny, « pensait qu’il fallait évacuer ».  « Hachoir à viande »« La bataille de Bakhmout n’a eu aucun sens, comme l’an dernier celle de Sievierodonetsk. Pourquoi combattre dans ces villes alors qu’elles sont entourées de collines où nous aurions pu nous replier ? Militairement, je ne comprends pas », s’interroge aussi V., officier dans un bataillon d’assaut.   Le journaliste et analyste militaire ukrainien Yuriy Butusov, qui parcourt les fronts pour faire des vidéos, constate qu’ « il y a beaucoup de critiques à propos de Bakhmout » et pense que « c’est normal. La critique, c’est la volonté de survivre des combattants ». Mais il ajoute que, « si les soldats du front, qui sont excellents, commencent à être critiques, c’est qu’il y a un problème avec le commandement ».Dans son souterrain de la région de Kramatorsk, le colonel Mezhevikin, qui a commandé sous les ordres du général Syrsky certains des principaux bataillons engagés dans la bataille, croit surtout que « Bakhmout n’a eu aucun sens pour l’armée russe ». « Une fois qu’ils ont échoué à nous y encercler, dans la première étape de la bataille, ils ont ensuite attaqué frontalement, mètre par mètre, et ont progressé grâce à leur puissance de feu, mais ils y ont perdu des milliers d’hommes. » « Adam » reprend l’expression russe de « hachoir à viande » pour décrire le résultat humain sur le champ de bataille.   Le major « Tsegla », à la tête d’un bataillon d’artillerie du « groupe tactique Adam », a pris avec ses canons le relais des unités qui se sont repliées. « Bakhmout n’est qu’un tas de ruines, elle n’existe plus, estime-t-il. L’attaque frontale russe est une victoire à la Pyrrhus. Ma tâche est désormais d’éviter qu’il y ait trop de combats d’infanterie et de détruire les troupes russes dans la ville. La capture de Bakhmout n’a pour eux aucun sens. » Les artilleurs font exactement ce que recommandaient de faire il y a des mois les officiers qui étaient contre le fait de tenir la ville et d’y sacrifier des soldats.   Sous son auvent, « Mentol » allume une énième cigarette. Il ne veut surtout pas entrer dans le débat sur les décisions du commandement militaire, mais dit simplement que, « si un ennemi se présente devant chez toi, que fais-tu ? Tu te caches dans la cave, ou tu t’enfuis ? Non, tu combats ! Tu défends les tiens ! »Les soldats de son unité traînent dans le jardin et dans la cuisine de la maison. Après des mois de bataille, c’est l’heure du repos. Le lieutenant-colonel Anton Lavrinuk sourit. « Le repos, chez nous, c’est deux jours, guère davantage. Un jour pour dormir, un jour pour appeler les femmes et les enfants. Et après, on contacte le commandement et on demande : “Alors, où va-t-on se battre ? !” » L’officier attend son ordre de mission. Il pense que son bataillon n’en a pas fini avec Bakhmout. Après avoir quitté les dernières positions urbaines, il s’attend à être envoyé sur les flancs de la ville, théâtre de la plus longue bataille de la guerre d’Ukraine. p </text>
	

	<text titre="Wagner accuse... une unité russe" date="2023 06 06T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="s.v." annee="2023" mois="6" jour="6" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="evgueni, chef, russe, wagner, prigojine, russes, unité, troupes, ukraine" langue="fr"> Nouvel épisode dans les tensions entre les troupes russes et le groupe Wagner, en pleine guerre en Ukraine. Evgueni Prigojine, chef de cette organisation paramilitaire, a affirmé lundi avoir fait prisonnier un officier russe dont l'unité aurait attaqué ses hommes.   Le 17 mai dernier, « des hommes du ministère (russe) de la Défense ont été aperçus en train de procéder au minage de routes à l'arrière des positions des unités Wagner », selon des déclarations d'Evgueni Prigojine rapportées par son service de presse, dans un rapport adressé à ce ministère. « Les combattants de Wagner qui ont procédé au déminage ont été attaqués par des tirs en provenance des positions du ministère de la Défense », assure-t-il.
L'armée régulière céderait des territoires« Une enquête est en cours et plusieurs faits ne peuvent pas être rendus publics », ajoute le chef de Wagner dans un message audio accompagnant le texte, « mais je mets ici ce rapport initial et des preuves vidéo de ce qui s'est réellement passé là-bas ».   Evgueni Prigojine a aussi diffusé la vidéo de l'interrogatoire d'un officier russe, présenté comme prisonnier. Ce dernier explique être le lieutenant-colonel Roman Vinevitenov, « commandant de la 72 e brigade motorisée ». Dans cette vidéo, l'homme déclare avoir attaqué Wagner, ajoutant avoir agi « en état d'ébriété, guidé par une animosité personnelle », mais il n'est pas possible de déterminer s'il parle, ou non, sous la contrainte.   Samedi, Evgueni Prigojine, en conflit ouvert avec le commandement de l'armée régulière russe, l'avait accusé de « céder » des territoires dans la région de Belgorod, frontalière de l'Ukraine et frappée ces derniers jours par d'intenses bombardements et des attaques au sol. Il s'était dit également prêt à envoyer ses unités défendre les territoires russes qui « sont dans les faits en train d'être conquis ».   La veille, Evgueni Prigojine avait assuré que les troupes de Wagner avaient quitté à « 99 % » Bakhmout, dans l'est de l'Ukraine, et cédé leurs positions à l'armée régulière, après avoir revendiqué la prise de la ville le 20 mai. </text>
	

	<text titre="L'Ukraine intensifie ses préparatifs en vue de la contre- offensive pour reprendre ses territoires occu pés" date="2023 06 06T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24506" auteur="louis, cyrille" annee="2023" mois="6" jour="6" journal_clean="Le Figaro" keywords="reprendre, préparatifs, ukraine" langue="fr"> GUERRE EN UKRAINE Après des semaines de rumeurs, d'attente et de manoeuvres visant à désorienter l'ennemi, les préparatifs de la contre-offensive ukrainienne semblent s'intensifier. Lundi matin, le ministère russe de la Défense a annoncé avoir repoussé un assaut d'envergure sur cinq secteurs du front au sud-ouest de la ville de Donetsk. Selon le chef de la milice Wagner, Evgueni Prigojine, les troupes ukrainiennes auraient aussi tout récemment regagné du terrain aux lisières nord et sud-ouest de Bakhmout. Les autorités de Kiev confirment qu'elles ont engagé « des actions offensives », tout en en relativisant l'envergure. « Le secteur de Bakhmout reste l'épicentre des hostilités, a précisé lundi la vice-ministre de la Défense, Hanna Malyar. Nous y avançons sur un front assez large et nous remportons des succès. »
Ces opérations interviennent alors que les autorités ukrainiennes s'emploient à donner le tournis à leur adversaire. Le 27 mai dernier, le général Valeri Zaloujny, commandant en chef des forces armées, déclarait, sibyllin : « Le moment est venu de reprendre ce qui nous appartient. » Dans un entretien accordé ce week-end au Wall Street Journal, le président Volodymyr Zelensky a indiqué que son armée est prête à passer à l'attaque, avant de préciser : « Je ne sais pas combien de temps cela va prendre. Pour être honnête, ça peut se passer de plusieurs façons différentes. » Dimanche, le ministère de la Défense a diffusé une vidéo mettant en scène des soldats en tenue de combat, dans laquelle il appelle à ne pas ébruiter les détails de la contre-offensive à venir. « Les plans ont besoin de silence », exhortent les auteurs du message, avant de prévenir : « Nous n'annoncerons pas le commencement... »À la frontière entre l'Ukraine et la Russie, deux groupes de combattants russes anti-Poutine ainsi qu'une unité composée de volontaires polonais ont amplifié leurs opérations de harcèlement contre la région de Belgorod. En fin de semaine dernière, des bombardements intensifs ont visé Chebekino, une ville russe d'environ 40 000 habitants située à une dizaine de kilomètres de la frontière, endommageant de nombreux bâtiments, faisant au moins quatre morts et conduisant à l'évacuation de plusieurs milliers de civils. Dimanche, la légion Liberté de la Russie et le Corps des volontaires russes ont aussi conduit une incursion dans le village de Novaya Tavolzhanka. Images vidéo à l'appui, elles ont affirmé y avoir capturé une dizaine de soldats russes et se sont déclarées prêtes à négocier leur échange avec le gouverneur de la région.   Pokeur menteur   Ces deux unités, basées à Kiev, sont équipées par l'armée ukrainienne. Mais elles assurent conduire en toute autonomie leurs opérations sur le sol russe. Leur objectif déclaré est non seulement d'aider l'Ukraine à chasser l'armée russe de son territoire, mais aussi de renverser le régime de Vladimir Poutine. Il y a trois semaines, déjà, elles avaient mené un raid de 24 heures dans trois villages de la région de Belgorod avant de se replier sous le feu de l'armée russe.   Ces incursions limitées ont pour but affiché de semer le trouble au sein de la population civile, mais aussi de contraindre l'ennemi à rapatrier une partie des forces déployées en Ukraine pour garder sa frontière. « L'Ukraine gonfle ainsi artificiellement le kilométrage des zones de contact à surveiller, renforçant les logiques de dilemme imposé » ,note l'analyste militaire Joseph Henrotin, rédacteur en chef de la revue spécialisée DSI. « La réponse discordante à ces raids laisse penser que le pouvoir russe n'a pas encore décidé de la réponse à y apporter », estime pour sa part le centre de réflexion américain Institue for the Study of War, qui souligne leur effet déstabilisateur.   Difficile, dans cette partie de poker menteur, de savoir si les opérations de reconnaissances entreprises par l'armée ukrainienne constituent l'amorce de la contre-offensive - ou, simplement, la poursuite d'un laborieux travail de « modelage » visant à identifier les points faibles du dispositif adverse. « L'ennemi n'a pas atteint ses objectifs », s'est félicité le ministère russe de la Défense, qui a diffusé des images de blindés ukrainiens détruits. Moscou affirme que des pertes ont été infligées dimanche aux forces ukrainiennes près de Neskoutchné, dans la région de Donetsk, et de Novodarivka, près de celle de Zaporijjia.   De nouvelles « tentatives de percer les défenses russes » auraient aussi eu lieu lundi près de la localité de Novodonetské, non loin de Vouhledar. L'armée russe, de son côté, aurait regagné ces derniers jours un peu de terrain dans le nord du Donbass, près de Koupiansk. </text>
	

	<text titre="Les soldats de Poutine" date="2023 06 06T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="6" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="mercenaires, poutine, wagner, russie, groupe" langue="fr"> vvvvv   « Wagner, les mercenaires de la Russie »   20h55 (2 x 1 heure) Documentaire français inédit de Benoit Bringer.   arte
Créé en 2014, le groupe Wagner est une organisation paramilitaire oeuvrant pour servir les intérêts extérieurs de la Russie. En 2017, des vidéos sont publiées sur les réseaux sociaux, on y voit un Syrien être torturé, puis tué, par un groupe d'hommes parlant russe. À force de recherches menées par le frère de la victime et son avocate, l'histoire du groupe Wagner est mise en lumière. À sa tête, l'oligarque russe et ami proche du président Vladimir Poutine : Evgueni Prigojine. Comment sont recrutés les membres du groupe ? Pourquoi leurs agissements ne sont-ils pas condamnés ? À quel point cette société est-elle liée au Kremlin ? Parfois au péril de leur vie, des journalistes investiguent et se renseignent pour révéler au monde les crimes de ces mercenaires à la solde de Poutine. À travers les témoignages d'un ancien membre, d'opposants politiques de Poutine et des familles des victimes, c'est un documentaire poignant qui témoigne de l'horreur et de l'impunité des atrocités commises par ce collectif. </text>
	

	<text titre="Feinte ou contre-offensive, les combats s'intensifient en Ukraine" date="2023 06 06T00:00:00" journal="Libération" auteur="samuel ravier-regnat" annee="2023" mois="6" jour="6" journal_clean="Libération" keywords="commencé, lundi, offensive, ampleur, matin, région, combats, ukraine" langue="fr"> Les événements semblent se précipiter dans l'est de l'Ukraine. Lundi, la Russie a indiqué qu'une «offensive de grande ampleur» avait commencé la veille au matin dans cinq secteurs du sud de la région de Donetsk, dans le Donbass et que celle-ci avait été repoussée. «L'objectif de l'adversaire était de percer notre défense sur le secteur qu'il pensait être le plus vulnérable. L'ennemi n'a pas atteint son objectif», s'est réjoui le porteparole du ministère russe de la Défense. Selon Moscou, l'offensive ukrainienne, portée par six bataillons mécanisés et deux bataillons de chars, s'est traduite par la perte de «plus de 250» soldats.
Les autorités russes s'efforcent d'afficher qu'elles contrôlent la situation. Mais certains comptes Telegram russes pro-guerre ont affirmé que l'armée ukrainienne avait réussi une percée en direction de Volnovakha, dans la région de Donetsk, sans pour autant réussir à «briser le front», comme l'a écrit le blogueur Igor Guirkine. «L'ennemi n'a pas encore utilisé toutes ses forces, a alerté ce nationaliste qui fut ministre de la Défense de l'autoproclamée &quot;république populaire de Donetsk&quot;. Si l'offensive de l'ennemi a réellement commencé [ ], l'intensité des combats ne fera qu'augmenter dans les jours à venir.»   Lundi, Kyiv a rejeté les allégations de Moscou sur la réalité d'une offensive d'ampleur. «Nous ne commentons aucune fausse information», a fait savoir un représentant des forces armées ukrainiennes à Reuters. De fait, le gouvernement a maintes fois prévenu que le début de la contre-offensive -pour laquelle l'Ukraine est «prête», a insisté ce week-end Volodymyr   Zelensky- ne ferait l'objet d'aucune communication officielle. Et serait précédé de feintes et diversions destinées à désorienter l'adversaire. Dimanche, le ministre de la Défense ukrainien, Oleksii Reznikov, a publié sur Twitter une vidéo qui donne à voir des soldats posant l'index sur leurs lèvres. Au-dessus, ces phrases, empruntées à Depeche Mode : «Les mots ne sont vraiment pas nécessaires. Ils ne peuvent causer que du mal.» Pour la vice-ministre de la Défense ukrainienne, Hanna Maliar, Moscou cherche à «détourner l'attention» de ses difficultés dans le secteur de Bakhmout, tombée aux mains des Russes fin mai après des mois de combats meurtriers. «[Cette région] reste l'épicentre des hostilités. Nous obtenons des succès [ ]. L'ennemi est sur la défensive», a revendiqué Maliar sur sa chaîne Telegram. A proximité de la ville martyre, les troupes de Kyiv auraient déjà reconquis «une partie de la localité de Berkhivka», de l'aveu du patron de la milice Wagner, Evgueni Prigojine. Les forces ukrainiennes ont également attaqué lundi matin les positions russes dans la région de Zaporijjia, selon un responsable russe qui a qualifié la situation d'«alarmante». Pour ne rien arranger à la confusion ambiante, plusieurs radios et télévisions russes victimes d'un «piratage» ont diffusé lundi un faux discours du président Vladimir Poutine, dans lequel celui-ci dénonçait une «invasion» ukrainienne et annonçait l'instauration de la «loi martiale» dans trois régions de l'ouest du pays, contraignant le Kremlin à diffuser un démenti. </text>
	

	<text titre="Les déboires militaires provoquent des dissensions en Russie" date="2023 06 08T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="e. gr. (à paris)et benoît vitkine e. gr. (à paris)et benoît vitkine" annee="2023" mois="6" jour="8" journal_clean="Le Monde" keywords="n’a, russie, contexte, vidéo, guerre" langue="fr"> Moscou - correspondant - Apremière vue, dans le contexte de la guerre en Ukraine, la vidéo n’a rien d’exceptionnel : un prisonnier au visage tuméfié et fatigué décline son identité avant de se faire rudoyer par son geôlier. Sauf que le lieutenant-colonel Roman Venevitine est un officier supérieur dans l’armée russe et que l’homme qui l’interroge combat également côté russe, dans les rangs du Groupe Wagner.   Cette vidéo a été postée lundi 5 juin, mais, selon le service de presse d’Evgueni Prigojine, le patron des mercenaires de Wagner, les événements remontent au 17 mai. Ce jour-là, à en croire cette source, une unité du groupe aurait été délibérément visée par l’artillerie de l’armée régulière russe alors qu’elle procédait au déminage d’une route menant à Bakhmout, en Ukraine.
Selon les confessions filmées (sous la contrainte) du lieutenant-colonel, il ne s’agissait pas d’une erreur mais de frappes ciblées, motivées par « l’aversion personnelle »que lui inspirerait le Groupe Wagner. Ce dernier assure qu’un combat a suivi ces tirs d’artillerie, au cours duquel Roman Venevitine aurait été capturé.   Si les faits sont invérifiables, l’épisode est édifiant. Des accrochages entre unités de l’armée régulière et les mercenaires ont déjà été évoqués, fruit de la rivalité des deux forces et du conflit ouvert entre leurs chefs. Mais leur ampleur était moindre et aucune des deux parties n’en avait fait état. Surtout, exhiber l’humiliation d’un officier supérieur de l’armée russe dépasse toutes les provocations dont a pu se rendre responsable Prigojine par le passé.  « Mollesse » des généraux russesL’homme d’affaires a précisé lundi que le gradé a déjà été rendu aux autorités compétentes « à des fins d’enquête », mais ce nouveau développement trahit un niveau de tension inédit dans les rangs russes. Ces tensions affleurent sur fond de contre-offensive imminente de l’armée ukrainienne et d’incursions quasi quotidiennes sur le territoire russe.   L’escalade entreprise par le patron de Wagner contre le haut commandement militaire russe s’étend désormais au dirigeant tchétchène, Ramzan Kadyrov, qui semblait jusque-là être son seul allié contre le ministère de la défense. Les deux hommes prônent le déchaînement d’une violence jusqu’au-boutiste en Ukraine et vitupèrent contre la « mollesse » des généraux russes.   Ayant publiquement douté de la capacité des « Kadyrovtsy » (milice obéissant à Kadyrov) à contrôler les zones du Donbass dont le Groupe Wagner se retire, Evgueni Prigojine s’est attiré, le 1er juin, une volée de bois vert de Tchétchénie. Sur leurs chaînes Telegram, deux proches de Ramzan Kadyrov l’ont sommé de s’expliquer « d’homme à homme », le tutoyant de manière irrespectueuse : « Tu es devenu un blogueur qui piaille au monde entier que nous avons des problèmes », raille le député de la Douma russe, Adam Delimkhanov. « Tu provoques la panique parmi la population avec tes déclarations. N’oublie pas, Jenia[diminutif d’Evgueni] ,à qui tu dois ton armée privée, tes avions et tes hélicoptères », insinue Magomed Daoudov, président du Parlement tchétchène.   Pour ne pas répondre lui-même à ces attaques, Evgueni Prigojine a sorti de sa manche le véritable fondateur du Groupe Wagner, Dmitri Outkine, un néonazi ancien officier des forces spéciales russes, qui ne s’exprime jamais publiquement. Lequel s’est dit, sur l’une des chaînes Telegram du Groupe Wagner, « toujours prêt » à discuter d’homme à homme, « d’autant qu’on se connaît bien depuis la première et la seconde guerre de Tchétchénie ». Histoire de rappeler à tous que, contrairement à lui, les hommes de Kadyrov n’ont pas toujours été loyaux envers le Kremlin.  Perte de sensVladimir Poutine ne commente jamais publiquement les sorties d’Evgueni Prigojine, et n’a pas fait exception cette fois-ci. Mais l’homme d’affaires a affirmé le 3 juin, sur sa chaîne Telegram, que la querelle avait été réglée en coulisses lors d’une réunion du Conseil de sécurité convoquée par le président russe.   Le pouvoir russe n’a pas davantage réagi à la saillie inhabituelle de l’un des plus influents députés du pays, qui prône depuis vingt ans la manière forte pour réintégrer les ex-républiques soviétiques. Lapidaire, Konstantin Zatouline, 64 ans, a déclaré le 1er juin lors d’une discussion intitulée « De quelle Ukraine avons-nous besoin ? » que « l’opération militaire spéciale » n’avait atteint « aucun » des objectifs fixés par Vladimir Poutine. « Vous vous en souvenez tous : la dénazification, la démilitarisation, la neutralité de l’Ukraine et la protection des habitants des républiques populaires de Donetsk et de Louhansk », a rappelé le premier vice-président de la commission de la Douma d’Etat sur les affaires de la Communauté des Etats indépendants (qui regroupe d’ex-républiques de l’URSS), l’intégration eurasienne et les relations avec les compatriotes. Enfonçant le clou, M. Zatouline a ajouté que plusieurs objectifs avaient perdu tout leur sens : « Par exemple, la neutralité de l’Ukraine. Quel est le sens de cette demande ? Aucun à l’heure actuelle. Elle ne sera pas neutre si l’Etat ukrainien continue d’exister. » Clairement frustré, le député a admis que « la Russie ne parviendra pas à prendre le contrôle de l’Ukraine à cause du soutien de l’Occident ».   Jamais un officiel russe de si haut rang n’avait admis publiquement l’échec politique de l’invasion de l’Ukraine. Le 4 juin, le quotidien russe Vedomosti indiquait qu’une mise à pied du député était en discussion au sein de Russie unie, le parti majoritaire au Parlement. Ce même jour, l’intéressé rétropédalait, affirmant, un peu tard, que ses propos avaient été mal interprétés et « extraits de leur contexte ».   Pour le politiste russe Mikhaïl Vinogradov, M. Zatouline a pu s’exprimer ainsi « de sa propre initiative ou bien sur demande ». Car, en raison du « flux croissant de mauvaises nouvelles, il devient de plus en plus difficile d’être à la fois un loyaliste et un partisan de la victoire russe ». En quelque sorte, la contradiction s’accentuerait entre ceux – les loyalistes – qui désirent la survie du régime Poutine et les jusqu’au-boutistes, quipourraient provoquer son effondrement. </text>
	

	<text titre="À Moscou, la cohabitation des vies contraires" date="2023 06 09T00:00:00" journal="La Croix, no. 42638" auteur="benjamin quénelle" annee="2023" mois="6" jour="9" journal_clean="La Croix" keywords="igor, moscou, vies" langue="fr"> Moscou   De notre correspondant   Dans ses habits de taulard, Igor rayonne. « Ici, on positive ! Loin de la politique, on est heureux ! » Igor n'est pas prisonnier pour de vrai, mais serveur dans un tout nouveau restaurant moscovite, où les clients peuvent dîner dans une variété de décors : une loge de théâtre, une salle d'hôpital, un compartiment de train, ou bien, donc, une cellule de prison. « Sensations fortes et fun ! », s'amuse Igor. Derrière les barreaux, un jeune couple sirote un cocktail, ravi de cette extravagante expérience culinaro-carcérale. Le conflit en Ukraine, qui dure depuis quinze mois ? L'incarcération d'opposants anti-Kremlin ? « On ne pense pas à cela », esquive-t-il dans un sourire. À chacun sa prison.
En effet, depuis ce restaurant, il ne faut qu'un saut de puce pour rejoindre la prison bien réelle où est enfermée la metteuse en scène Evguénia Berkovitch. Cette mère de deux enfants adoptés n'est que l'une des nombreux opposants à se retrouver aujourd'hui en détention provisoire pour avoir dénoncé le Kremlin et son offensive militaire. Officiellement, elle est poursuivie pour « apologie du terrorisme » après un spectacle sur le destin de femmes recrutées par des islamistes syriens. « Mais, en pleine vague de répression, ses poèmes antiguerre sont la vraie raison de son arrestation », dénonce l'une de ses proches.   Dans le petit théâtre indépendant où se jouent ses autres spectacles, un public plutôt jeune et intellectuel ose toujours se presser. « C'est un acte de solidarité et de résistance », glisse une spectatrice. Cette minuscule salle en sous-sol, dont les billets s'arrachent vite sur Internet, se trouve près de l'ancien Centre Gogol, le théâtre de Kirill Serebrennikov, grand nom de la scène moscovite connu pour ses positions anti-Kremlin et contraint de fuir la Russie. Depuis sa reprise en main par les autorités, le théâtre a revu sa programmation. À l'affiche?: des classiques, et une oeuvre soviétique sur la Grande Guerre patriotique contre l'Allemagne nazie, jouée en uniformes militaires, et accompagnée par un orchestre proche du Kremlin. «?Aujourd'hui, les fascistes sont en Ukraine et menacent l'Europe, explique un spectateur . L'histoire se répète. »« Si le fasciste est contre la guerre, chacun de nous est un fasciste », se moque au contraire un poète qui a clamé haut et fort ses vers contre le « paradis de Poutine » lors d'une soirée dissidente organisée au sous-sol d'un restaurant. Dans le public, un jeune rebelle raconte être revenu à Moscou après avoir fui la ville et la mobilisation militaire l'automne dernier. Il a repris son travail d'informaticien, mais en indépendant. « Sans déclarer de revenus, sans payer d'impôts : c'est ma façon de ne pas contribuer à l'effort de guerre et de m'opposer au Kremlin », confie-t-il.   Ainsi vit Moscou, dans ses réalités opposées. Paradoxalement, après les inédites attaques de drones « ukrainiens » sur des résidences de sa proche banlieue, peu après celles sur l'un des dômes du Kremlin, les réactions sont restées minimales. Ces explosions hors du commun ont contraint les autorités à renforcer les systèmes de défense : batteries antiaériennes sur les toits, chasse parfois zélée de fonctionnaires contre tout drone, brouillage des réseaux Internet perturbant jusqu'aux GPS des automobilistes... Tout cela est accueilli dans un mélange de flegme et d'insouciance, encouragé par les autorités et les médias d'État, qui traitent ces attaques comme des « non-événements ». Leurs sujets favoris restent les mêmes : bras de fer avec l'Otan, conflit civilisationnel contre l' « Occident décadent »,lutte contre « le fascisme ukrainien »...   Il faut dire qu'en surface la vie n'a jamais semblé aussi belle à Moscou. Bondées, les terrasses sont joyeuses, les parcs fleuris. Les infrastructures de transport se modernisent et s'étendent. Le maire a inauguré une impressionnante nouvelle ligne circulaire de métro désengorgeant le centre grâce à 70 km de réseaux et à des dizaines de stations au style très design - le tout construit en un temps record. « Et combien de nouveaux métros à Paris ? », défie Sergueï, un Moscovite qui, fervent soutien du Kremlin, promet « une victoire au long cours en Ukraine contre cet Occident qui nous regardait de haut ».   On retrouve ces vies aux antipodes dans les écoles. Ballons accrochés aux préaux, musique à fond dans les cours, elles viennent de fêter la fin de l'année scolaire. « La guerre n'est jamais très loin... », prévient une maman, opposée à l'offensive militaire mais habituée à ignorer le conflit pourtant omniprésent. Un garçon du groupe de danse de sa fille, pour la finale de rock-and-roll, s'est fait tondre sur la tête un « Z », lettre symbole du soutien à l'armée. «?Mon projet pour cet été ? Vacances en Crimée. Et, si j'avais l'âge, stage de formation chez Wagner?!?», lance un autre garçon portant un chapeau kaki frappé du « Z », qui se dit fier de voir les troupes russes « reprises en main par Evgueni Prigojine » . Jusque dans les écoles, la popularité du patron de la milice paramilitaire est en pleine ascension.   À côté du gamin, son père cache mal sa gêne, quand son grand-père bonde le torse de fierté. Le conflit a créé des crises intergénérationnelles, toujours palpables. Dans les écoles, chacun s'est habitué aux instructions du ministère de l'éducation qui, depuis septembre, impose aux écoles une cérémonie de lever de drapeau tous les lundis matin, suivie de cours « sur les choses importantes ». Traduction : « une bonne dose de patriotisme ! », ironise Andreï, père de famille opposé à Poutine, qui a trouvé un pédiatre conciliant pour en dispenser sa fille, au prétexte de rendez-vous médicaux. Une de ses camarades de classe a adopté une autre option. Au lieu de sécher les « choses importantes », elle en profite pour se plonger dans ce qui lui importe réellement : ses devoirs non faits le week-end. « Telle est notre vie désormais, sourit tristement Andreï. Faite de faux-semblants. » </text>
	

	<text titre="Combats dans la région de Zaporijia" date="2023 06 10T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="10" journal_clean="Le Monde" keywords="actifs, combats, région" langue="fr"> Après plusieurs incursions tentées cette semaine par l’armée ukrainienne dans la partie sud du front, des « combats actifs » étaient en cours, tôt dans la matinée du vendredi 9 juin, dans l’ouest de la région de Zaporijia, a assuré un responsable de l’occupation russe, Vladimir Rogov. « A l’heure actuelle, des combats actifs ont repris dans la région entre Orekhov [nom russe d’Orikhiv] et Tokmak », a-t-il indiqué dans un message publié sur Telegram. Cette assertion n’a pas été confirmée par Kiev, mais elle est corroborée par les analystes militaires, pour qui la contre-offensive ukrainienne, annoncée depuis la fin de l’hiver et attendue d’ici à l’été, aurait bel et bien débuté. Jeudi, le chef de la société paramilitaire russe Groupe Wagner, Evgueni Prigojine, avait dit entrevoir dans les dernières « actions offensives » de Kiev le « début d’une contre-offensive ». </text>
	

	<text titre="Kharkiv, base arrière des opérations contre sa voisine russe Belgorod" date="2023 06 12T00:00:00" journal="La Croix, no. 42640" auteur="sébastien gobert" annee="2023" mois="6" jour="12" journal_clean="La Croix" keywords="kharkiv, opérations, russe, serhiy, base, belgorod, bohdanovskiy" langue="fr"> Kharkiv (Ukraine)   Correspondance particulière   La voix de Serhiy Bohdanovskiy résonne sur l'immense place de la Liberté de Kharkiv. Le jeune commandant de l'unité spéciale « Skhid » (« Est », liée au bataillon Azov), sous l'autorité du ministère ukrainien de l'intérieur, suit au quotidien depuis sa base de Kharkiv les incursions de groupes anti-Kremlin dans la région russe de Belgorod, de l'autre côté de la frontière, à une trentaine de kilomètres.  « Ce sont des opérations menées en Russie par des Russes. Il ne s'agit pas pour l'Ukraine de revendiquer une partie du territoire russe.Néanmoins, les habitants de Belgorod comprennent désormais que le Kremlin ne les protège pas et les abandonne à leur sort »,dit-il en tirant de longues bouffées sur une cigarette électronique. Serhiy Bohdanovskiy imagine, taquin, le « rattachement » de territoires russes à l'Ukraine. «  S'il s'exprimait une volonté populaire pour rejoindre l'Ukraine, qui a prouvé qu'elle se souciait de ses citoyens, il faudrait l'étudier. Par humanité... », ajoute-t-il hilare.
Depuis le 22 mai, deux formations armées composées d'opposants russes à Vladimir Poutine mènent ces opérations dites de « libération » dans la région de Belgorod. La Légion pour la liberté de la Russie (LSR), un agrégat de profils divers, et le Corps volontaire russe (RDK), ouvertement d'extrême droite, ont détruit ou saisi de l'équipement militaire russe et tenu quelques localités pendant plusieurs jours.   Ces formations ont aussi brandi le spectre d'un « référendum d'autodétermination » visant à la création d'une « République populaire de Belgorod », sur le modèle d'entités inventées de toutes pièces par le Kremlin à Donetsk et à Louhansk. La confusion, alimentée un temps par la participation d'un Corps volontaire polonais, a provoqué une vague de réfugiés et un redéploiement précipité de l'armée russe, visiblement prise par surprise. Le fait que LSR et RDK aient circulé librement de part et d'autre de la frontière, équipés d'armes et de véhicules occidentaux auparavant livrés à l'Ukraine, trahit une complicité, au moins passive, de Kiev.   Mais « cela reste une opération russe », insiste Serhiy Bohdanovskiy : « Aucun soldat ukrainien n'a mis le pied en Russie. » Ce qui ne l'empêche pas de se féliciter « de cette trouvaille géniale de notre service de renseignements (GUR). Cette diversion crée la zizanie entre Prigojine, Guerassimov et les autres, elle sème le doute dans la société russe... Les avantages pour l'effort de guerre ukrainien sont évidents. » Les images de Belgorod touchent d'autant plus les habitants de Kharkiv que la population en est historiquement et culturellement proche. Maria Takhtaoulova, historienne, rappelle qu'en 1918 la première République populaire d'Ukraine a revendiqué cette région comme partie du bassin ethnographique ukrainien. Finalement échue à la Russie soviétique, la zone a vu sa composition ethnolinguistique modifiée au XXe siècle. « Mais il n'est pas rare de croiser dans les campagnes des personnes parler ukrainien », assure Maria Takhtaoulova. Les actes de sabotage qui secouent la région depuis des mois confirmeraient une sympathie en faveur de l'Ukraine. Cette affinité se retrouve « sur tout le pourtour de la frontière » et pourrait permettre aux opposants russes de reproduire leurs incursions vers Koursk ou Briansk. « Si cela se trouve, ils sont déjà loin de Kharkiv », s'aventure Maria Takhtaoulova.   De fait, ils sont invisibles à Kharkiv. Et de ce qui se trame à une trentaine de kilomètres, on n'entend rien. Sur les terrasses ensoleillées, on s'attache à savourer un certain répit, après une année très éprouvante. « Les Belgorodiens, on les voyait tous les jours avant l'invasion, se souvient Vadym, sirotant son thé sans réagir à une nouvelle alerte aérienne. Ils étaient contents de venir ici, faire leurs achats et profiter de la ville. Cela m'allait très bien, j'étais ce qu'on appelle un prorusse. Mais depuis le 24 février 2022, aucun de ces voisins, de ces &quot;frères&quot;, ne s'est soucié de notre sort. Alors que la guerre leur revienne à la figure, ce n'est que justice. » </text>
	

	<text titre="Moscou tente d’imposer le récit d’un ratage ukrainien" date="2023 06 12T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="emmanuel grynszpan" annee="2023" mois="6" jour="12" journal_clean="Le Monde" keywords="combat, moscou, russe, d’un, commentateurs, images, pro-kremlin" langue="fr"> Les commentateurs pro-Kremlin exultent. Après les flots de fausses informations déversées sur les réseaux sociaux, la propagande russe tient enfin des images véridiques de chars de combat allemands Leopard 2 et d’un véhicule de combat d’infanterie américain endommagés : une poignée de blindés agglutinés ayant vraisemblablement sauté sur un champ de mines lors d’un assaut nocturne. Elles ont été publiées le 9 juin par une chaîne Telegram de second ordre nommée « Guerrier d’Extrême-Orient » et immédiatement reprise par l’ensemble de la blogosphère. Sur la vidéo, de bonne qualité, filmée à distance par un drone russe, on ne voit aucun corps autour des véhicules. Les Ukrainiens, s’ils ont eu des pertes ou des blessés, sont parvenus à les évacuer.
« La destruction d’une colonne blindée de l’armée ukrainienne[les deux mots sont délibérément barrés] l’OTAN dans la région russe de Zaporijia. Des images inoubliables », réagit Lost Armour, un blogueur militaire comptant 22 000 abonnés. « On peut regarder ça éternellement », commente avec une pointe d’ironie le compte de Vladen Tatarsky – assassiné, le 2 avril, à Saint-Pétersbourg –, tenu par la personne qui a hérité de sa chaîne Telegram, forte d’un demi-million d’abonnés.   Lyrique, l’éditorialiste nationaliste Egor Kholmogorov propose : « Admirez donc cette beauté. Il ne faut pas hésiter à ramener à Moscou les équipements occidentaux détruits. Près de chaque ambassade ennemie, les tas de ferraille correspondants doivent être placés joliment et élégamment : l’ambassade américaine a ses Bradley, l’ambassade allemande a ses Leopard. Et ainsi de suite. Il est temps que nous apprenions à insulter nos partenaires occidentaux. Ils le méritent depuis longtemps. »Le chef d’Etat russe, Vladimir Poutine, qui commente très rarement les nouvelles du front, a sauté sur l’occasion. « Nous pouvons affirmer avec certitude que l’offensive[de Kiev] a commencé. L’utilisation des réserves stratégiques de l’armée ukrainienne en est la première preuve. La seconde, c’est que les troupes ukrainiennes n’ont atteint aucun de leurs objectifs sur le champ de bataille. C’est absolument évident », a déclaré M. Poutine, à Sotchi, en marge d’un sommet avec des chefs d’Etat d’Asie centrale.  « Déclarations guillerettes »En choisissant ces formules péremptoires, le chef d’Etat définit une ligne que les commentateurs russes sont fortement invités à reprendre, dans un contexte médiatique troublé par les critiques brutales d’Evgueni Prigojine, dirigeant du groupe de mercenaires Wagner, contre le haut commandement militaire russe.   Vatfor, un groupe d’analystes militaires pro-Kremlin bardés de titres académiques, a toutefois appelé à la prudence .Sur sa chaîne Telegram suivie par 21 000 abonnés, Vatfor souligne que « l’humeur détendue qui s’est emparée des blogueurs militaires sur Telegram après[la destruction] des quatre premiers Leopard semble prématurée. Même chose pour les déclarations guillerettes du ministre de la défense[Sergueï Choïgou] selon lesquelles les brigades ukrainiennes n’auraient pas rempli leur mission. L’ennemi a déjà démontré à maintes reprises sa capacité à trouver des faiblesses dans nos défenses, sans compter que même les “assauts chair à canon” lui ont parfois valu des succès ». Des commentaires publiés avant les déclarations catégoriques du président Poutine. p </text>
	

	<text titre="Pour Moscou, la « contre-offensive » est un « non-événement »" date="2023 06 13T00:00:00" journal="La Croix, no. 42641" auteur="benjamin quénelle" annee="2023" mois="6" jour="13" journal_clean="La Croix" keywords="non-événement, contre-offensive, opération, militaire, moscou, kremlin, mikhaïl, ukrainiennes" langue="fr"> Moscou   De notre correspondant  « Quelles reconquêtes ukrainiennes ? » À Moscou, Mikhaïl est habitué, depuis seize mois, à suivre devant son écran « l'opération militaire spéciale » du Kremlin en Ukraine. Les télévisions publiques sont la principale source d'information de la majorité des Russes. Ce lundi 12 juin, entre la mort de Silvio Berlusconi et d'inhabituelles chutes de neige dans le nord du pays, aucune information ne filtre sur les premiers gains territoriaux revendiqués par Kiev dans le Donbass. Au contraire, Mikhaïl et les autres téléspectateurs ont pu voir aux actualités de la mi-journée les énièmes reportages sur les « héros » du front, qui dansaient même dans leur caserne après une action victorieuse contre une position ukrainienne.
Comme les drones sur l'un des dômes du Kremlin puis sur des immeubles de la banlieue de Moscou, comme les incursions à Belgorod et dans le reste des régions frontalières avec l'Ukraine, la « contre-offensive » de Kiev est présentée par le Kremlin et ses relais télévisés en « non-événement ». Elle est accueillie dans un mélange de flegme et d'indifférence. « Contre-offensive ou pas, nous gagnerons ! Tout ce que vous voyez dans vos médias en Europe sur les victoires ukrainiennes, c'est un fantasme de Zelensky, ce cocaïnomane, pour faire plaisir à l'oncle de Washington », s'emporte parmi d'autres Mikhaïl, le verbe cru contre les présidents ukrainien et américain. Pour lui, comme pour beaucoup de Russes face à leurs écrans, pas de doute : l'explosion, la semaine dernière, du barrage de Kakhovka, qui a couvert d'eau une partie des zones ukrainiennes en conflit, est une manoeuvre de Kiev. « Les Américains poussent Zelensky depuis des semaines à lancer une prétendue contre-offensive, croit savoir Mikhaïl . Mais les Ukrainiens savent qu'ils ne le peuvent pas. Du coup, ils ont eux-mêmes détruit le barrage afin que les inondations rendent impossible toute opération militaire. Ils ont une bonne excuse pour ne rien faire et aller pleurer auprès des Américains... »Paradoxalement, vu de Moscou, la « contre-offensive » ukrainienne a de facto commencé depuis longtemps : il s'agit d'énièmes tentatives de Kiev pour gagner des positions qui, comme les précédentes, ont échoué. « Nous pouvons totalement affirmer que cette offensive (ukrainienne, NDLR) a commencé », a lui-même déclaré Vladimir Poutine vendredi 9 juin. Mais le chef du Kremlin a vite ajouté  : « Les troupes ukrainiennes n'ont atteint leur objectif sur aucun des champs de bataille. » Le ministère de la défense a immédiatement pris le relais de l'information : « Les forces ukrainiennes ont poursuivi leurs tentatives de mener des offensives dans les régions de Ioujno-Donetsk et de Zaporijjia, mais elles ont été mises en échec par les actions décisives des unités des forces russes. »Étonnamment silencieux ces derniers jours, Evgueni Prigojine n'a fait aucun commentaire. Le turbulent chef des troupes paramilitaires Wagner, qui n'hésite pas à dénoncer les failles de l'armée régulière, n'a cette fois pas remis en cause la ligne officielle sur la « contre-offensive » ukrainienne. Sur les réseaux sociaux, ses chaînes Telegram se sont délectées des premières images de tanks occidentaux détruits. Une vidéo, qui a fait le buzz, montre un char de combat allemand Leopard 2 et un véhicule blindé de combat américain Bradley endommagés, entourés de soldats russes triomphants.   Parmi les plus virulents commentateurs nationalistes, l'éditorialiste Egor Kholmogorov a exulté : « Ces tas de ferraille doivent être placés avec élégance : Bradley devant l'ambassade américaine, Leopard devant l'ambassade allemande. Apprenons à insulter nos partenaires occidentaux. Ça fait longtemps qu'ils le méritent. » D'autres, parmi les experts militaires sur Telegram, ont appelé à la prudence. Mais, pour le moment, à Moscou, le message est clair : la « contre-offensive » ukrainienne est soit un leurre, soit déjà un échec. </text>
	

	<text titre="La confrontation s'exacerbe entre  Prigojine et le ministère de la Défense" date="2023 06 14T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24513" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="6" jour="14" journal_clean="Le Figaro" keywords="evgueni, militaire, russe, ministère, prigojine, défense, groupe, confrontation, patron" langue="fr"> LA DÉFIANCE entre Evgueni Prigojine, le patron des mercenaires du groupe Wagner, et la haute hiérarchie militaire russe s'accroît de jour en jour. Tant et si bien que les invectives quotidiennes du « cuisinier de Poutine » , retransmises sur sa chaîne Telegram, sont parfois difficiles à suivre... Leur constante reste néanmoins un pilonnage systématique du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et du chef d'état-major des armées, Valeri Guerassimov, ses deux bêtes noires, à qui il promettait récemment le peloton d'exécution. Mardi, M. Prigojine s'est dit « pas certain » que ses hommes restent en Ukraine, deux semaines après leur retrait - selon lui « saboté » par l'armée régulière russe - de la ville de Bakhmout.
Une nouvelle étape dans cette confrontation a été franchie le week-end dernier avec le refus du chef des Wagner de faire allégeance au ministère de la Défense en s'enregistrant auprès de lui. Afin d'améliorer l'efficacité des « groupes de volontaires », ceux-ci devront en effet maintenant signer un contrat avec le ministère avant le 1er juillet, annonçait samedi un communiqué officiel. En conséquence , « toutes ces formations seront désormais organisées comme des unités du ministère de la Défense, elles seront intégrées à la structure du personnel, elles seront subordonnées à un plan unique, tout cela pour mettre de l'ordre », décrypte Frants Klintsevich, un ex-député à la Douma, bien au fait des questions de défense. Les membres de ces détachements bénéficieront des mêmes rémunérations et des mêmes avantages sociaux que les soldats de l'armée.   Arbitre suprême   Y voyant, non sans raison, une manoeuvre pour le mettre sous tutelle, Evgueni Prigojine a immédiatement réagi. « Wagner ne signera aucun contrat avec Choïgou », a-t-il déclaré. Ramzan Kadyrov, dont les relations avec Prigojine se sont tendues dernièrement, s'est quant à lui précipité. Dès samedi, le président tchétchène a parrainé un accord entre son groupe militaire, Akhmad, et le ministère russe de la Défense. M. Prigojine, pour se défausser d'un procès en insubordination, a affirmé d'emblée qu'il rendait compte directement au commandant en chef suprême, Vladimir Poutine...   Au-delà du « cas Prigojine » , les autorités visent à encadrer les « groupes de volontaires » qui ont proliféré par dizaines avec la guerre en Ukraine tout en n'ayant en Russie aucune existence légale. « Il s'agit de donner à ces unités le statut légal nécessaire », insistait d'ailleurs, samedi, le ministère de la Défense dans son communiqué. Depuis l'été dernier, de nombreux « bataillons de volontaires » au statut juridique incertain ont commencé à voir le jour, sous la tutelle des autorités locales et financés parfois par des entreprises. Deux groupes de combattants (Potok et Fakel) seraient même liés à Gazprom, selon le Financial Timesdu 3 juin. D'après le ministère de la Défense, une quarantaine de ces unités seraient actuellement présentes en Ukraine. Evgueni Prigojine fait valoir que ses Wagner ne sont pas concernés par l'ordre du ministère de la Défense et revendique le titre distinct de « société militaire privée » (SMP ou TchéVéKa, en russe). Un sigle qui s'est imposé ces dernières années, sans bénéficier lui non plus d'une quelconque existence légale en Russie. Le ministère de Défense, qui s'est toujours méfié des SMP, utilisées pourtant sur de multiples fronts (Afrique, Moyen-Orient...), ne mentionne jamais explicitement le nom de Wagner. Le groupe était désigné samedi dernier encore comme un « détachement d'assaut de volontaires », pour l'apparenter à l'ensemble des groupes actifs sur le terrain des opérations.   Reste qu'avec le lancement de la contre-offensive ukrainienne, cette montée dans les tours entre Prigojine et la Défense « tombe au mauvais moment », constate l'analyste politique Sergueï Markov. « Tout le monde attend de voir comment cette nouvelle phase dans leur conflit va se terminer » ,ajoute l'analyste politique sur sa chaîne Telegram. L'arbitre suprême, Vladimir Poutine, dont se revendique sans cesse Prigojine, ne s'est pas exprimé à ce stade, laissant libre cours aux interrogations sur la solidité du soutien dont ce dernier bénéficierait toujours en haut lieu. Pour de nombreux observateurs, l'homme d'affaires devenu patron de mercenaires, qui a su se rendre indispensable, ne pourrait persévérer dans sa fronde si Poutine voulait y mettre fin. Samedi, Prigojine se disait prêt à envoyer ses unités défendre la région russe de Belgorod, frontalière de l'Ukraine et subissant ces derniers jours des bombardements et des attaques. </text>
	

	<text titre="L’armée russe tente de mettre au pas le Groupe Wagner" date="2023 06 14T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="6" jour="14" journal_clean="Le Monde" keywords="evgueni, moscou, mercenaires, ministère, wagner, tentative, défense, groupe, manœuvre" langue="fr"> Moscou - correspondant - La manœuvre engagée par le ministère russe de la défense ressemble fort à une tentative de mettre au pas le groupe de mercenaires Wagner et son remuant patron, Evgueni Prigojine. Elle prend la forme d’un ultimatum : d’ici au 1er juillet, tous les « détachements de volontaires » ou leurs combattants devront avoir signé un contrat avec ce ministère, selon un ordre signé samedi 10 juin par Sergueï Choïgou, le chef des armées.   Le ministère de la défense met en avant une question « d’efficacité », mais aussi le besoin de garantir aux membres de telles unités et à leurs familles « la même protection sociale et le même soutien » que ceux prévus pour les militaires. Il s’agit, entre autres, du versement de 5 millions de roubles (56 000 euros) offert aux familles de soldats tués, une somme considérable que le président russe, Vladimir Poutine, a récemment augmentée.
Si le Groupe Wagner n’est pas nommément désigné, sa prise de contrôle semble bien être l’objectif principal de cette initiative. C’est sous le vocable de « détachement de volontaires » que l’armée a toujours qualifié cette unité composée de mercenaires et de prisonniers recrutés par l’homme d’affaires Prigojine en échange d’une promesse de grâce. Alors que Wagner n’a toujours aucune existence légale et que les sociétés militaires privées restent en théorie interdites en Russie, le ministère insiste d’ailleurs sur la nécessité de donner un « statut légal »à ces formations.   Au-delà de ces justifications, il s’agit sans aucun doute de faire cesser les conflits incessants entre Wagner et l’armée, sur le terrain mais aussi au niveau des chefs, alors que la contre-offensive ukrainienne débute. Depuis près d’un an, Evgueni Prigojine s’en prend constamment au haut commandement militaire, accusé d’incompétence, de corruption et de mollesse, mais aussi de ne pas avoir assez fourni ses combattants en munitions lors de la longue (dix mois) et sanglante prise de la ville ukrainienne de Bakhmout. Sans réaction publique, jusqu’ici, de Vladimir Poutine.   C’est justement au nom de cette incompétence que le fondateur de Wagner a assuré, dès dimanche, qu’il ne signerait pas le contrat proposé. L’homme d’affaires a fait valoir que les ordres du ministère de la défense ne concernaient que les militaires et répété que « Choïgou est incapable de diriger correctement les unités militaires ».   Dans cette nouvelle épreuve de force, Wagner a d’ores et déjà perdu un potentiel allié : lundi, l’armée et la principale unité combattante formée en Tchétchénie, « Akhmat » (prénom du père du dirigeant de ce territoire, Ramzan Kadyrov), ont mis en scène, sous l’œil des caméras, la signature d’un contrat. Selon le ministère de la défense, plus de quarante structures devraient être concernées à terme, et à l’instar d’Akhmat, nombre d’entre elles ont été formées sur des bases territoriales, quand Moscou enjoignait aux gouverneurs de recruter à tout prix des « volontaires ».  Violence inouïeCe développement n’a pas calmé les ardeurs de M. Prigojine, qui s’est même dit prêt à « accueillir dans ses rangs » les unités qui refuseraient elles aussi de se placer sous la coupe de l’armée et de leur fournir « artillerie, aviation, renseignement et tout ce qui est nécessaire ». Le chef de Wagner assure que son groupe coordonne ses actions avec certains généraux en qui il a confiance, citant notamment Sergueï Sourovikine, un temps commandant en chef de l’« opération spéciale » en Ukraine.   Cet ultimatum n’est pas la première tentative faite par l’armée de répondre aux provocations de Wagner. Si les généraux et le ministre ne répondent pas aux insultes publiques d’Evgueni Prigojine, ils ont mis la main dès le printemps sur sa principale ressource, en s’arrogeant l’exclusivité du recrutement en prison. Cette première manœuvre a coïncidé avec la saignée subie sur le terrain par les mercenaires, lors des assauts sur Bakhmout.   L’ultimatum intervient aussi après la capture par Wagner d’un officier de l’armée, exhibé comme un vulgaire prisonnier de guerre, visage tuméfié. Dans une vidéo diffusée par la société d’Evgueni Prigojine, le lieutenant-colonel Roman Venevitine disait avoir délibérément pris pour cible un détachement de Wagner, aux environs de Bakhmout, par « aversion personnelle » pour les mercenaires. Il aurait ensuite été capturé au cours de « combats ».   Cet épisode d’une violence inouïe pour l’armée a peut-être motivé cette dernière à siffler définitivement la fin de partie en absorbant Wagner. Elle avait en tout cas montré qu’elle n’entendait pas se laisser humilier en publiant à son tour une vidéo avec le lieutenant-colonel Roman Venevitine, à son retour de « captivité ». L’officier disait avoir été torturé et accusait les troupes de Prigojine de différents crimes : le viol de l’un de ses hommes, poussé au suicide ; la capture de soldats, incités à s’engager ensuite avec Wagner, mis en esclavage ou échangés contre des munitions ; ou encore le vol de matériel militaire. </text>
	

	<text titre="À Belgorod, le retour de bâton de la guerre russe contre l'Ukraine" date="2023 06 14T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24513" auteur="colling, julian" annee="2023" mois="6" jour="14" journal_clean="Le Figaro" keywords="graïvoron, viennent, rues, russe, frontière, habitants, kilomètres, temps, guerre, belgorod, ukraine" langue="fr"> GUERRE EN UKRAINE Au loin, les fortes détonations viennent ponctuellement briser la quiétude des rues de Graïvoron. À dix kilomètres de la frontière ukrainienne, le bourg de 7 000 habitants en temps normal sonne creux. Tatiana et Olga, assises sur un banc près du sanatorium municipal où elles travaillent, ne sourcillent pas. « Vous savez, on s'habitue assez vite à tout, même au sentiment d'insécurité » , dit dans un sourire la première, déjà plusieurs fois grand-mère. « Là, c'était nos gars qui tiraient vers l'Ukraine. On a appris à reconnaître, au son, si les tirs partent de chez nous ou viennent d'en face » , ajoute avec fierté son amie.
Comme beaucoup d'habitants d'un certain âge de l'oblast de Belgorod, elles n'envisagent pas de partir malgré la peur. À quoi bon, vers où, et avec quel argent ? La maison familiale ou l'appartement ont mis tant de temps à être construits ou obtenus, et les crédits ont été si longs à rembourser... Alors Tatiana et Olga patientent, avec le voeu pieux que tout ceci « s'arrêtera bientôt », une autre devise souvent entendue dans cette Russie où, de fait, la guerre est arrivée.   Ces dernières semaines, Graïvoron s'est tout de même vidée de ses habitants. Pour une bonne raison : fin mai, un bataillon de combattants venus d'Ukraine - notamment des Russes opposés à Vladimir Poutine, issus de différentes unités de volontaires -, est parvenu sans grande difficulté à pénétrer le canton, lors d'une incursion en territoire russe qui a fait grand bruit. Pendant ces deux jours de flou et de fébrilité pour les autorités, ces volontaires, rangés du côté ukrainien, ont été en mesure de capturer un poste-frontière et plusieurs localités (désormais vides), d'y tourner des vidéos triomphantes, avant d'être repoussés par l'arrivée tardive de renforts russes.   Tandis que les mortiers et l'artillerie tapaient les villages alentour - 12 blessés -, Graïvoron, le chef-lieu local, était même un instant le théâtre d'affrontements. Un choc pour la population, malgré l'accoutumance aux sporadiques échanges de tirs depuis l'an dernier, dont témoignent plusieurs éclats d'obus et véhicules carbonisés le long de la route menant à la frontière. Le peu de protection de la frontière a pour le moins interpellé ici.   L'anxiété plane   Au milieu des petits groupes d'hommes en treillis qui se reposent près du supermarché de Graïvoron, quelques rares couples se promènent encore. « Est-ce que les gens se sentent protégés ? Je vous dirais simplement que j'ai quitté mon poste pour revenir protéger moi-même ma famille » , glisse en passant Alexeï, un garde-frontière habituellement en service entre la région de Voronej en Russie, et celle annexée de Louhansk.   « Qu'est-ce qu'on reçoit, nous, de cette « opération spéciale » ? » , peste sur son vélo, Andreï, 46 ans, ancien militaire à la retraite. « Des territoires sans défense et des gens qui vivent dans la peur. Et tout ça pour quoi, hein, pour « dénazifier » en face ? J'allais encore régulièrement à Kharkiv (à 50 km, NDLR) en bus il y a quelques années, je n'y ai jamais vu un seul nazi. » Des réflexions qui sont cependant encore rares dans la région, bien que les événements se soient encore accélérés récemment.   Dans la nuit du 1er juin dernier, la ville de Chebekino, 40 000 habitants, était massivement prise pour cible par des tirs venus d'Ukraine. Depuis, la ville est constamment frappée ; sur Telegram, des vidéos montrent chaque jour des façades noircies, des amas de taules ou des toits en flammes. Plusieurs civils y ont perdu la vie, selon le gouverneur, Viatcheslav Gladkov. Seuls quelque 2 000 habitants resteraient encore sur place.   Certains ont pu quitter Chebekino par leurs propres moyens. D'autres - la plupart -, ont été évacués vers la capitale régionale, Belgorod, avec les moyens du bord : des citoyens se sont portés volontaires, dans un énorme élan d'entraide qui s'est rapidement propagé. Parmi ces réseaux de volontaires, le groupe « Dixième cercle » , très actif sur les réseaux sociaux, gère un point de distribution d'aide humanitaire. Il travaille de concert avec diverses organisations de jeunesse, et accueille, en moyenne, entre 200 et 300 réfugiés par jour.   Irina, 57 ans, une travailleuse médicale, est venue chercher des produits de première nécessité. « Tout ce que je peux dire, c'est que quelque chose ne tourne pas rond. Merci toutefois à Gladkov, qui fait ce qu'il peut. Il veut vraiment aider les gens. » Celle qui lui succède, Zoïa, 38 ans, est un peu moins tendre : « On a laissé tomber Chebekino, tout simplement », fulmine-t-elle. « Je ne sais même pas si ma maison est encore entière là-bas. Pourquoi rien n'a été prévu, ni organisé en amont ? Les risques, les incidents dans la région, ce n'est pas nouveau ! »Derrière un semblant de normalité, l'anxiété plane sur Belgorod. Cette coquette métropole de 350 000 âmes, aux rues piétonnes agréables, est peuplée d'innombrables signes de soutien à l'armée, en plus des mémoriaux, tanks et étoiles rouges géantes. La guerre est là, non loin. Les panneaux de direction oukritié ( « abri ») se sont propagés près des sous-sols. La défense russe abat, quasi quotidiennement, des drones au-dessus de la cité. Cette dernière aurait perdu, officieusement, des dizaines de milliers d'habitants.   Les points d'accueil pour les exilés se sont, eux aussi, multipliés. Certains déplacés dorment encore dans des résidences étudiantes en attendant un logement. Ils côtoient désormais en ville les nombreux réfugiés ukrainiens, russophones, souvent de la région de Kharkiv ou du Donbass, arrivés dans la région depuis 2014 ou après l'invasion. Le bruit court qu'un certain ressentiment se serait installé envers ces Ukrainiens qui reçoivent une compensation, alors que les Russes locaux triment pour recevoir des aides. Au QG de « Dixième cercle » , une querelle éclate : « Vous n'avez rien à faire là, c'est chez nous ici ! » , balance une retraitée de Chebekino à une jeune volontaire ukrainienne originaire de Kharkiv.   De la famille de l'autre côté de frontière   La « Maison des initiatives » a également été reconfigurée en grand centre d'accueil pour les déplacés. Elle arbore un immense drapeau russe, ainsi que la troublante fresque murale d'un enfant en tenue militaire avec un « Z » - signe de ralliement patriotique - sur l'épaule. « Ils ont fait de Chebekino une belle ville, mais quid de nous défendre en temps de guerre ? » , raille Alexandra, 35 ans, devant le bâtiment. Son ami Vladimir, un costaud volontaire portant un pantalon en treillis, membre du Parti communiste local, tance une « guerre du capital et des grandes corporations. » Il poursuit son exposé : « Le commandement militaire est tout simplement perdu. Aucun ordre n'est donné pour davantage protéger nos régions, tout prend un temps fou. De son côté le gouvernement a trahi l'armée russe, notamment en termes d'équipement. »   Dans les couloirs du centre, si l'Ukraine est décrite comme hostile, et si la loyauté envers l'intervention russe domine encore, le sentiment d'avoir été abandonné par le sommet de l'État est perceptible. Certains murmurent espérer que le groupe paramilitaire Wagner d'Evgueni Prigojine vienne prendre en main la situation. Il entraînerait déjà, sur le territoire de la région, une milice de « défense civile » , qui a émergé parmi les volontaires. À travers la région, le « boomerang » de la guerre est revenu, dit Natalia, une Ukrainienne de 62 ans habitant Chebekino depuis un an. « La guerre me poursuit ! » , lance-t-elle, dans un rire jaune.   À une vingtaine de kilomètres au nord de Belgorod, Nikolaï, 45 ans, fermier à ses heures perdues, raconte les effets d'une guerre qui affecte l'économie locale. « Je loue un local commercial à une chaîne de magasins tout près de la frontière » , confie-t-il. « Autant dire que je suis aussi inquiet de la situation que quiconque. » La région regorge de rumeurs sur des patrons d'hôtellerie en grande difficulté financière, d'agriculteurs ne pouvant plus rembourser leurs crédits à cause des terres frontalières devenues incultivables, où d'animaux sautant sur des mines...   Nikolaï, le regard bleu acier, est originaire de Beryslav, en Ukraine, au bord de ce Dniepr qui déborde actuellement. « Une tragédie » , dit-il. Il montre un morceau de missile Tochka-U, tombé sur son terrain après avoir été abattu en plein ciel. Contrairement à ses proches du Sud ukrainien, avec qui il ne communique presque plus, lui soutient encore l'opération russe : « Avec l'Otan ils nous auraient sans doute attaqués, si nous n'avions pas agi les premiers. » Un refrain du « nous ou eux » maintes fois entendu à Belgorod, une région où chaque individu ou presque a pourtant de la famille de l'autre côté. Une zone où l'on parle parfois le sourjyk - un mélange de russe et d'ukrainien - et où l'on prononce typiquement les « g » durs de la langue russe en « h » aspirés. « Est-ce que ça valait le coup, tout ce bazar, c'est ça la question ? » , demandait Andreï, à Graïvoron. Avant, aussitôt, de répondre : « En réalité, je pense que plus grand monde n'en est sûr. » </text>
	

	<text titre="Loin du conflit, Moscou profite toujours de la « belle vie »" date="2023 06 15T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23980" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="6" jour="15" journal_clean="Les Echos" keywords="moscou, beaux, vie, belle, jours, drones" langue="fr"> Il y a quelques jours, d'inhabituelles explosions ont réveillé plusieurs banlieues sud-ouest de Moscou. Des drones « ukrainiens » ont ciblé les résidences de beaux quartiers. Depuis des mois, les méfaits des sanctions occidentales se font sentir dans le quotidien de l'économie russe, bousculée dans sa résilience. Les prix sont en hausse, certains produits européens absents. « Mais la vie est belle ! » s'enthousiasme Piotr, portrait type de cette classe moyenne moscovite qui s'est habituée à vivre en ignorant le conflit en Ukraine. Le jeune homme, trentaine dynamique, cadre commercial dans une société agricole, ne cache pas son insouciance à la terrasse d'un des cafés à la mode du centre de la capitale.
« Il y a la guerre là-bas. Et les mesures occidentales contre nous. L'essentiel est de continuer à vivre et à travailler », lance Piotr en sirotant un cocktail. Il est vaguement au courant des récentes offensives ukrainiennes à Belgorod, sur le territoire même de la Russie. Inédites, ces attaques tout comme les drones sur les immeubles moscovites sont accueillis dans bien des cas par un mélange de flegme et d'apathie. Ce que la plupart nomment désormais ouvertement « la guerre », sans vraiment s'interroger sur les causes et encore moins sur les objectifs, revient tel un boomerang sur le territoire national. « Mais ce n'est pas notre vie. Notre économie et notre société sont résilientes ! » insiste le jeune homme d'un revers de la main, regard à la fois fataliste et moqueur. « Regardez autour de vous… »Une cité qui se moderniseDans le centre de Moscou, en ces premiers jours d'été, le conflit en Ukraine semble en effet bien loin du quotidien. Avec le soleil sont revenus les robes courtes et les décolletés. Les terrasses de café sont plus joyeuses les unes que les autres. Les jardins publics n'ont jamais été aussi beaux et fleuris. Magasins et marchés regorgent de produits. Les traditionnels kiosques à fraises, fraîchement venues des régions du Sud, viennent de faire leur apparition. « L'île du rêve », sorte d'Eurodisney miniature, ne désemplit pas. Partout, les chantiers s'activent pour, là, reconstruire à neuf le vieux stade des JO de 1980, ici rénover les squares de quartier et les aires de jeux.   Les centres commerciaux bouillonnent. Des marques occidentales disparues, comme Zara, sont réapparues sous d'autres appellations. Partout, il y a la queue aux Vkusno i tochka, nom des McDo fermés mais rachetés et rouverts par l'un des franchisés locaux. Certains restaurants à la mode ont fermé. Mais de nouveaux ont ouvert, parfois extravagants, souvent avec des factures salées dépassant les 10.000 roubles par personne (plus de 110 euros), soit le double des retraites mensuelles. « Paradoxalement, malgré ou plutôt grâce à toutes ces sanctions occidentales contre notre pays, il y a plein de cash à Moscou en ce moment ! » sourit Piotr, cocktail en main. « Du fait de ces mesures, les Russes ne peuvent pas sortir leur argent à l'étranger. Donc nous dépensons et investissons chez nous », lance-t-il en guise de défi aux sanctions.   A grande échelle, la mairie de Moscou, elle aussi, continue de dépenser et d'investir. Son budget est prospère. Et les résultats ont de quoi faire pâlir les capitales européennes. Exemple parmi d'autres : le réseau de métros de la capitale ne cesse de s'étendre, avec une novatrice nouvelle ligne circulaire de 70 km et des dizaines de stations au style très design. Le réseau de bus impressionne pareillement, le parc étant désormais presque entièrement équipé de nouveaux véhicules électriques. Le contraste est saisissant avec les transports publics des petites villes en province, vieux et polluants.   Les Moscovites, eux, peuvent s'enorgueillir de vivre dans une cité de plus en plus moderne. Et de plus en plus digitalisée. Tous les services municipaux sont disponibles en ligne - mais aussi en présentiel avec une redoutable efficacité dans des centres ouverts de 8 heures à 20 heures, tous les jours, week-ends inclus. La mairie multiplie par ailleurs les festivals de rue, comme au bon vieux temps avant le Covid. Avec des thèmes divers : une semaine l'histoire, une autre les poissons, une troisième la musique… De quoi entretenir une atmosphère de bien-être. Et faire oublier le répressif climat politique, surtout à la veille des élections municipales de septembre, où le maire actuel, Sergueï Sobianine, un proche du Kremlin mais étonnamment discret sur le conflit en Ukraine, est archifavori à sa propre succession.  Apathie ambianteRégulièrement, le conflit en Ukraine se rappelle à son bon souvenir. Depuis que des drones attaquent Moscou, la chasse est ouverte et des fonctionnaires ne manquent pas de zèle. Les réseaux Internet sont brouillés et, régulièrement, enquiquinent chauffeurs de taxi et simples automobilistes trop dépendants de leurs GPS. Omniprésentes au moment des festivités du 9 Mai et du défilé militaire célébrant la victoire contre l'Allemagne nazie, les affiches pour le recrutement de volontaires au front restent toujours très nombreuses dans la rue. Avec pour slogan : « Notre profession : défendre la nation ». Elles font désormais partie du paysage urbain.   Profitant de l'apathie ambiante, autorités et médias d'Etat ont réussi à présenter les drones sur Moscou et les attaques à la frontière en « non-événements », des actes mineurs face aux enjeux de la lutte contre « le fascisme ukrainien », du bras de fer avec l'Otan et du conflit civilisationnel contre un « Occident décadent ».   Rien ne semble provoquer autant d'inquiétude que la mobilisation militaire. En septembre dernier, le recrutement de 300.000 soldats avait d'un coup fait entrer le conflit dans le quotidien des Moscovites. Aujourd'hui, l'armée n'est pas la seule à mobiliser. Evgueni Prigojine est aussi à l'oeuvre. Le patron de la milice paramilitaire Wagner, qui combat en Ukraine et a pignon sur rue à Moscou, a déployé une abondante campagne d'affichage. « Un combattant, lui, un vrai ! » s'enthousiasme Mikhaïl qui, Moscovite parmi d'autres, fervent soutien du Kremlin, voit d'un bon oeil la popularité croissante du chef milicien au langage cru.   Ni les drones à Moscou ni les attaques dans les régions frontalières ne le préoccupent vraiment. « Ce sont bien sûr de mauvaises nouvelles. Cela vise à créer du tapage médiatique et à semer l'inquiétude dans la population. Mais sur le front militaire, cela ne change rien, surtout après notre succès à Bakhmout, vrai tournant du conflit », assure-t-il. Un oeil sur son mobile et… les résultats de Roland-Garros.   Tout se passe donc comme si Moscou vivait hors sol et hors sanctions. Dans l'attente du onzième paquet de mesures européennes, la Russie vient pourtant de subir un recul de 1,9 % de sa croissance au premier trimestre 2023. Bien loin toutefois des prévisions catastrophiques annoncées l'an passé. Car après trente ans de crises économiques à répétition depuis la chute de l'URSS et huit années déjà de sanctions occidentales, la Russie sait s'adapter. Signal parmi d'autres d'une reprise économique promise dès l'an prochain : les publicités commerciales fleurissent à nouveau.  « The show goes on… »La vie culturelle se remet, elle aussi, à battre son plein. Pour le dernier long-métrage de Karen Shakhnazarov, célèbre réalisateur et indéboulonnable directeur des studios Mosfilm, le Tout-Moscou du showbiz s'est retrouvé en mode paillettes sur les marches de la soirée de première. Le Bolchoï, lui aussi, enchaîne les premières, d'opéras et de ballets. « Il faut continuer,the show goes on … » glisse-t-on en coulisse. Pour les semaines à venir, le box-office affiche complet.   Dans les milieux culturels, nombreuses sont les voix, certes de plus en plus prudentes, à confier leur malaise face à la répression ambiante qui, récemment, a conduit à l'arrestation de la metteure en scène anti-Kremlin réputée d'un petit théâtre indépendant. « Mais on doit s'adapter à la situation », confie-t-on, ravalant ses positions politiques et son goût pour les échanges avec l'Ouest. Tout un symbole : le festival Tchekhov, joyau théâtral habitué depuis des années à accueillir les troupes européennes, vient de s'ouvrir à Moscou. A l'affiche, cette année : des invités de pays « amis », arméniens, argentins, chinois, sud-africains…  « Qui a dit que la Russie était isolée ? » s'amuse Varvara, critique du Kremlin mais résolue à rester en Russie. « Beaucoup s'opposaient à la guerre. Mais une fois commencée, il faut bien aller jusqu'au bout. Toutes ces sanctions prises contre nous tendent à donner raison à la propagande des autorités : fondamentalement, l'Ouest est contre nous », grimace-t-elle, citant les mesures qui ont fini par instiller le doute. Les sanctions interdisant aux Russes visas, transferts bancaires et voyages aériens n'ont touché ni les pauvres ni les plus riches. Entre les deux, la classe moyenne de Moscou, visée en plein par ces sanctions très matérielles, se trouve coincée, silencieuse et profitant de la vie comme elle peut.  « Nous vivons en pleine schizophrénie ! » reconnaît Sergueï, un psychologue dont la plupart des patients s'opposent à l'offensive militaire depuis le début. « Mais, après des phases d'opposition intériorisée puis de dépression, ils finissent aujourd'hui par se sentir avant tout sans forces. Une forme de paralysie. » Entre peur et anxiété, la plupart s'habituent à zigzaguer entre diverses réalités. Par exemple, ils confient cacher leurs positions anti-Kremlin au fond d'eux lorsque, attendant leur bus, ils sont entourés des affiches toujours plus nombreuses montrant les visages de jeunes soldats, « nos héros ». «Face à la guerre, on se dit : je n'appartiens pas à cette réalité », résume Iourï, autre portrait type de la classe moyenne moscovite. Il fait fi de ces affiches et veut vivre comme si de rien n'était. « Ce que je vois avant tout, dit-il, c'est que notre économie résiste bien et que Moscou continue de se moderniser. »Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="La Russie, ce pays fertile en révolutions de palais" date="2023 06 16T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24515" auteur="perrault, guillaume" annee="2023" mois="6" jour="16" journal_clean="Le Figaro" keywords="pays, révolutions_de_palais, russe, clans, long, russie, révolutions, palais" langue="fr"> Les accusations spectaculaires du patron de l'entreprise de mercenaires Wagner, Evgueni Prigojine, contre le ministre de la Défense russe en disent long sur la tension qui règne entre les clans qui se partagent le pouvoir à Moscou : Prigojine en appelle à l'opinion publique russe pour déstabiliser un intime de Poutine, et ceci en toute impunité. Songe-t-il à se retourner contre l'hôte du Kremlin ? Pourrait-il devenir, au contraire, « la dernière ligne de défense du président russe acculé », comme l'envisage l'historienne Galia Ackerman, qui n'écrit rien à la légère ?  « Si le régime commence à flancher et que les clans gouvernants tentent de s'affranchir de la tutelle présidentielle, Prigojine pourrait avoir un rôle clé à jouer »  , argumente l'historienne. La possibilité d'une conspiration contre Poutine, d'un coup d'État, ne quitte pas les esprits, car l'histoire de la Russie en est prodigue. Et des révolutions de palais ont aussi eu lieu sous le régime soviétique.
Le tsar Ivan le Terrible (1530-1584), fondateur de l'État russe moderne, célèbre pour ses crimes et sa cruauté, a été obsédé par les conjurations, réelles ou imaginaires. Enfant, tandis que sa mère fait arrêter ses oncles et les laisse périr en prison, il a la crainte permanente d'être assassiné. La régente meurt, peut-être empoisonnée, alors qu'il a huit ans. Les grandes familles féodales se disputent le gouvernement. À l'âge de 23 ans, le jeune tsar s'émancipe, fait assassiner l'homme fort du moment et prend le gouvernail de l'État. À partir de la mort de son épouse, en 1560, tous ceux qui s'opposent à lui ou qui, à ses yeux, représentent une menace - familles princières, notables, prélats - le payent de leur vie. Sa garde prétorienne, les « opritchniki » (« hommes à part »), mélange de police secrète et d'escadron de la mort, fait régner la terreur.   Extrême instabilité après Ivan le Terrible   Or, en 1563, le prince Kourbski, général des armées du tsar, fuit la Moscovie et se réfugie en Lituanie, pays ennemi. Il écrit une lettre à Ivan le Terrible, énumérant ses crimes et expliquant sa décision de quitter son suzerain par la crainte de périr. Une étonnante correspondance s'engage entre les deux hommes. Ils s'accusent mutuellement de complot et de perfidie sur un ton passionné. Le prince affirme que le tsar applique le conseil qu'un moine lui a donné un jour : « Ne garde pas à tes côtés de conseiller plus intelligent que toi. »Cet empereur n'en reste pas moins positif dans la mémoire collective. Dans le film qu'Eisenstein réalise sur Ivan le Terrible pendant la Seconde Guerre mondiale, et dont la première partie sort en salle en 1944, le cinéaste dépeint le souverain comme un homme providentiel affrontant à la fois les pays étrangers et les complots des boyards (Staline, jugeant cette filiation flatteuse, sera ravi de cette première partie, mais interdira la seconde, qu'il percevra comme une critique de son propre despotisme).   Une autre singularité favorise les conjurations au sommet de l'État : il n'existe pas, en Russie, l'équivalent des lois fondamentales du royaume en France à la même époque, c'est-à-dire une coutume constitutionnelle dont le respect s'impose au roi lui-même et limite son pouvoir. Chez les Capétiens, la couronne, à la mort du souverain, revient sans discussion possible à son fils aîné. Le roi de France n'est pas libre de choisir son successeur. Le tsar de Russie, lui, le peut. Son pouvoir ne connaît aucune borne juridique. Il lui est loisible d'écarter son fils aîné et de désigner un autre successeur. Et, dès la disparition du souverain, son choix discrétionnaire peut être contesté et confronté à d'autres légitimités. À la mort de chaque tsar, l'inexistence d'un droit constitutionnel, d'une loi fondamentale qui permet à des institutions de s'enraciner, fait donc dépendre la dévolution du pouvoir de purs rapports de force.   Ainsi, de la mort d'Ivan le Terrible (1584) à l'élection du premier Romanov (1613), la Russie connaît une extrême instabilité : cinq tsars se succèdent. Le plus célèbre est Boris Godounov (1551-1605). Régent, il est soupçonné par le peuple d'avoir fait assassiner le tsarévitch Dmitri pour pouvoir ceindre la couronne. Il doit affronter plusieurs imposteurs qui se présentent tour à tour comme le tsarévitch, ayant miraculeusement survécu aux tentatives d'assassinat perpétrées par ses bourreaux, et prennent la tête de soulèvements populaires. L'imposteur qui se fait passer pour le tsarévitch devient, dans l'imaginaire russe, un libérateur, un robin des bois qui va faire revenir l'âge d'or. Les puissances étrangères, Pologne et Lituanie en tête, s'en mêlent et soutiennent un des prétendants. Pour les seules années 1584-1613, plus de dix imposteurs apparaissent ainsi dans l'histoire russe. Quant à Boris Godounov, sa vie, au XIXe siècle, inspirera à Pouchkine un drame historique fondateur pour le théâtre russe (1831), et Moussorgski en fera un opéra (1869).   L'avènement du premier des Romanov (1613) met un terme à ce qu'on appelle en Russie « le temps des troubles » , mais la stabilité du pouvoir ne devient pas une réalité pour autant. Les régiments d'élite chargés d'assurer la sécurité des souverains s'insurgent parfois contre eux en jouant des rivalités entre factions de la famille impériale, notamment lorsque la minorité du tsar entraîne une régence. Pierre le Grand (1672-1725) est témoin, à 10 ans, d'une de ces révoltes. Les mutins envahissent le Kremlin et deux oncles du tsar sont assassinés sous ses yeux. Marqué à vie, Pierre le Grand écrasera dans le sang la tentative de coup d'État suivante, en 1689, peut-être perpétrée à l'instigation de sa demi-soeur, la régente Sophie Alexeïevna. Après une bataille rangée, plus de mille rebelles sont exécutés et leurs régiments d'élite, les « streltsy » , démantelés. La régente doit quitter le pouvoir et entrer dans les ordres.   Pendant le siècle qui suit la mort du fondateur de Saint-Pétersbourg, neuf tsars ou tsarines (souvent d'origine allemande) exercent le pouvoir. Or chaque succession donne lieu à des conflits tranchés par la garde impériale et la garnison de la forteresse Pierre-et-Paul. Les Russes, habitués aux luttes au sommet, demeurent les spectateurs réservés et prudents de ce feuilleton. Un exemple parmi d'autres : Catherine II (1729-1796), princesse allemande mariée au tsar Pierre III, orchestre un coup d'État contre son mari en 1762. L'amant de la tsarine, le comte Orlov et ses frères, officiers de la garde impériale, distribuent argent et vodka aux régiments, leur font acclamer Catherine II puis gagnent les appartements de Pierre III et l'arrêtent sans coup férir. Il est contraint d'abdiquer. On le retrouve mort dans sa cellule quelques semaines plus tard. Pour un Français du XVIIIe siècle, la succession des tsars évoque les moeurs de sérail de l'Empire ottoman ou de l'Empire romain plus qu'une monarchie européenne civilisée.   Le plus célèbre complot de l'histoire russe demeure cependant celui des décembristes. En 1825, Alexandre Ier meurt. Chacun de ses deux fils - Constantin et Nicolas - reconnaît l'autre comme le tsar légitime. Puis, l'aîné, Constantin, persistant à refuser la couronne, Nicolas se proclame empereur le 13 décembre. Le lendemain, à Saint-Pétersbourg, des conjurés conduisent sur la place du Sénat quelques unités de la garde impériale, convaincues de défendre l'empereur Constantin. Pendant près de cinq heures, les soldats, en carré, attendent une décision des officiers conspirateurs qui les commandent, et qui hésitent. Nicolas Ier, averti, engage des pourparlers. La confusion est générale. La nuit commence à tomber lorsque le tsar rassemble des forces et ordonne à l'artillerie de se déployer. Les troupes loyalistes ouvrent le feu. Après une fusillade, les soldats conduits là par les conjurés commencent à céder le terrain, abandonnant leurs morts.   L'enquête conduit à l'arrestation d'une masse de jeunes conjurés, officiers issus des grandes familles de l'aristocratie, pétris des idées des Lumières acquises au contact de la France pendant les guerres napoléoniennes. Lors des interrogatoires, une partie des comploteurs répondent aux questions en français. Cent vingt et un « meneurs » sont jugés, cinq pendus, les autres envoyés au bagne (à vie ou pour une durée variable) ou relégués en Sibérie. Les épouses de certains de ces jeunes aristocrates demanderont à les suivre, au grand dam du tsar. Officiers subalternes et soldats entraînés par leurs chefs subissent les verges ou sont mutés dans le Caucase pour affronter les Tchétchènes. Ainsi naît la légende des décembristes, hérauts de la lutte contre l'autocratie, dont les contestataires du régime les plus variés (Herzen, Bakounine) se réclameront tout au long du XIXe siècle.   Difficile, en somme, ne pas souscrire à ce jugement de Custine dans La Russie en 1839 : le gouvernement de ce pays est « une monarchie absolue, tempérée par l'assassinat ».   Manque de racines du pouvoir   Une affaire fait figure d'exception dans la galerie des conjurations au coeur du pouvoir russe. Au début du XXe siècle, Raspoutine exerce un ascendant exceptionnel sur la tsarine Alexandra et sue Nicolas II, de 1905 jusqu'à son assassinat en décembre 1916. Le moine sibérien savait faire cesser les crises d'hémophilie du prince impérial. Surtout, l'homme était doué d'un magnétisme hors de pair, qu'attestent ses photographies. Il a été tué par des comploteurs (le prince Felix Ioussoupov, le député Pourichkevitch) qui jugeaient son emprise sur le couple impérial désastreuse pour l'image de la monarchie et l'exercice de l'État. Les conspirateurs ne prétendaient pas renverser les souverains, mais les délivrer d'une influence jugée néfaste pour leur prestige. Raspoutine, lui, ne défendait pas une politique particulière, mais une conception du pouvoir, l'autocratie, qui correspondait au voeu de l'impératrice. Grâce à lui, la tsarine se pensait assurée de l'assentiment de forces mystiques. Raspoutine « est parvenu à persuader l'impératrice qu'il prend sur lui tous les péchés de l'univers et se purifie dans la chute. Cette explication mystique, tirée de l'arsenal de la secte des Khlysty(Flagellants) , satisfait la tsarine », explique l'historien Michel Heller. Le plus dévastateur pour la monarchie n'est même pas l'influence déterminante de Raspoutine sur le choix des ministres à partir de 1914, mais la rumeur infondée d'une liaison entre l'impératrice et « le saint moujik ». La chute quasi simultanée de Raspoutine et de la monarchie en février 1917 fait entrer le moine sibérien dans la légende.   L'avènement du régime communiste et de l'URSS ne fait pas, tant s'en faut, disparaître les complots au sommet de l'État. Lors de l'agonie de Staline (du 2 au 5 mars 1953), les membres de l'équipe dirigeante d'URSS se relayent toute la journée pour le veiller en chuchotant. La lutte pour le pouvoir a commencé au chevet du moribond. Après la mort du « petit père des peuples » , la direction du pays redevient collégiale. Le Praesidum et le secrétariat du Parti concentrent l'essentiel du pouvoir. Or Khrouchtchev, sous-estimé par ses pairs, se révèle un très fin manoeuvrier : il « liquida Béria et les bériens en se servant de Malenkov et des malenkoviens, puis Malenkov et les malenkoviens en utilisant Molotov et les molotoviens et enfin Molotov et les molotoviens grâce au concours des brejnéviens, ces « militants montés de la base » », explique l'historien Avtorkhanov. Cependant, seul Béria est fusillé. Les autres sont simplement évincés, mis sur la touche. Après l'exécution de Béria, l'élimination physique des perdants cesse d'être la règle. « Monsieur K » sera à son tour victime d'un complot et disgracié par ses pairs, huit ans plus tard, en octobre 1964. L'âme de la conjuration, Brejnev, est l'un de ses anciens protégés.   Ainsi, à travers les vicissitudes de l'histoire russe puis soviétique, la fréquence des complots au sommet de l'État et des révolutions de palais vérifie le manque de racines du pouvoir. Clans et réseaux l'emportent sur des institutions qui, souvent, paraissent un décor Potemkine. </text>
	

	<text titre="Mikhaïl Chichkine : « Ma langue est devenue la langue des assassins »" date="2023 06 16T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="propos recueillis parflorent georgesco" annee="2023" mois="6" jour="16" journal_clean="Le Monde" keywords="assassins, devenue, langue_des_assassins, langue" langue="fr"> Né en URSS en 1961, le romancier et essayiste Mikhaïl Chichkine, auteur, entre autres, de La Prise d’Izmail (Fayard, 2003), de Deux heures moins dix et du Manteau à martingale (Noir sur blanc, 2012 et 2020), est une des principales figures de la dissidence intellectuelle russe. Installé en Suisse depuis 1995, il n’est pas retourné en Russie depuis 2014.  En mars 2013, votre refus de participer au salon du livre de New York comme membre de la délégation russe a eu un grand retentissement. Qu’est-ce qui vous avait poussé à cette rupture ?
Dans les années 1990 et au début des années 2000, on a eu l’impression que la Russie se rapprochait de l’Europe. En réalité, le régime se renforçait et faisait seulement semblant de soutenir les « valeurs européennes ». C’est dans ce contexte que l’Etat a commencé à soutenir la littérature russe, comme ce qui se fait dans les démocraties développées. J’ai donc été invité, parmi d’autres, à participer à des salons. Mais je me suis vite rendu compte que mon nom était instrumentalisé. Je me souviens qu’on nous avait dit : « Critiquez la Russie autant que vous le voulez ! Cela prouvera que nous sommes en démocratie. » Je ne voulais pas servir de « visage humain » au régime criminel. D’où mon refus. Pour les « patriotes », je suis immédiatement devenu un agent de l’étranger et un traître.  Dans la lettre ouverte que vous avez publiée à cette occasion, vous écriviez : « J’ai honte de ce qui se passe dans mon pays. » Où en êtes-vous aujourd’hui avec cette honte ?Toute ma vie, j’ai senti un sol solide sous mes pieds : la culture russe. Depuis l’invasion de l’Ukraine, il n’y a plus rien sous mes pieds. La Russie est devenue un pays d’assassins, ma langue est devenue la langue des assassins. Une Russie qui mène cette guerre infâme peut-elle être mon pays ? Je veux rendre sa dignité à ma langue et à ma culture. Cela ne peut passer que par la défaite totale du régime de Poutine et la victoire totale de l’Ukraine. Et nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour cela.  Vous revenez, dans « La Paix ou la guerre », sur la « révolution blanche » – les manifestations massives qui ont suivi les élections législatives russes de décembre 2011 – et sa violente répression, dont vous faites un moment-clé de l’évolution du régime…Cette année-là, j’ai passé du temps à Moscou. L’espoir revenait en Russie. Il semblait que le moment était venu pour faire enfin le dernier pas vers une société démocratique. Pour construire une démocratie, il faut une masse critique de citoyens qui comprennent pourquoi un Etat de droit est nécessaire. Lors de la « révolution blanche », il a semblé, à un moment donné, que ces centaines de milliers de jeunes gens, qui étaient sortis avec des rubans blancs pour manifester pacifiquement à Moscou, étaient les citoyens de cette nouvelle Russie démocratique. Mais, une fois de plus, cela s’est soldé par une défaite pour nous. Une protestation non violente n’a aucune chance face à la puissance d’un régime dictatorial.  Comment expliquez-vous ces défaites constantes de ceux que vous appelez les « Russes européens » et de leur désir de démocratie ?Le problème est que la plupart des Russes vivent mentalement dans le passé. La Russie n’a jamais pu sortir du passé pour entrer dans le présent. Chaque nation a des vestiges mentaux, comme l’antisémitisme. Mais l’Etat a le choix de lutter contre eux ou de les encourager. Il fut un temps où l’antisémitisme était une norme sociale en Allemagne, ce qui a conduit à Auschwitz. Après la guerre, la norme a radicalement changé : l’antisémitisme a été poursuivi en Allemagne. C’est ainsi que fonctionne le rôle éducatif de l’Etat.   Ce faisant, l’Allemagne nous a montré comment une nation peut surmonter son passé, se libérer de la dictature et construire une société démocratique. Pourquoi les Russes, eux, n’ont-ils pas réussi à rompre avec leur passé après l’effondrement de l’URSS, en 1991 ? Imaginez que la dénazification de l’Allemagne ait été menée non pas par les Alliés, mais par d’anciens nazis ! C’est exactement ce qui s’est passé en Russie : la construction de la nouvelle Russie démocratique a été dirigée par d’anciens fonctionnaires du Parti communiste et des officiers du KGB, qui n’ont évidemment construit que ce qu’ils savaient construire.   Il faut bien voir aussi que les démocraties occidentales ont alors joué un rôle important dans la mise en place d’une nouvelle dictature criminelle en Russie. Elles auraient pu aider la démocratie russe naissante en lui montrant comment fonctionne l’Etat de droit : il y a des lois, et quiconque les enfreint va en prison. Le peuple russe n’avait aucune idée de ce qu’est l’Etat de droit. En même temps, il était ouvert aux idées démocratiques occidentales. Cela aurait pu marcher. Mais cela ne s’est pas passé ainsi. J’ai travaillé comme interprète en Suisse dans ces années-là, et j’ai vu les avocats et les banquiers se réjouir de l’énorme argent sale en provenance de Russie. L’Occident a montré que, lorsqu’il s’agit de gros sous, l’Etat de droit disparaît. La mise en place d’un régime criminel en Russie n’a été possible que grâce à ce soutien des démocraties occidentales, qui n’ont pas respecté leurs propres lois.  Comment l’invasion de l’Ukraine s’inscrit-elle dans cette évolution du régime ?La guerre était inévitable, car elle est l’essence même du pouvoir russe. La victoire sur l’ennemi est la seule légitimité du pouvoir en Russie. Poutine a acquis sa légitimité en vainquant la Tchétchénie [entre 1999 et 2009] et en annexant la Crimée [2014]. Il avait besoin d’autres victoires. Mais il est en train de perdre la guerre contre l’Ukraine et l’« opposition patriotique », représentée par des gens comme [le dirigeant de la milice Wagner] Evgueni Prigojine ou [le militaire ultranationaliste] Igor Strelkov, crie déjà à une trahison au sommet de l’Etat. Une nouvelle tourmente s’annonce en Russie. La guerre se terminera par une victoire des Ukrainiens et Poutine partira tôt ou tard. Le monde entier aidera l’Ukraine à reconstruire ce que les soldats russes ont détruit. Un immense mur sera construit à la frontière avec la Russie.   C’est ce qui se passera derrière ce mur qui ne me rend pas optimiste. Il y aura une lutte de pouvoir en Russie, et le chaos engendrera une nouvelle vague de violence. L’effondrement de l’empire se poursuivra. La Fédération de Russie est désormais « enceinte » de nouveaux Etats indépendants, comme ce fut le cas pour l’URSS. La Tchétchénie et d’autres républiques se détacheront d’elle. Ces nouveaux Etats, et la Russie elle-même, ont-ils une chance de devenir des démocraties ? Oui. Seulement, il y a une condition : la culpabilité collective de cette agression doit être reconnue. Il faut une repentance nationale. Il faut punir les criminels de guerre.   Mais qui mènera ce processus, qui emprisonnera ceux qui ont tué des Ukrainiens et ont soutenu cette guerre ignoble ? Les criminels de guerre eux-mêmes ? Qui organisera des élections libres ? Les mêmes centaines de milliers de citoyens intimidés qui ont aidé à truquer les élections de Poutine ? Comment remplacer les centaines de milliers de policiers, de juges et de fonctionnaires à tous les niveaux ? Comment remplacer la population d’un pays gigantesque ? Il est fort probable qu’un nouveau Poutine arrivera au pouvoir et que l’Occident lui donnera un coup de main, parce qu’il promettra de contrôler les armes nucléaires. Et l’histoire de la Russie se mordra à nouveau la queue. </text>
	

	<text titre="Wagner accuse Moscou de frappes sur ses troupes" date="2023 06 24T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24522" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="24" journal_clean="Le Figaro" keywords="militaire, armée, russe, accusé, camps, mené" langue="fr"> Le chef du groupe paramilitaire Wagner a accusé vendredi l'armée russe d'avoir mené des frappes meurtrières sur des camps de ses combattants, appelant à se soulever contre le commandement militaire en plein conflit en Ukraine. « Ils ont mené des frappes, de missiles, sur nos camps à l'arrière. Un très grand nombre de nos combattants ont été tués », a affirmé Evguéni Prigojine dans un message audio. Evguéni Prigojine a dit disposer de « 25 000 » combattants et a appelé les militaires et la population russes à le « rejoindre ». Il s'est toutefois défendu de tout « coup d'État militaire » , affirmant être en train de mener une « marche pour la justice ». Il n'a pas précisé la localisation exacte des camps, ni le nombre précis de victimes, mais a accusé le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, d'avoir ordonné ces bombardements. L'armée russe a immédiatement nié avoir mené de telles frappes, dénonçant une « provocation » et des affirmations « ne correspondant pas à la réalité ». Les services de sécurité russes ont ouvert une enquête pour « appel à la mutinerie armée » , et Vladimir Poutine a de son côté été « informé » des propos de Prigojine. AFP </text>
	

	<text titre="Prigojine, le Russe d'en bas devenu un chef de guerre" date="2023 06 25T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="25" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="evgueni, chef, poutine, moscou, devenu, prigojine, guerre, chef_de_guerre, cuisinier" langue="fr"> Geoffroy Tomasovitch   Que mijote réellement le « Cuisinier de Poutine » ? Un coup d'État, avaient tranché les détracteurs d'Evgueni Prigojine, « une marche pour la justice » sur Moscou, proclamait l'intéressé avant d'annoncer le repli de son groupe ce samedi soir pour « éviter un bain de sang ». L'incontrôlable patron de la puissante milice privée Wagner est allé tellement loin dans ses critiques, dénonçant l'incurie de l'état-major russe dans la gestion de « l'opération spéciale » en Ukraine, qu'il s'est fait une myriade d'ennemis.   « Il sait donc que s'il s'arrête, il risque de signer son arrêt de mort », a confié un ex-associé en affaires de Prigojine au « Guardian », quotidien britannique qui a signé un portrait de référence de cet ami de Vladimir Poutine et ardent patriote, désormais qualifié de traître à la patrie.
Evgueni Prigojine pourrait être un sacré personnage de roman, une épopée russe intitulée « Guerre et Pognon ». Il pourrait aussi bien incarner l'insolente réussite d'un petit gars parti de rien en mode « rêve américain ». Né en 1961 à Leningrad (Saint-Pétersbourg) sous l'ère soviétique, Prigojine est d'extraction sociale modeste. Rapidement orphelin de père, il grandit près d'une mère employée d'hôpital. Sa scolarité se déroule dans une académie sportive axée sur le ski de fond. Son niveau ne lui permet pas de devenir athlète. Le skieur glisse dans la délinquance.  Passé par la case prisonÀ 18 ans, Prigojine et trois amis agressent une femme seule à Saint-Pétersbourg. Tandis que ses complices lui demandent une cigarette, Evgueni l'étrangle par-derrière jusqu'à l évanouissement, puis lui vole ses boucles d'oreilles en or pendant que ses comparses la dépouillent de ses chaussures, selon le récit du « Guardian ». Pour l'ensemble de son oeuvre de voyou, Prigojine écope de treize ans de prison. À sa sortie en 1990, l'URSS, qui s'effondrera l'année d'après, appartient déjà au passé.   Dans sa ville natale, Prigojine se lance dans la vente de hot-dogs assaisonnés d'une moutarde concoctée dans l'appartement familial. « On gagnait 1 000 $ par mois, ce qui faisait une vraie montagne de billets en roubles. Ma mère arrivait à peine à les compter », a-t-il raconté dans une de ses rares interviews, en 2011. Les affaires marchent, mais l'intéressé voit plus grand. Il prend des participations dans un supermarché, gère une cave à vins et ouvre un restaurant en 1995 en débauchant le directeur britannique d'un palace de Saint-Pétersbourg. Ce dernier recrute des stripteaseuses, mais la qualité de la cuisine servie à l'Ancienne Douane suffit à forger la réputation du lieu. Exit les danseuses qui se trémoussent. Une clientèle huppée fréquente cette table où Vladimir Poutine, élu de la ville, aime inviter des dignitaires étrangers.   L'ascension de Prigojine, entré dans les cercles proches de Poutine, s'accélère encore quand il décroche, avec sa holding Concord, l'organisation d'événements gouvernementaux, des marchés de traiteur ou encore l'approvisionnement en nourriture des écoles de Moscou, évalué à 200 millions de dollars. Suivront des contrats avec l'armée et le ministère de la Défense. L'homme d'affaires bâtit sa fortune sur les ruines de l'Union soviétique. Habile, charmeur, il a le don pour se mettre au niveau de n'importe quel interlocuteur, étendant ainsi ses réseaux.  Un esprit de conquêteMais qu'est ce qui fait courir Prigojine ? L'argent et le pouvoir ne seraient pas les principaux moteurs de ses ambitions. Selon des proches, le milliardaire marcherait à l'adrénaline, celle d'un esprit de conquête. Prigojine, c'est un peu le porte-étendard de la Russie d'en bas. L'ex-vendeur de hot-dogs mène une vie de pacha mais poursuit sa croisade contre les élites forcément corrompues et incompétentes.   Depuis l'invasion de l'Ukraine et son coming-out sur Wagner, Prigojine est devenu un chef de guerre impitoyable, qui vide les prisons pour grossir ses troupes accusées d'exactions, qui envoie ses soldats à une mort certaine, mais sait aussi honorer leur mémoire. Il s'affiche proche du champ de bataille et se déclare proche du peuple. Est-il admiré ou craint des Russes ? Le « Cuisinier de Poutine » prétend en tout cas avoir la recette pour sauver la patrie... </text>
	

	<text titre="L'avis d'experti « Le tsar est nu »" date="2023 06 25T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="25" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="evgueni, rébellion, président, militaire, russe, tsar_est_nu, nu, préparée, tsar" langue="fr"> Propos recueillis parJulien Duffé   La rébellion militaire express orchestrée par Evgueni Prigojine, préparée de longue date, affaiblit un peu plus le président russe Vladimir Poutine, selon Pierre Servent, consultant défense du « Parisien » - « Aujourd'hui en France ».  Quel est votre sentiment sur la situation en Russie de ces dernières heures ?PIERRE SERVENT. Ce qu'il se passe est proprement vertigineux. On a vécu ces dernières heures un épisode surréaliste et l'histoire n'est pas terminée. On est au-dessus d'un grand trou noir. Les conséquences sont colossales.
Comment expliquer le passage à l'acte de Prigojine ? On connaissait depuis des mois la montée des tensions entre Evgueni Prigojine et le haut commandement militaire et le ministère de la Défense russes. Il avait franchi toutes les lignes en termes de menaces, d'insultes et même de violences physiques puisqu'il y a trois semaines il avait fait enlever et casser la figure d'un lieutenant-colonel russe qu'il considérait comme responsable de tirs sur ses propres troupes. Ma conviction, c'est qu'il allait finir dans le Dniepr ou la Volga. Il est possible d'ailleurs qu'il ait considéré qu'il fallait prendre les devants et lancer un mouvement révolutionnaire. Ce que je crois savoir, c'est que c'est tout sauf un coup de tête : son opération rébellion a été très préparée.  Et pourquoi cette volte-face finale ?On ne connaît pas le deal mais il y en a forcément un. Je vois mal comment Prigojine aurait pu accepter de perdre la face sans avoir obtenu des choses substantielles. Le président biélorusse Loukachenko a parlé de négociations, donc ça implique un protocole d'accord. Ce que je suppute, c'est qu'il a obtenu la tête de ses deux bêtes noires absolues : le ministre de la Défense Sergueï Choïgou et le chef d'état-major Valeri Guerassimov. Car si ces deux personnes restent en place, Prigojine ne vivra pas longtemps, il le sait, il n'est pas fou. Sa deuxième demande pourrait être de conserver le statut particulier de la milice Wagner qu'il ne veut absolument pas voir intégrée dans l'armée.  Quels que soient les termes de cet éventuel accord, cet épisode est déflagrateur pour Poutine ?Oui, si Prigojine a obtenu la tête de Choïgou et Guerassimov, ça va être une onde de choc au sein de l'État poutinien. Ça veut dire que le tsar est capable de donner des gages à ceux qui se comportent le plus violemment. Cela signe une perte d'influence considérable de Poutine.  Le président sort donc affaibli ?Quelle que soit la suite des événements, car ce n'est pas terminé, l'enseignement majeur, c'est que le tsar est nu. Et que l'État russe est un colosse aux pieds d'argile. Quand on voit la facilité avec laquelle Prigojine a avancé vers Moscou sans rencontrer de résistance, comment il a réussi à s'emparer d'une ville majeure comme Rostov. Il a quand même fait abattre un avion de combat et un hélicoptère russes dans cette affaire. C'est un camouflet suprême pour Poutine et celui-ci intervient après des mois et des mois de camouflets où Prigojine a systématiquement cassé le narratif poutinien sur la guerre en Ukraine, selon lequel tout allait bien et que la victoire était en marche. Poutine est au bord du gouffre.  Les Ukrainiens peuvent-ils en profiter ?Indéniablement, cela aura des répercussions sur le front et on peut compter sur les Ukrainiens pour exploiter cette situation incroyable. Mécaniquement, cela va perturber la défense russe et affecter le moral des troupes. Certes, les Ukrainiens auraient préféré un affrontement direct entre Wagner et les troupes russes. Mais il ne faut pas se faire d'illusions. Prigojine est tout sauf une colombe. Il souhaite pouvoir mieux se battre contre les Ukrainiens et dénonce l'inefficacité, la corruption du système militaire au plus haut niveau. Les amis de Prigojine à Moscou, ce sont des ultranationalistes, des ultra-violents et pas de grands démocrates. Si un jour il y a une prise du pouvoir par ce qu'on appelle les rouges-bruns, c'est-à-dire les nationaux bolcheviques, dans un pays qui a énormément de têtes nucléaires, il pourrait y avoir un vrai souci. Mais on n'en est pas encore là. </text>
	

	<text titre="La Russie a évité « un bain de sang »" date="2023 06 25T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="25" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="evgueni, évité, milice, wagner, samedi, coup, russie, bain, sang, bain_de_sang" langue="fr"> Vincent Vérier   Coup de bluff, coup de pression, coup de folie ou tout simplement coup d'État ? Evgueni Prigojine, le puissant patron de la milice paramilitaire Wagner a subitement ordonné ce samedi, en fin d'après-midi, à ses troupes de retourner dans leurs camps, alors qu'elles se trouvaient prétendument à 200 km de Moscou. Un scénario incompréhensible, de bout en bout, qui plonge la Russie dans la perplexité, voire l'instabilité.   Pendant près de 24 heures, l'homme qui revendique être à la tête de 25 000 mercenaires a tenu le monde en haleine en annonçant que ses hommes, « des patriotes russes », étaient entrés en rébellion contre les chefs de l'armée pour libérer le pays « de la corruption, du mensonge et de la bureaucratie ».
Celui qui est souvent surnommé le « Cuisinier de Poutine» réclamait de rencontrer le ministre de la Défense et le chef d'état-major des opérations en Ukraine. Si l'homme de 62 ans, à la mine patibulaire et au langage de charretier, réfutait tout coup d'État, il prévenait : « On ira jusqu'au bout. Nous détruirons tout ce qui sera mis sur notre route. » Tout cela en se disant « prêt à mourir ».   Un discours révolutionnaire qui aura duré moins d'une journée. Evgueni Prigojine a justifié cette volte-face pour « éviter un bain de sang avec les forces de sécurité ». Mais pas seulement. Celui qui traîne une réputation de sanguinaire a aussi indiqué que « cette marche de la justice », comme il l'a renommée, a été organisée alors que son groupe Wagner était menacé de dissolution par le pouvoir russe. Un coup de pression qui a visiblement marché.  Une colonne militaire en direction de MoscouIl faut dire que, ce samedi, ce sont des images presque surréalistes, qui ont tourné en boucle, d'une colonne militaire composée d'au moins 150 véhicules, des chars, des blindés sur roues ou encore des camions de transport de troupes. Un convoi qui prend la direction du nord, vers la capitale, via l'autoroute M4, sans être inquiété.   En fin de journée, ces troupes russes qui font la guerre à la Russie étaient même repérées à moins de 400 km de Moscou. Une capitale qui a commencé à se barricader, en installant ici ou là des checkpoints avec des sacs de sable, en verrouillant certains accès et notamment des ponts qui enjambent la rivière Moskova.   La sécurité a également été renforcée autour des principaux bâtiments publics, comme le Kremlin. Des blindés et des tireurs d'élite avaient même été positionnés et le régime spécial antiterroriste instauré. Le tout sous les yeux de Moscovites, environ douze millions de personnes, incrédules. Et, preuve que la mégalopole s'attendait à des heures incertaines, son maire avait demandé aux habitants de limiter les déplacements et de chômer la journée de lundi.   Dans tous les cas, ce coup de force laissera des traces. Depuis son accession au pouvoir en 1999, c'est la première fois que Vladimir Poutine, qui se présente depuis plus de deux décennies comme le garant de l'ordre, apparaît autant fragilisé. « Quelle que soit la suite des événements, car ce n'est pas terminé, l'enseignement majeur, c'est que le tsar est nu, affirme notre consultant défense, Pierre Servent (lire ci-contre). Et que l'État russe est un colosse aux pieds d'argile. »   D'ailleurs, samedi matin, dans une allocution d'à peine cinq minutes, prononcée plusieurs heures après le début de cette mutinerie, il avait exhorté ses compatriotes à s'unir pour éviter la guerre civile, tout en promettant d'infliger une « punition inévitable » à Evgueni Prigojine.  Poutine peut-il tomber ?Si Vladimir Poutine a sans doute évité le pire, par exemple des combats fratricides à l'arme lourde au coeur de Moscou, il sort profondément affaibli de cet épisode. La rapidité avec laquelle les mercenaires de Wagner sont montés vers Moscou interroge sur d'éventuelles complicités au sein du pouvoir.   Si, depuis plusieurs mois, cet oligarque qui a fait fortune dans la restauration ne cachait pas son agacement contre le commandement militaire, sa bureaucratie et le manque de matériel de guerre, c'est un bombardement de sa milice privée par l'armée régulière - une information démentie par le Kremlin - qui a fini de le faire basculer dans la rébellion.   Une « trahison », sans doute préparée de longue date. Des vidéos montrent des équipements militaires en quantité importante, et notamment des batteries antimissiles, transportés vers Moscou. Ce qui laisse supposer que la Russie fournissait bien des armes à Wagner, mais que cette dernière les aurait stockées en vue de cette opération.   Dès lors, Vladimir Poutine peut-il tomber ? Il apparaît en tout cas fragilisé. Et si oui, qui pour lui succéder ? Evgueni Prigojine ? Preuve de sa popularité, à Rostov, dans le sud-ouest de la Russie, là où les mercenaires de Wagner avaient commencé leur marche en s'emparant du QG de commandement russe, des dizaines d'habitants ont scandé : « Wagner, Wagner ! »   L'ascension de cette pure créature de Poutine ne serait pas forcément une bonne nouvelle pour l'Occident. L'homme est régulièrement qualifié de « brute épaisse ».   Reste que ce début de putsch n'a pas été sans impact sur le front de la guerre en Ukraine. Ce samedi, plusieurs offensives ont été menées par les Ukrainiens qui annoncent de « nouvelles avancées ».   Durant cette folle journée, officiellement, aucun personnage important du pouvoir n'a fait défaut à Vladimir Poutine en ralliant les rebelles. Le président russe a reçu le « plein soutien » de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.   Quant au dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, il a annoncé, sans que cela puisse être recoupé, qu'il avait envoyé des hommes dans les « zones de tension », en Russie. Enfin, selon le président Alexandre Loukachenko, c'est son intervention qui a permis d'arrêter les mouvements des hommes armés de la société Wagner.   D'ailleurs, plus tard dans la soirée, le porte-parole du Kremlin a annoncé qu'Evgueni Prigojine allait partir en Biélorussie, tout en précisant que « l'affaire pénale serait abandonnée contre lui » et les combattants qui l'ont suivi. </text>
	

	<text titre="Édito Vertigineux" date="2023 06 25T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="25" journal_clean="Aujourd'hui en France" langue="fr"> Nicolas Charbonneau   Nicolas Charbonneau   Directeur des rédactions   Hier, une forme de sidération s'est emparée des observateurs du conflit ukrainien, et même au-delà, elle semble avoir atteint Poutine lui-même, dont la stature s'est fissurée. La créature s'est retournée contre le maître.
Prigojine était jusque-là ce monstre dont se délectait Poutine, son bras armé, dont la réputation n'avait d'égale que les faits d'armes, tous absolument terrifiants. Il est maintenant celui qui a fait exploser le mythe d'un Poutine invincible en clamant qu'il était prêt à « détruire tout ce qui serait mis sur sa route », avant de se replier dans la soirée.   Prigojine aura ainsi obligé Poutine à reconnaître, dans un discours à la nation pour dire que le pronunciamento de Wagner était un « coup de poignard dans le dos », que tout n'allait pas si bien sur le front.   Ce samedi, certains ont pensé que Prigojine atteindrait vite Moscou, que les élites qui l'avaient toujours jugé infréquentable se raviseraient. Car les oligarques russes ne sont intéressés que par le maintien de leurs avantages et de leur fortune, sans autre idéologie que celle qui fait gonfler leur portefeuille. On a même entendu que le patron de cette milice Wagner pouvait être un allié de circonstance. L'opposant au régime de Poutine, Mikhaïl Khodorkovski, appelait à le soutenir de manière « temporaire et conditionnelle car sa démarche portait atteinte à la légitimité de Poutine, et tout ce qui fracturait le régime était bon ».   Mais qu'on ne s'y méprenne pas, Prigojine n'a rien d'un oiseau de paix, il n'est animé que par la haine et la soif de pouvoir, sa vie n'a jusqu'ici été dédiée qu'au chaos, à la terreur, et il est celui qui pense que Poutine a parfois la main qui tremble dans sa guerre contre l'Ukraine. D'ailleurs, c'est par la médiation d'un autre dictateur, le président biélorusse, qu'il a accepté hier soir de ne pas poursuivre sa marche sur le Kremlin « pour éviter un bain de sang ».   Il n'y a, depuis quelques heures, que des questions sans réponses. On retiendra que la stature de Poutine en a pris un sérieux coup, mais cela ne paraît pas changer beaucoup la détermination russe à faire plier l'Ukraine. </text>
	

	<text titre="À Dnipro, 24 heures à espérer le repli de l'armée russe" date="2023 06 25T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="25" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="pays, compte, armée, russe, dnipro, heures, ukraine" langue="fr"> Christel Brigaudeau Envoyée Spécialeà Dnipro (ukraine)   DURANT 24 heures, l'Ukraine a mangé du pop-corn. Tout ce que le pays compte de treillis a savouré le spectacle montrant l'agresseur russe aux prises avec lui-même, le chef du Kremlin faisant face à une rébellion armée de Wagner menée par Evgueni Prigojine, qui fondait sur Moscou. La tension était néanmoins tombée d'un cran ce samedi soir après l'annonce du chef de la milice de l'arrêt de cette marche pour « éviter un bain de sang ».   « C'est formidable, ils font le travail pour nous ! » s'exclame, hilare, ce soldat entre deux trains, rencontré à la gare de Dnipro, la grande ville de l'est du pays devenue depuis l'agression russe une base arrière du front. Et, pour être certain de se faire comprendre, il lève bien haut les deux pouces.
À l'affût de la moindre informationDans le train de nuit qui le ramenait d'une semaine de permission, vendredi soir, il a pu capter quelques bribes des événements en cours. Le tableau, même grossièrement brossé, lui met du baume au coeur avant de regagner Vouhledar, l'un des trois axes où l'armée de Kiev tente une difficile percée, dans le cadre de sa contre-offensive commencée le 4 juin. Dans la salle d'attente sous la grande horloge, Slava se débat avec la consigne automatique. Il espère se défaire pour quelques heures de son barda. Par la haute fenêtre du hall, des chars défilent à petite vitesse, posés sur les wagons d'un train de marchandises en route vers l'est.   « Notre stratégie consiste à étirer le front et à le couper en de multiples endroits, explique Slava. Les Russes viennent d'ouvrir tout seuls une autre brèche. » Il marque une pause. « Prigojine et Poutine me font penser à deux araignées dans un bocal. Quand il y a trop de prédateurs ensemble, ils finissent par se manger les uns les autres. »   Dans les couloirs de l'hôpital n° 16, les téléphones portables des soldats en convalescence « sont tous branchés sur les mêmes infos et les mêmes chaînes, on ne parle que de ça », confie un blessé léger. Internet fourmille de variations sur le thème de l'arroseur arrosé. Une guerre civile ? «Dites plutôt opération spéciale civile », persifle Saint Javelin, un compte baptisé en hommage à ce lance-roquettes abondamment utilisé par les défenseurs ukrainiens depuis quinze mois. D'autres parodies montrent un Poutine songeur, et cette légende : « Je devrais peut-être rejoindre l'Otan. » Chez les soldats, on se risque au jeu du commentaire et des comparaisons. Chez Wagner, « les hommes pris individuellement sont plus combatifs », mais l'armée régulière de Moscou « dispose d'infiniment plus de ressources », soupèse Vadislav, qui arbore la moustache et la coupe hareng traditionnelle des cosaques - crâne rasé, à l'exception d'une longue mèche tombant sur le côté.  « Ce sont des criminels qui ont fait beaucoup de mal »Cet officier a vu de près les troupes de Prigojine. Ils étaient ses adversaires tout l'hiver dans la région de Bakhmout. « Ce sont des criminels qui ont fait beaucoup de mal à l'Ukraine et devront répondre de cela devant la justice », insiste-t-il. « À Moscou dans trois jours ! » s'enflamme déjà Serhii, un soldat à barbichette qui, dans la chaleur étouffante de la mi-journée, attend le bus pour sa garnison. Il espère « voir les conséquences » des événements sur le champ de bataille. Une petite musique monte dans les têtes : et si cette armée russe, déjà peu motivée pour combattre, posait les canons et rentrait à la maison ? Et si l'ennemi s'évanouissait ?   Dans une note diffusée ce samedi, le conseiller du président Zelensky, Anton Gerachtchenko, a détaillé plusieurs hypothèses allant du renversement de Vladimir Poutine, à l'élimination du « boucher de Bakhmout », en passant par l'hypothèse improbable d'un compromis politique. Dans tous les cas, la fin du film est évidente, selon lui : « Ces options renforcent l'Ukraine et nous rapprochent de la victoire. »   Alexiy voudrait croire à ce message galvanisant. Mais le ressortissant biélorusse, engagé volontaire de la légion internationale ukrainienne, connaît trop l'incertitude de l'époque. « Les événements s'enchaînent avec tellement de densité, constate-t-il, ébahi. Il y a quinze mois, j'étais prof de snowboard. Maintenant, je tire sur des Russes dans les forêts. » De son itinéraire individuel, il tire la conclusion que « tout, absolument tout » est possible. « La guerre mondiale nucléaire » si redoutée, comme l'assassinat, vivement souhaité ici, du chef du Kremlin. </text>
	

	<text titre="Wagner, une milice sulfureuse Longtemps le bras" date="2023 06 25T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="25" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="milice, sulfureuse, wagner, fini, russie, groupe" langue="fr"> Wagner, une milice sulfureuse   Longtemps le bras armé de la Russie à l'étranger, Wagner a donc fini par se retourner, quelques heures, contre le Kremlin. Le dernier fait d'armes d'un groupe qui nourrit une réputation sulfureuse. Fondé en 2014, Wagner a été créé pour envoyer des combattants compétents dans la région disputée du Donbass, en Ukraine. Les miliciens sont ainsi intervenus en Ukraine, mais aussi en Afrique, notamment en Libye, en Centrafrique et au Mali. Entretenant des liens obscurs avec le Kremlin, leur but est de « permettre à la Russie d'étendre son influence géopolitique », nous avait indiqué Catrina Doxsee, du Centre pour les études stratégiques et internationales, en septembre 2022. Quitte à « évincer la France » des pays où elle opérait, comme au Mali.
À la différence de Blackwater, un groupe paramilitaire qui est intervenu « en soutien logistique » des États-Unis en Irak, « Wagner n'est pas une milice classique, souligne l'historien Cédric Mas. C'est une véritable armée, avec une aviation, et qui participe à des opérations réelles. »   Selon cet expert, Wagner compterait notamment dans ses rangs des anciens des spetsnaz, les forces spéciales russes, et des anciens officiers de l'armée régulière. Si Prigojine affirme aujourd'hui être à la tête de 25 000 hommes, les effectifs se situeraient plutôt « autour de quelques milliers d'hommes », estime Cédric Mas. En Ukraine, les troupes de Wagner ont notamment mené la bataille de Bakhmout. Elles ont fini par remporter la victoire en mai dernier, après des mois de durs et sanglants combats. Mais c'est aussi à l'occasion de cette bataille que les tensions avec l'état-major se sont accentuées : Prigojine a accusé des responsables russes de priver ses hommes de munitions et a multiplié les vidéos d'insultes à leur égard.   Pierre Hardy </text>
	

	<text titre="La confusion" date="2023 06 25T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="25" journal_clean="Aujourd'hui en France" langue="en">  </text>
	

	<text titre="L'Occident retient son souffle" date="2023 06 25T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="25" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="occident, alliés" langue="fr"> Marcelo Wesfreid   « C'est toujours comme ça : lorsque l'histoire s'accélère, la prudence s'impose. On vérifie les informations, on essaie d'anticiper, on se concerte entre alliés pour réagir de façon coordonnée », rappelle un haut diplomate. Le rush de Wagner en direction de Moscou n'a pas fait exception. Dès l'information connue, les capitales occidentales se sont claquemurées, entre sidération et recueil de renseignement. Se contentant de rares déclarations. « Le président suit la situation de près », a laconiquement dit l'Élysée. Le Quai d'Orsay s'est dit « pleinement mobilisé pour assurer la sécurité des ressortissants français présents dans ce pays, ainsi que celle du personnel diplomatique et consulaire ».   Les téléphones ont chauffé toute la journée. Le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Josep Borrell, a activé le « centre de réponse de crise » entre les Vingt-Sept et a souligné que l'événement était « un problème interne à la Russie ». Parallèlement, les ministres des Affaires étrangères du G 7 se sont entretenus samedi pour « échanger leurs vues sur la situation en Russie ». Joe Biden, le président américain, s'est entretenu avec plusieurs chefs d'État dont Emmanuel Macron. Le président de la République s'est aussi entretenu avec Olaf Scholz, le chancelier allemand, et Rishi Sunak, le Premier ministre britannique.
« Un coup dur pour la crédibilité de Poutine »Côté Washington, même mutisme. « La rébellion du groupe Wagner ne change rien au soutien des États-Unis et de leurs alliés à l'Ukraine », a sobrement déclaré le porte-parole du département d'État, Matthew Miller. Rishi Sunak a appelé, lui, « toutes les parties à être responsables et à protéger les civils ». En attendant, la Lettonie a fermé l'accès de son territoire à tous les ressortissants russes. Plusieurs pays, comme la France ou la Norvège, ont déconseillé à leurs citoyens de se rendre en Russie. Seule la Turquie a tenu à apporter son soutien à Vladimir Poutine. Beaucoup de diplomates estiment toutefois, hors micros, que la rébellion d'Evgueni Prigojine est sans doute un tournant. « Probablement que cela va désorganiser un peu plus l'armée russe, augmenter ses pertes. Et inciter les Ukrainiens à accélérer leur contre-attaque, anticipe un familier du Quai d'Orsay. C'est un coup dur pour Poutine, sa crédibilité, son autorité. Ses alliés autoritaires vont perdre confiance. Les Chinois, les Iraniens, les Turcs n'aiment pas les alliés faibles et perdants. Le président russe se voulait tout-puissant face à un Occident prétendument décadent. Le mythe de Poutine l'invincible, c'est fini ! » Seul gouvernement à être sorti publiquement de sa réserve : la République tchèque.   « C'est une tradition chez eux. Les guerres ratées finissent toujours par l'exécution du tsar, suivie de chaos et d'une guerre civile supervisée par les espions des services secrets. Félicitations ! » a ironisé la ministre de la Défense, Jana Cernochova. Son collègue, ministre des Affaires étrangères s'est montré encore plus provocateur : « Je peux voir que mes vacances d'été en Crimée approchent. » </text>
	

	<text titre="Le cuisinier devenu seigneur de guerre" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="berthemet, tanguy, barluet, alain" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="evgueni, pouvoir, devait, poutine, chef, kremlin, prigojine, jamais, guerre, seigneur_de_guerre, cuisinier, seigneur" langue="fr"> SI LA FACE sombre du pouvoir de Poutine devait s'incarner, elle aurait le visage mafflu et chauve d'Evgueni Prigojine. Le chef du Kremlin n'a sans doute jamais imaginé que la brutalité si utile de son homme des basses oeuvres se retournerait un jour contre le système, auquel il doit pourtant tout, et contre son maître lui-même. La mutation fut, il est vrai, étonnamment rapide, de valet servile et silencieux à chef de guerre tonitruant, défiant ouvertement les plus hauts gradés de l'armée russe.   Prigojine fut en fait longtemps le nom de pas grand-chose. Enfant de la zone soviétique, il surgit au début des années 1990 dans l'effondrement de l'empire. À 30 ans, il a passé la majeure partie de la décennie précédente en prison, en petit délinquant. Mais l'époque est favorable aux hommes comme lui, peu regardant sur les méthodes. Il se lance dans le commerce de hot-dogs dans les rues de Saint-Pétersbourg, puis il se retrouve à la tête d'un restaurant de luxe. Dans cette salle, il va croiser et se lier à un petit employé de la mairie, Vladimir Poutine. Au fil de l'accession fulgurante de ce nouvel allié jusqu'à la présidence, Prigojine va croître lui aussi, accumulant les millions de dollars et les contrats d'État sulfureux, notamment dans la restauration industrielle. Il semble alors n'être qu'un petit oligarque, avec la discrétion qui sied, connu que par son surnom, « le cuisinier de Poutine » , et de rares photos. Sur certaines, on le voit servir Poutine ou, lors d'un dîner de gala pour George Bush, en arrière-plan, bien à sa place.
Dans les faits, il a su vite se rendre très utile, bien au-delà de l'intendance. En 2013, il sort du lot en fondant l'Internet Reseach Agency (IRA), une ferme à trolls. L'IRA inonde vite les États-Unis, puis l'Europe, d'une propagande vénéneuse pour diffamer les démocrates et soutenir l'extrême droite. A-t-il agi sur les ordres du Kremlin ou de son propre chef ? Nul ne le sait. Pas plus que l'on ne connaît les chemins qui, un an plus tard, le rapprochent de Dmitri Outkine, un ancien militaire néonazi, surnommé Wagner. La compagnie de mercenaires du même nom va naître là, dans les luttes d'un Donbass soi-disant insurgé. Comme l'IRA, simple et bon marché, Wagner va connaître un rapide essor, en faux nez des menées russes. Les « musiciens » sont déployés en Syrie puis en Libye, au Soudan, en Centrafrique, au Mali... Moscou ne reconnaît rien, Poutine se contentant d'afficher un petit sourire face à cette armée fantôme destinée à faire avancer ses intérêts, là où il préfère agir de manière furtive. Ces opérations militaires permettent aux sociétés d'Evgueni Prigojine d'engranger de juteux bénéfices, par exemple en Syrie, sur les revenus pétroliers. Mais lui, Prigojine reste tapi et silencieux, fidèle à lui-même.   L'agression contre l'Ukraine va tout changer, comme si cette guerre, en exposant les faiblesses du système russe, avait joué les accélérateurs de particules dans la boîte noire du pouvoir, aiguisant les rivalités et les haines. Le très effacé Prigojine va laisser éclater ses ambitions, en association ses « talents » : la propagande et la violence armée. Désormais, à 61 ans, Prigojine s'aligne ouvertement sur les thuriféraires de la ligne la plus extrême. Patriote à outrance, il n'hésite pas à s'en prendre à l'état-major de l'armée, comme un autre « ultra » du régime, le Tchétchène Ramzan Kadyrov. Tous deux apparaissent plus que jamais utiles au Kremlin et roulent pour lui, en même temps qu'ils ne perdent jamais de vue leurs propres intérêts.  « Poutine n'a pas d'autres choix que de s'appuyer sur des acteurs agressifs comme Prigojine ou Kadyrov, étant donné les mauvaises performances des forces armées russes et le soutien tiède à la guerre dans son propre gouvernement » , affirmait l'été dernier un haut fonctionnaire russe, cité par Bloomberg.   Prigojine, grisé par sa notoriété nouvelle, va tomber le masque. En septembre, il évente un secret de Polichinelle, en révélant qu'il est bien le fondateur, en 2014, du groupe paramilitaire Wagner. En octobre dernier, à Saint-Pétersbourg, il installe dans un immeuble de verre le quartier général de la « compagnie militaire privée Wagner », qui a désormais pignon sur rue. Il admet, tout aussi publiquement, que son groupe se bat en Ukraine, notamment à Bakhmout, dans l'est du pays - au prix de pertes énormes, sur lesquelles il ne s'étend pas. Vidéos chocs, hyperactivité sur Telegram, propos « au bazooka » sur l' « opération militaire spéciale  » en Ukraine, pas une semaine sans qu'il ne donne de la voix.   Prigojine est un super-communicant. «En Ukraine, les mérites de Wagner sont surtout le résultat d'une puissante campagne de relations publiques. La population russe doit penser que les hommes de Wagner occupent la moitié des lignes et du front, alors qu'en fait ils n'opèrent que dans une seule zone », estime Marat Gabidullin, un ancien membre de Wagner.   La mise en scène d'une milice Wagner surpuissante ne va que s'accélérer, en même temps que la campagne contre le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et le chef d'état-major, Valeri Guerassimov, rendus responsables de tous les maux. Dans un monde où les querelles et les rancoeurs ne sortent normalement pas hors les murs du pouvoir, ces insultes publiques détonnent. Les vidéos s'enchaînent pourtant, toujours plus hargneuses et grossières. En février, Prigojine, en uniforme, apparaît devant une quinzaine de cadavres alignés sur le sol. « Ce sont nos gars qui sont morts hier. Qui est à blâmer ? Ceux qui auraient dû décider de nous fournir suffisamment de munitions. La signature finale aurait dû venir de Guerassimov et de Choïgou », éructe Prigojine.   Dans la même vidéo, il prend des accents populistes et fustige les riches en fuite sur les plages de Dubaï. «Les enfants de l'élite s'enduisent de crème solaire et se montrent sur les réseaux sociaux quand les enfants des gens ordinaires reviennent en morceaux dans du zinc», lâche-t-il, dans une allusion au métal dont sont faits les cercueils militaires, faute d'armes. «Des obus, il y en a. Mais il faut que des politicards, des salauds, des ordures, apposent leur signature pour qu'ils soient livrés. »Prigojine rêve-t-il alors un destin national, pour se risquer ainsi à défier un pouvoir qui ne tolère pourtant pas grand-chose ? Pense-t-il avoir des assurances pour piétiner ainsi les lignes rouges les unes après les autres ? Les revers qu'il subit ne le calment pas. En février, il est interdit de recruter dans les prisons, le principal réservoir de Wagner. Peu avant, le général Sergueï Sourovikine, réputé être l'un de ses proches, a été écarté de son commandement à la tête des armées en Ukraine. Des instructions seraient venues du Kremlin pour que le nom de Prigojine ne soit plus mentionné sur les chaînes fédérales - en janvier, il apparaissait dans la liste des dix personnalités médiatiques les plus citées. Le signe que Vladimir Poutine en personne a dû intervenir pour remettre à sa place son encombrant « cuisinier » sorti de son office.   Trop engagé ou trop enivré par ses propres mots, Prigojine méprise l'avertissement et accélère dans sa fuite en avant. Jusque-là respectueux du chef, il s'en prend en avril « à un vieil homme », qu'il ne cite toutefois pas. Il niera avoir pensé à Poutine, mais sans convaincre. Son orgueil ne lui fait pas perdre le sens de toutes les réalités. Fin mai, il brise un nouveau tabou, le dernier, massacrant l'histoire officielle de la Russie pendant la guerre en Ukraine, celle d'un pays de paix victime des menées nazies et occidentales, d'hommes héroïques donnant leur sang pour une victoire certaine . « On est arrivés en Ukraine comme des bourrins. On a marché sur tout le territoire avec nos grosses bottes en cherchant des nazis. On a avancé jusqu'à Kiev, on s'est chié dessus. Nous sommes dans la situation où nous pouvons tout simplement perdre la Russie. »Le dernier saut au-delà d'un Rubicon qui devait être franchi, a été effectué dans la nuit de vendredi. Wagner s'affirme désormais comme un corps franc aux ordres d'un seigneur de guerre qui attaque ses anciens maîtres. Ses troupes prennent Rostov-sur-le-Don. Evgueni Prigojine, seul maître à bord, parade dans le QG de l'armée russe capturé, entre un général et le numéro deux du ministre de la Défense qui peinent à cacher leur qualité de prisonniers. Les colonnes formées pour fondre sur Kiev montent vers Moscou. Dans une adresse, Poutine, sans le nommer, le qualifie de traître et lui promet un châtiment exemplaire. Dans ses habits de rebelle, l'ex-cuisinier plastronne sur les réseaux sociaux, semblant ne pas voir que la galaxie ultranationaliste dont il se pensait l'idole lui tourne le dos. L'épopée touche pourtant à sa fin. Prigojine lui-même, aussi déroutant qu'à l'habitude, y met fin. Dans un communiqué sur Telegram, il annonce avoir négocié une immunité pour ses hommes, et un exil à Minsk pour lui. Nul n'y croit vraiment, mais l'essentiel est ailleurs pour Prigojine. Il continue à écrire son récit. </text>
	

	<text titre="RUSSIE L'échappée rebelle d'Evgueni  Prigojine" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Libération" auteur="par veronika dorman" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Libération" keywords="evgueni, militaire, moscou, wagner, société, prigojine, privée" langue="fr"> «On a voulu dissoudre la société militaire privée Wagner. Nous sommes sortis le 23 juin pour la &quot;marche pour la justice&quot;. En vingt-quatre heures, nous sommes arrivés à 200 km de Moscou. Pendant ce temps, nous n'avons pas versé une seule goutte de sang de nos combattants. Mais le moment est venu où le sang risque de couler. C'est pourquoi, ne voulant pas prendre la responsabilité de faire couler le sang russe d'un côté ou de l'autre, nous faisons faire demi-tour à nos colonnes et nous battons en retraite dans la direction opposée vers nos camps de campagne.» C'est l'épilogue - temporaire? - d'un long samedi d'inquiétude. Adepte, depuis le début de l'offensive russe en Ukraine, de déclarations tonitruantes et de dérapages périlleux, Evgueni Prigojine nous aura tenus en haleine tout le week-end, faisant miroiter avec une clarté nouvelle la possibilité d'une guerre civile en Russie. Avec 5000 mercenaires menés par Dmitri Outkine, alias Wagner, qui a donné son nom à la société militaire privée (SMP) que finance et dirige l'homme d'affaires, en route vers la capitale russe qui se barricadait.
«Une opportunité de se mettre en avant» C'est que le restaurateur voyou au crâne rasé et au regard torve, devenu l'un des visages les plus visibles de la guerre en Ukraine, à coups de com agressive, langage grossier et, il faut le reconnaître, omniprésence dans les points les plus chauds de la ligne de front, se définit avant tout comme un patriote. En croisade contre un état-major russe corrompu et inapte, qui mène selon lui le pays à sa perte avec une opération «bâclée» qui n'avait pas lieu d'être. Et la décision de son ennemi juré, le ministre de la Défense russe, Sergueï Choïgou, d'obliger tous les mercenaires à signer des contrats Suite page 4   Suite de la page 2 avec l'armée régulière, a fait sortir le très caractériel milliardaire de ses gonds. Depuis le début de l'offensive russe, les combattants de Wagner sont engagés dans les combats les plus violents, à Soledar, à Bakhmout. Jouant de ce poids sur le champ de bataille, Prigojine brise régulièrement les tabous du système poli- tique verrouillé par Vladimir Poutine: il insulte grossièrement les hauts gradés de Moscou et critique sans retenue - et en toute impunité - les décisions de l'étatmajor. En vertu d'un nouvel arsenal législatif, le citoyen ordinaire russe écope, lui, de longues peines de prison pour beaucoup moins que cela. Dans sa vidéo la plus mémorable, datée du 5 mai, Prigojine parle devant un champ de dépouilles : selon lui, ses hommes seraient morts de n'avoir pas reçu suffisamment de munitions de la part du ministère de la Défense et des «tocards» Sergueï Choïgou et Valeri Guerassimov, le chef de l'état-major.   Mais celui que l'on a longtemps surnommé «le chef cuistot de Poutine» n'a pas toujours été un seigneur de guerre assumé, patriote va-t-enguerre, pourfendeur bruyant des plus pourris que lui. Il est longtemps resté dans l'ombre, construisant son empire médiatique et industriel à visage couvert, niant le moindre lien avec «l'armée secrète» spécialisée dans la guerre hybride et déployée là où la Russie défend ses intérêts sans vouloir en avoir l'air - Ukraine, Syrie, Libye, République centrafricaine, Mali. Ce n'est qu'en septembre 2022 que Prigojine a enfin reconnu en être le créateur, brisant un secret de polichinelle. «C'était un moment opportun. Les forces armées russes [en Ukraine] ont merdé, c'est clair pour tout le monde. Les mercenaires de Wagner, eux, donnent des résultats. Il a saisi le moment, il veut se présenter comme un homme de guerre actif, compétent, qui a créé une structure efficace», commentait alors Marat Gabidullin, ancien commandant au sein de la compagnie militaire privée Wagner qui a combattu en Syrie à plusieurs reprises. «La guerre en Ukraine lui a donné une opportunité de se mettre en avant, de signaler son utilité. De montrer qu'il a été fidèle dès le début et le restera jusqu'à la fin», confirme Colin Gérard, doctorant à l'Institut français de géopolitique et spécialiste des stratégies d'influence informationnelle de la Russie.   Depuis le début de la guerre, le 24 février 2022, à laquelle les mercenaires de Wagner ont participé dès la première heure, sur tous les fronts, Prigojine a commencé à prendre la lumière en pleine face. Il a été repéré çà et là dans le Donbass, aux côtés de ses hommes. Dans les semaines qui ont précédé la mobilisation décrétée par Poutine le 21 septembre 2022, l'homme d'affaires s'est personnellement déplacé dans les colonies pénitentiaires pour recruter des «soldats d'assaut, des plus vigoureux, de ceux qui survivent le mieux», pour participer à une «guerre difficile, qui n'a rien à voir avec la Tchétchénie ou l'Afghanistan», leur expliquait-il. A tous les «récidivistes», assassins, condamnés pour crimes sexuels ou pour trafics de drogue, il propose alors un deal alléchant: en échange de quelques mois passés dans les rangs de Wagner à combattre en Ukraine, ils seront non seulement grassement payés, mais également amnistiés. C'est ainsi que Prigojine s'est procuré un stock de chair à canon lui permettant de grossir rapidement les rangs de sa compagnie, en préservant les plus valeureux de ses combattants. «Wagner a besoin de plus de combattants que les autres SMP car le groupe est impliqué dans de nombreux pays. Prigojine ne veut pas gaspiller ses vétérans - plus utiles en Afrique - dans cette guerre qui n'est rien d'autre qu'un hachoir à viande. Alors il va dans les prisons. Il sait qu'il y trouvera des hommes déterminés, prêts à surmonter la barrière psychologique pour commettre des meurtres de masse, des vols, des viols», explique Gabidullin.   Baron des hot-dogs à Saint-Pétersbourg Rien, pourtant, ne prédestinait Evgueni Prigojine, né en 1961 à Leningrad (actuelle Saint-Pétersbourg et ville natale de Vladimir Poutine), à devenir l'un des hommes les plus puissants et riches de Russie. Et moins encore à jouer les chefs de guerre. Rêvant d'une carrière de skieur professionnel, il tombe très tôt dans la petite délinquance. A l'âge de 20 ans, il prend douze ans pour vol en bande organisée, fraude et participation à un réseau de prostitution de mineurs. Quand il sort de prison en 1990, après avoir purgé les trois quarts de sa peine, il se lance dans les hot-dogs et finit par devenir un baron de la restauration de Saint-Pétersbourg, propriétaire du très luxueux bateau-restaurant New Island. C'est là qu'il fera la connaissance d'un certain Vladimir Poutine, conseiller au maire qui, devenu président, y dînera avec Jacques Chirac et George W. Bush. Le «chef cuistot de Poutine» se voit confier la restauration du Kremlin, puis des contrats juteux dans celle de l'armée et des écoles.   Quand Poutine revient au Kremlin en 2012, Prigojine est plus près encore. Il met sa fortune au service de la désinformation et de la propagande, toujours tapi dans l'ombre, en finançant médias et «fabriques de trolls». Il infiltre les cortèges des grandes manifestations anti- Poutine dans les grandes villes, crée quelques médias qui n'ont pour but que de dézinguer l'opposition. Via son entreprise l'Internet Research Agency (IRA), il cherche à s'immiscer dans la campagne présidentielle américaine en 2016. En 2019, il sort de la clandestinité, en créant le groupe de médias Patriote. «C'est une manière de donner un visage public à son centre clandestin de préparation des opérations d'influence et à reconnaître la paternité d'activités qu'on lui attribue», commente Colin Gérard.   A partir de 2014, quand le Kremlin décide de s'en prendre militairement à Kyiv, un nouveau rêve éclot dans la tête de l'homme d'affaires : devenir le patron du Donbass, cette région riche en houille de l'est de l'Ukraine. Selon Marat Gabidullin, «il avait suffisamment d'autorité et de relations en haut lieu pour se voir confier l'organisation de la guerre hybride qui était en train de se mettre en place. En servant les intérêts du Kremlin, il commence surtout à tout mettre en place pour servir les siens». Le groupe Wagner n'a pas été créé dans le but d'aller combattre en Ukraine, c'est plutôt l'inverse qui s'est passé, racontait l'ex-mercenaire à Libé en mai 2022: «Les séparatistes n'étaient bons qu'à défiler armés dans les rues de Donetsk et de Louhansk, à agiter des drapeaux russes, mais ils étaient totalement inaptes à la guerre et au combat. Avec le temps, les mercenaires russes, partis là-bas à l'arrache, en ordre dispersé, ont commencé à se structurer. La &quot;compagnie&quot; a commencé à prendre forme», sous le commandement de Dmitri Outkine, un ancien du GRU (le renseignement militaire russe). Pour devenir une véritable armée de l'ombre, au service des ambitions de Vladimir Poutine à l'étranger, qui combat, protège, escorte, pille, et parfois viole et massacre, là ou le Kremlin prétend ne pas être.   «Son intérêt est de s'enrichir avant tout» L'exemple le plus abouti, le plus terrifiant aussi, de la mainmise de cette milice sur un Etat est la République centrafricaine. Garde prétorienne du président Faustin-Archange Touadéra, Wagner torture et élimine les opposants, pendant que des sociétés contrôlées par Prigojine exploitent les gisements de diamants et prennent petit à petit le contrôle du commerce du bois, se payant ainsi sur la bête. «Généralement, les intérêts du Kremlin et ceux de Prigojine sont liés. Il n'agira jamais contre les intérêts du Kremlin. Mais en retour, l'intérêt du Kremlin est d'avoir un type qui assure &quot;à peu de frais&quot; une présence russe sur le continent africain», explique Colin Gérard. Reste la question, impossible à trancher, de la poule et de l'oeuf. Est-ce que Prigojine choisit lui-même le pays qu'il va aller explorer ou suit-il des recommandations du Kremlin ? Selon le chercheur, «il y a forcément une coordination. Ils sont interdépendants. Mais l'intérêt pour Prigojine est de s'enrichir avant tout». Une gueule de truand, au parler de petite frappe, un «homme dur dans son genre, charismatique, déterminé, volontaire, pas lâche. Pas une brute ignorante, mais une brute coriace, un homme assez évolué», décrit Gabidullin. «Ce n'est pas un oligarque de bureau. Il est allé luimême en Afrique, a rencontré ces &quot;cannibales&quot;, comme il les appelle, tous ces présidents, il a eu des contacts avec eux, il leur a parlé luimême, les a convaincus de prendre son parti. Il était souvent fourré sur nos positions en Syrie aussi», raconte l'ancien mercenaire avec une pointe de respect. Comblant l'absence flagrante de Vladimir Poutine sur le terrain des opérations, Prigojine n'a pas hésité à se promener sur les décombres des villes ukrainiennes rasées par les combats et sous les tirs ennemis.   Après le putsch avorté de samedi, quel avenir pour l'ami de vingt ans du président russe qui, comme on le sait, est aussi loyal que rancunier ? Le «traître» Prigojine qui «poignarde dans le dos» le matin est pardonné le soir. Toutes les poursuites judiciaires sont abandonnées, à condition qu'il s'exile au Bélarus, annonce le Kremlin. Ses mercenaires seront amnistiés ou intégrés à l'armée. Samedi soir, les blindés de Wagner ont quitté Rostov-sur-le-Don, occupé le temps de la mutinerie la plus courte de l'histoire russe, sous les sifflements de liesse et les applaudissements des habitants. Prigojine, installé sur le siège arrière, vitre baissée, rictus satisfait jusqu'aux oreilles, serrait des mains et se laissait prendre en photo par ses fans. Dans un pays qui respecte la force brute plus que la loi, le héros du jour, c'était lui. ?   «Prigojine va [recruter] dans les prisons. Il sait qu'il y trouvera des hommes prêts à surmonter la barrière psychologique pour commettre des meurtres, des vols, des viols.» Marat Gabidullin ancien commandant de Wagner </text>
	

	<text titre="«  Prigojine a symboliquement déposé l'hôte du Kremlin »" date="2023 06 26T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="interview j.-d.m." annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="L'Opinion" keywords="stratégique, symboliquement, armée, russe, kremlin, déposé, prigojine" langue="fr"> Dimitri Minic est chercheur au centre Russie-Eurasie de l'Institut français des relations internationales (Ifri). Spécialiste de l'armée russe, il vient de publier Pensée et culture stratégique russe. Du contournement de la lutte armée à la guerre d'Ukraine (Editions de la Maison des sciences de l'homme, avril 2023), le fruit de sa thèse, qu'il a présenté récemment dans l'Opinion.   A quoi avons-nous assisté samedi en Russie? Une tentative de coup d'Etat ou une rébellion de mercenaires? On a probablement assisté à une tentative de coup d'Etat, réelle ou simulée, mais dans tous les cas, avortée ou suspendue. Le prétexte en était assez classique: les élites au pouvoir ont trahi le peuple. On ne peut pas réduire cet évènement à une mutinerie ou une « guerre de gangs » - ce que c'est aussi sûrement: Prigojine et ses soutiens portent un discours politique depuis des mois, et ils ont fini par foncer vers Moscou, après s'être opposés de front, non seulement à Poutine, mais aussi à la pertinence de sa politique, comme en témoigne la remise en cause fondamentale de l'« opération militaire spéciale » dans une vidéo de Prigojine diffusée vendredi matin, juste avant de lancer son opération. D'ailleurs, s'il refuse l'appellation de « coup d'Etat » dans ses audios de vendredi, lui-même n'en réfute pas l'esprit et il n'a fait, immédiatement après, que lui donner un nom présentable et très politique: la « Marche pour la Justice ». Comment interpréter l'issue de cette crise? Le fait est que Prigojine n'est pas allé au bout de son entreprise, si tant est qu'elle ait eu un objectif clair. Les termes de la négociation semblent fous: pourtant en position de force, il accepterait de perdre une partie conséquente de son principal levier de pression - Wagner - pour la défense duquel il était censé avoir déclenché cette opération si risquée! En outre, alors même que Wagner semblait dominer, Prigojine obtient seulement un abandon des poursuites contre lui et il accepte de s'« exiler » en Biélorussie. Des rumeurs - à prendre avec des pincettes - évoquent un changement de têtes au ministère de la Défense.
Mais tout cela est très insuffisant pour un homme et une organisation qui ont pris autant de risques, fonçaient sans difficulté vers Moscou, et avaient déjà, en fait, déposé symboliquement Poutine. On a l'impression que Prigojiine a négocié en position moyennement avantageuse. A-t-il perdu courage ? A-t-il repris ses esprits ? S'est-il estimé heureux de ce résultat limité? A-t-il été lâché par des élites qui lui auraient promis leur soutien? L'histoire dira ce que Prigojiine a réellement tenté de faire et obtenu ou non, mais dans tous les cas, il a cherché jusqu'au bout à préserver son image, en déclarant s'être retiré pour ne pas verser le sang russe, après que Wagner a tué au moins 12 pilotes russes dans la journée Signe probable que rien n'est vraiment fini.   Est-ce un tournant politique en Russie? C'est un tournant majeur. La dernière fois que cela s'est produit, c'était en 1991, mais les circonstances et les acteurs étaient alors très différents. En 1991, on avait affaire à un mélange de forces armées régulières et de membres du KGB. Cette tentative semblait anachronique : le pays était en paix et les gens voulaient changer d'époque. En 2023, il s'agit d'une formation armée irrégulière aguerrie par une intense campagne militaire d'un an et demi, dont les hommes sont habitués à la violence, et même probablement recrutés en fonction de leur brutalité. La Russie est un pays - de fait - en guerre dont la direction politique a subi un discrédit important à cause de l'ampleur imprévue qu'a prise cette guerre: échec stratégique initial, sanctions économiques massives, rupture des liens avec l'Occident, enlisement de l'armée russe en Ukraine et pertes humaines et matérielles considérables, incursions militaires en Russie, comme vers Belgorod.   Le système poutinien est-il fragilisé ? Tout ce que je viens de décrire avait déjà beaucoup fragilisé la crédibilité du régime qui, en un an et demi, a montré qu'il ne maîtrisait pas grand-chose, et qu'à l'avenir, ses réelles capacités de contrôle ne feraient que diminuer, malgré le durcissement législatif et médiatique. La pénétration des unités de Wagner sur le territoire russe en direction de Moscou, dont la voie semblait ouverte, a plutôt confirmé la superficialité du contrôle par le Kremlin, pourtant constamment mis en scène. Même si Prigojine a décidé - sous des conditions encore sibyllines - de reculer, il s'agit d'une énorme humiliation pour Poutine, d'une confirmation que le régime peut être mis en danger de mort facilement. Rappelons que le discours de Prigojine était aussi éminemment politique, car il était question d'élites corrompues, de bureaucrates incapables et de traîtres de l'arrière. Tous ces gens qui font partie du régime ont sûrement compris, samedi, que la protection du Kremlin avait moins de valeur que ce qu'ils imaginaient. Non seulement Poutine a isolé et réduit le spectre des opportunités économiques de ces élites - en plus d'exiger toujours davantage de sacrifices dans le contexte de la guerre - mais celles-ci ont craint pour leur vie. Rester fidèle à Poutine devient de plus en plus coûteux. Prigojine a symboliquement déposé Poutine et ouvert la voie, en conscience ou malgré lui, à une instabilité accrue.   Au fond, que cherchait Evgueni Prigojine? Nul ne sait à ce stade l'ampleur de cette initiative factieuse: était-elle censée avoir une dimension limitée? A-t-elle dégénéré face à l'opposition frontale de Poutine? A-t-elle été pensée plus ou moins comme elle s'est déroulée? Prigojine s'était-il décidé à prendre le pouvoir dès le début si les conditions étaient favorables? Difficile à dire. Que le chef de Wagner ait voulu la sécurité financière, matérielle et physique pour lui-même et pour son organisation, cela va de soi. Que Prigojine ait vraiment voulu régler un compte personnel avec Choïgou et Guerasimov semble aussi convaincant, mais probablement insuffisant. Prigojine a-t-il cherché, vendredi à menacer et/ou impressionner par la force armée Poutine pour avoir gain de cause? Cela paraît étrange: Prigojine a-t-il pu croire un seul instant que Poutine allait accueillir son initiative avec faiblesse ou légèreté? Cela a pris des proportions considérables, car les actions de Wagner, et la fulgurance avec lesquelles elles ont été menées, avaient une ampleur politique nationale, mais aussi potentiellement régionale et mondiale. Prigojine pouvait difficilement l'ignorer En d'autres termes, l'ampleur de cette action factieuse et les éléments de discours politique qui l'étayaient semblaient dépasser le cadre de la survie de Prigojine et de Wagner et de la vengeance personnelle. Interview J.-D.   M. </text>
	

	<text titre="Poutine face à la mutinerie du groupe Wagner" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Monde" keywords="evgueni, moscou, poutine, wagner, prigojine, groupe, mutinerie, s’en" langue="fr"> Moscou - correspondant - Il y a désormais, en Russie, un camp « loyaliste » et un camp « rebelle ». A ce constat sidérant s’en ajoute un autre : la mutinerie conduite par Evgueni Prigojine et sa milice Wagner contrôlait, samedi 24 juin, une ville de 1 million d’habitants, Rostov-sur-le-Don, et tenait des généraux en otage. Ce basculement s’est opéré en une nuit, après que M. Prigojine a donné l’ordre à « 25 000 combattants », la veille, de rentrer du front ukrainien pour « libérer le peuple russe »et « ramener l’ordre dans le pays ». Il plonge la Russie entière dans un immense trou noir.   A Moscou, les choses sont dites avec tout autant de clarté. Depuis vendredi 23 juin au soir, toutes les institutions du pays, du Kremlin au ministère de la défense, du FSB au Comité d’enquête, emploient les mêmes mots, inouïs : « rébellion armée », « coup d’Etat militaire ». M. Prigojine lui-même s’en défend, assurant viser seulement le commandement militaire, et pas Vladimir Poutine. Mais l’abcès qui s’est formé durant des mois est trop important pour se dégonfler, et le défi adressé à l’Etat impossible à ignorer.
Samedi matin, Vladimir Poutine n’a pas non plus cherché à dissimuler la gravité du moment. Dans une intervention solennelle de cinq minutes, durant lesquelles il n’a pas cité le nom de son ancien cuisinier, le président a évoqué une « trahison » perpétrée au nom « d’ambitions démesurées », et un « coup de poignard dans le dos », commis alors que la Russie « résiste à l’agression des néonazis et de leurs maîtres ». Exhortant le peuple russe à « l’unité », M. Poutine a prévenu que les réponses de l’Etat seraient « dures », promettant « un châtiment inévitable à ceux qui se sont engagés consciemment sur la voie de la trahison ».   Les prochaines heures ou les prochains jours devraient se jouer précisément autour du sort de Rostov. Depuis 2014, la ville, située à plus de 950 kilomètres au sud de la capitale, sert de base arrière aux opérations russes dans le Donbass ukrainien, y compris celles de Wagner. Samedi, à l’aube, elle a été investie par des hommes en armes et des blindés, qui ont pris le contrôle de plusieurs bâtiments publics, dont le quartier général de l’armée. Pendant plusieurs heures, les habitants ont été incapables de connaître l’appartenance de ces soldats aux uniformes ornés de rubans argentés qui installaient des mitrailleuses sur les trottoirs.   C’est dans ce même quartier général qu’est apparu, un peu plus tard, Evgueni Prigojine, dont on ignorait jusque-là le sort. « Les sites militaires de Rostov sont sous contrôle, y compris l’aérodrome », assure-t-il dans une vidéo diffusée par ses services, avant de se montrer, dans une deuxième, au côté d’un général et du vice-ministre de la défense Iounous-Bek Evkourov. Le ton est cordial, mais difficile de ne pas prendre ces deux officiers supérieurs pour ce qu’ils sont : des otages, ou des prisonniers. La veille, le général Vladimir Alexeïev apparaissait encore dans une vidéo diffusée par l’armée pour enjoindre les combattants de Wagner de désobéir à leur chef.  « Si vous envoyez des avions[contre nous] , on les détruira », prévient M. Prigojine, qui demande à rencontrer le ministre de la défense Sergueï Choïgou, et le chef d’état-major Valeri Guerassimov, ses deux principales cibles dans le bras-de-fer qu’il a engagé depuis plusieurs mois contre l’armée. « S’ils ne viennent pas, on ira à Moscou, assure-t-il encore. Nous sommes tous prêts à mourir, tous les 25 000. »Pas de revendications précisesPeut-être plus inquiétant encore pour Moscou, Evgueni Prigojine n’avance pas de revendications précises. Dans son dialogue avec les généraux, il reproche à l’armée de « bombarder des civils ». Vendredi, déjà, avant que la crise ne prenne une tournure aiguë, il avait remis en cause les fondements de « l’opération militaire spéciale » en assurant que l’Ukraine se contentait, depuis 2014, dans le Donbass, de frapper des positions militaires, et que Kiev n’avait, en 2022, « aucune intention d’attaquer la Russie avec l’aide de l’OTAN ».   Dans sa deuxième vidéo de samedi matin, l’homme d’affaires originaire de Saint-Pétersbourg consacre aussi plusieurs minutes à dénoncer les « mensonges » du ministère de la défense au sujet de la contre-offensive ukrainienne. « Un grand nombre de territoires sont perdus » et « beaucoup de soldats sont tués », affirme-t-il, citant le chiffre de « mille par jour », blessés et disparus inclus. Sur le papier, la force Wagner ne représente pas une menace démesurée pour l’armée russe. De l’aveu de son chef, elle a été décimée par dix mois d’assauts sur la ville ukrainienne de Bakhmout. Et dès le printemps, le ministère de la défense lui avait ôté sa principale ressource en s’arrogeant le monopole du recrutement en prison. A la même époque, les médias sous contrôle avaient reçu l’ordre de ne plus parler de lui ou des actions de sa milice.   Evgueni Prigojine n’a pas non plus – pour l’heure en tout cas – d’alliés. Vendredi soir, les milieux ultranationalistes, volontiers séduits par sa verve, se désolidarisaient. Et dans la nuit, le général Sergueï Sourovikine, éphémère commandant en chef de l’opération spéciale et relais du patron de Wagner au sein de l’état-major, apparaissait dans une vidéo pour demander aux mercenaires de « ne pas jouer en faveur de l’ennemi ».   Difficile aussi de connaître la motivation des deux forces à se combattre mutuellement. Durant la nuit, des affrontements brefs et d’importance modeste auraient déjà eu lieu dans les régions de Rostov et de Voronej. C’est en tout cas ce qu’indiquent quelques vidéos filmées par des témoins, où l’on distingue des bruits de tirs ou des survols d’hélicoptères. Le groupe Wagner affirme, de manière invérifiable, avoir abattu trois hélicoptères.   La menace n’en est pas moins sérieuse pour le Kremlin. La confrontation qui se profile a lieu sur fond de contre-offensive ukrainienne, et son coût militaire peut être significatif. Déjà, le ministère de la défense assurait, dans la nuit, que Kiev entendait profiter de la « désorganisation » côté russe pour passer à l’assaut autour de Bakhmout. Rostov est une ville clé pour l’approvisionnement du front du Donbass, et Evgueni Prigojine a d’ailleurs promis, samedi, de ne pas perturber les opérations.   Le chef des Wagner rappelle aussi fréquemment qu’une part importante de l’armée le soutient, notamment dans les échelons inférieurs – une affirmation encore une fois invérifiable mais à laquelle l’état-major aurait préféré ne pas avoir à se confronter. Déjà, samedi, des informations faisaient état d’une entrée sans résistance de colonnes de Wagner dans la région de Voronej, voire dans la ville du même nom, située au nord de l’Ukraine.   Le coût politique est lui aussi évident. Certes, Moscou paraît encore loin de l’épicentre des tensions, malgré l’établissement d’un « régime d’opération antiterroriste »,et l’apparition de blindés légers devant des sites stratégiques à protéger. Mais le défi adressé au pouvoir est considérable. Aux yeux d’une partie de l’élite, Vladimir Poutine avait déjà fait preuve de faiblesse en laissant Evgueni Prigojine attaquer sans relâche ses rivaux du ministère de la défense. Ne pas laisser la situation pourrir relève d’une nécessité vitale pour le Kremlin ; reculer paraît difficile. Vendredi soir, le FSB, les services russes de sécurité, a formellement ouvert une enquête contre M. Prigojine pour « appel à l’insurrection armée ». Le lendemain matin, le ministère de la défense proposait toutefois une forme d’amnistie – « un retour en sécurité sur les bases ordinaires » –aux combattants de Wagner, « emportés par tromperie dans l’aventure criminelle de Prigojine » .  SurenchérirLes choses se sont dégradées à une vitesse extraordinaire. Il y a trois semaines, la capture d’un officier supérieur de l’armée par Wagner, sur fond de supposés échanges de tirs entre les deux formations, constituait déjà un développement sensationnel. Evgueni Prigojine avait-il l’intention de provoquer cette mutinerie aux allures d’ultime escalade ? S’est-il laissé dépasser par les événements, alors que sa première vidéo, vendredi, a été publiée après ce qu’il affirmait être des frappes aériennes de l’armée russe « très meurtrières » contre des bases de Wagner ? Ou bien a-t-il agi en réaction à des informations laissant deviner la fin prochaine de son aventure ? La méthode – surenchérir pour paralyser l’adversaire – lui avait jusqu’à présent réussi, en l’absence de résistance sérieuse.   Outre le risque d’une arrestation de son chef, espérée par une part importante de l’élite politique et militaire, Wagner voyait l’étau se resserrer avec l’expiration prochaine d’un ultimatum posé par l’armée : d’ici au 1er juillet, la milice devait, comme les autres « formations de volontaires », avoir signé un « contrat » avec le ministère de la défense pour légaliser sa situation. La démarche avait été approuvée publiquement par Vladimir Poutine, pour une fois sorti de son silence. </text>
	

	<text titre="Retour sur l'improbable coup de force de  Prigojine" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="moscou, restaient, habitants, coup, jour, prigojine, sécurité, capitale, dimanche, sergueï, vigueur" langue="fr"> LES MESURES de sécurité « antiterroristes » restaient en vigueur dimanche à Moscou et les habitants de la capitale bénéficieront ce lundi d'un jour de congé exceptionnel accordé par le maire, Sergueï Sobianine. Mais le rideau est tombé, provisoirement du moins, sur l'incroyable bras de fer auquel les Russes ont, une fois encore, assisté en spectateurs.   Comment un homme d'affaires ayant prospéré depuis des années sous l'aile de Vladimir Poutine, un ex-criminel fort en gueule et patron d'une milice - le groupe Wagner - a-t-il pu lancer ses hommes dans une marche sur la capitale, finalement avortée, conduisant le pays au bord de la guerre civile ? Ainsi s'énonce le scénario condensé d'une drôle de rébellion, qui suscite beaucoup de questions et ne sera sans doute pas sans conséquences sur le pouvoir de Vladimir Poutine, au moment où celui-ci est engagé dans une guerre « existentielle » en Ukraine. 
Surprenante, la séquence l'aura été jusqu'au bout. Samedi après midi, vingt-quatre heures après s'être lancé dans l'aventure, s'être emparé du quartier général de l'armée à Rostov-sur-le-Don et avoir lancé sa « marche pour la justice » vers Moscou, Prigojine faisait volte-face, annonçant qu'il renonçait « pour éviter de verser le sang ». L'équipée des Wagner à travers les régions de Voronej et Lipetsk les aura menés à moins de deux cents kilomètres de la capitale. Dans l'un des nombreux messages audio et vidéo distillés par Prigojine, celui-ci s'est vanté de n'avoir subi aucune perte. En revanche, selon le site Nexta , ses hommes auraient abattu sept hélicoptères russes, faisant une quinzaine de victimes, essentiellement des pilotes et membres d'équipage.   « Trahison personnelle »   Mais, comme l'a annoncé samedi dans la foulée Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, les poursuites pénales engagées quelques heures plus tôt contre Evgueni Prigojine pour l'organisation d'une mutinerie armée (passible de 12 à 20 ans de prison) ont été abandonnées. Les combattants du groupe Wagner ne devraient pas être poursuivis, ceux n'ayant pas participé à la rébellion pouvant même signer un contrat avec l'armée. Vladimir Poutine, selon son porte-parole, s'est porté personnellement garant de la sécurité de Prigojine qui serait accueilli en Biélorussie.   Car, autre surprise, c'est Alexandre Loukachenko, parce qu'  « il connaissait Prigojine depuis vingt ans » , qui aurait servi de médiateur pour arriver à un accord. L'homme fort de Minsk sortirait donc grandi de cette crise, ayant « sauvé la mise » d'un Poutine que nombre de commentateurs jugent désormais affaibli...   Autre personnalité ayant travaillé dans l'ombre à un dénouement : le gouverneur de Toula, Alexeï Dioumine. Une figure influente, ex-chef de la garde personnelle du chef du Kremlin, dont on n'a pas fini d'entendre parler.   Comme convenu, les combattants de Wagner ont commencé dimanche à se replier sur leurs bases. On ne savait pas où se trouvait Evgueni Prigojine, depuis sa sortie, samedi soir, dans un véhicule 4 × 4, du quartier général de Rostov, acclamé par des habitants - une « liesse » beaucoup commentée sur Telegram. A contrario, certains pointaient le nombre record d'émoticones « clown » , 281 000, suscité par ces images...   Le chef des Wagner « blanchi » ! Le ton était pourtant bien différent quelques heures plus tôt, lorsque Vladimir Poutine est apparu à la télévision pour une intervention solennelle. Costume noir, l'air grave et le ton martial, le chef du Kremlin sonne le tocsin en poussant le curseur aux extrêmes. « C'est un coup de poignard dans le dos de notre pays et de notre peuple » , a-t-il déclaré, évoquant aussi une « trahison provoquée par les ambitions démesurées et les intérêts personnels ». Il agite le spectre d'une « guerre civile », comme celle déclenchée entre « rouges » et « blancs » après la révolution d'octobre 1917. Et promet de « punir » les « traîtres ».   Selon Alexeï Venediktov, l'ancien rédacteur en chef de la radio Écho de Moscou , la vigueur de cette déclaration s'explique, effectivement, par le sentiment de « trahison personnelle » qu'aurait éprouvée le chef du Kremlin. Trahison-loyauté : les deux pôles qui tiennent sur son axe la planète Poutine. Depuis septembre dernier et la sortie au grand jour de Prigojine, la relation d'intérêts qu'il entretient avec le président russe ne cesse de soulever des questions. Pour nombre d'observateurs, le chef des Wagner a toujours été loyal à Poutine, ses sorties au vitriol contre le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et le chef d'état-major, Valeri Guerassimov, servant au fond les jeux d'équilibre dont le président russe se veut le garant.   Zones d'ombre   Mais, cette fois, Prigojine aurait franchi la ligne rouge. Vendredi, il avait affirmé que des frappes russes sur l'un de ses camps avaient fait un « très grand nombre de victimes » parmi ses combattants, accusant Sergueï Choïgou d'en être responsable. Accusation aussitôt réfutée par le ministère de la Défense, sans dissuader le patron des Wagner de passer à l'action pour « libérer le peuple russe ». La Russie était confrontée pour la première fois depuis août 1991 au spectre d'un putsch, et Vladimir Poutine à l'un de ses plus grands défis depuis son arrivée au pouvoir. Samedi, réagissant à l'intervention du président, Prigojine l'a mis pour la première fois nommément en cause, déclarant qu'il ne se soumettrait pas.   Dans ce contexte dramatique, il était assez amusant, samedi matin, de voir se multiplier sur les réseaux sociaux des extraits vidéos du Lac des cygnes, un clin d'oeil à la tentative de coup d'État de 1991. Le 19 août de cette année-là, en effet, la télévision soviétique avait brusquement interrompu ses programmes pour diffuser inopinément le ballet de Tchaïkovski, ce qui symbolise depuis le black-out de l'information.   Selon la presse américaine, Vladimir Poutine avait pourtant été averti au moins 24 heures à l'avance des risques de mutinerie. Le fait est, qu'il n'a pas pu, ou pas voulu, réagir plus vigoureusement qu'il ne l'a fait. Dimanche, les tenants et aboutissants de cet événement retentissant, de même que les dessous de l'accord final, restaient des zones d'ombre. « Nous avons vécu tout cela comme un grand show » ,témoigne ainsi une jeune Moscovite, évoquant la possibilité d'une « mise en scène » ,avec à la clé des intérêts financiers ou des visées politiques. Une hypothèse relayée d'ailleurs par l'opposant Alexeï Navalny, qui écrivait samedi que « les bandits et les criminels de guerre se sont réconciliés ».   Choïgou invisible   Bien des points restent à éclaircir sur cette rébellion et les clivages « claniques » qu'elle révèle.  « Prigojine a rendu un énorme service à Poutine » , se félicite une source qui connaît de longue date le patron des Wagner. « Nous avons besoin d'un changement de personnel, comme un corps malade a besoin d'une opération. Cette démarche(de Prigojine) permettra de purger la cinquième colonne et les bureaucrates qui sabotent les ordres du ministère de la Défense pour l'allocation des munitions... Vous allez voir que 90 % du gouvernement vont changer d'ici à la fin de l'année », affirme cette source.   Tous les regards se tournent vers Sergueï Choïgou, invisible depuis plusieurs jours et dont on se demande s'il restera à son poste. Surtout, la question se pose des conséquences politiques de la « perte de face » subie par Vladimir Poutine et du rôle futur d'Evgueni Prigojine, exilé mais pas neutralisé. L'unité et la stabilité - deux fondements du codex poutinien ont été mis à mal. En s'emparant d'une ville de 1 million d'habitants et en marchant vers Moscou, les combattants de Wagner « ont montré qu'ils faisaient ce qu'ils voulaient en Russie, estime le politologue Alexey Roshchin. Et Prigojin a démontré que « le roi est nu » en contraignant le président russe à abandonner toutes les accusations qu'il avait formulées à son encontre quelques heures auparavant. » </text>
	

	<text titre="Le destin de Wagner en suspens" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Libération" auteur="nelly didelot" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Libération" keywords="wagner, soir, heures" langue="fr"> Les scènes tournées à Rostov-sur-le-Don samedi soir n'ont rien d'une reddition ou d'une défaite. Dans les rues de la ville tenue pendant moins de vingt-quatre heures par Wagner, les camions des mercenaires sont partis sous les hourras et les applaudissements de la foule. Un soldat a tiré en l'air, comme s'il avait gagné la guerre. Leur chef, Evgueni Prigojine, a aussi quitté Rostov dans une Jeep aux fenêtres grandes ouvertes pour serrer des mains et poser pour des selfies. Il était 23 heures, et trois heures plus tôt, Prigotère jine avait ordonné à ses hommes de cesser leur «marche pour la justice», entamée la veille au soir comme une mutinerie ou un coup d'Etat.
Tensions verbales. «Ne voulant pas prendre la responsabilité de faire couler du sang russe, nous faisons demi-tour et nous retournons vers nos camps de base», avait-il dit dans un de ses habituels messages audio. La justification est difficile à prendre au sérieux. Au cours de leur marche vers Moscou, les hommes de Wagner n'ont rencontré presque aucune résistance, et n'ont pas hésité à détruire tout ce qui y ressemblait. Six hélicoptères et un Iliouchine Il-22 (un avion servant de poste de commandement aéroporté) de l'armée russe ont été descendus en vol, ce qui correspond à l'une des pires pertes quotidiennes de l'armée de l'air russe depuis le début de la guerre. Des Russes tués par des Russes. Après être partis de Rostov (à plus de 1 100 kilomètres de la capitale) les mercenaires sont allés au moins jusqu'à Krasnoe, à environ 330 kilomètres de Moscou, selon la note de l'Institute for the Study of War (ISW). «Wagner aurait sûrement pu atteindre les abords de Moscou si Prigojine avait choisi d'en donner l'ordre», estime le centre de recherche.   «Personne ne va se rendre au Président, aux services de renseignement, ni à personne d'autre», martelait encore Prigojine à 10 h 19 samedi, en réponse au discours de Vladimir Poutine. Le président russe promettait, lui, de «punir» ce «coup de poignard dans le dos de notre pays et de notre peuple». C'est pourtant tout l'inverse qui s'est passé. Prigojine a fait marche arrière et le Kremlin a annoncé l'abandon des poursuites pénales contre lui. «Personne ne persécutera» les combattants de Wagner impliqués dans la mutinerie (25000 selon leur chef) et «certains d'entre eux, s'ils le souhaitent, signeront des contrats avec le minis- de la Défense», pour être intégrés à l'armée, a précisé le Kremlin. Ce dernier point risque de ne pas être si simple, les soldats déjà engagés n'accueilleront pas forcément à bras ouverts des recrues qui leur tiraient dessus quelques jours plus tôt. Quant à Prigojine, dont la localisation actuelle reste un mystère, il devrait être exfiltré au Bélarus.   Officiellement, c'est l'autocrate bélarusse Alexandre Loukachenko qui aurait négocié l'accord entre le chef des mercenaires et Poutine. Mais tout, dans ce deal, semble fumeux. Depuis les grandes manifestations de2020 au Bélarus, qui l'ont peu à peu fait glisser vers le statut de vassal de Poutine, Loukachenko n'a plus l'entregent pour se poser en médiateur. Quant à Prigojine, il semble ne rien retirer de cet accord alors qu'il était en position de force. Pire, la proposition du Kremlin d'intégrer ses hommes à l'armée régulière ressemble exactement à ce qu'il voulait éviter.   Après des mois de tensions verbales avec l'état-major, Prigojine pourrait avoir lancé sa mutinerie pour empêcher la dislocation de Wagner. Une loi sur les volontaires annoncée mi-juin devrait obliger les soldats des sociétés militaires privées à signer un contrat avec le ministère de la Défense avant le 1er juillet. Cette disposition aurait privé le chef de guerre de toute son influence. «Je pense que son but était d'empêcher la subordination de Wagner au ministère, malgré le soutien de Poutine à cette idée. Prigojine avait peut-être d'autres plans plus ambitieux, mais c'était le problème le plus urgent», estime Rob Lee, du Foreign Policy Research Institute, sur Twitter.   «Crise politique». Il est difficile aujourd'hui d'imaginer qu'un Poutine même affaibli puisse tolérer le maintien de Wagner, et Prigojine pourrait avoir perdu son pari. «L'accord négocié par Loukachenko va probablement éliminer le groupe Wagner comme acteur indépendant tel qu'on le connaît aujourd'hui, écrit l'ISW. Le Kremlin fait désormais face à un équilibre profondément instable. Cet accord est un arrangement de court terme, pas une solution pérenne. La rébellion de Prigojine a révélé d'importantes faiblesses au sein du Kremlin et du ministère de la Défense.» Samedi, l'armée s'est retrouvée réduite à creuser des barrages sur la route menant de Voronej à Moscou, alors que la seule opposition visible aux hommes de Wagner était incarnée par la milice tchétchène de Ramzan Kadyrov, qui s'est contentée de mettre en scène son potentiel guerrier sans s'approcher des mercenaires. La Russie est plongée dans une incertitude comme elle n'en avait pas connu depuis au moins le début de la guerre. En une journée, les mercenaires et leur chef ont montré qu'une insurrection était possible, et que le maintien de la sécurité, pourtant érigé comme une pierre angulaire du régime, n'était plus absolu. En évoquant 1917 et la guerre civile, Poutine lui-même l'a reconnu à demi-mot. Prigojine donnera-t-il des idées à d'autres? Il est probablement trop tôt pour le dire.   Samedi, les hommes réputés proches du patron de Wagner ont donné des gages de loyauté au Kremlin. Le général Sergueï Sourovikine a appelé les hommes de Wagner à regagner leurs camps. A l'inverse, le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, devenu l'ennemi intime de Prigojine, n'a pas donné signe de vie. Mais personne, ni Poutine, ni l'armée, ni l'Etat, ne sort renforcé de la mutinerie avortée, ce qui ne risque que d'alimenter l'instabilité. «Le monde entier a vu que la Russie est au bord d'une crise politique extrêmement aiguë, écrit sur Telegram Sergeï Markov, un ancien conseiller de Poutine devenu analyste politique. Le putsch a échoué. Mais les putschs ont des raisons profondes. Et si les raisons demeurent, un autre putsch aura lieu.» </text>
	

	<text titre="Après sa révolte, l'avenir incertain de  Prigojine" date="2023 06 26T00:00:00" journal="La Croix, no. 42652" auteur="olivier tallès" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="La Croix" keywords="avenir, wagner, prigojine, groupe, mutinerie, juin, heures, journée, combattants" langue="fr"> Que sait-on de la mutinerie du groupe Wagner ?   Aux premières heures de la journée du 24 juin, plusieurs milliers de combattants du groupe paramilitaire Wagner, lourdement armés, entrent sur le territoire russe à partir de l'Ukraine. À leur tête, le milliardaire Evgueni Prigojine, un entrepreneur spécialisé dans la géopolitique qui, à travers ses usines à fabriquer des fausses informations, ses médias «?patriotes?» et sa milice privée déployée en Afrique et en Ukraine, a longtemps oeuvré dans l'ombre au service du Kremlin. Cette fois, il dit vouloir mener une « marche pour la justice » et demande le départ de son ennemi juré, le ministre de la défense Sergueï Choïgou.   Avant l'aube, ses troupes pénètrent sans rencontrer de résistance dans la ville de Rostov-sur-le-Don et s'emparent du quartier général de l'armée russe chargé de l'offensive en Ukraine. Vladimir Poutine, qui l'accuse sans le nommer de « trahison », parle de « punir » les traîtres. Au moment où les forces de Wagner ne se trouvent plus qu'à 200 km de la capitale, Evgueni Prigojine donne l'ordre aux mercenaires de « rentrer » dans leurs camps pour « éviter un bain de sang ». Le président biélorusse Alexandre Loukachenko explique alors avoir négocié « l'arrêt des mouvements » des troupes de Wagner. À la fin de cette folle journée où le Kremlin a tremblé, les mutins quittent Rostov-sur-le-Don sous les acclamations des passants. L'assaut des paramilitaires a finalement coûté la vie d'au moins 15 pilotes de l'armée régulière, qui a perdu six hélicoptères et un avion de renseignement face aux mercenaires.
 Comment en est-on arrivé là ?   Au printemps 2022, le groupe Wagner prend du poids sur le front ukrainien en recrutant des prisonniers en échange d'une amnistie. Moscou y voit alors une façon peu coûteuse de pallier les faiblesses d'une armée russe en sous-effectif, tout en évitant une impopulaire mobilisation générale. Son chef, Evgueni Prigojine, est désormais à la tête d'une véritable armée dans l'armée de 50 000 hommes, avec son artillerie, ses blindés, et même ses avions. Leur rôle prend de l'importance dans l'interminable et sanglante conquête de la ville de Bakhmout. À la faveur des combats, l'homme d'affaires qui a longtemps fui les médias se lance dans une guérilla contre le commandement russe, accusé d'incompétence.   Depuis la ville de Bakhmout, où il coordonne les opérations du groupe, Evgueni Prigojine multiplie les prises de parole pour dénoncer les retards de livraison d'obus et agonir d'insultes le ministre de la défense Sergueï Choïgu, pendant que Vladimir Poutine laisse faire. L'affrontement franchit une nouvelle étape le 5 juin, lorsque le groupe Wagner prend en otage un officier russe qu'il accuse d'avoir miné une route que devaient emprunter ses hommes.   Mais le point de non-retour est atteint le 10 juin : les volontaires de Wagner sont sommés de signer des contrats avec le ministère de la défense qui veut reprendre la main. Evgueni Prigojine s'y refuse et tente en vain de plaider sa cause auprès du Kremlin. Est-ce la crainte de tout perdre qui le pousse à la mutinerie ? Le 23 juin, le patron de Wagner brise un ultime tabou en remettant en question la justification de l'invasion, martelée à longueur d'antenne par la propagande russe. Puis, quelques heures plus tard, il accuse l'armée russe d'avoir mené des frappes meurtrières sur des camps de ses combattants. C'est le signal du soulèvement contre le commandant russe.   Quel avenir pour Evgueni Prigojine et le groupe Wagner ?   Les protagonistes de cette journée sont restés très discrets sur le résultat des négociations entre le pouvoir russe et le dirigeant du groupe Wagner. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko, qui a servi d' « intermédiaire technique » entre les deux camps, selon le politologue biélorusse Artiom Chraïbman, a évoqué des « garanties de sécurité pour les combattants de Wagner ».   Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a donné l'assurance que les mutins pourraient retourner dans leurs camps sans être poursuivis. Il a ajouté que ceux qui le souhaitent pourront intégrer les troupes régulières du ministère de la défense. Si de nombreux commentateurs évoquent la dissolution probable des unités de Wagner en Ukraine, rien n'a été confirmé à ce sujet dimanche, à la mi-journée.   La même incertitude entoure le sort du chef des mercenaires, Evgueni Prigojine. Là encore, le Kremlin est resté vague, indiquant seulement que les poursuites judiciaires contre lui seraient abandonnées et qu'il partait en Biélorussie dans un exil qui ne dit pas son nom. Pour le reste, on ne sait pas ce que le putschiste a obtenu en échange de l'arrêt de l'offensive vers Moscou. Pourra-t-il conserver son empire médiatique et ses entreprises en Russie ? Que deviendra Wagner en Ukraine et surtout au Mali, au Soudan et en Centrafrique où le groupe conseille les autorités locales et contrôle des gisements miniers ? Et quid, encore, de la principale revendication officielle d'Evgueni Prigojine : le départ du ministre Sergueï Choïgu de la défense ? Plusieurs analystes s'attendent à son éviction dans les semaines à venir, mais rien n'a été officiellement annoncé.   Comment ces événements peuvent-ils influer sur la guerre en Ukraine ?   À l'annonce de la mutinerie, les autorités de Kiev n'ont pas tardé à se gausser de leurs adversaires. « La faiblesse de la Russie est évidente. Une faiblesse totale », a estimé le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Le coup d'État a été trop bref pour affaiblir les forces russes qui contiennent les offensives ukrainiennes dans le Donbass et le sud de l'Ukraine. Les services de renseignement n'ont pas observé de déplacements de troupes de la ligne de front vers Moscou afin de sécuriser la capitale, ni de soldats russes abandonnant leur position. Ces deux derniers jours, les Russes disent avoir repoussé victorieusement plusieurs raids de leurs adversaires, notamment dans les régions de Donetsk (est), mais aussi de Zaporijjia (sud).   L'Institut d'étude de la guerre (ISW) américain rappelle qu'Evgueni Prigojine s'est gardé de perturber les travaux du quartier général russe pour les opérations en Ukraine, installé à Rostov-sur-le-Don, se contentant de faire surveiller les lieux par ses mercenaires. « La rébellion de Prigojine a néanmoins montré que les forces russes manquaient de réserves dans de nombreuses zones à l'arrière et il est presque certain qu'elle dégradera le moral du personnel russe en Ukraine » , précisent les analystes l'ISW. </text>
	

	<text titre="La chevauchée de la milice Wagner a dévoilé la décomposition de l'armée et de l'État russes" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="mandeville, laure" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="armée, milice, wagner, russes, décomposition, guerre" langue="fr"> EN 1918, alors que le tsarisme et son armée venaient de sombrer, ouvrant la voie au putsch sanglant des Bolcheviks et à la guerre civile, l'écrivain Vassili Rozanov écrivait : « La Rous s'est dissoute en deux jours. Au mieux en trois. Elle s'est littéralement décomposée jusque dans tous ses détails et toutes ses parties. (...) Il n'y avait plus ni Royaume, ni Église, ni Armée, ni classe ouvrière. Que restait-il donc ? Curieusement rien du tout, seulement un peuple vengeur, dont l'état d'esprit fut exprimé par un homme de 60 ans de la province de Novgorod, qui déclara : On devrait prendre la peau de notre tsar pour en faire une ceinture. »
On n'en est pas encore là, même s'il est intéressant de noter que Vladimir Poutine a évoqué le spectre de 1917 samedi matin, quand il a promis de « punir » la mutinerie de son ex-protégé, Evgueni Prigojine. Mais serait-ce partie remise ? En allant prendre la grande base arrière russe de l'opération militaire en Ukraine, à Rostov-sur-le-Don, pour y installer ses quartiers sans avoir tiré le moindre coup de feu, puis en lançant un véritable raid armé vers Moscou, qui ne s'est arrêté qu'à 200 kilomètres de la capitale et n'a été entravé par aucune force militaire substantielle, le groupe paramilitaire privé Wagner de Prigojine a en tout cas révélé l'impuissance et la décomposition proprement vertigineuse du système des ministères de force russes, mettant à jour une armée et un État Potemkine en grand désarroi, même si une forme d'accord ténébreux a ensuite permis à Poutine de reprendre - provisoirement ? - le contrôle.   Pendant cette marche haletante, qui a vu la population laisser passer les mercenaires russes à travers les villes de Voronej ou Lipetsk avec un enthousiasme certain, Wagner a abattu plusieurs hélicoptères, et au moins un avion, qui tentait d'arrêter sa progression. Mais, hormis ces échauffourées notables, « le défilé militaire » de Prigojine s'est enfoncé dans le pays comme un couteau dans du beurre. Sans qu'une force du FSB ou de l'armée, ne s'interpose ! « Tous les hauts responsables des ministères de force, tous ces Choïgou et Guerassimov qui arborent des médailles de « héros de la Russie » , avaient disparu des radars » , remarque le politicien d'opposition en exil, Guennadi Goudkov, ex-député et ancien officier du FSB. Le fait que l'avion du président ait été aperçu quittant Moscou, le laisse « convaincu » que le commandant en chef, Vladimir Poutine, avait aussi « pris la fuite comme un poltron » , même si cette information a été démentie par le porte-parole présidentiel.  « Prigojine n'a trouvé personne sur sa route. Tout le monde a été pris de court par sa progression stupéfiante, y compris lui-même !  » , acquiesce le journaliste d'opposition Sergueï Parkhomenko.   Pour lui, il est clair que «le patron de Wagner n'avait nullement anticipé une avancée aussi rapide ni imaginé qu'il se retrouverait en position d'entrer dans Moscou. Son but était de montrer sa force pour empêcher Choïgou et Guerassimov de l'étrangler, il voulait rétablir le contact avec Poutine, sauver son groupe. Peut-être comptait-il aussi sur le fait que d'autres forces militaires se rallient. Mais il a été victime de son succès. Voilà pourquoi, quand le gouverneur de la région de Toula, Alexeï Dioumine, lui a dit qu'il s'agissait de la dernière chance de s'arrêter avant Moscou, car le pouvoir allait envoyer l'aviation, Prigojine a accepté la porte de sortie. Ce n'était pas un coup d'État, mais une insurrection militaire pour avoir gain de cause contre un autre groupe militaire » ,  décrypte Parkhomenko.   Si l'ancien cuisinier a tourné les talons, reste les faits ahurissants qu'a révélés son équipée sur l'état de la défense russe : l'absence de la réserve. Celle de tous les services spéciaux. « Sans parler, insiste Parkhomenko, de l'effondrement du mythe du « facteur tchétchène » », cette fameuse garde prétorienne de Kadyrov censée venir prêter main-forte à Poutine à tout moment. « Invisible ! », dit-il, parlant d'une vacance générale du pouvoir. Goudkov parle d'  « un revers colossal infligé par Prigojine aux forces armées russes ».  Soudain une force privée créée par un ancien voleur est apparue plus puissante que l'ensemble du système de sécurité ! Dans l'accord négocié, le patron de Wagner aurait d'ailleurs obtenu la tête du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou.   Cette débandade est d'autant plus spectaculaire que son architecte est Poutine lui-même. Lui qui se targuait de remettre la Russie en ordre a encouragé la prolifération des structures militaires institutionnelles des différents ministères de forces - destinées à se neutraliser pour que son pouvoir autocratique ne puisse être menacé. S'y sont ajoutées nombre d'armées privées, dont le groupe Wagner et la milice tchétchène de Ramzan Kadyrov. Ainsi, a-t-on appris que Sergueï Choïgou, ministre en titre de la Défense, disposait lui aussi de sa milice (Patriot), tandis que le groupe Gazprom aurait acquis la sienne (Potok). Fin 2022, le gouverneur de la Crimée annexée, Sergueï Axionov, lançait aussi sa milice. Un processus de « paramilitarisation » dangereux, confiait récemment l'analyste israélienne Sarah Fainberg, voyant là les prémices d'une future guerre civile. « Ce processus contribue à la démoralisation de l'armée russe, qui devient une série de groupes claniques et n'est pas conçue pour jouer son rôle d'institution pensante défendant les intérêts de la nation » , note un militaire russe. Sur son compte Telegram, l'historien Vladimir Pastoukhov parle de « deux verticales militaires parallèles » , l'une institutionnelle alignant les services de renseignements, l'armée, la garde nationale et autres, et l'autre de nature informelle, basée sur des liens criminels et claniques. L'histoire de la milice de Prigojine et de ses démêlés avec le ministère de la Défense raconte précisément le choc de ces deux « verticales ». Mais, loin d'opposer une armée qui garderait le sens de l'État à des forces paramilitaires s'affranchissant de toute règle, elle raconte un système militaire tout entier traversé par la criminalisation, la corruption et le désordre.   La manière dont l'armée et la milice Wagner se sont affrontées, comme des piranhas en Ukraine, a offert un spectacle instructif. Après avoir utilisé Prigojine, puis l'avoir laissé recruter des prisonniers de droit commun ayant commis des crimes de sang, sans la moindre base légale, l'armée russe a interdit ces pratiques pour les reprendre à son compte. Une compétition mortifère avec Wagner s'est ensuite engagée, alors même que les deux forces faisaient face à la contre-offensive ukrainienne. Tandis que Prigojine insultait le commandement militaire russe pour son incompétence et appelait à sa démission, ses troupes ont été privées de vivres et de munitions. Il y a quelques semaines, on apprenait qu'un officier russe de l'armée, qui avait apparemment tiré sur des positions de Wagner, avait été fait prisonnier et torturé ! Tout cela dans l'indifférence feinte de Poutine, qui avait pourtant nourri la fameuse milice prigojienne en son sein, en en faisant son bras armé favori en Afrique. Le ministère de la Défense a alors déclenché une procédure de réintégration des milices privées dans l'armée régulière, que Prigojine a accueillie vent debout. Le coup de force audacieux qu'il a lancé samedi a été sa réponse à cette tentative de soumission. À court terme, il apparaît perdant. Mais les conséquences à plus long terme s'annoncent ravageuses pour l'armée russe et pour le régime. D'abord parce que Prigojine a brisé le tabou du mensonge juste avant de se lancer dans sa marche forcée, révélant que les généraux russes (et donc Poutine) avaient menti surtout concernant la guerre : les pertes humaines, les territoires reconquis par les Ukrainiens et même les buts de guerre, déclarés « infondés ». </text>
	

	<text titre="Exili L'avenir de Wagner et  Prigojine en suspens" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="rébellion, suspens, armée, russe, wagner, prigojine, groupe, avenir" langue="fr"> Ronan Tésorière   La brève rébellion armée orchestrée par Prigojine pose la question de l'avenir du groupe paramilitaire, mais aussi du sien dans l'environnement politique russe. Sa volte-face a autant surpris que son acte de rébellion. Plus de vingt-quatre heures après la spectaculaire opération d'invasion du territoire russe par une colonne de Wagner, Evgueni Prigojine garde le silence. Si le Kremlin a assuré que l'oligarque ne serait pas poursuivi et que ses soldats seraient eux aussi épargnés, leur avenir est en suspens.  Un départ mystérieux en BiélorussieOfficiellement, Prigojine est attendu en Biélorussie, dans le cadre de l'accord « signé » par Alexandre Loukachenko avec le chef de guerre. Mais il est encore difficile d'y voir clair aujourd'hui. « Reclassement des soldats de Wagner dans l'armée russe, démission de Choïgou (ministre de la Défense) et Guerassimov (chef d'état-major et des opérations en Ukraine), maintien en place à la tête de Wagner, exil doré... Tous les scénarios sont possibles », assure Alexandra Jousset, coautrice du documentaire « Wagner : l'Armée de l'ombre de Poutine ».
Pour maintenir au moins en partie ses prérogatives, Prigojine a toutefois encore une carte dans sa manche : Sergueï Sourovikine. L'ancien commandant de l'« opération militaire spéciale » en Ukraine d'octobre 2022 à janvier 2023 « a joué la carte de la médiation, mais il n'a pas du tout tourné le dos à Prigojine », souligne Alexandra Jousset. « Est-ce qu'il va devenir chef d'état-major de l'armée russe ? L'avenir de Prigojine dépendra notamment de cela », abonde Ulrich Bounat, analyste en géopolitique.   « Ses perspectives politiques vont s'éteindre, mais il peut continuer à diriger ses activités depuis un exil doré », anticipe-t-il. D'autant qu'il n'a pas de successeur légitime à sa hauteur. Aucun de ses généraux, Dmitri Outkine, Alexander Kuznetsov dit Ratibor, ou son fils, Pavel Prigojine, n'ont encore l'envergure pour prendre la tête d'une entité telle que Wagner ou plus largement du groupe Concord. Et les miliciens dans tout ça ? « Une partie va être intégrée dans l'armée russe, c'est le sens du communiqué d'hier de l'armée régulière, décrypte Ulrich Bounat. Les soldats signeront un contrat d'engagement avec le ministère de la Défense, ce qui ne posera pas de problème d'intégration. »  Rien ne changera en AfriqueL'armée russe travaillant déjà avec la milice Patriot, « elle a l'habitude des mercenaires », explique encore ce spécialiste de l'Europe de l'Est. Cet accord est a priori valable uniquement pour les soldats de Wagner sur le front ukrainien.   En ce qui concerne les activités militaires du groupe en Afrique, rien ne devrait changer. « Il y a actuellement près de 1 500 hommes, en Centrafrique en particulier, et s'il y a bien eu quelques mouvements de chefs, partis diriger des opérations en Ukraine, le commandement local reste le même, souligne Alexandra Jousset. Leur mission est la même : sécuriser le régime en place, continuer à exploiter les mines et gagner de l'argent. » </text>
	

	<text titre="D'Alaric à  Prigojine, le grand classique historique du soulèvement des mercenaires" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="bruyère-ostells, walter" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="mettre, bob, mobutu, mercenaires, zaïre, guerre, denard, révolte" langue="fr"> Du Wisigoth Alaric venant mettre Rome à sac en 410 à la révolte de Jean Schramme et Bob Denard contre Mobutu au Zaïre en 1967, les exemples d'entrepreneurs de guerre privés qui se retournent contre leur « client » ne manquent pas. L'épisode, à ce jour bref, de la révolte de Prigojine s'inscrit dans une longue lignée de soulèvements de mercenaires. Cette récurrence s'explique par quelques données communes par-delà les contextes historiques. Utiliser des mercenaires - ou des formes approchantes si l'on veut prendre en compte la définition restrictive donnée par le droit international - est le réflexe d'États dont les autres instruments à disposition ne répondent pas pleinement à leurs besoins. De grandes puissances ont pu utiliser des mercenaires - c'est le cas des États-Unis, de la Grande-Bretagne ou de la France pendant la guerre froide - mais elles l'ont fait loin de chez elles. Elles voulaient pouvoir nier être les commanditaires de ces actions indirectes. Pour la France, Bob Denard (célèbre mercenaire français anticommuniste impliqué dans de nombreux coups d'État africains après-guerre NDLR) construit l'essentiel de sa carrière en Afrique sur cette logique du « déni plausible ». Les États qui accueillent des mercenaires ont, pour leur part, une insuffisante capacité à exercer « l'exercice légitime de la force » sur leur sol : pour toute une série de raisons, leurs armées insuffisamment efficientes doivent être appuyées par des mercenaires. Pour autant, l'État en question n'accepte que sous la contrainte des événements d'y avoir recours et cherche à s'en débarrasser dès qu'il peut. Le cas du Zaïre en 1967 est tout à fait éclairant. Mobutu fait face à une rébellion procommuniste dans l'est du pays à laquelle il est incapable de mettre fin. Les mercenaires - à côté d'autres moyens occidentaux - contribuent à reprendre le contrôle de l'ensemble du territoire. Cette tâche achevée, Mobutu envisage de licencier brutalement les mercenaires, contrairement aux engagements pris. Ceux-ci ne reçoivent pas les honneurs qu'ils pensaient leur être dus ; pis, ils pourraient ne plus bénéficier de l'aisance financière qu'est la leur. Ce qui est reçu comme un outrage à leur honneur de combattants les mènent à la révolte ! L'armée de Mobutu les bat finalement grâce à des moyens militaires largement fournis par les États-Unis et à l'indifférence de la France et de la Belgique pour leurs mercenaires.
Le cas de Wagner est à la fois une redite de ce schéma et comporte une dimension inédite. C'est d'ailleurs en cela une nouvelle attestation que l'histoire éclaire le présent mais ne se reproduit jamais. On peut établir des parallèles entre les événements de 1967 et ceux de juin 2023. La puissante Russie utilise des mercenaires pour maintenir un « déni plausible » en Ukraine en 2014, puis sur des théâtres plus lointains (Syrie, Libye, Mali). La Russie, cette fois État en position de faiblesse, a recours aux mêmes Wagner, lors de son « opération spéciale » en Ukraine en 2022-2023. Comme les mercenaires de 1967, Prigojine et ses hommes ont l'impression qu'ils ont été instrumentalisés et qu'ils n'ont pas pu goûter aux fruits de la victoire, celle de Bakhmout notamment. Prigojine a sans doute eu le sentiment qu'il ne pourrait pas bénéficier longtemps de son aisance financière : a-t-il lancé cette opération avec le sentiment que lui-même ou son groupe serait l'objet d'une « nuit des longs couteaux » ? C'est une hypothèse crédible. En tout cas, l'honneur des combattants de Wagner - celui du sang versé - n'a pas été respecté dans son esprit, à commencer par les généraux Choïgou et Guerasimov.   Dès lors, on voit bien se dessiner des différences avec le cas de 1967. Il est inédit de voir que la Russie se trouve dans une position duale dans les temps récents de puissance qui développe une action indirecte pour déstabiliser des États étrangers (comme la France ou d'autres pendant la guerre froide) et de pays d'accueil (Zaïre en 1967). Elle est passée d'une position à l'autre en quelques mois en mésestimant complètement la capacité de résistance ukrainienne et la réaction des États de l'UE ou de l'Otan. Deuxièmement, Prigojine est devenu plus qu'un acteur militaire supplétif des forces armées russes. En creux au moins, il est un acteur du jeu politique russe. De ce point de vue, il ressemble beaucoup plus au Denard, « sultan blanc » à la tête de la Garde présidentielle (GP) des Comores de 1989, qu'à celui de la révolte de 1967. Or, la France en 1989 préfère se débarrasser de Denard et le fait partir des Comores vers l'Afrique du Sud. Il faudra encore une nouvelle intervention militaire en 1995 pour arrêter Denard, revenu aux Comores, et plus d'une décennie à Paris pour démanteler le système mercenaire avec la loi de 2003. Or, le régime de Vladimir Poutine aujourd'hui est bien plus faible que la France des années 1990.   Prigojine et ses lieutenants devraient rejoindre leur Afrique du Sud à eux, la Biélorussie : y resteront-ils inactifs ? Le parallèle avec les mercenaires de Bob Denard laisse croire qu'ils tenteront un retour sur la scène politico-militaire russe. À l'instar de Bob Denard aux Comores en 1995, Prigojine pourrait être perçu très positivement par une partie de l'opinion nationale, lui qui a accepté en position de force de ne pas faire couler le sang russe et qui devrait continuer à dénoncer les impérities de l'armée russe en Ukraine. Ne reste-t-il pas un entrepreneur de guerre plus dangereux que jamais ? Un patron mercenaire dont le poids en fait un acteur de la scène politique russe ? Prigojine et Wagner n'ont probablement pas encore tiré leur révérence.  *Professeur d'histoire contemporaine à Sciences Po Aix-Cherpa, Walter Bruyère-Ostells est spécialiste d'histoire du fait militaire. Il est l'auteur d' « Histoire des mercenaires » (Tallandier) et de « Dans l'ombre de Bob Denard » (Nouveau Monde). « De grandes puissances ont pu utiliser des mercenaires - c'est le cas des États-Unis, de la Grande-Bretagne ou de la France pendant la guerre froide -, mais elles l'ont fait loin de chez elles. Elles voulaient pouvoir nier être les commanditaires de ces actions indirectes </text>
	

	<text titre="Prigojine contre Poutine : un scénario de film de gangster façon Scorsese ou Coppola" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="colosimo, jean-françois" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="scénario, evgueni, poutine, scorsese, prigojine, coppola" langue="fr"> Comment finira Evgueni Prigojine ? Comme l'imposteur Gregori Otrepiev, avatar du dauphin Dimitri, assassiné le 17 mai 1606 par les boyards pour avoir armé une garde de mercenaires ? Comme l'usurpateur Emelian Pougatchev, travesti en Pierre III, décapité le 10 janvier 1775 pour avoir marché sur Moscou à la tête d'une troupe d'insurgés ? Sa destinée n'égalera sûrement pas celle du prétendant Boris Godounov, le chambellan d'Ivan le Terrible, couronné le 1er septembre 1598 par les cliques et les chapelles pour pallier la carence d'un successeur. Ou du putschiste Lénine revenu de l'étranger pour profiter du désastre militaire sur le front de l'Est et s'emparer le 26 octobre 1917 du Palais d'Hiver.
En vingt-cinq ans de domination absolue, Vladimir Poutine nous a fait oublier l'instabilité chronique de la Russie, la fragilité de ses institutions mais aussi de ses incarnations politiques. Il a effacé la centaine de faux tsars, tsarévitch, prophètes, messies et autres sauveurs providentiels qui ont hanté les cinq siècles de son essor impérial. De même que le millier d'apparatchiks qui ont valsé du Politburo ou du Gosplan au fil des révisions idéologiques de l'Union soviétique. Potemkine ripolinait les villages. Lui a fardé l'État.   Voici toutefois que ces ombres µont trouvé à se réincarner dans un cuisinier de cour devenu un chien de guerre si enragé qu'il s'est retourné contre son maître. L'ancien guébiste régnant sur le Kremlin, expert en éliminations, ne s'y est pas trompé : c'est un combat sans merci que le patron de Wagner a voulu engager. Létal à terme. Réduit, pour l'heure, au spectacle d'un bras de fer en mondovision.   L'explication la plus convaincante de cet épisode abracadabrant reste que Poutine avait lâché ce sbire encombrant tenté de sa tailler un parti et l'avait sommé de rentrer dans le rang. Que le bombardement raté de l'état-major sur le campement de Prigojine le visait personnellement. Et que le serviteur trahi s'est rendu à Moscou pour rappeler à ses devoirs son protecteur défaillant. D'où, autre scène surréaliste, sa péroraison, une fois son invincibilité démontrée, sur le sang russe que nul ne saurait verser. Quelles leçons en tirer ?   D'abord, la nature mafieuse du régime, de cette alliance inédite entre espions et oligarques voués au seul culte de la puissance, se vérifie. Traduction cinématographique : après s'être imposé, mitrailleuse au poing, dans les quartiers limitrophes et les lointaines zones de trafic, le capo rebelle s'attaque au parrain usé, isolé dans sa tour d'ivoire, désinformé par des conseillers également vieillissants, gavés et dépassés. Un scénario qui siérait plutôt à Scorsese ou Coppola ? Malheureusement, la criminalisation de la Russie par le haut n'est plus à prouver. En chutant, le communisme n'a pas engendré mais a consacré le gangstérisme que, dès ses débuts, il avait extrait des prisons pour servir son système de terreur.   Ensuite, la déréalisation de type schizoïde qu'a induite la fabrique du mensonge officiel se poursuit et, naturellement, s'aggrave. Jusqu'à s'inverser. Sur la guerre, le tyran continue à dire faux et le sicaire se met à dire vrai. Le mouvement de contestation ne surgit pas de la frange libérale mais du bloc néototalitaire. Les soldats mobilisés se méfient moins des miliciens séditieux que des officiers serviles et ils n'entendent pas plus mourir pour prendre Kiev que pour défendre Moscou. Autre face du malheur russe, si Prigojine flatte le quidam lobotomisé de 2023 autant que Poutine charmait celui mal désoviétisé de 1999, c'est que, braillard, belliciste et barbare, il représente l'homo poutinicus achevé.   Enfin, le jeu des rivalités qui vient d'éclater publiquement est inexorable parce que d'ordre mimétique. Mieux vaut laisser César et Brutus, le Maharal et le Golem de côté. La fatalité circulaire qui accable Frankenstein est autrement éclairante car résolument moderne : la créature maléfique, condamnée à répéter la mécanique vengeresse que son créateur autodivinisé lui a insufflée, ne peut se venger de lui qu'en l'obligeant à se venger d'elle. Plus précisément, selon l'Évangile : « Satan en expulsant Satan divise son royaume contre lui-même. »L'erreur d'appréhension commune, au cours de ces 72 heures qui ont rendu vacant le siège du pouvoir à Moscou, a été de les résumer à un duel entre Prigojine et Poutine. Quitte à omettre le troisième homme à qui aurait et qui a certainement profité de ce crime de lèse-majesté retransmis en direct sur les réseaux sociaux. Or les candidats ne manquent pas.   On peut en dresser un tiercé en forme de troïka. Descendant d'aristocrates bolchévisés, Sergueï Narychkine a épuisé tous les hauts postes avant d'être chargé de l'espionnage extérieur. Partisan d'un apaisement avec l'Occident, il est suivi par Sergueï Choïgou, à la Défense, et Valeri Guerassimov, aux armées. Humilié par Poutine au début de la guerre, il subit depuis l'hostilité de Prigojine, désormais renforcée par les bénéfices de sa randonnée factieuse. Pour cette aile réaliste, le compte à rebours en mode survie est enclenché.   Pour l'aile affairiste, portée par Igor Setchine, le patron de Rosneft, le Gazprom du pétrole, et vice-premier ministre, la guerre n'a que trop duré et l'isolationnisme façon Corée du Nord ne saurait être une solution. L'entêtement de Poutine commence à lasser même son vieux camarade des années pétersbourgeoises. Pour la camarilla que Setchine représente, il est temps que le business reprenne.   Au centre, se tient, massif, le clan slavophile qui regrette l'invasion, se veut plus nationaliste qu'impérialiste et voit dans l'eurasisme une simple variable d'ajustement. Il est la main de Nikolaï Patrouchev, l'éternel compagnon de Vladimir Poutine, qui administre l'entier appareil sécuritaire. Et qui considère que son fils Dmitri, 45 ans, diplômé de Harvard et actuel ministre de l'Agriculture, ferait un digne successeur à la tête d'une Russie réellement forte.   Tous peuvent dire merci à Evgueni Prigojine. Le bouffon a montré que le roi est nu. Impuissant, fuyant, médiocre. Faible et affaibli. Que sa mise à l'écart n'est que partie remise.   *Spécialiste du monde de l'orthodoxie, Jean-François Colosimo est également directeur général des Éditions du Cerf. Dernier ouvrage paru : « La Crucifixion de l'Ukraine. Mille ans de guerres de Religion en Europe » , Albin Michel, septembre 2022.   « Le bouffon a montré que le roi est nu. Impuissant, fuyant, médiocre. Faible et affaibli </text>
	

	<text titre="À Kiev, on veut croire que la guerre civile finira par déchirer l'ennemi" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="polard, pierre" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="femme, civile, moscou, jeune, bogdana, admet, guerre, kiev" langue="fr"> PARCE QU'ELLE est une jeune femme ukrainienne, parce qu'elle a surtout subi toute l'horreur de la guerre en zone occupée, Bogdana admet avoir espéré en voyant une colonne de soldats monter sur Moscou : « J'ai bien eu un petit espoir, que peut-être une révolte commence là-bas. Je me suis même dit : « On croit en vous ! Vous pouvez y arriver ! S'il vous plaît ! » Mais non... Évidemment que non... » De son espoir, Bogdana semble définitivement revenue. Elle assène désormais : « Les Russes semblent comme génétiquement incapables de se rebeller. Pas de surprise donc. »Tout le week-end à Kiev, l'actualité est arrivée de Russie en deux salves alternées : les annonces de bombardements à venir et l'évolution du coup de force de Prigojine. La nuit, c'est après avoir été réveillés par les alertes aériennes que beaucoup d'Ukrainiens se sont tenus au courant de la situation. Un jeune couple, Maria et Kiril, raconte :  « Nous avons appris pour Prigojine samedi à 3 heures du matin, à cause des sirènes qui n'arrêtaient pas de hurler. Toute la situation, nous l'avons suivie ensuite dans la salle de bains. »  Dans le bruit des explosions, le couple a débattu, soupesé les hypothèses et s'est finalement accordé sur la certitude de Maria : « Je n'ai d'espoir en aucun Russe. » Globalement, ce scepticisme a primé à Kiev. Il a seulement été contrebalancé par une jubilation vengeresse, que « peut-être (les Russes) vont enfin connaître un peu de notre souffrance, nos soi-disant frères ! » , comme dit Lyudmyla, une vieille femme rencontrée samedi matin, après que son quartier a été bombardé dans la nuit.
Vendredi soir, aux premières annonces de Prigojine, Sacha n'y croyait pas. Sergent au sein d'une brigade d'assaut, il disait :  « Ce n'est que du théâtre ! Une machination du FSB ! Poutine, Prigojine, Choïgou... Tous ces mecs sont du FSB. Ils agissent ensemble, coordonnés. »  Sacha a 27 ans et combat depuis 2014 dans le Donbass. Pour lui qui a donné sa vie à la lutte contre la Russie, il est inenvisageable que des dissensions puissent réellement exister entre Russes - même si Prigojine a reconnu que c'était bien l'armée russe qui avait engagé le conflit dans le Donbass, non les « nazis ukrainiens »de la propagande de Moscou... Samedi matin, Oksana, une mère de famille promenant son fils dans un parc, prédit :  « Je pense qu'il ne faut rien attendre de Prigojine, qui reste un meurtrier avant tout. Je ne pense pas non plus que Poutine le fera tuer. Sur le dos de l'Ukraine, ils se réconcilieront tous. » Prudemment, les autorités ukrainiennes commencent à se manifester. Samedi, le ministère de la Défense poste un tweet : « Nous observons. » Puis, à midi, avec la photo d'un serpent à la gueule ensanglantée : « Le Kremlin se dévore la queue. » Au même moment, le président Zelensky écrit : « Quiconque choisit la voie du mal se détruit lui-même. (...) Qui méprise les gens et jette des centaines de milliers d'entre eux dans la guerre, pour finalement se barricader dans la région de Moscou face à ceux qu'il a lui-même armés. » Plus tard dans la journée, il ajoute : « Aujourd'hui, le monde a vu que les maîtres de la Russie ne contrôlent rien. Rien du tout. C'est le chaos total. L'absence totale de prévisibilité. » Et aussitôt, Zelensky présente l'Ukraine comme un vecteur d'ordre « en mesure de protéger l'Europe de toutes les forces russes, peu importe qui les commande ».Au sein de la présidence, Mykhaïlo Podoliak peut se féliciter d'avoir depuis longtemps prédit une Russie fragile, prête à imploser. Le conseiller spécial de Zelensky déclare aujourd'hui au Figaro : « La Russie est vouée à un processus révolutionnaire qui s'accompagnera d'un renouvellement total des élites dirigeantes. Tous les empires, ou pseudo-empires autoritaires, qui tentent de faire pression sur le monde extérieur puis d'en modifier les règles sont voués à s'effondrer. Ce n'est jamais qu'une question de temps.» Sur le dénouement biélorusse de la sédition de Prigojine, Podoliak commente : «Par cette décision manifestement bizarre et illogique (de cesser sa rébellion), Prigojine a en fait signé son propre arrêt de mort. Le peuple russe ne pardonne pas aux tsars les guerres perdues, mais il ne pardonne pas non plus aux rebelles les occasions manquées. »  D'après Podoliak, si la sédition a raté, « alors qu'elle avait une chance unique de prendre le pouvoir à Moscou », elle a surtout « démontré au monde entier la faiblesse du régime de Poutine, faisant vivre à Poutine et aux principaux dirigeants du pays, presque pour la première fois, une peur animale pour leur propre vie. Et cette peur, ils ne lui pardonneront pas. » Si le conseiller à la présidence ukrainienne réfute toute implication de son pays dans les dissensions russes, il admet néanmoins :  « Nous prenons positivement les événements lancés par Prigojine. Cela signifie que la guerre se déplace en Russie et qu'une guerre civile russe finalisera la guerre en Ukraine. » Ce week-end, la confusion en Russie a contrasté avec la poursuite ininterrompue de la guerre en Ukraine. Aux trois morts dénombrés samedi après une frappe russe sur un immeuble résidentiel, se sont ajoutés deux autres, découverts dimanche sous les décombres. Et malgré l'horreur, c'est une blague qu'aujourd'hui les Ukrainiens se partagent massivement : « Vous avez eu la version d'essai d'une guerre civile en Russie. Pour avoir accès à la version intégrale, soutenez l'armée ukrainienne. » </text>
	

	<text titre="Russie : le système Poutine se fissure" date="2023 06 26T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jean-dominique merchet" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="L'Opinion" keywords="système, poutine, wagner, chemin, forces, rebroussé, russie" langue="fr"> Les forces du groupe paramilitaire Wagner, qui se dirigeaient vers Moscou samedi, ont rebroussé chemin après avoir quitté dans la soirée la ville de Rostov-sur-le-Don où elles encerclaient le quartier général de l'armée russe, qui commande les opérations en Ukraine. Un accord de sortie de crise a été négocié entre le Kremlin et les rebelles, grâce au président biélorusse Alexandre Loukachenko. Sur le front ukrainien, les combats se sont poursuivis. L'armée russe a conduit une importante série de frappes de missiles et de drones, dont la plupart ont été interceptés par la défense aérienne ukrainienne.
Le samedi 24 juin 2023 restera une date importante dans l'histoire politique de la Russie. La crise provoquée par la rébellion armée d'Evgueni Prigojine, à son paroxysme, n'aura duré qu'une seule journée, mais Vladimir Poutine et son régime en sortent affaiblis. Le pouvoir n'est certes pas tombé, mais, fébrile, il a chancelé quelques heures sous les yeux du monde et de la population russe. Les effets en seront durables à l'intérieur du pays. Pour l'heure, il est trop tôt pour en mesurer les conséquences sur la guerre en Ukraine, où les combats se poursuivent. Bien sûr, on entend déjà les adeptes des théories du complot nous expliquer que cette tentative de putsch n'était qu'une manipulation médiatique du Kremlin, que Prigojine et Poutine étaient d'accord pour cette mise en scène. C'est absurde. Ces thèses sont dépourvues du moindre commencement de preuves.   « Money-cratie ». Elles ne prouvent, au fond, qu'une seule chose: leurs promoteurs restent fascinés par Vladimir Poutine qu'ils considèrent comme un dirigeant politique très habile, alors qu'il n'est qu'un tsar vieillissant fragilisé par ses propres fautes.   Comme l'explique dans nos colonnes Dimitri Minic, chercheur à l'Ifri, « la direction politique russe avait déjà   subi un discrédit important à cause de l'ampleur imprévue qu'a pris la guerre d'Ukraine. Cela avait déjà beaucoup fragilisé la crédibilité du régime qui a montré   qu'il ne maîtrisait pas grand-chose ». Il ne manquait plus que « la révolte des mercenaires » s'estimant mal traités financièrement - un grand classique de l'histoire militaire, selon l'historien Jean Lopez. En 1532, Nicolas Machiavel mettait déjà en garde contre les condottieri et leurs troupes « incertaines, infidèles ? ? ? Pages 2 et 3 ? ? ? Suite de la page 1 et dangereuses ». A l'évidence, le Florentin ne règne pas en maître au Kremlin.   Le patron de Wagner, Prigojine, « cherche la gloire et le renforcement de sa puissance économique. Il veut une place à la table des grands, car le rôle de l'homme de service ne lui convient plus depuis très longtemps », estime Natalia Turine, éditrice franco-russe à Paris. Cette excellente observatrice de la société russe poursuit: « Si la Russie de Poutine était un restaurant pour les riches, la nouvelle élite d'après-guerre, ce seront les gardes du corps de ces riches, qui étaient jusqu'à présent interdits d'entrée. Mais comme les clients du restaurant sont partis, les gardes du corps ont pris leurs places pour terminer les plats encore chauds. Reste à savoir s'il y a beaucoup de réserves dans les cuisines... » Le régime russe, dont Prigojine fait partie, est une « money-cratie » fondé sur l'agent, avance Natalia Turine. Un système quasi-féodal de répartition de la richesse et du pouvoir, avec ses grands seigneurs qui peuvent, comme dans l'Europe du XVIe siècle, se lancer dans des « prises d'armes » contre le monarque, afin de faire valoir ce qu'ils estiment être leurs « droits ». Sur fond d'héritage soviétique, le tout est désormais enveloppé dans un discours nationaliste et réactionnaire.   Régime en sursis. La crise de samedi et son issue provisoire montrent, en effet, que la Russie de Vladimir Poutine n'est pas la réplique du système totalitaire soviétique d'hier ou chinois d'aujourd'hui. Dans ces régimes communistes, le monopole de la violence, entre les mains du pouvoir, est absolu. Visiblement, il ne l'est pas en Russie - l'existence même de Wagner et d'autres forces privées le prouve. Après un discours fustigeant, samedi matin, la « trahison » et parlant d'une « menace mortelle », Vladimir Poutine a dû se résoudre à négocier avec Evgueni Prigojine, par l'intermédiaire de son vassal, le président Loukachenko de Biélorussie. « Une humiliation », selon Natalia Turine.   La colonne armée de Wagner - environ 4000 hommes avec des blindés - s'approchait de Moscou, sans avoir pu être arrêtée par la force, malgré l'usage d'hélicoptères de combat. Elle a volontairement rebroussé chemin à 330 kilomètres de la capitale, au prétexte d'éviter un bain de sang. Pour l'heure, Prigojine a donc trouvé refuge en Biélorussie et le Kremlin a renoncé à   sanctionner les rebelles. Il n'y aura pas de poursuites pénales. On passe l'éponge, mais les conditions politiques, sécuritaires et financières de cet accord restent incertaines, comme l'est l'avenir de Prigojine et de Wagner.   La politologue Anna Colin Lebedev, auteure de Jamais frères ? Ukraine et Russie : une tragédie postsoviétique (Seuil, 2022) décrit une situation de « dilution du monopole de la violence légitime ». « Cette situation inédite confirme aux élites que le temps de la stabilité est révolu, et que l'Etat que l'on pensait surpuissant, a des failles. L'assise du pouvoir est aujourd'hui une chaise un peu plus branlante qu'hier. » Sur son compte Twitter, elle ajoute: « Certains se diront que si une telle insurrection est possible, c'est que l'Etat n'est pas si puissant. Et ça, c'est le petit dégât des eaux invisible, mais redoutable. » « Entre autres choses définitivement enterrées en Russie, la fameuse verticale du pouvoir », juge pour sa part Arnaud Dubien, directeur de l'Observatoire franco-russe. La « verticale du pouvoir », c'était le concept mis en avant par Vladimir Poutine dans les années 2000 au moment de la restauration d'un régime fort.   Autre bon connaisseur de la Russie et ancien des services de renseignement, Gaston Erlom - un pseudonyme - estime que « peu importe » l'accord conclu samedi soir: « Le mal est fait et le régime mafieux en sursis n'y survivra pas. La tentative de putsch va marquer les esprits. C'est la fin de l'apparente stabilité promise par le pouvoir. » Et Gaston Erlom de mettre en garde: « L'Occident ne doit pas valoriser Poutine comme étant un moindre mal » face à ceux qui pourraient lui succéder.   @jdomerchett   On passe l'éponge, mais les conditions politiques, sécuritaires et financières de cet accord restent incertaines, comme l'est l'avenir de Prigojine et de Wagner </text>
	

	<text titre="Que cache le coup d'éclat de Prigogine ?" date="2023 06 26T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="l'Humanité" keywords="passer, moscou, wagner, coup, éviter, russie, bain, sang, troupes" langue="fr"> Russie Le fondateur de la société militaire privée Wagner a lancé ses troupes sur Moscou avant de passer un accord samedi pour « éviter un bain de sang ». Son objectif était de faire tomber les chefs militaires. Paradoxalement, Vladimir Poutine pourrait sortir renforcé de cette épreuve.Les 4 et 5 mai, on s'en souvient peut-être, Evgueni Prigojine, le patron du groupe paramilitaire Wagner, publiait coup sur coup trois vidéos dans lesquelles il s'en prenait au ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, et au chef de l'état-major, Valéri Guerassimov. Alors que la bataille de Bakhmout était en cours, il leur reprochait de ne pas ravitailler ses troupes en munitions et menaçait de les retirer du front. Le 21 février, il avait déjà poussé un coup de gueule, accusant l'état-major de « trahison ». Enfin, en mars, toujours dans une vidéo, moyen de communication qu'il affectionne tout particulièrement, Evgueni Prigojine évoquait une  « ambition politique », celle de se « présenter en 2024 à l'élection présidentielle ukrainienne ». Vous avez bien lu : à l'élection ukrainienne. 
En mai, l'homme était déchaîné au plus haut point. « Choïgou ! Guerassimov ! Où sont mes putains d'obus ? ! » criait-il. « Vous vous asseyez dans vos clubs hors de prix et vos enfants profitent de la vie, font des vidéos sur YouTube ! » poursuivait-il entre deux insultes. Mais ce n'est peut-être pas le plus important. Dans l'un des enregistrements du mois de mai, on le voit déambuler au milieu des cadavres présentés comme appartenant au groupe paramilitaire. « Ces gars sont de Wagner. Ils sont morts aujourd'hui, leur sang est encore chaud. (...) Ils sont morts pour que vous puissiez vous engraisser dans vos bureaux ! » Des joutes verbales violentes jusqu'à présent mais qui ont pris, vendredi, une tournure beaucoup plus dramatique. Prigojine est rentré en Russie avec ses troupes - l'orchestre comme on les appelle - dans le but de renverser le commandement militaire, se disant « prêt à mourir » avec ses 25 000 hommes pour « libérer le peuple russe ». Depuis Rostov - et toujours par vidéo -, il menaçait d'envoyer ses mercenaires sur la capitale. Ce qu'il a effectivement commencé à faire. Samedi matin, Vladimir Poutine avait accusé Evgueni Prigojine de « trahison » et d'actions « qui cassent notre unité. C'est un coup dans le dos de notre peuple et de notre pays. Nous nous défendrons de la trahison interne ». Au cours de cette même intervention, le président russe annonçait une réponse « implacable » contre les auteurs de la mutinerie et informait avoir donné les ordres nécessaires pour stabiliser la situation. À Moscou et dans plusieurs villes du pays, on parlait de mesures antiterroristes.   Les poursuites pénales abandonnées  Et puis, tout d'un coup, ce qui pouvait s'apparenter à une tentative de coup d'État s'est arrêté. Prigojine affirmait qu'il voulait éviter un bain de sang. Une médiation se mettait en place sous l'égide du président biélorusse, Alexandre Loukachenko. Les poursuites pénales contre Evgueni Prigojine (qui est censé prendre le chemin de Minsk) seront abandonnées et aucun des combattants du groupe Wagner ne sera poursuivi. Les autorités russes n'avaient jusqu'ici jamais fait preuve d'une telle mansuétude, jetant en prison opposants et anonymes critiquant Vladimir Poutine et l'offensive contre l'Ukraine. Ce qui ne manque pas d'étonner.   Tout le monde se perd en conjectures. Le chef d'État russe sort-il affaibli de cette affaire, comme l'avancent avec espoir de nombreux médias et analystes occidentaux ? « Cela a défié directement l'autorité de Poutine. Donc, cela soulève de vraies questions et révèle des fissures réelles » au plus haut niveau de l'État russe, a affirmé le secrétaire d'État américain, Antony Blinken. Quant au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, il s'est précipité en affirmant : « Aujourd'hui, le monde en a été témoin : les dirigeants russes ne contrôlent rien. Rien du tout. C'est le chaos total. L'absence totale de prévisibilité. » Et il a demandé une fois de plus l'intégration de son pays à l'Otan, qui « n'est pas qu'un mot ou un ensemble de promesses formelles » mais des « garanties fiables pour tous que la paix ne sera pas détruite ».   Le Kremlin craint-il cette milice Wagner ou a-t-il senti qu'elle bénéficiait d'une certaine popularité, notamment parce qu'elle se trouve en première ligne dans cette guerre ? Prigojine a toujours été un proche de Poutine, qui lui a donné toute latitude pour développer son groupe. D'ailleurs, le chef des paramilitaires s'est bien gardé de s'en prendre au président russe. Les têtes qu'il veut sont celles de Choïgou et Guerassimov. Va- t-il les obtenir ? Samedi soir, des rumeurs relayées sur les réseaux sociaux affirmaient qu'ils avaient sauté. Pour l'heure, il n'en est rien. Mais les deux hommes doivent participer ce lundi à une réunion au Kremlin avec un ordre du jour tenu secret. En lançant ce qu'il a appelé la « marche de la justice » sur Moscou, Evgueni Prigojine ne pouvait pas réellement penser qu'il aboutirait. Ces colonnes de véhicules blindés remontant vers la capitale depuis Rostov étaient des cibles toutes désignées pour l'aviation russe, qui s'est bien gardée de les détruire. Comme si Vladimir Poutine maîtrisait la situation. Lors d'une rencontre, dimanche à Pékin, entre le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Andreï Roudenko, et son homologue chinois, Ma Zhaoxu, Pékin a exprimé son « soutien pour les efforts des dirigeants de la Fédération de Russie pour stabiliser la situation dans le pays en lien avec les événements du 24 juin ».   Car à l'aune des développements de ce week-end, le président russe pourrait rebattre les cartes. Il est difficile de savoir si la contre-offensive ukrainienne, lancée il y a une quinzaine de jours, porte ses fruits. Les rapports des chancelleries occidentales (leurs services de renseignement et leurs ministères de la Défense), membres de l'Otan et soutiens actifs de l'Ukraine, se gardent bien de crier victoire. Les avancées sont lentes et incertaines et les pertes nombreuses. La défense russe tient le choc et procède même à des offensives limitées, selon les Britanniques.   Il reste à savoir si l'armée russe - qui va intégrer une partie des combattants de Wagner comme cela était prévu, ce qui avait créé un point d'achoppement supplémentaire - va être affectée par ce qui vient de se passer et si cela aura des répercussions sur l'issue de la guerre et sur le pouvoir. C'est ce qu'il convient maintenant d'observer.    Pierre Barbancey </text>
	

	<text titre="En Russie, le mystère reste entier sur le coup de force de Wagner" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23987" auteur="yves bourdillon; benjamin quenelle" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Les Echos" keywords="wagner, andreï, russie, scène, mise" langue="fr"> « Cela ne pouvait pas être une mise en scène. Parce que tout scénario doit avoir un but. Ici, il n'y en pas… » Comme le tout-Moscou, Andreï Kolesnikov, expert de la fondation Carnegie et l'un des derniers politologues indépendants encore présents dans la capitale russe, s'interroge sur la finalité de la brève rébellion d'Evguéni Prigojine contre le pouvoir militaire. 
Depuis le début, vendredi, de cette sorte d'insurrection du chef du groupe Wagner, qui a conquis avec une facilité troublante la grande ville de Rostov-sur-le-Don, jusqu'à sa volte-face et le retrait de ses troupes, puis son départ pour la Biélorussie, tout aurait pu être orchestré. « Mais cela ne veut pas dire pour autant que tout a été organisé à l'avance. On ne voit pas pourquoi cette mise en scène aurait été lancée et à qui elle profiterait, prévient Andreï Kolesnikov. A ses yeux, « Prigojine s'est fait peur et se savait perdu. Poutine n'avait pas besoin de cette crise, lui qui essaie depuis des semaines de rassurer la population en expliquant que tout est normal ». Coups de billards à trois bandesLes folles heures de la révolte aux airs de putsch d'Evguéni Prigojine ont au contraire démontré que plus rien n'est normal. « Et les questions sur l'après sont encore plus nombreuses et la plupart sans réponses », ironise Nikolaï, Moscovite, portrait-type de la classe moyenne opposée au Kremlin, mais habitué à vivre loin de la politique. « Elle nous rattrape aujourd'hui ! Et les scénarios sont aussi multiples qu'incertains… On a l'impression que nous sommes en plein combat de gangs », poursuit-il.   Comme à son habitude, la propagande du Kremlin va sans doute essayer de retourner les faits. Et, par exemple, de montrer que Vladimir Poutine, loin d'être affaibli, a réussi son « opération antiterroriste ».« Le président est dans son droit et dans son pouvoir. Rien n'a fondamentalement changé, assure ainsi Igor, autre Moscovite perplexe. Ces manoeuvres politiques n'ont-elles pas en fait été orchestrées à des fins militaires pour, discrètement, redéployer les troupes conventionnelles en vue d'une nouvelle attaque à lancer en Ukraine ? » Il est là-bas le vrai front, pas à Moscou.   « Dès le début, l'action de Prigojine était suicidaire et louche. Tout semble avoir été cousu de fil blanc. Mais par qui ? »,  s'interroge un homme d'affaires français à Moscou. « Un seul gagnant possible : un chef de clan ayant, en coulisses, intérêt à la fois à exclure du jeu Prigojine et à discréditer Poutine. » Mis à part le patriarche orthodoxe et quelques seconds couteaux parlementaires, aucune grande personnalité politique ne s'est exprimée pendant la mutinerie de Wagner. Des rumeurs avait d'ailleurs couru samedi sur l'envol précipité, hors de Russie, de membres de l'élite politique et du monde des affaires.   Les événements du week-end, possible bombe politique à retardement, pourraient surtout provoquer de rapides changements dans l'armée. Paradoxalement, Evguéni Prigojine obtiendrait gain de cause avec l'éviction possible des deux hommes qu'il critiquait depuis des semaines : le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et le chef d'Etat-major, Valéri Guérassimov, inaudibles et invisibles pendant tous les événements. Par ailleurs, la faiblesse montrée par les dirigeants politiques n'est sans doute pas passée inaperçue dans les rangs de l'armée.   Elle pourrait connaître une large réorganisation, notamment avec l'intégration partielle des hommes de Wagner. Leur marche sur Moscou a été peu perturbée par les forces de sécurité locales, soupçonnées, du coup, de l'approuver ou au moins de rester passives. La plupart des soldats soutiennent la guerre en Ukraine. Mais ils ne sont pas insensibles aux critiques d'Evguéni Prigojine sur l'inefficacité de l'armée et une hiérarchie qui semble corrompue.   Benjamin Quénelle   Yves Bourdillon </text>
	

	<text titre="Défié, Poutine reste seul maître du pouvoir russe" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="lasserre, isabelle" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="pouvoir, poutine, russe, tenté, vladimir, maître" langue="fr"> LE GÉNIE monstrueux fabriqué par Vladimir Poutine est retourné dans la bouteille dont il avait tenté de s'échapper. Et nul ne sait si le bouchon s'ouvrira un jour à nouveau pour lui.   Dans son élan, Evgueni Prigojine, l'ancien prisonnier de droit commun qui fait exécuter les déserteurs en les frappant sur la tête avec une masse, avait pourtant entraîné derrière lui une partie de l'opposition russe, notamment son représentant le plus connu, le démocrate Mikhaïl Khodorkovski. Depuis son exil en Europe, l'ancien patron de la compagnie pétrolière Ioukos, qui a passé huit ans dans les geôles de Poutine, avait appelé à soutenir le chef de Wagner et sa rébellion armée, estimant que tout est bon, même une alliance avec le diable, pour affaiblir le régime de Vladimir Poutine.
La fin de partie a été sifflée beaucoup plus rapidement qu'ils ne le pensaient par le président russe qui, en envoyant Prigojine en exil en Biélorussie, a rappelé qu'il restait le patron.   Pendant longtemps, alors qu'il prospérait en installant son entreprise de mercenaires en Afrique, puis participait aux grandes batailles de la guerre en Ukraine, Evgueni Prigojine n'était pas considéré comme un danger pour le maître du Kremlin. De la hauteur de son siège d'arbitre au Kremlin, Vladimir Poutine, fidèle à la bonne vieille méthode de gestion du pouvoir « diviser pour régner » , observait le concours d'inélégances entre les bras armés de son entourage qui, en s'affrontant protégeaient son trône.  « Poutine était préservé par le fait que les élites russes détestaient Prigojine » , explique un opposant, dans une récente réunion à Paris. L'ancien vendeur de saucisses, qui a passé neuf ans en prison pour vol et fraude avant de faire fortune dans la restauration grâce aux contrats accordés par Vladimir Poutine, était jugé infréquentable par la bourgeoisie politique et économique de Moscou. Trop rugueux, trop mafieux, trop violent, trop voyou. Et infréquentable en Occident, où il est recherché par le FBI pour avoir tenté d'influencer la campagne électorale américaine en 2016, et où on lui impute de nombreuses autres opérations de désinformation.   Mais depuis plusieurs semaines, sur fond d'échec de la guerre en Ukraine, une partie de l'élite serait devenue sensible au discours de vérité tenu par le patron de Wagner, qui dénonçait, de plus en plus fort, les mensonges des responsables militaires et affirmait que l'agression contre l'Ukraine était injustifiée. Il réclamait la tête du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et celle du chef d'état-major, Valeri Guerassimov, jugés responsables de la défaite militaire et auxquels il reproche d'avoir mené les soldats à l'abattoir. Ses demandes n'ont jamais été considérées par Vladimir Poutine qui, au contraire, à deux reprises, a décidé de limiter son pouvoir, d'abord en lui interdisant de recruter ses miliciens dans les prisons, puis en les liant à l'armée régulière par une obligation de signer un contrat avec elle. Le sort qui sera réservé dans les prochaines semaines au ministre de la Défense et au chef d'état-major permettra d'apprécier le contenu de l'accord passé entre les deux hommes, si accord il y a bien eu.   Sans doute poussé par l'hubris à franchir le Rubicon, peut-être encouragé par quelques-uns dans l'entourage de Poutine, Prigojine a-t-il réellement cru qu'il pourrait marcher, à la tête de sa milice, jusqu'au Kremlin pour défier le tsar sans être arrêté ? Son « vrai-faux » putsch n'aura duré que quelques heures. Le temps de comprendre que le rapport de force lui était très défavorable, puisque aucune unité de l'armée n'avait fait défection en sa faveur, les commandants se rangeant plutôt derrière Vladimir Poutine qui dénonçait un « coup de poignard dans le dos de la Russie ».   Il s'est donc soumis et a accepté, sous la menace, un exil forcé à Minsk, la capitale de la Biélorussie. Le président russe a rappelé au patron de Wagner ce qu'il était vraiment : un « oprichnik » , l'un des cavaliers en noir qui servaient le tsar et faisaient régner la terreur sous Ivan le Terrible. Ils avaient la liberté de piller, de tuer, de violer et d'exercer toutes sortes de brutalités, mais jamais de défier le tsar, dont ils dépendaient entièrement.   Beaucoup de questions restent pour l'heure sans réponses. Prigojine avait-il des complicités dans l'appareil de sécurité moscovite ? L'insurrection était-elle réellement préparée depuis huit mois, comme d'aucuns l'ont affirmé ? Vladimir Poutine était-il au courant au moins vingt-quatre heures avant, comme le suggèrent les services de renseignements américains ? La rébellion a-t-elle pu être montée par les services secrets russes pour relancer la guerre et justifier une nouvelle escalade en Ukraine ?   Il est encore trop tôt pour évaluer toutes les conséquences de cette brève insurrection qui a secoué le pouvoir de Vladimir Poutine. Wagner, dont les locaux ont été perquisitionnés hier, va-t-elle survivre au choc ? La milice sera-t-elle démantelée ou reprise en main par les services du renseignement militaire, le GRU, qui chapeaute déjà en partie ses activités ? Quant à Evgueni Prigojine, sera-t-il laissé en vie par Vladimir Poutine ? À moins, suggèrent certains, qu'il ne soit envoyé en Biélorussie pour créer un second front contre l'Ukraine et, par là, soulager la pression dans le Donbass et dans le Sud...   Vladimir Poutine sort lui aussi affaibli de cette tentative avortée de putsch qui fait entrer la Russie dans une nouvelle phase, celle de la lutte des clans et des affrontements entre forces armées, publiques ou privées comme celles qui s'y sont développées ces dernières années. Il a aussi réveillé les forces centrifuges à l'oeuvre dans le pays, fait émerger des rivalités internes, alors que la guerre en Ukraine est un poison qui ronge le régime de l'intérieur. Enfin, le manque de coordination dans la réponse, qui a été relevé par la plupart des experts, révèle une certaine fragilité du pouvoir.   À court terme cependant, le président russe pourrait sortir renforcé de l'épisode, qui a prouvé que le régime tenait bon et qu'un seul homme était toujours aux commandes. En 1993, pour mater une tentative de putsch, Boris Eltsine avait fait tirer ses chars contre le Parlement, en plein Moscou. L'épisode, qui avait fait environ 200 morts, avait refermé la parenthèse démocratique de la Russie. Mais il avait aussi consolidé le pouvoir du président. </text>
	

	<text titre="Le tsar est nul" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Libération" auteur="par serge july cofondateur de «libération»" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Libération" keywords="épisode, poutine, wagner, week-end, russie, mutinerie, tsar" langue="fr"> Ce week-end aura offert une plongée pathétique dans la Russie poutinienne. Poutine ne reconnaîtra jamais que cet épisode humiliant pour lui et pour la Russie - la mutinerie de Wagner - était la conséquence directe de la guerre de conquête de l'Ukraine. Or non seulement cette initiative impérialiste est l'une de ces grandes erreurs historiques dont les livres sont pleins, mais le plus grand pays du monde en superficie est pris en flagrant délit depuis février 2022 de chercher à accroître son territoire à l'ancienne, en annexant les voisins. Mais la contreperformance du tsar Poutine ne s'arrête pas là.   Poutine s'est révélé un très mauvais stratège militaire, qui aura réussi l'exploit de se faire jeter en dehors de la majeure partie du territoire ukrainien par toute une génération de patriotes que l'invasion russe a de facto formée et mobilisée. Prigojine est sans doute un tueur, mais c'est surtout un seigneur de la guerre comme les Etats sous-développés en ont connu il y a deux, trois ou cinq siècles. Des seigneurs de la guerre qui vivaient sur le peuple, et ne reculaient devant rien. Pendant la guerre civile, consécutive à la révolution bolchevique, les seigneurs de la guerre, étaient blancs, rouges, anarchistes, nationalistes, chacun avait son armée.
Panade. Le NKVD avait été créé en 1934 par Staline pour terroriser les soldats, la population, les peuples, le Parti, toutes les oppositions, même les plus marginales. Cette organisation régnait sur l'URSS : elle a beaucoup fusillé, et elle avait même le droit de tirer sur les soldats qui reculaient, sur tous ceux qui n'exécutaient pas les ordres. Cette organisation terroriste d'Etat avait plusieurs massacres de masse à son palmarès. Pourquoi Poutine a-t-il eu besoin d'un Prigojine ? Parce que les milices privées, les armées d'entreprise lui permettaient d'éviter la conscription générale. Et dans le cas de Wagner, cette milice était la seule à avoir une «victoire», fût-elle modeste, à Bakhmout.   Le monde entier supposait qu'un conquérant bodybuildé comme Poutine avait su forger l'armée qui correspondait à ses ambitions. Avec ses combines, son invasion manquée, ses engins qui ne marchent pas, ses soldats qui repartent en courant et son matériel rouillé, l'armée russe s'est ridiculisée en Ukraine. Allez savoir pourquoi l'héritière de celle qui avait réussi à chasser les nazis, au prix d'immenses sacrifices, est devenue une armée de cinquième zone, qui ne doit son importance qu'à la possession d'un grand nombre d'ogives nucléaires. Et il suffit qu'une seule de ces bombes fonctionne pour que nous fassions connaissance avec l'apocalypse. Le monde entier a intérêt à ce que l'armée russe soit vraiment bien organisée Grâce à Poutine, la Russie d'aujourd'hui a gardé de l'époque stalinienne le rôle majeur imparti aux services secrets. Car ce n'est pas une junte militaire qui dirige la Russie, mais le FSB et le GRU, le renseignement militaire. La Russie est un pays aux mains d'agents secrets, en charge de l'espionnage national des Russes et des pays voisins, des professionnels de l'empoisonnement et de la défenestration. Militairement, ils ont prouvé leur nullité, comme le prouve le déclenchement de l'invasion de l'Ukraine : les services secrets russes fonctionnent très mal, les espions russes se trompent dans leurs évaluations, mettant le Président dans la panade la plus totale. Ils en ont fait un aveugle contraint de se méfier de la production des services. La mutinerie de Prigojine éclate. Là encore, quelle démonstration honteuse. Le FSB, le GRU, la garde nationale, le FSO, toutes ces organisations entretiennent des forces spéciales, sur le modèle du GIGN et du Raid, plus des unités parachutistes, qui étaient tout à fait susceptibles d'arrêter immédiatement la colonne Wagner.   De Gaulle, lors du putsch des généraux de l'OAS, a fait désarmer des unités d'élites de l'armée française pour les interner à Sidi Bel Abbès.   Passivité. Quand Wagner entre en rébellion, on pourrait penser que Poutine va rassurer les Russes sur son autorité bafouée. Pas du tout, il laisse faire : Moscou se barricade, on creuse des tranchées dans le bitume et Prigojine négocie son «demi-tour» avec Loukachenko, le dictateur du Bélarus. Il s'en sort évidemment blanchi : il peut trahir, faire la chasse au ministre de la Défense et du commandant en chef, aucune poursuite.   En tous les cas, ça ne grandit pas Poutine, qui après cet épisode est certain de connaître d'autres rébellions. Sa passivité est la surprise du week-end : il a laissé Prigojine prendre le contrôle de Rostov-sur-le-Don, une ville de 1 million d'habitants où se trouve le commandement stratégique de la guerre en Ukraine, et surtout prendre la route de Moscou avec ses blindés et faire son numéro sur toutes les télévisions du monde. Aucune émotion au Kremlin. On se souvient que des opposants russes ont occupé Belgorod sans que l'armée russe n'intervienne. Ces deux épisodes, Belgorod et la chevauchée de Prigojine, prouvent que l'armée russe n'a pas de réserve. Elle est dans l'impossibilité de distraire une unité militaire pour faire quelques heures de maintien de l'ordre. Cette rébellion e est dramatique pour Poutine. La Russie peut être attaquée, elle ne sera pas défendue ! La séquence Prigojine aura elle aussi révélé un vide étatique absolu.   La démonstration est faite, le Poutine qui roule des mécaniques est un autocrate nul et un maladroit machiavélique qui ridiculise la Russie. ? </text>
	

	<text titre="Russie La rébellion restera-t-elle sans conséquences ?" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="rébellion, événements, samedi, soir, russie, pierre, restera-t-elle" langue="fr"> Pierre Hardyet Julien Duffé   Une humiliation. Les mots du centre de réflexion américain Institute for the Study of War étaient forts samedi soir pour décrire les événements survenus le jour même en Russie. « L'avancée rapide de Prigojine vers Moscou a ridiculisé une grande partie des forces régulières russes » et va « nuire considérablement au gouvernement de Poutine et à l'effort de guerre russe en Ukraine », est-il écrit dans la note quotidienne consacrée à la guerre en Ukraine.  Une impression de chaosDe là à envisager une fin de règne ? « La question centrale, c'est celle de la dynamique créée par Prigojine. Est-elle susceptible de fragiliser le pouvoir ou restera-t-elle une aventure d'un soir ? », demande le spécialiste des questions de défense Pierre Servent, évoquant la chute du tsar lors de la révolution russe de 1917. Une série de défaites face à l'Allemagne avait enclenché un mouvement qui avait conduit à la chute des Romanov et de Nicolas II, qui n'avait pas du tout été « anticipée ni envisagée jusque-là », rappelle le consultant en défense du « Parisien » - « Aujourd'hui en France ».
Pour l'opposant en exil Mikhaïl Khodorkovski, la cavalcade de Wagner a, en tout cas, de quoi inspirer. « Le mouvement démocratique doit retenir la leçon : un changement de régime ne viendra pas des urnes, a-t-il écrit sur Twitter. Le pays et le monde savent maintenant qu'il est possible de se rebeller contre Poutine sans être battu, parce que Poutine est faible. » « Cela montre les divisions au sein du camp russe », a quant à lui réagi Emmanuel Macron, dans un entretien à « la Provence ».   « Le régime n'en sort pas solidifié, ni la Russie unie », estime pour sa part Carole Grimaud, chargée de cours sur la géopolitique de la Russie à l'université Paul-Valéry de Montpellier (lire ci-contre). L'experte rappelle toutefois que l'opposition légale est « quasiment inexistante » dans le pays. Déjà emprisonné, son représentant le plus en vue, Alexeï Navalny, est actuellement jugé pour « extrémisme » et encourt une peine de trente ans de prison.  L'Ukraine revendique des avancéesEn Russie, la rébellion d'Evgueni Prigojine laisse une impression de chaos. Les images de mercenaires acclamés par la foule à Rostov-sur-le-Don témoignent des « divisions » qui semblent traverser la société, juge Carole Grimaud. Dans un pays où le monopole de la force semble plus disputé que jamais, cette incursion soulève aussi des questions quant à l'aide dont a pu bénéficier le chef de Wagner : « Je ne peux pas imaginer qu'une opération de cette envergure ait été lancée sur un coup de sang, indique-t-elle. Elle a certainement été préparée depuis longtemps. Et quand on voit que cette avancée s'est faite quasiment sans résistance, on peut imaginer que Prigojine a bénéficié de soutiens. »   Les événements du 24 juin pourraient entraîner une purge, à en croire l'experte, qui souligne que ceux - militaires mais aussi responsables politiques - qui n'ont pas opposé de résistance à Prigojine ont « bien entendu » été repérés par Moscou.   Les forces armées ukrainiennes, elles, n'ont pas attendu ces mouvements pour relancer leur contreoffensive. L'armée a ainsi annoncé samedi avoir lancé des attaques « dans plusieurs directions » sur le front de l'Est et revendiqué de nouvelles « avancées ».   Pour le moment, toutefois, « rien ne montre que le dispositif défensif russe ait été affaibli, observe le général de l'armée de terre et professeur à Sciences-po Vincent Desportes. Il n'a pas eu le temps de l'être : les troupes sont toujours là et continuent d'appliquer les consignes ». Malgré les événements récents, l'armée russe a mené samedi une série de frappes de missiles contre l'Ukraine, faisant au moins cinq morts à Kiev.   À plus long terme, estime toutefois Vincent Desportes, les Ukrainiens pourraient bénéficier de la « déstabilisation d'une partie de la hiérarchie russe » et de l'effet des événements du 24 juin sur le moral des troupes russes. « Quel degré de loyauté Poutine est-il encore capable de susciter chez ses soldats ? interroge ainsi le général Michel Yakovleff, ancien vice-chef d'état-major du Shape (Otan). Seront-ils toujours aussi prêts à mourir pour lui ? Ce n'est plus si évident. »  Fenêtre d'opportunitéPour le général Desportes, les tensions internes suscitées par la guerre ouvrent aussi une fenêtre d'opportunité en Ukraine et pourraient conduire Vladimir Poutine - désormais « vulnérable » - à rechercher « une solution diplomatique plus rapidement que prévu ».   Reste à savoir si l'Ukraine sera disposée à se mettre à la table des négociations. Dans un message sur Twitter samedi, le président Volodymyr Zelensky a en tout cas semblé plus déterminé que jamais à poursuivre les combats : « Nous savons comment gagner - et cela va arriver. » </text>
	

	<text titre="La mutinerie de Wagner révèle les failles du système Poutine" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23987" auteur="yves bourdillon; benjamin quenelle" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Les Echos" keywords="wagner, vladimir, moscou, poutine" langue="fr"> L'impensable, la prise de Moscou par les mutins du groupe de mercenaires Wagner, n'a pas eu lieu. Mais Vladimir Poutine va vraisemblablement sortir très affaibli, voire discrédité des deux jours de folie qui se sont emparés de la Russie.
Il a dû, en effet, se résoudre à passer un pacte avec Evguéni Prigojine, le chef de Wagner, qu'il qualifiait pourtant, lors d'une intervention télévisée exceptionnelle samedi matin, de « traître qui devra être immédiatement puni ». Les détachements blindés de cette armée de l'ombre de l'Etat russe n'en avaient pas moins continué à s'enfoncer vers Moscou depuis la ville de Rostov-sur-le-Don, base arrière des forces russes en Ukraine, dont elles s'étaient emparées dans la nuit. Aucune résistance, hormis l'intervention de deux hélicoptères loyalistes. Ce qui laisse supposer qu'Evguéni Prigojine bénéficie, sinon du soutien, du moins de la passivité d'une large partie des forces de sécurité, notamment de la Rosvgardia, la garde nationale, ou des parachutistes. Des soldats se seraient même rendus aux unités de Wagner.  L'humiliationL'image d'une capitale se barricadant derrière de dérisoires tranchées creusées à la hâte sur les autoroutes a de quoi faire voler en éclat le point central du « récit » de Vladimir Poutine depuis son arrivée au pouvoir en 1999 : celui d'un homme assurant ordre et stabilité.   Un autre élément clé de son narratif avait été fracassé par Evguéni Prigojine, quand, violant un tabou, ce dernier avait affirmé que les justifications de la guerre en Ukraine étaient fallacieuses : l'Ukraine ne bombardait pas les russophones du Donbass depuis 2014 ni ne menaçait la Russie. Le chef de Wagner avait alors appelé tous les hommes en armes à le rejoindre, ce qui lui avait valu un mandat d'arrêt pour appel à insurrection et terrorisme.   Mandat d'arrêt abandonné, selon les termes officieux de l'accord obtenu samedi soir après que, à la surprise générale, les colonnes d'Evguéni Prigojine, fortes de 150 à 400 véhicules, aient reçu l'ordre de faire demi-tour à quelques centaines de kilomètres à peine de Moscou. Le chef de Wagner affirmait vouloir éviter un bain de sang. Visiblement, il s'était rendu compte que, même en bénéficiant de complicités dans les forces armées, il n'était pas de taille à prendre d'assaut la capitale.   Selon le compromis, il se réfugierait à Minsk et ses soldats seraient intégrés à l'armée régulière, sans que l'on sache sous quelles conditions financières. S'il signe théoriquement la fin de l'aventure politico-militaire d'Evguéni Prigojine en Russie, le compromis semble montrer, en revanche, comme le résume un ex-haut responsable du Kremlin que « Poutine sort perdant. Le problème, c'est qu'il ne sait pas tirer les leçons de ses erreurs. Ce n'est jamais de sa faute mais de celle des ennemis, intérieurs et extérieurs, ou de la faute des circonstances… »Quant aux soutiens internes du maître du Kremlin, ils se comptent sur les doigts d'une main : moins d'une dizaine de personnalités, généraux, députés… sont sortis du bois pour appeler à le soutenir. Nulle manifestation en sa faveur dans les rues. Suprême humiliation, la sortie de crise est obtenue grâce à la médiation du vassal biélorusse.   De nombreux Russes, ceux qui suivent l'actu sur Telegram et pas seulement sur Perviy Kanal, la première chaîne de télévision étroitement contrôlée par le pouvoir, retiendront qu'un chef paramilitaire a réussi pendant quelques heures à défier le Kremlin. Il est possible de se mutiner contre Vladimir Poutine, d'occuper une grande capitale régionale, de retenir des officiers supérieurs en otages, de vouloir marcher sur Moscou et de s'en tirer presque comme si de rien n'était…   L'accord de sortie de crise, quant à lui, semble fragile, voire illusoire, et l'affaire laissera sans doute des traces au sein du régime. Elle est aussi de nature à affaiblir les capacités opérationnelles de l'armée russe sur un front où les Ukrainiens en ont d'ailleurs profité pour accentuer leur offensive sur la ville iconique de Bakhmout, dès dimanche matin. Il est vrai qu'un soldat russe risque de rechigner à risquer sa vie quand ses chefs s'entretuent à l'arrière.   Les équilibres au sein des forces armées russes sortent, eux aussi, bouleversés de ces folles journées. Moscou bruissait ce dimanche de rumeurs évoquant un limogeage du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et de son chef d'état-major, Valeri Guerrassimov. Le conflit de générations est relancé : les « jeunes » officiers du front, mécontents de l'action de leurs aînés, vont peut-être obtenir les changements de cadre qu'ils réclament depuis longtemps. Evguéni Prigojine aura été leur porte-parole indirect.   Autre conséquence, favorable au FSB, le service de sécurité, successeur du KGB, peut-être le seul gagnant de l'histoire : les mesures d'exception instaurées samedi n'ont pas été levées. Or, elles font du FSB la principale autorité dans le pays.   Yves Bourdillon et Benjamin Quenelle </text>
	

	<text titre="En Russie, une bataille de kleptocrates" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Libération" auteur="par thomas legrand chroniqueur politique" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Libération" keywords="pouvoir, kleptocrates, bataille, kleptocratie, bataille_de_kleptocrates, désigne" langue="fr"> La kleptocratie. Ce mot, le pouvoir des voleurs, comme souvent en politique, désigne plusieurs réalités et évolue au fil du temps. Il apparaît avec les auteurs libertariens américains, tout simplement pour qualifier l'impôt. Il peut désigner aussi les liens entre des dirigeants politiques et les grands groupes capitalistes ou les sociétés dans lesquelles les lobbys industriels sont tout-puissants. Depuis l'effondrement de l'empire soviétique et de la grande vague de privatisations qui a suivi, l'acception du mot kleptocratie désigne plutôt le pouvoir des oligarques, principalement russes, souvent issues de l'appareil d'Etat ou du Parti communiste, qui se sont réparti les biens publics et les marchés d'une économie capitaliste naissante. Truand. Prébendes, corruption, constitution d'empires commerciaux souvent liés à des clans politiques ou l'inverse, voilà ce qui caractérise l'essence de l'organisation publique russe depuis les années 90. En d'autres termes, la Russie est un Etat avant tout mafieux. L'empire économique d'Evgueni Prigojine, cet ancien truand de droit commun, s'est construit sur l'attribution de marchés publics dans la restauration collective, la branche initiale de son activité ; Wagner en est une autre. Mais cette activité, faire la guerre, qui représente le coeur de l'action régalienne, ainsi privatisée et mutualisée avec les moyens de l'Etat, démontre le caractère klepto- cratique de la Russie. Dans les reproches faits par Prigojine ces derniers mois - et exprimés au début de ce putsch de bouffons- il y avait surtout des arguments de mafieux trahi qui se serait fait piquer son butin. «Nous avons fait la guerre pour vous en Afrique, mais les hiérarques de Moscou ont volé les bénéfices de ces interventions, nous faisons la guerre en Ukraine, mais les armes et les munitions sont détournées pour enrichir une clique liée au Kremlin», disait en substance l'épaisse brute que l'on prenait pour un rival politique. Pendant toute cette folle journée de samedi, nous avons disserté sur les tenants et aboutissant politiques, géostratégiques d'un chef de guerre et d'un tsar alors que l'issue de ce putschinet ressemble au règlement d'un conflit entre deux parrains d'une vaste pègre. Le parrain en chef ayant demandé à son homme de main bélarusse Alexandre Loukachenko de faire le signe explicite du pouce parcourant la gorge, pour signifier au rival que c'était fini. Kadyrov, l'autre homme de main venu de Tchétchénie était aussi là pour montrer à Prigojine et ses soudards «c'est qui Raoul». Prigojine, constatant que les fidèles de Poutine restaient fidèles au chef, est rentré dans le rang et a fermé sa grande gueule de second rôle du «Parrain qui venait du froid». Aucun argument idéologique ou programmatique, tout juste un vernis patriotique dans la croisade foireuse du bandit Prigojine. Le peuple russe ne s'y trompe pas, qui ne prend pas parti et observe les puissants de son pays régler leurs affaires entre eux, comme s'ils assistaient à une compétition qui ne les concerne que par leurs éventuelles conséquences. Logique d'empire. Il sera intéressant, si l'on veut prendre cette histoire par la petite lunette de la politique française, de voir ce que vont dire ceux qui analysaient la situation avec une logique d'empire ou leur détestation des Etats-Unis et de l'Otan. Ça doit cogiter dans leurs cerveaux Mais leur fascination (à l'extrême droite) pour la force brute d'un grand leader blanc et chrétien, ou leur blocage campiste (chez les insoumis) semblent assez inébranlables pour être atteints par la bataille de kleptocrates entre les bandits Poutine et Prigojine. ? </text>
	

	<text titre="Washington redoute l'instabilité et la perte de contrôle de l'arme nucléaire" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="jaulmes, adrien" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="contrôle, mercenaires, perte, nucléaire, silence, washington, russes, instabilité, biden" langue="fr"> WASHINGTON a conservé un silence prudent face à la révolte des mercenaires russes. Selon des sources officielles, Biden avait été prévenu depuis mercredi par ses services de renseignements d'une action imminente de Prigojine et de son armée privée, le groupe Wagner. Mais au lieu de divulguer ces informations comme ils l'ont fait à plusieurs reprises depuis l'invasion de l'Ukraine, les Américains se sont abstenus de tout commentaire.   La rapidité avec laquelle les événements se sont précipités semble même avoir surpris l'Administration américaine. Joe Biden a retardé vendredi son départ à Camp David pour participer à une réunion de crise. Le conseiller à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, a annulé un voyage prévu au Danemark et le chef d'état-major des armées, le général Mark Milley, a aussi renoncé à une tournée en Israël et en Jordanie. La vice-présidente Kamala Harris, le secrétaire d'État, Antony Blinken, le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin et les principaux responsables du renseignement, Avril Haines, directrice nationale du renseignement, et William Burns, le directeur de la CIA, ont participé à cette réunion extraordinaire du cabinet.
Silence officiel   Biden s'est aussi entretenu avec ses principaux alliés européens, Emmanuel Macron, le premier ministre britannique, Rishi Sunak et le chancelier allemand, Olaf Scholz, leur recommandant de ne pas commenter les événements en cours et de ne pas accorder de crédit à d'éventuelles accusations d'ingérence occidentale émanant de la Russie.   Un message aurait également été envoyé au gouvernement russe pour insister sur le fait que les États-Unis n'étaient aucunement impliqués dans ces développements et n'avaient aucune intention de s'en mêler.   Ce silence officiel américain, signe de la préoccupation de l'Administration Biden, a été rompu dimanche par le secrétaire d'État, Antony Blinken, invité de l'émission « Face the Nation » sur la chaîne CBS. « C'est une histoire qui est en train de se dérouler et nous n'avons pas encore vu le dernier acte,a estimé Blinken. Il y a seize mois, les forces russes étaient aux portes de Kiev, la capitale de l'Ukraine, pensant prendre la ville en quelques jours et effacer l'Ukraine de la carte en tant que pays indépendant. Aujourd'hui, au cours du week-end, elles ont dû défendre Moscou, la capitale de la Russie, contre des mercenaires créés par Poutine lui-même. »Rivalité croissante   « Après avoir défié directement le commandement militaire, et critiqué la conduite de la guerre, Prigojine remet maintenant en question les prémisses mêmes de la guerre en disant que l'Ukraine et l'Otan ne représentaient pas une menace pour la Russie, a aussi dit le chef de la diplomatie américaine. C'est un défi direct à l'autorité de Poutine, dont c'est le discours... Cela montre de profondes fissures au sein du régime. »Les Américains surveillent depuis des mois la rivalité croissante entre les mercenaires de Wagner et leur chef, Evgueni Prigojine, et le ministère russe de la Défense. Les documents confidentiels américains postés illégalement sur le forum Discord avaient déjà révélé que Washington considérait Wagner comme étant en train de devenir un « centre de pouvoir rival de l'armée russe ». Les États-Unis avaient aussi intercepté des communications entre de hauts responsables militaires russes à propos des demandes constantes de Prigojine pour obtenir davantage de munitions pendant la bataille de Bakhmut. Depuis le début de la contre-offensive ukrainienne, des responsables américains avaient confirmé les informations selon lesquelles ces problèmes logistiques ne touchaient pas seulement les forces de Wagner, mais toute l'armée russe.   Pas de favori   Washington craint de voir une Russie déstabilisée basculer dans l'anarchie ou la guerre civile. À la différence du putsch contre Gorbatchev en 1991 ou de l'affrontement entre Boris Eltsine et le Parlement en 1993, Washington n'a pas de favori dans ces luttes internes. Prigojine est visé par un mandat d'arrêt aux États-Unis pour avoir orchestré l'ingérence russe dans l'élection américaine de 2016. Et les responsables américains redoutent presque autant la perspective d'un Poutine acculé ayant recours à une escalade nucléaire, que celle de le voir remplacé par une personnalité encore plus imprévisible et sans scrupule. Le pire scénario reste pour les États-Unis un effondrement du pouvoir russe et la perte de contrôle de l'arsenal nucléaire par l'armée régulière russe.  « La disparition de Poutine serait généralement une bonne chose pour le monde, mais il faut penser à l'instabilité qui en résulterait inévitablement pour la Russie » ,a commenté sur CNN l'ancien représentant républicain Adam Kinzinger, qui a siégé à la commission des affaires étrangères de la Chambre, indiquant que les responsables du Pentagone et de la Maison-Blanche commencent à « réfléchir à tous les pires scénarios ».Donald Trump, qui a promis de mettre fin « en 24 heures »à la guerre d'Ukraine, a commenté cette situation sur son réseau Truth Social : « Un grand désordre en Russie, mais attention à ce que vous souhaitez ! Le prochain pourrait être bien pire ! » </text>
	

	<text titre="À Rostov-sur-le Don, entre sidération et soutien aux forces de Wagner" date="2023 06 26T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="l'Humanité" keywords="ville, armée, russe, wagner, habitants, tôt, général, quitté, forces, russie, sud, quartier, journée" langue="fr"> La milice paramilitaire a quitté cette ville du sud de la Russie, samedi, dans la soirée, après avoir pris possession du quartier général de l'armée russe plus tôt dans la journée. Les habitants racontent l'occupation de vingt-quatre heures de cette véritable base arrière de Moscou dans son invasion de l'Ukraine.À une centaine de kilomètres de la frontière ukrainienne et à 200 kilomètres du front, Rostov-sur-le-Don a retrouvé son calme, dimanche. L'ensemble des forces paramilitaires de la compagnie Wagner et leur chef, Evgueni Prigojine, ont bien quitté la cité samedi dans la soirée. Dans le centre-ville, l'écrivain Sergueï Tioutiounik affirme que « tout est calme, la circulation a repris. Les gens essayent de comprendre les événements. Chacun a sa propre théorie ». D'autres profitent de cette journée dominicale pour se rendre sur les berges du Don en famille. 
Des tirs d'avertissement  Le 24 juin, la ville a été le premier théâtre du soulèvement d'Evgueni Prigojine. Les habitants se sont réveillés avec les troupes de Wagner qui contrôlaient les principaux axes de l'agglomération et le quartier général de l'armée russe. Le chef de la société privée avait annoncé quelques heures plus tôt via Telegram : « Les sites militaires de Rostov sont sous contrôle, y compris l'aérodrome. » Ses forces déployées en Ukraine auraient traversé la frontière russe avant d'entrer dans la ville de l'écrivain Soljenitsyne et de se diriger pour d'autres en direction de Moscou.   Toute la journée de samedi a été marquée par des rumeurs d'affrontements. Des échanges de tirs auraient été entendus dans le quartier du district militaire. Est-ce lié à l'arrivée prévue des hommes de Ramzan Kadyrov ? Le dirigeant tchétchène avait annoncé dépêcher ses hommes dans les « zones de tension ». Les forces paramilitaires d'Evgueni Prigojine ont réalisé plusieurs arrestations. « Il y a eu plusieurs tirs d'avertissement en l'air pour éloigner les gens et les disperser. Rien d'autre », raconte Sergueï Tioutiounik, qui se trouvait au coeur des principales zones sous contrôle de Wagner.   Depuis 2014 et le conflit du Donbass, Rostov-sur-le-Don est devenu un des principaux centres militaires du pays. Il est répertorié comme le district fédéral du sud de la Russie, qui englobe plusieurs régions : Volgograd, Krasnodar, Astrakan, Sébastopol et la Crimée. Surnommée la Porte du Caucase, la ville est une véritable base arrière russe depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, le 24 février 2022. Avec plus d'un million d'habitants, elle sert de lieu de transit (militaire, humanitaire, commercial) pour se rendre dans les deux républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.   Un responsable du Parti communiste sur place, joint par téléphone, constatait, samedi dans la matinée : « Les &quot;wagnéristes&quot; sont déployés un peu partout. Mais ils nous laissent tranquilles. La situation demeure incompréhensible. Le boyard (Prigojine) s'est rebellé contre le tsar (Vladimir Poutine). » Au sein de l'agglomération, beaucoup d'habitants dressent un parallèle entre les nombreuses frondes des seigneurs qui ont eu lieu sous l'Empire russe à l'époque médiévale et jusqu'au XIXe siècle (Ivan le Terrible, Pierre le Grand, Catherine II...).   Si le gouverneur de la région de Rostov, Vassili Golubev, qui a publié plusieurs vidéos le 24 juin, a appelé les habitants « à ne pas sortir inutilement de chez eux » et à éviter les endroits « avec des troupes armées », dans les rues, les scènes dévoilaient bien le contraire. Personne ne semble s'inquiéter de ce coup de force. En cette journée estivale, tous se promènent et prennent la pose avec un tank, des soldats... De nombreux Russes sont allés à la rencontre des paramilitaires pour les féliciter de leur courage et de la prise de Bakhmout. « En plus du conflit à notre porte depuis neuf ans, on a vécu une révolte nébuleuse qui s'est achevée aussi vite qu'elle a démarré », explique Sergueï Tioutiounik.   Rostov-sur-le-Don est l'un des ports importants du sud de la Russie. Avec un système de canaux, la ville est reliée grâce au Don à la mer d'Azov et donc à la mer Noire. Cette indifférence dévoile aussi que les Russes se préparent à une guerre longue. « Plus de 45 % des citoyens s'attendent à ce que le conflit dure au moins encore un an », selon un sondage publié le 13 juin par le Centre Levada. L'institut de sociologie a également souligné que Prigojine figure parmi les dix personnalités russes les plus appréciées. La guerre accroît une forme de militarisation de la société.    Vadim Kamenka </text>
	

	<text titre="Le moral russe, principale victime sur le front ukrainien" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="barotte, nicolas" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="evgueni, front, moral, tirs, prigojine, forces, russie, russes, guerre, ukraine" langue="fr"> PENDANT la mutinerie d'Evgueni Prigojine en Russie, la guerre a continué en Ukraine. Samedi, les forces aériennes russes ont revendiqué quarante tirs de missiles de croisières Kh-101 et Kh-555, neuf Kh-22, deux Kalibr, deux S-300, trois tirs de drones Shahed... Comme s'il fallait prouver que malgré la révolte des mercenaires de Wagner, l'opération militaire spéciale pouvait se poursuivre. Les défenses anti-aériennes ont intercepté une grande partie des frappes, selon l'état-major ukrainien, dans les régions de Kiev, Kryvyï Rih et Dnipro. Au moins cinq morts sont à déplorer. En prenant le contrôle du centre de commandement du district sud, situé à Rostov, Evgueni Prigojine avait promis de ne pas empêcher les manoeuvres, sans doute pour ne pas s'aliéner les soldats engagés sur le champ de bataille. L'incertitude et la confusion sont deux charges déjà lourdes à porter.
Des combats ont été rapportés, samedi et dimanche, sur plusieurs points de la ligne de front, notamment autour de Bakhmout et dans la région de Zaporijjia. Kiev a assuré avoir obtenu des gains territoriaux. L'état-major russe a aussi assuré avoir repoussé des offensives ukrainiennes dans l'est du pays. Le front a peu évolué et les combats se concentrent toujours autour de trois axes.   Dissensions internes   L'armée ukrainienne n'a pas pu profiter, dans la courte fenêtre d'opportunité, de la déstabilisation du pouvoir russe. Les états-majors occidentaux n'attendaient pas de percées significatives. «Les lignes de défense russes sont très rigides. Si elles sont abandonnées, cela donne immédiatement l'avantage aux Ukrainiens», expliquait samedi une source bien informée. Localement, le rapport de force n'allait pas évoluer en quelques heures et la chaîne de commandement de théâtre n'avait pas de raison d'abandonner ses positions. On ignore encore si l'occupation par les troupes de Prigojine du centre de commandement du district sud à Rostov aura des conséquences sur la logistique et le pilotage de la guerre, commandée de là pour une large partie du front.   La révolte aura à l'évidence d'autres conséquences. « Les actions de Wagner ont montré le manque de réserve russe sur les arrières », souligne l'institut ISW, qui suit quotidiennement le conflit. Aucune force militaire régulière n'a été en mesure d'arrêter les mercenaires. Si la Russie, grâce à ses réserves démographiques, peut inscrire sa guerre dans la longue durée, elle manque paradoxalement aujourd'hui de troupes sur le terrain. Elle doit les « saupoudrer » sur la ligne de front. Si le front est percé sur un point, elle aura des difficultés à réarticuler son dispositif sans le faire s'effondrer. Les offensives ukrainiennes cherchent sans doute aujourd'hui à tester cette résistance. Le rapport de force n'est pas défavorable, assure le spécialiste des questions militaires Joseph Henrotin. L'Ukraine détient aussi un avantage certain en matière de renseignement, notamment grâce à l'appui en images satellitaires de ses soutiens.   L'épisode va « certainement dégrader le moral des Russes en Ukraine », poursuit l'ISW. Les forces ukrainiennes pourraient « ajuster » leurs actions pour prendre en compte cette nouvelle fragilité. Elles misent aussi sur les défections dans les rangs adverses. La crise en cours «aura des effets systémiques : tout cela crée de l'incertitude et des questionnements chez les hommes et les chefs, sans compter les perturbations dans les approvisionnements ou les ordres, le tout à un moment crucial», a écrit, samedi sur Twitter, le rédacteur en chef de DSI, Joseph Henrotin, dans un décryptage des événements. Depuis le début de la guerre, la Russie a démontré des faiblesses en matière de commandement, ainsi qu'un manque de détermination, de « forces morales » comme disent les militaires. Les dissensions internes à l'armée russe affaiblissent sa capacité à s'adapter. Elles entravent sa capacité à manoeuvrer, clé de toute opération militaire.   Il faudra maintenant redéfinir la place des hommes de Wagner. Même si les victoires ont été laborieusement arrachées à Bakhmout et dans ses environs, les troupes de Prigojine ont été les seules à remporter des batailles sur le terrain. Le groupe revendique 25 000 hommes, certains étant d'anciens détenus d'autres des vétérans expérimentés de guerre.   Difficultés capacitaires   Ces forces ont été retirées officiellement de Bakhmout pour servir potentiellement de réserves ailleurs sur le front. Elles vont devoir être intégrées à l'appareil militaire. Mais où, comment et dans quelles conditions ? Depuis la mi-juin, le ministère de la Défense russe avait ordonné à tous les volontaires de signer un contrat avec l'armée pour prendre la main sur les ressources de la société militaire privée. Il est trop tôt pour savoir si la greffe va prendre.   L'affaiblissement du commandement, avec les remises en cause en interne du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et du chef d'état-major, le général Guerassimov, va aussi déstabiliser la Russie au niveau stratégique voire opératif, si l'impact se fait sentir sur plusieurs échelons. Si les objectifs ukrainiens sont clairement définis, il n'en va pas de même de ceux de la Russie, ceux-ci pouvant évoluer avec la remise en question de l'autorité de Vladimir Poutine.   Pour autant, la guerre n'est pas devenue plus facile pour les Ukrainiens. Les difficultés capacitaires qu'ils rencontrent face aux défenses sol-air russes, aux capacités de brouillage ou face à l'ampleur des lignes à traverser, n'ont pas disparu. Les Occidentaux ont promis de poursuivre leur soutien en matériel sur le long terme, mais les ressources demeurent toujours limitées.   Ces derniers jours, les forces ukrainiennes ont « redéfini » leurs tactiques pour tenir compte de leurs expériences des deux premières semaines de contre-offensive, a expliqué dimanche le renseignement britannique, dans son commentaire quotidien. Après l'aveu du président Volodymyr Zelensky que la contre-offensive n'allait pas aussi vite que prévu, c'est le signe que les difficultés s'accumulent. Au niveau tactique, la Russie a appris de ses échecs du début de la guerre. Mais ce ne sera pas suffisant pour redonner une assise au pouvoir de Vladimir Poutine. </text>
	

	<text titre="«  Prigojine n'avait aucune chance d'aller jusqu'à Moscou »" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23987" auteur="valerie landrieu" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Les Echos" keywords="aller, moscou, russe, chance, prigojine, vladimir, fedorovski" langue="fr"> « Une mascarade. » Au lendemain de la rébellion de la milice armée Wagner en Russie, l'écrivain russe d'origine ukrainienne Vladimir Fedorovski, qui fut porte-parole de la résistance lors du putsch de Moscou en 1991, ne pariait « pas un kopeck sur l' avenir » de son chef, Evguéni Prigojine. 
Invité au micro du Grand Rendez-vous Europe 1 - CNews - « Les Echos », qui accueillait également l'éditeur et historien Jean-François Colosimo et le journaliste Renaud Girard, l'auteur « D'un espion pour l'éternité, Sorge » (Balland) a estimé que Prigojine n'avait aucune chance d'aller jusqu'à Moscou. « Ils auraient été stoppés par l'aviation dans un bain de sang », a assuré celui pour qui « Vladimir Poutine ne sort pas nécessairement affaibli », de la journée du 24 juin.  Les Russes soulagésPendant plusieurs heures, pourtant, la question de la chute du président de la Fédération de Russie a effleuré les esprits en Occident. « Le cuisinier de cour est devenu un chien de guerre enragé qui s'est retourné contre son maître pour le mordre », a résumé Jean-François Colosimo à propos d'Evguéni Prigojine. Vladimir Poutine, a par ailleurs décodé l'essayiste, a « abandonné à ses rivaux de l'Etat-major », Chouïgou et Guerassimov, un Evguéni Prigojine, qui « dérangeait depuis longtemps le Kremlin et menait sa guerre pour capitaliser politiquement et incarner l'aile la plus chauvine de l'opinion russe ».Et maintenant ? Après la menace de la guerre civile, les Russes sont soulagés, considère Vladimir Fedorovski. Ils sont sensibles à cette gestion de la crise, alors qu'ils se souviennent très bien de la façon dont Boris Eltsine avait géré une situation analogue en 1993, faisant exécuter 1.500 personnes, a-t-il expliqué.   Les Occidentaux qui se battent pour maintenir la souveraineté de l'Ukraine, ont manifesté samedi beaucoup de prudence face au putsch, soulignent après coup les observateurs. « C'est un revers pour les néo-conservateurs américains qui ont misé sur la déstabilisation de la Russie », note encore Vladimir Fedorovski, saluant la sagesse du président américain Joe Biden.  La crainte d'« une guerre totale »« Evidemment, beaucoup de choses vont maintenant dépendre de l'évolution [de la situation - NDLR] militaire qui est aujourd'hui très contradictoire », a ajouté l'ancien diplomate de la Perestroïka, qui ne cache pas sa grande inquiétude sur l'éventualité d' « une guerre totale » pour les prochaines semaines ou les prochains mois. La crainte des Occidentaux ? Une décomposition de la Fédération de Russie. « On veut que les Russes rentrent chez eux mais on ne veut pas que la Fédération de Russie implose parce que l'on se retrouverait avec une guerre de 30 ans, analyse Jean-François Colisimo. Il n' y aurait alors plus de paix possible. »Valérie Landrieu </text>
	

	<text titre="La mutinerie de la milice affaiblit-elle Vladimir Poutine ?" date="2023 06 26T00:00:00" journal="La Croix, no. 42652" auteur="pierre sautreuil" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="La Croix" keywords="hommes, poutine, wagner, jamais, vladimir, mutinerie" langue="fr"> « Je n'aurais jamais cru vivre un jour comme celui-là. » Vladimir Soloviev, le propagandiste numéro un du Kremlin, se filme dans sa voiture, le visage fermé, à l'heure où les hommes du groupe Wagner d'Evgueni Prigojine roulent encore vers Moscou ce samedi 24 juin. « Est-ce la révolte de Kornilov(mutinerie qui a précipité la révolution bolchevique en 1917) ? La marche de Mussolini sur Rome ?(...) Arrêtez-vous avant qu'il ne soit trop tard. » La colonne des Wagnerovtsifinira par faire demi-tour le soir même, après l'annonce d'un accord entre Evgueni Prigojine et le chef de l'État. Mais cette sédition a fait trembler Vladimir Poutine.
Alors que le président avait jusqu'alors ignoré les incursions ukrainiennes dans la région russe de Belgorod, alors qu'il avait traité en non-événement les frappes de drones ukrainiens sur Moscou le 30 mai, alors qu'il affirmait avec nonchalance que la contre-offensive entamée par l'Ukraine le 4 juin courait au désastre et que tout se déroulait selon ses plans, c'est avec le ton le plus grave qu'il s'est adressé aux Russes samedi matin. « C'est un coup de poignard dans le dos de notre pays et de notre peuple », a-t-il déclaré. «  Ceux qui s'embarquent en conscience dans la voie de la trahison, qui ont préparé une mutinerie, qui ont recours au chantage et au terrorisme, feront l'objet d'un châtiment inévitable. »   La punition n'aura pas lieu. Evgueni Prigojine a négocié la levée des poursuites dont il faisait l'objet pour appel à la mutinerie, et c'est sous les vivats d'une partie des habitants de la ville de Rostov-sur-le-Don que le chef de Wagner a quitté cette ville dont il s'était rendu maître la veille sans tirer un seul coup de feu. Et que dire du fait que les seules troupes à s'être déclarées prêtes à intercepter celles d'Evgueni Prigojine soient celles du satrape de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov ? Ou de ces avions et hélicoptères de l'armée russe abattus par les hommes de Wagner samedi ? Certains Russes ont beau croire que cette mutinerie n'était qu'une mascarade, la verticale du pouvoir chérie par Vladimir Poutine est bel et bien entamée.  «  Cela a défié directement l'autorité de Poutine. Donc cela soulève de vraies questions et révèle des fissures réelles » au plus haut niveau de l'État russe, a affirmé le secrétaire d'État américain Antony Blinken sur la chaîne CBS. La date fatidique du 24 juin 2023, en brisant dans l'impunité le plus grand tabou du système russe, marque un tournant pour le régime de Vladimir Poutine, dont l'exercice du pouvoir n'était jamais apparu aussi solitaire, total, monarchique, qu'à l'aube de l'invasion de l'Ukraine. « Nous avons sous-estimé Prigojine, et nous avons clairement surestimé Poutine , écrivait samedi soir la politologue Tatiana Stanovaya. C'est une énorme défaite pour lui. Mais encore faut-il comprendre ce qui se cache derrière. »  « Depuis le début de la guerre, le régime est rentré dans une dynamique de déstabilisation », analyse Anna Colin Lebedev, maîtresse de conférences en science politique à l'université Paris Nanterre. D'après cette spécialiste des sociétés post-soviétiques, le régime russe change progressivement de nature. « L'affaire Wagner », rappelle-t-elle, est pour partie la conséquence de la dilution du monopole de la violence légitime de l'État, mais elle s'inscrit dans un phénomène plus large de déstabilisation « au sens premier du terme» du régime. «  La relation du Kremlin avec les institutions était fondée sur unepromesse de stabilité, de prévisibilité, de places attribuées, et d'enrichissement. Tout cela est en train de voler en éclats,analyse-t-elle . Beaucoup pensent désormais que chacun se trouve sur un siège éjectable.  » </text>
	

	<text titre="« La société Wagner s'apparente à un groupe criminel »" date="2023 06 26T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="l'Humanité" keywords="milice, groupe_criminel, wagner, russe, société, criminel, groupe, apparente" langue="fr"> Secrétaire exécutif du Mouvement pacifiste, militant écologiste russe et membre de la direction du Bureau international de la paix, Oleg Bodrov revient sur la tentative de coup de force de la milice mise en place par Evgueni Prigojine. Comment analysez-vous les événements actuels ?Ils étaient attendus. Ce n'est pas une surprise. Cette armée privée est composée de repris de justice détenus dans des camps après avoir été condamnés. Sous contrat avec la société Wagner, ils purgent leur peine en combattant. Cette entreprise s'apparente donc à un groupe criminel. Leur chef, Evgueni Prigojine, est aussi un ancien détenu. Ces hommes ont une autre psychologie et cette situation n'est pas surprenante.
Peut-on parler de rébellion ou de mutinerie ?Bien évidemment, quand on sait que Wagner compte 25 000 hommes armés, cela devient une affaire sérieuse. La route qui mène jusqu'à Moscou dispose de plusieurs sites stratégiques comme les centrales nucléaires. Samedi matin, sur les routes de la région de Saint-Pétersbourg, on remarquait encore des affiches appelant la population à s'engager dans les rangs du groupe paramilitaire. À mon retour, les affiches avaient été enlevées... Finalement, le pire a été évité. On pensait s'attendre à un possible conflit interarmées et à un risque de guerre civile. Un ordre a été édicté donnant instruction à l'armée d'anéantir les mutins. Ils ont regagné leurs camps.   Comment en est-on arrivé à ce que les forces de Prigojine se mutinent ? Elles se trouvaient sur le front en Ukraine et à Bakhmout. Une fois la bataille achevée, on leur a donné l'ordre de se retirer. Elles ont été remplacées sur le terrain par des troupes régulières. Les relations de leur dirigeant n'ont cessé de se dégrader avec le ministre de la Défense Sergueï Choïgou. Sur les réseaux sociaux, Evgueni Prigojine a tenu des propos offensants contre le ministre, un proche de Poutine. Ces derniers jours, il a affirmé que ses forces avaient été attaquées dans leur campement par l'armée russe, faisant plusieurs morts. Cette milice privée agit comme des hors-la-loi qui ne respectent pas la législation nationale. Les sociétés de mercenaires privés sont interdites en Russie, mais elles reçoivent de très fortes soldes.  Ce climat délétère plaide-t-il enfin pour que les citoyens russes soutiennent un cessez-le-feu ?Pour l'heure, c'est une chose impossible. Dans les rues de ce pays, il y a des hommes en armes qui ne relèvent pas des troupes officielles mais de compagnies militaires privées. De plus, le gouvernement a édicté des lois selon lesquelles les manifestations sur la voie publique sont interdites.  On a vu lors des reportages que la population de Rostov apportait des vivres et de l'eau aux soldats de Wagner. Est-ce un soutien délibéré à ces mutins ?Oui, car une partie des habitants est sensible (aux arguments de Prigojine - NDLR) et donc au fait que le haut commandement de l'armée russe ment. Ces événements se transforment en une sorte d'appel très populaire à ce qu'éclate la vérité. Le dirigeant de Wagner joue sur l'ambivalence du pouvoir. Un jeu extrêmement dangereux, vu le nombre d'interlocuteurs, de clans et de centre de pouvoirs différents.    Entretien réalisé par Vadim Kamenka </text>
	

	<text titre="«La rébellion de  Prigojine vient ajouter de l'eau au moulin de ceux qui doutent»" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Libération" auteur="recueilli par salomé kourdouli" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Libération" keywords="evgueni, rébellion, pouvoir, eau, ajouter, est-il, doutent, kremlin, prigojine, question, pose, vient, moulin" langue="fr"> Le Kremlin est-il en train de vaciller? Au lendemain de la rébellion d'Evgueni Prigojine, chef de la milice paramilitaire Wagner, contre le pouvoir russe, la question se pose. Les troupes de l'ancien allié de Vladimir Poutine ont réussi samedi à parcourir des centaines de kilomètres à travers la Russie vers la capitale, avant de finalement rebrousser chemin pour éviter «un bain de sang» russe. Pour Anna Colin Lebedev, maîtresse de conférences à Paris-Nanterre, spécialiste des sociétés post-soviétiques, il est évident qu'une telle action laisse le pouvoir russe fragilisé. Elle met toutefois en garde contre une attente trop grande d'un changement brutal du régime: il se fissure, évolue, mais ne s'effondre pas.
Peut-on s'attendre à des changements dans le régime russe ? On ne se pose pas la question de savoir comment la guerre en Ukraine transforme le régime russe depuis le début. Pour moi, il évolue en permanence. Ce qui se passe aujourd'hui est l'une de ces évolutions. Je pense que nous ne sommes pas du tout à la fin de cette histoire. Je dirais que cette rébellion fait partie des crises, relativement nombreuses ces derniers temps, qui secouent ce régime, son assise. Secouer n'est pas casser. Mais le secouer comme on secoue un meuble, ça le rend un peu plus branlant. Le pouvoir est fragilisé.   La solidité politique du régime est une question d'équilibre, à la manière d'une balance. On ajoute des petits grains de chaque côté, jusqu'à ce que quelque chose fasse basculer l'équilibre, et cela peut être juste le petit grain de trop. L'affaire Wagner pèse d'un poids plutôt important, même si on ne sait pas comment va se conclure cette histoire. Pour l'instant, elle ne se termine pas par une victoire de Prigojine, mais elle ne se termine pas par une victoire de Poutine non plus. Dans quelle mesure cette ré- bellion de Wagner affaiblit- elle le pouvoir de Vladimir Poutine ? Un certain nombre d'élites vont s'interroger sur le contrôle que l'Etat russe a sur son territoire. Et l'affaire Wagner n'est pas le premier épisode qui suscite ce questionnement : les incursions à Belgorod, le mois dernier, par des groupes de combattants qui sont du côté de l'Ukraine n'avaient pas reçu de réactions fermes et armées du pouvoir. Le gouverneur de la région a par exemple été laissé un peu seul. De même pour les attaques de drones sur le Kremlin. Désormais, on a un groupe militaire qui se permet une «marche pour la justice» de plusieurs centaines de kilomètres à travers la Russie sans que l'Etat central n'intervienne. Tout cela entraîne des   I   AFP   VIA questionnements sur la puissance de cet Etat. Il est très puissant pour réprimer des manifestants, mais que montre-t-il dans la défense de son territoire contre une agression extérieure ? C'est ce genre de question que peuvent se poser des pouvoirs régionaux, par exemple, et c'est là un point de vigilance. Les doutes n'ont pas un effet direct, ils ne vont pas forcément conduire au retournement des gouverneurs qui vont se dire : «On est abandonnés, soulevons-nous contre Poutine.» Mais ces gouverneurs, qui étaient jusqu'ici de simples exécutants, sont désormais des acteurs politiques, ce qui affaiblit un pouvoir qui s'était attaché à n'avoir que des technocrates sans ambitions politiques autour de lui. On imagine que le régime est suridéologisé, mais il est souspolitisé, constitué d'un seul acteur politique, le Président, et de multiples exécutants. On parle de soulèvement po- pulaire, Poutine évoquait sa- medi le risque d'une «guerre civile» Un tel scénario est-il crédible selon vous ? Nous avons une attente un peu exagérée d'un soulèvement populaire. A mon sens, les Russes ne se sentent pas forcément concernés par ces événements, mais en cas de changement, ils peuvent en revanche être suiveurs d'un mouvement. La probabilité que le régime change sous l'effet d'un coup d'Etat n'est pas nulle, mais elle me semble nettement inférieure à la probabilité que le régime se transforme par une modification en interne, sans   LUCAS   ANS   H   NTERVIEW renversement de la table. Le pouvoir est amoindri, et je vois difficilement comment il pourrait en être autrement dans le contexte actuel. Toutefois, la suite politique n'est pas forcément l'effondrement mais plus probablement la transformation. L'évolution du régime passera donc par les élites russes ? La rébellion d'Evgueni Prigojine vient ajouter de l'eau au moulin de ceux qui doutent. On a des acteurs économiques, des acteurs administratifs, des militaires qui se posent en permanence la question du coût et des avantages de continuer à soutenir la guerre et le pouvoir, et donc des avantages que présenterait un changement. L'ensemble des élites politiques, économiques et administratives dépendent de l'Etat pour leur fortune et pour leur carrière. Cette dépendance est la clé de leur loyauté aujourd'hui.   Si on considère que l'on perd plus en soutenant la guerre qu'on ne gagne, ou si on estime que l'Etat n'est pas suffisamment fort pour garantir les deux, on cherchera alors à faire évoluer les choses avec le moins de frais possible, parce que tout bouleversement majeur représente un risque. La demande de changement pourrait venir non pas des pacifistes, mais des riches corrompus. Or une affaire comme la rébellion de Wagner peut faire pencher un peu plus la balance du côté du changement. Désormais, la question est de savoir à quel moment un nombre suffisant de membres des élites considéreront qu'ils ont intérêt à cette transformation. </text>
	

	<text titre="Purgei « Poutine va être de plus en plus paranoïaque»" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="paranoïaque, vladimir, poutine" langue="fr"> Julien Duffé   Fondatrice du centre de réflexion genevois Center for Russia and Eastern Europe Research (CREER), Carole Grimaud analyse l'affaiblissement de Vladimir Poutine après la rébellion express d'Evgueni Prigojine.  Quel est votre sentiment sur l'image renvoyée par Vladimir Poutine au cours de ces dernières heures ?
CAROLE GRIMAUD.Il a donné une image de quelqu'un qui ne maîtrisait plus grand-chose. On a perçu au Kremlin une fébrilité, la peur d'une attaque des institutions à Moscou même. On se demande encore ce qui a pu se passer pour que Poutine n'ait pas vu venir cette opération, qui selon les renseignements américains, se préparait de longue date, ou n'ait pas voulu intervenir. Il est apparu que son image de chef qui contrôle tout cache un système au bord de l'implosion : voilà pourquoi c'est si grave pour lui. La verticalité du pouvoir qu'il incarne tient-elle encore ?  Que va-t-il faire pour reprendre la main dans les jours qui viennent ?Il faut s'attendre à une période de purge, de durcissement au sein même du pouvoir. Les soldats, la police, toutes les forces qui n'ont offert aucune résistance à Prigojine vont être sous l'oeil de Moscou. De même que les gouverneurs qui ne se sont pas précipités sur leurs comptes Instagram ou autres pour faire part de leur soutien à Poutine ou l'ont fait de manière tiède. Il a aussi été demandé aux élites du Kremlin d'envoyer des messages de soutien. Ça veut dire qu'on avait peur qu'elles se retournent. Poutine, qui était déjà paranoïaque sur la loyauté de ceux qui l'entourent, va l'être de plus en plus.  Faut-il s'attendre à des remaniements au sein de l'armée ?En tout cas, on ne voit plus et on n'entend plus le ministre de la Défense Sergueï Choïgou et le général et chef d'état-major Valeri Guerassimov. Où sont-ils ? Des informations encore à confirmer font état que Choïgou serait détenu en isolement. S'il se révèle que Prigojine a des soutiens dans l'armée même, peut être que Poutine se saisira de cette information-là pour se débarrasser de Choïgou en lui faisant endosser toute la responsabilité. En tout cas, des têtes vont sauter.  Poutine a quand même réussi à tuer dans l'oeuf cette mutinerie ?Oui, mais au prix d'une volte-face. Quelques heures après avoir traité Prigojine de traître à la nation et évoqué un coup de poignard dans le dos, il le laisse partir en Biélorussie et s'en sortir indemne. A-t-il été obligé de faire ça suite à une pression interne ? A-t-il été finalement mis au pied du mur avant de transformer ça en signe de bienveillance ? C'est très difficile de savoir où il en est au sein même du pouvoir.  Le soutien des Russes à Poutine a-t-il été sérieusement entamé ?Bien sûr que c'est quelque chose qu'il redoute. Le pouvoir a en tout cas sûrement vu ces images de Russes à Rostov acclamer les hommes de Wagner, se faire prendre en photo avec eux. Poutine a dû très bien sentir le danger de faire passer les combattants de Wagner pour des traîtres alors que depuis seize mois, on salue le patriotisme des soldats morts en Ukraine pour la Russie. D'où la décision de les amnistier. C'est comme un boomerang qui est revenu à la figure du pouvoir  Cette crise a-t-elle décrédibilisé Poutine durablement ?Elle a offert une image renversante pour la population et aussi pour la résistance russe en exil alors que les opposants sont emprisonnés : celle qu'il est possible de faire peur au pouvoir, de faire peur au Kremlin, de faire peur à Vladimir Poutine. </text>
	

	<text titre="Le révélateur  Prigojine" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="homme, poutine, moscou, prigojine" langue="fr"> Pareille mansuétude est bien rare à Moscou - les opposants politiques victimes d'acharnement peuvent en témoigner. Evgueni Prigojine, l'homme qui a défié Vladimir Poutine jusqu'à conduire ses chars à moins de 200 km du Kremlin, se voit instantanément accorder l'impunité, ainsi qu'à ses complices, au prix d'un bannissement informel en Biélorussie, qui permet surtout au président russe de sauver la face. Wagner, la milice factieuse, n'est pas dissoute, preuve que le régime ne peut s'en passer en Afrique - et sans doute en Ukraine. Si les choses devaient en rester là, il faudrait en conclure que l'homme fort de Russie n'est pas celui qu'on croit.
Bien d'autres anomalies maintiennent un halo de mystère autour des événements du week-end. Le coup de force de Prigojine pour obtenir la peau de ses ennemis au ministère de la Défense et à l'état-major était assez planifié pour que les services de renseignements américains en aient informé la Maison-Blanche voici deux semaines. Washington assure même que Poutine était prévenu depuis vingt-quatre heures. Pourquoi avoir laissé faire ? La nervosité qu'ont trahie son discours télévisé et le dispositif défensif déployé à la hâte aux abords de Moscou resteront comme des marqueurs de la fragilité du pouvoir.   Clarté et logique ne brillent guère plus chez Prigojine. Une fois que l'insurgé avait pris le contrôle des sites militaires de Rostov, la suite dépendait entièrement de ses alliances. Où sont-elles ? On a bien vu quelques badauds applaudir les forces de Wagner, mais point de ralliement massif des troupes ou des généraux. Le retrait sans combattre de celui qui a déjà brûlé ses vaisseaux laisse d'autant plus perplexe qu'il ne prend pas l'apparence d'une reddition, mais d'un « deal » aux substantielles compensations.   Tout cela combiné, le spectacle surréaliste donné par la Russie apparaît comme le symptôme d'un mal plus profond. En piétinant les institutions depuis deux décennies, Poutine a lui-même amorcé la décomposition de l'État russe - sa guerre en Ukraine ne fait qu'accélérer le pourrissement. Si le Kremlin misait sur la lassitude des Occidentaux, il vient de leur donner une bonne raison de tenir bon, au côté des Ukrainiens. Poutine a tremblé, et ça s'est vu.   Poutine a amorcé la décomposition de l'État russe </text>
	

	<text titre="L'inquiétante montée en puissance des sociétés militaires privées" date="2023 06 26T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="l'Humanité" keywords="evgueni, groupes, moscou, prigojine, sociétés, guerre" langue="fr"> Mercenaires La tentative de coup de force d'Evgueni Prigojine met en lumière la multiplication de ces groupes armés au statut flou. L'expédition vers Moscou du chef de guerre Evgueni Prigojine, patron de la société privée Wagner, a échoué. Il a retiré samedi ses « troupes » de Rostov-sur-le-Don et s'est réfugié en Biélorussie. Ces dernières années, cette entreprise russe de mercenaires s'est installée dans plusieurs pays d'Afrique, y défendant les intérêts politiques du Kremlin et les siens propres, financiers, avec la prospection minière et l'exploitation de ressources naturelles. Elle a également été déterminante sur le front ukrainien, jouant un rôle décisif dans la prise de Bakhmout, le 20 mai, après un an de combats.
Le nationaliste Evgueni Prigojine recrutait ses mercenaires en leur offrant des rémunérations supérieures à celle de l'armée régulière, mais aussi en offrant des remises de peine à des détenus utilisés comme chair à canon. Si Wagner est la plus connue, elle n'est pas la seule société militaire privée en Russie. Il en existe onze au moins sur le front. Ainsi, Ramzan Kadyrov, leader tchétchène, a sa propre milice. Même les entreprises s'y mettent : le groupe énergétique Gazprom a obtenu l'autorisation d'en créer une, mais qui, elle, ne combat pas en Ukraine.   Moscou n'est pas le seul à employer des paramilitaires pour seconder sa politique d'influence. Kiev n'est pas en reste, qui a vu ces dernières années combattre aux côtés de l'armée, puis en son sein, des groupes tels que le bataillon Azov. Ce dernier, composé à l'origine de combattants d'extrême droite et néonazis, a participé en 2014 à la bataille du Donbass contre les séparatistes. Suite aux accords de Minsk de fin 2014, les groupes paramilitaires ont été intégrés à l'armée ukrainienne régulière.   Cette privatisation de la guerre n'est pas nouvelle. Les États-Unis ont été les précurseurs dans ce domaine. Elle inquiète lors de la guerre en Irak en 2003 ; Washington avait alors eu recours à des sociétés telles que Blackwater, qui a assuré la sécurité d'installations occidentales à Bagdad. En 2007, certains de ses mercenaires se sont illustrés en tirant sur des civils dans la capitale irakienne. Ils obtiendront l'amnistie de la part de l'ex-président des États-Unis Donald Trump en décembre 2020.   À plusieurs reprises, les organisations internationales, tel le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, se sont inquiétées du phénomène de privatisation de la guerre et du risque qu'elle fait peser sur les droits de l'homme, dénonçant les groupes états-uniens à plusieurs reprises. Ces dernières années, c'est la société Wagner qui a été pointée du doigt, notamment concernant son rôle en Centrafrique.    Gaël De Santis </text>
	

	<text titre="La mise à nu de la Russie de Poutine" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Monde" keywords="rébellion, poutine, samedi, prigojine, nu, russie, mise" langue="fr"> Il était encore bien trop tôt, samedi matin 24 juin, pour deviner l’issue de la rébellion armée décidée la veille par Evgueni Prigojine. En lançant les mercenaires de sa milice privée, Wagner, à l’assaut de forces armées régulières accusées de travailler contre les intérêts de la population russe, celui qui a été longtemps protégé par Vladimir Poutine va au bout de sa logique. Elle l’a conduit depuis des mois à multiplier les imprécations contre les cadres militaires, à commencer par le ministre de la défense, Sergueï Choïgou, au nom d’un supposé discours de vérité, qui masque très mal une aventure personnelle. Quel qu’en soit son épilogue, ce coup de force fait l’effet d’un révélateur dévastateur sur l’état de ce qu’on hésite plus que jamais à désigner comme les institutions de la Russie. Le contraste est saisissant avec l’affermissement national dans l’épreuve constaté chaque jour en Ukraine.
Un an et demi après une invasion censée décapiter en trois jours l’Etat ukrainien pour imposer la férule russe sur Kiev, les blindés du maître du Kremlin patrouillent dans Moscou pendant que la confusion règne sur le sort de villes qu’Evgueni Prigojine tente de faire passer sous son contrôle. L’ouverture d’un second front est rarement prônée par les manuels militaires lorsque le premier, actuellement théâtre d’une délicate contre-offensive ukrainienne, est encore bien loin d’avoir été stabilisé. Que dire lorsque ce second front est intérieur, le redouté service de sécurité russe, le FSB, étant officiellement mandaté pour arrêter les responsables de cette force auxiliaire afin de les traduire devant la justice, et que volent de part et d’autre les accusations de trahison…   Dans les diatribes qui ont ponctué la rébellion toujours en cours samedi matin, le patron de Wagner ne s’est pas contenté de répéter ses accusations contre l’incompétence, la corruption dont il est un expert, et la prévarication qui règnent en maître au sein de l’armée russe. Il a prononcé une réfutation brutale des arguments ressassés depuis des mois pour justifier une « opération spéciale » devenue guerre d’usure qui a déjà broyé des dizaines de milliers de vies et multiplié les destructions. Non, a-t-il assuré, l’invasion de l’Ukraine n’était pas devenue un impératif national. Les intérêts en jeu, a-t-il martelé, n’étaient pas ceux de la Russie, mais ceux de profiteurs de guerre.   Cette réfutation est stupéfiante tant elle remet en cause frontalement le récit devenu obsessionnel construit par Vladimir Poutine. La mise en cause d’un entourage qui aurait berné ce dernier ne peut tromper personne. Le coup de force d’Evgueni Prigojine vise bel et bien le maître du Kremlin, qui a dénoncé « un coup de poignard dans le dos », soit incompétent, soit complice.   Quel qu’en soit le devenir, il devrait convaincre les pays restés proches de la Russie en dépit de sa violation des frontières et de la souveraineté ukrainienne, et des atrocités perpétrées par ses troupes, à commencer par la Chine, de faire jouer leur influence pour que la guerre s’achève au plus vite. Après avoir mis à nu l’état véritable de l’armée russe, présentée à tort jusqu’au 24 février 2022 comme le symbole d’une puissance retrouvée, cette guerre met en évidence aujourd’hui la réalité d’un Etat réduit à la compétition mortifère de factions. Ces pays n’ont rien à gagner à ce que la Russie s’enfonce toujours plus dans ce délitement lourd d’incertitudes. </text>
	

	<text titre="[Les forces du groupe paramilitaire Wagner...]" date="2023 06 26T00:00:00" journal="La Correspondance économique" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="La Correspondance économique" keywords="wagner, forces, hier, prigojine" langue="fr"> Les forces du groupe paramilitaire Wagner se sont repliées progressivement hier en Russie après le coup de force avorté de leur chef Evguéni PRIGOJINE qui a, selon Washington, mis au jour &quot;des fissures réelles&quot; au sein de l'appareil d'Etat du président russe Vladimir POUTINE. M. PRIGOJINE doit partir pour le Bélarus, a annoncé samedi soir la présidence russe, sans qu'on sache hier quand ce départ aux allures d'exil est prévu, ni où se trouve le tempétueux patron de Wagner. Lors d'une équipée de 24 heures qui a mené ses milices à moins de 400 km de Moscou, voire même 200 selon lui, il a fait trembler le Kremlin avant de faire volte-face et d'ordonner à ses hommes de rentrer dans leurs bases, après une médiation du président bélarusse Alexandre LOUKACHENKO, seul allié européen du Kremlin. Signe que l'urgence de la crise semble passée, les combattants de Wagner ont quitté hier les régions de Voronej et de Lipetsk, au sud de Moscou, étapes de leur tentative de rallier la capitale, selon les autorités locales. La veille, ils avaient quitté le QG militaire dont ils s'étaient emparés à Rostov, centre névralgique des opérations en Ukraine, sonnant la fin de cette mutinerie afin de faire couler du &quot;sang russe&quot;, selon les mots de M. PRIGOJINE. Pour autant, dans la capitale russe comme dans sa région, le &quot;régime d'opération antiterroriste&quot;, qui confère des pouvoirs accrus aux forces de l'ordre, restait en vigueur hier.
La croissance du secteur privé dans la zone euro a brutalement ralenti en juin, tombant à un niveau proche de zéro, plombée par les difficultés de l'industrie, selon l'indice PMI Flash publié vendredi par S&amp;P Global. L'indice, calculé sur la base de sondages d'entreprises, s'est replié à 50,3 en juin, après 52,8 en mai, au plus bas depuis cinq mois, &quot;signalant un très fort ralentissement de la croissance économique de la région&quot;, a expliqué S&amp;P. La France a enregistré les plus faibles performances de la zone euro en juin, avec un recul de l'activité dans le secteur manufacturier comme dans les services, le plus marqué depuis février 2021.   Mme Michelle BOWMAN, membre du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine-FED a appelé hier, lors d'un colloque en Autriche, à une enquête &quot;indépendante et impartiale&quot; des causes de la faillite de plusieurs banques américaines en début d'année, repoussant les propositions d'augmentation des capitaux propres des établissements.   Les conservateurs de Kyriakos MITSOTAKIS se sont adjugé la majorité absolue aux élections législatives hier en Grèce, ce qui va lui permettre d'entamer un nouveau mandat de Premier ministre. La Nouvelle-Démocratie (ND), au pouvoir de 2019 à fin mai, obtient 40,55 % des voix, soit largement plus du double que son principal adversaire, la gauche Syriza d'Alexis TSIPRAS (17,84 %) soit 2,2 points de moins que le 21 mai. </text>
	

	<text titre="Poutine, plus dangereux parce que plus fragile" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23987" auteur="dominique moisi" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Les Echos" keywords="russie, dangereux, fragile, poutine" langue="fr"> Plagiant Simone Signoret et sa très belle autobiographie parue en 1976 « La Nostalgie n'est plus ce qu'elle était », on pourrait dire qu'en Russie « les putschs ne sont plus ce qu'ils étaient ». Comment, en effet, interpréter les événements qui se sont déroulés sous nos yeux ébahis au cours des dernières quarante-huit heures ? 
Un déroulé qui commence comme Frankenstein - la créature se retournant contre son créateur - et qui se termine presque comme une comédie légère de Shakespeare « Much Ado About Nothing » (« Beaucoup de bruit pour rien ») ? L'ironie est la seule arme du chroniqueur lorsqu'il a la lourde tâche de commenter à chaud et de donner du sens à « un mystère à l'intérieur d'une énigme ». Il est trop tôt pour dire ce qui s'est réellement passé entre Rostov, Voronej et Moscou, sans oublier Minsk, la capitale de la Biélorussie, d'où est venue, en apparence, la solution et où le chef putschiste repentant va trouver refuge.   L'argument mis en avant pour justifier le compromis trouvé, « épargner le sang russe »,est dans son humanisme apparent presque choquant, quand on sait à quel point les deux protagonistes de l'histoire,Prigojine et Poutine, se soucient peu de la vie humaine : celle des Russes, comme celles des Ukrainiens.  Les volte-face de PoutineOn peut, néanmoins, tirer de premières leçons de cet épisode plus que confus et conclure, non sans audace, que depuis la révolte des mercenaires du groupe Wagner, Poutine est tout à la fois plus fragile et plus dangereux - les deux termes sont étroitement liés - et que sa pensée, et même peut-être ses intentions, se sont clarifiées au cours des dernières heures.   Le discours, très court, qu'il a prononcé le samedi 24 juin au matin pour dénoncer les « traîtres » restera aux yeux des historiens comme un document essentiel pour comprendre Vladimir Poutine. Et pour illustrer aussi ses volte-face. Il a lui aussi, comme Barack Obama en Syrie, fixé une ligne rouge et ne s'y est pas tenu. Le maître du Kremlin ne sort pas grandi de cet épisode, qui évoquerait presque la révolte des gladiateurs de Spartacus immortalisée par le très beau film de Stanley Kubrick. « Ave César, ceux qui vont mourir te saluent. » La« marche pour la justice » de Prigojine et ses hommes apparaîtrait presque comme l'opposé absolu de la formule des jeux du cirque à Rome. « Ceux qui sont morts pour rien, dans une guerre inutile, n'en peuvent plus. Ils demandent la démission des chefs incapables, d'une armée si peu motivée. »Depuis des années, Poutine et Xi Jinping nous répétaient, à intervalles réguliers, que les démocraties libérales classiques étaient à bout de souffle et que l'avenir du monde appartenait aux régimes autoritaires, tellement plus efficaces. Les événements intervenus ces derniers jours en Russie apportent un démenti flagrant à cette thèse.   Au-delà de Poutine, c'est le modèle autoritaire lui-même qui en sort affaibli. Le président russe a eu peur de la révolte de ses mercenaires. Il se servait d'eux pour déstabiliser l'Afrique et le Moyen-Orient, et pour mieux contrôler, sinon déstabiliser, ses chefs militaires. Adepte depuis toujours du « diviser pour régner », l'ancien officier du KGB est comme tombé victime de la complexité de ses schémas et de ses calculs.   A Pékin, on n'a pu que suivre, avec effroi et incompréhension, la tragicomédie russe. « Cela ne se produirait pas chez nous »,n'ont pu que conclure, faussement rassurés, les dirigeants chinois. A l'inverse, à Kiev, on ne peut que se réjouir d'un épisode qui affaiblit objectivement Moscou, et qui confirme ce que l'on répète depuis le début de la guerre : « La Russie n'est pas aussi forte qu'elle le prétend. Elle est démotivée et plus divisée encore qu'on ne le pensait. Les soldats russes ne doivent-ils pas se battre potentiellement sur deux fronts : extérieur et intérieur ? Quel est à terme le plus dangereux ? » Depuis ce week-end, il y a « moins de Poutine », en Russie et dans le monde. C'est une raison de se réjouir, mais c'est aussi une cause d'inquiétude. Rien n'est plus dangereux qu'un animal blessé, surtout lorsqu'il a à sa disposition un arsenal nucléaire considérable.   Plus que jamais, il convient de soutenir les Ukrainiens avec toute l'énergie et tous les moyens dont nous disposons. La Russie est plus vulnérable encore que nous le pensions. Ce n'est vraiment pas le moment de pousser les Ukrainiens à la négociation, et de leur imposer des sacrifices territoriaux. A l'inverse, la confusion à Moscou doit donner une vigueur nouvelle à une contre-offensive qui semblait patiner un peu au cours des dernières semaines. Plus la situation à Moscou est confuse, plus l'avancée ukrainienne sur le terrain doit être claire.  L'héritier des TsarsMais il existe une autre dimension que l'on ne saurait négliger. Au cours des deux derniers jours, Poutine n'a pas seulement révélé sa faiblesse, il a clarifié sa pensée. Dans son discours à la nation russe, dans sa dénonciation des traîtres qui venaient de donner « un coup de poignard dans le dos »à la Russie éternelle, il a évoqué le précédent de 1917. Et il s'est clairement présenté comme l'héritier des Tsars, et non des bolchéviques.   C'est Lénine qui, en exploitant la guerre pour promouvoir la révolution, a contraint la Russie à des abandons de territoires. Lénine est le traître, Nicolas II le héros malheureux. Sur ce plan, il existe plus que des nuances entre Xi Jin Ping et Poutine. Le premier est léniniste en politique intérieure, marxiste en politique économique, et ultranationaliste en politique étrangère.   Il est important de constater que les deux hommes ne se rejoignent vraiment que sur le plan de la politique étrangère. Une fois de plus, surtout, on ne peut que constater l'écart qui sépare l'empire du Milieu de son « vassal » confus, la Russie. « Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark », constatait Hamlet. Il y a plus que de la confusion dans la Russie de Poutine. La guerre, une fois encore, a servi de révélateur et d'accélérateur de l'histoire. Mais dans quelle direction ? Il est trop tôt pour le dire.   Dominique   Moïsi </text>
	

	<text titre="Russie : le chef de Wagner entre en rébellion" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Monde" langue="fr"> -Evgueni Prigojine, le fondateur de cette milice qui revendique 25 000 combattants, s’oppose désormais militairement à l’armée de son propre pays   - Samedi matin 24 juin, il affirmait contrôler la ville de Rostov et vouloir « libérer le peuple russe »
- La situation reste confuse en Russie, tandis que Prigojine a rappelé ses soldats engagés dans la guerre contre l’Ukraine </text>
	

	<text titre="« Pour la première fois, Poutine a livré un message de panique à son peuple »" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="peuple, anatoly, message, poutine, panique_à_son_peuple, irina, livré, kiev, panique" langue="fr"> Christel Brigaudeau (texte) et Philippe De poulpiquet (photo) Envoyés Spéciaux À Kiev (ukraine)   Les rayonnages surchargés de leur appartement en témoignent, Anatoly Akhutin et Irina Berland préfèrent la compagnie des livres. Mais ces derniers jours, ce couple d'intellectuels russes, en exil depuis 2014 dans la capitale ukrainienne, n'a d'yeux que pour leurs ordinateurs, où ils ont suivi heure par heure l'équipée irréelle lancée vendredi contre Moscou, puis abandonnée, samedi, par le chef de la milice paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine.   Pour la première fois en vingt-cinq ans de règne sans partage sur le Kremlin, « Poutine a livré un message de panique à son peuple. Il a montré qu'il pouvait avoir peur », remarque Anatoly, encore estomaqué de l'allocution du président de la Fédération de Russie dénonçant la « trahison » de son « cuisinier », et laissant entendre sur les chaînes d'État que la sécurité nationale était menacée.
Le professeur, auteur de plusieurs ouvrages en russe sur l'histoire de la philosophie, laisse filtrer un sourire plein de curiosité sous sa barbe poivre et sel. « Il régnait en leader irremplaçable, il a montré sa faiblesse. Désormais, il est disqualifié dans le rôle qu'il s'était attribué. » Pire encore pour le chef d'État, « l'Ouest a compris cette semaine que l'idée selon laquelle Poutine préservait la stabilité d'un immense pays doté de l'arme nucléaire ne tient plus. C'est une perte stratégique immense ».  « Impuissance » généraleÀ côté d'Anatoly, sa compagne, Irina Berland, opine avec un regard concentré. En Russie, cette pédagogue avait fondé une association de défense des libertés civiles, et brandissait régulièrement des pancartes hostiles au régime dans les rues de Moscou. L'annexion de la Crimée en 2014 lui a prouvé, dit-elle, que « ce n'est pas seulement Poutine qui veut détruire l'Ukraine, mais toute la Russie qui est impérialiste. Je ne considère plus ce pays comme le mien ». Comme une preuve, dans l'entrée du modeste appartement, au 10 e étage d'une tour de banlieue hors d'âge, trône bien haut, juste en face de la porte, la bannière jaune et bleu.   La professeure russe devenue patriote ukrainienne attend de voir tomber l'aura des autres personnages clés du gouvernement de Moscou, et de l'ensemble des instigateurs de l'invasion de l'Ukraine. Le groupe Wagner comme les troupes du président tchétchène Kadyrov, appelées en renfort vendredi par le chef du Kremlin, « ont toutes les deux montré leur impuissance », relève Irina. « Et le ministre de la Défense, Choïgou, sera probablement tenu pour responsable de l'entrée en Russie de troupes armées. »  Les opposants requinquésPour le couple, la perspective d'une guerre civile, si elle s'est éloignée à très court terme, reste un destin plausible pour la Russie. « Il n'y a qu'un seul Poutine, le jour où son pouvoir s'effondrera, et la guerre en Ukraine y contribue, alors les forces militaires s'opposeront entre elles », imagine Anatoly, dessinant au milieu de son salon la perspective du chaos.   L'épisode semble avoir galvanisé d'autres opposants à l'homme de Saint-Pétersbourg. Vendredi, la Légion Liberté pour la Russie, qui combat aux côtés de l'Ukraine et a mené ces dernières semaines des incursions remarquées dans la région russe de Belgorod, a vu s'affoler sa messagerie sur Telegram. « On a reçu une centaine de messages de personnes qui se disaient désireuses de nous rejoindre », affirme Alexei Baranovsky, le porte-parole de la branche politique de l'organisation, qui revendique quatre brigades de plusieurs milliers de combattants. « À chaque fois que nous menons une opération, nous recevons des candidatures. Mais jamais dans ces proportions », avoue-t-il.  Des théories diverses et un immense flou sur l'avenirCet opposant, qui rêve de renverser Poutine, doute cependant que le feuilleton mondial joué en direct par Prigojine et sa troupe de mercenaires soit vrai - une théorie qui depuis ce week-end semble s'être répandue dans l'opinion publique à Kiev.   « Quand le président russe utilise en public à la télévision le mot traître, alors la personne visée n'a normalement pas d'autre choix que d'aller jusqu'au bout, ou d'être tuée, argumente Baranovsky. Il n'y a pas eu d'assaut, puis des négociations étranges... L'explication la plus rationnelle me semble celle d'une mise en scène, un coup de com rondement mené » qui pourrait, hasarde-t-il, « convaincre l'Occident qu'il vaut mieux parler avec Poutine, vu le pedigree d'assassin de son successeur potentiel ».   Dans le brouillard de faux-semblants qui entoure encore les événements des derniers jours, Irina et Anatoly se concentrent sur « la manière dont toute l'histoire va être présentée par la télévision à l'opinion publique ». L'image du chef d'État, remarquent-ils, pourrait ne sortir qu'à peine écornée, sous l'effet de l'implacable machine de propagande de Moscou.   Irina guette aussi les conséquences sur le front. « L'absence des mercenaires de Wagner sera nécessairement au bénéfice des Ukrainiens », espère-t-elle. Ce dimanche soir cependant, le pays se préparait à une nuit comme toutes les autres, faite de sirènes et de bombardements imprévisibles. La veille, selon le bilan des forces armées, la Russie a tiré 51 missiles sur le pays, dont 41 ont été interceptés. </text>
	

	<text titre="Le conflit en Ukraine, la spirale où la Russie s'enfonce" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23987" auteur="yves bourdillon" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Les Echos" keywords="tentative, prigojine, conflit, russie, evguéni" langue="fr"> Avant même sa tentative de mutinerie, les propos d'Evguéni Prigojine, le patron du groupe de mercenaires Wagner, avaient plongé les kremlinologues dans un abîme de perplexité, tant son discours était à l'opposé de la propagande officielle à Moscou. Sur Telegram, il avait notamment affirmé que l'armée russe reculait à Bakhmout et dans plusieurs secteurs de Zaporijia et Kherson. « Il n'y a aucun contrôle, il n'y a pas de succès militaires » de Moscou, condamnait Evguéni Prigojine, affirmant que les militaires russes subissaient de lourdes pertes. Ou encore que l'armée ukrainienne n'avait pas visé les civils du Donbass depuis 2014.
Un désordre dont Kiev ne semblait pas pour autant tirer profit. Au contraire, la situation sur le front semblait patiner. « L'offensive ukrainienne ne se déroule pas très bien », constatait un des intervenants au colloque, jeudi, de l'Institut français des relations internationales (Ifri) sur « les ondes de choc régionales et globales du conflit en Ukraine ».De fait, l'armée de Kiev ne progresse presque plus depuis deux semaines, se heurte à un dispositif de mines, tranchées et fortifications sans équivalent en Europe depuis 1916 et ne bénéficie ni d'une supériorité numérique, ni d'une domination aérienne.   Pour autant, Pavel Baev, chercheur à l'Institut de recherche sur la paix à Oslo, estime encore probable que, grâce à la qualité des armes fournies par les Occidentaux, ainsi qu'à la motivation et l'agilité de ses troupes, l'Ukraine trouve dans les prochaines semaines le point faible du dispositif russe, étant donné l'hétérogénéité des fortifications et des unités engagées par le Kremlin. Une reconquête de Bakhmout à la veille du sommet de l'Otan, mi-juillet, ne lui paraît pas impensable.  Le risque d'une crise nucléaireToutefois, selon les chercheurs, de graves revers militaires sidéreraient au Kremlin, avec à terme le possible renversement de Vladimir Poutine… ou le risque de voir ce dernier recourir à des armes nucléaires ! Thomas Gomart, directeur de l'Ifri, résume : cette guerre ajoute une crise nucléaire, avec les menaces de Poutine, aux deux déjà latentes, en Iran et Corée du Nord. L'Occident comprend un peu tard qu'il convient de se réarmer, à contretemps du reste du monde engagé dans cet effort depuis le 11 septembre 2001.   La guerre en Ukraine a d'ores et déjà coupé la Russie du commerce mondial légal des composants technologiques, conduisant inévitablement à une « dé-modernisation » de son économie, que les échanges avec les seuls Chine et Inde ne suffiront pas à compenser. En sus d'une « désoccidentalisation » de la société russe, sous la houlette d'un Kremlin obsédé par un esprit de revanche post-dislocation de l'URSS. « Nous sommes séparés pour au moins une génération », confie un intervenant. Première étape : l'Europe a réussi à se passer du jour au lendemain des hydrocarbures russes grâce au gaz norvégien, britannique ou américain.   La guerre n'oppose toutefois pas la Russie à l'Occident, ou le Sud au Nord, a fait valoir un historien, mais « simplement une dictature à un voisin démocratique ».Un rappel qu'il serait utile d'adresser à ceux des dirigeants et des opinions publiques en Amérique latine, Afrique ou Asie qui estiment que « l'universalisme n'existe pas, ou que la justice et le droit sont des manipulations occidentales », et interprètent donc tout au crible de l'impérialisme occidental, au prix d'une certaine complaisance envers le Kremlin.  Peu de soutien à MoscouMême les mieux disposés à l'égard de Moscou constatent toutefois que Poutine a échoué dans sa tentative de conquête éclair de l'Ukraine. Et si près de la moitié de la population mondiale vit dans des pays neutres vis-à-vis de ce conflit, pratiquement aucun ne soutient Moscou.   Thomas Gomart souligne que pour la première fois, « l'Asie s'invite dans la sécurité européenne » ; la Corée du Nord livre des armes à Moscou, Pékin soutient politiquement son voisin, et le Japon renonce spectaculairement à sa neutralité traditionnelle pour en livrer à Kiev. L'onde de choc est aussi énorme tout simplement dans le pays concerné au premier chef, l'Ukraine.   En Russie, un connaisseur du pays estime qu'il ne faut pas s'attendre à une révolte de la société face aux sanctions. Ces dernières ont toujours plusieurs objectifs : montrer qu'on réagit, affaiblir les capacités de combat ennemies et inciter le régime à changer de politique. Si les deux premiers sont atteints, le dernier n'a aucune chance : la capacité des Russes à jouer du marché noir via la Turquie ou l'Asie centrale, a été sous estimé par les Occidentaux, comme l'illustrent l'absence de pénuries et l'inflation contenue. Et si les critiques sont vives sur l'exécution de l'opération militaire, comme la marche sur Moscou avortée de Wagner l'a rappelé, personne n'ose critiquer la légitimité de Vladimir Poutine. Presque personne, du moins.   Y. B. </text>
	

	<text titre="[À qui profite le coup d'éclat de  Prigojine...]" date="2023 06 26T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="l'Humanité" langue="fr"> À qui profite le coup d'éclat de Prigojine ? </text>
	

	<text titre="Vacillement" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Libération" auteur="par lauren provost" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Libération" keywords="sens, coup" langue="fr"> Tout ceci n'a aucun sens. Il est très difficile d'écrire cette phrase dans un journal. Mais soyons honnêtes : s'il est possible d'expliquer le coup de force d'Evgueni Prigojine et sa cavalcade vers Moscou, affirmer que l'on y voit clair dans la volte-face du chef du groupe de mercenaires Wagner serait mentir. La conclusion de cette folle journée de rébellion nous a laissés avec plus de questions que de réponses. Pourquoi l'avancée spectaculaire de la colonne de Wagner s'est-elle transformée d'un claquement de doigts en la mutinerie la plus courte de l'histoire russe ? Pourquoi faire demi-tour à 200 kilomètres de Moscou ? Qu'a obtenu l'ancien cuistot de Poutine pour accepter l'humiliation de la défaite, un exil à Minsk et une vie sous la menace d'un empoisonnement ? Pourquoi quitter Rostov-sur-le-Don en héros avec un tel sourire aux lèvres ? Tout ceci n'a aucun sens. Il en existe sans doute un pour Poutine et son ancien fidèle, mais il nous faudra encore patienter pour le savoir. En attendant les révélations des prochains jours, une chose est sûre : le monde entier a eu les yeux braqués, et ce pour la première fois de son long règne, sur un vacillement de Vladimir Poutine. Alors que Moscou se barricadait, l'ancien du KGB a dû faire face à la fois à la contre-offensive ukrainienne et au «coup de poignard dans le dos» de celui à qui il a donné tant de pouvoir. Non seulement les alertes de ses services de renseignement n'ont pas fonctionné, mais son armée n'a pas fait preuve d'une grande résistance. L'échec de ses troupes embourbées dans une invasion qui devait être pliée en trois jours n'est plus un secret pour personne, y compris pour les Russes. Humilié, Vladimir Poutine a de réelles raisons d'être para- noïaque. Il sait que ses ennemis sont aussi sur son propre territoire. Et depuis la rébellion de Prigojine, le monde entier est arrivé à la conclusion qu'il ne les contrôle plus. Les événements du 24 juin peuvent se produire à nouveau. Clans, factions ou armées privées Parmi ses démons de l'intérieur, qui seront les prochains à marcher sur Moscou ? ? </text>
	

	<text titre="Édito La peur de l'acte II" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="acte, chef, ii, poutine" langue="fr"> Henri Vernet   Henri Vernet   Rédacteur en chef adjoint service politique   Vladimir Poutine est aujourd'hui un tsar au pied d'argile. Le maître du Kremlin qui martyrise l'Ukraine et fait trembler le monde est un chef humilié, bafoué aux yeux de tous - et des Russes en particulier - par son ancien cuisinier mué en seigneur de la guerre, bousculé par sa créature devenue rival incontrôlable. Même si dans cette Russie poutinienne plus opaque encore que le système soviétique d'antan, d'innombrables questions demeurent sans réponse, à commencer par celles d'une éventuelle complicité entre le président et le chef de Wagner, d'un improbable scénario coécrit et orchestré par les protagonistes, des évidences s'imposent. Le roi est nu, la population ne savait même pas ce dimanche soir s'il se trouvait à Moscou ou s'il avait fui. L'État central paraît vacillant, le régime fissuré, éclaté en autant de forces centripètes que d'armée aux allégeances fluctuantes et de milices privées aux ambitions dévorantes.
La prudence des réactions des dirigeants étrangers, de Joe Biden à Emmanuel Macron - seule la Chine, fidèle à son « amitié » avec Poutine, a appelé à la « stabilité » du pays - en dit long sur leurs interrogations, voire leurs inquiétudes sur la nature de l'acte II qui ne manquera pas de suivre l'acte I de cette tragicomédie. Dans la grande tradition russe, on peut s'attendre à des purges brutales dans l'armée et les ministères clés, à des règlements de comptes au sommet de l'État et dans les milieux d'affaires - les oligarques. Et bien sûr toutes les spéculations entourent le sort de Prigojine : pardonné, jugé, éliminé plus ou moins discrètement ? Mais au-delà ? Une autre rébellion, plus avertie, pourrait-elle pousser pour de bon Poutine dehors ? Une guerre civile pourrait-elle éclater ? L'accueil enthousiaste réservé par les habitants de Rostov aux mercenaires de Wagner pose question. L'empire semble plonger dans cet entre-deux, ce clair-obscur d'où le pire - si c'est encore possible - peut surgir. Dans un pays doté d'un énorme arsenal nucléaire, au contrôle plus incertain que jamais, la menace est tout simplement vertigineuse. </text>
	

	<text titre="Kiev oscille entre méfiance et optimisme" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23987" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Les Echos" keywords="et, événements, russe, attention, mutinerie" langue="fr"> Clap de fin pour la mutinerie de Wagner ? De l'autre côté de la frontière russe, la population ukrainienne a suivi les événements et leur fin abrupte avec beaucoup d'attention et, un optimisme prudent. 
« Tout ce qui peut affaiblir Poutine et la Russie est bon à prendre, estimait ainsi samedi Oleksandr Sherba, ancien ambassadeur d'Ukraine en Autriche. La stabilité de la Russie repose sur la confiance sans cesse renouvelée par le peuple russe à Poutine et son régime. Une fois cette confiance affaiblie, le soutien à la guerre s'effondrera. »« Tragicomédie »Au final, la révolution tant attendue n'aura pas eu lieu. Sur Twitter, le conseiller du président ukrainien, Mikhailo Podolyak, a qualifié les événements de « tragicomédie », estimant que la mutinerie démontre « l'impossibilité de négocier avec la Russie » de Poutine : « Avec qui peut-on parler si le personnage principal a le pouvoir qui lui glisse des mains comme du sable entre les doigts, et que tout le monde s'essuie les pieds sur le commandement militaire stratégique ? écrit Mikhailo Podolyak. Les jours de ce gang sont comptés, il n'y a plus de maître dans la maison. »Nombre de commentateurs ukrainiens, dont plusieurs membres du gouvernement, estimaient également que la mutinerie était prévisible, au vu de la dégradation des relations entre Evguéni Prigojine et les autorités russes, et de la nature même du régime de Vladimir Poutine : « La Russie a utilisé la propagande pour masquer sa faiblesse et la stupidité de son gouvernement, avait, pour sa part, déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Et maintenant, le chaos est tel que plus personne ne peut mentir à son sujet. »« Nous l'avons vu venir »Un sentiment partagé par Iouri Saak, conseiller du ministre de la Défense Oleksii Reznikov : « Nous l'avons vu venir, assure-t-il. Le Kremlin a menti au monde entier et à son propre peuple sur la situation sur le champ de bataille, sur les pertes de l'armée russe, sur le niveau de corruption au sein des forces armées... »Sur la ligne de front, les soldats ukrainiens avaient, eux, accueilli la nouvelle avec circonspection, certains s'inquiétant de la possibilité d'un accord entre Poutine et Prigojine, qui placerait ce dernier à la tête du ministère de la Défense : « Si le nain et le Wagnérien parviennent à s'entendre, la situation deviendra plus difficile pour nous », s'alarmait ainsi, en termes peut-être prophétiques, Anatolii, sergent au sein de la 68e brigade « Jaeger ».  « Je ne pense pas que nous devions réagir à ces événements », estimait pour sa part Dauphin, officier au sein de la 68e brigade. Selon lui, cette rébellion ne devrait pas avoir d'impact immédiat sur le champ de bataille et, pire, pourrait se révéler être une diversion : « Nous avons nos propres tâches à accomplir et ces événements ressemblent plus à des actions démonstratives qui détournent l'attention de quelque chose de plus important. »Guillaume Ptak </text>
	

	<text titre="[C'est vrai,  Prigojine n'a trouvé...]" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> C'est vrai, Prigojine n'a trouvé personne sur sa route. Tout le monde a été pris de court par sa progression stupéfiante, y compris lui-même !   SERGUEÏ PARKHOMENKO, JOURNALISTE </text>
	

	<text titre="@ FIGARO OUI FIGARO NON" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="oui" langue="fr"> Réponses à la question de samedi :Écologie : approuvez-vous la création d'une évaluation du « savoir vert » à la fin du collège ?   TOTAL DE VOTANTS : 80 883  Votez aujourd'hui sur lefigaro.fr
Pensez-vous que Vladimir Poutine a gagné son bras de fer avec Evgueni Prigojine ?   OUI 24 %   NON 76 % </text>
	

	<text titre="La rébellion qui a fait trembler Poutine" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" langue="en">  </text>
	

	<text titre="[On est arrivés en Ukraine comme des...]" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> On est arrivés en Ukraine comme des bourrins. On a marché sur tout le territoire avec nos grosses bottes en cherchant des nazis. On a avancé jusqu'à Kiev, on s'est chié dessus. Nous sommes dans la situation où nous pouvons tout simplement perdre la Russie   EVGUENI PRIGOJINE </text>
	

	<text titre="[Poutine n'a pas d'autres choix...]" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> Poutine n'a pas d'autres choix que de s'appuyer sur des acteurs agressifs comme Prigojine ou Kadyrov, étant donné les mauvaises performances des forces armées russes   UN HAUT FONCTIONNAIRE RUSSE </text>
	

	<text titre="Vladimir Poutine dénonce une « trahison » et une « insurrection »" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Monde" langue="fr"> Le président russe s’est exprimé à la télévision, samedi matin 24 juin. Sans jamais prononcer le nom de M. Prigojine, qui fut autrefois son cuisinier à Saint-Petersbourg, il a qualifié sa rébellion de « coup de poignard dans le dos du pays et du peuple ». Selon lui, « le châtiment contre les insurgés sera sévère » </text>
	

	<text titre="Fissures au Kremlin" date="2023 06 26T00:00:00" journal="La Croix, no. 42652" auteur="jean-christophe ploquin" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="La Croix" keywords="pouvoir, vladimir, poutine, kremlin" langue="fr"> Au pouvoir depuis vingt-trois ans, Vladimir Poutine affronte la pire crise de son régime. Le président russe a été défié samedi 24 juin par un de ses hommes de main, Evgueni Prigojine, patron de la milice Wagner. La mutinerie de ce mercenaire, qui a mis ses troupes en mouvement comme s'il voulait partir à l'assaut du Kremlin, a semé la stupéfaction. De nombreuses inconnues empêchent aujourd'hui de comprendre avec certitude la raison de cette épopée avortée. Mais ce séisme sera assurément suivi de répliques dans l'appareil sécuritaire.   Dès à présent, l'épisode éclaire des aspects surprenants du système Poutine. Et d'abord l'existence de Wagner. Cette organisation paramilitaire a été créée en 2014 avec l'aval du maître du Kremlin et elle s'est développée à la faveur de la guerre en Ukraine jusqu'à compter des dizaines de milliers de combattants. Or que penser d'un État où l'armée, institution régalienne de premier rang, est ainsi doublée par une force privée de mercenaires ? Ce choix témoigne d'une défiance envers les structures officielles du pays et d'une pratique perverse de recours à des réseaux parallèles, qui mine les institutions. Vladimir Poutine, un homme issu du KGB, pense garantir son pouvoir en tenant les rênes de multiples services et officines. Mais une de ses créatures vient de remettre spectaculairement en cause son autorité. Ce n'est peut-être qu'un premier avertissement.
L'épisode apparaît aussi comme un nouvel effet boomerang de la guerre en Ukraine. Les multiples revers essuyés par le Kremlin depuis l'invasion de février 2022 soulignent combien le conflit a été déclenché par un homme malveillant, revanchard et aveuglé par son sentiment de puissance. Vladimir Poutine a engendré une violence qui commence à se retourner contre lui. </text>
	

	<text titre="Pékin soutient Poutine" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="russie, poutine, efforts" langue="fr"> Le ministère chinois des Affaires étrangères a assuré, dimanche, que Pékin, « en tant que voisin amical et partenaire stratégique, soutient la Russie dans ses efforts pour protéger la stabilité du pays, se développer et atteindre la prospérité ». Pour la Chine, ce qui vient de se passer en Russie est une « affaire intérieure ». Moscou a assuré que la Chine avait exprimé son « soutien » aux efforts du président Vladimir Poutine pour « stabiliser la situation » après la rébellion du groupe Wagner.   « Si Prigojine ou une partie du groupe Wagner se retrouve en Biélorussie (...) cela signifie que nous devrons encore renforcer la sécurité de nos frontières orientales. Je ne parle pas seulement de la Lituanie, mais de l'ensemble de l'OtanGITANAS NAUSEDA, PRÉSIDENT LITUANIEN </text>
	

	<text titre="L'étonnante référence à 1917" date="2023 06 26T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="j.-d.m." annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="L'Opinion" keywords="poutine, samedi, référence, vladimir, cours" langue="fr"> Quelques heures avant de trouver une sortie de crise négociée avec Evgueni Prigojine, c'est un Vladimir Poutine en colère et inquiet qui s'était adressé à ses compatriotes, samedi matin, au cours d'une allocution solennelle télévisée. Selon le président russe, la menace des « traîtres » de Wagner s'ajoutait à ce qu'il nomme « l'agression des néonazis et de leurs maîtres », c'est-àdire l'Ukraine et les Occidentaux. Vladimir Poutine a aussitôt enchaîné avec une référence historique, qui en dit long sur son univers mental: 1917, c'est-à-dire la Révolution russe.   Qualifiant l'action alors en cours de « coup de poignard dans le dos de notre pays et de notre peuple », il a ainsi expliqué que « c'est exactement le genre de coup qui a été porté à la Russie en 1917, lorsque le pays a participé à la Première Guerre mondiale. Mais la victoire lui a été volée. Les intrigues, les querelles, les politiques menées dans le dos de l'armée et du peuple ont abouti au plus grand des chocs, à la destruction de l'armée, à l'effondrement de l'Etat et à la perte de vastes territoires. Et pour finir, la tragédie de la guerre civile. » « Dolchstoss ». Le « coup de poignard dans le dos » est une référence au discours des nationalistes allemands de l'entre-deux-guerres, dont les nazis, pour justifier la défaite de 1918. Cette légende du « Dolchstoss » avait pour objectif de disculper la hiérarchie militaire de ses responsabilités, les faisant porter aux civils de l'arrière, à la gauche et aux Juifs. Vladimir Poutine reprend donc un narratif similaire, pour accuser ceux qui « cassent notre unité ». L'évocation de 1917 inscrit Vladimir Poutine dans la tradition contre-révolutionnaire et réactionnaire, quand il s'en prend à « toutes sortes d'aventuriers politiques et à l'étranger qui avaient profité de l'effondrement de la Russie ». Parmi ces « aventuriers politiques », il y avait notamment les bolcheviques, fondateurs de l'Union soviétique. A la veille de l'invasion de l'Ukraine, Vladimir Poutine reprochait déjà à Lénine et aux communistes d'avoir permis la création d'un Etat d'Ukraine « en arrachant à la Russie des parties de son territoire historique ». La révolution de 1917 s'est déroulée en deux temps: février et octobre, sur fond d'épuisement de l'Empire russe dans la guerre contre l'Allemagne. En février, le régime tsariste s'effondre en... huit jours (23 février - 2 mars) ce qui témoigne de la rapidité de certains processus politiques. Février, c'est une révolution à la fois démocratique et sociale, mais qui ne parvient pas à stabiliser la situation et débouche, en octobre, sur la prise du pouvoir des communistes par la force. Sous la direction de Lénine, la Russie se retire de la guerre contre l'Allemagne, mais le pays tout entier plonge dans une terrible guerre civile. Celle-ci ne s'achèvera qu'en 1921 avec la victoire des Rouges. Toutes causes confondues, il y aurait eu alors entre 10 et 20 millions de morts.
C'est ce spectre de la guerre civile que Vladimir Poutine a agité samedi devant l'opinion publique russe, alors que « le destin de notre peuple » est en train « de se décider » en Ukraine. En évoquant à la fois la possibilité d'une défaite militaire et d'une guerre civile entre Russes, le maître du Kremlin donne du crédit à tous ceux qui doutent de la solidité de son régime et de la puissance du pays.   Proclamer « moi ou le chaos », comme l'a fait Vladimir Poutine, peut se révéler être une stratégie gagnante. Mais c'est aussi faire l'aveu que le chaos menace. Et à qui, au final, les Russes feront-ils porter la responsabilité de ce chaos? J.-D.   M. </text>
	

	<text titre="LE TRAÎTRE DU KREMLIN" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Libération" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Libération" langue="fr"> Le chef de la milice Wagner, en première ligne en Ukraine, a défié de façon inédite son allié Poutine samedi en marchant sur Moscou, avant de renoncer mystérieusement. Retour sur un week-end où le cours de la guerre a failli changer. pages 2-6 </text>
	

	<text titre="Aux yeux des Etats-Unis, l'Inde remplace l'Europe" date="2023 06 26T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="eric le boucher" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="L'Opinion" keywords="modi, narendra, siècle, visite, ministre, paris, inde, semaine, europe, remplace, etats-unis" langue="fr"> Inde-Etats-Unis, sommet de Paris et Prigojine, la semaine a été une démonstration de la carte des réels pouvoirs du nouveau siècle.   Narendra Modi, premier ministre de l'Inde, a effectué une visite d'Etat de trois jours aux Etats-Unis avec une pompe qui n'avait été accordée, jusqu'à présent, qu'à Winston Churchill et Nelson Mandela. C'est dire. Pour Joe Biden, l'Inde est l'allié parfait. Presque, parce quand même, les dérapages anti-démocratiques de
Modi, la condamnation de l'opposant Rahul Gandhi, le nationalisme indou et les discriminations de la minorité musulmane, imposaient qu'on aborde la question des droits de l'homme à un moment dans les conversations. Ce fut fait mais à peine. Lors de la conférence de presse finale, interrogé le président américain Joe Biden a répondu que les deux dirigeants « ont été francs » sur la question. Le premier ministre indien Modi a ajouté qu'il n'y avait « aucune discrimination ». Passez à autre chose.   Ce fut fait tout au long des trois jours pour parler investissements, défense, achat d'armes, technologies et amitié. Pour Joe Biden, l'Inde est le partenaire essentiel pour les trois grands piliers de sa politique: l'économie, le climat et la Chine. Pour les Américains, l'Inde est la clé du XXIe siècle. L'Europe ne l'est plus. Et, en réalité, les tendances antidémocratiques de Modi en font partie: les démocrates vont devoir apprendre à parler avec les populistes, ces dirigeants qui sont à la fois démocrates et autocrates, pour les retenir dans leur camp et éviter qu'ils ne glissent dans celui de la Chine. D'où l'épaisseur historique du tapis rouge déployé à Washington.   Bonnes affaires. L'Inde est devenue le pays le plus peuplé du monde et la cinquième puissance économique. Sa croissance, désormais supérieure à celle de la Chine (6,5% cette année contre moins de 5%), en fait le moteur mondial: un gigantesque marché et un terrain de bonnes affaires. Le pays est plus sûr que la Chine dont on se détourne par crainte de Xi Jinping. La démocratie en Inde assure que le droit du business, hérité de celui de l'ex-empire britannique, y est respecté même si la corruption domine dans les grosses sociétés et l'Etat.   L'économie indienne a de graves faiblesses. La corruption justement et l'impéritie de l'administration qui provoquent une défaillance des transports (d'où les accidents de train) et un manque d'infrastructure de toutes sortes (routes, eau, énergie, services publics). La conséquence est que, profondément désorganisée, l'Inde n'a pas pu adopter la « stratégie de l'oie », un décollage des exportations industrielles, comme l'ensemble de l'Asie (du Japon à la Chine). L'absence des grosses usines provoque un manque d'emplois, y compris pour les jeunes diplômés: un quart ne trouve pas de travail à la sortie des études. La brillante Inde high Tech (Shining India) ne suffit pas. Le chapitre économique est donc prometteur mais compliqué, comme l'est ce pays, comme l'est l'époque.   Le pilier « climat » l'est tout autant. L'Inde émet à elle seule autant de gaz à   effet de serre que l'Union européenne. La résolution du réchauffement va se jouer là: l'Europe va lentement mais sûrement vers la neutralité carbone, les Etats-Unis y vont moins sûrement mais ils y viendront, la Chine aussi vers 2060, seule l'Inde s'y refuse. Le pays, avec la hausse du niveau d'eau dans ses deltas, va souffrir beaucoup, il faudra l'aider d'une façon ou d'une autre.   Le dernier pilier, celui de la Chine, n'est simple qu'en apparence. Certes, les deux géants asiatiques se détestent et ils entretiennent des différends frontaliers depuis des lustres. Certes, la grande Histoire interdit à la Chine de penser qu'elle pourra un jour mettre le sous-continent sous emprise. Alliée économique et militaire de Moscou depuis son indépendance, l'Inde s'en démarque aujourd'hui pour se rapprocher de Washington. Son intérêt est de maintenir le contact pour acheter du pétrole bradé par Poutine mais de convertir toute son armée à des armes américaines plutôt que russes. L'Inde a adhéré à l'alliance Quad conclue entre les Etats-Unis, le Japon et l'Australie. Elle mène des exercices navals avec l'US Navy.   Un débat subsiste pour savoir si New Dehli, obligée de choisir entre Pékin et Washington, choisirait Washington. Telle est la conviction de Joe Biden, des Républicains également et de l'administration américaine. Mais, remarque Edward Luce du Financial Times, l'Inde préférera rester « non alignée » et son basculement ne sera jamais complet.   Lumières. Reste que le décorum de la visite d'Etat réservée à Narendra   Modi, confirme s'il en était besoin, que le Pacifique remplace l'Atlantique. Les   Etats-Unis restent et resteront encore très longtemps la première puissance militaire, technologique, économique et monétaire du monde. L'Europe est passée, elle, au second plan. La guerre en Ukraine, sur son sol, n'est qu'une illusion géostratégique. La Russie n'a pas été relevée par Vladimir Poutine, contrairement à ce que prétendaient de stipendiés adorateurs. Elle s'est effondrée. La pitrerie de ce week-end met fin, non à la guerre elle-même, hélas, mais à son importance. La Russie ne compte plus, elle n'est plus capable que d'atrocités de soudards. Le sort du monde ne se joue plus dans cette Europe. Les Etats-Unis ne la regardent plus que comme la vieille grand-mère qui n'en n'a plus pour longtemps.   Le plus triste, parce que cette semaine a formidablement résumé le monde, est que ses derniers efforts méritoires pour tenter d'apporter un peu de Lumières, ceux d'Emmanuel Macron pour mieux organiser le siècle qui vient, on veut ici parler du Sommet à Paris pour refonder les institutions internationales et aider les pays pauvres, n'a donné que peu de résultats. Le tapis rouge a été déroulé mais il ne conduit plus à un vrai lieu de pouvoir.   Il n'est pas trop tard. Le non aligné Modi peut trouver en Europe une alliance réaliste, respectueuse, utile. Mais encore faudrait-il que l'Allemagne sorte de son aveuglant pacifisme mercantiliste prochinois et que l'Union veuille encore retrouver un pouvoir mondial.   @ERICLEBOUCHER t   Les démocrates vont devoir apprendre à parler avec les populistes, ces dirigeants qui sont à la fois démocrates et autocrates, pour les retenir dans leur camp et éviter qu'ils ne glissent dans celui de la Chine. D'où l'épaisseur historique du tapis rouge déployé à Washington Le sort du monde ne se joue plus dans cette Europe. Les Etats-Unis ne la regardent plus que comme la vieille grand-mère qui n'en n'a plus pour longtemps </text>
	

	<text titre="[Poutine était préservé par le fait...]" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24523" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> Poutine était préservé par le fait que les élites russes détestaient Prigojine   UN OPPOSANT </text>
	

	<text titre="La présence russe en Afrique reste intacte" date="2023 06 26T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23987" auteur="yves bourdillon" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="Les Echos" keywords="mercenaires, russe, wagner, week-end, afrique" langue="fr"> Le groupe de mercenaires Wagner perd peut-être la Russie mais conserve l'Afrique. En effet, aux termes de l'accord officieux trouvé ce week-end entre le groupe de mercenaires et le Kremlin, son chef, Evguéni Prigojine devrait, certes, se réfugier en Biélorussie, mais de là, il pourrait continuer à piloter son empire militaire, médiatique et commercial sur le continent africain.
De quoi assurer la continuité de l'action de Wagner qui n'a de mercenaire que le nom : il s'est toujours agi d'un bras armé occulte défendant les intérêts de l'Etat russe à l'étranger. Notamment en Afrique, où Mali et Burkina Faso s'appuient sur lui pour assurer leur survie. Wagner est actif depuis des années, avec des contingents aux effectifs relativement limités, en Libye, en République centrafricaine et l'a été au Mozambique.  La junte malienne toujours liée à MoscouOn sait surtout que Wagner a supplanté les forces françaises à Bamako, en 2022. Le nombre de ses combattants se monterait à 1.500 au Mali. La situation est plus compliquée au Burkina Faso, où certes les autorités ont demandé le départ des troupes françaises en début d'année, mais où elles ne semblent pas avoir été remplacées pour l'heure par un contingent substantiel de mercenaires russes.   Selon les observateurs, les mercenaires au Mali ne servent pas tant à lutter contre les djihadistes qu'à constituer une sorte de garde prétorienne contre d'éventuels troubles internes ou coup d'Etat. Le Mali en a connu deux en trois ans, tout comme le Burkina Faso depuis janvier 2022. Les mercenaires ont commis, au Mali comme en République centrafricaine, des crimes, et ont même connu des incidents meurtriers avec l'armée régulière. Wagner ne dispose pas de moyens suffisants pour mater des djihadistes qui ont tenu tête durant dix ans à une armée française pourtant équipée d'avions de chasse.  « La junte malienne tient à conserver un partenariat avec Moscou », estime un observateur à Bamako, qui dit s'attendre donc à ce que la branche africaine de Wagner, qui contrairement aux mercenaires mobilisés en Ukraine n'aurait pas à signer de contrat avec le ministère de la Défense russe, « continue ses opérations comme avant ».Wagner restera aussi impliqué en Afrique via de lucratifs contrats de sécurité, qu'on peut assimiler à du pillage, notamment en République centrafricaine, dans l'or et le bois, à Madagascar et au Soudan. Il mène aussi une campagne de désinformation et de propagande active contre la France. Là aussi, les événements du week-end ne devraient pas changer à ce stade.   Y. B. </text>
	

	<text titre="Le risque politique russe revient dans la ligne de mire des investisseurs" date="2023 06 26T05:00:00" journal="L'AGEFI Quotidien - Édition de 7h" auteur="yves-marc le réour" annee="2023" mois="6" jour="26" journal_clean="L'AGEFI Quotidien" keywords="mercenaires, russe, investisseurs, russie, russes, politique, evguéni" langue="fr"> La mutinerie avortée de la milice Wagner en Russie pourrait entraîner à court terme une prudence accrue des investisseurs internationaux. Des mercenaires russes lourdement armés, dirigés par Evguéni Prigojine, ancien allié du président Vladimir Poutine, ont progressé samedi vers Moscou après s'être emparés de la ville de Rostov-sur-le-Don. Dans le cadre d'un accord présenté comme le fruit d'une médiation du président biélorusse Alexandre Loukachenko, ces mercenaires ont accepté de rentrer dans leurs bases et obtenu des garanties pour leur sécurité tandis que leur chef est censé s'installer en Biélorussie.
Evguéni Prigojine a justifié son coup de force par sa volonté d'écarter les commandants militaires russes, au premier rang desquels le ministre de la Défense Sergueï Choïgou et le chef d'état-major Valéri Guerassimov, qu'il accuse de faillir en Ukraine par leur corruption et leur incompétence. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a refusé de préciser dimanche quelles concessions avaient été accordées à Evguéni Prigojine pour le convaincre de rentrer dans le rang, alors que dans une allocution télévisée prononcée samedi matin, Vladimir Poutine avait dénoncé une trahison mettant en péril l'existence même de la Russie et promis des sanctions.   A lire aussi: L'antagonisme entre l'Occident et la Russie franchit un nouveau cap  Des craintes ravivées sur l'avenir du stock nucléaire russeAprès ces événements, certains investisseurs tablaient dimanche sur un mouvement en faveur de l'or, des obligations d'État américaines, du dollar et peut-être du yen lors de la réouverture des marchés à l'issue de ce week-end. « Il reste à voir ce qui se passera dans les prochains jours, mais si l'incertitude demeure sur la stabilité du pouvoir en Russie, les investisseurs pourraient s'orienter en masser vers des valeurs refuges», a estimé Gennadiy Goldberg, responsable de la stratégie des taux d'intérêt américains chez TD Securities à New York.   L'action de ces mercenaires a en outre ravivé une vieille crainte à Washington quant à l'avenir du stock nucléaire russe en cas de bouleversements intérieurs. « Les marchés ne réagissent généralement pas bien aux événements qui sont sources d'incertitude, en particulier en ce qui concerne Vladimir Poutine et la Russie», a déclaré Quincy Krosby, responsable mondiale de la stratégie chez LPL Financial. Selon Alastair Winter, stratégiste mondial chez Argyll Europe, le dollar américain devrait trouver « un certain soutien au moment où le marché recommence à spéculer sur les hausses et les baisses de taux ainsi que sur la récession dans les différentes économies».  Une forte sensibilité des marchés de matières premièresErik Myersson, stratégiste en chef des marchés émergents chez SEB, juge que les marchés des matières premières, qui constituent le principal vecteur de transmission des chocs politiques russes aux marchés mondiaux, seront sensibles à l'évolution de la situation politique à Moscou. Le ministère chinois des Affaires étrangères a de son côté déclaré dimanche que Pékin soutenait Moscou dans ses efforts de maintien de la stabilité nationale et que les récentes tensions en Russie relevaient des « affaires intérieures» de ce pays. Mais le chef de la diplomatie américaine, Anthony Blinken, a estimé que ce coup de force avorté révélait « des fissures réelles» au sommet de l'Etat russe.   Le calme était revenu dans la capitale russe dimanche, avec peu de signes témoignant d'un éventuel renforcement des mesures de sécurité. Lundi a été déclaré jour chômé afin de permettre un apaisement complet. Dans un post Telegram, la Banque centrale russe a confirmé qu'elle resterait néanmoins ouverte le 26 juin, ajoutant que « les négociations à la Bourse de Moscou s'effectueront comme un jour ouvrable normal ». </text>
	

	<text titre="Pourquoi Evgueni  Prigojine s'est retourné contre Vladimir Poutine" date="2023 06 27T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="benoit faucon, joe parkinson et thomas grove (traduit à partir de la version originale en anglais par yves adaken)" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="L'Opinion" keywords="telegram, poutine, prigojine, biais, vidéo, vladimir" langue="fr"> C'est par le biais d'une vidéo de qualité granuleuse publiée à 7h24 sur la messagerie Telegram que l'insurrection a été annoncée. Evgueni Prigojine a rassemblé devant la caméra deux des plus hauts responsables militaires de Russie dans la ville stratégique de Rostov-sur-le-Don pour les humilier et menacer de faire marcher son armée de mercenaires sur Moscou.   « Nos hommes meurent parce que vous les traitez comme de la viande... sans munitions, sans plans », dénonce le fondateur groupe paramilitaire privé Wagner, flanqué de combattants masqués qui viennent de s'emparer du centre de commandement de la ville. Il exige que les responsables de la base lui remettent leurs patrons, le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou et le chef d'état-major général Valeri Guerassimov, qualifiés de « clowns gériatriques ». La vidéo a fait le tour du monde. Mais elle n'offre qu'une explication partielle de la mutinerie éclair qui a constitué la menace la plus grave pour le pouvoir du président Vladimir Poutine en vingt-trois ans de règne.
Si l'on ne connaît pas encore toutes les raisons qui ont poussé M. Prigojine à lancer sa révolte ? puis à la stopper de façon stupéfiante ? on peut trouver des éléments d'explication dans les luttes intestines qui étaient arrivées à un point de non-retour avec l'armée, des pressions financières, sans oublier les ambitions politiques personnelles du patron de Wagner lui-même, selon des transfuges russes, des analystes militaires et des responsables du renseignement occidental.   Pendant des années, Wagner a connu une croissance rapide qui lui a permis de jouer un rôle de premier plan dans l'invasion de l'Ukraine décidée par M. Poutine. Mais le groupe de mercenaires s'est retrouvé sous la pression du ministère russe de la Défense qui a resserré l'étau autour de la société, la privant de recrutement,   de financement et d'armements. Si M. Poutine encourage depuis longtemps les rivalités entre ses subordonnés pour empêcher toute velléité de le remplacer, il s'est cette fois rangé du côté   des chefs des armées contre M. Prigojine, un ancien prisonnier qui a grandi dans les mêmes rues de Saint-Pétersbourg que le président.   Le déclencheur de la crise survient le 10 juin : le ministère russe de la Défense ordonne à tous les détachements de volontaires de signer des contrats avec le gouvernement avant le 1er juillet, avec pour conséquence évidente de placer Wagner sous le contrôle officiel de l'armée. M. Prigojine refuse.   « M. Prigojine a été poussé à agir ainsi parce qu'il a compris qu'il était mis au rancart, explique Ruslan Pukhov, directeur du Centre d'analyse des stratégies et des technologies, un groupe de   réflexion militaire basé à Moscou. Il n'a tout simplement pas voulu sombrer dans l'oubli. » Un jour après l'accord de désescalade, qui prévoit que M. Prigojine parte en Bielorussie, le plus proche allié de la Russie, en échange de l'abandon des poursuites pénales à son encontre, ni le chef de Wagner ni M. Poutine ne se sont exprimés publiquement à propos de la mutinerie. MM. Choïgou et Guerassimov, dont l'éviction constituait la principale exigence de M. Prigojine,   restent quant à eux totalement invisibles. Dimanche après-midi, le groupe Wagner contrôlait toujours l'aérodrome militaire de Millerovo, dans le sud de la Russie, selon des responsables des services de renseignement européens. On ne savait pas à ce moment quand ni comment M. Prigojine devait partir pour la Biélorussie, ni combien de ses hommes étaient censés l'accompagner. Les responsables interrogés envisageaient la possibilité qu'il utilise l'aérodrome pour transporter des   officiers supérieurs loyaux à Wagner vers la sécurité relative des bases de la société en Afrique. Si M. Prigojine se rend en Biélorussie, il est peu probable qu'il y demeure longtemps, par crainte d'éventuelles représailles de la part du Kremlin, ajoutent ces sources du renseignement.   Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé dimanche que les soldats de Wagner n'ayant pas participé à la mutinerie de samedi lll Page 5   lll Suite de la page 3   pourraient signer des contrats avec le ministère de la Défense. Mais il n'a pas indiqué ce qu'il adviendrait aux milliers de militaires qui y ont pris part.   Les avis divergent encore sur les objectifs poursuivis par Prigojine : s'agissait-il simplement   d'une tentative pour accroître son influence au sein de l'appareil sécuritaire de M. Poutine ou envisageait-il, en fin de compte, de s'emparer du pouvoir ? On ne sait pas non plus s'il a coordonné ses actions avec des factions au sein des tentaculaires services de sécurité russes, voire au sein du   Kremlin lui-même. Sa colonne a rencontré peu de résistance au départ et les responsables européens du renseignement soulignent que la garde nationale Rosvgardia, qui relève directement de M. Poutine et qui est stationnée dans chaque oblast (ou Etat) russe, n'avait pas les moyens de s'opposer aux mercenaires.   Ni le Kremlin ni le ministère russe de la Défense n'ont répondu aux demandes de commentaires. La révolte de M. Prigojine fait suite à la décision de l'Etat de détourner les subsides dont bénéficiait jusqu'ici Wagner au profit de nouveaux groupes mercenaires privés créés par des entreprises publiques telles que le géant   gazier Gazprom.   Samedi, tandis que le chef de Wagner s'adressait aux Russes par le biais de messages audio sur Telegram, les forces de sécurité ont effectué une descente dans l'un de ses hôtels à Saint-Pétersbourg. Elles ont exhibé de nombreux faux passeports portant sa photo, des pistolets et quelque quatre milliards de roubles, soit 48 millions de dollars, en liquide, saisis à cette occasion, selon des organes de presse russes indépendants. M. Prigojine a par la suite affirmé sur son canal Telegram que ces fonds étaient destinés aux salaires et aux familles des soldats tombés au combat, ainsi qu'à des opérations secrètes en Ukraine et en Afrique, où Wagner dispose de combattants.   La trêve délicate conclue samedi a vu les combattants de Wagner quitter les places fortes   de Rostov et de Voronej, dont ils s'étaient emparés sans grande résistance militaire. M. Prigojine lui-même a quitté Rostov à bord d'un SUV noir, sous les acclamations d'admirateurs.   On ne sait pas si M. Prigojine a bien quitté la Russie. Mais même si c'est le cas, il conservera une énorme base de soutien, non seulement parmi ses combattants qui se sont dispersés en Ukraine, en Bielorussie et dans la base d'entraînement de Wagner à Molkino, en Russie, mais aussi parmi les Russes qui admirent son courage pour avoir parlé ouvertement de la corruption endémique qui règne dans le pays.   Le sort de ses combattants est moins clair. Le Kremlin est incontestablement sorti affaibli des événements du week-end, et la tolérance à l'égard de toute forme de dissidence va probablement encore être réduite. Si l'accord promet l'amnistie à tous ceux qui ont pris part au soulèvement de M. Prigojine, de nombreux spécialistes de la Russie estiment que le Kremlin pourrait procéder à l'élimination des poches de partisans armés du patron de Wagner de façon discrète, au fil   du temps. « Ils finiront par être pendus, mais plus tard », estime M. Pukhov, l'analyste militaire Très récemment encore, il semblait peu probable que M. Prigojine, 62 ans, petit criminel devenu homme d'affaires, dont l'influence a été créée et favorisée par le Kremlin, puisse brandir l'étendard de la rébellion.   Il a pénétré les cercles du pouvoir grâce à son entreprise de restauration, Concord, qui   organisait de somptueux banquets pour l'élite de Saint-Pétersbourg et de Moscou. Il s'est occupé personnellement de verser du vin aux prestigieux invités de M. Poutine, comme le président américain George W. Bush, et a décroché des   contrats de restauration lucratifs pour l'armée russe. Ceux qui le suivent depuis les premiers temps de son ascension le connaissaient comme un animal politique avide d'argent et de pouvoir.   M. Prigojine s'est doté d'une unité d'hommes armés pour protéger ses intérêts d'homme d'affaires et disposer d'un moyen de pression sur certains proches de Poutine dans le système politique quasi féodal de la Russie. Ce groupe a évolué pour devenir Wagner. Il a également mis en place des « fermes à trolls » qui ont cherché à influencer les élections américaines de 2016.   En tant que chef de Wagner, M. Prigojine a joué un rôle crucial dans les efforts de M. Poutine pour étendre les intérêts de la Russie dans le monde. Wagner a aidé les forces pro-russes dans la région ukrainienne du Donbass après l'annexion de la Crimée en 2014 et a contribué à sécuriser des territoires au profit du régime syrien du président Bachar el-Assad, un allié de M. Poutine. En 2018, alors que des unités de Wagner avançaient vers des positions tenues par des troupes américaines près de Deir Ezzor, en Syrie, des commandants américains ont demandé au ministère russe de la Défense d'identifier les soldats. Celui-ci a répondu qu'il ne le pouvait pas. Lorsque les Américains ont ouvert le feu, tuant plus d'une centaine de mercenaires, Prigojine en a imputé la responsabilité à M. Choïgou C'est le véritable point de départ de leur querelle.   Les forces de Wagner ont été déployées dans plusieurs pays africains, pour assurer la sécurité des régimes en place en échange de lucratives concessions minières. Les plans de M. Poutine misant sur une guerre-éclair pour conquérir Kiev ayant échoué, il a demandé à M. Prigojine d'augmenter rapidement les effectifs de Wagner afin de venir en renfort d'une armée conventionnelle russe en difficulté. Les succès relatifs obtenus par Wagner sur le champ de bataille ont alors conduit certains responsables américains à se demander s'il pourrait remplacer M. Poutine.   M. Prigojine et le Kremlin ont constamment nié l'existence du groupe Wagner jusqu'en septembre de l'année dernière.   L'homme, qui a passé au total neuf ans dans les prisons soviétiques, engageait même des avocats renommés à Londres et à New York pour poursuivre ceux qui osaient le relier à la société. Selon Mark Galeotti, spécialiste du crime organisé russe et professeur honoraire à l'University College London, M. Prigojine reste guidé par les préceptes du code machiste du vorovski mir, ou « monde des voleurs », qu'il a appris en prison et selon lequel il faut « veiller   sur les siens, ne jamais oublier un affront et ne jamais reculer. »   élite fracturée Restées longtemps sous le radar, les tensions entre Wagner et l'armée russe ont éclaté au grand jour en février quand M. Prigojine a accusé publiquement le ministère de la Défense d'avoir limité la fourniture d'armes et de munitions à sa force de 50 000 hommes combattant à Bakhmut, une petite ville devenue le site de la bataille la plus intense de toute la ligne de front en Ukraine.   Les forces de Wagner ont réussi à prendre Bakhmut en mai, concrétisant le premier gain territorial de la Russie depuis dix mois. Mais cette victoire a coûté la vie à plus de 20 000 soldats de Wagner, selon le décompte rendu public par M. Prigojine. Alors que les troupes de la milice hissaient des drapeaux dans le centre de la ville, M. Prigojine s'est mis en scène dans une vidéo au milieu des décombres pour interpeller directement MM. Choïgou et Guerassimov : « A cause de leurs caprices, on a eu cinq fois plus de morts que ce à quoi on aurait pu s'attendre. Ils seront tenus pour responsables de leurs actes, qu'en russe, on appelle des crimes. » La prise de Bakhmut a conforté Prigojine dans sa dispute avec le ministère de la Défense. M. Poutine n'a cessé de passer son soutien d'un camp à l'autre au gré des aléas de la guerre. Il a promu des généraux qui semblaient être en   ligne avec M. Prigojine, puis il les a renvoyés pour se ranger apparemment plus résolument derrière MM. Choïgou et Guerassimov.   Les commandants en chef ukrainiens ont cherché à creuser ce fossé. On a vu le général Valeri Zaloujny, commandant en chef de l'armée ukrainienne, vanter les talents militaires de Guerassimov, tandis que le général de division Kyrylo Boudanov, chef du renseignement militaire ukrainien (GUR), complimentait M. Prigojine à l'occasion d'interviews télévisées.   Wagner s'est montré « d'une efficacité maximale, contrairement à l'armée russe, qui a fait preuve d'un manque total d'efficacité », a ainsi indiqué M. Boudanov, en soulignant que M. Choïgou était jaloux de la réussite de M. Prigojine.   Début juin, Wagner et l'armée régulière russe en sont à se comporter comme des forces ennemies.   M. Prigojine affirme que les voies d'évacuation de ses combattants de Bakhmut ont été   minées par les troupes du ministère de la Défense. Et lorsque des hommes de la milice sont venus dégager le chemin, ajoute-t-il, ils ont essuyé des tirs de l'armée. Des responsables militaires russes répondent que ce n'est pas vrai.   En représailles, le 5 juin, Wagner arrête un lieutenant-colonel de l'armée russe et diffuse une vidéo où il reconnaît avoir ordonné à ses soldats de tirer sur les mercenaires. C'était « en raison d'une hostilité personnelle », explique l'officier, le nez ensanglanté.   Le 10 juin, M. Choïgou émet un ordre qui tente ouvertement de débaucher les combattants de M. Prigojine, en proposant à ces derniers qu'ils passent directement des contrats avec son ministère. « M. Prigojine a vécu cette initiative comme une tentative d'échec et mat », analyse un responsable des services de renseignement européens.   Cinq jours plus tard, une division de parachutistes russes publie des photos de volontaires syriens, longtemps rattachés à Wagner, et qui se battent désormais avec les forces régulières.   Parallèlement à sa stupéfiante prise de contrôle du poste de commandement militaire de Rostov samedi, Prigogine envoie vers la capitale une colonne de 5 000 hommes dirigée par l'un de ses principaux commandants, Dmitry Outkin, connu pour ses tatouages de symboles nazis. A ce moment, selon M. Prigojine, les forces de Wagner ne comptent plus que 25 000 hommes.   Les forces de Wagner ont abattu six hélicoptères russes et un avion IL-22 servant de centre de commandement aéroporté, tuant 13 aviateurs, selon des analystes militaires russes ? des morts qui ne seront pas rapidement oubliées, en particulier au sein de l'armée de l'air russe, commandée par le général Sergueï Sourovikine, ancien allié de M. Prigojine.   Le bilan des dégâts inclut des ponts et des routes détruits par les autorités qui cherchaient à arrêter la marche de Wagner, ainsi qu'un dépôt de kérosène, touché et incendié dans la ville de Voronej.   M. Prigojine a quitté samedi soir le quartier général du district militaire sud à Rostov pour une destination inconnue. D'après les analystes, les efforts visant à absorber les combattants Wagner dans les forces conventionnelles et à priver M. Prigojine de son argent et de son   influence vont maintenant s'accélérer.   Toujours selon eux, le silence de M. Poutine pourrait indiquer qu'il cherche avant tout à consolider ses soutiens au sein d'une élite fracturée. Un responsable des services de renseignement estime que le pouvoir du président a été affaibli à un point tel que la menace d'un conflit nucléaire en serait réduite, les subordonnés étant moins enclins à exécuter ses ordres.   Une photo prise sur une autoroute de Moscou, postée sur Twitter par le correspondant de la BBC en Russie, semble résumer les sentiments de certains habitants : sur la vitre arrière d'une voiture, on a écrit en grandes lettres blanches en anglais, « WTF WAS THAT ? » [« Mais qu'est-ce que c'était que ce bordel ? »].   De nombreux spécialistes de la Russie estiment que le Kremlin pourrait procéder à l'élimination des poches de partisans armés du patron de Wagner de manière discrète, au fil du temps La révolte de Prigojine fait suite à la décision de l'Etat de détourner les subsides dont bénéficiait jusqu'ici son organisation au profit de nouveaux groupes mercenaires privés créés par des entreprises publiques telles que Gazprom </text>
	

	<text titre="Prigojine et Poutine, vingt ans de collaboration" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="isabelle mandraud" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="d’un, prigojine, poutine, collaboration" langue="fr"> Lorsque des troupes en tenue militaire surgissent à Rostov-sur-le-Don, vendredi 23 juin au soir, un doute plane. Qui sont ces hommes, porteurs d’un ruban adhésif argenté sur le bras droit, qui prennent le contrôle de cette ville russe de plus de un million d’habitants ? L’incertitude se dissipe vite avec l’apparition sur les lieux, le lendemain à l’aube, du patron de la milice Wagner, Evgueni Prigojine, posant entre deux généraux de l’armée russe pris au piège. Une méthode éprouvée : en février 2014, Vladimir Poutine avait usé du même subterfuge en dépêchant des forces spéciales sans insignes (les « petits hommes verts », comme ils seront surnommés) pour s’emparer de la Crimée, en Ukraine. 
Entre l’homme d’affaires devenu chef de guerre et le président russe, la proximité n’est pas seulement tactique. Depuis plus de vingt ans, les deux hommes entretiennent des relations étroites sur la base d’un accord partagé : l’enrichissement de l’un, le recours à une force hybride pour l’autre. Avant de devenir une menace, Evgueni Prigojine, 62 ans, a en effet constamment agi dans les zones d’ombre du pouvoir que le chef du Kremlin affectionne.   En Ukraine, en Syrie, sur le continent africain, en Amérique du Sud, par les armes, en Europe et aux Etats-Unis, avec ses usines à trolls, il a servi avec zèle les intérêts du président russe. « Poutine a accepté d’externaliser certaines fonctions de l’Etat mais n’a pas légitimé Prigojine lui-même (…) , ce qui serait en totale contradiction avec la conception poutinienne d’un pouvoir complet et coordonné », notait, en février, la politiste Tatiana Stanovaya sur le site du Centre Carnegie. « Dans la vision du monde de Poutine, les ressources telles que les sociétés militaires privées[illégales en théorie en Russie] doivent servir à renforcer la position de l’Etat, et non à l’affaiblir », ajoutait-elle.   Moins de trois mois avant la rébellion armée conduite par Evgueni Prigojine en Russie, le chef de l’Etat félicitait encore, dans un communiqué, « les groupes d’assaut Wagner(…) pour l’achèvement de l’opération de libération d’Artiomovsk [Bakhmout en russe] », en leur promettant des « décorations d’Etat ». Jamais, publiquement du moins, il n’a réagi aux attaques, de plus en plus grossières et violentes, du patron des Wagner sur son ministre de la défense, Sergueï Choïgou, pourtant un proche.  « Aucun statut officiel »Prigojine, lui, n’est pas « un ami ». Interrogé à plusieurs reprises, Vladimir Poutine n’a cessé de le répéter. « Je le connais, oui(…) , mais il n’a aucun statut officiel », disait-il à la chaîne américaine NBC en 2018. Sans être un intime, le chef de guerre était parvenu néanmoins à se rendre indispensable au Kremlin, développant au fil des années ses contacts au plus haut niveau : à l’administration présidentielle avec son chef, Anton Vaïno, dans le milieu des oligarques avec les puissants frères Kovaltchouk, en région avec le gouverneur de Toula, Alexeï Dioumine, ex-général et garde du corps en chef de Poutine, et jusque dans les rangs de l’armée avec, notamment, le général Sergueï Sourovikine, impliqué dans la tentative de putsch de 1991 en Russie. Si certains ont récemment pris leurs distances avec le chef de guerre, beaucoup ont joué le rôle d’intermédiaire avec le chef du Kremlin.   Ce filtre ne doit pas occulter le fait que les deux hommes se connaissent bien. De neuf ans son cadet, Evgueni Prigojine a rencontré le président russe à Saint-Pétersbourg, alors baptisée « Leningrad », dont ils sont l’un et l’autre originaires, et, depuis lors, son ascension a été fulgurante. De milieu modeste, le futur patron des Wagner a commencé par tâter de la prison. Condamné une première fois avec sursis en 1979 pour des vols, il se voit infliger, deux ans plus tard, une peine de douze ans d’emprisonnement par le tribunal de Jdanovski, à Saint-Pétersbourg. Libéré en 1990, au moment où tout se délite dans l’ex-URSS, il se lance dans la fabrication de hot dogs puis, grâce à des contacts, devient le gérant de la première chaîne d’épicerie privée de la ville, Contrast.   Pour les débrouillards comme lui, les affaires, dans le désordre de l’effondrement de l’Union soviétique, vont bon train. En décembre 1996, Prigojine ouvre son premier restaurant haut de gamme, La Vieille Douane, dans d’anciens entrepôts, puis trois autres, qui deviennent très vite les plus courus de la ville. Au New Island, à l’été 2001, il sert Vladimir Poutine, élu président de la Fédération de Russie un an plus tôt, qui reçoit Jacques Chirac, puis Georges W. Bush, en 2002. L’année suivante, le chef de l’Etat y fête ses 51 ans. Dès lors, comme le relève la version russe du magazine Forbes en 2013, la fortune du « cuisinier de Poutine » s’envole car, entre-temps, Evgueni Prigojine a fondé son entreprise de restauration, Concord, qui engrange de juteux marchés, dont celui pour la restauration de l’armée russe : 92 milliards de roubles (2 milliards d’euros de 2013) sur deux ans, selon Forbes.   L’homme d’affaires, qui fuit à cette époque toute publicité, ne s’arrêtera plus. Il se glisse dans toutes les zones grises ouvertes par le pouvoir, dont il pressent qu’elles peuvent lui rapporter gros. En 2014, il finance la création d’un groupe de mercenaires, entraînés dans la région de Krasnodar, dans le sud de la Russie, sur une base appartenant au GRU, la direction du renseignement militaire, par Dmitri Outkine. Cet ex-officier du GRU et néonazi notoire, surnommé « Wagner » pour son goût immodéré pour le compositeur allemand et qui finit par donner son nom au groupe, figure en bonne place lors d’un dîner au Kremlin de remise de décorations, en décembre 2016, au côté de Vladimir Poutine. Prigojine lui-même participera, en 2018, aux discussions organisées au ministère de la défense, à Moscou, entre Sergueï Choïgou, le chef d’état-major de l’armée, Valeri Guerrassimov et le maréchal dissident libyen Khalifa Haftar.  L’empire étendu du « cuisinier »Entre-temps encore, Evgueni Prigojine créé l’Internet Research Agency, qui gère des usines à trolls, au cœur du scandale de l’ingérence russe de 2016 aux Etats-Unis, et investit dans les médias, en fondant notamment sa propre agence de presse, RIA Fan. La restauration a, depuis belle lurette, été reléguée au dernier rang de ses préoccupations : c’est un empire que dirige désormais le « cuisinier », qui s’étend, à travers un écheveau de 400 sociétés, réelles ou fictives, parfois même éphémères, selon qu’elles sont placées sous sanctions internationales, sur plusieurs continents.   Chacune de ces étapes s’est faite en étroite collaboration avec les autorités russes et l’assentiment de Vladimir Poutine, sans que jamais les exactions, viols, meurtres et tortures commis par ses mercenaires sur plusieurs théâtres ne soient condamnés. Au fil du temps, la violence même du personnage n’a cessé de grandir, jusqu’à afficher un visage de haine sur ses réseaux sociaux, désormais abondamment utilisés contre les élites. L’homme de l’ombre des années 2000 s’est mué en un « patriote » omniprésent sur la scène nationaliste, à la tête d’une armée parallèle. La créature du Kremlin a fini par s’échapper. </text>
	

	<text titre="Poutine, affaibli, évite le bain de sang" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="moscou, wagner, russie, bain, sang, bain_de_sang" langue="fr"> Moscou - correspondant - Retour à la normale en Russie : sur le site de vente en ligne Wildberries, les produits siglés « Wagner » sont de retour. Sur les routes au sud de Moscou, on rebouche la chaussée, éventrée la veille à la tractopelle. Anecdotique ? Révélateur d’un pays qui s’empresse d’oublier un épisode aussi bref que vertigineux : la rébellion d’une milice privée qui a réussi, en une journée, celle du samedi 24 juin, à s’emparer d’une ville d’un million d’habitants et à s’approcher à 200 ou 300 kilomètres de la capitale sans rencontrer de résistance sérieuse.   L’enquête criminelle ouverte contre Evgueni Prigojine pour « appel à l’insurrection armée » a été refermée − l’annonce en a été faite par le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Même le ministère de la défense paraît considérer l’épisode comme clos. Sur ses réseaux sociaux, samedi soir, le ministère publiait une photo proclamant « cohésion et unité ». Les dégâts et les morts causés par l’aventure Prigojine doivent être passés par pertes et profits : les blogueurs militaires russes évaluent ces pertes entre treize et vingt dans les rangs de l’armée, quasiment tous tués à bord d’appareils abattus (six hélicoptèreset un avion).
Dix-neuf immeubles de la région de Voronej ont aussi été touchés par les combats et la raffinerie de la ville de Voronej était toujours en feu, dimanche. Ce qui n’a pas empêché, le même jour, le député Andreï Kartapolov, chef du comité de la défense à la Douma, d’assurer que les autorités n’avaient « aucun reproche » à adresser aux mercenaires : « Ils n’ont offensé personne, ils n’ont rien cassé », a-t-il assuré.   A Rostov-sur-le-Don, épicentre de la crise, la vie a aussi repris son cours. Samedi soir, les combattants de Wagner et les blindés qu’ils avaient déployés en ville ont commencé à partir, sous les acclamations des habitants − mélange de soulagement de voir le bain de sang évité et d’adhésion au discours anti-élite d’Evgueni Prigojine. Le Kremlin ne manquera pas de remarquer cette affection témoignée aux putschistes par une partie de la population.   La crise s’est terminée de façon aussi brusque et surprenante qu’elle avait commencé. Mais sera-t-elle oubliée si facilement ? D’abord, on ne connaît que les grandes lignes de l’accord conclu sous l’égide du dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko, qui a permis une résolution pacifique. Evgueni Prigojine a sauvé sa tête, au moins momentanément : les poursuites contre lui sont abandonnées et l’homme d’affaires pétersbourgeois doit être accueilli en Biélorussie. Son aventure politique − ne prétendait-il pas ramener « l’ordre et la justice » ? − trouve un terme, peut-être lui aussimomentané.  L’armée humiliéeLe résultat n’est pas négligeable, sachant que c’est probablement la décision d’en finir avec Wagner et son chef qui a motivé l’insurrection. Qu’en est-il de ses hommes ? Ceux qui n’ont pas participé à la mutinerie pourront signer un contrat avec le ministère de la défense, a précisé le Kremlin. Les autres rejoignent leurs camps de base. Et après ? Seront-ils désarmés ? En annonçant renoncer à l’affrontement, samedi soir, Evgueni Prigojine présentait comme un acquis le fait que Wagner ne serait pas démantelé.   L’ancien gangster et ancien cuisinier de Poutine a joué son va-tout : dimanche, le retour des colonnes lancées à l’assaut de Moscou, sur l’autoroute M4, mais cette fois en direction du sud, a permis de mesurer l’ampleur de l’opération. Selon le média Baza, lié aux services de sécurité, ce ne sont pas moins de mille véhicules de tous ordres, du minibus au système de défense antiaérienne, répartis en quatre colonnes, qui montaient à l’assaut de Moscou. Auxquels il faut ajouter les troupes retranchées à Rostov-sur-le-Don.   Même s’il agit d’une force conséquente, l’humiliation est complète pour l’armée, qui s’est révélée incapable de mettre fin à l’équipée et s’apprêtait à défendre la capitale en entassant des sacs de sable sur ses voies d’accès. Certaines des unités qui se sont retrouvées face aux hommes de Wagner ont refusé le combat, par peur ou par sympathie. Les conséquences sur le front ukrainien sont, elles, encore difficiles à évaluer.   Mais au jeu des bilans, le plus terrible est sans doute pour Vladimir Poutine. Seul point positif, l’élite politique a fait corps : toute la journée de samedi, députés, gouverneurs ou élus locaux ont diffusé des messages de soutien au président. Si Evgueni Prigojine espérait rallier des soutiens pour prendre le pouvoir, cette partie du pari a été ratée. L’élite a choisi la très relative stabilité offerte par M. Poutine. Une partie de ses membres pourront aussi se rassurer : la réaction du président - accepter l’affront plutôt que risquer le bain de sang - montre aussi que Vladimir Poutine conserve un lien avec la réalité et une capacité au compromis.  « Un système plein de trous »Pour le reste, le chef du Kremlin est apparu faible ou à contretemps à chaque étape de la crise. Pendant des mois, il a gardé le silence face aux provocations et insultes de Prigojine, laissant l’abcès se former. Son intervention de samedi matin a constitué un changement de ton radical. Dans son discours, le président a présenté une Russie au bord de la « guerre civile ». Son parallèle avec la révolution de 1917 le plaçait d’ailleurs, de façon étonnante, dans la peau du perdant, le tsar Nicolas II.   M. Poutine aura du mal, désormais, à expliquer aux Russes que malgré le sérieux de la confrontation avec l’Occident (l’agresseur, selon lui), ils peuvent continuer à vivre normalement. Impossible aussi de prétendre que les choses se sont déroulées « selon le plan », expression qu’a, au contraire, employée Evgueni Prigojine samedi soir. Le climat a changé jusque dans la capitale, où chacun a pris conscience du caractère extraordinaire de la situation. « On dirait les années 1990, murmurait samedi une passante, dans le centre de Moscou. Des bandes de gangsters qui organisent des règlements de comptes dans les faubourgs… Sauf que maintenant ils ont des chars et des avions… »Plus grave, l’attitude ultérieure du président russe est apparue en contradiction complète avec le ton martial employé. Sans le nommer, Vladimir Poutine a qualifié Evgueni Prigojine de « traître » − une désignation qui vaut en théorie condamnation à mort. Au lieu de cela, le chef du Kremlin s’est retrouvé, dans la soirée, à devoir offrir à son subordonné des garanties de sécurité… Ce ne sont plus seulement les institutions de l’Etat qui sont outragées, mais le président personnellement.   Il n’est pas seulement ici question de fierté offensée mais du mode de fonctionnement de la Russie poutinienne. « Pour les élites, une seule chose compte vraiment, rappelle le journaliste en exil Maxime Troudolioubov, c’est la capacité du chef à tenir solidement les leviers de contrôle. Or, il est maintenant clair que le président de la Fédération de Russie ne contrôle même pas “les siens”, et qu’à un moment donné, ils peuvent devenir une menace pour l’ensemble du groupe. »L’hypothèse même d’un changement de pouvoir, jusque-là taboue, fait désormais partie du paysage. Le fait que M. Prigojine n’ait pas pu, ou pas voulu, aller au bout de ses projets ne change rien au constat : le pouvoir est loin d’être aussi inaccessible qu’il n’y paraissait. « Tout le monde a vu que le système était plein de trous », résume Abbas Galliamov, qui fut un conseiller de M. Poutine dans les années 2000.   Ce constat vaut aussi, d’une certaine manière, sur le plan diplomatique. Durant la crise, la diplomatie russe a dû s’attacher à rassurer ses voisins − donnant lieu à des communiqués aussi surréalistes que : « Le premier ministre arménien est tenu informé de la situation en Russie. » On a aussi appris que la Corée du Nord avait proposé son aide.   Sur le plan intérieur, un probable raidissement est à attendre. La chasse aux traîtres devrait s’intensifier, puisqu’il s’avère que ceux-ci sont partout, même parmi ceux que le Kremlin a nourris en son sein. « Après avoir perdu la face de la sorte, Poutine ne peut que choisir la terreur, écrit sur Telegram le blogueur Anatoli Nesmiyan. Le lâche est toujours furieux quand il a dû exposer sa lâcheté aux yeux de tous. » </text>
	

	<text titre="Prigojine sort du silence" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Libération" auteur="par célian macé" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Libération" keywords="kremlin, prigojine" langue="fr"> pages 6-7   A   Bangui, Bamako ou Benghazi, la folle aventure d'Evgueni Pri- gojine et de sa révolte contre le Kremlin a été suivie heure par heure, samedi, avec stupéfaction et sans doute une profonde angoisse au sein des cercles dirigeants. Leur inquiétude n'est certainement pas dissipée. De- puis 2017, la compagnie de sécurité pri- vée Wagner est devenue le bras armé de Moscou en Afrique: à travers l'orga- nisation de Prigojine, la Russie a pris pied successivement en Centrafrique, en Libye, au Soudan, au Mozambique (d'où elle s'est rapidement retirée) et au Mali. Dans ces pays, Wagner loue bien entendu les services de ses mer- cenaires, mais mène aussi de redouta- bles campagnes de désinformation au profit des Etats ou des individus qui l'emploient. Dans certains pays, comme la Centrafrique, où elle dispose de 1 000 à 1500 combattants, son em- prise est telle que le groupe a gangrené l'économie, les médias, et jusqu'aux plus hauts échelons de l'administra- tion. Maintenant que la rupture sem- ble consommée entre Poutine et Prigo- jine, que va devenir son empire africain ? L'épisode spectaculaire de la mutinerie va d'abord laisser des traces dans l'es- prit des partenaires de Wagner. Aucun des protagonistes du drame russe du week-end n'en ressort gagnant. Pou- tine et l'Etat russe ont été humiliés par une troupe de mercenaires capable de marcher sur Moscou pendant 600 kilomètres sans être arrêtés. De quoi écorner l'image d'homme fort du chef de l'Etat, particulièrement efficace en Afrique. Prigojine a luimême critiqué la stratégie russe sur le continent : «Quand on combattait en Afrique, ils nous ont dit : &quot;on a besoin de l'Afrique&quot; et, après ça, l'Afrique a été abandonnée parce que tout l'argent qui était destiné à l'aide a été volé», a lâché le patron de Wagner dans sa diatribe contre le pouvoir, samedi. Mais il a surtout montré qu'il pouvait mordre la main qui l'a nourri, et trahir son maître si ses intérêts le commandent, avec l'appui sans faille de ses hommes. Une source évidente de préoccupation pour ses clients africains.
«UN RÉSEAU D'INFLUENCE» EN CENTRAFRIQUE Le dénouement de la crise -avec la volte-face de Prigojine et son départ annoncé pour le Bélarus- ne laisse rien présager, à ce stade, des conséquences sur les activités africaines du groupe. Elles ont nécessairement été discutées au cours des négociations, cependant, tant le continent est aujourd'hui central dans les opérations de Wagner. Parmi les scénarios envisagés, un retrait d'Afrique ou un démantèlement total de l'organisation, à court terme, apparaît improbable : grâce à Wagner, la Russie a évincé la France, rivale, de Centrafrique ou du Mali, et a gagné une influence géopolitique en Libye ou au Soudan. Moscou, en quête de puissance sur la scène internationale, ne compte certainement pas y renoncer. «Quand ils se sont retrouvés face à face avec des bandits, la Centrafrique et le Mali, abandonnés par les Français et les autres Européens, se sont tournés vers la compagnie militaire privée Wagner pour lui demander d'assurer la sécurité de leurs dirigeants», a raconté le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lundi. «Hormis les relations avec Wagner, [ ] à la demande de ces gouvernements, plusieurs centaines de militaires [russes] travaillent en qualité d'instructeurs. Naturellement, ce travail va continuer», a-t-il ajouté, au cours d'un entretien à la chaîne RT (Russia Today). «Je ne peux pas imaginer que Wagner quitte la Centrafrique d'un jour à l'autre, confirme Enrica Picco, directrice Afrique centrale à l'International Crisis Group. Ils ont construit un réseau d'influence et une machine d'exploitation des ressources naturelles bien rodés. Le groupe reste un outil très important pour Moscou, et pour l'empreinte russe sur le continent.» Mais l'Etat russe ne peut pas non plus reprendre formellement la main sur les activités de Wagner, sauf à opérer un changement radical de doctrine. Pour Moscou, tout l'intérêt du groupe de Prigojine reposait sur le concept de plausible deniability - «démenti plausible», le fait de pouvoir agir à travers Wagner sans avoir à en assumer la responsabilité. L'affreux Prigojine pouvait endosser, voire parfois revendiquer, les massacres commis par ses hommes, les fake news de ses organes de presse bidon et les deals mafieux passés pour prendre le contrôle des filières de l'or, du bois ou du diamant centrafricains, par exemple. L'Etat russe pouvait prétendre officiellement que cela ne le regardait pas, même si personne n'était dupe.   Une posture intenable si Wagner venait à être absorbé par l'armée ou l'administration russes.   Entre ces deux scénarios maximalistes, il existe toute une palette d'options et de possibilités pour la poursuite des opérations semiclandestines de la Russie en Afrique. Prigojine pourrait être maintenu à la tête du groupe, mais cantonné exclusivement à la sphère africaine - il y a noué des relations personnelles avec les élites dans les pays où il opère, et prouvé ses talents de logisticien et d'organisateur.   Dans ce cas, Poutine ferait preuve d'une grande mansuétude tout à fait inhabituelle. Plus probablement, il cherchera un ou plusieurs remplaçants, ainsi qu'à ses plus fidèles lieutenants. Wagner pourrait être réorganisé, renommé, replacé plus strictement dans l'orbite du Kremlin. Le groupe de Prigojine n'a en réalité jamais été une entité tout à fait autonome : sa logistique, par exemple, dépendait en grande partie des livraisons effectuées par les avions gros-porteurs de l'armée russe. «Wagner a toujours joué sur l'ambiguïté des liens entre l'Etat russe et la société, rappelle Enrica Picco. Ces liens pourraient donc être facilement resserrés.» Les répercussions ne seront certainement pas les mêmes d'un pays à l'autre. D'abord, car les clients de Wagner ont leurs agendas propres. Ensuite, car la formule Prigojine varie selon ses théâtres d'opérations. En Centrafrique, par exemple, premier pays où le groupe s'est implanté, Wagner tire sa fortune de l'exploitation des ressources naturelles. Au Soudan également, dans le secteur aurifère. Au Mali, au contraire, la société de sécurité privée semble jusqu'à présent intervenir à perte -alors que les risques y sont très élevés pour ses 1500 combattants, les jihadistes qu'ils affrontent ayant fréquemment le dessus sur l'armée malienne. Wagner y est implantée avant tout pour servir les intérêts géopolitiques de la Russie. Son maintien n'aurait pas de sens sans la tutelle de Moscou.   «LA LIBYE, UN HUB LOGISTIQUE» La Libye est le seul pays où la compagnie de Prigojine n'est pas déployée au service d'un Etat reconnu, mais d'un individu: le maréchal Haftar, qui a échoué à s'emparer du pouvoir par la force à Tripoli mais règne de facto sur la moitié orientale du pays. «Wagner dispose de 1 000 à 1200 hommes, contrôle trois bases aériennes, est payé régulièrement, en cash et en carburant. La situation est calme, la Libye est un hub logistique très pratique, la pression américaine y est quasi nulle, détaille Jalel Harchaoui, chercheur associé au Royal United Services Institute for Defence and Security Studies. La Russie n'a aucune raison d'abandonner cette situation confortable.» Depuis vendredi soir, aucun mouvement des combattants de Wagner - dans un sens ou dans l'autre - n'a été observé sur le continent. ? </text>
	

	<text titre="En Russie, après la mutinerie avortée, l'heure des comptes" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24524" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="grande, mutinerie, russes, mesures" langue="fr"> « L'UKRAINE et l'Occident voulaient que les Russes s'entretuent... » mais « dès le début des événements, des mesures ont été prises sur mes instructions directes afin d'éviter une grande effusion de sang » , a déclaré Vladimir Poutine lundi soir lors d'une brève déclaration télévisée. Remerciant les Russes pour leur « endurance », leur « unité » et leur « patriotisme » durant la mutinerie avortée d'Evgueni Prigojine, samedi, le chef du Kremlin a également affirmé que « la grande majorité des combattants et des commandants du groupe Wagner sont également des patriotes russes, fidèles à leur peuple et à leur État », ainsi qu'ils l'ont « prouvé par leur courage sur le champ de bataille » . « Ma promesse sera tenue », assuré le président russe ,en proposant aux combattants du groupe paramilitaire de rejoindre l'armée ou de partir pour la Biélorussie. 
 Un peu auparavant, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait annoncé des déclarations présidentielles qui « sans exagération, détermineront le sort de la Russie » , rien de moins. Au total, l'intervention solennelle de M. Poutine, la deuxième en trois jours, vide d'annonces et censée clore le spectaculaire épisode du week-end, en aura a contrario souligné l'onde de choc.   Si les mesures « antiterroristes » décrétées samedi à Moscou, après la décision d'Evgueni Prigojine de marcher sur la capitale, ont été levées lundi les zones d'ombre concernant ces évémements et leurs conséquences possibles restaient nombreuses. Protagoniste central, Evgueni Prigojine, a publié lundi sur sa chaîne Telegram un premier message audio depuis sa sortie, samedi soir, du quartier général de l'armée de Rostov-sur-le-Don qu'il avait investi avec ses hommes la nuit précédente. « Le but de notre « marche de la justice » était de ne pas permettre la destruction du groupe Wagner », menacé d'être absorbé par l'armée, déclare Evgueni Prigojine dans cet audio de onze minutes. Il assure que l'objectif n'était « pas de renverser le pouvoir dans le pays ». Sans révéler où il se trouve, le patron de Wagner estime aussi que son avancée vers Moscou a révélé de « graves problèmes de sécurité »en Russie. Par ailleurs, « les civils allaient à notre rencontre avec des drapeaux russes et des emblèmes de Wagner, ils étaient heureux quand nous arrivions et passions à côté d'eux » ,affirme-t-il encore dans ce message vocal.   Aux termes de l'accord - dont les détails n'étaient pas connus hier - conclu samedi sous le parainage du Biélorusse Alexandre Loukachenko, les charges pénales pour mutinerie engagées le matin même contre le patron de Wagner devaient être retirées. Pourtant , « l'affaire n'a pas été close, l'enquête se poursuit », a indiqué lundi une source au sein du parquet général russe. Vladimir Poutine n'en a pas reparlé lundi soir, ni même cité Evgueni Prigojine. Ce dernier aurait reçu, comme ses combattants, « la parole » du chef du Kremlin de pouvoir se rendre librement en Biélorussie. Des chaines Telegramont indiqué qu'il aurait été vu lundi à Minsk, mais cette information n'a pu être confirmée.   En revanche, le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, la bête noire d'Evgueni Prigojine, a été vu à la télévision en train d'inspecter des troupes en Ukraine, sans qu'il soit possible de savoir si ces images ont été tournées avant le début de la mutinerie, comme l'estime la chaîne Telegram Rybar ,spécialisée dans les questions militaires. Également dans le collimateur du chef de Wagner, Valeri Guerassimov, le chef d'état-major des armées, n'a quant à lui pas réapparu en public depuis la crise.   Pas de décisions à chaud   Samedi, les commentateurs avaient décelé dans le ton martial du chef du Kremlin la marque de la « trahison personnelle » qu'aurait représentée à ses yeux l'équipée de son « cuisinier » , rencontré à Saint-Pétersbourg au cours des années 1990. « Il y a une chose que je ne pardonne pas, c'est la trahison », avait déclaré le chef du Kremlin, il y a quelques années dans un interview. « Les organisateurs de la mutinerie, après avoir trahi leur pays, leur peuple, ont trahi aussi ceux qu'ils ont entraînés dans le crime » , a-t-il insisté lundi soir.   L'accord trouvé avec Prigojine comporte-t-il l'objectif affiché par ce dernier, à savoir la mise à l'écart du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou ? La réapparition de celui-ci tendrait à prouver le contraire, pour le moment tout au moins. Mais, comme l'estime sur Telegram le politologue pro-Kremlin Sergueï Markov , « sous la pression (de Prigojine ), Poutine ne fera rien », une constante chez le président russe qui n'est pas adepte des décisions à chaud. Une campagne active a été lancée par les correspondants militaires russes et chaînes Telegram dites « Z » , c'est-à-dire pro-guerre, en faveur du gouverneur de Toula, Alexeï Dioumine, donné par beaucoup comme le prochain ministre de la Défense. Ancien de la garde de sécurité de Poutine et ex-vice ministre de la Défense, Dioumine est décrit comme une connaissance de longue date de Prigojine et aurait participé aux tractations pour dénouer la crise.   D'autres interrogations concernent l'avenir des mercenaires de Wagner. En lançant son insurrection, Prigojine avait dénoncé une volonté (du ministère de la Défense) de « démanteler le groupe » paramilitaire et il l'a répété dans son dernier message. Ses combattants s'étaient vus ordonner de signer avant le 1er juillet un contrat avec l'armée, initiative perçue comme une mise sous tutelle. Samedi, le Kremlin a promis que les hommes de Wagner ayant suivi leur chef dans sa révolte ne seraient pas poursuivis pénalement, en remerciement de leurs services en Ukraine, et que certains , « s'ils le souhaitent », pourront signer des contrats avec l'armée. Une proposition que Vladimir Poutine a réitéré lundi, sans préciser ce qu'il adviendrait des mercenaires qui iraient en Biélorussie. Certains, comme le blogueur militaire russe Michael Nacke, estiment qu'Evgueni Prigojine pourrait y installer sa base pour continuer ses opérations. Encore faudrait-il pour cela, relève un autre spécialiste, que Wagner continue a recevoir des financements qu'une source estime entre 250 millions et 350 millions de dollars par mois...   Comment réagiront les élites ?   L'enjeu majeur pour l'avenir concerne le degré de fissuration du pouvoir provoqué par ces événements. Comment les élites réagiront-elles à ce qui constitue indubitablement une humiliation pour Vladimir Poutine qui paraissait lundi soir plutôt sur la défensive ? Certes, on n'a pas assisté à un coup d'Etat. Mais l'ébranlement de ce week-end pourrait entraîner, a minima, des changements de personnes, voire de gouvernance. Un processus à mèche lente a été allumé et rien pourrait ne plus être comme avant. Significativement, le premier ministre Mikhaïl Michoustine, un technicien que l'on entend peu, a appelé lundi les Russes à serrer les rangs autour du chef de l'État. Konstantin Remtchoukov, le rédacteur en chef de la Nezavissimaïa gazeta a estimé que la réélection de Poutine en 2024 ne lui paraissait plus comme une évidence, « les élites ne pouvant plus se sentir en sécurité ». On n'en est pas encore là. Mais comme le rappelait lundi le politologue Kirill Rogov, « ce n'est pas la fin de l'histoire, mais le début... » </text>
	

	<text titre="Milices, rivalités, les failles de l'armée russe" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="evgueni, poutine, armée, russe, wagner, armée_russe, prigojine, forces, groupe, vladimir" langue="fr"> Anissa Hammadiet Victor Cousin   Pendant vingt-quatre heures, le monde a cru que Vladimir Poutine allait peut-être tomber. Les forces d'Evgueni Prigojine, à la tête du groupe Wagner, se sont emparées de plusieurs sites militaires à Rostov et ont parcouru des centaines de kilomètres en direction de Moscou, sans rencontrer de vraie résistance.   Si le coup de force a pris fin aussi soudainement qu'il a débuté, cette crise représente le plus grand défi de Vladimir Poutine depuis son arrivée au pouvoir, en 1999. Elle révèle l'interdépendance d'une armée d'État et de milices privées. Une situation qui semble surprenante pour une puissance dotée de l'arme nucléaire. Le président russe a assuré ce lundi soir avoir donné des instructions « dès le début des événements afin d'éviter une grande effusion de sang » que souhaitaient, selon lui, l'Ukraine et les Occidentaux lors de la rébellion avortée de Wagner. Il a proposé aux combattants du groupe paramilitaire de rejoindre l'armée ou de partir pour la Biélorussie. La milice pourrait aussi continuer ses opérations au Mali et en Centrafrique.
Ce système de mercenariat est assez ancien en Russie : face à la puissance des mafieux dans les années 1990, des sociétés de sécurité privées se développent. « Pour se faire respecter, on ne pouvait pas s'appuyer sur l'État mais sur des gros bras », résume Ulrich Bounat, analyste géopolitique. Avec la guerre en Ukraine, le Kremlin a naturellement été tenté d'externaliser une partie de ses opérations militaires.   Ces milices privées comblent tous les défauts de l'armée russe : grâce à leur plus petite structure, les unités sont plus agiles et réactives sur le front. Elles occupent aussi des terrains moins prioritaires : Convoy, par exemple, défend le nord de la Crimée. « Et elle s'équipe elle-même, c'est toujours ça en moins à dépenser pour le Kremlin », ajoute Ulrich Bounat. Même schéma pour les unités de Gazprom, le géant gazier, qui a fondé trois milices !  Instabilité et compétitionCes groupes paramilitaires se sont multipliés. À court terme, ils répondent au manque d'hommes et de financement. Mais l'un d'entre eux a pris une autre dimension en recrutant dans les prisons : Wagner. La milice compte aujourd'hui environ 50 000 hommes, soit l'effectif de l'armée d'un petit pays.   À moyen terme, cette prolifération est mortifère pour l'armée russe : elle génère de l'instabilité, des tensions et parfois de la compétition. Selon Prigojine, l'objectif de toutes ces milices est de diluer le pouvoir de Wagner. Et s'il goûte peu la concurrence, sa haine, il la réserve à Sergueï Choïgou, ministre de la Défense, et à Valeri Guerassimov, chef d'état-major. Depuis des mois, il les humilie dans des vidéos, tacle leur incompétence, leur lâcheté. Cette impertinence, lui seul peut l'assumer librement parce que le Kremlin a besoin de lui en Afrique. Evgueni Prigojine sait aussi qu'il n'est pas le seul à les détester : au sein même du ministère, les tensions sont immenses.   L'inimitié profonde entre Choïgou et Prigojine a pris une autre dimension début juin lorsque le ministre de la Défense a tenté de reprendre la main. Un décret devait contraindre les milices à signer un contrat avec le ministère de la Défense avant le 1 er juillet. Concrètement, il obligeait les mercenaires à passer sous son commandement, ce qui aurait réduit à néant l'autonomie des milices.   Le président tchétchène, Ramzan Kadyrov, est le seul à avoir signé. Prigojine, lui, y a vu une provocation. Non seulement il ne récoltait aucuns lauriers de sa victoire à Bakhmout, la seule de l'armée russe depuis des mois, mais en plus on cherchait à le déposséder de son trésor.  Autorité contestéeUne dissension qui ne pouvait que mal se terminer. D'ailleurs, si Wagner s'est arrêté à 200 km de Moscou samedi, c'est que Prigojine ne voulait pas « renverser le pouvoir » mais simplement « sauver » son entreprise, explique-t-il dans une vidéo lundi. L'erreur de Vladimir Poutine a été de laisser pourrir la situation entre ses deux hommes forts, Choïgou et Prigojine. « Ce rôle d'arbitre, il le joue de moins en moins depuis quelques années », constate Ulrich Bounat. La léthargie des forces russes face aux mercenaires de Wagner fonçant sur Moscou n'a donc surpris personne.   Toutefois, si aucune milice n'arrive à la cheville de Wagner, celui-ci n'a pas la puissance de l'armée régulière. « Lorsque Prigojine a tenté de recruter des prisonniers en décembre, beaucoup ont préféré rejoindre l'armée, craignant sa gestion brutale et impitoyable », souligne Tatiana Stanovaya, directrice du cabinet d'analyse politique R. Politik. Selon elle, le Kremlin a « tiré les leçons » des premiers mois catastrophiques de la guerre : « Il a optimisé le commandement, ajusté la logistique, fait tourner les cadres. »   L'armée russe a toujours beaucoup plus d'hommes et de matériel que n'importe quelle milice. Prigojine, aussi puissant qu'il soit, devait s'appuyer sur elle pour sa logistique et les équipements les plus lourds. En revanche, les événements de ce week-end ont montré que l'autorité de l'armée russe dans la conduite de la guerre était contestée. Elle n'a plus le monopole de la « violence légitime », remarque Ulrich Bounat. « Et ça, c'est un problème. » </text>
	

	<text titre="Julien Vercueil Cinq leçons des vingt-quatre heures de la rébellion Wagner" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="rébellion, vingt-quatre, wagner, russie, leçons, heures" langue="fr"> Lorsque la Russie sera redevenue démocratique, les archives librement accessibles, lorsqu’un travail scientifique pourra être mené sur les événements des 23 et 24 juin 2023, les historiens pourront démêler les fils de la folle équipée de Prigojine durant ces vingt-quatre heures qui ont étonné le monde. Mais ce jour est encore loin, et les enseignements que l’on peut tirer de l’épisode ne sont que provisoires. Pourtant, ils méritent d’être rassemblés, car, dans la guerre d’agression que le Kremlin mène depuis bientôt dix-huit mois contre l’Ukraine, la rébellion de Wagner a créé quelques irréversibilités lourdes de conséquences. Voici donc les cinq leçons de ces vingt-quatre heures qui ont étonné le monde.
Tout d’abord, le chef de guerre Evgueni Prigojine n’a pas su rassembler à temps les soutiens politiques nécessaires. A lui seul, Prigojine ne pouvait renverser le pouvoir. Il lui fallait le soutien d’une coalition suffisamment large et puissante pour retourner le triptyque « structures de force, oligarchie, représentation politique » qui maintient jusqu’à présent Vladimir Poutine au pouvoir. Au fur et à mesure de sa « marche sur la troisième Rome », Prigojine s’est trouvé pris à son propre piège de l’effet de surprise, aucun des affidés de Poutine ne profitant de son sillage pour transformer politiquement l’avantage militaire qu’il s’était arrogé. Parvenu à 200 kilomètres de Moscou, il a dû reconnaître qu’il n’était pas possible d’aller plus loin sans risquer un désastre définitif. L’échec de Prigojine est donc avant tout politique.  Poutine en position de faiblesseToutefois, Prigojine et son armée n’ont pas rencontré de véritable résistance. Sur le terrain, la progression de la colonne Wagner s’est faite sans heurts majeurs (sauf quelques escarmouches à Rostov-sur-le-Don et à Voronej), ce qui montre l’attentisme de la population et des autorités locales. Un régiment de l’armée régulière est même réputé avoir fait allégeance à Wagner durant la journée. Ce fait déshabille à lui seul la « verticale du pouvoir », censée donner à Vladimir Poutine une capacité de réaction immédiate en tout point du territoire de la Fédération de Russie, mais qui, lorsqu’elle est testée, n’a aucune effectivité. Une verticale Potemkine ?   Vladimir Poutine a été humilié face à son peuple, ses subordonnés, ses alliés et ses ennemis. L’offense faite à sa personne est la plus insultante qui se puisse concevoir. Pendant vingt-quatre heures, l’incertitude sur son sort personnel a été plus grande que jamais, rappelant le putsch manqué d’août 1991  [un groupe de dirigeants communistes conservateurs avait tenté un coup d’Etat contre le président Gorbatchev mais échoua, précipitant l’effondrement de l’Union soviétique]. A l’époque, la cible était Mikhaïl Gorbatchev, celui-là même que Vladimir Poutine tient pour responsable de la « plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle », à savoir la dissolution de l’Union soviétique.   Avoir laissé une colonne militaire, ouvertement destinée à le démettre, parcourir près de 800 kilomètres vers la capitale place Vladimir Poutine en situation de faiblesse insigne. Sa plus grande crainte a toujours été celle d’un sort à la Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi ou – moins grave – Viktor Ianoukovitch [président de l’Ukraine de 2010 à 2014, il fut contraint à la suite d’un violent mouvement de contestation de s’exiler en Russie ; destitué par le Parlement ukrainien, il fut jugé et condamné par contumace en 2019 pour haute trahison]. Tout le monde y a pensé durant ces deux jours, et lui le premier. Ce cauchemar ne peut plus être effacé.   L’effet de l’équipée Prigojine sur la situation militaire n’est certes pas immédiat, mais pas insignifiant non plus. Les ressources militaires n’ont pas été détournées du front ukrainien vers la protection de Moscou. Mais durant vingt-quatre heures, toute la chaîne de commandement militaire a douté : le seul chef militaire russe ayant pu se prévaloir de réels succès en Ukraine ne se trouvait pas dans ses rangs, et défiait ouvertement leur commandement, les qualifiant d’incompétents et de corrompus. Quel peut être l’impact psychologique sur les gradés, les militaires du rang, qui savent que l’épisode ne manquera pas d’être utilisé dans les rangs ukrainiens pour galvaniser un peu plus les troupes ? Rien moins que positif, c’est certain.  Bain de sang prévenuLa conclusion, provisoire, de cette nouvelle déflagration sauve les apparences. Elle permet au président de la République de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, d’apparaître, une fois n’est pas coutume, comme l’homme fort du moment. Par contraste, elle met en évidence la mise à distance du président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, appelé à l’aide, tout comme son homologue biélorusse, mais qui est resté sur sa réserve.   Le noyau dur de l’Union économique eurasiatique s’est ouvertement fracturé, le long d’une ligne politique qui se dessinait depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, le 24 février 2022. La médiation Loukachenko a certainement sauvé la vie de Prigojine, et sans doute prévenu un bain de sang. Mais le recours à l’encombrant et mégalomaniaque allié de Minsk aura un coût diplomatique pour Vladimir Poutine.   Quant au coût politique de cette rébellion, il est déjà palpable – et considérable pour le président, désormais à la tête d’une Russie fissurée, dont la boussole vient de s’affoler. </text>
	

	<text titre="Le départ des Wagner d’Ukraine, un risque mesuré pour Moscou" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cédric pietralunga" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="evgueni, départ, changer, moscou, wagner, total, retrait, groupe, paramilitaire, l’annonce, ukraine" langue="fr"> Le retrait total de Wagner, sur le terrain, peut-il changer le cours de la guerre en Ukraine ? Depuis l’annonce de l’exil en Biélorussie du fondateur du groupe paramilitaire, Evgueni Prigojine, dans le cadre d’un accord négocié avec le dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko, les états-majors occidentaux s’interrogent sur les éventuelles conséquences opérationnelles d’un abandon des positions tenues en Ukraine par ses mercenaires.   Officiellement, la société militaire privée affirme disposer d’environ 25 000 hommes en Ukraine. Un chiffre impossible à vérifier, mais que les analystes estiment exagéré. « Les effectifs de Wagner sont sans doute montés à 50 000 hommes au plus fort de la bataille de Bakhmout, avec l’apport des recrutés dans les colonies pénitentiaires. Cependant, le groupe paramilitaire, de l’aveu de Prigojine lui-même, a perdu 20 000 hommes pour prendre la ville et connaît une rotation importante de ses contractuels » , assure Vincent Tourret, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique.
Surtout, la plupart des hommes de Wagner ne se trouvent plus sur la ligne de front depuis la chute de Bakhmout, annoncée le 20 mai par l’armée russe, mais des effectifs sont restés à l’arrière. La prise de cette ville du Donbass était le principal objectif assigné par Moscou à la société. Une mission qu’elle aura mis près de dix mois à remplir, au prix de la dévastation complète de la cité, autrefois peuplée de 70 000 habitants. Le retrait total des Wagner de l’Ukraine, s’il venait à être confirmé, ne devrait donc pas changer la physionomie de l’ordre de bataille, au moins à court terme. Les hommes de Prigojine sont d’ailleurs totalement absents du front sud, là où se concentre une partie de la contre-offensive lancée le 4 juin par l’armée ukrainienne.   En se privant du Groupe Wagner, l’état-major russe prend néanmoins un risque, estiment les analystes. Bien plus aguerries que les troupes régulières, ses forces étaient utilisées dans les batailles les plus dures, là où les pertes sont les plus importantes. « Même si les Wagner n’étaient plus en première ligne, les Russes vont perdre l’équivalent de 10 % de leurs effectifs avec leur départ. Cela peut peser », anticipe Thibault Fouillet, directeur scientifique de l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD). « La Russie va se priver de l’une des rares forces à sa disposition ayant démontré une capacité offensive et dont les compétences risquent de lui faire défaut pour juguler une brèche dans le cadre de la contre-offensive ukrainienne », abonde M. Tourret.  « Pas le même confort opératif »Au-delà du nombre, c’est également la souplesse permise par les Wagner qui pourrait manquer à l’état-major russe, alors que ses propres troupes ne progressent plus depuis la prise de Bakhmout et doivent au contraire encaisser les poussées ukrainiennes. « Moscou n’aura pas le même confort opératif avec des troupes régulières, a fortiori si les pertes sont importantes. Assumer politiquement un grand nombre de morts est plus compliqué avec des soldats du contingent qu’avec des mercenaires, il faut rendre des comptes aux familles, mobiliser de nouveaux conscrits… », énumère M. Fouillet.   Certains s’interrogent également sur un possible désarroi des forces régulières en casdu retrait des hommes de Wagner, même si un certain nombre d’entre eux pourraient rejoindre l’armée régulière, comme le souhaite le Kremlin. Malgré leurs nombreuses exactions, les mercenaires du groupe de Saint-Pétersbourg bénéficient d’une certaine aura au sein de l’armée russe, notamment auprès des conscrits. Evgueni Prigojine est également admiré pour son franc-parler et sa capacité à défendre les soldats face à la supposée incompétence du ministère russe de la défense, dirigé par son rival Sergueï Choïgou.   Signe de cette proximité, les hommes de Wagner ont reçu le soutien de plusieurs formations lors de leur tentative de mutinerie, comme la 205e brigade cosaque de fusiliers motorisés, la 22e brigade Spetsnaz de la Garde ou encore plusieurs unités dites « Storm Z », constituées après les déboires enregistrés par les Russes à l’automne. « On ne connaît pas le sort qui sera réservé aux unités qui ont soutenu Prigojine. Elles pourraient manquer si elles devaient être sanctionnées, notamment leurs officiers » , explique Yohann Michel, chercheur à l’International Institute for Strategic Studies.  « Plus de moyens de coercition »A cet égard, les prochains jours devraient permettre d’y voir plus clair. Des blogueurs militaires russes ont évoqué des désertions dans des unités présentes sur le front, après l’annonce de la mutinerie d’Evgueni Prigojine. « La conduite de Wagner a mis en évidence la dégradation des réserves militaires russes, qui sont presque entièrement engagées dans les combats en Ukraine, ainsi que les dangers de dépendre de conscrits inexpérimentés pour défendre les frontières de la Russie », notent les chercheurs du think tank américain Institute for the Study of War (ISW) dans une note publiée dimanche 25 juin.   Une situation qui, à écouter les chercheurs, est la conséquence directe de la privatisation par Moscou d’une partie de sa force militaire. « En s’en remettant à des mercenaires, Poutine s’est tendu un piège à lui-même : la mutinerie de Prigojine et l’appel au secours lancé aux Tchétchènes de [Ramzan] Kadyrov montrent qu’il ne peut plus rien faire sans eux, assure M. Fouillet (IESD). Le pouvoir russe n’a plus de moyens de coercition s’il devait faire face à de nouveaux défis, comme une désobéissance massive en cas de mobilisation générale. » Une impasse aux conséquences potentiellement plus dévastatrices que le retrait des Wagner. p </text>
	

	<text titre="Pour l'élite, Poutine demeure le garant du système" date="2023 06 27T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="l'Humanité" keywords="evgueni, économiques, président, crise, système, poutine, moscou, russe, garant, demeure, prigojine, dirigeants, garant_du_système" langue="fr"> Russie La crise qui a découlé de la marche, samedi sur Moscou, d'Evgueni Prigojine est-elle véritablement achevée ? Fragilisé, le président russe a l'appui de l'ensemble des dirigeants économiques, administratifs et sécuritaires. La bataille pour sa succession en 2024 pourrait tout relancer. Deux jours après la marche sur Moscou d'Evgueni Prigojine, le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, est réapparu, ce lundi. La télévision publique a diffusé des images où il inspecte les forces russes en Ukraine. Ce proche du président Vladimir Poutine écoute un rapport présenté par le général Evgueni Nikiforov, commandant du groupement militaire Zapad (« Ouest »).
Sergueï Choïgou est-il réellement sur la sellette ? Ce reportage de la chaîne Rossiya 24 démontre que Vladimir Poutine n'a pas prévu son remplacement dans la hiérarchie militaire. Au moment de la reddition d'Evgueni Prigojine, les rumeurs sur les négociations entre le président russe et le dirigeant de Wagner ont fait état de l'évincement du ministre de la Défense. Evgueni Prigojine avait expliqué que son opération du 24 juin visait à « libérer le peuple russe » du sacrifice de milliers de soldats en Ukraine, dont il rendait responsables ses deux ennemis : le ministre de la Défense et le chef d'état-major Valeri Guerassimov. Des propos qui ont été favorablement accueillis par une partie de la population, notamment par les conscrits. « Toutes les familles sont touchées par cette guerre. Certains ont vu dans cette action la possibilité d'y mettre un terme ou de disposer de meilleurs moyens. Mais l'objectif réel de Prigojine était d'exiger que le Kremlin revienne sur sa décision concernant les compagnies militaires privées. À partir du 1er  juillet, elles devront signer un contrat avec l'armée. En gros, c'est la fin de sociétés comme Wagner », constate un ancien militaire russe.   Ce lundi, Evgueni Prigojine est également sorti du silence. Dans un long message audio, il confirme que « le but de la marche était de ne pas permettre la destruction du groupe Wagner » et que son objectif n'était « pas de renverser le pouvoir dans le pays ».   « Le président et le mythe de la verticalité  du pouvoir ont été ébranlés »  Sergueï Choïgou, fidèle ami du dirigeant russe, ne semble pas menacé à court terme. Tout comme Evgueni Prigojine, qui a pour l'instant sauvé sa tête. Mais les prochaines semaines indiqueront les contours de l'accord et qui des deux, voire des trois avec Valeri Guerassimov, paiera le coût de cette crise. Depuis l'invasion de l'Ukraine, le 24 février 2022, plusieurs événements (drones, attaques sur Belgorod) ébranlent le régime et son président Vladimir Poutine. Pour le directeur de l'Observatoire franco-russe, Arnaud Dubien, « le président et le mythe de la verticalité du pouvoir ont été ébranlés. Moscou semblait clairement menacé. Forcément, les diverses élites vont s'interroger pour savoir si Poutine demeure le garant du système ». Pour l'instant, il reste le plus à même de maintenir une certaine unité pour les dirigeants économiques, administratifs et sécuritaires et le régime, à l'issue de la crise du 24 juin.   Les siloviki, les forces de sécurité (armée, renseignement...), n'ont pas trahi le président et pourraient apparaître comme les grands gagnants. Les hauts gradés n'ont pas soutenu l'opération de Prigojine. Ses attaques répétées contre l'armée et son passé mafieux ne fédèrent pas. « Avec le conflit qui s'éternise en Ukraine, les siloviki ont élargi leur influence. Les multiples législations, les mesures d'exception et le contexte de loi martiale leur donnent un poids considérable dans la société russe. À la différence de membres du gouvernement, de l'administration, ou de l'élite économique, l'armée bénéficie d'un soutien populaire. Car elle combat sur le front ukrainien », juge en outre l'ancien militaire.   L'instabilité autour du régime, les luttes de pouvoir rappellent les crises survenues au moment de la chute de l'URSS, en 1991. En 1993, Boris Eltsine, pour affirmer son pouvoir, avait tiré sur le Parlement avec le soutien de l'oligarchie, des Occidentaux et des libéraux. Ces troubles évoquent une autre période : la guerre de Tchétchénie. La seconde, qui avait éclaté à la fin des années 1990, avait permis à un jeune premier ministre de s'affirmer : Vladimir Poutine. Depuis son arrivée au pouvoir, en 1999, il s'est construit comme l'homme fort, garant de l'ordre et de la stabilité économique. Cet accord tacite avec les divers courants du régime devrait tenir jusqu'en 2024, date de la prochaine présidentielle. Et après ? La plupart des personnalités affichent une ligne parfois plus radicale que le dirigeant russe lui-même.   Le débat, au sein des diverses administrations proches du pouvoir, sur l'utilisation de frappes nucléaires tactiques en est l'illustration. Elle s'avère une option ouvertement réclamée, désormais, par des chercheurs du centre pour la sécurité internationale, l'Imemo. Dmitri Trenin, ex-directeur du bureau russe de l'institut Carnegie, affirme, dans un article publié le 20 juin pour globalaffairs.ru : « La possibilité d'utiliser des armes nucléaires dans le conflit actuel ne doit pas être cachée. Une telle perspective réelle, et pas seulement théorique, devrait devenir une incitation à limiter et arrêter l'escalade de la guerre et, in fine, ouvrir la voie à un équilibre stratégique en Europe qui nous convient. » Même surenchère chez Sergueï Karaganov, président d'honneur du Conseil pour la politique étrangère et de défense dans la revue Profil, le 13 juin : « La peur de l'escalade nucléaire doit être rétablie, sinon l'humanité est condamnée. » De son côté, Vladimir Poutine exclut cette idée.   Dans cette bataille qui pourrait s'ouvrir dans la perspective de 2024, de nombreux observateurs voient dans le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, extrêmement populaire et en poste depuis 2010, une alternative crédible. Fidèle de Vladimir Poutine, il ne représente pas néanmoins le courant ultranationaliste et ses blogueurs, qui voyaient en Prigojine un potentiel candidat. Samedi, ces derniers ont appelé à la réconciliation entre le dirigeant de Wagner et Vladimir Poutine. Reste à voir si le poids de ces ultranationalistes demeure aussi élevé après le 24 juin.   Vadim Kamenka </text>
	

	<text titre="La Biélorussie, un refuge improbable pour Evgueni  Prigojine" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="faustine vincent" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="dirigeant, evgueni, improbable, connu, chef, armée, grâce, milice, wagner, refuge, prigojine, biélorusse, alexandre, russie, mutinerie, médiation" langue="fr"> La mutinerie en Russie du chef de la milice armée Wagner, Evgueni Prigojine, a connu un dénouement inattendu avec la médiation du dirigeant biélorusse. Selon Minsk et Moscou, c’est grâce à Alexandre Loukachenko qu’un accord a été conclu entre le chef du groupe de mercenaires et Vladimir Poutine, pour stopper l’avancée, samedi 24 juin, des miliciens vers la capitale russe. « Le chef de l’Etat biélorusse a aidé avec succès à surmonter la phase la plus aiguë de la situation en Russie avec [cette] tentative de mutinerie militaire » , trompettait, samedi soir, l’agence de presse officielle biélorusse Belta. 
Surprise supplémentaire, l’accord prévoit que le patron de Wagner quitte le territoire russe pour la Biélorussie. Un refuge improbable tant le pays, qui sert de base arrière à Moscou depuis le 24 février 2022 pour conduire sa guerre en Ukraine, est aujourd’hui quasiment annexé par la Russie.   Les tractations ont débuté dès samedi matin, lorsque Vladimir Poutine a appelé Alexandre Loukachenko, son plus proche allié. A l’issue d’une journée d’extrêmes tensions, qui ont menacé le pouvoir russe comme rarement auparavant, Evgueni Prigojine a « accepté la proposition du président biélorusse » d’abandonner l’insurrection afin d’éviter « un massacre sanglant en Russie », selon Belta. L’homme d’affaires a ordonné à ses hommes qui marchaient vers Moscou de « faire demi-tour » et de « rentrer dans les camps ».L’intervention surprise d’Alexandre Loukachenko le place en position de force. Jusqu’ici, le dirigeant biélorusse n’apparaissait plus que comme le vassal de Vladimir Poutine, à qui il doit sa survie politique après sa réélection frauduleuse à la présidentielle biélorusse, en août 2020. Son intervention dans la résolution de la crise russe permet de rééquilibrer ce rapport de force avec le chef du Kremlin, tout en renforçant leur alliance.   Le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskov, a salué le rôle du dictateur. « Nous sommes reconnaissants envers le président de la Biélorussie pour ses efforts » de diplomatie, a-t-il dit, en évoquant une discussion « très longue, franchement chaleureuse », entre les deux alliés face aux Occidentaux dans la guerre en Ukraine. L’accord a permis d’éviter « un bain de sang »,s’est encore félicité M. Peskov. « L’affaire pénale sera abandonnée contre [Prigojine] » et « personne ne persécutera » les combattants qui l’ont suivi dans sa mutinerie, « compte tenu de leurs mérites sur le front » ukrainien, a-t-il ajouté.   Le rôle exact qu’a joué Alexandre Loukachenko pour parvenir à un accord reste inconnu. A-t-il apporté un simple soutien technique, ou réellement joué le médiateur ? Aucun détail n’a été divulgué, et la prudence s’impose tant sa marge de manœuvre était jusqu’ici extrêmement faible. « Je ne suis pas sûr que son rôle ait été aussi significatif que l’affirment Moscou et Minsk,explique Artyom Shraibman, chercheur au think tank Carnegie Russia Eurasia Center. L’accord peut tout à fait avoir été conclu en Russie grâce à un médiateur russe, et Loukachenko peut avoir été sollicité ensuite pour apparaître en médiateur officiel ». A ses yeux, la valorisation de son rôle dans la conclusion d’un accord ressemble davantage à une « mise en scène ».   Le service que vient de rendre le dirigeant biélorusse à Vladimir Poutine lui permet, malgré tout, de regagner un peu d’air vis-à-vis du Kremlin. « Quel que soit le rôle qu’il a joué, il a rendu un très bon service à Poutine, ajoute le chercheur. Ce sera récompensé comme tel, que ce soit sous la forme d’une aide financière supplémentaire, ou en relâchant un peu la pression concernant le processus d’intégration entre la Russie et la Biélorussie », auquel le dirigeant biélorusse tente de résister.   L’incertitude demeure également sur l’arrivée d’Evgueni Prigojine en Biélorussie : est-il appelé à rester ou à repartir ailleurs ? Le patron de Wagner, dont on ignorait dimanche soir la localisation, n’a donné aucune information. Plusieurs analystes avancent l’hypothèse qu’il puisse rester temporairement dans le pays avant de repartir en Afrique, où opère sa milice armée. « Le départ de Prigojine pour la Biélorussie ne signifie pas qu’il y restera, car il n’a rien à y faire » , observe Artyom Shraibman. D’autant que sa sécurité est loin d’être assurée. « Les services de sécurité russes, omniprésents dans le pays, pourraient se débarrasser de lui si Poutine le décide », relève Pavel Slunkin, chercheur au Conseil européen des relations étrangères (ECFR), à Varsovie.  « Un refuge criminel »Les relations entre le patron de Wagner, connu pour ses défis à l’autorité, et le dirigeant biélorusse, prêt à tout pour écraser la moindre contestation, restent elles aussi peu claires. M. Peskov a déclaré, samedi, que Loukachenko « connai[ssait]  Prigojine depuis longtemps, depuis au moins vingt ans »  – une information non confirmée par ailleurs. Les provocations de Prigojine risquent en tout cas de ne pas s’accommoder avec celles de Loukachenko, qui mène une répression effrénée depuis sa réélection contestée en 2020, pour neutraliser toute opposition.   L’espace de quelques heures, samedi, l’opposition biélorusse a cru voir se profiler l’opportunité d’en finir avec le régime de Loukachenko. « Nous avons une chance historique unique », a lancé Valery Sakhashchyk, le représentant pour la défense du cabinet de la cheffe de l’opposition en exil, Svetlana Tsikhanovskaïa. Le bataillon biélorusse Kastous-Kalinowski, qui combat les troupes russes en Ukraine, avait lui-même appelé les Biélorusses à se tenir prêts.   Cet espoir s’est évanoui le soir même, laissant place à la stupéfaction après l’annonce de l’accord sous la médiation de Loukachenko, et l’arrivée du chef des Wagner en Biélorussie. « La marionnette [de Poutine] Loukachenko essaie de transformer la Biélorussie en un refuge criminel avec des armes nucléaires, s’est indignée Mme Tsikhanovskaïa, appelant les dirigeants européens à « agir de manière décisive en faveur d’une Biélorussie démocratique ». p </text>
	

	<text titre="Wagner: la Centrafrique et le Mali en quête de garanties" date="2023 06 27T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="pascal airault @p_airaultt" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="L'Opinion" keywords="evgueni, rébellion, garanties, alliés, prigojine, africains, officiels, mali, patron, centrafrique" langue="fr"> La rébellion d'Evgueni Prigojine a pris de court ses alliés africains. Du Mali à la Centrafrique en passant par la Libye et le Soudan, les officiels n'ont pas commenté la tentative avortée du patron de la société paramilitaire privée Wagner, durant le week-end. D'ordinaire enclins à dégainer à tout-va, les activistes pro-Kremlin sont aussi aux abonnés absents. Durant le week-end, beaucoup ont cherché à comprendre la situation et les éventuelles conséquences de ces événements.   « Tout l'édifice construit par la Russie bat de l'aile, confie un haut gradé français. Au Mali et en République centrafricaine, l'insubordination de Wagner a créé un effet de sidération. Les autorités de ces pays sont dans l'expectative. Le modèle russe de partenariat à travers une coopération militaire officielle et le recours à une milice privée est largement fragilisé. Beaucoup s'interrogent sur la fiabilité du sous-traitant Wagner sur lequel repose leur destin. » Le patron de Wagner a étalé au grand jour les dysfonctionnements du tandem formé par sa société et l'Etat russe. La guerre d'influence entre les hommes du groupe paramilitaire, les diplomates et les chefs de l'armée russe se retrouvent aussi sur le continent. Depuis samedi, les officiels africains cherchent des explications aux événements du week-end. Ils appellent tous leurs relais et suivent sur les chaînes étrangères les vrais et pseudos kremlinologues.
Négociations. « On se battait en Afrique parce qu'on nous avait dit qu'on avait besoin de l'Afrique. Et, après ça, ils l'ont abandonnée. Ils ont volé tout l'argent qui devait être utilisée pour aider les pays africains », a déclaré samedi Evgueni Prigojine, lors d'une intervention sur Telegram. Une manière très directe d'interpeller Vladimir Poutine sur la corruption, le mensonge et la bureaucratie qui touche la Russie. Le maintien de la présence de Wagner en Afrique a, semble-t-il, fait l'objet d'âpres négociations.   « Une loi spécifique est en préparation à la Douma, qui pourrait être votée d'ici à quelques jours, afin de fournir un cadre légal aux sociétés de sécurité privée qui devraient se retrouver sous la coupe du ministère de la Défense, le mercenariat n'étant pas autorisé par la constitution russe, confie Igor Delanoë, directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe à Moscou. Mais, l'accord conclu entre Poutine et Prigojine devrait permettre de dissocier les activités du groupe Wagner en Afrique et au Moyen-Orient de celles en cours sur le sol ukrainien. En Afrique, le patron du Kremlin n'a pas intérêt à couper les ailes de Wagner qui opère dans le cadre de la stratégie russe de retour d'influence. » Dans les jours prochains, le Kremlin et Evgueni Prigojine vont devoir apporter des garanties sur la pérennité du dispositif en place. Cette réassurance est attendue par certains chefs d'Etat, comme ceux du Mali et de Centrafrique qui ont fait le choix de la rupture du partenariat sécuritaire avec la France.   « Immunité ». Lundi, Vladimir Poutine a demandé à Sergueï Lavrov, son ministre des Affaires étrangères, de rassurer ses partenaires africains. « Les hommes de Wagner y opèrent en tant qu'instructeurs. Ce travail, bien sûr, se poursuivra », a déclaré le chef de la diplomatie dans une interview à la chaîne RT, reprochant au passage à la France d'avoir abandonné le Mali et la Centrafrique. Selon Sergueï Lavrov, la rébellion d'Evgueni Prigojine ne change rien aux relations de la Russie avec ses alliés. « Il y a eu de nombreux appels (de partenaires étrangers) au président Poutine (...) pour exprimer leur soutien », a-t-il ajouté.   Un soutien qui ne cache pas des inquiétudes. Evgueni Progojine a bien plus que des paramilitaires ? estimés à 1 600 hommes au Mali et 1400 en Centrafrique ? sur le continent. Il possède des intérêts miniers, gèrent des régies financières pour le compte d'autorités et contrôlent des sociétés d'image et d'influence au service d'Etats, destinées à faire beaucoup plus que de la contrer les discours occidentaux.   « Prigojine a démonté le narratif de Poutine sur le bien-fondé de sa soi-disant opération spéciale en Ukraine, analyse Lova Rinel, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique. Son discours doit être perçu comme un acte de naissance politique. Il a même obtenu une sorte d'immunité en obligeant le Kremlin à négocier. En Afrique, il a provoqué un vent de panique en remettant en cause le contrat d'allégeance des dirigeants envers sa personne et celle de Poutine. Beaucoup se demandent s'il va maintenir la voilure. » Se pose notamment la question des actifs détenus par Evgueni Prigojine sur le continent. Que faire? Les présidences africaines attendent des réponses de Moscou.   Pascal Airault @P_Airaultt   Prigojine a bien plus que des paramilitaires sur le continent. Il possède des intérêts miniers, gère des régies financières et contrôle des sociétés d'image et d'influence au service d'Etats </text>
	

	<text titre="Prigojine assure ne pas avoir voulu renverser le régime de Poutine" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Libération" auteur="nelly didelot" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Libération" keywords="evgueni, hommes, poutine, samedi, prigojine, renverser, régime" langue="fr"> Pour la première fois depuis qu'il a ordonné à ses hommes de faire demi-tour à moins de 400 kilomètres de Moscou samedi soir, Evgueni Prigojine a pris la parole. Onze minutes d'enregistrement audio diffusées lundi sur Telegram pour transmettre un message central : «Notre but n'était pas de renverser le régime existant et le gouvernement légalement élu.» Pour le chef de guerre habitué des injures, le ton est presque conciliant. «Wagner était sur le point d'être dissous et nous avons protesté contre cette décision», explique-t-il. De nombreux observateurs estimaient dès samedi que la mutinerie pouvait en effet avoir été déclenchée par une loi sur les volontaires annoncée mi-juin pour obliger les sociétés militaires privées à signer un contrat avec le ministère russe de la Défense avant le 1er juillet. Cette disposition aurait privé le chef de guerre de toute son influence. Prigojine affirme avoir réuni ses commandants en conseil, qui auraient refusé à une quasi-unanimité de se plier à cette obligation. «Personne n'a accepté de signer un contrat avec le ministère de la Défense, tout le monde savait que ça équivaudrait à une perte totale de nos capacités de combat. Des combattants expérimentés seraient envoyés à la boucherie», lance-t-il.
De manière assez contradictoire, Prigojine affirme aussi que ses hommes rassemblaient leur matériel pour se préparer à le déposer publiquement devant le siège de l'armée russe à Rostov-sur-le-Don au 30 juin. Il maintient qu'ils ont été visés à ce moment-là par une attaque russe, avec roquettes et hélicoptères, qui aurait fait environ 30 morts dans ses rangs. Aucune trace de cette attaque n'a pour le moment été retrouvée, et le rassemblement de l'équipement évoqué par Prigojine pourrait ressembler à la préparation de la mutinerie.   Pour expliquer la fin impromptue de son coup de force, samedi en début de soirée, le mercenaire maintient le même récit. Ses hommes se seraient arrêtés quand «le premier détachement d'assaut a déployé son artillerie et commencé la reconnaissance de la zone. Il était alors évident que beaucoup de sang serait versé». Et, dit-il à nouveau, le but n'était pas de «renverser le gouvernement», mais de «placer devant leurs responsabilités les officiers qui à travers leurs actes non professionnels ont commis un nombre massif d'erreurs». Comprendre, nous n'en voulions pas à Poutine mais à l'armée. «La marche a mis en lumière de graves problèmes de sécurité dans le pays, insiste-t-il. Nous avons bloqué toutes les unités militaires qui se trouvaient sur notre route.» Sa version colle aussi au récit officiel, en mentionnant la médiation de l'autocrate bélarusse Alexandre Loukachenko, qui «a tendu la main et a proposé de trouver des solutions pour la poursuite légale des travaux du groupe Wagner». L'accord négocié par ce dernier prévoyait l'exfiltration de Prigojine au Bélarus. Mais depuis son départ de Rostov sous les applaudissements, le mercenaire est invisible. Selon la chaîne Telegram Brief, il serait arrivé à Minsk, dans l'hôtel Green City. L'information n'a toutefois pas été confirmée.   Malgré les circonstances et son futur trouble, Prigogine n'a pu s'empêcher de crâner. «En vingt-quatre heures, nous avons parcouru la distance qui correspond à celle que les troupes russes auraient dû parcourir le 24 février 2022 pour atteindre Kyiv, dit-il.   Si elle avait été menée par des hommes qui avaient le niveau d'entraînement, de sang-froid et de préparation de Wagner, l'opération spéciale n'aurait peutêtre duré qu'une journée. Nous avons donné une masterclass de ce que le 24 février aurait dû être.»   «La marche a mis en lumière de graves problèmes. Nous avons bloqué toutes les unités sur notre route.» Evgueni Prigojine lundi sur Telegram </text>
	

	<text titre="L'État russe face au dilemme des mercenaires" date="2023 06 27T00:00:00" journal="La Croix, no. 42653" auteur="pierre sautreuil" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="La Croix" keywords="président, représente, poutine, mercenaires, russe, wagner, déjà, groupe, vladimir, juin, mutinerie" langue="fr"> La mutinerie du groupe Wagner, samedi 24 juin, représente un événement sans précédent depuis le début du règne de Vladimir Poutine en 1999. Si le président russe avait déjà eu à affronter des mouvements populaires, jamais il n'avait été confronté à une rébellion armée. L'espace d'une journée, l'avancée irrésistible vers Moscou d'une colonne de mercenaires aux ordres de l'entrepreneur Evgueni Prigojine a fait trembler le régime du Kremlin.   De fait, ce n'est pas par les armes, mais par la négociation que la folle équipée a été stoppée. La colonne a fait demi-tour, et Evgueni Prigojine semble destiné à prendre la route de l'exil en Biélorussie en échange de l'abandon des poursuites pour « appel à la mutinerie » à son encontre - promesse dont la concrétisation se faisait encore attendre le 26 juin. Quant aux hommes du groupe Wagner, au nombre de 25?000 selon Evgueni Prigojine, ceux qui ont trempé dans la mutinerie devraient bénéficier d'une amnistie. Les autres sont libres d'intégrer l'armée régulière. Mais est-ce la fin de ce groupe paramilitaire ? Pas sûr.
Lundi 26 juin, le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a déclaré que l'entreprise allait poursuivre ses activités au Mali et en Centrafrique. «  Ces dernières années,Wagnerest devenu l'élément dominant de la présence russe en Afrique, explique Maxime Audinet, chercheur à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire. En Centrafrique, mais pas seulement, le groupe a noyauté les structures du pouvoir et investi l'espace informationnel et le monde économique. Cela représente des années de travail politique et médiatique. Il ne peut pas être remplacé en quelques semaines. »Les choses sont différentes en Ukraine, où le groupe est présent depuis le premier jour de l'invasion. Wagner continue d'y représenter une force nombreuse et aguerrie, mais il est probable que Vladimir Poutine souhaitera voir ses effectifs décliner ou intégrer l'armée régulière. Certains analystes imaginent déjà le groupe Wagner s'effacer d'Ukraine pour se recentrer sur ses opérations à l'étranger avec un moindre degré d'autonomie. Mais peut-on croire que le président russe, après l'avoir qualifié de « traître », laissera Evgueni Prigojine continuer à s'enrichir en supervisant depuis la Biélorussie les flibustiers du groupe Wagner, en Afrique et ailleurs ? À ce stade, toute discussion sur l'avenir de Wagner et de son chef est hautement spéculative.   Mais si le sort de Wagner est incertain, la logique qui a présidé à son ascension paraît plus difficile à inverser. Car ce n'est pas par négligence que Vladimir Poutine a délégué à un acteur privé une prérogative étatique aussi fondamentale que l'action des forces armées. Ce choix découle avant tout de la crainte du chef de l'État qu'une mobilisation trop grande de la société russe dans la guerre ne déstabilise son pouvoir.   Faire appel à des volontaires et à des mercenaires vise ainsi d'abord à éviter de reproduire l'expérience de la « mobilisation partielle » de septembre 2022, qui a ébranlé la promesse de stabilité à la base du régime poutinien. En autorisant Evgueni Prigojine à recruter des milliers de combattants dans les prisons russes, Vladimir Poutine trouvait une solution au problème grandissant du manque d'hommes dans l'armée régulière, tout en s'assurant que l'opinion publique ne s'émouvrait pas du décès de quelques milliers de prisonniers.   Le groupe d'Evgueni Prigojine n'est pas une exception. Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine le 24 février 2022, des dizaines d'organisations militaires russes privées ou semi-privées, régionales ou nationales, ont pris une part croissante dans la guerre. Certaines sont nées du patronage d'hommes politiques ou d'entrepreneurs désireux de se faire bien voir du pouvoir, comme le groupe Konvoï, dirigé par le chef de la République de Crimée Sergueï Aksionov, ou le groupe Redut, proche du ministère de la défense et soutenu selon certains témoignages par les milliardaires Guennadi Timtchenko et Oleg Deripaska. Trois groupes paramilitaires ont par ailleurs été créés par le géant russe des hydrocarbures Gazprom.   S'y ajoute la nébuleuse des groupes de volontaires organisés par des gouverneurs de régions, dont quatre bataillons sous la houlette du président de Tchétchénie Ramzan Kadyrov, ou encore les six bataillons de l'Union des volontaires du Donbass, ONG chapeautée par Alexandre Borodaï, un ancien chef de la République séparatiste de Donetsk, désormais député à la Douma. Plus baroque encore?: le groupe Patriot, qui aurait été créé à l'instigation du ministre de la défense Sergueï Choïgou afin de concurrencer le groupe Wagner.  «  Il y a une paramilitarisation assez délirante en cours en Russie depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, déclare Thomas da Silva, doctorant à l'université Paris-Nanterre et spécialiste des combattants irréguliers russes. Toute l'élite et les oligarques sont appelés à contribuer à l'effort de guerre. Financer une organisation militaire est une manière de se placer dans le système d'allégeance au Kremlin, qui est en perpétuelle mutation. Et après ce qui s'est passé avec Prigojine, les positions vont se renégocier. » Aucune de ces structures n'a la force de frappe du groupe Wagner, et leurs effectifs sont incertains. Le groupe Redut, considéré comme l'un des plus nombreux, ne compterait que quelques milliers d'hommes. Ces formations pourraient cependant chercher à recruter les mercenaires de Wagner qui n'auraient pas l'intention de rejoindre l'armée régulière, où les salaires sont nettement moins élevés.   La mutinerie va-t-elle pousser Vladimir Poutine à limiter le recours aux volontaires et mercenaires ? Cela impliquerait d'accentuer la mobilisation de la société : un choix risqué. Il est plus probable que la révolte wagnérienne accélère une reprise en main déjà à l'oeuvre de cette galaxie disparate de combattants irréguliers. Depuis le 10 juin, le ministère de la défense exige que ces groupes de combattants signent un contrat avant le 1er juillet actant leur allégeance et fixant un début de cadre à leur action.  «  Wagner était le vilain petit canard, note Thomas da Silva. Les autres groupes sont nettement plus loyaux et contrôlés par le ministère de la défense. Je peux me tromper, mais je ne vois pas de nouveau défi à Poutine émerger de cet écosystème.  » Dimanche 25 juin, le député russe Andreï Kartapolov, président de la commission de défense à la Douma, a annoncé que des travaux étaient en cours afin de créer un statut juridique pour les sociétés militaires privées. À ce jour, elles sont encore illégales en Russie. </text>
	

	<text titre="Un semblant de normalité reprend en Russie après la mutinerie de Wagner" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23988" auteur="yves bourdillon; benjamin quenelle" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Les Echos" keywords="moscou, lundi, wagner, monde, vie, mutinerie" langue="fr"> Retour à la normale en Russie, lundi, après la mutinerie en forme de putsch qui a frappé le monde de stupeur. La vie a repris son cours à Moscou, avec un calme déconcertant, après deux journées de folie marquées par la marche vers la capitale d'une colonne de centaines de blindés mutins du groupe de mercenaires Wagner. Le raid a été étrangement peu contrecarré par l'armée régulière : juste quelques tranchées creusées en hâte sur les autoroutes menant à Moscou et l'intervention d'à peine trois hélicoptères, abattus par les mutins.
Le régime d'opération antiterroriste instauré samedi, qui conférait des pouvoirs élargis aux forces de sécurité, dans la région de Moscou et celle de Voronej, au sud de la capitale, a été suspendu. Et est réapparu, comme si de rien n'était, le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, invisible durant trois jours alors qu'il aurait dû être à son poste à coordonner la riposte à Evguéni Prigojine, le chef de Wagner, qui demandait sa tête.   Mystère sur l'endroit où se trouve Evguéni Prigojine Une réapparition a minima, toutefois, dans une courte vidéo muette et dont la date et l'authenticité n'ont pu être vérifiées, où il examinait des cartes avec des officiers. Mieux encore, le groupe Wagner annonçait de son côté benoîtement que son QG à Saint-Pétersbourg, perquisitionné samedi, fonctionnait « normalement »lundi.   Et tout aussi « normalement », Vladimir Poutine est apparu pour la première fois depuis la fin de la révolte samedi soir pour s'adresser lundi, par l'intermédiaire d'une vidéo, à un forum consacré… à la jeunesse et l'industrie. Quarante-huit heures auparavant, il évoquait le spectre de la guerre civile post 1917 et parlait d'Evguéni Prigojine comme d'un traître qu'il fallait punir immédiatement.   Sur les plateaux télévisés, les thuriféraires du Kremlin se répartissaient entre ceux qui promettaient au chef de Wagner une balle dans la nuque et ceux qui prétendaient ne pas avoir trop suivi les événements car occupés à une croisière sur la Volga.   Pour autant, la crise n'est peut-être résolue qu'en apparence. Le pacte annoncé par le Kremlin samedi soir, après médiation de la Biélorussie, paraît fragile et n'a d'ailleurs pas été confirmé par le chef de Wagner.   Maintenant qu'il a obtenu le retrait des colonnes de Wagner, quelles sont les raisons qui empêcherait le président russe de trahir sa parole et d'essayer de nouveau d'éliminer politiquement, voire physiquement, Evguéni Prigojine ? D'ailleurs, lundi, les agences de presse russes annonçaient que l'enquête criminelle visant Prigojine pour « appel à la mutinerie armée » était toujours en cours, alors qu'il avait été annoncé samedi que le mandat d'arrêt était levé. Evguéni Prigojine risquerait de douze à vingt ans de prison.   Le mystère régnait au demeurant sur l'endroit où se trouvait le chef de Wagner. Alors qu'il n'avait plus donné signe de vie depuis sa sortie du QG de l'armée à Rostov-sur-le-Don, où il déclarait laconiquement que son action avait « redonné le moral à tout le monde », il a refait surface lundi. Dans un message audio de onze minutes, il affirme qu'il ne voulait pas renverser Vladimir Poutine et que son objectif était « d'empêcher la destruction de Wagner et de protester contrer l'inefficacité du commandement militaire russe en Ukraine ». Il n'a pas précisé où il était.   Les garanties de sécurité apportées au chef de Wagner ne valent peut-être pas beaucoup plus que le papier sur lequel elles sont écrites. Plus solides, sans doute, sont celles que pourrait lui apporter le GRU, le renseignement militaire russe, au sein duquel il a noué de précieux contacts. Cela expliquerait la faiblesse de la riposte à sa marche sur la capitale. Ce dont devra tenir compte Vladimir Poutine.   L'armée ukrainienne, pour sa part, ne profitera pas immédiatement de ces turbulences, ne serait-ce que parce que Wagner s'était déjà retiré de Bakhmout pour laisser le terrain à l'armée, et qu'il est conçu en outre comme une force offensive, alors que, pour Moscou, la priorité est de défendre. Toutefois, Kiev a affirmé lundi avoir libéré Rivnopil, une localité de la région de Donetsk sur le front est. Plus significatif : l'armée ukrainienne a réussi à traverser le fleuve Dniepr à hauteur de Kherson, pour établir une tête de pont sur la rive gauche du fleuve…   Yves Bourdillon et Benjamin Quenelle, </text>
	

	<text titre="L’Afrique, l’un des enjeux de l’insoumission de Wagner" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cyril bensimon, eliott brachet, frédéric bobin cyril bensimon, eliott brachet, frédéric bobin cyril bensimon, eliott brachet, frédéric bobin cyril bensimon, eliott brachet, frédéric bobin et morgane le cam" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="wagner, prigojine, samedi, l’un" langue="fr"> Quand nous combattions en Afrique… »Ce n’est pas un hasard si Evgueni Prigojine a mentionné le continent, samedi 24 juin, dans l’une de ses harangues sur Telegram alors que, de la ville de Rostov-sur-le-Don, dans le sud-ouest de la Russie, il orchestrait sa tentative de rébellion contre le commandement militaire.   L’Afrique est intimement liée à l’aventure de Wagner. Dans la foulée de l’intervention en Syrie aux côtés du régime de Bachar Al-Assad, elle a été le théâtre de l’expansion du groupe paramilitaire, lequel a enchaîné, à partir des années 2017-2018, les percées au Soudan, en République centrafricaine (RCA), en Libye et au Mali, à la faveur d’une stratégie opportuniste servie par un modèle récurrent : offre sécuritaire contre prédation des ressources. 
Mais cette terre africaine a aussi été une source de tensions entre Wagner et ses commanditaires à Moscou, l’un des facteurs – avec la conduite de la guerre en Ukraine – du divorce qui a éclaté au grand jour samedi. « On nous disait qu’on avait besoin de l’Afrique, et, après ça, elle a été abandonnée parce que tout l’argent qui était destiné à l’aide a été volé »,a ajouté M. Prigojine dans son réquisitoire. « Wagner réclamait plus d’argent et de matériel pour continuer ses actions en Afrique, confirme une source diplomatique française. C’est de là que tout est parti. »Si le malaise y a mûri, le dispositif africain de Wagner ne semble toutefois pas avoir joué un rôle quelconque dans l’épisode rebelle des 23 et 24 juin. Aucun mouvement significatif impliquant le groupe paramilitaire n’a été signalé sur le continent africain au fil de la journée de samedi, selon de nombreuses sources sollicitées par Le Monde.   Que va devenir cet investissement stratégique en Afrique maintenant que Wagner a renoncé à sa marche vers Moscou ? La présence de la compagnie de sécurité sur le continent est-elle condamnée ? « Wagner va continuer à exister, avec ou sans Prigojine » , anticipe une source diplomatique française.   Un éventuel recalibrage devra intégrer les difficultés sur lesquelles le Groupe Wagner bute sur le terrain. Au Mali, les relations entre les mercenaires et la junte, qu’ils sont venus aider depuis 2021, sont actuellement tendues, selon nos informations. Plusieurs sources sécuritaires et diplomatiques évoquent un « problème de paiement » des combattants russes. « La junte n’a pas suffisamment de fonds », rapporte-t-on dans l’entourage des militaires maliens. Le groupe paramilitaire privé aurait, en conséquence, « imposé » certains de ses hommes au sein d’instances-clés du pouvoir.  Crispations au MaliLa conduite des opérations contre les groupes djihadistes contribue également à cette crispation. « Wagner fait davantage confiance aux milices[supplétives] qu’à l’armée malienne », souligne une source sécuritaire malienne. Un diplomate occidental basé à Bamako rapporte quant à lui que les effectifs de Wagner ont légèrement augmenté depuis le début de l’année, passant de 1 500 à 1 600 personnes.   Le Mali a aussi été utilisé par Wagner pour tenter « d’acheter du matériel militaire à des fournisseurs étrangers et d’acheminer ces armes »,a déclaré Matthew Miller, le porte-parole du département d’Etat américain, le 22 mai. Selon Washington, ces armes et munitions avaient vocation « à être utilisées en Ukraine », « pour aider la guerre de la Russie, à travers le Mali ».   En République centrafricaine (RCA), que Wagner a érigée en plate-forme lui permettant de rayonner au Mali et au Soudan, l’enjeu va être de maintenir un modèle d’infiltration de l’Etat et de prédation économique qui a, jusqu’à présent, plutôt fait ses preuves. La RCA est également le lieu à partir duquel Wagner mène en Afrique sa guerre de propagande contre les Occidentaux.   Wagner est particulièrement précieux pour le président Faustin-Archange Touadéra, qui l’utilise pour sa protection personnelle, même s’il ne reconnaît pas officiellement sa présence. Un tel soutien s’est révélé crucial pour permettre la réélection de M. Touadéra en 2020, quand celui-ci subissait une offensive des rebelles de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC).   Au Soudan, qui fut sa porte d’entrée en Afrique dès 2017, Wagner devra aussi maintenir une présence mêlant implication sécuritaire et investissement dans l’industrie extractive. Le groupe paramilitaire s’est en effet implanté dans le secteur minier avec les sociétés M Finance et M Invest, et leur filiale soudanaise Meroe Gold, dirigées par Mikhail Potepkin, un proche de Prigojine. Selon une enquête réalisée par Le Monde en partenariat avec le consortium d’investigation Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), la société Meroe Gold a fait main basse sur une usine de traitement des résidus extraits de mines d’or dans la localité d’Al-Abidiyah, dans l’Etat du Nil. Cette activité extrêmement lucrative permettrait à la Russie de s’approvisionner en tonnes d’or issues de la contrebande, contournant ainsi les sanctions occidentales.   En dépit des démentis officiels de Khartoum, Wagner entretient des liens avec l’armée régulière, mais surtout avec la plus puissante milice paramilitaire du pays, les Forces de soutien rapide (FSR), dirigées par le numéro deux de la junte, le général Mohammed Hamdan Daglo, « Hemetti ». Depuis l’éclatement, le 15 avril, de la guerre au Soudan opposant les FSR à l’armée régulière du général Al-Bourhane, cette dernière a dénoncé le soutien du groupe de Prigojine aux troupes de « Hemetti ».  Prédation du pétroleQuant à la dernière poche africaine de Wagner, la Libye, son avenir est sujet à interrogations alors que les Occidentaux, et au premier chef les Américains, intensifient leur pression auprès de leurs partenaires locaux pour pousser vers la sortie les mercenaires russes. Dans la foulée de la « bataille de Tripoli » (avril 2019-juin 2020), Wagner a pris racine dans les zones contrôlées par son allié local, le maréchal Khalifa Haftar, en prenant notamment position dans les sites pétroliers et les bases militaires de la Cyrénaïque (Est) et du Fezzan (Sud).   L’accalmie qu’a connue le pays depuis deux ans et demi a permis à la compagnie de sécurité de se concentrer sur la prédation du pétrole, grâce à son déploiement dans le golfe de Syrte et près des puits du Sud ; sur l’utilisation de la Libye comme hub logistique entre la Syrie et l’Afrique, autorisant notamment un transit d’hommes et d’équipements vers le Mali et la RCA ; et sur la reprise de vieilles ambitions russes consistant à contenir militairement les Occidentaux sur la rive sud de la Méditerranée. Avec le temps, Wagner a toutefois fini par « s’autonomiser » , selon le mot d’un diplomate occidental, ce qui a provoqué des tensions avec l’appareil d’Etat russe. En Libye comme ailleurs en Afrique, la remise à plat des relations entre Wagner et Moscou ne fait que commencer. </text>
	

	<text titre="Kamal Redouani : « Le marché des mercenaires représente plus de 200 milliards de dollars »" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24524" auteur="bonavita, marie-laetitia" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="milliards_de_dollars, militaires, (smp), groupe, sadat, kamal, evgueni, représente, dollars, coup, mercenaires, redouani, privées, sociétés, marché, blackwater, tête, prigojine, milliards" langue="fr"> La rébellion avortée en Russie d'Evgueni Prigojine, à la tête du groupe Wagner, met un coup de projecteur spectaculaire sur les sociétés militaires privées (SMP). Black Shield, Sadat, Blackwater... Jamais elles n'ont été aussi nombreuses. Documentariste et grand reporter, Kamal Redouani a sillonné les pays arabes en conflit, au prix d'un enlèvement en Syrie de cinq jours par un groupe djihadiste, en 2012. Ses reportages l'ont conduit à s'intéresser aux mercenaires, à ceux qui les dirigent et aux avantages que trouvent les États à les employer. Il publie Les Nouveaux Chiens de guerre, chez Arthaud.   LE FIGARO. - Après le coup de force avorté d'Evgueni Prigojine, quel est l'avenir de cet homme et de son groupe Wagner ?
Kamal REDOUANI. - Le monde a frôlé la catastrophe. Imaginez un criminel de guerre comme Evgueni Prigojine à la tête d'un pays doté de l'arme nucléaire ! Heureusement, il a raté son pari. Les blindés de Wagner ont rebroussé chemin. Poutine est certes affaibli, mais je pense qu'il n'oubliera pas cet épisode. Quel que soit l'accord conclu avec Evgueni Prigojine, la chasse au traître est lancée. Tous ceux qui ont osé s'opposer à Poutine jusqu'à maintenant, aussi puissants soient-ils, ont disparu : soit en prison, soit morts dans des circonstances mystérieuses.  Le groupe Wagner demeure la société militaire privée (SMP) la plus connue. Spécialiste des terrains de guerre, vous pointez l'importance de leur nombre dans les pays arabes. Racontez-nous.Depuis vingt ans, il n'y a pas une guerre que j'aie couverte dans le monde arabe sans croiser des mercenaires. En 2003, j'ai été témoin de leur émergence sur le sol irakien. À l'époque, la plus puissante des SMP était Blackwater, une société américaine connue pour son mépris des vies humaines et son emploi démesuré de la force. À chaque fois que je croisais leur chemin, mon chauffeur se cramponnait à son volant et marmonnait des prières par peur de mourir. C'est aussi en Syrie que les graines de Wagner ont germe´ dans la te^te de Dmitri Outkine, son fondateur, ancien officier des forces spéciales de la direction générale des renseignements russes (GRU). D'ailleurs, le premier crime de guerre commis par Wagner a été perpétré en Syrie. Beaucoup plus discrète, Sadat, l'unique SMP turque, est présente dans une dizaine de pays musulmans. Sur un document, qui a disparu aujourd'hui du net, son dirigeant n'a pas hésité à prôner une alliance militaire des pays musulmans contre les ennemis de l'islam et pour la destruction d'Israël.  Quel est le nombre de ces mercenaires et comment sont-ils recrutés ?Les mercenaires sont des soldats de l'ombre, donc difficiles à comptabiliser. Mais, à titre d'exemple, G4S, une SMP américaine, annonce sur son site employer 800 000 personnes à travers le monde. L'armée française, réservistes compris, ne dépasse pas les 300 000 soldats. Quant au recrutement, chaque SMP a sa propre méthode. La plupart piochent dans la liste des anciens militaires aguerris, mais elles n'hésitent pas à faire appel à des jeunes désoeuvrés et sans le sou, comme ce fut le cas pour des centaines de Soudanais recrutés par une SMP émirienne. Ces jeunes, recrutés pour un travail à Abu Dhabi, se sont retrouvés armes à la main en Libye. C'est de l'esclavage moderne, et c'est révoltant !  Quel est l'écosystème de ces milices ?Le marché des SMP représente plus de 200 milliards de dollars. D'après une étude britannique, ce chiffre devrait doubler au cours des dix prochaines années. Et cela ne prend pas en compte les richesses que les SMP peuvent accaparer sur le terrain, comme le fait Wagner avec les mines d'or en Centrafrique et le pétrole en Syrie. Les SMP telles que Wagner sont des prédateurs qui se nourrissent de la guerre, peu importe le nombre de morts que cela implique.  Quels sont les intérêts pour les États de recourir à ces milices privées ?Une SMP peut permettre à un État de multiplier les forces sur le terrain, sans avoir à demander l'autorisation des élus pour le faire, ou de ne pas dévoiler le nombre de victimes au public, car la mort d'un mercenaire peut être passée sous silence. Cela évite aussi aux dirigeants d'un État d'être directement éclaboussés par des scandales, comme on l'a vu pendant la guerre en Irak, par exemple.  Comment expliquer qu'une ex-entreprise américaine comme Blackwater se retrouve détenue par une société chinoise, allant ainsi à l'encontre même de la politique de la première puissance mondiale ?Erik Prince, le dirigeant de Blackwater, a été l'homme à tout faire de Bush, lancé dans une guerre sans fin contre le terrorisme. Il a même protégé des membres de la CIA en Afghanistan. Mais la démultiplication des scandales et l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche lui ont fait perdre la plupart de ses contrats. Il s'exile alors aux Émirats et crée une nouvelle SMP, Frontier Services Group (FSG). Sauf que derrière FSG se cache Citic Group, la plus grande société d'investissement public du gouvernement chinois. Erik Prince offre ainsi à la Chine, qui s'est lancée à la conquête du monde, son savoir-faire et son réseau au sein de l'armée américaine pour sécuriser ses investissements. Volontairement ou pas, Erik Prince va faire faire aux sociétés militaires privées chinoises un bond en avant.  Les SMP vivent en toute impunité. Où en est l'élaboration de règles internationales en la matière ? Quelle est la position de la France ?Aux yeux des lois de la guerre, il y a, d'un côté, les combattants et, de l'autre, les civils. Les sociétés militaires privées ont créé une catégorie hybride, difficile à définir juridiquement pour les instances internationales. En tout cas, sur le terrain, il est délicat de faire la différence entre un salarié d'une SMP et un soldat d'une armée régulière. Même si, pour un mercenaire, la paix signifie la fin de son contrat alors qu'un soldat régulier défend les intérêts de son pays. La France, elle, a inventé sa propre voie : les ESSD, les entreprises de services de sécurité et de défense. Le mot militaire est banni, puisque la tradition veut que la sécurité nationale relève exclusivement du domaine régalien. Elle se prive ainsi d'un marché colossal. Combien de temps pourra-t-elle résister ?  Comment enquête-t-on sur un sujet si sensible ? Avez-vous eu peur ?Depuis vingt ans que je sillonne les terrains de guerre, j'ai construit minutieusement un réseau d'informateurs. Un atout indéniable pour avoir accès à des documents inédits ou trouver des témoins fiables. Et, bien sûr, j'ai peur. Ne pas avoir peur serait une faute professionnelle. Mais ce sont les visages des victimes de la guerre qui me donnent la force de continuer. -   « Sur le terrain, il est délicat de faire la différence entre un salarié d'une société militaire privée (SMP) et un soldat d'une armée régulièreKAMAL REDOUANI, DOCUMENTARISTE ET GRAND REPORTER </text>
	

	<text titre="Mutinerie de Wagner : qui sont les gagnants ?" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23988" auteur="cyrille bret" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Les Echos" keywords="wagner, gagnants" langue="fr"> Après l'impact du météorite Prigojine, il faut laisser la poussière retomber pour analyser ses motivations personnelles. En revanche, on peut déjà esquisser un panorama de ceux qui ont empoché des gains à l'occasion de ce coup de force.   Prigojine n'a ni obtenu le limogeage du commandement militaire russe ni évité l'exil. La prise de Rostov et l'immunité qui semble lui être octroyée sont de minces succès. De même, l'autorité du président russe a été défiée. Mais plusieurs figures émergent, à l'extérieur et à l'intérieur de la Russie, qui ont bénéficié de ce road movie et de sa conclusion.
Sur l'échiquier international, le président biélorusse Alexandre Loukachenko s'impose comme celui qui a tiré profit de la crise et de sa résolution. Il se présente en médiateur entre le leader russe et le rebelle ; il offre au « seigneur de la guerre » un refuge contre les poursuites et il compense ainsi sa vassalisation à l'égard du président russe.  Les arbitres, Loukachenko et ErdoganDepuis le trucage des élections présidentielles en 2020, le leader biélorusse dépendait du président russe pour tout : sa sécurité personnelle, les approvisionnements de son pays, la survie de son régime. Il émerge comme un arbitre capable de réguler les luttes de clans internes à la Russie.   Le président turc tire bénéfice, lui aussi, de la crise : il a soutenu vigoureusement son partenaire russe contre un coup de force qui lui rappelait le coup d'Etat militaire dont il avait failli lui-même être victime en 2016. Voici le président Erdogan en position centrale : nouvellement réélu, bénéficiant d'une certaine complaisance de la part des Etats-Unis il est devenu un soutien essentiel au président russe en Europe et au Moyen-Orient.   Quant à la scène politique interne russe, elle compte, elle aussi, des gagnants. Le clan Prigojine a échoué à enrayer la montée en puissance des deux leaders militaires qu'il contestait depuis des mois : le ministre de la défense, Sergueï Choïgou, et chef d'état-major des armées, Valeri Guerassimov. Le premier était depuis longtemps donné comme successeur potentiel de Vladimir Poutine et le deuxième a été nommé en janvier à la direction opérationnelle des opérations en Ukraine. Leurs succès sont réels : ils réintègrent les mercenaires de Wagner dans les rangs de l'armée régulière et obtiennent l'exil du chef de guerre Prigojine.   Le président tchétchène Kadyrov a, lui, engrangé un double succès : sur le plan militaire, il a mobilisé sa « garde » contre les mercenaires Wagner et, sur le plan politique, s'est présenté comme le soutien clé pour le président russe. Enfin, l'ancien président russe (2008-2021), Dmitri Medvedev, s'est une nouvelle fois illustré. De sniper en chef à dauphin, il espère franchir le pas. Le système présidentiel poutinien est fondé sur le « diviser pour régner » entre factions concurrentes. Aujourd'hui, trois clans renforcent leur influence (leur pression) sur la présidence russe.  Que va faire Poutine ?Les revers politiques de Vladimir Poutine frappent depuis son discours du 24 juin au matin Mais, dans l'histoire russe, la cruauté de la répression est souvent à la mesure de la grandeur du danger. Pierre Ier, Catherine II, Lénine et Staline ont tous subi des contestations armées. A chaque fois, le pouvoir s'est renforcé par les purges de la police secrète. A la suite de la rébellion des Streltsy (1698), à la révolte de Pougatchev (1773-1775), à la guerre civile (1917-1921) et aux complots antirévolutionnaires des années 1920 et 1930, ces quatre dirigeants ont éliminé physiquement les rebelles, puis établi une surveillance généralisée.   Si le président russe s'engage dans des purges, il pourrait bien, à terme, s'inviter parmi les gagnants de la « crise Prigojine ».   Cyrille Bret </text>
	

	<text titre="En Afrique, l'avenir de la milice Wagner en suspens" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24524" auteur="berthemet, tanguy" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="continent, wagner, afrique" langue="fr"> SI LE GROUPE Wagner n'est pas né en Afrique, c'est bien sur ce continent qu'il a commencé à forger sa triste notoriété. Là aussi qu'il a fait montre de ses capacités de nuisance pour l'Ouest et de son intérêt pour le Kremlin quand ce dernier voulait avancer masqué. Evgueni Prigojine le sait, lui qui s'est même déplacé discrètement au Soudan en 2018, puis en Centrafrique en 2021. L'un des rares entretiens qu'il a accordés a d'ailleurs été à un média « panafricain » , pour y vanter son « aide sincère et désintéressée »et ses « succès militaires ». Et, dans sa dernière intervention à ce jour, il a encore parlé de l'Afrique. La rébellion de fondateur contre son maître et la dissolution annoncée de Wagner vont-elles signer la fin de l'aventure ?
La question est posée dans plusieurs capitales africaines, comme européennes. « C'est un peu tôt pour se faire une idée. Mais un départ complet de Wagner de l'Afrique paraît improbable, car la compagnie est utile et peu coûteuse », estime un diplomate français. Un spécialiste des menées de Wagner sur ce continent pense, lui aussi, pour les mêmes raisons, qu'un départ est pour l'instant peu envisageable, même si « des adaptations sont possibles ou un changement de nom ». Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a assuré que la rébellion n'allait rien changer aux relations de la Russie avec ses alliés. Selon lui, la France « ayant abandonné la RCA et le Mali », ces pays se sont tournés vers la Russie et Wagner pour « assurer la sécurité de leurs dirigeants ».   Les structures de Wagner en Afrique sont en effet assez souples et différentes. Cela tient à l'histoire des mercenaires en Afrique. Déployés d'abord en Syrie, ils sont ensuite envoyés en Libye puis au Soudan. Fin 2016, Moscou entrevoit une possibilité de mettre un pied en Centrafrique, dans l'ancien pré carré français, puis en 2021 au Mali. Au total, entre 4 000 et 5 000 mercenaires sont aujourd'hui sur le continent avec un modèle simple : l'aide militaire contre l'accès aux matières premières.   Piller les richesses minières   Sur cette base, Prigojine et les siens ont forgé un schéma économique qu'ils ont ensuite reproduit. Pour piller les richesses minières, ils fondent une série d'entreprises locales, comme M-Finans ou Lobaye Invest en Centrafrique, et M-Invest ou Meroe au Soudan, toutes liées comme des filiales à Concord, le holding russe de Prigojine.   Mais, au-delà de ce modèle récurrent, il existe des différences d'un pays à l'autre. « Il ne faut pas voir Wagner en Afrique comme un tout. On peut imaginer que le groupe parte ou allège sa présence dans un pays, tout en restant dans un autre. Cela peut venir des tensions en Russie, mais aussi de situation sur place », rappelle une source française.   Ainsi au Mali, les relations entre Wagner et la junte au pouvoir sont tendues depuis quelques semaines. Les responsables russes s'agacent des difficultés à rentabiliser leur expédition et des pertes subies, tandis que les militaires au pouvoir s'inquiètent des méthodes brutales et contreproductives des mercenaires. Au Soudan, la guerre civile qui oppose le président de transition, le général al-Burhane, et le chef de milice, Hemetti, a fragilisé la position de Wagner et gelé les affaires. En Centrafrique, en revanche, les relations des Russes avec le président Faustin-Archange Touadéra, auquel ils servent de garde personnelle, semblent plus fortes et plus courtoises que jamais, au point que certains voient dans le pays un « État Wagner ». Bangui apparaît désormais comme la plateforme des opérations russes en Afrique. C'est de là que partent les campagnes informationnelles contre les intérêts occidentaux en général, et français en particulier. Essentiellement dirigées sur les réseaux sociaux, ces opérations de propagande, autre spécialité Prigojine, se sont révélées extrêmement efficaces et déstabilisatrices pour l'ex-puissance coloniale, bien au-delà de la seule Centrafrique.   Reste que Wagner en Afrique, même dans les lieux où le succès est là, ne peut se maintenir sans l'aval de Moscou. Si les liens entre les mercenaires et l'armée officielle russe n'ont jamais été très clairs, la dépendance logistique de Wagner apparaît assez nettement. Plusieurs avions gouvernementaux, affichant les codes du ministère de la Défense ou celui des Situations d'urgence ont été vus sur les tarmacs de Bangui ou de Bamako. L'équipement en armes et munitions des « musiciens » , ou la fourniture des armées ralliées en matériels militaires ne peuvent pas non plus se faire sans un aval du Kremlin.  « On parle de Wagner comme d'une compagnie militaire privée. C'est peut-être le cas en Ukraine. Mais, en Afrique, c'est un abus de langage. Wagner est plutôt un groupe paraétatique russe, donc très lié aux autorités officielles, et la dernière aventure de Prigojine n'y change rien »  , souligne un expert. </text>
	

	<text titre="En jouant les médiateurs, Alexandre Loukachenko redore son image" date="2023 06 27T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="ann m. simmons et brett forrest (traduit à partir de la version originale en anglais par marion issard)" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="L'Opinion" keywords="président, auprès, moscou, biélorusse, alexandre, rapprocher, sauvé, loukachenko" langue="fr"> Alexandre Loukachenko, le président biélorusse, se targue d'avoir sauvé la mise de celui qu'il avait appelé son « grand frère ». Objectif : se rapprocher de Moscou et améliorer son image auprès de son peuple et du reste du monde.   Président depuis 1994, ce qui fait de lui le détenteur du record européen de longévité à la tête d'un Etat, l'homme a réussi à désamorcer le conflit entre le président russe Vladimir Poutine et le patron de la milice Wagner Evgueni Prigojine grâce à un accord dont les détails restent flous.
Le leader biélorusse a expliqué qu'il avait passé l'essentiel de son samedi à dialoguer avec les deux hommes et qu'ils avaient fini par convenir « qu'un bain de sang en territoire russe [n'était] pas acceptable ». Longtemps réticent à jouer les subordonnés de M. Poutine, M. Loukachenko a à la fois demandé l'aide de Moscou quand il en avait besoin et apporté une aide précieuse au président lll Page 4   lll Suite de la page 3   russe. Il se trouve désormais dans une position plus solide vis-à-vis de son immense voisin et peut se vanter d'avoir évité une guerre civile qui aurait conduit à la désintégration de la Russie.   Appelé « dernier dictateur d'Europe » jusqu'à ce que M. Poutine s'accapare le pouvoir et neutralise l'opposition politique, M. Loukachenko est devenu un paria sur le Vieux continent et fait l'objet de sanctions internationales. Il a provoqué une crise migratoire sur le flanc est de l'Europe, a envoyé un avion de combat forcer un vol commercial à atterrir pour arrêter un dissident qui se trouvait à bord et réprimé dans la violence les manifestations contestant son pouvoir.   Son isolement politique et économique progressif l'a dangereusement rapproché de Moscou et ouvert un boulevard à M. Poutine, qui rêve depuis un certain temps déjà de renforcer l'intégration entre la Russie et les anciennes républiques soviétiques.   Les analystes spécialistes des relations russo-biélorusses estiment qu'il est peu probable que M. Loukachenko ait été l'acteur central des négociations de ce week-end. M. Poutine le considère comme un subalterne et un pare-feu fort utile, ajoutent-ils, tandis que M. Prigojine ne le connaît pas bien et ne lui fait pas confiance.   « Il est possible que M. Poutine n'ait pas voulu s'abaisser à négocier directement avec M. Prigojine, donc c'était pratique que quelqu'un comme M. Loukachenko fasse les choses à sa place », a déclaré dimanche matin Antony Blinken, le secrétaire d'Etat américain, sur NBC News.   Quel que soit le niveau d'implication du président biélorusse, il est ressort gagnant, poursuivent les analystes.   « Sur le plan politique, il y gagne de façon certaine, parce qu'il peut se présenter comme celui qui a évité un coup d'Etat, qui a sauvé la Russie », indique Artyom Shraibman, intervenant au Carnegie Russia Eurasia Center, où il travaille sur l'actualité de la Biélorussie.   Il a aussi gagné des points auprès du maître du Kremlin, poursuit-il, « parce que, même si c'est une humiliation pour M. Poutine, c'est tout de même lui qui a autorisé M. Loukachenko à se présenter en médiateur, en négociateur de paix ». Coincée entre la Russie, la Pologne, l'Ukraine et les pays baltes, la Biélorussie a été   dévastée par la Deuxième Guerre mondiale. Après la chute de l'Union soviétique, l'Ukraine   et la Russie ont connu une transition chaotique vers le capitalisme, qui a vu les actifs publics pillés par ceux qui allaient devenir des oligarques. Dans la Biélorussie nouvellement indépendante, M. Loukachenko a lâché beaucoup moins de lest.   En 2000, quand Moscou a voulu rapprocher les ex-économies soviétiques, MM. Loukachenko et Poutine ont créé l'Union de la Russie et de la Biélorussie, une union supranationale. L'opposition de M. Loukachenko à la modernisation de l'économie biélorusse et la pérennisation de la police d'Etat ont permis au pays d'échapper en partie aux turbulences   qu'ont connues ses voisins. Mais, dans la durée, le marasme économique et le manque de libertés individuelles ont fait grandir le mécontentement.   En 2014 et 2015, le président a organisé des négociations internationales à Minsk, la capitale, espérant mettre fin à la guerre dans le Donbass qui opposait les séparatistes soutenus par la Russie à l'armée ukrainienne. Elles n'ont débouché sur rien, mais elles ont permis à M. Loukachenko de se poser en négociateur.   En 2020, à l'issue d'une élection présidentielle que les pays occidentaux ont jugé truquée, les Biélorusses ont protesté. Confronté   à des manifestations, Alexandre Loukachenko s'est tourné vers M. Poutine, qui s'est engagé à fournir une aide militaire et policière.   L'homme a fait jeter des dizaines de dissidents et de journalistes en prison, dont Alès Bialiatski, défenseur des droits de l'Homme et co-lauréat du prix Nobel de la paix l'an passé. En 2021, M. Loukachenko a ordonné à un MiG- 29 d'obliger un vol Athènes-Vilnius de la compagnie Ryanair à atterrir pour arrêter un jeune journaliste dissident qui se trouvait à bord.   Dénonçant les sanctions occidentales après l'élection, Alexandre Loukachenko a déclaré en 2021 qu'il était « inutile » d'essayer de lui faire peur. « Nous n'avons plus peur de rien », avait-il affirmé.   L'an passé, quand la Russie s'est préparée à envahir l'Ukraine, M. Poutine a demandé un coup de pouce à M. Loukachenko. Des milliers de soldats se sont massés à la frontière ukraino-biélorusse et le pays a été utilisé pour lancer des attaques terrestres et aériennes.   En début d'année, le président russe a   déclaré que des armes nucléaires tactiques allaient être stockées en Biélorussie. En acceptant, M. Loukachenko « a globalement cédé sa souveraineté au Kremlin », avait estimé Ned Price, porte-parole du département d'Etat, en mars dernier.   M. Loukachenko s'était aussi présenté comme l'artisan potentiel de la paix en Ukraine. En février, il avait proposé d'organiser une réunion entre M. Poutine et le président américain Joe Biden, qui devait se rendre en Pologne.   « Sur le plan politique, Alexandre Loukachenko gagne de façon certaine, parce qu'il peut se présenter comme celui qui a évité un coup d'Etat, qui a sauvé la Russie » </text>
	

	<text titre="Pour Bruxelles, la guerre en Ukraine est en train de « fissurer » le pouvoir russe (Borrell)" date="2023 06 27T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7658" auteur="latribune.fr" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="La Tribune" keywords="diplomatie, chef, pouvoir, président, poutine, russe, wagner, josep, ministres, fissurer, guerre, train, ukraine" langue="fr"> « Le monstre Wagner créé par (le président russe Vladimir) Poutine est en train de mordre son créateur », a commenté Josep Borrell, chef de la diplomatie de l'UE, avant une réunion des ministres européens des Affaires étrangères au Luxembourg. Bien que le coup de force ait pris fin aussi soudainement qu'il a débuté, cette crise représente le plus grand défi auquel Vladimir Poutine a été confronté depuis son arrivée au pouvoir en 1999.
Lire aussiRussie : Wagner met fin à sa révolte, quelles conséquences pour la milice privée et son chef? (lien : https://www.latribune.fr/economie/international/russie-wagner-met-fin-a-sa-revolte-quelles-consequences-pour-la-milice-privee-et-son-chef-967317.html)   « Ce qui s'est passé au cours de ce week-end montre que la guerre contre l'Ukraine est en train de fissurer le pouvoir russe et affecte son système politique », a estimé le chef de la diplomatie de l'UE. »   Si la Russie s'efforce lundi d'afficher un retour à la normale avec la levée des mesures de sécurité draconiennes instaurées pendant le soulèvement du groupe paramilitaire Wagner (lien : https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/les-mercenaires-wagner-desinhibes-voire-sans-foi-ni-loi-general-thierry-burkhard-914869.html), cette crise sans précédent révèle pour les Occidentaux la fragilité du régime de Vladimir Poutine.  Phase d'instabilité« Ce n'est certainement pas une bonne chose qu'une puissance nucléaire comme la Russie puisse entrer dans une phase d'instabilité. C'est aussi quelque chose qu'il faut prendre en compte », a averti Josep Borell ce lundi.   En lançant sa mutinerie ce week-end, le chef de Wagner avait promis de « libérer le peuple russe », ciblant notamment ses deux ennemis jurés, le ministre de la Défense Sergueï Choïgou et le chef d'état-major Valéri Guérassimov, qu'il accuse d'avoir sacrifié des milliers d'hommes en Ukraine.   Si Valéri Guérassimov n'est pas apparu en public depuis la crise, les images de Sergueï Choïgou en visite auprès des troupes en Ukraine diffusées lundi par la télévision russe semblaient destinées à donner l'impression qu'il est aux commandes. De son côté, le président Vladimir Poutine n'est pas non plus réapparu en public depuis une allocution télévisée (lien : https://www.latribune.fr/economie/international/russie-wagner-se-rebelle-contre-moscou-poutine-denonce-un-coup-de-poignard-967305.html) samedi où il a accusé Prigojine d'avoir donné un « coup de poignard dans le dos » de la Russie en lançant sa révolte.  InquiétudesCette phase d'instabilité ne manque pas d'inquiéter les dirigeants européens, ayant réagi rapidement à la suite de cet événement.   « « La Russie est (...) l'une des deux plus grandes puissances nucléaires de la planète. Nous ne pouvons pas rester indifférents à ce qui se passe là-bas. Et cela doit nous faire tous réfléchir », a abondé le chef de la diplomatie autrichienne, Alexander Schallenberg. »   Pour Catherine Colonna, ministre des Affaires étrangères française, « ces événements posent beaucoup de questions et nous devons rester prudents. Il y a beaucoup de zones d'ombre. Mais ils montrent des fissures, des fractures, des failles au sein du système russe ».   « Il s'agit d'une affaire interne à la Russie », mais « nous la suivons bien sûr de très près (...), car ce qui se passe en Russie aura apparemment un impact sur les conditions de sécurité », a également réagi son homologue suédois Tobias Billstrom.  Soutenir l'UkraineLa « chose la plus importante » reste de soutenir l'Ukraine (lien : https://www.latribune.fr/economie/international/guerre-en-ukraine-60-milliards-d-euros-supplementaires-pour-la-reconstruction-967113.html) pour qu'elle regagne des territoires, a toutefois insisté le ministre suédois. « Ce qui se passe en Russie démontre qu'il est plus important que jamais de soutenir l'Ukraine », a également confirmé Josep Borrell.   En Ukraine, justement, de nombreux analystes estiment que la crise en Russie pourrait affaiblir les forces russes sur le terrain et profiter à celles de Kiev, qui mènent depuis plusieurs semaines une difficile contre-offensive (lien : https://www.latribune.fr/economie/international/ukraine-combats-violents-dans-le-sud-du-pays-les-russes-annoncent-le-debut-de-la-contre-offensive-965348.html). Lundi, la vice-ministre ukrainienne de la Défense Ganna Maliar a annoncé que l'armée ukrainienne avait enregistré des gains modestes en grignotant 17 km de terrain supplémentaire face aux forces de Moscou, soit 130 km2 depuis début juin.   Les ministres des Affaires étrangères de l'UE doivent confirmer lundi leur accord pour une nouvelle dotation de 3,5 milliards d'euros pour la Facilité européenne pour la paix (FEP) utilisée pour financer leurs fournitures d'armes à l'Ukraine (lien : https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/la-guerre-en-ukraine-a-t-elle-donne-un-nouvel-elan-a-la-cooperation-transatlantique-966400.html) et les missions militaires à l'étranger. La Facilité est abondée par les contributions des Etats membres et 66% de ses financements sont abondés par l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne.  Retour à la normale ?Quelques jours après le début de la mutinerie, les autorités ont annoncé la levée du « régime d'opération antiterroriste ». Celui-ci confère des pouvoirs élargis aux forces de sécurité, dans la région de Moscou et de Voronej, au sud de la capitale. C'est dans cette région que des unités de Wagner étaient entrées, des échanges de tirs avaient même eu lieu.   Une mesure prise face à « l'absence de menaces pour la vie » des habitants, a précisé le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, en remerciant les Moscovites pour « leur calme et leur compréhension ».   Evgueni Prigojine, milliardaire autrefois allié de Vladimir Poutine, a mis fin à sa rébellion samedi soir, en échange d'une immunité pour lui et ses hommes après une médiation du président bélarusse, Alexandre Loukachenko. Depuis, plus de nouvelles de lui, alors que selon le Kremlin, le patron de Wagner doit s'exiler au Bélarus, ce que l'intéressé n'a pas confirmé.   L'incertitude est totale aussi sur le lieu où se trouvent les 25.000 hommes dont Prigojine disait disposer : dans leurs camps en Ukraine? Ou dans des bases en Russie? Malgré l'apparente normalité affichée lundi par les autorités, la spectaculaire équipée de rebelles de Wagner entre vendredi soir et samedi soir a choqué en Russie.   Pendant 24 heures, les forces de Prigojine se sont emparées de plusieurs sites militaires dans la ville stratégique de Rostov (sud-ouest) et ont parcouru 600 km en direction de Moscou, en rencontrant visiblement peu de résistance. A Rostov, ses hommes ont même été acclamés alors qu'ils partaient du QG militaire pour la guerre en Ukraine qu'ils avaient réussi à prendre.   (Avec AFP) </text>
	

	<text titre="Pékin affiche un soutien prudent à Moscou" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24524" auteur="falletti, sébastien" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="pékin, étrangères, moscou, russe, soutien, chinois, affaires, prudent, folle, équipée, visite, affiche, vice-ministre" langue="fr"> TOUT sourire, le ministre des Affaires étrangères chinois, Qin Gang, devise avec Andreï Rudenko, le vice-ministre russe, en visite surprise à Pékin, au moment même où la folle équipée d'Evgueni Prigojine défie l'autorité de Vladimir Poutine sur le Dniepr. La photo diffusée par la presse officielle chinoise, dimanche, présente au monde la confiance entre les deux géants eurasiatiques, unis face à un Occident à l'affût. Pékin a affiché un appui prudent envers son « partenaire stratégique » , mais se tient à distance de la plus grande crise politique à laquelle est confronté le maître du Kremlin, laquelle ravive l'anxiété d'un régime communiste obsédé par la stabilité, et hanté par la chute de l'URSS. La Chine « soutient la Russie dans ses efforts pour protéger la stabilité du pays » en tant que « voisin amical » , affirme la deuxième puissance mondiale, dans un communiqué laconique du ministère des Affaires étrangères. 
La rébellion éphémère du chef du groupe de mercenaires Wagner est qualifiée d' « affaire intérieure » , alors qu'un communiqué russe évoque pudiquement les « événements du 24 juin » , en partie censurés par la presse chinoise. Aucun élément officiel n'indique si la visite de Rudenko a été déclenchée en urgence, dans la foulée des fameux « événements », alors que les deux capitales tentent d'afficher un calme plein de maîtrise. Les relations sino-russes « sont au plus haut dans l'histoire » , s'est félicité Ma Zhaoxu, vice-ministre chinois des Affaires étrangères, lors de son échange avec son homologue de l'envoyé russe.   Derrière cette unité de façade, quelques lézardes apparaissent, Moscou affirmant le soutien du régime aux « efforts des dirigeants de la Fédération de Russie » , quand le communiqué de Pékin reste plus évasif. Et aucune trace officielle d'un éventuel échange téléphonique entre le président Xi Jinping et son « vieil ami » Poutine, comme l'ont fait ce week-end le Turc Recep Tayyip Erdogan, le président du Belarus, Alexandre Lukachenko, ou le Kazakh Kassym-Jomart Tokayev. Xi et Poutine avaient conclu un « partenariat sans limite » , en février 2021, à la veille de l'invasion de l'Ukraine, jamais condamnée depuis par Pékin. Ils n'ont officiellement pas échangé depuis la visite du président chinois à Moscou fin mars, où ils avaient serré les rangs face à Washington. « Les Russes sont venus briefer leur plus grand partenaire sur la scène internationale, pour le rassurer » , juge Raffaello Pantucci, coauteur de Sinostan, China's Inadvertent Empire (Oxford University Press, 2022).   La couverture par la presse officielle des événements du week-end qui ont tenu en haleine la planète et la toile chinoise trahit l'anxiété d'un régime hanté par le spectre d'une chute de Poutine, son meilleur partenaire face à l'Occident, avec un potentiel cortège d'instabilités à ses portes. La révolte du chef de Wagner est « un incident alarmant » , juge le China Daily. Elle a fait place au soulagement à l'heure de la volte-face de Prigojine, abandonnant dimanche son insurrection. « Le fait que la révolte ait été matée en si peu de temps grâce aux actions décisives de Poutine démontre que le Kremlin a encore une forte capacité dissuasive, qui va renforcer son autorité, contrairement à ce qu'avancent les médias occidentaux », écrit, combatif, le Global Times, quotidien affilié au Parti communiste chinois (PCC).   La crise attise les souvenirs traumatiques de la chute de l'URSS en 1991, qui a forgé la détermination du régime à réaffirmer son emprise autoritaire sur la société sous l'égide de Xi. « La fronde de Prigojine confirme aux Chinois tout ce qu'ils ont appris à la fin de la guerre froide : la Russie est un pays chaotique, et il ne faut pas faire comme eux! Il ne faut jamais laisser personne prendre du pouvoir en dehors du Parti » ,  juge Raffaello Pantucci.   Surtout, la folle équipée des mercenaires de Wagner accroît encore les doutes sur la capacité de Moscou à remporter une victoire sur le champ de bataille en Ukraine. « Pékin est choqué par les difficultés de l'armée russe, qui sont une mauvaise nouvelle » , souligne Wu Qiang, un politologue indépendant. Pire, ces difficultés nourrissent le spectre d'une potentielle déroute, scénario noir pour les stratèges chinois, qui voient en Moscou un partenaire essentiel pour contrer « l'encerclement américain ». « Devoir dépendre d'un groupe de mercenaires pour mener une guerre démontre que la Russie n'est plus une grande puissance. Il est maintenant clair que Poutine fait face à de dangereuses fissures en interne. Cela n'augure pas d'une victoire » , estime sobrement Shi Yinhong, professeur à l'Université Renmin, à Pékin.   Un constat qui relance les appels de la Chine à des négociations, mais en des termes favorables au Kremlin, comme elle le fait depuis des mois, du bout des lèvres. « L'incident doit accélérer le processus de paix en Ukraine » , affirme le China Daily, dans un éditorial, tout en mettant en garde contre toute tentative occidentale de soutenir une « victoire totale » de Kiev, pour « mettre Moscou à genoux ». Un leitmotiv ressassé par l'envoyé spécial pour l'Ukraine Liu Hui, qui affiche la bonne volonté de Pékin aux yeux des Européens, sans exiger un retrait des troupes russes. Pékin veut bien d'une paix, mais pour sauver un soldat Poutine mal en point.   La Chine soutient la Russie dans ses efforts pour protéger la stabilité du pays en tant que voisin amicalCOMMUNIQUÉ DU MINISTÈRE   DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES CHINOIS </text>
	

	<text titre="Anna Colin Lebedev Le contrôle formel aura beau être rétabli sur les mercenaires de Wagner, cette affaire ne restera pas sans suites" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="restera_pas_sans_suites, suites, contrôle, rétabli, wagner, mercenaires, affaire, restera, formel" langue="fr"> La rocambolesque affaire du groupe armé Wagner et de son fondateur s’opposant au commandement militaire, quels que soient ses développements à venir, est à la fois un symptôme et une nouvelle étape de l’évolution rapide du régime politique russe. Depuis février 2022 et la décision d’envahir l’Ukraine, le système politique russe n’a cessé de se transformer, dans et par la guerre.   Pendant les deux décennies qui ont précédé l’invasion de l’Ukraine, le Kremlin avait œuvré à construire un régime autoritaire personnaliste jouant sur trois ressorts.
Le premier est la disponibilité de ressources abondantes tirées de l’exploitation des matières premières, dont les produits étaient – inégalement – distribués aux élites comme à la population en échange de leur loyauté.   Le deuxième ressort tenait à la nature personnelle et verticale des liens d’allégeance à travers lesquels s’organisait la distribution de ces ressources, y compris des places de pouvoir. Si l’on a parlé de « poutinisme », c’est parce que la personne de Vladimir Poutine a joué un rôle-clé au sommet de cette pyramide d’allégeance. Chaque acteur du système devait toutefois sa place à un bienfaiteur à l’étage supérieur et était lui-même pourvoyeur de ressources. Dans ce contexte, la corruption n’a pas été une dérive, mais une modalité routinière d’accès et de gestion des ressources.  Système politique ébranléTroisième pilier, les promesses de prospérité et de stabilité étaient les valeurs sur lesquelles le pouvoir fondait sa légitimité auprès des élites et de la population : aux élites l’enrichissement, aux Russes ordinaires la prévisibilité du lendemain. Cette sorte de contrat social entre le pouvoir russe et la société a pu être décrite comme un « laisser-faire mutuel ». A partir de 2014 et de l’annexion de la Crimée, la rhétorique de la Russie « forteresse assiégée » par l’Occident a donné une teneur plus sombre et idéologique au discours du pouvoir, sans que jamais l’on ne demande cependant à la société de se mettre en action contre un ennemi : laisser faire les autorités restait le mot d’ordre central.   Dès les premiers mois de la guerre, ce système politique a été ébranlé de plusieurs manières.   En premier lieu, la dimension personnelle et verticale du pouvoir et de la loyauté s’est considérablement accentuée au sommet de l’Etat. Les débuts de la guerre ont aussi vu un déplacement du centre de gravité de la décision politique. Les ministères et institutions civils ont dû se soumettre aux priorités des institutions militaires et aux objectifs de guerre. Si les administrations, les autorités financières ou encore les gouverneurs de régions ont continué à faire tourner le pays, les intérêts de leur secteur étaient désormais considérés comme secondaires par rapport à l’effort de guerre.   Deuxième transformation importante, les ressources et les rétributions qui permettaient au pouvoir d’asseoir sa légitimité ont été fragilisées par les nouvelles sanctions, la rupture d’une partie des relations commerciales avec les pays occidentaux, et l’augmentation des dépenses de guerre. Conscient de cela, le Kremlin s’est attaché à promettre à ses élites de nouvelles ressources : de beaux postes à prendre dans les territoires fraîchement occupés, des contrats juteux offerts dans le cadre de commandes publiques liées à la guerre ou encore des bénéfices à tirer du départ des entreprises occidentales.   Cependant, les évolutions sur le front ont rendu nettement moins attractifs les postes dans les territoires occupés, et la guerre a de plus en plus grevé le budget de l’Etat qui demande désormais aux élites et aux citoyens de mettre la main à la poche pour soutenir l’effort patriotique.   La promesse de stabilité a été, elle aussi et plus encore, mise à mal depuis le début de la guerre. La mobilisation militaire, conduite comme une rafle indiscriminée, a été pour la population russe un choc énorme, dont nous ne mesurons pas encore tous les effets. Le pouvoir en a tiré les leçons, et le système de convocation électronique qu’il est en train de mettre en place a pour objectif de rationaliser et d’invisibiliser la mobilisation pour amortir la réaction de la société. La perte de stabilité résulte également de la situation sur le front, car l’issue de la guerre semble incertaine.   Dernier facteur majeur de transformation du système politique, la guerre a conduit à une dilution du monopole de la violence légitime au sein de l’Etat russe, avec un rôle central joué par le groupe armé Wagner. Création du pouvoir politique russe, mais irrégulier au regard du droit, Wagner a été placé sur le front au côté de l’armée russe dès le début de l’invasion. On peut s’interroger sur l’effet que la présence d’un groupe armé non étatique, bénéficiant de ressources publiques et de passe-droits, se mettant abondamment en scène et utilisant sa liberté de parole pour critiquer la conduite des opérations a eu sur l’institution militaire à ses différents échelons. On peut se demander également ce que le Service fédéral d’exécution des peines a pu penser de l’irruption des recruteurs de Wagner dans le pré carré de ses colonies pénitentiaires.  Contraste saisissantL’initiative de Prigojine de « marcher sur Moscou », sa facilité à entrer dans Rostov-sur-le-Don et à continuer au-delà, sont venues s’ajouter à une série d’événements de ces dernières semaines où l’Etat central a semblé absent, ou pas à la hauteur des enjeux. L’incursion des groupes armés en provenance d’Ukraine dans la région de Belgorod, l’attaque de drones à Moscou et l’avancée de Wagner sur plusieurs centaines de kilomètres ont posé la question de la capacité de l’Etat russe à défendre son territoire. Une blague circule désormais sur les réseaux sociaux : « “Prendre en trois jours”, on vient de le comprendre, ce n’était pas de Kiev mais de Moscou qu’il s’agissait. »Le ton adopté par Vladimir Poutine lors de son allocution, samedi 24 juin, dans laquelle il a dénoncé la trahison de Wagner, témoigne du degré de fragilisation du régime. Le parallèle avec les événements de 1917 en Russie, le renversement du régime tsariste et la guerre civile qui a suivi, pour caractériser la menace Prigojine, a singulièrement tranché avec ses nombreuses prises de parole précédentes. Le président russe s’était en effet toujours attaché à convaincre que rien n’avait changé, que tout était sous contrôle, que les promesses du contrat social continuaient d’être honorées. Des risques importants de défections ont-ils été soufflés à l’oreille du président ? Lui a-t-on fait comprendre que bien des élites seraient sensibles aux critiques de Prigojine ? En tout cas, le contraste est saisissant avec le Poutine qui balayait d’un revers de la main la question des drones armés dans le ciel de Moscou.   Le contrôle formel aura beau être rétabli sur les mercenaires Wagner et les territoires qu’ils ont traversés, cette affaire ne restera pas sans suites. La guerre transforme les fondamentaux du système politique russe, en dépit de l’attachement farouche de Moscou à affirmer le contraire. Le pouvoir peut tenter de colmater les brèches, mais le doute s’insinue, se diffuse et peut altérer l’allégeance au régime, notamment chez ces élites qui observent avec attention ses moindres frémissements. </text>
	

	<text titre="A Rostov-sur-le-Don et à Voronej, des frustrations et des victimes" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="emmanuel grynszpan" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="partie, rostov-sur-le-don, d’un, wagner, trouvé, population, groupe, mutinerie, voronej, d’une" langue="fr"> Les mercenaires insurgés du Groupe Wagner ont trouvé des soutiens à Rostov-sur-le-Don, où leur mutinerie d’un jour a été accueillie par des gestes de bienveillance d’une partie de la population. Pour d’autres, leur départ dans la soirée du samedi 24 juin fut un grand soulagement. « Ce samedi a été mémorable, mais sans rien de dramatique, raconte par téléphone Zinaïda P., une bibliothécaire, la quarantaine. Il n’y a pas eu de perturbation majeure. Les soldats [de Wagner] ont juste bloqué la circulation sur l’avenue Boudionovsk et Bolchaïa Sadovaïa [deux axes du centre-ville]. Mais les piétons pouvaient circuler librement. J’y suis allée et il y avait du monde, des curieux comme moi. Le reste de la ville vivait comme d’habitude. Les magasins sont restés ouverts et les transports publics circulaient. » 
L’anxiété d’une partie de la population n’était visible qu’à la gare ferroviaire, où les quais étaient bondés pour embarquer dans les trains quittant la ville. « Dans l’après-midi,explique Zinaïda, il y a eu cette rumeur que des Kadyrovtsy[combattants obéissant au dirigeant tchétchène pro-Poutine, Ramzan Kadyrov] allaient nettoyer Rostov, mais heureusement ça ne s’est pas produit, personne n’en a vu en ville. »Ajoutant une touche comique à cette insurrection éphémère, un char de combat du Groupe Wagner, cherchant une position protégée, s’est coincé entre les deux piliers d’un portail jouxtant le bâtiment du cirque, avenue Boudionovsk. Le T-72 est resté figé quelques heures, encadré par des affiches vantant les bêtes sauvages du cirque. Le caractère saugrenu de l’occupation du centre-ville par le Groupe Wagner était apparu dès le samedi matin, avec un contraste entre les snipers masqués allongés sur les trottoirs, entourant des blindés prêts au combat, et des passants se prenant en selfie ou sirotant leur café en face du QG du district militaire sud.   Durant la journée, des civils ont apporté des vivres aux soldats de Wagner, tandis que d’autres, hostiles, les ont houspillés pour avoir semé le chaos. Dans la soirée, alors que le convoi Wagner quittait le centre-ville, un attroupement d’habitants les a applaudis et acclamés. Peu après, des voitures de police qui prenaient position autour du QG ont été accueillies par des huées. Les mots « traîtres » et « honte » fusaient d’une foule de jeunes gens.  L’effort de guerre frappé au cœurLa mutinerie de M. Prigojine a frappé au cœur de l’effort de guerre russe contre l’Ukraine. Rostov-sur-le-Don (1,1 million d’habitants) est un centre de logistique crucial pour l’invasion de l’Ukraine, bien que le quartier général principal des opérations se trouve à 30 kilomètres plus à l’est, dans la ville de Novotcherkassk. Nœud routier, ferroviaire et fluvial, Rostov-sur-le-Don commande la principale voie d’accès en direction des régions ukrainiennes occupées de Donetsk et de Louhansk.   A 560 kilomètres plus au nord, à mi-chemin sur la route de Moscou, la ville de Voronej a connu un samedi nettement plus dramatique. Des combats meurtriers ont opposé, dans la matinée du 24 juin, une colonne du Groupe Wagner et l’armée de l’air russe aux abords de ce centre urbain de 1 million d’habitants. Un duel entre un système antiaérien 9K35 Strela-10 et un hélicoptère d’attaque Ka-52 a été observé par des centaines d’habitants médusés au-dessus de la rocade de l’autoroute M4, qui relie la capitale au sud du pays.   L’aviation russe a attaqué un convoi du Groupe Wagner stationné sur l’autoroute. Sur une vidéo, on voit un hélicoptère d’attaque Ka-52 survoler à très basse altitude une gigantesque citerne de carburant qui explose tout de suite après, sans que l’on puisse voir clairement si l’appareil a largué des munitions. Une autre vidéo montre également un Ka-52 survolant l’autoroute, qui se met soudain à larguer des leurres. Une voix crie qu’un système antiaérien de la colonne Wagner vient de tirer un missile vers l’hélicoptère et on le voit, immédiatement après, frôler l’appareil avant de poursuivre sa course hors cadre, probablement trompé par un leurre.   Un troisième enregistrement montre un avion Il-18 de renseignement et de commandement frappé par un missile, puis chutant à la verticale jusqu’au sol. En tout, au cours de la journée de samedi, l’aviation russe a perdu six hélicoptères en plus de l’avion Il-18, selon des sources proches d’Evgueni Prigojine, mais aussi du ministère de la défense russe. Ce dernier n’a toutefois pas confirmé officiellement ce bilan. Selon la chaîne Telegram pro-Kremlin Readovka, autrefois bienveillante envers le Groupe Wagner, quinze militaires de l’armée russe ont trouvé la mort dans les affrontements autour de Voronej. Le bilan du côté de Wagner est inconnu.  Civils maintenus dans l’ignorance« Nous n’avons rien compris à ce qui s’est passé hier », confiait, le lendemain, Valeria M., une habitante de Voronej, par une messagerie cryptée. « Le matin, ma sœur, son mari et moi nous préparions à aller à la datcha[sur la rive gauche de la rivière Voronej] lorsque nous avons entendu une puissante explosion, puis d’autres plus petites. Il y avait une énorme colonne de fumée noire dans le ciel du côté de[notre] datcha. Puis on a appris que plusieurs routes étaient fermées et que c’était dangereux de sortir. Mais nous ne savions pas du tout ce qui se passait, ni notre entourage. Des amis à nous d’Ozerki[une cité-dortoir non loin de la M4] nous ont raconté que leur parking avait été bombardé. Aujourd’hui, tout est apparemment redevenu normal, on n’est pas rassurés. »Les autorités locales ont soigneusement maintenu les habitants dans l’ignorance. Pas une fois les noms de « Wagner » ou de « Prigojine » n’ont été prononcés dans les communiqués du gouverneur Alexandre Goussev, ni sur les réseaux sociaux proches de l’administration. Dans les dizaines de messages publiés le 24 juin, la chaîne Telegram locale Vesti s’est bornée à lister les activités annulées et les lieux fermés, recommandant à ses lecteurs de ne suivre que les déclarations officielles, sans fournir la moindre explication sur les bruits de guerre. L’administration locale a toutefois menacé de « conséquences judiciaires sérieuses » tous ceux qui « profiteraient de la situation pour appeler à des actions de protestations dans la rue ». </text>
	

	<text titre="Sergueï Choïgou, le fidèle fragilisé" date="2023 06 27T00:00:00" journal="La Croix, no. 42653" auteur="olivier tallès" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="La Croix" keywords="choïgou, russe, défense, point, ministre, jours, sergueï, patron" langue="fr"> Après deux jours de silence, Sergueï Choïgou, le ministre russe de la défense dont le patron de Wagner réclame la tête, au point d'avoir lancé ses mercenaires sur les routes de Moscou, a fait sa réapparition. Comme si de rien n'était. Il a été aperçu à la télévision russe, lundi 26 juin, dans un poste de commandement des troupes en Ukraine. Tranquille et calme, on le voit écouter un rapport du général ou encore faire un tour d'hélicoptère. Le message est clair?: après la folle journée du samedi 24 juin où le Kremlin a tremblé, c'est l'heure du retour à la normale en Russie.
À 68 ans, l'inamovible responsable des armées russes semble résister, au moins provisoirement, à la bourrasque qu'il a déclenchée à son corps défendant lors de son duel avec Evgueni Prigojine. Celui-ci a justifié la mutinerie de ses paramilitaires par la nécessité de chasser le ministre, et sans doute a-t-il tenté de négocier leurs têtes en échange d'un retour de ses forces dans leurs camps. Au point de l'obtenir ?  « Je ne pense pas que Prigojine était en position de faire de telles demandes , écrit Tatiana Stanovaya, politologue au Centre Carnegie et responsable du bulletin d'analyse politique R.Politik. Si Sergueï Choïgou est renvoyé, cela sera pour d'autres raisons. »Il paraît peu probable que, face au chantage, Vladimir Poutine pousse à la démission son ministre le plus célèbre, un exécutant toujours loyal. Les deux hommes se connaissent depuis les années 1990, une période où le plus connu des deux est alors Sergueï Choïgou. Cet ancien apparatchik modeste, diplômé en ingénierie, est un ministre populaire de Boris Eltsine, au point d'être présenté parfois comme un dauphin potentiel. Il s'est taillé sur mesure, avec la bénédiction du président Eltsine, un poste de ministre des catastrophes qui se déplace partout avec son équipe de secouristes, des hommes prêts à sauter en parachute pour aider les sinistrés.   Il aurait pu profiter de sa popularité d'alors pour se lancer en politique, mais l'homme qui a tout du profil du soldat obéissant se range résolument derrière Vladimir Poutine. Ce bon vivant gagne habilement la confiance du chef du Kremlin en organisant des parties de pêche et de chasse dans sa région natale, la République de Touva aux portes de la Mongolie, des vacances immortalisées par les caméras qui contribueront à l'image «?virile?» du président russe. Ses bons et loyaux services seront récompensés, à la surprise de tous, par un poste de ministre de la défense en 2012, à la tête d'un budget de 60 milliards d'euros par an.   Sergueï Choïgou, qui n'est pas un militaire de carrière, poursuit alors une série de réformes sur la professionnalisation et la modernisation de l'armée engagées sous son prédécesseur. C'est son ministère qui reçoit la délicate charge de piloter l'annexion de la Crimée en 2014, puis le sauvetage du régime syrien de Bachar Al Assad. Ces deux opérations menées avec succès encouragent Vladimir Poutine à confier à son ministère l'élaboration d'un plan d'invasion de l'Ukraine. À la veille des hostilités, Sergueï Choïgou est l'un des rares membres du Conseil de sécurité russe à afficher sa confiance devant les caméras qui immortalisent l'instant.   Mais la réussite qui l'accompagnait jusque-là a fui dès les premiers jours de la guerre, au point que le serviteur zélé a perdu très rapidement une bonne partie du crédit auprès de son maître. Celui-ci ne l'a d'ailleurs jamais défendu face aux insultes publiques martelées depuis des mois par le patron de Wagner, Evgueni Prigojine. «?Sergueï Choïgou et Guerassimov(chef d'état-major des armeés, NDLR) sont presque universellement détestés dans l'armée russe », note sur Twitter l'analyste américain Michael Kofman. </text>
	

	<text titre="La mutinerie ravive les craintes des Etats-Unis concernant les armes nucléaires russes" date="2023 06 27T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="michael r. gordon et alan cullison (traduit à partir de la version originale en anglais par grégoire arnould)" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="L'Opinion" keywords="nucléaires_russes, nucléaires, wagner, armes, nucléaire, craintes, chaos, crainte, russie, russes, groupe, mutinerie, voir, etats-unis" langue="fr"> L'éphémère mutinerie du groupe paramilitaire Wagner en Russie ravive chez les Occidentaux une crainte bien ancrée : voir le chaos régner au sein de la première puissance nucléaire mondiale.   Les autorités américaines ont affirmé dimanche qu'elles n'avaient détecté aucune activité anormale ni aucun changement de niveaux d'alerte chez les forces nucléaires russes.
Reste que l'insurrection avortée du patron de Wagner, Evgueni Prigojine, a fait voler en éclats la réputation d'invulnérabilité du président Vladimir Poutine et a ranimé des vieilles inquiétudes, nées il y a de nombreuses années, sur le contrôle de l'arsenal nucléaire de la Russie.   « C'est toujours préoccupant quand un grand pays comme la Russie montre des signes d'instabilité, a déclaré le secrétaire d'Etat Antony Blinken sur CNN dimanche. En ce qui concerne leurs armes nucléaires, nous n'avons constaté aucun changement dans leur comportement et nous n'avons rien changé à la nôtre. Mais c'est quelque chose, bien sûr, que nous surveillons très, très attentivement. » Lors de l'invasion par les forces russes de l'Ukraine en février 2022, la menace nucléaire brandie par M. Poutine a été perçue par l'Occident comme le principal danger. En déclarant lll Page 4   lll Suite de la page 3   alors qu'il mettait les forces nucléaires de son pays en « en régime spécial d'alerte au combat » », il avait fait craindre que la Russie n'utilise des armes nucléaires tactiques pour l'emporter sur l'Ukraine.   Néanmoins, pendant son offensive, Moscou n'a pris aucune mesure concrète concernant ses forces nucléaires. Elle n'a pas fait sortir   davantage de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins en mer, ni déployé de missiles mobiles terrestres ? ce qu'elle aurait probablement fait si les niveaux d'alerte avaient été relevés avant une éventuelle attaque, d'après les services de renseignement américains.   La menace a toutefois été suffisamment prise au sérieux pour que le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, avertisse la Russie des « conséquences catastrophiques » qu'entraînerait un recours aux armes nucléaires.   Avec les heurts entre les troupes russes et les mercenaires de Wagner au cours du week-end, la crainte d'une possible perte de contrôle du président   russe ? dont la localisation est inconnue ? sur l'arsenal nucléaire de son pays est apparue comme un danger plus immédiat.   La Russie possède près de 4 500 armes nucléaires, déployées et stockées sur l'ensemble de son vaste territoire. Le risque, même minime, de perte de contrôle sur ces armes pourrait représenter une menace considérable si certaines tombaient entre de mauvaises mains ? que cela soit dans ou hors du pays.   « En l'état actuel des connaissances, ces événements n'ont pas modifié le niveau de sécurité des armes nucléaires russes, rappelle Matthew Bunn, professeur à l'université de Harvard, qui a conseillé la Maison Blanche sur la manière de sécuriser les matières fissiles dans le monde entier sous l'administration Clinton. Mais si M. Prigojine s'était emparé de plusieurs armes nucléaires, est-ce que cela lui aurait-il permis de négocier un accord différent ? », s'interroge-t-il.   « Les guerres et les révolutions qui ont eu lieu au cours du siècle dernier dans des Etats aujourd'hui dotés de l'arme nucléaire soulèvent des questions : pouvons-nous vraiment présumer que ces pays géreront indéfiniment leur arsenal nucléaire en toute sécurité ? », poursuit M. Bunn.   La Russie n'a pas fait de commentaires sur la situation de ses armes nucléaires pendant   cette brève mutinerie. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a, de son côté, réfuté dimanche les propos du président Biden portant sur les potentielles menaces russes d'utiliser des armes nucléaires tactiques lors de son offensive en Ukraine, les qualifiant de « torrent de pensées confuses ». Les responsables américains ont clairement fait comprendre que Washington n'avait pas l'intention de s'impliquer dans les luttes politiques internes russes afin d'éviter de nourrir les thèses du Kremlin sur les complots extérieurs. Si les responsables américains et occidentaux considèrent M. Poutine comme un de leurs ennemis jurés, aucun d'entre eux ne souhaite voir s'installer un chaos susceptible de mettre en péril la sécurité d'armes nucléaires, les plus dangereuses au monde.   Les événements du week-end ont rappelé les craintes entourant le contrôle de ces armements   après l'éclatement de l'Union soviétique, il y a trois décennies. A la fin de la guerre froide, en 1991, la Russie disposait de près de 30 000 armes déployées et stockées dans son arsenal nucléaire, soit plus de six fois plus qu'aujourd'hui, selon Hans Kristensen, de la Federation of American   Scientists.   Cette période mouvementée avait incité Washington à élaborer un programme pour aider la Russie et les autres Etats issus de l'effondrement de l'Union soviétique à regrouper et à sécuriser leur stock potentiellement vulnérable d'armes de destruction massive ? nucléaires et autres ?, afin d'éviter qu'elles ne soient volées ou utilisées à mauvais escient.   En 1991, Sam Nunn et Richard Luger, alors respectivement sénateurs démocrate de Géorgie et républicain de l'Indiana, avaient proposé le projet de loi intitulé Soviet Nuclear Threat Reduction Act. Ce texte a jeté les bases du programme de réduction de la menace nucléaire soviétique soutenu par le président George H.   W. Bush et son homologue russe Boris Eltsine.   M. Poutine a fini par mettre un terme à la coopération russe, craignant que le programme ne serve à couvrir les activités d'espionnage du gouvernement américain. En 2022, la Russie a bloqué les inspections sur site dans le cadre du traité New START portant sur la réduction des armes nucléaires à longue portée. Puis, en février de cette année, elle a suspendu sa participation à cet accord, même si Moscou a assuré qu'elle ne dépasserait pas les plafonds fixés par le traité en matière de nombre d'ogives et de lanceurs.   Au début du mois, le conseiller à la Sécurité nationale, M. Sullivan, a indiqué que les Etats- Unis étaient prêts à entamer des discussions avec la Russie, sans conditions préalables, sur les mesures à prendre pour limiter les armes nucléaires après l'expiration du traité New START, en février 2026. Ces discussions n'ont toutefois pas encore débouché sur un accord, rendant l'avenir de la maîtrise de ces armements incertain.   Lorsqu'elles ont fait route vers Moscou, les troupes de Wagner sont passées à moins   de 160 kilomètres de deux sites qui ont été utilisés pour stocker des armes nucléaires : Voronezh-45 et Tula-50, indique M. Kristensen, de la Federation of American Scientists. Selon lui, il est impossible de savoir si ces installations sont toujours opérationnelles.   D'anciens responsables américains soulignent que personne ne sait si les forces de sécurité protégeant l'arsenal nucléaire russe seraient capables de résister en cas d'attaque. On a vu que les troupes de Wagner ont rencontré peu d'opposition lorsqu'elles ont pris le contrôle de la ville de Rostov-sur-le-Don ce week-end.   « Ces derniers jours, les forces conventionnelles russes et le quartier général de Rostov   ne sont pas intervenus et ont laissé les forces Wagner prendre le contrôle de la ville », souligne Steven Andreasen, haut fonctionnaire du Conseil de sécurité nationale chargé de la politique de défense et du contrôle des armements de 1993 à 2001. « Auraient-ils fait de même sur un site de stockage nucléaire ? Comment pouvons-nous être sûrs de leur loyauté si les chars de Wagner se présentent à l'entrée ? », questionne-t-il.   Devenu un héros pour les détracteurs des chefs militaires russes, M. Prigojine, le patron de Wagner, a des liens avec les services de sécurité en raison des opérations menées depuis longtemps par le groupe en Russie, en Ukraine, en Syrie et en Afrique, observe Seth Jones, vice-président senior du Center for Strategic and International Studies.   M. Jones précise toutefois que Wagner n'a aucune relation apparente avec les forces nucléaires stratégiques russes, censées surveiller les sites concernés avec vigilance.   Un responsable du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche a déclaré samedi que les Etats-Unis disposaient toujours de « canaux de communication établis de longue date avec la Russie sur les questions nucléaires ». Les responsables de l'administration Biden n'ont pas précisé si ces canaux avaient été utilisés ou s'ils avaient contacté leurs homologues russes pendant la mutinerie de Wagner.   Rose Gottemoeller, négociatrice en chef des Etats-Unis pour le traité New START, entré en vigueur en 2011, estime que Washington a eu raison de rester calme, mais qu'il est nécessaire de se concentrer davantage sur les mesures à prendre pour garantir le contrôle des armes nucléaires.   « Il ne s'agit pas seulement de répéter les propos de MM. Reagan et Gorbatchev en affirmant qu'une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée, poursuit Mme Gottemoeller. Organiser une réunion de haut niveau entre les Etats détenteurs d'armes nucléaires et définir les responsabilités en matière de protection, de contrôle et de recensement de ces armes constituerait une étape politique essentielle. »   Selon d'anciens responsables américains, personne ne sait si les forces de sécurité protégeant l'arsenal nucléaire russe seraient capables de résister en cas d'attaque </text>
	

	<text titre="La dévaluation internationale de Vladimir Poutine" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="dévaluation, poutine, milice, moscou, wagner, prigojine, vladimir, internationale" langue="fr"> En apparence, tout est rentré dans l’ordre. Les insurgés de la milice Wagner, qui marchaient sur Moscou, sont rentrés dans leurs casernes et le félon en chef, Evgueni Prigojine, va trouver en Biélorussie une thébaïde propice à l’introspection. Au moins pour un temps. L’épilogue obtenu après les vingt-quatre heures les plus stupéfiantes jamais vécues par la Russie de Vladimir Poutine ne peut pourtant détourner l’attention du bilan réel de cette insurrection armée avortée. S’il n’est pas flatteur pour le patron de Wagner, dont la détermination a flanché en une poignée d’heures, ni pour une armée russe presque invisible pendant que les colonnes de miliciens progressaient en direction de la capitale, il est dévastateur pour le maître du Kremlin. Lui aussi s’est renié en un temps record en chargeant son porte-parole d’annoncer la grâce, le soir venu, de ceux qu’il avait en personne promis au peloton d’exécution en fin de matinée.
La faiblesse et l’indécision manifestées par Vladimir Poutine n’auront échappé à personne en dehors des frontières de la Russie. Les régimes africains qui ont conclu un pacte faustien avec la milice pour s’accrocher au pouvoir doivent inévitablement s’interroger sur sa pertinence et sa pérennité. Le coût de cette remise en cause sera d’autant plus élevé qu’elle percute de plein fouet l’image patiemment construite du président russe et de son système, celle d’un hard power efficace, copiée par de très nombreux régimes autoritaires de par le monde.   Donald Trump, fasciné par les hommes forts, a maintes fois exprimé son admiration envers un homme qualifié de « génie » à la veille de l’invasion de l’Ukraine, et auparavant loué pour son « contrôle très fort sur son pays ». Il alimentait ainsi une chambre d’écho particulièrement sonore sur de nombreux continents. Le dirigeant russe s’est, il est vrai, souvent montré précurseur. Sa stratégie d’étouffement des organisations non gouvernementales, mise en place en 2012 après la contestation de résultats électoraux jugés biaisés, a ainsi été reprise ensuite par des dizaines de pays.   L’invasion de l’Ukraine a cependant mis en évidence la face cachée de cette excellence autoritaire supposée. La verticale du pouvoir a entretenu l’enfermement de Vladimir Poutine dans une vision fantasmée de l’Ukraine et du camp occidental. L’échec du principal but de guerre initial, la décapitation des autorités ukrainiennes, a dévoilé l’état véritable de l’armée russe.   La brève chevauchée d’Evgueni Prigojine, après des mois de diatribes contre le commandement russe, a enfin souligné l’erreur magistrale d’avoir laissé prospérer une milice privée, irresponsable devant quiconque à l’exception de son patron, sur les marges du pouvoir.   Il ne faut donc pas s’étonner de la tiédeur des réactions de pays théoriquement soucieux de leurs liens avec Moscou, comme le Kazakhstan, dans les heures qui ont précédé le revirement d’Evgueni Prigojine, propices à un attentisme évident. Le Kremlin s’est ainsi senti obligé de revendiquer le soutien de la Chine, alors que les propos rapportés côté chinois restaientassez laconiques. Cette dévaluation internationale de Vladimir Poutine risque d’être durable. En Asie centrale, où Moscou était naguère dominant, elle pourrait accélérer une nouvelle donne déjà en cours qui bénéficie au premier chef à la Chine. Mais elle pèsera bien au-delà des anciennes marches russes. </text>
	

	<text titre="La Chine minimise un « incident » en Russie" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="frédéric lemaître" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="pékin, étrangères, fin, ministère, chinois, affaires, russie, chine" langue="fr"> Pékin - correspondant - Il a fallu attendre dimanche 26 juin, en fin de soirée, pour connaître la réaction de Pékin à ce que le ministère chinois des affaires étrangères qualifie finalement d’ « incident du Groupe Wagner ». Ce qui vient de se passer en Russie est une « affaire intérieure »,d’abord .Puis, « en tant que voisin amical et partenaire stratégique, la Chine soutient la Russie dans ses efforts pour protéger la stabilité du pays, se développer et atteindre la prospérité » , s’est contenté de déclarer le ministère des affaires étrangères dans un communiqué laconique. Un peu plus tôt, dans la journée de dimanche, le vice-ministre russe des affaires étrangères, Andreï Roudenko, avait été reçu à Pékin par le ministre chinois des affaires étrangères, Qin Gang. On ignore si cette visite était prévue ou non. Comme les Etats-Unis le font de leur côté avec leurs alliés, la Chine avait peut-être prévu d’informer la Russie du résultat de la récente visite du secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, à Pékin.
Contrairement à la Turquie, la Chine n’a pas publiquement apporté son soutien à Vladimir Poutine avant l’accord conclu entre le Kremlin et Evgueni Prigojine, le patron de Wagner, sous l’égide du président biélorusse. Lundi, un éditorial du China Daily explique que « l’incident devrait servir à accélérer les efforts pour assurer un règlement politique de la crise ukrainienne qui est une cause qui a contribué au dramatique événement ».   Le malaise de Pékin semble palpable. Lundi, LeQuotidien du peuple ne fait que reproduire le court communiqué du ministère des affaires étrangères et Le Quotidien de l’arméene fait aucune référence à « l’incident du Groupe Wagner ». Après avoir cru que « la crise ukrainienne » serait réglée en quelques semaines, puis misé sur un affaiblissement de l’Occident, la Chine doit faire face à un scénario qu’elle n’avait pas prévu : la déstabilisation de la Russie par une partie des nationalistes et un affaiblissement de Vladimir Poutine.   En l’absence de réactions officielles, samedi, certains commentateurs chinois s’étaient montrés, dans un premier temps, peu amènes pour le président russe. Dans une vidéo publiée sur Weibo, le Twitter chinois, Jin Canrong, expert en relations internationales à l’université Renmin, suivi par plus de 2,5 millions de personnes, jugeait, dimanche, que la rébellion de Wagner est « mauvaise pour la ligne de front avec l’Ukraine, mauvaise pour la stabilité de la Russie et mauvaise pour l’autorité de Poutine ».Liu Yun, un autre universitaire, estime que l’accord conclu entre Vladimir Poutine et le chef des Wagner « marque le début de la crise générale en Russie » et fait remarquer que seule une guerre approuvée par l’ONU est légitime, ce qui n’est pas le cas de l’ «opération militaire spéciale » menée en Ukraine.  Les volte-face de la propagandeMais les nationalistes chinois s’inquiètent aussi : « La Russie est maintenant en crise profonde. C’est très préoccupant pour elle. La discipline dans les forces armées est nécessaire, sinon le pays peut s’effondrer sans tirer une seule balle. Prolonger cette “opération militaire spéciale”ne joue plus en faveur de la Russie. La Russie doit y mettre un terme et la gagner par quelque moyen que ce soit, sinon elle va payer un prix énorme et le monde va à nouveau pencher du côté de l’Occident »,juge un internaute sur le site du Global Times.Signe des volte-face de la propagande, l’ancien rédacteur en chef du Global Times, Hu Xijin, a d’abord écrit que « Prigojine a rapidement arrêté et la rébellion a été stoppée sans bain de sang, ce qui, de toute évidence, a réduit l’impact sur l’autorité de Poutine, même si celui-ci n’est pas nul ». Mais lundi, virage sur l’aile. « La capacité de Poutine à gérer des situations complexes ne devrait pas être sous-estimée »,juge le même Hu. Et le Global Times de titrer : « La révolte de Wagner qui affaiblit l’autorité de Poutine : un vœu pieux de l’Ouest. » Avoir réussi à mettre fin à la révolte du groupe paramilitaire très rapidement « consolide l’autorité de l’administration de Poutine », estime même, dans ce journal, Cui Heng, un universitaire spécialiste de la Russie.   Si tout danger semble dans l’immédiat écarté pour Vladimir Poutine, la Chine va sans doute en tirer des conséquences. Xi Jinping, qui a toujours dit que « le parti commande aux fusils », pourrait renforcer encore davantage son contrôle sur l’Armée populaire de libération (APL). Signe de la tension ambiante, Zhao DaShuai, un des principaux propagandistes de l’APL, éprouvait le besoin, ce week-end, de faire un point sur la réforme de l’armée entreprise par Xi. « Avant la réforme de 2016, l’APL avait les moyens de mener un coup d’Etat », écrit-il. Un aveu impensable avant « l’incident Wagner ». p </text>
	

	<text titre="Édito Erratique" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="wagner" langue="fr"> Nicolas Charbonneau   Nicolas Charbonneau   Directeur des rédactions   Le vrai-faux putsch raté de la milice Wagner n'aura duré qu'une poignée d'heures mais il dit beaucoup de l'état de déliquescence de l'armée russe et de la désorganisation sur le terrain avec une chaîne de commandement erratique. C'est aussi le énième épisode d'une longue série de revers, voire d'humiliations que les défilés de plus en plus maigres sur la place Rouge ne parviennent plus à camoufler. On se souvient de ces chars russes partis à l'assaut de Kiev avant de s'embourber, de ces matériels de conception soviétique hors du temps, du « Moskva », ce fleuron de la marine torpillé comme une vulgaire barcasse en mer Noire, de ces jeunes conscrits affamés qui attendaient un hypothétique ravitaillement au bord des routes ou des hauts gradés décimés les uns après les autres aux premières semaines de la guerre. Il y a quinze jours, Poutine lui-même reconnaissait des erreurs de préparation et un manque de moyens militaires. Ainsi, sur le front ukrainien, la Russie doit beaucoup aux milices privées, Wagner mais aussi toutes les autres.
L'ennui, c'est quand les hommes de main se retournent contre leur marionnettiste. Comment manoeuvrer des soldats sans foi ni loi pour lesquels le patriotisme n'est rien au regard de l'appât du gain. Les discours sur le retour de la grande Russie ont bon dos, seul le business intéresse Prigojine et ses sbires. On peut même supposer que l'affaire du contrat, qui obligeait les miliciens à renoncer à leur indépendance pour intégrer les rangs de l'armée régulière, a pour partie suscité le coup de force des Wagner ce week-end. C'était une manière de les mettre sous tutelle, et les priver d'une rente juteuse. On imagine assez mal comment ces troupes pourraient être désormais dissoutes dans une armée commandée par le Kremlin.   Sur le terrain tout est gangrené et, pendant la guerre, les affaires continuent. Nul ne sait quel sera l'avenir de Prigojine qui se rêvait moins tsar que seigneur des affaires, « boyard » mafieux à la tête d'un État dans l'État. Hier, il insultait publiquement le ministre de la Défense et le chef d'état-major. Aujourd'hui, il joue profil bas depuis son exil. Demain est un jour plutôt incertain. </text>
	

	<text titre="L'Europe s'inquiète de la nouvelle donne russe et renforce son soutien à Kiev" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24524" auteur="rovan, anne" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="russe, europe, européens, soutien, prigojine, kiev, patron" langue="fr"> WASHINGTON aurait bien prévenu les Européens peu avant le week-end d'une action imminente contre le Kremlin menée par le patron de la milice Wagner, Evgueni Prigojine. C'est du moins ce qu'affirmaient lundi plusieurs sources à Bruxelles. Les informations auraient notamment été transmises par le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, lors de la préparation de la réunion consacrée à la paix en Ukraine, qui a eu lieu samedi au Danemark.   Que les Européens aient été prévenus ou non, qu'ils aient eux-mêmes anticipé les événements russes au regard des déclarations de Prigojine ne changent rien à l'affaire. Ils sont très inquiets des conséquences du coup de force du patron du groupe de mercenaires russes sur la guerre en Ukraine, sur la sécurité en Europe mais aussi en Afrique où Wagner n'en finit pas de tisser sa toile.
Réunis lundi à Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont fait une première évaluation de la situation. « Ce n'est certainement pas une bonne chose qu'une puissance nucléaire comme la Russie puisse entrer dans une phase d'instabilité », a souligné le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, parlant d'une guerre en Ukraine qui est en train « de faire craquer le pouvoir militaire russe et affecte son système politique ». Faisant le constat d'un président russe lui-même dépassé par le coup de force de son ancien cuisinier, Josep Borrell a ajouté : « Le monstre Wagner créé par Poutine est en train de mordre son créateur. »Une rallonge de 3,5 milliards   Même s'ils ne veulent pas faire de conclusions hâtives - « Il est encore trop tôt pour tirer l'ensemble des conclusions de ces événements » , a souligné Catherine Colonna -, les Européens sont convaincus que le renforcement du soutien à l'Ukraine est la meilleure des réponses face à l'inconnue russe. Lundi, ils ont donné leur accord à une rallonge de 3,5 milliards d'euros sur la facilité européenne de paix (FEP), portant à près de 12 milliards ce fond qui permet aussi à l'UE de financer des missions de sécurité en Afrique et dans les Balkans. En revanche, Budapest bloque toujours la huitième tranche d'aide militaire à l'Ukraine. En cause, les sanctions de Kiev contre la banque hongroise OTP. À ce stade, quelque 4,6 milliards d'euros de soutien militaire à l'Ukraine ont été financés via la FEP. </text>
	

	<text titre="Chefi « Poutine va donner un coup de balai dans l'état-major »" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="donner, conserver, état-major, poutine, guerassimov, chef, choïgou, balai, coup, défense, ministre, pourra, pierre, balai_dans_l_état-major" langue="fr"> Propos recueillis par Henri Vernet   Poutine, selon Pierre Servent, ne pourra pas « conserver à leur poste le ministre de la Défense Choïgou et le chef d'état-major Guerassimov ».  Poutine va-t-il tout changer dans son organisation militaire ?Pierre Servent. Il est dans la position d'un parrain de la mafia contesté sur les trois fondements de ce qui fait un parrain. Il n'a plus le monopole de la violence, des voix s'élevaient déjà dans les cercles du pouvoir pour dire qu'il a perdu la main. Deuxièmement, Prigojine a démonté le prétexte invoqué pour l'invasion de l'Ukraine d'une agression de l'Otan contre la Russie, pour souligner que cette « opération » n'avait aucun sens si ce n'est le désir de Sergueï Choïgou, ministre de la Défense, d'obtenir ses étoiles de maréchal. Troisièmement, il est contesté par les milieux d'affaires car les sanctions les empêchent de s'enrichir.
Et ses lieutenants ont aussi failli sur le terrain militaire...Oui. La marche sur Moscou samedi des colonnes de Wagner a confirmé que la Russie est une passoire, pas tenue militairement. Confirmé, car les incursions de combattants russes pro-ukrainiens dans la région de Belgorod ont déjà permis de faire ce constat de défaillance. Avec la gestion catastrophique des effectifs de mobilisés, et les échecs militaires à répétition depuis seize mois, c'est accablant. Si le parrain ne bouge pas, son trône sera fissuré.  Bouger, par des purges ?Il ne pourra pas conserver à leurs postes le ministre de la Défense Choïgou et le chef d'état-major Guerassimov. On peut penser que les deux hommes, bêtes noires de Prigojine, figurent dans la négociation entre ce dernier et le président biélorusse Loukachenko, avec l'aval de Poutine.  Leurs jours sont comptés ?Poutine ne peut pas les dégager tout de suite. Cela donnerait l'impression qu'en défiant son pouvoir on peut lui faire manger son chapeau. Il les éliminera plutôt en douceur. Comme Choïgou rêve de ses étoiles - alors qu'il n'est pas militaire ! -, Poutine peut l'évacuer ainsi par le haut. Et le nommer comme vice-ministre ailleurs qu'à la Défense ou l'envoyer à la tête de Gazprom... Tout le haut commandement va être bouleversé : quand le parrain est contesté, une tactique consiste à faire monter des plus jeunes.  Comment cela ?Il va donner un grand coup de balai dans l'état-major. Nommer à leur place une pléiade de jeunes colonels au grade de général pour les installer aux postes clés. Pas ceux de ministre et de chef d'état-major mais au-dessous, pour faire monter une nouvelle génération, une jeune garde qui lui sera totalement fidèle. </text>
	

	<text titre="La nuit des longs couteaux" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24524" auteur="gélie, philippe" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="longs, longs_couteaux, nuit, coup, couteaux, nuit_des_longs_couteaux" langue="fr"> Remis de la stupeur et du tremblement qui l'ont saisi face au coup de force d'Evgueni Prigojine, le maître du Kremlin doit maintenant réagir. Dans l'univers impitoyable de Vladimir Poutine, il est impensable de laisser ceux qui vous ont défié prospérer comme si de rien n'était. Ce serait se mettre encore plus en danger qu'il ne l'est déjà.   Le chef de la milice Wagner, après avoir menacé directement le pouvoir du président, s'est volatilisé pendant deux jours, restant invisible (mais pas inaudible) en Russie comme en Biélorussie, destination désignée de son bannissement. La peur a changé de camp : ses colonnes de blindés relevaient de la simple « manif » , pas du coup d'État, dit-il. Son entreprise de mercenariat et de désinformation fonctionne « normalement ». Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie, assure qu'elle continuera à sous-traiter la politique étrangère russe en Afrique. À voir.
Les poursuites contre Prigojine et ses miliciens n'ont pas encore été annulées comme promis. L'heure des règlements de comptes approche. Ce ne sont pas des divergences idéologiques qui déchirent le système de pouvoir en Russie, mais de brutales guerres de clans. Le mercenaire a montré la fragilité de l'édifice politico-militaire qui entoure le pseudo-tsar. De quoi nourrir la tentation, chez lui ou chez d'autres, de recommencer s'ils ne sont pas mis au pas. Il faut donc s'attendre à une nuit des longs couteaux à Moscou, d'où que vienne le bras armé.   Le monde entier a constaté avec stupéfaction le dénuement de l'autocrate russe. De Washington à Pékin, on a tremblé devant l'hypothèse que l'arsenal nucléaire échoie à un voyou nationaliste encore pire que Poutine. Les régimes autoritaires ne cachent pas une pointe de déception devant cet allié finalement si faible. Cela aussi doit être corrigé.   À court terme, la nébuleuse des profiteurs en Russie aurait intérêt à se réconcilier sur le dos du peuple et des soldats laissés sans voix. Mais ce n'est pas le plus probable : la loyauté qui permet de tisser l'écheveau des alliances et des vassalités a pris un coup de poignard. Chacun à Moscou peut se voir comme la prochaine victime - poussée à agir en conséquence.   L'heure des règlements de comptes approche </text>
	

	<text titre="La créature" date="2023 06 27T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="l'Humanité" keywords="poutine, prigojine" langue="fr"> Par Maurice ulrich   Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour penser à la créature du docteur Frankenstein. C'est bien Vladimir Poutine qui a fabriqué Prigojine, qui l'a élevé dans tous les sens du terme et a fait de l'ancien fournisseur des cuisines des armées son propre bras armé, devenu le chef d'une milice de 25 000 soudards recrutés dans les prisons et formés aux méthodes les plus brutales. On se souvient de cette vidéo où un de ses mercenaires abat un homme avec une masse...   Celui qui fut nommé, non sans ironie, « le cuisinier du Kremlin » est devenu indispensable à un pouvoir ne connaissant que la force. Sur le front ukrainien, mais aussi en Afrique où la Russie entend étendre son champ d'influence en damant d'ailleurs le pion à la France et en multipliant les exactions de tous ordres, exécutions sommaires, pillages, viols, en toute impunité. Le week-end n'a rien changé à cela. Poutine a toujours besoin de Wagner. C'est la raison sans doute pour laquelle a été conclu une sorte de deal mafieux laissant libre Prigojine, quand des opposants, ne serait-ce qu'en paroles, filent tout droit en prison et y restent.
Les raisons de l'aventure à ce jour restent obscures. Les États-Unis qui étaient, semble-t-il, au courant depuis dix jours ont juré n'y être pour rien. Quoi qu'il en soit, quiconque trouverait un caractère positif à cette rébellion ferait grandement fausse route. Poutine en sort-il affaibli ou renforcé ? On peut spéculer à loisir, mais ce qui semble certain, c'est qu'il ne lâchera rien dans sa guerre, qu'elle lui est nécessaire pour se maintenir au pouvoir. Ce qui paraît tout aussi certain, c'est qu'une Russie en implosion irait au chaos, devenant une menace toujours plus importante pour la paix du monde. La situation appelle d'apaiser tous les facteurs de tension. Palestine, Turquie et Arménie, bien sûr Chine et États-Unis. L'Europe elle-même, qui voit les droites et les extrêmes droites prendre de plus en plus de poids, n'est pas un facteur de stabilité. Les instances internationales de l'ONU d'abord, du G7 ou du G20, doivent jouer un autre rôle que celui où l'on se tape dans le dos entre grands dirigeants au mépris du reste du monde. La raison le veut mais pour l'exiger, il n'y a que les peuples. </text>
	

	<text titre="Pour décider, il faut simplifier" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23988" auteur="jean-marc vittori" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Les Echos" keywords="discours, simplifier, compliqué, vladimir, juin, faut" langue="fr"> Trop compliqué ! Les événements russes du 24 juin sont déroutants. Rébellion d'Evguéni Prigojine, discours martial de Vladimir Poutine, montée éclair des troupes de Wagner vers Moscou, puis dénouement où Poutine et Prigojine semblent accepter l'inverse de ce qu'ils disaient quelques heures plus tôt…
Non, la complexité est trop grande pour dire quoi que ce soit d'utile. Ceux qui déployaient de brillantes analyses dans l'après-midi ont d'ailleurs été démentis dans les heures suivantes.   Et cela vaut bien au-delà de la Russie. Tout est trop compliqué, de la loi sur le partage de la valeur jusqu'aux périls de l'intelligence artificielle en passant par les effets de la réforme des retraites, le financement de la lutte contre les changements climatiques ou la mécanique de l'inflation.   Et s'il fallait dépasser cette complexité ? C'est ce à quoi nous invite Sophie Chassat, une philosophe qui s'est aventurée en entreprise, dans une note originale publiée par la Fondation pour l'innovation politique (1). Elle mérite d'être écoutée (indépendamment du fait que son auteure soit administratrice du groupe LVMH qui détient « Les Echos » - rien n'est simple).  Tête de Poutine ou horloge XVIIIe siècleIl n'est pas question de nier que le monde devient de plus en plus compliqué. Avec la mondialisation et Internet, les interactions se sont multipliées à l'infini ou presque, d'un bout à l'autre de la planète. Les effets de ces interactions sont difficiles à maîtriser - cela viendra peut-être avec l'informatique quantique.   En attendant, nous avons tendance à nous complaire dans la complexité. Une complaisance qui déborde sa seule dimension administrative souvent pointée dans ces colonnes par un autre philosophe, Gaspard Koenig.   A lire « Les Echos » de ces derniers jours, la complexité se niche partout. Tête de Vladimir Poutine ou horloge du XVIIIe siècle, dispositif allongeant la durée des prêts garantis par l'Etat et personnages des dessins animés produit par Netflix, cahier des charges du Comité international olympique comme composition des emballages à recycler, ou encore accords d'une chanson de Bob Dylan et institutions du Brésil.  Le syndrome de l'ethnologueLes autres journaux en parlent aussi à tout propos, du tri des bagages à Roissy jusqu'à l'indéniable « complexité d'entraîner le PSG ». Et les politiques en rajoutent. Sophie Chassat cite un discours d'Emmanuel Macron aux préfets, où la complexité est présente non seulement dans les rouages administratifs, mais aussi dans le système sanitaire, les transitions numérique et écologique, la politique de l'enfance, les dossiers des magistrats.   C'est le « syndrome de l'ethnologue », évoqué par le journaliste Jean-Claude Guillebaud dans son livre « Un voyage vers l'Asie ». Un ethnologue arrive dans un village loin de son pays et de ses repères. Il n'y comprend rien. Puis il découvre des règles - rôle de l'oncle, rites initiatiques, hiérarchies implicites. Au fil du temps, il en saisit de mieux en mieux les nuances.   Quand un voyageur arrive cinq ans plus tard, l'ethnologue a acquis une telle compréhension qu'il peine à l'exprimer simplement. En revanche, il soutient qu'il en va tout autrement dans le village d'à côté. Et quand il repart au bout de dix ans, il a l'impression de ne plus rien comprendre tant la complexité est grande.   Dûment théorisée par Edgar Morin, la complexité risque de devenir une grille unique de lecture. Sophie Chassat explique que la méthode devient alors idéologie - une démarche spéculative et non scientifique, qui ne repose plus sur des théories réfutables.  Du complexe au simpleLe problème, c'est que « le dogme de la complexité nous fait perdre en compréhension, en potentiel d'action et en responsabilité ».Il devient une excuse pour ne rien faire. « Plus on prend la mesure de la complexité d'une situation, plus on risque de choisir le statu quo. » Dans la transition écologique, dans d'autres domaines aussi.   La solution est simple, il faut la réhabiliter puis la mettre en oeuvre : c'est la simplification. « La science a accompli ses plus grandes avancées en décomposant des systèmes complexes en éléments simples », explique l'astrophysicien britannique John Gribbin. Dans un domaine différent, le métier de journaliste consiste aussi, pour une part, à simplifier le réel pour mieux le faire comprendre.  Un fromage qui nourrit experts et élitesPour décider et agir, il n'y a pas d'autre choix. Il faut décortiquer, analyser, « découper le réel, définir des catégories, nommer avec des termes génériques », explique Sophie Chassat. Voire trancher le noeud gordien de la complexité (qui vient du latin « complexus », « ce qui est tissé ensemble »).   Dire que la solution est simple, c'est bien sûr simplifier, au risque du simplisme. C'est en réalité un peu plus compliqué, pour deux raisons. D'abord, la complexité est un fromage. Elle nourrit experts et élites, au détriment de l'initiative individuelle. En France, les énarques ont un intérêt objectif à la complexification administrative car elle renforce leur avantage comparatif, qui est la maîtrise de cette complication.   La seconde raison qui complique la simplification est le risque de l'erreur. Celui qui prend une mauvaise décision parce qu'il a mal simplifié s'expose davantage à la critique que celui qui justifie un échec par la trop grande complexité du problème. La simplicité est un combat.  (1) « Complexité. Critique d'une idéologie contemporaine », par Sophie Chassat. Fondapol, juin 2023.Jean-Marc Vittori </text>
	

	<text titre="Sergueï Choïgou" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23988" auteur="sabine delanglade" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Les Echos" keywords="choïgou, russe, défense, ministre, sergueï" langue="fr"> Le ministre russe de la Défense n'impressionne pas par ses qualités de stratège mais confirme son étonnante capacité à se volatiliser. L'an dernier déjà, on l'avait pensé effacé de l'image, à la soviétique. Durant quinze jours, l'éternité pour cet as de la communication, on l'avait cru relégué aux oubliettes des courtisans ayant cessé de plaire. Puis, Sergueï Choïgou avait réapparu. Même « évaporation » ce week-end. Le règne poutinien affrontait sa crise la plus grave en vingt ans et son ministre de la Défense était aux abonnés absents.   Il a fallu attendre le lundi matin pour le voir réapparaître à la télévision en train d'inspecter les troupes. Le mal était fait. Evguéni Prigojine avait réussi à l'humilier en s'emparant à la vitesse de l'éclair du quartier général du commandement de l'armée russe à Rostov. Voilà des mois que le patron de Wagner traitait le ministre d'incapable, de « salopard fini », responsable de « la mort de dizaines de milliers de Russes ». Sa disparition ce week-end en fait aussi « un lâche ». Les troupes de Wagner n'ont pas endommagé que 10.000 mètres carrés de chaussée, elles ont aussi ravagé la réputation de Choïgou. Sa prochaine « absence » pourrait donc être définitive et une des plus longues carrières de la nomenklatura se finir en piqué.
A 68 ans, le diplômé de l'institut Polytechnique de Krasnoïarsk a déjà trente ans au gouvernement derrière lui. De Boris Eltsine il fut le ministre des Situations d'urgence. Elles le sont toutes. Cela ne l'a pas empêché de devenir le « spin doctor » de Poutine et son ministre de la Défense. Prigojine en voulait beaucoup à Choïgou de l'avoir privé de son très fructueux contrat de fourniture des restaurants de son ministère. La vengeance se mange froide. </text>
	

	<text titre="Poutine, artisan de ses propres malheurs" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24524" auteur="girard, renaud" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="peuple, rébellion, pays, propres, poutine, malheurs, légion, coup, artisan, vladimir, juin, propres_malheurs" langue="fr"> Lors de sa dramatique allocution télévisée du 24 juin 2023, Vladimir Poutine a qualifié la rébellion de la légion Wagner de « coup de poignard dans le dos de notre pays et de notre peuple ». S'adressant à sa nation, le président de la Fédération de Russie a expliqué que « c'est exactement le genre de coup qui a été porté à la Russie en 1917, pendant la participation du pays à la Première Guerre mondiale. Mais la victoire lui a été volée. Les intrigues, les querelles, les politiques menées dans le dos de l'armée et du peuple ont abouti au plus grand des chocs, à la destruction de l'armée, à l'effondrement de l'État et à la perte de vastes territoires. Et pour finir à la tragédie de la guerre civile. »
Historiquement, le président russe a fait allusion à la révolution léniniste d'octobre 1917, favorisée par l'Allemagne. Une mutinerie à Petrograd de soldats hostiles à la guerre fut instrumentalisée par les bolcheviques pour mettre Lénine et Trotski au pouvoir. Ils firent en mars 1918 une paix séparée avec les Allemands, qui amputa l'Empire russe de la Finlande, des pays Baltes, de la partie orientale de la Pologne et de l'Ukraine. L'Allemagne put ensuite retourner la totalité de ses forces contre les Français, lesquels trouvèrent l'énergie inouïe de résister, puis de contre-attaquer. Au grand défilé de la victoire du 14 juillet 1919, les Champs-Élysées étaient pavoisés de drapeaux français, britanniques et américains. Mais il n'y avait pas un seul drapeau russe. À cette époque, la Russie était dans le camp des perdants et, de surcroît, la proie d'une guerre civile entre tsaristes et bolcheviques.   Dans quelle tour d'ivoire réside Vladimir Poutine pour être autant déconnecté des réalités ? Vit-il dans un monde à part, qui n'a rien à voir avec le nôtre ? Comment le président de la Russie a-t-il pu, intellectuellement, faire une comparaison entre les événements réellement dramatiques, historiques, de la révolution de 1917 et l'épiphénomène de la rébellion criarde d'une petite légion de mercenaires qu'il a, au demeurant, contribué à créer ? Le docteur Frankenstein a-t-il vraiment eu peur de se faire renverser par sa créature Prigojine, qu'il forgea de toutes pièces dans les laboratoires du Kremlin, il y a une dizaine d'années ?   Ce discours solennel de Poutine du 24 juin rappelle, par son ton grave et son appréhension fantasmée des réalités, celui du 24 février 2022, où il lança une « opération militaire spéciale » , pour « libérer » ses « frères » ukrainiens du gouvernement « nazi » qui les opprimait.   Beaucoup d'observateurs croient que Poutine agit par pur cynisme. Je ne le pense pas. À mes yeux, il finit par croire à ce qu'il raconte, même si cela nous apparaît très éloigné de la réalité. Rien n'aveugle davantage que l'idéologie. Lorsqu'il décida, en 2003, d'envahir l'Irak, George W. Bush était dans le même état d'esprit. Il était sincère. Il croyait vraiment que la démocratie allait s'installer en Mésopotamie puis se diffuser par osmose à l'ensemble du monde arabo-musulman. En pensant honnêtement faire le bien, le président américain néoconservateur provoqua un immense chaos entre le Tigre et l'Euphrate, qui n'est toujours pas résolu.   Poutine pense également qu'il fait le bien. Mais va-t-il comprendre un jour qu'il est l'artisan de ses propres malheurs ? Lorsque, à l'automne 2021, Bill Burns, patron de la CIA, se rend physiquement à Moscou pour dissuader le Kremlin de commettre l'erreur d'envahir l'Ukraine, la Russie de Poutine est à son apogée. Elle vend son gaz aux Européens qui, en retour, investissent chez elle. Elle parle d'égal à égal avec l'Amérique de Joe Biden, qui accepte de donner sa bénédiction à l'ouverture de Nord Stream 2, le gazoduc reliant directement le territoire russe au territoire allemand. Elle est la puissance la plus respectée au Moyen-Orient, car elle n'y a pas trahi ses amis. En Asie, elle a les meilleures relations du monde, non seulement avec la Chine et l'Inde, mais aussi avec le Japon et la Corée du Sud.   Intérieurement, les Russes jouissent d'une certaine prospérité. Ils n'ont pas de liberté politique mais ils voyagent librement à l'étranger. Les touristes affluent en Russie. L'autorité de Poutine n'est contestée que par une minorité. Il dispose de projets enthousiasmants à vendre à sa population, comme le développement de la Sibérie. Et voilà qu'il entreprend soudain de détruire ce bonheur russe en lançant une guerre contre l'Ukraine voisine, sur la base d'un danger fantasmé. Fantasme que Prigojine lui-même a fini par pointer du doigt.   Il nous faut continuer à protéger l'Ukraine de la folie du Kremlin sans pour autant nous réjouir du malheur russe. Car notre intérêt à long terme est que la Russie ne sombre jamais ni dans le chaos, ni dans l'orbite chinoise, mais qu'elle rejoigne enfin la famille européenne, à laquelle la rattache sa culture depuis le XVIIIe siècle. </text>
	

	<text titre="@ FIGARO OUI FIGARO NON" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24524" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="oui" langue="fr"> Réponses à la question de lundi :Pensez-vous que Vladimir Poutine a gagné son bras de fer avec Evgueni Prigojine?   TOTAL DE VOTANTS : 263 781  Votez aujourd'hui sur lefigaro.fr
Drogue : êtes-vous favorable au paiement immédiat de l'amende aux policiers ?   OUI 40 %   NON 60 % </text>
	

	<text titre="[Les marchés ont perdu leur...]" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23988" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Les Echos" langue="fr"> Les marchés ont perdu leur boussolePar   Apprentissage : un vrai-faux succès Par   Pour décider, il faut simplifierPar   Putsch de Prigojine, qui sont les gagnants ?Par 
Guillaume Benoît   Pierre Cahuc   Jean-Marc Vittori   Cyrille Bret </text>
	

	<text titre="Poutine affaibli par la rébellion du Groupe Wagner" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="wagner, groupe" langue="fr"> - Le bref coup de force de la milice, samedi 24 juin, a fait vaciller le président russe, poussé à composer avec son chef, Evgueni Prigojine   - Cet homme d’affaires, protégé depuis vingt ans par Poutine, se trouverait désormais en Biélorussie, un pays dont la médiation a créé la surprise au moment où les mercenaires faisaient route vers Moscou
- Même si le Kremlin assure avoir renoncé aux poursuites contre les insurgés, les répercussions de l’épisode sont difficiles à mesurer   - En Ukraine, où la fronde du Groupe Wagner ne semble pas avoir eu, dans l’immédiat, de conséquences militaires, on se réjouit de l’instabilité en Russie </text>
	

	<text titre="Les experts au taquet" date="2023 06 27T00:00:00" journal="La Croix, no. 42653" auteur="alain rémond" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="La Croix" keywords="experts" langue="fr"> Et donc, pendant tout le week-end, ce fut, sur les plateaux de télévision, la ronde des généraux à la retraite, colonels de réserve, experts et spécialistes en stratégie militaire comme en géopolitique poutinienne venus nous expliquer le pourquoi du comment du sens profond de l'affaire Prigojine, Wagner et compagnie. En fait, le téléspectateur réalise vite que le but du jeu, pour chacun des intervenants, est de faire comprendre qu'il en sait beaucoup plus que celui qui est en train de parler, qu'il fait mine d'écouter religieusement, alors qu'en réalité il est en train de préparer dans sa tête ce qu'il va bien pouvoir dire juste après, qui fasse sérieux, informé et, surtout, original. « Ce qu'il faut bien comprendre », commence alors l'expert, l'air pénétré, compétent, bref, expert. Le téléspectateur, lui, est invité à compter les points, à décider lequel de ces experts a l'air le plus expert. Mais plus le débat avance, plus il se dit que, ma foi, il en sait autant sur cette histoire que tous ces experts qui rivalisent d'expertise et que, l'un dans l'autre, il ferait aussi bien l'affaire sur le plateau. Ce qui est aussi exaspérant que, disons-le, profondément déprimant. Au début, le téléspectateur se dit « tiens, c'est marrant, j'aurais pu dire exactement la même chose ». Puis il trouve ça de moins en moins marrant. Il se demande juste pourquoi il continue à regarder un débat dont il pourrait être l'un des invités. Et, paf, il éteint. </text>
	

	<text titre="Wagner, du Donbass au Mali" date="2023 06 27T00:00:00" journal="La Croix, no. 42653" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="La Croix" keywords="donbass, groupe" langue="fr"> En mai 2014, le groupe paramilitaire est fondé par l'homme d'affaires Evgueni Prigojine, un proche de Vladimir Poutine, et Dmitri Outkine, ancien agent du renseignement russe.   Le groupe fait ses premières armes en Ukraine, dans le Donbass et en Crimée, territoire annexé par la Russie.
 En Syrie, les mercenaires de Wagner agissent à partir de 2015 comme des « forces spéciales » sur le terrain aux côtés de l'armée du Kremlin.   En République centrafricaine, l'arrivée du groupe dans le pays remonte à 2018. Wagner participe à la formation de l'armée centrafricaine et installe des bases dans le pays, notamment dans des zones riches en diamants.   Au Mali, Wagner profite du vide laissé par le retrait des troupes françaises décidé en juin 2021. Ses mercenaires sont implantés dans le pays dès décembre. </text>
	

	<text titre="Sébastien Lecornu : « Il faut adapter nos capacités aux nouvelles menaces »" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24524" auteur="barotte, nicolas, quinault-maupoil, tristan" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="sénat, loi, sébastien, examen, militaire, adapter, capacités, programmation, faut, mardi" langue="fr"> Alors que l'examen de la loi de programmation militaire 2024-2030 commence mardi au Sénat, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a répondu au Figaro.   LE FIGARO.- Comment expliquez-vous la dégradation de la situation en Russie et la tentative de coup de force d'Evgueni Prigojine ?
Sébastien LECORNU. -La situation a été suivie à Paris au niveau du président de la République, heure par heure, en lien avec nos principaux partenaires. Cet événement a montré non seulement des divisions mais aussi une fragilité du pouvoir russe, de son organisation, notamment l'armée régulière et la milice paramilitaire Wagner. Tout cela doit nous rendre vigilant.  Quel impact cette rébellion peut-elle avoir sur la contre-offensive ukrainienne ?Il est trop tôt pour le dire. Mais cet événement ne doit en effet pas nous détourner de l'objectif prioritaire, à savoir que l'Ukraine doit pouvoir se défendre face à l'agression que mène la Russie et réussir sa contre-offensive.  La loi de programmation militaire 2024-2030 arrive en débat au Sénat mardi. Les sénateurs proposent d'augmenter les « marches » budgétaires, c'est-à-dire la progression annuelle, tout en respectant, disent-ils, l'enveloppe globale de 413 milliards d'euros. Qu'en dites-vous ?Le texte a été modifié en commission par les sénateurs, conformément au règlement du Sénat, sans la présence du gouvernement dans les débats. Je ne peux donc pas savoir les raisons qui ont conduit à cette modification. De manière plus globale, et de ce que je retiens des débats qui ont déjà eu lieu, certaines de nos oppositions critiquent notre ambition ou nos choix stratégiques, sans pour autant justifier concrètement ces critiques sur le terrain militaire, et encore moins en proposant un contre-modèle ou une véritable inflexion stratégique. Nombre d'interlocuteurs politiques peinent parfois à se plonger dans ce que sera la guerre de demain, ou à intégrer la réalité des dangers existants, et non ceux fantasmés. Comment ne pas voir les évolutions brutales en matière de cyber, de spatial, d'intelligence artificielle, de quantique... Quelles doivent être nos capacités expéditionnaires au regard des missions extérieures de demain ? Quelle articulation demain entre la dissuasion nucléaire et les forces dites conventionnelles ? Nous avons apporté des réponses à ces questions, mais il y a de toute évidence chez certains une obsession pour la guerre d'avant, celle d'hier, pour laquelle le seul critère d'efficacité serait le nombre de véhicules dans les hangars de chaque régiment...  Et l'enjeu budgétaire ?C'est le temps du Parlement, il est essentiel que les parlementaires s'emparent de ces sujets. Pour autant, la question budgétaire ne doit pas être l'arbre politique qui cache la forêt militaire. Le texte doit rester au service d'une ambition militaire documentée et crédible, c'est-à-dire le fait de financer des capacités d'agir concrètes, en cohérence avec les menaces, et la défense de nos intérêts. Ce n'est pas une courbe budgétaire qui protège notre nation, mais ce que nous en faisons. Donc pourquoi accélérer la trajectoire budgétaire ? Je vais essayer de le comprendre lors de l'examen. En revanche, contrairement à ce qui est dit, le Sénat alourdit bien en plus l'enveloppe budgétaire globale puisque, en l'état, les sénateurs proposent d'augmenter l'enveloppe de 413 à 420 milliards d'euros sur la période 2024-2030. Cette augmentation n'est pas sans conséquences pour nos finances publiques...  Êtes-vous satisfait de la façon dont les débats se déroulent sur cette LPM ?À l'Assemblée nationale, nous avons étudié 2 500 amendements, les débats ont duré quatre-vingt-dix heures. Les questions de défense sont loin d'être consensuelles sur des sujets aussi importants que l'appartenance à l'Otan, les coopérations européennes, le porte-avions ou la dissuasion nucléaire. Les débats ont été âpres mais de bonne tenue. J'en retiens quelques limites néanmoins : aucune question sur les contrats opérationnels donnés aux armées, c'est-à-dire le coeur des missions qu'elles se voient confier, aujourd'hui comme pour demain. Une partie de l'écosystème politique voudrait mettre à jour l'armée d'hier en regardant « dans le rétroviseur » les seuls objectifs capacitaires de 2017, comme si rien ne s'était passé depuis six ans.  La guerre en Ukraine ne justifie-t-elle pas ce « regard dans le rétroviseur » des parlementaires ?Il faut adapter les leçons de l'Ukraine à la France, et non pas vouloir copier l'Ukraine, ce qui serait un contresens total ! Par exemple, je suis frappé de voir que la coordination entre notre dissuasion nucléaire et nos forces conventionnelles est très peu comprise et intégrée dans nos débats au Parlement. C'est pourtant le coeur du modèle depuis les années 1960 : nous ne sommes ni l'Allemagne ni la Suisse ! C'est un non-sens que de se projeter dans un modèle de conflit qui - par nature - ne peut nous concerner. Dans la même idée, la LPM intègre la remontée en puissance pour des opérations extérieures qui correspondent à nos besoins réels, dans l'Otan comme hors Otan. C'est une approche complètement différente. Je pourrai citer aussi les efforts d'adaptation propres à nos outre-mers.  N'y a-t-il pas quand même besoin de masse pour peser militairement ?Oui mais pour quel objectif militaire ? Pour quel format ? Une brigade ? Nous en proposons deux. Former une division ? Ce sera le cas grâce à cette LPM. Un corps d'armée ? C'est l'objectif pour 2030 en emmenant plusieurs partenaires. Une armée d'emploi c'est un tout cohérent, pas une accumulation de matériels dans des hangars ! C'est aussi cela notre spécificité française. La cohérence doit l'emporter sur la masse, et le format doit correspondre à la réalité de la menace. C'est là notre responsabilité.   Une brigade ? Nous en proposons deux. Former une division ? Ce sera le cas grâce à cette LPM. Un corps d'armée ? C'est l'objectif pour 2030 en emmenant plusieurs partenaires   SÉBASTIEN LECORNU </text>
	

	<text titre="En Ukraine, « ça y est, le film est déjà fini, on a failli y croire »" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="florence aubenas, thomas d’istria et rémy ourdan" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="pouvoir, militaire, failli, wagner, kherson, ukrainien, film, n’a, failli_y_croire, russie, croire, kiev, mutinerie, est" langue="fr"> Kherson (Ukraine) et Kiev - envoyés spéciaux - Le pouvoir ukrainien n’a pu que se réjouir de la mutinerie militaire du Groupe Wagner et de la crise en Russie, même si elle n’a aucun impact militaire direct sur le conflit russo-ukrainien. Pour Kiev, tout signal politique d’un affaiblissement du président de la Russie, Vladimir Poutine, est bon à prendre.   Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a réagi en deux temps, pendant et après la mutinerie menée par Evgueni Prigojine, le chef du groupe Wagner. Alors que ce dernier menaçait Moscou, vendredi 23 juin, M. Zelensky a pointé « la faiblesse évidente de la Russie. Une faiblesse totale ». « Qui choisit le chemin du mal s’autodétruit, a déclaré le président. La Russie a utilisé la propagande pour masquer sa faiblesse et la stupidité de son gouvernement. Maintenant, le chaos est tel que plus personne ne peut mentir à son sujet. » Il a ironisé sur son homologue russe, qui « envoie des centaines de milliers de personnes à la guerre pour finalement se barricader afin de se protéger de ceux qu’il a lui-même armés ».
Lorsque la mutinerie s’est achevée le lendemain, samedi, M. Zelensky en a conclu : « Le monde a vu que les dirigeants russes n’ont aucun contrôle sur quoi que ce soit. Rien du tout. C’est un chaos total. »Appel à fournir plus d’armesD’un point de vue militaire, la rébellion de Wagner n’a été en soi ni une bonne ni une mauvaise nouvelle, Wagner ayant quitté les fronts ukrainiens depuis début juin, lors de son retrait de la ville de Bakhmout, et l’armée russe n’ayant a priori dégarni aucun front pour aller renforcer la protection de Moscou. Kiev s’est, en revanche, félicité de l’impact politique et diplomatique du coup d’éclat de Wagner. Non seulement l’éventuel affaiblissement du pouvoir de Vladimir Poutine aux yeux de la société et de l’armée russes est considéré par l’Ukraine comme un élément qui pourrait peut-être, un jour, contribuer à accélérer la fin du conflit, mais voir le pouvoir de Moscou vaciller, même quelques heures, ne peut, espère Kiev, que rendre prudents les alliés de la Russie.   Le ministre des affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a profité de l’aubaine pour appeler à fournir plus d’armes à l’Ukraine, en cette période de contre-offensive militaire qui n’en est encore, depuis son lancement le 4 juin, qu’à un stade préliminaire. « Ceux qui ont dit que la Russie était trop forte pour perdre : regardez maintenant. Il est temps d’abandonner la fausse neutralité et la peur de l’escalade. Donnez à l’Ukraine toutes les armes nécessaires. Oubliez l’amitié ou les affaires avec la Russie.. »Kiev croit depuis toujours que les tensions internes en Russie pourraient être un facteur menant à la fin de la guerre. Le général Kyrylo Boudanov, chef du renseignement militaire ukrainien, déclarait au Monde, en février, que « la Russie va être forcée de retirer ses troupes du territoire ukrainien sous la pression militaire[ukrainienne] , sous la pression de processus politiques internes à la Russie, et sous la pression de la diplomatie[internationale] . Elle sera forcée d’effectuer ce retrait bientôt, sinon cela mènera à l’effondrement du régime russe ». Pour Mykhaïlo Podoliak, conseiller de Volodymyr Zelensky, « le déclenchement de la contre-offensive ukrainienne déstabilise les élites russes et intensifie leurs divisions ». Oleksi Danilov, le chef du conseil national de défense et de sécurité, a même affirmé que « la guerre va s’achever comme elle a commencé : à l’intérieur de la Russie ».  Le pop-corn pour emblèmeLoin de ces considérations politiques, les Ukrainiens ont suivi avec plus ou moins d’attention les événements en Russie. « Ça y est, le film est fini : on a failli y croire », regrette une infirmière à Kherson. Cette ville du sud, proche de la ligne de front, s’est réveillée dimanche avec l’impression d’avoir rêvé. La veille, les habitants avaient eu du mal à se persuader que les images des troupes Wagner en Russie étaient bien réelles. « On nous disait : la guerre civile a commencé là-bas. Mais, chez nous, les bombardements russes ont continué comme d’habitude. Au bout d’un moment, j’ai arrêté de regarder les vidéos sur mon téléphone, il fallait que j’aille chercher l’aide humanitaire », raconte une employée. Comme ses proches, elle se méfie de tout ce qui vient de Moscou : « Ici, on connaît bien les Russes et leurs mensonges : ils jouent des rôles, même entre eux. A la fin, l’histoire se révèle toujours fausse. »Novovorontsovka, village en amont sur le Dniepr, a l’air d’un grand chantier, entre bruit de marteaux et allers-retours des camions. La reconstruction des maisons bombardées occupe et les esprits. Toute discussion sur une possible insurrection en Russie n’intéresse pas vraiment. On s’étonne même que le sujet soit abordé. Un responsable administratif le balaie d’une phrase. « Qu’ils se tuent entre eux. » Un sabotage possible de la centrale nucléaire par les troupes russes lui semble bien plus concret : « Ça, oui, je crois que c’est possible. »Sur les réseaux sociaux, une forme de défiance teintée d’ironie a dominé. L’une des images les plus partagées est une courte séquence tirée de Serviteur du peuple, la série télévisée mettant en scène Volodymyr Zelensky, alors comédien, dans le rôle d’un chef d’Etat hors système. Le président, visiblement très satisfait, s’installe dans un fauteuil avec une bière et un bol de pop-corn, comme s’il s’apprêtait à suivre un programme divertissant. En deux jours, le pop-corn est devenu l’emblème de la réaction ukrainienne face aux tensions en Russie.   Parmi les montages les plus appréciés, une photo de Vladimir Poutine au téléphone, sous-titrée : « J’ai besoin d’une évacuation, pas de munitions. » La phrase fait référence à la réponse de Volodymyr Zelensky au premier jour de l’invasion russe, lorsque le président américain, Joe Biden, lui a proposé une exfiltration : « J’ai besoin de munitions, pas d’un taxi. » </text>
	

	<text titre="Le sort de  Prigojine en suspens" date="2023 06 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24524" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="wagner" langue="fr"> - En Afrique, l'avenir de la milice Wagner en suspens - Pékin affiche un soutien prudent à Moscou - L'Europe s'inquiète de la nouvelle donne russe et renforce son soutien à Kiev - Sur la rive gauche du Dniepr, les forces ukrainiennes testent les défenses adverses pageS 4, 5 ET L'ÉDITORIAL   Invisible depuis sa marche vers Moscou, le chef de Wagner a diffusé un message audio où il affirme ne pas avoir voulu « renverser le pouvoir » mais « empêcher la destruction » de son armée privée. </text>
	

	<text titre="La géopolitique masque les autres risques pour les marchés" date="2023 06 27T05:00:00" journal="L'AGEFI Quotidien - Édition de 7h" auteur="xavier diaz" annee="2023" mois="6" jour="27" journal_clean="L'AGEFI Quotidien" keywords="risques, sillage, géopolitique, financiers, marchés" langue="fr"> Lundi, la mutinerie avortée de la milice Wagner d'Evguéni Prigojine ne semblait qu'un lointain souvenir pour les marchés financiers. Après un début de séance dans le rouge, dans le sillage notamment d'un indice Ifo du climat des affaires en Allemagne décevant, les places boursières ont repris l'ascendant, l'indice Euro Stoxx 50 terminant en hausse de 0,2%. Wall Street restait hésitante tandis que le dollar, qui bénéficie généralement des mouvements d'aversion pour le risque, s'affaiblissait face à l'euro à 1,09 dollar et face à un panier de devises (indice DXY -0,2%).
Les emprunts d'Etat américains, et dans une moindre mesure de la zone euro, semblaient profiter de cet accroissement du risque géopolitique, le rendement à 10 ans des Treasuries diminuant de 9 points de base (pb), à 3,72%. Un risque qui reste difficile à valoriser du fait de la forte incertitude. «Cela s'est peut-être atténué, mais tout cet épisode augmente probablement un peu les risques extrêmes positifs et négatifs, notait lundi avant l'ouverture des marchés Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank. Cela pourrait augmenter le risque d'escalade par Vladimir Poutine pour rétablir un semblant d'autorité, ou le rendre vulnérable, ce qui pourrait être considéré comme positif ou négatif pour l'Europe, l'Ukraine et les marchés plus largement. C'est juste impossible à dire à ce stade.» Ce risque s'ajoute aux nombreux autres qui pourraient peser à court et moyen terme sur les marchés financiers. D'autant que ces derniers ont réalisé un bon premier semestre, sur les actions, comme sur les obligations. En voici cinq qui pourraient faire dérailler les marchés au second semestre.  Des stress tests de banque exigeantsCe mercredi, les résultats des derniers stress tests sur les banques américaines seront surveillés de près, après la crise des banques régionales aux Etats-Unis. Ceux des banques européennes, publiés fin juillet, pourraient avoir un impact plus significatif. « Nous voyons les résultats de ces stress tests, dont l'un des scénarios est très sévère, comme l'un des principaux risques cet été sur les marchés», affirme Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN Amro IS. La Banque centrale européenne (BCE) et le régulateur bancaire européen (EBA) commencent à alerter, en privé, sur le risque de mauvais résultats pouvant entraîner une nécessité d'ajustement. Les paramètres du scénario le plus sévère envisagent une récession marquée, une poursuite de la hausse des taux, une inflation persistante et une chute des marchés actions et de l'immobilier.   En 2017, lorsque la BCE avait mené des tests avec l'hypothèse d'une hausse des taux, entre 10 et 15% des banques ne l'avaient pas passé avec succès. « Même si les hypothèses choisies peuvent paraître extrêmes, le marché peut mal interpréter le résultat», poursuit Christophe Boucher. Le régulateur pourrait réclamer un renforcement des fonds propres pour supporter le choc, via notamment une diminution des dividendes et des rachats d'action. Une mauvaise nouvelle pour le secteur bancaire.  Une volatilité actions bien trop faible«La faible volatilité sur les actions est le plus gros risque actuellement dans le marché», relèvent Steve Smith et Oliver Collin, gérants actions européennes chez Invesco. L'indice Vix de volatilité implicite de l'indice S&amp;P 500 a atteint la semaine passée un plus bas depuis janvier 2020, sous 13 points. Sur le marché européen, la volatilité a également atteint, mi-juin, un point bas pre-Covid. Le Vix progressait lundi à 14 dans le sillage des événements survenus en Russie ce week-end, mais restait au plus bas depuis début 2020. Une volatilité basse peut être le signe d'une certaine complaisance du marché, d'autant que ce n'est guère compatible ni avec le risque de ralentissement, encore moins de récession, ni avec le risque sur l'inflation et sur la trajectoire des taux des banques centrales, ni avec le risque géopolitique. Avec, en cas de rebond de la volatilité, les fonds systématiques, qui ont été le principal moteur de la hausse du marché ces derniers mois, pourraient devenir vendeurs, conduisant à la liquidation des actions les plus performantes. Les flux ont été concentrés sur les valeurs les plus liquides, qui sont aussi celles qui ont le mieux performé cette année.  L'évaporation de la liquidité«La liquidité pourrait être le prochain thème central pour les marchés», affirme Raphaël Thuin, directeur des stratégies marchés de capitaux chez Tikehau Capital. La hausse de la liquidité globale, avec la poursuite des achats d'obligations par la Banque du Japon et surtout les injections de la Fed pour sauver les banques régionales américaines, qui a soutenu les marchés au premier semestre, ne doit pas faire oublier la tendance à la baisse des bilans des banques centrales. La Fed ne réinvestit plus 130 milliards de dollars par mois de Treasuries et de MBS (mortgage backed securities) de son bilan, tandis que la BCE a cessé de réinvestir plus de 240 milliards d'euros de son programme APP par an et les banques ont remboursé près de 2.000 milliards des TLTRO. Une réduction de liquidité d'une telle ampleur est inédite et le marché va désormais devoir l'absorber. Cette diminution intervient en outre à un moment où le Trésor américain augmente fortement ses émissions, ce qui pourrait mettre davantage la pression sur les cours. La hausse des taux a déjà eu des conséquences majeures sur le marché des Gilts britanniques à l'automne 2022 avec la crise des fonds de pension, la crise des banques régionales aux Etats-Unis et désormais du stress sur certains marchés immobiliers.  Le craquement de l'immobilierLe secteur immobilier a été l'un des plus durement touchés depuis un an par la hausse la plus rapide des taux en quarante ans. L'immobilier commercial (CRE) soulève l'inquiétude aux Etats-Unis alors que les banques régionales sont l'un des principaux canaux de financement de ce marché. En Europe, les risques sont également concentrés sur l'immobilier commercial et de bureaux même si dans certains marchés comme en Suède (taux variable) ou en Grande-Bretagne (taux fixe, mais à court terme) les prix de l'immobilier résidentiel ont dégringolé. La crainte pour une grande majorité d'émetteurs du secteur, principalement situés en Europe du Nord ou en Allemagne, est le risque de liquidité. Le marché obligataire est inaccessible pour la grande majorité. Même les mieux perçus par le marché restent prudents. Il y a une semaine, le géant des centres commerciaux Unibail Rodamco Westfield a proposé l'échange d'une obligation hybride, une première sur ce marché, plutôt que de tenter une opération de rachat suivie de l'émission de nouvelles obligations, comme cela se fait habituellement, car plus risquée. Mais le risque est plutôt dans les émetteurs nordiques comme SBB qui ont accumulé les dettes ces dernières années, profitant des taux bas pour grossir. Désormais, pour rembourser leurs dettes, elles doivent céder des actifs, comme l'envisage le groupe suédois qui est entré en discussions exclusives avec Brookfield AM. Sans ces cessions ou l'accès à des capitaux frais, des émetteurs n'ayant pas les liquidités suffisantes pourraient être forcés de vendre à des prix décotés, avec le risque d'entraîner l'ensemble du marché.  La bulle des «sept mercenaires»Sept valeurs du S&amp;P 500 (Apple, Microsoft, Google, Nvidia, Amazon, Meta et Tesla) ont réalisé à elles seules la quasi-totalité du rallye de l'indice cette année. Elles affichent une progression moyenne de plus de 60% depuis janvier. Sans l'envolée de ces quelques titres tech, le S&amp;P 500 ne serait que très légèrement en hausse depuis le début de l'année. Un rebond tiré par l'engouement autour de l'intelligence artificielle et qui interroge sur sa pérennité, d'autant que les taux pourraient rester à des niveaux élevés justifiant difficilement ces niveaux de valorisation. Les stratégistes de Bank of America notent que ces sept valeurs capitalisent 30 fois les bénéfices anticipés à 12 mois contre 17 fois pour le reste du marché. Cette performance est justifiée par l'IA «mais la concentration est trop importante. Beaucoup de choses sont déjà intégrées dans les cours», confiait récemment Philippe Uzan, responsable de la gestion chez IM Global Partner. Brian Krawez, responsable du comité d'investissement de Scharf Investments, une société de gestion américaine spécialisée dans la value, rappellait qu'avant l'éclatement de la bulle internet en 2000, la performance du marché américain était également très concentrée autour de quelques valeurs comme Cisco, Yahoo!....   A ces risques s'ajoute celui d'une inflation persistante et de banques centrales qui pourraient devoir monter leurs taux davantage que ne l'ont jusqu'ici anticipé les investisseurs. Le risque de récession n'est pas évacué non plus, ni celui d'un fort ralentissement avec de l'inflation comme dans les années 1970 et 1980.   A lire aussi: Le rendement des actifs américains converge vers 5% </text>
	

	<text titre="« Les Russes défendraient-ils Poutine contre un coup d'État ? »" date="2023 06 28T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="l'Humanité" keywords="dirigeant, evgueni, parole, poutine, moscou, wagner, militaires, coup, prigojine, marche, tués, russes, vladimir, pris" langue="fr"> Rébellion Après la marche sur Moscou du dirigeant de Wagner, Evgueni Prigojine, Vladimir Poutine a de nouveau pris la parole, ce mardi, pour honorer la mémoire des militaires tués. Pour la chercheuse Isabelle Facon, cette crise révèle la fragilité actuelle de la verticale du pouvoir. Depuis la tentative de mutinerie du dirigeant de la compagnie paramilitaire Wagner, le 24 juin, Vladimir Poutine a repris la parole, ce mardi. Il a annoncé que les « préparatifs » pour le transfert des équipements militaires « lourds » vers l'armée se mettaient en place. Evgueni Prigojine aurait décollé de Rostov-sur-le-Don en direction de la Biélorussie voisine, alors que les autorités ont pris la décision d'abandonner leurs poursuites contre Wagner. Lors d'un hommage à des pilotes de l'armée tués par les mutins, Vladimir Poutine a remercié les militaires qui ont empêché une « guerre civile ». Spécialiste de la Russie, Isabelle Facon revient sur les premières leçons de cette crise. 
Que retenez-vous de la crise ouverte par d'Evgueni Prigojine ? L'apparente passivité. Celle des élites, celle des forces de l'ordre, celle de la population russe, tout le monde semblant attendre de voir dans quel sens le vent allait tourner. Cette apathie des élites et de la population, bien encouragée par les multiples interdictions et répressions accentuées depuis le début de la guerre, profite-t-elle tant que cela au pouvoir et à Vladimir Poutine ? Il n'y a qu'à Rostov-sur-le-Don qu'il y a eu un peu d'animation, certains habitants invectivant les Wagner, d'autres les accueillant avec sympathie. Un sondage paru juste après la rébellion suggère une baisse de popularité pour Evgueni Prigojine. Le dirigeant du groupe paramilitaire Wagner apparaît comme le principal perdant. Il ne dispose plus du contrôle de ses troupes et se trouve en disgrâce en Biélorussie. Alors qu'il a justifié, lundi, son intervention par le souci de défendre sa société, aujourd'hui ses intérêts économiques et financiers sont clairement remis en cause.   Mais ces événements montrent que l'on peut contester le pouvoir. Si Prigojine se défend d'avoir voulu attaquer Vladimir Poutine, ses propos et ses actes vont dans le sens contraire. Il remet directement en cause le récit officiel sur les causes de l'« opération militaire spéciale », il a tenu des propos critiques sur le chef de l'État. Son aventure a mis à mal l'image d'homme fort du président russe. La rébellion d'Evgueni Prigojine, sa marche sur Moscou, sa prise du centre principal de commandement militaire pour les opérations en Ukraine vont certainement faire émerger des questions et des doutes au sein de l'élite et, peut-être, de la population. Bien évidemment, celle-ci soutient encore Vladimir Poutine. Elle fait bloc derrière lui, qui l'a convaincue que l'Occident entend affaiblir, voire démembrer la Russie, et que la guerre en Ukraine en est une conséquence. Mais les réactions de samedi, alors que le pouvoir n'a pas cherché à dédramatiser la situation, montrent qu'il n'est pas si évident que les Russes descendent dans la rue, comme en 1991, pour défendre le pouvoir, en cas de coup d'État.  Peut-on tirer de premières leçons de cette rébellion ?Le conflit en Ukraine a un effet corrosif sur le tissu politique, économique, social, même si c'est un poison lent. L'économie ne s'est pas effondrée malgré les sanctions, le pouvoir mise jusqu'ici sur l'effort de guerre pour tirer la croissance dans l'industrie et sur des mesures de soutien à la population, notamment les plus précaires. Mais sur le temps long, les effets vont s'en faire sentir plus durement, il y aura la perception que la Russie est moins une terre d'opportunités. Les élites politiques et économiques ne le disent pas mais constatent l'amoindrissement de leurs intérêts. À terme, elles pourraient être plus nombreuses à se demander si Poutine est toujours bien le meilleur garant de leurs intérêts. L'adhésion est moindre. On peut supposer que c'est aussi le cas dans l'armée. Le régime ne va pas s'écrouler en quelques jours, mais la rébellion de Prigojine l'a clairement fragilisé, a montré les fissures. Des proches du pouvoir, des éditorialistes critiquent ouvertement la faiblesse de Vladimir Poutine, qui a laissé la vie sauve à Evgueni Prigojine et a abandonné les poursuites, alors qu'une dizaine de soldats ont été tués. D'ailleurs, on retrouve cette critique de la faiblesse de Poutine concernant la façon dont sont conduites les opérations en Ukraine, que certains voudraient plus musclées. Cette crise suggère que les potentielles alternatives à l'actuel dirigeant russe défendraient une ligne encore plus dure.  Comment ressortent de cette crise l'armée et les services de sécurité ?Plusieurs questions subsistent au sortir de ces troubles. Comment se fait-il que les forces de Wagner (près de 2 000 soldats - NDLR) aient pu prendre le contrôle de l'état-major d'un district militaire ? Comment ont-elles pu avancer vers Moscou avec autant de facilité ? Pourquoi les services de sécurité n'ont-ils rien vu venir ? Incompétence ? Complicités actives ou passives ? Prigojine a-t-il été indirectement une sorte de messager d'un certain nombre de critiques sur le déroulement de la guerre en Ukraine ? Car, il semble qu'au sein de l'armée russe, certains en veuillent au pouvoir quant à la façon dont l'opération a été conçue, la mauvaise information des troupes déployées en Ukraine, la désorganisation et le manque de moyens. La question de l'état d'esprit des forces de sécurité et des forces armées n'est pas anodine - lors du coup d'État manqué de 1991, elles étaient bien représentées parmi les putschistes. N'y a-t-il pas, là aussi, un élément de fragilité assez important ? Une des raisons qui pousse Vladimir Poutine à maintenir à leur poste Sergueï Choïgou, ministre de la Défense, et Valeri Guerassimov, chef d'état-major général des forces armées, malgré les revers militaires, réside dans leur loyauté. Mais leur popularité n'est pas nécessairement très grande aux échelons intermédiaires de l'armée, il est probable que la critique formulée à leur encontre par Prigojine (et par la mouvance nationaliste la plus dure) soit partagée au sein des forces...  Quels sont les gagnants de cette journée du 24 juin ?Sur le court terme, la non-éviction de Sergueï Choïgou et de Valeri Guerassimov apparaît comme une semi-victoire pour eux. Mais les remplacer reviendrait à donner raison à Prigojine. Et leur perte de crédibilité est aujourd'hui visible aux yeux de tous. Prigojine a libéré une parole contre l'incompétence du ministre de la Défense et du chef d'état-major. Il faudra surveiller les remaniements gouvernementaux, administratifs, au sein de l'armée, des services de renseignements et de sécurité. Par exemple, les noms du gouverneur de Tula, Alexeï Dioumine, et du général Sergueï Sourovikine reviennent souvent. Mais ils sont aussi attaqués sur leur possible double jeu, les deux étant réputés proches de Prigojine. Difficile de déceler un vrai gagnant à ce stade.   Entretien réalisé par Vadim Kamenka </text>
	

	<text titre="«Prigojine a perdu, mais le Kremlin a perdu davantage encore»" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Libération" auteur="recueilli par sonia delesalle-stolper" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Libération" keywords="civile, kremlin, prigojine, perdu, russie, guerre, davantage, mondiale" langue="fr"> Pour l'historien britannique Antony Beevor, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et auteur de nombreux ouvrages de référence dont Russie. Révolution et guerre civile 1917-1921 (Calmann-Lévy, 2022), la tentative de coup de force d'Evgueni Prigojine représente un tournant pour la Russie et Vladimir Poutine. Les deux anciens alliés sortent perdants de l'épisode, mais le Président bien plus que Prigojine. Le chef du Kremlin a perdu «prestige, pouvoir et influence», estime l'historien, qui n'hésite pas à parler de «début de la fin» pour Vladimir Poutine.
Est-ce que vous pensez qu'Evgueni Prigojine est fini ? Oui, je pense que c'est sûr. Mais ce qui m'a énormément frappé, c'est ce qu'avait analysé, il y a seulement dix jours, le média russe indépendant Meduza, basé en Lettonie. On sait que Poutine est paranoïaque, qu'il joue sur le système de «diviser pour mieux gouverner», qu'il n'a confiance en personne, ni dans le FSB, ni en l'armée, ni dans les forces de sécurité. Mais pour Meduza, le choix de Poutine de laisser Prigojine devenir aussi puissant, y compris en dépit de ses sorties furibondes, était calculé, parce qu'il avait besoin de se constituer une vraie garde prétorienne pour le protéger. Mais, dix jours après cet article, on se trouve dans une situation totalement différente. Donc Prigojine a perdu ? Ce qu'on peut dire, c'est que Prigojine a perdu, mais que Poutine a perdu encore davantage parce que maintenant, c'est vraiment le début de la fin de son pouvoir en Russie. Ça c'est sûr. Attention, on ne parle pas d'une tentative de coup d'Etat, mais bien d'une mutinerie, et on sait qu'historiquement les mutineries ne marchent pratiquement jamais. C'est très rare qu'une mutinerie arrive à abattre un régime. En même temps, ce que nous savons aussi très bien, c'est qu'une révolution ne dépend pas vraiment des révolutionnaires, mais surtout de la faiblesse ou du manque de confiance des dictateurs et des élites.   Dans sa courte adresse à la nation samedi,   Vladimir Poutine a évoqué 1917 et la guerre civile Ce moment est important. Poutine a toujours eu une grande conscience de l'importance de la place de la guerre civile russe (1917-1921) dans la mémoire collective, qui est très puissante. A la mort de Staline, en 1953, on a vu des foules entières pleurer, y compris des victimes du régime stalinien, mais ces larmes étaient dues à la peur d'un retour à une guerre civile. Parce que cette période a été d'une horreur épouvantable. La destruction, le sadisme, tout cela a traumatisé le pays.   En évoquant 1917, Poutine a été assez habile, il s'est placé des deux côtés, celui des dirigeants et celui du peuple. Mais il penche idéologiquement vers les Russes blancs, les opposants à la révolution. Il reprend l'idéologie véhiculée par ces Russes blancs exilés, d'une Sainte Russie orthodoxe, d'un empire russe, slave, qui s'étend de Vladivostok à Lisbonne, et l'idéologue dont il est proche, Alexandre Douguine, véhicule les mêmes idées. De notre point de vue, c'est une idée grotesque, mais qui a une place importante en Russie, pas pour la majorité je pense, mais certainement pour Poutine et son entourage. Il se range du côté des Russes blancs, les perdants de la révolution de 1917 ? C'est sûr, mais quelquefois, dans une guerre civile, ce sont les perdants dont les idées persistent le plus longtemps sur le long terme. On a vu ça avec la guerre d'Espagne et aussi la guerre civile russe. Mais le fait même d'avoir parlé de guerre civile est un signe de faiblesse. Que Poutine ait appuyé sur ce bouton est, dans les circonstances actuelles, assez significatif. Même s'il exagère, la guerre civile est quelque chose qui traumatise Poutine luimême.   Et vous pensez que Poutine est traumatisé par le coup de force de Prigojine ? Poutine sait très bien que c'est l'apathie qui permet aux révolutions de gagner. Dans les moments clés, les gens préfèrent attendre, voir comment la situation évolue, ils préfèrent se retenir de prendre position tant qu'ils ne sont pas sûrs de voir de quel côté va pencher la balance. Ce moment est clé. Or, le simple fait qu'il n'y ait pas eu de réelle résistance face à l'avancée de Wagner, ni à   Rostov, ni à Voronej, ni à Lipetsk, est frappant. Prigojine a sans doute lui-même été étonné par son avancée éclair sans résistance, par son succès temporaire, et a sans doute compris que tout cela pourrait échapper à son contrôle. Peut-être a-t-il paniqué quand il a vu qu'il approchait de Moscou, même s'il est impossible de se mettre dans sa tête à ce moment précis. Je pense qu'il ressentait alors un stress immense en se rendant compte qu'il était allé aussi loin, et qu'il lui fallait trouver rapidement une forme de solution à cette crise.   Et Vladimir Poutine ? Lui aussi a été surpris par la non-résistance face à l'avancée de Wagner. De toute cette séquence folle, le plus révélateur a été sa très courte adresse à la nation, alors que les troupes de Wagner avançaient vers Moscou. Comme je l'ai dit plus haut, Prigojine et Poutine ont perdu tous les deux, mais c'est bien plus désastreux pour le régime russe qui a perdu prestige, pouvoir et influence à cet instant précis. Bien entendu, cela ne veut pas dire que Poutine va disparaître soudainement dans les prochains jours, mais je pense que cela signifie que c'est le début de la fin pour lui. Parce que les gens comprennent parfaitement qu'il n'est pas assez fort. Et on sait très bien que, pour la Russie, pour un pays aussi vaste, la justification de l'autocratie, de la dictature - qu'elle soit sous les tsaristes, sous les communistes soviétiques ou, de nos jours, sous des gangsters ou criminels - dépend de la détermination du dirigeant Suite page 4   Suite de la page 3 à imposer sa force. Les gens l'ont parfaitement perçu, les discours de Poutine sont un révélateur de l'ébranlement de sa détermination, de sa confiance. Voyez-vous vraiment un parallèle avec 1917 ou plutôt 1905, première tentative échouée de révolution ? Je ne dresserais pas de parallèle. Mais lorsque la confiance des élites dirigeantes est ébranlée, les choses commencent à changer. C'est une règle générale qui est avérée. En 1905, on a assisté à un premier soubresaut révolutionnaire et il est rapidement devenu clair que le risque d'une réelle révolution, plus tard, était présent. Mais il était impossible, déjà à l'époque, de prédire quand elle se produirait, si elle interviendrait alors que la Première Guerre mondiale n'était même pas achevée, ou après. L'histoire n'est pas un mécanisme de prévisions, mais, en même temps, on doit tirer les leçons du passé et il existe suffisamment de signes du passé pour suggérer aujourd'hui que la confiance de l'élite dirigeante du Kremlin a certainement été ébranlée. Il y a un élément très différent de la période soviétique, c'est qu'il n'y a aucune méthode ou aucune chaîne claire de commandement pourrait désigner un successeur à Poutine, si on décidait qu'une nouvelle tête était nécessaire au sommet. Cela risque d'être un vrai problème. A l'époque soviétique, il y avait une forme de clarté pour les remplacements des dirigeants. Il y avait un comité central, un Politburo qui, le jour venu, prenait une décision et envoyait le dirigeant affaibli «soigner ses problèmes de santé dans un sanatorium» et c'était réglé. Et le dirigeant suivant était choisi parmi les membres du Politburo. Mais Vladimir Poutine a personnalisé et concentré le pouvoir entre ses mains, il existe le Conseil national et le reste, mais ce n'est pas tout à fait la même chose. Ce qui rend la situation beaucoup plus volatile et beaucoup moins prévisible. Et donc potentiellement très dangereuse. Vous pensez, comme l'a évoqué Poutine, qu'il existe un réel risque de guerre civile ? Rien que le fait d'évoquer le risque d'une guerre civile dans son discours revient à admettre que ce risque existe. Et c'est en soi un incroyable aveu de faiblesse. Et en même temps, il l'utilise comme une menace sur la population russe, en exploitant cette mémoire collective, cette horreur de ce qu'il s'est produit entre 1917 et 1921. Il tente d'unifier le pays dans la peur. C'est un jeu dangereux auquel il joue.   L'envoi de Prigojine à Minsk, l'utilisation de Loukachenko pour présenter un accord, la possible intervention de la Chine dans cet accord, tout cela renforce cette impression du pire. Le pouvoir n'est plus concentré uniquement au Kremlin. Le pouvoir de la Russie a tellement diminué qu'elle est désormais obligée de regarder derrière son épaule vers Pékin. C'est, d'ailleurs, pour cela qu'en dépit des récentes discussions sur le sujet l'usage de la force nucléaire par Poutine est fortement improbable. Le président Xi Jinping est horrifié par l'idée de l'usage de n'importe quel engin nucléaire, parce que, de son point de vue, cela perturberait l'ordre des choses en Extrême- Orient et autour de Taiwan. Après, on ne peut jamais écarter le risque qu'un Poutine aux abois et désespéré fasse quelque chose de stupide. C'est une option, mais je n'y crois pas. La pression de la Chine et le besoin qu'en a la Russie, devenue désormais le partenaire junior de l'alliance des autocraties dans le monde, empêcheront une action inconsidérée de Moscou.   Et tout ça est le résultat de l'invasion de l'Ukraine il y a seize mois ? Absolument. Vladimir Poutine s'est tiré une balle dans le pied, mais aussi dans celui de son propre pays en le plaçant dans cette position très dangereuse. Alors qu'en fait, avant l'invasion de l'Ukraine, la Russie prenait de plus en plus de poids économiquement et ce pouvoir aurait pu être utilisé comme un puissant instrument de soft power. Mais un mélange de pure arrogance et de complète incompréhension de ce qui l'attendait sur le terrain lui a fait perdre tout sens de jugement. Cette décision d'envahir l'Ukraine a eu des contre-effets catastrophiques. Quand les choses commencent à bouger, comme on l'a vu avec la chute de l'Union soviétique, les changements peuvent être très rapides. C'est difficile à dire, mais le glacier a commencé à bouger. Maintenant, combien de temps il prendra à se désintégrer, cela reste à voir. Cela peut prendre des jours, des mois ou des années. Mais, instinctivement, j'aurais tendance à penser que cela ne prendra pas des années. </text>
	

	<text titre="Poutine-Prigojine : les incertitudes de l’après-rébellion" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="faustine vincent (à paris) et benoît vitkine" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Le Monde" keywords="président, poutine, moscou, incertitudes, vladimir" langue="fr"> Moscou - correspondant, - De leurs vingt-trois années de cohabitation avec Vladimir Poutine, les Russes pensaient avoir compris une chose : que la trahison était, aux yeux de leur président, le crime suprême. « Trahison » – le mot suffisait à balayer d’un revers de la main les cas Sergueï Skripal ou Alexeï Navalny, victimes d’assassinat ou de tentative d’assassinat pour leur collaboration réelle ou fantasmée avec les ennemis de la Russie.   Lundi 26 juin, ils en ont appris une autre : que la trahison, quand elle est commise par de vrais « patriotes », n’est rien d’autre qu’une « erreur ». Un égarement passager et pardonnable, en quelque sorte, quand bien même « ces actions criminelles ont conduit le pays sur la voie de l’affaiblissement et de la division ».
L’intervention de M. Poutine, la première depuis la fin de la rébellion avortée du Groupe Wagner, avait été annoncée durant la soirée de lundi par le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, qui promettait des « annonces majeures ». En réalité, le président n’a fait que confirmer ce que tout le monde avait compris dès samedi soir, lorsque les colonnes de Wagner avaient fait demi-tour à 200 kilomètres de Moscou : l’épisode était clos, l’heure, à l’apaisement.   Vladimir Poutine a ainsi préféré saluer la « cohésion » et la « consolidation » de la société. Il a été jusqu’à « remercier les soldats et commandants du Groupe Wagner qui ont pris la seule décision possible et n’ont pas permis un bain de sang fratricide ». A ceux qui prendraient ces déclarations pour de la faiblesse, le président précise : « La rébellion armée aurait de toute façon été écrasée. »Cette synthèse improbable suffit-elle à tourner la page ? La seule vraie annonce faite par Vladimir Poutine, lundi soir, ne lève pas toutes les incertitudes nées de la crise. S’adressant aux mutins, le chef du Kremlin leur a présenté trois possibilités : s’engager avec l’armée ; retourner à la vie civile ; partir pour la Biélorussie. Cette dernière proposition, faite samedi soir à Evgueni Prigojine, le chef des Wagner, s’étend donc à ses combattants.   Mais l’insistance mise par M. Poutine à distinguer les mutins du rang, « patriotes de la Russie », et « les organisateurs de la rébellion, qui ont trahi à la fois leur pays et leur peuple, et ceux qu’ils ont emmenés sur une voie criminelle », laisse planer un doute quant au sort de M. Prigojine.   Jouant le jeu de la désescalade, le FSB (service de renseignement chargé des affaires de sécurité intérieure) a tout de même annoncé que l’enquête criminelle ouverte contre lui pour « appel à la rébellion armée » était close. Et le ministère de la défense, de son côté, a fait part de « préparatifs » pour le transfert des armes lourdes de Wagner à l’armée.  Grand écart« L’adresse de Poutine laisse un sentiment étrange de surréalisme, écrivait lundi soir la politiste Tatiana Stanovaya. D’un côté, la ligne faisant de Prigojine un traître est maintenue ; de l’autre, Wagner continue de vivre sa vie. »  De fait, lundi, les bureaux de recrutement de la milice avaient rouvert, et son quartier général pétersbourgeois indiquait fonctionner « normalement ».   Ce grand écart se traduit aussi dans les déclarations des officiels. Certains, à l’image du député Andreï Gourouliev, continuaient avant le discours de M. Poutine à réclamer une ligne dure, suggérant notamment à Evgueni Prigojine de « se suicider » ; d’autres, comme le député Andreï Kartapolov, assuraient que les autorités n’avaient « aucun reproche » à adresser à Wagner : « Ils n’ont offensé personne, ils n’ont rien cassé. » Entre 15 et 20 militaires ont été tués durant la journée de samedi – des membres d’équipage d’appareils abattus (six hélicoptères et un avion de commandement).   La situation paraît d’autant moins tenable que Evgueni Prigojine lui aussi continue de « vivre sa vie ». Lundi, l’homme d’affaires s’est longuement exprimé dans un message audio diffusé par sa société Concord, le premier depuis samedi soir. Certes, il réaffirme que le but de sa « marche » n’était pas « la prise du pouvoir », mais seulement « d’empêcher le démantèlement » de Wagner. Certes, il « regrette » la mort de militaires russes.   Mais M. Prigojine, que des rumeurs annoncent déjà à Minsk, continue de se présenter en chef du groupe. Il assure même qu’Alexandre Loukachenko, le président de la Biélorussie, lui aurait proposé une solution permettant « la poursuite du travail dans un cadre légal ». Surtout, il se permet de donner des leçons et continue de porter un message politique. Selon lui, l’organisation et le succès de son opération devraient être une source d’inspiration pour le ministère de la défense – il compare ainsi les « 780 kilomètres » franchis en territoire russe avec la faible progression de l’armée en Ukraine. Il rappelle aussi l’accueil chaleureux réservé à ses hommes par la population russe, le « soutien » d’une partie de l’armée. Il continue d’évoquer « le combat pour la justice »…   Ce face-à-face qui s’instaure, résumé par la concomitance des deux discours, lundi soir, est inacceptable pour le Kremlin – avec ou sans colonnes de blindés roulant vers Moscou. Comment M. Poutine, qui n’a jamais toléré la moindre concurrence politique, l’accepterait-il maintenant, après un tel défi à son autorité et dans une période de tensions extrêmes ? Le président ne peut pas, même en l’état, restructurer le commandement militaire ou remplacer son ministre de la défense sans donner l’impression d’avoir cédé à la mutinerie.   La notoriété de M. Prigojine dépasse en tout cas, depuis ce week-end, celle qu’aucun opposant n’a jamais connue – et la virulence de son discours est à l’avenant. M. Prigojine a beau nier toute intention putschiste, samedi, après l’intervention solennelle du président, il s’était permis de répondre à celui-ci qu’il n’avait « aucune intention de faire amende honorable ».   D’autres questions se posent quant à l’avenir du Groupe Wagner. Moscou a besoin de la contribution de cette force pour sa guerre en Ukraine, rappelaient mardi matin, depuis Washington, les experts de l’Institut pour l’étude de la guerre. Mais éparpiller et dissoudre ces unités au sein de l’armée risque de leur faire perdre en efficacité. Un double commandement – celui, lointain, de M. Prigojine, et celui, sur le terrain, exercé par le ministère de la défense – pose aussi des problèmes.  Loukachenko « ne veut pas d’un rival »L’action de Wagner à l’étranger est aussi en jeu. Lundi, le ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a assuré que la société allait « poursuivre » son travail en Afrique et ailleurs. « Je ne vois pas bien comment son mode de fonctionnement peut rester inchangé, relève toutefois Marie Dumoulin, du Conseil européen des relations internationales (ECFR). Le modèle d’intervention de Wagner sur les théâtres extérieurs repose en grande partie sur son articulation avec l’Etat russe, et les Etats qui font appel à Wagner le font aussi dans une démarche de rapprochement avec Moscou. »Se pose aussi une question de « crédibilité », pour la chercheuse : « Le cœur de l’offre de Wagner en Afrique consiste à proposer une protection à des dirigeants craignant que des groupes armés rivaux ne cherchent à les chasser du pouvoir… »Les incertitudes sont nombreuses aussi du côté de la Biélorusse, avec la possible arrivée de miliciens – potentiellement armés – sur son sol. « On parle de centaines, voire de milliers d’hommes »,explique au Monde Franak Viacorka, le bras droit de la cheffe de l’opposition biélorusse en exil, Svetlana Tsikhanovskaïa. Encore faut-il que la Biélorussie puisse développer les infrastructures nécessaires, à l’heure actuelle « insuffisantes », selon M. Viacorka.   Lundi, le média russe indépendant Verstka évoquait, en citant des sources locales, la construction d’un camp de 8 000 places dans la région de Moguilev, à environ 200 kilomètres de la frontière ukrainienne – la Biélorussie avait servi de point de départ pour l’offensive russe sur Kiev, en février 2022. Des sources biélorusses ont démenti cette information, qui suscite émotion et inquiétude chez une partie de la population, déjà en butte à une répression impitoyable du régime d’Alexandre Loukachenko.   Reste à savoir aussi ce que feront Evgueni Prigojine et ses hommes une fois sur place. « Loukachenko ne le laissera pas jouer un rôle public, il veut garder le monopole du pouvoir et de l’usage de la violence, et ne veut pas avoir un rival sur son propre territoire », analyse Ryhor Astapenia, chercheur au centre de réflexion Chatham House, à Varsovie. « C’est très risqué pour lui », estime aussi Franak Viacorka, qui ne voit de toute façon pas le chef des mercenaires s’éterniser : « La Biélorussie est trop petite pour lui… » p </text>
	

	<text titre="Le Kremlin essaye de reprendre la main après la mutinerie de Wagner" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23989" auteur="yves bourdillon" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Les Echos" keywords="fin, chef, poutine, mercenaires, wagner, kremlin, prigojine, samedi, essaye, vladimir, evguéni" langue="fr"> Le « pacte » passé samedi entre Vladimir Poutine et Evguéni Prigojine, le chef de la milice de mercenaires Wagner, pour mettre fin à samutineriene durera peut-être pas plus que le temps d'un toast à la paix et à l'amitié. Le président russe a laissé planer mardi la menace de poursuites judiciaires contre Evguéni Prigojine, lors d'une réunion dans l'enceinte du Kremlin. 
Après avoir rappelé que l'Etat russe, qui niait jusqu'ici toute relation avec Wagner, avait versé depuis mai 2022 l'équivalent d'environ un milliard d'euros au groupe de mercenaires pour son implication dans la guerre en Ukraine, il a exprimé l'espoir « qu'au cours de ces opérations, personne n'ait rien volé ».« Nous allons vérifier tout cela », a-t-il ajouté.  Poutine essaye de réaffirmer son autoritéVladimir Poutine s'exprimait devant un parterre de responsables du FSB ainsi que le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, ennemi juré d'Evguéni Prigojine qui s'était volatilisé durant les deux jours de la crise. Lundi soir, lors d'une intervention télévisée, Vladimir Poutine a aussi assuré que les mutins seraient amnistiés des faits d'insurrection et les a remerciés pour leur sang-froid alors que « la guerre civile menaçait ». Les mercenaires de Wagner ont fait demi-tour, samedi en fin d'après-midi à 170 km de Moscou.   Pour le président russe, il s'agit de distinguer les combattants et commandants de Wagner (des guerriers dont Moscou a encore besoin face à l'Ukraine) de leur chef suprême. Comme s'il évoluait dans une réalité parallèle, il a aussi décoré, mardi, des soldats censés avoir « déjoué le putsch » ! La colonne de centaines de véhicules et blindés de Wagner s'était pourtant enfoncée samedi en territoire russe sur 780 km sans rencontrer aucune résistance.   Tout juste l'armée régulière a-t-elle dépêché deux hélicoptères, abattus par les mercenaires, et bombardé un dépôt de carburant à Voronej. Le président russe a aussi salué l'unité, la résilience et le patriotisme du peuple russe. Il affirme avoir tout fait pour éviter « un bain de sang » et accuse l'Ukraine et les Occidentaux de souhaiter des combats fratricides en Russie.   Prigojine a des relais dans l'appareil sécuritaire Reste à savoir comment Evguéni Prigojine réagira à ce qu'il pourrait interpréter comme un coup bas du président russe. Depuis la Biélorussie, où il est arrivé mardi, il donnera certainement la priorité au sauvetage de son empire financier et médiatique qu'il contrôle encore à distance, notamment en Afrique. Souhaite-t-il continuer à jouer un rôle politique dans un pays où son défi à la haute hiérarchie militaire, réputée incompétente et corrompue, séduisait une partie de la population ?   Il dispose de soutiens puissants, notamment au sein du redouté GRU (renseignement militaire), parmi les forces armées qui ont montré leurs divisions par leur apathie lors de son coup de force.   Tatiana Stanovaya, directrice de la firme de consultant politique R.Politik, estime ainsi que « Prigojine a gagné en stature politique ».  S'il échappe à la ruine, voire aux tueurs de Poutine.   Les autorités russes ont aussi annoncé mardi préparer le transfert des équipements militaires « lourds » de Wagner vers l'armée russe. Les combattants du groupe ont le choix entre trois options : intégrer l'armée régulière, quitter la Russie pour le Bélarus ou « rentrer dans leurs familles ». Le président de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, a affirmé mardi que l'expertise des combattants de Wagner serait utile à ses propres forces armées et annoncé qu'une ancienne base désaffectée d'une capacité de 8.000 places était à leur disposition.   Petite vacherie à son allié et « ami » Poutine : il a dressé un récit haut en couleur de ses échanges avec le maître du Kremlin samedi. Il en a tiré l'impression que tous ses soutiens s'étaient cachés au plus fort de la crise. « Les seuls courageux ont été la présidente du Sénat, celui de l'Assemblée, le patriarche de l'église orthodoxe et deux ou trois autres, c'est tout. » L'Ukraine, de son côté, annonçait, mardi matin, que ses forces progressaient « sur tous les fronts »,sans autre détail.   Yves Bourdillon </text>
	

	<text titre="Poutine s'efforce de reprendre la main" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24525" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Le Figaro" keywords="poutine, main, militaires, frapper, vladimir, fleuve" langue="fr"> RUSSIE Adepte des discours fleuve, Vladimir Poutine a opté pour une autre communication - le message court, solennel et grave - pour frapper l'auditoire. Trois minutes devant les militaires dans une cour du Kremlin, mardi matin, à peine plus longtemps dans une intervention à la télévision, lundi soir : des déclarations destinées à prouver que le président russe contrôle bien la situation, après avoir fait face à son plus sérieux défi en vingt-trois ans de pouvoir. Ce qui, à chaque fois, produit aussi l'effet de dramatisation inverse, soulignant la gravité d'une crise dont les répercussions sont loin d'être terminées. « Vous avez empêché une guerre civile », a déclaré le président russe à des militaires ayant assuré « l'ordre et la loi » , lors de la mutinerie avortée menée par Evgueni Prigojine et ses mercenaires du groupe Wagner . « Avec vos frères d'armes, vous vous êtes opposés à ces troubles dont le résultat aurait inévitablement été le chaos » , a déclaré M. Poutine lors d'une cérémonie devant des militaires au Kremlin, à Moscou. 
« Dans les faits, vous avez empêché une guerre civile », a aussi dit le président russe qui, la veille au soir, dans sa courte allocution télévisée, s'était félicité d'avoir « évité une effusion de sang ». Dans la soirée de lundi, Vladimir Poutine s'était aussi entretenu avec les chefs des « services de force ». Le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, cible des critiques répétées depuis des mois du patron de Wagner, était présent à cette réunion, comme à la cérémonie de ce matin. Un signe de Vladimir Poutine pour démontrer qu'il est insensible aux pressions.   Cet affichage d'une reprise en main passe par la neutralisation, apparente tout au moins, du groupe de mercenaires. Mardi matin, le ministère de la Défense a annoncé que « des préparatifs(étaient) en cours pour le transfert des équipements militaires lourds de Wagner aux unités actives des forces armées » régulières, notamment à la Rosguardia. Les détails de l'accord ayant mis fin à la mutinerie, samedi, n'étaient toujours pas connus mardi. Pas plus que l'avenir des activités, et de l'existence même, de Wagner et de ses combattants, à qui le président russe a enjoint de signer un contrat avec l'armée , « de rentrer chez eux », ou de se rendre en Biélorussie .Ce pays bénéficiera de l ' « expérience de ces troupes d'assaut », s'est félicité son président Alexandre Loukachenko. « Nous les traitons avec respect, ils ont montré du courage et de l'héroïsme », a souligné M. Poutine, dans le souci évident de ménager une force évaluée à environ dix mille hommes et dont l'utilité, en Afrique notamment, reste évidente pour Moscou.   Son chef, Evgueni Prigojine, a atterri mardi matin sur l'aéroport Machulishchy de Minsk. À aucun moment, le chef du Kremlin n'a cité son nom, ce qui peut laisser supposer que sa colère visible et que ses accusations envers les « traîtres » étaient bien réservées à son ancien cuisinier. Ce dernier aurait été coupable, à ses yeux, d'avoir franchi la ligne rouge, en déclenchant sa mutinerie et en marchant sur Moscou. Un autre signe laissait d'ailleurs supposer mardi que Vladimir Poutine allait, éventuellement, poursuivre le rebelle de son courroux, via une autre piste - celle de sa mise en cause pour carambouilles financières. Lors d'une autre réunion avec des militaires qui a suivi la cérémonie du Kremlin, M. Poutine a déclaré que l'État russe avait financé Wagner à hauteur de 86 milliards de roubles (981 millions d'euros) entre mai 2022 et mai 2023 . « Dans le même temps, la société Concord (dirigée par Evgueni Prigojine, NDLR) a gagné 80 milliards de roubles (866 millions d'euros), en fournissant des services de restauration à l'armée » , a dit le président russe. Lequel a exprimé l'espoir que « personne n'a volé quoi que ce soit ou, disons, pas beaucoup ». Une formulation, assez savoureuse, mais qui n'exclut pas la menace et que de nouvelles poursuites pénales soient en préparation contre M. Prigojine, celles engagées samedi pour « mutinerie » ayant finalement été levées.  « La position des autorités russe et du président Poutine n'a pas perdu de sa solidité », réaffirmait, mardi, en virtuose de la méthode Coué, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. L'impression laissée par ces prises de parole répétées de Vladimir Poutine est tout autre et traduit l'indécision du pouvoir face aux événements. Le tombereau d'hommages aux « défenseurs de la patrie » laisse dans l'ombre les responsabilités d'une séquence à proprement parler stupéfiante et n'offre pas de vision d'avenir, comme cette crise l'imposerait. Les Russes n'ont toujours pas eu d'explications sur la prise de contrôle d'une ville d'un million d'habitants, Rostov-sur-le-Don, par le groupe Wagner, et sur la marche interrompue de cette milice vers Moscou, sans rencontrer de résistance. Mardi n'a pas apporté de précisions sur la quinzaine d'aviateurs, et les avions - de trois à sept, dit-on, abattus par les rebelles. Alexandre Loukachenko, qui a manifestement joué le rôle du petit télégraphiste dans l'accord signé samedi dernier, a égratigné sans déplaisir son « ami » Poutine, en déclarant mardi que les relations entre Wagner et l'armée avaient été « mal gérées ». Dans une conférence de presse fleuve, le dirigeant biélorusse a évoqué les négociations avec le chef de Wagner que le Kremlin aurait décidé de « buter ».  « J'ai proposé à Poutine de ne pas trop se presser en lui disant que je pouvais parler à Prigojine » , a raconté Loukachenko . « Mais Sasha(diminutif d'Alexandre, NDLR ), cela ne sert à rien, il ne veut même pas décrocher son téléphone », aurait répondu Poutine au président biélorusse. Sans ouvrir la moindre alternative au pouvoir de Vladimir Poutine, toute cette affaire aura toutefois révélé des failles, qui sont peut-être destinées à s'approfondir.   Le franc-parler d'Evgueni Prigojine a souligné, par contraste, l'indétermination du pouvoir, en particulier sur les objectifs de la guerre menée en Ukraine. « Il y a deux « partis » en Russie » ,estime le politologue Alexandre Morozov. « Certains disent qu'il faut une mobilisation générale, entamer une nouvelle phase de la guerre, détruire l'État ukrainien, frapper la Pologne... ; d'autres disent qu'il faut garder les acquis, consolider nos positions sur le terrain et défendre ce qui a été saisi » , ajoute l'expert, qui conclut : « Mais personne ne comprend le scénario choisi par le Kremlin. » </text>
	

	<text titre="Le Bélarus en voie de satellisation avancée" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Libération" auteur="nelly didelot" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Libération" keywords="minsk, bélarus" langue="fr"> L'   hôtel Green City, planté en périphérie de Minsk, propose des chambres modernes et impersonnelles, aux moquettes et couvre-lits verts, avec vue plongeante sur le parking et le McDonald's. On y aurait vu Evgueni Prigojine lundi, selon la chaîne Telequi gram Brief. D'autres internautes, adeptes des sites de tracking aérien, estiment que le patron de Wagner aurait débarqué dans la capitale bélarusse mardi à 7 h 40, quand un Embraer Legacy 600 qui lui appartiendrait a atterri à l'aérodrome de Machulishchy en provenance de Rostov. Mardi, c'est l'autocrate local Alexandre Loukachenko qui a annoncé qu'il serait déjà dans le pays. En réalité, la localisation exacte d'Evgueni Prigojine reste un mystère, mais tous les regards sont logiquement tournés vers le Bélarus. Samedi, c'est Loukachenko qui avait le premier annoncé qu'un accord, négocié par ses soins, avait été conclu avec Prigojine pour «arrêter les mouvements des hommes armés».
Une dizaine de minutes plus tard, le chef des mercenaires ordonnait à ses hommes de faire demi-tour, à environ 380 kilomètres de Moscou.   Dans la soirée de samedi, le Kremlin a remercié Loukachenko pour sa médiation et ajouté un détail majeur : Prigojine allait quitter la Russie pour le Bélarus.   Vassal. Depuis, Loukachenko est encensé dans la presse russe. Luimême s'est montré modeste, assurant qu'il n'y avait «pas de héros dans cette affaire». De fait, son rôle réel dans les négociations est sujet à caution. «Il est difficile de dire s'il a été un vrai médiateur ou simplement un médiateur public, impliqué à la fin des tractations pour endosser l'accord. Mais c'est un rôle qu'il apprécie, et qu'il a déjà tenu en 2014 entre la Russie et l'Ukraine», estime Ekaterina Pierson Lyzhina, chercheuse à l'université libre de Bruxelles.   Selon le récit fait par les propagandistes du régime de Minsk, Poutine «doutait que Prigojine réponde à qui que ce soit, mais quand le président du Bélarus l'a appelé, il a immédiatement décroché». La conversation a été «difficile et masculine», ajoute la propagande : «Ils ont immédiatement débité des choses tellement vulgaires qu'elles feraient pleurer n'importe quelle mère.» Au-delà de ce récit, «il semble qu'à partir du moment où Prigojine trouve effectivement refuge au Bélarus, cela montre que Loukachenko a joué un rôle, même s'il n'a peut-être pas proposé cette solution de lui-même», estime aussi Alexandra Goujon, maîtresse de conférences à l'université de Bourgogne.   Pour expliquer le rôle de Loukachenko, Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a évoqué ses liens personnels avec le patron de Wagner. La «relation de vingt ans» entre l'inamovible président bélarusse et le mercenaire en chef semble se borner à un repas pris par Loukachenko en 2002 dans l'un des restaurants de Prigojine à Saint-Pétersbourg, mais peu importe. Pour Loukachenko, ce statut officiel de médiateur arrive à point nommé pour restaurer sa stature.   Depuis l'immense soulèvement populaire de l'été 2020 contre sa sixième réélection, l'autocrate ne doit sa survie qu'à la répression et au soutien de Moscou, qui l'a peu à peu transformé en vassal obéissant. La guerre a renforcé la tendance: depuis le 24 février 2022, Loukachenko a rendu visite à 14 reprises à Poutine, qui ne lui a rendu la pareille qu'une seule fois. «Loukachenko a redoré son image ce weekend mais au bout du compte, il se trouve lié à une affaire interne russe, ce qui ne fait qu'accroître sa dépendance à Moscou», pointe Alexandra Goujon. En conférence de presse mardi, Loukachenko l'a reconnu à sa manière : «Si la Russie s'effondre, nous resterons sous les décombres, nous mourrons tous.» Depuis le début de l'invasion, Moscou a imposé à Minsk d'accueillir ses soldats, ses ogives nucléaires tactiques, et de laisser son armée utiliser le territoire bélarusse pour tirer des missiles sur l'Ukraine. Les mercenaires de Wagner pourraient vite s'ajouter à la liste. Poutine a confirmé mardi qu'ils avaient le choix entre rentrer chez eux, rejoindre l'armée régulière ou se rendre au Bélarus. Selon une chaîne Telegram proche des services de sécurité de Minsk, les mercenaires vont s'établir dans la région de Moguilev (dans l'Est), où l'armée serait en train de leur construire un camp. D'autres comptes proches du Kremlin ont annoncé lundi que les premières unités de Wagner «avec leurs armes et leur équipement militaire» étaient arrivées au Bélarus. Mais pour le moment, le réseau Hajun qui traque les déplacements des soldats russes dans le pays n'en a pas vu trace.   Pirouettes. «Loukachenko a toujours été intéressé par les pays du Sud, où il essaie de vendre des armes, des tracteurs, de l'engrais. Les contacts de Wagner en Afrique pourraient lui être utiles, estime Ekaterina Pierson Lyzhina. Mais je ne les vois pas rester longtemps au Bélarus. C'est une société privée, ils doivent gagner de l'argent et vendre leurs services.» Dans l'une des pirouettes dont il est coutumier, Loukachenko a suggéré d'utiliser les hommes de Wagner aguerris par la «première ligne» comme instructeurs pour l'armée nationale. En juillet 2020, alors en quête d'un ennemi à blâmer, il avait ordonné l'arrestation spectaculaire d'une trentaine de Russes accusés d'être des mercenaires de Wagner à la solde de l'opposition. A l'époque, il parlait de la compagnie privée de sécurité comme d'une menace pour la stabilité du pays. </text>
	

	<text titre="RUSSIE Poutine pas encore coulé mais bien touché" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Libération" auteur="par veronika dorman" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Libération" keywords="fin, président, poutine, kremlin, arrivé" langue="fr"> Est-ce le début de la fin d'un règne ? Depuis plusieurs jours, la question est sur les lèvres des détracteurs aussi bien que des soutiens du président russe, arrivé au Kremlin il y a plus de vingt ans, et qui a bâti tout son pouvoir sur l'image d'un homme inflexible, impitoyable et garant de stabilité. Autant d'attributs qui se sont décollés de la peau de Vladimir Poutine après la mutinerie avortée de son vieil ami Evgueni Prigojine. Samedi soir, à la fin d'une journée qui aurait pu changer l'histoire, Poutine n'a été
ni impitoyable - le «traître» a été pardonné -, ni inflexible - les mercenaires rebelles ont reçu une proposition de travail au sein de l'armée régulière. Quant à la stabilité à l'intérieur du pays, c'est la grande victime de toute la séquence.   On ne saura jamais si le patron de Wagner et ses mercenaires seraient arrivés sans ambages jusqu'à la capitale, pour l'occuper, comme Rostovsur-le-Don et Voronej. Ni combien de temps ils auraient tenu et au prix de quel sang. Selon ses propres mots, les premiers et derniers diffusés depuis sa volte-face, Evgueni Prigojine n'avait jamais vraiment voulu «renverser le pouvoir». Il ne cherchait qu'à défendre son entreprise, «sauver» son groupe qui était menacé d'être absorbé parle ministère de la Défense.   Ce qu'on a vu, en revanche, c'est un président et sa suite aux abois, qui, visiblement ne se sentaient pas protégés par les forces de l'ordre autour de Moscou. Il a fallu bloquer des ponts et défoncer des routes sur le chemin des mutins. «L'émeute éphémère de Prigojine a montré que ni l'armée ni les troupes intérieures ne sont prêtes à défendre le régime de Poutine contre un danger réel. Elles sont parfaitement capables d'écraser l'opposition libérale, mais elles ne savent pas quoi faire face à un homme armé», écrit le politiste Boris Grozovsky sur le site du média russe indépendant Important Stories.   LA FORTERESSE KREMLINOISE Mais le soulèvement raté de Prigojine a ébréché une idée encore plus tenace que celle de la loyauté absolue des forces de l'ordre au Kremlin -celle d'un soutien de la majorité des Russes à Vladimir Poutine, et de leur refus d'envisager un changement de régime. En témoigne l'accueil chaleureux fait aux mercenaires par les habitants de Rostov-surle-Don samedi, et le silence prudent des propagandistes tant que le dénouement n'était pas univoque. Les diatribes de Prigojine contre les fonctionnaires repus et corrompus ont su séduire aussi bien au sein des élites que parmi les citoyens ordinaires, qui n'ont qu'une représentation très approximative de la biographie du personnage. Sans parler des «nombreuses unités et formations de l'armée, déchirées par la guerre avec l'Ukraine, [qui] soutiendraient un ordre social plus juste, où les hauts gradés voleraient et engraisseraient moins et où les généraux commenceraient à accorder de l'importance à la vie des &quot;simples soldats&quot;», écrit encore Grozovsky.   Vladimir Poutine, lui, n'a pas eu la même lecture des événements du week-end. Ce mardi, lors d'une cérémonie au coeur de la forteresse kremlinoise, le commandant suprême s'est exprimé devant les troupes. «Les vrais défenseurs, dans les moments difficiles, se sont opposés à la tourmente qui aurait abouti au chaos. Vous avez arrêté la guerre civile, vous avez agi de manière claire et cohérente», a remercié le chef de l'Etat s'adressant à ses soldats, avant de faire observer une minute de silence pour les pilotes tués en «accomplissant leur devoir avec honneur». Là où les observateurs intérieurs et extérieurs, et de nombreux dirigeants occidentaux, n'ont vu que fissures et ébranlement, le président russe a relevé l'union et la solidarité nationales : «Le peuple et l'armée n'étaient pas avec les rebelles, la détermination et le courage des militaires ainsi que la consolidation de la société ont été cruciaux pour étouffer la rébellion.» Le porte-parole du Kremlin a renchéri, en accusant les «spécialistes et les pseudo-spécialistes» de faire preuve de «beaucoup d'hystérie ultra-émotionnelle» dans «des discussions vides de sens» qui «n'ont rien à voir avec la réalité», alors que «ces événements ont démontré à quel point la société se consolide autour du Président». Le sort du groupe Wagner semble quant à lui réglé. Le ministère de la Défense a annoncé «des préparatifs en cours pour le transfert des équipements militaires lourds de Wagner aux unités actives des forces armées» régulières. Quant aux combattants, ils auront le choix entre rentrer chez eux, intégrer l'armée régulière ou émigrer au Bélarus, comme l'a annoncé lundi soir Vladimir Poutine. En réunion le lendemain avec ses responsables militaires, et comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, Poutine a aussi parlé budget : «La maintenance de l'ensemble du groupe Wagner a été entièrement assurée par l'Etat - des caisses du ministère de la Défense, du budget de l'Etat, nous avons entièrement financé ce groupe», a-t-il précisé. Une reconnaissance inédite qui rend, de fait, l'Etat russe responsable et complice des activités -y compris et surtout criminelles - du groupe.   UN ARRIÈRE-GOÛT EST RESTÉ De mai 2022 à mai 2023, le Kremlin a versé plus de 86 milliards de roubles à la société militaire privée, soit un peu moins d'un milliard d'euros. Dans le même temps, a précisé Poutine, «le propriétaire de Concord» (la holding de Prigojine, qu'il ne nomme toujours pas) a gagné 80 milliards de roubles au cours de l'année par l'intermédiaire de l'entreprise Voentorg, qui fournit des services de restauration à l'armée.   Finalement, la rébellion n'a pas pris, le putsch n'a pas eu lieu, mais un arrière-goût est resté. Le Président a réussi à négocier avec le patron de Wagner, à s'en débarrasser en l'envoyant au Bélarus, où le trublion serait arrivé en milieu d'après-midi mardi (lire page 4). Mais rien ne fera oublier l'incident. Le régime poutinien ne paraîtra plus jamais sans alternative possible, même pour les plus loyaux qui, jusqu'à la semaine dernière, étaient convaincus que, contrairement à l'Ukraine en guerre, la Russie était une terre de stabilité. ? </text>
	

	<text titre="Alexandre Loukachenko, « gagnant » de la mutinerie de Wagner" date="2023 06 28T00:00:00" journal="La Croix, no. 42654" auteur="pierre sautreuil" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="La Croix" keywords="président, wagner, biélorusse, gagnant, alexandre, biélorussie, russie, groupe, juin, mutinerie, loukachenko" langue="fr"> Quel rôle a joué la Biélorussie dans la résolution de la mutinerie du groupe Wagner ?   Le président biélorusse Alexandre Loukachenko est présenté, depuis le 24 juin, par la Russie comme le médiateur des négociations entre Vladimir Poutine et Evgueni Prigojine qui ont permis de mettre fin à la mutinerie du groupe Wagner. Mardi 27 juin, Alexandre Loukachenko a raconté avec satisfaction avoir pris l'initiative des négociations après un appel téléphonique dans la matinée du 24 juin avec Vladimir Poutine au cours duquel le président russe aurait dit ne pas parvenir à joindre Evgueni Prigojine. Mais il est probable qu'Alexandre Loukachenko embellisse la vérité.
D'après le média indépendant russe Meduza, citant des sources proches du Kremlin, c'est au contraire Prigojine qui aurait cherché à joindre Vladimir Poutine ce jour-là. Le président russe aurait refusé d'échanger directement avec le chef de Wagner, confiant cette tâche à Anton Vaino, chef de l'administration présidentielle, et à Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de sécurité de Russie. « Prigojine avait besoin d'un tiers de confiance pour sortir et sauver les apparences. C'est là que Loukachenko est entré en jeu , relate une source de Meduza. Il aime faire parler de lui, c'est pourquoi il a accepté. » La Biélorussie va-t-elle devenir la nouvelle base du groupe Wagner ?   La mutinerie achevée, le porte-parole du Kremlin a déclaré que les poursuites envers Evgueni Prigojine seraient abandonnées, et que le patron de Wagner « irait en Biélorussie » - où il était attendu ce mardi 27 juin. Vladimir Poutine a offert trois options aux combattants du groupe Wagner : le retour à la vie civile, l'intégration dans l'armée régulière ou le départ pour la Biélorussie à la suite de leur patron. Wagner devrait continuer à opérer d'une manière ou d'une autre. Le ministre des affaires étrangères Sergueï Lavrov a affirmé lundi que le groupe de mercenaires allait poursuivre ses activités au Mali et en Centrafrique. Le président biélorusse souligne que son pays bénéficiera de l' « expérience » des combattants de Wagner.   Mais Poutine laissera-t-il un homme qu'il a qualifié de « traître » diriger ce groupe de combattants ? Et Loukachenko acceptera-t-il de voir de nombreux combattants échappant à son contrôle s'installer sur son territoire ? « Ni Poutine ni Loukachenko n'ont donné d'éléments concrets dans leurs récentes allocutions, note Pavel Slounkine, ancien diplomate biélorusse. Il n'est donc pas exclu que les détails soient encore en cours de négociation. » Quelles sont les conséquences pour le régime biélorusse ?   Plusieurs analystes considèrent que Loukachenko sort gagnant de cette crise. Il est encensé par les télévisions russe et biélorusse comme celui qui a aidé à préserver la paix en Russie. « Si la Russie devait s'effondrer demain, la Biélorussie se retrouverait sous les décombres », a-t-il déclaré mardi. Mais il pourrait aussi bien parler de son régime. Alexandre Loukachenko se trouve en effet dans une situation de vassalité totale à l'égard de Vladimir Poutine, à qui il doit sa survie lors d'une révolution qui manqua de le renverser en 2020. Depuis, la souveraineté de la Biélorussie s'est considérablement réduite, avec le déploiement de dizaines de milliers de soldats russes sur son territoire, qui est utilisé comme base arrière de l'invasion de l'Ukraine depuis 2022, ainsi que d'armes nucléaires russes. </text>
	

	<text titre="La rébellion a généré 11 milliards de vues sur les chaînes Telegram en 24 heures" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="isabelle mandraud" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Le Monde" keywords="telegram, russe, chaînes, milliards, chaîne, heures, vues, télévision" langue="fr"> Dans la nuit de vendredi 23 à samedi 24 juin, à 1 h 30 du matin, Perviy Kanal, la première chaîne de télévision russe, interrompt ses programmes par un bulletin urgent. L’inamovible présentatrice vedette, Iekaterina Andreïeva, annonce de façon lapidaire l’impensable : une mutinerie est en cours, déclenchée par le fondateur du Groupe Wagner, Evgueni Prigojine, et « le président Vladimir Poutine est informé de la situation ». Quatre heures plus tôt, le chef de guerre a lancé son premier message menaçant sur sa chaîne Telegram (Press-sloujba Prigojina, le compte officiel de son entreprise Concord), et depuis lors les réseaux sociaux sont entrés en ébullition.
A 0 h 12 (heure de Moscou, 23 h 12 à Paris), alors que le chef de guerre a déjà annoncé son intention de marcher sur Moscou et recommandé à quiconque « de ne pas opposer de résistance », le compte Telegram AP Wagner envoie ce signal : « Natchinaiem » (« On y va »). Un mot, un seul, qui récolte près d’un demi-million de vues et déclenche une incroyable fébrilité.   En l’espace de vingt-quatre heures, dans la journée de samedi, marquée par l’avancée des troupes de Prigojine sur le territoire russe, puis leur brusque renoncement quelques heures plus tard, les chaînes Telegram russophones enregistrent 11 milliards de vues, soit le double du trafic ordinaire, selon TGstats, un site d’analyses qui se fonde sur les données rendues publiques par Telegram. En parallèle, le même jour, les abonnements à ces mêmes chaînes ont atteint le chiffre record de 11 millions, dix fois plus qu’en temps ordinaire.  Le « roi des trolls »Samedi, les médias d’Evgueni Prigojine, ses réseaux sociaux ainsi que son agence de presse Riafan.ru ont été bloqués en Russie, mais ses messages, dupliqués par d’autres, sont passés à travers les mailles du filet. A 19 h 25, sa dernière diatribe, dans laquelle il annonce le retrait des membres du Groupe Wagner pour éviter que le « sang russe coule », attire encore 9,3 millions de vues – sans compter les millions de commentaires. A côté, la télévision nationale russe fait pâle figure.   Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’intensification de la répression, et la surveillance toujours plus étroite d’Internet, les Russes désireux de s’informer ont appris à contourner les obstacles. Et dans le dernier carré accessible, l’application gratuite Telegram, née en Russie en 1993 – son fondateur en exil, Pavel Dourov, a obtenu un passeport français – s’est imposée au premier rang avec plus de 600 000 chaînes. La « visibilité » du « roi des trolls » et des campagnes sur Internet, un autre domaine dans lequel s’était spécialisé Evgueni Prigojine, contraste avec l’absence, remarquée, des piliers de la propagande du Kremlin pendant toute la durée de la crise. Muette pendant vingt-quatre heures, Margarita Simonian, patronne des agences de presse RT et Sputnik, est réapparue à la télévision, dimanche, pour tenter d’expliquer qu’elle naviguait, la veille, sur la Volga, sans connexion. </text>
	

	<text titre="Mutinerie (mu-ti-ne-ri) n. f." date="2023 06 28T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24525" auteur="de montety, etienne" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Le Figaro" keywords="prigojine" langue="fr"> Depuis sa mutinerie, le sort de Evgueni Prigojine est incertain.   Le mot vient du verbe latin movere, qui a donné meute et mutin.   Le week-end dernier, en Russie, la meute s'est mutinée.   Naguère, il y eut dans l'histoire de ce pays les mutins du Potemkine, cette année, il y a, mutatis mutandis, ceux de Prigojine. 
Les hommes de Wagner sont donc des mutins. On peine à leur trouver le charme insolent qu'on prête aux minois ainsi qualifiés.   Évidemment, face à ce mouvement, Poutine avait d'abord déclaré qu'il materait les mutins. Il apparaît plus magnanime maintenant. On ne sait pas bien ce que recèlent ses intentions, le maître du Kremlin restant au fond très mutique sur l'état réel de la situation dans le pays et sur le front ukrainien.   Prigojine, lui, a préféré une prudente mutation en Biélorussie.   En réalité, le préjudice est probablement mutuel : la milice Wagner tout autant que Poutine semblent l'un et l'autre affectés - on n'ose écrire : mutilés. </text>
	

	<text titre="« Difficile pour l'Ukraine d'exploiter la situation »" date="2023 06 28T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="interview j.g.e" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="L'Opinion" keywords="situation, exploiter_la_situation, otan, guerre, exploiter, ukraine" langue="fr"> Jamie Shea a travaillé au quartier général de l'Otan de 1980 à 2018, notamment comme porte-parole durant la guerre du Kosovo, puis secrétaire général adjoint délégué pour les défis de sécurité émergents.   Les événements qui ont eu lieu en Russie sont-ils un tournant pour la guerre en Ukraine? Cela dépend des Ukrainiens: ils disent qu'ils peuvent exploiter la situation en faveur de leur offensive, mais en seront-ils capables? Mon opinion personnelle est que ce sera difficile. Ce « coup d'Etat » n'en a pas été un, il a été plié en 24 heures et il n'y a pas eu de combats en Russie. Les soldats de Wagner sont libres de retourner en Ukraine, les Tchétchènes iront aussi. Les Russes ne sont pas obligés de retirer leurs divisions d'Ukraine. Certes, cela a été une entame dans le prestige russe et un coup au moral des troupes, mais ce dernier était bas depuis longtemps déjà, et cela ne les a pas empêchés de défendre leurs positions. Il a été difficile de pénétrer leurs lignes. Les Ukrainiens insistent sur la nécessité que les Occidentaux leur envoient plus d'armes, mais au vu des problèmes d'offre en Europe, est-ce que cela ira assez vite? Les Français devraient livrer des missiles Scalp, qui donneront une bonne capacité de moyenne portée à l'Ukraine mais pourra-t-elle l'utiliser? Il est plus facile de défendre que d'attaquer.
Justement, que sera-t-il intéressant d'observer en Russie? De qui Poutine fera-t-il un bouc émissaire, la police, la garde nationale ? Comme lors de la nuit des longs couteaux de 1934, mènera-t-il une répression pour montrer qu'il garde la main? Essayera-t-il de tuer Evgueni Prigojine ou de le contrôler davantage ? Deuxièmement, où iront les soldats de Wagner? Ils sont très loyaux à Prigojine, ce sont des mercenaires, payés bien plus que dans l'armée régulière. Poutine a besoin d'eux en Afrique, il a besoin de diamants, d'or La Syrie est cruciale pour le Kremlin. C'est un empire économique autant que militaire.   Et pour les Occidentaux? Si l'organisation Wagner va en Biélorussie, cela inquiétera beaucoup les Etats baltes, et il faudra voir si le président Alexandre Loukachenko contrôle Wagner ou si Prigojine est le bras armé de la Russie en Biélorussie. Jusqu'à présent, Loukachenko est resté en dehors de la guerre, mais s'il devient plus dépendant de Wagner, et plus proche de la machine militaire russe, les pays d'Europe orientale demanderont plus de ressources à l'Otan, et que la Pologne joue un grand rôle en plus de l'Allemagne. Jusqu'à présent, les Allemands ont freiné pour envoyer des armes. Il y a un débat à l'Otan entre deux types de stratégies. L'une, plus politique, consiste à mettre beaucoup de forces le long des frontières extérieures. Mais l'argument militaire est qu'il est stupide d'avoir un soldat par mètre carré: si les Russes attaquent à un endroit du front, toutes les autres troupes seront mal placées. L'autre stratégie est d'avoir une armée en Allemagne, comme réserve flexible, pour l'envoyer là où l'armée russe irait. Pour les Etats baltes et la Pologne, cela revient à abandonner des territoires qu'on essaie de récupérer ensuite. Les événements récents seront un grand argument pour que l'Otan opte pour la première option. Mais l'organisation at-elle le temps de changer sa doctrine et de renforcer son soutien trois semaines avant son sommet de Vilnius (Lituanie) les 12 et 13 juillet? Il est difficile d'arriver à un consensus sur les dépenses de défense. </text>
	

	<text titre="Aux Etats-Unis, une ambivalence de rigueur vis-à-vis des « fêlures nouvelles » du Kremlin" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="piotr smolar" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Le Monde" keywords="fêlures, défi, nouvelles, d’un, wagner, précédent, ambivalence, kremlin, vis-à-vis, washington, groupe" langue="fr"> Washington - correspondant - Les braises étant encore ardentes, inutile d’en estimer le poids à cette heure. Face au défi sans précédent posé par le Groupe Wagner au Kremlin le temps d’un week-end, l’administration Biden a adopté une position vigilante et prudente. Elle a été formulée dès dimanche 25 juin par le secrétaire d’Etat, Antony Blinken, sur les plateaux de télévision. Si la marche avortée de Wagner vers Moscou est une « affaire intérieure », elle n’en révèle pas moins des « fêlures nouvelles »dans le régime russe. « C’est simplement le dernier chapitre dans le livre des échecs que Poutine a écrit pour lui-même et pour la Russie » , a dit M. Blinken sur NBC.
De son côté, le Washington Post a révélé que les services américains avaient détecté dès la mi-juin des préparatifs de Wagner en vue d’une opération d’envergure en Russie même. Contrairement aux semaines précédant la guerre en Ukraine, où l’administration Biden avait dénoncé la mobilisation militaire russe, elle a choisi cette fois de se taire. Elle n’avait intérêt ni à aider Vladimir Poutine ni à prêter le flanc aux accusations inévitables d’un complot ourdi de l’étranger. « Nous n’avons donné aucune excuse à Poutine pour rendre l’Occident responsable de tout cela ou bien l’OTAN, a dit le président Joe Biden, lundi 26 juin. Nous avons clairement fait savoir que nous n’avions rien à voir avec cela. »Dans la brume qui entoure la rébellion du Groupe Wagner, les Etats-Unis tirent un motif de satisfaction et d’inquiétude : l’affaiblissement de M. Poutine. Cette ambivalence se trouve au cœur de la politique américaine vis-à-vis de Moscou. La peur du vide coexiste avec la volonté d’affaiblir. Un tel débat avait divisé l’administration de George Bush après l’échec du putsch contre Mikhaïl Gorbatchev en août 1991, jusqu’à la dissolution de l’URSS quelques mois plus tard. « Il existe une préoccupation constante en Occident, celle d’un écroulement de la Russie, qui serait prise en main par des forces plus vicieuses et folles que Poutine, avec des conséquences terribles en matière d’armes nucléaires, souligne Maria Snegovaïa, chercheuse au Center for Strategic and International Studies. Mais je me réjouis de voir la position de neutralité adoptée par l’administration Biden. L’Occident ne doit pas se faire peur avec des hypothèses catastrophistes, qui conduiraient à faire pression sur les Ukrainiens pour conclure un accord qui ne résoudrait rien. »Aujourd’hui, Washington cherche à neutraliser le potentiel nocif de la Russie en dehors de ses frontières, sur un plan militaire, cyber, ou celui de la désinformation. C’était déjà la visée principale de la rencontre entre M. Biden et M. Poutine à Genève en juin 2021, huit mois avant le début de la guerre en Ukraine. A présent, la priorité des alliés consiste à offrir aux Ukrainiens le maximum de soutien militaire pour faciliter leur contre-offensive et reprendre du terrain avant une négociation.  FrissonL’administration Biden insiste sur l’échec stratégique du Kremlin. De fait, le régime russe paraît bien plus fragile qu’avant février 2022. Son influence géopolitique dans sa périphérie est très entamée, si on met à part la Biélorussie inféodée et la Géorgie en pleine dérive. Son armée a subi une longue série d’humiliations sur les fronts. Tandis que les alliés discutent des garanties de sécurité à offrir à Kiev, Poutine est contraint de s’appuyer sur un groupe armé privé qui vient de mettre son autorité en faillite.   Mais l’idée d’une dislocation de l’appareil d’Etat russe – simple hypothèse à ce stade – fait passer un frisson parmi les responsables américains. La faiblesse du régime face à la mutinerie de Wagner a marqué les esprits. La question de la loyauté des organes de sécurité et des corps de l’armée se pose. Image misérable pour une puissance de cet ordre : des pelleteuses ont détruit l’autoroute menant à Moscou pour bloquer l’avancée des forces de Prigojine. Le pouvoir vertical, dont s’enorgueillit Vladimir Poutine, semblait soudain à l’horizontale. « La Russie n’est pas un Etat failli, il est trop tôt pour employer cette expression, mais c’est certainement un Etat faible,estime Mme Snegovaïa. La faiblesse est déjà en soi une mauvaise chose pour le Kremlin. Si Prigojine n’était pas éliminé dans les semaines à venir, ce serait très inhabituel et difficile à comprendre. On assisterait à l’émergence d’un centre de pouvoir alternatif, qui serait un défi sans précédent à Poutine depuis vingt-trois ans. » Le destin d’Evgueni Prigojine demeure incertain, mais le fait qu’il soit encore vivant et libre après avoir défié ainsi le Kremlin marque un contraste avec le sort des opposants civils. Mikhaïl Khodorkovski, l’ancien patron du groupe Ioukos, a passé dix ans en prison, parce qu’il ne voulait pas se soumettre comme les autres oligarques à M. Poutine. L’opposant Alexeï Navalny croupit en cellule, après la tentative d’empoisonnement raté contre lui. Sans parler des milliers d’anonymes persécutés pour des gestes ou des écrits symboliques.   Comment le Kremlin peut-il restaurer un semblant d’autorité parmi les élites ? L’une des inquiétudes américaines concerne le recours à l’arme nucléaire, outil ultime de destruction et souvenir de grande puissance pour Moscou. Dans l’évaluation annuelle de la menace, publiée en février par la communauté du renseignement américain, il est fait référence à cette dimension. On y trouve la confirmation que « la sécurité des matériaux nucléaires russes demeure une préoccupation, malgré les améliorations depuis les années 1990 dans la protection, le contrôle et la supervision des matériaux sur les sites nucléaires de la Russie ».L’arsenal de ce pays est estimé à 4 489 têtes nucléaires par la Federation of American Scientists (FAS), plus 1 400 autres en attente de démantèlement. « Il serait virtuellement impossible pour un acteur non étatique de faire exploser une tête nucléaire russe, souligne Matt Korda, chercheur au FAS. Non seulement les sites sont lourdement gardés par le personnel de l’armée, mais les ogives elles-mêmes sont certainement conservées de façon non complète. » Le système de verrouillage électronique devrait donc être actionné en suivant la chaîne de commandement. Les spéculations sur de possibles bombes tombées entre les mains de Wagner étaient donc peu consistantes.   Les autorités américaines n’ont pas constaté de modification dans la posture nucléaire de la Russie pendant cette crise. Mais on note aussi la résurgence du débat sur l’utilisation de l’arme nucléaire par Moscou. « Une décision difficile mais nécessaire » : tel est le titre d’un article publié dans Russia Global Affairs, le 13 juin, par Sergueï Karaganov, l’un des éminents analystes russes en politique étrangère, au service du régime. Derrière les considérations habituelles sur un Occident dégénéré perdant sa domination sur le monde, cet expert justifie un recours à l’arme nucléaire préventive par la nécessité de « briser la volonté »confrontationnelle des alliés et de rétablir « la peur ». Ce mot a été employé aussi par un autre analyste de renom, Dmitri Trenine, quelques jours plus tard, dans un article abondant dans le même sens. Ces personnalités n’ont pas de pouvoir, mais campent une ambiance.  Retenir sa mainLa communication de crise russe prétend que M. Poutine a agi en homme d’Etat, qu’il a su éviter un bain de sang aux abords de Moscou et à Rostov-sur-le-Don même. Ce n’est pas la première fois que le président russe retient sa main, ce qui a aussi conduit l’administration américaine, au fil des mois, à reculer ses propres lignes rouges en matière de livraisons d’armes à Kiev. Lorsque le pont de Kertch, qui relie la Crimée à la Russie, avait été endommagé par une explosion en octobre 2022, ou bien lors de la destruction mystérieuse du gazoduc Nord Stream, le Kremlin n’avait pas surenchéri. Lorsque M. Poutine a entériné en septembre 2022 l’annexion de quatre régions ukrainiennes de l’est, de nombreux experts s’attendaient à ce que Moscou considère tout combat ou attaque adverse comme une atteinte à sa souveraineté et son intégrité. Il n’en a rien été. Le Donbass est demeuré une région disputée, morcelée et flottante. En Russie, l’écart entre les mots et la réalité, les principes et les actes, devient un gouffre. </text>
	

	<text titre="En Russie, la forteresse du rouble résiste à Wagner" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23989" auteur="nessim ait-kacimi" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Les Echos" keywords="rouble, président, monnaie, poutine, moscou, russe, wagner, bourse, russie" langue="fr"> Le rouble n'a pas fait sédition en rejoignant les rangs des « traîtres ». Il reste fidèle au président Vladimir Poutine. Ni la monnaie russe, ni la Bourse de Moscou n'ont en effet cédé. Elles ont résisté au coup de force du groupe Wagner et de son chef Evguéni Prigojine. Lundi, le dollar a grimpé jusqu'à 87 roubles avant de revenir à 84,5, soit une hausse de 1 % par rapport à son homologue russe. Il s'établissait à 85 roubles mardi. Le week-end du putsch avorté, le dollar avait brièvement dépassé les 90 roubles dans les bureaux de change du pays. Une augmentation des retraits de cash avait été constatée dans le sud de la Russie, où les mercenaires de Wagner progressaient.
La Bourse russe, qui avait clôturé sur une baisse de 1,2 % lundi, était stable mardi. Elle gagne encore entre 25 % et 30 % cette année, selon les principaux indices boursiers en roubles.  « Si Poutine tombe, ce sera le chaos, ce qui ouvrirait la porte à des fuites de capitaux massives qui causeraient l'effondrement du rouble et une récession. Lors des crises précédentes, la Russie a toujours été confrontée à d'importantes sorties de capitaux, car les oligarques russes ont alors retiré une partie de leur argent du pays », estime sur Twitter, Robin Brooks, chef économiste de l'Institut de la finance internationale.   Un départ ou renversement du président russe produirait un choc majeur tant sur le rouble qu'à la Bourse de Moscou. Les marchés ne croient pas à un tel scénario dans l'immédiat. En revanche, « l'instabilité de la Russie va rester cette année l'une des principales sources de risque géopolitique avec des répercussions sur l'ensemble des marchés internationaux (pétrole, actions…) », estime Matt Gertken, responsable de la stratégie géopolitique chez BCA Research.   Le repli des cours du pétrole cette année (-7 %) a pesé sur la monnaie russe. Sa baisse (-12,5 %) est supérieure à celle des monnaies des autres grands pays exportateurs de pétrole comme la Norvège (-9 %). Lors des années de forte chute du pétrole (2018 et 2020), le rouble avait perdu respectivement 19 % et 16 %.  Une monnaie sous-évaluéeSelon les différents indicateurs de valorisation analysés par la Deut-sche Bank, le rouble est sous-évalué de 4 % à 10 % et de 7 % en moyenne. C'est la troisième monnaie la plus sous-évaluée derrière la livre turque et le rand sud-africain. Le consensus des sept banques interrogées par l'agence Bloomberg anticipe que le rouble perdra 3 % dans les six mois et 16 % d'ici à fin 2024. Le dollar repasserait au-dessus des 100 roubles l'année prochaine.   Or le Kremlin souhaite une monnaie stable qui retrouve la confiance de la population. Face aux incertitudes actuelles, les Russes augmentent leur épargne de précaution et le gouvernement veut que cet argent reste dans le circuit monétaire et bancaire et pas dans l'économie ou la finance informelles. Certains placent une partie de leur épargne dans des banques à l'étranger ou préfèrent convertir leurs roubles dans des devises plus stables comme le yuan. L'or fait aussi figure d'actif refuge contre l'inflation.   Cette année, le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 0,7 % en Russie et une inflation à 7 %. La Banque de Russie est plus optimiste et voit une hausse des prix entre 4,5 % et 6,5 %, et de 4 % en 2024. Elle constate toutefois que la baisse du rouble pourrait avoir un impact plus important que prévu sur l'inflation.   Depuis septembre, la Banque de Russie a maintenu son taux directeur à 7,5 % alors que la majorité des banques centrales ont fortement relevé les leurs. La dernière décision des autorités monétaires russes, il y a neuf mois, était une baisse des taux de 50 points de base.   Nessim Aït-Kacimi </text>
	

	<text titre="Wagner place ses pions en Amérique latine" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24525" auteur="bèle, patrick" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Le Figaro" keywords="wagner, confirmer, latine, Amérique_latine, amérique, prigojine" langue="fr"> LE GROUPE Wagner « est parmi les héros qui ont défendu le peuple syrien et d'autres peuples arabes, africains et latino-américains » , a déclaré Evgueni Prigojine. Une affirmation qui semble confirmer les rumeurs de présence de cette armée privée en Amérique latine. Au Venezuela, plusieurs avions de l'armée russe avaient atterri à Caracas, en mars 2019, avec à leur bord des soldats sans signe distinctif officiel. Ils auraient été au nombre de 400. Alors que la contestation sociale et politique avait failli en finir avec le régime du président Nicolas Maduro, ils ont été chargés de la sécurité rapprochée de ce dernier. Puis leur mission semble avoir évolué vers la protection des intérêts russes dans le pays.
Des entreprises russes participent activement depuis plusieurs années au pillage et à la destruction de la forêt amazonienne pour exploiter, entre autres, des mines d'or. Dans le parc naturel Canaima, classé au patrimoine naturel de l'Unesco, « des militaires russes vêtus d'uniformes des forces armées bolivariennes » ont été signalés par la journaliste indépendante Mariana Reyes, qui avance qu'il s'agit « probablement » de membres de la milice Wagner. Selon Evan Ellis, professeur au U.S. Army War College Strategic Studies Institute et qui a présenté en 2022 un rapport devant le Congrès américain sur le sujet, « la Russie a déployé des équipes militaires, des troupes et des mercenaires » au Venezuela.   La présence militaire russe au Venezuela est encadrée par de multiples accords de coopération. Le dernier en date, signé en 2019, prévoit d'ouvrir l'accès des ports vénézuéliens aux sous-marins russes. Un même accord a été signé avec le Nicaragua. Plusieurs dizaines de conseillers militaires russes sont présentes mais aucun élément ne permet de confirmer que des miliciens de Wagner participent à des opérations dans ce pays qui connaît un mouvement de contestation politique fort depuis plusieurs années.   À Cuba aussi, des conseillers militaires sont présents. Mais il ne paraît pas compatible avec la culture de ce régime militaire d'accueillir des membres d'une armée privée. À quelques encablures de l'île castriste, Haïti, des émissaires de la milice de Prigojine seraient venus proposer leurs services dans le cadre de la lutte contre les gangs ultraviolents qui sèment la terreur dans les rues de Port-au-Prince. Des documents émanant du Pentagone, en avril dernier, évoquent les activités du groupe Wagner en Haïti. Selon le New York Times, qui a pu consulter les documents, des contacts ont eu lieu entre des représentants de Wagner et le premier ministre haïtien, Ariel Henry.   La Russie cherche de plus en plus à étendre son influence en Amérique latine, en concurrence pour cela avec la Chine très présente, notamment dans le cadre des routes de la soie. « L'influence des États-Unis dans la région a considérablement diminué ces dernières années,estime dans un entretien accordé à RFI Andreï Piatakov, chercheur à l'Institut de l'Amérique latine de l'Académie des sciences de Russie. La stratégie principale de la Russie en Amérique latine, c'est de défier la doctrine Monroe » , qui condamne toute intervention européenne dans les affaires du continent américain, et celle des États-Unis dans les affaires européennes. Le chercheur rappelle que les contacts ne se limitent pas aux pays réputés de gauche en Amérique latine. Lors des émeutes de novembre 2019 au Chili, sous la présidence de Sebastian Piñera, des militaires russes s'étaient rendus à Valparaiso pour des « échanges d'expériences ». </text>
	

	<text titre="1917" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Libération" auteur="par dov alfon" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Libération" keywords="pierre, empire" langue="fr"> Oublié, Pierre le Grand, empereur de toutes les Russies, premier leader absolu, bâtisseur de l'empire ; abandonné, le tsar Nicolas Ier, ennemi juré de l'Occident dont la statue trône devant la fameuse table interminable où on installe Emmanuel Macron ; négligée, la Bataille de Poltava (1709), pourtant encore mise en avant il y a un an à peine comme preuve de la résilience des soldats russes ; délaissée, l'annexion de la Crimée (1783) par l'impératrice Catherine II, prouvant la vacuité du droit des nations voisines à se défendre. Toutes les preuves présentées par Vladimir Poutine de la grandeur historique de la Russie, tant rabâchées à son peuple et au monde, ont maintenant été remisées au placard. Dans sa première intervention télévisée après la folle marche sur Moscou d'Evgueni Prigojine et de ses hommes, le chef du Kremlin a brandi un événement dramatiquement différent, baptisé simplement «1917». Pourquoi cette année-là ? «Poutine a toujours eu très conscience de l'importance de la place de la guerre civile russe, entre 1917 et 1921, dans la mémoire collective. C'est une mémoire très puissante», nous explique le grand historien britannique Antony Beevor. Pour Beevor, Poutine reprend l'idéologie des Russes blancs, avec une Sainte Russie orthodoxe et un empire slave, qui s'étend de Vladivostok à Lisbonne. Ressusciter cet empire suppose de se méfier des agitateurs charismatiques comme Prigojine qui ont déjà mené la Russie à une guerre civile ensanglantée. Mais Poutine lui-même, ne faut-il pas se méfier de lui ? «Ces événements ont démontré à quel point la société se consolide autour du Président», a déclaré le porte-parole du Kremlin, mettant en évidence que chez tous les dictateurs, tout va bien jusqu'au moment où rien ne va plus. «Le simple fait d'évoquer le risque d'une guerre civile dans son discours revient à admettre que ce risque existe. Et c'est en soi un incroyable aveu de faiblesse», rappelle Beevor. Indéniablement, Pierre le Grand était un modèle difficile à suivre. ? </text>
	

	<text titre="Russie : Wagner a touché près d'un milliard d'euros de l'Etat russe en un an" date="2023 06 28T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7659" auteur="latribune.fr" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="La Tribune" keywords="rébellion, poutine, russe, wagner, déclaré, somme, vladimir, euros, mardi" langue="fr"> Près d'un milliard d'euros : c'est la somme colossale reçue depuis un an par Wagner de l'Etat russe sur l'année écoulée. C'est ce qu'a déclaré ce mardi Vladimir Poutine, trois jours après la rébellion armée avortée par le groupe paramilitaire, en promettant une enquête sur la façon dont cette somme a été dépensée.
« « Entre mai 2022 et mai 2023, l'État a versé 86,262 milliards de roubles (soit environ 922 millions d'euros au taux actuel, ndlr.) pour les paiements du groupe Wagner », a affirmé le chef du Kremlin, lors d'une allocution publique prononcée devant 2.500 membres de l'armée, des forces de sécurité et de la Garde nationale sur une place à l'intérieur du Kremlin. Une réunion au cours de laquelle Vladimir Poutine a tenu à saluer les militaires russes. »   « Vous avez défendu l'ordre constitutionnel, les vies, la sécurité et la liberté de nos citoyens. Vous avez sauvé notre mère patrie du bouleversement », a-t-il affirmé. « Dans cette situation difficile, vous avez agi avec précision et en harmonie, vous avez prouvé par vos actes votre loyauté envers le peuple russe et le serment militaire. Vous avez pris votre responsabilité dans le destin de notre mère patrie et son futur », a-t-il ajouté.  Transfert des équipements lourds de WagnerDes déclarations qui interviennent alors que des « préparatifs » sont en cours pour transférer les équipements militaires « lourds » du groupe Wagner vers l'armée russe.   Médiateur entre Evguéni Prigojine et Vladimir Poutine, Alexandre Loukachenko, le président biélorusse justement, a estimé mardi que la rébellion était le résultat d'une mauvaise gestion des rivalités entre Wagner et l'armée russe qui n'ont cessé de croître ces derniers mois, une critique implicite de Vladimir Poutine.   « « La situation nous a échappé, puis nous avons pensé que cela se résoudrait, mais cela ne s'est pas résolu », a-t-il déclaré à des journalistes. »   Si l'onde de choc de la révolte conduite par les troupes d'Evguéni Prigojine reste à mesurer, le Kremlin a d'ores et déjà nié que Vladimir Poutine sortait affaibli de cette crise, la pire en plus de deux décennies de règne. Pour nombre d'analystes, la rébellion a mis en lumière des faiblesses du régime de chef du Kremlin et de son état-major face à des hommes lourdement armés. En tout cas, les hommes de Wagner ne seront pas inquiétés.   Les services de sécurité (FSB) ont annoncé mardi l'abandon des poursuites contre Wagner pour « mutinerie armée ». Cette mansuétude, malgré la mort d'un nombre inconnu de pilotes de l'armée admise par Vladimir Poutine, contraste avec l'implacable répression visant opposants et anonymes dénonçant l'offensive militaire en Ukraine. </text>
	

	<text titre="Le flottement à Moscou interroge les Occidentaux" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Le Monde" keywords="poutine" langue="fr"> - Vladimir Poutine a présenté trois possibilités aux mutins de Wagner : l’armée russe, la vie civile, ou le départ pour la Biélorussie   - Pendant ce temps, les bureaux de recrutement de la milice ont rouvert. Les autorités russes abandonnent les poursuites contre Prigojine
- Affichant une position prudente et vigilante, les responsables américains frissonnent à l’idée d’une possible dislocation de l’appareil d’Etat   - « Il s’agit d’une affaire intérieure », clament les dirigeants européens qui, eux aussi, en coulisse, redoutent les répercussions des fragilités de Poutine   - La population russe continue de s’informer. La rébellion de Prigojine a généré 11 milliards de vues sur Telegram en 24 heures </text>
	

	<text titre="Les Européens déterminés à poursuivre leur soutien à l’Ukraine" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cécile ducourtieux, philippe jacqué et philippe ricard" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Le Monde" keywords="étrangères, chef, russe, l’ukraine, josep, ministres, affaires, européenne, borrell" langue="fr"> Bruxelles - bureau européenLondres - correspondante - Il s’agit d’une affaire intérieure russe ! » Lundi 26 juin, les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne et Josep Borrell, son chef de la diplomatie, réunis à Luxembourg, ont multiplié les déclarations pour se distancier des événements qui ont secoué la Russie ce week-end : « Nous n’avons rien à voir avec ça, cela ne nous concerne pas,a insisté Josep Borrell.   Depuis Marseille, Emmanuel Macron est lui aussi resté fidèle à la ligne adoptée par les alliés occidentaux de Kiev, discutée samedi, en pleine mutinerie des forces de Wagner, lors d’un appel avec le président américain, Joe Biden, le chancelier allemand, Olaf Scholz, et le premier ministre britannique, Rishi Sunak. « Ce sont des divisions internes, des manœuvres russo-russes, a déclaré le président français. Tout ça montre les divisions extrêmes qu’il y a en Russie, la fragilité qui s’est installée au cœur du pouvoir russe. »
Une forme d’inquiétudeUne ombre demeure concernant le partage d’informations entre les Américains, qui auraient eu connaissance dès la mi-juin des projets de Evgueni Prigojine, et leurs alliés européens. Josep Borrell assure « avoir été pris totalement par surprise ». L’entourage de Charles Michel, le président du Conseil européen, a pour sa part reconnu avoir été en lien avec la Maison Blanche en fin de semaine dernière, sans pour autant divulguer le contenu des discussions.   Les événements sont venus animer samedi une réunion de concertation, organisée à Copenhague, entre les pays du G7, l’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Afrique du Sud et l’Arabie saoudite – mais pas la Chine – afin de discuter du plan de paix élaboré par l’Ukraine. La rencontre était présidée par Andriy Yermak, le bras droit du président Volodymyr Zelensky, en présence de Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis. « L’image de tous ces conseillers assis aux côtés de l’administration ukrainienne contraste avec les développements intérieurs en Russie », confie l’un des participants.   La mutinerie de Wagner montre que la guerre en Ukraine est en train de « faire craquer » le pouvoir russe, a averti lundi Josep Borrell, qui s’inquiète des effets que cela pourrait entraîner. « Ce n’est certainement pas une bonne chose qu’une puissance nucléaire comme la Russie puisse entrer dans une phase d’instabilité. C’est aussi quelque chose qu’il faut prendre en compte », a observé le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères. « La Russie est(…) l’une des deux plus grandes puissances nucléaires de la planète. Nous ne pouvons pas rester indifférents à ce qui se passe là-bas. Et cela doit nous faire tous réfléchir », a abondé le chef de la diplomatie autrichienne, Alexander Schallenberg.   La « chose la plus importante » est de soutenir l’Ukraine pour qu’elle regagne des territoires occupés, a déclaré le ministre suédois Tobias Billström. Les ministres des affaires étrangères ont confirmé leur accord pour une nouvelle dotation de 3,5 milliards d’euros pour la facilité européenne pour la paix, utilisée pour financer leurs fournitures d’armes à l’Ukraine et les missions militaires à l’étranger.   Lors d’un débat à la Chambre des communes, James Cleverly, le chef de la diplomatie britannique, a expliqué qu’après les événements du week-end, les autorités du pays allaient maintenir « une grande vigilance » à l’égard du Groupe Wagner, l’estimant « potentiellement tout aussi dangereux ».   Egalement très prudent, le chef d’état-major des armées britanniques, le général Sir Patrick Sanders, a relevé de son côté que, malgré les récents développements, « l’armée de Poutine tient toujours bon ». Invité à un colloque du groupe de réflexion Royal United Services Institute, l’officier supérieur a également estimé qu’ « une Russie divisée n’est pas une bonne nouvelle », avançant que les divisions ayant abouti au coup avorté « ne portent pas sur la façon d’arrêter la guerre en Ukraine, mais comment la mener ». p </text>
	

	<text titre="[« Le groupe Wagner est parmi les...]" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24525" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> « Le groupe Wagner est parmi les héros qui ont défendu le peuple syrien et d'autres peuples arabes, africains et latino- américainsEVGUENI PRIGOJINE </text>
	

	<text titre="Pourquoi l'Union européenne se tait sur la Russie" date="2023 06 28T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jade grandin de l'eprevier (à bruxelles)" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="L'Opinion" keywords="evgueni, président, wagner, bruxelles, européenne, alexandre, biélorussie, affaire, russie, mardi, interne, loukachenko" langue="fr"> Pour contrer l'instrumentalisation du Kremlin, Bruxelles répète que la rébellion de Wagner est une « affaire interne » Page 7
Le président de Biélorussie Alexandre Loukachenko a dit mardi qu'Evgueni Prigogine était dans son pays, qui bénéficiera de « l'expérience » de Wagner. Ce déplacement de la milice de mercenaires est un « signal très négatif » pour la Pologne, a déclaré le président Andrzej Duda.   Circulez, rien à voir ? A écouter les responsables occidentaux quelques jours après le « coup de force » de Wagner en Russie, on a parfois l'impression que rien d'exceptionnel ne s'est passé. Façon méthode Coué, ils répètent tous : « C'est une affaire interne à la Russie. » D'accord, mais vu les répercussions géopolitiques et sécuritaires, pourquoi tant de pondération ? En réalité, ce silence a été savamment orchestré samedi dernier entre les dirigeants occidentaux, qui se sont mis d'accord pour ne donner aucune prise à Vladimir Poutine pour instrumentaliser cette crise. Aucune vidéo de dirigeant européen ressemblant de près ou de loin à une ingérence ne doit pouvoir être réutilisée pour manipuler l'opinion publique russe. « Je ne suis pas dans le business du changement de régime », a souligné lundi à Luxembourg le ministre des Affaires étrangères autrichien, Alexander Schallenberg.   Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell l'a martelé en conférence de presse lundi soir : « C'est une affaire interne, nous, nous n'y sommes pour rien. Les causes et les conséquences, il faudra bien y faire face. Mais j'insiste, nous, nous n'avons rien à voir avec ça, nous ne voulons donner aucune excuse ou raison pour faire croire à l'opinion publique russe que nous avons participé à ces événements, qui nous ont pris par surprise pour dire la vérité. » « Aucun prétexte ». L'administration américaine aussi a essayé d'empêcher cette récupération. L'ambassadrice américaine à Moscou, Lynne Tracy, a appelé les autorités russes dès dimanche pour les assurer que les Etats- Unis n'étaient pas impliqués, ont confirmé les diplomates des deux pays. Lundi, le président américain Joe Biden a réaffirmé que les Américains et leurs alliés n'avaient « rien à voir avec ces événements », un « problème interne à la Russie » et qu'ils ne voulaient « donner aucun prétexte à Poutine pour accuser les Occidentaux et pour accuser l'Otan ». Cela n'a pas découragé les officiels russes. Le ministre des affaires étrangères Sergei Lavrir a dit lundi que les services d'intelligence de Moscou enquêtaient pour savoir si des agences d'espionnage occidentales avaient joué un rôle dans l'insurrection de Wagner. De son côté, le président Vladimir Poutine accuse l'Ukraine, mais aussi l'Occident d'avoir souhaité « une effusion de sang » et la « guerre fratricide », finalement évitée en Russie. Kiev et l'Ouest « voulaient que les soldats russes s'entretuent, pour que les militaires et les civils meurent, pour qu'à la fin la Russie perde et que notre société se divise », selon le président russe.   « Tout le narratif de Poutine est de dire qu'Evgueni Prigojine a été l'instrument de l'Occident, explique Jamie Shea, ancien secrétaire général adjoint délégué de l'Otan. Donc pour les Européens, c'est très important de dire que c'est la Russie contre la Russie, et pas Poutine contre l'Ouest. C'est une réponse à la machine de propagande russe qui cherche des boucs émissaires. C'est pour cela que l'Otan n'a presque fait aucune déclaration samedi. Ils se disent: &quot;On doit rester calme et ne pas donner l'impression d'être impliqués là-dedans&quot;. Emmanuel Macron, Olaf Sholz, Rishi Sunak ils ne doivent pas envoyer de messages ambigus, car il serait très facile pour le Kremlin de les instrumentaliser. » Rester prudent. L'autre raison du silence des Européens est la nécessité d'analyser les événements. « Il faut rester prudent, il y a beaucoup de zones d'ombre, a souligné lundi la ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna. On n'a sûrement pas vu toutes les conséquences de ces événements se dérouler jusqu'au bout. » « C'est évident que maintenant, la vision que nous avons de la Russie est tout à fait différente, mais en 24 heures, on ne bâtit pas une stratégie, a commenté Joengrais sep Borrell. Il faudra faire des analyses et prévoir des réponses. » En outre, les événements risquent de réveiller les divisions entre Européens sur l'issue souhaitée de la guerre, en faisant miroiter le danger de l'instabilité politique d'une des plus grandes puissances nucléaires au monde. Faut-il anéantir Poutine, ou celui-ci est-il pour la sécurité européenne un « moindre mal »? Enfin, la question cruciale au programme du Conseil européen des 29 et 30 juin à Bruxelles sera le renforcement du soutien militaire à l'Ukraine, mais aussi aux Etats baltes et à la Pologne, la plupart limitrophes de la Biélorussie où se trouve désormais Prigogine, selon Alexandre Loukachenko. Le président biélorusse a déclaré mardi que son pays bénéficierait de « l'expérience » des mercenaires de Wagner. Le président polonais y a vu un signal « très négatif ». Les Européens sont vite rattrapés par les conséquences des événements du week-end dernier.   @JadeGrandint </text>
	

	<text titre="L'Allemagne prête à déployer 4 000 soldats en Lituanie" date="2023 06 28T00:00:00" journal="La Croix, no. 42654" auteur="corentin mittet-magnan" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="La Croix" keywords="menace, lituanie, week-end, prête, soldats, déployer, allemagne" langue="fr"> Après le coup de force du week-end par la milice Wagner en Russie et l'arrivée ce mardi de son chef Evgueni Prigojine en Biélorussie, la Lituanie se retrouve en première ligne face à une menace nouvelle et imprévisible.   Les capitales de ces deux États, Vilnius et Minsk, ne sont qu'à quelques centaines de kilomètres l'une de l'autre. Pour la rassurer, lundi 26 juin, l'Allemagne s'est dite « prête à déployer durablement une brigade robuste en Lituanie » pour répondre à cette menace.
Le ministre allemand de la défense, Boris Pistorius, propose ainsi de stationner 4 000 soldats dans le pays, un contingent de 800 hommes et femmes étant déjà déployé sur place. L'Allemagne est à la tête du groupement tactique multinational de l'Otan et de son millier de combattants, prêts à défendre ce pays également frontalier de l'enclave russe de Kaliningrad.   Le week-end dernier, le président lituanien Gitanas Nauseda faisait part de son désir de voir l'Otan « renforcer » son flanc est, alertant sur la possibilité de voir des « bouleversements de la même ampleur, voire plus importants »éclater dans l'avenir. Un tel déploiement demandera « des efforts considérables », explique le ministre allemand. Des casernes et des dépôts supplémentaires seront nécessaires à ce déploiement et l'opération devra correspondre aux plans de l'Alliance.   Cette annonce a été faite lors d'un déplacement de Boris Pistorius et du secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, en Lituanie, pays hôte du prochain sommet de l'Alliance organisé à Vilnius les 11 et 12 juillet. Jens Stoltenberg a saisi l'occasion pour annoncer la tenue d'une « réunion de haut niveau à Bruxelles »afin de « progresser dans l'aboutissement de l'adhésion de la Suède à l'Otan ». Candidate depuis juin 2022, la Suède est bloquée par la Turquie qui désapprouve l'asile accordé par Stockholm aux activistes des mouvements d'opposition kurdes. L'objectif de cette rencontre à Bruxelles, en présence de la Turquie, est de permettre au dernier pays scandinave non-membre de l'Otan d'y être intégré d'ici au sommet de Vilnius. </text>
	

	<text titre="Les pays Baltes veulent renforcer leurs défenses" date="2023 06 28T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23989" auteur="virginie robert" annee="2023" mois="6" jour="28" journal_clean="Les Echos" keywords="baltes, pays, événements, week-end, renforcer" langue="fr"> « Les événements du week-end montrent la réalité de l'instabilité politique en Russie, mais aussi à quelle vitesse un convoi peut se déplacer sur son territoire. Il ne faudrait que 8 à 10 heures pour arriver à nos frontières. Cela crée un environnement plus volatile pour la région. Il faut qu'on accroisse notre défense et nos moyens de dissuasion », estimait mardi à Paris Gabrielius Landsbergis, ministre des Affaires étrangères de Lituanie.
Les chefs de la diplomatie des trois pays Baltes ont rencontré Catherine Colonna, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, pour discuter des extraordinaires développements du week-end après la mutinerie avortée du groupe Wagner.  « Ces événements relèvent des affaires intérieures russes. Mais les tensions internes sont mises en lumière. Et les fissures, fractures, failles qui existent dans le système. Il y a encore beaucoup de zones d'ombre. Toutes les conséquences ne sont pas encore visibles »,a-t-elle observé lors d'une conférence de presse.  « Nous allons avoir besoin de temps pour évaluer comment cela impacte la Russie et la situation régionale », a abondé Edgars Rinkevics, ministre des Affaires étrangères de la Lettonie qui prendra la présidence du pays le mois prochain.   Alors que le chef du groupe Wagner Evguéni Prigojine a rejoint la Biélorussie, la Lituanie et la Lettonie ont demandé à l'Otan de renforcer sa présence à leurs frontières orientales. L'Allemagne a annoncé de son côté qu'une brigade de 4.000 hommes serait prochainement postée en Lituanie. Le chef de la diplomatie lituanienne a souligné combien l'appui aérien de la France serait utile. Elle participe à des rotations de surveillance aérienne et devrait les reprendre à l'automne. « Comme l'a dit Emmanuel Macron dans son discours de Bratislava, il n'y a pas de place en Europe pour les fantaisies impériales, c'est un principe », a rappelé Margus Tsahkna, ministre des Affaires étrangères estonien.  Le sommet de l'Otan à VilniusEntre eux, le consensus est total sur la nécessité de continuer à soutenir l'effort de guerre ukrainien, et l'adhésion de Kiev à l'Union européenne comme à l'Otan. « C'est difficile et dangereux d'être dans la chambre d'attente de l'Otan. Il faut qu'on donne des lignes directrices », presse l'Estonien Margus Tsahkna.   Le sommet de l'Otan mi-juillet à Vilnius sera très important. Non seulement parce qu'on y espère, après la Finlande, l'entrée de la Suède pour conforter la défense des pays Baltes et de la Scandinavie, mais aussi parce que les garanties de sécurité accordée à l'Ukraine seront détaillées. Catherine Colonna a d'ailleurs indiqué que la position de la France à ce sujet serait communiquée avant le sommet.   Les pays Baltes sont extrêmement déterminés à accélérer l'armement, la production de munitions et le développement d'une industrie de guerre européenne. Ils réclament aussi des évolutions dans la législation internationale, qu'il s'agisse de l'utilisation des actifs gelés russe, de la poursuite de crimes d'agression devant un tribunal spécial ou du développement d'un droit international mieux capable de gérer les attaques hybrides.   V. R. </text>
	

	<text titre="La Biélorussie, vassale de la Russie" date="2023 06 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="faustine vincent" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="l’armée, poutine, milice, wagner, biélorussie, russie, vladimir" langue="fr"> Après la rébellion avortée de la milice privée Wagner en Russie, Vladimir Poutine a offert trois possibilités aux combattants : s’engager au sein de l’armée russe, retourner à la vie civile ou partir pour la Biélorussie. Sans exclure les deux autres, cette dernière option semble désormais prendre corps. Une partie des mercenaires rejoindraient ainsi leur chef, Evgueni Prigojine, censé se rendre, lui aussi, dans cette ancienne république soviétique, voisine de la Russie, comme prévu par l’accord conclu samedi avec le Kremlin, grâce à la médiation du président biélorusse, Alexandre Loukachenko. Selon ce dernier, M. Prigojine est arrivé, mardi 27 juin, dans le pays après avoir reçu les « garanties de sécurité » promises la veille par le chef du Kremlin. 
Depuis sa médiation surprise pour parvenir à un accord, dont les détails restent inconnus, M. Loukachenko est célébré à Moscou en pacificateur hors pair. Le propagandiste russe Vladimir Soloviev a même appelé à lui remettre le titre de « héros de la Russie ». Le dictateur savoure d’autant plus son heure de gloire que, depuis sa réélection frauduleuse en 2020, il n’est plus que le vassal de Vladimir Poutine. Non seulement il lui doit sa survie politique, mais il sait aussi que la chute du chef du Kremlin pourrait entraîner la sienne. Devant un parterre d’officiers de haut rang, mardi, c’est donc avec un mélange de gourmandise, de fausse modestie et de gravité que l’autocrate biélorusse a livré, avec moult détails, sa version des coulisses de la crise qui a profondément ébranlé le pouvoir russe.   Selon son récit, M. Prigojine refusait de prendre Vladimir Poutine au téléphone, mais il aurait répondu aussitôt à son propre appel. Le patron de Wagner était « complètement euphorique, a raconté le président biélorusse. Nous avons parlé en proférant des jurons pendant trente minutes ». M. Loukachenko a exhorté son homologue russe à ne pas agir trop brutalement, de peur que la crise ne devienne incontrôlable. « J’ai dit à Poutine : “On peut le buter, ce n’est pas un problème. Soit à la première tentative, soit à la deuxième.” Mais j’ai ajouté : “Ne le faites pas” », a-t-il fanfaronné. Après plusieurs rounds de négociations, il a soumis ce plan à M. Prigojine : « “Je vais vous emmener en Biélorussie et vous garantir une sécurité absolue, à vous et à vos gars qui ont avancé ici dans cette colonne(…) ”. Le chaos a été évité comme ça. »« Sauver la face »Alexandre Loukachenko a-t-il vraiment eu l’idée de ce plan ou lui a-t-il été imposé par le chef du Kremlin ? Sous des dehors triomphants, le président biélorusse se retrouve désormais à devoir accueillir sur son territoire un criminel de guerre à la tête d’une armée de mercenaires étrangers connus pour leurs exactions, leurs viols, leurs meurtres et leurs tortures dans plusieurs conflits. Des hommes que la Russie utilisait jusqu’ici dans les batailles les plus dures en Ukraine et dont elle dit aujourd’hui vouloir se débarrasser.   Leur arrivée constituerait une nouvelle menace pour la souveraineté de la Biélorussie, déjà quasiment annexée par la Russie. Depuis le 24 février 2022, le pays sert de base arrière au Kremlin pour conduire sa guerre en Ukraine, même si l’armée biélorusse n’est pas impliquée directement dans le conflit. L’accord, annoncé en mars, du transfert d’armes nucléaires tactiques russes sur le territoire biélorusse a encore renforcé cette annexion rampante.  « La Biélorussie est aujourd’hui un Etat satellite de la Russie, explique Artyom Shraibman, chercheur au think tank Carnegie Russia Eurasia Center . Loukachenko est très utile à Poutine : aussi longtemps que le premier restera au pouvoir, la Biélorussie restera dans l’orbite russe et ne se rapprochera pas de l’Occident. Face à la mutinerie de Wagner,Poutine utilise à nouveau Loukachenko en faisant du territoire biélorusse une terre d’exil pour Prigojine. » De plus, ajoute l’expert, la manœuvre a aussi l’avantage pour Vladimir Poutine de « sauver la face ».   Soucieux de préparer les esprits en Biélorussie à l’arrivée prochaine des mercenaires, M. Loukachenko a vanté les bénéfices qu’en tirera son pays en insistant sur leur « expérience ». « Ils sont en première ligne, ce sont des unités d’assaut, a-t-il souligné . Ils nous expliqueront ce qui compte à l’heure actuelle [sur le plan militaire]. »De nombreuses zones d’ombre demeurent : quand ces hommes arriveront-ils ? Combien seront-ils ? Qui les contrôlera et les financera ? Sont-ils appelés à ne faire que de la formation, comme le laisse entendre M. Loukachenko, ou à remplir d’autres missions ? Lors de son intervention lundi, Evgueni Prigojine a assuré que le dirigeant biélorusse lui aurait proposé une solution permettant « la poursuite du travail dans un cadre légal ».   De son côté, le dictateur a affirmé que le patron du Groupe Wagner et ses troupes étaient invités à rester « un certain temps », « à leurs frais ». Il a également évoqué la possibilité de discuter de la transformation de Wagner en unité au sein de l’armée biélorusse. Démentant les rumeurs sur la construction de camps pour les héberger, il a affirmé que les mercenaires pourraient être logés dans « une des bases militaires abandonnées ». Pour l’heure, ces hommes sont « à Louhansk[Donbass], dans leurs camps », a ajouté M. Loukachenko.  Confusion et inquiétudeMalgré la volonté affichée du Kremlin de museler Wagner, l’hypothèse que la milice continue d’agir depuis le territoire biélorusse – avec l’aval de Moscou – n’est pas exclue. « Non seulement Prigojine déménage en Biélorussie, mais le siège du Groupe Wagner et son adresse légale aussi. Autrement dit, la Russie cède à la Biélorussie la mise en œuvre de certaines activités de guerre hybride » , estime Dionis Cenusa, chercheur associé au Centre d’études de l’Europe de l’Est, en Lituanie.   L’arrivée de centaines, voire de milliers, de mercenaires de Wagner fait craindre le risque d’une escalade. « Je ne sais pas ce que Prigojine compte faire exactement, mais il n’est pas le bienvenu , a averti, mardi, la cheffe de l’opposition biélorusse en exil, Svetlana Tsikhanovskaïa. C’est un criminel de guerre, et il risque d’apporter la guerre en Biélorussie. Il n’est pas exclu qu’il puisse aussi être impliqué dans une nouvelle offensive en Ukraine. » Prigojine, connu pour ses défis à l’autorité, représente également une menace pour M. Loukachenko lui-même, au pouvoir depuis 1994, et qui ne veut pas d’un rival sur son propre territoire.   A l’intérieur de la Biélorussie, l’arrivée du patron de Wagner plonge la population dans la confusion et l’inquiétude. « On ne sait pas exactement pourquoi Prigojine vient ici, ni le rôle de Loukachenko dans cette affaire » , confie au Monde Alexandre, un opposant biélorusse demeuré à Minsk, dont l’anonymat est préservé pour des raisons de sécurité.   Si la perspective de voir le criminel de guerre s’installer en Biélorussie lui déplaît, il estime la portée de cet événement limitée, pour ce qui concerne la situation de la population déjà éprouvée par trois ans de répression dure. Depuis le scrutin contesté de 2020, des milliers d’opposants ont été arrêtés, battus et jetés en prison. Des dizaines de milliers d’autres ont été poussés à l’exil. « Bien sûr, nous n’aimons pas que la Biélorussie soit devenue un refuge pour les parias, poursuit Alexandre. Mais l’arrivée de Prigojine n’affectera pas la situation économique ni le niveau de répression . Et ses mercenaires ne sont pas pires que les forces de l’ordre biélorusses. »Ironie de l’histoire, en juillet 2020, moins de deux semaines avant l’élection présidentielle en Biélorussie, les forces de l’ordre de M. Loukachenko avaient arrêté trente-trois mercenaires du Groupe Wagner au motif qu’ils étaient venus « déstabiliser la situation pendant la campagne électorale », selon les forces de l’ordre. Aujourd’hui, le dictateur, plus dépendant de Vladimir Poutine que jamais, leur ouvre les bras en grand. </text>
	

	<text titre="En Russie, l'avenir incertain du groupe Wagner" date="2023 06 29T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24526" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="Le Figaro" keywords="président, moscou, wagner, décide, russie, groupe, avenir, combattants" langue="fr"> RUSSIE« Si Moscou décide de rappeler les combattants de Wagner et de nous envoyer « Beethoven » ou « Mozart » à la place, nous les accepterons... » Le propos d'un conseiller du président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, pourrait prêter à sourire. Il traduit surtout l'incertitude qui entoure l'avenir du groupe de mercenaires, en Afrique - un de leurs terrains de prédilection - comme en Russie et en Ukraine, après la mutinerie avortée de leur chef, Evgueni Prigojine.   Le groupe peut-il continuer à exister en tant que tel après la spectaculaire équipée qui l'a vu, samedi dernier, prendre le contrôle de la ville de Rostov-sur-le-Don (1 million d'habitants) et entamer une marche sur Moscou ? Cette force d'environ 10 000 hommes - Prigojine parle, lui, de 25 000 hommes - sera-t-elle dissoute, ou « recyclée » d'une façon ou d'une autre, eu égard à la contribution qu'elle a apportée aux combats menés par la Russie en Ukraine, mais aussi au Proche-Orient et sur le continent africain ? Lundi soir, dans une courte intervention à la télévision, Vladimir Poutine a pris soin de distinguer les « traîtres » qui ont organisé la rébellion et « la grande majorité des combattants et des commandants du groupe Wagner, qui sont des patriotes russes, dévoués à leurs compatriotes et à l'État ». 
Le chef du Kremlin a réservé son opprobre à Evgueni Prigojine, à qui il reprocherait une « trahison personnelle » , même s'il ne l'a pas cité nommément. En revanche, les combattants ayant participé à la mutinerie ont été à première vue exonérés de poursuites pénales et Vladimir Poutine a proposé à ceux qui veulent continuer à « servir » la Russie de signer un contrat avec l'armée, de « rentrer chez eux »ou de partir en Biélorussie. Dorénavant, l'avenir de Wagner passe, entre autres, par Minsk. C'est dans la capitale biélorusse, où il est arrivé mardi 27 juin, qu'a été exilé Evgueni Prigojine à la suite de l'accord signé par l'intermédiaire d'Alexandre Loukachenko pour mettre fin à la mutinerie. Une situation qui inquiète les voisins otaniens de la Biélorussie, en premier lieu la Pologne. Son président, Andrzej Duda, a qualifié mercredi de « menace potentielle » la présence de Wagner.   Le président biélorusse a démenti mardi construire des camps pour les combattants de Wagner qui rejoindrait le pays mais s'est déclaré prêt à les accueillir dans des bases existantes. « Leur expérience peut nous intéresser », a dit en substance Loukachenko, dont le pays, également frontalier de l'Ukraine, accueille déjà des milliers de soldats russes. Néanmoins, le média russe d'opposition Verstka rapportait lundi que la Biélorussie était en train de construire sur son territoire plusieurs nouveaux camps pour héberger des combattants de Wagner . « La Biélorussie ne pourra pas offrir à ces hommes une véritable protection si le Kremlin décide de mettre la pression sur Minsk », estime l'Institut sur l'étude de la guerre (ISW), basé à Washington, dans un rapport publié lundi.  « Car Moscou est susceptible de considérer les membres de Wagner qui ont suivi Prigojine en Biélorussie comme des traîtres, même si aucune action n'est engagée contre eux dans l'immédiat » , ajoute l'ISW.   Le groupe de mercenaires sera-t-il en mesure de poursuivre ses activités depuis la Biélorussie ? Seules des hypothèses peuvent être apportées à ce stade. Evgueni Prigojine n'a cessé de répéter que le ministère de la Défense russe souhaitait dissoudre Wagner, en obligeant ses membres à signer un contrat avec l'armée avant le 1er juillet. Une obligation, annoncée le 13 juin, et qui aurait été un déclencheur de cette crise . « Wagner pourrait être démantelé entièrement, ou bien être absorbé »par l'armée, estime l'expert militaire américain Michael Kofman. Même s'il est assez probable que certains responsables de l'institution militaire, et des « services » , verraient d'un bon oeil une disparition de Wagner, le groupe garderait des appuis, dont le général Sergueï Sourovikine, ex-commandant en chef des opérations en Ukraine - et qui aurait été au courant des plans de Prigojine, selon le New York Times.   L'analyste politique russe Tatiana Stanovaïa, estime pour sa part que  « Poutine n'a pas besoin de Wagner ou de Prigojine. Il peut se débrouiller avec ses propres forces. Il en est maintenant certainement convaincu. »  Marat Gabidullin, un ancien commandant de Wagner aujourd'hui exilé en France, explique pour sa part que le groupe est désormais « cassé en deux ». « Sur le front(en Ukraine), il n'y aura pratiquement plus de mercenaires, une autre partie se reportera sur la Biélorussie », souligne-t-il, en estimant que ces derniers pourront continuer d'intervenir à partir de cette nouvelle base. Ce pourrait être le cas en Afrique, où certains, à Moscou, pourraient plaider pour l'engagement de ces mercenaires, qu'ils perçoivent comme de possibles séditieux, loin du territoire russe. Le week-end dernier, tandis que les hommes de Wagner prenaient le chemin de Moscou, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, aurait passé de nombreux coups de fil à ses homologues africains pour les rassurer. « Bien sûr », les paramilitaires allaient continuer leurs opérations au Mali et en Centrafrique, a déclaré lundi Lavrov. Selon Michael Mulroy, un ancien haut fonctionnaire du Pentagone, la tournure des événements ne nuira pas à la réputation de Wagner en Afrique, bien au contraire . « Il a montré qu'il gérait les questions de violence, et c'est bon pour la « marque » Wagner », estimait-il.   En Russie, l'affaire a en tout cas ravivé le débat sensible sur le vote d'une loi sur les sociétés militaires privées - qui n'ont pas d'existence légale. Les derniers événements vont-ils hâter une réglementation de leurs activités ou, au contraire, pérenniser leur maintien - virtuel - dans l'illégalité ? Une question cruciale concerne aussi le nerf de la guerre - le financement des mercenaires. Mardi, Vladimir Poutine a révélé que le budget russe avait financé Wagner à hauteur de 86 milliards de roubles (981 millions d'euros) entre mai 2022 et mai 2023 . « Dans le même temps, la société Concord(dirigée par Evgueni Prigojine, NDLR) a gagné 80 milliards de roubles(866 millions d'euros) en fournissant des services de restauration à l'armée », a-t-il ajouté. L'homme d'affaires Prigojine menait ses activités sur fonds d'État. Une manne qu'il serait sans doute en peine de compenser si ces financements se tarissaient, en dépit des revenus considérables qu'il perçoit, notamment grâce aux matières premières en Syrie et en Centrafrique   Poutine n'a pas besoin de Wagner ou de Prigojine. Il peut se débrouiller avec ses propres forces   TATIANA STANOVAÏA, ANALYSTE POLITIQUE </text>
	

	<text titre="La mutinerie d'Evgueni  Prigojine fragilise-t-elle le groupe Wagner en Afrique ?" date="2023 06 29T00:00:00" journal="La Croix, no. 42655" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="La Croix" keywords="evgueni, wagner, relations, prigojine, limites, atteint, afrique, groupe, mutinerie, ukraine" langue="fr"> Avec l'Ukraine, Wagner a atteint ses limites en Afrique   Thierry Vircoulon  Chercheur associé à l'Institut français de relations internationales (1)L'avenir de Wagner va dépendre des décisions qui seront prises à Moscou. Plusieurs scénarios sont possibles, du simple changement de nom à l'absorption dans un autre groupe. Sans attendre, dès le lendemain de la tentative de coup de force d'Evgueni Prigojine, le ministre russe des affaires étrangères s'est employé à rassurer les dirigeants maliens et centrafricains : même si le PDG de Wagner change, leur a-t-il dit, vous bénéficierez toujours d'un soutien.
La guerre en Ukraine a représenté un gros investissement pour le groupe Wagner, qui a dû dégarnir ses effectifs en Afrique, avec deux conséquences majeures. Premièrement, l'envoi, pour compenser, de combattants syriens et libyens, notamment en République centrafricaine. Deuxièmement, le groupe a atteint ses limites en fourniture d'équipements et d'hommes. Ainsi, Wagner n'est pas présent dans le conflit au Soudan aux côtés de son allié, le général Hemeti. Actuellement, on compte 1 500 combattants de Wagner en Centrafrique, environ 2 000 au Mali et quelques centaines seulement en Libye. On est loin des 25 000 hommes revendiqués par Wagner en Ukraine, où il a constitué une véritable mini-armée. Ces effectifs modestes n'ont pas empêché le groupe de parvenir à repousser un mouvement rebelle en Centrafrique et de permettre aux forces maliennes de regagner du terrain dans le centre du Mali. Tout cela ne se fait pas sans casse. Wagner a perdu des hommes en Centrafrique et au Mali et ses soldats sont harcelés, à l'instar des forces gouvernementales. En Centrafrique, les mercenaires de Wagner font ce qu'ils veulent. Ils ont pris le contrôle du business et font de l'argent. La République centrafricaine, c'est « Wagnerland » ! Au-delà de l'Afrique, le groupe Wagner s'apparente d'ailleurs à une grande holding financière. Une partie des revenus de ce business finit dans la poche de Prigojine, une autre dans celle du Kremlin et une autre sert au fonctionnement du groupe.   Récemment, les masques sont tombés, en deux temps, sur les relations entre Wagner et le Kremlin. Il y a quelques mois, Prigojine avait déjà reconnu son autorité (ce qu'il niait jusque-là) sur ce groupe et, mardi 27 juin, Poutine a publiquement expliqué qu'il l'avait financé. De quoi embarrasser les dirigeants africains. Ces derniers juraient qu'ils avaient simplement signé un contrat d'assistance avec une boîte privée étrangère. À présent, ils se retrouvent dans la position d'alliés objectifs de la Russie et risquent d'être sommés par les bailleurs de fonds occidentaux de choisir leur camp. Les dirigeants locaux sont projetés dans la position de marionnettes de Moscou, comme au temps de la guerre froide. Une réalité qui ne cadre pas du tout avec leur discours nationaliste.   Recueilli par Thomas Hofnung   ----   Le dispositif africain du groupe ne va pas être bousculé   Niagalé Bagayoko  Présidente de l'African Security Sector Network (ASSN)On a tendance à définir Wagner de manière trop restrictive comme une entité mercenaire. En réalité, la gamme de ses activités est bien plus vaste. On peut définir trois types d'activité de Wagner en Afrique. En premier lieu, il y a l'assistance militaire : formation, entraînement-instruction, accompagnement au combat. Son volet illégal inclut des exécutions extrajudiciaires, des exactions, de la torture. Deuxième volet : les activités économiques, via l'exploitation de ressources naturelles, souvent forestières comme en République centrafricaine, ou aurifère et diamantifère. Ces activités s'inscrivent dans le cadre d'accords, mais donnent aussi lieu à des exploitations illégales, et s'écoulent via des trafics.   La troisième branche, enfin, est la branche informationnelle. D'un point de vue légal, ce sont des activités de conseil politique et des campagnes d'influence. Sa déclinaison illégale inclut la désinformation et les interférences dans les élections. Il s'agit, à mon avis, de la plus importante sur le continent africain. On parle beaucoup de la dimension militaire de Wagner, mais ses soldats ont eu au final assez peu d'impact, en dehors de la République centrafricaine. En revanche, la branche informationnelle a démontré une capacité à exceller avec le système de propagande modernisé qu'elle a mis en place en Afrique.   Je ne pense pas que cette mutinerie provoquera une réorientation ou un bousculement majeur des activités de Wagner en Afrique. Certes, Evgueni Prigojine incarne médiatiquement Wagner, mais son contrôle effectif sur l'ensemble de ses activités est moins évident. Le groupe Wagner obéit à des logiques d'intérêt privé, criminel et étatique, mais c'est avant tout une société qui contribue à promouvoir les intérêts de l'État russe à l'étranger. Elle s'est développée avec l'appui et les moyens officiels de la Russie. Donc il est possible qu'il y ait des remplacements et des limogeages parmi ses lieutenants, en fonction de leur proximité avec Evgueni Prigojine. Mais le groupe Wagner est avant tout un instrument et un sous-traitant de la politique étrangère russe, et je ne vois pas comment un tel dispositif pourrait changer.   Il y aura peut-être une guerre d'influence au sein de l'appareil d'État entre factions étato-criminelles. Il y a beaucoup d'autres sociétés de sécurité privées que Wagner. Du fait de cette mutinerie, on assistera certainement à une lutte d'influence entre toutes ces entités, qui sont des émanations de l'appareil sécuritaire russe auxquelles ont été externalisées certaines fonctions. La conséquence en Afrique, ce sera d'abord la reprise en main par l'État russe de la plus médiatisée - et certainement la plus efficace - d'entre elles.   Recueilli par Pierre Sautreuil </text>
	

	<text titre="«Poutine ne comprend que le langage de la force»" date="2023 06 29T00:00:00" journal="Libération" auteur="recueilli par copélia mainardi et anastasia vécrin" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="Libération" keywords="danger, poutine, comprend, mensonge, langage, kremlin, mis, régime" langue="fr"> pages 18-19   P   hilosophe ukrainien, Constantin Sigov est l'auteur de deux textes qui dénoncent notamment le mensonge mis en oeuvre par le Kremlin et le danger absolutiste du régime poutiniste : le Courage de l'Ukraine (éditions du Cerf) et Quand l'Ukraine se lève coécrit
avec Laure Mandeville (Talent Editions). Il revient sur la rébellion éclair de la milice Wagner samedi, finalement étouffée dans l'oeuf ; les troupes d'Evgueni Prigojine, qui cheminaient vers Moscou, ont fait volte-face en fin de journée. Pour le philosophe, ces événements et les discours qui les ont accompagnés   sont révélateurs du point le plus faible du système poutinien : la peur de la vérité. La fuite de Pou-   tine face à la menace montre une vulnérabilité sans précédent. De cette attitude, les Européens devraient selon lui tirer certains enseignements stratégiques, en se résolvant à utiliser le seul langage   compris du dictateur : celui de la force. Comment avez-vous analysé la rébellion avortée du groupe Wagner ? Ce n'est pas totalement une surprise : nous connaissions les fissures entre la milice Wagner et l'armée russe. Cette impressionnante   défaite de l'armée russe révèle que nous assistons à une véritable auto-occupation de la Russie. Evgueni Prigojine est un tueur de masse qui engage ouvertement des criminels recrutés en prison, et c'est   cette brute qui défie le régime, même s'il dit aujourd'hui le contraire, dans un discours où l'usage vulgaire de la langue est très révélateur. Et cela sans aucune résistance de la population. On est loin de la force morale de l'appel   d'un général De Gaulle qui dénonçait le régime illégitime de Vichy. Imaginez en France une armée sans discipline, morale, règles, déontologie ou application du droit Ce qui ressort, c'est un double constat : face   aux civils militarisés, il y a des militaires démoralisés. Et les groupes paramilitaires sont en train de prendre de plus en plus d'importance.   En tant qu'Ukrainien, qu'avez- vous ressenti devant ces événe-   ments ? Avez-vous cru à la fin de la guerre ? Je n'ai pas vu samedi la fin de la guerre mais plutôt une fenêtre pour la décomposition du front russe, l'espoir que l'occupant fuit hors de notre territoire. Tout le monde a pu constater que la soi-disant «main de fer» du dictateur ne fonctionne plus. La fuite de Poutine et la disparition de son avion des radars sont   un premier pas vers le tribunal qui finira par le juger lui, les cadres du régime et les oligarques qui financent la guerre. La décision de La Haye d'émettre le 17 mars des mandats d'arrêts contre Poutine et Maria Lvova-Belova qui a participé à la déportation de dizaines de milliers d'enfants ukrainiens vers la Russie était déjà historique : il faut aller encore plus loin et permettre de juger leurs crimes in abstentia.   Ce qu'il faut souligner, c'est que cette marche vers Moscou samedi était appelée par Prigojine «marche de la justice» Par quelqu'un qui utilise le jargon du goulag ! Ce terme de «justice», les membres de Wagner en ont peur, peur de comparaître devant le tribunal - ils ont déjà été jugés plusieurs fois, et sont pour la plupart passés par la case prison. Dans un premier discours prononcé vendredi, Prigojine a directement mis en cause le régime au nom de cette «justice», l'accusant d'avoir déclenché l'intervention militaire en Ukraine sur la base de motifs fallacieux qui n'ont finalement rien à voir avec l'Otan ni un quelconque danger ukrainien. «La guerre était nécessaire pour qu'un groupe de salauds soit promu», a-t-il notamment fustigé. Neuf ans après l'annexion de la Crimée, Prigojine dénonce donc le mensonge d'Etat pour   gagner en légitimité, et on peut dire aujourd'hui qu'il a révélé le maillon faible du système poutinien : la peur de la vérité.   Jusqu'où Poutine est-il fragilisé   par cet épisode ? Le régime poutinien sort de cet épisode encore plus affaibli : la fracture est totale, à la fois dans la conscience des membres de l'armée, des milices et des populations. Le   contrat social est brisé ! Personne n'est en sécurité, à commencer par les oligarques : Poutine n'est pas capable de protéger leurs avoirs, leur quotidien, leur vie. Tout le monde   a peur. Ce syndrome de l'autodestruction, plus ou moins masqué, est devenu explicite et nous allons certainement assister à d'autres scènes de ce type, de volte-face et de tombées de masques.   Selon vous, quel impact ces événements peuvent avoir sur la suite de la guerre ? Nous avons désormais la réponse à la question : «Faut-il ou non humilier Poutine ?» Emmanuel Macron affirmait que non, et ce même après Boutcha et les massacres aux environs de Kyiv. Nous avons ce weekend assisté à une grave humiliation de Poutine et sa réaction est   éloquente. Il n'a pas envoyé des avions et des missiles à longue portée contre Prigojine. Il a prononcé un discours honteux, il a signé un chèque, accepté un deal. Il a donc abdiqué devant la force, seul langage qu'il comprend. C'est une leçon pour les leaders d'Occident : face à Poutine, la force est le seul chemin vers la paix.   Selon vous, les Occidentaux devraient donc durcir davantage leur position face à la Russie Et pas seulement : manifester leur force ! Il y a un retard énorme dans les fournitures des armes nécessaires ; or comme le disait déjà Petr Pavel, président de la République tchèque et ex-chef du Comité militaire de l'Otan, il faut donner toutes les armes nécessaires, sauf évidemment le nucléaire, pour arrêter le régime terroriste de Poutine. La question est simple : l'Occident peut-il être plus fort que Prigojine ? Peut-il   faire mieux que la milice Wagner et ses 25 000 soldats ? L'historien américain Timothy Snyder expliquait que ce n'est pas sa défaite en Ukraine qui représente un danger mortel pour Poutine. Il peut se retirer de l'Ukraine sans être tué. En revanche, samedi, nous avons vu comment il réagit au danger mortel. C'était une expérience de laboratoire absolument scientifique. Se retirer totalement   d'Ukraine, libérer tous les territoires occupés, y compris la Crimée, c'est finalement beaucoup moins grave pour lui que d'être encerclé à Moscou par les troupes Wagner. Il   faut prendre au sérieux cet enseignement et agir en conséquence. Les Européens doivent faire beaucoup plus pour remettre Poutine à sa place en l'invitant à respecter l'ordre international et en libérant totalement l'Ukraine. La seule chose que Poutine vendait encore jusqu'au printemps, c'était la peur, et les Européens achetaient cette peur. C'est fini : on sait désormais que Poutine a beaucoup plus peur que nous ! Il faut dire non, établir des sanctions plus fortes et radicales, sortir de cette intimidation. L'Europe doit notamment imposer le contrôle international de la station nucléaire de Zaporijia. La sécurité de toute l'Europe est en jeu. Ce conflit peut être résolu beaucoup plus rapidement qu'on ne le croit.   Cet événement peut-il influer sur la population russe, servir d'électrochoc ? La population russe est totalement séparée du pouvoir : personne, même sur les réseaux sociaux, n'a manifesté pour défendre le système de Poutine. L'apathie est totale. Quel contraste avec ce que nous vivons à Kyiv où au moment des premiers bombardements, des milliers d'Ukrainiens ont appelé à défendre notre liberté, dans la capitale et ailleurs ! En face, il n'y a pas de nation russe : au sens politique du   terme, elle n'existe pas. La docilité de la grande majorité de la population donne le sentiment qu'il n'y a rien à défendre : personne n'a cherché ce week-end à redevenir citoyen, hélas. La politique pratiquée par le Kremlin du «chacun pour soi, sauve qui peut» fonctionne, et la société est totalement atomisée. En Ukraine, nous avons compris le printemps dernier que l'agresseur   ne connaissait rien à ce qu'était l'Ukraine depuis trente ans. On constate désormais que les dirigeants russes ne connaissent pas non plus leur propre pays, ils ne savent pas où ils habitent. Le poutinisme veut nier la réalité, et deux instruments puissants sont utilisés à cette fin : le mensonge et la violence. C'est un serpent qui se mord la queue, mais ce cercle vicieux peut être brisé.   «Les Européens doivent faire beaucoup plus pour remettre Poutine à sa place en l'invitant à respecter l'ordre international et en libérant totalement l'Ukraine.» </text>
	

	<text titre="Pour Vladimir Poutine, l'impossible retour à la normalité" date="2023 06 29T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23990" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="Les Echos" keywords="normalité, pouvoir, poutine, kremlin, manifestations, jamais, vladimir" langue="fr"> En près d'un quart de siècle au pouvoir, le maître du Kremlin a déjà été bousculé par quelques incendies sociaux et manifestations politiques, mais jamais directement menacé, comme cela fut le cas le week-end dernier. La folle mais vaine épopée d'Evguéni Prigojine a bien fait trembler le régime. Le chef des Wagner, connu pour son efficacité au combat et son langage cru, est avant tout un oligarque, affairiste profitant de ses contacts au Kremlin pour son business dans la restauration et les forces mercenaires. Partie intégrante du système au pouvoir, il ne dispose pourtant d'aucun clan politique. Son seul soutien : Vladimir Poutine.
Le président, qui ne cite pas le nom d'Evguéni Prigojine, tout comme il ne nomme jamais Alexeï Navalny, le plus célèbre de ses opposants, sort ridiculisé et affaibli de cette « insurrection » mystérieuse. « Une trahison », a froidement fustigé Vladimir Poutine. Officiellement, il parlait d'une traîtrise à la nation. Mais c'est une affaire personnelle. Pendant des années, il a nié tout lien avec Wagner. En réalité, il protégeait son ancien chef restaurateur. Il vient de reconnaître avoir « complètement financé » son armée privée (avec près d'un milliard d'euros sur un an).  Ne pas chercher de rationalitéUne fois encore, le mythe de la verticalité du pouvoir en sort ébranlé. Vladimir Poutine ne contrôle pas tout, pas même ses alliés qu'il gâte en argent et en armes. C'est un équilibriste. Un « centriste », osent même dire certains ayant travaillé avec lui : entre les différentes tours du Kremlin, et au-delà comme la turbulente et imprévisible tour Wagner, il bâtit des compromis. Puis il s'adapte, en tacticien plus qu'en stratège. « Ne cherchez pas trop de rationalité dans ce qui se passe. C'est un réflexe occidental qu'il vaut mieux ne pas trop appliquer à la politique russe… », a confié aux « Echos », le week-end dernier, un ex-haut responsable du Kremlin qui a gardé d'influents contacts au sommet.   Tout comme l'économie russe sait se montrer résiliente face aux sanctions occidentales, le régime politique sait absorber les chocs, extérieurs et intérieurs. Vladimir Poutine, qui déteste agir sous pression et dans la précipitation, a certes été contraint d'improviser une allocution télévisée aux premières heures de la révolte. Deux jours après, son porte-parole a promis des « décisions importantes » lors d'un nouveau discours à la télévision.  Une façade de stabilitéLes onze petites minutes de cette deuxième intervention, loin des longues diatribes présidentielles s'enracinant dans l'histoire pour in fine annoncer des oukases aux terribles conséquences, ont déçu les commentateurs occidentaux. Mais le chef du Kremlin ne s'adresse pas à l'Ouest. Il parle aux Russes. Et le message est clair : le choc passé, l'heure est au retour à la normalité, obsession d'un président espérant reprendre la maîtrise du temps et de l'agenda. Avec en vue : la présidentielle du printemps 2024.   Comme certains en plaisantent à Moscou, cette élection doit « faire élire Poutine après Poutine ». Ce ne sera pas un scrutin politique mais un exercice de communication pour entretenir cette façade de « stabilité » : il faut montrer aux Russes (et non aux Occidentaux…) que le président est légitime et non un autocrate. A ce jeu-là, Evguéni Prigojine devait tenir un rôle clé. Face aux revers militaires en Ukraine, l'opposition nationaliste monte. De plus en plus de Russes, d'habitude fidèles au pouvoir, reprochent à l'armée son inefficacité et au Kremlin sa fébrilité. Poutine-le-centriste est moqué en président faible. Avec ses victoires sur le front et ses formules chocs contre la hiérarchie, Prigojine-le-populiste sait parler à cette opposition-là. Il canalisait les mécontents mais restait sous le contrôle du Kremlin, faisant donc revenir ces électeurs dans la bergerie poutinienne.  Un président affaibliQue va devenir Evguéni Prigojine ? Surtout, que faire de sa popularité et comment désormais parler aux mécontents nationalistes ? Plus que les petites manifestations de soutien samedi dernier le long de sa « marche » entre Rostov-sur-le-Don et Moscou, rassemblements bien orchestrés, filmés et injectés sur les réseaux sociaux, un chiffre devrait inquiéter le Kremlin : la « rébellion » Wagner a généré 11 milliards de vues sur les chaînes Telegram russophones en vingt-quatre heures. Les Russes ont donc tout suivi. Loin de la propagande des télévisions publiques sur « la normalité ». Et loin des discours de Vladimir Poutine sur « l'unité » de la nation face à la fronde.   Le scénario du week-end dernier a paru à la fois chaotique et cousu de fil blanc. Vladimir Poutine n'est pas réputé pour tirer les leçons de ses erreurs. Remettant la responsabilité aux ennemis, extérieurs et intérieurs, il ne reconnaît pas d'erreur. Au début de l'insurrection, il n'y a pas forcément eu un complot fomenté à l'avance. Mais, à la fin, il y a au moins trois conséquences : l'exclusion du chef Wagner du jeu politique et, contrepartie sans doute négociée, le probable départ du ministre de la Défense ; mais aussi l'affaiblissement du président. Dans l'une des tours du Kremlin, quelques architectes de « l'après Poutine » se réjouissent. En attendant la suite.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="Les pays baltes et la Pologne face à un « nouveau défi sécuritaire » dans la région" date="2023 06 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="sylvie kauffmann sylvie kauffmann et philippe ricard" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="face, baltes, président, pays, défi, sécuritaire, prigojine, paris, biélorussie, juin, d’evgueni, région, pologne" langue="fr"> L’arrivée d’Evgueni Prigojine en Biélorussie, confirmée mardi 27 juin par le président Alexandre Loukachenko, inquiète les pays baltes voisins, ainsi que la Pologne. En visite à Paris avec leur homologue estonien, les ministres des affaires étrangères de Lettonie et de Lituanie, Edgars Rinkevics et Gabrielus Landsbergis, ont fait part dans des entretiens au Monde de leur inquiétude face au danger pour la sécurité dans leur région que représente l’installation chez leur voisin du patron du Groupe Wagner et de ses hommes. Les trois ministres baltes se trouvaient à Paris pour des rencontres avec leur collègue française, Catherine Colonna, à deux semaines du sommet de l’OTAN à Vilnius – la capitale lituanienne –, qui doit préciser les perspectives d’adhésion de l’Ukraine.
Le président russe, Vladimir Poutine, a offert la possibilité aux hommes du Groupe Wagner de se rendre en Biélorussie, et M. Loukachenko a annoncé qu’ils étaient les bienvenus « pour quelque temps ». Ces troupes, a-t-il dit, ont une expérience et une expertise militaires « de grande valeur »pour la Biélorussie.   Pour Edgars Rinkevics, si elle venait à se confirmer, l’arrivée de troupes de Wagner dans ce pays « poserait un nouveau défi pour la sécurité non seulement de l’Ukraine, mais aussi pour celle des pays baltes et de la Pologne ». Il appartiendra alors « à l’OTAN et à l’Union européenne d’évaluer la nouvelle situation ainsi créée pour la sécurité régionale. Un nouveau type de sanctions devra être envisagé contre la Biélorussie, similaire à celui qui frappe la Russie ». Le ministre estime que les Européens ont eu raison, dans un premier temps, de traiter la mutinerie de Wagner « comme une affaire interne à la Russie et d’être prudents. Mais maintenant c’est différent, c’est un problème qui affecte la sécurité des pays baltes ».   Gabrielus Landsbergis est aussi d’avis que l’accueil d’Evgueni Prigojine par M. Loukachenko « change la donne sécuritaire ». « Quand on voit la vitesse à laquelle Wagner a pu se déplacer pour remonter en direction de Moscou, dit-il,  on peut imaginer ce qui peut se passer en Biélorussie, vers les frontières lituaniennes et polonaises. Si Prigojine garde un lien avec Wagner, cela veut dire qu’il est capable de préserver un espace politique et qu’il garde un degré d’autonomie. » Pour le ministre lituanien, « l’annonce de l’Allemagne d’envoyer une brigade en Lituanie, de 4 000 hommes, tombe à pic, même si les modalités de ce déploiement ne sont pas encore connues ». La Lituanie réclame un soutien supplémentaire en matière de défense antiaérienne, et serait prête, selon M. Landsbergis, à s’équiper du système franco-italien SAMP/T, tout en participant par ailleurs au projet de « bouclier du ciel », piloté par l’Allemagne, au sein de l’OTAN. Son collègue letton relève que le renforcement du dispositif des troupes de l’Alliance atlantique dans les trois républiques baltes « n’en est qu’à ses débuts ». Selon ce que révéleront « les renseignements collectés sur les mouvements, l’équipement et les intentions des mercenaires », dit-il, « il faudra peut-être prévoir des déploiements supplémentaires ».   En Pologne, les autorités sont tout autant en alerte. « Nous avons renforcé les frontières, celles avec la Biélorussie et la région de Kaliningrad », a fait savoir Mariusz Blaszczak, ministre de la défense polonais. « Le déplacement des forces russes vers la Biélorussie, par le biais du Groupe Wagner et de son chef, est un signal très négatif pour nous, que nous voulons soulever avec force auprès de nos alliés », a estimé le président polonais, Andrzej Duda.  « Ne pas sous-estimer la Russie »Comme en écho, Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, a annoncé mardi, en marge d’un dîner à La Haye avec sept dirigeants (parmi lesquels M. Duda) de pays membres de l’Alliance, que celle-ci allait décider, lors du sommet annuel à Vilnius, les 11 et 12 juillet, de renforcer ses systèmes de défense,en particulier sur son flanc est, dans les Etats en première ligne face à la Russie. « Nous avons envoyé un message clair à Moscou et à Minsk : l’OTAN est là pour protéger chaque allié et chaque parcelle du territoire de l’OTAN », a-t-il affirmé. Et de poursuivre : « Il n’y a donc aucune place pour un malntendu à Moscou ou à Minsk quant à notre capacité à défendre les alliés contre toute menace potentielle. »M. Stoltenberg, qui devait rencontrer Emmanuel Macron mercredi à l’Elysée, a également insisté sur le fait que l’Occident « ne doit pas sous-estimer la Russie » malgré les événements chaotiques du week-end dernier.   Quelles leçons tirer des événements du week-end des 24 et 25 juin ? Après la rébellion avortée d’Evgueni Prigojine, Gabrielus Landsbergis considère qu’ « au fond, il s’agit d’une révolte militaire, car il est très difficile de distinguer cette milice du reste des forces armées. C’est une entité privée qui mène ses propres opérations, mais qui a toujours répondu aux objectifs de l’Etat russe. La Russie n’a pas attendu ces événements pour être dans un état d’instabilité prononcé depuis le début de l’invasion. Si Poutine est forcé d’arrêter la guerre, ce sera le début de sa mise à l’écart. Il ne pourra pas expliquer à ses partisans pourquoi il a déclenché une telle invasion et a échoué ».Le ministre letton, pour sa part, pense qu’à ce stade, « personne n’a encore une véritable compréhension, ni en Occident, ni dans les pays baltes, ni même au Kremlin, de la magnitude »des événements du week-end des 24 et 25 juin en Russie. « Le régime n’est pas aussi consolidé » qu’il a pu paraître, constate-t-il. « Les élites militaires se font la guerre », ce qui montre à Poutine « qu’il a plus à craindre de ses propres seigneurs de guerre – et pas seulement celui de Wagner – que des démocrates qu’il a emprisonnés. Et ces armées privées sont sa propre création. »M. Landsbergis ne pense pas que ces événements ont eu un impact sur le terrain dans la guerre en Ukraine, « pour autant que l’on puisse le savoir. Mais la confusion politique suscitée par ces divisions peut avoir un effet sur les militaires russes engagés en Ukraine. Elle pourrait donner des opportunités aux Ukrainiens, et ils doivent l’utiliser. Ce n’est pas le moment de leur demander de ralentir leur contre-offensive. Les Ukrainiens avancent, et certains jours apportent de bonnes nouvelles. Ils nous ont prévenus depuis longtemps de ne pas être trop optimistes. Les Russes sont bien retranchés. Ce sera une bataille acharnée ».  « L’automne » de PoutineMais pour les deux ministres, il est essentiel de ne pas dévier de l’objectif : soutenir l’Ukraine et l’aider à regagner ses territoires. Edgars Rinkevics, qui vient d’être élu président de Lettonie après douze ans à la tête de la diplomatie lettone, et prendra ses fonctions le 8 juillet, a retweeté, lundi, une information en russe sur le discours de Vladimir Poutine en lui ajoutant ce commentaire : « L’automne du dictateur. » « Il serait prématuré de dire qu’il est fini, mais il est gravement blessé », estime-t-il.   Cette instabilité est-elle une source d’espoir ou d’inquiétude ? « Il y a toujours de l’espoir, dit Gabrielus Landsbergis. La Russie sauvera la Russie, d’une façon ou d’une autre. Aucun acteur étranger n’a jamais été capable, dans l’histoire russe, de le faire. Dans les années 1990, on a cru que l’instabilité amènerait quelqu’un de pire que Mikhaïl Gorbatchev, mais Boris Eltsine a su saisir sa chance, et ce fut probablement l’un des moments, les plus prometteurs pour la Russie. Cela a permis d’entrevoir ce que serait une Russie démocratique, essayant de se moderniser, avant que la tendance ne s’inverse. » </text>
	

	<text titre="La Centrafrique, pays-clé dans la stratégie africaine de Wagner" date="2023 06 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="cyril bensimon" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="d’un, wagner, centrafrique, afrique" langue="fr"> Dissolution au profit d’un clone ou d’un concurrent, reprise en main par le Kremlin qui lui avait jusque-là largement délégué sa politique d’expansion en Afrique, ou statu quo ? Les conséquences de la révolte d’Evgueni Prigojine sur le déploiement de Wagner en Afrique ne sont pas encore mesurables. Lundi 26 juin, Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a assuré, sur la chaîne de télévision RT, que le travail de ces mercenaires «[allait] bien sûr continuer »au Mali et en République centrafricaine (RCA), deux pays « amis ».A Bamako comme à Bangui, où l’on ne reconnaît que la présence d’ « instructeurs russes », la mutinerie d’Evgueni Prigojine a été suivie avec inquiétude dans les cercles du pouvoir, avec des nuances. Selon nos informations, au Mali, les relations entre les quelque 1 600 hommes de Wagner et les militaires putschistes, qui ont fait appel à eux fin 2021, se sont dégradées, notamment du fait des difficultés de paiement de Bamako. En RCA, que le groupe a investi à partir de janvier 2018 après s’être assuré auprès de la partie centrafricaine du financement de son intervention par l’obtention de licences minières, les relations semblent en revanche stables.
En cinq années de présence, les hommes de Wagner, visage officieux de la Russie en Afrique, ont pénétré le cœur du pouvoir à Bangui et installé leur emprise économique en contrepartie de la protection qu’ils assurent aux autorités. Diamants, or, bois, contrôle des douanes pendant un temps, sécurisation de convois routiers entre la capitale et la frontière camerounaise et même, plus récemment, production de bière : en RCA, Wagner a étendu ses ramifications financières comme dans aucun autre pays.  « Brouiller les pistes »Mardi 27 juin, dans l’objectif de « cibler les sources de revenus du Groupe Wagner afin de l’empêcher de s’étendre en Afrique, en Ukraine ou ailleurs »,le département du Trésor américain a imposé un nouveau volet de sanctions à trois entreprises liées à Wagner : Midas Resources, qui possède plusieurs mines en Centrafrique, Diamville, spécialisée dans l’or, et Industrial Resources General Trading, accusée de gérer les transactions pour le compte de Diamville.   Plusieurs sources évoquaient, dans les jours précédant la tentative de coup de force d’Evgueni Prigojine, une intense activité sur l’aéroport de Bangui-M’Poko.   S’agissait-il de livrer du matériel militaire aux forces armées locales, après le déchargement de nouveaux avions de combat L-39 Albatros « pour répondre aux violations de l’espace aérien centrafricain »,comme l’a indiqué en mai la Russie ? Effectuer des rotations de personnel ? Transférer le fruit de leur prédation vers la Russie ou les Emirats arabes unis, où est basée la compagnie Kratol Aviation qui assure la logistique aérienne de Wagner, entreprise déjà sous sanction américaine depuis janvier ?  « L’aéroport est désormais entièrement contrôlé par les Russes. La mission des Nations unies n’a plus de caméra de surveillance et l’utilisation de drones est soumise à un accord préalable. Il n’y a plus aucune vérification du matériel qui arrive, seulement une notification qui risque, elle aussi, d’être prochainement supprimée par le Conseil de sécurité des Nations unies »,relate une source onusienne, inquiète de la perte de contrôle progressive des quelque 16 000 militaires et policiers déployés dans le pays sous les couleurs de l’ONU.  « La RCA est la plaque tournante du déploiement de Wagner en Afrique et les derniers signaux indiquaient plutôt un renforcement de leur présence,ajoute la même source. A Bouar (ouest), ils ont interdit l’accès de l’aéroport aux casques bleus et planté des mines d’alerte pour empêcher les gens de s’approcher. Ils seraient aussi en train d’aménager la piste à Bérengo[dans l’enceinte du palais de l’ex-président Jean-Bédel Bokassa] et utilisent de plus en plus celle d’Awakaba [dans le nord-est du pays] qu’ils ont réhabilitée. Pour brouiller les pistes, ils utilisent aussi désormais un Iliouchine-18 enregistré par la Centrafrique. »Marge pour accroître les effectifsQue ce soit à travers Wagner, un successeur ou même un déploiement de militaires du rang, la Russie dispose d’une marge si elle veut accroître ses effectifs sur place. En août 2022, la RCA avait notifié au Conseil de sécurité des Nations unies sa volonté d’augmenter les effectifs des « instructeurs russes »de 3 000 hommes supplémentaires. A ce jour, certaines sources font état de la présence d’environ 2 500 paramilitaires sur l’ensemble du territoire, soit à peu près le même nombre qu’avant le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, alors que leur effectif avait été ramené aux environs de 1 100 hommes en milieu d’année.   De fait, le conflit entre Kiev et Moscou, qui aurait pu entraîner une réorientation des priorités du groupe vers l’Europe, a en réalité permis à Wagner de démontrer « sa résilience et son adaptabilité », indique Nathalia Dukhan, responsable du programme Wagner pour l’ONG The Sentry. « Quand Wagner a retiré une partie de ses mercenaires de Centrafrique pour aller appuyer l’invasion de l’Ukraine, le groupe a muté en un monstre plus agressif, plus prédateur », explique l’enquêtrice, auteure du rapport Architectes de la terreur : comment le Groupe Wagner renforce son emprise sur l’Etat en RCA.Selon elle, « une double chaîne de commandement » a été mise en place au sein des unités centrafricaines chargées de combattre les rebelles de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC). L’une pour les opérations se déroulant à Bangui est gérée par des membres du premier cercle du président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, tandis que la seconde, en charge des opérations dans le reste du pays, est placée sous l’autorité exclusive des hommes de Wagner, dirigés, courant 2021, par Vitali Perfilev. Le mode opératoire de ces unités, chargées du « nettoyage »ou du « ratissage » des zones rebelles ou considérées comme telles, se caractérise par la consigne de « ne laisser aucune trace »,selon des témoignages de plusieurs de ses soldats obtenus par The Sentry.   Engagé dans la quête d’un troisième mandat, qui lui impose l’organisation d’un référendum constitutionnel prévu fin juillet, Faustin-Archange Touadéra semble avoir lié son destin à celui de la Russie. La réciproque est peut-être moins évidente. En parallèle du soutien que Wagner a apporté au président Touadéra, y compris dans son projet de réforme de la Constitution, le groupe a, selon The Sentry, continué à protéger l’ancien premier ministre Firmin Ngrebada. Celui-ci pourrait s’avérer être un remplaçant de choix, le cas échéant. </text>
	

	<text titre="Les dictatures ne sont pas si stables" date="2023 06 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="par gilles paris" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="dictatures, jusqu’à, jour, régime, stables" langue="fr"> Le 25 janvier 2011, après le premier jour de manifestations monstres au Caire contre le régime usé jusqu’à la corde d’Hosni Moubarak, la secrétaire d’Etat américaine de l’époque, Hillary Clinton, avait fait part de l’analyse de Washington. « Nous estimons que le gouvernement égyptien est stable et qu’il cherche à répondre aux besoins et aux intérêts légitimes du peuple égyptien », avait-elle indiqué. Seize jours plus tard, il était balayé.   L’anecdote a été rappelée le 24 juin par le politologue Shadi Hamid, de la Brookings Institution, alors que la mutinerie d’Evgueni Prigojine, patron de la milice privée Wagner, était toujours en cours. Vladimir Poutine a, lui, surmonté la crise, comme la Russie a surmonté jusqu’à présent l’épreuve des sanctions occidentales.
Sans doute la réaction de la diplomate en chef des Etats-Unis traduisait-elle, il y a douze ans, l’embarras face à l’incertitude qui venait de s’abattre sur un allié de longue date de Washington. Mais Mme Clinton reprenait néanmoins à son compte l’argument martelé par les régimes autoritaires comme par les plus impitoyables dictatures : la stabilité, qui serait l’une de leurs vertus cardinales.   Un universitaire de Stanford et futur ambassadeur américain à Moscou, Michael McFaul, avait pourtant présenté la thèse opposée dans un ouvrage publié en 2009. « Plus un régime démocratique survit longtemps, moins il risque de s’effondrer », estimait-il. Les contre-exemples birman ou soudanais de démocraties fragiles en attestent, la longévité démocratique étant souvent indexée par ailleurs sur le niveau de développement. A l’inverse, analysait-il, « plus une autocratie survit longtemps, plus elle risque de s’effondrer ».Les dictatures sont presque toujours moins stables qu’elles ne le prétendent…   Après bientôt un quart de siècle de verticale poutinienne, le retour au calme constaté à Moscou depuis la volte-face de l’entrepreneur-milicien félon ne suffira pas à effacer un nouveau signe de sclérose qui s’ajoute à ceux dévoilés par la décision hasardeuse du maître du Kremlin d’envahir l’Ukraine. Elle a déjà conduit à une réévaluation douloureuse de l’état de l’armée russe, présentée abusivement comme le symbole d’une puissance retrouvée après les interventions en Syrie, en Géorgie, dans le Donbass et en Crimée, contre des oppositions, il est vrai, d’une faiblesse alors évidente.   Bien que la Russie ait trouvé désormais d’autres clients que les Européens pour financer sa guerre en achetant son pétrole, dont elle reste le troisième producteur mondial, l’effet de cliquet des sanctions de l’Occident et le coût des combats vont désormais peser sur la matrice du poutinisme tant que durera la guerre.   Ses caractéristiques pendant près de deux décennies sont restées constantes : l’érosion permanente des critères mesurant l’état des droits politiques et des libertés publiques d’une part, la croissance du PIB d’autre part.   Les exportations de pétrole russe ont beau atteindre des niveaux record grâce à des pays qui s’abstiennent lors des votes sur l’Ukraine aux Nations unies – la Chine comme l’Inde –, elles se font à des prix bradés. D’où les tensions qui se sont manifestées avec l’Arabie saoudite lors du dernier sommet de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole élargie à Vienne, début juin, lorsque le royaume, métronome de fait du cartel, a plaidé en faveur d’une baisse de la production.   Il se trouve que la stabilité autocratique est le produit de sa performance, et non l’inverse, comme le soulignent les soubresauts répétés enregistrés en Iran, ou le revirement rapide de Xi Jinping à propos de la politique zéro Covid en Chine. C’est d’autant plus vrai pour la Russie que la verticale poutinienne ne dispose d’aucun tuteur. Ni d’une idéologie comme celle sur laquelle se repose le régime iranien d’extraction révolutionnaire, si épuisée soit-elle, ni d’un auxiliaire comme le Parti communiste chinois, qui offre par son fonctionnement, ses congrès et ses promotions internes, une perspective dépassant le seul horizon de M. Xi.  Apathie de la sociétéLa réaction de la société russe, pendant les heures incertaines de l’insurrection de M. Prigojine, en a témoigné de manière éclatante. Le 22 février, une foule munie de drapeaux avait été dûment convoquée au stade Loujniki, à Moscou, pour acclamer le maître du Kremlin à l’occasion du premier anniversaire de l’« opération spéciale ». Quatre mois plus tard, l’apathie l’a disputé à l’attentisme face à un jeu auquel les citoyens de la Fédération n’entendaient manifestement pas se prêter.   Le patriotisme administratif réquisitionné en février a été muet lors de l’épreuve à ce jour la plus sérieuse à laquelle M. Poutine a été confronté, pendant laquelle M. Prigojine a en outre méthodiquement démonté le récit national de l’invasion de l’Ukraine réduite à l’ambition d’affairistes. Il n’a pas été question dans la bouche du seul responsable militaire russe à pouvoir se prévaloir d’une victoire au cours des derniers mois, à Bakhmout, à un prix sans doute exorbitant, de défendre «[leurs] terres historiques », comme asséné au stade Loujniki, encore moins de menaces de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord justifiant l’agression.   Cette réfutation n’a pu que renforcer le cynisme généralisé cultivé par la verticale du pouvoir russe. Comme l’écrit l’historienne Anne Applebaum, spécialiste de la Russie, dans The Atlantic:« Si vous ne savez pas ce qui est vrai, après tout, il n’y a rien que vous puissiez faire. Protester ne sert à rien. L’engagement est inutile. » Cette apathie a protégé jusqu’à présent le maître du Kremlin, comme il en a toujours fait le calcul, contre les contestations. Elle présente cependant un revers. « Si personne ne se soucie de quoi que ce soit, cela signifie que personne ne se soucie du chef suprême, ni de son idéologie, ni de sa guerre » , poursuit Mme Applebaum. Or, l’isolement est rarement un ressort durable de pouvoir. </text>
	

	<text titre="L’Etat russe a financé Evgueni  Prigojine" date="2023 06 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="wagner, russe, l’etat, prigojine" langue="fr"> Trois jours après la rébellion armée avortée du groupe paramilitaire Wagner en Russie, Vladimir Poutine est de nouveau intervenu, mardi 27 juin, pour déclarer que « l’Etat russe avait complètement financé » les mercenaires d’Evgueni Prigojine déployés en Ukraine pour combattre. « Entre mai 2022 et mai 2023, l’Etat a versé 86,262 milliards de roubles [environ 922 millions d’euros] pour les paiements du Groupe Wagner », a-t-il affirmé lors d’une réunion avec des responsables militaires diffusée à la télévision russe, tandis que la société mère d’Evgueni Prigojine, Concord, avait, « en même temps, gagné 80 milliards de roubles [850 millions d’euros] ». « J’espère qu’au cours de ces opérations personne n’a rien volé ou, pour ainsi dire, “volé peu” », a poursuivi le président russe. « Bien sûr, nous nous occuperons de [vérifier] tout cela. » Avant le début de la guerre en Ukraine, le Kremlin a nié pendant des années tout lien avec Wagner. </text>
	

	<text titre="Kiev essaye de progresser pendant que Moscou prépare une purge" date="2023 06 29T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23990" auteur="yves bourdillon" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="Les Echos" keywords="wagner, guerre, moscou, ukraine" langue="fr"> La guerre continue en Ukraine pendant que Moscou vacille encore sous les répercussions de la mutinerie de Wagner le week-end dernier. Les rumeurs de mutations, arrestations ou limogeages y vont bon train au lendemain de la cérémonie surréaliste lors de laquelle Vladimir Poutine a remercié les soldats qui ont « empêché la guerre civile » et « déjoué le putsch ». Alors que quasiment personne n'a cherché à bloquer la marche vers Moscou des centaines de blindés du groupe de mercenaires…
La passivité des forces armées a donc de quoi troubler le maître du Kremlin. Trouble accru par une fuite des services de renseignements américains, auprès du « New York Times », selon lequel des officiers de haut rang ont vu venir sans déplaisir le coup de force d'Evguéni Prigojine, le patron de Wagner.   D'après le journal, le général Sergueï Sourovikine, commandant adjoint des opérations de l'armée russe en Ukraine, avait connaissance des projets d'Evguéni Prigojine. Des représentants américains cherchent à déterminer si Sergueï Sourovikine a « contribué aux agissements » du chef de Wagner. Il est possible que d'autres généraux russes aient soutenu discrètement le chef de Wagner.   Pendant ce temps, les forces ukrainiennes essayent de progresser, alors qu'elles piétinaient, peu ou prou depuis le 11 juin. Elles ont établi il y a quelques jours une tête de pont sur la rive gauche du Dniepr, au niveau du pont Antonivskyi, détruit par les Russes en novembre dernier.  Nouvelle aide américaine de 500 millions de dollarsDe source russe, ce contingent d'une centaine de soldats tiendrait sa position, appuyé par plusieurs chars. La zone grise, une zone tellement dangereuse qu'aucun des deux camps n'y déploie de soldats, s'étendrait du village de Dachi, repris par les Ukrainiens, jusqu'à l'entrée de la ville d'Oleshki, toujours sous contrôle de l'armée russe.   Dans l'axe de Velyka Novosilka, au centre du front, l'Ukraine a repris lundi dernier le village de Rivnopil, le neuvième libéré depuis le déclenchement de l'offensive, le 5 juin. Les forces armées ukrainiennes auraient progressé de 1,5 km vers Melitopol, ville occupée par les Russes depuis mars 2022 et considérée comme stratégique pour le ravitaillement des troupes russes dans le sud de l'Ukraine.   Enfin, dans la région de Donetsk, les soldats ukrainiens avancent quotidiennement sur les flancs de la ville de Bakhmout, a estimé mardi soir Hanna Malyar, la vice-ministre de la Défense ukrainienne. Le « Verdun ukrainien » avait été conquis par l'armée russe fin mai à l'issue d'une bataille de dix mois.﻿ Elle a cependant reconnu que les Ukrainiens n'étaient, à ce jour, pas encore entrés dans Bakhmout. L'armée russe, de son côté, a bombardé un restaurant de la ville de Kramatorsk, dans l'est de l'Ukraine, dans la nuit de mardi à mercredi, tuant au moins neuf personnes.   Parallèlement, le ministère américain de la Défense a annoncé mardi une nouvelle tranche d'aide militaire de 500 millions de dollars à l'Ukraine. Ce qui porte le total de l'aide militaire américaine promise à 38,2 milliards de dollars depuis le début de la guerre. A Paris, le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, devait rencontrer en soirée le président de la République, Emmanuel Macron.   Yves Bourdillon et Guillaume Ptak, </text>
	

	<text titre="La Biélorussie, terre d’exil des Wagner et annexe de la Russie" date="2023 06 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="wagner" langue="fr"> Après l’arrivée, mardi 27 juin, d’Evgueni Prigojine en Biélorussie, de nombreuses zones d’ombre demeurent : combien de miliciens Wagner vont-ils le rejoindre ? Qui les contrôlera et les financera ? Pour l’heure, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, est présenté à Moscou comme un pacificateur hors pair. Depuis le 24 février 2022, son pays sert de base arrière au Kremlin pour conduire sa guerre en Ukraine. L’accord, annoncé en mars, sur le transfert d’armes nucléaires russes vers le territoire biélorusse, a encore renforcé cette annexion rampante. Malgré la volonté affichée du Kremlin de museler Wagner, l’hypothèse que la milice continue d’agir depuis le territoire biélorusse, avec l’aval de Moscou, n’est pas exclue. En visite à Paris, les ministres des affaires étrangères des trois pays baltes ont fait part au Mondede leur inquiétude face au danger que représente l’installation des Wagner chez leur voisin. </text>
	

	<text titre="« Bibi » Netanyahou accélère la colonisation des Territoires palestiniens" date="2023 06 29T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24526" auteur="de dieuleveult, guillaume" annee="2023" mois="6" jour="29" journal_clean="Le Figaro" keywords="palestiniens, armée, lundi, colonisation, israël, publique, politique, netanyahou, opinion" langue="fr"> PROCHE-ORIENT En Israël, où l'armée bénéficie d'une inoxydable cote de popularité, un récent événement a frappé l'opinion publique. Il a eu lieu lundi et illustre l'impasse dans laquelle la politique de colonisation de la Cisjordanie est en train de mener le pays. Ce jour-là, Eliav Elbaz, un haut gradé commandant une prestigieuse unité opérant en Cisjordanie, s'est rendu dans la ville de Yad Binyamin pour présenter ses condoléances à la famille d'une des victimes israéliennes de l'attentat du 20 juin, qui a mis le feu à la région. Mais l'officier n'a pas pu rentrer dans la maison : aux cris de « meurtrier ! » de jeunes colons extrémistes lui en ont interdit l'accès. Ils reprochaient au militaire d'avoir essayé d'arrêter certains d'entre eux alors qu'ils attaquaient un village palestinien, en mesure de représailles à l'attentat.
Cette affaire a eu une telle répercussion qu'elle s'est retrouvée sur le sommet de la pile lors d'une réunion d'urgence qu'a tenue mercredi le premier ministre, Benyamin Netanyahou, son ministre de la Défense et son ministre de la Sécurité nationale. Il s'agissait de parler de la violence des colons. La question suscite des dissensions au sein du gouvernement. Bien que nationaliste, le Likoud y fait figure de modéré face aux deux partis suprémacistes juifs dirigés par Itamar Ben Gvir, le ministre de la Sécurité nationale, et Bezalel Smotrich, ministre des Finances avec un portefeuille au ministère de la Défense.   D'après la chaîne de télévision N12, Netanyahou se serait montré préoccupé : « Nous perdons notre légitimité dans le monde. » La réunion devait accoucher d'une déclaration condamnant la violence, verbale ou physique, des colons contre les civils palestiniens et les soldats de l'armée israélienne. Mais rien n'en est sorti.   L'ambiguïté du gouvernement israélien laisse le champ libre aux colons. Le chaos de ces derniers jours le montre bien. Tout en condamnant les expéditions punitives, Benyamin Netanyahou est en train de poser les jalons d'une colonisation débridée de ce territoire, occupé par Israël depuis 1967. D'après l'ONG israélienne Peace Now, qui surveille le développement des implantations, 13 000 unités d'habitation ont été autorisées depuis le début de l'année et le retour de Netanyahou au pouvoir : un record absolu en dix ans. Ce mouvement va probablement s'accélérer encore dans les mois qui viennent car Bezalel Smotrich, très clair sur son ambition de passer de 500 000 à 1 million de colons, vient d'obtenir les outils nécessaires à sa politique. Le 19 juin, le gouvernement israélien a en effet décidé de simplifier et d'accélérer considérablement les procédures d'autorisation des constructions de nouvelles habitations dans les colonies de Cisjordanie. La construction de routes, essentielles, va être simplifiée elle aussi. Depuis, 5 600 nouvelles unités ont déjà été autorisées. Légales selon le droit israélien, elles sont considérées comme illégales par la communauté internationale.   Simultanément, depuis le plus haut niveau de l'État israélien, des voix incitent au développement des colonies, totalement illégales celles-ci. Dans les jours qui ont suivi l'attaque du 20 juin, Itamar Ben Gvir a rendu visite à l'implantation d'Evyatar, tout juste réinvestie. « Courez vers les collines! a lancé le ministre de la Sécurité nationale, galvanisant ses troupes. Ici, à Evyatar, il devrait y avoir une colonie entière, mais aussi partout, sur toutes les collines qui nous entourent. Nous devons coloniser la terre d'Israël et, en même temps, lancer une opération militaire, détruire des immeubles, éliminer les terroristes. Pas un ni deux, mais des dizaines, des centaines, des milliers s'il le faut ! » Citant des sources sécuritaires, le journal progressiste Haaretz du 25 juin annonçait la naissance de neuf nouvelles colonies illégales en moins d'une semaine, sans réaction des autorités.   Ces derniers mois, la violence des colons a explosé. De mieux en mieux organisés et équipés, de plus en plus déterminés, ils multiplient les expéditions punitives. La mise à sac du village de Howara, en février dernier, ou celle de Turmus Aya, la semaine dernière, ont marqué l'opinion publique internationale. Mais beaucoup d'attaques passent inaperçues. D'après le journal Israel Hayom, de tendance conservatrice, le nombre de ces descentes n'a cessé d'augmenter en trois ans, passant de 520 en 2021 à 950 en 2022 et déjà à plus de 600 depuis le début de l'année.   En tant que puissance occupante, Israël doit garantir la sécurité des populations civiles de Cisjordanie, du moins dans les zones dont les accords d'Oslo lui ont confié la responsabilité. C'est pourquoi la vague de violence de ces derniers jours pose un vrai défi pour l'armée et les services de sécurité israéliens. En début de semaine, un communiqué signé par le chef d'état-major de l'armée israélienne, le directeur du Shin Bet, les services de renseignements intérieurs, et le patron de la police, se voulait très clair sur le sujet : « Les attaques (de ces derniers jours contre des civils, NDLR) sont en contradiction avec les valeurs éthiques juives ; il s'agit de terrorisme nationaliste et nous sommes déterminés à le combattre. »   Mais là encore, le gouvernement israélien a réagi de manière ambiguë par la voix de la ministre, Orit Strock. Dans une interview donnée lundi à la radio, elle a dressé un parallèle avec la mutinerie avortée d'Evgueni Prigojine, en Russie. « Qui êtes-vous ? Le groupe Wagner ? Qui êtes-vous pour faire une telle déclaration sous le nez du gouvernement ? » La ministre est depuis revenue sur cette déclaration, du bout des lèvres.   Ces attaques contre les services de sécurité et l'armée, piliers de l'État israélien, sont fréquentes de la part des membres les plus extrémistes de la coalition, relève David Khalfa. Codirecteur de l'observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la Fondation Jean Jaurès, il voit une tendance inquiétante émerger des événements de ces derniers jours. « Nous sommes dans une configuration à la Frankenstein : le mouvement d'implantation est en train de se retourner contre Israël, qui l'a nourri bon an mal an pendant un demi-siècle, relève-t-il. Le pays se retrouve dans une contradiction objective : son armée a pour vocation de défendre ses frontières et ses citoyens. Mais quand ces citoyens mènent des expéditions punitives, l'armée se retrouve obligée de faire la police aux dépens de sa mission première qui est de lutter contre le terrorisme. »   La violence débridée des colons, estime-t-il, est à l'image de la crise d'identité que traverse Israël. « Au plus haut niveau de l'État, on retrouve la crise systémique que traverse le pays. D'un côté, il y a les agences de sécurité, l'armée ainsi que le premier ministre et son ministre de la Défense qui, bien que nationalistes, comprennent la complexité du conflit et la nécessité de ménager l'Union européenne et les États-Unis. De l'autre, ce sont avant tout des idéologues ultranationalistes pour qui l'opinion publique internationale ne doit pas compter. Ils veulent aller jusqu'au bout de leur logique, qui est l'annexion de la Cisjordanie. Ils savent que cette occasion ne se représentera peut-être pas. Or on s'aperçoit que, contrairement à ce qu'il ne cesse de répéter dans les médias internationaux, surtout américains, Netanyahou ne tient pas fermement le volant, qu'il dépend de cette aile radicale et ne peut pas faire autrement que de tenir compte de ses demandes. Cette situation pourrait avoir une conséquence majeure sur le plan international. Depuis une vingtaine d'années et la fin du processus de paix, Israël maintient un statu quo en Cisjordanie avec une politique de gestion du conflit n'impliquant ni annexion ni rétrocession. Ben Gvir et Smotrich veulent sortir de cette ambiguïté. En sortant de ce cadre, en se dirigeant de facto vers l'annexion, ce gouvernement est en train de remettre en question les fondamentaux de la politique étrangère israélienne, avec un risque d'isolement du pays sur la scène internationale. » La question est de savoir si la coalition de Benyamin Netanyahou pourrait y survivre.   Les ultranationalistes veulent aller jusqu'au bout de leur logique, qui est l'annexion de la Cisjordanie. Ils savent que cette occasion ne se représentera peut-être pas   DAVID KHALFA, FONDATION JEAN-JAURÈS </text>
	

	<text titre="La deuxième défaite de Poutine" date="2023 06 30T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="par alain frachon" annee="2023" mois="6" jour="30" journal_clean="Le Monde" keywords="campagne, chef, poutine, défaite, mercenaire, d’un, vladimir" langue="fr"> Dans sa folle « campagne d’Ukraine », le commandant en chef Vladimir Poutine vient d’encaisser une deuxième défaite. Cette fois, des mains d’un chef mercenaire en qui il avait toute confiance. L’image du président russe à l’étranger en ressort fragilisée, chez ses plus proches amis et au plus mauvais moment pour lui. Le premier échec remonte au tout début de l’assaut russe sur Kiev, en février-mars 2022, quand le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, galvanisant ses concitoyens, sauve sa capitale. Les mois qui suivent voient l’armée ukrainienne « tenir » et même repousser celle de l’agresseur russe. La réputation de Poutine en chef de guerre à la tête d’une machine militaire présentée comme l’une des plus performantes du monde s’en est trouvée passablement discréditée.
La deuxième défaite est plus politique que militaire. Elle se déroule en territoire russe, en ces journées des 23 et 24 juin, quand la soldatesque de Wagner a défié le pouvoir du Kremlin. Création de Poutine, chef mercenaire le plus en vue sur le front ukrainien, Evgueni Prigojine, lançant une colonne de blindés sur Moscou, a, durant quelques heures, fait trembler son parrain. Motif apparent : obtenir des changements au plus haut de la hiérarchie militaire et l’arrêt d’un projet de démantèlement de Wagner.   La capitale russe a eu peur, et Poutine a évoqué le spectre de la guerre civile. Le dénouement négocié de la crise peut, cependant, jouer en sa faveur : le sang a peu coulé entre Russes. Wagner et l’armée ne se sont affrontés « que » quelques heures. Le Kremlin s’active aujourd’hui à imposer le scénario d’une normalité retrouvée. Mais, à l’extérieur, le mal est fait.  Fantasmes néo-impériauxLe profil de Poutine en patron infaillible d’un Etat omnipuissant ressort fissuré de l’épisode Prigojine. Forcené de l’autocontrôle, le président russe s’est toujours attaché à cultiver sa réputation de garant de la stabilité de la première puissance nucléaire du monde. Cette image-là est atteinte.   Autant que le raid de ses blindés, ce sont les mots de Prigojine qui ont retenu l’attention. Il a démoli le récit national officiel sur les causes de la guerre en Ukraine. Il a démenti la rengaine poutinienne martelée soir après soir à la télévision. « Non », a dit Prigojine, l’OTAN ne s’apprêtait pas, à partir de Kiev, à attaquer la Russie ; « non », l’ « opération spéciale » ne relevait pas de la légitime défense ; « non », les populations russophones du Donbass ne faisaient pas l’objet d’un « génocide ». Autrement dit, une guerre inutile, appuyée sur des bobards, et lancée, dans d’irresponsables conditions d’impréparation, pour satisfaire les fantasmes néo-impériaux du tsar. Voilà ce que déclare Prigojine, sans doute largement écouté en Russie. On imagine l’impact de ses propos sur les troupes russes occupées à repousser la contre-offensive ukrainienne. Pas bon pour le moral. On imagine leur effet éventuel sur ces pays du Sud global qui – succès de la diplomatie russe – ont, dans la tragédie en cours en Ukraine, largement adhéré au catéchisme poutinien du « tout est de la faute de l’OTAN ».   Comment vont réagir la République centrafricaine, le Mali, le Soudan, ces pays africains dont les autocrates ont confié à Wagner leur protection rapprochée ? Ils rétribuent les mercenaires en or, en pétrole, en bois et autres richesses naturelles locales. Se prétendant groupe militaire privé, la société de Prigojine, accusée de nombreuses atrocités, n’a jamais trompé grand monde. Aujourd’hui plus que jamais, si elle poursuit ses activités, elle sera ce qu’elle a toujours été là-bas : le bras armé de l’Etat russe en Afrique – la « vitrine » de la Russie de Poutine sur le continent noir.   Plus grave pour Moscou est l’impact de la mutinerie sur les dirigeants chinois. Le vocabulaire de la réaction de Pékin traduit l’inquiétude : aurait-on conclu un pacte d’ « amitié sans limite » avec le dirigeant discrédité d’un Etat ébranlé ? Dans sa volonté de minimiser ce que le président Poutine a lui-même qualifié d’ « insurrection armée » et de menace de « guerre civile », la Chine, elle, parle d’un « incident »–  « l’incident Prigojine » . Pas grand-chose, en somme, un monôme, une manifestation un peu agressive, un rallye de blindés en direction de Moscou pour attirer l’attention.   Xi Jinping a fait de l’ « amitié sans limite avec la Russie », scellée en février 2022, trois semaines avant l’assaut sur Kiev, l’axe principal d’une diplomatie menée avec une ambition précise : lutter contre ce qu’il croit être l’ « hégémonie » occidentale sur les affaires du monde. Dans cette croisade, il a un allié, Vladimir Poutine, auquel il ne manque jamais de souhaiter bon anniversaire.   Mais les Chinois semblent craindre que l’ami « sans limite » a commis une erreur monumentale en attaquant l’Ukraine. Une erreur qui risque chaque jour davantage de discréditer un peu plus Vladimir Poutine. Pékin doit godiller entre la fidélité affichée au président russe, le désir de stabiliser les relations de la Chine avec les Etats-Unis, tout en resserrant ses liens avec l’Europe. Même pour des habitués de la dialectique marxiste, l’exercice est difficile.   Poutine a fondé son pouvoir sur la peur. Le prix des hydrocarbures aidant, il a capitalisé sur sa capacité à redresser une Russie perdue dans la tourmente postsoviétique. Mais il s’est toujours appuyé sur la guerre, en Tchétchénie, en Syrie ou ailleurs. Parti en Ukraine à la reconquête des « terres historiques de la Russie » , comme il dit, le président juge que son crédit personnel à l’intérieur et le statut de son pays à l’extérieur dépendent de cette dernière « campagne ». A-t-il les ressources (politiques, intellectuelles, psychologiques) pour comprendre qu’il perd sur tous les fronts ? </text>
	

	<text titre="À Moscou, le sort du général Sourovikine nourrit les rumeurs d'une purge" date="2023 06 30T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24527" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="6" jour="30" journal_clean="Le Figaro" keywords="chef, arrêté, mercenaires, sourovikine, militaires, général, public, sergueï, mutinerie, purge" langue="fr"> INVISIBLE en public depuis la mutinerie avortée des mercenaires de Wagner, le général Sergueï Sourovikine, a-t-il été arrêté ? Et la disparition des radars de cet ancien chef des opérations militaires en Ukraine, réputé proche d'Evgueni Prigojine, annonce-t-elle une purge dans les rangs des forces armées, après les événements du week-end, dénoncés comme une « trahison » par le Kremlin ? Mercredi, le Moscow Times, citant une source du ministère russe de la Défense, avait rapporté que le général Sourovikine avait été mis en état d'arrestation.   Selon le journal, son interpellation serait due au fait qu'il aurait pris le parti de Prigojine lors de la rébellion du groupe Wagner. Une information non confirmée officiellement et qui a même été démentie par plusieurs sources. Jeudi, Bloomberg a ainsi indiqué que le général, remplacé en janvier dernier à la tête de l' « opération militaire spéciale » en Ukraine, avait été interrogé plusieurs jours sur ses liens avec Prigojine mais qu'il n'aurait pas été arrêté. Le Kremlin, quant à lui, a réfuté des informations publiées par le New York Times selon lesquelles Sergueï Sourovikine aurait été au courant des projets de mutinerie d'Evgueni Prigojine. Surnommé « Armageddon » pour sa sanglante campagne en Syrie, où il a commandé les troupes russes, Sourovikine, populaire dans les troupes, a mis en place une stratégie défensive en Ukraine et supervisé le retrait de Kherson, en novembre dernier. Le limogeage, en janvier dernier, de ce proche du chef des mercenaires Wagner avait été considéré comme une victoire pour le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, la « bête noire » de Prigojine. 
Samedi dernier, Sergueï Sourovikine, a exhorté les combattants de Wagner à renoncer à leur révolte. « Je (vous) demande de vous arrêter. (...) Avant qu'il ne soit trop tard, il faut obéir à la volonté et à l'ordre du président élu de la Russie », disait-il, l'air contraint, dans une vidéo postée sur Telegram. Selon une source citée par le Financial Times,le général Sourovikine aurait subi des pressions en raison de sa relation amicale avec Prigojine, mais il ne serait pas soupçonné de faire partie des éventuels partisans de la mutinerie. Toutes ces spéculations nourrissent les hypothèses d'un « nettoyage » dans les hautes sphères de l'armée, au moment où Vladimir Poutine cherche de toute évidence à reprendre la main, à la suite de ces événements sans précédent depuis son arrivée au pouvoir.   Selon la chaîne Telegram d'information militaire Rybar, la mutinerie « est l'occasion d'une purge à grande échelle » dans les rangs des forces armées russes et un « crash-test de loyauté » pour le ministère de la Défense . « Les enquêteurs et les représentants du FSO(le service de sécurité de la présidence russe, NDLR) travaillent à la fois sur la direction de l'administration militaire et sur les commandants des unités », croit savoir Rybar qui ajoute : « L'indécision dans la répression de l'insurrection est un prétexte sur la base duquel seront renvoyés les indésirables et les personnes qui ont effectivement échoué dans l'entraînement au combat, la mobilisation et le soutien logistique. »   Un éventuel départ de Sergueï Choïgou avait été soupesé ces jours derniers par les observateurs, notamment les influents « correspondants militaires » , mais aucune indication n'accrédite cette hypothèse à ce stade, M. Poutine souhaitant sans doute, en tout état de cause, se donner du temps. M. Choïgou a d'ailleurs été vu en public à trois reprises aux côtés du chef du Kremlin depuis le 24 juin. Le chef de la garde nationale russe (Rosguardia), Viktor Zolotov, un proche lieutenant du président, s'est vu, lui, récompensé, même s'il n'a pas participé directement aux actions engagées contre la mutinerie. Ses unités devraient en effet hériter des armements lourds récupérés auprès des combattants de Wagner après leur improbable équipée en direction de Moscou.   L'indécision dans la répression de l'insurrection est un prétexte sur la base duquel seront renvoyés les indésirables et les personnes qui ont effectivement échoué   LA CHAÎNE TELEGRAM D'INFORMATION MILITAIRE RYBAR </text>
	

	<text titre="Pathétique(s)" date="2023 06 30T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="6" jour="30" journal_clean="l'Humanité" keywords="guerre" langue="fr"> Milice Et voici qu'un ancien détenu de droit commun, aujourd'hui milliardaire et criminel de guerre, défie (pas trop longtemps) son parrain, l'un des pires que nous puissions imaginer - et notre imagination n'a pas de frontières en ce domaine. Bref, une bataille entre clans et voyous, un début de chaos aux conséquences incalculables dans le plus grand pays au monde disposant de l'arme nucléaire. De quoi frémir. D'ailleurs, samedi 24 juin, devant nos postes de télévision, un vent de frayeur nous a parcouru l'échine en assistant à ce « spectacle » hallucinant qui aurait pu se finir par la chute d'un tsar... au profit d'un fasciste sans foi ni loi. Bienvenue en Russie 2023, pour une sorte de plongée pathétique et surréaliste dans le pays de Vladimir Poutine et du seigneur de guerre Evgueni Prigojine, chef de la tristement célèbre milice privée Wagner.
Prix Un an et quatre mois après le déclenchement de la sale guerre de Poutine en Ukraine, et comme nous le pensions à l'époque, il est peu d'affirmer à quel point cet événement a chamboulé l'ordre du monde et avec lui bien des consciences. Le chaos du fer et du feu a depuis semé la mort par dizaines de milliers. Aujourd'hui encore, les mots ne traduisent qu'imparfaitement notre durable sidération et nos colères conjuguées, tandis que le retour de l'histoire par sa face la plus tragique, au coeur de l'Europe, continue d'essaimer sa puissance noire. Un point de bascule considérable aussi important, sans doute, que le 11 septembre 2001. Dans la période récente, la pandémie a temporairement écrasé les corsets budgétaires ; la guerre, elle, redessine les équilibres géopolitiques. Et le regard que nous portions sur la Russie, en état de déliquescence avancée comme les derniers événements viennent de le démontrer de façon éclatante. Car les contreperformances du tsar Poutine sont confondantes, bien que le sort des armes soit loin d'être tranché dans le Donbass. La mauvaise passe que traverse Moscou depuis des mois, plus encore depuis ce 24 juin, isole Poutine, qui aura réussi à obtenir, en un temps record et au prix du sang versé et de destructions effrayantes, des résultats à l'opposé de ce qu'il imaginait assurément. Ses objectifs étaient pitoyables, son bilan ne l'est pas moins. A-t-il divisé l'Europe ? Non. A-t-il éloigné l'Ukraine de l'UE ? Non, au contraire. A-t-il renforcé le sentiment « russe » sur les territoires conquis ? Encore moins. A-t-il tué dans l'oeuf le nationalisme ukrainien ? Certainement pas. A-t-il hâté la fin de l'Otan, que Mac Macron II en personne jugeait « en état de mort cérébrale » ? Pas du tout, Poutine a réussi l'exploit de relancer les sirènes de l'atlantisme et jamais depuis des décennies le déploiement militaire nord-américain sur le continent européen n'a été aussi massif. Enfin, bien évidemment, il a mis son pays au ban de la communauté internationale pour un temps long.   Traces Sur le plan moral comme militaire, la Russie s'est ridiculisée en Ukraine. Et si le Kremlin a eu besoin de Prigojine (comme souvent par le passé) et de sa milice odieuse, un but prévalait : éviter la conscription générale, qui aurait été un signal mortifère pour les Russes. La « rébellion » de la colonne Wagner - comme sa conclusion - en dit long sur les défaillances et la perte de pouvoir politique. On barricade Moscou (sic), on creuse des tranchées dans le bitume de la capitale (resic), et Prigojine négocie son « demi-tour » avec Loukachenko, l'homme fort du Bélarus, devant toutes les télévisions du monde. Le tueur, à qui Poutine promettait l'enfer le matin même, s'en sort blanchi. Séquence incroyable, qui laissera des traces durables. Désormais, tout est possible. Même le pire. Sauf sur un point : Poutine n'a plus grand-chose à faire valoir. Pas même son autocratie, réduite à néant. </text>
	

	<text titre="La hiérarchie militaire russe en pleine crise" date="2023 06 30T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23991" auteur="yves bourdillon; benjamin quenelle" annee="2023" mois="6" jour="30" journal_clean="Les Echos" keywords="pouvoir, militaire, armée, russe, wagner, rumeurs, groupe, jours, mutinerie" langue="fr"> Six jours après la mutinerie des paramilitaires du groupe Wagner contre le pouvoir militaire, la hiérarchie de l'armée russe est en pleine crise. Les rumeurs de limogeages, interrogatoires, voire emprisonnements de militaires, courent Moscou depuis que Vladimir Poutine a essayé, lundi soir, de reprendre la main après deux jours de flottement. 
La purge semble lancée contre les officiers qui auraient soutenu, ou simplement fait preuve de passivité devant la progression quasiment sans résistance jusqu'à 170 km de Moscou d'une colonne de blindés du groupe dirigé par Evguéni Prigojine.   C'est le numéro deux des opérations russes en Ukraine, le général Sergueï Sourovikine, qui a « ouvert le bal », mercredi soir, quand des sources fiables mais anonymes ont révélé qu'il avait été arrêté. Il serait depuis interrogé par le FSB en raison de ses liens amicaux avec Prigojine. De source russe, jeudi en fin d'après-midi, il n'aurait pas été arrêté et serait dans un lieu qui n'a pas été communiqué. Il avait servi d'intermédiaire entre le pouvoir et le chef de Wagner, samedi, en l'appelant à faire demi-tour via une curieuse vidéo où il semblait très mal à l'aise.  Un mystérieux bain de fouleC'est le début d'une « purge massive », a annoncé un ex-cadre du service de presse du ministère russe de la Défense, sur son compte Telegram Rybar. Cette vague d'arrestations ramènerait la Russie aux heures noires de son histoire : avant le début de la Seconde Guerre mondiale, l'armée rouge avait été « nettoyée » de ses hauts gradés par le Kremlin de Staline. Ce qui n'avait pas peu contribué aux revers catastrophiques du début du conflit avec l'Allemagne nazie.   Toutes proportions gardées, si les arrestations actuelles se confirment, elles pourraient affecter l'efficacité de Moscou dans son offensive en Ukraine. Ne serait-ce qu'en raison de la perturbation de la chaîne hiérarchique dans les prochaines semaines, avec des nominations où la loyauté l'emportera sur la compétence.   Sergueï Sourovikine était considéré par les Ukrainiens eux-mêmes comme un redoutable tacticien défensif et apprécié par une grande partie des officiers russes. Comment l'armée, historiquement toujours dominée, voire méprisée par le pouvoir politique, les services spéciaux (FSB, GRU, etc.) et polices politiques réagirait à une purge trop importante ?   La plupart des hauts gradés ont en fait disparu de la scène publique ; occupée seulement par Vladimir Poutine, filmé en train de prendre un rare bain de foule au Daghestan, dans le Caucase russe, pour illustrer un retour à la normalité. Voire, car ces embrassades de femmes et enfants contrastant avec les précautions drastiques imposées à tous ceux qui l'approchent depuis le Covid, ont relancé les rumeurs de sosies du président.  Qui partage le code nucléaire ?Ainsi, Sergueï Choïgou, le ministre de la Défense et bête noire d'Evguéni Prigojine, a quasiment disparu des radars depuis le début, vendredi, de la mutinerie. Et Valery Guerassimov, le chef d'état-major de l'armée, n'a pas été vu ni en public ni à la télévision depuis le début de la mutinerie de Wagner. Son nom n'est même plus mentionné dans les communiqués de presse du ministère de la Défense. C'est pourtant le commandant en chef de « l'opération militaire spéciale » du Kremlin en Ukraine.   Ces deux absences sont d'autant plus étranges que Sergueï Choïgou et Valery Guerassimov, de par leurs fonctions, sont impliqués dans la chaîne d'autorisations de frappes nucléaires sous l'égide du président. En clair, s'ils sont en disgrâce, qui partage le code, supposément coupé en trois, avec Vladimir Poutine ? Leurs disparitions médiatiques échappent à la majorité des Russes se contentant de regarder les télévisions publiques. Mais elles ne passent pas pour autant inaperçues sur les réseaux sociaux. Lors de la rébellion de Wagner, les chaînes Telegram russophones ont enregistré un record de 11 milliards de vues en vingt-quatre heures. Les Russes qui veulent savoir suivent tout.   Parallèlement, Kiev a fait état, pour la troisième journée consécutive, après avoir piétiné deux semaines, d'avancées sur plusieurs fronts. Des gains modestes, avec un village repris ici ou là, mais assortis d'avancées de 1,5 km, selon l'Ukraine. Autour du « Verdun ukrainien », la ville de Bakhmout, les soldats ukrainiens se seraient emparés de deux villages à proximité, Klishchiivka et Berkhivka, jeudi. Ils auraient aussi progressé en direction des villes stratégiques de Melitopol et Berdiansk sur le littoral de la mer d'Azov. L'armée russe aurait progressé, en revanche, dans la région de Lougansk.   Yves Bourdillon et Benjamin Quénelle, </text>
	

	<text titre="Mali: le vide sécuritaire après le départ des casques bleus" date="2023 06 30T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="pascal airault @p_airaultt" annee="2023" mois="6" jour="30" journal_clean="L'Opinion" keywords="départ, évacuer, sécuritaire, casques, vide" langue="fr"> Après les soldats français de Barkhane, ce sont les casques bleus qui vont plier bagage. L'affaire prendra un peu plus de six mois pour évacuer près de 12 000 militaires et policiers, remettre les camps aux forces maliennes et évacuer les équipements.   Lancée en juillet 2013, la Minusma a été mise en place afin d'aider à stabiliser le pays après l'intervention militaire française qui avait permis de repousser les groupes djihadistes et armés au nord du pays. Mais les relations entre Bamako et l'ONU se sont détériorées depuis l'accession au pouvoir des colonels putschistes en 2020. Bamako n'a eu de cesse de mettre des bâtons dans les roues des casques bleus, compliquant leurs déplacements et remettant en cause la composante droits de l'homme de la mission.
Elle justifie aujourd'hui ce retrait par la montée en puissance des forces maliennes. Ce départ pose toutefois le problème du vide sécuritaire. Le groupe paramilitaire Wagner ne dispose que de 1 600 hommes au Mali, dont une partie assure la sécurité des responsables du régime à Bamako. Ce dispositif est-il amené à rester en l'état après la tentative de rébellion d'Evgueni Prigojine durant le week-end ? L'Etat malien fait face aux katibas des deux principaux groupes jihadistes, l'EIGS et le GSIM. Mais, il pourrait aussi entrer en conflit direct avec les groupes armés qui s'inscrivaient dans l'Accord pour la paix et la réconciliation (APR), signé en 2015 à Alger.   Menace. « Les colonels au pouvoir ont reproché à l'ancien président Keita de faire trop de concessions aux groupes armés, explique un diplomate africain. Ils promettent le retour de Maliba [NDLR : ce qui veut dire, en bambara, « notre grand pays le Mali »] et cherchent à reconquérir le Nord, particulièrement Kidal. Ils comptent sur leur partenaire russe auprès duquel ils acquièrent des équipements, notamment aériens. Or, la présence de la Minusma, comme garant des accords de paix et de la protection des civils, les gêne. Ils veulent une explication à   huis clos. » Dans un communiqué daté du 21 juin, la coordination de ces groupes armés a tenu à mettre en garde contre les conséquences du retrait de la Minusma sur les populations déjà fragilisées par le terrorisme et le sousdéveloppement. « Ce départ sans autre alternative crédible constituerait une menace pour la sécurité », expliqué le texte.   Le 28 juin, Alghabass Ag Intalla, président de la coalition des groupes armés, a écrit à la présidente du Conseil de sécurité, la diplomate des Emirats arabes unis Lana Zaki Nusseibeh, pour faire part de ses inquiétudes. La Minusma était un interlocuteur pour négocier les arrangements sécuritaires et faisait du monitoring des exactions. « Les autorités ne manifestent plus aucun intérêt pour l'accord de paix d'Alger, confie l'un des représentants des groupes armés. Le groupe Wagner, partenaire militaire des forces de défense maliennes, accentue le désordre dans la région. Il a y un risque de reprise de la belligérance. » Les groupes armés contrôlent la quasi-totalité des localités du septentrion malien. Ils ont passé des arrangements sécuritaires avec les katibas terroristes qui occupent le terrain afin d'éviter les affrontements. Ces groupes armés ont dénoncé la tenue du récent référendum constitutionnel, approuvé à 97%, qu'ils perçoivent comme une entreprise des colonels pour rester au pouvoir. Dans l'espace qu'ils contrôlent, le vote n'a pas pu avoir lieu ou a été sérieusement perturbé.   A partir de janvier, l'Algérie va siéger au Conseil de sécurité. La question sahélienne a été abordée lors du déplacement du président Tebboune en Russie en juin. Mais Alger discute aussi avec les Américains. La communauté internationale parviendra-telle à éviter le pire ? Pascal Airault @P_Airaultt   « Le groupe Wagner accentue le désordre dans la région. Il a y un risque de reprise de la belligérance » </text>
	

	<text titre="Les Casques bleus chassés, le Mali au bord du gouffre" date="2023 06 30T00:00:00" journal="Libération" auteur="par célian macé" annee="2023" mois="6" jour="30" journal_clean="Libération" keywords="casques, mali, bleus, maliens" langue="fr"> Les Maliens ont fêté mercredi la Tabaski, ainsi qu'on appelle en Afrique de l'Ouest l'Aïd el- Kébir, la plus importante célébration religieuse de l'année. La commémoration rituelle du sacrifice d'Abraham - d'un bélier à la place de son fils- coïncidait, cette année, avec le trépas d'une autre victime expiatoire : la Mission des Nations unies au Mali (Minusma). Ce vendredi, à New York, les membres du Conseil de sécurité devraient en toute logique voter la fin de l'opération de maintien de la paix de l'ONU, après dix années d'existence.
«Un retrait sans délai»: c'est ce qu'a exigé le 16 juin, à la stupeur générale, le ministre des Affaires étrangères du Mali, Abdoulaye Diop, devant le Conseil. «Le maintien de la paix est basé sur le principe du consentement du pays hôte, et sans ce consentement, les opérations sont presque impossibles», avait reconnu dans la foulée le patron de la Minusma, El Ghassim Wane.   Comme chaque année, le mandat de la Mission s'achève le 30 juin. Il ne sera certainement renouvelé, cette fois-ci, que pour permettre aux Casques bleus (11500 militaires, 1 500 policiers et 1 800 civils, venus de 53 pays) de se retirer en bon ordre des onze bases où ils sont déployés, dans le nord et le centre du pays. Un délai de six mois est envisagé, selon l'avant-projet de résolution qui circulait quatre jours avant le vote de vendredi après-midi. Ce qui, selon les standards historiques des opérations de maintien de la paix, signifierait une expulsion accélérée. Pendant cette phase, les activités de la Minusma seraient exclusivement consacrées à la logistique du départ, et à assurer sa propre sécurité. Jusqu'au dernier moment, les termes de la résolution étaient âprement disputés dans les coulisses de l'ONU.   Les autorités maliennes n'avaient cessé, ces dix-huit derniers mois, d'élever le ton contre la mission onusienne, d'entraver son travail, voire de lui chercher querelle. En 2022, la junte au pouvoir a fait arrêter, emprisonner et condamner 46 militaires ivoiriens qui venaient de débarquer à Bamako pour sécuriser une emprise de la Minusma (sans être eux-mêmes des Casques bleus). Elle a expulsé son porte-parole, Olivier Salgado, l'été dernier, puis le chef de la division des droits de l'homme, Guillaume Ngefa, en février.   «NOUS N'AVONS BESOIN DE PERSONNE» Le Haut Commissariat aux droits de l'homme des Nations unies a tout de même publié, plus d'un an après les faits, son rapport sur la tuerie de Moura, perpétrée du 27 au 31 mars 2022 dans ce village du centre du Mali : plus de 500 civils y ont été exécutés par l'armée malienne et des «combattants étrangers» (vraisemblablement des mercenaires russes), concluaient les enquêteurs onusiens. Le gouvernement malien, ulcéré, a immédiatement dénoncé «un rapport biaisé, reposant sur un récit fictif», qui aurait déformé «l'opération aéroportée réussie de nos vaillantes forces armées à Moura». Une enquête judiciaire «contre la mission d'établissement des faits et ses complices» pour «espionnage», «atteinte à la sécurité extérieure de l'Etat» et «complot militaire» a été ouverte, au prétexte grotesque que la mission a «utilisé des satellites pour obtenir des images, sans autorisation et à l'insu des autorités maliennes». Entre le 1er avril et le 11 mai, 30% des autorisations de vol demandées par la Minusma ont été refusées par Bamako, relevait le dernier rapport du secrétaire général dans Nations unies. Depuis le début de l'année, la Mission s'est également vue interdire l'accès à quatre localités où elle comptait mener des enquêtes sur des violations des droits humains. Son chef, le Mauritanien El Ghassim   Wane, avalait les couleuvres sans broncher, mais sur le terrain, tous ces obstacles avaient sérieusement compliqué les activités des Casques bleus. Etrangement, aucun diplomate à New York ne voulait pourtant croire que Bamako irait jusqu'à la rupture totale. «Malgré ces tensions qui concouraient à l'affaiblissement de la mission, la plupart des observateurs s'attendaient à ce que la Minusma soit renouvelée, essentiellement par peur du vide et faute de meilleure option, rappelle une note de l'International Crisis Group publiée ce mardi. La Minusma, sans avoir les moyens de résoudre la crise malienne, offrait une présence militaire dans des villes et des ressources qui semblaient trop utiles pour que Bamako s'en passe.» Mais une nouvelle fois, les colonels au pouvoir sont allés au bout de leur logique: au nom de la «souveraineté   retrouvée» du Mali - le slogan de la junte-, ils se sont débarrassés d'une opération de maintien de la paix jugée inefficace dans la lutte contre les groupes jihadistes et irritante pour sa surveillance en matière de droits de l'homme. «Le réalisme impose le constat de l'échec de la Minusma dont le mandat ne répond pas au défi sécuritaire», a tranché le ministre Diop, le 16 juin. Osant même ajouter: «La Minusma semble devenir partie du problème en alimentant les tensions communautaires exacerbées par des allégations d'une extrême gravité [référence au rapport sur le massacre de Moura, ndlr] qui sont fortement préjudiciables à la paix, à la réconciliation et à la cohésion nationale.» Il ne fait aucun doute que la disparition de la Minusma sera saluée comme une victoire, à Bamako, par les dizaines de milliers de «patriotes» qui constituent la base de soutien du président de la transition, le colonel Assimi Goïta. «C'est une très bonne nouvelle, réagit l'un d'eux, joint par téléphone. L'armée malienne monte en puissance, nous n'avons besoin de personne.» Les habitants des villes du nord et du centre, où sont déployés les Casques bleus, se montrent en revanche plus inquiets : «On craint surtout que la situation sécuritaire et humanitaire se dégrade davantage, explique un ressortissant de la ville de Gao. Chez nous, les organisations de la société civile vont exiger des garanties, économiques et sécuritaires, de la part des autorités pour combler le vide que va laisser derrière elle la Minusma.» La mission de l'ONU faisait vivre des milliers de personnes, directement par ses dizaines de projets de «stabilisation» ou ses activités de sous-traitance, indirectement par les retombées économiques induites par la présence de son personnel. Une partie des Maliens du nord et du centre vont donc voir leur gagne-pain s'envoler en même temps que le staff onusien. Mais ils craignent surtout que l'armée malienne ne soit pas en mesure de contrer la progression des insurgés islamistes, qui règnent déjà en maîtres sur les zones rurales.   WAGNER COMME SEUL PARTENAIRE «Le départ des Casques bleus pourrait inciter les jihadistes à revoir leur stratégie et à assiéger des centres urbains, indique l'International Crisis Group (ICG). Les moyens aériens de la Minusma -63 aéronefs, dont 16 avions en 2022- ont joué un rôle clé pour maintenir des liens entre la capitale et des régions du Nord. Elle assurait le déplacement d'une part substantielle des représentants de l'Etat dans ces régions. Elle permettait aussi à de nombreux acteurs humanitaires d'accéder à des régions enclavées ou sous forte influence jihadiste.» Après le retrait des Français de l'opération Barkhane et des Européens de la force Takuba, chassés l'été dernier, les Forces armées maliennes (Fama)   vont se retrouver seules, ou presque, face aux puissantes organisations armées liées à Al-Qaeda ou à l'Etat islamique: leur unique partenaire est désormais le groupe paramilitaire russe Wagner.   Sera-t-il un allié suffisamment fort et fiable ? Deux jours avant l'annonce du ministre Diop devant le Conseil de sécurité des Nations unies, Assimi Goïta et Vladimir Poutine ont eu un échange téléphonique. Les mercenaires russes ont commencé à débarquer au Mali fin 2021. Bamako a toujours nié leur présence, se contentant de parler d'«instructeurs russes» qui interviendraient dans le cadre d'un contrat d'Etat à Etat. Mais le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a lui-même rappelé lundi que le «Mali s'est tourné vers la compagnie militaire privée Wagner pour lui demander d'assurer la sécurité de ses dirigeants».   UNE AFFAIRE D'HONNEUR Ces militaires accompagnent en tout cas les Fama au combat et ont participé au massacre de Moura, en désignant les civils à exécuter, selon plusieurs témoins. Certains d'entre eux ont été tués lors d'accrochages avec les jihadistes. Wagner compterait aujourd'hui environ 1500 hommes déployés dans les casernes de l'armée malienne, notamment dans le centre du pays. «Les autorités maliennes ont pris des décisions radicales pour affirmer qu'elles ont la pleine maîtrise du destin de leur pays et plus particulièrement des stratégies de contre-insurrection, rappelle la même note de l'ICG. Cependant, elles sont peut-être entrées dans une nouvelle forme de dépendance, cette fois vis-à-vis de leurs partenaires militaires russes. Cela serait d'autant plus problématique que la solidité de ce nouvel allié est apparue incertaine après les tensions opposant le groupe Wagner et le gouvernement russe.» Aucun mouvement de troupe n'a cependant été signalé depuis la spectaculaire mutinerie de leur chef, Evgueni Prigojine, samedi.   La disparition programmée de la Minusma fait également peser un grand risque sur la survie de l'accord de paix d'Alger, signé en 2015 entre le gouvernement malien et les mouvements rebelles indépendantistes du Nord-Mali. L'accord a permis l'établissement d'un cessez-lefeu, qui dure jusqu'à aujourd'hui, mais n'est pas entré en vigueur selon le calendrier prévu. Bamako n'a jamais réellement accepté les concessions faites à l'époque aux groupes touaregs sous la pression de la communauté internationale, et a traîné des pieds pour en ralentir - voire en empêcher - l'application. La situation s'est dégradée après le putsch des colonels, qui cachent difficilement leur mépris pour l'accord d'Alger et font de la reconquête du nord du pays une affaire d'honneur. Depuis près de dix ans, les villes du septentrion malien sont en effet administrées par les mouvements armés, et échappent totalement au contrôle de l'Etat.   Le dialogue entre les deux parties est d'ailleurs au point mort. La fin de la Minusma, qui en assurait le support technique, logistique et politique, n'augure rien de bon pour son avenir. D'autant que les signes de tension se multiplient. Le 5 avril, un avion de l'armée malienne a survolé Kidal, le bastion des ex-rebelles touaregs, qui ont répliqué en effectuant des «tirs de sommation». Deux mois plus tard, dans la ville, les mouvements armés ont empêché la tenue du référendum constitutionnel organisé par la junte. Le 22 juin, le Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement, qui regroupe les principaux groupes armés non-jihadistes du Nord-Mali, a estimé dans un communiqué que «le départ de la Minusma sera un coup fatal porté délibérément contre l'accord de paix». Le risque d'une reprise des hostilités n'a jamais été aussi élevé. «Le départ des troupes onusiennes des villes du Nord va créer une situation de face-à-face inquiétant entre, d'une part, une armée malienne impatiente de laver l'affront subi face aux groupes séparatistes en 2012 [qui s'étaient emparés des villes du Nord] puis lors de sa défaite de Kidal en 2014 [l'armée avait été chassée de la ville] et, d'autre part, des groupes signataires habitués depuis lors à gérer leur espace sans Bamako», pointe l'International Crisis Group. Les ex-rebelles n'ont pas, à ce stade, de raison de passer à l'offensive. Quant à l'armée malienne, déjà harcelée par les forces jihadistes et à la peine pour reprendre du territoire, elle n'apparaît pas en mesure d'ouvrir un deuxième front actuellement. La junte a cependant prouvé par le passé qu'il ne fallait pas prendre ses menaces à la légère. Quoi qu'il en soit, plus aucun observateur indépendant ne sera là, après le départ des Casques bleus, pour répertorier les crimes commis contre les civils dans cette interminable crise malienne. La Minusma avait au moins cette vertu. Souvent décriée (comme toutes les opérations de maintien de la paix) pour sa lourdeur, sa faible réactivité et son incapacité à protéger les civils, elle documentait inlassablement les atteintes aux droits humains dans les zones concernées par son mandat. «Les ONG indépendantes ne peuvent plus se rendre sur le terrain, les journalistes non plus, rappelle un défenseur des droits de l'homme basé à Bamako. La Minusma, avec toutes ses limitations, était souvent le dernier recours. Sans elle, le monde va devenir aveugle sur le Mali.» ? </text>
	

	<text titre="Comment réarmer l'Europe et la démocratie ?" date="2023 06 30T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24527" auteur="mandeville, laure" annee="2023" mois="6" jour="30" journal_clean="Le Figaro" keywords="russe, réarmer, démocratie, europe, dragon" langue="fr"> LEurope vit avec un dragon russe. On avait cru la bête morte, dissoute dans les échecs calamiteux du communisme en 1991, mais un étrange animal a peu à peu ressurgi des ruines du totalitarisme soviétique sous la forme d'un régime criminel et impérial qui se situe, par ses mensonges omniprésents, ses méthodes violentes et son absence totale de garde-fous, dans la lignée directe des nationaux-bolcheviques qui s'emparèrent sans foi ni loi du pays en 1917. Depuis que le 24 février 2022, Vladimir Poutine a lancé l' « opération militaire spéciale » au motif surréaliste d' « aller démilitariser et dénazifier l'Ukraine » , le dragon s'est mis à cracher son feu meurtrier sur ses voisins ukrainiens, pillant, violant, torturant et bombardant sans distinction cibles civiles ou militaires, tout en menaçant quasi quotidiennement l'Europe, « l'Occident global » et le monde, de déclenchement du feu nucléaire.
À l'intérieur, ce pouvoir carnivore s'est aussi lancé avec un emballement rappelant la manière stalinienne, dans une répression impitoyable de toute forme de dissidence. Comme l'avait annoncé l'historien Vladimir Pastoukhov, la guerre extérieure précède toujours en Russie la guerre civile dont elle est le prolongement, le pouvoir cherchant à détourner la colère du peuple vers l'étranger, transformé en bouc émissaire. De plus, comme l'a montré l'empoignade chaotique et surréaliste de Poutine et de son ex-créature Evgueni Prigojine, le monstre politique poutinien, mosaïque de clans bureaucratico-mafieux prêts à s'entre-dévorer, a même commencé de s'autodétruire à coups de manoeuvres obscures. Le tsar est apparu presque nu pendant la stupéfiante vraie fausse émeute de son « cuisinier ». Toujours sur son trône, il s'emploie désormais à peindre l'humiliation toujours mystérieuse des derniers jours « en victoire » d'un pays qui aurait résisté tout entier. Nul n'y croit, soulignant que l'avion de Poutine avait quitté la capitale pendant la tentative de coup de force, un signe qui devrait pousser les Occidentaux à comprendre qu' « il recule devant l'utilisation de la force » ,note le philosophe Constantin Sigov... « C'est la queue du dragon » ,prédisent maints observateurs.   Mais quels dégâts fera cette hydre criminalo-politique quand elle s'effondrera ? À quel séisme s'attendre sur l'échelle de Richter géopolitique russe ? Une redite de 1917 ? De 1939 ? Ou 1991 ? Clairement, les dirigeants occidentaux à la manoeuvre, face à la Russie, ne sont pas rassurés par les convulsions du monstre. La vision des forces de la milice privée Wagner fonçant, le week-end dernier, à travers les villes de Russie centrale sans qu'aucune force militaire d'État ne s'interpose - et longeant sans encombre, selon certains médias indépendants russes, un site de déploiement d'ogives nucléaires en pleine vacance apparente des forces de sécurité russe - a fait ressurgir le spectre d'un temps de troubles et la peur d'une perte de contrôle de l'arsenal des 6 000 têtes atomiques russes. L'article publié quelques jours plus tôt dans Global Affairs par l'ancien stratège soviétique Sergueï Karaganov - toujours très proche du Kremlin - n'a rien fait pour rassurer les chancelleries sur ce sujet sensible. Se plaçant dans le sillage des fantasmagories eurasianistes de l'idéologue extrémiste Alexandre Douguine, alors qu'il fut toujours un apparatchik rationnel et plutôt cynique, Karaganov brandit la menace de frappes nucléaires préventives sur les pays occidentaux afin, dit-il, de les vacciner à jamais contre leur supposé désir de destruction de la Russie ; présentant carrément l'arme atomique comme « l'arme envoyée par Dieu à la Russie »pour vaincre l'Occident et sauver le monde ! Dans son article, il annonce une rupture définitive entre Russie et Europe, appelant à la construction d'une nouvelle capitale russe en Sibérie, tournée vers la Chine et le monde asiatique, « notre milieu naturel » ,assène-t-il. Des menaces qui sont prises au sérieux dans les états-majors occidentaux. Dans Le Figaro, mardi 27 juin, le ministre de la Défense français, Sébastien Lecornu, a revendiqué la « vigilance ».Les Occidentaux prennent conscience qu'ils ont à nouveau un ennemi.   Réveillée en sursaut de sa longue torpeur « post-historique » , l'Europe trouvera-t-elle la force de faire face pour sortir cette zone de périls malgré sa crise politique et morale profonde ? Défendra-t-elle comme il se doit la sécurité de l'Ukraine, qui engage aussi la sienne ? Aura-t-elle le courage de soutenir un chemin clair d'adhésion vers l'Otan pour ce pays prêt à verser le sens pour rester libre et rejoindre l'Europe ? Telles seront quelques-unes des questions qui seront discutées ces vendredi et samedi au château de Tocqueville, où s'ouvre la 5e édition des Conversations Tocqueville, à l'initiative de la Fondation Tocqueville, du Figaro et de l'Atlantic Council, sur le thème : « L'Europe demain : réarmer la démocratie. »   Clairement, la rechute russe a totalement pris de court l'Occident, et particulièrement l'Europe. Le député européen Raphaël Glucksmann, qui participera aux débats alors qu'il signe un livre remarquable sur La Grande Confrontationque Poutine a lancée depuis des années avec nous, y voit « la conséquence directe de la disparition de l'ennemi soviétique en 1991 », disparition qui avait « laissé croire aux démocraties qu'elles pourraient vivre comme si la démocratie était un processus naturel ». « Cela a été le début du grand délitement, nous avons désarmé à tous les sens du terme, et versé dans un individualisme forcené. L'individu a effacé le citoyen qui nous obligeait. Les Occidentaux ont vécu en schizophrènes, renonçant à la part d'eux-mêmes qui devait voir l'intérêt général » ,analyse-t-il. Ainsi les élites politiques, bercées de leurs illusions de paix perpétuelle, s'étaient-elles accommodées de Poutine, qui fut courtisé et encouragé au-delà de toute décence, malgré ses écarts monstrueux. Nous avions aussi accepté - notamment l'Allemagne avec le projet North Stream - une dépendance au gaz russe déraisonnable, assujettissant l'intérêt stratégique de nos pays aux seules considérations économiques. Surtout, en trente ans, notait récemment le stratège américain Andrew Michta, qui sera lui aussi à Tocqueville, « l'Europe avait désarmé au-delà de toute mesure » ,l'Allemagne réduisant par exemple ses capacités de 90 % par rapport à 1990. « Les Européens sont si désarmés qu'il leur faudra dix ans pour retrouver leur niveau d'armement d'il y a trente ans » ,évalue-t-il, rappelant par exemple qu'en Europe « on ne produit quasiment plus de munitions »alors que les Ukrainiens, au plus fort du conflit, l'été dernier, « consommaient en trois jours la totalité de la production de munition produite aux États-Unis chaque mois ».Résultat, alors qu'éclatait sur le flanc est du continent européen la première guerre de haute intensité depuis 1945, ce sont les États-Unis qui ont fait acte de leadership, pour sauver la mise européenne et fédérer une réponse rapide à l'agression russe. L'Otan a retrouvé un rôle central, connaissant une expansion spectaculaire avec l'adhésion immédiate de la Finlande, et bientôt de la Suède, jusqu'ici attachées à leur stricte neutralité. À Paris, on s'est inquiété, voyant dans le retour en fanfare de Washington un danger d'enterrement de tout projet de puissance militaire européenne autonome, alors que les Européens de l'Est préfèrent insister sur l'indispensable alliance transatlantique face à l'union de la Russie et de la Chine. Le sujet mérite discussion, notamment dans ses conséquences industrielles, et fera l'objet de conversations à Tocqueville. On peut néanmoins se demander si, dans le contexte actuel, le risque qu'encourt l'Europe n'est pas plutôt celui d'une montée de l'isolationnisme américain que celui d'une présence excessive.   Surtout, ce débat dans le débat occulte l'essentiel ; à savoir l'extraordinaire opportunité stratégique qui s'ouvre pour l'Europe dans le dangereux moment historique que nous vivons. Car l'Ukraine, en alignant à la fois une volonté politique de rejoindre l'UE, une armée puissante et une nation en armes citoyenne qui résiste pied à pied à l'agresseur, formule de fait une « proposition » politique pour relancer l'Europe sur de nouvelles bases. Pas une Europe naïve, comme celle de l'Europe post-1989, note Constantin Sigov, mais défendue par une vraie puissance militaire, tout en revendiquant son adhésion au monde du droit, de la vérité et de la morale politique. Le David ukrainien envoie le message que résister paie, mais qu'il a besoin de la solidarité de l'Europe. « C'est ce qu'a expliqué le président Zelensky quand il est allé devant le Parlement britannique et qu'il leur a dit avoir répondu à la question de Hamlet, être ou ne pas être. Il leur a dit que l'Ukraine avait choisi d'être » ,explique Raphaël Glucksmann, notant que « l'Europe doit à son tour répondre à cette question ».Dès les premières heures du conflit, l'Europe centrale et orientale, à l'exception très décevante de la Hongrie, a été sur la même ligne de fermeté. La clarté de la position de la Pologne, des Baltes ou des Tchèques notamment, leur décision de s'armer massivement, leur solidarité massive avec la société ukrainienne ont consacré l'émergence d'un nouveau pôle majeur, à l'est de l'Europe. S'y est agrégé un pôle scandinave, partisan lui aussi d'une approche de fermeté, entraînant le déplacement du centre de gravité politique de l'Europe vers le nord-est. Le tout entraîné par un Royaume-Uni très engagé aussi. Avec des réticences et des questions, Paris, Berlin, Rome, Bruxelles ont suivi, apportant une aide militaire de plus en plus massive à Kiev. L'Union européenne s'est affirmée en coordinatrice assez efficace des efforts d'armement, même si le « Mars » européen reste très embryonnaire. À Bratislava, Emmanuel Macron a ébauché une révolution copernicienne de sa politique à l'est, reconnaissant ne pas avoir assez écouté ses voisins orientaux et appelant à soutenir un chemin vers l'Otan pour l'Ukraine lors du prochain sommet de Vilnius, en écho à la Pologne.   L'essai européen sera-t-il marqué à Vilnius ? Les Français iront-ils jusqu'à prendre le lead sur le dossier et devancer les Américains, démarche qui créerait un précédent audacieux mais nécessaire pour la responsabilisation de l'Europe ? « C'est une partie indispensable de l'histoire car l'Ukraine ne pourra gagner seulement par la force des armes,avertissait il y a quelques jours le journaliste ukrainien Vitali Portnikov. Les Russes ne renonceront jamais si l'Ukraine est laissée seule. Aurez-vous le courage politique et moral de lui offrir une porte d'entrée et des garanties de sécurité dans l'intervalle ? » ,s'interrogeait-il, terriblement anxieux.   On y verra plus clair à Vilnius. L'une des questions qui se posent en arrière-plan est de savoir si les politiques occidentaux sont prêts à défendre leurs choix devant leurs opinions publiques, qui ont déjà partiellement la tête ailleurs. « Il y a eu incontestablement, de Tallinn à Lisbonne, un vrai sentiment de solidarité et d'émotion à l'égard de l'Ukraine, qui a révélé aussi un sentiment d'appartenance collectif à l'Europe qui faisait défaut » ,dit Glucksmann. Mais le député européen affirme que « ce sentiment n'a pas été cultivé par les politiques et les élites, laissant le zapping sociétal faire son oeuvre ». « Mais je reste persuadé qu'on peut raviver cette flamme » ,dit-il.   À la condition toutefois d'expliciter le lien central qui existe entre nos choix à l'extérieur et la survie à terme de nos démocraties. Nombre d'Européens sont aujourd'hui absorbés par la contemplation d'autres « dragons » que le dragon russe. L'islamisation qui galope dans nos murs. L'insécurité qui semble traduire, comme à Nanterre et dans les banlieues, une dislocation du tissu national préoccupante. À cet égard, le diagnostic de l'historien Pierre Vermeren, qui suit de près l'affaissement du modèle républicain français et la révolte grandissante du peuple, n'est pas du tout optimiste sur la capacité à connecter l'enjeu ukrainien avec les préoccupations populaires. D'abord « parce que les politiques sont suivistes et que la population est ailleurs » ,note-t-il. « La guerre a suscité un effet de sidération, qui a écrasé tout le reste pendant la campagne électorale de 2017 » ,dit-il à propos de la présidentielle française. « Il en est sorti un effondrement du camp pro-Poutine, le peuple français décidant que la Russie poutinienne n'était pas l'amie de la France et était dangereuse. Il y a eu aussi un mouvement d'admiration et d'empathie pour la résistance ukrainienne. » Mais « ce dernier s'est vite évaporé sous la pression du quotidien » ,estime l'historien, notant que « l'augmentation de 25 % du prix du panier alimentaire a contribué à la paupérisation d'une France qui est déjà à 60 % dépendante des aides de l'État ». « Si on ajoute à ces problèmes sociaux la question de l'immigration et la situation sécuritaire catastrophique, cela a créé un effet d'occultation de la crise internationale, même si elle est fondamentale » ,poursuit Vermeren. Pour lui, « le peuple est tombé sous les radars, il ne pense plus comme une société de citoyens et ne se sent plus concerné ».La disparition de la conscription a « accéléré le sentiment d'impuissance et de désengagement ». « Les gens ont intégré le fait qu'ils ne pèsent rien. Penser que l'exemple ukrainien pourrait nous inspirer, c'est irréaliste, car cela n'intéresse qu'une petite élite de retraités cultivés qui lisent et regardent encore les informations. Les médias font comme si tout était normal mais notre pays s'affaisse » ,dit Vermeren parlant d'une France archipel, sans colonne vertébrale. Il ajoute que la classe politique ne joue plus son rôle, préférant penser « en silo ».À droite parce qu'on ne veut voir que la question migratoire et qu'on a du mal à faire son deuil d'une Russie poutinienne longtemps perçue, à tort, comme un rempart contre l'islamisme et la décadence. Et à gauche parce que les wokistes et les Verts ne parlent plus que discrimination raciale ou de genre, et de climat. « On a un peu le sentiment d'être dans la situation des Byzantins qui discutaient le sexe des anges alors que les barbares approchaient » ,dit Vermeren. Cette description paraît bien loin de l'Ukraine, de son état d'esprit et de son sang versé pour la survie. Mais le philosophe Constantin Sigov note qu'à Kiev aussi on était totalement pessimiste et découragé sur l'avenir et la politique, avant la guerre. « Puis, d'un coup, nous avons vu émerger des ressources insoupçonnées, les lingots d'or de la nation » ,dit-il. Comme beaucoup d'Européens de l'Est, Sigov est persuadé que l'Europe, notamment la France, se sous-estime, qu'elle pourra encore rebondir, en faisant acte de courage politique. La guerre ouvre cette opportunité, disent-ils, appelant à l'action qui crée un cercle vertueux. La leçon de Kiev est toutefois que cela ne viendra pas seulement des politiques mais de « chaque homme ou femme jouant son rôle de citoyen hoplite dans la cité » , renchérit Glucksmann. De ce point de vue, ces jours-ci, il n'y a sans doute pas ville plus tocquevillienne que Kiev. - </text>
	

	<text titre="Macron va tenter de renouer avec Berlin" date="2023 06 30T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jean-dominique merchet" annee="2023" mois="6" jour="30" journal_clean="L'Opinion" keywords="tenter, président, berlin, traverse, macron, relation, visite, dimanche, mardi" langue="fr"> Alors que la relation franco-allemande traverse un moment difficile, le président effectuera, de dimanche à mardi, une visite d'Etat, très protocolaire, outre-Rhin. Il se rendra successivement à Ludwigsburg, Berlin et Dresde, où il prononcera un discours sur l'amitié entre les deux pays.
Page 6   Lorsqu'un couple bat de l'aile, il arrive qu'il décide de s'offrir un week-end « en amoureux » pour tenter de recoller les morceaux. C'est un peu le sens de la « visite d'Etat » que le président Emmanuel Macron effectuera en Allemagne, du dimanche 2 au mardi 4 juillet. Une « visite d'Etat », ce n'est pas un simple déplacement officiel, comme il y en a tant entre Paris et Berlin. C'est un grand déploiement d'apparat et de protocole, où les symboles comptent plus que le fond des dossiers. L'Elysée croise des doigts pour que ce déplacement ne se déroule pas sur fond de violences dans les banlieues françaises. On se souvient qu'en mars, la visite d'Etat que le roi Charles III d'Angleterre devait effectuer en France avait été reportée sine die, à cause du conflit sur les retraites.   « Soixante ans après la signature du traité de l'Elysée entre la France et l'Allemagne, normalement, on n'a plus besoin d'une telle visite d'Etat » assure l'ancien ambassadeur Claude Martin, qui vient de publier ses mémoires Quand je pense à l'Allemagne, la nuit (L'Aube, 2023). Ce diplomate avait été un acteur important de la dernière visite d'Etat d'un président français Outre-Rhin, celle de Jacques Chirac en juin 2020. Il s'agissait alors de célébrer Berlin comme nouvelle capitale de l'Allemagne réunifiée.   Etapes. Vingt-trois ans plus tard, le fait qu'une nouvelle visite d'Etat ait été jugée utile dans les deux capitales montre que « la relation n'a jamais été aussi mauvaise », comme le rapporte Frédéric Charillon, chroniqueur international de l'Opinion. Dernier exemple en date: les profonds désaccords sur la défense aérienne de l'Europe. « C'est une tentative de créer un peu d'empathie, alors que les tensions sont évidentes », assure une source impliquée dans le franco-allemand.   Le déplacement présidentiel se déroulera en trois étapes, « une déambulation allemande », dit-on à l'Elysée. D'abord Ludwigsburg, près de Stuttgart (Bade-Wurtemberg), là même où, en 1962, le général de Gaulle prononça (en allemand!) un discours adressé à la jeunesse du pays. L'Institut franco-allemand (DFI), un centre de recherche qui y a son siège, et l'Office franc-allemand pour la jeunesse (Ofaj) seront célébrés à l'occasion de cette visite. Il sera notamment question d'intelligence artificielle.   Ensuite Berlin, où le président Macron sera accueilli, non pas par le chancelier Olaf Scholz, mais par le président fédéral Frank-Walter Steinmeier, au rôle essentiellement protocolaire. En Allemagne, les deux fonctions de chef de l'exécutif et d'incarnation de l'Etat sont séparées, comme dans la plupart des Etats européens, monarchiques ou républicains. En France, la Ve République a confondu les deux rôles dans la même personne. Le chancelier Scholz ne participera même pas au dîner d'Etat donné par le président fédéral à sa résidence, le château de Bellevue, à Berlin. En revanche, Olaf Scholz et Emmanuel Macron se seront vus auparavant, lors d'une courte croisière sur la Spree, le fleuve qui traverse la capitale. Une façon de dire: on est embarqués sur le même bateau.   L'hôte du chef de l'Etat français, Frank-Walter Steinmeier, 47 ans, est président fédéral depuis 2017. Il a été réélu pour un second mandat de cinq ans en 2022, au suffrage indirect par un collège de grands électeurs. Selon les sondages, une majorité d'Allemands souhaiterait élire directement son président fédéral. Frank-Walter Steinmeier, un social-démocrate, a été ministre des Affaires étrangères. Proche de l'ancien chancelier Schröder, ses sympathies pour la Russie ont été source de nombreuses polémiques, mais il a fait amende honorable depuis la guerre d'Ukraine.   « Histoire commune ». Lors de son séjour à Berlin, Emmanuel Macron ne s'adressera pas au Bundestag, le Parlement allemand. Son grand discours sera prononcé mardi, à Dresde (Saxe). Le choix d'une ville de l'ancienne Allemagne de l'Est n'est pas un hasard. C'est la poursuite de l'Ostpolitik d'Emmanuel Macron, la main tendue à la partie orientale du continent, en pleine guerre d'Ukraine. A Bratislava (Slovaquie), le 31 mai, le président français assurait déjà: « Je ne crois pas qu'il y ait une Europe occidentale et une Europe orientale, ou une vieille Europe et une Europe nouvelle. Ce serait perpétuer la frontière artificielle imposée pendant des décennies par l'Union soviétique. Il n'y a qu'une Europe. » « A Dresde, nous reprendrons le chrono de l'histoire », avec un discours « qui permettra de revenir sur ce qui nous tient ensemble, sur notre histoire commune, sur la conscience de la valeur de notre histoire commune », indique-t-on à l'Elysée.   Cette visite sera également l'occasion d'honorer les époux Klarsfeld, comme l'a révélé l'Obs. Fondateurs de l'Association des fils et des filles des déportés juifs de France, Serge et Beate Klarsfeld, les deux chasseurs de nazis, seront décorés par Emmanuel Macron, lundi à l'ambassade de France à Berlin. Lui grandcroix et elle grand officier de la Légion d'honneur. Un retour aux sources pour Beate, Allemande née à Berlin en 1939. « Notre histoire commune ». @jdomerchett   Enigme. Russie: où est passé le chef d'état-major des armées?   Valeri Guerassimov, 67 ans, n'a plus été vu en public, ni à la télévision depuis que le patron du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine, a demandé samedi, lors de sa mutinerie, sa démission. Les communiqués de presse du ministère russe de la Défense ne mentionnent, par ailleurs, plus le nom du chef d'état-major des armées depuis le 9 juin. Commandant de l'opération militaire spéciale en Ukraine, selon les termes du Kremlin, le chef d'état-major des armées serait le détenteur de l'une des trois mallettes nucléaires, d'après des analystes occidentaux. Un autre haut gradé, le général   Sergueï Sourovikine, a aussi disparu la scène publique. Ce dernier avait été nommé en octobre dernier à la tête des opérations militaires en Ukraine avant d'être déclassé au rang d'adjoint de Guerassimov en début d'année. Selon le New York Times, Sergueï Sourovikine avait connaissance du projet de mutinerie de Wagner. Le Moscow Times et un blogueur militaire ont rapporté qu'il avait été arrêté. D'autres officiers supérieurs seraient actuellement interrogés pour déterminer s'ils ont joué un rôle dans la mutinerie. Vladimir Poutine, qui veut reprendre la main, a demandé l'ouverture d'une enquête. </text>
	

	<text titre="Vladimir Poutine va-t-il marcher dans les pas d'Erdogan ?" date="2023 07 01T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24528" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="1" journal_clean="Le Figaro" keywords="président, armée, poutine, main, purges, vladimir, erdogan, putsch" langue="fr"> Vladimir Poutine suivra-t-il le modèle Erdogan ? Après le putsch raté de 2016, dont il était sorti groggy, le président turc avait repris la main en lançant des purges massives dans l'armée, jetant en prison des milliers d'officiers. Au total, 150 000 personnes avaient été limogées dans l'armée, dans l'administration et dans le secteur privé. 50 000 avaient été arrêtées. Sept ans plus tard, alors que la dérive autocratique du pays se poursuit, Erdogan a été réélu pour un troisième mandat.   Les rumeurs d'arrestations dans les rangs de l'armée russe, la disparition de plusieurs généraux de la scène publique, l'incertitude qui pèse sur le sort du général Sourovikine, allié de Prigojine et soupçonné d'avoir au moins été au courant de l'insurrection menée par le patron de Wagner, pourraient bien constituer les prémices d'un grand nettoyage des écuries d'Augias russes. On peut en tout cas s'attendre, selon les experts, à une mise à l'écart des officiers qui ont sympathisé avec la rébellion ou qui sont restés passifs. Géré par un ancien cadre du ministère de la Défense, le compte Telegram Rybar annonce le début des purges dans ce pays qui à l'époque soviétique en fit une de ses grandes spécialités. D'autres s'attendent à une chasse aux sorcières dans les rangs des forces de sécurité ou à une réplique russe de la nuit des longs couteaux, suivie d'un durcissement du régime. Comment pourrait-il en être autrement si Vladimir Poutine, qui a été humilié et affaibli par la marche de Wagner sur Moscou, veut reprendre la main ? Alors que les têtes chercheuses des services de renseignements chassent sans doute déjà dans les structures de force ceux qui ont aidé à donner le « coup de poignard dans le dos » , le président simule un retour à la normale. Il passe à la télévision, préside des réunions. Il a exilé Prigojine en Biélorussie et « annexé » la milice Wagner, qui devrait rentrer dans les rangs de l'armée. Omniprésent sur la scène publique, il voudrait faire croire que la rébellion du patron de Wagner appartient déjà au passé.
Mais aura-t-il la possibilité de purger le système ? Car le putsch a révélé la désorganisation de l'État, l'atonie des forces de sécurité et le manque d'enthousiasme du soutien à Vladimir Poutine, même si les élites et l'armée n'ont pas fait défection. La guerre en Ukraine est un poison lent, qui ronge de l'intérieur les murs du Kremlin. Après seize mois de ce remède mortel, les fondations de l'État russe sont fissurées et son président, que de nombreux dirigeants considéraient toujours comme le garant de la stabilité de la première puissance mondiale, est affaibli par une mutinerie qui a peut-être trouvé des relais dans son entourage et a rencontré l'approbation silencieuse d'une partie des forces de sécurité. En quelques heures, Prigojine a détruit le mythe de l'autocrate intouchable, il a prouvé que la forteresse Poutine pouvait être assaillie. Mais, surtout, il a brisé un tabou qui entoure la guerre en Ukraine depuis le début. En dénonçant les mensonges du Kremlin, en révélant aux Russes que l'invasion ne visait pas à répondre à une attaque de l'Otan, que les populations russophones du Donbass n'étaient pas l'objet d'un génocide, bref, que la guerre était infondée, Prigojine a réduit à néant le récit national officiel sur les causes de la guerre en Ukraine.   Le chemin qui permettrait à Vladimir Poutine de restaurer son autorité est étroit et semé d'obstacles. S'il accède aux demandes de sa créature Prigojine et limoge le ministre de la Défense Sergueï Choïgu et le chef d'état-major Valery Gerasimov, il donnera l'impression de subir les événements et de ne plus être aux manettes. Mais s'il tape trop fort, comme le font les animaux blessés, il risque d'attiser les frustrations dans le pays et d'encourager une nouvelle démonstration de force de la part de putschistes potentiels. Surtout si, comme certaines hypothèses le suggèrent, le patron de Wagner a servi de test du système et d'exemple pour d'autres. Selon des informations qui filtrent à la fois des États-Unis et d'Ukraine, la crise est désormais ouverte entre les militaires et les services de renseignements.   Ce premier véritable défi à l'autorité de Vladimir Poutine ne sera pas le dernier, affirment la plupart des spécialistes de la Russie. Mais de quelle révolution est-il annonciateur ? La petite révolution de 1905, celle qui précéda la grande ? Celle de 1917, qui balaya le régime tsariste ? Celle de 1991, qui mena, avec Gorbatchev, à la perte de l'empire ? Ou la révolution conservatrice d'Erdogan, qui, grâce aux purges et à la répression, est resté maître du pouvoir ?   « En quelques heures, Prigojine a détruit le mythe de l'autocrate intouchable, il a prouvé que la forteresse Poutine pouvait être assaillie </text>
	

	<text titre="Depuis la semaine dernière" date="2023 07 01T00:00:00" journal="La Croix, no. 42657" auteur="pages réalisées par alice le dréau et clotilde macabéo" annee="2023" mois="7" jour="1" journal_clean="La Croix" keywords="visa, france, semaine" langue="fr"> L'animal de la semaine   Un panda sans visa   C'était l'une des stars du zoo de Beauval. Las ! Yuan Meng, le premier bébé panda né en France, va partir pour la Chine le 25 juillet. Le départ, initialement prévu le 4 juillet, avait été retardé pour des problèmes « administratifs », a annoncé le zoo, le 27 juin. Le voyageur pas comme les autres aurait rencontré des problèmes de visa. Ses parents, ainsi que ses soeurs jumelles, restent en revanche en France. Une aubaine, pour le parc animalier qui, depuis qu'il héberge la famille d'ursidés, a vu sa fréquentation constamment augmenter.   ----
 Préhistoire   Un artiste nommé Neandertal   Mercredi 21 juin. Homo sapiens n'a qu'à bien se tenir ! Selon les auteurs d'une étude publiée dans la revue scientifique américaine PLOS One, l'homme de Neandertal aurait réalisé des gravures tracées au doigt. Les oeuvres ont été retrouvées dans une grotte d'Indre-et-Loire, qui aurait été fermée à la suite d'inondations il y a environ 57 000 ans. Découverte en 1846, elle était restée inaccessible jusqu'en 1912. Selon les chercheurs, ces gravures, qui seraient les plus vieilles de France, voire d'Europe, remontent à 75 000 ans, époque à laquelle Homo sapiens n'était, jusqu'à preuve du contraire, pas encore installé dans cette partie du globe.   ----   Basket   Les Français en haut du panier de la NBA   Jeudi 22 juin. Soirée historique pour le basket français lors de la « draft NBA », permettant aux équipes de la ligue de basket nord-américaine de sélectionner les meilleurs jeunes joueurs du monde. Victor Wembanyama, 19 ans, 2,24 mètres selon l'AFP, est le premier Français de l'histoire à être choisi en première position. Il rejoindra les Spurs de San Antonio. Son coéquipier au Metropolitans 92 (club de Levallois-Perret), Bilal Coulibaly, atteint la 7e place. Rayan Rupert et Sidy Cissoko, respectivement choisis en 43e et 44e positions, complètent la liste des 4 Français sélectionnés, ne dépassant toutefois pas le record de 5 atteint en 2016.   ----   International   Une rébellion et des questions   Vendredi 23 juin. Épisode mouvementé pour le Kremlin. Dans la nuit de vendredi à samedi, le chef du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine, affirmait avoir pris le contrôle de plusieurs sites militaires dans la ville stratégique de Rostov, en Russie. Dans les heures suivantes, les hommes de la milice armée ont avancé en direction de Moscou, avant que Prigojine n'ordonne de faire marche arrière. Malgré la promesse d'une immunité pour les insurgés, Vladimir Poutine dénonce une « trahison ». Cette rébellion avortée pose des questions sur la véritable force du régime moscovite, qui refuse toutefois de reconnaître toute fragilisation.   ----   Catastrophe naturelle   Le Canada suffoque   Dimanche 25 juin. Le Canada vit une année sans équivalent. Plus de 7,4 millions d'hectares, depuis début janvier, ont brûlé dans le pays. Les habitants de Montréal se lèvent, depuis dimanche, sous un voile de fumée dû aux feux de forêts. Selon IQAir, entreprise suisse spécialisée dans l'étude des polluants atmosphériques, les particules fines font de Montréal la ville à l'air le plus pollué au monde. De nombreuses activités extérieures ont dû être reportées et il est recommandé aux habitants de porter un masque en extérieur. Et la fumée ne s'arrête pas aux frontières, rejoignant peu à peu les côtes atlantiques européennes.   ----   Consommation   Alerte aux fuites d'eau   Mardi 27 juin. Dans un contexte de raréfaction de l'eau liée au changement climatique, l'UFC-Que choisir, sur la base de données de l'Observatoire national des services publics d'eau et d'assainissement, dénonce la « faiblessedes mesures prises » jusqu'ici pour limiter les pertes d'eau potable. L'association de consommateurs demande la mise en place de réels plans de rénovation des réseaux d'eau. Sur la totalité du territoire français, 19,9 % de l'eau distribuée est perdue à cause de fuites, soit un milliard de mètres cubes par an. C'est l'équivalent de la consommation cumulée des sept plus grandes agglomérations françaises, soit 18,5 millions d'habitants.   ----   Police-Justice   Un drame et des tensions   Mardi 27 juin. Un automobiliste de 17 ans a été tué, à Nanterre (Hauts-de-Seine), par le tir d'un policier, à la suite d'un refus d'obtempérer. Des sources policières ont d'abord affirmé que le véhicule avait foncé sur les agents, mais une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre un policier tenir en joue le conducteur, puis tirer lorsque la voiture démarre. La mort du jeune homme a suscité beaucoup de réactions, ravivant la controverse sur les violences policières. Des tensions ont éclaté dans la nuit de mardi à mercredi en banlieue parisienne et dans plusieurs villes de France. Le gouvernement a de son côté appelé au calme.   ----   La citation de la semaine   « Même s'il ne s'agit plus d'une urgence de santé publique mondiale, le Covid-19 n'a pas disparu. »   Hans Kluge   Directeur du bureau européen de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le 27 juin. Environ 36 millions d'habitants de la région Europe - 53 pays, jusqu'à l'Asie centrale - auraient été touchés par un Covid long.   ----   Le mot de la semaine   Canicule marine   Dans l'océan Atlantique nord, la température de la surface de la mer dépasse les 23°C, un niveau particulièrement élevé. Ces canicules ont de nombreuses conséquences, dont une hécatombe invisible d'espèces sous-marines, estiment les scientifiques. Elles ont aussi vocation à devenir plus fréquentes et plus intenses sous l'effet du changement climatique: les océans ont absorbé 90% de l'excès de chaleur généré par l'effet de serre.   ----   L'objet de la semaine  Dame à l'éventailLe tableau du célèbre peintre autrichien Gustav Klimt a été vendu aux enchères à Londres, mardi 27 juin, pour 74 millions de livres, soit plus de 86 millions d'euros. Commencée un an avant la mort de son auteur en 1918, l'oeuvre bat un record en Europe, détrônant la sculpture d'Alberto Giacometti , Homme qui marche I, vendue en 2010 pour 65 millions de livres. </text>
	

	<text titre="En Ukraine, la survie et la patrie" date="2023 07 01T00:00:00" journal="La Croix, no. 42657" auteur="jean-christophe ploquin" annee="2023" mois="7" jour="1" journal_clean="La Croix" keywords="zelensky, cardinal, visite, volodymyr, ukraine" langue="fr"> Un cessez-le-feu « ne mènerait pas à la paix ». C'est la position qu'a défendue le président Volodymyr Zelensky devant un émissaire du Vatican, le cardinal Matteo Zuppi, en visite à Kiev début juin. En Ukraine, l'heure est à l'offensive. Celle-ci se déroule depuis trois semaines sans avoir permis de gains territoriaux importants. Une dizaine de villages ont été repris à l'envahisseur, mais les pertes sont lourdes des deux côtés, soulignent les services de renseignements occidentaux. Même si l'attaque principale n'a pas encore été déclenchée, les opérations semblent appelées à durer, face à des Russes ayant considérablement renforcé leurs positions défensives. Les troupes ukrainiennes à l'avant du combat se heurtent à des murs de mines, à des tirs de barrage d'artillerie, à des armes rôdeuses, comme les drones. Le but qui leur est assigné reste pourtant la reconquête de tous les territoires perdus depuis 2014, soit 17 % de la superficie de l'Ukraine.
La détermination de Volodymyr Zelensky s'appuie sur celle de son opinion. Une enquête de décembre 2022 montre que 90 % des sondés pensent que l'Ukraine gagnera cette guerre (1). Près des deux tiers rejettent toute idée de négociations territoriales. Cette forte cohésion s'enracine dans un sentiment patriotique qui s'est forgé à partir de 2014, lorsque la Russie a annexé la Crimée et soutenu les séparatistes du Donbass. Depuis lors, la guerre a fait partie du quotidien des Ukrainiens. En huit ans, avant l'invasion russe du 24 février 2022, plus de 400 000 soldats étaient allés au front. Un puissant mouvement de volontaires s'était constitué pour soutenir l'armée. Au fil des ans, leur nationalisme s'est disséminé au sein de la société, jusque-là plutôt atone. Face à un adversaire russe de plus en plus clairement identifié, l'ambivalence vis-à-vis du pays « frère » s'est estompée. Lorsque Vladimir Poutine déclenche son offensive générale, il y a seize mois, il ne se doute pas qu'elle va cristalliser un fort sentiment d'unité chez les Ukrainiens. Ils engagent le combat au nom de la liberté de leur nation et pour rejeter l'autoritarisme et la brutalité du système de pouvoir russe. Les valeurs morales et politiques qui fondent leur résistance traduisent leur aspiration et leur adhésion à la civilisation européenne.   Cet état d'esprit perdure malgré les ravages de la guerre. Un tiers de la population s'est exilé ou est parti vivre ailleurs dans le pays (« déplacés internes »). Pour beaucoup, la vie est en mode survie, marquée par le dénuement, l'insécurité, l'incertitude. Le moral est renforcé par le soutien occidental, financier, politique et militaire. L'avenir dépendra aussi des événements récents survenus en Russie.La mutinerie avortée de Evgueni Prigojine, patron de la milice Wagner, le 24 juin, souligne les profondes divisions qui existent parmi les forces armées russes de tout acabit. Vladimir Poutine a enrayé rapidement la révolte mais son autorité ressort fragilisée.Les effets de cette rébellion éclair sur les soldats engagés en Ukraine pourraient être dévastateurs. Beaucoup doutent de la compétence des autorités militaires à Moscou. Ce contexte explique peut-être la visite du cardinal Zuppi à Moscou les 28 et 29 juin, la première d'un haut responsable du Saint-Siège depuis le début de l'invasion. Le maître du Kremlin a perdu sa terrible assurance et élargit ses contacts. </text>
	

	<text titre="Près de 320 Français et résidents en France partis se battre en Ukraine" date="2023 07 01T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="élise vincent" annee="2023" mois="7" jour="1" journal_clean="Le Monde" keywords="battre, partis, services, ukrainien, français, france, renseignement, résidents, ukraine" langue="fr"> C’est un chiffre qui illustre une préoccupation grandissante pour les services de renseignement français. Alors qu’aucune issue rapide au conflit ukrainien ne semble se dessiner, quelque 320 Français ou résidents français sont, selon nos informations, partis se battre en Ukraine depuis le début de la guerre, que ce soit côté ukrainien ou côté russe. Un volume qui s’inscrit dans un mouvement global de 800 candidats au départ identifié au total par les services français sur le territoire national.   La vigilance est d’autant plus de mise pour les différents services chargés du suivi de ces individus que, parmi ces 800 personnes qui ont envisagé de partir combattre en Ukraine, 120 ont été identifiées comme appartenant à la mouvance d’ultradroite, selon les chiffres les plus récents. Une mouvance particulièrement surveillée, notamment par la direction générale de la sécurité intérieure, depuis qu’ont commencé, en 2017, à se multiplier les affaires de radicalisation de toute une frange de militants.
Environ 40 individus sur ces 800 volontaires ont par ailleurs été identifiés comme appartenant à l’ultragauche. Enfin, le nombre de prorusses parmi ces militants, qu’ils soient d’ultradroite ou d’ultragauche, a été évalué à environ 25 personnes, soit un nombre très restreint. Mais ces derniers sont ceux qui font l’objet de la surveillance la plus rapprochée.  Expérience militaire« Nous sommes très attentifs à ce nouveau mouvement de combattants, notamment ceux en lien avec l’ultradroite », indique une source proche du dossier. Leur suivi, encadré par la loi, se fait au titre des risques de radicalisation violente : 65 % de ces militants d’ultradroite et d’ultragauche – soit une centaine de personnes – ont fini par rejoindre le front côté ukrainien ou côté russe, et ont donc possiblement acquis une expérience militaire. Environ 70 sont par ailleurs déjà rentrés en France, estiment les services de renseignement.   Parmi les 640 autres Français ayant été identifiés comme volontaires pour se battre en Ukraine et dont les services disent ignorer l’affiliation politique, les trois quarts – soit 480 personnes – sont pour leur part considérés comme pro-ukrainiens. Parmi eux, environ 220 ont été jusqu’au bout de leur démarche et sont partis se battre en Ukraine. Mais, à la différence des militants d’ultradroite ou d’ultragauche, moins de la moitié est rentrée en France, un certain nombre ayant des liens amicaux ou familiaux sur place.   Contrairement aux candidats au djihad pour la zone irako-syrienne, dont les départs ont été en théorie interdits à partir de 2014, et qui relevaient tous du cadre juridique antiterroriste, en particulier à leur retour, les volontaires au combat en Ukraine, qu’ils soient partis ou rentrés, ne font actuellement l’objet d’aucune ouverture d’enquête judiciaire systématique. Seul un entretien administratif peut être conduit si les services de renseignement le jugent nécessaire.   Fin avril, un ancien chasseur alpin connu pour ses affinités néonazies et un militant d’ultradroite ont toutefois été interpellés à leur retour d’Ukraine alors qu’ils disaient avoir combattu dans les rangs ukrainiens. Ils étaient munis de chargeurs de fusil d’assaut et d’optiques de visée. Immédiatement déférés en comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité pour transport et détention d’armes, ils ont été condamnés à quinze mois de prison dont neuf avec sursis.   Même si le nombre de départs s’est fortement ralenti ces dernières semaines, parmi le nombre de Français ou résidents français partis combattre en Ukraine, une petite dizaine, selon les derniers chiffres connus, ont aussi rejoint les rangs de la société paramilitaire privée russe Wagner. Dont au moins un ancien légionnaire de nationalité ukrainienne, Yevhenii Koulyk, décédé sur place, dont l’identité a été divulguée sur les canaux de communication officiels de son fondateur, Evgueni Prigojine, au mois de janvier.   Depuis le début de la guerre, le nombre de légionnaires engagés sous le drapeau français ayant rompu leur contrat pour partir en Ukraine se chiffre, lui, a environ 60, selon des éléments communiqués au Monde.« Tous étaient de jeunes recrues qui avaient moins de cinq ans de service », précise une source militaire. Ils sont désormais considérés comme déserteurs.   Habituée à avoir beaucoup d’Ukrainiens ou de russophones dans ses rangs – plus de 1 000 –, la Légion avait été confrontée à une vague de départs durant les premiers mois de la guerre. Afin de l’endiguer, une permission exceptionnelle de quinze jours avait été accordée pour ceux souhaitant se rendre à la frontière ukrainienne afin d’aider leur famille. Mais tous ne sont pas rentrés en France. Depuis, afin d’éviter qu’un tel phénomène ne se reproduise, et pour des « raisons sécuritaires » , le commandement de la Légion a pris une solution radicale : la suspension de tous les recrutements de Russes et d’Ukrainiens. </text>
	

	<text titre="37 C'est le nombre de [...]" date="2023 07 01T00:00:00" journal="Libération" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="1" journal_clean="Libération" langue="fr"> 37 C'est le nombre de sociétés militaires privées recensées en Russie en avril, selon le site internet d'Open-Source Intelligence Molfar. Réparties dans 34 pays différents, la plupart opèrent en Ukraine et sont de plus en plus nombreuses depuis le début de la guerre. Les effectifs vont de quelques dizaines à des milliers d'hommes. «C'est trop tôt pour le dire, mais c'est possible qu'une autre milice prenne la place de Wagner», avance Lukas Aubin, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales. Le sort du groupe de Prigojine est en effet incertain depuis son coup de force sur le sol russe le week-end dernier, mais le système qui avait permis son essor est toujours en place. </text>
	

	<text titre="À Novossibirsk, la milice Wagner fait de la résistance" date="2023 07 03T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24529" auteur="colling, julian" annee="2023" mois="7" jour="3" journal_clean="Le Figaro" keywords="evgueni, milice, wagner, novossibirsk, grand, prigojine, biélorussie, mutinerie" langue="fr"> RUSSIE Comme si de rien n'était ou presque. Malgré la mutinerie de son patron déchu Evgueni Prigojine, excommunié en Biélorussie, un grand drapeau à l'effigie de Wagner flotte toujours au-dessus de l'entrée de ce sous-sol anonyme, au 17 rue Tcheliouskintsev, à Novossibirsk. Dans ce vaste « dvor » , une cour d'immeuble typiquement soviétique entourée de blocs d'habitation gris, à l'abri des regards, mais pas tant que ça, un groupe de costauds gaillards vêtus de pantalons en treillis papotent, large sourire aux lèvres. Wagner ne se cache pas : en ce 29 juin, cinq jours après la rébellion avortée, son centre de recrutement dans la mégapole sibérienne d'un million et demi d'habitants (3e ville de Russie) fonctionne normalement.
« Est-ce que ça me dérange qu'ils soient là, à la vue de tous ? Non » , répond Dimitri, la cinquantaine, un riverain. « Oui ce sont des mercenaires, mais ils ont beaucoup donné sur le front, ils ont aidé la patrie. » Sur les murs de l'entrée de la cave, deux panneaux évoquent le partenariat en cours entre Wagner et une association locale pour le sport et les valeurs patriotiques. On y voit un soldat en tenue en train de viser, fusil à la main.   Marat*, un ancien ingénieur en géologie devenu volontaire au centre, porte des caisses d'aide humanitaire destinées au Donbass. Alors que nous entamons la discussion, un jeune homme à la mâchoire carrée sort du sous-sol avec un accompagnateur au teint mat. Il exécute quelques tractions sur la barre de musculation installée dans la cour d'immeuble ; sans doute la première étape de son recrutement. « Un peu plus loin se trouve la salle de sport du centre, où les gars se préparent au départ » , nous précise Marat.   Quant aux bureaux des chefs locaux de la milice, ils se trouveraient dans une cossue tour d'affaires à proximité. C'est dans le gymnase susnommé que Prigojine lui-même donnait une conférence de presse, le 31 mai, au cours d'une inattendue tournée promotionnelle qui, pensait-on alors, confirmait enfin ses ambitions politiques. Comme les choses peuvent changer, en Russie, en l'espace de trois semaines...   « Ah, Evgueni Victorovitch... Une personnalité complexe animée de revanchisme » , glisse, cryptique, le volontaire, qui ne semble absolument pas envisager la fin de Wagner. Un couple sort alors de la cave. « Oui, je viens de m'enrôler », précise benoîtement l'homme, la quarantaine, svelte. « Nous ne donnons pas d'interview » , coupe sa compagne. À l'intérieur du modeste bureau, habillé de grands posters à tête de mort, un autre soldat est venu chercher des documents. Dans une petite pièce sur la droite, une assistante répond continuellement à des appels de candidats. Les sélectionnés seront-ils désormais envoyés en Biélorussie, où l'on évoque trois futurs « camps » Wagner ?   Juste après la mutinerie, un journaliste russe s'était fait passer pour un candidat en appelant l'un des points de recrutement - prouvant au passage que certains centres étaient bien restés ouverts. On lui répondait au téléphone que la base de Wagner était toujours à Molkino, dans le sud de la Russie. Si Prigojine a été mis hors-jeu, la structure qu'il a largement construite, bien trop utile au front russe, continuera à envoyer des volontaires. Ils devront, par contre, désormais, signer un contrat avec le ministère de la Défense. En d'autres termes, être englobés dans l'armée russe. Ces recrues de Wagner garderont-elles leurs conditions très avantageuses par rapport aux militaires réguliers ? Probable.   Raïssa, une retraitée venue rejoindre ses petits-enfants en Sibérie, ne semble même pas au courant de la présence, juste derrière son banc, de ce centre Wagner. Mais la seule mention du nom « Prigojine » suffit à la lancer : « C'est un traître ! On lui a donné une grande mission pour notre opération spéciale, pour les nôtres en Ukraine. Et puis il s'est retourné contre son pays. C'est incompréhensible, je lui en veux beaucoup. Pas aux gars de base de Wagner, c'est Prigojine, le seul coupable !  »   Dans l'une de ses allocutions post-rébellion, le président russe avait lui aussi tout mis sur le dos du bouillonnant représentant de Wagner, en promettant avec une mansuétude certaine à ses soldats « manipulés » de pouvoir rentrer dans leur famille ou rejoindre sans problème l'armée russe. Un ton logiquement suivi par le député municipal ultrapatriotique Rotislav Antonov. « Les héroïques combattants de Wagner doivent suivre les ordres du commandant suprême(Poutine), il nous faut de l'unité » , déclarait-il à une radio locale le jour de la mutinerie.   Mais son confrère du conseil municipal Anton Kartavine, opposant au maire (loyal au Kremlin), est moins tendre avec la milice. « On a dans ce pays des mercenaires qui tuent au passage des soldats russes(13 morts le 24 juin, NDLR) et sont pardonnés, les bureaux de ces rebelles restent ouverts... Clairement, les lois fonctionnent à géométrie variable. »   En réalité, depuis la rébellion avortée, on perçoit que Wagner est un sujet sensible. Dans la ville, les publicités pour les paramilitaires ont déjà été retirées. La page de leur antenne locale sur le réseau social VKontakte a été fermée. « Le lendemain de l'escapade, un dimanche, trois agents du FSB sont venus perquisitionner leurs bureaux, ils ont pris leurs disques durs » révèle Lev*, un travailleur culturel qui partage son entrée avec les salariés de Wagner. « Je vous dirai juste que je ne suis pas ravi d'avoir de tels voisins depuis septembre dernier » , confie-t-il.   Des opérations similaires ont été menées dans un grand nombre de villes russes, par un FSB qui a repris la main sur le pays depuis la rébellion. Le maire de Novossibirsk, Anatoli Lokot, a, lui, refusé de commenter le maintien du point de recrutement. Les avis sur Prigojine lui-même restent, eux, ambivalents. « Je comprends pourquoi il ne s'est pas laissé faire » , dit Irina, une commerciale rencontrée près de la station Gagarine du métropolitain. Ivan, 57 ans, un taxi, va plus loin : « Moi, je soutenais clairement leur action. (Sergueï) Choïgou n'a rien à foutre au poste de ministre de la Défense, il n'est pas militaire, ne s'est jamais battu, c'est un incapable. Prigojine est allé au charbon, lui. Et je peux vous affirmer que beaucoup de gens aiment bien son franc-parler.  »   Certes, la popularité du dynamiteur et diseur de vérités du système russe a chuté de vingt points, selon un sondage du centre Levada. La télévision d'État a, il est vrai, depuis le 24 juin, dépeint systématiquement Prigojine en veul traître. La cote de Poutine reste, elle, stable. Mais le numéro un russe est, selon une pléthore de sources anonymes citées dans la presse occidentale, très critiqué au sein de l'élite russe pour son manque de présence et de fermeté, qui auraient laissé germer la mutinerie. On parle désormais d'un régime personnel affaibli en Russie.   La popularité de la bête noire de Wagner, Sergueï Choïgou, a elle aussi... baissé depuis la mutinerie, lui qui était déjà loin de faire l'unanimité au sein du peuple ou des rangs militaires. Dans le même temps, à Novossibirsk, le 1er juillet, un massif rassemblement de voitures aux couleurs de Wagner - sorte de manifestation de soutien motorisée - prenait place près d'un cimetière de la ville. L'équation politique des suites de la rébellion prigojinienne n'est ainsi peut-être pas encore résolue pour le « tsar » russe. Et le siège de Choïgou, ami du président, renforcé par ce dernier à l'issue du bras de fer du 24 juin, n'est peut-être pas si stable qu'il en a l'air.   * Le prénom a été changé. </text>
	

	<text titre="« La mutinerie d'Evgueni  Prigojine révèle des tensions anciennes »" date="2023 07 03T00:00:00" journal="La Croix, no. 42658" auteur="recueilli par pierre sautreuil" annee="2023" mois="7" jour="3" journal_clean="La Croix" keywords="evgueni, russe, prigojine, tensions, régime, mutinerie" langue="fr"> Quelles sont selon vous les causes de la mutinerie d'Evgueni Prigojine ?   Andreas Umland?: Cette mutinerie est la suite d'un débat qui fait rage au sein du régime russe depuis l'annexion de la Crimée en 2014 entre une frange belliciste, maximaliste, et une frange qui l'est moins. Jusqu'à récemment, la figure principale du camp des «?faucons?» était Igor Guirkine, ancien leader séparatiste de la République populaire de Donetsk. Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, c'est Evgueni Prigojine qui a repris ce rôle.   Ces tensions au sein du spectre nationaliste, qui inclut Poutine, mais aussi des éléments plus radicaux, avaient lieu depuis des années. Ce sont ces tensions qui se sont exprimées dans cette mutinerie. Ce n'est pas le premier acte violent depuis le début de l'invasion. Il y a eu la tentative d'assassinat contre l'idéologue Alexandre Douguine et l'assassinat du blogueur militaire Vladlen Tatarski, proche de Prigojine (dont les Russes et les Ukrainiens se renvoient la responsabilité, NDLR).
 Cette mutinerie ne marque-t-elle pas tout de même un changement radical d'échelle ?   A. U. : C'est une nouvelle échelle. Mais les tensions étaient là avant. Le fond de l'affaire, c'est l'échec de l'invasion, que déplore une partie du régime. Je ne suis pas d'accord avec ceux qui pensent que cette mutinerie ne résulte que d'un conflit pour le pouvoir, l'argent, les intérêts privés. La mutinerie a été précédée par une longue escalade rhétorique entre Prigojine et le ministre de la défense russe, Sergueï Choïgou.   Si l'invasion avait été un succès, il n'y aurait pas eu autant de tensions. Si tant d'erreurs n'avaient pas été commises, il n'y aurait pas autant de critiques de Choïgou et Guerassimov (le chef d'état-major des armées russes, NDLR)parmi le camp nationaliste. Ce sont ces critiques qui ont poussé le ministère de la défense à chercher à reprendre le contrôle des armées privées, ce qui a créé ensuite du mécontentement chez les leaders de celles-ci, Prigojine en premier lieu. Mais la racine du problème, c'est l'échec de l'invasion.   Quel est l'objet de ces divergences au sein du spectre nationaliste russe ?   A. U. : Idéologiquement, ils sont tous sur la même ligne. Ils sont tous impérialistes, et ils veulent tous établir le contrôle de l'Ukraine. Les divergences portent sur les méthodes à employer pour atteindre cet objectif, et sur la manière de le justifier. Comme Guirkine avant lui, Prigojine critique le discours de la propagande russe. Eux s'en fichent de dire que l'Ukraine est dirigée par des prétendus « fascistes »ou « nazis », ou qu'il s'agit d'une « guerre défensive » face aux velléités de l'Otan. Eux disent les choses plus ouvertement, plus honnêtement presque : ils veulent contrôler l'Ukraine !   Pour beaucoup, cette mutinerie met au jour le caractère fondamentalement « kleptocratique », voire « mafieux » du régime russe. Qu'en pensez-vous ?   A. U. : Je ne vois pas de contradiction entre le fait qu'un régime puisse fonctionner sur un mode idéologique et l'existence de ces tensions sur la manière de mettre en oeuvre cette idéologie. Le poutinisme est un système de corruption et de vol, mais c'est aussi un système idéologique.   En quoi consiste cette dimension idéologique du poutinisme ?   A. U. : C'est une vision du monde. Le poutinisme voit la Russie comme un pôle civilisationnel distinct. La Russie tsariste, l'Union soviétique et la Fédération de Russie qui lui a succédé en 1991 y forment un ensemble unique, dont la vocation est d'être une alternative à la civilisation occidentale. Ce n'est pas une vision aussi extrême que celle des penseurs eurasistes, qui est antieuropéenne et parfois antichrétienne.   Le poutinisme est une forme d'européanisme, mais ancré dans les aspects les plus pathologiques de l'histoire européenne : le nationalisme, l'idée que les grandes puissances ont plus de droits que leurs voisins, le besoin de se défendre contre des forces vues comme néfastes pour l'identité collective (les droits LGBT, par exemple). Il rejette le cosmopolitisme et l'universalisme. Il n'est pas contre l'Europe, mais contre certaines idées européennes. C'est une idéologie impériale et conservatrice.   Dans quelle mesure la mutinerie fragilise-t-elle le régime de Vladimir Poutine ?   A. U. : C'est une remise en question du régime. L'occupation de Rostov et de Voronej, les combats, la destruction d'hélicoptères et d'un avion par les troupes de Prigojine, la marche vers Moscou... Pavlo Klimkine, ancien ministre des affaires étrangères d'Ukraine, appelle cela « l'africanisation de la politique russe ».L'État russe ne contrôle plus son territoire, et ne possède plus le monopole de la violence légitime. C'est un coup immense porté à la réputation de Vladimir Poutine, à la confiance que lui font les élites russes, et à l'idée d'un État russe qui marche.   Cette mutinerie peut-elle provoquer une inflexion du régime de Vladimir Poutine ?   A. U. : Je ne pense pas que Poutine ait aujourd'hui l'espace pour prendre ses distances avec ce qu'il a déjà réalisé, et des concessions enverraient un signe de faiblesse. La question maintenant, c'est ce qu'il qu'adviendra de son régime une fois qu'il aura quitté le pouvoir. Beaucoup parmi l'élite voudront poursuivre le système Poutine sans Poutine. Le problème, c'est que, contrairement à la Chine ou même à l'Iran, il n'existe pas en Russie de mécanisme pour désigner un successeur.   Cela a toujours été le problème du régime de Vladimir Poutine?: les institutions sont creuses en Russie. Il y a des clans et des centres de pouvoir très variés et informels. Les successeurs potentiels sont trop nombreux, et je ne pense pas que l'élite parviendra à s'accorder sur un «?nouveau Poutine?». C'est pourquoi je suis assez optimiste. Le poutinisme mourra avec Vladimir Poutine. </text>
	

	<text titre="Peter Rough : « L'heure est venue de se dresser contre la Russie »" date="2023 07 03T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24529" auteur="picard, maurin" annee="2023" mois="7" jour="3" journal_clean="Le Figaro" keywords="venue, heure, europe, peter, chemin, russie, washington, dresser" langue="fr"> Ex-collaborateur de George W. Bush à la Maison-Blanche, Peter Rough est directeur du centre d'études sur l'Europe et l'Eurasie au Hudson Institute, à Washington D.C.   LE FIGARO.- Quel chemin la Russie poutinienne emprunte-t-elle, après le putsch bâclé d'Evgueni Prigojine ?
Peter ROUGH. - La réussite des coups d'État au sein des systèmes autoritaires dépend de la loyauté de l'armée régulière. Prigojine a agi en ayant la certitude, ou peut-être l'espoir, qu'un nombre suffisant d'officiers supérieurs se joindraient à lui dans son défi lancé au gouvernement russe. Il semble avoir échoué à première vue, mais nous assistons à présent à une bataille au sein de l'appareil sécuritaire russe. Nul doute que Poutine va agir contre quiconque à la loyauté désormais incertaine. Mais c'est une affaire délicate : par exemple, Prigojine bénéficie de toute évidence de nombreux soutiens en Russie et se trouve à la tête d'une armée privée. Si Poutine s'en prend à lui prématurément, il pourrait fort libérer des forces encore plus puissantes qu'il serait incapable de contrôler, au moment même où il essaie de juguler une contre-offensive ukrainienne. Vu sous cet angle, Prigojine pourrait incarner en Russie ce que (l'imam chiite) Moqtada al-Sadr est à l'Irak : un homme qui a franchi maintes lignes rouges, mais y a survécu.  Que peut-on craindre d'un Vladimir Poutine fragilisé ?Dans la mesure où le coeur des critiques formulées par Prigojine touche à la gestion désastreuse de la guerre en Ukraine par le gouvernement russe, ce que pensent également les ultranationalistes, il y a un risque que Poutine tente de battre en brèche cet argument en poussant à l'escalade en Ukraine. Cela renverrait dans leurs filets ceux qui disent que la guerre est fondamentalement juste, mais que la Russie pèche par trop de faiblesse. Le problème est que Poutine a déjà jeté ses meilleures forces dans le conflit. Peut-être choisira-t-il de s'en prendre à la centrale nucléaire de Zaporijia. Tous les pronostics se valent, au point où nous en sommes, mais ce scénario n'est pas à exclure. Nous avons posé très clairement les répercussions d'une éventuelle frappe nucléaire tactique, mais il n'y a rien eu de tel jusqu'ici face au risque de fuites radioactives à Zaporijia.  La question taraude les chancelleries occidentales, échaudées par les précédents libyen et syrien : que se passera- t-il si Poutine est détrôné ?Si Poutine échoue, un nouveau leader, ou plusieurs, s'empareront du pouvoir à Moscou. Ce pourrait être quelqu'un issu des services de sécurité ou que l'armée pensera pouvoir contrôler. Ce pourrait aussi être un jusqu'au-boutiste qui s'impose sur les services de sécurité en proie à des dissensions internes. Ce ne sera pas, en revanche, un cosmopolite urbain aux vues éclairées sur le monde.   Je pense, d'une manière générale, que l'heure est venue de se dresser contre le pouvoir russe. Nous nous trouvons face à un rival systémique des États-Unis et de l'Occident. Partout dans le monde, nous devrions encourager les pays tiers à se rallier à nous. Au lieu de dire aux dirigeants étrangers de « calmer le jeu » , ainsi que les conseillers de Biden l'ont fait le jour où Prigojine marchait sur Moscou, pourquoi ne pas fuiter à la presse que le président Biden envisage un sommet avec les dirigeants d'Asie centrale ? Ou qu'il a parlé de ventes d'armes avec (le président indien Narendra) Modi lors de leurs réunions à Washington ? Ou qu'ils projettent de relancer une initiative sur le conflit Azerbaïdjan-Arménie ? Il existe de nombreux moyens de signifier au monde que nous sommes en pole position et que nous avons l'intention de gagner la compétition en cours avec la Russie.  Que penser d'Alexander Loukatchenko ? Dispose-t-il encore de cartes à jouer?Loukatchenko est un zélé serviteur de Poutine. Depuis que ce dernier a volé à son secours durant les émeutes (consécutives à l'élection présidentielle de 2020), le premier a perdu toute marge de manoeuvre. En négociant cet accord, quel que soit le rôle réel qu'il a vraiment joué, il a assis son image d'homme qui pèse. En outre, en accueillant Wagner, il fait entrer des troupes de choc en Biélorussie qui pourraient être employées comme tampon entre lui-même et Poutine. D'une manière générale, la Biélorussie reste cependant un territoire de garnison pour la Russie, qui y a déployé des forces conventionnelles et nucléaires.  Comment se préparer à un possible effondrement, voire à un morcellement de la Russie poutinienne ? Une théorie dite des « grandes puissances » circule parmi les cercles dirigeants européens, selon laquelle il est stérile de voir le mal en la Russie, puisqu'il s'agit d'une grande puissance, qui trône au Conseil de sécurité des Nations unies...La Russie est une grande puissance, à en juger par ses armes nucléaires, ses ressources naturelles et sa géographie. Il n'y a aucun doute là-dessus. Mais une grande puissance en déclin peut créer de sérieux dommages.  L'Ukraine jouera-t-elle un rôle important dans la stratégie occidentale à l'avenir ?L'Ukraine est le pivot de la stratégie américaine en Europe, au moment présent. Elle émergera de ce conflit armé jusqu'aux dents, quand même elle a terriblement souffert. L'axe polono-ukrainien sera un des plus forts de toute l'Europe.  L'Ukraine doit-elle faire son entrée à l'Otan ?Je ne vois pas d'autre chemin que l'Otan pour l'Ukraine. Une « assurance de sécurité » est insuffisante pour elle après le précédent du mémorandum de Budapest de 1994 (accordant des garanties d'intégrité territoriale et de sécurité à trois anciens grands satellites de l'URSS, dont l'Ukraine, NDLR). Une garantie de sécurité apportée par les États-Unis, hors du cadre otanien, avec le concours d'une poignée de pays alignés ne franchirait jamais l'obstacle d'une ratification par le Sénat. Nous parlons d'un partage du fardeau depuis le sommet au pays de Galles (à Newport) en 2014. Pourquoi les États-Unis devraient-ils assumer la responsabilité de la sécurité de l'Ukraine alors que des alliés et membres de l'Otan en Europe s'y refusent ? Cela contrevient précisément à l'idée d'un partage du fardeau. Dans ces conditions, si les États-Unis s'engagent en ce sens, il faudra que ce soit par le biais de l'Otan.  Comment dissuader la Russie de retenter pareille entreprise ?La sinistre réalité est que l'Ukraine devra toujours disposer d'une forte puissance militaire pour être en mesure de calmer les ardeurs russes, en particulier si elle n'intègre pas l'Otan. Son sort géographique est tel que la Russie la convoitera toujours. L'Occident doit regarder les choses en face et assumer que le seul chemin vers la paix avec la Russie dépend d'un rapport de force favorable. Cela signifie investir en moyens lourds et les garder déployés sur le flanc est de l'Alliance. </text>
	

	<text titre="Quels sont les effets de la guerre en Ukraine sur l'espace ex-soviétique ?" date="2023 07 03T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24529" auteur="lasserre, isabelle" annee="2023" mois="7" jour="3" journal_clean="Le Figaro" keywords="pays, moscou, russe, guerre, région, espace, occident, ukraine" langue="fr"> GÉOPOLITIQUE La guerre russe en Ukraine a affecté tous les pays de la région et créé des trajectoires divergentes entre les États, poussant les uns vers Moscou et les autres vers l'Occident.   De quel côté penchent l'Asie centrale et le Caucase ?
La guerre en Ukraine provoque des secousses dans l'ancien espace soviétique, notamment dans les pays d'Asie centrale, engagés depuis février 2022 dans un exercice d'équilibrisme vis-à-vis de Moscou. D'un côté, craignant pour leur souveraineté, ces pays ont pris leurs distances avec la Russie, en refusant de reconnaître l'annexion des territoires occupés et en développant des partenariats avec d'autres acteurs globaux ou régionaux. De l'autre, ils n'ont pas explicitement condamné l'invasion russe de l'Ukraine. « Ils ménagent leurs relations avec le Kremlin » , car la guerre a révélé « le caractère critique de leurs liens avec la Russie aux plans économique, énergétique et sécuritaire » , résume Tatiana Kastoueva-Jean, directrice du centre Russie/NEI de l'Ifri. En 2022, on a même assisté à une renaissance des relations diplomatiques avec la Russie, avec plusieurs visites de Vladimir Poutine dans la région. La guerre a rappelé le rôle incontournable de Moscou, qui maintient des bases militaires dans plusieurs pays de l'ex-URSS et prétend toujours, même en pleine guerre avec l'Ukraine, être le gendarme dans son « proche étranger ».   Pour les régimes autocratiques de la région, la Russie est encore considérée comme une source de stabilité. C'est le cas par exemple au Kazakhstan, où les troupes russes sont venues au secours du président Tokaïev en janvier 2022, quand il était menacé par des émeutes. Depuis le début de la guerre en Ukraine, il a prouvé sa loyauté à Vladimir Poutine en se rendant plusieurs fois à Moscou, notamment pour la Journée de la victoire, le 9 mai. Mais, en même temps, poursuit la spécialiste de l'Ifri, « la guerre change le rapport à la Russie et le regard sur l'histoire soviétique » , et pousse le Kazakhstan à critiquer le « colonialisme russe ». Dans le Caucase, les conséquences de la guerre ont joué en faveur de l'Azerbaïdjan, qui, fort du soutien de la Turquie, en a profité pour étendre par la force son contrôle sur le Haut-Karabakh, tandis que l'Arménie bombardée n'a pas été défendue par la Russie, trop occupée en Ukraine. Les deux pays savent cependant qu'ils restent dépendants de Moscou. Il est trop tôt pour connaître les éventuelles implications de l'insurrection armée de Prigojine sur la relation avec la Russie.   La Biélorussie est-elle encore indépendante ?   C'est sans doute l'effet le plus spectaculaire de la guerre en Ukraine sur l'ancien espace soviétique. Littéralement avalée par son immense voisin, la Biélorussie est devenue un État vassal de la Russie, et son président dictateur, Alexandre Loukachenko, une marionnette de Vladimir Poutine, depuis que le président russe a sauvé son pouvoir qui vacillait face aux manifestations en 2020. « Aujourd'hui, à la faveur de la guerre, Loukachenko paye le prix de ce soutien. Il dépend des infrastructures économiques et militaires de la Russie. La Biélorussie a été absorbée par la Russie » , résume le chercheur indépendant biélorusse Ryhor Astapenia. Depuis qu'une colonne est partie de Biélorussie pour attaquer l'Ukraine le 24 février 2022, le pays sert de base arrière à l'armée russe, et les soldats russes blessés sont soignés dans ses hôpitaux. La Biélorussie s'apprête à accueillir des armes tactiques nucléaires russes. Elle hérite aussi, cadeau empoisonné, de la milice Wagner et de son chef, exilé par Vladimir Poutine. La vassalisation de la Biélorussie, dont le Kremlin ne supporte pas davantage l'indépendance que celle de l'Ukraine, a toujours été un projet de Vladimir Poutine. Mais, contrairement à l'Ukraine ou à la Géorgie, il a réussi à changer la route de ce pays de manière pacifique. Le coup de main apporté au régime en 2020 a eu raison des dernières résistances de Loukachenko. En 2014, le président biélorusse était resté neutre face à l'annexion de la Crimée et faisait quelques clins d'oeil, appréciés par la population, en direction de l'Occident. Aujourd'hui, les experts de la Biélorussie affirment que même sa succession se fera avec l'accord de Vladimir Poutine. Les destins des deux hommes sont désormais liés.   La Géorgie est-elle retournée dans l'orbite de Moscou ?   Oui. Jadis dirigée par un pouvoir proeuropéen et réformateur, celui de Mikhaïl Saakachvili, la petite république caucasienne, qui fut un modèle de modernisation dans l'ancien espace soviétique, regarde à nouveau vers l'est. En août 2008, pour empêcher la Géorgie de rejoindre l'Otan, Vladimir Poutine avait envoyé son armée l'envahir. Depuis, le maintien de deux conflits gelés (Abkhazie et Ossétie du Sud), instrumentalisés par Moscou, a freiné le rapprochement vers l'Occident et affaibli le pouvoir démocratique. En 2012, l'influence russe sur la Géorgie a pris une forme plus politique avec la nomination de l'oligarque prorusse Bidzina Ivanichvili, dont le parti avait gagné les élections. Onze ans plus tard, il n'a plus de fonction officielle mais contrôle toujours le gouvernement et le parti Rêve géorgien. À travers lui, la Russie pousse la petite république caucasienne à rompre avec l'Occident contre la volonté de la population, qui veut au contraire se rapprocher de l'Union européenne. Les manoeuvres de l'ancien premier ministre, qui a fait fortune en Russie dans les années 1990, visent à faire revenir la Géorgie dans la sphère d'influence de la Russie. Elles ont payé : Tbilissi s'est vu refuser le statut de candidat à l'UE en juin 2022, contrairement à l'Ukraine et à la Moldavie. Le durcissement du régime, qui glisse vers l'autocratie, ne cesse de se poursuivre. L'ancien président Saakachvili a été jeté en prison, une loi sur les agents étrangers, réplique de celle qui a servi, en Russie, à réprimer les organisations non gouvernementales, la presse indépendante et les voix critiques, a été votée en mars. Elle n'a été retirée que sous la pression de la rue. Depuis, le rapprochement avec la Russie s'est poursuivi. En mai 2023, les liaisons aériennes ont été rétablies entre Tbilissi et Moscou. La tension politique entre les élites prorusses et les aspirations européennes de la population annonce d'autres crises.   La Moldavie a-t-elle un destin européen ?   La Moldavie a eu de la chance. La guerre en Ukraine a joué pour elle un rôle d'accélérateur de l'histoire, puisqu'elle a obtenu, en même temps que Kiev, dont elle est un allié fidèle, le statut de candidat à l'Union européenne, en juin 2022. Sous la houlette de sa présidente pro-européenne, Maia Sandu, élue en novembre 2020, ce petit pays pauvre de 4 millions d'habitants s'est rapproché à grande vitesse de l'Europe, en cherchant « à se défaire de l'héritage soviétique » , selon les mots de Tatiana Kastoueva-Jean à l'Ifri. C'est en Moldavie, à Chisinau, qu'a été organisé le deuxième sommet de la Communauté politique européenne (CPE) en juin 2023. Malgré la persistance d'un conflit gelé en Transnistrie, la guerre a réduit les leviers dont dispose la Russie dans le pays. « La Moldavie s'est dégagée du monopole russe en quelques mois, les transferts de fonds avec la Russie ont diminué. Le pouvoir s'interroge sur une sortie de la CEI (la Communauté des États indépendants, liée à Moscou), la jugeant incompatible avec l'appartenance à l'UE » , explique le spécialiste Florent Parmentier, dans une note de l'Ifri. « La guerre a permis à la Moldavie d'assumer le rapprochement avec l'Union européenne » , poursuit-il. Le pays, très soutenu par la France, n'est pas pour autant sorti d'affaire. La question de la Transnistrie, zone indépendantiste prorusse soutenue par Moscou, n'est pas réglée. « L'Ukraine a proposé de nettoyer la poche russe » , explique Florent Parmentier. Mais les autorités de Chisinau ont décliné la proposition. « La réintégration de cette zone aujourd'hui serait risquée, car on hériterait de 15 % d'électeurs prorusses. Mieux vaut effectuer la réintégration progressivement » , explique Nicu Popescu, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères de Moldavie. Mais en même temps qu'elle a rapproché la Moldavie de l'Europe, la guerre a rendu le pays plus instable. Depuis le 24 février 2022, il a connu des explosions en Transnistrie, des pannes d'électricité massives et des chutes sur son sol de fragments de missiles. L'inflation, la présence de nombreux réfugiés et les conséquences de la guerre ont érodé la popularité de Maia Sandu. « La question est, pour elle, d'éviter le piège du gorbatchévisme : populaire à l'extérieur de ses frontières, plus contestée en interne » , résume Florent Parmentier. </text>
	

	<text titre="La prise de contrôle de l'empire de Wagner par Vladimir Poutine a commencé" date="2023 07 04T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="joe parkinson, benoit faucon et drew hinshaw (traduit à partir de la version originale enanglais par yves adaken)" annee="2023" mois="7" jour="4" journal_clean="L'Opinion" keywords="nouvelle, commencé, poutine, contrôle, moscou, wagner, empire, jamais, complexes, entreprise" langue="fr"> Après la révolte d'une armée de mutins qui a failli atteindre Moscou, Vladimir Poutine est confronté à une nouvelle épreuve: réussir une prise de contrôle d'entreprise parmi les plus complexes jamais réalisées.   A l'intérieur de la tour de verre du siège du groupe Wagner, à Saint-Pétersbourg, des agents du Service fédéral de sécurité (FSB) ont passé tous les bureaux au peigne fin à la recherche de preuves contre Evgueni Prigojine, le chef de Wagner qui a mené l'insurrection du mois dernier. De nouvelles sociétés militaires privées soutenues par le Kremlin lancent des campagnes de recrutement sur les réseaux sociaux russes afin de débaucher une partie des quelque 30000 merce naires, hackers et financiers de Wagner, que l'allié de longue date du président Poutine a déployés en Ukraine, au Moyen-Orient et en Afrique.
A l'autre bout de Saint-Pétersbourg, les forces de l'ordre russes ont saisi les ordinateurs et les serveurs du groupe Patriot Media, également propriété de Prigojine, selon des salariés de l'entreprise et des textos examinés par The Wall Street Journal. Il s'agit de la pièce maîtresse d'un véritable empire de la communication qui comprenait autrefois l'Internet Research Agency, l'organisation de propagande sur Internet qui a diffusé des millions de messages pro-Kremlin sur les réseaux sociaux et semé la pagaille lors de l'élection présidentielle américaine de 2016. D'après ces messages, le nouveau propriétaire de Patriot Media ne serait autre que le National Media Group. Il est présidé par Alina Kabaeva, une ex-championne de gymnastique rythmique sanctionnée par Washington et qui, selon le gouvernement américain, serait la mère d'au moins trois enfants de M. Poutine.   Depuis que la Couronne britannique a liquidé la Compagnie des Indes orientales à partir de 1858 afin d'assumer un contrôle direct sur ses lointaines colonies, le monde n'avait pas vu un gouvernement tenter d'avaler un empire de sociétés comparable à celui du groupe Wagner.   Celui-ci a aidé le Kremlin à accroître son influence internationale et à accumuler des revenus, sous la houlette de Concord, la holding de tête de M. Prigojine. Or c'est cette entreprise tentaculaire qu'il a contribué à créer que M. Poutine cherche aujourd'hui à contrôler, selon des responsables occidentaux, moyen-orientaux et africains, des transfuges russes et des documents faisant état de plus de cent de sociétés dans l'orbite de Wagner.   Le 24 juin, le Kremlin a bloqué les réseaux sociaux du groupe Wagner et de Concord et plusieurs filiales de la holding ont été perquisitionnées. Les services de sécurité ont complaisamment indiqué y avoir découvert des pistolets, des faux passeports, des listes détaillées répertoriant des centaines de sociétés et l'équivalent de 48 millions de dollars en espèces et en lingots d'or.   Les comptes de réseaux sociaux qui propageaient le point de vue du Kremlin derrière l'écran de fumée que M. Prigojine avait bâti pour M. Poutine sont en grande partie devenus inactifs. Son propre réseau social, YaRUS, a annoncé jeudi qu'il suspendait ses services et cherchait de nouveaux investisseurs, « en raison de la situation politique ». RIA FAN, l'agence de presse de M. Prigojine, va quant à elle fermer, a indiqué vendredi Evgeni Zubarev, son directeur, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.   Les gouvernements d'Afrique et du Moyen-Orient qui confiaient leur sécurité aux mercenaires de Wagner ont été informés par des responsables russes que ces paramilitaires n'opéreraient plus de manière indépendante.   Ni le Kremlin, Concord, ni Patriot Media n'ont répondu aux questions qui leur ont été envoyées par e-mail. Le lieu où se trouve M. Prigojine reste incertain. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko, qui a négocié l'accord entre le chef des mercenaires et le Kremlin, a affirmé qu'il était arrivé mardi dans le pays.   Révélées par le site d'information russe indépendant The Bell, les informations sur la perquisition du groupe Patriot Media à Saint-Pétersbourg et sa possible vente à un organe pro-gouvernemental ont été vérifiées par The WSJ. Svetlana Balanova, la directrice générale de National   Media, n'a pas répondu à un message WhatsApp et le groupe Patriot Media n'a pas répondu à une demande de commentaire.   Avant de perdre les faveurs du Kremlin, M. Prigojine avait mis en place l'une des structures d'entreprise les plus complexes et opaques au monde, à savoir un réseau lourdement sanc- tionné comprenant des centaines de sociétés, en Russie et dans d'autres juridictions, qui payent souvent en espèce leurs milliers d'employés, qu'il s'agisse de mercenaires, de cuisiniers, de géologues miniers ou de trolls des réseaux sociaux Selon des responsables occidentaux, arabes et africains, de nombreux accords conclus par des entreprises liées à Wagner avec des gouvernements africains sont informels, ont été négociés par M. Prigojine lui-même et impliquent de la contrebande et des transferts illicites.   Dans des textos auquel The WSJ a eu accès, une employée du groupe indique que M. Prigojine a transféré certains de ses avoirs à des collaborateurs dans les semaines qui ont précédé la mutinerie, ce qui pourrait rendre leur réquisition par le gouvernement encore plus compliquée.   En mai, M. Prigojine a été remplacé à la tête du conseil de surveillance du groupe Patriot Media par Abbas Juma, un salarié de la société. Ce dernier a confirmé qu'il avait bien été nommé à   ce poste, mais qu'il n'avait pas demandé à l'être et qu'il n'en connaissait pas la raison. Selon lui, « M. Prigojine est une personne très intelligente et prudente qui ne fait jamais rien pour rien ». La tentative de M. Poutine de prendre les rênes de ces entreprises constitue un test du degré de contrôle qu'il conserve sur le système qu'il a mis en place et qu'il utilise pour gouverner la Russie depuis vingt-trois ans. Durant des années, l'autocrate, entouré d'un cercle de plus en plus restreint de fervents conseillers, a confié de plus en plus de tâches normalement dévolues à l'Etat au réseau d'entreprises dirigé par Prigojine, l'ex-prisonnier devenu traiteur auquel il faisait confiance pour s'assurer que sa nourriture n'était empoisonnée.   Les chefs de partie et le personnel de cuisine que M. Prigojine employait pour servir les somptueux dîners de la Saint-Sylvestre ou de la fête nationale à des invités tels que M. Poutine, le ministre de la défense Sergueï Choïgou et le chef d'état-major général Valeri Gerassimov ? les chefs militaires contre lesquels il a fini par lancer une mutinerie ? devaient d'abord passer un test au détecteur de mensonges.   Parmi les questions posées, il leur était notamment demandé: « Avez-vous déjà voulu faire du mal au président de la Fédération de Russie? », raconte Alexander Karamyshev, l'un de ses anciens serveurs. M. Prigojine s'occupait d'ailleurs personnellement de servir les repas au maître du Kremlin mais ne lui parlait jamais, se fondant à l'arrière-plan, comme un courtisan obéissant.   La société de M. Prigojine payait les salaires des serveurs sur place, en liquide, en puisant dans un grand sac, précise M. Karamyshev. En cuisine, M. Prigojine menaçait de casser les dents des serveurs qui laissaient tomber une fourchette ou manquaient de respecter une consigne, et renvoyait sommairement les cuisiniers pour de petites infractions.   Lors d'un événement organisé à l'occasion de la Journée du défenseur de la patrie, il a goûté une soupe sur le point d'être servie et l'a trouvée imparfaite. Il s'est approché du cuisinier responsable et lui a donné plusieurs coups de poing au visage. « On ne l'a plus jamais revu », souligne M. Karamyshev.   Désormais en guerre contre son ancien chef de cuisine, M. Poutine a annoncé mardi que les finances de Concord allaient faire l'objet d'une enquête tout en précisant que la holding et Wagner avaient reçu près de 2 milliards de dollars entre mai 2022 et mai 2023 au titre de contrats militaires et des salaires à payer. Le présentateur de la télévision d'Etat Dmitry Kisseliov a par la suite affirmé que Wagner Group et Concord Holding s'étaient vu accorder des contrats pour un montant total de 1703 milliards de roubles, soit environ 20 milliards de dollars (17,5 milliards d'euros).   « J'espère que rien n'a été volé, ou du moins pas autant, a déclaré M. Poutine dans un discours devant les militaires, le 27 juin. Nous allons vérifier tout cela. » Alexandre Beglov, gouverneur de Saint-Pétersbourg et opposant de longue date à M. Prigojine, a affirmé vendredi à la télévision russe que l'Etat ne s'emparerait pas des actifs du groupe. Mais il a accusé le patron de Wagner de tremper dans des affaires louches visant à prendre le contrôle de la vie économique de la ville.   « Maintenant, tout le monde a vu qui est vraiment avec notre président et qui veut une guerre civile sanglante pour notre pays », a-t-il ajouté.   L'empire commercial de M. Prigojine est surtout connu pour ses activités paramilitaires alors qu'il comprend également de multiples entreprises dans les domaines de la finance, de la construction, de l'approvisionnement et de la logistique, de l'exploitation minière et des ressources naturelles, et même une société spécialisée dans les chevaux de course, Sporthorses Management, contrôlée par sa fille, Polina. Par l'intermédiaire de sociétés appartenant à cette dernière, à sa femme et à son fils Pavel, M. Prigojine possédait environ 16700 mètres carrés dans une communauté fermée à Lakhta, une banlieue huppée de Saint-Pétersbourg située au bord d'un lac, d'après le registre des sociétés.   L'ancien cuisinier de M. Poutine est également lié à Broker Expert, une entreprise de négoce basée en Russie qui a envoyé des excavatrices à une compagnie minière aurifère contrôlée par Wagner au Soudan et expédié des tracteurs à Bois Rouge, une société qui possède une concession de bois de séquoia en République centrafricaine ainsi que des avoirs en or soudanais, selon des documents des entreprises et des documents douaniers.   Les sociétés qu'il utilise pour envoyer des mercenaires dans des guerres civiles à l'étranger sont dissimulées dans des chaînes reliant d'autres entreprises, selon les organigrammes examinés par The WSJ. On peut citer Sewa Security Services, qui a déployé des forces de sécurité et qui est une filiale de M-Invest, une société financière basée à Saint-Pétersbourg.   Evro Polis, une autre société de mercenaires qui protège les plus grands champs de gaz en Syrie, recevrait jusqu'à un quart des bénéfices de la production, selon les estimations de responsables occidentaux. Elle est insérée dans toute une pyramide d'entreprises qui mène à Service K, une société de ressources humaines. Au Mali, le gouvernement a versé aux sociétés Wagner plus de 200 millions de dollars depuis la fin 2021 pour qu'elles défendent le pays contre les rebelles islamistes, a déclaré vendredi John Kirby, porteparole du Conseil national de sécurité.   Plus de six sociétés contrôlées par Wagner s'occupent également d'exploitation minière, une activité facilitée par un autre réseau de sociétés du groupe spécialisées dans l'approvisionnement et la logistique.   En République centrafricaine, la société Midas Resources, contrôlée par Wagner, a pris le contrôle d'une grande partie de la production de la mine d'or de Ndassima, dont les ressources inexploitées sont estimées à 1 milliard de dollars, selon Washington. Une fois extraits, l'or et les diamants du pays sont exportés par une autre entreprise de M. Prigojine, Diamville, vers les marchés des Émirats arabes unis et de l'Europe.   Bien que M. Prigojine ait reconnu en octobre avoir fondé la société militaire privée Wagner, après avoir nié l'existence du groupe pendant une décennie, une grande partie du vaste réseau d'entreprises qui constitue ses avoirs reste dissimulée ou ignorée, selon les analystes et les fonctionnaires américains et européens qui ont étudié le groupe dans le détail.   « La question est de savoir si les nombreuses entités distinctes mais coordonnées qui opèrent en Afrique et au-delà continueront à fonctionner comme un réseau en l'absence de la direction et, peut-être, de la peur de M. Prigojine pour les maintenir ensemble », indique un ancien haut fonctionnaire américain qui a suivi de près l'ascension de Wagner.   En République centrafricaine, au Mali et en Syrie, les responsables des activités de sécurité et d'exploitation minière des entreprises liées à Wagner semblent faire profil bas en attendant des signaux de Moscou, selon All Eyes On Wagner, un groupe d'études spécialisé dans le renseignement de sources ouvertes. Il précise avoir vérifié les registres de trente entreprises de Wagner depuis la mutinerie et n'avoir trouvé aucun changement de propriétaire.   Baptisée Retail, une société utilisée pour acheter et développer le siège de Wagner à Saint-Pétersbourg a ainsi changé d'adresse et de numéro d'enregistrement en mai, mais M. Prigojine reste son seul directeur, selon les registres de la société.   Peu après le début de l'insurrection, les employés de Patriot Media étaient à leur poste devant leurs ordinateurs lorsque les forces de l'ordre ont enfoncé la porte et leur ont ordonné de se rassembler dans une cantine. Les agents ont commencé à emporter le matériel informatique et les serveurs. Les personnels n'ont toujours pas repris le travail mais discutent de l'entité gouvernementale qui pourrait prendre le relais.   Samedi, le logo géant de Wagner a été retiré du siège de l'entreprise et le groupe a confirmé sur sa chaîne Telegram qu'il déménageait. « Le centre PMC Wagner continuera à travailler pour le bien de notre pays, indique-t-il. Mais sous une nouvelle forme et sur d'autres sites. » Joe Parkinson, Benoit Faucon et Drew Hinshaw (Traduit à partir de la version originale enanglais par Yves Adaken)   Edited from the original   Si Evgueni Prigojine est surtout connu pour son groupe de mercenaires, il détient aussi de multiples entreprises dans les domaines de la finance, de la construction, de l'approvisionnement et de la logistique, de l'exploitation minière et des ressources naturelles </text>
	

	<text titre="L’avenir incertain des trolls de  Prigojine et de son empire médiatique" date="2023 07 04T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="7" jour="4" journal_clean="Le Monde" keywords="trolls, médiatique, prigojine, commentateurs, groupe, juin, mutinerie, bots" langue="fr"> Moscou - correspondant - Lâché par ses propres trolls. Durant la mutinerie ratée de son groupe de mercenaires, les 23 et 24 juin, les commentateurs stipendiés et autres « bots » (robots) relayant le travail des premiers n’ont pas soutenu Evgueni Prigojine, insistant plutôt sur la sagesse de Vladimir Poutine. Ce constat – qui ne manque pas d’ironie, le nom de M. Prigojine ayant été associé aux trolls avant de l’être à Wagner – est dressé par trois observateurs de l’action en ligne des réseaux Prigojine, cités, samedi 1er juillet, par le média d’investigation en exil Agentstvo.   Selon ces experts, certains des trolls de l’Internet Research Agency, la structure qui les chapeaute, ont commencé dès le mois de mai à s’en prendre à leur patron, dénonçant comme dangereuses ou « hystériques » ses attaques contre le ministère de la défense. Ce revirement tendrait à montrer que Evgueni Prigojine avait commencé à perdre le contrôle de son groupe avant même le dénouement de la mutinerie.
Autre constat fait par Agentstvo : malgré les annonces de suspension ou d’arrêt de leurs activités, les trolls et les bots actifs sur Twitter et VKontakte (le Facebook russe) poursuivent jusqu’à présent leur activité. Ce dernier point est peut-être le plus important : l’avenir des activités d’influence de l’homme d’affaires est à peine moins stratégique que celui des mercenaires armé.  Faux experts« Le groupe de médias Patriot ferme et sort de l’espace informationnel russe », assurait le 29 juin Evgueni Zoubarev, directeur général de RIA FAN, le média le plus important de ce groupe formellement créé en 2019 qui compte une douzaine de sites Internet et des centaines de médias partenaires. Si les 300 millions de visites quotidiennes revendiquées par Patriot sont sujettes à caution, ce réseau constitue bien un poids lourd de la scène médiatique russe – connu pour son traitement outrancier de l’actualité et son rapport décomplexé aux fausses informations. RIA FAN, qui se présente comme une agence de presse, publiait entre 800 et 900 articles par jour.   Dès le 23 juin, les autorités ont bloqué l’accès à certains des sites du groupe. D’autres ont eux-mêmes mis en suspens leur activité. Des salariés ont été renvoyés, ou mis au chômage technique, avec l’ordre d’effacer leurs traces sur Internet. Les médias russes évoquent les noms de possibles repreneurs, en premier lieu celui de Iouri Kovaltchouk, proche de longue date de Vladimir Poutine.  « La structure capitalistique du groupe est si complexe qu’il est difficile de s’y retrouver, note Colin Gérard, chercheur au centre Géode (université Paris-VIII) et auteur d’une thèse sur les activités d’influence de Prigojine. Mais c’est bien une restructuration du groupe qui semble se profiler, pas une fermeture complète. » Jusqu’à présent, la force de Patriot était de former un écosystème cohérent. Les différents sites du groupe ne cessent de reproduire à l’infini les mêmes textes. Ils peuvent aussi construire des articles entiers sur des commentaires de faux experts ou de trolls, qui eux-mêmes amplifient ensuite l’écho des publications.   A cet édifice s’ajoute le travail d’experts (polit-tekhnology, selon le jargon russe) qui dirigent les opérations d’influence. En Russie, la mission première est de chanter les louanges du régime et de s’en prendre à ses ennemis, journalistes compris. A l’étranger, les opérations vont de la déstabilisation d’opposants africains aux tentatives d’ingérence dans les élections américaines, dont Evgueni Prigojine a reconnu la réalité. C’est cet ensemble (trolls-médias-influence) que ses employés nomment entre eux « Projet Lakhta », du nom d’un quartier de Saint-Pétersbourg.  Grand déballage« Dans cette construction, il faut distinguer les activités africaines, estime Colin Gérard. Le groupe de Prigojine a une expérience et un savoir-faire qui ne sont pas faciles à transmettre, et trop stratégiques pour disparaître. C’est en plus une composante intrinsèque de l’offre que propose Wagner aux Etats africains, qui va des mercenaires jusqu’aux campagnes contre les opposants ou d’autres acteurs, comme la France. » Selon le chercheur, les faux comptes actifs en Afrique ont tous repris le travail.   Cette période d’incertitude est propice au grand déballage. Vladimir Poutine en a donné le coup d’envoi en rappelant que la société Wagner avait reçu en un an 80 milliards de roubles (830 millions d’euros) de l’Etat, et sa maison mère, Concord, autant en contrats publics. Dans son message d’adieu, Evgueni Zoubarev, le directeur général de RIA FAN, fait lui aussi des confessions. Il explique notamment que l’emploi de trolls a commencé dès 2009, avec « vingt commentateurs installés dans le village de Severny Versal », près de Saint-Pétersbourg. A l’époque, les cibles trahissaient déjà les obsessions du régime : « Alexeï Navalny et les autres opposants déterminés à détruire notre pays. »p </text>
	

	<text titre="Les oppositions russe et biélorusse installées à Kiev fourbissent leurs armes" date="2023 07 04T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24530" auteur="polard, pierre" annee="2023" mois="7" jour="4" journal_clean="Le Figaro" keywords="poutine, russe, soldats, légion, prigojine, biélorusse, dissidents, liberté, jamais, russie" langue="fr"> EUROPE DE L'EST Renverser Poutine ne leur a jamais semblé aussi possible. La folle escapade de Prigojine a été suivie de très près par les soldats de la légion Liberté de la Russie, des dissidents russes qui combattent dans les rangs de l'armée ukrainienne et mènent des raids en territoire russe... « Mais seulement en congés de l'armée ukrainienne » , précise Alexeï Baranovski, porte-parole du centre politique et des réseaux partisans de la légion. Baranovski explique : « On a vu avec le « raid » de Prigojine que Moscou n'est pas si loin de l'Ukraine... L'armée et la police n'ont rien fait. Personne n'a bloqué le chemin.  » Il prophétise : « Les généraux de l'armée(russe, NDLR) attendront de voir qui gagnera. Si les rebelles gagnent, ils prétendront avoir toujours été opposés à Poutine, et si ce n'est pas le cas, ils diront avoir toujours été des patriotes russes. » 
Lorsqu'il vivait en Russie, Alexeï Baranovski était avocat et défendait les opposants politiques au régime. Il semble à des lieux de l'extrémisme souvent associé à Liberté de la Russie, qu'il présente comme « un ensemble hétéroclite d'éléments politiques divers ». La priorité de la légion est d'aider l'Ukraine à remporter la guerre. « En tant que Russe, cette guerre n'est pas ma faute mais ma responsabilité, explique Baranovski. La Russie ne peut changer qu'en perdant en Ukraine. De plus, une victoire de l'Ukraine sans le renversement de Poutine n'est pas envisageable, car elle ne serait que temporaire. Comme les deux guerres de Tchétchénie, où après avoir initialement perdu, la Russie a reconstitué ses forces et a relancé son offensive quelques années après. »   « Parlement fantôme »   Quant à un plan d'action concret, Baranovski explique : « L'élément déclencheur sera la libération de la Crimée. Notre action militaire en Russie devra se faire aussitôt, en parallèle, avant la fin de la guerre. » Sans engagement direct de l'Ukraine en Russie, sans aviation ou force blindée, Baranovski évoque une action rapide et en profondeur sur le sol russe, voulue jusqu'à Moscou. Le pari porte aussi sur des dissensions internes à la Russie et que face à une défaite imminente en Ukraine, « l'armée russe blâmera Poutine » - avec l'espoir que cette même armée russe que la légion affronte quotidiennement puisse un jour se ranger derrière elle. Baranovski ajoute : « La Russie est grande. Notre légion (estimée à mille ou deux mille hommes, NDLR) n'est pas assez importante pour tout occuper... Alors c'est le peuple qui décidera à la fin. » Pour Baranovski, l'ennemi final ne sera pas Poutine et son clan mais la milice Wagner, ou une autre force « nationaliste et impérialiste » , dans une guerre civile entre différentes factions anti-Poutine.   La dissidence russe engagée militairement aux côtés de l'Ukraine s'est doublée d'un volet politique. À Varsovie siège ainsi le Congrès des députés du peuple, qui se présente comme « le Parlement de transition de la Fédération de Russie et son successeur éventuel ». D'après son « règlement intérieur » , pour en être « parlementaire » , il faut avoir été « élu membre du Parlement russe avant le 14 mars 2014 » ou sinon avoir « occupé d'autres postes électifs ». Autre condition primordiale : n'avoir jamais soutenu « l'annexion de la Crimée et la guerre contre l'Ukraine ». Le Congrès des députés du peuple dit avoir pu rassembler cent parlementaires depuis sa première session du 4 novembre 2022. Outre par les mandats passés de ses membres, le « Parlement fantôme » , selon l'expression employée au sein de la légion Liberté de la Russie, tente d'accroître sa légitimité en se rapprochant de l'Intermarium que la Russie a toujours menacé : la Pologne, les pays Baltes et évidemment l'Ukraine. Reste qu'à ce jour, le Congrès des députés du peuple n'est reconnu par aucun pays dans le monde. Sa place au sein même du reste de l'opposition russe est à déterminer. Elle ne semble en tout cas guère proche des autres dissidents : d'après Baranovski, ceux réfugiés en Occident seraient « des immigrants plus que des opposants » et en Russie, Navalny et son équipe formeraient « une chapelle politique ne voyant pas au-delà de sa bulle ».   Vaincre en Ukraine pour vaincre ensuite Poutine : deux objectifs que partagent d'autres corps étrangers intégrés à l'armée ukrainienne - notamment la Légion géorgienne, deux bataillons tchétchènes et le bataillon biélorusse Kastous-Kalinowski. Pour eux et selon leurs termes, après le renversement du pouvoir russe actuel, vient un troisième objectif : libérer des territoires partiellement occupés - l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud en Géorgie -, un territoire occupé directement - la Tchétchénie - et un territoire perçu comme indirectement occupé - la Biélorussie sous la coupe de Loukachenko, que Poutine soutient. Dans une région qui relève de l'écosystème, et que les impérialistes du Kremlin considèrent être « le monde russe » , l'Ukraine a permis à des instances défaites par la Russie de reprendre leurs guerres.   Si la Biélorussie n'a pas été envahie par les chars russes, c'est tout comme pour Pavel Shurmei, un représentant du bataillon Kastous-Kalinowski. Shurmei, un ancien rameur qui a participé aux Jeux olympiques, est un colosse au regard franc et aux manières attentionnées. Son bras gauche est mutilé de part en part : « Près de Bakhmout, un obus de tank a explosé juste à côté de moi » , explique-t-il. « Loukachenko est un traître,ajoute-t-il. Poutine est aujourd'hui l'incarnation du « rachisme »(contraction de « Russie » et de « fascisme » souvent employée en Ukraine, NDLR) ».   Détecteur de mensonges   Shurmei date le début de l'oppression russe bien en amont, en reprenant à son compte cette conception cyclique de l'histoire désormais prégnante en Ukraine : « Des siècles que la Russie a voulu envahir la Biélorussie alors qu'elle faisait historiquement partie du royaume de Lituanie... » La plupart des hommes du bataillon Kastous-Kalinowski sont des opposants à Loukachenko qui ont vu dans la guerre en Ukraine la seule façon de poursuivre la lutte. « En Biélorussie si on s'oppose c'est directement la prison et le KGB » , commente l'ancien athlète. Shurmei pense aussi que la libération de la Crimée sera l'élément qui précipitera la défaite de Poutine. Ensuite, « la victoire de l'Ukraine ne provoquera pas directement la chute de Loukachenko. Il faudra que le peuple biélorusse se libère de lui-même. J'espère que les soldats biélorusses auront suffisamment de cerveau pour comprendre que nous devons combattre ensemble » , pense-t-il.   La légion Liberté de la Russie, le bataillon Kastous-Kalinowski ainsi que les autres corps étrangers sont aujourd'hui sous les ordres du GUR, le renseignement militaire ukrainien. Baranovski tient néanmoins à répéter que toute opération sur le sol russe se fait « en congé de l'armée ukrainienne, avec de l'armement russe capturé ou acheté par nos propres moyens ». La création d'unités russe et biélorusse au début de la guerre a demandé un encadrement et une surveillance accrus que seul le GUR pouvait assurer. Baranovsky précise ainsi que tout Russe voulant rejoindre la légion doit passer par une batterie de tests, dont un détecteur de mensonges. À l'instar des drones longue portée lancés sur Moscou, les raids à Belgorod ou Briansk visaient à amener la guerre jusqu'en Russie. La fragilité du régime de Poutine soudainement révélée, reste à déterminer si les dissidents russes et biélorusses installés en Ukraine pourront devenir une vraie alternative. </text>
	

	<text titre="Loin de  Prigojine, Navalny poursuit sa lutte contre le Kremlin" date="2023 07 05T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23994" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="7" jour="5" journal_clean="Les Echos" keywords="message, pays, kremlin, prigojine, loin, vladimir, navalny, lutte" langue="fr"> Contre le Kremlin de Vladimir Poutine, le message s'est propagé comme une traînée de poudre. « Nous ne voulons plus que notre pays vive dans la corruption, le mensonge et la bureaucratie », lance Evgueni Prigojine, l'homme osant défier le président au pouvoir depuis près d'un quart de siècle. Verbe cru et ton offensif, il déjoue la propagande des télévisions publiques. Maître de la communication directe, il diffuse ses formules chocs sur les ondes bouillonnantes des réseaux sociaux. Pris par surprise, Vladimir Poutine en appelle à l'union nationale et condamne cet « aventuriste politique ». Mais il ne le cite jamais nommément. Le 24 juin dernier, pendant quelques heures, celui qui est soudain devenu le principal opposant anti-Kremlin a réussi à faire trembler le régime. Un rôle inattendu pour Evgueni Prigojine, « cuisinier » de Vladimir Poutine devenu « putschiste traître ».
Ironie de l'histoire, le patron des troupes Wagner déployées en Afrique, en Syrie puis en Ukraine pour mener « le sale boulot » au service du président a, pendant sa flamboyante mais vaine épopée de « marche » vers Moscou, repris les slogans et le parler franc de… Alexeï Navalny. Sur la route de son insurrection, l'impétueux paramilitaire, voix conservatrice, a répété presque mot pour mot les discours et positions de l'insolent avocat anticorruption et dénonciateur de l'oligarchie, figure nationaliste devenu héros des libéraux anti-Poutine.  « Il n'y a pas de plus grande menace pour la Russie que le régime de Poutine », a réagi Alexeï Navalny. Sur ces folles heures bousculant le pouvoir le 24 juin, coup d'éclat plus que coup d'Etat, il s'est montré incisif et ironique comme à son habitude : l'insurrection d'Evgueni Prigojine a démontré que le chef du Kremlin « est si dangereux pour le pays que même son effondrement inévitable constitue une menace de guerre civile. Les dictateurs et l'usurpation du pouvoir mènent toujours au désordre, à la faiblesse de l'Etat et au chaos ». Alexeï Navalny s'exprimait sur Twitter. Du fond de sa prison. Plus de deux ans après son arrestation, et avec déjà une condamnation pour onze ans et demi derrière les barreaux, le plus célèbre opposant au Kremlin risquetrente années de prison supplémentaires. Cette fois pour « organisation extrémisme ».   Depuis qu'il est rentré à Moscou en janvier 2021, cinq mois après son mystérieux empoisonnement en Sibérie puis de longs traitements en Allemagne, Alexeï Navalny avait été jugé et incarcéré pour des charges relativement mineures : « violation du contrôle judiciaire » à cause de son absence à l'étranger (deux ans et demi de prison) ; puis « escroquerie » supposée de ses partisans (neuf ans). La machine judiciaire a désormais retenu sept nouvelles charges contre lui, en lien avec son fonds de lutte contre la corruption. Le procès s'est ouvert lundi 19 juin. Cinq jours avant la « rébellion » d'Evgueni Prigojine que les partisans d'Alexeï Navalny ont suivie dans un mélange de stupeur et d'optimisme.   Le patron de Wagner n'est pas leur homme. A priori, Evgueni Prigojine incarne tout ce que dénonce Alexeï Navalny : corruption et dévotion, plus de trente ans de proximité et fidélité à Vladimir Poutine. « Mais si notre salut venait d'un homme du système, traître capable de le renverser de l'intérieur ? A nous ensuite d'en profiter… » se met à rêver, parmi d'autres, Igor, soutien depuis longtemps d'Alexeï Navalny, de son fonds anticorruption et de ses manifestations anti-Poutine. « Le coup de Prigojine a rappelé la fragilité de la supposée verticale du pouvoir : le président ne contrôle pas tout. Au contraire, tout peut changer très vite… » Les élites hésitentAvec ses avocats, Alexeï Navalny a attendu la fin de l'insurrection pour s'exprimer. Une autre voix de l'opposition libérale est intervenue dès les premières heures : Mikhaïl Khodorkovski, l'ex-oligarque, ancien patron du groupe pétrolier Ioukos, réfugié à Londres après avoir passé dix ans en prison en Russie. « Le chef de Wagner n'est ni notre ami ni notre allié », a-t-il reconnu, mais « sa rébellion est une occasion unique de faire tomber le régime ». D'autres figures de l'opposition libérale ont pareillement appelé à profiter de l'insurrection des Wagner. « Alliance improbable. Mais pourquoi pas ? s'interroge Galia Ackerman, experte de Desk Russie, média en ligne à Paris déchiffrant l'actualité russe. D'autant plus qu'à Moscou, les élites montrent des failles dans leur soutien au Kremlin. Elles savent depuis longtemps que la guerre en Ukraine ne peut être gagnée. Elles voient que les sanctions occidentales vont finir par avoir un fort effet sur l'économie russe. Ces élites pourraient changer de camp… »Loin des événements depuis sa prison, Alexeï Navalny pourrait bénéficier à terme du « coup » d'Evgueni Prigojine et de l'affaiblissement de Vladimir Poutine. « Les signaux se multiplient au sommet, révélant que quelque chose se passe. Par exemple, pendant la rébellion, bien rares ont été les voix parmi les officiels politiques prenant haut et fort la parole pour répéter le message de Poutine condamnant Prigojine,  rappelle Tatiana Kastouéva-Jean, experte de la Russie à l'Ifri, le think-tank français. Et l'élite d'affaires voit bien que le chef du Kremlin est affaibli. Pendant l'insurrection de Prigojine, des jets privés se sont envolés pour quitter temporairement Moscou… » Un procès loin des regardsDans un premier temps, le Kremlin pourrait réagir en renforçant un peu la répression contre toute voix dissidente. Avec, une fois encore, Alexeï Navalny en principale cible dans le cadre des nouvelles poursuites pour « extrémisme ». Procédure rare, habituellement réservée aux détenus malades, le procès se tiendra non pas dans un tribunal mais à l'intérieur même de sa prison actuelle : la colonie pénitentiaire IK-6 de Melekhovo, dans la région de Vladimir, à 200 km de Moscou. C'est un moyen de tenir les audiences loin du regard des journalistes et de toute manifestation de partisans. Les autorités espèrent que l'oubli et l'indifférence guettent le leader de l'opposition. Le jour de ses 47 ans, des rassemblements de soutien se sont tenus dans diverses capitales occidentales. Mais, à Moscou et en régions, seuls quelques rebelles ont osé descendre dans la rue avec une simple pancarte : « Bon anniversaire, nous ne t'oublions pas ! » Une centaine d'entre eux ont été interpellés et poursuivis en justice.  « Le fait même d'avoir lancé ce nouveau procès pour extrémisme et de faire peser la menace d'une peine de trente ans de prison signifie que dans sa tête, Vladimir Poutine se voit diriger la Russie encore trois décennies. Tout concurrent doit donc être éliminé du paysage politique, Alexeï Navalny en tête, prévient Andreï Kolesnikov, expert de la fondation Carnegie, le think tank américain qui a dû fermer ses bureaux en Russie. Avec ce procès lancé avant le coup de Prigojine, le message était déjà clair. La leçon devait être retenue de tous : la machine ne s'arrêtera pas et Poutine ira jusqu'au bout »,  s'inquiète celui qui reste l'un des rares politologues critiques du Kremlin encore présents en Russie.   De sa prison, Alexeï Navalny a toutefois développé une stratégie pour ne pas se faire oublier : inverser les rôles et poursuivre en justice ses geôliers. Prenant les autorités à leur propre jeu, il multiplie les plaintes sur ses conditions d'incarcération. Cette guérilla judiciaire est une manière de poursuivre judiciairement la rébellion politique pour celui qui, au total, a déjà été envoyé seize fois au mitard. « Le tribunal doit se rappeler que je suis un criminel dangereux et sérieux… » a-t-il ainsi raillé le 22 mai, lors d'une audition au tribunal de Kovrov à laquelle assistaient « Les Echos ». Alexeï Navalny conserve tout son talent oratoire et son ironie. Amaigri et les traits tirés, il n'apparaît qu'à travers un écran de télévision, accroché à un mur blafard d'une petite salle de tribunal de cette lugubre ville de province. C'est désormais le quotidien judiciaire d'Alexeï Navalny, relié en visio depuis une salle minuscule de la prison nouvellement repeinte de jaune canari. Seul lien, tenu mais constant, avec le monde extérieur.   Alors que la vaste majorité des prisonniers subissent en silence les règles carcérales, Alexeï Navalny profite de la moindre faille pour déposer une plainte. Coup sur coup, il a dénoncé le manque d'éclairage dans sa cellule, les fenêtres trop opaques, la peinture et les murs couverts de chaux sale, l'absence d'eau chaude et de ventilation, les carences des règles hygiéniques…  Retour en formeLors d'un des moments les plus surréalistes de ces longues heures judiciaires, il a aussi interpellé son gardien en chef, mis sur la défensive sur les choix des chaînes de télévision imposés aux prisonniers. Renversant ainsi la situation au tribunal, Alexeï Navalny réussit à beaucoup parler lors de ces audiences, en première instance puis en appel, voire à Moscou devant l'équivalent de la cour de cassation. Avec toujours son franc-parler, sa haute silhouette et son visage d'acteur américain de films en noir et blanc.   En avril, ses proches s'étaient inquiétés. L'opposant, qui a perdu plus de huit kilos en deux semaines, avait fait une crise lors d'un de ses séjours en cellule disciplinaire. Il souffrait d'une mystérieuse maladie à l'estomac qui, selon eux, pouvait s'apparenter à un lent empoisonnement. Le ton alerte, Alexeï Navalny semble aujourd'hui à nouveau en forme. « Son humeur est positive. Et il garde le sens de l'humour. Sans cela, il deviendrait fou ! Mais voit-il une perspective, une fin à tout cela ? » confie Alexandre Fedoulov, son avocat qui le suit dans ses démarches contre l'administration pénitentiaire. L'opposant lui transmet ses messages, rédigés ou oraux, destinés à sa famille mais aussi à ses soutiens alimentant les réseaux sociaux. « L'essentiel est là… » insiste Alexandre Fedoulov. Le Kremlin a essayé de couper Alexeï Navalny du monde. L'opposant résiste.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="La milice de  Prigojine se mutine, l'armée russe privée de cantine" date="2023 07 05T00:00:00" journal="Libération" auteur="par nelly didelot" annee="2023" mois="7" jour="5" journal_clean="Libération" keywords="armée, russe, wagner, prigojine, compagnie" langue="fr"> Le quartier général de Wagner, 2 rue Zolnaya à Saint-Pétersbourg, n'est plus qu'un immeuble de bureaux anonyme. Les lettres blanches qui formaient le nom de la compagnie sur les portes vitrées ont été décollées samedi. L'enseigne posée sur le toit a disparu le même jour et les employés sont partis. La société militaire privée, propriété du mutin Evgueni Prigojine, a annoncé «suspendre ses recrutements pour un mois». Dans toute la Russie, l'empire économique de Prigojine est en cours de démantèlement. Vendredi, l'organe de surveillance Roskomnadzor a bloqué les sites d'informations du Patriot Media Group, le conglomérat médiatique du milliardaire, qui comprend son agence RIA FAN et sa ferme à trolls, Internet Research Agency. Le chef de Wagner n'a pas limité ses affaires au mercenariat et aux opérations d'influence. Il trône au sommet d'un enche- vêtrement de sociétés, difficile à démêler et à tracer, mais dont les ramifications s'étendent dans le domaine de la finance, du BTP, de l'exploitation des ressources naturelles et de la logistique. Vestige de son passé de vendeur de hot-dog puis de patron de restaurants chics, l'un des premiers domaines d'activité de Prigojine est la restauration. Via le conglomérat Concord, il aurait bénéficié de 845 milliards de roubles (8,7 milliards d'euros) de contrats publics, selon les chiffres (à charge) évoqués ce dimanche par la télévision d'Etat russe. Mais d'après plusieurs chaînes Telegram, la firme viendrait de perdre du l'un de ses plus gros contrats, celui qui la liait au ministère de la Défense depuis 2006.
jour   Plats infâmes. L'armée russe pourrait en subir les conséquences et souffrir au cours des prochaines semaines d'un approvisionnement erratique. Concord était le principal soustraitant du ministère russe de la Défense, chargé de nourrir les soldats dans les casernes comme ceux déployés sur le front en Ukraine. Au fil des ans, l'armée a développé une dépendance à ce fournisseur extérieur, bien que les plats distribués par l'entreprise soient notoirement infâmes.   En 2022, le ministère de la Défense a engagé 560 poursuites contre Concord pour avoir fourni aux soldats de la nourriture où l'on a retrouvé des insectes, des vers, la bactérie E-coli ou du plastique. En plus des problèmes sanitaires, les autorités ont détecté les habituelles tromperies destinées à rogner les coûts: quantités livrées inférieures à celles annoncées et substitution d'ingrédients. La situation n'avait en soi rien d'étonnant. Concord cumule les poursuites judiciaires pour des motifs similaires depuis au moins 2011. En 2018, une épidémie de dysenterie signalée dans au moins sept écoles maternelles moscovites a été attribuée à du fromage distribué par l'entreprise. Malgré cela, Prigojine n'avait jamais perdu ses contrats avec l'Etat russe jusqu'à sa rébellion dans la nuit du 23 au 24 juin.   Au cours des dernières semaines avant la mutinerie, ses relations explosives avec le ministère de la Défense s'étaient tendues aussi dans ce domaine du ravitaillement. Début juin, Prigojine a écrit une lettre à Sergueï Choïgou, le ministre de la Défense devenu son ennemi intime, pour lui demander de mettre fin au contrat entre Concord et l'armée russe en Ukraine. D'après le courrier, publié sur Telegram par des chaînes proches de Wagner, le ministère aurait refusé d'acheter aux habituels «fournisseurs loyaux» de Concord pour se ravitailler en matières premières chez des concurrents, plus chers et parfois détenus par des propriétaires issus de «pays inamicaux». Alternative. Moscou commençait donc déjà à secouer l'organisation de Concord, dont le fonctionnement reposait sur une maîtrise de bout en bout de la chaîne de production. L'entreprise préparait, livrait et distribuait sur le terrain ses plats, y compris en zone de combats, et avait développé depuis 2006 sa propre marque de produits «à destination spécifique de l'alimentation du personnel militaire». Le tout pour un coût estimé à 296 roubles par jour (soit 3,05 euros) pour un soldat déployé en Ukraine. Quelle qu'en ait été la qualité, Concord gérait les repas de l'armée russe depuis plus de quinze ans. La remplacer en quelques jours (plusieurs employés ont déjà fait état d'usines à l'arrêt et d'annonces de mises à pied) sera d'autant plus délicat qu'il faudra également trouver des alterna- tives pour les cantines des hôpitaux et des bâtiments publics en zone occupée et pour celles des écoles russes, qui étaient également ravitaillés par la compagnie de Prigojine. Selon la chaîne Telegram Rybar, proche de l'armée, «les services de restauration seront partagés entre les entreprises liées à la direction actuelle du ministère de la Défense. La répartition est en train d'être négociée». ? </text>
	

	<text titre="Comment Xi Jinping cherche à prévenir l'éclosion d'un «  Prigojine chinois »" date="2023 07 05T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24531" auteur="falletti, sébastien" annee="2023" mois="7" jour="5" journal_clean="Le Figaro" keywords="pékin, soutien, chinois, kremlin, prigojine, coup, prévenir, xi" langue="fr"> ASIE Xi Jinping n'a pas officiellement parlé à Vladimir Poutine depuis le coup de force d'Evgueni Prigojine, qui a ébranlé l'autorité du maître du Kremlin. Pékin a bien affiché son soutien à son « partenaire stratégique »durant la folle équipée du chef de Wagner, mais le président se garde d'afficher sa proximité avec un président russe désormais fragilisé, ménageant l'avenir. Xi n'a plus échangé avec son « vieil ami » depuis sa visite en grande pompe à Moscou, en mars, où il avait serré les rangs face à l'Occident, mais le « Tsar » reste l'interlocuteur préféré d'un régime communiste obsédé par la stabilité, fruit d'une complicité au sommet tissée au fil d'une quarantaine de rencontres. Le Quotidien du peuple fait ouvertement référence au leadership de Poutine, blâmant les services de sécurité occidentaux pour les troubles politiques en cours, dans sa version en russe. Comme un signal oblique de soutien au Kremlin.
Si des considérations tactiques expliquent la prudence de Xi, malgré la connivence qui l'unit à son homologue, la fronde de Prigojine met en lumière une divergence fondamentale entre les deux hommes forts, au sujet de l'enjeu existentiel du contrôle sur l'armée. Le regard embarrassé de Pékin, qualifiant pudiquement « d'affaire intérieure »russe l'équipée sur le Don du mercenaire, trahit la sidération du régime communiste. Celui-ci maintient une main de fer sur l'appareil militaire sous l'égide de Xi, rendant un scénario à la Wagner inimaginable. « Ce genre de problème n'existe pas en Chine. Les armées privées ou la détention d'armes sont interdites », explique Song Zhongping, analyste militaire à Hongkong. Le pays est encore traumatisé par les déchirements de l'ère des « seigneurs de la guerre » , au début du XXe siècle, ou encore des révoltes de généraux sous les dynasties impériales. Et si des sociétés de sécurité privées ont émergé, elles restent sous le contrôle étroit d'un Parti communiste jaloux de son influence.  « Le Parti contrôle le fusil » , a rappelé le président dès 2014, citant Mao Tsé-toung, annonçant une reprise en main énergique de l'Armée populaire de libération (APL) à l'orée de son règne. En dix ans, Xi s'est le fait le digne héritier du Grand Timonier, renforçant son emprise sans partage sur le commandement, prévenant l'émergence de tout « seigneur de la guerre » grâce à une implacable campagne anticorruption, arme politique de choix. Avec, pour maîtres mots, centralisation et montée en gamme d'une armée pléthorique, afin de « gagner des guerres » , avec Taïwan en ligne de mire.   Une feuille de route déroulée méthodiquement depuis dix ans, à rebours de Poutine, qui s'est appuyé sur des groupes de mercenaires privés pour compenser les failles d'une armée russe gangrenée par le conservatisme et les chasses gardées. Dès le premier mandat, plusieurs « Tigres » galonnés ont mordu la poussière, dont les généraux Xu Caihou et Guo Boxiong, tous les deux vice-présidents de la toute-puissante Commission centrale militaire (CCM), présidée par Xi, qui y accentue encore son emprise. En 2016, le madré Guo a été condamné à la prison à perpétuité pour « corruption » , sonnant la reprise en main du haut commandement, marquée également par une réorganisation des commandements régionaux. « Xi a renforcé son emprise par la centralisation, pour prévenir tout risque de coup », juge Evan Laksmana, chercheur International Insitute of Strategic Studies (IISS), à Singapour. Échaudé par la rumeur - qui avait plané sur Pékin en 2012 à la veille du Congrès qui le propulsa au sommet - d'un coup d'État militaire mené par le puissant Zhou Yongkang, Xi a verrouillé l'APL. Le puissant « parrain » de l'appareil de sécurité chinois est également tombé dans les rets de la campagne anticorruption pilotée par Wang Qishan, un fidèle du président.   L'insurrection de Wagner ravive la paranoïa d'un régime obsédé par le contrôle, encore traumatisé par la chute de l'URSS, qui avait laissé la Chine rouge esseulée face à l'Occident. Trois décennies plus tard, Pékin exhorte son partenaire eurasiatique à remettre de l'ordre dans sa maison, lui assénant quelques coups de griffes, via la presse officielle. Le recours à des mercenaires « revient à nourrir un tigre qui finira par vous mordre » , pointe un expert officiel, cité par le China Daily.   La privatisation de l'armée est un péché capital aux yeux des stratèges rouges. Elle menace le monopole du pouvoir, et de la violence, par le Parti. « Le système militaire chinois ressemble à celui de l'URSS : le Parti et le secrétaire général ont le contrôle absolu sur l'armée. Et il a été renforcé depuis dix ans, notamment par des hausses de rémunérations » , explique Wu Qiang, politologue indépendant, à Pékin.   Le président assume ostensiblement son rôle de commandant des armées, inspectant en veste Mao sombre les troupes sur la place Tiananmen, l'air martial, abandonnant le costume civil de son prédécesseur Hu Jintao. Un clin d'oeil au rôle de chef de guérilla révolutionnaire du fondateur de la Chine rouge, avec pour ambition d'achever son oeuvre par la « réunification » de Taïwan à la mère patrie. Une « mission historique », trop essentielle pour être confiée à des mercenaires.   La modernisation de l'APL est une condition indispensable pour accomplir cette geste révolutionnaire, avec pour rendez-vous son centenaire, en 2027. Xi a ordonné à ses troupes d'être en mesure de mener une opération contre Taipei à cet horizon, selon William Burns, le directeur général de la CIA. Une gageure pour une armée pléthorique fondée sur le modèle soviétique, à la ligne de commandement rigide, zébrée de prébendes, et qui n'a pas connu l'expérience du feu depuis les années 1970, lors d'un conflit perdu face au Vietnam. Pour y parvenir, Pékin a déclenché une massive modernisation de son matériel, grâce à une hausse spectaculaire de son budget, portée par l'envolée de son PIB, doublant presque ses dépenses, qui atteignent 234 milliards de dollars en 2023. Ces investissements massifs l'ont doté d'une marine plus importante que l'US Navy en nombre de bâtiments, dont un troisième porte-avions.   Néanmoins, cette débauche technologique ne peut combler l'inexpérience du combat, et la capacité d'adaptation aux aléas du champ de bataille. La chaîne de commandement ultracentralisée, sous la férule des commissaires politiques, sape la capacité d'initiative des officiers sur le terrain, l'un des facteurs clés du succès dans le combat moderne, pointent les experts militaires, citant l'exemple ukrainien.   L'obsession du contrôle de Xi lui assure la stabilité sur le plan intérieur, mais ne garantit pas l'efficacité sur le front extérieur, en cas de conflit chaud. « Ce modèle de commandement hautement centralisé, fondé sur le Parti sera-t-il efficace en cas de crise à Taïwan ? » , s'interroge Laksmana. Cette opération risquée testerait la loyauté des troupes en cas d'enlisement d'un conflit, potentiellement face à la première puissance mondiale. « Il n'y a pas de problème de fidélité des militaires aujourd'hui, en temps de paix. Mais une guerre longue marquée par des revers, comme en Ukraine, la mettrait à l'épreuve » , juge Wu. Une raison supplémentaire pour les stratèges de scruter de près les suites du coup de force de Prigojine, qui lézarde la stature d'un partenaire clé pour briser « l'encerclement » américain.   Le système militaire chinois ressemble à celui de l'URSS : le Parti et le secrétaire général ont le contrôle absolu sur l'armée. Et il a été renforcé depuis dix ans, notamment par des hausses de rémunérationsWU QIANG, POLITOLOGUE INDÉPENDANT,   À PÉKIN </text>
	

	<text titre="Xi Jinping cherche à prévenir l'éclosion d'un «  Prigojine chinois »" date="2023 07 05T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24531" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="5" journal_clean="Le Figaro" keywords="xi" langue="fr"> Malgré leur connivence affichée, Xi Jinping et Vladimir Poutine divergent profondément sur la gestion de la force armée. La rébellion d'Evgueni Prigojine a sidéré le régime communiste chinois, qui garde une main de fer sur l'appareil militaire, de sorte qu'un scénario à la Wagner soit inimaginable. En Chine, « le Parti contrôle le fusil »depuis Mao, et plus encore sous Xi.PAGE 11 </text>
	

	<text titre="Tsikhanovskaïa dénonce les manœuvres de Poutine en Biélorussie" date="2023 07 05T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="faustine vincent" annee="2023" mois="7" jour="5" journal_clean="Le Monde" keywords="poutine, svetlana, biélorusse, biélorussie, cheffe, l’opposition, tsikhanovskaïa, internationale" langue="fr"> Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, le 24 février 2022, la cheffe de l’opposition biélorusse, Svetlana Tsikhanovskaïa, ne cesse d’alerter la communauté internationale : « Il ne faut pas oublier la Biélorussie dans l’équation pour tenter de résoudre la guerre en Ukraine. » Son pays a beau servir de base arrière à Moscou, il a pâti d’une « inattention historique » des décideurs politiques occidentaux, comme le souligne le chercheur Ryhor Astapenia, dans un rapport publié en avril par le centre de réflexion Chatham House, à Londres.   La menace que fait peser l’exil annoncé en Biélorussie du chef de la milice armée Wagner, Evgueni Prigojine, et d’une partie de ses troupes après leur rébellion avortée en Russie, le 24 juin, pourrait-elle favoriser une prise de conscience ? Car, plus que jamais, cette ancienne république soviétique, voisine de la Russie, apparaît comme un élément-clé de la stratégie du Kremlin pour mener sa guerre et défier les Occidentaux.
Interrogée par Le Mondelundi 3 juillet, Svetlana Tsikhanovskaïa met en garde : « La présence de Wagner menace non seulement la souveraineté de la Biélorussie, en faisant d’elle une otage de la Russie, mais elle représente aussi une menace pour toute la région. »L’exil du patron de la milice a été décidé dans le cadre d’un accord conclu entre les forces de Wagner et Vladimir Poutine, sous la médiation surprise du dirigeant biélorusse, Alexandre Loukachenko, allié numéro un du chef du Kremlin. L’annonce est survenue une semaine après que Minsk et Moscou ont affirmé avoir entamé le transfert d’armes nucléaires tactiques russes vers la Biélorussie.   Selon Mme Tsikhanovskaïa, le Groupe Wagner pourrait être utilisé pour envahir de nouveau l’Ukraine depuis la Biélorussie, comme les troupes russes l’avaient fait au début de l’offensive. Conscientes du danger, les autorités ukrainiennes ont annoncé un renforcement militaire à la frontière.   Les mercenaires de Wagner pourraient également « commettre des provocations lors du sommet de l’OTAN », estime l’opposante. La réunion se tiendra, les 11 et 12 juillet, à Vilnius, la capitale lituanienne, située à seulement 35 kilomètres de la frontière. « On ne sait pas ce que compte faire Wagner exactement en Biélorussie, reprend-elle. Mais les événements de ces derniers jours ont montré que la Biélorussie est au cœur de la stratégie régionale de Poutine. »Résistance clandestineJusqu’à 8 000 combattants de Wagner pourraient être hébergés en Biélorussie, selon la Pologne, qui partage une frontière de 418 kilomètres avec ce pays. Jusqu’ici, la législation biélorusse considérait la milice comme une « organisation extrémiste ». Ce statut devrait rapidement évoluer. « Loukachenko, qui les accueille désormais à bras ouverts, va certainement légaliser leur présence », anticipe la cheffe de l’opposition. Le dirigeant biélorusse pourrait également utiliser cette armée de mercenaires étrangers, connus pour leurs crimes de guerres et exactions, pour assurer sa propre sécurité. « Il sait que la population n’a pas renoncé à son combat pour la démocratie et a peur d’elle », affirme l’opposante. La réélection frauduleuse du dirigeant biélorusse, en 2020, avait déclenché un mouvement de protestation sans précédent, brutalement réprimé. La révolution, broyée, a laissé place à la terreur. La répression se poursuit aujourd’hui à huis clos.   Le moindre signe de soutien à l’Ukraine est puni. « Faire un don de 20 euros à l’armée ukrainienne vous expose à une peine de six ans de prison », explique Mme Tsikhanovskaïa. Le pays compte aujourd’hui plus de 1 500 prisonniers politiques, dont le colauréat du prix Nobel de la paix 2022 Ales Bialiatski, ainsi que le mari de la cheffe de l’opposition, le blogueur Sergueï Tsikhanovski, condamné, en 2021, à dix-huit ans de prison.   Une partie de la population continue, malgré tout, de résister clandestinement et attend, dans l’ombre, une occasion pour en finir avec le régime de Loukachenko. Beaucoup ont cru voir ce jour arriver lorsque les mercenaires de Wagner ont marché vers Moscou. « On a reçu des milliers de messages, raconte la cheffe des forces démocratiques biélorusses. Des gens demandaient : “Quel est le plan ? ”, “On est bien préparés ?” C’est le signe que les Biélorusses se tiennent prêts à combattre. Car si Poutine tombe, Loukachenko sera le prochain. »« Horrifiée » par l’arrivée annoncée d’Evgueni Prigojine et ses troupes, la population sait que la possibilité d’instaurer une transition démocratique en Biélorussie est désormais plus lointaine que jamais, au moins à court terme. « C’est un combat difficile. On a besoin de messages positifs pour pouvoir continuer », insiste Mme Tsikhanovskaïa. Les sanctions en font partie. Si l’opposante se réjouit d’avoir reçu le soutien de ses partenaires occidentaux après la relocalisation de Wagner dans son pays, elle regrette que les Européens rechignent à voter de nouvelles sanctions visant le régime de Minsk.   Les dernières remontent à juin 2022. Malgré l’escalade sur le territoire biélorusse et l’accord sur le transfert des armes nucléaires, aucune autre n’a été décidée. « Rien ne se passe,s’indigne l’opposante. Cela donne un sentiment d’impunité au dictateur, qui considère ces hésitations comme une marque de faiblesse. » Elle appelle les démocraties européennes à « utiliser pleinement leurs outils pour lutter contre cette impunité ».   D’autant qu’un nouveau dossier vient aujourd’hui allonger la liste des crimes de guerre présumés du régime de Minsk : selon l’opposant biélorusse Pavel Latouchko, Alexandre Loukachenko serait impliqué dans le transfert forcé d’enfants ukrainiens vers la Biélorussie – ce que Minsk dément. M. Latouchko, membre du cabinet de transition uni de Mme Tsikhanovskaïa, a déclaré, le 28 juin, avoir transmis à la Cour pénale internationale les documents prouvant cette implication. </text>
	

	<text titre="Une journaliste russe tabassée à Grozny" date="2023 07 05T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24531" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="7" jour="5" journal_clean="Le Figaro" keywords="milachina, elena, russe, procès, alexandre, gazeta, journaliste, mardi, novaïa, grozny" langue="fr"> TCHÉTCHÉNIE Elena Milachina est arrivée tôt mardi matin à Grozny par avion. Journaliste à Novaïa Gazeta, elle était accompagnée d'un avocat, Alexandre Nemov, et tous deux venaient suivre le procès , prévu le jour même, de Zarema Musayeva, la mère de deux opposants du président tchétchène, Ramzan Kadyrov. Leur voiture a été suivie depuis l'aéroport et interceptée par trois véhicules, d'où sont sortis des hommes cagoulés de noir.   La journaliste et l'avocat ont alors été violemment passés à tabac . « Ils nous ont plaqués au sol, ont sorti le chauffeur de la voiture, nous ont attrapés et nous ont fait baisser la tête, puis ils m'ont attaché les mains et nous ont fait mettre à genoux, avec un pistolet sur la tempe », racontera plus tard Elena Milachina depuis l'hôpital de Grozny. Frappée à coups de poing, de pied et avec des tuyaux en polypropylène, elle souffre de fractures aux mains et d'un traumatisme crânien. « Les doigts d'Elena Milachina sont cassés, et elle perd de temps en temps connaissance » , a précisé l'organisation Memorial dans un communiqué, ajoutant que « tout son corps est couvert de contusions ». 
Lui aussi battu, Alexandre Nemov a reçu un coup de couteau à la jambe. En outre, la journaliste a eu la tête rasée et son visage a été aspergé d'un liquide antiseptique de couleur verte . « On vous a avertis. Partez d'ici et n'écrivez rien » , lui auraient crié ses agresseurs. « Il ne s'agit pas d'une attaque de gangs, mais d'une attaque pure et simple contre leurs activités », a confirmé Sergueï Babinets, chef du Comité russe contre les tortures.   C'est qu'Elena Milachena est bien connue en Tchétchénie. Âgée de 44 ans, elle documente de longue date pour Novaïa Gazeta, fleuron du journalisme indépendant, la piètre situation des droits humains dans la république dirigée d'une main de fer par Ramzan Kadyrov. Un flambeau brandi naguère par une autre journaliste de Novaïa, Anna Politkovskaïa, assassinée, en 2006. L'an dernier, Elena Milachina avait dû temporairement quitter la Russie après des menaces émises par Ramzan Kadyrov, qui l'avait qualifiée de « terroriste ».   Les autorités russes ouvrent une enquête   Mardi, la journaliste et l'avocat Alexandre Nemov devaient assister au procès de Zarema Moussaïeva, 53 ans, la femme d'un ancien juge fédéral russe d'origine tchétchène, Saïdi Iangoulbaïev, devenu opposant à Ramzan Kadyrov. Leurs deux fils, Aboubakar et Ibrahim, exilés à l'étranger, sont également deux figures de proue de l'opposition. En janvier 2022, leur mère a été enlevée par des agents tchétchènes alors qu'elle se trouvait à Nijni-Novgorod, en Russie, et emmenée en Tchétchénie, où elle est depuis incarcérée.   Mise en accusation aux fallacieux prétextes d' « escroquerie » et de « recours à la force » contre un policier, elle a été condamnée mardi à cinq ans et demi de prison . « La place de cette famille est soit en prison, soit sous terre », avait déclaré Kadyrov. Le tabassage d'Elena Milachina semble avoir cette fois fortement résonné à Moscou. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a dénoncé une « attaque très grave qui nécessite des mesures vigoureuses ». Une enquête officielle a d'ailleurs été ouverte. Commentaire de l'analyste politique Arkady Doubnov :  « Cette réaction des autorités est une conséquence, inattendue, de la rébellion d'Evgueni Prigojine. C'est l'occasion d'anticiper la menace d'une autre compagnie militaire privée ; en Tchétchénie, cette fois. » </text>
	

	<text titre="L'Ukraine sera-t-elle la Némésis de Poutine ?" date="2023 07 05T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23994" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="5" journal_clean="Les Echos" keywords="président, poutine, faveur, russie, vladimir, ukraine" langue="fr"> Après quasiment un quart de siècle au pouvoir, le président Vladimir Poutine avait atteint son objectif primordial qui était de restaurer le rang de la Russie sur la scène internationale. A la faveur du succès de l'intervention en Syrie, au secours du régime de Bachar Al Assad, il avait tissé des liens étroits avec tous les Etats, sans exclusive, notamment au Moyen-Orient, dont Moscou était devenu la « Nouvelle Mecque », selon la formule choc d'un ambassadeur de cette région.
Une diplomatie patiente et systématique avait abouti à la tenue réussie à Sotchi en octobre 2019 du sommet Russie-Afrique, où la milice Wagner avait pris pied depuis quelques années. Moscou avait renoué également avec les anciens clients de l'Union soviétique en Amérique latine. La relation avec la Chine s'était traduite par « une amitié sans limite », une police d'assurance face à l'hostilité américaine. Les relations avec la Corée du Sud et le Japon étaient très cordiales. Shinzo Abe désireux d'obtenir une restitution de tout ou partie des îles Kouriles contestées était fréquemment l'hôte du président russe. Il avait d'ailleurs partagé en mai 2018 le statut d'invité d'honneur avec Emmanuel Macron, au forum de Saint-Pétersbourg, vitrine économique et politique de Vladimir Poutine.  Partage d'influence avec la ChineL'Inde est restée l'amie de toujours. En Asie centrale, une sorte de partage d'influence s'était instaurée entre la Chine dans le secteur économique et la Russie dans le domaine sécuritaire, cette dernière ayant dépêché des troupes pour mettre fin aux soulèvements d'Almaty en janvier 2022. Le pragmatisme dominait les relations avec Erdogan, tout à la fois adversaire et partenaire. Il était l'arbitre entre Arménie et Azerbaïdjan du conflit du Haut-Karabakh. Les relations étaient fréquentes avec les Occidentaux, notamment Angela Merkel, et jusqu'à Joe Biden qui l'a rencontré à Genève dès son arrivée au pouvoir pour trouver un modus vivendi et avait proposé un accord sur les questions de sécurité en décembre 2021.   Le déploiement de forces aux frontières de l'Ukraine tendait à administrer la preuve que ce pays ne pouvait pas être membre de l'Otan et continuerait de constituer un glacis avec le Donbass, sous contrôle des séparatistes. Vladimir Poutine incarnait l'homme fort et son armée, la deuxième du monde, modernisée et dotée de missiles hypersoniques, instillait la peur chez ses voisins.  Flottement du pouvoirMais il n'y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. Les conséquences de la guerre sont l'exact inverse de l'effet recherché : armée décrédibilisée, renaissance et élargissement de l'Otan, cohésion des Européens, retour en force des Américains en Europe, véritable naissance d'une nation ukrainienne, qui rejette de surcroît la langue russe.   L'incroyable épopée de Prigogine, après les mises au défi et les insultes quotidiennes visant le ministre de la Défense et le chef d'Etat-major des armées, avec l'occupation du quartier général des opérations en Ukraine à Rostov, la chevauchée des blindés de Wagner jusqu'à 200 kilomètres de Moscou, a donné un sentiment de flottement du pouvoir. Ces événements ont ravivé le souvenir des années de troubles sous Eltsine, illustrées par le livre de Peter Pomerantsev, « Rien n'est vrai, mais tout est possible », et des deux tentatives de putsch alors que Poutine avait érigé la stabilité en contrat social.   Selon Andreï Soldatov, le mode de fonctionnement de Poutine, qui consiste à cloisonner ses contacts, a créé une incertitude au FSB et dans l'armée qui les a empêchés d'intervenir, ignorantsi un accord avait été conclu directement avec Prigogine. L'accord a probablement été dicté à son homme lige, Loukachenko, mais après la déclaration martiale contre les traîtres frappant la Russie d'un coup de poignard dans le dos, la clémence contredit la doxa du Kremlin selon laquelle « les ennemis, on les combat, les traîtres, on les élimine ».  Resserrement des contrôlesIncidemment, les puissances occidentales, à l'opposé des Ukrainiens dont le rêve est l'explosion et le démembrement de la Russie, ont suivi avec inquiétude ces événements. Car s'ils souhaitent une victoire de l'Ukraine contre l'agresseur russe, ils s'inquiètent aussi des risques d'un Etat nucléaire failli dirigé par un putschiste ultranationaliste.   Cet épisode rocambolesque a affecté l'image de Poutine et celle de la Russie. Est-ce pour autant le premier acte de l'après-Poutine ? Rien n'est moins sûr. Il bénéficie de la protection de plusieurs couches de siloviki. Cette « maskirovka » lui permet aussi de procéder à des purges et de resserrer le contrôle. L'année 2024 verra des élections, dont tout concurrent sérieux sera écarté. Cela lui donnera le temps de préparer sa succession, sûrement dans l'esprit de celle d'Eltsine, en installant dans la place quelqu'un apte à protéger sa personne, sa famille et ses biens tout en se réservant peut-être un poste officiel.   En outre, si la contre-offensive en cours n'est pas déterminante pour les Ukrainiens, les pressions en faveur de négociations de paix se feront plus pressantes, sujet qui a peut-être été à l'ordre du jour de la visite à Kiev du directeur de la CIA, William Burns. Même le Secrétaire général de l'Otan souligne la nécessité d'aider l'Ukraine à être en position de force dans la perspective de négociations. Rien n'est joué donc.   Sylvie Bermann </text>
	

	<text titre="Le groupe Wagner, vernis chrétien et néopaganisme" date="2023 07 06T00:00:00" journal="La Croix, no. 42661" auteur="matthieu lasserre et malo tresca" annee="2023" mois="7" jour="6" journal_clean="La Croix" keywords="hommes, néopaganisme, militaire, wagner, société, chrétien, groupe, symboles, privée" langue="fr"> Plus de vingt-cinq mille hommes arborant des symboles néopaïens, marchant armés vers la « Troisième Rome ». La rébellion samedi 24 juin de la société militaire privée Wagner a fait couler beaucoup d'encre et suscité l'inquiétude du pouvoir russe, qui a négocié un accord pour éviter l'affrontement. Alors que ses hommes n'étaient plus qu'à quelque 200 kilomètres de Moscou, le fondateur de Wagner, Evgueni Prigojine, a obtenu la survie de sa société vouée à être incorporée à l'armée régulière, au prix de l'exil vers la Biélorussie.   Si - de façade - le pouvoir russe vante les mérites de la société chrétienne traditionnelle et orthodoxe, une partie des membres de Wagner se revendique, de son côté, adepte de la rodnovérie, une forme de néopaganisme slave structurée « autour de croyances dans les forces de la nature, dans l'art de la divination ou la sorcellerie »,explique l'historien Antoine Nivière, professeur de civilisation russe à l'université de Lorraine. Cette appartenance religieuse peut être visible sur les corps de certains combattants, qui arborent des tatouages représentant un svastika ou un kolovrat (équivalent du svastika, dédié au dieu slave du feu et composé de huit rayons), des médaillons figurant le marteau de Thor - dieu du tonnerre dans la mythologie nordique - ou des uniformes aux chevrons estampillés de symboles runiques.
Dans une partie de l'Europe - du côté notamment des mondes slaves et scandinaves -, la rodnovérie est arrimée à une idéologie d'extrême droite. « Le nationalisme ethnique est souvent associé au néopaganisme, en tant que religion d'un groupe ethnique, qui est en outre glorifié », souligne Denis Brilyov, chercheur à l'Institut d'études orientales de Kiev. Un courant politico-religieux prégnant dans les rangs des mercenaires depuis la création du groupe Wagner, en 2014. «?Le cofondateur, Dmitri Outkine, est rodnovérien?», ajoute le spécialiste ukrainien, auteur de l'étude «?Des païens aux templiers?: la vie religieuse au quotidien au sein de la &quot;société militaire privée Wagner&quot;?» (1). Wagner est le nom de code de ce fervent admirateur du compositeur, et du IIIe Reich.   En Russie, la rodnovérie dépasse les cercles des miliciens et des nationalistes. Elle se retrouve dans toutes les strates de la société, depuis les prisons où ont massivement été recrutés les mercenaires jusque dans les classes sociales plus aisées. Elle s'est développée à la suite de la chute de l'URSS, l'ère soviétique ayant été marquée par un profond vide spirituel. « C'est alors que, sur fond de nostalgie de la grandeur de l'URSS, les nationalistes russes sont devenus plus actifs et que l'intérêt pour l'histoire nationale, et l'histoire ancienne, s'est accru, ajoute Denis Brilyov. Le néopaganisme s'est également appuyé sur l'intérêt massif pour l'ésotérisme qui a vu le jour en Russie dans les années 1990.?»Ces dernières années, ces croyances se sont retrouvées dans le collimateur du Patriarcat de Moscou, soutien actif de la politique du Kremlin, qui perçoit derrière cette forme de « religion concurrente » un « ennemi naturel » menaçant son influence. « Le patriarche Kirill s'est lui-même exprimé à plusieurs reprises, de manière très négative, sur la propagation du néopaganisme au sein des forces de l'ordre et des forces spéciales en Russie »,relève encore le chercheur. Kirill avait ainsi fermement condamné dans une homélie prononcée en mai 2022, à l'occasion de l'Ascension, l'affirmation de « passions païennes » ayant « conquis la conscience et les sentiments » - en parvenant à éloigner des chrétiens de leur foi.   Or, dans la Russie de Poutine, il ne fait pas bon s'attirer l'ire des principaux responsables ecclésiaux. « Quiconque exerce aujourd'hui des responsabilités - politiques, militaires... - a tout intérêt à s'afficher au côté de l'Église ou à montrer son engagement au sein d'oeuvres caritatives »,décrypte Antoine Nivière. Une sorte d'impératif «?politico-religieux?» qu'a sûrement cherché à honorer Evgueni Prigojine ces dernières années, en mettant en avant un versant plus « chrétien » de Wagner comme « pour acheter une respectabilité à son groupe »... et, potentiellement, pour élargir le spectre de son recrutement.  «?Il a fait construire une réplique - plus petite - de Sainte-Sophie de Constantinople dans le village de Godenovo, dans la région de Iaroslavl, à 180 kilomètres de Moscou?», rapporte ainsi l'historien. Celui-ci y voit une manière « de donner son obole à l'institution », alors que le système poutinien repose sur une instrumentalisation d'une certaine idéologie orthodoxe nationaliste.   C'est encore dans cette optique que le chef de guerre aurait par ailleurs invité des journalistes russes de l'agence de presse RIA Novosti - l'une des plus grandes du pays, officiellement sous la tutelle du ministère de la presse et de l'information en Russie - à venir visiter récemment le «?Temple noir?» de Wagner (surnommé ainsi en raison de la couleur gris foncé de la façade), comme le relève encore Denis Brilyov. Érigée en 2018 près du camp d'entraînement militaire de Molkino, aux confins sud-ouest de la Fédération de Russie, cette petite chapelle - baptisée Saint-Georges-le-Porteur-de-Victoire - est estampillée sur son fronton d'un verset de l'Évangile?: « Béni soit celui qui vient au nom de l'Éternel »(Mt 21,9) .Mais si son univers artistique emprunte largement aux grandes références et aux codes spirituels de l'orthodoxie russe, le lieu accueille des combattants « de différentes religions, à la fois monothéistes(orthodoxie, islam...), bouddhistes et païens ». Car des musulmans servent aussi au sein du groupe - du fait, notamment, de son déploiement à grande échelle sur des théâtres de guerre au Moyen-Orient et en Afrique. Dans son étude, Denis Brilyov relève enfin une autre particularité de l'édifice?: l'interdiction, pour les prêtres orthodoxes d'y officier... et même d'y mettre les pieds. Comme une énième illustration du syncrétisme, et des nombreux antagonismes religieux, qui traversent aujourd'hui les rangs des mercenaires de Wagner. </text>
	

	<text titre="La « galaxie  Prigojine » dans les ténèbres de l'incertitude" date="2023 07 07T00:00:00" journal="La Croix, no. 42662" auteur="pierre sautreuil" annee="2023" mois="7" jour="7" journal_clean="La Croix" keywords="evgueni, chef, juillet, wagner, galaxie, terme, prigojine, groupe" langue="fr"> Que sous-entend Evgueni Prigojine ? Qu'a voulu dire le chef du groupe Wagner dans ce message vocal de 41 secondes publié lundi 3 juillet sur Telegram, au terme d'un silence de plusieurs jours ? « Aujourd'hui, nous avons plus que jamais besoin de votre soutien (...) Très prochainement, j'en suis sûr, vous verrez à nouveau nos victoires sur le front. » Le groupe Wagner va-t-il continuer à combattre en Ukraine ? Et le chef séditieux, le « traître », selon Vladimir Poutine, restera-t-il à sa tête ? Ou faisait-il allusion à autre chose ?   Près de deux semaines après sa mutinerie avortée du 24 juin, de nombreuses questions restent en suspens sur le sort de l'homme d'affaires et de ses nombreuses activités. Dès les premières heures qui ont suivi la mutinerie, le Kremlin a montré son intention de reprendre en main ce corps séditieux. Dépêché en Syrie, le vice-ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Verchinine, s'est rendu à Damas pour informer Bachar Al Assad que Wagner ne travaillera plus indépendamment dans le pays, rapporte le Wall Street Journal. Dans le même souffle, Vladimir Poutine laissait trois issus aux mercenaires du groupe : retourner à la vie civile, s'engager dans l'armée régulière ou suivre leur chef en exil en Biélorussie, laissant entendre que Wagner ne combattrait plus en Ukraine.
Mais le départ d'Evgueni Prigojine et de ses hommes se fait encore attendre. «  Concernant Prigojine, il est à Saint-Pétersbourg, a déclaré jeudi 6 juillet le président biélorusse Alexandre Loukachenko lors d'une conférence de presse . Où est-il ce matin ? Peut-être parti à Moscou, ou ailleurs, mais il n'est pas sur le territoire biélorusse.?» Quant aux mercenaires, ils se trouveraient encore « dans leurs camps »,et non en Biélorussie, « pour le moment ».Peu de signes, du reste, semblaient indiquer jusqu'à maintenant un engagement massif des milliers de « Wagnerovtsi » dans l'armée régulière. « Aujourd'hui, on ne sait pas trop ce que veulent les hommes de Prigojine, ils semblent dans l'expectative , commente Dimitri Zufferey, journaliste et membre du collectif d'enquête All Eyes on Wagner (1). On voit passer des annonces de recrutement, et d'autres affirmant que le recrutement s'arrête... C'est illisible, et bien malin qui pourra dire où en sera Wagner dans une semaine. »Mais Wagner n'est pas la seule activité d'Evgueni Prigojine. Outre ses mercenaires, l'homme d'affaires dirige un vaste écheveau d'entreprises évoluant en Russie et à l'étranger dans la finance, le BTP, les médias et l'influence, l'exploitation minière et forestière. Ou encore dans la restauration collective. Selon des chaînes Telegram russes, le ministère de la défense aurait rompu les contrats très lucratifs de restauration collective le liant à Concord, la maison mère de la « galaxie Prigojine ». Des informations non confirmées depuis.   Une évolution plus notable est en cours du côté des activités médiatiques de l'oligarque. Le patron de Wagner a en effet mis un terme aux activités de Patriot, sa holding de médias, dont le navire amiral est l'agence de presse RIA FAN. Des médias russes évoquent la possibilité qu'elle soit en partie reprise par des hommes d'affaires proches du Kremlin. « Nous aimerions beaucoup embaucher les gars qui bossaient pour Prigojine , s'enthousiasme Margarita Simonian, rédactrice en chef des médias publics RT, RIA Novosti et Sputnik, une figure de la propagande russe . On sait que ce sont des pros, et des chic types ! »L'empire Prigojine, c'est encore un ensemble de structures destinées à influencer les opinions, en Russie et à l'étranger. En Afrique, les missions d'influence, visant à discréditer des opposants ou chanter les louanges des régimes clients au moyen de médias et de « fermes à trolls » multipliant les publications sur les réseaux sociaux, font partie intégrante de la prestation de Wagner. Elles représentent un atout stratégique pour la Russie sur le continent. Raison pour laquelle le groupe y sera difficilement remplaçable.   D'après Dimitri Zufferey, la question du devenir de Wagner en Afrique promet de figurer très haut à l'agenda du sommet Russie-Afrique, qui s'ouvrira le 27 juillet à Sotchi. « Aujourd'hui, ce qui semble annoncé, c'est que Wagner continue d'opérer dans une certaine mesure sur le continent », estime l'expert, qui n'a observé aucun changement significatif chez les « fermes à trolls » d'Evgueni Prigojine, que ce soit en Russie ou en Afrique. Mais ces réalités d'aujourd'hui sont hautement volatiles. « On y voit un peu plus clair qu'au lendemain de la mutinerie, mais il nous manque toujours la pièce centrale du puzzle : quel est le deal qui a été passé entre Evgueni Prigojine et Vladimir Poutine ? » </text>
	

	<text titre="L'exilé Evgueni  Prigojine de retour ?" date="2023 07 07T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="vadim kamenka" annee="2023" mois="7" jour="7" journal_clean="l'Humanité" keywords="dirigeant, evgueni, démantèlement, wagner, paramilitaire, kremlin, prigojine, société, russie, groupe, juin" langue="fr"> Russie Perquisitions, démantèlement... le Kremlin a décidé de multiplier les attaques contre le dirigeant de la société paramilitaire Wagner et son groupe depuis le coup de force du 24 juin. L'homme d'affaires, qui devait rester en Biélorussie, est attendu à Moscou.Quinze jours après sa tentative de marche sur Moscou et sa rébellion armée, où en est le groupe paramilitaire Wagner ? Son chef, Evgueni Prigojine, qui devait rester en Biélorussie, serait attendu dans la capitale russe ce dimanche, selon diverses sources qui évoquent une rencontre avec les autorités. Ce jeudi, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, qui a assuré le rôle d'intermédiaire durant la crise du 24 juin entre son homologue russe, Vladimir Poutine, et le dirigeant de Wagner, a avancé que ce dernier se trouvait en Russie. « Où est-il ce matin ? Peut-être parti à Moscou, ou ailleurs, mais il n'est pas sur le territoire biélorusse » et ses soldats dans leurs camps permanents « en Ukraine », a-t-il lancé lors d'une conférence de presse. Devant l'embarras provoqué par ces déclarations, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a répondu que le gouvernement « ne suit pas les mouvements » du patron de l'organisation paramilitaire. 
Ce nouvel épisode apporte une énième interrogation sur l'avenir de la société de sécurité privée. Dans une intervention télévisée, le président russe avait réaffirmé, le 26 juin, que les combattants de Wagner avaient le choix de s'engager dans l'armée régulière, de partir en exil ou de retourner à la vie civile. Depuis le 1er juillet, une ordonnance impose aux sociétés de volontaires engagés dans la guerre en Ukraine de signer un contrat avec le ministère de la Défense. Cela avait suscité l'ire d'Evgueni Prigojine, qui voyait l'indépendance de son groupe remise en cause. Son empire - logistique, exploitation minière, cinéma, restauration - est en voie de démantèlement.   « Maintenir la pression et faire chuter sa popularité »  Parmi les premières victimes : la société en ligne IRA, qui publie massivement sur les réseaux sociaux, et celle du Patriot, qui font partie du volet médiatique de Wagner. Ce média à la ligne éditoriale fortement nationaliste, pro-Kremlin et assurant une couverture positive des actions militaires de l'entreprise de mercenaires, a été prévenu de sa fermeture par l'organisme de supervision de la presse Roskomnadzor. Il servait aussi à s'attaquer aux adversaires d'Evgueni Prigojine, comme le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou.   En ce qui concerne les activités de sécurité et paramilitaires, les autorités ne souhaitent pas leur disparition, le Kremlin étant incapable de prendre le contrôle de l'ensemble en Ukraine ou en Afrique. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a indiqué que les combattants du groupe Wagner déployés sur le continent africain ne seraient pas retirés. Denis Korotkov, véritable spécialiste de cette organisation, précise dans le Guardian : « L'un des plus grands défis pour les autorités russes sera d'achever la prise de contrôle des chaînes d'approvisionnement de Prigojine sans perturber le travail des bases militaires. »   Autre attaque, qui vise directement Evgueni Prigojine, la fuite dans la presse des diverses perquisitions dans les bureaux de Wagner ou dans une de ses luxueuses propriétés. Le média d'investigation Fontanka révèle que la police de Saint-Pétersbourg a saisi 4 milliards de roubles (47 millions de dollars) dans une fourgonnette, et 6 milliards de roubles supplémentaires dans 80 cartons entreposés dans une deuxième camionnette. « Ces fuites permettent de maintenir la pression sur Prigojine et de faire chuter sa popularité. Cela révèle aussi que la procédure qui devait être abandonnée est maintenue », note un journaliste russe. </text>
	

	<text titre="Russie : le sort incertain des lieutenants de  Prigojine" date="2023 07 07T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="emmanuel grynszpan" annee="2023" mois="7" jour="7" journal_clean="Le Monde" keywords="lieutenants, médailles, poutine, kremlin, prigojine, prise, russie, vladimir, mutinerie" langue="fr"> En 2016, ils posaient fièrement au Kremlin aux côtés de Vladimir Poutine, la poitrine bardée de médailles reçues pour la prise de Palmyre, en Syrie. Aujourd’hui, douze jours après la brève mutinerie du Groupe Wagner, les lieutenants d’Evgueni Prigojine sont redevenus des parias. Dmitri Outkine (dit « Wagner »), Alexandre Kouznetsov (« Ratibor »), Andreï Bogatov (« Brodiaga ») et Andreï Trochev (« Sedoï ») font profil bas. Pendant que leur patron effectue avec son avion personnel des allers-retours entre la Russie et la Biélorussie, son nouveau havre, pour sauver des lambeaux de son empire médiatique, de restauration et de mercenariat, ses hommes de main font face à un choix complexe. 
Vont-ils se réfugier eux aussi en Biélorussie, sur invitation du dictateur Alexandre Loukachenko, en attendant que l’orage passe ? Tout en qualifiant la mutinerie du 24 juin de « traîtrise » et de « coup de poignard dans le dos », Vladimir Poutine a remercié « les soldats et les commandants de Wagner pour n’avoir pas versé de sang ». « Vous pouvez signer un contrat avec le ministère de la défense[russe] ou déménager en Biélorussie », avait-il indiqué au lendemain des événements qui ont coûté la vie à une dizaine de militaires russes et secoué le pouvoir. Pour le chef du Kremlin, qui s’est bien gardé de citer un nom, ou même de tracer une ligne entre les traîtres et les héros, « l’immense majorité » des mercenaires de Wagner restent « des patriotes de la Russie ».  « Mercenaire dans l’âme »L’évaporation des hommes de main de Prigojine fait pendant à celle d’une poignée de généraux russes réputés proches du Groupe Wagner. Ni Sergueï Sourovikine, commandant en chef des forces aérospatiales, ni Vladimir Alexeïev, directeur adjoint du GRU, le renseignement militaire russe, ne sont réapparus en public depuis le 24 juin, alors que circule la rumeur de l’arrestation du premier. Les commandants de Wagner « ne rejoindront jamais l’armée », affirme Marat Gabidullin, qui les connaît personnellement pour avoir lui-même été l’un d’entre eux jusqu’en 2019. « Depuis la Syrie[où le Groupe Wagner a combattu à partir de 2015], le mépris envers l’armée est trop fort,poursuit l’ancien mercenaire, auteur du livre Moi, Marat, ex-commandant de l’armée Wagner(Michel Lafon, 2022) . Les commandants de l’armée régulière se sont arrogé des récompenses et des médailles qui ne reposent sur rien, alors que les combats cruciaux sur le terrain ont été menés par les Wagner. »Après un an et demi de guerre en Ukraine, durant laquelle le groupe se targue d’avoir réussi la percée cruciale de Popasna (dans l’oblast de Louhansk, en mai 2022) et d’avoir conquis Bakhmout, en juin, « le fossé n’a fait que se creuser,assure-t-il . L’armée les dégoûte encore davantage aujourd’hui ».   Marat Gabidullin, qui réside actuellement en France avec un permis de séjour, doute un peu du choix de Dmitri Outkine, « resté proche de Prigojine, mais qui pourrait aussi bien travailler pour quelqu’un d’autre, car c’est un mercenaire dans l’âme » . Ce dernier, un géant au crâne rasé mesurant près de 2 mètres, a fondé et baptisé le groupe de son nom de guerre, après avoir été officier des forces spéciales (« spetsnaz ») du GRU jusqu’en 2013. Pour son ancien compagnon d’armes, Dmitri Outkine est resté à l’écart de la mutinerie, des opérations en Ukraine, et continuerait à gérer les affaires de Wagner sur le continent africain.   Selon d’autres sources, il aurait directement commandé la colonne de mutins remontant de Rostov-sur-le-Don vers Moscou, le 24 juin. Outkine « reste le véritable commandant du Groupe Wagner », affirme au Monde un représentant d’Orden Respubliki, une organisation clandestine hostile au Kremlin et à la guerre en Ukraine, qui se dit formée par des officiers de l’armée russe.   Contrairement à Evgueni Prigojine, « Wagner » « ne fait pas confiance aux garanties données par Loukachenko et Poutine, et il a raison à notre avis », poursuit cette source. Orden Respubliki, dont l’influence au sein de l’armée russe est sujette à caution, doute même que l’homme d’affaires ait obtenu une immunité de Minsk et de Moscou. « Des hommes d’action comme Outkine, Ratibor et leurs camarades savent ce que valent les garanties de Poutine. »Avec son physique râblé et sa mâchoire carrée, Alexandre Kouznetsov est le deuxième commandant de Wagner le plus connu. Il aurait, toujours selon Orden Respubliki, dirigé la prise de contrôle de Rostov-sur-le-Don le 23 juin au soir. Sa biographie est plus chaotique. Officier, diplômé de l’académie militaire Kirov de Saint-Pétersbourg, il commande une compagnie de forces spéciales jusqu’en 2008, lorsqu’il est arrêté dans une affaire de vol et de séquestration. Condamné en 2010, il purge une peine de prison de trois ans et se fait recruter par Wagner dès sa libération en 2013. « Ratibor est l’un des commandants les plus expérimentés et les plus respectés du Groupe Wagner », estime Denis Korotkov, journaliste d’investigation pour Dossier.center, un site d’information financé par l’homme d’affaires dissident Mikhaïl Khodorkovski.   Denis Korotkov, qui a le premier documenté l’existence du Groupe Wagner dès 2014,évalueà 30 le nombre de ses commandants « qui doivent entièrement leur situation à Evgueni Prijojine : leur statut social, leurs revenus, leurs médailles. Des gens comme Ratibor, Outkine, Bes, Zombie, Lotos [trois autres commandants]  qui, pour des raisons diverses, ne pouvaient pas trouver leur place dans l’armée ni dans la société. Prigojine paie très bien ses lieutenants, tandis que le marché des sociétés militaires privées se rétrécit » . Lui aussi doute que « Sedoï » (Andreï Trochev) se décide à suivre le « patron » en Biélorussie parce que c’est « un homme très intégré dans le système sécuritaire russe, qui occupe des fonctions plutôt administratives chez Wagner ».  Annonces contradictoiresUn 2e cercle de 3 000 à 5 000 hommes formerait l’encadrement du groupe. « Plusieurs milliers vont se dissoudre dans la nature,prédit le journaliste. D’autres iront probablement rejoindre l’armée, même si cela ne leur plaît pas du tout, car la plupart ne trouveront pas leur place dans la vie civile. »La survie d’une partie du Groupe Wagner reste aussi une hypothèse plausible, d’autant que d’importantes sommes d’argent en liquide (10 milliards de roubles, soit 101 millions d’euros) confisquées la semaine dernière auraient été restituées, mercredi 5 juillet, à Evgueni Prigojine. L’activité de recrutement fait l’objet d’annonces contradictoires entre la fermeture des « centres Wagner » et le recrutement en ligne qui se poursuit.   Le dirigeant biélorusse, Alexandre Loukachenko, a, de son côté, fait des offres de service aux mercenaires en leur proposant de travailler comme « instructeurs » pour son armée . « Les combattants de Wagner ne doivent pas avoir peur, leur expérience du combat sera utile à la Biélorussie », a-t-il affirmé. Selon cet allié de Vladimir Poutine, la présence des unités de Wagner ne posera pas de problème à l’armée biélorusse.   Son hospitalité semble néanmoins limitée dans le temps, comme le suggère l’emploi du verbe « séjourner » dans l’invitation. L’apparition d’un camp de 303 tentes dressé sur le territoire d’une unité militaire de la région de Moguilev semble l’attester. Chaque tente pouvant accueillir de 20 à 50 personnes, la capacité totale du camp serait de 15 000 hommes. Rien, pour l’instant, n’indique cependant que cette perspective, séduise les vétérans du Groupe Wagner. </text>
	

	<text titre="Après la tentative de putsch avortée, Vladimir Poutine verrouille le pouvoir" date="2023 07 07T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24533" auteur="lasserre, isabelle" annee="2023" mois="7" jour="7" journal_clean="Le Figaro" keywords="rébellion, pouvoir, poutine, affaibli, tentative, prigojine, monde, régime, vladimir, putsch" langue="fr"> LA SPECTACULAIRE rébellion d'Evgueni Prigojine a fait naître dans le monde occidental l'espoir qu'une fin prochaine du régime de Vladimir Poutine était possible. Sorti affaibli des événements, le président d'un État fracturé et d'une armée à bout de souffle serait entré, selon les plus optimistes, dans la phase terminale de son pouvoir. Mais cette analyse, élaborée avec les lunettes des démocraties européennes, celles qui ont longtemps empêché les grandes capitales comme Paris et Berlin de comprendre la vraie nature du régime de Poutine et d'anticiper la seconde guerre d'Ukraine en février 2022, a perdu de sa vigueur, quinze jours après les faits.
« Contre toutes les apparences et à court terme, Vladimir Poutine a plutôt renforcé sa position », prévient l'ancien député russe Ilia Ponomarev, dans une interview au Point. L'opposant, qui en 2014 avait été le seul à voter contre l'annexion de la Crimée à la Douma et vit aujourd'hui en Ukraine, reconnaît que le patron de Wagner a pu représenter une alternative à Vladimir Poutine et qu'il a fait circuler un esprit de contestation dans les cercles du pouvoir. « Mais en le faisant disparaître sans en faire un martyr, Vladimir Poutine a envoyé un message clair aux élites russes : d'une part, sans lui cela pourrait être pire, d'autre part il garde solidement les rênes du pouvoir.» Il poursuit : « C'est aussi un message aux Occidentaux qui ont tremblé qu'un fou puisse prendre la place de Vladimir Poutine. Je pense que les élites vont se resserrer autour du maître du Kremlin et que les Occidentaux vont vouloir éviter que le pouvoir russe ne soit trop affaibli. »Renforcement de la garde nationale russe   La reprise en main de Vladimir Poutine, qui, selon les informations du Figaro, aurait eu suffisamment peur pour se réfugier à Saint- Pétersbourg pendant l'insurrection, à moins qu'il n'ait été courant du complot qu'il aurait ensuite utilisé, selon d'autres sources, n'est pas terminée. Mais déjà certaines voix se sont tues. Aucun représentant de l'élite, des militaires et des services de sécurité, ne remet en cause publiquement sa loyauté au chef du Kremlin. Les deux hommes forts des structures de sécurité, le chef du FSB, Alexandre Bortnikov et celui du Conseil de sécurité, Nikolaï Patrouchev, sont restés fidèles au président russe. Le général Sourovikine, qui aurait participé à la rébellion et aurait, selon certaines sources, empêché le décollage des avions de chasse qui devaient arrêter la colonne de mutins, a disparu depuis le 24 juin. Il aurait, selon des médias russes, été arrêté. Le think-tank Institute for the Study of War (ISW) annonce quant à lui une réorganisation des services de sécurité internes et un renforcement de la garde nationale russe. La reprise en mains permettra-t-elle au président russe de renforcer son pouvoir comme l'avait fait Erdogan en 2016 après la tentative de putsch ? En tout cas, le directeur du programme russe de la Carnegie Eugene Rumer, ne voit pas, dans une tribune pour Politico, de « preuves » que l'État russe soit en danger de fracturation. « Le pays achète la propagande sur l'Ukraine depuis un an et demi. Pourquoi cela changerait-il maintenant ? »La rébellion de Prigojine, souvent considérée en Europe comme un événement majeur, sera-t-elle dissoute dans les bouillonnements acides de la politique russe, comme le fut la tentative de putsch de 1993, passée rapidement aux oubliettes de l'histoire malgré les 200 morts provoqués par les chars qui avaient, sous l'ordre de Boris Eltsine, fait tirer contre le Parlement, en plein centre de Moscou, pour mater la mutinerie ? En Russie, le niveau de violence dans le monde politique est une habitude et les règlements de comptes entre mafieux au pouvoir sont monnaie courante. Les arrangements aussi, comme le prouve - pour l'instant - la liberté avec laquelle Prigojine circule entre les aéroports militaires de Minsk en Biélorussie et de Saint-Pétersbourg et la facilité avec laquelle il a récupéré les actifs financiers qui lui avaient été confisqués par le pouvoir. « Poutine se demande sans doute comment il peut lui être utile dans la durée » croit savoir un diplomate français. Certains Ukrainiens craignent que Prigojine ait été chargé d'ouvrir un nouveau front de Wagner en Biélorussie.   Reprise en main   À Paris, où le pouvoir, alerté par les Américains plusieurs jours avant la rébellion et où on attache une grande importance à Prigojine car il nuit aux intérêts de la France en Afrique, on ne voit pas « la structure du pouvoir russe basculer ». Tout se passe comme si les pièces du jeu avaient repris leur place initiale. « Poutine est désormais plus fort qu'il ne l'a jamais été. Et absolument personne en Russie ne pense à fomenter un nouveau coup d'État, étant donné qu'il a réussi à faire comme si les choses n'avaient pas existé », commente le correspondant défense du Kiev PostIllia Ponomarenko.   La reprise en main effectuée par Vladimir Poutine pour rétablir son pouvoir et écarter toute nouvelle rébellion, s'ajoute à une réorganisation de l'armée russe. Depuis le début de l'année, des usines fermées depuis l'effondrement de l'URSS, ont été rouvertes. Les rythmes de production ont été accélérés. Ce « réveil » de l'armée russe se voit déjà sur le champ de bataille, où la contre-offensive ukrainienne peine à marquer des points. L'intégration annoncée des combattants de Wagner dans les forces armées russes régulières, si elle se concrétise, n'est pas non plus une bonne nouvelle pour Kiev, qui espérait que le chaos russe se répercute sur le front.   L'analyse à moyen terme est heureusement plus favorable aux Ukrainiens. Car la guerre en Ukraine ronge le Kremlin de l'intérieur, comme un lent poison mortel. « La Russie est malade,affirme Ponomarev.  Peu à peu, des éruptions violentes montent à la surface, comme avec Prigojine, et il y en aura de plus en plus. C'est une lente guerre civile. » Je pense que les élites vont se resserrer autour du maître du Kremlin et que les Occidentaux vont vouloir éviter que le pouvoir russe ne soit trop affaibli   ILIA PONOMAREV, ANCIEN DÉPUTÉ RUSSE </text>
	

	<text titre="Poutine va-t-il survivre à la guerre en Ukraine ?" date="2023 07 07T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23996" auteur="jacques henno" annee="2023" mois="7" jour="7" journal_clean="Les Echos" keywords="guerre, groupe, poutine, ukraine" langue="fr"> Le propos : Près d'un an et demi après l'invasion de l'Ukraine, le bimestriel américain « Foreign Affairs », publié par le Council on Foreign Relations, un groupe de réflexion non partisan basé à New York, se demande comment va finir la guerre en Ukraine. Y sont examinées les conséquences de ce conflit sur les relations Etats-Unis-Chine-Europe et sur la défense européenne, les leçons de l'armistice de 1953 entre les deux Corées, ainsi que les erreurs du traité de Versailles de 1919 après la Première Guerre mondiale.
L'intérêt : La récente « rébellion » d'Evgueni Prigojine et de son groupe de mercenaires Wagner donne tout son intérêt à l'article central du dossier, qui étudie les différentes sorties possibles pour Poutine : mourir sur son trône, être renversé, désigner son successeur… Seule une victoire totale de l'Ukraine pourrait provoquer sa chute. Sinon, Poutine risque de rester au pouvoir jusqu'à sa mort naturelle : depuis la fin de la guerre froide, 40 % des autocrates ayant régné plus de vingt ans n'ont quitté le pouvoir qu'à leur dernier souffle…  La citation :« Une meilleure Russie ne peut naître que d'une victoire claire et nette de l'Ukraine, le catalyseur le plus probable pour un soulèvement populaire contre Poutine. Une défaite retentissante est également nécessaire pour permettre aux Russes de se débarrasser de leurs ambitions impérialistes et pour donner aux futures élites du pays une vraie leçon sur les limites de sa puissance militaire. »Jacques Henno </text>
	

	<text titre="Les efforts discrets de la CIA pour prévenir une escalade incontrôlable" date="2023 07 07T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24533" auteur="jaulmes, adrien" annee="2023" mois="7" jour="7" journal_clean="Le Figaro" keywords="central, immense, opération, escalade, russe, cia, agence, rôle, conflit, incontrôlable, guerre, ukraine" langue="fr"> LA CIA a retrouvé avec la guerre en Ukraine son adversaire russe, celui contre lequel elle avait été créée en 1947. Mais le conflit a aussi donné à l'agence un rôle central dans l'immense opération d'assistance à l'Ukraine lancée par les États-Unis. Dans une enquête publiée mercredi, l'hebdomadaire Newsweek décrit ce qui peut l'être sur ce rôle de la CIA dans une guerre où les États-Unis cherchent à la fois à aider l'Ukraine à repousser l'invasion russe, mais aussi à limiter la défaite de la Russie, tout en évitant que leur conflit ne s'étende au-delà des frontières de l'Ukraine, ou ne connaisse une escalade.
« Il y a une guerre clandestine, avec des règles clandestines, qui sous-tend tout ce qui se passe en Ukraine, explique un haut responsable du renseignement de l'Administration Biden cité par le magazine, qui oblige la CIA à jouer un rôle de premier plan d'espionnage, de négociation, de fournisseur de renseignements, de logisticien, de gestionnaire des relations sensibles avec l'Otan et, peut-être le plus important de tous, de veiller à ce que la guerre ne devienne pas encore plus incontrôlable. »La CIA s'est vue confier dans l'immense opération logistique d'aide militaire à l'Ukraine une partie des missions qui reviennent normalement au Pentagone. Joe Biden ayant décidé qu'il ne devait pas y avoir de soldats américains engagés dans cette guerre, l'assistance militaire sur le sol ukrainien est en partie assurée par des personnels de l'agence. Selon l'hebdomadaire, la CIA aurait déployé en Ukraine depuis le début de l'invasion russe des personnels, « moins d'une centaine à la fois » afin d'assurer diverses missions, dont la lutte contre la corruption, florissante compte tenu de la quantité et du prix des matériels livrés à l'Ukraine.   Intense activité de contre-espionnage   Toujours d'après Newsweek, l'agence opère parallèlement à la chaîne logistique du Pentagone un circuit clandestin, utilisant une flotte d'avions banalisés, pour acheminer des armes et du matériel à l'Ukraine. La Pologne, par où transitent des quantités phénoménales d'armes et de munitions, est au coeur des opérations de la CIA. Ce pays, qui avait déjà servi à l'agence dans la guerre contre le terrorisme pour héberger des centres d'interrogation, joue un rôle encore plus central dans les opérations de la CIA en Europe. C'est là où elle interagit avec ses partenaires ukrainiens et les forces spéciales d'une vingtaine de pays, mais aussi où elle maintient ses contacts avec ses agents ukrainiens ou russes.   Le volet du renseignement, plus classique, est aussi multiforme. Par ses capacités techniques et humaines, la CIA est l'un des principaux acteurs de la guerre du renseignement qui se déroule en Ukraine. L'agence mène aussi une intense activité de contre-espionnage. Les services de renseignements russes sont très actifs en Ukraine, jusqu'au sein du gouvernement et de l'armée. « Presque tout ce que les États-Unis partagent avec l'Ukraine est supposé parvenir également aux services de renseignements russes », dit une source à Newsweek. En Europe, où les espions et sympathisants russes sont nombreux, en particulier dans les pays de l'Est, l'agence a aussi fort à faire pour « traquer les pénétrations russes dans les gouvernements et les services de renseignements étrangers ». Dans de nombreux pays d'Europe, des espions ont été démasqués, des « diplomates » russes expulsés, ce qui indique assez clairement que leur nombre réel est sans doute bien plus élevé.   Mais la tâche la moins classique confiée à la CIA, et la plus délicate, consiste à éviter que le conflit ne s'étende au-delà des frontières ukrainiennes, ou ne débouche sur une escalade aux conséquences imprévues. La difficulté est double. Vis-à-vis de l'Ukraine, l'agence américaine doit s'assurer que ce pays ne mènera pas d'attaques risquant d'entraîner une surréaction. Vis-à-vis de la Russie, la CIA est chargée de maintenir une communication ouverte, et d'assurer à Moscou que les États-Unis ne mènent pas d'opérations clandestines contre elle.   Un équilibre régulièrement menacé   Dans un conflit où l'instabilité est la règle, cet équilibre est régulièrement menacé. En échange de l'aide américaine, Kiev a depuis le début tacitement accepté de limiter ses opérations à la partie de son territoire occupée par la Russie. Mais plusieurs opérations clandestines indiquent que ces limites ont sans doute été testées. Le sabotage du gazoduc Nord Stream sous la mer Baltique en septembre 2022, attribué à « un groupe pro-ukrainien » dans les documents classifiés américains ayant fuité l'hiver dernier, aurait été mené malgré les mises en garde de l'agence américaine. Cette attaque avait été suivie par une explosion sur le viaduc de Kertch, le pont qui relie la péninsule de Crimée à la Russie, puis une autre série d'explosions mystérieuses sur la base russe d'Engels. L'agence américaine était alors sortie de son habituel silence pour faire savoir que « l'allégation selon laquelle la CIA soutient d'une manière ou d'une autre des réseaux de saboteurs en Russie est catégoriquement fausse ».   L'attaque de drones contre le Kremlin, le 3 mai dernier, avait suscité de nouvelles spéculations. Le secrétaire du Conseil de sécurité russe, Nikolaï Patrouchev, avait accusé les États-Unis et la Grande-Bretagne de mener « des attaques terroristes (...) destinées à déstabiliser la situation sociale et politique et à saper les fondements constitutionnels et la souveraineté de la Russie ».La mutinerie avortée de Wagner et d'Evgueni Prigojine a de nouveau placé la CIA dans une situation délicate. Selon les médias américains, l'agence aurait eu vent des préparatifs de cette révolte quelques jours auparavant, mais se serait soigneusement abstenue de tout commentaire, faisant savoir aussitôt à Moscou après son déclenchement qu'elle n'avait rien à voir avec celle-ci.   Jusqu'à présent ce jeu délicat a plutôt réussi. Mais il n'est pas certain qu'il continue. Le plus grand défi de la CIA reste finalement de connaître les intentions des belligérants. Vladimir Poutine demeure une énigme, et ses intentions du domaine de la spéculation. La principale préoccupation de l'agence américaine est de voir la Russie à court d'options recourir à l'arme nucléaire. Mais même Volodymyr Zelensky et les Ukrainiens conservent une autonomie de décision. « Les deux parties s'engagent à limiter leurs actions, mais c'est aux États-Unis qu'il incombe de faire respecter ces engagements. Tout cela dépend de la qualité de nos renseignements », indique à Newsweekun responsable américain.   « Presque tout ce que les États-Unis partagent avec l'Ukraine est supposé parvenir également aux services de renseignements russesUNE SOURCE À L'HEBDOMADAIRE AMÉRICAIN « NEWSWEEK » </text>
	

	<text titre="William Burns, le maître espion en première ligne en Ukraine" date="2023 07 07T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24533" auteur="jaulmes, adrien" annee="2023" mois="7" jour="7" journal_clean="Le Figaro" keywords="tête, cia, ancien, ligne, diplomate, politique, william, biden, ukraine" langue="fr"> LA GUERRE d'Ukraine a fait du directeur de la CIA l'un des personnages clés de la politique étrangère américaine. Ancien diplomate de carrière, nommé par Biden à la tête d'une agence un peu déboussolée par les années Trump et deux décennies de guerre contre le terrorisme islamique, William Burns a rendu la CIA à son rôle premier, tout en trouvant pour lui-même une fonction inédite.   Loin d'être cantonné à son activité de chef du renseignement, Burns est traité par Biden comme un membre de son cabinet. Il participe fréquemment au briefing quotidien du président par la directrice du renseignement national dans le Bureau ovale, Avril Haines. Ancien secrétaire d'État adjoint sous Obama, Burns est aussi régulièrement sollicité par Biden sur des questions de politique étrangère, aux côtés du conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, et du secrétaire d'État Antony Blinken.
Ses déplacements, parfois officiels, parfois plus discrets, font de lui l'un des principaux messagers et négociateurs de l'Administration américaine, dans une zone grise entre le renseignement et la diplomatie parallèle.   Premier diplomate de carrière à la tête de la CIA, ayant commencé sa carrière pendant la guerre froide, Burns joue depuis le début de la guerre en Ukraine un rôle à la façon des missi dominici, chargé de maintenir ouverte une ligne de communication avec la Russie.   Ambassadeur à Moscou de 2005 à 2008, russophone, Burns a une longue pratique de la Russie. « J'ai passé une bonne part des deux dernières décennies à essayer de comprendre et à contrer le mélange inflammable de griefs, d'ambition et d'insécurité que représente Poutine », a expliqué la semaine dernière William Burns dans une conférence annuelle à Ditchley Park, en Angleterre. «Cette expérience a non seulement contribué à me donner tous ces cheveux blancs, mais elle m'a aussi inoculé une bonne dose d'humilité quand il s'agit de pontifier à propos de Poutine et de la Russie. Une chose que j'ai apprise est qu'il est toujours une erreur de sous-estimer (son) obsession... à contrôler l'Ukraine et sa politique, sans lesquels il considère qu'il est impossible pour la Russie d'être une grande puissance, et pour lui d'être un grand homme d'État russe. »En Ukraine, sa mission consiste à conserver un contact permanent avec les deux belligérants. Depuis sa rencontre à Ankara en novembre 2022 avec Sergueï Narychkine, le chef du renseignement russe, Burns conserve la ligne de communication au plus haut niveau entre les deux gouvernements. C'est lui qu'il a appelé après la mutinerie de Prigojine pour l'assurer que les États-Unis n'avaient rien à voir avec ces événements et ne tentaient pas de déstabiliser la Russie.   Faisant oublier en partie les nombreux fiascos de la CIA, le dernier en date ayant été lié au retrait d'Afghanistan de 2021, Burns a mené habilement la guerre du renseignement contre la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine. Il a été l'un des concepteurs avec Avril Haines de la stratégie inédite consistant à « la déclassification minutieuse de certains de nos secrets », qui a permis de démentir la désinformation de Vladimir Poutine, « le plaçant dans une position défensive, inconfortable et inhabituelle pour lui ».   Mais le diplomate n'a rien contre les bonnes vieilles méthodes de l'espionnage. Sous sa direction, la CIA a lancé la semaine dernière via la messagerie Telegram sa première campagne de recrutement par vidéo, incitant les Russes à prendre contact de façon sécurisée avec les services de renseignements américains. « La désaffection à l'égard de la guerre continue à grignoter le soutien aux dirigeants russes derrière le paravent de la propagande d'État et de la répression, a expliqué Burns. Cette désaffection crée une occasion unique de recrutement pour la CIA, qui est avant tout un service de renseignement humain... Nous n'allons pas la laisser passer... La vidéo a été visionnée 2,5 millions de fois au cours de la première semaine, et nous sommes ouverts à tous les volontaires. » A. J. (à Washington)   J'ai passé une bonne part des deux dernières décennies à essayer de comprendre et à contrer le mélange inflammable de griefs, d'ambition et d'insécurité que représente Poutine   WILLIAM BURNS, PATRON DE LA CIA </text>
	

	<text titre="L’évaporation des lieutenants de  Prigojine" date="2023 07 07T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="7" journal_clean="Le Monde" langue="fr"> Choyés par le Kremlin lors des victoires en Syrie ou en Ukraine, les commandants du Groupe Wagner ont disparu après la mutinerie du 24 juin </text>
	

	<text titre="Après son putsch,  Prigojine retenu à Moscou" date="2023 07 08T00:00:00" journal="Libération" auteur="ksenia bolchakova, nelly didelot, veronika dorman et alexandra jousset" annee="2023" mois="7" jour="8" journal_clean="Libération" keywords="hommes, moscou, wagner, patron, coup, prigojine, juin, retenu" langue="fr"> Où est passé Evgueni Prigojine ? Depuis son coup de force et la marche de ses hommes vers Moscou le 24 juin, le patron de Wagner est invisible. On a cru le voir à Minsk ou à Saint-Pétersbourg, mais il serait à Moscou, depuis au moins le 1er juillet, selon des sources au sein des ren- seignements occidentaux. Le mutin serait ainsi retenu au Kremlin où il a été convoqué avec ses principaux commandants. Il aurait rencontré Vladimir Poutine et également été entendu par le général Viktor Zolotov, commandant de la garde nationale Rosgvardia et très fidèle du Président, ainsi que par Sergueï Narychkine, le patron des renseignements extérieurs russes.
Interrogé jeudi sur le sort de Prigojine, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, n'avait donné aucune indication, se contentant d'annoncer avec désinvolture que les du   Moscou n'avait ni «la capacité ni la volonté» de traquer ses hypothétiques mouvements. Plus tôt dans la journée, l'autocrate bélarusse Alexandre Loukachenko, qui a joué, officiellement, le médiateur entre le mercenaire rebelle et Poutine, disait: «Prigogine est à Saint-Pétersbourg. Ou il a pris l'avion ce matin pour Moscou. Ou il est ailleurs. Mais en tout cas, il n'est pas au Bélarus.» En vertu du deal annoncé le 24 juin, c'est pourtant dans ce pays vassal de Moscou que Prigojine aurait dû s'exiler.   Officiellement peu préoccupé de son cas, le Kremlin semble toutefois engagé dans une stratégie de décrédibilisation du personnage. Depuis son coup de force, les services russes ont laissé filtrer de nombreuses images peu flatteuses. Le clou du spectacle : photos jour une invraisemblable série de portraits. Affublé de postiches et fausses barbes de mauvaise facture, lunettes, chapeaux, avec un air toujours légèrement ahuri, le patron de Wagner semble déguisé en employé du ministère de la Défense soudanais, lieutenant libyen de Benghazi, assistant diplomate à   Abou Dhabi, colonel à Tripoli ou marchand syrien.   Parallèlement, une reprise en main des activités de la société militaire privée (SMP) semble se jouer sur le continent africain. Selon nos informations, sur les 1400 mercenaires de Wagner présents en Centrafrique, 500 devraient quitter le pays dans les prochains jours et 150 ont déjà embarqué jeudi, à 2 heures du matin, dans un Antonov, de Bangui en direction du Bélarus, en passant par la Libye. Un autre vol était prévu vendredi. Ils auraient laissé derrière eux quatorze bases dans les villes de   Birao, Ndah, Bocaranga, Koui, Kabo, Sida et Batangafo.   Vitali Perfilev et Dimitri Sytyi, à la tête de la milice dans le pays où Wagner est le plus implanté, pourraient être remplacés par des militaires russes. Un mouvement rendu possible depuis que Poutine a reconnu que toutes les activités de Wagner étaient financées par l'Etat russe. A l'inverse, au Mali, aucun désengagement ne serait en cours, et le gouvernement local demanderait une augmentation des effectifs pour passer de 1600 à 2 000 hommes. </text>
	

	<text titre="Prigojine disparu, ses troupes « en vacances » : la mystérieuse liquidation de Wagner" date="2023 07 10T00:00:00" journal="Les Echos, no. 23997" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="7" jour="10" journal_clean="Les Echos" keywords="evgueni, wagner, prigojine, vacances, disparu, troupes" langue="fr"> Sa « base » est vide. Du jour au lendemain, l'immense enseigne « Wagner » a disparu de la façade vitrée de l'impressionnant vaisseau amiral d'Evgueni Prigojine. Dans la proche banlieue de Saint-Pétersbourg, sur 45.000 m2, l'édifice de verre et d'acier avait été inauguré l'an dernier à grand renfort de couverture médiatique.
Outre le centre de recrutement des paramilitaires, il aurait abrité des « fermes à trolls » et quelques-unes des sociétés de l'oligarque qui, de la restauration au BTP, profitait de ses contacts avec le Kremlin pour développer ses affaires. Deux semaines après l'énigmatique « rébellion » d'Evgueni Prigojine, spectaculaire mais vaine insurrection, le chef paramilitaire a tout aussi mystérieusement disparu des radars.   « Evgueni Prigojine n'est pas ici. Il n'y a plus rien à voir… »  répond sèchement l'hôtesse à l'entrée du bâtiment construit en forme de bateau, symbole de la puissance du « centre Wagner ». Sur le parking traîne une vieille Lada aux couleurs kaki. Dans le hall, les téléviseurs ne diffusent plus les films sur les exploits des troupes en Ukraine ou en Afrique. Aux étages, aucun ordinateur ni lumière ne sont allumés. Et « le patron » n'est pas là. Evgueni Prigojine s'est certes exprimé. « Aujourd'hui, nous avons plus que jamais besoin de votre soutien. Très prochainement, j'en suis sûr, vous verrez à nouveau nos victoires sur le front », a-t-il déclaré dans un bref message vocal sur Telegram. C'était le 3 juillet. Depuis, rien.   L'un de ses lieutenants a confié que ses troupes sont en vacances. « Jusqu'au début du mois d'août », a précisé « Lotus », nom de guerre d'Anton Yelizarov. Comme d'autres, choyés par le Kremlin tant qu'ils rapportaient des victoires, il fait désormais profil bas. Le Kremlin, qui a proposé aux Wagner soit de rentrer chez eux, soit de s'exiler en Biélorussie, soit d'intégrer l'armée officielle russe, ne fait aucun commentaire. « Nous ne suivons pas les mouvements » d'Evgueni Prigojine, s'est contenté d'affirmer Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin.   « Ils ont décidé de tuer politiquement Evgueni Prigojine. Mais ils n'ont pas encore décidé de ce qu'ils vont faire du businessman. Ils pourraient lui laisser le temps de régler ses affaires en Russie dont la majorité dépendaient directement de ses liens avec l'Etat »,  prévient Tatiana Stanovaya, politologue et fondatrice du cabinet R.Politik. « Mais cela ne doit pas être facile de voyager ainsi… »Reprise en mainAlors que les médias au service du pouvoir multiplient les reportages pour décrédibiliser Evgueni Prigojine, montrant notamment des images de la perquisition chez lui, à Saint-Pétersbourg, les portails d'informations de son groupe médiatique Patriot ont été bloqués par le gendarme des télécoms. Son agence de presse RIA FAN, très efficace, pourrait être reprise par des hommes d'affaires proches du Kremlin.   Le patron des Wagner serait retourné à Saint-Pétersbourg pour récupérer l'argent et les armes saisis par les services de sécurité, selon un homme d'affaires cité vendredi dernier par le « Washington Post ». « Il est à Saint-Pétersbourg. Peut-être parti à Moscou, ou ailleurs, mais il n'est pas sur le territoire biélorusse », a reconnu le président biélorusse Alexandre Loukachenko.   C'est cet allié du Kremlin de Vladimir Poutine qui, pour mettre fin à la mutinerie du chef séditieux, avait servi de médiateur et offert l'exil aux hommes de Wagner. « Si vous les cherchez, vous ne les trouverez pas ici », a pareillement commenté le général Leonid Kasinsky, ministre adjoint de la Défense biélorusse. Il recevait des journalistes dans un camp devant accueillir les troupes Wagner : prévues pour quelque 5.000 hommes, les 300 tentes sont pour le moment… vides.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="D'une crise à l'autre" date="2023 07 10T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="10" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="macron, crise, emmanuel" langue="fr"> Pauline Théveniaud avec D.D.   Durant une poignée d'heures, le samedi 24 juin, tandis qu'Evgueni Prigojine marchait vers Moscou avec ses mercenaires de Wagner, Emmanuel Macron s'était résolu à annuler son déplacement à Marseille (Bouches-du-Rhône). Ce n'est finalement pas cette rébellion avortée qui viendra percuter sa visite de trois jours dans la cité phocéenne, perçue par un proche comme le véritable moment du retour « à la normalité » après la crise des retraites. Mais l'embrasement des banlieues, à la suite de la mort du jeune Nahel, tué par un policier à Nanterre (Hauts-de-Seine). L'agenda, les plans du président, sont percutés. Le bilan des « 100 jours d'apaisement et d'action », décrétés le 17 avril, aussi. D'une crise à l'autre.
Au début du printemps, Emmanuel Macron remâche son mécontentement. La réforme des retraites a été adoptée par 49.3, sur fond de manifestations monstres avec (déjà) des violences urbaines... L'opinion est vent debout; sa cote de popularité a dévissé au plus bas depuis la crise des Gilets jaunes. Même des donateurs de sa campagne tiquent, jugeant le 49.3 trop brutal. Les syndicats sont braqués. Il voit bien que « tout le monde chronique un quinquennat mort-né » (l'expression est d'un proche). « J'aurais dû y aller plus tôt », ressasse le chef de l'État. « Plus me mouiller », dira-t-il devant les lecteurs du « Parisien ». Comprendre : il regrette d'être resté en retrait, laissant sa Première ministre, Élisabeth Borne, à la manoeuvre, et entend revenir en première ligne. Sur le terrain.   « Il a conscience qu'il doit prendre la foudre, pour pouvoir être à nouveau audible », souffle l'un de ses visiteurs du soir. À l'Élysée, on parle d'une « catharsis ». Elle démarre à Sélestat (Alsace) où, malgré les réticences de ses équipes, il fonce vers les manifestants. « Vous m'emmerdez, j'y vais ! » Tombereaux d'injures et concert de casseroles. Scène édifiante, encore, le 29 avril au Stade de France : venu assister à la finale de la Coupe de France de football, le président attend la 55 e minute pour revenir en tribunes. Une bronca lui était promise à la 49 e min et 3 s (référence au 49.3).   Ainsi va son chemin de croix (« processus de décantation », préfère un proche), balisé par des arrêtés préfectoraux et d'impressionnants dispositifs de sécurité. La tension est telle qu'il étrenne une nouvelle tactique : la halte surprise pour esquiver les manifestants et se montrer « au contact ». « C'est ça qu'il faut faire », se félicite-t-il après la première du genre à Pérols (Hérault).  « Vous m'emmerdez, j'y vais ! »La période signe le retour d'un président hyperactif, se chargeant de toutes les annonces ou presque, quitte à les chiper à ses ministres. « La pire chose qui puisse arriver serait de laisser s'installer une impression d'immobilisme », décode le député Renaissance, Pierre Cazeneuve. Mais le casse-tête demeure entier à l'Assemblée nationale, faute de majorité absolue. En témoignent le coup de pression des Républicains sur le projet de loi Immigration ou les sueurs froides données à la majorité par la proposition de loi des centristes Liot visant à abroger la réforme des retraites.   Une autre question tourne et retourne d'ailleurs dans l'esprit du président : comment dégripper son dispositif politique ? Sur ce point aussi, son mécontentement transpire. Comme les tensions avec Élisabeth Borne. Les « 100 jours », c'est aussi cela. Une cheffe du gouvernement en sursis, menant campagne pour rester alors que des noms fusent pour la remplacer (Richard Ferrand, Julien Denormandie, Gérald Darmanin...). Des ministres sur la sellette, avec ce que cela engendre de flottement.   Emmanuel Macron, taraudé par l'envie de tout changer, consulte à tout-va. Ses anciens conseillers élyséens, ses grognards, ses ministres les plus politiques, ses alliés. Les ministres qui se pressent autour d'Alexis Kohler lors de la Fête de la musique organisée à l'Élysée, ne s'y sont pas trompés. Ce soir-là, on se gausse de voir « tout le monde bouffer dans la main » du secrétaire général de l'Élysée; on relève plus sérieusement le long aparté du président avec Richard Ferrand.   Et puis... Plus rien. Le chef de l'État s'en va louer « les premiers résultats » de son plan Marseille en grand et ferme les écoutilles. Mutique sur le remaniement. Il devait, ensuite, enchaîner avec des rendez-vous internationaux, sur la planification écologique, tremplin vers un 14 Juillet qui lui aurait permis de louer « la France sereine ». Mais le feu prend dans les banlieues.  Aux prises avec une société fracturéeEn ce début d'été, Emmanuel Macron regagne la cellule interministérielle de crise (CIC). Le voilà contraint, au grand dam de son équipe diplomatique, de reporter sa visite d'État en Allemagne. Il avait promis « l'apaisement » ? Il se retrouve aux prises avec une société fracturée. « Des failles qui sont des canyons », pose le chef des députés Horizons, Laurent Marcangeli.   Il n'est pas le seul, en macronie, à s'en alarmer. La température monte si haut que, dans le secret de la CIC, un matin très tôt, un participant va jusqu'à proposer de couper purement et simplement les réseaux sociaux les soirs d'émeutes ! Le président écartera vite l'idée, mais le gouvernement envisagera, in fine, de « suspendre certaines fonctionnalités », proposition aussitôt controversée.   « Les émeutes ont tout écrasé », se lamente un élu de la majorité. Autour d'Emmanuel Macron, on le réfute, bien sûr, se félicitant que « les retraites ne monopolisent plus l'ensemble de l'actualité », estimant que ces trois mois « ont montré qu'il n'était pas mort ». Peut-être, mais des difficultés majeures demeurent ou s'ajoutent. En coulisses, les spéculations autour d'un remaniement continuent de mettre les nerfs à vif. Députés et ministres ont observé (avec effroi) une radicalisation de l'opinion face aux émeutiers. Les voix réclamant en interne un coup de barre à droite n'en trouvent que plus d'écho.   Si le format de son expression n'est pas arrêté, le président entend tirer le bilan de ces 100 jours comme prévu - gageons que son maître mot sera qu'ils ont été « utiles ». Mais avec un paramètre supplémentaire : tenir compte de ce qui s'est passé dans les banlieues. D'ici là, l'un de ses lieutenants trépigne : « On a besoin d'un cap. Tout le monde se demande Qui pour Matignon ? mais c'est surtout Quoi pour Matignon ? » </text>
	

	<text titre="Biélorussie : une menace relative pour les Occidentaux" date="2023 07 10T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="jacques follorou,philippe jacqué (bruxelles, bureau européen),cédric pietralungaet faustine vincent jacques follorou,philippe jacqué (bruxelles, bureau européen),cédric pietralungaet faustine vincent jacques follorou,philippe jacqué (bruxelles, bureau européen),cédric pietralungaet faustine vincent jacques follorou,philippe jacqué (bruxelles, bureau européen),cédric pietralungaet faustine vincent jacques follorou,philippe jacqué (bruxelles, bureau européen),cédric pietralungaet faustine vincent" annee="2023" mois="7" jour="10" journal_clean="Le Monde" keywords="menace, occidentaux, vilnius, juillet, l’otan, sommet, biélorussie, dirigeants" langue="fr"> A l’approche du sommet de l’OTAN, qui doit rassembler à Vilnius, mardi 11 et mercredi 12 juillet, les chefs d’Etat et de gouvernement des 31 alliés, ainsi que les dirigeants de la Suède et de l’Ukraine, tous les regards se tournent vers la Biélorussie, voisine de la Lituanie. Minsk est à moins de 200 kilomètres à vol d’oiseau de la capitale balte.   L’Etat biélorusse, allié de la Russie et dirigé d’une main de fer depuis près de trente ans par Alexandre Loukachenko, ne cesse d’inquiéter. A Vilnius, les services secrets sont sur leur garde. « Nous craignons que, pendant le sommet, la Biélorussie ne soit tentée d’agiter le chiffon rouge de l’arme nucléaire pour perturber l’événement, en faisant mine de procéder à des essais, confie au Mondele numéro deux du service de renseignement lituanien (VSD). Nous savons que ce n’est qu’une posture, mais ils savent que cela peut faire peur. »De même, ajoute cette source, « des informations nous permettent de redouter une vaste cyberattaque. Sur le terrain de la désinformation, Moscou et Minsk alimentent depuis des semaines l’idée que ce sommet de l’OTAN décidera des plans d’invasion de leurs pays respectifs ».
Ces menaces s’ajoutent aux conséquences de la rébellion avortée de la milice Wagner d’Evgueni Prigojine, le 24 juin. Les dirigeants baltes et polonais ont, depuis, multiplié les déclarations inquiètes face à l’arrivée de ces paramilitaires sur le sol biélorusse. Pour d’autres, cependant, la prudence prédomine. « Nous avons assisté à des préparatifs pour accueillir les forces de Wagner », indiquait, jeudi 6 juillet, Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, mais « nous n’en avons pas encore vu arriver sur le sol biélorusse ».  Moyens limités« Loukachenko pourrait intégrer ces troupes dans ses propres services de sécurité et les utiliser pour se livrer à des provocations aux frontières, comme il le fait depuis des années », anticipe Artyom Shraibman, chercheur au centre de réflexion Carnegie Russia Eurasia Center . En 2021, un an après sa réélection frauduleuse à la présidence biélorusse, il avait orchestré une crise migratoire aux frontières de l’Europe pour faire pression sur elle, en envoyant des migrants venus principalement du Moyen-Orient vers la Pologne, la Lituanie et la Lettonie. Face au risque d’une nouvelle tentative de déstabilisation, Varsovie et Vilnius ont déjà annoncé avoir renforcé la sécurité à leur frontière.   En engageant ces attaques qualifiées d’ « hybrides » par l’Union européenne, la Biélorussie a recours à ses moyens limités. Même renforcé par les mercenaires de Wagner, le potentiel militaire biélorusse reste mesuré. Selon le centre de réflexion britannique International Institute for Strategic Studies (IISS), son armée disposait en 2022 de moins de 50 000 hommes, dont seulement 11 700 au sein de ses forces terrestres. Une capacité bien trop faible pour envisager d’attaquer l’Ukraine et a fortiori les pays baltes, qui bénéficient de la protection de l’OTAN. A titre de comparaison, la Pologne aligne à elle seule quelque 115 000 hommes dans son armée.   La Biélorussie est cependant devenue une base arrière des troupes russes depuis le début de l’offensive contre l’Ukraine. Quelque 9 000 soldats déployés par Moscou y sont stationnés. Et, depuis le 26 février 2022, soit deux jours après le début de l’invasion, Minsk a modifié sa Constitution afin de pouvoir accueillir des armes nucléaires, officiellement proposées par Vladimir Poutine quelques semaines plus tard afin d’accroître la pression sur les Occidentaux, mais également pour étendre son emprise sur le pays, qui s’opposait depuis des années à accueillir ces équipements. « Les armes nucléaires sont une partie de la stratégie de Poutine pour rendre le pays encore plus dépendant, en particulier sur le plan militaire, et de le vassaliser », explique Artyom Shraibman.   Jeudi, à Minsk, M. Loukachenko a assuré devant la presse internationale qu’un « certain nombre » d’armes nucléaires tactiques étaient déjà arrivées sur son sol. Selon lui, « ces armes servent à des fins strictement défensives », ajoutant : « Ne nous touchez pas, et nous n’utiliserons jamais ces armes mortelles. » « En acceptant de les accueillir, Loukachenko commet une erreur : cela va faire de la Biélorussie une cible pour l’Ouest en cas de frappe nucléaire tactique russe en Ukraine », estime Oleksii Pavliuchyk, ancien colonel de l’armée ukrainienne aujourd’hui expert militaire au sein du Centre pour les stratégies de défense, installé à Kiev.  « Ce sont des gesticulations »Les alliés restent encore prudents. Si des missiles et des lance-missiles Iskander ont bien été prépositionnés sur le territoire, aucun transfert d’ogives nucléaires n’a, pour l’heure, été constaté. « Ce sont des gesticulations », balaie un diplomate occidental. « C’est la stratégie de l’ombre portée. On cherche à intimider en multipliant les actions et déclarations », analyse un autre au sein de l’OTAN. A l’Elysée, on rappelle également que ce déploiement, s’il a lieu, serait en contradiction avec l’acte fondateur OTAN-Russie, signé en 1997. Tout comme l’était une attaque de l’Ukraine.   William Alberque, le directeur du programme « Stratégie, technologie et contrôle des armements » de l’IISS, émet lui aussi des doutes. « Pour sécuriser un site de stockage nucléaire, explique-t-il , il faut des centaines de militaires russes. Or, la Russie a besoin de soldats en Ukraine… Et puis, cela implique un changement de doctrine de la part de la Biélorussie et, jusqu’à présent, les négociations entre Biélorusses et Russes sur ce point n’ont pas abouti. Donc, que la Russie annonce rapidement des exercices militaires ou un transfert paraît pour l’instant prématuré. »Selon Artyom Shraibman, Moscou compte, quoi qu’il en soit, en garder pleinement le contrôle. Même si Alexandre Loukachenko assure qu’il pourra en faire usage, la Biélorussie ne joue ici que le rôle d’ « auxiliaire » , et le dirigeant biélorusse ne pourra rien décider seul. Cela permet surtout à Vladimir Poutine de continuer à agiter la menace nucléaire qu’il utilise, depuis le début de l’invasion russe, pour inciter les Occidentaux à abandonner leur soutien à l’Ukraine et contraindre Kiev à signer un compromis. </text>
	

	<text titre="Poutine a vu  prigojine" date="2023 07 11T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24536" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="11" journal_clean="Le Figaro" keywords="peskov, chef, poutine, vladimir, juin" langue="fr"> Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, confirmant une information parue dans le journal Libération, a déclaré, ce lundi, que Vladimir Poutine a rencontré, le 29 juin dernier au Kremlin, le chef du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine, dont la mutinerie des 23 et 24 juin venait de s'achever. La rencontre a duré « presque trois heures » , a indiqué Peskov, précisant qu'elle avait impliqué 35 personnes, notamment « tous les commandants et les dirigeants » du groupe Wagner. « Le président(russe) a donné son appréciation des activités » de Wagner sur le front ukrainien, a-t-il poursuivi, ainsi que « son appréciation des événements du 24 juin »... Vladimir Poutine a « écouté les explications des commandants(de Wagner) et leur a proposé des alternatives pour leur travail futur et leur emploi à des fins militaires » , a dit Peskov, ajoutant : « Les commandants(de Wagner) ont donné leur version des faits. Ils ont souligné qu'ils étaient des soutiens convaincus et des soldats du chef de l'État et commandant en chef (Vladimir Poutine) et ont affirmé qu'ils étaient prêts à continuer à combattre pour la patrie. » 
Le 27 juin, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, était apparu comme le principal médiateur dans la crise russe du 24 juin, affirmant que « la situation nous a échappé ».Homme lige de Poutine, Loukachenko « a tendu la main et a proposé de trouver des solutions pour la poursuite des travaux du groupe Wagner de façon légale » , venait de déclarer Prigojine. Loukachenko, qui se présentait comme celui qui venait de sauver Prigojine, annonçait la venue du patron de Wagner en Biélorussie. Mais, début juillet, il affirmait que Prigojine était demeuré en Russie, à Saint-Pétersbourg. Et depuis, l'histoire est devenue un peu plus compliquée... </text>
	

	<text titre="Les essentiels Monde" date="2023 07 11T00:00:00" journal="La Croix, no. 42665" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="11" journal_clean="La Croix" keywords="chine" langue="fr"> Chine Six morts dans une attaque au sein d'une école maternelle   Une attaque au sein d'une école maternelle a fait six morts et un blessé lundi 10 juillet, à Lianjiang, dans le sud de la Chine. Parmi les sept victimes figurent un enseignant, deux parents et trois élèves, selon la municipalité. Les autorités sont restées discrètes sur le suspect arrêté, âgé de 25 ans. La Chine interdit à ses citoyens de détenir des armes à feu. Mais les attaques à l'arme blanche se sont multipliées ces dernières années.   ----   Russie Vladimir Poutine a rencontré Prigojine après sa mutinerie avortée 
Vladimir Poutine a rencontré le jeudi 29 juin au Kremlin le chef du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine, quelques jours après sa rébellion avortée. La rencontre a duré « presque trois heures », selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, précisant qu'elle avait impliqué 35 personnes, dont « tous les commandantset les dirigeants » du groupe Wagner. Tous auraient renouvelé leur soutien au Kremlin. Evgueni Prigojine avait assuré que son soulèvement ne visait pas à renverser le pouvoir, mais à sauver Wagner d'un démantèlement par l'état-major russe, qu'il a accusé pendant des mois d'incompétence en Ukraine.   ----   Ouzbékistan Le président Mirzioïev largement réélu   Le président sortant de l'Ouzbékistan, Chavkat Mirzioïev, a été largement réélu lors de la présidentielle anticipée du dimanche 9 juillet dans ce pays d'Asie centrale. D'après les résultats préliminaires, il a obtenu 87,05 % des voix, tandis que la participation a frôlé les 80 %. Avec ce nouveau mandat, il présidera, jusqu'en 2030 au moins, au destin de cette ex-république soviétique riche en gaz, à la position stratégique au coeur de l'Asie. </text>
	

	<text titre="Poutine et  Prigojine, les retrouvailles" date="2023 07 11T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="11" journal_clean="l'Humanité" keywords="président, chef" langue="fr"> Russie À la veille du sommet de l'Otan, le Kremlin a rendu publique une rencontre organisée le 29 juin, soit cinq jours après la mutinerie avortée de Wagner, entre le président russe et le chef du groupe paramilitaire. « Le président a donné son appréciation des activités » de Wagner sur le front ukrainien, a indiqué le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, ainsi que « son appréciation des événements du 24 juin ». Il a « écouté les explications des commandants (de Wagner) et leur a proposé des alternatives pour leur travail futur et leur emploi à des fins militaires ». « Les commandants (de Wagner) ont donné leur version des faits. Ils ont souligné qu'ils étaient des soutiens convaincus et des soldats du chef de l'État et commandant en chef (Vladimir Poutine) et ont affirmé qu'ils étaient prêts à continuer à combattre pour la patrie », a-t-il poursuivi. C. D. </text>
	

	<text titre="Washington face au temps long de la guerre" date="2023 07 11T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="piotr smolar" annee="2023" mois="7" jour="11" journal_clean="Le Monde" keywords="face, vilnius, échanges, l’otan, sommet, donné, temps, washington, guerre, etats-unis" langue="fr"> Washington - correspondant - Tribunes, échanges entre experts, rapports : les semaines qui ont précédé le sommet de l’OTAN à Vilnius, les 11 et 12 juillet, ont donné lieu aux Etats-Unis à des débats intenses. Le plus frappant était l’absence d’euphorie. L’administration Biden a pourtant des motifs de satisfaction. Les projets initiaux du Kremlin en Ukraine ont été déjoués. La mobilisation des alliés n’a pas flanché depuis le début de la guerre il y a cinq cents jours. Au contraire, les membres de l’OTAN s’apprêtent à inscrire leur effort dans la durée, conscients du fait que la menace russe demeurera une réalité, quels que soient les soubresauts du conflit.
Ce débat américain porte non pas sur la nécessité d’aider l’Ukraine – contestée seulement par la frange trumpiste du Parti républicain – mais sur les modalités de ce soutien militaire et politique. En marge du sommet de Vilnius, Joe Biden compte prononcer un nouveau discours solennel, mardi, pour renouveler l’engagement sans faille de son pays, en attendant le 75e anniversaire de l’OTAN qui sera célébré à Washington en juin 2024.   Les Etats-Unis répètent leur attachement au principe de la « porte ouverte » à l’Alliance atlantique. Mais Washington n’a pas faibli dans son opposition à une entrée immédiate de l’Ukraine. « Je ne pense pas qu’elle soit prête », a dit Joe Biden sur CNN dimanche. En réalité, les critères importent moins que le contexte. La garantie offerte par l’article 5 – une attaque contre un membre est une attaque contre tous – ne peut être étendue à l’Ukraine en temps de guerre, sous peine de précipiter un conflit direct entre l’OTAN et la Russie.  Le modèle d’IsraëlWashington envisage donc plutôt une forme de partenariat sécuritaire bilatéral avec l’Ukraine, en plus de l’engagement de l’Alliance. Le modèle cité est celui d’Israël. En vertu d’un accord décennal (2019-2028), les Etats-Unis fournissent chaque année une aide militaire de 3,8 milliards de dollars à l’Etat hébreu, qui est largement une subvention déguisée à l’industrie militaire américaine.  « Il y a des différences évidentes entre l’Ukraine et Israël, souligne Charles Kupchan, expert au cercle de réflexion Council on Foreign Relations. Israël est doté, dit-on, de l’arme nucléaire, l’Ukraine non. En revanche, celle-ci vit au seuil d’une grande puissance. Cela étant dit, le modèle israélien est utile. Les Etats-Unis sont engagés à lui assurer ce qu’on appelle une supériorité militaire. Mais, en même temps, il n’existe pas de garantie de sécurité équivalente à l’article 5. Dans le cas de l’Ukraine, cela signifierait qu’il n’y aurait pas d’engagement à entrer en guerre pour la défendre. »De la même façon, la Maison Blanche reste prudente face aux demandes exprimées par les pays d’Europe orientale – les trois Etats baltes et la Pologne – réclamant un renforcement des effectifs de l’Alliance sur leur territoire. Celui-ci serait nécessaire en raison de l’annonce d’un déploiement d’armes nucléaire russes en Biélorussie et de l’arrivée imminente dans ce pays de combattants de la société russe de mercenaires Wagner. Or, l’administration américaine demeure dubitative sur ces deux menaces. Le conseiller à la sécurité nationale américain, Jake Sullivan, parle de « déploiement potentiel » d’armes nucléaires. Quant aux soldats de Wagner, les hauts responsables américains s’interrogent sur l’intérêt pour ces derniers de s’installer en Biélorussie, une sorte de sanatorium après leurs missions en Afrique ou en Ukraine.   L’administration Biden exprime aussi une grande réserve au sujet de la mutinerie du Groupe Wagner en Russie le 24 juin, éteinte après quarante-huit heures de flottement. « Il y a eu un moment où tout le monde a dû envisager la possibilité qu’un mercenaire psychopathe prenne le contrôle du gouvernement d’un Etat nucléaire, confie un haut responsable américain au Monde. Cela souligne à quel point la situation est volatile. »Aujourd’hui encore, il existe une interrogation sur la conclusion de cette crise, symbolisée par le sort incertain de Evgueni Prigojine. « Regardez les actes de Poutine pendant ce week-end, poursuit le haut responsable. Une des options était de tuer un paquet de gens avec des conséquences imprévisibles. Une autre consistait à essayer de baisser la température, puis de s’occuper de la question. Il s’est donné de l’espace. »Cette séquence a suscité un effet paradoxal à Washington. Elle a révélé la fragilité de l’Etat russe face à cette force armée privée, nourrie d’argent public. Pour autant, il n’est pas question de rêver d’une implosion imminente du régime russe. Pour l’administration Biden, il s’agit de se focaliser sur le soutien militaire à l’Ukraine, à un moment crucial, celui de la contre-offensive. « Cela va être très long, et cela va être très, très sanglant. Personne ne devrait se faire d’illusions à ce sujet », a résumé le général Mark Milley, chef d’état-major des armées, le 1er juillet.  Un contexte d’électionsLa Maison Blanche reconnaît les difficultés rencontrées par la contre-offensive, dues à plusieurs facteurs : le minage intensif du terrain par les Russes, le creusement d’innombrables tranchées défensives, et enfin le manque de munitions côté ukrainien. D’où la décision américaine controversée de transférer des armes à sous-munitions, faute d’autres solutions, en attendant un nouveau cycle de production industrielle de munitions classiques. « Les Ukrainiens ont aussi une quantité substantielle de moyens qu’ils n’ont pas encore engagés dans le combat, a rappelé Jake Sullivan le 7 juillet. L’histoire de cette contre-offensive est loin d’être écrite. »Mais les responsables américains savent aussi que la Russie est engagée dans sa propre course de vitesse. Organisé en économie de guerre, le pays compte reconstituer ses forces – ses chars, ses véhicules blindés, son artillerie – et moderniser ses armements en trois ans. Sa capacité de nuisance est certes entamée, mais nullement éteinte.   L’administration Biden répète jour après jour une formule : « Rien au sujet de l’Ukraine sans l’Ukraine. » Une façon de réfuter tout arrangement avec la Russie, qui se ferait dans le dos de la victime de l’agression. Niant toute implication, la Maison Blanche a rapidement réagi à la révélation de contacts secrets entre plusieurs experts du cercle de réflexion Council on Foreign Relations et des responsables russes, dont le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov.   Selon la chaîne NBC, l’ancien diplomate Richard Haass et les analystes Charles Kupchan et Thomas Graham figuraient parmi les participants américains, lors d’une rencontre confidentielle à New York, au mois d’avril. Interrogé par Le Monde, Charles Kupchan ne confirme pas ces échanges avec Sergueï Lavrov. « Les conversations informelles ou parallèles ont un rôle à jouer lorsque les contacts officiels sont inexistants ou inopérants », souligne-t-il néanmoins.   Depuis le début de la guerre, les Etats-Unis ont déjà consacré 42 milliards de dollars à l’aide militaire au profit de Kiev. Rien sans l’Ukraine, mais pas tout pour l’Ukraine : la ligne américaine est un engagement pragmatique, qui modifie certains paramètres, en fonction des circonstances.  « Je suis d’accord avec l’idée que l’Ukraine doit toujours participer à la conversation, mais à condition que l’on ne se sente pas obligé de toujours leur donner ce qu’ils réclament,estime Michael O’Hanlon, directeur de recherche à la Brookings Institution, cercle de réflexion à Washington. Je suis pour qu’on leur donne des missiles balistiques de type ATACMS, des avions F-16 et même des hélicoptères d’attaque. Je ne suis pas favorable, au moins pour l’instant, à leur accorder le statut de membre de l’OTAN, et je ne suis pas favorable au fait de promettre le même niveau d’aide garanti que les précédents. »D’autant que l’administration Biden n’a pas la certitude, avant les élections de 2024, que la Chambre des représentants dominée par les républicains acceptera de voter un nouveau paquet d’assistance sécuritaire.   La légitimité des Ukrainiens à se défendre est répétée par les dirigeants occidentaux, qui ont aussi en tête le risque d’un embourbement. Les alliés savent que Vladimir Poutine mise sur la lassitude de leurs opinions publiques et le coût élevé d’un soutien inconditionnel à l’Ukraine. Ils devinent à quel point les élections à venir – européennes en juin 2024, suivies surtout du scrutin présidentiel américain en novembre – auront un impact considérable sur la solidité du bloc allié.   Une tentation existe, non assumée publiquement, celle d’accepter un gel du conflit, sur le modèle de la ligne de démarcation militaire entre les deux Corée. Il s’agirait d’ancrer l’Ukraine en Occident – à la fois dans ses relations avec l’Union européenne et avec l’OTAN – sans adhésion à court terme. Le prix pour elle serait de ne pas recouvrer son intégrité territoriale dans un avenir proche. Cette forme de stabilisation représenterait un moindre mal pour l’administration Biden, avant l’élection présidentielle. </text>
	

	<text titre="Haddad : « L'Otan doit affirmer que le temps ne joue pas pour Moscou »" date="2023 07 11T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24536" auteur="mandeville, laure" annee="2023" mois="7" jour="11" journal_clean="Le Figaro" keywords="joue, moscou, relations, paris, affirmer, temps, otan, europe, benjamin" langue="fr"> Benjamin Haddad, 37 ans, est député de Paris au sein du groupe Renaissance et chercheur en relations internationales, ancien directeur de la branche Europe de l'Atlantic Council.  LE FIGARO. - Le sommet de Vilnius s'ouvre dans un contexte géopolitique particulièrement dangereux. Quel est l'enjeu pour l'Europe ?
Benjamin HADDAD. - Depuis le début de la guerre, Poutine a sous-estimé la résistance des Ukrainiens et le soutien uni de l'Europe et des États-Unis. Son seul espoir est de voir un jour les démocraties se diviser, les opinions publiques se lasser. Le sommet de Vilnius doit permettre d'affirmer que nous sommes avec l'Ukraine dans le long terme, que le temps ne joue pas pour Moscou : d'abord en définissant des garanties de sécurité tangibles envers Kiev, c'est-à-dire en gravant dans le marbre que nous continuerons l'appui militaire actuel dans les prochaines années, puis en donnant, à Vilnius également, une voie claire d'adhésion à l'Otan après la fin des combats. L'Ukraine défend aujourd'hui l'Europe. Son armée a prouvé sa valeur au combat. L'entrée de l'Ukraine dans l'Otan est dans notre intérêt. C'est la meilleure façon de dissuader une future agression et d'assurer la stabilité durable du flanc est de l'Europe. En 2008, l'ouverture des négociations à la Géorgie et à l'Ukraine a été rejetée par les États membres : ces deux pays ont été ensuite attaqués par la Russie. On pensait que leur adhésion serait une provocation pour Moscou, ce fut l'inverse : la non-adhésion a invité à l'agression. Bien sûr, cette adhésion n'aura pas lieu immédiatement, du moins tant que le pays est en guerre. Depuis le début du conflit, nous donnons aux Ukrainiens les moyens de se défendre sans y être nous-mêmes entraînés. Donc il s'agit d'abord de renforcer les liens entre l'Ukraine et l'Otan et d'offrir une perspective.  La France peut-elle profiter de l'ambiguïté américaine pour devenir une force motrice en Europe en hâtant l'entrée de l'Ukraine dans l'Otan ?Sur la question des garanties de sécurité et de la perspective Ukraine-Otan, la France joue un rôle moteur, alors qu'en effet les États-Unis de Biden sont plus hésitants. Il s'agit pour nous à la fois de trouver une issue à la guerre et de bâtir l'architecture de sécurité européenne de demain. L'objectif de la France est de construire une Europe souveraine, capable de défendre ses intérêts sur le plan militaire, technologique et commercial. Cette souveraineté ne se fera pas contre les Américains, qui ont besoin d'un partenaire capable de garantir sa propre sécurité alors qu'ils se tournent vers l'Asie. Mais nous devons aussi nous prémunir du risque politique aux États-Unis. À la veille d'une élection présidentielle américaine qui posera une fois de plus la question de la fiabilité de notre allié, avec Trump aujourd'hui en tête des sondages, construire l'unité stratégique des Européens doit être pour nous une priorité absolue. La France, qui pousse cet agenda depuis 2017, a un rôle clé à jouer. Nous ne pourrons le faire qu'en y intégrant les inquiétudes, les impératifs de sécurité de tous nos partenaires, à commencer par ceux d'Europe centrale menacés par la Russie. Ils doivent savoir qu'une Europe souveraine les protégera. Les avancées concrètes des derniers mois, comme le plan Breton pour les munitions, y contribuent.   Le discours historique du président Macron à Bratislava a articulé ces principes de façon claire. Il a permis de répondre à des décennies d'incompréhension et de méfiance entre la France et les « nouveaux » États membres, qui nous reprochent souvent de plus nous intéresser à Berlin ou Moscou qu'aux pays situés entre les deux. Et ces pays nous le demandent, ils veulent un lien fort avec Paris plutôt qu'un tête-à-tête avec l'Allemagne. Les lignes bougent, nos partenaires nous rejoignent : saisissons cette opportunité. La première ministre estonienne, Kaja Kallas, a proposé récemment la création d'un grand emprunt européen de 100 milliards pour financer les investissements dans la défense, sur le modèle du plan de relance Next Generation post-Covid. Il faut soutenir cette proposition !   Nombre de voix en Europe et aux États-Unis continuent d'appeler à un compromis militaire avec Moscou et des négociations gelant le conflit. Ne faut-il pas plutôt miser sur la victoire militaire de l'Ukraine et faire tout pour changer la donne stratégique, en utilisant le moment de faiblesse russe que révèle notamment l'affaire Prigojine ? Si, bien sûr. Continuons de donner aux Ukrainiens les moyens de reconquérir leur territoire et de réussir la contre-offensive en cours. Sur certains armements, comme l'aviation ou les chars, les Occidentaux ont trop tardé. Ce sera ensuite aux Ukrainiens de décider s'ils souhaitent une négociation, si le rapport de force militaire le permet.   La victoire ne passera pas uniquement par des gains territoriaux, mais par la garantie d'une Ukraine libre, démocratique et ancrée en Europe. C'est cela que Poutine voulait éviter, c'est pour cela que les Ukrainiens se battent depuis la « révolution de la dignité » de Maïdan, en 2014. En cela, l'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne et à l'Otan est décisive. L'élargissement de l'Union européenne à de nouveaux membres, Ukraine, Moldavie, Balkans, demandera du temps et des réformes économiques et politiques profondes de ces pays : ne créons pas de fausses attentes. Mais elle permettra aussi de renforcer la stabilité géopolitique du continent au moment où Russie et Chine rivalisent d'influence dans notre voisinage à coups d'investissements ou de désinformation. Cette nouvelle vague d'élargissement exige de réformer en profondeur l'Union : mécanisme de prise de décision, union bancaire, dette commune, immigration, etc. Les deux processus doivent aller de pair : ce n'est pas en bloquant l'un qu'on fera avancer l'autre.  Comment voyez-vous l'évolution de l'Europe ? Un déplacement de son centre de gravité vers l'est ? Et l'état de la relation franco-allemande ?La relation franco-allemande est fondamentale mais ne peut être exclusive. Nous ne devons pas hésiter à assumer les désaccords, en créant d'autres partenariats agiles, comme nous l'avons fait sur le nucléaire ou la défense antiaérienne. À cet égard, il n'y a pas que les pays de l'Est, même, si bien sûr, ils jouent actuellement un rôle pilote. Dans son premier mandat, Emmanuel Macron a visité les 26 autres pays de l'Union européenne et approfondi les relations avec des partenaires du sud trop longtemps négligés comme la Grèce, dont la souveraineté maritime est menacée par la Turquie, l'Italie ou l'Espagne, qui partagent beaucoup de nos ambitions, sur l'intégration économique, par exemple.  Que nous dit le déplacement de Zelensky sur l'île des Serpents au 500e jour de la guerre ?L'histoire n'est pas faite uniquement de forces profondes intangibles, mais aussi d'hommes et de femmes qui prennent des décisions qui peuvent infléchir le cours des événements. Depuis 500 jours et son fameux « J'ai besoin de munitions, pas d'un taxi », le président Zelensky incarne la résistance de son peuple aux yeux du monde et galvanise sa population qui n'a jamais fléchi dans sa détermination malgré les exactions russes contre les civils. L'île des Serpents est profondément symbolique pour la population ukrainienne : elle illustre la résistance des premiers jours de la guerre et est une porte d'entrée sur la mer Noire, en face de la Crimée occupée depuis 2014.   « La victoire ne passera pas uniquement par des gains territoriaux, mais par la garantie d'une Ukraine libre, démocratique et ancrée en Europe. C'est cela que Poutine voulait éviter, c'est pour cela que les Ukrainiens se battent depuis la « révolution de la dignité » de Maïdan, en 2014. En cela, l'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne et à l'Otan est décisive </text>
	

	<text titre="En Russie, la rancœur intacte des ultranationalistes" date="2023 07 12T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="7" jour="12" journal_clean="Le Monde" keywords="moscou, prigojine, ultranationalistes, russie, russes, blogueurs, juin, d’evgueni, intacte, mutinerie" langue="fr"> Moscou - correspondant - Durant les heures les plus tendues de la mutinerie avortée d’Evgueni Prigojine, les 23 et 24 juin, les blogueurs militaires russes, militants ultranationalistes et autres partisans d’une guerre totale avec l’Ukraine ont découvert les vertus de la paix. « Seigneur, sauve la paix, que des Russes n’affrontent pas des Russes », implorait, le 24 juin, la poétesse Anna Dolgareva, autoproclamée « Walkyrie de la chrétienté » et visiteuse occasionnelle des champs de bataille ukrainiens.   Quelle que soit leur chapelle –ultraorthodoxes, néonazis, impérialistes, eurasistes… –, les membres de l’extrême droite russe ont fait bloc, alors que grandissait la menace d’une confrontation armée entre mercenaires de Wagner et troupes loyalistes. La condamnation de la rébellion a été quasi unanime parmi les groupes organisés : L’Autre Russie, de feu Edouard Limonov, écrivain et chef du Parti national-bolchévique, la Légion impériale, la Communauté russe, les mouvements Tsargrad ou Société et Futur.
Parmi les blogueurs militaires, Semyon Pegov, animateur de WarGonzo, chaîne Telegram suivie par 1,3 million de personnes, a repris les mots de Vladimir Poutine pour évoquer un « coup de poignard dans le dos ». Cet admirateur déclaré du patron du Groupe Wagner était l’un des relais, sur son blog, de ses théories.  « Un ennemi du peuple »Govorit TopaZ, plus de 100 000 abonnés, qui partage le discours antiélites de Prigojine, s’affichait encore, le 23 juin, dans une vidéo, affublé d’un tee-shirt Wagner. Le soir même, quand le chef des mercenaires lance sa marche sur Moscou, il s’enthousiasme un instant : « J’ai failli rater la révolution ! », avant de revenir à la raison, ou de constater que le rapport de force n’était pas en faveur de son idole : « Quiconque appelle au meurtre de ses compatriotes est une ordure et un ennemi du peuple. »Les jours suivants, certains de ces blogueurs iront jusqu’à s’aligner sur le nouveau récit colporté par les télévisions d’Etat, relativisant l’efficacité et « l’héroïsme » des Wagner en Ukraine.   Tous ne soutenaient pas Evgueni Prigojine auparavant. Au-delà des convictions personnelles, les allégeances dans ce petit monde, particulièrement chez les blogueurs, tiennent à des considérations parfois très terre à terre et mouvantes. La chaîne Rybar, par exemple, se permet une couverture critique du conflit en Ukraine tout en restant proche de l’armée, dont son fondateur est issu.   Mais l’homme d’affaires Prigojine défendait des thèses relativement consensuelles dans ce milieu : inefficacité du ministère de la défense, incompétence des généraux, manque de fermeté du pouvoir politique. Pour les « turbo-patriotes », surnom qui leur a été attribué en Russie, le pays ne peut gagner la guerre qu’avec une militarisation totale, la loi martiale, la mobilisation générale et une lutte plus acharnée contre les traîtres et les corrompus. Et toujours plus de frappes sur l’Ukraine.   Cette ligne radicale a beau être minoritaire – guère plus de 10 % de l’opinion, selon les sondages –, elle fait figure de dernière opposition autorisée : si la critique des fondements de la guerre est interdite, un semblant de débat existe encore sur la façon de la mener. Or ces questionnements n’ont pas disparu avec la disgrâce de Wagner. Tandis que les défenses russes semblent tenir face à la contre-offensive lancée par Kiev, la conduite de « l’opération spéciale » inquiète les ultranationalistes. Et la persistance du Kremlin à maintenir la Russie dans une illusion de normalité les irrite.   Après la période d’incertitude causée par la mutinerie, les critiques ont refait leur apparition. Govorit TopaZ, qui fustigeait les « ordures » de mutins, a réaffiché sur son profil le hashtag #chvo qui signifie, pour les initiés, « Choïgou démission » ,en référence au ministre russe de la défense. Le blogueur va jusqu’à interroger la réponse de Vladimir Poutine aux événements – « Pas un seul mot sur ce qui a provoqué cette mutinerie… » – ou la décision d’envoyer des Tchétchènes reprendre la ville de Rostov-sur-le-Don aux Wagner, soit « des pas frères de sang contre des frères de sang ».   Le retour en Ukraine, le 9 juillet, des commandants d’Azovstal retenus en Turquie exacerbe le mécontentement : « Le meilleur garant de la sécurité des assassins et des nazis se nomme Vladimir Poutine, héros de l’Ukraine. »Sur Telegram ou VKontakte, de telles publications attirent des milliers de commentaires positifs. L’hostilité à Sergueï Choïgou, ennemi numéro un de Prigojine, reste la position la plus partagée. Le 26 juin, la chaîne Telegram du bataillon de volontaires Roussitch, formation composée de néonazis combattant en Ukraine, attaque frontalement : « Vu ses déclarations, le grand-père [Poutine] ne comprend pas la situation. Les traîtres, ce sont ceux qui ont détruit l’armée par leur direction stupide. »A l’inverse, les publications du ministère de la défense, destinées à montrer l’autorité intacte des généraux, ne récoltent que des sarcasmes.  « Club des patriotes en colère »Ces forces sont peu fédérées, mais le 25 juin s’est tenu à Moscou le premier rassemblement du « Club des patriotes en colère ». Ce mouvement informel, dont le nom dit l’essentiel, est mené par une figure du camp ultranationaliste : Igor Strelkov, de son vrai nom Igor Guirkine, un ex-chef militaire des séparatistes du Donbass, en 2014, et ancien du FSB, les services de sécurité russes, par ailleurs condamné par contumace aux Pays-Bas pour son rôle dans le crash du vol MH17 abattu par un missile au-dessus de l’Ukraine.   Devant 400 délégués, ce dernier a résumé la position de son mouvement, selon des propos rapportés par le quotidien Nezavissimaïa Gazeta : « Poutine et les représentants de l’élite ne comprennent pas qu’une guerre doit être menée pour être gagnée. »Son numéro deux, Pavel Goubarev, lui aussi un ancien du Donbass, dénonce « un Etat incroyablement faible qui n’est plus capable de rien ». Quatre jours plus tard, le chef du parti L’Autre Russie, exprime une position proche : « Le pays a besoin de gens qui peuvent prendre leurs responsabilités dans un contexte de perte de contrôle – et le contrôle est perdu absolument partout. »La vigueur de ces attaques a de quoi étonner, quand la moindre déclaration antiguerre peut conduire en prison pour dix ans. En réalité, ce pas de deux est bien réglé avec le pouvoir, et depuis longtemps. D’un côté, ces critiques sont nécessaires pour canaliser le mécontentement d’une frange de l’opinion, mais aussi pour faire apparaître Vladimir Poutine en « modéré » et en force d’équilibre. Depuis qu’il est au pouvoir, le président russe a toujours dû affronter une opposition ultranationaliste, en particulier sur le thème de l’immigration. Un temps, celle-ci s’est même alliée aux libéraux et aux démocrates, mais elle a toujours été traitée avec plus de clémence que ces derniers.   La menace de la répression n’est malgré tout jamais loin. La situation rappelle la période qui avait suivi 2014. A l’époque, les ultranationalistes, emmenés par Igor Strelkov, dénonçaient déjà le « recul » du chef du Kremlin sur l’Ukraine, après la signature des accords de Minsk, censés imposer un cessez-le-feu dans le Donbass, et le renoncement à prendre, en plus de la Crimée, les régions de Kharkiv et d’Odessa. A l’initiative de Strelkov, plusieurs groupuscules s’étaient alors fédérés au sein d’un Comité du 25-Janvier, avant que plusieurs de ses dirigeants soient mis en prison.   Depuis, les ultranationalistes ont appris à se montrer pragmatiques. Dès l’été 2022, il a suffi de quelques messages adressés par le Kremlin pour que leurs critiques perdent en vigueur. Les blogueurs avaient ensuite été reçus par Poutine, qui cherchait, de son côté, à démontrer qu’il savait s’informer au-delà des rapports complaisants de ses services. Ils avaient à nouveau été reçus par le président le 13 juin, peu avant la mutinerie d’Evgueni Prigojine. Pour l’heure, Igor Strelkov est le seul à revendiquer ouvertement la place laissée libre par le patron des Wagner. A ses partisans réunis le 25 juin, il a demandé de se préparer : « Nous devons être prêts à réagir à la prochaine crise sérieuse avec une force politique sérieuse. » </text>
	

	<text titre="Après la chute de  Prigojine, la rancœur intacte des nationalistes" date="2023 07 12T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="12" journal_clean="Le Monde" langue="fr"> La colère du chef de la milice Wagner sur la conduite de la guerre en Ukraine reste partagéepar nombre de militants ultraorthodoxes, néonazis et impérialistes </text>
	

	<text titre="Erdogan donne des gages aux Occidentaux et inflige un revers à Poutine" date="2023 07 12T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24537" auteur="lasserre, isabelle" annee="2023" mois="7" jour="12" journal_clean="Le Figaro" keywords="président, occidentaux, poutine, entrée, suède, turc, otan, erdogan" langue="fr"> IL DONNE toujours ses coups de barre au dernier moment, quand la tension est à son comble. Après un an de chantage, le président turc Erdogan a donné son feu vert à l'entrée de la Suède dans l'Otan, infligeant ainsi une déception diplomatique à Vladimir Poutine, dont l'objectif est d'affaiblir l'Alliance.   Depuis le début de la guerre en Ukraine, Ankara appliquait dans la région une politique officielle de « neutralité » , qui, dans les faits, prenait souvent les couleurs blanc, bleu et rouge de la Russie. Erdogan et Poutine s'entendent bien personnellement. «Ils se retrouvent aussi sur une critique systémique de l'Occident et partagent une volonté de défier la domination américaine dans leurs zones d'intérêt immédiat » , explique Dorothée Schmid, spécialiste de la Turquie à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Erdogan, qui a acheté à la Russie une défense antiaérienne (S400) incompatible avec les systèmes de l'Otan, a fait le jeu du président russe en bloquant l'entrée de la Suède dans l'Alliance. Il n'applique pas les sanctions occidentales contre Moscou. «Erdogan se sent menacé par les États-Unis, c'est pour cela qu'il a besoin d'un allié fort comme la Russie. La Chine ne peut pas jouer ce rôle, car elle considère la Turquie comme un acteur instable » , explique un chercheur turc. Ankara est lié à Moscou par la politique et par l'économie. 
Équilibre fragile   Même si le poids du corps pèse plus lourd du côté russe, l'autre jambe de la politique étrangère turque dans la région est posée en Ukraine. Ainsi la Turquie n'a jamais reconnu l'annexion de la Crimée, l'ancienne terre des Tatars, turcophones musulmans. Elle a fourni des drones Bayraktar à l'Ukraine, qui ont eu un rôle clé au début de la guerre contre les chars qui encerclaient Kiev. Elle limite aussi le passage des navires russes dans la mer Noire en verrouillant le détroit du Bosphore. Depuis février 2022, cet équilibre fragile entre les deux belligérants, qui sont aussi ses partenaires, a plutôt permis à la Turquie de gagner des points.   En libérant la route de l'Alliance pour la Suède, en affirmant que «l'Ukraine mérite d'intégrer l'Otan» , en défendant l'accord sur l'exportation des céréales contre l'avis de Moscou, en renvoyant à Kiev plusieurs commandants ukrainiens du régiment Azov, qui devaient rester en Turquie jusqu'à la fin de la guerre après un accord passé avec Kiev et Moscou, Erdogan, tout juste réélu, change-t-il de camp ? « Le nouveau gouvernement est plus professionnel et moins marqué par l'idéologie que le précédent. Il cherche à avoir des relations plus stables et plus apaisées avec l'Occident » , résume le chercheur turc. Erdogan, qui se débat avec une crise économique, a besoin de restaurer sa crédibilité bancaire sur les marchés financiers et d'attirer les investisseurs occidentaux. « Il ne peut pas se permettre d'être sanctionné par les Occidentaux. Il a besoin d'améliorer sa réputation » , poursuit le spécialiste.   Pas de quoi provoquer - pour l'instant - une rupture entre Moscou et Ankara. Les tsars et les sultans se sont affrontés dans une dizaine de guerres entre le XVIIe et le XXe siècle. Plus récemment, ils se sont opposés en Syrie, où ils sont passés à deux doigts de l'affrontement, avant, comme le rappelle Dorothée Schmid, « de trouver un terrain d'entente pour gérer dans le dos des Occidentaux un statu quo instable». De même, leurs intérêts sont opposés en Libye, où l'armée turque a soutenu le gouvernement de Tripoli quand Moscou aidait le général rebelle Haftar. Mais Moscou et Ankara ont toujours réussi à dépasser leurs différends.   Pragmatique et opportuniste   La Russie a besoin de la Turquie, grâce à laquelle elle contourne les sanctions. Erdogan est aussi l'un des rares intermédiaires acceptés par les deux parties. Le Kremlin est habitué aux revirements spectaculaires de la politique étrangère turque, pragmatique et opportuniste. « En vingt ans, Ankara s'est taillé un rôle important sur la scène mondiale, sous la conduite d'une équipe d'islamistes pragmatiques, et assumant leur nationalisme. Ils ont renoué avec l'héritage impérial ottoman, et assis leur position dans le club des émergents qui comptent » , explique Dorothée Schmid. Ce jeu de balance a toujours été assumé par Ankara et accepté par le Kremlin.   Le rapport de force entre Ankara et Moscou a-t-il basculé en faveur de la Turquie ? Finalement, les dernières décisions d'Erdogan en disent peut-être plus long sur la Russie que sur la Turquie. L'affaiblissement de Vladimir Poutine depuis la mutinerie de Prigojine permet au président turc de s'affirmer davantage face à Moscou. Mais cela ne fera pas de la Turquie, qui s'est habilement placée au coeur du jeu diplomatique, un allié plus fiable et plus facile pour ses partenaires de l'Otan. </text>
	

	<text titre="Centrafrique : Wagner s'oppose au Rwanda" date="2023 07 13T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="pascal airault" annee="2023" mois="7" jour="13" journal_clean="L'Opinion" keywords="group, russe, rwanda, miniers, wagner, rapport, crisis, centrafrique, combattants" langue="fr"> Le processus de prise de contrôle des combattants de Wagner par l'Etat russe suscite des inquiétudes en Afrique, notamment en Centrafrique. Selon un rapport de Crisis Group, les intérêts miniers du Rwanda dans le pays l'opposent à ceux du groupe paramilitaire d'Evgueni Prigojine.
Page 6   Deux semaines après la rébellion avortée d'Evgueni Prigojine en Russie, le groupe Wagner a rapatrié une partie de ses effectifs présents en Centrafrique. Bangui dément tout retour définitif tandis que le Rwanda est devenu le premier partenaire sécuritaire du régime avec la bénédiction des Occidentaux.   La semaine dernière, plus de 500 combattants du groupe Wagner ont embarqué à l'aéroport de Bangui à bord de deux Ilyushin pour rejoindre la Russie. La plupart occupaient des positions clés dans plusieurs villes à Birao, Ndah, Bocaranga, Koui, Kabo, Sido, Batangafo, non loin de sites miniers riches en or et en diamants.   A Bangui, les analystes se perdent en conjecture. Ce retrait est-il dû au regain d'insécurité au nord du pays? Les rebelles ont repris leurs attaques. Ils ont récemment tué un casque bleu non loin de Sam-Ouandja.   Du côté des autorités centrafricaines, on tient à rassurer. Selon Albert Yaloké Mokpeme, porteparole à la présidence, il s'agit d'une rotation normale d'éléments de Wagner qui avaient besoin d'être relevés après des mois de présence sur le terrain. Même son de cloche du côté d'Alexander Ivanov, responsable des instructeurs militaires russes travaillant aux côtés de Wagner en RCA. Ce dernier assure avoir reçu des assurances de Prigojine sur le maintien du dispositif.   « La Russie n'est pas en train de lâcher la RCA en plein vol, confie un analyste sécuritaire. Il est probable qu'elle envoie des renforts de Wagner ou d'un autre groupe paramilitaire. En fait, les combattants qui ont quitté la RCA n'ont pas voulu signer le contrat les liant au ministère russe de la Défense. » Rotation. Pour d'autres, cette rotation n'est pas logique. « Cela ne ressemble pas à une rotation normale alors que les soldats de Wagner étaient censés sécuriser sur le terrain le référendum de juillet pour l'adoption de la nouvelle Constitution qui permettra au président Touadéra de briguer un nouveau mandat, confie un diplomate à Bangui. Tout cela intervient alors que les rebelles ont repris leurs attaques au nordouest et au nord-est. » Selon nos informations, il resterait actuellement un peu plus de 1000 soldats de Wagner dans le pays, auquel il faut ajouter de 300 à 500 « russes noirs ». On appelle ainsi les combattants recrutés par le groupe de Prigojine au sein des milices locales anti-balaka et Seleka.   Depuis la fin de l'année dernière, les Etats-Unis et la France cherchent à soustraire le président Touadéra à toute influence russe en proposant une offre alternative. Les Américains ont tenté une première approche lors du déplacement du président centrafricain à Washington en décembre dernier pour le sommet Etats-Unis-Afrique. Emmanuel Macron a eu une discussion franche avec son homologue centrafricain à Libreville, en mars, en ayant impliqué les services secrets rwandais et gabonais.   Les deux partenaires occidentaux proposent d'aider Bangui au niveau sécuritaire et économique. Washington et Paris poussent les institutions de Bretton Woods à reprendre leur coopération financière avec le gouvernement. Et leurs critiques contre le régime se sont tues.   « En décembre 2022, les Etats-Unis ont impliqué le Rwanda dans des négociations secrètes avec Touadéra pour réduire l'influence de Wagner, explique un rapport récent de Crisis Group. Si les troupes rwandaises sont préférables à Wagner pour leur professionnalisme, les tractations des Etats-Unis agacent des membres de l'entourage proche de Touadéra ». Premier périmètre. En RCA, les soldats rwandais ont une place aussi, voire plus stratégique que les Russes. Ils assurent le premier périmètre de la sécurité privée du président Touadéra et participent au maintien de l'ordre dans la capitale et sur les grands axes routiers. Les troupes rwandaises ont contrecarré l'offensive des rebelles en 2020 et 2021. Environ 1 000 soldats, au titre de la coopération bilatérale de défense, sont présents essentiellement au Centre et au Sud du territoire. Le Rwanda compte aussi 2000 hommes au sein de la Mission des Nations Unies, dont 1600 casques bleus et 400 policiers. C'est le premier contributeur de la mission.   Les Occidentaux misent sur ce dispositif qui fait contrepoids à l'influence russe. Ils connaissaient l'efficacité des troupes rwandaises qui ont récemment repoussé les jihadistes au Nord du Mozambique. Ils souhaitent que le Rwanda et la Minusca récupèrent les prérogatives de la Russie pour former l'armée centrafricaine et assurer la réforme du secteur de la sécurité. Les Etats-Unis et l'Union européenne devraient mettre la main à la poche.   Les Russes ne sont pas dupes du jeu occidental. Cela attise même une nouvelle forme de rivalité avec le Rwanda. « Kigali voit la main de Wagner dans une déclaration d'une organisation de la société civile centrafricaine qui décrit l'inefficacité des troupes rwandaises et exhorte Touadéra à revoir ses accords avec le Rwanda, poursuit le rapport de Crisis Group. Le personnel de Wagner aurait également expliqué à de jeunes Centrafricains au Centre culturel russe de Bangui que les Etats-Unis utilisaient le Rwanda pour renforcer leur influence en RCA. » Propagande. Le Rwanda n'a pas répondu publiquement à ces accusations. Ses dirigeants entretiennent de bonnes relations avec le Kremlin, mais se méfient de Wagner dont les agents d'influence sont accusés de répandre une propagande anti-rwandaise. Selon Crisis Group, le Rwanda cherche à séparer ses zones d'opérations de celles du groupe paramilitaire afin de ne pas être entachés par les soupçons d'exactions russes. « Nous coexistons sans nous parler, mais sans nous affronter », résume l'ONG qui cite un officier rwandais.   Cette concurrence feutrée est une source de préoccupation majeure, d'autant qu'elle est doublée d'une rivalité économique. Kigali a signé de nombreux accords de coopération économique avec la RCA. Ses sociétés exploitent des fermes agricoles et des mines. Ce qui pourrait conduire à des affrontements avec les filiales du groupe Wagner, également opérateur minier. D'autant que les soldats rwandais comme les combattants de Wagner opèrent dans des zones proches des activités minières.   « Bangui et Kigali devraient améliorer la coordination pour s'assurer que les soldats rwandais et les mercenaires de Wagner ne se tirent pas dessus, conclut Crisis Group. Ces efforts sont indispensables pour que le partenariat entre le Rwanda et la RCA puisse contribuer à la résolution de la crise centrafricaine. » @P_Airaultt   Les Occidentaux souhaitent que le Rwanda et la Minusca récupèrent les prérogatives de la Russie pour former l'armée centrafricaine et assurer la réforme du secteur de la sécurité </text>
	

	<text titre="La gauche doit embrasser la loi et l'ordre" date="2023 07 14T00:00:00" journal="Libération" auteur="par slavoj zizek" annee="2023" mois="7" jour="14" journal_clean="Libération" keywords="loi, violentes, événements, émeutes, gauche, ordre, loi_et_l_ordre, france, public, russie, cours" langue="fr"> Deux événements ont retenu l'attention du public au cours de cet été de plus en plus fébrile : la mutinerie militaire ratée en Russie et les émeutes violentes en France. Bien que les médias aient couvert ces deux actualités en détail, une caractéristique commune semble être passée inaperçue. Des pillages et des incendies se sont répandus en France après que la police a abattu un jeune homme de 17 ans, Nahel, dans la banlieue parisienne, à Nanterre, le 27 juin. A travers le pays, des émeutiers ont provoqué des destructions de biens et ont tiré des feux d'artifice sur la police, qui a répondu par des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des grenades assourdissantes. Les événements ont pris une tournure encore plus inquiétante lorsqu'une partie des organisations syndicales de la police ont commencé à menacer le président Emmanuel Macron de révolte s'il ne résolvait pas la crise. Le 30 juin Alliance et Unsa- Police (les deux principaux syndicats de policiers) ont même publié un communiqué qui n'était rien de moins qu'une fissure dans l'édifice du pouvoir : en réaction aux émeutes, ces partisans de la ligne dure au sein des forces de l'ordre ont menacé d'agir contre leur propre Etat. Injustice coloniale Face à la mort de Nahel et aux émeutes, le discours prévisible de la gauche a été de dénoncer les préjugés raciaux de la police, de désigner l'égalité française comme une fiction, d'arguer que les jeunes immigrés se rebellent par absence de perspectives et de rappeler que le moyen de résoudre cette crise n'est pas une oppression policière toujours plus forte mais bien une transformation radicale de la société française. En bref, la colère monte depuis des années, l'assassinat de Nahel est la dernière détonation qui l'a révélée au grand jour. Et les manifestations violentes sont une réaction à un problème, pas le problème luimême. Il y a une part de vérité dans ce récit. En effet, comme l'ont révélé au grand jour les émeutes de 2005, à la suite de la mort de deux adolescents électrocutés alors qu'ils étaient poursuivis par la police, les préjugés et l'exclusion caractérisent la vie des jeunes immigrés et descendants d'immigrés en France. Pourtant, cette refonte de la société appelée des voeux par la gauche pour résoudre les problèmes histo- riques d'identité, d'exclusion économique et d'injustice coloniale est une solution sujette à caution. Elle suppose une issue progressiste à ces émeutes, alors qu'il n'y en a pas. Le fait que les manifestants aient pris pour cible les bus locaux, lesquels jouent un rôle central dans le transport des travailleurs des banlieues défavorisées de la périphérie de Paris, indique deux choses : les émeutes ont détruit des infrastructures qui permettaient aux gens ordinaires de gagner leur vie, et les victimes de ces destructions sont les pauvres, et non les riches. Les soulèvements populaires pour jouer un rôle de progrès doivent être portés par une vision émancipatrice, l'espoir qu'un autre monde est possible, comme le soulèvement de Maidan en Ukraine en 2013-2014 et les protestations iraniennes en cours déclenchées par les femmes kurdes qui ont refusé de porter la burka. Dans ce cas, même la menace d'une action violente est parfois nécessaire à la résolution politique. Deux victoires histo- riques canonisées par les commentateurs libéraux - la montée au pouvoir du Congrès national africain (ANC) en Afrique du Sud et les manifestations américaines pour les droits civiques menées par Martin Luther King Jr. - n'ont été possibles que parce qu'elles ont été soutenues par la perspective de la violence de la part de l'aile radicale de l'ANC et des noirs américains les plus militants. Les négociations sur la fin de l'apartheid en Afrique du Sud et l'abolition de la ségrégation raciale aux Etats-Unis ont abouti grâce à ces menaces.
Mais ce n'est pas le cas en France aujourd'hui, où la rébellion violente a peu de chances de se terminer par un quelconque accord progressiste pour les misérables de la Terre. Si la loi et l'ordre ne sont pas rapidement rétablis, le résultat final pourrait bien être l'élection de Marine Le Pen, leader du parti d'extrême droite du   RN. Les nationalistes anti-immigrés sont au pouvoir en Suède, en Norvège et en Italie - pourquoi pas en France ? Emmanuel Macron s'est présenté comme un technocrate sans position poli- tique ferme. Mais cette posture, autrefois considérée comme une force, apparaît aujourd'hui comme une faiblesse fatale. Des «états Faillis» En Russie, il était difficile de ne pas voir le caractère comique de la marche d'Evgueni Prigojine sur Moscou. Elle s'est achevée en moins de trente-six heures après que le Kremlin a proposé un marché. Evgueni Prigojine a évité un procès, mais a été contraint de retirer ses mercenaires de l'Ukraine et de s'installer au Belarus. Nous n'en savons pas assez pour savoir ce qui s'est réellement passé: sa marche était-elle destinée à une attaque d'envergure sur Moscou, ou s'agissait-il d'une menace vide, d'un geste qui n'était pas destiné à être réalisé, comme Prigojine lui-même l'a suggéré ? L'épisode tout entier peut aussi avoir été une forme brutale de négociation commerciale - une tentative d'empêcher l'adoption d'une loi stipulant que les forces irrégulières telles que le groupe Wagner devaient être placées sous le commandement des forces armées régulières. Qu'il s'agisse d'une tentative de coup d'Etat ou d'une négociation, l'événement témoigne de la réalité selon laquelle la Russie est en train de devenir un «Etat failli» - un Etat qui doit traiter avec des gangs militaires incontrôlés comme des partenaires dans une affaire véreuse. Les événements en France et en Russie s'inscrivent dans une tendance à l'instabilité, à la crise et au désordre en Europe.   Aujourd'hui, les Etats faillis ne se trouvent pas seulement dans les pays du Sud, de la Somalie au Pakistan en passant par l'Afrique du Sud. Si l'on mesure cette catégorie à l'effondrement du pouvoir de l'Etat, à l'atmosphère de guerre civile idéologique, aux assemblées bloquées et à l'insécurité   croissante des espaces publics, alors la Russie, la France, le Royaume-Uni et même les Etats-Unis devraient être compris de la même manière. Le 19 juin 2022, les républicains du Texas ont approuvé des mesures déclarant que le président Joe Biden «n'a pas été légitimement élu» et ont réprimandé le sénateur républicain John Cornyn pour avoir participé à des discussions bipartites sur le contrôle des armes à feu. Ils ont aussi voté un programme qui déclare que l'homosexualité est «un choix de vie anormal» et qui demande aux écoliers du Texas «d'apprendre l'humanité de l'enfant à naître». La première mesure, à savoir l'invalidation de l'élection de Joe Biden, constitue une avancée évidente vers une guerre civile «froide» aux Etats-Unis : la délégitimation de l'ordre politique. En France, l'évocation d'une guerre civile à venir est de rigueur à l'extrême droite. Le 30 juin, à la radio française, Eric Zemmour, politicien et polémiste du parti nationaliste Reconquête, a décrit les émeutes comme les «prémices d'une guerre civile, d'une guerre ethnique». Dans cette situation générale, la gauche doit s'approprier le slogan de l'ordre public. L'un des faits les plus attristants de l'histoire récente est que le seul cas d'invasion du siège du pouvoir par une foule révolutionnaire fut l'assaut du Capitole des Etats-Unis à Washington DC, le 6 janvier 2021, par les partisans de Donald Trump. Ils considéraient l'élection comme illégitime, un vol organisé par les élites politicoéconomiques. Les libéraux de gauche ont réagi avec un mélange de fascination et d'horreur. Certains de mes amis se lamentaient en disant : «Nous devrions faire quelque chose de similaire !» L'envie et la condamnation se sont mêlées lorsqu'ils ont vu des gens «ordinaires» s'introduire au sommet de la souveraineté de l'Etat, créant un carnaval qui a momentanément suspendu les règles de la vie publique.   En lançant une attaque populaire contre le siège du pouvoir, la droite populiste a-t-elle volé à la gauche le monopole de la résistance au système en place ? Le dilemme politique de notre temps se réduit-il au choix entre des élections parlementaires contrôlées par des élites corrompues et des soulèvements contrôlés par la droite dure ? Il n'est pas étonnant que Steve Bannon, l'idéologue de la droite populiste, se déclare «léniniste du XXIe siècle» : «Je suis un léniniste. Lénine   voulait détruire l'Etat, et c'est aussi mon objectif. Je veux que tout s'écroule et que tout l'establishment actuel soit détruit.» Tandis que les trumpistes s'extasiaient devant le 6 janvier, la gauche libérale se comportait comme de bons vieux conservateurs, demandant à la Garde nationale d'écraser la rébellion.   Les «racines sociales» A l'origine de cette situation étrange, nous trouvons une combinaison unique d'anarchie et d'autoritarisme sauvage. Nous entrons dans une période alliant subtilement une multiplication des insurrections et une montée de l'ochlocratie (1), avec une concentration sans précédent du pouvoir entre les mains de quelques-uns. C'est ce que la philosophe Catherine Malabou appelle «la combinaison à la fois insensée, monstrueuse et inédite d'une verticalité sauvage et d'une horizontalité incontrôlable». Et comme la «fonction sociale» de l'Etat s'est érodée au fil des années d'austérité, il ne peut plus s'exprimer que «par l'usage de la violence». C'est pourquoi il est essentiel de ne pas se contenter de rejeter et de condamner l'Etat en tant qu'instrument de domination. Face aux catastrophes naturelles, aux problèmes de la santé publique ou aux instabilités sociales, les forces progressistes doivent tenter de s'emparer et d'utiliser le pouvoir de l'Etat, non seulement pour calmer les craintes des populations dans l'urgence, mais aussi pour combattre leurs racines - racistes, xénophobes, sexistes, anti-progressistes - artificiellement créées pour maintenir les populations sous contrôle. La gauche ne doit pas craindre d'ajouter à ses tâches celle d'as- surer la sécurité des gens ordi- naires : il y a des signes clairs de la décadence croissante des moeurs publiques, des gangs de jeunes terrorisant les lieux publics, des gares aux centres commerciaux. Le simple fait de mentionner cette décadence est souvent rejeté comme étant un discours réactionnaire, et la réaction standard est que nous devons regarder les «racines sociales plus profondes» de ces phénomènes que sont le chômage, et le racisme institutionnel.   S'intéresser aux «racines sociales plus profondes» des émeutes ne doit pas mener la gauche à négliger les questions de la sécurité publique. Car elle se condamne elle-même, en concédant à l'ennemi un domaine important d'insatisfaction qui, en période d'anarchie, pousse les gens vers la droite. L'insécurité fait beaucoup plus de mal aux pauvres qu'aux riches qui vivent tranquillement dans leurs ghettos dorés. ?   (1) Régime politique dans lequel la «foule» (okhlos) a le pouvoir d'imposer sa volonté.   Cet article a été publié le 4 juillet dans The New Statesman. Traduit de l'anglais par Rodolphe Dourouni. </text>
	

	<text titre="Un général russe limogé et très remonté" date="2023 07 14T00:00:00" journal="Libération" auteur="veronika dorman" annee="2023" mois="7" jour="14" journal_clean="Libération" keywords="lourdes, armée, russe, général, pertes" langue="fr"> Tandis que l'armée ukrainienne avance laborieusement, repoussant pas à pas l'occupant, l'armée russe, qui essuie elle aussi de lourdes pertes sur le terrain, continue d'être secouée de l'intérieur. Mercredi soir, le major général Ivan Popov, commandant de la 58e armée, l'une des plus importantes formations des forces russes, a fustigé ouvertement sa hiérarchie. La méthode n'est pas sans rappeler les sorties jadis quotidiennes d'Evgueni Prigojine, les insultes et grossièretés en moins.
Dans un message audio -partagé sur les réseaux par Andreï Gouroulev, ex-commandant de l'armée russe devenu député -, l'homme de 48 ans au nom de guerre «Spartak» s'adresse à ses subordonnés, ses «chers gladiateurs»: il a été démis de ses fonctions pour avoir parlé franchement des difficultés qui rongent l'armée russe et mettent en péril sa combativité. «Je devais soit me taire, soit être lâche et dire ce qu'ils voulaient entendre. [ ] Je n'avais pas le droit de mentir en votre nom, au nom de tous nos amis morts au combat [ ] J'ai appelé les choses par leur nom», a martelé Popov.   Chantage. Il dit avoir demandé à ses supérieurs de procéder à une rotation des unités de première ligne, qui subissaient de lourdes pertes par manque de systèmes de contreartillerie et de reconnaissance d'artillerie. «Ils ont dû considérer que je représentais un certain danger et ont rapidement, en l'espace d'une journée, concocté un ordre du ministre de la Défense [ ] et se sont débarrassés de moi», poursuit le commandant, qui attend désormais «la suite de sa destinée militaire». Dès mardi, une chaîne Telegram liée au groupe Wagner, «Grey Zone», avait rapporté une prise de bec, la veille, entre le chef de l'état-major général Valeri Guerassimov et le général de division   Ivan Popov. Ce dernier insistait sur la nécessité de faire tourner les unités exsangues qui sont sur la ligne de combat depuis trop longtemps et menaçait de s'adresser directement à Vladimir Poutine, qui ne serait pas informé, selon Popov, de la réalité catastrophique du terrain. Guerassimov aurait accusé Popov d'alarmisme et de chantage. Puis, mardi toujours, un missile Storm Shadow s'est abattu sur l'hôtel Diuna, à Berdiansk, censé abriter le QG du commandement de la 58e armée, tuant le général Oleg Tsokov. Mais Tsokov se serait trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. La véritable cible était Ivan Popov, assurent les «milblogueurs» russes -c'est ainsi que le haut commandement se débarrasse des indésirables, en «balançant» les coordonnées des QG aux Ukrainiens.   Remous. «Notre armée n'a pas pu être percée depuis le front par les forces armées ukrainiennes, mais nous avons été frappés par l'arrière par notre chef principal, qui a traîtreusement et lâchement décapité l'armée au moment le plus difficile et le plus tendu», disait encore Popov dans son message. Fait-il référence aux remous des dernières semaines? Depuis le putsch raté d'Evgueni Prigojine, le 24 juin, les divisions au sein de l'armée russes se sont exacerbées. Le général Sergueï Sourovikine, ami intime du patron de Wagner et «membre VIP honoraire» de la société militaire privée, qui l'avait néanmoins désavoué publiquement, aurait été détenu et interrogé à plusieurs reprises. Il n'est plus jamais réapparu en public. Son entourage répète qu'il est «en vacances», qu'il «se repose». Selon le Wall Street Journal, le général, qui était au courant de la mutinerie mais n'y a pas participé, serait à Moscou, mais pas dans un centre de détention provisoire. Aucune charge n'a été retenue contre lui pour l'instant et il pourrait être libéré dès que Vladimir Poutine aura décidé de la réponse à apporter. Au moins treize hauts gradés ont été interpellés le 24 juin, rapporte le WSJ, citant des sources «au fait de la situation». Parmi eux, l'ancien chef adjoint du ministère de la Défense, le colonel général Mikhaïl Mizintsev, l'adjoint du colonel-général Sourovikine, Andreï Youdine, et le chef adjoint de la principale direction du renseignement de l'état-major général, Vladimir Alekseev. Au total, quinze officiers militaires de haut rang ont été suspendus ou démis de leurs fonctions après la mutinerie. </text>
	

	<text titre="Poutine : «Wagner n'existe pas !» (mais plus pour longtemps)" date="2023 07 15T00:00:00" journal="Libération" auteur="veronika dorman a lire en intégralité sur libé.fr" annee="2023" mois="7" jour="15" journal_clean="Libération" keywords="smp, existe, poutine, wagner, groupe" langue="fr"> Malgré les apparences, le groupe Wagner n'est pas une société militaire privée (SMP) que Moscou a laissée prospérer jusqu'à devenir incontrôlable. La preuve, c'est que les SMP n'ont pas d'existence légale en Russie. «Nous n'avons pas de loi sur les organisations militaires privées ! Elles n'existent tout simplement pas !» a expliqué Vladimir Poutine jeudi à un journaliste russe. Pas de loi, pas de SMP. Et tant pis si le président russe a déclaré il y a quinze jours que le groupe est intégralement financé par l'Etat russe. 86 milliards de roubles (un peu moins d'un milliard d'euros) versés à une «entité juridique [qui] n'existe pas».
Mais l'heure est venue de résoudre cette incohérence. Le Kremlin semble prêt à légaliser les compagnies militaires privées. «C'est une question à étudier, à examiner davantage», a déclaré vendredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. La manoeuvre est cousue de fil blanc. Jeudi, l'un des ménestrels historiques de Poutine, Andreï Kolesnikov de Kommersant, lui pose comme par hasard la question dans les couloirs d'un forum sur la physique quantique. Le lendemain, Peskov annonce que le sujet est en discussion. On peut s'attendre à ce que la loi soit adoptée rapidement par la Douma.   Le 24 juin, pendant que les hommes de Wagner marchaient sur Moscou, Vladimir Poutine a accusé son vieil ami Evgueni Prigojine de lui avoir planté un poignard dans le dos. Deux jours plus tard, le président russe tendait la main aux mercenaires qui s'étaient laissés induire en erreur, mais étaient prêts à continuer de «servir la patrie», c'est-à-dire oeuvrer en tant qu'armée de l'ombre de la Russie.   Comme l'a révélé Libération, dans la semaine qui a suivi la mutinerie, Poutine a convoqué Prigojine et ses principaux lieutenants. «Lors de la réunion avec eux, j'ai évalué d'une part ce qu'ils avaient fait sur le champ de bataille et d'autre part ce qu'ils avaient fait pendant les événements du 24 juin. Troisièmement, je leur ai montré les options possibles pour la suite de leur service», a expliqué Poutine à Kommersant. «Ils auraient tous pu se rassembler au même endroit et continuer à servir, et rien n'aurait changé pour eux. [ ] De nombreuses personnes ont hoché la tête lorsque j'ai dit cela. Et Prigojine, qui était assis devant et n'a rien vu, a dit après avoir écouté : &quot;Non, les gars ne sont pas d'accord avec cette décision&quot;.» Le bras de fer n'est pas terminé. </text>
	

	<text titre="Après la rébellion de Wagner, l'armée russe dans le flou" date="2023 07 15T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="15" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="règne, armée, russe" langue="fr"> Lucile Descamps   Cette tentative de rébellion ne pouvait pas rester sans conséquence. Mais force est de constater que près de trois semaines après, le flou règne encore en maître. Selon les renseignements américains, la plupart des mercenaires du groupe paramilitaire russe Wagner se trouvent encore en Ukraine, dans les zones occupées par la Russie. Mais ils ne participent plus « de manière significative » aux combats.   Une information cohérente avec les annonces de Vladimir Poutine, qui a assuré, jeudi, dans une interview, qu'Evgueni Prigojine avait refusé que ses hommes passent sous le commandement d'un chef nommé par le président russe - un mystérieux « Sedoï », soit « Cheveux gris », selon le journal russe « Kommersant ».
Que font donc les hommes de Prigojine, désormais livrés à eux-mêmes ? Difficile à dire précisément. « Leur matériel et leurs armes sont transférés à l'armée russe, rappelle Carole Grimaud, fondatrice du centre de réflexion genevois Center for Russia and Eastern Europe Research. A priori, ils se trouvent plutôt à l'est de l'Ukraine, mais on ne sait pas comment ils survivent ni s'ils n'ont pas été incorporés à l'armée régulière. » D'autant que Vladimir Poutine et son porte-parole après lui ont bien rappelé, jeudi et vendredi, qu'aux yeux de la loi russe actuelle, « la compagnie militaire privée Wagner n'existe pas et n'a jamais existé ».  Des soldats redéployés en Afrique ?Si le sujet doit être « évoqué à la Douma (la chambre basse du Parlement) », les contours de l'avenir de la milice ne sont pas beaucoup mieux définis que ceux de son présent. « La stratégie de Wagner en Afrique est toujours d'actualité », pointe la spécialiste de la Russie. Des soldats du groupe pourraient donc y être redéployés. Une partie d'entre eux rejoindront la Biélorussie, puisque le président Alexandre Loukachenko leur a proposé une reconversion plutôt alléchante : entraîner et conseiller les forces spéciales biélorusses. Selon Minsk, ils ont d'ailleurs déjà commencé à travailler comme « instructeurs ». Mais tous ne pourront pas trouver refuge là-bas. D'après Pavel Baev, chercheur associé au Centre Russie de l'Institut français des relations internationales (Ifri), seules quelques centaines d'entre eux seront autorisés à s'y rendre. Certains pourraient enfin gagner les forces de Ramzan Kadyrov, le dirigeant tchétchène. « Mais probablement pas un nombre important », juge Carole Grimaud.  Des chefs militaires limogésL'incertitude règne également du côté de l'armée régulière. Depuis la mutinerie avortée, Sergueï Sourovikine - qui fut pourtant en charge de l'offensive en Ukraine d'octobre 2022 à janvier 2023 - est officiellement « au repos ». Mais il n'est jamais réapparu publiquement. Quant au général Ivan Popov, en poste dans la région de Zaporijjia, il affirme avoir été limogé pour avoir alerté « durement » le haut commandement des difficultés sur le terrain.   « On assiste à une véritable purge plus qu'à une simple restructuration », décrypte Carole Grimaud. L'objectif est double à ses yeux : se débarrasser de ceux qui auraient pu aider Prigojine mais aussi de ceux qui auraient critiqué en interne les décisions de Valeri Guerassimov - le chef d'état-major qui a remplacé Sourovikine à la tête de ce qui est toujours appelé « l'opération spéciale » en Ukraine - ou du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou. « Tous ceux qui ont pu s'opposer aux décisions, même discrètement ou en privé, sont visés », avance la spécialiste, pour qui ce n'est d'ailleurs « que le début ». À terme, seuls les éléments les plus favorables à la guerre, fidèles au gouvernement, et les plus nationalistes devraient être maintenus à leur poste.   Pour l'instant, les difficultés internes à l'armée russe ne semblent pas faciliter la tâche des Ukrainiens. Ce vendredi, Kiev a reconnu que sa contre-offensive « n'avançait pas si vite » qu'espéré. En une semaine, ses forces ont regagné 1,7 km en direction de Melitopol, dans la zone sud du front. </text>
	

	<text titre="Un sommet de l’OTAN en demi-teinte" date="2023 07 15T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="15" journal_clean="Le Monde" keywords="président, poutine, bientôt, demi-teinte, l’otan, sommet, vladimir" langue="fr"> La chirurgie géopolitique peut faire des miracles, surtout lorsqu’elle est pratiquée par Vladimir Poutine. Il y a bientôt quatre ans, le président de la République, Emmanuel Macron, déclarait l’OTAN en état de « mort cérébrale ». Il y a deux mois, il reconnaissait que l’Alliance atlantique allait beaucoup mieux grâce à l’« électrochoc » administré par l’invasion de l’Ukraine. A l’issue du sommet qui s’est tenu les 11 et 12 juillet à Vilnius, en Lituanie, le diagnostic est clair : l’OTAN a grandi et repris des forces.   L’Alliance atlantique passe, d’abord, de 30 à 31 membres, sans doute bientôt à 32. L’adhésion de la Finlande est effective et celle de la Suède en bonne voie, grâce au revirement de dernière minute du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Cet élargissement n’est pas seulement arithmétique. L’OTAN s’enrichit de deux Etats membres dotés de solides forces de défense et dont la situation géographique lui permettra de régner sur la mer Baltique.
La levée du veto turc n’est pas non plus anodine, en dépit des marchandages de maquignon qui l’accompagnent. M. Erdogan a besoin des F-16 américains, dont son obstination bloquait la livraison ; il a aussi grand besoin de regagner la faveur des investissements occidentaux pour relancer son économie, en très mauvais état, et espère un rafraîchissement de l’union douanière avec Bruxelles. Enfin, s’il n’a pas renoncé à sa relation avec la Russie, le fait qu’il ait livré les commandants du bataillon Azov au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, passant outre les objections russes, montre qu’il a pris note de l’affaiblissement de Vladimir Poutine à la suite de l’affaire Prigojine. Autre conclusion notable du sommet de Vilnius : le renforcement des budgets de défense des Etats membres. La cible de 2 % du PIB n’est plus un plafond mais un plancher.   Le bilan sur l’Ukraine, en revanche, est en demi-teinte. Sur le principe de l’adhésion, le défi n’a pas été relevé : il s’agissait d’effacer l’erreur du sommet de Bucarest qui, en 2008, avait ouvert la porte de l’OTAN, en théorie, à l’Ukraine et à la Géorgie mais fermé toute possibilité concrète d’y entrer, à cause de l’opposition de Berlin et de Paris. Cette fois-ci, c’est le blocage des Etats-Unis qui a privé l’Ukraine d’une invitation formelle à rejoindre l’Alliance une fois la guerre terminée. Kiev doit se contenter d’une formule alambiquée sur la perspective d’une invitation « lorsque les alliés seront d’accord et lorsque les conditions seront réunies ». C’est, à nouveau, une occasion historique manquée.   M. Zelensky a accusé le coup et son amertume, reflétant l’état d’esprit des élites ukrainiennes après seize mois d’une épuisante guerre russe, a donné lieu à quelques réactions déplacées de la part de certains partenaires occidentaux. Le ministre britannique de la défense, notamment, Ben Wallace, a demandé à l’Ukraine de faire preuve de « gratitude »et suggéré que son pays, bien que très généreux à l’égard de Kiev, n’était pas « l’Amazon » de l’armement. C’est oublier que c’est l’Ukraine qui paie chaque jour le lourd coût humain de cette guerre.   Les dirigeants occidentaux, et en particulier ceux du G7, ont cherché à compenser l’échec politique de l’absence d’invitation par de vigoureux engagements, beaucoup plus concrets, sur le soutien militaire à la sécurité de l’Ukraine, y compris sur la durée. Des accords bilatéraux doivent à présent venir compléter ces engagements. Il est essentiel qu’ils soient tenus, pour la sécurité de l’Ukraine et pour celle de l’Europe. </text>
	

	<text titre="Ilia Iachine : « Si on n'arrête pas Poutine, il ira jusqu'aux pays Baltes et à Varsovie »" date="2023 07 18T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24542" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="7" jour="18" journal_clean="Le Figaro" keywords="iachine, baltes, pays, poutine, juin, ilia, russes, varsovie, ira, opposants" langue="fr"> ENTRETIEN Proche de l'ex-vice-premier ministre Boris Nemtsov assassiné en 2015, Ilia Iachine, 40 ans, est l'un des principaux opposants russes. Arrêté en juin 2022, il a été jugé pour avoir dénoncé, lors d'une intervention en direct sur YouTube, « le meurtre de civils »dans la ville ukrainienne de Boutcha, où l'armée russe a été accusée d'exactions, ce que nie Moscou. Il a été condamné en décembre dernier à 8 ans et demi de détention dans une colonie de régime général. C'est depuis sa prison moscovite de Medved (« Ours » , en russe), qu'Ilia Iachine a répondu par écrit, à la main, aux questions du Figaro.
LE FIGARO. - Comment analysez-vous la récente mutinerie d'Evgueni Prigojine, le chef des mercenaires du groupe Wagner ? Ilia IACHINE. - Cette affaire a révélé plusieurs problèmes graves des autorités russes. Tout d'abord, la vulnérabilité et le manque de fiabilité du système russe en ce qui concerne la gestion du « bloc de force » (ceux qu'on appelle les « silovikis » , l'armée, les « services » , etc., NDLR)sont apparus au grand jour. Pour diverses raisons, Poutine a délibérément abandonné le monopole de l'État sur la violence, en transférant une partie du pouvoir à des armées privées, dont Wagner est la plus importante. Ce système repose uniquement sur la loyauté personnelle de tous ces « silovikis » à l'égard de Poutine. Dès que cette loyauté s'est affaiblie, le système a commencé à se déchirer aux coutures.   Deuxièmement, Poutine a publiquement montré de la faiblesse en faisant des déclarations dures vis-à-vis de Prigojine qui n'ont pas été suivies d'actes aussi fermes. Les combattants de Wagner ont marché vers Moscou. Mais en fin de compte, Prigojine n'a pas été tenu pour responsable. Il est vivant et, a priori, en bonne santé; l'affaire criminelle le concernant est close. Les rebelles ont vu que, dans une situation critique, Poutine était hésitant et que, face à une force réelle, il avait peur de prendre des mesures énergiques.   Troisièmement, la réputation de Poutine a été fortement compromise aux yeux de la société russe. Les citoyens ont une fois de plus acquis la conviction que l'État est incapable d'assurer la sécurité nationale. La propagande dit que l'armée russe est capable d'affronter avec succès les troupes de l'Otan. Dans la pratique, cependant, elle a cédé devant une bande de mercenaires dirigée par un bandit. Tout cela, bien sûr, affaiblit le pouvoir de Poutine, accroît la nervosité de la bureaucratie et motive les élites à chercher une alternative à l'actuel résident du Kremlin. Tout cela me convainc aussi qu'avec la fin de la guerre, tôt ou tard, les problèmes de la Russie ne seront pas résolus. Le pouvoir a créé une grave crise de l'État, qui risque d'ouvrir une ère de troubles. Poutine est littéralement en train de créer de ses propres mains une menace existentielle pour notre pays. Et le rôle de l'opposition démocratique est, à mon avis, de sauver la Russie, de la libérer et de la ramener dans la société civilisée.  Quelles sont vos conditions de détention ?Depuis quelques mois, je suis détenu dans une prison moscovite appelée Medved. Il s'agit de la plus grande maison d'arrêt d'Europe de l'Est. Des milliers de prisonniers y occupent des cellules surpeuplées de trente à quarante personnes. Pour ma part, je suis dans un bloc cellulaire séparé. Ici, les cellules sont plus petites. Je n'ai que trois « colocataires ». Mais les détenus de ce bloc cellulaire spécial sont contrôlés de manière beaucoup plus stricte et toutes mes actions sont enregistrées par vidéo.   Je passe la plupart de mon temps en prison à lire et à écrire. Il est important pour moi de rester une voix publique russe contre la guerre et la tyrannie - c'est comme cela que je vois mon rôle et ma mission.   Quant à mon état d'esprit, j'ai certainement vécu de meilleurs moments. Mais je vais bien et je tiens bon. La force me vient tout d'abord de la conscience d'avoir raison. Après tout, je ne suis pas allé en prison pour quelque chose de stupide, mais parce que j'ai parlé haut et fort contre une guerre barbare déclenchée par un dictateur. De plus, le soutien d'un grand nombre de personnes m'aide beaucoup psychologiquement.  De nombreux opposants ont quitté la Russie. Quel rôle peut jouer, selon vous, l'opposition en exil qui apparaît fragmentée ?Je salue l'auto-organisation des groupes russes d'opposition et de défense des droits humains à l'étranger. Plus de 1 million de nos compatriotes ont quitté la Russie après le début de la guerre, et la plupart d'entre eux sont des personnes aux opinions démocratiques qui désapprouvent l'agression contre l'Ukraine et ont une attitude négative envers Poutine. Selon moi, la tâche de l'opposition en exil est de protéger et de représenter publiquement nos émigrants, dispersés dans le monde entier, mais qui sont disposés à travailler pour la formation d'une nouvelle Russie libre et démocratique.   Il est nécessaire d'organiser des campagnes publiques, des manifestations devant les ambassades, des activités visant à promouvoir les sanctions. Bien entendu, les opposants en exil devraient également s'engager dans un travail politique. Développer des ressources d'information accessibles à un large public russe en offrant une vision alternative à la situation actuelle, en élaborant des programmes de réformes et en faisant appel à la communauté internationale, pour montrer que les Russes ne sont pas tous favorables à Poutine. Mais un mouvement d'opposition ne peut pas exister uniquement à l'étranger et s'isoler de son propre pays. Malgré une émigration sans précédent, notre auditoire principal, notre peuple, reste en Russie. Aucun changement ne se produira tant que la société, ici en Russie, ne trouvera pas la motivation, la volonté et le courage d'exiger et de réaliser ces changements.   Il est très important que nos partisans, les millions de personnes qui veulent la paix et la liberté, ne se sentent pas trahis et abandonnés à l'intérieur du pays, en tête-à-tête avec un système cannibale. C'est pour cette raison que je suis resté en Russie, avec mon peuple, et que j'ai préféré la prison à l'émigration. C'est pour cette même raison qu'Alexeï Navalny (le principal opposant du Kremlin, détenu depuis juin 2021) est retourné dans son pays natal, même s'il savait qu'il serait inévitablement arrêté.   Selon moi, la force de l'opposition démocratique réside aujourd'hui dans sa mobilité et son organisation horizontale. Je ne vois pas l'intérêt de créer péniblement une structure unique sur le principe d'un parti classique avec un président et un conseil politique. Il serait facile de décapiter et de détruire une telle structure. Il faut plutôt s'appuyer sur des groupes coordonnés mais autonomes, à l'intérieur et à l'extérieur de la Russie. Quant à l'unification de l'opposition, elle doit se faire autour d'un projet concret ou pour résoudre un problème pratique. Par exemple : organiser une grande marche contre la guerre, sous les drapeaux russes dans une capitale européenne. Ou désigner un candidat à l'élection présidentielle quand une telle possibilité se présentera.  Les dirigeants occidentaux ont pris leurs distances avec Poutine et donnent la priorité à l'action militaire. Comment jugez-vous l'engagement occidental ?La politique agressive de Poutine et la guerre qu'il a déclenchée sont en grande partie le résultat d'années d'apaisement à l'égard de la dictature russe par les dirigeants occidentaux. Dès son arrivée au Kremlin, Poutine a mis en place un régime de pouvoir personnel, emprisonnant et assassinant ses critiques, détruisant les institutions démocratiques, fermant les chaînes de télévision et les journaux qu'il n'aimait pas. Mais l'Occident fermait les yeux, car la coopération avec Moscou était économiquement avantageuse. Même l'annexion de la Crimée et la guerre dans le Donbass en 2014-2015, au lieu de susciter une défense solidaire de l'Ukraine, se sont terminées par une danse rituelle autour de Poutine à Minsk. Oui, après le 24 février 2022, l'Occident a reçu un véritable choc et a commencé à changer sa politique à l'égard du Kremlin. Les États-Unis et l'UE ont compris : si nous ne résistons pas sérieusement à l'agression, Poutine mordra dans un aussi gros morceau de l'Europe qu'il sera capable d'en avaler. Si on ne le stoppe pas en Ukraine, il ira jusqu'aux pays Baltes et à Varsovie. Il est bon que l'Occident ait enfin pris conscience de la gravité de cette menace. Si cette position de fermeté devait céder la place dans un certain temps à une « détente » ou à une « réinitialisation » des relations, alors une nouvelle guerre en Europe, plus importante et plus destructrice encore, serait inévitable.  Poutine peut-il gagner la guerre ?Les plans initiaux de Poutine pour cette guerre ne semblent plus être réalisables. L'occupation de la majeure partie de l'Ukraine, le changement de pouvoir à Kiev par la force des armes et le remplacement de Zelensky par une marionnette du Kremlin sont impossibles. Le Kremlin a fait un mauvais calcul, il a perdu l'initiative stratégique et l'issue de la guerre dépend principalement du succès avec lequel le commandement de l'armée ukrainienne sera en mesure d'organiser la contre-offensive estivale. Il est clair que le plan de Poutine est de garder le contrôle des territoires déjà occupés, y compris un couloir terrestre vers la Crimée par le bord de la mer d'Azov. Il utilisera la propagande et la manipulation pour présenter à la société russe ces conquêtes comme une victoire militaire. Y parviendra-t-il ? J'en doute. L'irritation à l'égard de Poutine grandit de manière perceptible parmi ses partisans les plus radicaux, qui avaient initialement soutenu avec ferveur l'invasion de l'Ukraine. </text>
	

	<text titre="Avec la chute du rouble, l'inflation menace à nouveau en Russie" date="2023 07 19T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24003" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="7" jour="19" journal_clean="Les Echos" keywords="rouble, fin, russe, évolution, chute, devise, inflation, russie" langue="fr"> Depuis la fin du mois dernier, beaucoup de Moscovites gardent un oeil sur l'évolution du cours du rouble. La devise nationale russe a de nouveau chuté depuis la rébellion avortée d'Evguéni Prigojine le 24 juin, passant en quelques jours de 88 à plus de 100 roubles pour un euro. Une chute certes contrôlée mais avec, en fin de compte, le niveau le plus bas depuis quinze mois, juste après le lancement de « l'opération militaire spéciale » du Kremlin en Ukraine.
« Une monnaie faible ne change pas tout de suite notre vie au quotidien. Mais toute baisse renchérit de facto nos importations », explique Andreï, dentiste à Moscou. « Du coup, ça risque de relancer l'inflation ! » s'inquiète aussi Dmitrï, garagiste dans la banlieue de la capitale.  Conséquences en chaîneIndirectement, les sanctions occidentales contre Moscou intensifient les conséquences en chaîne de toute dépréciation du rouble. Par exemple, la majorité des produits utilisés par Andreï dans son cabinet dentaire, tout comme les pièces automobiles nécessaires au garage de Dmitrï, viennent de l'Ouest. Formellement, ces produits ne sont pas sous le coup des mesures américaines et européennes prises contre l'économie russe. Mais de nombreux fournisseurs occidentaux refusent de livrer directement à la Russie. Et, d'une manière générale, le conflit en Ukraine a compliqué les réseaux logistiques de livraison.  « Dans les faits, nous sommes donc obligés de passer par des intermédiaires se fournissant sur le marché gris, en Iran, en Chine, en Turquie. D'où une forte augmentation des prix, plus de 1,5 fois plus élevés qu'avant, explique Andreï entre deux patients. A cela, s'ajoutent maintenant les effets de la baisse de notre devise. »Lorsque le rouble était passé au-dessus de 80 pour un euro, l'intermédiaire avait déjà relevé ses tarifs. Le dentiste redoute désormais de devoir les augmenter à nouveau. « Au début du conflit en Ukraine, les prix des pièces détachées avaient augmenté d'un coup jusqu'à dix fois. Puis ça s'est calmé : juste le double des prix d'avant. L'actuelle baisse du rouble va inverser à nouveau la tendance », s'inquiète Dmitrï.  Hausse des tauxCette chute du rouble risque donc de remettre en question le reflux de l'inflation qui, après un niveau record en avril 2022 (près de 18 %), a progressivement fléchi, passant au printemps sous les 3 %. Cette accalmie venait avant tout de l'évolution de la base de calcul pour comparer les prix en glissement annuel. En juin, l'inflation est déjà repartie à la hausse, passant à 3,25 %.   La Banque centrale, qui vise 4 % l'an prochain, anticipe une poussée à 4,5-6,5 % d'ici la fin de l'année. Depuis septembre, elle a maintenu son taux directeur à 7,5 %, loin du pic après le début du conflit en Ukraine (20 %). La résilience de l'économie russe face aux sanctions occidentales avait rassuré les autorités. Mais la soudaine baisse du rouble pourrait désormais contraindre la Banque centrale à relever ses taux à nouveau.  Bon pour les finances publiquesAlors que les indicateurs macroéconomiques sont stables et que le taux de chômage atteint le niveau le plus bas de l'histoire (3,2 %), la baisse du pouvoir d'achat demeure la principale ombre au tableau économique du Kremlin. Les ménages citent l'inflation comme une préoccupation majeure, la majorité d'entre eux ayant peu d'épargne après trois décennies de crises économiques.   Le budget de l'Etat, quant à lui, fait face à un déficit croissant. Certes loin des niveaux européens, il augmente au fil des dépenses militaires d'un confit qui s'annonce long. Paradoxalement, la baisse du rouble devrait apporter une bonne nouvelle pour les comptes d'un pays avant tout exportateur d'hydrocarbures. Ces ventes de pétrole et de gaz à l'étranger vont désormais rapporter davantage, une fois converties en roubles dans le budget de l'Etat.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="La nouvelle vie de Mikhaïl Khodorkovski" date="2023 07 19T00:00:00" journal="La Croix, no. 42671" auteur="alain guillemoles" annee="2023" mois="7" jour="19" journal_clean="La Croix" keywords="nouvelle, khodorkovski, bruxelles, parlement, mikhaïl, vie, russes, juin" langue="fr"> Bruxelles   De notre envoyé spécial   Ce matin de juin 2023, à Bruxelles, devant l'entrée du Parlement européen, c'est le moment des retrouvailles. Les opposants russes en exil ont rendez-vous, à l'invitation de quelques députés européens. On se salue, on s'embrasse... Beaucoup ne se sont plus revus depuis des mois.   Au milieu d'eux, une silhouette est familière : cheveux ras, petites lunettes rondes, tête rentrée dans le cou, et toujours ce visage inexpressif. Il s'agit bien de Mikhaïl Khodorkovski, l'homme qui fut le plus riche de Russie, puis qui a purgé dix ans de détention. Vladimir Poutine a voulu le détruire. Il l'a privé de sa fortune. L'État russe s'est emparé de sa société pétrolière, Ioukos. En 2013, il a pu être autorisé à quitter le pays.
Parmi les oligarques, il reste une figure à part, dont le destin a radicalement divergé de celui de ses homologues pour devenir, très tôt, un opposant du président russe. « Il était très ambitieux, avait des idées, et voulait peser sur la politique. Il a été un des premiers à voir qu'une forme de dictature était en train de se construire en Russie, et il est celui qui n'a pas craint de le dire à haute voix, lors d'une réunion au Kremlin. À cause de cela, il a été puni »,résume David Hoffman, journaliste américain qui fut correspondant à Moscou pour le Washington Post, de 1995 à 2001.   Aujourd'hui, il reste l'un des adversaires les plus acharnés de Vladimir Poutine et un soutien de l'opposition russe. « Il aide les Russes qui quittent le pays et sont dans différentes capitales européennes. Il soutient l'organisation de colloques pour créer des échanges entre les différents courants de l'opposition et de la société civile russe exilée », explique Olga Prokopieva, de Russie-Libertés, la principale association qui porte la voix de la société civile russe en France.   La réunion d'aujourd'hui est précisément faite pour cela. Dans une salle du Parlement de Bruxelles se retrouvent tous ceux que le régime a voulu faire taire : des avocats, des journalistes, d'anciens députés et ministres, des activistes écolo-féministes. Les discours évoquent le besoin de contrer la propagande officielle, de s'unir, malgré les vieilles inimitiés et les rivalités qui sont toujours là. On souhaite ouvertement « une victoire de l'Ukraine » comme seul moyen d'ouvrir la voie à un changement de régime en Russie.   Entre deux réunions, dans un couloir, Mikhaïl Khodorkovski ne dit pas autre chose. Il concentre ses critiques sur Vladimir Poutine, accusé de provoquer « la désintégration de la Russie », et juge que « le meilleur argument pour changer le regard des Russes sur le régime, c'est l'action de l'armée ukrainienne ».Il soutient le retour de la Russie dans ses frontières « internationalement reconnues », ce qui implique de rendre la Crimée.   Quand on l'interroge sur son espoir de revoir un jour son pays, il lâche : « J'aimerais bien le croire. Mais la vie m'a rendu moins optimiste... Le but que je veux atteindre est de contribuer au changement en Russie, ce qui permettra aux gens comme moi d'y revenir en toute sécurité. »Il s'exprime d'une voix égale, l'air impénétrable. Tout en lui indique une détermination profonde, un calme froid. Est-il animé par un désir de vengeance personnelle ? Une ambition de s'asseoir dans le fauteuil présidentiel ? Peut-être, mais il est trop intelligent pour le dire.   Au lieu de cela, quand on lui pose la question, il indique simplement : « Je vois mon rôle aujourd'hui comme quelqu'un qui veut aider l'opposition russe à élaborer une position commune sur la guerre et sur l'avenir de la démocratie en Russie. C'est ce qui m'intéresse. J'aurai bientôt 60 ans. À l'échelle russe, c'est beaucoup. Cela signifie qu'il est temps de faire venir sur la scène politique russe une nouvelle génération. »Et pour cela, il joue le jeu de la démocratie. Il se mêle toute la journée aux activistes de la société civile qui sont lancés dans des discussions parfois brouillonnes. Il passe des heures à les écouter, enfoncé dans son fauteuil. Il parle peu, n'applaudit pas lorsque la salle s'enflamme. Il n'est accompagné d'aucun garde du corps, porte des chaussures élimées et un costume froissé, une vieille sacoche à la main.  « Il a des goûts simples, ne possède pas de yacht, pas de voiture avec chauffeur. Quand il est sorti de détention, lorsque nous l'avons accueilli à Paris, il a voulu aller manger un steak frites », raconte Boris Durande, son porte-parole français à l'époque de sa détention. Mikhaïl Khodorkovski est à l'opposé d'un grand nombre d'oligarques russes. Il est plus intéressé par le pouvoir que par l'argent.   Aujourd'hui, il vit à Londres dans un hôtel particulier, son seul luxe. Il est marié en secondes noces à une ancienne comptable de Ioukos avec laquelle il a eu des jumeaux. Il a aussi un fils de son premier mariage, Pavel, qui vit à New York où il est entrepreneur dans les nouvelles technologies. Et pour tout ce qui concerne ses activités, il reste fidèle aux membres de son équipe russe qui l'entourait à la direction de Ioukos.   En Russie, il n'a plus rien. Ses parents sont décédés. L'orphelinat qu'il avait créé, dans l'enceinte de sa propriété moscovite, n'existe plus. Nul ne connaît l'état de sa fortune, ni où elle est placée. Un bras de fer juridique oppose toujours les anciens actionnaires de Ioukos et la Russie. Officiellement, cela ne le concerne plus car il a vendu toutes ses parts après son arrestation. Son ancien associé Leonid Nevzlin, dont il reste proche, vit en Israël et réclame à l'État russe le paiement de dommages et intérêts de 50 milliards de dollars.   Le combat devant les tribunaux néerlandais dure depuis seize ans. En novembre 2021, la Russie a gagné une manche. Mais les actionnaires de Ioukos continuent le combat. Et il est difficile de croire que Mikhaïl Khodorkovski ne s'y intéresse pas.   Si l'ancien oligarque a mis fin à sa vie d'entrepreneur, il garde en tout cas des moyens financiers significatifs. Il les consacre au Centre Khodorkovski et à sa fondation Open Russia. Dans sa biographie, sur Twitter, il se présente comme l' « un des leaders de l'opposition russe, réformateur, ex-prisonnier politique (2003-2013) ».   À chaque occasion qui lui est donnée de prendre la parole, il défend l'idée d'une Russie qui deviendrait une république parlementaire et une vraie fédération, avec des régions ayant un plus grand contrôle de leurs ressources.   Son désir de chasser le président russe du pouvoir est tel qu'il peut parfois l'entraîner très loin. En juin dernier, quand le dirigeant du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, a entamé sa marche vers Moscou, il a appelé à le soutenir avec cette explication : « C'est un coup porté à la légitimité de Poutine, et tout ce qui fracture le régime est bon. » Au sein de l'opposition libérale russe, beaucoup se sont pincé le nez...   Peu après la révolution ukrainienne de 2014, il a misé sur ce pays pour devenir une plateforme de l'opposition russe, un contre-modèle de la Russie actuelle. Il a tenté de s'y faire une place. Il a été accueilli poliment, mais sans enthousiasme. Les dirigeants locaux ont flairé le piège. Ils lui ont rapidement fait savoir que son combat n'était pas le leur. Ils regardaient déjà vers l'Europe avec la volonté de découpler leur destin de celui des Russes. Ils ont prié le milliardaire russe d'aller poursuivre son activité politique ailleurs...   En Russie, les oligarques ne sont pas populaires. « Il a récemment indiqué qu'il ne souhaitait pas prendre la tête du pays. Je pense qu'il sait que ses perspectives sont réduites. En revanche il mise sur les jeunes représentants de l'opposition russe exilée », confirme Olga Prokopieva. L'ancien milliardaire a peu de chances de jouer un rôle direct dans les changements à venir. Mais une défaite de Poutine serait déjà, pour lui, une victoire par procuration. Et cela semble désormais son principal objectif. </text>
	

	<text titre="Erdogan, prenant acte de l'affaiblissement de la Russie, veut attirer les inves tissements européens" date="2023 07 20T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24544" auteur="minoui, delphine" annee="2023" mois="7" jour="20" journal_clean="Le Figaro" keywords="erdogan, européens, affaiblissement, attirer" langue="fr"> ENCORE un nouveau coup de poker d'Erdogan ? En conditionnant, lors du sommet de l'Alliance atlantique à Vilnius, l'entrée de la Suède dans l'Otan à la réouverture des négociations sur l'adhésion de son pays à l'Union européenne, le président turc a une fois de plus imposé son tempo. « Les deux sujets n'ont rien à voir entre deux. Mais en les reliant à la dernière minute, le chef de l'État turc est parvenu à imposer son agenda, au point que Louis Michel, le président du Conseil européen, s'est retrouvé à participer à des réunions qui n'étaient pas prévues et à faire des déclarations dans le sens d'une redynamisation des relations » , observe Didier Billion, directeur adjoint de l'Iris et spécialiste de la Turquie. À Bruxelles, comme à Ankara, on parle déjà d'une reprise des discussions autour de la modernisation de l'Union douanière et d'une amélioration du régime des visas, même si, précise le géopolitologue, «personne ne se fait d'illusion sur une réactivation des pourparlers d'intégration de l'UE par la Turquie ».
Le sujet, particulièrement épineux, connaît des hauts et des bas depuis plus de deux décennies. Tout commence en 1987, lorsque la Turquie dépose sa candidature à la Communauté économique européenne, avant de nouer un accord d'union douanière avec les Européens en 1995, et de démarrer des négociations d'adhésion en 2005. À Ankara, une série de réformes sont alors enclenchées pour mener à bien ce processus. Très vite, pourtant, les discussions s'enlisent, sur fond de désaccord et de malentendus. En évoquant, dès 2007, un simple « partenariat privilégié » avec Ankara, les dirigeants français et allemands Nicolas Sarkozy et Angela Merkel auraient, selon les observateurs, entamé la confiance des Turcs. Mais du point de vue européen, la non-résolution de la question chypriote, les atteintes à la liberté d'expression et la régression en matière de droits humains, notamment depuis le putsch raté de 2016, ont contribué chaque jour un peu plus à éloigner la Turquie des valeurs démocratiques promues dans la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. «Les négociations d'adhésion sont au point mort », avait tranché le Conseil de l'Union européenne en 2018. «La vérité est là : Erdogan n'a pas l'intention d'adhérer à l'UE. Et la question de la démocratisation ne le taraude guère », estime le journaliste turc Mehmet Yilmaz, dans une chronique parue le 12 juillet sur le site d'information indépendant T24.   L'homme fort du pays n'en demeure pas moins un redoutable calculateur. « Erdogan est un cavalier infatigable. Ressortir la question européenne en pleine négociation avec l'Otan, c'est une façon de dire : je me prépare déjà à la prochaine bataille. C'est ainsi qu'il opère. Il ne descend jamais de cheval. C'est ce qui le fait tenir. Il a besoin de batailles, de défis, de menaces et de tensions pour pouvoir gagner», observe Bayram Balci, chercheur au Ceri-Sciences Po Paris, et ancien directeur de l'Institut français d'études anatoliennes à Istanbul. Une façon, aussi, d'imbriquer différents dossiers à son avantage, et de faire monter les enchères au moment opportun. «L'adhésion de la Suède, qu'il a finalement acceptée contre d'importantes concessions de Stockholm, reste désormais conditionnée au vote du Parlement, en octobre prochain. Ce qui lui permet indirectement de mettre la pression sur l'Europe et d'inviter les Européens à faire des gestes de bonne volonté à l'égard d'Ankara», poursuit-il.   Le président Erdogan en est conscient : l'Europe a besoin de la Turquie, que ce soit pour tenter de sauver l'accord céréalier permettant l'exportation du blé ukrainien via la mer Noire, ou encore pour la question migratoire. En 2016, un « deal » fut scellé, afin de « retenir » les réfugiés, notamment syriens, sur le territoire turc, moyennant une enveloppe financière. Coutumier des volte-face, le « reis » d'Ankara n'a eu aucun scrupule à jouer ces dernières années au maître-chanteur, en menaçant à plusieurs reprises d'ouvrir le « robinet à réfugiés » à chaque regain de tension avec ses interlocuteurs européens. Sans compter les enjeux énergétiques européens : depuis la fin des livraisons d'hydrocarbures russes, l'Union européenne se doit de diversifier ses sources d'approvisionnement et la Turquie, qui se positionne comme un hub, pourrait jouer un rôle important. « En ressortant la question de l'adhésion au moment où l'on ne s'y attendait pas, Erdogan continue à faire parler de lui et à poser les conditions du débat », estime Bayram Balci.   En interne, la manoeuvre constitue également un gain politique pour le « reis » , réélu pour cinq ans en mai dernier avec 52 % des voix, mais déjà d'attaque pour les municipales de mars 2024. « Il a confiance en son pouvoir de propagande et il sait qu'en l'utilisant il pourra convaincre le public qu'il a obtenu beaucoup en échange de l'acceptation de l'adhésion de la Suède », écrit Mehmet Yilmaz, en faisant état des éloges relayés par la presse gouvernementale, unanime sur cette « victoire diplomatique ».   Mais la Turquie, elle aussi, a besoin de l'Europe. Si Ankara continue de flirter avec Moscou, les autorités turques ont récemment prouvé qu'elles étaient capables de concessions envers l'Ukraine et l'Europe : le retour à Kiev de cinq membres du régiment Azov, capturés par les forces russes et libérées dans le cadre d'un échange de prisonniers, au terme d'une visite du président Volodymyr Zelensky en Turquie - suivi d'un soutien ouvert à l'intégration de l'Ukraine dans l'Otan - en est la preuve la plus récente. La conscience de l'affaiblissement de Vladimir Poutine, après la mutinerie avortée de Wagner, pourrait en être l'explication.  « Pour Erdogan, il y a un avant et un après-Prigojine. La Russie n'est pas un avenir possible. La Turquie n'a pas intérêt à rompre avec l'Europe. Même si l'adhésion n'est plus une option, le maintien d'une relation solide est dans son intérêt » , estime Bayram Balci.   Dans cette nouvelle main tendue à l'Europe, le facteur économique joue un rôle primordial. Confrontée à une inflation record et à une chute de sa monnaie, la Turquie ne peut faire abstraction de ses partenaires européens. « Même si la Turquie s'est tournée vers d'autres pays, notamment dans le Golfe, elle a besoin de se rabibocher avec l'Europe pour relancer les échanges commerciaux et attirer les investissements directs, en chute accélérée depuis le putsch avorté de 2016 », évoque Didier Billion, de l'Iris. Pour ceci, précise-t-il, il est indispensable de recréer un climat de confiance : «Les investisseurs français et européens sont évidemment très intéressés par le marché turc, mais ils n'ont pas les coudées franches, ils ont peur. Et ils attendent des signaux positifs.»La composition du nouveau gouvernement turc est à lire dans ce sens. Le changement de certains visages pourrait, disent les plus optimistes, marquer un vrai tournant. L'ex-chef des renseignements, Hakan Fidan, aujourd'hui chargé du portefeuille des Affaires étrangères, est au fait des dossiers les plus pointus du pays. Quant à la nomination de Mehmet Simsek, connu pour son penchant pour une politique monétaire orthodoxe, au poste de ministre des Finances, elle indique une volonté de rassurer les investisseurs internationaux. «En constituant son nouveau gouvernement, Erdogan a démenti ce qu'on lui reprochait : privilégier la loyauté au détriment de l'efficacité. Là, il a prouvé le contraire en s'entourant d'une équipe de technocrates compétents. C'est un message fort envoyé à l'Occident, un gage d'ouverture à la communauté internationale, avec une équipe ouverte, professionnelle, ni idéologue ni islamiste, comme certains auraient pu le craindre », relève Bayram Balci. Le choix de la nouvelle gouverneur de la Banque centrale s'inscrit dans cette même tendance : dès sa première réunion de politique monétaire, fin juin, Hafize Gaye Erkan a élevé le taux directeur en abandonnant pour la première fois depuis deux ans les mesures économiques non conventionnelles promues par le président turc. Pour autant, ce changement de cap ne traduit pas un bouleversement radical. «La tâche ne sera pas facile, dans la mesure où un retour comparable à des politiques orthodoxes fin 2020 avait duré moins de cinq mois. Le fait qu'Erdogan soutienne actuellement une approche plus conventionnelle ne signifie pas nécessairement qu'il renoncera totalement à ses convictions s'agissant des taux d'intérêt », observe l'économiste Selva Demiralp, présidente de Yapi Kredi Economic Research à l'Université Koç.   En constituant son nouveau gouvernement, Erdogan a envoyé un gage d'ouverture à la communauté internationale, avec une équipe ouverte, professionnelle, ni idéologue ni islamisteBAYRAM BALCI, CHERCHEUR   AU CERI-SCIENCES PO PARIS </text>
	

	<text titre="L’armée russe toujours sous le coup de la rébellion des Wagner" date="2023 07 21T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="nicolas ruisseau" annee="2023" mois="7" jour="21" journal_clean="Le Monde" keywords="wagner, rébellion, armée, russe" langue="fr"> Moscou - correspondance - Devant leur écran de télévision, les Russes n’ont pas de doute. Après de turbulentes semaines, l’heure est au retour à la normale dans leur armée. Les chaînes contrôlées par le Kremlin de Vladimir Poutine l’assurent. Les « héros » sont repartis à l’offensive, sur le front au Donbass, avec aussi des frappes sur Kiev et Odessa. Près d’un mois après la spectaculaire mais vaine rébellion d’Evgueni Prigojine, patron de la milice Wagner, le message est clair : tout serait rentré dans l’ordre. « L’opacité et l’incohérence en apparence sont une constante dans les forces armées russes où différents courants s’affrontent » , prévient cependant un observateur militaire occidental à Moscou, peu convaincu par la furtive réapparition en public, le 10 juillet, de Valeri Guerassimov ; le chef d’état-major n’avait pas été vu depuis la mutinerie des Wagner, les 23 et 24 juin.
A l’instar de Prigojine, plusieurs blogueurs nationalistes lui reprochent son incapacité à mener à bien l’offensive. Selon Rybar, l’un de ces commentateurs en ligne, le Kremlin aurait écarté Valeri Guerassimov de la tête des opérations en Ukraine. Une simple rumeur qui a permis de mettre sur le devant de la scène un autre nom : Mikhail Teplinsky, son adjoint chargé des forces aéroportées, un peu vite présenté comme son remplaçant.  Arrestations prétextesLe maintien apparent, mais incertain, de Valeri Guerassimov entretient les rumeurs de purge qui serait menée sous la direction du ministre de la défense, Sergueï Choïgou, contre des officiers accusés d’avoir soutenu la rébellion des Wagner. Le major général Alexander Kornev auraitété démis de ses fonctions de commandement de la 7e division d’assaut aéroportée. Le général Ramil Ibatoulline, commandant de la 90e division, et deux de ses adjoints auraient été arrêtés sous prétexte d’irrégularités financières. Autre mystérieux cas : le major général Ivan Popov. Dans un message audio rendu public le 13 juillet, il affirme avoir été suspendu de ses fonctions pour avoir alerté « durement »le haut commandement des lourdes pertes humaines et du manque de matériel de pointe sur le front ukrainien. Il sait de quoi il parle : il dirige la 58e armée russe qui, positionnée à Zaporijia, passe pour l’une des plus efficaces au combat. Jusque-là inconnu du grand public,il emploie dans la bande audio un langage cru, proche de celui d’Evgueni Prigojine. « Nous avons été frappés par-derrière par notre chef principal, qui a lâchement décapité l’armée au moment le plus difficile », déclare-t-il, en semblant viser son chef d’état-major. Valeri Guerassimov l’accuserait depuis de « désinformation et d’alarmisme ».   La soudaine et intrigante absence de Sergueï Sourovikine alimente aussi les rumeurs de purge. Ce vétéran des guerres de Tchétchénie et de Syrie a dirigé l’offensive en Ukraine d’octobre 2022 à janvier 2023. Réputé proche d’Evgueni Prigojine, il a disparu depuis la rébellion des Wagner dont il aurait été tenu informé à l’avance. Sa dernière apparition publique remonte à une étrange vidéo, publiée la nuit de l’insurrection, dans laquelle, visiblement sous contrainte, il appelle les paramilitaires à cesser leur mouvement. En uniforme, il ne portait pas ses épaulettes, signe qu’il était peut-être déjà déchu et incarcéré.   Cette ambiance délétère conforte la montée en puissance de Viktor Zolotov, plus que jamais homme de confiance de Vladimir Poutine. Chef de la garde nationale, qui compte jusqu’à 400 000 hommes, ce général issu des services secrets cumule les fonctions, entre protection des frontières et lutte contre le terrorisme, sous l’autorité directe du Kremlin.   Ancien garde du corps de Poutine, il a envoyé des hommes sur le front ukrainien qui, contrairement aux Wagner, combattent dans les rangs de l’armée conventionnelle. Et lors de la rébellion des miliciens, ses troupes, de l’aveu même du chef du Kremlin, ont « travaillé de manière excellente ». En guise de récompense, la garde nationale pourrait récupérer les armes lourdes des paramilitaires déchus. Plus que jamais, Viktor Zolotov, qui se mesure en boxe et en judo avec Vladimir Poutine, se voit en sauveur du Kremlin et de l’unité du pays. </text>
	

	<text titre="La réapparition de  Prigojine" date="2023 07 21T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="21" journal_clean="Le Monde" keywords="prigojine" langue="fr"> Le chef des mercenaires du Groupe Wagner, Evgueni Prigojine, disparu des radars après son coup de force avorté, fin juin, a fait sa réapparition dans une vidéo postée, mercredi 19 juillet, sur Telegram. Les images le montrent alors qu’il accueille ses miliciens, dans un camp situé « sur le sol biélorusse », selon lui, et leur explique qu’ils ne combattront plus en Ukraine. « Ce qui se passe sur les lignes de front est une honte à laquelle nous n’avons pasbesoin de prendre part », déclare-t-il. Prigojine a demandé à ses troupes de mener à bien l’entraînement de l’armée biélorusse et de rassembler leurs forces pour un « nouveau voyage en Afrique ». Les Wagner sont déjà déployés dans plusieurs pays africains, principalement le Mali et la Centrafrique. </text>
	

	<text titre="« Nous comptons d'abord sur nous-mêmes, mais un effondrement de l'armée russe est possible »" date="2023 07 21T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24545" auteur="lasserre, isabelle" annee="2023" mois="7" jour="21" journal_clean="Le Figaro" keywords="officielle, nous-mêmes, armée, rejoindre, invitation, comptons, russe, omelchenko, armée_russe, sommet, effondrement, résultats, ukraine" langue="fr"> VADYM OMELCHENKO est ambassadeur d'Ukraine en France.  LE FIGARO. - Êtes-vous déçu par les résultats du sommet de Vilnius, à l'issue duquel l'Ukraine n'a pas reçu d'invitation officielle à rejoindre l'Otan?Vadym OMELCHENKO. - Il est vrai que les résultats ne correspondaient pas à nos attentes, mais, en regardant les choses sous un angle différent, nous avons beaucoup de raisons d'espérer. C'est la première fois dans l'histoire que les pays du G7 décident ainsi d'accorder de fortes garanties de sécurité à un pays. L'aide militaire de l'Otan se poursuivra dans les prochaines années. L'invitation officielle à rejoindre l'Alliance atlantique sera sans doute lancée au sommet de Washington, en 2024, et, à partir de ce moment-là, l'entrée de l'Ukraine sera quasi décidée. 
Certains pays occidentaux, les États-Unis par exemple, exercent-ils des pressions pour vous demander de négocier avec la Russie?Non. Il n'y a pas eu ce type de proposition depuis longtemps chez nos partenaires occidentaux. Aujourd'hui, tout le monde comprend bien que ni les autorités ni la population ukrainienne n'échangeront jamais leurs territoires et ne feront jamais aucun compromis avec le gang de Poutine.  Où en est la contre-offensive?Elle avance, même si notre armée fait face à des défis inattendus, notamment le minage d'une grande partie des territoires, qui explique pourquoi les premières attaques n'ont pas été couronnées de succès. Depuis, le commandement ukrainien a adapté sa tactique : on ne le voit pas, mais l'armée ukrainienne consacre beaucoup de temps au déminage. Elle détruit aussi 20 à 40 pièces d'artillerie russe par jour. Nous sommes en train de gagner la bataille de l'artillerie. Et nous réalisons aussi des frappes en profondeur pour détruire les entrepôts d'armes des Russes, qui, désormais, manquent de munitions. La retenue dont nous faisons preuve vise à préserver la vie de nos soldats. Contrairement à la Russie, nous refusons d'en faire de la chair à canon en les envoyant sur les champs de mines. Aujourd'hui, les Russes concentrent leurs forces vers le nord, où ils ont massé environ 100 000 hommes et 900 chars pour nous forcer à arrêter la contre-offensive au sud et à engager notre réserve, celle qui a été entraînée dans les pays de l'Otan, y compris en France, où 5 600 soldats ukrainiens ont été formés par l'armée. Pour l'instant, l'Ukraine n'a engagé que 10 % de ses réserves, alors que les Russes les ont entièrement consommées.   La rébellion de Prigojine a-t-elle eu des conséquences sur le front? On ne le sent pas vraiment sur la ligne de front. Selon nos informations, Wagner a perdu plus de 50 000 hommes dans les batailles autour de Bakhmout, et la milice était déjà anéantie sur le territoire ukrainien quand les forces restantes, environ 2 500 personnes, ont été relocalisées en Biélorussie. Bien sûr, le fait que 13 généraux aient été limogés est une bonne nouvelle pour nous. Politiquement, le monde entier a vu la faiblesse de Vladimir Poutine et de l'armée, le chaos au sein du commandement ainsi que son caractère incontrôlable.  Comptez-vous sur un effondrement de l'armée russe ?Nous comptons d'abord sur nous-mêmes, sur la combativité de notre armée, sur la force d'esprit de nos dirigeants et la force morale de notre population. Mais nous pensons, effectivement, qu'un effondrement de l'armée russe est possible. À partir des interrogatoires que nous menons auprès des prisonniers, nous pouvons conclure que l'armée est formée de trois catégories de soldats. 30 % d'entre eux sont des zombies. Leur cerveau a été nettoyé par la propagande, et ils sont convaincus de défendre leur patrie contre l'Otan qui les attaque. 20 % sont des mercenaires et combattent - peu importe où et qui - uniquement pour l'argent. Enfin, 50 % sont si démotivés qu'ils disent attendre la contre-offensive ukrainienne pour pouvoir déserter.   Voyez-vous à Moscou des signes de craquements depuis la rébellion de Prigojine? Le système a commencé à craquer bien avant l'affaire Prigojine. Cela fait longtemps que les élites autour de Vladimir Poutine, surtout les élites militaires, savent que la Russie ne peut pas gagner la guerre. Mais ce pays immense a une très grande force d'inertie. Les militaires obéissent même quand ils ne sont pas d'accord, les élites se taisent et la population reste à l'état de zombie. Il y aura forcément un jour où une nouvelle secousse se produira et renversera la situation. Nous ne devons pas compter là-dessus, mais le jour où l'empire du mal absolu sera détruit, toute la région aura l'opportunité de devenir paisible et prospère.  Quelle est votre principale peur ?La vie nous a appris à vivre au jour le jour, alors vous ne m'entendrez pas dire que j'ai peur que nos partenaires se fatiguent. C'est l'argument avancé par les Russes. Mais nous, pour rétablir la paix dans nos pays et en Europe, nous n'avons pas le droit d'avoir peur. - </text>
	

	<text titre="[Le système à Moscou a commencé à craquer bien...]" date="2023 07 21T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24545" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="21" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> Le système à Moscou a commencé à craquer bien avant l'affaire Prigojine   VADYM OMELCHENKO </text>
	

	<text titre="L’armée russe toujours sous le coup de la rébellion de Wagner" date="2023 07 21T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="21" journal_clean="Le Monde" langue="fr"> Disparitions inexpliquées, soupçons de purge…Près d’un mois après l’insurrection avortée d’Evgueni Prigojine, le chef de la milice privée, le haut commandement militaire russe semble parcouru de tensions </text>
	

	<text titre="Comment l'Europe est devenue le meilleur soutien de Kiev" date="2023 07 21T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24545" auteur="lasserre, isabelle" annee="2023" mois="7" jour="21" journal_clean="Le Figaro" keywords="états-unis, europe, soutien, armes, principaux, guerre, kiev, devenue, ukraine" langue="fr"> LES UNS montent lentement en puissance, tandis que les autres ralentissent la cadence. Depuis le début de la guerre, les États-Unis sont les principaux pourvoyeurs d'armes à l'Ukraine, tandis que les Européens, engourdis par la léthargie dans laquelle les avaient plongés les dividendes de la guerre et leur croyance en la « fin de l'histoire » , ont mis longtemps à s'éveiller à l'idée qu'il faudrait réarmer le continent et sont restés longtemps aussi divisés sur la nature du soutien à apporter à Kiev. Sans l'aide américaine, les Ukrainiens n'auraient sans doute jamais réussi à résister aux Russes. Dix-sept mois plus tard, les vents soufflent-ils encore dans la même direction?
Depuis le début de l'année, les divergences européennes ont été réduites. La voix, désormais unique, se dit déterminée à aider l'Ukraine à obtenir une victoire sans ambiguïtés. Les uns après les autres, les pays les plus sensibles aux pressions russes, les plus souples vis-à-vis de Vladimir Poutine, ont renforcé leur soutien à Kiev et haussé le ton vis-à-vis de Moscou. En Italie, la première ministre, Giorgia Meloni, malgré une coalition de droite formée par des partis historiquement pro-russes, est devenue l'un des principaux soutiens de Kiev. L'Allemagne, longtemps considérée comme l'un des pays les plus réticents à s'éloigner de Moscou, a elle aussi infléchi sa position. Quant à Emmanuel Macron, qui en 2022 cherchait un engagement diplomatique avec Vladimir Poutine, il a clarifié sa politique russe à Bratislava en affirmant que la seule paix possible devait respecter le droit international et être choisie par les Ukrainiens.   Tous ces pays se sont rapprochés des positions dures défendues depuis le début de la guerre par la Pologne et les pays Baltes, qui ont toujours eu raison sur la nature du régime russe. Avec retard, ils ont compris que la sécurité du continent européen passait par une aide à Kiev, et que la guerre menée par Moscou à sa frontière sud avait des répercussions bien au-delà de l'Ukraine. Alors que le défi paraissait impossible à relever, les économies européennes ont réussi à réduire drastiquement leur dépendance à l'énergie russe. Au niveau politique, plus personne n'appelle, en tout cas publiquement, à des négociations entre Kiev et Moscou.   L'Ukraine, sujet central de la présidentielle américaine   Parallèlement, l'Administration Biden se montre de plus en plus prudente, surtout depuis les difficultés rencontrées par la contre-offensive ukrainienne. Elle est contrainte par trois impératifs : la politique intérieure américaine, la priorité accordée au défi chinois et la peur d'une confrontation directe avec Moscou. Le coeur du pouvoir américain est divisé face à la guerre en Ukraine. Le secrétaire d'État Anthony Blinken, francophone, francophile, attaché à l'Europe, plaide pour un soutien actif et de long terme à l'Ukraine. Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale, aimerait au contraire convaincre le pouvoir ukrainien de négocier. Il considère que la priorité de Washington n'est pas la Russie mais la Chine, et que les États-Unis ont besoin de toute leur énergie militaire et politique pour se préparer à la confrontation que beaucoup annoncent. « En révélant la faiblesse de Vladimir Poutine, la rébellion de Prigojine a donné un nouvel argument à ce courant, qui considère que l'Europe peut bien se débrouiller seule avec ce problème  » , explique un diplomate français. Quant à Joe Biden, il représente une ligne médiane entre ces deux courants.   Au sommet de l'Otan à Vilnius, le président américain a réitéré son soutien à l'Ukraine, assurant qu'il ne faiblirait pas. Mais c'est aussi Washington qui a douché les espoirs de Volodymyr Zelensky en lui refusant l'invitation officielle et le calendrier d'entrée à l'Otan qu'il espérait. Depuis le début de la guerre, l'Administration américaine, tout en fournissant la plupart des armes à Kiev, a ralenti les efforts de certains pays européens qui voulaient fournir, d'abord des chars lourds, puis des avions de chasse F16. Dans les rangs des républicains, la minorité demandant l'arrêt de l'aide à l'Ukraine grossit. Le sujet deviendra central en 2024, pendant la campagne électorale pour l'élection présidentielle. Donald Trump a déjà commencé la sienne, en accusant Joe Biden de risquer une troisième guerre mondiale en livrant à l'Ukraine des armes à sous-munitions. Il promet, sans dire comment, de mettre fin à la guerre en 24 heures.   Au fil des mois, les divergences entre les États-Unis, très éloignés géographiquement de la Russie, et les pays européens, qui resteront pour toujours ses voisins, se sont accentuées. Aujourd'hui, même le sens de la victoire ukrainienne a des significations, ou plutôt des nuances, entre les deux côtés de l'Atlantique. Pour les pays européens, tirés par l'est du continent, la victoire de l'Ukraine, comme la défaite de la Russie, doit être claire.   À Washington, on espère qu'une défaite militaire russe permette une sortie de crise par des négociations. Cet espoir est aussi partagé par Emmanuel Macron mais il est pour l'instant rejeté par Volodymyr Zelensky et ses alliés polono-baltes, comme par l'Italie et les pays du nord, qui considèrent qu'il ne peut y avoir de règlement tant que tous les territoires ukrainiens ne seront pas récupérés et que toute sortie de crise qui serait négociée avec Vladimir Poutine serait une chimère. À Vilnius, le président ukrainien a affirmé que la prudence de Joe Biden avait ouvert « une fenêtre d'opportunité pour négocier l'entrée de l'Ukraine dans l'Otan par des négociations avec la Russie ». Dans les mois qui viennent, les nuages pourraient bien venir de l'autre côté de l'Atlantique. Mais le réveil militaire des Européens est loin d'être suffisant pour qu'ils puissent prendre le relais des Américains.   « UN DIPLOMATE FRANÇAIS </text>
	

	<text titre="« Poutine ne gère rien »" date="2023 07 23T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="23" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="gère, poutine, russie, Poutine_ne_gère, ukraine" langue="fr"> Propos recueillis par Henri Vernet   La situation en Ukraine est toujours aussi inquiètante : l'ONU s'alarme même d'une possible escalade du conflit, au moment où la Russie intensifie ses bombardements et impose un blocus de la mer Noire où transitent les cargos de céréales cruciaux pour l'alimentation mondiale. Dans le même temps, la contre- offensive menée par Kiev semble marquer le pas. Les explications de l'ambassadeur d'Ukraine en France.  Comment répondre aux menaces russes de cibler les navires marchands en mer Noire, considérés comme bateaux de guerre ?
VADYM OMELCHENKO. Il s'agit d'un pur chantage, typique de la part d'un pays terroriste. Les Russes cherchent à provoquer une famine dans les pays du Sud, en Afrique notamment. Ils espèrent déclencher des vagues de migrants vers l'Europe. Ce n'est pas seulement une menace contre l'Ukraine, mais contre le monde entier. Les attaques russes visent les ports et des entrepôts de céréales : plus de 60 000 tonnes ont été détruites, l'équivalent de 1 000 wagons. C'est un blocus pour tous les pays, en violation du droit international. Nous attendons une réaction de nos partenaires contre ce comportement terroriste.  Demandez-vous aux alliés de l'Otan de protéger avec des bâtiments de guerre les cargos céréaliers allant en Ukraine ?Il serait pertinent et logique que les pays occidentaux qui en ont les moyens militaires s'organisent pour escorter les navires. La décision de passage dans le détroit du Bosphore, pour entrer dans la mer Noire, appartient à la Turquie. Si la France décidait d'assurer la sécurité des transports avec sa marine nationale, il lui faudrait l'accord de la Turquie.  La Turquie d'Erdogan doit-elle favoriser un tel accord ?Le processus est en train d'être étudié.  Cette semaine, l'Ukraine a utilisé pour la première fois des bombes à sous-munitions, fournies par les Américains mais interdites par de nombreux pays, dont la France. C'est un cap qui est franchi ?Depuis le début de la guerre, la Russie utilise tous les types possibles d'armes prohibées pour détruire des villes ukrainiennes et tuer la population civile. Ceci est confirmé par des preuves. Franchement, la réaction mondiale pour condamner de tels crimes pourrait être bien plus forte. Pour notre part, les armes à sous-munitions fournies par les États-Unis seront utilisées exclusivement sur le champ de bataille pour détruire les occupants. C'est la position de notre président.  La contre-offensive ukrainienne paraît tenue en échec...Pour nous, c'est une offensive, pas une contre-offensive. L'étape nommée contre- offensive est finie, on a gagné les positions avantageuses qui nous servent de places fortes pour l'offensive. Je ne parlerais pas de freinage, plutôt de changement de tactique de notre état-major.  C'est-à-dire ?L'armée ukrainienne se retrouve face à des terrains minés. L'ajustement de notre tactique correspond au temps nécessaire au déminage, nous ne voulons pas sacrifier nos soldats ! Ce temps est mis à profit pour détruire les batteries d'artillerie et les dépôts de munitions et de carburant ennemis. C'est efficace, nous gagnons la bataille de l'artillerie, comme l'a reconnu le général Ivan Popov, commandant de la 58 e armée russe. Il a été démis de ses fonctions pour cela, et pour avoir critiqué le manque de munitions pour ses troupes. Notre tactique s'est donc adaptée à ces impératifs de préparation du terrain avant d'avancer, car chaque vie de soldat compte.  Le groupe Wagner est-il toujours présent en Ukraine ?En tant que groupe non, il a été anéanti. Il reste d'ex-mercenaires qui ont passé des contrats avec l'armée russe. Et quelque 2 500 autres sont passés en Biélorussie.  Comment évaluez-vous le jeu politique à Moscou ? Poutine est-il affaibli ?Il est clair que Poutine ne gère rien. Ce sont des formations paramilitaires qui ont les choses en main, les ex-collaborateurs de l'entourage de Prigojine (patron de Wagner), les fidèles de Kadyrov (le président tchétchène)... Ils n'obéissent pas aux ordres du ministre de la Défense Sergueï Choïgou mais à Kadyrov ! Il y a des rivalités entre les différents chefs. Ainsi, des rumeurs de démission forcée du général commandant les troupes parachutistes ont entraîné les paras à réaliser une vidéo à l'adresse de Poutine : pour l'avertir qu'ils se rangeraient du côté de leur chef ! Vous vous rendez compte ? Tout cela nous arrange.  Comment va le moral des Ukrainiens, les pertes humaines sont énormes ?C'est vrai, mais nous sommes très unis. Nos familles, nos amis en Ukraine, nous montrent que le moral ne baisse pas, après chaque attaque barbare nous nous retrouvons encore plus unis. Notre gouvernement s'appuie sur l'opinion publique : 90 % de nos compatriotes sont fermement opposés à toute concession territoriale.  Pourquoi n'a-t-on pas de chiffres de victimes ?Des estimations sont données par les services de renseignement, elles font état de pertes ukrainiennes cinq fois inférieures aux pertes russes, dans notre offensive. Les experts étrangers sont étonnés, car normalement dans une offensive les pertes de ceux qui se défendent sont inférieures à celles des attaquants. Là, c'est le contraire. Et l'Ukraine n'a engagé que 10 % de ses réservistes.  À un an des Jeux de Paris, la maire Anne Hidalgo s'est prononcée contre la venue d'athlètes russes. Emmanuel Macron devrait-il en faire autant ?Nous saluons la position prise par la maire de Paris. Maintenant, nous savons que le Comité international olympique est une instance large et que la France doit tenir compte de l'avis des autres partenaires. Mais elle est le leader européen, quand elle choisit une ligne, elle réussit à rassembler d'autres pays autour de sa position.  Vous souhaitez que la France influence les autres pour dire niet aux Russes aux JO ?Oui. C'est ainsi qu'elle a agi lorsqu'il a fallu décider d'octroyer à l'Ukraine le statut de candidat à l'entrée dans l'Union européenne. Les représentants d'un pays agresseur d'un autre pays indépendant, démolisseur de l'ordre international, n'ont pas droit à participer aux événements internationaux. En plus, les sportifs russes sont des militaires, propagandistes du régime fasciste de Poutine. </text>
	

	<text titre="Le blogueur russe ultranationaliste Igor Strelkov arrêté à Moscou" date="2023 07 24T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="nicolas ruisseau" annee="2023" mois="7" jour="24" journal_clean="Le Monde" keywords="strelkov, moscou, l’un, judiciaire, kremlin, igor, machine, blogueur" langue="fr"> Moscou - correspondance - Ason tour, Strelkov est rattrapé par la machine judiciaire au service du Kremlin. Il était encore, récemment, l’un des blogueurs les plus populaires et influents au sein du groupe des « turbo-nationalistes », comme sont qualifiés ces ex-militaires, ultrapatriotes, omniprésents depuis dix-sept mois sur le réseau social Telegram où ils commentent « l’opération militaire spéciale » du Kremlin en Ukraine. Au fil des dysfonctionnements de l’armée russe, des humiliations et défaites sur le front, Igor Guirkine, le vrai nom de cet ancien commandant séparatiste du Donbass, devenu à Moscou le blogueur « Strelkov » (« tireur »), s’était cependant montré de plus en plus critique vis-à-vis du pouvoir. A coup de formules virulentes, il ciblait la hiérarchie militaire et donc, de facto, politique, accusée de ne pas mener l’offensive de manière efficace. Alors que le moindre opposant « libéral » risque une peine de prison pour un anodin message antiguerre, il semblait néanmoins intouchable. Il bénéficiait d’une grande liberté de parole sur les réseaux sociaux, où il compte près de 875 000 followers. 
En fin de matinée, vendredi 21 juillet, les policiers sont venus l’arrêter chez lui, à Moscou. Il a été transféré devant un juge. Poursuivi pour « appels publics à l’extrémisme », il risque une peine allant jusqu’à cinq ans de prison. Implacable avec les opposants libéraux, la machine judiciaire s’est montrée pareillement intraitable avec le blogueur nationaliste qui, dans le fourgon de police, a envoyé un dernier message sur Telegram pour appeler ses supporteurs à le soutenir au tribunal (« Tout Russe doit venir ici. Gloire à la Russie ! »).   Ses avocats, qui ont eu moins d’une demi-heure pour se préparer, n’ont pas obtenu de report d’audience. Puis Igor Guirkine, 52 ans, père de famille avec deux enfants (dont un mineur), une épouse sans emploi et une grand-mère handicapée à charge, a demandé une assignation à domicile dans l’attente de son procès, immédiatement refusée. Envoyé en détention provisoire jusqu’au 18 septembre, Strelkov a donc passé sa première nuit en prison.  Avertissement pour la mouvanceLe message est clair pour toute voix critique en Russie, y compris, désormais, parmi les nationalistes. Leur opposition ne cessait de croître ces derniers mois. Avec, au-delà de Strelkov et de quelques autres blogueurs, une figure phare : Evgueni Prigojine, le chef paramilitaire du Groupe Wagner. Les vidéos au ton virulent de ce dernier contre le haut commandement militaire pouvaient apparaître comme une manipulation du Kremlin pour capter la mouvance ultranationaliste, remontée par les échecs sur le front ukrainien. Tout en restant, cependant, sous le contrôle des autorités.   Cette configuration a pris fin le 23 juin, avec l’énigmatique rébellion avortée des hommes de la milice Wagner, spectaculaire mais vaine insurrection contre la hiérarchie de l’armée, risquant l’affaiblissement du pouvoir politique. Depuis, officiellement, Evgueni Prigojine est exilé en Biélorussie et une partie de ses hommes repartiront en Afrique. Qualifié de « traître » par Vladimir Poutine au matin de la rébellion, le chef de Wagner, oligarque puissant avec des soutiens au plus haut niveau, semble encore bénéficier d’une relative impunité. Simple soldat médiatique du mouvement ultranationaliste, maillon faible dans ce clan rongé par les ego et les divisions, Igor Guirkine finit au contraire en prison. Un avertissement pour les autres lieutenants de cette mouvance.   Autour du tribunal, vendredi en fin d’après-midi, les supporteurs de Strelkov étaient nombreux pour dénoncer son arrestation et lancer « un combat » en faveur de celui qu’ils présentent désormais comme un « prisonnier politique ». Sur Telegram, son équipe a vite pris le relais pour fustiger les poursuites contre « ce symbole qui ne fait aucun compromis en matière de protection des intérêts nationaux ». Igor Guirkine était l’une des figures-clés de l’insurrection pro-Kremlin lorsque des combats ont éclaté dans l’est de l’Ukraine en 2014 et ont conduit à l’annexion de la Crimée. Ex-colonel du FSB (l’un des héritiers du KGB), il a combattu dans les guerres de Tchétchénie et de Yougoslavie. Puis en Ukraine où il promettait de « poursuivre la guerre jusqu’à la victoire complète de la Russie ».   Ironie de l’histoire, il est aussi l’un des deux Russes condamnés en 2022 par contumace par un tribunal néerlandais pour la destruction en vol, le 17 juillet 2014, du Boeing 777 de Malaysia Airlines. Entre Amsterdam et Kuala Lumpur, l’avion avait été abattu par un missile au-dessus de l’est de l’Ukraine, tuant 298 passagers et membres d’équipage. Igor Guirkine a nié être derrière l’attaque. Recherché par la justice européenne, il croupit désormais dans une prison à Moscou. </text>
	

	<text titre="Pour Poutine, la contre-offensive ukrainienne «a échoué»" date="2023 07 24T00:00:00" journal="Libération" auteur="par isabelle hanne" annee="2023" mois="7" jour="24" journal_clean="Libération" keywords="dimanche, échoué, ukrainienne, poutine" langue="fr"> Les images, filmées dimanche, montrent des icônes endommagées ; le marbre au sol, jonché de débris. Des plafonds, richement décorés, aujourd'hui éventrés ou fissurés. Avec leurs socles dorés, certaines colonnes ne tiennent plus qu'en diagonale. La cathédrale de la Transfiguration, «principal sanctuaire et coeur spirituel d'Odessa», selon un communiqué du diocèse sur Telegram, a été partiellement détruite par des missiles russes dans la nuit de samedi à dimanche. «Un crime de guerre qui ne sera jamais oublié ni pardonné», a dénoncé sur Twitter le ministère ukrainien des Affaires étrangères.
«Drones navals». Le sort de la cathédrale est le dernier symbole en date de l'acharnement de Moscou contre Odessa, ville au bord de la mer Noire, stratégique pour le transit maritime dans la région, et dont le centre his- torique a été inscrit en début d'année par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité. Dans le sillage de sa sortie de l'accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes en mer Noire lundi dernier, la Russie avait surtout visé ces derniers jours des infrastructures portuaires et agricoles de la région. Au cours de cette nouvelle attaque nocturne, deux personnes ont péri et vingt-deux autres, dont au moins quatre enfants, ont été blessées, selon les autorités ukrainiennes. «Missiles contre des villes paisibles, contre des immeubles d'habitation, une cathédrale, s'est emporté le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Il y aura à coup sûr des représailles contre les terroristes russes pour Odessa», a-t-il promis. L'armée russe assure, elle, ne viser que des sites militaires. Dimanche, elle a affirmé avoir frappé des lieux où «des actes terroristes contre la Russie à l'aide de drones navals étaient en préparation.» Plein air. La cathédrale de la Transfiguration d'Odessa est «non seulement située dans un site classé au patrimoine mondial de l'Unesco, mais fait également partie du Patriarcat de Moscou, rappelle sur Twitter l'historien américain Matthew Pauly, spécialiste de la région. Le Kremlin frappe ses propres lieux sacrés.» Elle appartient en effet à l'Eglise orthodoxe ukrainienne de Moscou, une branche de l'Eglise orthodoxe russe. D'abord petite église bâtie à la fin du XVIIIe siècle, à la fondation d'Odessa par la tsarine Catherine II, puis transformée en l'une des plus grandes cathédrales de l'Empire russe au début du XXesiècle, le bâtiment fut détruit par les Soviétiques, avant d'être reconstruite après la chute de l'URSS. La cathédrale de la Transfiguration d'Odessa fut consacrée en juillet 2010 par le patriarche Kirill de Moscou lui-même, indéfectible soutien du président russe Vladimir Poutine, et de la guerre qu'il mène en Ukraine. «Fondée en 1794; détruite par ordre de Staline en 1936 ; reconstruite sous l'Ukraine indépendante en 1999 ; frappée par un missile russe par ordre de Poutine en 2023», résume sur Twitter Sergiy Kyslytsya, le représentant permanent de l'Ukraine auprès des Nations unies. Alors que des dizaines d'Ukrainiens étaient occupés à dégager les décombres dans la cathédrale d'Odessa, et que les prêtres, privés de lieu de culte, organisaient leur office religieux en plein air, Vladimir Poutine rencontrait, dimanche et pour deux jours à Saint-Pétersbourg, son homologue bélarusse et fidèle allié, Alexandre Loukachenko. «Mauvaise humeur». Les deux chefs d'Etat devaient discuter du «partenariat stratégique et d'alliance» entre leurs pays et de «la sécurité dans notre région», a affirmé le président russe dans des propos retransmis à la télévision russe, un mois après la rébellion avortée de la milice Wagner en Russie à laquelle le dirigeant bélarusse a, officiellement, contribué à mettre fin, épisode spectaculaire qui a ébranlé le Kremlin. Son chef, Evgueni Prigojine, avait affirmé vouloir renverser la hiérarchie militaire russe. Après la mutinerie, l'accord trouvé entre les parties proposait aux combattants de Wagner de signer un contrat avec l'armée régulière russe, de rejoindre la vie civile ou d'aller au Bélarus.   Loukachenko a ainsi assuré dimanche, qu'il «gardait» les miliciens de Wagner dans le centre du pays, affirmant «contrôler» la situation. «Ils sont de mauvaise humeur», a-t-il cependant prévenu son homologue russe, et «demandent à &quot;aller faire un tour à l'ouest&quot;», citant les villes polonaises de Varsovie et Rzeszów. L'autocrate, très dépendant de Moscou, a repris les propos tenus vendredi par Vladimir Poutine, accusant la Pologne de vouloir «transférer des territoires» de l'ouest de l'Ukraine à la Pologne. Avec les mercenaires de Wagner tout près de son flanc est, la Pologne, membre de l'Otan, a décidé cette semaine d'envoyer des unités militaires à sa frontière avec son voisin bélarusse. Signe d'une propagande pas toujours aussi bien huilée, devant les caméras, Loukachenko a également affirmé qu'il n'y avait «pas de contreoffensive» ukrainienne. «Il y en a une, l'a interrompu Poutine. Mais elle a échoué.» ? </text>
	

	<text titre="Entre Ukraine et Russie, feu nourri de missiles et de drones" date="2023 07 25T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="marie jégo" annee="2023" mois="7" jour="25" journal_clean="Le Monde" keywords="attaque, l’ukraine, russie, dimanche, drones, missiles, ukraine" langue="fr"> Le sud de l’Ukraine a vécu sa cinquième nuit de bombardement, entre dimanche 23 et lundi 24 juillet, quand une attaque de drones kamikazes a détruit des silos à céréales et un terminal de carburant à Reni, un petit port du Danube, non loin de la frontière avec la Roumanie. La veille, Odessa et Mykolaïv, deux villes portuaires, ont connu les pires frappes russes depuis le retrait de Moscou de l’accord céréalier en mer Noire, le 17 juillet.   Lundi matin, la Russie a reconnu avoir « neutralisé » deux drones ukrainiens tombés sur la capitale russe pendant la nuit, sans faire de victimes. Un drone a été abattu sur l’avenue Komsomolski, non loin du ministère de la défense, l’autre est tombé près d’un centre d’affaires de la rue Likhatchev.
A Odessa, au moins une personne a été tuée et 22 autres blessées, dont quatre enfants. L’attaque a endommagé des infrastructures portuaires, des habitations, et vingt-cinq monuments du centre historique de la ville, classé au patrimoine mondial de l’Unesco.   Selon l’armée ukrainienne, 19 missiles russes ont été lancés sur la ville portuaire, dont quatre missiles de croisière de type Kalibr, cinq missiles Onyx, trois missiles Kh-22 et sept missiles Iskander. Neuf seulement ont été abattus par la défense antiaérienne ukrainienne. « Odessa et Mykolaïv ne sont pas défendues comme Kiev qui, en tant que capitale, jouit d’une bonne défense antiaérienne. C’est là que sont les missiles Patriot donnés par les Américains », a expliqué, dimanche, sur Radio Svoboda l’expert militaire ukrainien Oleksandr Kovalenko.   Les forces antiaériennes ont notamment du mal à intercepter les missiles russes ultrarapides Onyx et Kh-22, conçus à l’origine pour détruire les navires. « A Odessa, nous n’avons pas de Patriot, nous ne parvenons pas à abattre ces missiles. Les Russes le savent », a rappelé l’expert. En conséquence, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé dimanche à la constitution d’un « bouclier du ciel complet » au-dessus de l’Ukraine.  Dénégations russesParmi les monuments détruits par cette attaque figure la cathédrale de la Transfiguration à Odessa, la plus imposante église de la ville. Edifié en 1795, l’édifice religieux avait été dynamité par les Bolcheviques en 1936. Reconstruit à l’identique au début des années 2000, il avait été inauguré par Kirill, aujourd’hui patriarche de l’église orthodoxe russe et fervent défenseur de la guerre menée par le Kremlin en Ukraine. Moscou a nié avoir frappé la cathédrale, attribuant les destructions à la « chute d’un missile guidé antiaérien ukrainien ».   Dans la journée de dimanche, le président russe Vladimir Poutine s’est affiché dans la ville de Kronstadt, non loin de Saint-Pétersbourg, au côté de son homologue biélorusse, Alexandre Loukachenko. Dans leurs déclarations publiques, les deux alliés ont fustigé la Pologne qu’ils accusent de vouloir envahir l’Ukraine et d’attaquer la Biélorussie.   C’était leur première rencontre depuis que M. Loukachenko a joué les intermédiaires entre le Kremlin et Evgueni Prigojine, le chef de la milice Wagner, instigateur d’une rébellion avortée contre le haut commandement russe, les 23 et 24 juin. M. Loukachenko a plaisanté sur les combattants de Wagner regroupés en Biélorussie, affirmant qu’ils lui avaient demandé « la permission » de « partir en voyage à Varsovie ». « Bien sûr, je les garde au centre du pays, comme convenu », a-t-il ajouté.  Poutine en appelle à StalineLa présence de ces hommes (environ 2 000 selon des observateurs) en Biélorussie a ravivé l’inquiétude des Etats voisins, pays baltes et Pologne. A raison, si l’on se rappelle des exactions commises par ce groupe en Ukraine et du fait que, lors de sa folle équipée vers Moscou, le 24 juin, il a abattu quatre hélicoptères et un avion de commandement russes au-dessus de la région de Voronej, causant la mort de 15 militaires russes, ce dont Vladimir Poutine ne semble pas lui avoir tenu rigueur.   En revanche, le fait que la Pologne, membre de l’OTAN, ait récemment renforcé sa frontière avec la Biélorussie, a déclenché la fureur de Vladimir Poutine. S’exprimant vendredi par visioconférence lors d’une réunion du Conseil de sécurité russe, il a affirmé que Varsovie projetait de s’emparer de l’ouest de l’Ukraine. « Les dirigeants polonais vont probablement former une coalition sous l’égide de l’OTAN pour intervenir directement dans le conflit en Ukraine, afin de s’arracher ensuite un plus gros morceau(…) . Il est bien connu qu’ils rêvent aussi des terres biélorusses. »Attaquer la Biélorussie, associée à la Russie au sein d’une union en cours d’élaboration depuis 2001, reviendrait à « agresser la Fédération de Russie », a-t-il martelé.   Pour appuyer ses accusations, le chef de l’Etat s’est référé à Staline. « Je voudrais également vous rappeler comment une politique aussi agressive s’est terminée pour la Pologne. Elle s’est terminée par la tragédie nationale de 1939, lorsque la Pologne a été abandonnée par les Alliés occidentaux pour être dévorée par la machine de guerre allemande(…) . Et c’est grâce à l’Union soviétique que la Pologne a reçu des terres importantes à l’Ouest, les terres de l’Allemagne. C’est tout à fait exact : les territoires occidentaux de la Pologne actuelle sont le cadeau de Staline aux Polonais. »Un commentaire qui a valu à l’ambassadeur russe en Pologne, Sergueï Andreev, d’être convoqué par la diplomatie polonaise. Vendredi soir, le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a répondu sur Twitter au maître du Kremlin, lui rappelant que « Staline était un criminel de guerre, responsable de la mort de centaines de milliers de Polonais » pendant et après la seconde guerre mondiale.   Selon le vice-ministre des affaires étrangères Pawel Jablonski, ce commentaire est « une tentative pour blanchir le criminel de guerre qu’était Staline par un autre criminel de guerre qu’est Poutine aujourd’hui ». Le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kouleba, a rappelé, lui, sur Twitter que « contrairement à la Russie, la Pologne et l’Ukraine ont tiré les enseignements de l’histoire ». </text>
	

	<text titre="Wagner étant à 5 km de la Pologne, Varsovie envoie des troupes vers la Biélorussie : Moscou menace d'agir « avec tous les moyens » à disposition" date="2023 07 25T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7677" auteur="latribune.fr" annee="2023" mois="7" jour="25" journal_clean="La Tribune" keywords="moscou, wagner, biélorussie, pologne, moyens" langue="fr"> Si l'attention est focalisée est sur les énormes tensions en mer Noire, les esprits s'agitent à la frontière entre la Pologne, pays de l'OTAN, et la Biélorussie alliée de la Russie. Alors que le ministère biélorusse de la Défense a annoncé jeudi la présence de membres de la milice privée russe Wagner dans une caserne militaire biélorusse située à cinq kilomètres à peine de la Pologne, le président russe Vladimir Poutine a accusé vendredi le gouvernement polonais de vouloir occuper certains des territoires de l'ancienne Union soviétique et a déclaré que toute agression contre la Biélorussie, pays voisin proche allié de la Russie, serait considérée comme une attaque contre la Russie.
Moscou réagirait à toute agression contre la Biélorussie, liée à la Russie par deux traités d' « union » depuis 1999, «avec tous les moyens dont nous disposons », a déclaré le chef du Kremlin, lors d'une réunion de son Conseil de sécurité. Vladimir Poutine a évoqué des articles de presse faisant état de projets visant à s'appuyer sur une unité lithuano-polonaise pour mener des opérations dans l'ouest de l'Ukraine, dont des parties ont appartenu à la Pologne par le passé, et pour y occuper des territoires à terme.   « « Il est de notoriété publique qu'ils rêvent également d'occuper des terres biélorusses », a-t-il ajouté, sans fournir de preuves. »   « Mais la Biélorussie fait partie de l'Union (avec la Russie), et agresser la Biélorussie serait agresser la Fédération de Russie », a prévenu Vladimir Poutine, ajoutant que « nous y répondrons avec tous les moyens dont nous disposons ».  L'OTAN est prêt à soutenir la PologneSi elle récuse toute ambition territoriale en Biélorussie, la Pologne a bien décidé mercredi d'envoyer plus d'un millier de militaires à sa frontière avec son voisin biélorusse, dans l'est du pays, après l'arrivée en Biélorussie de mercenaires de Wagner, a déclaré vendredi le secrétaire du comité de sécurité de Varsovie, cité par l'agence de presse d'Etat polonaise PAP. Une décision appuyée par le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, déclarant que l'Allemagne et l'Otan étaient prêtes à soutenir la Pologne dans la défense de son flanc est.   « « Lorsque les partenaires polonais ont besoin de soutien, ils le reçoivent », a insisté le ministre au cours d'une conférence de presse avec son homologue tchèque à Prague. »   Mercredi, une vidéo a montré le dirigeant de Wagner, Evguéni Prigojine, qui, en accueillant ses combattants en Biélorussie, a déclaré que ces derniers ne participeraient plus à la guerre en Ukraine pour le moment. Ils les enjoignant au contraire à se préparer à aller en Afrique et à entraîner l'armée biélorusse.   (Avec Reuters) </text>
	

	<text titre="A la poursuite de Roman Abramovitch, le « caméléon »" date="2023 07 25T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="lucas minisini et aureliano tonet" annee="2023" mois="7" jour="25" journal_clean="Le Monde" keywords="caméléon, nord, roman, israël, londres, banlieue, abramovitch, rome, donné" langue="fr"> Londres, New York, Rome, Tel-Aviv (Israël) - envoyés spéciaux - Rendez-vous nous a été donné dans la suite 1208 de l’hôtel Ritz-Carlton, à Herzliya, en Israël, une banlieue chic au nord de Tel-Aviv. Problème : cette chambre n’existe pas. « Excusez mon indiscrétion, s’enquiert une employée de l’établissement de luxe, près de la piscine. Vous cherchez le monsieur russe, avec des gardes du corps ?» Oui, Roman Abramovitch, 56 ans, le puissant oligarque réputé proche du président Vladimir Poutine. Une porte s’ouvre alors, au bout du couloir, comme par enchantement. A l’intérieur, nulle trace du milliardaire, venu sur la côte israélienne passer la saison estivale, avec son entourage. Il ne parle plus à la presse depuis belle lurette, et cet après-midi orageux de juin ne fera pas exception.
A sa place, Henry (le prénom a été modifié à sa demande), l’un de ses associés historiques, et Rola Brentlin, porte-parole de l’homme d’affaires depuis huit ans, reçoivent dans un décor blanc et froid, avec une terrasse privée donnant sur la mer. Une canette de Coca Light et un paquet de cigarettes posés sur la table, la quadragénaire déroule le récit de ses origines russo-libano-suédoises, de son père violent, de sa fille qu’elle a élevée seule, soutenue par son patron. « Sa naissance a coïncidé avec la pandémie, on logeait dans un appartement collé à Stamford Bridge, le stade déserté de Chelsea, affirme la communicante, en référence au club de football londonien dont Abramovitch a été le propriétaire, de 2003 à 2022. Roman a insisté pour que je continue à travailler pour lui, quitte à emmener mon bébé en réunion…Il aime s’entourer de collaborateurs qui ont traversé, comme lui, un tas d’épreuves.»Ce clan d’une douzaine de personnes a suivi l’homme d’affaires à chaque étape, ou presque, de la constitution de son empire, à partir du milieu des années 1990. Dans ses entreprises pétrolières, en Russie ; dans sa carrière politique en Tchoukotka, une région de l’Extrême-Orient russe ; à Londres, donc ; ou dans les nombreuses start-up israéliennes et le vaste parc immobilier où il a investi. Aucun de ces fidèles n’a jamais trahi l’oligarque dont la fortune est estimée à un peu plus de 9 milliards de dollars (environ 8 milliards d’euros), contre 14,5 milliards de dollars en 2021. «Je ne travaillerai pour personne d’autre», souligne Henry, son collaborateur de toujours. Cet ancien d’une banque d’affaires américaine vante le « sixième sens » de Roman Abramovitch, son obsession du résultat. D’après lui, l’oligarque chercherait constamment à « réparer des choses », sans jamais chercher « la moindre publicité ».   Attentionné, mais fuyant l’attention, tel serait le paradoxe du milliardaire. Personnage incontournable de la Russie moderne, préférant la discrétion des coulisses au-devant de la scène, il s’est imposé comme le plus célèbre et le plus secret des « oligarques » – ces entrepreneurs qui ont profité des privatisations en frayant avec le Kremlin au moment de l’effondrement du bloc de l’Est. Célèbre, Abramovitchl’est devenu par son parcours hors du commun, qui épouse les soubresauts russes, de la perestroïka à la dérive autoritaire de Vladimir Poutine. Orphelin à 3 ans d’une famille juive soviétique, mécène des avant-gardes culturelles ou de la communauté juive et même, depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, diplomate de l’ombre, il sait se rendre indispensable.  Conciliateur insaisissable et influentSecret, l’homme le serait de nature, assurent ceux qui l’ont fréquenté. Décrit à la fois comme réservé, calculateur, efficace ou dénué d’émotions et de valeurs, son caractère tranche avec celui de la plupart des oligarques, autrement arrogants et présomptueux. Souvent habillé d’un simple jean, avec une barbe de trois jours, le timide quinquagénaire regarde rarement ses interlocuteurs dans les yeux. « Son génie a été de se comporter comme un gentil chien : pendant que les autres hommes d’affaires aboyaient, il est resté la tête basse, loyal», décrit Bill Browder, l’ancien gérant du plus grand fonds d’investissement étranger en Russie, Hermitage Capital Management, qui l’a rencontré pour la première fois autour d’un café, au milieu des années 1990.   Une attitude qui ferait de Roman Abramovitch l’archétype du « honest broker ». Dans les relations internationales, ce terme désigne la personne acceptée par tous les partis en présence comme impartiale, mais n’oubliant jamais son intérêt personnel. Dès les années 1990, il se forge la réputation d’être « celui qui permet de régler les conflits », à en croire Bill Browder. Serait-ce à ces talents de conciliateur insaisissable et influent que tiendrait le mystère dont il est enveloppé ?   Car Abramovitch fascine, comme le font certains personnages de fiction. En 2004, son destin romanesque inspire un projet de comédie musicale, finalement abandonné, pour lequel Elton John devait composer certains morceaux intitulés « The Show Moscow On » ou « Putin on the Ritz ». Un film retraçant sa vie, soutenu par l’oligarque lui-même, est envisagé par la Warner, à Hollywood, au milieu des années 2010. Plus récemment, Peter Morgan, le créateur de la série Netflix The Crown, sur la reine Elizabeth II et la famille royale, a monté Patriots, une pièce de théâtre revenant sur le conflit entre Vladimir Poutine et Boris Berezovski, mentor et ancien associé d’Abramovitch. Alexandre Rodnianski, le producteur ukrainien et ami de ce même Abramovitch, aimerait voir le texte adapté au cinéma.   S’il fuit les projecteurs, l’oligarque aime s’entourer des grands noms du divertissement. A l’inauguration des nouveaux locaux du Garage, le centre culturel qu’il a ouvert en 2015 à Moscou, se pressent le créateur de LaGuerre des étoiles, George Lucas, l’artiste Jeff Koons ou le cinéaste Woody Allen. Les mêmes se sont croisés au cours des réceptions qu’Abramovitch a longtemps offertes en marge du Festival de Cannes, au château de la Croë, sa propriété du cap d’Antibes. L’homme d’affaires se serait-il reconnu en Zelig, le personnage qui a donné son titre à l’un des films les plus fameux de Woody Allen, en 1983 ? Comme « l’homme caméléon » imaginé par le cinéaste américain, il semble traverser les vicissitudes de l’histoire en se fondant, sans cesse, dans les décors que le destin place sur sa route.   Cette image élastique et énigmatique, Abramovitch la cultive en faisant un usage minimal de sa parole. Il n’a accordé qu’une poignée d’interviews aux médias russes et occidentaux, principalement au début des années 2000, quand il a été élu gouverneur de Tchoukotka. A l’époque, l’homme politique résume la maîtrise de sa communication face à la correspondante du Monde, Natalie Nougayrède, d’une blague russe : «Quelle est la différence entre un rat et un hamster ? Aucune, c’est juste une affaire de relations publiques.» Lui sait les manier à merveille. Ses employés ont tous signé des accords de confidentialité d’une durée de vingt-cinq ans au minimum, les empêchant de parler aux médias sans risquer une coûteuse procédure judiciaire.   La menace légale plane aussi sur les journaux qui s’intéressent à lui. Cet hiver, quelques jours seulement après le début de notre enquête, Le Mondea reçu un mail non sollicité exigeant des détails sur le projet, signé par Rola Brentlin, la porte-parole, prévenue par plusieurs sources contactées. Quand les informations publiées à son sujet lui déplaisent, le businessman multiplie les menaces de procès en diffamation. En Angleterre, où la loi facilite les procédures-bâillons, ses avocats envoient régulièrement des lettres pour freiner, ou empêcher, la sortie de certains articles ou films. Après la publication des Hommes de Poutine. Comment le KGB s’est emparé de la Russie avant de s’attaquer à l’Ouest(Talent Editions, 2022), le best-seller de Catherine Belton, l’oligarque a porté plainte pour vingt-six passages de l’ouvrage.  « Messager de Poutine »Aujourd’hui, en Israël, où il possède la villa la plus chère du pays (achetée 65 millions de dollars en 2020) et un passeport luipermettant d’aller et venir à sa guise, le capitaine d’industrie fuit la lumière. Le reste de son temps, il le passe généralement à Dubaï, aux Emirats arabes unis, qui accueille le monde des affaires russes depuis début 2022. C’est ainsi : l’horizon de l’un des hommes les plus riches de la planète s’est tassé sous le poids de la guerre en Ukraine.   Dès que le conflit éclate, le 24 février 2022, le capital de Roman Abramovitch est dans le viseur des puissances occidentales. En quelques mois, il est contraint de vendre le Chelsea FC et doit renoncer à une partie de ses biens et de ses comptes bancaires, gelés par la justice britannique. Des fonds sontsauvés in extremis. Selon des documents confidentiels consultés par Le Monde, environ 4 milliards de dollars sont transférés via son trust Zeus à ses sept enfants (Anna, Arkadiy, Sofia, Arina, Ilya, Aaron et Leah Lou), nés de deux de ses trois mariages. Interrogés, les avocats de l’homme d’affaires n’ont pas souhaité répondre.   Comme la majorité de l’élite dont la richesse dépend du Kremlin, l’oligarque est sanctionné par le Royaume-Uni, l’Union européenne et le Canada. Par l’Ukraine aussi, selon un document publié sur le site officiel du président Volodymyr Zelensky, où figurent des dizaines de noms, dont le sien. Dans son cas, contrairement aux autres, un astérisque renvoie à son statut d’intermédiaire entre la Russie et l’Ukraine pour la paix : «Sanctions suspendues, jusqu’à ce que sa tâche soit terminée». Une mention qui résume toute l’ambiguïté du personnage et qui lui aurait inspiré ce commentaire, selon un diplomate : « Ma tâche est éternelle… »Car, sans le dire publiquement, Roman Abramovitch s’est imposé comme un médiateur fiable entre les deux pays. Hors des canaux diplomatiques, rompus par l’invasion du territoire ukrainien, Volodymyr Zelensky a cherché la meilleure façon de s’adresser au pouvoir russe pour stopper le conflit. Au début de la guerre, il charge l’un de ses conseillers économiques, Alexandre Rodnianski Jr, de trouver une personnalité crédible, capable d’échanger des informations avec le Kremlin, sans les déformer. Abramovitch, dont la famille maternelle vient d’Ukraine, est contacté dans la foulée par le biais du père du fonctionnaire, Alexandre Rodnianski, célèbre producteur (ukrainien) des premières émissions de télévision (russes) du comédien Zelensky, dans les années 1990.   Rodnianski père et Abramovitch se sont liés, de leur côté, en coproduisant des dizaines de films – russes pour la plupart. «Roman est allé demander l’autorisation au Kremlin», indique Pavel (le prénom a été modifié), l’un des participants russes à certains échanges entre les deux pays. D’après lui, le businessman est le seul homme d’affaires de premier plan à avoir accepté de s’impliquer dans les efforts de paix. L’oligarque, « un hommede compromis», à en croire ce même Pavel, travaille hors de la délégation officielle nommée par le Kremlin. « C’est un messager personnel de Vladimir Poutine. »Sa contribution aux premières négociations, organisées en Biélorussie, est révélée le 28 février dans un article, non signé, du quotidien israélien Jerusalem Post, l’un des relais privilégiés du milliardaire. « Il essaie d’aider », confirme son équipe, à l’époque, sans s’étendre sur les détails de ses activités. Plusieurs émissaires rappellent ses efforts à certains moments-clés de cette tentative de médiation : dans un palace moscovite, à la mi-mars 2022, où il rencontre l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, lui aussi désireux « d’aider », avant de se raviser ; ou, un peu plus tard, à Istanbul, quand le médiateur Abramovitch est photographié, téléphone à l’oreille, à la fin d’une session de négociations en compagnie d’Ibrahim Kalin, le porte-parole du président turc Recep Tayyip Erdogan. «Il a travaillé très dur, pour donner des gages de confiance,décrit Pavel. Ça lui a permis d’être considéré comme une personne fiable par le pouvoir ukrainien.»Ces échanges ne sont pas sans risque. Début mars 2022, après une énième journée de discussions aux Emirats arabes unis,deux négociateurs ukrainiens, dont le député tatar Rustem Umerov, et Roman Abramovitch ont soudainement les yeux qui brûlent et la peau abîmée. Les officiels ukrainiens suspectent un empoisonnement « potentiellement mortel », a raconté M. Umerov au Monde, en juillet 2022. Effrayé, Abramovitch refuse d’être ausculté sur place et s’envole pour la Turquie. «Il n’a plus donné de nouvelles pendant plusieurs jours», précise le diplomate.Selon l’enquête menée par Christo Grozev, l’ancien directeur exécutif de Bellingcat, uneONG spécialisée dans les enquêtes en sources ouvertes en ligne, les médiateurs ont bien été visés par un « agent chimique ou biologique ». Mais les toxines n’ont jamais pu être identifiées formellement, en raison de la complexité des analyses à entreprendre.   La tentative d’empoisonnement avec une dose non létale aurait surtout servi d’avertissement de certains membresde l’élite russe. Les cadres du Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB), les puissants services de renseignement, ne lui « pardonneraient pas » d’avoir joué un rôle dans l’effort de paix. « Ils s’en donneraient à cœur joie s’il était possible de s’en prendre à lui,résume le producteur ukrainien Alexandre Rodnianski. Mais Poutine le protège.» L’émissaire ne s’est jamais exprimé sur cet épisode. Il aurait seulement assuré que « tout allait bien », par texto, à un collègue russe. Au quotidien, il compte avant tout sur les gardes du corps qui l’accompagnent dans tous ses déplacements.   Le jeu géopolitique en vaut la chandelle : grâce à sa casquette de diplomate, Roman Abramovitch protège sa fortune. Contrairement à l’Europe et au Canada, les Etats-Unis ne le sanctionnent pas. Mieux : il bénéficie de solides soutiens. Celui, par exemple, de Dani Dayan, le président de Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem, auquel l’homme d’affaires a fait don d’une somme à huit chiffres. Début 2022, l’Israélien adresse, avec plusieurs ONG de son pays, une lettre à l’ambassadeur américain, le priant de ne pas s’en prendre aux finances du milliardaire. Plusieurs participants aux échanges entre la Russie et l’Ukraine affirment que Volodymyr Zelensky en personne aurait suggéré au président Joe Biden de ne pas sanctionner Abramovitch, contrairement au choix de l’administration ukrainienne.  Bataillon AzovAutre étrangeté : dans un courrier officiel, l’Ukrainien David Arakhamia, chef du parti présidentiel Serviteur du peuple, a vanté « l’impact positif » de l’oligarque dans les échanges entre son pays et la Russie. « Nous n’influons pas sur les sanctions », répond Mykhaïlo Podolyak, le conseiller de M. Zelensky. Officiellement, il semble délicat pour le camp ukrainien de reconnaître le rôle central de Roman Abramovitch dans la diplomatie parallèle de la guerre. Même si se passer de sa participation serait contre-productif.   Quand les espoirs de paix disparaissent net, avec la révélation des crimes de guerre commis par l’armée russe à Boutcha, dans la banlieue de Kiev, « l’homme caméléon » redessine les contours de sa mission. Pour les échanges réguliers de prisonniers qui ont lieu entre la Russie et l’Ukraine, il joue les facilitateurs, avec la petite équipe organisée autour d’Andriy Yermak, directeur de cabinet de Volodymyr Zelensky et numéro deux du pouvoir ukrainien. En septembre 2022, aux côtés d’une délégation d’Arabie saoudite, l’oligarque arrange la libération du célèbre bataillon ukrainien Azov, capturé quelques mois plus tôt, pendant la bataille de Marioupol.Au même moment, plusieurs combattants étrangers, dont cinq Britanniques, emprisonnés par la Russie, sont rendus à leurs pays grâce au soutien du milliardaire. Dans l’avion saoudien qui ramène tout le monde en lieu sûr, les Britanniques reconnaissent l’ancien propriétaire du Chelsea FC. Son implication, sans poste officiel dans une structure étatique, est « extrêmement rare », commente Dominik Byrne, à la tête du Presidium Network, une ONG proche des autorités britanniques qui a participé à toute l’intervention. Selon Alexandre Rodnianski, le producteur ukrainien, « Abramovitch s’est fixé pour règle de se battre pour les étrangers en difficulté avec le pouvoir russe ».C’est pour cette raison qu’en décembre 2022, selon nos informations, il a permis la libération de l’Américaine Brittney Griner, arrêtée en Russie et condamnée à neuf ans de prison pour trafic de drogue après la découverte de traces d’huile de cannabis dans ses affaires. La basketteuse professionnelle du Texas a été échangée contre Viktor Bout, un marchand d’armes russe emprisonné aux Etats-Unis. Contactés, les avocats britanniques de M. Abramovitch affirment dans une lettre qu’il n’a eu « aucun rôle » dans cette opération.De la même manière, plusieurs de ses connaissances suggèrent que le discret émissaire participe aux efforts pour libérer un journaliste américain du Wall Street Journal, Evan Gershkovich, accusé d’espionnage par Moscou. Par le biais de Telegram, Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, indique au Monde que « certains contacts du côté américain » seraient « toujours en cours », sans confirmer le rôle de l’homme d’affaires. « Ce genre d’affaire devrait être conclu dans le silence le plus total. »Ces sujets « n’existent pas »La mission d’Abramovitch serait loin d’être terminée : les pourparlers se poursuivent sur l’exportation du blé depuis les ports ukrainiens, comme sur l’établissement de nouveaux couloirs humanitaires servant à évacuer des civils.Un domaine obnubile le Russe : la libération des enfants ukrainiens emmenés contre leur gré en Russie. Soutenu par l’Organisation des Nations unies,le Vatican, Roman Abramovitch doit expliquer à Vladimir Poutine pourquoi les enfants ukrainiens, que le Kremlin assure avoir sauvé des bombes et de la violence, doivent être réunis avec leur famille. « Sans lui, aucun d’entre eux n’aurait pu revenir », affirme Pavel. Rencontré à Rome, un membre de la délégation du Saint-Siège confirme l’engagement de l’oligarque sur ce dossier sensible. « Abramovitch fait partie des personnes de bonne volonté, avec qui l’on peut discuter sans arrière-pensée, au même titre que les Brésiliens ou les Chinois », précise le médiateur du Vatican, de retour d’un voyage à Moscou, début juillet.Chaque cas « isolé » nécessite plusieurs semaines de discussions et « environ 2 000 » jeunes seraient déjà rentrés chez eux grâce à ces discussions, depuis le mois de janvier. Le nombre réel d’enfants ramenés sur le territoire ukrainien tournerait plutôt autour de 500, à en croire Mykhaïlo Podolyak, conseiller du président Volodymyr Zelensky. Contacté par Skype, le négociateur en chef de l’Ukraine tient à préciser que le rôle « humanitaire » de Roman Abramovitch est « beaucoup moins intense » qu’au début de la guerre. «Il permet non seulement de transmettre les positions de chacun, mais aussi de les adoucir», reconnaît tout de même l’officiel ukrainien.   Pour y parvenir, l’oligarque multiplie les allers-retours à Kiev, souvent dans le plus grand secret. Son dernier voyage dans la capitale ukrainienne remonte, semble-t-il, au printemps. Sa présence à Moscou est encore plus récente. En juin 2023, pendant la mutinerie d’Evgueni Prigojine, le chef des mercenaires de Wagner, Roman Abramovitch se trouve dans la capitale russe et plusieurs observateurs imaginent déjàqu’il joue un rôle dans les intrigues qui mènent au départ annoncé du chef de guerre pour la Biélorussie. Son équipe infirme et prétendque ces sujets « n’existent pas », sans donner plus de détails.   Combien de poupées renferme la matriochka Abramovitch ? Sous le self-made-man se cache un homme lige, loyal au Kremlin. Sous l’homme lige s’active un homme-orchestre, omniprésent dans la culture, les affaires, le sport ou la diplomatie. Sous l’homme-orchestre s’agitent tant d’autres identités, réelles ou fantasmées : un « mensch », ainsi que les juifs désignent leurs plus généreux donateurs, un mauvais garçon repenti, désireux d’être perçu comme un gentleman par les élites mondialisées… Et ensuite ? Dans le palace du nord de Tel-Aviv, téléphone à la main, Rola Brentlin interrompt la discussion avec une phrase qui ressemble à un avertissement : « Ceux qui savent vraiment des choses sur M. Abramovitch resteront toujours silencieux. » </text>
	

	<text titre="Mutinerie de Wagner : la DGSE savait" date="2023 07 26T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jean-dominique merchet" annee="2023" mois="7" jour="26" journal_clean="L'Opinion" keywords="evgueni, dgse, situation, pouvoir, poutine, wagner, mois, éclat, coup, prigojine, russie, vladimir, groupe, patron" langue="fr"> Un mois après le coup d'éclat contre Moscou d'Evgueni Prigojine, patron du groupe Wagner, la situation politique n'est toujours pas stabilisée en Russie, où le pouvoir de Vladimir Poutine est fragilisé. Les services de renseignements occidentaux, dont la DGSE, suivent l'évolution de cette situation.
Au milieu de la foule d'invités qui se pressent ce 13 juillet dans les jardins de l'Hôtel de Brienne pour la traditionnelle réception du ministère des Armées, plusieurs visages s'illuminent un court instant. C'est le cas de celui de Bernard Emié, directeur général de la sécurité extérieure (DGSE), le patron des services secrets. Au milieu de son discours aux Armées, Emmanuel Macron vient en effet de glisser une petite   phrase. Rares sont ceux qui y prêtent attention, mais pour ceux qui savent, elle a valeur de félicitations publiques.   Le président de la République salue « l'efficacité de nos services de renseignement » - un grand classique - puis ajoute : « Nos partenaires nous respectent et ils ont encore récemment salué la qualité des informations françaises. » Le chef de l'Etat n'en dira pas plus. C'est secret-défense.   L'Opinion est aujourd'hui en mesure de révéler que le président de la République évoquait alors l'un des plus grands succès du renseignement extérieur français en Russie, depuis très longtemps. Il concerne la mutinerie d'Evgueni Prigogine des 23 et 24 juin dernier. La DGSE a en effet tenu les autorités françaises au courant de ce que le propriétaire du groupe Wagner préparait. Si le Washington Post   a révélé que les agences de renseignement américaines savaient « depuis la mi-juin » qu'un coup se préparait, les services français connaissaient, eux, l'existence d'un tel « projet » bien en amont. Selon nos informations, les services américains ont même félicité leurs « partenaires » français.   Peloton de tête. Interrogée par l'Opinion, la DGSE n'a souhaité ni   confirmer ni démentir nos informations. C'est la règle pour toutes ses opérations, par nature clandestines.   De son côté, le ministre des Armées Sébastien Lecornu, autorité de tutelle de la DGSE, « salue l'ensemble de nos services de renseignement » pour la   « qualité des informations », ajoutant que « les récents événements nous rappellent l'impérieuse nécessité   lll Page 2   lll Suite de la page 1   d'investir pour rester dans le peloton de tête, comme le prévoit d'ailleurs la Loi de programmation militaire ». Pour sa part, l'Opinion a tenu également à préserver une partie de ses informations pour ne pas compromettre l'action des services français.   Si la DGSE a été « largement en avance » sur la mutinerie de Prigojine, c'est le résultat   d'un investissement de long terme sur le groupe Wagner, à cause des activités « antifrançaises » de celui-ci en Afrique. D'abord en République centrafricaine (RCA) à partir de 2018, puis au Mali en 2021. La France a récolté en Russie les bénéfices de son intérêt pour l'Afrique. Jusqu'à l'invasion russe de l'Ukraine, le groupe Wagner était, au sein de la communauté occidentale du renseignement, « le problème des Français ». Seuls les Américains s'y intéressaient, mais de plus   loin. Avant même le 24 février 2022, la DGSE avait, par exemple, constaté ce que tout le monde sait aujourd'hui : l'importance des désaccords entre le groupe Wagner et le ministère russe de la Défense.   Capteurs. Face à la menace de Wagner en Afrique, la DGSE a donc fait son métier : mettre en place des « accès ». Difficile d'en dire plus. Lors d'une audition à l'Assemblée nationale en avril dernier, le directeur de la DGSE, Bernard Emié, expliquait toutefois : « Nous disposons pour accomplir nos missions d'une organisation unique, d'un modèle dit &quot;intégré&quot; qui regroupe sous une seule autorité une combinaison de moyens clandestins de recueil de renseignements. Ces moyens sont à la fois humains - la recherche de sources -, techniques - les interceptions sous toutes leurs formes - et opérationnels - les capacités d'entrave. » Boulevard Mortier, au siège de la DGSE, l'affaire était suivie en permanence par l'un des sept « centres de missions » mis en place par la réforme de novembre 2022. L'un d'entre eux, dont l'appellation même est secrète, s'occupe spécialement de la Russie. A la manière   de ce que fait la CIA, il s'agit de faire travailler en plateau des personnels issus des différentes directions du « Service ». Auparavant, une cellule de crise ad hoc aurait été créée.   Les choses s'accélèrent à partir du 10 juin, deux semaines avant le coup de Prigojine. Ce jour-là, le ministre de la Défense russe Sergueï Choïgou lance un ultimatum au patron de Wagner, comme à toutes les autres sociétés militaires privées (SMP) : rentrez dans le rang d'ici au 1er juillet. Les mercenaires, qualifiés de « détachements de volontaires », sont appelés à signer un contrat avec le ministère de la Défense.   Pour Prigojine, qui multiplie depuis des mois les critiques et les insultes contre le ministre et le chef d'état-major, le général Guerassimov, c'est inacceptable. La mécanique s'emballe. Le Kremlin se doute de quelque chose puisque la Garde nationale (Rosgvardia), une force de sécurité intérieure, est mise en alerte le 19 juin, quatre jours avant la mutinerie. Au même moment, Boulevard Mortier à Paris, les membres du « centre de missions »   sur la Russie sont invités à ne pas prendre de week-end...   Le coup d'éclat de Prigojine débute le vendredi soir pour s'achever le samedi en fin de   journée. Le déroulé des événements est suivi en direct par les services français, en étroite coopération avec leurs principaux partenaires.   Cet épisode est un succès important pour la DGSE. Il est vrai que, concernant la Russie, elle n'en avait pas beaucoup en magasin. Les services français n'ont jamais été très bons sur la Russie. Le dernier exploit remonte à l'affaire Farewell, au début des années 1980, avec le recrutement d'un agent du KGB, Vladimir Vetrov. Mais c'était les policiers de la DST (aujourd'hui DGSI) qui avaient réussi le coup, pas le SDECE, devenu DGSE en 1982.   « Ce n'était pas fameux », se souvient un ancien de la DGSE, jadis très impliqué dans ces affaires. « L'Est n'a jamais été la priorité de la boîte, même sous Alexandre de Marenches [Directeur du SDECE de 1970 à 1980]. C'était un vague souci périphérique, lâchement délaissé à partir du moment, vers 1992, où le mot d'ordre a été : Plus de guerre froide, fin de l'inimitié, ne pas gêner le business. » « Wake up call ». Un an avant la Révolution du Maïdan en Ukraine, la DGSE avait même fermé son poste à Kiev, par souci d'économie. La priorité était alors à la lutte contre le terrorisme djihadiste. Notre interlocuteur ajoute : « L'attention et la vigilance accordées à la Russie ont assurément connu une recrudescence depuis la guerre d'Ukraine. » Le « wake up call » (sonnerie de réveil) date effectivement de septembre 2021, lors des grandes manoeuvres militaires russes Zapad, préalables à l'invasion.   « La Boîte suit les impulsions qui viennent du sommet de l'Etat, où l'on s'émeut du risque d'une perte d'influence en Europe »,   poursuit cet ancien. « Elle le fait d'autant plus qu'elle n'a peut-être pas brillé en ne prenant pas au sérieux la menace d'invasion de l'Ukraine. Dans l'hypothèse où elle aurait eu les infos et qu'elle ne se soit pas alors autocensurée, la DGSE n'a pas réussi à convaincre en haut lieu. » L'Opinion peut confirmer que, lors du conseil de défense tenu à l'Elysée la veille du 24 février, l'hypothèse d'une attaque russe était encore repoussée, au motif que « l'Ukraine était un trop gros morceau pour la Russie ». Dans un entretien récent à un hors-série du Point sur « les espions », Bernard Emié   justifie l'action de la DGSE : « Si nous avons pu diverger dans nos analyses, nous avions le même degré d'information » que les Américains. Mais contrairement à la CIA, la DGSE n'a alors rien dit : les autorités françaises « étaient encore dans une phase de négociations et de dialogue » avec la Russie, expliquet-il, ajoutant : « Nous réservons nos analyses et nos renseignements consolidés au président de la République et aux principaux décisionnaires au sein de l'exécutif ».   Revenons au 23 et 24 juin 2023. Que cherchait donc Prigojine en se lançant dans cette mutinerie ? A obtenir un arbitrage favorable de Vladimir Poutine, avec lequel il est en contact personnel et régulier. Depuis des semaines, il voulait la tête de Choïgou et de Guerassimov, mais également obtenir une reconnaissance légale des sociétés militaires privées, officiellement toujours interdites en Russie... Or, le président russe refusait - ou n'était pas en situation - de choisir entre les clans qui s'affrontent au sommet du pouvoir.   La suite est connue : Prigojine s'empare de Rostov, où se trouve l'état-major des opérations en Ukraine, puis fonce vers Moscou, sans rencontrer beaucoup de résistance. Le patron de Wagner a des complices dans l'armée et les services de sécurité, mais une partie de ses propres cadres ne sont pas forcément enthousiastes, passé les premières heures...   L'épopée se termine piteusement. A Moscou, la peur a toutefois régné durant quelques heures. Des familles de dirigeants ou d'oligarques commençaient à préparer leur fuite, alors que la colonne de Wagner se dirigeait vers la capitale. Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a joué un rôle important dans l'issue de cette crise. Depuis lors, Evgueni Prigojine, bien qu'affaibli, est toujours en liberté, y compris sur le sol russe, et reste en contact avec Vladimir Poutine.   Cette affaire révèle la nature du régime russe. « Ce n'est pas un Etat comme les nôtres, mais un système mafieux avec des liens d'argent, estime-t-on désormais dans de nombreux cercles officiels à Paris. Un système où seule compte la relation avec le chef, le Parrain. » Prigojine est lui-même « un gangster », qui a fait neuf ans de prison dans les années   1980. Il parle comme un charretier, avec un argot tout droit venu de la pègre et des prisons.   Même s'il a échoué, son coup de force a fragilisé le maître du Kremlin. « Vladimir   Poutine ne fait plus peur, ni à l'intérieur, ni à l'extérieur. Et quand un dictateur ne fait plus peur, il est affaibli, mais le régime reste résilient. » Ces analyses des cercles du pouvoir ont nourri la réflexion du chef de l'Etat, telle qu'il l'a exprimé lors du récent sommet de l'Otan à Vilnius : « La Russie est fragile politiquement et militairement. Elle a montré ses premiers signes de division ». Grâce à la DGSE, le président Macron a sans doute été l'un des premiers dirigeants occidentaux à le savoir, « en renseignement ». Cela valait bien un compliment public, fût-il discret.   @jdomerchett   Le Kremlin se doute de quelque chose puisque la Garde nationale est mise en alerte le 19 juin, quatre jours avant la mutinerie. Au même moment, Boulevard Mortier à Paris, les membres du « centre de missions » sur la Russie sont invités à ne pas prendre de week-end... </text>
	

	<text titre="Comment le renseignement français a repensé son dispositif africain sous la contrainte russe" date="2023 07 26T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="pascal airault @p_airaultt" annee="2023" mois="7" jour="26" journal_clean="L'Opinion" keywords="face, dispositif, milice, russe, soldats, français, sangaris, renseignement, combattants, bangui" langue="fr"> Le 5 décembre 2013, les soldats de la force Sangaris se déploient dans Bangui. Mais ils font face à une situation beaucoup plus complexe que prévu. Des combattants de la milice antibalaka ont lancé une offensive contre les rebelles de la Séléka, qui ont pris le pouvoir neuf mois plus tôt dans la capitale. « La DGSE n'avait presque plus de capteurs ou des capteurs défaillants, explique-t-on alors à l'hôtel de Brienne. Nous n'avions pas vu le coup venir et avons dû réajuster notre dispositif militaire pour faire face à la guerre civile qui se profilait. » A cette époque, les décideurs français ont largement désinvesti le champ du renseignement en Afrique centrale, particulièrement en Centrafrique et au Congo- Brazzaville voisin. A la cellule diplomatique de l'Elysée comme à la direction Afrique du Quai d'Orsay, on ne voit pas l'intérêt de dépenser de l'énergie et des moyens financiers supplémentaires dans la région. Il est même question de fermer le poste à Bangui.
« Nous manquions de lecture au début des années 2010, confie un ancien de la boîte. Les relations étaient devenues compliquées avec l'entourage du président Bozizé, notamment avec son influent neveu qui était le ministre d'Etat aux Finances, Sylvain Ndoutingaï. On ne s'entendait pas non plus avec feu Levy Yakété, le conseiller jeunesse du chef de l'Etat et le fondateur de la milice d'autodéfense appelée Cocora pour protéger le régime. » Le déclenchement de l'opération Sangaris va permettre de sauver le poste DGSE à Bangui. Les agents permanents se comptent toutefois sur les doigts de la main. Ils sont épaulés par des agents missionnaires sur des périodes assez courtes, de trois à six mois. Un dispositif jugé suffisant alors que les soldats français n'ont pas vocation à s'éterniser. Ils plient d'ailleurs bagage en octobre 2016.   Le réinvestissement n'aura vraiment lieu qu'à l'arrivée des combattants de Wagner, à partir de 2018. On finit par étoffer l'équipe présente à Bangui sans compter l'envoi de clandestins. Les premiers ne sont pas censés être au courant de la présence des seconds, l'information étant bien cloisonnée au sein du service.   « L'arrivée des Russes a redynamisé notre action et le recrutement de sources de renseignement humain, explique un ancien des services. Il faut alors comprendre quels sont les liens des Russes avec le pouvoir, le fonctionnement des régies financières, l'influence militaire et médiatique des hommes de Prigojine. » Terrorisme. Au Sahel, les moyens de la DGSE sont alors essentiellement consacrés à la lutte contre le terrorisme et les prises d'otages. Boulevard Mortier, on perçoit toutefois rapidement que les ambitions de la Russie ne vont pas se limiter à la Centrafrique d'autant que Wagner s'installe en Libye, au Soudan, au Mozambique.   A la fin de 2021, l'arrivée des forces d'Evgueni Prigojine au Mali va accroître encore davantage l'attention des services de l'Etat français. Toutes les cellules de renseignement (DRM, DGSE...) et diplomatique vont avoir alors en main une feuille comprenant l'agenda russe.   Au niveau de la DGSE, les effectifs en poste à Ouagadougou et Bamako sont renforcés. On s'intéresse alors encore plus à la question de la présence russe. On renforce les postes d'analystes politiques et l'on cherche de nouveaux capteurs. « La Russie est alors devenue un sujet prioritaire et hebdomadaire, témoigne un diplomate français. On nous a demandé de travailler sur les activistes prorusses, les circuits de financement de Wagner, les connexions avec les dirigeants des pouvoirs en place. » La détérioration des relations avec le Mali et le Burkina Faso complique le travail actuel des services sur le terrain. Il a fallu procéder à certains réaménagements, mais la DGSE conserve un dispositif sur le terrain. L'investissement sur Wagner en Afrique a visiblement permis de détecter précocement sa sédition du mois dernier. « C'est un moment de gloriole pour un service qui a eu bien des ratés sur la Russie, assure l'ancien de la maison. Le plus important est maintenant de prévoir la suite du film russe en Afrique. » Pascal Airault @P_Airaultt   « L'arrivée de Wagner a redynamisé notre action et le recrutement de sources de renseignement humain », explique un ancien des services </text>
	

	<text titre="L'ombre de Wagner sur le sommet Russie-Afrique" date="2023 07 27T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="benjamin könig" annee="2023" mois="7" jour="27" journal_clean="l'Humanité" keywords="ouvre, continent, rébellion, saint-pétersbourg, moscou, influence, wagner, second, sommet, guerre, russie-afrique" langue="fr"> Diplomatie Après Sotchi en 2019, un second sommet s'ouvre ce jeudi à Saint-Pétersbourg. Si Moscou a accru son influence sur le continent, la guerre en Ukraine et, plus récemment, la rébellion du groupe d'Evgueni Prigojine ont troublé les relations entre Poutine et les pays africains. « P our la paix, la sécurité et le développement » : le mot d'ordre est le même qu'il y a quatre ans. À l'heure où s'ouvre, ce 27 juillet, à Saint-Pétersbourg, le second sommet Russie-Afrique, les relations entre les pays africains et Moscou ont profondément changé depuis le premier, organisé en 2019 à Sotchi, en présence de 45 chefs d'État ou de gouvernement. Quatre ans plus tard, la Russie a accentué sa présence sur le continent, de façon protéiforme selon les pays et les régimes, parfois sous la forme de simples intérêts commerciaux, d'autres via de véritables partenariats militaires pour la plupart délégués au médiatique groupe Wagner. Toutefois, « les Russes n'ont pas de stratégie en Afrique, seulement une présence et des intérêts », tempère Igor Delanoë, directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe. De leur côté, les pays africains tirent de cette relation des avantages divers : alimentation, armement et appui militaire, parfois une sécurité pour se maintenir au pouvoir. 
Ce sommet s'ouvre dans un contexte paradoxalement difficile pour ces relations russo-africaines. Les pressions occidentales ont conduit quelques chefs d'État à décliner, mais peu : sur 55 pays, 49 seront représentés, assure le Kremlin. Surtout, Vladimir Poutine a prévu d'évoquer, lors d'un déjeuner de travail prévu le 28 juillet, le « nouvel ordre mondial » et la guerre en Ukraine, qui s'enlise et inquiète de nombreux pays africains, dépendants des céréales ukrainiennes. À ce sujet, après la non-reconduction de l'accord d'exportation, il a voulu « rassurer sur le fait que notre pays est capable de remplacer les céréales ukrainiennes ». Certains régimes africains sont étroitement liés à l'État russe, notamment via « le secteur sécuritaire qui est clairement incarné par Wagner, dont les têtes de pont sont le Soudan, la Centrafrique, le Mali, la Libye, avec une présence plus diluée au Burkina Faso, en RDC pour le business, un peu au Tchad », indique Igor Delanoë.   Et c'est là que vient le point le plus sensible, qui ne fera l'objet d'aucune communication lors du sommet de Saint-Pétersbourg : la mutinerie, voici un mois, des mercenaires de Wagner, sous-traitant russe sur le continent qui évite d'envoyer de précieux soldats de l'armée régulière et assure des revenus non négligeables. « Il y avait un brouillard sur les liens entre l'État russe et Wagner, maintenant les liens financiers sont beaucoup plus clairs », analyse Igor Delanoë. La rébellion des hommes d'Evgueni Prigojine, le 24 juin, a inquiété les régimes amis. Tous s'étaient rapidement rangés du côté de Moscou. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, avait déclaré que « la stabilité de la Russie est essentielle pour la paix et la sécurité internationales ». Joint par téléphone, Nouhoum Keïta, journaliste à Bamako et rédacteur en chef de Radio Kayira, témoigne de l'état d'esprit de ses compatriotes : « Ce sont d'abord les Maliens qui doivent dire ce qu'ils en pensent. Ici, les autorités disent que ce ne sont pas des mercenaires mais des conseillers militaires russes. J'avoue sincèrement que cette polémique n'intéresse pas les Maliens : pour nous, c'est toujours cette hypocrisie occidentale, l'indignation sélective. »   Alors que le régime militaire malien a demandé le départ de la France l'année dernière, et maintenant de la force onusienne de la Minusma, la question est bien plutôt celle de l'efficacité de la lutte contre le terrorisme islamiste dans la zone sahélienne, au nord. « Les Maliens veulent en finir avec les groupes armés terroristes, le pays compte de très nombreuses victimes. Est-ce que l'État pourra combler le vide de la Minusma ? Les autorités se veulent rassurantes mais les gens sont dans une situation d'attente », poursuit Nouhoum Keïta. Qui rappelle que, très rapidement, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'était rendu sur place. Ainsi que dans d'autres pays : « Il a tout de suite été envoyé en SAV pour rassurer les partenaires », décrypte Igor Delanoë, pour qui « les dirigeants africains sont gênés, ils veulent savoir dans quelle mesure cela peut avoir des conséquences, mais ils n'ont pas découvert l'eau chaude avec cette histoire ». Les Français non plus, du reste : selon l'Opinion du 26 juillet, les services de renseignements présents en Afrique savaient depuis plusieurs mois les dissensions entre Wagner et le commandement russe.   de nombreuses concessions minières, de bois et de café octroyé à Wagner, en Centrafrique  Le pays où l'influence et la présence russes sont le plus visibles est sans conteste la Centrafrique. Depuis 2018, le président Faustin-Archange Touadéra a octroyé de nombreuses concessions minières, de bois et de café à Wagner, qui assure en retour la sécurité du régime. « Ils sont partout, comme un virus : à l'état-major des forces armées, ils dirigent la police, la gendarmerie... Faustin Touadéra dit que ce ne sont pas des mercenaires, qu'il a signé avec l'État russe et non avec Wagner, mais je n'ai jamais vu un militaire russe », assure, au téléphone, Martin Ziguélé, porte-parole de l'opposition regroupée dans le Bloc républicain de défense de la Constitution. Une Constitution que, précisément, le président Touadéra veut faire modifier lors d'un référendum le 30 juillet afin de pouvoir se représenter... à vie. Toute opposition vaut son lot d'intimidations : Martin Ziguélé a reçu un message lui disant que des « 14-5 sont positionnées en direction de ta maison ». Une allusion claire : les 14-5 sont des mitrailleuses lourdes de fabrication russe.   Voici deux semaines, près de 250 mercenaires russes ont quitté précipitamment le pays, puis d'autres sont arrivés. « Ceux-là, les premiers, étaient liés à Prigojine. Ils ont fait le tri, sans doute », estime Martin Ziguélé. Pour lui, « c'est la peur de sa population qui a amené le pouvoir à appeler Wagner ». Si cette rébellion n'a pas fait l'objet de mesures de rétorsion si sévères, c'est notamment en raison des intérêts africains inextricablement liés entre les deux parties. « Globalement, Wagner respecte le cadre du Kremlin, il n'y a aucun intérêt pour la Russie de leur couper les ailes », analyse Igor Delanoë. Finalement, c'est Alexandre Ivanov, le lieutenant de Prigojine en Centrafrique, qui a annoncé les attentes concernant le sommet Russie-Afrique : « J'espère qu'il sera moins glamour et plus efficace que celui de 2019. » Pour qui ? C'est toute la question. </text>
	

	<text titre="Conjurer la solitude" date="2023 07 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24550" auteur="saint-paul, patrick" annee="2023" mois="7" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="africains" langue="fr"> ÀSaint-Pétersbourg, où il les recevra en convoquant la mémoire de Pierre le Grand, ses « amis » africains guetteront le moindre signe de fragilité. Pour sa première apparition devant un cénacle international depuis le putsch avorté d'Evgueni Prigojine, Vladimir Poutine devra lever une interrogation : à défaut d'avoir su devenir le tsar de toutes les Russies en posant la première pierre de son empire en Ukraine, est-il au moins toujours celui de toute la Russie, le maître incontesté du Kremlin ?   Poutine était vu comme un « homme fort » et n'a cessé, depuis son annexion de la Crimée, en 2014, d'étendre son influence sur le continent africain. Déstabilisant au passage les intérêts français et américains... L'Afrique constitue le plus large bloc à l'ONU - 54 pays - et le plus divisé sur les résolutions critiquant l'invasion de l'Ukraine. Avec Pékin, l'Afrique est son soutien le plus solide pour lutter contre l'isolement international et les sanctions occidentales. En Afrique, il s'est appuyé sur Wagner, qui a étendu ses activités dans une douzaine de pays. La milice de Prigojine y conduit des opérations répressives et fournit une garde prétorienne à des régimes fragiles en échange d'un accès aux ressources naturelles. Ce pacte faustien a porté ses fruits dans une Afrique confrontée à une vague djihadiste. Avec ses films de propagande, Wagner a aussi fragilisé la France, contribuant à son départ du Mali et du Burkina Faso.
La milice est-elle toujours une assurance-vie efficace ? Poutine est-il encore capable de livrer des armes alors que la guerre mobilise ses ressources ? Le président russe devra aussi s'expliquer sur son refus de prolonger le « grain deal » , qui risque de plonger dans la faim nombre de pays africains. À la veille du sommet, il a rappelé que Moscou a de tout temps soutenu l'Afrique dans sa « lutte pour la libération du joug colonial »... sans jamais se mêler des questions de gouvernance. Paradoxalement, il s'est offert un dernier levier, en accentuant la dépendance de l'Afrique aux céréales russes : il a promis d'aider les pays les plus fragiles avec des dons de céréales et d'engrais. Les plus fidèles seront les premiers servis !   Poutine tente de maintenir son influence en Afrique </text>
	

	<text titre="L'état de grâce de la « Russafrique » a vécu" date="2023 07 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24550" auteur="berthemet, tanguy" annee="2023" mois="7" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="russie, afrique, africains, russafrique" langue="fr"> IL Y A PEU, la Russie en Afrique était au mieux un souvenir. Celui du grand frère soviétique aidant, en pleine guerre froide, ses alliés africains avec des armes, des conseillers ou des subventions. Après l'effondrement de l'URSS, les Russes avaient disparu au presque, avant que Moscou ne signe son retour à la surprise générale.  «La Russie en Afrique, c'est d'abord une histoire d'opportunité, d'impulsivité et de pragmatisme » , résume un diplomate français. Une capacité aussi à exploiter la faiblesse ou la trop grande confiance des partenaires classiques de l'Afrique, la France en particulier. L'installation de la Russie comme puissance de référence en Centrafrique est l'exemple même de ce schéma.
En mars 2017, le nouveau président de la Centrafrique, Faustin-Archange Touadéra, est sous pression des groupes rebelles. En octobre 2016, le retrait précipité des troupes françaises du pays, à la colère des autorités locales, a créé un vide. Le président réclame des armes à l'ex-puissance coloniale, soutien de toujours du pays, mais n'a pas les moyens de les financer. Paris a alors l'idée d'offrir des matériels - fusils, lance-roquettes et mitrailleuses - saisis par la marine française au large de la Somalie. Mais la manoeuvre réclame l'aval de Conseil de sécurité. Moscou s'y oppose et s'engouffre dans la brèche. Sergueï Lavrov, l'indéboulonnable ministre des Affaires étrangères russe, invite Touadéra à Sotchi et propose de fournir gratuitement des armes et les instructeurs nécessaires, le tout avec l'aval de l'ONU. Très vite les Antonov arrivent à Bangui avec les armes promises, les instructeurs et une surprise : les premiers hommes de Wagner. Et les Russes s'imposent dans ce pays où ils n'avaient aucun passé.   Ce qui apparaît alors comme inattendu ne l'est en réalité pas totalement. Depuis 2014 et l'intervention dans le Donbass, les sanctions occidentales ont frappé Moscou. Poutine se tourne alors vers l'Afrique et ses 54 pays, puissants réservoirs de voix dans les instances internationales, pour sortir de son isolement. Pour ce faire, le Kremlin décide de s'appuyer sur son industrie de défense et sur son armée, ses points forts.   Dans un premier temps, plusieurs pays du continent accueillent plutôt bien cet intérêt sur lequel il ne comptait plus. En plus de dix ans de pouvoir, Poutine n'avait guère fait attention à ce continent où il n'avait effectué que trois visites, et toutes au nord. À l'heure où les puissances européennes, chinoise, américaine ou celles du Golfe luttent entre elles pour séduire l'Afrique, un nouvel acteur est le bienvenu.   Très vite, Moscou enchaîne les accords militaires, en commençant par le Cameroun dès 2015, et en visant plus particulièrement les États francophones. L'irruption de Wagner, d'abord en Centrafrique puis au Mali, va changer la donne. La Russie donne le ton et boute la France hors de son ex-pré carré.   Le Kremlin ne se contente pas d'un activisme militaire. Une vaste campagne de propagande est lancée, officieusement via l'Internet Research Agency, une entreprise dépendant d'Evgueni Prigojine, le patron de Wagner. Les posts de dénigrement en ligne contre «les puissances colonialistes» visent essentiellement la France, mais aussi parfois les États-Unis. Ils mettent en avant, a contrario, les qualités du partenariat russe, censé être désintéressé, ouvert et fidèle aux valeurs de l'Afrique, le récit traditionnel de Moscou.   En parallèle, les dirigeants russes montent également une offensive politique pour afficher leur disponibilité à soutenir les régimes amis. Cette offensive se concrétise avec la mise en place d'un sommet Russie-Afrique, dont le premier volet se tient à Sotchi en 2019. Cette grande messe n'a rien d'originale en elle-même. La France, l'Europe, la Chine ou le Japon ont aussi des réunions. Mais Moscou fait les choses en très grands, et ses efforts sont couronnés de succès.   Rien en semble devoir alors arrêter la « Russafrique ». L'aventure n'est pourtant plus aussi belle. Certains États se sont montrés méfiants dès le départ, une défiance qui va grandir après le mois de février 2022 et l'invasion de l'Ukraine. En dépit d'une offensive de charme russe qui vilipende les pays occidentaux, rendant leur boycott responsable des difficultés engendrées par ce conflit, elle ne convainc pas vraiment. Les deux votes à l'Assemblée générale de l'ONU de résolutions condamnant le raid sur l'Ukraine le montrent. Entre celui de mars 2022, où 17 États africains s'étaient abstenus, et celui de février 2023, où 3 pays s'étant abstenus ont rejoint le camp condamnant la Russie, contre 1 seul appuyant Moscou.   Dans le même temps, les investissements russes en Afrique, dont la hausse avait été promise à Sotchi, se sont rétractés de 36 %. Les sociétés minières russes peinent à se déployer, quand elles ne doivent pas quitter des territoires sous des pressions locales ou par manque de partenaires. Le Burkina Faso illustre ces difficultés économiques et politiques. Nordgold, une société aurifère, y dispose de plusieurs grosses concessions, mais envisagerait pourtant de quitter le pays, coincée par l'insécurité et les pressions financières. Après le putsch du capitaine Traoré en septembre 2022, le Burkina semblait pourtant promis à vite entrer dans la galaxie de Wagner. Mais il n'en est toujours rien.   Le plus grave pour la Russie est que sa capacité militaro-industrielle en Afrique est remise en cause par l'Ukraine. Le Lady R a servi de symbole. Ce navire, amarré en décembre à la base navale de Simon's Town, en Afrique du Sud, avait d'abord été soupçonné de livrer des armes russes à Pretoria. Mais l'ambassadeur des États-Unis a finalement accusé, à l'inverse, l'Afrique du Sud de fournir des armes à la Russie, les rôles s'étant inversés. L'Afrique du Sud a nié ce marché. Quelques mois plus tôt, le Mali aurait été utilisé par la Russie comme base logistique pour l'achat d'armes à l'étranger, contournant ainsi les sanctions. Bamako, là encore, a réfuté toute implication. Avec l'invraisemblable odyssée militaire de Prigojine remontant vers Moscou, ces rumeurs de petits trafics ont fini par rendre plus incertain le retour triomphant de la Russie en Afrique. </text>
	

	<text titre="Le jeu africain de Poutine pour sortir de l'isolement" date="2023 07 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24550" auteur="Unknown" annee="2023" mois="7" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="partir, saint-pétersbourg, accueille, fin, africains, conflit, accord, ukraine" langue="fr"> Vladimir Poutine accueille à partir de jeudi ses partenaires africains à Saint-Pétersbourg, un moyen d'afficher une entente malgré le conflit en Ukraine et la fin de l'accord céréalier, source d'inquiétude pour le continent.   Isolé sur la scène internationale depuis le lancement de son offensive militaire en Ukraine, le maître du Kremlin peut toujours compter non seulement sur son partenaire chinois, mais aussi sur le soutien de nombreux pays africains. Depuis le début de son offensive en Ukraine, en février 2022, Moscou a cherché à renforcer ses liens diplomatiques avec l'Afrique, faisant concurrence dans certains pays à la France, notamment à travers la présence de la milice Wagner.
Cependant, l'influence russe est en perte de vitesse en Afrique, après la fin de l'accord céréalier et alors que le Kremlin est fragilisé par le putsch avorté de Prigojine.   Le chef du Kremlin accueille à partir de jeudi, à Saint-Pétersbourg, un sommet Russie-Afrique, pour tenter de maintenir son influence sur le continent malgré le conflit en Ukraine.  - - L'état de grâce de la « Russafrique » a vécu - Thierry Vircoulon : « Moscou boxe au-dessus de sa catégorie » pages 2, 3 et l'éditorial </text>
	

	<text titre="Thierry Vircoulon : « Moscou boxe au-dessus de sa catégorie »" date="2023 07 27T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24550" auteur="berthemet, tanguy" annee="2023" mois="7" jour="27" journal_clean="Le Figaro" keywords="sommet, au-dessus, moscou" langue="fr"> THIERRY VIRCOULON est chercheur associé à l'Ifri.  LE FIGARO. - Quels sont, pour la Russie, les objectifs de ce sommet ?Thierry VIRCOULON. - Ce sommet, qui est le deuxième, a été préparé soigneusement. C'est en fait un test assez fondamental sur la réalité de l'influence russe depuis le début de la guerre. Il s'agit, pensent les Russes, de démontrer que la Russie n'est pas isolée sur le plan international comme le disent les Occidentaux mais qu'elle reste, en dépit de la guerre, un acteur de premier plan sur la scène internationale. Elle cherche donc à séduire l'Afrique. Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères, a fait plusieurs passages en Afrique, fin 2022 et surtout début 2023. L'un des marqueurs clés de la réussite de ce sommet sera combien de chefs d'État et de gouvernement feront le déplacement. En 2019 à Sotchi, c'était 43. Ce chiffre sera plus significatif que le nombre d'accords qui vont être signés, car la Russie a l'habitude d'en faire signer beaucoup dans ce type d'événement. Cette fois, on peut s'attendre à ce que Poutine, qui n'a pas prolongé l'accord sur les céréales en mer Noire, profite du sommet pour annoncer qu'il fournira du grain à la place de l'Ukraine et peut-être qu'il reprendra l'accord avec l'Ukraine en signe de bonne volonté. 
Comment Moscou tente de séduire des partenaires africains ?Depuis le début de la crise en Ukraine, la Russie a intensifié sa communication diplomatico-médiatique vis-à-vis de l'Afrique. Elle développait tout un argumentaire. Poutine joue, bien sûr, beaucoup sur le côté historique, le fait que l'URSS aurait toujours lutté contre la colonisation et appuyé les mouvements d'émancipation. Il y a aussi un argument idéologique quand ils accusent les Occidentaux de vouloir transformer les sociétés, alors que Moscou soutiendrait les valeurs traditionnelles. Puis, un point politique : la Russie se présente comme un tenant d'un monde multipolaire où l'Afrique pourrait tenir un rôle sur la scène internationale. Le dernier argument est la coopération. La Russie continue d'offrir des bourses aux étudiants et s'engage dans les secteurs de la santé et de l'éducation qui semblent particulièrement visés.  Cette volonté d'être une puissance en Afrique est-elle réaliste ?La Russie continue en fait à boxer au-dessus de sa catégorie, car avec la guerre elle s'est évidemment appauvrie. On a des doutes sur sa capacité à rester le leader sur la fourniture d'armes au continent. La guerre en Ukraine met son industrie militaire sous pression et les volumes disponibles à l'exportation sont contraints. Par ailleurs, un certain nombre d'entreprises russes qui étaient présentes en Afrique ont, depuis le début de la guerre, soit gelé leur activité soit se sont retirées. C'est le cas le Lukoil, qui depuis une dizaine d'années avait des participations dans le pétrole dans le golfe de Guinée, notamment au Ghana en partenariat avec une société norvégienne. C'est là le problème. Les pétroliers russes étaient souvent associés avec des entreprises occidentales, ce qui n'est plus possible. Il n'y a qu'une exception, avec ENI au Congo Brazzaville. Donc économiquement, la Russie est plutôt en retrait.  À Sotchi, lors du premier sommet en 2019, beaucoup de contrats avaient été signés. Le bilan aujourd'hui est-il positif ?Il faut être clair : la réponse est non. Il s'agissait essentiellement de contrats d'apparat, pour redorer le statut de la Russie. Mais derrière, c'est du vent. Par exemple, le projet au Congo Brazzaville, signé en grande pompe à Sotchi, de construire un oléoduc traversant le pays n'a absolument pas avancé. Les projets de raffinerie comme celui en Ouganda, n'ont jamais décollé. Le protocole d'accord pour un chemin de fer en RDC, là encore conclu lors du premier sommet, pour 500 millions de dollars n'a jamais connu le moindre début de réalisation. Le seul projet majeur qui continue est la construction d'une centrale nucléaire en Égypte. C'est un programme faramineux de Rosatom, et la construction de la dernière des trois tranches a été lancée officiellement en mai 2023. Mais il y a de gros doutes sur la capacité russe à s'engager dans un tel chantier estimé à 25 milliards de dollars censé être financé à 80 % par un prêt russe. L'Égypte garde, en façade, confiance, mais il est possible que cette confiance se lézarde.  La guerre en Ukraine ne mine-t-elle pas la confiance dans les Russes un peu partout en Afrique ?Cela a terni clairement l'image de la Russie comme puissance militaire. D'abord parce que l'armée ukrainienne résiste toujours. Ensuite et surtout parce qu'il y a eu l'affaire de la mutinerie de Wagner et de Prigojine. Cela à démontrer que le grand tsar Poutine ne contrôle pas tout ce qui se passe dans son environnement proche. L'homme fort n'est donc pas si fort qu'il prétendait l'être. Cela crée forcément des réflexions dans certaines capitales et des angoisses dans celles où Wagner est déjà engagé.  Le plan du retour de la Russie en Afrique vise-t-il d'autre pays ?Depuis les premières sanctions en 2014, le plan russe est de montrer qu'elle reste un acteur de premier plan, notamment militaire, dans le monde et en Afrique. Après le Soudan, mais surtout la Centrafrique et le Mali, elle semble regarder vers le Burkina Faso, après le second putsch. Mais la relation avec la junte n'a pas l'air d'être aussi simple que ça. Ils avaient aussi la RDC en ligne de mire, mais c'est compliqué. Il y a un effort sur le Congo Brazzaville, puisque Lavrov y est passé. Mais l'expansion de Wagner semble tout de même compromise par ce qui s'est passé en Russie. Ils sont un peu piégés, car ils ne peuvent pas annuler mais en même temps ce n'est plus un outil aussi performant. D'abord, il n'est plus secret, et il y a de l'eau dans le gaz entre ses dirigeants. Moscou paraît encore chercher la bonne solution. L'annonce que Wagner va continuer son déploiement en Afrique apparaît un peu compliquée. Mais, en même temps, le Kremlin doit donner un avenir et un exutoire aux hommes de Wagner. Bien sûr, on peut imaginer une autre formule, un Wagner sous un autre nom. Mais pour rétablir la confiance, Poutine devra montrer qu'il en est à la tête </text>
	

	<text titre="Pour redorer son blason, Poutine invite l’Afrique en Russie" date="2023 07 28T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="frédéric bobin frédéric bobin" annee="2023" mois="7" jour="28" journal_clean="Le Monde" keywords="saint-pétersbourg, poutine, d’un, sommet, russie, l’afrique" langue="fr"> Restaurer une image abîmée, démentir l’impression d’un isolement international : le sommet Russie-Afrique, qui se tient à Saint-Pétersbourg jeudi 27 et vendredi 28 juillet, doit mettre en scène un Vladimir Poutine en position de force, alors qu’il s’efforce de reconstruire sa stature auprès d’un continent plongé dans l’expectative après les turbulences engendrées par l’invasion de l’Ukraine il y a un an et demi.   La photo de famille attendue de l’Afrique rassemblée autour du chef du Kremlin sous la bannière d’un « monde multipolaire » est d’une importance cruciale dans cette entreprise de réhabilitation diplomatique. Le nombre de présidents présents sera scruté : ils étaient 43 lors de la première édition de ce forum, à Sotchi en octobre 2019. Cette fois-ci, ils devraient être seulement 21, moitié moins, selon le décompte du Monde.
Alors que les Occidentaux ont vivement encouragé leurs partenaires africains à ne pas se rendre en Russie, des chefs d’Etat se sont décommandés, comme Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo (RDC). « Ce ne sont en rien les pressions des Occidentaux qui ont joué dans notre décision, il y avait un problème d’agenda du président, explique une source de la présidence de la RDC. Des pressions, il y en a eu. Elles ne sont pas trop méchantes et pas nouvelles : il y en a depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. »L’offensive en Ukraine a changé la donne en Afrique. Il y a quatre ans, le sommet de Sotchi avait campé une Russie conquérante, se réengageant après un quart de siècle d’effacement consécutif à l’implosion de l’Union soviétique. Le modèle était inédit : une offre paramilitaire via la société de mercenaires Wagner assortie de la prédation de ressources et d’opérations de cyberinfluence.   Mais depuis, l’enlisement de l’armée russe sur les fronts ukrainiens, les interrogations sur les fêlures au sein du pouvoir à Moscou ou les dégâts économiques collatéraux (inflation, aléas des approvisionnements en céréales), nourrissent des doutes au sein de certains pouvoirs africains.   Face à ces interrogations, le sommet de Saint-Pétersbourg s’efforcera de sauver les acquis de Sotchi. La Russie y jouera sa carte maîtresse : une capacité à répondre à une aspiration assez répandue en Afrique, celle de desserrer l’étau d’une relation pesante avec l’Occident.   Moscou sait habilement jouer de la mémoire des luttes anticoloniales que l’ex-URSS avait soutenues à l’orée des indépendances. « L’Occident collectif n’a pas surmonté son complexe de supériorité et s’efforce de perpétuer les pratiques néocoloniales », a répété le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, le 7 juin, à l’occasion de la Journée de l’Afrique.  Fournir des gagesL’engagement de Moscou sur le continent, qui s’est accéléré avec la nécessité de contourner les sanctions occidentales suite à l’annexion de la Crimée en 2014, a déjà apporté quelques précieux dividendes diplomatiques.   L’Afrique n’a pas suivi les Occidentaux dans la condamnation de la guerre en Ukraine lors des débats à l’Assemblée générale des Nations unies. « Grâce à la Russie et la Chine, les Occidentaux ne peuvent plus nous intimider comme ils le faisaient par le passé, se félicite une source militaire au Cameroun. La guerre en Ukraine montre que les pays africains ont une force qu’ils ignoraient. »Mais convertir ces réserves en loyauté pro-Kremlin est une tout autre histoire. A Saint-Pétersbourg, M. Poutine devra fournir des gages, rassurer sur deux événements récents qui ont jeté le trouble sur le continent. En premier lieu, le retrait de Moscou de l’accord conclu à l’été 2022 avec Kiev sur l’exportation des céréales ukrainiennes via la mer Noire pose la question de la continuité des approvisionnements, notamment vers l’Afrique. Le président russe a d’ores et déjà annoncé que la Russie est « capable de remplacer les céréales ukrainiennes ».   L’autre incertitude à lever concerne l’avenir de la présence de Wagner en Afrique, un mois après la tentative de mutinerie de son chef, Evgueni Prigojine. L’affaire est vitale pour certains régimes qui ne tiennent que grâce à l’appui du groupe paramilitaire. « Le “coup” de Prigojine, cela écorne l’image d’un président fort et contrôlant tout , pointe une source diplomatique à Moscou. Les avis convergent : Wagner, fer de lance de l’aventure africaine de la Russie ces dernières années, est trop enraciné dans certains pays – le Mali, la République centrafricaine (RCA), la Libye ou le Soudan – pour en être délogé aisément.   Dès le lendemain de l’éclatement de la guerre en Ukraine, les officiels russes étaient déjà mobilisés pour rassurer leurs homologues africains sur la continuité de leur soutien. Début mars 2022, alors que Moscou venait juste de lancer son « opération spéciale », le colonel Sadio Camara, ministre de la défense malien qui a participé aux deux coups d’Etat (août 2020 et mai 2021) dans son pays, s’était discrètement envolé pour la Russie. M. Camara, qui vient d’être sanctionné par le Trésor américain, connaît bien la Russie : il y a été formé, tout comme Choguel Maïga, premier ministre du Mali, diplômé de l’Institut des télécommunications de Moscou.   Depuis le coup d’Etat de 2020, la coopération entre Bamako et Moscou n’a cessé de se développer sous la bannière de la guerre contre les djihadistes et sur fond de rupture avec Paris. L’effectif de Wagner au Mali serait monté à 1 600 hommes, selon des sources françaises. Les livraisons de matériel de guerre se sont multipliées sur le tarmac de l’aéroport de la capitale. Au lendemain de la mutinerie avortée d’Evgueni Prigojine, M. Lavrov avait déclaré que le travail des « instructeurs russes »au Mali et en RCA « continuerait ».   La Centrafrique, où le groupe paramilitaire a mis le pied dès 2017 est devenue le laboratoire de Wagner en Afrique. Ses responsables y ont multiplié les terrains d’intervention : garde prétorienne du président Touadéra, combat contre des groupes rebelles, guerre informationnelle, extraction minière et projets industriels… Durant la guerre en Ukraine, des rumeurs font état du départ des mercenaires du pays ; ils se déploient en réalité au Mali. Suite au coup de force de Prigojine, des informations contradictoires circulent annonçant tour à tour leur départ, puis leur retour.   Au Soudan, le rôle de Wagner, mêlant formation militaire et exploitation minière, a été tout aussi décisif dans la percée russe à partir de la fin 2017. Moscou guigne la construction d’une base navale à Port-Soudan, emprise de la plus haute importance stratégique qui lui permettrait ainsi de se projeter vers la mer Rouge et l’océan Indien.  Des acquis à préserverEn Libye, la présence de Wagner aux côtés du maréchal Khalifa Haftar en Cyrénaïque a fait du pays un hub logistique entre la Syrie et l’Afrique, utile pour le transit d’hommes et d’équipements vers le Mali et la RCA.   Autant d’acquis sur le continent africain à préserver. Le sommet de Saint-Pétersbourg y trouve toute son importance. Mais le modèle ciblé cultivé par Moscou, principalement basé sur l’offre sécuritaire et l’influence informationnelle au service des élites, risque à terme de montrer ses limites. A Sotchi en 2019, Vladimir Poutine s’était engagé à multiplier par deux les échanges commerciaux entre la Russie et l’Afrique, évalués alors à 20 milliards de dollars (18 milliards d’euros).   Quatre ans plus tard, ils stagnent à 18 milliards de dollars, soit 5 % du commerce euro-africain et 6 % du commerce sino-africain. Les investissements russes représentent moins de 1 % du capital étranger implanté en Afrique. Des chiffres qui relativisent l’influence politique de Moscou, au regard de sa présence économique réelle. </text>
	

	<text titre="Bangui, capitale des mercenaires de Wagner en Afrique" date="2023 07 28T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="carol valade" annee="2023" mois="7" jour="28" journal_clean="Le Monde" keywords="présence, mercenaires, wagner, forces, afrique, capitale, centrafrique, bangui" langue="fr"> Bangui - correspondance - En Centrafrique, de nouvelles forces sont arrivées, et nous contrôlons le territoire.(…) Nous ne diminuons pas notre présence, et nous sommes prêts à augmenter nos contingents. » Dans une interview diffusée, le 25 juillet, sur la chaîne prorusse Afrique Media et qui circule de téléphone en téléphone à Bangui, Evgueni Prigojine, le patron du Groupe Wagner, a lui-même tenté de couper court aux spéculations déclenchées par le mouvement compris comme le départ de centaines de ses hommes, observé dans le pays au lendemain de son éphémère rébellion en Russie, un mois plus tôt.   Ces mouvements, comme sa tentative de coup de force avortée contre le pouvoir russe, ont semé le trouble sur les rives de l’Oubangui. La République centrafricaine reste sous la menace de groupes rebelles, et la sécurité de ses dirigeants dépend largement des mercenaires de Wagner. « On a été stupéfaits. Très inquiets aussi, car la Russie nous soutient contre les terroristes de la CPC[Coalition des patriotes pour le changement, qui a tenté de renverser le président Touadéra début 2021]. Si elle venait à se retirer, les groupes armés pourraient ressurgir », reconnaît Héritier Doneng, directeur de cabinet du ministère de la jeunesse et des sports et figure de la mobilisation en faveur de la présence russe dans le pays.
« Très vite, le ministre des affaires étrangères russe nous a assuré du maintien de la coopération militaire,dit pour sa part Fidèle Gouandjika, conseiller spécial du président Touadéra . Nous avons signé un accord de défense avec la Russie, qui sous-traite aux paramilitaires, et aujourd’hui ceux-ci sont même plus nombreux qu’avant. »Des sources à Bangui s’accordent désormais à dire que les mouvements aériens constatés ces dernières semaines correspondraient à une réorganisation des forces avant le début de la saison des pluies, plutôt qu’à un départ.  « Soirées d’expatriés »Dans les rues de Bangui, même s’ils se font plus discrets, les mercenaires – dont les effectifs sur place étaient évalués par des sources françaises, le 20 juillet, à environ 1 200 hommes – sont toujours bien présents. On les croise attablés dans les restaurants, dans les supermarchés ou essayant des baskets de seconde main. Leurs pick-up équipés de mitrailleuses font partie du paysage. « Ils semblent mieux intégrés. On rencontre plus de femmes. Certains sortent même sans masque [alors que les mercenaires ont habituellement le visage couvert] et vont jusqu’à faire des apparitions dans les soirées d’expatriés occidentaux », raconte un Français installé à Bangui.  « Ils ont fait de la Centrafrique un hub pour leurs opérations africaines, en écartant les autres acteurs internationaux,analyse une source onusienne. Ils contrôlent l’aéroport, et le pays est devenu comme un trou noir d’où leurs activités mafieuses s’étendent sans aucun contrôle. »Depuis son arrivée dans le pays, fin 2017, le Groupe Wagner y a développé ses affaires dans le trafic de minerais, mais aussi dans le commerce de bois qui prospère, comme en témoignent les convois de grumes qui traversent la capitale sous escorte. Des grands panneaux publicitaires vantent Africa ti L’or, une nouvelle marque de bière produite localement par une société affiliée à Wagner. Son concurrent, le groupe français Castel, a vu l’usine de sa filiale locale, la Mocaf, incendiée en mars.   Après plus de cinq années de présence, le Groupe Wagner maîtrise le terrain, dispose d’hommes expérimentés et a installé son emprise sur les hautes sphères du pouvoir. « Ils sont trop bien implantés pour partir, et le gouvernement ne donne aucun signe de vouloir suivre le plan de retrait des Etats-Unis », explique un diplomate. En décembre 2022, comme Le Monde l’avait révélé, Washington avait proposé à Faustin-Archange Touadéra de former son armée et d’accroître son aide humanitaire en échange du renvoi des paramilitaires russes.   Plus de six mois plus tard et malgré les tensions en Russie entre Wagner et l’appareil étatique, le statu quo semble prévaloir en Afrique. Toujours présent en Centrafrique malgré les rumeurs sur son départ, Dmitri Sytyi, qui coordonne les activités civiles de Wagner sur place, est apparu dans une vidéo consacrée aux sanctions imposées le 20 juillet par le Royaume-Uni à treize personnes et entreprises associées au groupe. « Les sanctions je m’en fous ! J’en ai déjà plein et cela ne m’empêche pas de travailler », y déclare-t-il. Dmitri Syty est l’un des rares cadres de Wagner à montrer son visage. Présent depuis le début des opérations du groupe en Centrafrique, ce francophone de 34 ans avait été victime, en décembre, d’un attentat au colis piégé, dont les auteurs restent inconnus. Depuis son retour, il s’est impliqué dans l’organisation du référendum constitutionnel prévu dimanche 30 juillet. Si le oui l’emporte, le président Touadéra pourrait être réélu autant de fois qu’il le souhaite. « On va continuer (…)  sous le leadership d’Evgueni Prigojine qui fait beaucoup pour les pays africains, qui défend leur souveraineté, rend leur voix plus forte et qui ne lâche jamais ses amis » , promet M. Syty dans la vidéo.   Les mercenaires défendent leurs alliés, mais aussi leur position. Dans une rue de Bangui, un jeune homme sort d’un véhicule aux vitres teintées et sans plaque d’immatriculation pour distribuer des prospectus. Il ne s’agit pas d’encourager les électeurs à voter en faveur de la nouvelle Constitution, mais de rappeler la devise du Groupe Wagner, en lettres cyrilliques dorées : « Sang, honneur, justice, patrie, courage ». p </text>
	

	<text titre="La Pologne sur le qui-vive après les menaces de la milice Wagner, installée en Biélorussie" date="2023 07 28T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24551" auteur="hsakou, adam" annee="2023" mois="7" jour="28" journal_clean="Le Figaro" keywords="wagner, biélorussie, pologne, milice" langue="fr"> « LES RUSSES qui essaient de nous faire peur... Nous avons l'habitude » , glisse, sourire en coin, Ryszarda, 79 ans, alors qu'elle effectue ses courses sur le marché aux légumes de Zabki, en banlieue de Varsovie. Elle a suivi à la télévision, comme nombre de Polonais, la récente visite à Saint-Pétersbourg du président biélorusse, Alexandre Loukachenko, qui a révélé à son homologue russe, Vladimir Poutine, que le groupe Wagner veut marcher sur la Pologne : «Ils demandent à « aller vers l'ouest (...) à Varsovie, Rzeszow ». » Alors qu'elle pioche dans les étalages de pommes de terre, Ryszarda croit en « un nouveau coup de bluff», avant de concéder que « ces deux-là peuvent nous réserver de tristes surprises»... 
La milice Wagner, dirigée par le sulfureux Evgueni Prigojine, s'est réfugiée à Minsk depuis sa tentative avortée de putsch le mois dernier et semble avoir des envies de conquêtes. «Bien sûr, je les garde dans le centre de la Biélorussie, comme nous en avions convenu», complétait le dictateur biélorusse allié de Vladimir Poutine, notant toutefois la «mauvaise humeur » que cet immobilisme suscite dans le rang des combattants de Wagner. Des mots qui viennent confirmer la menace que représente pour la région ce groupe paramilitaire imprévisible : jeudi dernier, le ministère de la Défense biélorusse a annoncé que ses forces spéciales vont entamer avec Wagner un entraînement commun « aux missions de combat », à proximité de la ville de Brest, à 10 km seulement de la frontière polonaise.   « Dissuader l'agresseur »  « Les déplacements du groupe Wagner en Biélorussie représentent pour nous un danger, mais nous nous attendions à cette manoeuvre » , dit le ministre de la Défense polonais, Mariusz Blaszczak, qui se veut rassurant. Dans les faits, la réaction polonaise se veut ferme, puisque au moins un millier de soldats sont redéployés depuis l'ouest de la Pologne afin de « dissuader l'agresseur » et « montrer que ce n'est pas la peine » d'attaquer, poursuit le ministre de la Défense polonais. Dans la zone, ils sont déjà 2 000 soldats, épaulés par plus de 5 000 agents des gardes-frontières.   En plus de mobiliser ses hommes à la frontière orientale, la Pologne compte les réarmer. Le matériel commandé aux États-Unis et à la Corée du Sud ces derniers mois est acheminé dans la zone, en particulier des hélicoptères Apache, des tanks Abrams et des chars K2 Black-Panther.   En parallèle, le ministre de la Défense polonais, Mariusz Blaszczak, s'est déplacé dimanche dans la petite ville d'Augustow, afin d'y inaugurer une nouvelle unité armée, qui devrait être opérationnelle d'ici à la fin de l'année. Une semaine plus tôt, il était à Kolno, non loin de là, afin de saluer un bataillon fraîchement instauré. D'autres annonces de ce type vont suivre dans les bourgades de Grajewo, Siemiatycze, ou Czerwony Bór. Ces efforts illustrent la volonté de la Pologne de devenir une puissance militaire européenne de premier plan : ses dépenses militaires en 2022 ont doublé par rapport à l'année précédente, et devraient atteindre 4 % de son PIB en 2023, installant le pays dans le peloton de tête des membres de l'Otan accordant la plus grande partie de leur budget aux armées, avec les États-Unis et la Grèce.   En ce sens, « il n'y a pas de menace directe d'agression contre la Pologne de la part de Wagner », selon Waldemar Skrzypczak, ancien général des forces armées et expert militaire. Les hommes de Prigojine, qui pourraient être aujourd'hui autour de 3 500 en Biélorussie, selon les activistes du Belarusian Hajun, n'ont pas la force de frappe suffisante, tandis que 10 000 soldats américains sont par ailleurs stationnés en Pologne dans le cadre de l'Alliance atlantique. « Si cela s'avère nécessaire, nous défendrons bien entendu chaque centimètre du territoire de l'Otan » , a ainsi assuré le porte-parole du Département d'État américain, Matthew Miller.   Si l'attaque frontale d'un pays de l'Otan comme la Pologne semble aujourd'hui inconcevable, Wagner pourrait toutefois mettre en oeuvre des activités de sabotage dans les zones frontalières. Jacek Raubo, chef de l'analyse stratégique du portail spécialisé Defence 24, alerte ainsi sur les risques d'infiltrations pour mener des opérations de «déminage, de destruction de matériels ou d'infrastructures critiques, de barbelés ou de systèmes d'observation coûteux ».   Les allusions de Loukachenko accentuent donc la vigilance du gouvernement polonais, qui a déjà subi les effets collatéraux du conflit : en novembre 2022, un missile de défense antiaérienne ukrainien a explosé sur le territoire polonais, faisant deux morts et suscitant l'émotion ; tandis qu'en avril dernier, un missile d'origine russe a été découvert aux alentours de Bydgoszcz, dans le centre-ouest du pays, alors qu'il serait entré dans l'espace aérien polonais en décembre. Des révélations qui ont d'ailleurs entraîné l'exaspération de l'opinion publique, alors que 73 % des Polonais affirment que la guerre en Ukraine constitue une menace pour la sécurité de leur pays. </text>
	

	<text titre="La milice Wagner dresse son camp au Bélarus" date="2023 07 28T00:00:00" journal="Libération" auteur="nelly didelot" annee="2023" mois="7" jour="28" journal_clean="Libération" keywords="wagner, camp, bélarus" langue="fr"> «Bienvenue au Bélarus!» L'homme qui prononce ces mots est invisible, caché par l'angle de la caméra et l'obscurité. Sa voix et ses paroles, comme la chaîne Telegram sur laquelle a été diffusée la vidéo la semaine dernière, laissent toutefois peu de place au doute: c'est Evgueni Prigojine qui parle et accueille les soldats de Wagner dans leur nouvelle base. Fini, le camp de Molkino, dans le Sud-Ouest russe, place à Tsel. Ce village bélarusse qui n'abritait il y a quelques semaines qu'une base désaffectée de l'armée nationale est en train de devenir le camp principal de Wagner.   Les images satellites prises avec régularité depuis la fin du mois de juin ont permis de suivre son aménagement. On a d'abord repéré l'installation de 300 tentes de campagne, puis l'arrivée de pick-up et de camions de plus en plus nombreux. Le Hajun Project, un réseau qui traque les mouvements militaires au Bélarus, a repéré onze convois de Wagner se rendant de la frontière russe à Tsel, entre le 11 et le 25 juillet. En tout, cela représenterait de 600 à 700 véhicules. Le réseau estime qu'au moins 3500 hommes sont arrivés dans le pays. Les estimations des gardes-frontières ukrainiens évoquent 5 000 hommes.
Si la présence de Wagner au   Bélarus ne fait plus aucun doute, la question de son installation dans la durée reste plus difficile à trancher. Dans son discours, Prigojine a donné quelques indications. «Ce qu'il se passe en ce moment sur le front [ukrainien] est une disgrâce et nous n'avons pas besoin de nous y joindre. Nous attendons le moment où nous pourrons montrer de quoi nous sommes faits. Il a été décidé que nous resterons ici au Bélarus pour quelque temps.» Nelly Didelot A lire en intégralité sur Libé.fr </text>
	

	<text titre="Coup d'Etat au Niger: un scénario malien se profile" date="2023 07 28T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="pascal airault" annee="2023" mois="7" jour="28" journal_clean="L'Opinion" keywords="scénario, état-major, pouvoir, indiqué, opposition, manifestants, etat, jeudi" langue="fr"> La junte au pouvoir reçoit le soutien de manifestants proches de l'opposition et d'activistes pro-russes Page 3
L'état-major des armées du Niger a indiqué jeudi souscrire à la déclaration des putschistes ayant annoncé la veille avoir mis fin « au régime » du président Mohamed Bazoum. Revenu au pays dans la nuit, le chef d'état-major, le général Abdou Sidikou Issa, a indiqué vouloir éviter une confrontation meurtrière.   Vladimir Poutine ne pouvait espérer mieux pour l'ouverture de son sommet Russie-Afrique. Après le Mali et le Burkina Faso, un nouveau bastion de la France et des Etats-Unis est tombé en Afrique de l'Ouest avec le renversement du président démocrate et socialiste du Niger, Mohamed Bazoum. Jeudi, à Niamey, à Dosso et dans d'autres villes du pays, des manifestants projunte ont défilé, déployant des pancartes et slogans hostiles à la France tout en arborant fièrement leurs drapeaux russes.   La Russie officielle, via la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, n'a pas condamné le putsch, mais a demandé la libération rapide du chef de l'Etat et appelé « à résoudre toutes les questions litigieuses par un dialogue pacifique et constructif ». Mais le séditieux Evgueni Prigojine, visiblement présent à Saint-Pétersbourg si l'on en croit les images de ses rencontres qui circulent sur les réseaux sociaux, a commenté le coup et reproché au président Bazoum d'être « pro-France ». Dans une diatribe dont il est coutumier, le patron de Wagner a accusé les anciennes puissances colonisatrices d'être des forces déstabilisatrices soutenant « les gangs et les terroristes » et les forces de maintien de la paix d'êtres inutiles.   Le coup d'Etat semble avoir réussi malgré les condamnations des organisations internationales et régionales (Onu, Cedeao, Union européenne, Union africaine...) et celles de la France et des Etats-Unis. Les médiations initiées par le président Tinubu du Nigeria et Talon du Bénin n'ont pas porté leurs fruits.   Jeudi, le chef de l'Etat était toujours assigné dans sa résidence avec sa femme et son fils, sous bonne escorte de la Garde présidentielle, dans la capitale. Son ministre des Affaires étrangères, Hassoumi Massaoudou, appelait quant à lui, d'un lieu secret, les factieux au dialogue tout en mobilisant ses réseaux internationaux.   Manifestations. Le rapport de force populaire s'est inversé sur le terrain. Si les militants pro-Bazoum étaient sortis mercredi pour demander la restauration de l'ordre démocratique, un autre scénario était en marche le lendemain avec des manifestants pro-junte qui ont pris d'assaut le siège du parti au pouvoir, le PNDS-Tarray. Des forces de la société civile (syndicats, partis politiques, artistes, intellectuels) se sont également réunies au stade général, Seyni Kountché.   Ces derniers mois, Mohamed Bazoum avait apaisé les tensions avec l'opposition. Celle-ci devrait toutefois, tout en désapprouvant tout changement anticonstitutionnel, chercher à tirer profit de la nouvelle donne. Certains appellent déjà à accompagner le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), même acronyme que celui des putschistes maliens en 2020.   L'opposition est majoritaire à Niamey, fief de l'ancien Premier ministre et président du Moden FA Lumana, Hama Amadou. Ce dernier contrôle aussi une partie des organisations de la société civile. Les experts estiment qu'il a beaucoup à gagner dans les événements en cours. Vendredi, d'autres manifestations sont prévues pour soutenir l'armée et dire non aux ingérences des forces militaires étrangères. Ce coup de force devrait fédérer tous les opportunistes et nostalgiques de l'ordre ancien.   Allié des Occidentaux, le président Bazoum était l'un des plus virulents adversaires des juntes au Mali et au Burkina. Il n'avait pas fait le déplacement de Saint-Pétersbourg, contraire- ment au colonel Goïta (président de la transition au Mali) et son jeune frère d'armes, le capitaine Traoré (Burkina Faso).   Les raisons qui ont poussé les putschistes à le renverser ne sont pas encore claires. Des intérêts personnels et économiques semblent plus en jeu. Atteint par la limite d'âge, le général Tchiani qui commande la Garde présidentielle, devait partir à la retraite, mais n'aurait pas accepté. Il avait été nommé par le président Issoufou et conservé, d'un commun accord, par son successeur.   Jeudi après midi, on ne savait pas encore qui allait diriger le CNSP. Les responsables de la gendarmerie, des Forces spéciales, de l'armée de terre ont rejoint les putschistes et sont apparus à la télévision nationale. Les discussions se pour- suivaient au sein de la Grande muette. Ancien délégué national à l'Afrique du Part socialiste entre 1993 et 2006 et fin connaisseur du Niger, Guy Labertit estime que les militaires putschistes comptent desfils d'anciens notables des présidences Seyni Kountché et Ali Saibouà l'époque du parti unique. C'est notamment le cas du général Toumba, chef d'état-major adjoint de l'armée de terre, et du général Barmou Batoure, patron des forces spéciales qui ont rejoint le coup de force du général Tchiani.   Frontières. Ces derniers ont donc leurs entrées dans le monde politique. Les putschistes ont mis officiellement en garde la France. Ils reprochent à l'armée tricolore ne pas avoir respecté la fermeture des frontières en faisant atterrir un avion militaire de type A401 à l'aéroport international de Niamey, jeudi à l'aube.   Paris, qui n'a pas vu venir le coup, marche sur des oeufs et a monté une cellule de crise à   Niamey. Après le retrait de Barkhane du Mali et des Forces spéciales du Burkina, la France pilote l'essentiel de sa lutte anti-terroriste du Niger, en étroite coordination avec les forces du pays. Cela se passait plutôt bien jusqu'à présent.   « L'armée française travaille en étroite collaboration avec de nombreux hauts gradés comme le général Toumba dans le cadre de l'opération Almahaou qui vise à sécuriser la population dans la région de Tillabéri, confie Seidik Abba, auteur de Mali-Sahel, notre Afghanistan à nous ? chez Impact Editions. Mais il y a une large frange de l'armée qui s'inscrit dans un courant souverainiste comme au Mali et au Burkina et qui remet en cause les résultats de la lutte antiterroriste. » Un nouveau casse-tête pour le président Macron au moment où il a décidé de réduire la voilure militaire en réarticulant les forces françaises en Afrique de l'Ouest. Poursuivra-t-il le partenariat militaire - si le nouveau pouvoir nigérien le demande - avec un régime putschiste qui a chassé du pouvoir le meilleur allié de la France? @P_Airaultt </text>
	

	<text titre="Au bord de l’extinction, le Haut-Karabakh arménien mérite mieux qu’un regard oublieux" date="2023 07 28T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="gilbert-luc devinaz pierre ouzoulias" annee="2023" mois="7" jour="28" journal_clean="Le Monde" keywords="regard, arménien, qu’un_regard_oublieux, haut-karabakh, mérite, caucase, mieux_qu’un_regard_oublieux, regard_oublieux, qu’un, mieux, oublieux, sud, bord" langue="fr"> En ces temps troublés où s’accroissent les désordres du monde, la république du Haut-Karabakh s’efforce encore non seulement de survivre, mais d’incarner au Caucase du Sud (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie) les valeurs démocratiques que nous entendons comme les nôtres.   Pourtant, nous ne bougeons pas ; pourtant, nous ne l’aidons pas face aux tentatives d’épuration ethnique qu’elle subit de la part de l’Azerbaïdjan.
A chaque soubresaut de l’actualité mondiale, l’affaire Prigojine étant un exemple récent, le dictateur azerbaïdjanais Ilham Aliev profite de nos yeux détournés comme de notre coupable indifférence pour accroître un peu plus son emprise létale sur ce territoire arménien.   Ainsi, depuis le 15 juin, abandonnant définitivement la fable de la libre circulation sur le corridor de Latchine, qui relie le Haut-Karabakh et l’Arménie, et renforçant le blocus qui perdure depuis le 12 décembre 2022, Ilham Aliev a fait installer des blocs de béton qui coupent définitivement toute communication.   Un « nouveau mur de Berlin » dans cette Europe élargie qui promet la mort par famine aux cent vingt mille habitants du Haut-Karabakh. Devons-nous encore répéter, à l’instar de nos collègues Les Républicains, que les menées de Bakou [capitale de l’Azerbaïdjan]contreviennent aux principes les plus élémentaires du droit international ? Devons-nous encore rappeler que l’Azerbaïdjan viole tous les jours ses propres engagements et les termes du cessez-le-feu déclaré en novembre 2020 ?  Mandat pour agirDevons-nous encore affirmer que cet Etat voyou se place au ban de la communauté internationale en se moquant de l’ordonnance en date du 22 février 2023 de la Cour internationale de justice lui intimant de restaurer immédiatement la libre circulation entre l’Arménie et le Haut-Karabakh ?   Devons-nous enfin souligner que l’exécutif dispose d’un mandat clair pour agir, à travers les résolutions adoptées par le Sénat le 15 novembre 2022 et par l’Assemblée nationale le 30 novembre 2022, lui donnant toute latitude pour engager des sanctions économiques et politiques contre le régime de Bakou et ainsi apporter un soutien opérationnel et déterminant aux Arméniens qui se font agresser ?   L’actualité montre que la France sait sanctionner qui elle veut quand elle le veut, même la puissante Russie. L’actualité montre que nous savons aussi déployer nos forces aux confins de la Moldavie. Ne pas entendre nos appels réitérés en faveur du Haut-Karabakh, ne pas mobiliser à son égard les moyens que nous engageons par ailleurs, c’est être complice de l’Azerbaïdjan.   Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé que le résistant d’origine arménienne Missak Manouchian fera son entrée au Panthéon le 21 février 2024, quatre-vingts ans après son exécution.   Nous ne pouvons que nous réjouir de cette décision qui consacre à travers lui l’engagement de ces centaines d’apatrides et de réprouvés – des Arméniens, des juifs, des républicains espagnols, des antifascistes italiens et tant d’autres – au service des valeurs de liberté, d’humanité et de fraternité qui sont celles de la République française.   Mais cette juste reconnaissance ne doit pas se muer en pantalonnade, en servant de paravent à l’abandon de la population arménienne face à l’actuel régime autoritaire et autocratique azerbaïdjanais.   Car le Haut-Karabakh arménien est au bord de l’extinction. Ce Haut-Karabakh, qui représente au Caucase du Sud ce que nous prétendons incarner, mérite mieux qu’un regard oublieux. Il mérite tout simplement que l’on fasse respecter le droit de ses citoyens à disposer d’eux-mêmes. Il justifie le rôle et l’action de la France dans la région, fonde la légitimité de notre pays à agir et ne peut en aucun cas être remis en cause par des faits d’occupation établis par la force.   Dans sa célèbre lettre d’adieu à destination de son épouse, Mélinée, Missak Manouchian écrivait ces mots : « Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre, qui ne durera plus longtemps. »Nous demandons à Emmanuel Macron de sanctionner Ilham Aliev et sa clique, sans haine contre son peuple, afin que les Arméniens et les Azerbaïdjanais puissent enfin coexister en paix et en fraternité dans ce Caucase du Sud où ils vivent en partage. </text>
	

	<text titre="Le coup d'État au Niger menace de déstabiliser le Sahel" date="2023 07 28T00:00:00" journal="La Croix, no. 42679" auteur="vivien latour" annee="2023" mois="7" jour="28" journal_clean="La Croix" keywords="niger, arrivée, tchiani, général, coup, sahel" langue="fr"> Qui est le général Omar Tchiani, le cerveau présumé du coup d'État ?   Général controversé de l'armée nigérienne, Omar Tchiani a été promu patron de la Garde présidentielle en 2011 après l'arrivée au pouvoir du président Mahamadou Issoufou. Son nom avait déjà été cité dans l'affaire du coup d'État manqué de 2015, mais sa culpabilité n'a jamais été prouvée. À son arrivée au pouvoir en avril 2021, le président Mohamed Bazoum avait toutefois choisi de le maintenir à son poste.   Mercredi 26 juillet, ce général a fait placer le président Bazoum sous surveillance, avant que des militaires, par l'intermédiaire du colonel-major Amadou Abdramane n'annoncent dans la nuit, à la télévision, la création du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) et la suspension de la Constitution et des institutions de la VIIe République. Officiellement, le CNSP attribue ce putsch à « la dégradation continue de la situation sécuritaire et la mauvaise gouvernance économique et sociale ». Mais il survient alors que le président Bazoum s'apprêtait, selon le site JeuneAfrique.com, à démettre le général Tchiani de ses fonctions.
 Quelles conséquences peut avoir cette tentative de coup d'État ?   À Niamey, la situation reste volatile mais l'état-major des forces armées nigériennes a annoncé se ranger derrière les putschistes du CNSP. Le président Bazoum est toujours détenu et n'a pas renoncé à son poste. Sur Twitter, il a affirmé que « les acquis obtenus de haute lutte seront sauvegardés ». Comme pour rassurer, son fidèle ministre des affaires étrangères, Hassoumi Massaoudou, s'est lui proclamé « chef du gouvernement de transition par intérim » et a appelé à la mise « en échec de cette aventure porteuse de tous les périls ».   Si le putsch venait à aboutir, ce pays parmi les plus pauvres de la planète basculerait vers encore plus d'instabilité, déjà miné par les attaques de groupes liés à l'État islamique (EI) et à Al-Qaida. En novembre 2022, le président Bazoum estimait son pays « dans une dynamique de contrôle », mais selon l'ONU, 12 de ses 13 départements « sont impactés » par les actions des djihadistes qui frappent sans distinction civils et militaires. Pour Jonathan Guiffard, de l'Institut Montaigne, spécialiste du Sahel, la réussite de ce putsch serait « un coup très dur pour le Niger et une victoire pour les djihadistes ».   Pourquoi le Niger est-il un partenaire aussi important pour les Occidentaux ?  « Partenaire crucial » pour les États-Unis - qui y ont déployé dans leur lutte contre la violence djihadiste au Sahel plusieurs centaines de soldats et une base de drones -, le Niger demeure aussi pour la France un partenaire privilégié dans ce combat. C'est dans cet État que l'ancienne opération Barkhane a redéployé une large partie de ses effectifs et moyens dans le cadre d'un accord bilatéral avec Mohamed Bazoum. Une coopération occidentale qui avait permis de repousser l'EI dans la zone des trois frontières, aux confins du Mali et du Burkina Faso. Le renversement de Mohamed Bazoum, favorable à l'interventionnisme militaire français, mettrait fin à l'une des dernières incarnations modernes au Sahel et dans un Niger où le sentiment antifrançais se renforce. « Pour une fois qu'on avait un vrai démocrate sérieux, on n'est pas capable de le protéger. On n'a plus qu'à rapatrier nos soldats et superdrones tueurs déjà ramenés de Gao. Quel fiasco ! », regrette Serge Michaïlof, chercheur à l'Iris et ancien cadre de l'AFD.   Alors que ses voisins, le Mali et le Burkina Faso, dirigés par des militaires putschistes, se sont tournés vers d'autres partenaires, dont le groupe paramilitaire Wagner - et ont toujours critiqué la position pro-occidentale du président Bazoum -, l'ingérence russe dans le pays reste circonscrite à la vaste opération de désinformation dont le pays avait été victime de la part de la milice d'Evgueni Prigojine début 2023. Jeudi après-midi, des drapeaux russes fleurissaient la place de la convention à Niamey. </text>
	

	<text titre="Comprendre les enjeux économiques de l'ambitieux Sommet Russie-Afrique" date="2023 07 28T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7680" auteur="marie-france réveillard" annee="2023" mois="7" jour="28" journal_clean="La Tribune" keywords="saint-pétersbourg, juillet, sommet, russie-afrique, 1er, sotchi" langue="fr"> Les 27 et 28 juillet, la ville de Saint-Pétersbourg accueille le second Sommet Afrique-Russie, après un 1er rendez-vous à Sotchi en 2019, qui avait réuni 45 chefs d'État et de gouvernement (sur 54 pays africains). Parallèlement aux 50 tables-rondes consacrées à la politique, aux sciences, à la technologie ou à la culture, le forum économique intègrera une dimension humanitaire, « dans une logique de diversification des échanges russo-africains », selon le Kremilin. Depuis Sotchi, le Covid-19 et la guerre en Ukraine sont passés par là. Le Sommet russe parviendra-t-il à rassembler autant d'acteurs de premier plan cette année ?
Le 25 juillet, Dmitri Peskov le porte-parole de la présidence russe s'en inquiétait, déclarant lors d'un échange avec la presse que les Occidentaux faisaient peser sur les pays africains une « pression sans précédent » pour les dissuader de participer au 2e Sommet Russie-Afrique pour la paix, la sécurité et le développement. Pour Caroline Roussy, directrice de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), « il est clair que les pays africains ont reçu des pressions extérieures autour de leur participation au Sommet ».   Pour s'assurer de la présence des partenaires africains, Serguei Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, n'a pas lésiné sur les déplacements en terres africaines ces derniers mois, passant de l'Égypte au Congo, de la Mauritanie à l'Éthiopie et du Soudan au Kenya. À la veille du Sommet, Moscou affirmait que 49 pays africains seraient représentés. « 17 Chefs d'État sont attendus sur les 49 délégations africaines reçues à Saint-Pétersbourg. A priori, il y aura donc moins de présidents africains qu'à Sotchi », souligne Caroline Roussy.   « Ce Sommet Russie-Afrique représente une opération diplomatique importante dans le contexte géopolitique actuel et la photographie officielle aura certainement des répercussions sur le bilan de cette rencontre », estime-t-elle.  Le marché de l'armement au coeur des relations russo-africainesL'armement représente l'un des piliers des échanges russo-africains, depuis l'époque des indépendances. Par ailleurs, la présence de la milice Wagner sur des terrains troublés (Mali, Soudan, Centrafrique et Libye) alimente les Unes des journaux et enflamme les réseaux sociaux dans toute la sous-région. « Nombreux sont les Sahéliens qui ne voient pas d'un si mauvais oeil la présence russe de Wagner en Afrique, même après la marche avortée d'Evgueni Prigojine vers Moscou », constate Caroline Roussy.   De plus, pour l'analyste, « le modèle patriarcal et conservateur russe, anti-LGBT trouve un certain écho dans les pays africains, malgré les exactions documentées, commises par les mercenaires russes ».   Dans les années 1990, en pleine phase de reconstruction suite à l'effondrement de l'Empire soviétique, les Russes s'étaient désengagés du continent, avant d'y revenir au début des années 2000. Depuis, les accords de coopérations militaires se renforcent entre Moscou et les capitales africaines, de Pretoria à Yaoundé et de Bangui à Bamako en passant par Addis-Abeba. Selon l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Trends in International Arms Transfers, 2022), entre 2018 et 2022, la Russie aurait détrôné la Chine en matière d'armement, devenant le 1er exportateur d'armes en Afrique, avec 26 % des parts de marché.   Allié indéfectible de l'ANC (le parti au pouvoir en Afrique du Sud), dans sa lutte contre l'Apartheid, Moscou conserve une relation bilatérale privilégiée avec Prétoria qui a maintes fois refusé de condamner l'invasion russe de l'Ukraine. « L'Afrique du Sud n'a pas été et ne sera pas entraînée dans une compétition entre puissances mondiales », rappelle à loisir le président Cyril Ramaphosa lorsqu'il est interrogé sur ce conflit, confirmant sans ciller le non-alignement de la Nation arc-en-ciel. Néanmoins, Prétoria a tout intérêt à ménager l'Oncle Sam s'il souhaite conserver sa place dans l'AGOA (African Growth and Opportunity Act), qui lui permet de bénéficier d'exemptions de taxes à l'exportation vers les États-Unis.   Washington observe avec attention la relation entre Moscou et Prétoria, dans un contexte d'élargissement programmé du bloc des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) dont le prochain sommet se déroulera précisément en Afrique du Sud en août prochain. Les BRICS qui contribuent désormais à 31,5 % du Produit intérieur brut mondial contre 30,7 % pour le G7, selon les données de l'Institut de recherche britannique Acorn Macro Consulting, appellent notamment, à la fin du dollar américain comme monnaie de réserve mondiale.  Livraison de céréales : l'explication du texte de Vladimir PoutineL'Afrique dépend de la Russie pour 30 % de ses approvisionnements en céréales, selon le Centre d'études stratégiques de l'Afrique. Or, l'actualité liée à la guerre a cristallisé les tensions suite à la décision de Moscou de se retirer le 18 juillet, de l'accord autorisant l'exportation de céréales ukrainiennes par la mer Noire. « Nous avons toujours accordé beaucoup d'attention aux questions relatives aux livraisons du blé, de l'orge, du maïs et des autres cultures aux pays africains. Et nous l'avons fait aussi bien sur une base contractuelle que gratuitement (...) Ainsi, en 2022 la Russie a exporté en Afrique 11,5 millions de tonnes de céréales et presque 10 millions de tonnes pendant les six premiers mois de l'année en cours », assure Vladimir Poutine dans une lettre adressée aux Africains à la veille du Sommet.   Le chef du Kremlin a expliqué également le retrait russe de l'accord par sa défiance vis-à-vis du « marché des céréales » destiné à assurer la sécurité alimentaire globale, qui aurait été « cyniquement utilisé uniquement pour l'enrichissement des grandes entreprises américaines et européennes qui exportaient et revendaient le blé ukrainien (...) en près d'un an, 32,8 millions de tonnes de marchandises ont été exportées depuis l'Ukraine dans le cadre du &quot;marché&quot;, dont plus de 70 % sont parvenus aux pays à revenu élevé et à revenu intermédiaire élevé, y compris l'Union européenne ».   Dès l'ouverture du Sommet, Vladimir Poutine a tenu à rassurer ses partenaires africains. « Dans les mois qui viennent, nous serons en mesure d'assurer des livraisons gratuites de 25 000 à 50 000 tonnes de céréales au Burkina Faso, au Zimbabwe, au Mali, à la Somalie, à la République centrafricaine et à l'Érythrée »,a annoncé le président russe dans la matinée de ce jeudi 27 juillet, depuis Saint-Pétersbourg.  Vers une diversification des échanges russo-africains ?Au-delà de l'armement, du secteur minier et de l'agriculture, la Russie cherche à diversifier ses échanges avec l'Afrique. « Le chiffre du commerce de la Russie avec les pays d'Afrique a augmenté en 2022 pour atteindre presque 18 milliards de dollars. Mais nous sommes tous parfaitement conscients que les capacités de notre partenariat commercial et économique sont beaucoup plus grandes. Les sociétés russes sont intéressées à intensifier leur travail sur le continent dans le secteur high-tech et l'exploration géologique, dans le secteur énergétique, y compris l'énergie nucléaire, dans l'industrie chimique, l'exploitation minière et l'ingénierie des transports, l'agriculture et la pêche », a fait savoir le président Poutine dans sa missive du 24 juillet dernier.   Moscou compte sur l'opérationnalisation de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et sur son marché unique de 1,3 milliard de personnes, avec un PIB estimé à 2,6 trillions de dollars, pour augmenter le volume de ses échanges commerciaux avec le continent.   « Nous sommes prêts à établir des relations pratiques et mutuellement avantageuses, y compris dans le cadre de l'Union économique eurasiatique. Nous sommes également disposés à intensifier la coopération avec les autres associations régionales du continent », a ajouté le président Poutine dans sa lettre, précisant par ailleurs que la Russie poursuivrait ses collaborations avec les pays africains, en matière de formation. « Près de 35 000 étudiants du continent font leurs études dans notre pays, dont plus de 6 6 000 grâce aux bourses russes », a-t-il rappelé.  Quels résultats attendre de Saint-Pétersbourg ?À Sotchi en 2019, Vladimir Poutine promettait de doubler les échanges commerciaux russo-africains en cinq ans. Force est de constater que la pandémie de Covid-19 puis la guerre en Ukraine sont venues perturber les prévisions du chef du Kremlin. L'année dernière, le PIB de la Russie a chuté de 2,1 % selon la Banque mondiale. Le volume des échanges russo-africains a sensiblement faibli, pour passer de 20 milliards de dollars en 2018 à 17,7 milliards de dollars en 2021.   L'Égypte, l'Afrique du Sud, le Maroc et le Nigeria concentrent, à eux seuls, 70 % du commerce russe en Afrique et, à ce jour, la Russie contribue à moins de 1 % des investissements directs étrangers (IDE) sur le continent, selon le Centre d'études stratégiques de l'Afrique.   Toutefois, le Nigeria, la première puissance économique du continent, compte augmenter le volume de ses échanges avec Moscou. C'est désormais le 1er acheteur subsaharien de carburant russe, avec 488 000 tonnes importées au 1er trimestre 2023 (contre 38 000 tonnes au 1er trimestre 2022), selon les données de Kpler. La relation bilatérale devrait encore se renforcer avec l'ouverture annoncée d'une chambre de commerce et d'industrie russe à Abuja, la capitale du Nigeria.   Si Vladimir Poutine a promis de nouveaux partenariats pendant ce Sommet russo-africain, pour Caroline Roussy de l'IRIS, l'enjeu principal de cette rencontre reste bel et bien diplomatique, car « en dépit de sa dimension économique, le Sommet servira surtout de baromètre diplomatique pour Moscou ». </text>
	

	<text titre="Au Niger, la victoire des putschistes" date="2023 07 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="morgane le cam (avec élise vincent)" annee="2023" mois="7" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="situation, niger, faveur, putschistes, jeudi" langue="fr"> Après plus de vingt-quatre heures d’incertitude, la situation a tourné jeudi 27 juillet en faveur des putschistes au Niger. L’état-major de l’armée, qui avait observé une position de neutralité depuis le début de la séquestration, mercredi matin, du président Mohamed Bazoum par la garde présidentielle, a finalement rallié les insurgés dans l’après-midi de jeudi. Ce coup d’Etat a finalement pris de vitesse les institutions régionales et les partenaires occidentaux, réduits à l’impuissance.   Niamey s’était réveillée dans le brouillard orangé d’une tempête de sable, jeudi. « La situation est grave », reconnaissait pour la première fois un conseiller de Mohamed Bazoum. Renversé par l’unité dont la mission première est de le protéger, le président nigérien a tenté de résister. « Il n’a pas démissionné », soulignaient plusieurs sources de son entourage, jeudi soir. Depuis la résidence présidentielle où il reste séquestré avec sa femme et son fils, il a publié sur Twitter un unique message, mercredi matin, dans lequel il a assuré que « les acquis obtenus de haute lutte ser[aient] sauvegardés ».
Son ministre des affaires étrangères, Hassoumi Massaoudou, lançait au même moment une ultime tentative de renverser le cours des événements. « J’en appelle à tous les démocrates, à tous les patriotes, pour mettre en échec cette aventure porteuse de tous les périls pour notre pays. Vive la démocratie », a-t-il écrit, assurant aussi que le coup de force mené par des « officiers factieux » allait se heurter « à la levée de boucliers partout au Niger des forces démocratiques ».   L’appel n’a pas été suivi. Malgré l’annonce de l’interdiction des activités des partis politiques, une partie de l’opposition a décidé de soutenir les putschistes et appelé à un rassemblement en leur faveur vendredi. Le ralliement aux putschistes du chef d’état-major des armées avait, un peu plus tôt, déjà réduit à néant les espoirs du camp présidentiel. Dans un communiqué publié jeudi midi, Abdou Sidikou Issa dit vouloir « préserver l’intégrité physique du président de la République et de sa famille » et « éviter une confrontation meurtrière entre les différentes forces qui(…) pourrait provoquer un bain de sang ».Depuis leur déclaration de prise de pouvoir à la télévision nationale mercredi soir, les militaires rebelles ont tenu à montrer que le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), la nouvelle junte, était composé de soldats issus de tous les corps de l’armée. Le colonel major Amadou Abdramane, qui a lu l’allocution, est issu de l’armée de l’air. L’armée de terre était représentée, avec son chef d’état-major adjoint, le général Mohamed Toumba ; les forces spéciales, avec le général Moussa Salaou Barmou ; la garde nationale, avec le colonel Ahmed Sidian ; la police, avec son directeur adjoint, Assahaba Ebankawel ; la gendarmerie, avec Abdoulkarim Hima, haut commandant en second ; les sapeurs-pompiers, avec le colonel Sidi Mohamed et la garde présidentielle, qui apparaît comme à l’origine du coup de force, était incarnée par son numéro deux, le colonel Ibro. L’identité du président du CNSP demeurait, vendredi matin, toujours inconnue.  Médiations sans résultatsSelon plusieurs sources, le général Tchiani, commandant de la garde républicaine et initiateur supposé du putsch, n’a pas quitté l’enceinte du palais, où se trouve le quartier général de la garde présidentielle, la résidence officielle où le président Bazoum est retenu et plusieurs villas, dont celle où est gardé le ministre de l’intérieur, Hamadou Adamou Souley, arrêté en même temps que le président .M. Tchiani doit sa nomination à la tête du corps d’élite en 2011 à Mahamadou Issoufou, le prédécesseur de M. Bazoum. Ce dernier avait décidé de maintenir le général à son poste, en 2021. « Il lui faisait confiance »,assure un conseiller de la présidence, rappelant que cette année-là, lors d’une tentative de renversement intervenue juste avant l’investiture du nouveau président, M. Tchiani avait joué un rôle décisif pour faire échouer le putsch. Cette source proche de M. Bazoum dément les rumeurs selon lesquelles l’ancien président jouerait un rôle dans le coup d’Etat actuel. « On dit M. Issoufou proche de M. Tchiani, mais ils n’étaient pas intimes ! Si deux personnes sont proches, c’est plutôt M. Issoufou et M. Bazoum, qu’il considère comme son fils spirituel. »Selon ses proches, depuis le début du coup de force militaire, Mahamadou Issoufou s’est entretenu au téléphone avec son successeur et est allé rencontrer deux fois le chef des putschistes pour « tenter de le raisonner ». En vain. L’autre médiation, officielle cette fois-ci, engagée mercredi par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest n’a pas eu plus de succès à ce stade. Le chef d’état-major du Nigeria est arrivé à Niamey pour entamer des pourparlers, mais le médiateur désigné, le président béninois Patrice Talon, attendu depuis deux jours, n’était pas arrivé au Niger vendredi matin.  « Il y a un an, de premières alertes ont été données au président sur les intentions du général Tchiani », glisse un proche de M. Bazoum. Selon plusieurs sources, la volonté récente du chef de l’Etat de relever le général de ses fonctions aurait poussé ce dernier à le trahir. Difficile cependant d’y voir là le seul motif de ce pronunciamiento.  Paris a de quoi être inquietLe coup d’Etat « fait suite à la dégradation continue de la situation sécuritaire, la mauvaise gouvernance », a déclaré le CNSP. Un motif déjà avancé par les tombeurs d’Ibrahim Boubacar Keïta au Mali et de Roch Marc Christian Kaboré au Burkina Faso voisins, qui dénonçaient l’inefficacité des présidents civils sur le terrain militaire face à la menace terroriste.   Depuis ces coups de force, le Niger était devenu une des dernières places fortes de la lutte contre les groupes djihadistes pour les Occidentaux, contraints de quitter le Mali et le Burkina Faso. La France, qui, comme les Etats-Unis, a fait de Niamey son principal allié avec N’Djamena (Tchad) dans la région, continue d’estimer que « la tentative de coup d’Etat n’est pas définitive »,a rapporté la ministre des affaires étrangères, Catherine Colonna, vendredi matin, en marge d’une visite d’Emmanuel Macron en Papouasie-Nouvelle-Guinée, évoquant des « possibilités de sortie ».« Nous sommes toujours en contact avec[M.] Bazoum et son ministre des affaires étrangères. On estime qu’il y a encore une place pour que les appels des Etats de la région permettent de rétablir le cadre démocratique », veut espérer une source diplomatique française. Le président français s’est entretenu avec son homologue nigérien à plusieurs reprises.   Paris a de quoi être inquiet. Les putschistes nigériens ont déjà envoyé un premier signe de défiance. Dans un communiqué lu à la télévision nationale jeudi,leur porte-parole a déclaré que « malgré les injonctions du CNSP relatives à la fermeture des frontières, il a été constaté que le partenaire français a passé outre pour faire atterrir un avion militaire de type A400Mà l’aéroport international de Niamey ». Une source officielle française assure que le vol avait décollé avant que ne soit décrétée la fermeture de l’espace aérien et qu’à aucun moment il a été indiqué à cet avion de ne pas atterrir à Niamey.   L’allocution des putschistes nigériens n’est toutefois pas aussi dure, à ce stade, que celle de leurs homologues du Burkina Faso en septembre 2022. Alors que le coup d’Etat n’était pas encore mené à son terme, ils avaient indiqué que le président déchu se serait réfugié sur une base militaire française, alimentant le ressentiment contre Paris et suscitant des manifestations antifrançaises.   Dans l’après-midi de jeudi, plusieurs centaines de personnes sont sorties dans la rue à Niamey et à Dosso, à l’ouest de la capitale. « A bas la France, vive la Russie », ont scandé les manifestants, brandissant quelques drapeaux russes. Des scènes de pillage ont été rapportées, et le siège du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS) – Tarayya, la formation du président Bazoum – a été saccagé. Sur les réseaux sociaux, Evgueni Prigojine, le chef du groupe paramilitaire russe Wagner, s’est félicité du coup d’Etat en cours à Niamey, estimant qu’il s’agissait d’une « accession à l’indépendance du peuple nigérien ». Mercredi, le ministère russe des affaires étrangères avait quant à lui appelé à la libération du président Bazoum et de sa famille.p </text>
	

	<text titre="« En Russie, le plus probable, c'est la continuité, en pire »" date="2023 07 31T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="interview jean-dominique merchet" annee="2023" mois="7" jour="31" journal_clean="L'Opinion" keywords="probable, montaigne, poutine, institut, michel, rapport, vladimir, régime, russie, avenir" langue="fr"> L'ancien ambassadeur Michel Duclos, conseiller spécial de l'Institut Montaigne, vient de publier un nouveau rapport consacré aux « Scénarios pour l'avenir du régime de Vladimir Poutine ».
Conseiller spécial et resident senior fellow, géopolitique et diplomatie, de l'Institut Montaigne, Michel Duclos est diplomate.   Dans votre rapport, vous décrivez cinq scénarios sur l'avenir du régime russe. Lequel vous semble le plus probable? Le plus probable, c'est la continuité « en pire ». Il est à craindre que Vladimir Poutine soit enfermé dans sa logique de confrontation avec l'Ouest, ne veuille céder sur rien, et que la Russie - avec Vladimir Poutine ou un successeur du même acabit - s'enfonce dans un isolement agressif du style de celui de l'Iran, résistant aux sanctions depuis des années et maintenant une capacité de nuisance à l'extérieur tout en accroissant la pression sur sa population. Cependant, j'ai vécu, comme diplomate, le basculement des années 1980-1990. La Russie est le pays des changements de régime imprévisibles. On peut imaginer qu'un successeur de Vladimir Poutine, même animé de la même idéologie que lui, fasse preuve de pragmatisme. Un « siloviki [membre des services de sécurité] dur, mais pragmatique » pourrait vouloir corriger la dégradation économique et sociale du pays, et pour cela chercher à obtenir la levée des sanctions et donc à renouer avec les Occidentaux.   Et le moins probable? L'éclatement du pays suite à un affaiblissement du pouvoir et une forme de guerre civile sur fond de violence accrue dans la population. Nous n'en sommes pas encore là pour l'instant. Le coup de Prigojine a-t-il été un tournant? Jusqu'à quel point a-t-il fragilisé le pouvoir? C'est un tournant, mais vers quoi? Vladimir Poutine peut très bien s'en sortir et reprendre la main. Cependant, il ne peut plus compter autant qu'auparavant sur son aile hypernationaliste. Il est voué à se livrer à des purges, mais sans aller trop loin pour ne pas déstabiliser le dispositif militaire et paramilitaire sur lequel repose l'effort de guerre. Ainsi, il frappe le « blogueur de guerre » Igor Strelkov, démet des généraux, mais continue à négocier avec Prigojine. Ce dernier point est quand même fascinant. S'il ne parvient pas à trouver un nouveau modus vivendi avec les ultras, les ennuis peuvent s'amplifier pour Poutine. La mutinerie a révélé un défaut de leadership de sa part, son aura en souffre, ce n'est pas idéal pour un « homme fort », dont déjà le jugement était mis en doute par les élites russes depuis l'agression contre l'Ukraine. Autre retombée possible: s'il a des inquiétudes sur son front intérieur, cela devrait en théorie l'inciter à être moins négatif envers une négociation avec les Etats-Unis sur l'Ukraine. Je dis bien: en théorie! Croyez-vous, comme Emmanuel Macron, que le temps joue en faveur de l'Ukraine? Il est possible en effet que des craquements au sein du système russe interviennent avant l'« essoufflement » du soutien occidental à l'Ukraine. Pour que cette possibilité devienne une réalité, il faudrait que les Occidentaux poursuivent une stratégie de maintien des sanctions et de transferts à l'Ukraine d'armes de plus en plus sophistiquées (avions de combat, missiles à longue portée). La Russie peut financer une guerre longue, mais pas une guerre plus intense.   Or, nous entrons dans une phase où l'effet différé des sanctions commence déjà à contraindre les choix russes. Il faut jouer sur le dilemme « le pain ou les canons » pour pousser Moscou à négocier. Plus les Ukrainiens disposeront d'armes perfectionnées, plus les Russes rencontreront des difficultés sur le théâtre des opérations, mais surtout plus l'économie russe aura du mal à suivre. Pour la suite des événements, quels sont les éléments les plus déterminants? Je viens d'évoquer le plus déterminant à mes yeux, à savoir la combinaison des effets différés des sanctions et d'une intensification de la guerre. Il y en a d'autres. Sur le plan intérieur russe, dans quelle mesure, en cas de tension accrue sur le front ukrainien, voire d'un revers caractérisé, Vladimir Poutine pourra-t-il mainl'UE, tenir son ascendant sur les élites et conserver un soutien au moins passif de l'opinion? Dans quelle mesure Poutine personnellement estil encore capable de s'adapter à de nouveaux défis? Quand j'écris dans mon rapport que « la chance paraît se détourner de Vladimir Poutine », je veux dire qu'il paraît perdre le talent d'avoir les bons réflexes au bon moment. C'est ce que confirme l'affaire Prigojine. Et puis, autre déterminant majeur: la stratégie américaine. En refusant au sommet de Vilnius de cautionner une invitation à l'Ukraine de rejoindre l'Otan, Washington a donné un gage au Kremlin, l'administration Biden a confirmé ainsi son intention de négocier avec Moscou une sortie de crise.   Quel regard portez-vous sur la société russe? Un regard de grande perplexité. Chacun sait qu'il y a plusieurs Russie, celle des villes embourgeoisées, celles des campagnes arriérées, celle aussi des régions périphériques. Les clivages entre générations sont aussi importants, puisque les Russes de plus de 60 ans n'ont pas les mêmes références que ceux de 40 ans et encore moins les références des « millénials ». Poutine a réussi à entraîner derrière lui, au fil des ans, dans sa dérive nationaliste et guerrière une grande partie de l'opinion. Son grand triomphe est peut-être d'avoir rallié une masse de Russes autour du narratif de la nostalgie de la période d'avant Eltsine. Il joue aussi très bien de la carte « l'Ouest est contre nous ». En eston au point où le charme va cesser d'opérer? Beaucoup d'interlocuteurs russes m'ont dit « les Russes ne souhaitaient pas cette guerre, mais maintenant qu'elle est commencée, une défaite russe est inconcevable ». Cela reboucle avec mon propos du début: l'histoire a prouvé que le peuple russe n'est pas clément pour les régimes qui sortent battus d'un conflit.   @jdomerchett </text>
	

	<text titre="Niger: l'aveuglement français Jean-Dominique Merchet" date="2023 07 31T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jean-dominique merche" annee="2023" mois="7" jour="31" journal_clean="L'Opinion" keywords="étrangères, niger, appui, développement, français, france" langue="fr"> La France suspend, avec effet immédiat, toutes ses actions d'aide au développement et d'appui budgétaire au Niger, a annoncé samedi le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué, à la suite du coup d'Etat contre le président Mohamed Bazoum, mercredi 26 juillet. Paris demande aussi le retour sans délai à l'ordre constitutionnel autour du président Bazoum, a indiqué le Quai d'Orsay, après que le président Macron a dénoncé un coup d'Etat « parfaitement illégitime ». L'UE a aussi suspendu sa coopération avec le Niger.
Mercredi 26 juillet: un coup d'Etat militaire se produit au Niger, la pièce maîtresse de l'engagement français au Sahel. C'est un coup dur pour Paris. Au même moment, à 18000 kilomètres de là, Emmanuel Macron prononce un discours à Nouméa pour rappeler que « la Nouvelle-Calédonie est française » avant de poursuivre sa tournée diplomatique au Vanuatu, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Sri Lanka.   L'ancien pré carré africain de la France part en lambeaux et le « séparatisme » menace l'Océanie française: en Nouvelle-Calédonie, les indépendantistes kanaks ont globalement boycotté la visite présidentielle, alors qu'en Polynésie, les indépendantistes maohis ont remporté les récentes élections. Emmanuel Macron explique pourtant que Paris va se « réengager » dans l'Indo-Pacifique. « Puissance d'équilibres », la France espère y peser face à la Chine - « les nouveaux impérialismes » - sans s'aligner complètement sur les Etats-Unis.   Hasard du calendrier, le contraste entre des réalités pas fameuses et des ambitions sans doute hors de portée a rarement été aussi frappant. La France, endettée et frappée de crises sociales à répétition, apparaît bien en peine pour maintenir ce que le journaliste Jean- Claude Guillebaud appelait jadis « les confettis de l'empire » (Le Seuil, 1976).   Deuil. « L'effondrement de notre politique africaine ne suscite en France que la plus profonde indifférence », constate aujourd'hui l'ancien ambassadeur Gérard Araud, qui ajoute: « Je ne suis pas convaincu que ce soit une mauvaise chose ». Les Français semblent désormais en avoir fait leur deuil, contrairement à leurs dirigeants.   L'affaire du Niger est pourtant un clou de plus dans le cercueil de leurs ambitions. Quelle que soit l'issue de la crise politique que ce pays traverse, quelque chose est définitivement cassé. En 2022, l'armée française a d'abord été chassée du Mali, puis du Burkina Faso en février 2023. L'opération Barkhane est un échec. Comme l'explique l'universitaire Luis Martinez, dans la revue Politique Internationale, « en créant Barkhane, la France a suscité des attentes impossibles à satisfaire et a relégué les armées de ces pays dans des positions de subalternes incapables de protéger leur nation. » Certes, l'armée française a tué environ ??? Page2 ??? Suite de la page 1 3000 combattants jihadistes au cours des dix dernières années, mais les « groupes armés terroristes » n'ont pas réduit leur empreinte. Bien au contraire: nourries de « dynamiques locales » décrites par le chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos, ces insurrections prospèrent et s'étendent.   Et les coups d'Etat militaires s'enchaînent dans la région : Mali (deux de suite), Guinée,   Burkina Faso et maintenant Niger. Au Tchad, où l'armée française est également présente (1000 hommes), Mahmat Idriss Déby a succédé à son père sans trop d'égards pour les règles constitutionnelles. Au Sénégal, la situation politique se détériore, alors qu'en Côte d'Ivoire - l'autre point d'appui de la présence française en Afrique -, la succession du président Alassane   Ouattara, 81 ans, suscite des inquiétudes.   Planche de salut. Le Niger était la planche de salut de la France au Sahel, avec son président démocratiquement élu, Mohamed Bazoum, un proche des Occidentaux. Repliée du Mali, l'armée française s'y était partiellement réinstallée. 1500 militaires français y sont toujours présents, aux côtés d'Américains, d'Italiens ou d'Allemands. C'est, par exemple, à partir de la capitale Niamey que volent les drones Reaper de l'armée de l'air. Auprès de ses alliés français, le président Bazoum insistait fortement pour que cette présence soit la plus discrète possible, très conscient qu'il était de l'impopularité des forces étrangères dans son propre pays.   Le Niger est l'un des pays les plus pauvres du monde, au 189e rang sur 191 de l'Indice de développement humain (IDH) des Nations Unies. Il connaît une explosion démographique démesurée: sa population (25 millions d'habitants) a plus que doublé depuis 2000 et ce n'est pas fini. Elle pourrait atteindre les 70 millions en 2050, contre moins de quatre millions au moment de son indépendance en 1960.   Ce pays sahélo-saharien est frappé de plein fouet par le réchauffement climatique. S'il préoccupe les Occidentaux, outre la présence des groupes terroristes, c'est parce qu'il se situe sur la route de la migration vers la Libye et donc vers l'Europe. Et que son sous-sol recèle des ressources en uranium. Sur ce sujet, il n'y a pas, pour l'instant, péril en la demeure, comme le rappelle le géographe Teva Meyer, spécialiste de l'énergie : « L'approvisionnement en uranium naturel des centrales nucléaires françaises n'est pas mis en danger par les évènements au Niger. » Celui-ci représente « moins d'un tiers » de la consommation d'EDF et ne pèse que 4% de la production mondiale.   Dans ces conditions, comment la France a-t-elle pu se laisser surprendre par un coup d'Etat au Niger, comme cela avait déjà été le cas au Mali à deux reprises? A demi-mot, l'étatmajor des armées reconnaît qu'il n'était « pas forcément » au courant que quelque chose se tramait ces derniers jours.   Pourtant, depuis plusieurs semaines, les tensions montaient entre le président Bazoum et le chef de sa garde présidentielle, le général Tchiani. De crainte d'être l mogé, celui-ci a finalement pris le pouvoir, entraînant, bon gré mal gré, une partie de l'armée avec lui.   Le renseignement français a clairement été pris en défaut. Soit les sources et les capteurs manquaient, soit - hypothèse plus probable - l'analyse des faits collectés n'a pas été la bonne, parce qu'elle ne correspondait pas aux vues du pouvoir politique. Un peu comme en février 2022, lorsque les services français n'ont pas voulu croire à l'invasion russe de l'Ukraine alors qu'ils disposaient de toutes les informations sur sa préparation.   En Afrique, le renseignement français est focalisé sur deux ennemis: les groupes terroristes et les Russes de Wagner. Pas sur les sociétés, les pouvoirs et les armées locales, dont la connaissance a manifestement reculé. Avec Wagner, cela s'avère efficace, y compris lors de la récente mutinerie de Prigojine, comme l'Opinion l'a révélé. Sauf que, dans le cas du coup d'Etat au Niger, il s'agit d'une affaire de politique intérieure, sans intervention directe des Russes. Ce qui n'a sans doute pas empêché   Vladimir Poutine et quelques autres de jubiler, alors que le sommet Russie-Afrique se tenait à Saint-Pétersbourg.   A Paris, la tentation est forte de voir des ingérences étrangères derrière le sentiment anti-français, celle de la Russie en Afrique ou celle de la Chine en Océanie. On retrouve les mêmes réflexes que durant la guerre d'Algérie, lorsque les gouvernements de la IVe République voyaient la main de Nasser, le président égyptien, derrière le FLN algérien. Autant d'analyses à courte vue, aux résultats malheureusement prévisibles.   Le Niger le montre: la France est en panne de stratégie au Sahel, où faute de reconnaître l'échec d'une décennie d'engagements politico-militaires, elle peine à trouver une issue. La « réarticulation » du dispositif militaire français en Afrique, attendue depuis février dernier, n'a toujours pas été détaillée. Faute de trancher dans le vif « pour aller au bout du changement » selon les mots d'Emmanuel Macron lui-même, c'est-à-dire de fermer les bases permanentes comme certains diplomates le proposaient, la présence française s'effiloche au gré d'événements qui s'imposent à nous.   @jdomerchett   La France est en panne de stratégie au Sahel, où faute de reconnaître l'échec d'une décennie d'engagements politico-militaires, elle peine à trouver une issue </text>
	

	<text titre="Dégagisme africain" date="2023 08 02T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24555" auteur="saint-paul, patrick" annee="2023" mois="8" jour="2" journal_clean="Le Figaro" keywords="rue" langue="fr"> L'image est dévastatrice tant elle est devenue familière. Quelques valises bouclées à la hâte, les ressortissants français s'entassent à l'aéroport. Conspué dans la rue et confronté au risque d'une escalade militaire, Paris n'a d'autre choix que d'exfiltrer ses expatriés du Niger. L'issue est tristement prévisible ! Comme en Centrafrique, au Burkina Faso ou au Mali, c'est le préambule à un départ des troupes : un échec pour Emmanuel Macron, qui prétendait réinventer le lien avec l'Afrique. Car Paris perdra ainsi son principal point d'appui dans la lutte antiterroriste au Sahel. Cela portera-t-il le coup de grâce à son influence sur le continent africain, au profit de la Russie ? On ne peut plus l'exclure. Le dégagisme antifrançais se répand comme une traînée de poudre en Afrique : le drapeau tricolore brûle déjà au Sénégal.
L'hostilité grandissante envers Paris est nourrie par la propagande russe, alors que le Kremlin est à la manoeuvre pour chasser la France de son ancien pré carré et y prendre sa place. Mais le sentiment antifrançais n'a pas attendu Poutine ou Prigojine pour voir le jour en Afrique. On l'a vu en Côte d'Ivoire, dès 2001, lorsque les « Patriotes » avaient ouvert la chasse aux Français dans les rues d'Abidjan. Son ferment le plus actif est la déception de la relation postcoloniale. On nous dit que Paris n'a pas su réinventer ses rapports avec ses anciennes colonies, que la « Françafrique » a prolongé une forme de paternalisme post-indépendances et le sentiment d'une domination de l'ex-métropole dans les capitales africaines.   Mais ce terreau fertile ne doit pas faire oublier la gabegie et la corruption des dirigeants africains. Quoi qu'elle fasse, la France est désormais le bouc émissaire des dérives antidémocratiques et des échecs des élites africaines. La démocratie, promue par Paris, souvent non sans maladresse, est honnie par une rue africaine qui applaudit les coups d'État. La France est perçue, à tort ou à raison, comme une puissance qui, d'en haut, tire les ficelles. Désormais, pour compléter ce dégagisme africain, elle doit être chassée manu militari dans le sillage des dirigeants élus.   La France chassée dans le sillage des dirigeants élus </text>
	

	<text titre="Les « services » occidentaux en quête de transfuges russes" date="2023 08 02T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24555" auteur="barotte, nicolas" annee="2023" mois="8" jour="2" journal_clean="Le Figaro" keywords="richard, mi6, occidentaux, services, discrétion, russes, patron" langue="fr"> COMME un pied de nez, l'offre a été rendue publique. Dans un univers où la discrétion est plus qu'une règle, une obsession, le patron du MI6, le Britannique Richard Moore, s'est adressé à de futures recrues lors d'un rare discours prononcé à Prague la semaine dernière : il a suggéré aux Russes de confier leurs secrets aux services de renseignements occidentaux et de rejoindre « les hommes et les femmes courageux d'autres nations qui ont fait le choix de faire cause commune avec nous, souvent au prix d'un immense risque ». De devenir des sources voire des agents doubles. Il s'agit avant tout d'un coup de communication. Mais après tout... « Les plus belles affaires d'espionnage sont le fruit de défection » , explique un connaisseur.
«Aujourd'hui, de nombreux Russes sont silencieusement consternés par le spectacle de leurs forces armées pulvérisant les villes ukrainiennes, expulsant des familles innocentes de leurs maisons et kidnappant des milliers d'enfants », a déclaré Richard Moore. « Ils regardent avec horreur leurs soldats ravager un pays frère. Ils savent au fond d'eux-mêmes que les arguments avancés par Poutine pour justifier l'attaque d'une nation slave sont frauduleux, un miasme de mensonges et de fantasmes, a-t-il poursuivi. Je les invite à faire ce que d'autres ont déjà fait au cours des dix-huit derniers mois et à se joindre à nous. Notre porte est toujours ouverte. Nous traiterons leurs offres d'aide avec la discrétion et le professionnalisme qui font la réputation de mon service. Leurs secrets seront toujours en sécurité avec nous, et ensemble nous travaillerons pour mettre fin à l'effusion de sang. »Pour convaincre d'éventuelles sources de sauter le pas, il faudra établir des moyens de discussions crédibles et rassurants. La CIA dit - publiquement - y travailler. « Le mécontentement à l'égard de la guerre continuera de ronger les dirigeants russes. Ce mécontentement crée pour nous, à la CIA, une occasion qui ne se présente qu'une fois par génération », a expliqué en juillet William Burns, le patron de l'agence. Le service de renseignement américain a diffusé des messages en russe sur les réseaux sociaux et sur des plateformes spécifiques, comme Telegram, prisée en Russie, pour expliquer comment contacter la CIA via le dark web. Une vidéo, diffusée aussi sur YouTube, tente de faire vibrer la fibre patriotique russe. Il faut convaincre ceux qui la regardent qu'ils ne trahiraient pas leur nation en fournissant des informations sur l'appareil militaire de Vladimir Poutine. « Vos informations peuvent être plus précieuses que vous ne le pensez », explique la voix off.   Guerre informationnelle   Si les experts du renseignement sont dubitatifs sur le résultat concret de l'opération, elle pourrait au moins susciter confusion et paranoïa à Moscou. Pour réussir, ces démarches de débauchage doivent cibler les bonnes personnes. Sinon, les services occidentaux courent le risque d'être noyées sous les tuyaux percés. Le risque a probablement été perçu par la CIA et le MI6, qui jouent plutôt une partition de guerre informationnelle. Le Kremlin a commenté laconiquement l'opération, en assurant surveiller les activités d'espionnage occidentales.   Le conflit ukrainien a exposé sous un nouveau jour le rôle des services de renseignements américain et britannique. Dans un exercice de transparence et d'alerte, ils ont cherché à déjouer les plans russes, avant le début de la guerre, en exposant les visées de Vladimir Poutine. Force est de constater qu'ils n'ont pas empêché l'invasion. En France, où la culture de la discrétion est plus forte, les responsables des services de renseignements sont réservés sur ces pratiques de déclassification. Elles risquent de créer une « accoutumance », dit-on, difficile à maîtriser sur le long terme.   La DGSE, le service de renseignement extérieur français, ne semble pas non plus encline à publier des vidéos à destination du public russe. Elle n'est pas inactive pour autant, comme l'a raconté L'Opinion fin juillet. Selon le journal, les services français ont été capables d'anticiper la rébellion d'Evgueni Prigojine, le patron des mercenaires de Wagner, fin juin. Les sources françaises ne devaient pas être si mauvaises.   « Le mécon-tentement à l'égard de la guerre continuera de ronger les dirigeants russes. Ce mécon-tentement crée pour nous, à la CIA, une occasion qui ne se présente qu'une fois par générationWILLIAM BURNS, PATRON DE LA CIA </text>
	

	<text titre="Armée russe : une solde généreuse attire les volontaires au front" date="2023 08 04T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24015" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="8" jour="4" journal_clean="Les Echos" keywords="partie, front, russe, volontaires, soldats, solde, kremlin, touchées, population, soldes, russie, pauvreté, ukraine" langue="fr"> L' « opération militaire spéciale » du Kremlin en Ukraine a, indirectement, rappelé une réalité de la Russie : la pauvreté d'une partie de sa population. Les fortes soldes touchées par les soldats et, en cas de décès, les généreuses indemnités versées aux familles, sont de bons arguments pour recruter des hommes prêts à rejoindre le front. Depuis le début de l'année, « plus de 231.000 personnes » se sont enrôlées dans l'armée, s'est félicité jeudi l'ex-président Dmitri Medvedev. 
« Si on suit les discours du président Poutine, on peut croire que les soldats combattant contre l'Ukraine sont des patriotes partis défendre le pays face à l'agression de l'Otan. Mais pour beaucoup, les motivations sont avant tout financières », explique Vladislav Inozemtsev, économiste du Center for Post-Industrial Studies à Moscou.  Des compensations élevées« En temps de paix, la rémunération d'un soldat dépassait rarement 40.000 roubles par mois (400 euros), en dessous du salaire moyen (à peine plus de 600 euros - bien moins dans les régions pauvres) », rappelle Vladislav Inozemtsev. Aujourd'hui, l'armée propose 200.000 roubles (2.000 euros) de solde mensuelle pour tous ceux rejoignant le front.   Il faut également prendre en compte les compensations en cas de blessures ou de décès. Les enfants et la veuve peuvent toucher 5 millions de roubles versés par l'Etat (50.000 euros), une indemnité complétée par les sommes venant des régions, jusqu'à 3 millions de roubles (30.000 euros). « Puis, il y a les indemnités mensuelles pour une veuve ou un supplément de retraite pour les parents. Au total, cela peut représenter plus de 12 millions de roubles (120.000 euros) », a calculé Vladislav Inozemtsev.  « Si l'on prend un homme de 40 ans dans une région pauvre de Russie (avec un salaire mensuel de 40.000 roubles, 400 euros), les indemnités de décès touchées par sa famille représentent le salaire moyen qu'il aurait gagné en près de 26 ans avec son emploi habituel. »Dans un pays où près de 15 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et où un tiers des habitants se disent pauvres, le calcul est vite fait. « Dans de telles circonstances, l'armée devient attractive grâce à ces soldes et compensations élevées, mais aussi grâce à la massive campagne de désinformation minimisant les risques pris par les volontaires partis au front », insiste Vladislav Inozemtsev.  Le retour de WagnerDe plus, d'ici à septembre, les effectifs de l'armée devraient être dopés par l'habituelle conscription estivale de jeunes et par l'arrivée d'une partie des troupes des paramilitaires de Wagner après la « rébellion » avortée de leur chef Evguenï Prigojine. « Tout cela permet au Kremlin d'éviter de se risquer à lancer une deuxième vague de mobilisation », analyse Andreï Kolesnikov, politologue de la fondation Carnegie. Après l'anxiété générale provoquée par la première vague à l'automne dernier, les autorités sont très réticentes. Leur priorité : entretenir le sentiment de normalité.   Un autre élément est à prendre en compte : le niveau menaçant du surendettement des foyers russes. « Les familles sont massivement endettées auprès des banques,prévient Vladislav Inozemtsev. La dette moyenne d'un adulte russe équivaut à 54 % de son revenu annuel. Dans certaines régions pauvres, cela représente près de la totalité des revenus. » Sans surprise, les régions les plus pauvres sont donc celles qui recrutent le plus de volontaires.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="L'Occident n'a pas perdu, regardez fléchir la Chine" date="2023 08 07T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="eric le boucher" annee="2023" mois="8" jour="7" journal_clean="L'Opinion" keywords="pays, niger, poutine, france, chine, afrique, occident" langue="fr"> Evidemment, l'attention est attirée en ce début d'août par l'Afrique, le Niger, quatrième pays qui rejette la France et pense judicieux de se mettre dans les bras de Poutine. L'Occident, cet hypocrite, ce colonisateur, ce décadent, voit son empire fondre irrémédiablement. La démographie commande, la France ne fait plus de bébés; l'économie suit, l'OCDE a vu sa puissance divisée par deux; la politique en découle, la démocratie recule dans le monde: ainsi irait la Grande Histoire. Le temps qui vient serait celui de l'Asie et de l'Afrique, des régimes dictatoriaux et « d'autres valeurs ». Vraiment? La démocratie n'a plus que la nostalgie pour avenir? La Pax Americana est terminée? L'Europe, cette idée baroque que les pays ont tous voix au chapitre quelle que soit leur taille, est un archaïsme? L'Occident est justement balayé? L'actualité récente semble donner raison aux pessimistes, déclinistes et catastrophistes. Le putsch au Niger, la contre-offensive ukrainienne en échec, la pénible comédie parlementaire en France, la poussée populiste en Europe, l'avance de Trump dans les sondages qui conforte l'impression qu'une guerre civile s'est ouverte aux Etats-Unis... La liste des déconvenues est longue.
Mais on peut faire de cette même actualité une tout autre lecture, montrant que l'Occident et la démocratie sont, à l'inverse, en train de se rétablir. Non pas que les signes négatifs soient négligeables: la bascule des pays du Sud Sahara dans l'illusion d'une protection russe est une défaite. La chute de « l'attractivité » française dans ces pays est d'autant plus grave qu'on ne voit pas très bien comment l'enrayer malgré les tentatives répétées de définir un « nouveau partenariat ». La trop lente construction européenne fait douter. La fracture culturelle aux Etats-Unis fait froid dans le dos.   Pourtant. Si Vladimir Poutine résiste sur le terrain, si son économie se porte encore pas mal, le fait essentiel est que le dictateur russe a fait la démonstration de son infinie faiblesse dans toute cette guerre. Le dernier épisode Prigojine en a été une caricature pitoyable. Pourtant, et c'est sans doute l'information principale de ces derniers mois, Xi Jinping a lâché la ligne dure, il a fléchi. Il en avait fixé le principe en novembre à Bali avec Biden afin d'établir un « plancher » capable de stopper « la dérive du conflit » entre les deux puissances. Depuis, la ministre de l'Economie Janet Yellen est allée à Pékin, l'envoyé spécial John Kerry pour discuter climat.   « Tournant ». Il n'est encore rien sorti de ces rencontres et il faut noter, dans l'autre sens, de nouveaux incidents comme le ballon espion dans le ciel américain ou la décision du président Biden de livrer des armes à Taïwan. Mais un certain apaisement est l'objectif nouveau: Xi a accepté qu'un contact soit renoué pour ouvrir des discussions avec Washington, selon le Financial Times de ce week-end. Deux groupes de travail seront mis en place, l'un sur la zone indo-pacifique, l'autre sur les sujets maritimes, selon le journal britannique. Un troisième groupe est envisagé sur des thèmes plus larges.   Il faut relier ce « tournant » de Xi à la crise Covid ou plus exactement à la sortie très difficile de la stratégie du « confinement total » adoptée depuis son origine. C'est inédit depuis trente ans, la croissance chinoise est à la peine, avec une crise immobilière très profonde, une gestion devenue hésitante du secteur privé et un sentiment attentiste des ménages. La rupture est que Xi et le Parti communiste ont démontré qu'ils n'étaient pas infaillibles. La certitude précédente d'une stratégie conquérante, diplomatique, commerciale et philosophique, appuyée sur le déclin « inévitable » de l'Occident, en a pris un coup.   L'économie chinoise a encore besoin des marchés de l'Ouest pour avancer et éviter de voir grossir une contestation sociale. Le chômage des jeunes à 20% inquiète au plus haut point le pouvoir de la Cité Interdite. La Chine n'est pas la Russie, en aucun cas. Mais une modération s'est installée: la Chine va voir sa population se réduire rapidement, elle n'est plus si certaine de gagner dans une confrontation totale avec les Etats-Unis.   Imperium. Et Xi Jinping a raison de fléchir: l'Amérique ne se laisse pas déposséder de son imperium sans réagir. La guerre du Péloponnèse de Thucydide qui raconte l'inévitable conflit né de la poussée d'Athènes concurrençant Sparte, est devenu le livre de chevet des dirigeants américains: aucun sujet ne réunit les deux partis sauf la Chine, l'ennemi désigné chez les démocrates comme les républicains. Au point qu'une partie des économistes trouve ce bellicisme très excessif et craint que cette réplique copiant le nationalisme industrialiste chinois, ne conduise à affaiblir le libéralisme, clé du succès américain depuis toujours.   Le fléchissement de Pékin et le durcissement américain vont conduire à une transformation encore imprécise du conflit. Que restera-t-il de la guerre commerciale et du protectionnisme? Pékin peut-il abandonner son idée de construction d'institutions internationales concurrentes au FMI et à la Banque   Mondiale jugées « trop américaines » et revendiquer à l'ONU la place qui lui est due? La guerre monétaire engagée par le large et sans condition crédit aux pays tiers a montré son coût, sera-t-elle poursuivie?   Ce qui est sûr est que toutes les politiques chinoises sont réévaluées au profit de la priorité: la guerre technologique qui est, au contraire, renforcée.   Le conflit américano-chinois pourrait avoir ceci de caractéristique qu'il se concentrerait sur les puces, l'espace et les données et à toutes les « normes » qui en régissent le fonctionnement. La base partagée est que les technologies sont duales, civiles et militaires, et qu'elles sont la clé de la suprématie du siècle à venir. Xi profite d'un nombre supérieur d'ingénieurs et de talents: TikTok démontre que la Chine peut battre les Etats-Unis sur leur propre terrain. Mais l'Amérique dispose encore des meilleures universités et d'un bouillonnement incessant d'innovations. Joe Biden va doter le secteur de la recherche fondamentale publique pour lui redonner une large avance.   « Le déclin de l'Occident est un mythe », assure Chris Patten, le dernier gouverneur britannique de Hong Kong. La Chine a plus peur de nous et de notre système de liberté que nous devons avoir peur d'elle. Ne nous trompons pas: la faiblesse n'est pas à l'Ouest.   @ERICLEBOUCHER t   C'est inédit depuis trente ans, la croissance chinoise est à la peine, avec une crise immobilière très profonde, une gestion devenue hésitante du secteur privé et un sentiment attentiste des ménages. Xi et le Parti communiste ont démontré qu'ils n'étaient pas infaillibles « Le déclin de l'Occident est un mythe », assure Chris Patten, le dernier gouverneur britannique de Hong Kong. Pékin a plus peur de nous et de notre système de liberté que nous devons avoir peur de lui </text>
	

	<text titre="Le Niger devant le risque d’une intervention militaire" date="2023 08 07T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="jean-philippe rémy et anna sylvestre-treiner" annee="2023" mois="8" jour="7" journal_clean="Le Monde" keywords="intervention_militaire, tête, pays, août, niger, militaire, intervention, junte, prêt, ministre, affirme, d’une, risque" langue="fr"> On est prêt », affirme d’une voix ferme un ministre ouest-africain, vendredi 4 août. Son pays, un des poids lourds de la région, se prépare à faire « usage de la force » contre la junte à la tête du Niger depuis le 26 juillet, assure-t-il. « Notre ligne n’a pas varié, c’est la fermeté. C’est le coup d’Etat de trop » , explique le responsable politique. A quelques heures de l’expiration de l’ultimatum fixé au dimanche 6 août par les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) pour que les militaires nigériens rendent le pouvoir au président Mohamed Bazoum, les deux camps – celui des « putschistes », qui soutient la junte nigérienne, et celui des « légalistes », qui réclame la réinstallation du dirigeant renversé – restent sur leurs positions et chacun envisage la guerre. Si elle devait avoir lieu, cette confrontation entre « blocs » serait inédite en Afrique de l’Ouest et particulièrement risquée.
Vendredi, à Abuja, capitale nigériane, les chefs d’état-major des pays de la Cedeao ont conclu trois jours de réunion en annonçant que les contours d’une « éventuelle intervention militaire » contre la junte nigérienne ont été « définis ». « Y compris les ressources nécessaires, mais aussi la manière et le moment où nous allons déployer la force », a précisé le commissaire chargé des affaires politiques et de la sécurité, Abdel-Fatau Musah.  « Un enjeu existentiel »Une source militaire affirme que près de 50 000 soldats pourraient être mobilisés pour cette opération, un chiffre considéré comme « plausible » par plusieurs experts, mais qui n’est qu’une « planification » vouée à être ajustée. Il correspond au nombre d’hommes que l’armée nigérienne pourrait aligner en 2025, selon les projections qu’avait faites le gouvernement. Plusieurs pays comme le Nigeria, le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont d’ores et déjà confirmé leur participation à cette force. Le Tchad – qui n’appartient pas à la Cedeao, mais dont le président, Mahamat Idriss Déby, a tenté une médiation au lendemain du coup d’Etat – a annoncé qu’il n’y participerait pas.   Après avoir imposé de lourdes sanctions économiques et financières, la Cedeao montre-t-elle les muscles pour faire céder les putschistes, ou est-elle prête à partir au combat ? « La voie militaire n’est que la dernière option sur la table », a souligné M. Musah. Mais, ces derniers jours, la voie du dialogue a semblé se muer en impasse : la médiation envoyée mercredi à Niamey par Bola Tinubu, le chef de l’Etat nigérian, qui préside actuellement la Cedeao, n’a pas été reçue par le général Abdourahamane Tiani, à la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), et n’a pas pu rencontrer M. Bazoum, le président déchu, toujours séquestré.   Le Nigeria est la pièce maîtresse du dispositif, qui mobilisera des moyens terrestres et aériens en cas d’intervention.Le pays, qui partage 1 500 kilomètres de frontières avec le Niger, est prêt à mettre à disposition le contingent le plus important et des dizaines de blindés. « Pour chaque pays, l’enjeu est existentiel. Si les dirigeants de la Cedeao ne réagissent pas, ils encourent le risque d’entériner le fait que les régimes militaires sont la norme et qu’ils sont les prochains sur la liste », analyse un ministre nigérien du gouvernement renversé. « S’ils interviennent, ils prennent le risque que leur rue grogne », poursuit-il.   En cas de confrontation, une des clés sera l’unité de l’armée nigérienne. Considérée comme l’une des meilleures de la zone. Les soldats seront-ils solidaires du général Tiani ? Lors de la déclaration de prise de pouvoir du CNSP, à la télévision nationale le 26 juillet, tous les corps de l’armée étaient représentés, ce qui plaide pour une cohésion. Néanmoins, le général Tiani « est un général mal-aimé de la troupe », souligne le ministre nigérien du gouvernement renversé. Il pourra en tout cas compter sur des militaires expérimentés, alors qu’ils ont nommé un nouvel état-major, vendredi, dirigé par Salaou Barmou. Ce général formé par les Etats-Unis est un spécialiste de la lutte antiterroriste et a combattu sur tous les théâtres nigériens, de Diffa à Agadez.   La junte pourra aussi s’appuyer sur le Mali et le Burkina Faso. Ces deux pays également dirigés par des putschistes ont annoncé qu’une intervention contre Niamey serait assimilée à une « déclaration de guerre » à leur encontre. Allié de la Russie en Afrique, Bamako travaille main dans la main avec le Groupe Wagner, qui a déployé environ 1 600 mercenaires sur son territoire. Lors de la visite, mercredi, au Mali de Salifou Mody, considéré comme le numéro deux du CNSP, « un contact a été établi entre la junte nigérienne et les mercenaires russes de Wagner », selon des sources diplomatiques françaises.  Lutte contre les djihadistesLe groupe russe, dont le patron, Evgueni Prigojine, s’est réjoui de ce nouveau coup contre les « colonisateurs », serait-il prêt à aider Niamey ? Le rapprochement est surveillé de près par les forces occidentales présentes au Niger, alors que la junte veut changer d’alliance. Jeudi, elle a dénoncé les « accords de coopération dans le domaine de la sécurité et de la défense avec la France », qui a 1 500 soldats déployés sur le territoire pour participer à la lutte contre les groupes djihadistes. Une demande que Paris a rejetée, estimant que seules les « autorités nigériennes légitimes » avaient le pouvoir de revenir sur ces accords. « C’est une position politique, mais aussi juridique, explique Julien Antouly, chercheur en droit des conflits armés. Contrairement à ce qui s’est passé au Mali et au Burkina Faso, où une transition avait été mise sur pied, avec une charte et un gouvernement, le coup d’Etat est encore en cours au Niger. »Cela dit, souligne le chercheur, « si la junte se maintient au pouvoir, la position française deviendra intenable, et Paris n’aura d’autre choix que de quitter le Niger ».   Le pays était devenu le cœur du dispositif des Français pour la lutte contre les groupes djihadistes au Sahel. Ils y disposent d’au moins deux bases, communes avec l’armée nigérienne. Les Américains (1 000 hommes) sont aussi présents, non seulement dans leur base d’Agadez, mais aussi dans diverses emprises discrètes, dont celle de la CIA à Dirkou, dans le nord du pays. Selon nos sources, ces partenaires militaires étrangers pourraient être utiles à la Cedeao en cas de confrontation avec la junte, notamment en matière de renseignement, mais ils s’abstiendront d’apparaître.   « Tout le monde a capitalisé sur le modèle nigérien, bien avant que les Français se fassent chasser du Mali » en 2022, analyse un spécialiste étranger des questions de sécurité. Les regards se tournent désormais vers le Tchad, dernier allié, avec la Mauritanie, de la France au Sahel. C’est à N’Djamena que l’état-major de « Barkhane » était installé et 1 000 soldats français y sont toujours déployés, malgré la fragilité du pouvoir tchadien. Son importance pour Paris est telle qu’Emmanuel Macron était venu en personne assister aux funéraillesdu président Idriss Déby, en avril 2021, ce qui avait été perçu comme un geste de soutien envers son fils, Mahamat, qui avait pris le pouvoir.  « A la lumière de ces dernières années, il faut questionner l’opportunité d’un redéploiement des forces. Ne faut-il pas plutôt envisager un départ pur et simple de la France du Sahel » , s’interroge Julien Antouly. La première hypothèse reviendrait à parier sur un Etat fragile, dont le pouvoir est régulièrement défié par des rébellions. </text>
	

	<text titre="Comment la Russie mène sa guerre informationnelle" date="2023 08 08T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24560" auteur="collet, emma" annee="2023" mois="8" jour="8" journal_clean="Le Figaro" keywords="soutien, informationnelle, russie, guerre_informationnelle, guerre" langue="fr"> « WAGNER = sécurité, dignité et force ! » Ces slogans écrits sur des pancartes lors d'une manifestation en soutien aux putschistes dans le stade Seyni-Kountché de Niamey, dimanche, étaient brandis aux côtés de quelques drapeaux à l'effigie de Wagner, la société militaire privée de Saint-Pétersbourg. L'entreprise d'Evgueni Prigojine est « le principal marqueur de la présence russe en Afrique » selon une étude des chercheurs Maxime Audinet et Emmanuel Dreyfus de l'Irsem. Elle est la preuve matérielle de l'influence de Moscou en Afrique.   Wagner représente désormais le bras armé indispensable de la Russie grâce à des fake news très efficaces. Le dimanche 6 août, des comptes liés à l'entreprise de Prigojine ont fait notamment monter la pression en organisant une campagne de désinformation, laissant penser qu'un contingent de combattants serait arrivé à Bamako pour rejoindre le Niger, ce qui est faux. Identifiée par le collectif « All Eyes on Wagner » , l'opération est coordonnée depuis le Mali.
 « Wagner oeuvre comme un couteau suisse en Afrique » , selon les chercheurs de « All eyes on Wagner » , et dispose d'une mission d'influence très importante. « Le groupe utilise plusieurs méthodes, comme le financement de médias africains et de jouralistes, le sponsoring de contenus publicitaires sur les réseaux sociaux, ou l'emploi d'usines à trolls » , résume le collectif.   Le Kremlin manipule l'information en profitant d'un discours pro-panafricain hostile à la présence française. « La Russie surfe sur le sentiment antifrançais, et en profite pour se livrer à une guerre informationnelle contre l'Occident » , explique Antoine Glaser journaliste et écrivain de plusieurs ouvrages sur l'Afrique. Une stratégie à l'oeuvre depuis des années.  « En Afrique centrale, Wagner dispose de plusieurs stations de radio, un élément important pour s'informer en Afrique » , explique le chercheur John Lechner. Ainsi, en République centrafricaine, Lobaye Invest, entreprise minière affiliée à Wagner, finance la principale radio de Bangui, Lengo Songo. Au Burkina Faso, une grande opération de désinformation a eu lieu en début d'année en soutien à la junte militaire, avec des contenus publicitaires sponsorisés sur Facebook, analyse « All Eyes on Wagner ». « Les mêmes pages du réseau social ont été réinvesties ensuite en avril au Niger, lorsqu'une délégation de parlementaires français était à Niamey » , explique le collectif.   Délégations de l'Église orthodoxe   La Russie s'appuie plus traditionnellement sur ses leviers officiels. « Il y a d'abord la communication diplomatique » , explique Thierry Vircoulon, chercheur à l'Ifri et coordinateur de l'Observatoire de l'Afrique centrale et australe. « Vi a ses ambassades sur le continent, les nombreuses visites du ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, depuis le début de la guerre en Ukraine, les réseaux sociaux et comptes YouTube officiels sont fortement utilisés pour relayer le discours anti-occidental de Poutine », poursuit-il. Depuis sa fermeture en Europe, la chaîne RT, officine de propagande financée par le Kremlin, se réoriente vers l'Afrique, une présence « efficace, car le contenu est gratuit, qui plus est dans des pays où il n'y a pas beaucoup de journalistes indépendants » , note John Lechner.   En dehors de la sphère diplomatique, la Russie répand son influence sur le continent africain de manière plus discrète, comme dans le milieu des affaires. « Les oligarques russes en Afrique sont nombreux, et ont leurs réseaux à eux, parmi les milieux économiques et politiques » assure Thierry Vircoulon. Autre méthode, l'envoi de délégations de l'Église orthodoxe dans des pays comme le Kenya, le Burundi ou au Congo Brazzaville, écrit le chercheur dans une note pour l'Ifri.   Enfin, le Kremlin peut compter sur ses partisans africains très suivis sur les réseaux sociaux. « Ce sont des entrepreneurs locaux qui reprennent le narratif russe pour leur propre agenda politique » , selon John Lechner. L'un des plus populaires est Kemi Seba, Stellio Gilles Robert Capo Chichi de son vrai nom. Ce Franco-Béninois, militant panafricanisme et antisémite, est un habitué des plateaux de RT ou d'Afrique Médias, média francophobe de longue date. Depuis le putsch au Niger, Kemi Seba poste frénétiquement sur les réseaux sociaux : le 5 août, il fustigeait sur Twitter « les vassaux de l'Occident que constituent les présidents ouest-africains corrompus » , message qui touche potentiellement ses plus de 200 000 abonnés sur la plateforme.   « Les oligarques russes en Afrique sont nombreux, et ont leurs réseaux à eux, parmi les milieux économiques et politiquesTHIERRY VIRCOULON, CHERCHEUR À L'IFRI </text>
	

	<text titre="L'opposition nationaliste durcit le ton contre Poutine" date="2023 08 10T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24019" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="8" jour="10" journal_clean="Les Echos" keywords="front, opération, poutine, opposition, kremlin, nationaliste" langue="fr"> Dès les premières heures de l'offensive, en février 2022, ils ont soutenu le Kremlin et son « opération militaire spéciale » en Ukraine. Aujourd'hui, avec l'enlisement sur le front et après la mystérieuse « rébellion » en juin d'Evguéni Prigojine, le chef des paramilitaires Wagner, contre le haut commandement armé, Alexeï et Vassilï hésitent parmi d'autres à Moscou entre rancoeur et jusqu'au-boutisme.
« Nous perdons patience avec Poutine ! Notre président, c'est un centriste mou », peste Alexeï. Retraité d'une soixantaine d'années, il prône l'émergence d'un « vrai chef de guerre, un Staline ! » En vue de la présidentielle de 2024, il espère le retour d'Evguéni Prigojine, cette fois sur la scène politique. « Lui a raison ! Il faut commencer la vraie guerre. Sa rébellion n'était qu'une première hirondelle annonçant le durcissement qui nous attend enfin à Moscou. »« Le Kremlin ne doit pas avoir peur »Sous son polo Lacoste et devant son dessert italien, dans une pizzeria branchée de Moscou, Vassilï partage ces frustrations. Il surfe sur les réseaux sociaux ultranationalistes dénonçant les insuffisances de l'armée russe face aux troupes ukrainiennes. C'est aussi l'un de ces jeunes Moscovites qui préfèrent ignorer la guerre et profiter de la vie. Tout en soutenant l'offensive du Kremlin.  Une opposition nationaliste minimisée« Les masques sont tombés. On a vu le vrai visage des Occidentaux, prêts à soutenir les fascistes ukrainiens, à mener un apartheid culturel, sportif et économique contre nous les Russes », s'emporte ce père de famille trentenaire. « Le Kremlin ne doit pas avoir peur : il faut aller jusqu'à Odessa. Au minimum », insiste Vassilï.   Mais cela sera sans lui. Lorsqu'il a été approché pour un emploi en communication chez Wagner, ce spécialiste en relations presse a refusé. « Pas pour moi. Je ne veux pas aller au front. Mais, sur le terrain, Evgueni Prigojine a raison : l'opération a été mal préparée, mal dirigée »,  regrette-t-il.   Jusqu'à sa « rébellion » avortée, le chef de Wagner était vu par la majorité des analystes en « pion », loyal et sous contrôle, pour faire revenir à la bergerie poutinienne cette opposition nationaliste prête à remettre en question le Kremlin. Sans pour autant ouvertement remettre en cause Vladimir Poutine.  « Le jeu de dupes a failli mal finir », s'étonne un ex-haut responsable du Kremlin qui a gardé d'influents contacts au sommet. « Emporté par l'adrénaline de la guerre, Prigojine est devenu fou. Poutine, lui, a montré ses faiblesses mais, comme d'habitude, il ne reconnaît pas ses erreurs. Tout cela ne change pas pour autant les fondamentaux de la politique poutinienne. » Prigojine, une figure patriotique La poussée de l'opposition nationaliste, parfois très virulente, ne semble pas inquiéter le pouvoir. « Des marginaux », confie aux « Echos », une source au Kremlin. Etudes d'opinion internes à l'appui, il affirme que jusqu'à 20 % des Russes faisaient confiance à Prigojine au sommet de sa popularité. « Après son coup raté, c'est retombé à 6 %. De toute façon, l'opposition nationaliste, c'est moins de 5 %. Donc pas une menace pour la présidentielle de 2024 ! » Les stratèges du Kremlin se rassurent : Vladimir Poutine sera réélu car, dans le pays, il est le seul « vrai chef patriotique ».Au dix-huitième mois d'une offensive en manque de grandes victoires, beaucoup de partisans à Moscou s'impatientent pourtant bel et bien. « Nous représentons 10 à 15 % de la population. Avec nos convictions patriotiques. Et notre lassitude face aux échecs du Kremlin. Notre opposition nationaliste peut s'étendre », prévient Igor qui, cadre à Moscou et « Européen de coeur », dit avoir fait son deuil de ses tropismes passés. « Un rideau de fer est tombé à l'Ouest contre la Russie », assure-t-il. Pour lui, Prigojine était une figure patriotique. « C'est fini. Mais la suite reste à écrire… »Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="Le virage colonial du groupe Wagner en Centrafrique" date="2023 08 16T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24566" auteur="berthemet, tanguy" annee="2023" mois="8" jour="16" journal_clean="Le Figaro" keywords="or, wagner, bleus, groupe, modeste, centrafrique, bangui" langue="fr"> CEUX qui imaginaient les bulbes d'or, les ocres sombres et les bleus vifs des cathédrales moscovites seront déçus. Saint-André de Bangui est plus modeste. La seule église de Centrafrique ralliée au patriarcat orthodoxe de Moscou ressemble, comme beaucoup d'autres à Bangui, à une grosse grange, avec sa façade de planches blanches et son toit de tôle, nichée derrière des bicoques de briques. Plus étonnant est son lien avec la lointaine Russie, un choix de Mgr Régis Saint-Clair Voyemawa, rebaptisé Sergueï l'an dernier par le métropolite Léonide de Klin. Cet ancien catholique a choisi l'orthodoxie il y a une dizaine d'années. Le pope est devenu, malgré lui, le symbole de la présence russe en Centrafrique.
Dans l'église, les Russes de Bangui ont contribué à rénover l'orphelinat attenant et à offrir les icônes. En ce dimanche d'août pluvieux, quelques fidèles les embrassent, avec des gestes hésitants. Sous le porche, trois jeunes séminaristes révisent leur cours de russe. « Ce n'est pas si difficile. Il suffit de se concentrer », glisse Théoneste, qui, espère-t-il, pourra comme ses aînés « partir en Russie pour parfaire (sa) formation ». En attendant, ils tentent de s'améliorer en parlant avec les « partenaires », comme on appelle toujours, prudemment, les hommes du groupe Wagner.   Les mercenaires de la « Société militaire privée » (SMP) d'Evgueni Prigojine ne sont pourtant pas des nouveaux venus en République de Centrafrique (RCA). À Bangui, des gros pick-up traversent régulièrement les avenues, des hommes blancs, armés et cagoulés, à l'arrière. Dans les allées des rares supermarchés, « les musiciens » , comme ils se surnomment eux-mêmes, écusson à tête de mort sur l'épaule, n'étonnent plus. Wagner est là depuis 2017. Le groupe russe a profité avec opportunisme de bévues françaises, première étape avant de gagner plus tard le Mali puis de faire aujourd'hui de l'entrisme au Burkina Faso et désormais au Niger.   Le revirement de Hollande   Ce débarquement est arrivé après que le président Faustin-Archange Touadéra a demandé à Paris le maintien de Sangaris, le déploiement militaire français. François Hollande a d'abord semblé accepter, avant de rapatrier finalement les troupes. Quelques mois plus tard, le même président réclame, cette fois à Emmanuel Macron, de lui fournir des armes légères pour lutter contre la rébellion. L'Élysée, gêné, va finir par le renvoyer vers Moscou, sans prendre garde au petit détachement de mercenaires russes déjà déployés au Soudan voisin. Le Kremlin n'en demandait pas tant. Il offre les armes et, avec, les « instructeurs ».   Fidèle Gouandjika, un proche et fantasque conseiller de Touadéra, connaît cet épisode par coeur. « Touadéra était très français. Mais il a vécu le revirement de Hollande comme une trahison. Dès lors, il s'est tourné vers Moscou », raconte-t-il, dans la cour du « Palais Gouandjika » , un immense ensemble baroque d'immeubles, de béton et de carrelage que l'on croirait oeuvre du Facteur Cheval. « Les Russes sont depuis des partenaires comme les autres », affirme-t-il, refusant comme tous les officiels d'évoquer la SMP, tout en portant régulièrement un tee-shirt siglé « Je suis Wagner ». « Mercenaires ou pas, ce n'est pas notre problème. Nous, nous avons signé avec l'État russe et pour longtemps », martèle-t-il. De son propre aveu, sourire en coin, Touadéra est d'ailleurs à la tête du pays « pour l'éternité ». Une allusion au slogan officieux de ses partisans, « Kpou na Knpou », le « mandat éternel » en sango, brandi lors du récent référendum constitutionnel.   Le nouveau texte, approuvé à plus de 95 % selon les résultats publiés le 7 août, supprime la limite des deux mandats et offre de fait au président la possibilité d'enchaîner les septennats. Cette réforme, le Kremlin, qui ne cache pas son mépris pour les « démocraties faibles », la voit d'un très bon oeil. Elle l'a même largement initiée.   Danièle Darlan, l'ancienne présidente du Conseil constitutionnel, n'en revient toujours pas. « En mars 2022, le chargé d'affaires de l'ambassade de Russie est venu me voir, très officiellement, et en urgence. En public, il m'a demandé quels articles de la Constitution devraient être modifiés pour que Touadéra conserve le pouvoir », raconte-t-elle, d'une voix digne, dans sa modeste villa de Bangui, sous bonne garde des Casques bleus. Car sa réponse - « Impossible » - n'a pas plu. Dès lors sous pression, Danièle Darlan est mise à la retraite en octobre 2022, et remplacée, de manière parfaitement illégale, par un autre magistrat « indépendant des pressions françaises », assène un conseiller du chef de l'État. Wagner, qui investit alors à perte, se sent rassuré par cette « ingérence caractérisée » , selon la juriste, et le long règne qui s'annonce.   De nouveaux contingents   Côté centrafricain, les doutes sur ce partenariat ont depuis ressurgi.  « Le raid de Prigojine sur Moscou en juin a semé le trouble, car jusque-là, on était certain que Wagner et le Kremlin ne faisaient qu'un » , analyse un observateur. Le Kremlin s'active pour apaiser ces inquiétudes. Dès le lendemain, Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères, assure que « les engagements » africains de Wagner seront poursuivis. Le sommet Russie-Afrique de Saint-Pétersbourg, fin juillet, est une occasion de répéter le message, en présence de Prigojine, pourtant officiellement exilé à Minsk. « Nous l'avons vu. Il avait l'air d'aller très bien et il a de l'ambition pour l'Afrique », sourit Pascal Bida Koyagbélé, le ministre des Grands travaux, un proche de Mikhaïl Bogdanov, le « M. Afrique » du Kremlin. « Le problème des Français est leur vision néocolonialiste des choses. Ils ne supportent pas que la Centrafrique parle à d'autres, se libère. C'est dommage », lance ce diplômé de Sciences Po. Il rappelle, lui aussi, les refus de Paris d'armer son pays et l'offre russe. « Aujourd'hui, Paris rêve tout haut d'un départ des Russes. Mais ça n'arrivera pas. »Le dispositif de Wagner est solide en Centrafrique, même s'il semble évoluer à la baisse. Selon plusieurs sources, environ 400 mercenaires auraient quitté le pays en juillet. Plusieurs sites comme ceux de Birao, Markounda, Bossangoa ou Koui ont été totalement fermés quand d'autres, comme à Carnot ou Bambari, sont remodelés. « Il semble que Wagner se recentre », analyse un observateur. La SMP a largement communiqué sur l'arrivée de nouveaux contingents, pour rassurer toujours. Mais ces derniers apparaissent « différents » , d'après un militaire centrafricain, et moins nombreux. Certains membres auraient des profils « plus éduqués et techniques » que les militaires. Depuis plusieurs semaines, les Centrafricains ont aussi remarqué la présence de femmes, jusqu'alors rarissime. « On imagine que Wagner est rassuré par le référendum et la baisse des activités rebelles. Alors ils entrent dans une nouvelle phase, plus coloniale, une nouvelle étape pour que Wagner s'ancre plus encore », veut croire un autre observateur. Selon lui, cela pourrait conduire à l'ouverture d'une petite base aérienne dans le nord du pays, indispensable à l'aviation militaire locale, composée d'hélicoptères et de L-39 Albatros, des avions d'entraînement militaire tchèques, au rayon d'action court. Ces activités ne font pas vraiment polémique au sein de la population. « Quand Wagner est arrivé, les groupes rebelles contrôlaient 80 % du pays. Ils étaient très violents. Alors, les populations apprécient plutôt les Russes. Ils sont brutaux et voleurs, mais moins que les rebelles. La communauté internationale devrait prendre ça en compte », rappelle un responsable d'une ONG.  « Les Wagner ont sauvé la démocratie en Centrafrique, voilà la vérité », n'hésite pas à résumer Sylvie Baipo Temon, la ministre des Affaires étrangères. Une allusion à l'implication, au côté des forces rwandaises, des éléments russes dans la lutte pour repousser une attaque de Bangui par des rebelles de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) le 13 janvier 2021. L'épisode a indubitablement achevé d'ancrer Wagner dans l'histoire du pays, et à renforcer les rôles des conseillers russes auprès des autorités. La France, des dernières années, a fait le chemin inverse. Sa présence civile s'est allégée dans les instances dirigeantes, la plupart des conseillers techniques ayant été retirés. Les militaires sont aussi partis. Après Sangaris, le dernier contingent de soldats français de Centrafrique, une cinquantaine d'hommes basés à M'Poko, l'aéroport de Bangui, ont été rapatriés en décembre dernier contre l'avis de biens des experts. Cet ultime repli a achevé de limiter les possibilités de surveillance française en RCA. « Les services sont aujourd'hui aveugles et sourds. Ils n'avaient plus de vision de ce qui se passait hors de Bangui, maintenant ce n'est plus beaucoup mieux dans la capitale », estime une source à Paris. La perte d'influence française est d'autant plus nette que l'ambassade a été victime d'un incendie en avril 2021. Les archives sont parties en fumée, comme sans doute une bonne partie des appareils de surveillances. Rien n'a jamais démontré que le sinistre était de nature criminelle. Mais le feu qui, en décembre dernier, a totalement réduit en cendres les bâtiments de la délégation de l'Union européenne, a avivé les soupçons.   Les responsables de Wagner semblent toutefois travailler de manière sereine. L'image de « sauveurs » d'une Centrafrique jusque-là promise au pire est désormais sculptée dans le pays, au sens propre. Depuis l'an dernier, un monument exalte le courage des « instructeurs russes », un bronze où cinq hommes, que l'on devine blonds, protègent une Centrafricaine apeurée et son bébé. Dmitri Sytyi, la face civile de la SMP, et Vitali Perfilev, un ancien de Légion étrangère chargé du volet militaire, s'affichent régulièrement auprès des plus hautes autorités centrafricaines. Contactés par Le Figaro, les deux hommes n'ont pas donné suite.   Le plan apparaît bien rodé. La propagande intense qui a déferlé sur le pays ces dernières années a effectivement placé la « Société » au centre de tout. Elle a glorifié le « sacrifice russe », passé sous silence les intérêts de Moscou, mais surtout agoni d'injures les autres alliés, à commencer par la France. « Il y a une volonté évidente de salir les Français », assure un homme, qui, effrayé, n'accepte de parler qu'anonymement dans un lieu secret. Un temps dans les hautes sphères gouvernementales, il décrit une machine de « lavage de cerveaux » parfaitement pensée. « Au centre, on trouve des journalistes de presse écrite achetés mais surtout la radio Longo Songo. Les Russes sont souvent présents aux conférences de rédaction, et donnent des ordres directs pour faire telle ou telle chose. Les pires articles passent moins à la radio que sur le site internet. Personne ne sait qui les écrit », dit-il. La France, forcément accusée de posture néocoloniale, est accusée d'être à l'origine de tous maux à force de complots, de pillages et de meurtres. Des associations de la société civile jusqu'alors inconnues ont soudainement disposé de fonds pour organiser « la véritable décolonisation » de la Centrafrique, organisant des manifestations contre la présence et les activités françaises réelles ou supposées. Les regroupements sont souvent brefs, ne comptent pas plus de quelques dizaines de personnes chantant « France dégage » et agitant le drapeau russe. Mais ils sont dûment filmés, et c'est là le plus important.   Prédation économique  « Les vidéos comme les articles du site sont repris sur les réseaux sociaux au travers du BIC, le Bureau d'information et de communication, via des faux comptes pour créer le buzz », continue-t-il. Ce BIC serait une extension de l'Internet Research Agency (IRA), une « usine à trolls » fondée vers 2015 par Evgueni Prigojine à Saint-Pétersbourg. Le pinacle de cette opération de communication a été atteint avec la production de Tourist, un long-métrage entièrement tourné en Centrafrique. Projeté dans un stade de Bangui en mai 2021, le film, odes aux héros russes combattants de perfides occidentaux, avait fait grand effet. « C'était très bien, très réaliste. Le premier vrai film fait ici », se souvient encore, enthousiaste, Évariste, un étudiant gagné aux thèses antifrançaises. « On n'a jamais vu un pays se laisser faire comme la Centrafrique. On glorifie encore ceux qui tuent et pillent les richesses de notre pays », se lamente aujourd'hui l'ancien premier ministre Nicolas Tiangaye.   La captation des ressources devient en effet de plus en plus le véritable coeur de la stratégie russe. Ex-détenu, Evgueni Prigojine s'est fait homme d'affaires, et non soldat. Pour l'heure, sa SMP semble avoir misé à perte, mais non sans intention de faire de son laboratoire centrafricain une opération très rentable. La prédation économique est donc en hausse alors que la mainmise politique du groupe sur le pays se raffermit. Au fil des années, Wagner a fondé un nombre flou de sociétés souvent de droit centrafricain, avec le concours d'hommes de paille. Les principales sont bien connues, notamment la Lobaye Invest, liée directement à Concord, le holding de Prigojine, ainsi que Diamville pour le diamant, et enfin la dernière-née, Bois rouge. Mais c'est Midas Ressources, spécialisé dans l'or, qui représente l'activité la plus aboutie, avec un contrat sur le site de Ndassima. Arrachée à Axmin, un groupe canadien, la mine a une valeur brute estimée à 2,8 milliards de dollars selon lecentre de réflexion The Sentry. Elle ne serait pour l'instant exploitée que de manière semi-industrielle et rapporterait autour de 60 millions de dollars par an. « Cela ne suffit pas encore à rendre Wagner rentable en RCA », estime un haut fonctionnaire, qui affirme « qu'aucune des sociétés russes ne s'acquitte de ses taxes ». La cadence de l'exploitation de la mine devrait monter dans les mois à venir. Des engins miniers ont été aperçus sur la piste de Berengo.   La SMP accélère donc ses activités économiques, particulièrement dans le diamant. « Ils sont extrêmement présents à l'ouest, où l'achat de pierres est autorisé mais aussi à l'est, où il est officiellement toujours banni », dit un spécialiste de ce marché, y voyant « une prédation ». « Les Russes contraignent les mineurs à leur vendre les diamants sous le cours. Cela augmente les bénéfices », explique-t-il. « Ils nettoient aussi des zones par la force brutale puis n'autorisent que leurs gens à prospecter. » Les intrusions dans le commerce du bois suivent les mêmes principes. « Ils ne respectent absolument par les règles » ,déplore un acteur de ce marché. Il décrit un système de coupes sauvages qui ne respectent pas les codes « dans des zones interdites » ou « dans des concessions qui ne leur appartiennent pas ». « Si vous protestez, on vous fait comprendre de regarder ailleurs » ,dit-il. Ce business forestier est nettement plus visible. Les vendredis et samedis soir, des camions chargés de grumes s'alignent près d'un petit port sur l'Oubangui, dans le centre de la capitale, à destination de l'océan. Le « bois russe » s'apprête à quitter le pays sur des barges. À la nuit tombante, les troncs qui n'ont pas pu être chargés prennent la route du Cameroun en convoi protégé par un 4×4 chargé de « musiciens » masqués.   Tentative de rapprochement   L'argent de ce commerce est blanchi directement en Russie. Avant cela, les pierres précieuses et l'or sont vendus essentiellement aux Émirats arabes unis, nouvelle plateforme mondiale de ce business. Wagner, après avoir été tenté de monter ses propres réseaux en se servant notamment de son expérience amassée au Soudan, a fini par abandonner. Le groupe s'est greffé à des circuits déjà existant et parfaitement rodés, le plus souvent géré par les puissants intérêts libanais de Centrafrique.   Visiblement insatiables, les mercenaires du business guignent aussi le commerce. Ils se sont déployés dans le commerce d'alcool, sans beaucoup de succès avec une vodka sous la marque Wa na Wa, puis avec la bière, l'Africa Ti l'Or, déclenchant « une guerre des brasseries » contre le français Castel. Ce dernier a été accusé sur les réseaux sociaux de financer les « rebelles assassins » avant qu'un incendie, encore un, se déclare sur le site de fabrication de Bangui, la Mocaf. « Le feu a été vite maîtrisé et on a accusé des rebelles. Mais nous avions des caméras de surveillance et dessus on voit clairement des caucasiens cagoulés jeter des cocktails Molotov », note Ben-Wilson Ngassan, chargé de communication de la Mocaf.   Sentant la tension monter chez des investisseurs étrangers déjà rares, le président Touadéra a réagi. Ce 10 juillet, il a visité la brasserie pour « encourager » l'entreprise. Dans la foulée de ses deux entretiens avec Emmanuel Macron, ce déplacement passe pour un geste de bonne volonté, une tentative de rapprochement. La ministre des Affaires étrangères, Sylvie Baipo Temon, connue pour ses sorties virulentes contre Paris, a adopté un ton plus conciliant : « La Russie est un partenaire. Mais il y a de place pour tout le monde. » Les États-Unis, désormais en première ligne dans la diplomatie à Bangui, tendent la main au gouvernement dans l'espoir de voir les liens entre le gouvernement et Wagner se détendre. Lors du sommet États-Unis-Afrique en décembre 2022, une première organisée clairement pour endiguer l'influence de la Chine et de la Russie sur le continent, Washington a fait une offre à Touadéra. Un mémorandum a été remis au président centrafricain. Si ses termes n'ont jamais été rendus publics, selon plusieurs sources il proposerait une reprise de la coopération, un soutien politique et sécuritaire aux autorités de Bangui contre une séparation d'avec Wagner. Une offre à laquelle Paris n'a pas été associée.  « C'est une erreur que de jouer ce jeu. Touadéra a choisi de remplacer un impérialisme par un autre. Wagner est maître du jeu et ne partira pas d'Afrique centrale, où les richesses sont bien plus importantes qu'au Mali ou au Niger. C'est désormais sa vitrine, sa tête de pont dans la région, son modèle qu'il entend vendre partout », redoute l'opposant Crépin Mboli-Goumba.   Dans ce milieu intellectuel et bien formé, y compris parmi ceux qui sont plutôt favorables à Moscou, l'opacité et la brutalité du fonctionnement de Wagner commencent à susciter des interrogations. Outre la rébellion de Prigojine, l'attentat au colis piégé dont a été victime en décembre 2022 Dmitri Sytyi a jeté un froid. Évacué en Russie, le responsable est revenu fin avril à Bangui, marqué dans sa chair. Il a perdu plusieurs doigts de la main. Selon plusieurs sources, l'engin explosif était extrêmement sophistiqué, portant la marque de spécialistes. L'enquête a tourné court, au-delà des accusations visant bien évidemment Paris. La seule conséquence a affecté la compagnie DHL, qui aurait transporté le colis et a mis un terme à ses activités dans le pays.  « Les Wagner font ce qu'ils veulent et on ne doit pas poser de questions », s'agace Jean-Charles Bokassa. Le fils de feu Bokassa Ier a eu la surprise d'apprendre, en 2018, que les mercenaires avaient pris pied à Berengo, la résidence impériale. « Bien que ministre à l'époque, je n'ai plus pu y rentrer. Il y a même une zone totalement interdite aux nationaux. » C'est le cas notamment des bâtiments proches de la piste d'atterrissage pour gros-porteurs que l'ex-président avait fait bâtir. Remise en état par Wagner, celle-ci permet aux Russes de faire entrer dans le pays hommes et matériels dans la plus grande discrétion. C'est par cette voie qu'Evgueni Prigojine aurait effectué au moins un voyage en Centrafrique à la fin de 2021.   Jean Charles Bokassa, aujourd'hui opposant, est l'un des rares à oser protester à visage découvert. Les autres préfèrent se taire, prudents. « Les Requins » , une milice proche du parti au pouvoir, le Mouvement Coeur uni, font disparaître les critiques. « Les Wagner ne sont pas les seuls responsables. La présidence est très impliquée dans ces disparitions », explique un avocat. Le Groupe d'experts de l'ONU sur la RCA estime ainsi que « les Requins sont devenus tristement célèbres à Bangui en tant que force de l'ombre impliquée dans des opérations extrajudiciaires ».   Malick, directeur de l'Organisation musulmane pour l'innovation en Centrafrique (Omica), qui dénonce les violences de Wagner, en sait quelque chose. Il vit depuis des mois caché, et cherche maintenant à gagner l'exil. Les bureaux de son association au PK5, le quartier à majorité musulmane de la capitale, ont été perquisitionnés à plus de six reprises. « Les Wagner se comportent en prédateurs. Ils volent, pillent et tuent, mais cela se passe surtout dans l'arrière-pays, loin des regards », affirme-t-il.   « Une Constitution russe »   Aïcha, qui n'a l'air que d'une gamine, se souvient encore de ce jour de septembre 2022. Elle raconte, encore prostrée, ce matin à un barrage de Bambari : « Je vendais des fruits. Trois soldats russes m'ont appelée. J'ai cru qu'ils voulaient acheter quelque chose. » Sous la menace d'une arme, ils l'entraînent en fait « dans une maison cassée ». « Puis ils m'ont violée, plusieurs fois chacun », murmure-t-elle. Sa famille l'exfiltre vite vers Bangui, où elle survit désormais sans travail ni proches. Elle n'a jamais porté plainte. « C'est dangereux. Une amie qui a essayé a été mise en prison. » Ces histoires ne sont pas rares, selon Malick, qui amasse les témoignages.   La peur qui a envahi le pays ne se limite pas aux petites gens. Un ancien haut responsable, bien sûr sans dévoiler son nom, raconte, lui aussi, les pressions. « Les Russes s'y entendent dans ce domaine. Ils entrent dans votre bureau. Insistent. Ils exigent et laissent entendre que c'est un ordre du président. J'ai tenté de m'y opposer et on m'a dit que refuser m'exposerait à plus d'ennuis... »Cet homme a fini par se démettre. Il note ainsi que l'article 60 de la nouvelle Constitution supprime le contrôle de l'assemblée, et donc la transparence, sur les permis miniers, une vieille demande de Wagner. « Cette Constitution tout entière est russe. Mais le président en profite aussi largement », remarque Danièle Darlan. The Sentry, auteur d'un rapport sur Wagner en RCA sortie en juin, en arrive à la même conclusion : « Le groupe Wagner - avec le soutien de son allié centrafricain, le président Faustin-Archange Touadéra - a intentionnellement répandu la terreur et la peur dans le but de soumettre la population centrafricaine à son autorité et de défendre ses intérêts financiers. » </text>
	

	<text titre="Re-colonisation russe" date="2023 08 16T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24566" auteur="gélie, philippe" annee="2023" mois="8" jour="16" journal_clean="Le Figaro" keywords="russe" langue="fr"> Comment se fait-il que Vladimir Poutine, prompt à jeter ses opposants au cachot pour trois fois rien, ait pratiquement passé l'éponge sur le pire des affronts, la tentative de rébellion armée de la milice Wagner d'Evgueni Prigojine, qui a fait trembler, ne serait-ce qu'un instant, en juin dernier, son autorité ? Pour trouver la réponse, il faut regarder du côté de l'Afrique plutôt que de l'Ukraine. Car c'est là que les mercenaires russes sont, de loin, les plus utiles au Kremlin. Bras armé et main gantée (pour un minimum d'empreintes), ils sont devenus l'outil indispensable de la politique africaine de Moscou, se chargeant de tout ce que réprouve la diplomatie officielle : soutien opérationnel aux régimes reconnaissants, juteuses affaires ouvrant un boulevard à la corruption, propagande éhontée confinant au lavage de cerveau, crimes systématiquement impunis...
La République centrafricaine (RCA) a servi de laboratoire à cette entreprise de re-colonisation, menée sous couvert de neutralité idéologique et d'amitié désintéressée. Appelé à la rescousse en 2017 après le départ des forces françaises de l'opération Sangaris, le groupe Wagner est passé méthodiquement de l'aide militaire à l'emprise politique et au pillage économique. En réformant la Constitution pour garantir un « règne éternel » au président Touadéra, Prigojine s'est acheté à vil prix une assurance de stabilité. Il n'en a que plus aisément mis la main sur les mines de diamants et d'or, sans omettre l'exploitation forestière et le commerce d'alcool. Voilà ce « Docteur No » installé pour longtemps à l'ombre d'un pouvoir qui prendrait trop de risques à se priver de lui. Le parrain russe de l'Afrique peut passer à la phase d'enracinement, remplaçant ses mercenaires brutaux par des ingénieurs civils chargés d'exploiter le filon.   Wagner est déjà présent militairement dans cinq États d'Afrique subsaharienne, presque tous aux mains de juntes militaires issues de putschs (est-ce un hasard ?). Le dindon de la farce est français, évidemment. Mais il est surtout africain. Pour prétendument « se libérer » de l'insupportable ancien colonisateur, des dirigeants faibles livrent leurs pays à l'ogre russe ou au prédateur chinois. Qui blâmeront-ils lorsque leurs peuples les tiendront comptables de cette folie ?   Le dindon de la farce est français </text>
	

	<text titre="En Russie, les nationalistes s'impatientent" date="2023 08 17T00:00:00" journal="La Croix, no. 42694" auteur="benjamin quénelle" annee="2023" mois="8" jour="17" journal_clean="La Croix" keywords="nikita, russie, doute, russe" langue="fr"> Moscou   De notre correspondant   Devant sa télévision, qu'il soit à Moscou ou dans sa datcha, Nikita n'a aucun doute. « Sur le front, nos gars détruisent les chars européens. La victoire sera russe ! », confie cet informaticien trentenaire qui, partisan dès la première heure de l' « opération militaire spéciale » en Ukraine, s'informe en regardant les chaînes du Kremlin. L'armée russe faillit-elle à sa mission, comme le dit avec virulence Evgueni Prigojine, le chef des paramilitaires Wagner dont la mystérieuse « rébellion » contre le haut commandement a échoué en juin ? « Il avait en partie raison. Mais Vladimir Poutine a depuis repris la main », assure Nikita.  « Nous perdons patience ! Poutine, c'est un centriste mou. Il nous faut un vrai chef de guerre, un Staline !, peste Alexeï, retraité séduit par les formules chocs d'Evgueni Prigojine. Sa &quot;rébellion&quot; n'était qu'une première hirondelle annonçant le durcissement du régime. Il faut enfin commencer la vraie guerre, vite et fort ! »L'époque de ses voyages à Paris et de ses amitiés francophiles paraît bien loin. Autour d'un café dans le centre de Moscou, Alexeï se met à espérer : à la présidentielle de l'an prochain, il compte sur « un Prigojine ou une autre forte figure nationaliste » pour prendre la succession de Poutine.
« Notre président fait ce qu'il peut. Mais il doit aller jusqu'à Kiev, voire Lvov(Lviv en ukrainien, NDLR) . Sinon à quoi aura servi cette guerre ? »,insiste Irina. Dans son appartement des beaux quartiers au coeur de Moscou, cette mère de famille confie partager les frustrations des réseaux « patriotiques ». Avec son mari, artiste réputé, elle a suivi la marche insurrectionnelle des Wagner. « Un scénario bien orchestré ! Il a permis au Kremlin de compter ses fidèles. Poutine a utilisé Prigojine pour faire le ménage. Il en sort renforcé »,  assure Irina. Avec son mari, tous deux participent à leur façon à « l'effort de guerre » : lui peint des icônes, elle les fait envoyer au front. Pour eux, le conflit revêt une dimension religieuse.   Au dix-huitième mois, face à l'enlisement sur le front et après l'échec de la « rébellion » des Wagner, Nikita, Alexeï et Irina oscillent entre doute et jusqu'au-boutisme. « Nous représentons 10-15 % de la population, assure Igor, sans citer ses sources . Avec nos convictions patriotiques, mais aussi notre lassitude face aux échecs du Kremlin, cette opposition nationaliste peut s'étendre... »« Européen de coeur », il dit avoir fait son deuil de ses inclinations passées. « Un rideau de fer est tombé à l'Ouest contre la Russie, lâche-t-il. Prigojine, figure patriotique mais avec trop de questions sans réponse, c'est fini. La suite reste à écrire... » Jusqu'à sa rébellion avortée, le chef de Wagner était vu par la majorité des analystes comme un « pion » loyal et sous contrôle pour faire revenir « dans le droit chemin » (celui du Kremlin) cette opposition nationaliste. « Le jeu de dupes a failli mal finir », résume un ex-haut responsable du Kremlin qui a gardé d'influents contacts au sommet. « Emporté par l'adrénaline de la guerre, Prigojine est devenu fou. Poutine, lui, a montré ses faiblesses, mais comme d'habitude, il ne reconnaît pas ses erreurs. Tout cela ne change pas pour autant les fondamentaux de la politique poutinienne. » Les pressions d'une opposition nationaliste, avec des propos parfois extrêmes, ne semblent pas de nature à inquiéter le pouvoir. « Des marginaux », confie à La Croix une source au Kremlin. « Jusqu'à 20 % des Russes faisaient confiance à Prigojine au sommet de sa popularité. Après son coup raté, c'est retombé à 6 % », affirme ce haut responsable, études d'opinion internes à l'appui. « L'opposition nationaliste, c'est moins de 5 %, donc tout sauf une menace pour la présidentiellede 2024 ! » Il n'en doute pas : l'an prochain, Vladimir Poutine sera réélu, car dans le pays, il est le seul « vrai chef patriotique ». </text>
	

	<text titre="Vladimir Poutine prépare les esprits à une guerre longue contre l'Occident" date="2023 08 18T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24568" auteur="colling, julian" annee="2023" mois="8" jour="18" journal_clean="Le Figaro" keywords="part, peskov, poutine, moscou, élites, russes, vladimir, guerre, occident, esprits" langue="fr"> L'ANECDOTE a été relatée par plusieurs sources au sein des élites russes au journal britannique The Guardian. Quelque part dans Moscou en ce 31 décembre 2022, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lève soudainement son verre. Plombant quelque peu l'ambiance de la soirée de fin d'année, il déclare : « Cela va durer très, très longtemps. Et les choses vont encore se corser. »Peskov évoquait évidemment la guerre en Ukraine. Sept mois plus tard, sous l'impulsion du chef Poutine lui-même, la Russie semble se préparer à un état de guerre « permanent » avec l'Ukraine et l'Occident. Comme une nouvelle réalité du pays, selon la plupart des observateurs russes. « C'est une loi prévue pour une grande guerre et, en ce moment, cela sent la grande guerre. » C'est par ces mots, d'une candeur étonnante de la part d'un haut responsable russe, que le patron du comité défense de la Douma, l'ancien militaire, Andreï Kartapolov, commentait un nouveau paquet de lois proposé, examiné et ratifié à toute vitesse fin juillet par Vladimir Poutine.
Cela fait déjà longtemps que la claudicante opération militaire russe en Ukraine, qui au départ ne devait prendre dans les esprits du Kremlin que quelques semaines, est en réalité une « grande guerre ». Mais la vie des jeunes hommes russes est appelée à être modifiée, avec ces nouveaux textes, de manière significative et pour longtemps. Ainsi au 1er janvier 2024, l'âge limite de la conscription et du service militaires sera reculé de 27 ans actuellement à 30 ans maximum.   Fin de la « mobilisation électronique »   Les hommes ne pourront plus quitter le territoire russe après avoir été appelés sous les drapeaux. L'amende en cas de non-présentation au « voenkomat » (commissariat militaire), après envoi d'un avis d'enrôlement, passera de 3 000 à 30 000 roubles. Au mois d'avril, le président russe signait aussi une loi pour la mise en place à terme de la « mobilisation électronique » , par e-mail, faisant craindre l'impossibilité désormais d'échapper au recrutement. Parallèlement, l'âge maximum de mobilisation a aussi été reculé de cinq années pour tous. Et loin d'être anecdotique également, les gouverneurs régionaux seront officiellement autorisés à monter leurs propres unités paramilitaires - à la manière du groupe Wagner - en temps de mobilisation ou de loi martiale.   Le Kremlin a annoncé, face aux difficultés en Ukraine, vouloir augmenter la taille de son armée de pas moins de 30 % d'ici 2026, pour atteindre le 1,5 million de soldats sous contrat ou conscrits. Mais il a pour l'instant refusé une nouvelle vague de mobilisation, après celle, partielle, de septembre 2022. Celle-ci pourrait, finalement, arriver prochainement. Toutefois, les interprétations quant au sens de ces changements divergent encore.  « Pas sûr que ces lois soient efficaces pour mobiliser, quand on connaît l'inefficacité de la machine bureaucratique militaire russe et le peu de moyens dans l'armée », commente le sociologue Konstantin Gaaze, ancien professeur au Haut Collège d'économie de Moscou. « Je crois que le but de tout ceci dépasse en fait le front en Ukraine, il est idéologique et concerne le pays intérieur. La guerre doit devenir une sorte de nouvelle idéologie d'État, et le vrai facteur politique pour les générations à venir. On dit aux jeunes hommes russes :« De vos 18 ans jusqu'à la naissance de votre premier enfant, vous vivrez avec cette crainte de pouvoir être mobilisé ». »Gaaze ajoute qu'à l'époque soviétique, le terme de « préparation » , le fait d'être toujours prêt, sur le qui-vive, était très important dans le discours étatique. Selon lui, le régime russe chercherait aujourd'hui à modifier en profondeur les esprits russes - surtout jeunes -, qui se sont habitués au temps de paix.   Le 21 février dernier, déjà, le discours sur l'état de la nation de Vladimir Poutine devant les parlementaires avait été extrêmement virulent face à l'Ouest. Beaucoup en Russie l'avaient perçu comme l'annonce de la transition du pays vers cette nouvelle ère, basée notamment sur l'opposition au modèle occidental. Un débat avait ensuite émergé parmi certains législateurs sur la nécessité de supprimer dans la Constitution russe l'interdiction de toute idéologie d'État. Mais ces amendements sont-ils uniquement à voir comme l'entrée définitive de la Russie dans l'ère de la guerre pour toujours ?   « Un semblant de stabilité »   Pour la célèbre politologue Ekaterina Schulmann, l'explication se trouverait également, de manière plus pragmatique, dans l'échéance de la prochaine élection présidentielle (en mars 2024), qui reste traditionnellement importante, comme validation populaire, pour Vladimir Poutine. « On a ici deux agendas qui s'affrontent, le militaire et la société, et je pense que le Kremlin veut surtout éviter toute impopularité avant les élections, il souhaite un semblant de stabilité », analyse-t-elle. « Il s'agit donc aussi d'éviter par différents instruments une nouvelle vraie mobilisation. Alors on rend le contrat militaire plus attractif financièrement, on rend la sortie de l'armée plus difficile, on élargit le service militaire... » ,poursuit-elle.   Poutine, qui vient de subir la mutinerie du boss de Wagner, Evgueni Prigojine, cherche encore selon Schulmann à rassurer sur sa capacité à garantir la stabilité. « Il ne faut pas oublier qu'il a globalement rendu la vie des élites russes misérable en déclenchant cette guerre. Pour 2024, il doit essayer de les convaincre qu'il peut encore être un parapluie pour eux, encore soutenu par les gens alors qu'elles, les élites, sont globalement mal-aimées. »Si la Russie a certes besoin de davantage d'hommes pour continuer son effort de guerre en Ukraine, le régime ne saurait pas encore totalement sur quel pied danser quant à l'avenir à proposer à la société russe. « On n'est pas encore sur une économie de guerre totale comme le voudraient les ultrapatriotes, je vois plutôt un Poutine qui essaie de garder les gens calmes en leur disant : « Oui, c'est difficile, vous n'aimez pas beaucoup cette guerre, mais c'est possible de vivre avec, on peut se le permettre ». Et qui promet même de nouvelles opportunités de marché aux élites et des compensations pour les gens ordinaires », ajoute en conclusion Ekaterina Schulmann.  « Après tout, la vie quotidienne des Russes n'a pas été modifiée en profondeur... » En Russie, la guerre serait donc bel et bien, in fine, en train de devenir la nouvelle normalité. - J. C. (à moscou) </text>
	

	<text titre="«On est dans le brouillard de la guerre»" date="2023 08 19T00:00:00" journal="Libération" auteur="recueilli par benjamin delille" annee="2023" mois="8" jour="19" journal_clean="Libération" keywords="contre-offensive, mois, brouillard, progression, temps, guerre, kyiv" langue="fr"> Cela fait déjà presque trois mois que la contre-offensive ukrainienne est engagée, et la progression semble bien pénible. Kyiv revendique de temps à autre la prise d'un village et de quelques kilomètres carrés, mais aucune avancée réellement significative. Ce qui risque de geler encore plus le front dans les mois qui viennent, selon Isabelle Dufour, directrice des études stratégiques à Eurocrise. Pourquoi la contre-offensive patine ? C'est assez normal. Tout le monde savait que ce serait extrêmement difficile parce que les Ukrainiens s'attaquent à l'une des zones les plus fortifiées au monde depuis la Seconde Guerre mondiale. D'autant que les Ukrainiens se battent sans supériorité aérienne. Ça peut décevoir parce qu'on espérait tous, je pense, la réédition d'une contre-offensive comme celles de Kharkiv et de Kherson à l'automne. Mais c'était un peu optimiste parce que ni Kharkiv ni Kherson n'étaient aussi fortifiés que la ligne de front actuelle. Ce qui déroute un peu les Occidentaux, c'est que les Ukrainiens mènent des offensives mineures là où ils sentent que c'est possible, pour grignoter du terrain. Ce n'est pas du tout la façon dont un pays de l'Otan planifie une opération. On mettrait des forces en réserve sur trois lignes d'attaque au départ dans le but de désorienter l'ennemi. Puis on choisirait un point sur lequel on engagerait toutes nos réserves et on avancerait avec du soutien aérien massif.
Doit-on envisager cette très lente progression sous le prisme d'un manque d'équipements malgré les livraisons occidentales ? Oui, il manque beaucoup de choses à l'armée ukrainienne, et notamment un appui aérien. Elle manque de munitions aussi. Il y a un différentiel par rapport à la   Russie sur certaines zones qui se sent très clairement. Il y a des armes qui auraient pu arriver plus tôt et qui ne sont pas arrivées. Je pense aux armes à sous-munitions, parce qu'elles sont controversées. C'est donc assez difficile de livrer des armes alors que pendant des années, les pays eu- ropéens ont défendu le traité sur les bombes à sous-munitions de 2008. Il y a aussi le fait que les stocks occidentaux sont faibles.   Les champs de mine installés par les Russes constituent une autre grande difficulté. Les Occidentaux n'ont jamais envisagé de franchir des champs aussi étendus, aussi vastes en longueur et en profondeur. Non seulement nous n'avons pas les moyens de les franchir, mais pas non plus le savoir-faire nécessaire. Donc, quand les Ukrainiens viennent nous demander des formations sur la guerre de tranchées et la traversée des champs de mines, nous sommes très gênés car nous n'avons pas pas fait ça depuis des décennies. Nous n'avons plus les matériels non plus.   L'armée russe est-elle capable d'inverser la tendance sur le front ? Je ne pense pas qu'ils aient la capacité de mener une offensive parce qu'ils se sont vraiment épuisés sur Bakhmout. Ils ont perdu Wagner, qui représentait une force d'appoint essentielle, en quantité et en qualité, et qui ne sera pas reconstituée. Ils subissent des pertes considérables. Que la Russie puisse percer sur certains points du front, c'est possible, comme on l'a vu ces derniers jours dans le nord, où les Ukrainiens sont moins actifs. Mais ce n'était pas significatif, ça patine aussi pour eux.   Comment comprendre la guerre de drones qui semble s'être engagée en parallèle du front et qui projette les forces ukrainiennes jusqu'à Moscou ? C'est du harcèlement, avec une finalité militaire. Ça permet de détourner les moyens antiaériens. Et puis c'est une manière d'envoyer le signal à la population russe, qui a tendance à ignorer le front, que leur pays reste en guerre. C'est extrêmement désagréable pour la couverture aérienne, en charge de la protection des citoyens, qui doit tous les deux jours rapporter au chef d'état-major et au Président une nouvelle attaque, avec certes peu de dégâts, mais qui touche quand même le territoire national. Ça ne favorise pas les bonnes relations entre les autorités militaires. Le 14 août, le ministre allemand des Finances s'est dit favorable à des livraisons de missiles longue portée. Est-ce la prochaine étape? C'est possible. Mais ça ne se fera pas sans les Américains. L'inquiétude, c'est que les Ukrainiens s'en servent pour frapper le territoire russe. Afin de l'éviter, les Allemands sont en train de chercher une solution pour limiter la portée de leurs missiles Taurus ou pouvoir les contrôler. En outre, une question de stocks se pose, là aussi: les Etats-Unis en ont beaucoup, les Européens moins.   On a l'impression que le front va rester bloqué jusqu'à l'hiver, ce qui devrait prolonger la guerre d'encore au moins un an C'est une possibilité. Après, il y en a d'autres: le Kremlin s'effondre -et l'épisode de fin juin avec la mutinerie de Prigojine a montré à quel point celui-ci était fragile - ou l'armée russe est coupée de ses bases logistiques et ne peut plus tenir certaines portions du territoire. Si les troupes de Kyiv continuent à se battre de cette façon, c'est parce que c'est ce qu'ils espèrent. On est dans le brouillard de la guerre: les Ukrainiens et leurs soutiens occidentaux se battent parce qu'il faut se battre, parce que ça fait partie de leurs valeurs et de la défense de leurs intérêts en même temps. Et j'imagine que du côté russe, c'est exactement la même chose.   Moscou veut conserver ces gains et se projette sur le long terme, en espérant peut-être pouvoir revenir dans plusieurs années pour repousser cette ligne de front qui aurait été   gelée, comme il l'a fait avec le front de 2014. C'est ce que Poutine fait depuis quinze ans sur tous les fronts. La vraie question qui se pose, c'est de savoir si les Ukrainiens, avec le soutien des Occidentaux, arriveront à tenir fermement leurs positions. </text>
	

	<text titre="Des cuisines du Kremlin au front ukrainien, itinéraire d'un fidèle déchu" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Libération" auteur="benjamin delille et veronika dorman" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Libération" keywords="part, fidèle, kremlin, vidéo, afrique, retrouvé" langue="fr"> O   n croyait l'avoir retrouvé dans le désert, quelque part en Afrique. Apparu dans une vidéo diffusée dans la nuit de lundi à mardi, gilet pare-balles sur le dos, un fusil dans les bras, et un blindé en toile de fond. L'air de dire que les affaires reprennent, deux mois après son impressionnante tentative de mutinerie. A peine vingt-quatre heures plus tard, Evgueni Prigojine semble avoir trouvé la mort dans
le crash d'un avion privé, entre Moscou et Saint-Pétersbourg.   Il n'y a pas à dire, tout dans la vie de celui qu'on a longtemps surnommé le «chef cuistot de Poutine» relève du romanesque, de l'impensable. Son nom était connu de tous depuis cette journée du 24 juin, où il a fait croire à tout le monde que Vladimir Poutine n'était pas indéboulonnable. Adepte, depuis le début de l'offensive russe en Ukraine, de déclarations tonitruantes et de sorties de route périlleuses, Prigojine nous avait alors tenus en haleine tout le week-end, faisant miroiter avec une clarté nouvelle la possibilité d'une guerre civile en Russie. 5 000 mercenaires, menés par Dmitri Outkine, alias Wagner, qui a donné son nom à la société militaire privée (SMP) financée et dirigée par l'homme d'affaires, ont avancé vers la capitale russe qui se barricadait. Avant de se rétracter, officiellement   convaincu par le président du Bélarus, Alexandre Loukachenko, d'éviter d'en arriver au moment «où le sang risque de couler».   Un patriote va-t-en-guerre C'est que le restaurateur voyou au crâne rasé et au regard torve, devenu l'un des visages les plus visibles de la guerre en Ukraine, à coups de com agressive, langage grossier et, il faut le reconnaître, omniprésence dans les points les plus chauds de la ligne de front, se définissait avant tout comme un patriote. En croisade contre l'état-major russe corrompu et inapte, qui menait selon lui le pays à sa perte avec une opération «bâclée». Et la décision de son ennemi juré, le ministre de la Défense russe Sergueï Choïgou, d'obliger tous les mercenaires à signer des contrats avec l'armée régulière, a fait sortir le très caractériel milliardaire de ses gonds.   Depuis le début de l'offensive russe, les combattants de Wagner sont engagés dans les combats les plus violents, à Soledar, à Bakhmout. Jouant de ce poids sur le champ de bataille, Prigojine brisait régulièrement les tabous du système politique verrouillé par Poutine : il insultait grossièrement les hauts gradés de Moscou et critiquait sans retenue les décisions de l'état-major. En vertu d'un nouvel arsenal législatif, le citoyen ordinaire russe écope, lui, de longues peines de prison pour beaucoup moins que cela. Dans sa vidéo la plus mémorable, datée du 5 mai, Prigojine parlait devant un champ de dépouilles : selon lui, ses hommes seraient morts de n'avoir pas reçu suffisamment de munitions de la part du ministère de la Défense.   Evgueni Prigojine n'a pas toujours été un seigneur de guerre assumé, patriote va-t-enguerre,   pourfendeur bruyant Suite page 4   Suite de la page 3   des plus pourris que lui. Il est longtemps resté dans l'ombre, construisant son empire médiatique et industriel à visage couvert, niant le moindre lien avec «l'armée secrète» spécialisée dans la guerre hybride et déployée là où la Russie défend ses intérêts sans vouloir en avoir l'air - Ukraine, Syrie, Libye, Centrafrique, Mali. Ce n'est qu'en septembre 2022 que Prigojine a enfin reconnu en être le créateur, brisant un secret de polichinelle. «C'était un moment opportun. Les   forces armées russes [en Ukraine] ont merdé, c'est clair pour tout le monde. Les mercenaires de Wagner, eux, donnent des résultats. Il a saisi le moment, il veut se présenter comme un homme de guerre actif, compétent, qui a créé une structure efficace», commentait alors Marat Gabidullin, ancien commandant au sein de Wagner qui a combattu en Syrie. «La guerre en Ukraine lui a donné une opportunité de se mettre en avant, de signaler son utilité. De montrer qu'il a été fidèle dès le début et le resterait jusqu'à la fin», confirme Colin Gérard, doctorant à l'Institut français de géopolitique et spécialiste des stratégies d'influence   informationnelle de la Russie. le Baron des hot-dogs Depuis le début de la guerre, à laquelle les mercenaires de Wagner ont participé dès la première heure, sur tous les fronts, Prigojine a commencé à prendre la lumière en pleine face. Il a été repéré çà et là dans le Donbass, aux côtés de ses hommes. Dans les semaines qui ont précédé la mobilisation décrétée par Poutine le 21 septembre 2022, l'homme d'affaires s'est personnellement déplacé dans les colonies pénitentiaires pour recruter des «soldats d'assaut, des plus vigoureux, de ceux qui survivent le mieux», pour participer à une «guerre difficile, qui n'a rien à voir avec la   Tchétchénie ou l'Afghanistan», leur expliquait-il. A tous les «récidivistes», assassins, condamnés pour crimes sexuels ou pour trafics de drogue, il propose alors un deal alléchant : en échange de quelques mois passés dans les rangs de Wagner à combattre en Ukraine, ils seront non seulement grassement payés, mais également amnistiés. C'est ainsi que Prigojine s'est procuré un stock de chair à canon, lui permettant de grossir rapidement les rangs de sa compagnie, en préservant les plus valeureux de ses combattants. «Wagner a besoin de plus de combattants que les autres SMP car le groupe est impliqué dans de nombreux pays. Prigojine ne veut pas gaspiller ses vétérans - plus utiles en Afrique - dans cette guerre qui n'est rien d'autre qu'un hachoir à viande. Alors il va dans les prisons. Il sait qu'il y trouvera des hommes déterminés, prêts à surmonter la barrière psychologique pour commettre des meurtres de masse, des vols, des viols», explique Gabidullin.   Rien, pourtant, ne prédestinait Evgueni Prigojine, né en 1961 à Leningrad (actuelle Saint- Pétersbourg et ville natale de Vladimir Poutine), à devenir l'un des hommes les plus   puissants et riches de Russie. Et moins encore à jouer les chefs de guerre. Rêvant d'une carrière de skieur professionnel, il tombe très tôt dans la petite délinquance. A l'âge de 20 ans, il prend douze ans pour vol en bande organisée, fraude et participation à un réseau de prostitution de mineurs. Quand il sort de prison en 1990, après avoir purgé les trois quarts de sa peine, il se lance dans les hot-dogs et finit par devenir un baron de la restauration de Saint-Pétersbourg, propriétaire du très luxueux bateau-restaurant New Island. C'est   là qu'il fera la connaissance d'un certain Vladimir Poutine, conseiller au maire qui, devenu président, y dînera avec Jacques Chirac et George W. Bush. Le «chef cuistot de Poutine» se voit confier la restauration du Kremlin, puis des contrats juteux dans celle de l'armée et des écoles.   Quand Poutine revient au Kremlin en 2012, Prigojine est plus près encore. Il met sa fortune au service de la désinformation et de la propagande, toujours tapi dans l'ombre, en finançant médias et «fabriques de trolls». Il infiltre les cortèges des grandes manifestations anti-Poutine dans les grandes villes, crée quelques médias qui n'ont pour but que de dézinguer l'opposition. Via son entreprise l'Internet Research Agency (IRA), il cherche à s'immiscer dans la campagne présidentielle américaine en 2016. En2019, il sort de la clandestinité, en créant le groupe de médias Patriote. «C'est une manière de donner un visage public à son centre clandestin de préparation des opérations d'influence et à reconnaître la paternité d'activités qu'on lui attribue», commente Colin Gérard. A partir de 2014, quand le Kremlin décide de s'en prendre militairement à Kyiv, un nouveau rêve éclôt dans la tête de l'homme d'affaires : devenir le patron du Donbass, région   riche en houille de l'est de l'Ukraine. Selon Marat Gabidullin, «il avait assez d'autorité et de relations en haut lieu pour se voir confier l'organisation de la guerre hybride qui était en train de se mettre en place. En servant les intérêts du Kremlin, il commence surtout à tout mettre en place pour servir les siens». Le groupe Wagner n'a pas été créé dans le but d'aller combattre en Ukraine, c'est plutôt l'inverse qui s'est passé, racontait l'ancien mercenaire à Libé en mai 2022 : «Les séparatistes n'étaient bons qu'à défiler armés dans les rues de Donetsk et de Louhansk, à agiter des drapeaux russes, mais ils étaient totalement inaptes à la guerre et au combat. Avec le temps, les mercenaires russes, partis là-bas à l'arrache, en ordre dispersé, ont commencé à se structurer. La &quot;compagnie&quot; a commencé à prendre forme», sous le commandement de Dmitri Outkine, un ancien du GRU (le renseignement militaire russe). Pour devenir une véritable armée de l'ombre, au service des ambitions de Poutine à l'étranger, qui combat, protège, escorte, pille, et parfois viole et massacre, là ou   le Kremlin prétend ne pas être. «Une brute coriace» L'exemple le plus abouti, le plus terrifiant aussi, de la mainmise de cette milice sur un Etat est la Centrafrique. Garde prétorienne du président Faustin-Archange Touadéra, Wagner torture et élimine les opposants, pendant que des sociétés contrôlées par Prigojine exploitent les gisements de diamants et prennent petit à petit le contrôle du commerce du bois, se payant ainsi sur la bête. «Généralement, les intérêts du Kremlin et ceux de Prigojine sont liés. Il n'agira jamais contre les intérêts du Kremlin. Mais en retour, l'intérêt du Kremlin est d'avoir un type qui assure &quot;à peu de frais&quot; une présence russe sur le continent africain», dit Colin Gérard. Reste la question, impossible à trancher, de la poule et de l'oeuf. Est-ce que Prigojine choisit lui-même le pays qu'il va aller explorer ou suit-il des recommandations du Kremlin ? Selon le chercheur, «il y a forcément une coordination. Ils sont interdépendants. Mais l'intérêt pour Prigojine est de s'enrichir avant tout». Une gueule de truand, au parler de petite frappe, un «homme dur dans son genre, charismatique, déterminé, volontaire, pas lâche. Pas une brute ignorante, mais une brute coriace, un homme assez évolué», décrit Gabidullin. «Ce n'est pas un oligarque de bureau. Il est allé lui-même en Afrique, a rencontré ces &quot;cannibales&quot;, comme il les appelle, tous ces présidents, il a eu des contacts avec eux, il leur a parlé lui-même, les a convaincus de prendre son parti. Il était souvent fourré sur nos positions en Syrie aussi», raconte l'ancien mercenaire avec une pointe de respect. Comblant l'absence flagrante de Poutine sur le terrain des opérations, Prigojine n'a pas hésité à se promener sur les décombres des villes rasées par les combats et sous les tirs ennemis. Après le putsch avorté du 24 juin, la question s'est posée, longtemps sans réponse, de l'avenir de ce traître du Kremlin. On le pensait disparu, exilé au Bélarus. Libé l'avait finalement retrouvé à Moscou, deux semaines plus tard, possiblement en train de négocier les termes de sa reddition. Il était ensuite réapparu lors d'un sommet entre la Russie et des nombreux chefs d'Etats africains, le 27 juillet à Saint-Pétersbourg. Comme si l'inflexible Vladimir Poutine, qui accusait son poulain de lui mettre un «coup de poignard dans le dos» dans   la matinée du 24 juin, était capable de l'excuser dans la foulée. Un pardon surprenant qui pourrait avoir trouvé son épilogue mercredi. Difficile d'imaginer un crash accidentel tant la lente chute de ce petit avion a l'odeur du Kremlin.   «La guerre en Ukraine lui a donné une opportunité de se mettre en avant, de signaler son utilité. De montrer qu'il a été fidèle dès le début et le resterait jusqu'à la fin.» Colin Gérarddoctorant à l'Institut français de géopolitique </text>
	

	<text titre="Evgueni  Prigojine décédé dans un crash d'avion en Russie" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="evgueni, milice, wagner, crash, prigojine, conflit, russie, avion, ukraine" langue="fr"> Enzo Guerini   Le conflit entre l'Ukraine et la Russie prend un nouveau tournant. Ce mercredi, soit deux mois jour pour jour après la tentative de mutinerie lancée par la milice paramilitaire Wagner contre les forces armées russes, son chef, Evgueni Prigojine, a trouvé la mort dans un crash d'avion.   La nouvelle est tombée aux alentours de 19 heures, heure française. Un avion privé, avec dix personnes à son bord dont trois membres d'équipage, s'est écrasé près du village de Kujenkino, dans la région de Tver, au nord-ouest de Moscou (Russie). Figure parmi la liste des passagers, un personnage clé du conflit qui oppose l'Ukraine à la Russie : Evgueni Prigojine.
S'il figurait sur la liste des passagers de l'avion, était-il vraiment dans l'appareil ? Rien ne garantissait dans un premier temps que l'oligarque était bel et bien monté à bord. Le groupe Wagner a semé le doute quant à la présence de son leader dans l'avion qui s'est écrasé. « Un deuxième avion, appartenant à Evgueni Prigojine, fait demi-tour au-dessus de la capitale et se dirige vers l'aéroport. Bien que de nombreuses chaînes écrivent que Prigojine est mort, il pourrait avoir volé dans un autre avion », avait écrit la milice sur Telegram dans la foulée de l'accident. Mais en fin de soirée, elle a confirmé la mort de son leader, également annoncée par le gouvernement russe.   Les causes du crash de l'avion en terre russe ne sont pas encore connues. Sur plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et sur Telegram, on aperçoit un petit avion piquer vers le sol, laissant derrière lui un nuage de fumée. Et puis, au sol, des débris de l'appareil en flammes, qui laissent penser que l'avion a explosé au moment de finir sa chute sur la terre ferme.  « Une surprise pour personne »Pour l'heure, la thèse d'un accident n'a pas encore été officiellement écartée, même si le crash d'un avion privé dans lequel se trouvait l'allié devenu rival de Vladimir Poutine peut faire penser qu'à une attaque commanditée par les forces russes. Dans la soirée, la Maison-Blanche a même déclaré que la mort de Prigojine ne « serait une surprise pour personne ». La présidence ukrainienne, elle, y voit « un signal de Poutine aux élites russes ».   Le 23 juin dernier, Evgueni Prigojine et sa milice ont été à l'origine d'une rébellion contre l'état-major russe et le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou. Le chef de la milice Wagner assurait avoir subi une attaque aérienne de la part des forces régulières russes, justifiant ainsi une contre-attaque.   Prigojine et son groupe ont alors lancé leur offensive. Quelques heures après avoir accusé les forces russes de bombardement, Wagner affirme avoir pris « sans un coup de feu » le quartier général de Rostov, dans le sud de la Russie. Le 24 juin, les troupes ont remonté le pays vers le nord, en direction de Moscou, sans la moindre opposition, laissant ainsi apparaître des marques de faiblesse parmi les forces russes.  Un affront jamais digéréPrigojine avait finalement décidé de renoncer à cette mutinerie, au lendemain de son lancement. La rébellion avait pris fin avec un accord prévoyant le départ en Biélorussie du chef de la milice Wagner. Ses hommes avaient trois possibilités : le rejoindre en Biélorussie, retourner à une vie civile ou bien intégrer les forces régulières russes.   Vladimir Poutine, lui, n'a sans doute jamais digéré cet affront, qui a fragilisé son pays pendant 24 heures et montré aux yeux du monde entier ses faiblesses et lacunes. Sans citer son nom, le chef du Kremlin avait déclaré que Prigojine avait « trahi son pays et son peuple » tout en « mentant » à ses hommes. </text>
	

	<text titre="Evgueni  Prigojine, chef de Wagner, est mort dans le crash de son avion" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24028" auteur="yves bourdillon" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Les Echos" keywords="evgueni, chef, mercenaires, wagner, crash, prigojine, russie, groupe, avion" langue="fr"> C'est un coup de théâtre à la fois dramatique et guère surprenant pour la Russie. Evgueni Prigojine a péri dans le crash d'un avion associé à son groupe de mercenaires Wagner. Selon les agences Ria Novosti, TASS et Interfax, se référant à l'agence russe du transport aérien Rossaviatsia, l'homme qui avait spectaculairement défié Vladimir Poutine le 24 juin dernier en faisant progresser vers Moscou une colonne de ses blindés figurait parmi les dix passagers enregistrés de l'avion Embraer ERG 135 qui s'est écrasé dans la région de Tver. 
Cette dernière se situe au nord-ouest de Moscou. Des témoins ont fait état d'un tir de missile, possiblement de la défense anti-aérienne. Le crash n'a laissé aucun survivant.   La disparition du chef de Wagner, dont la présence dans l'avion accidenté a été confirmée par l'administration russe de l'aviation civile dans la soirée, représente un bouleversement dans la politique russe tout autant que la guerre en Ukraine. Son groupe de mercenaires avait joué un rôle clé dans la reprise de la ville de Bakhmout. Wagner constitue le bras, de moins en moins secret, chargé des coups bas de la Russie en Afrique, notamment au Mali, au Burkina Faso, où les putschistes ont expulsé les forces françaises.   Evgueni Prigojine, qui était à peu près invisible depuis sa mutinerie, s'était fait filmer lundi ou mardi en Afrique. La nouvelle de son retour en Russie n'avait pas été officialisée, même s'il était coutumier des voyages express là où on ne l'attendait pas. Le mutin avait poussé le culot jusqu'à participer à un sommet de dirigeants africains à Saint Pétersbourg. L'absence de sanctions contre Evgueni Prigojine après qu'il a défié le ministre de la Défense Sergueï Choïgou, et même Vladimir Poutine lors de sa spectaculaire mutinerie, avait surpris les observateurs. L'hypothèse d'une élimination sur ordre direct du Kremlin n'est pas exclue.   Cet accident survient au lendemain du limogeage de l'ancien chef des forces russes en Ukraine, Sergueï Sourovikine, que l'on disait proche du chef de Wagner.   Evgueni Prigojine est devenu populaire grâce à ses succès militaires en Ukraine, à tel point que certains à Moscou le croyaient intouchable. Dans les faits, personne n'avait vraiment entendu parler d'Evgueni Prigojine avant l'émergence de Wagner. « Prigojine est à part. C'est sa force : il ne vient d'aucun clan, ne dépend d'aucune chapelle, n'est lié à aucune bureaucratie. Son seul chef : Poutine »,  avait expliqué aux « Echos » Alexeï Venediktov, rédacteur en chef de la station radio « Echo » de Moscou.  « C'est avant tout un personnage utile. Utile sur le front au Donbass. Utile en Afrique. Utile pour critiquer l'armée et sa hiérarchie. Son chef le laisse faire. Il ne le contrôle pas pour autant. Pire, il lui a laissé le champ libre »,ajoutait-il avant de prévenir : si un jour, Vladimir Poutine veut que cesse Evgueni Prigojine, maître dans l'art de la provocation, « il lui tapera sur les mains et ce sera la fin ». La fin, avec son élimination physique mercredi soir.   Yves Bourdillon </text>
	

	<text titre="Prigojine Un putsch qui se paie crash" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Libération" auteur="par frédéric autran" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Libération" keywords="crash, prigojine" langue="fr"> Un coup de théâtre autant qu'un coup de balai, brutal certes, mais finalement pas si surprenant. Deux mois jour pour jour après son coup de force et la marche de ses hommes vers Moscou, le patron du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine, semble avoir péri soudainement, mercredi, dans le crash de son avion privé, entre Saint-Pétersbourg et Moscou. Peu après 19 heures, heure française, les agences russes, citant le ministère russe des Situations d'urgence, ont annoncé le crash d'un avion privé Embraer Legacy près du village de Kujenkino, dans la région de Tver, au nord-ouest de Moscou. Puis, quelques minutes plus tard, la présence, sur la liste des passagers, de Prigojine. «Il y avait 10 personnes à bord, dont 3 membres d'équipage. Selon les premières informations, toutes les personnes à bord sont décédées», a indiqué sur Telegram le ministère russe des Situations d'urgence. Plusieurs vidéos, impossibles à authentifier, ont aussitôt circulé sur les réseaux sociaux, dont l'une montrant la chute incontrôlable d'un avion, puis un panache de fumée noire au sol. Deux autres montrent des débris en feu au sol, et des images de carcasse détruite et de corps ensanglantés.
Tenue de camouflage Pendant plus d'une heure, un certain flottement a gagné les réseaux sociaux russes sur la présence, ou non, à bord de l'appareil, d'Evgueni Prigojine, car un second avion privé de Wagner, qui faisait simultanément le même trajet, s'est quant à lui posé sans encombres à Moscou.   Son atterrissage a semble-t-il levé les doutes, et peu après 20 heures, à l'heure où nous bouclions ces lignes, la mort du mutin était confirmée par plusieurs sources proches de Wagner. Tout comme celle de   Dmitri Outkine, alias «Wagner», l'ancien commandant du renseignement militaire russe qui a donné son nom de guerre au groupe paramilitaire.   Pour la première fois depuis l'abandon de sa rébellion contre le Kremlin, fin juin, Evgueni Prigojine était apparu lundi soir dans une vidéo face caméra, parlant dans un paysage désertique, habillé d'une tenue de camouflage et montrant un fusil d'assaut. L'impétueux milliardaire au crâne rasé et aux traits durs affirmait dans cette vidéo se trouver avec des mercenaires de sa milice en Afrique, où il travaillait à la grandeur de la Russie, appelant les volontaires à le rejoindre. Selon le journaliste russe Andreï Zakaharov, Prigojine et tout l'état-major de Wagner avaient quitté le continent africain, plus tôt, jeudi, pour rejoindre la Russie.   Si de nombreuses questions entourent le crash de cet avion privé, un modèle réputé extrêmement sûr, personne, en Russie ou à l'étranger, ne semblait prêter le moindre crédit à la thèse d'un accident, privilégiant l'hypothèse d'une élimination de l'ancien cuisinier de Poutine devenu mutin. Le prix de la trahison. La mort de Prigojine ne «serait une surprise pour personne», a réagi la Maison Blanche. «On ne défie pas le chef», a commenté en anglais sur Twitter (renommé   X) Gérard Araud, l'ancien ambassadeur de France aux Etats- Unis, résumant le sentiment général. «C'était prévisible», a sobrement réagi, également sur Twitter, Anton Geraschenko, conseiller auprès du ministère ukrainien de l'Intérieur. «Hors de contrôle» Sur le service russe de la BBC, l'observateur militaire Ilya Abishev analysait à chaud les vidéos du crash : «A en juger par les images de l'accident, l'avion était complètement hors de contrôle. Il ne s'agit pas d'un piqué, dans lequel un avion peut tomber en cas d'erreur de pilotage. Une chute comme celle-là survient uniquement en cas de destruction complète et soudaine des principaux systèmes de contrôle», a-t-il commenté, évoquant les pistes d'une explosion à bord ou d'un tir de missile. Certains notaient aussi que l'avion est tombé non loin de la résidence officielle de Vladimir Poutine de Novo-Ogaryovo, située à une cinquantaine de kilomètres du lieu du crash. Et défendue par de très perfectionnés systèmes antiaériens. ?   «Une chute comme celle-là survient uniquement en cas de destruction complète et soudaine des systèmes de contrôle.» Ilya Abishev observateur militaire, sur le service russe de la BBC </text>
	

	<text titre="La Russie annonce la disparition d'Evgueni  Prigojine dans un crash d'avion" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24573" auteur="agence, afp" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Le Figaro" keywords="evgueni, wagner, crash, passagers, écrasé, prigojine, russie, bord, avion" langue="fr"> RUSSIE Le patron du groupe paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine, faisait partie des passagers d'un avion qui s'est écrasé mercredi en Russie avec dix personnes à son bord sans laisser de survivants, ont indiqué les autorités russes.   L'agence russe du transport aérien Rossaviatsia a confirmé dans la soirée que Evgueni Prigojine figurait sur la liste des passagers et était effectivement à bord de cet avion qui devait relier Moscou à Saint-Pétersbourg. « Il y avait 10 personnes à bord, dont 3 membres d'équipage. Selon les premières informations, toutes les personnes à bord sont décédées » ,a indiqué sur le réseau Telegram le ministère russe des Situations d'urgence. D'après cette source officielle, l'avion privé Embraer Legacy s'est écrasé près du village de Kujenkino, dans la région de Tver, au nord-ouest de Moscou. « Le ministère 0des Situations d'urgence mène des opérations de recherche » , a-t-il précisé.
Des vidéos dont l'authenticité n'a pas été confirmée ont été diffusées sur plusieurs chaînes Telegram se disant liées à Wagner, montrant un appareil tombant du ciel et des débris en feu dans un champ. L'avion en perdition aurait eu une aile arrachée, semblant indiquer qu'il avait été visé par un tir hostile. L'agence Wagner a cependant indiqué peu après le crash qu'un autre avion de la compagnie militaire privée (CMP) était sur le point de se poser à Moscou.   Evgueni Prigojine avait été à l'origine d'une rébellion dirigée contre l'état-major russe et le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou. Ses hommes avaient brièvement capturé des sites militaires dans le sud de la Russie le 23 juin, il y a exactement deux mois, avant de se diriger vers Moscou. Prigojine avait rapidement renoncé à cette mutinerie, en plein conflit en Ukraine : elle avait pris fin le 24 juin au soir avec un accord prévoyant le départ de Prigojine en Biélorussie. Ses combattants étaient censés pouvoir l'y rejoindre, entrer dans l'armée russe régulière ou retourner à la vie civile. Mais le chef de Wagner n'a fait que des apparitions épisodiques à Minsk. Lundi dernier, il était apparu dans une vidéo diffusée par des groupes proches de Wagner sur les réseaux sociaux, affirmant se trouver en Afrique. Dans un paysage désertique, il disait travailler à « rendre la Russie encore plus grande sur tous les continents et l'Afrique encore plus libre ». (avec AFP) </text>
	

	<text titre="Evgueni  Prigojine réapparaît les armes à la main… en Afrique" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="b. vi." annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Le Monde" keywords="lundi, wagner, mois, diffusée, prigojine, russie, vidéo, juin, mutinerie" langue="fr"> Moscou - correspondant - Dans la première vidéo diffusée par ses soins, lundi 21 août, sur le canal Telegram du Groupe Wagner, depuis sa mutinerie avortée en Russie, au mois de juin, Evgueni Prigojine affirme se trouver en Afrique, sans plus de précision sur le pays concerné. « Nous travaillons, lance le patron des mercenaires, devant un paysage désertique. La température est de 50 0C – tout comme nous aimons. La SMP[société militaire privée] Wagner rend la Russie encore plus grande sur tous les continents, et l’Afrique plus libre. »En tenue militaire et gilet pare-balles, il se paie aussi le luxe d’exhiber une arme automatique, lui qui était qualifié de « traître » par Vladimir Poutine il y a tout juste deux mois et continue d’être présenté par la télévision russe comme un opportuniste menant grand train sur le dos des finances du pays.
Expérience ancienneL’homme d’affaires avait déjà laissé fuiter quelques photographies ou enregistrements audio montrant qu’il ne comptait pas se conformer à un tranquille exil en Biélorussie – pourtant annoncé par le Kremlin le 24 juin, pour lui et les combattants de Wagner qui refuseraient d’être incorporés dans l’armée régulière russe. On l’a ainsi vu, lui ou son avion privé, faire des allers-retours entre la Biélorussie et la Russie, notamment pour rencontrer le président russe au Kremlin.   Une photo – non authentifiée de manière indépendante – avait aussi montré M. Prigojine dans les coulisses du sommet Russie-Afrique de Saint-Pétersbourg, mi-juillet. Cette présence semblait accréditer l’hypothèse selon laquelle le Kremlin ne veut pas ou ne peut pas se passer du savoir-faire de Wagner, très implanté sur le continent africain. Le groupe y dispose en effet d’une expérience ancienne tant dans l’envoi de mercenaires que dans la manipulation des opinions ou l’exploitation des ressources naturelles.   La vidéo diffusée lundi en est une nouvelle confirmation, même s’il se montre avare en détails. « Nous embauchons de vrais héros et continuons de remplir les tâches qui nous ont été confiées », explique-t-il, évoquant seulement « la justice et le bonheur pour les peuples africains » et la lutte contre « l’Etat islamique, Al-Qaida et les autres bandits ». Suivent un numéro d’appel et un mail pour les éventuelles recrues.   Le coup d’Etat perpétré au Niger fin juillet a suscité la crainte de voir Wagner s’installer dans ce pays. Le groupe paramilitaire est déjà présent au Mali voisin depuis 2021, entre autres, et des membres de la junte nigérienne ont exprimé le souhait de coopérer avec lui.   L’appel au recrutement lancé par M. Prigojine pourrait aussi signifier que la société ne dispose plus des mêmes ressources qu’auparavant. Sa marge de manœuvre pour recruter n’a pas disparu, sur le sol russe, mais elle a été diminuée. D’autres pans essentiels de son activité ont aussi été dissous ou confiés à des personnes jugées plus fiables par le pouvoir, à commencer par ses entreprises médias. Les armements lourds du groupe ont été transférés à l’armée et certains alliés de M. Prigojine sanctionnés.   C’est en particulier le cas de Sergueï Sourovikine, dont l’agence officielle RIA annonçait, mercredi, le remplacement à la tête des forces aérospatiales. Ce proche de Wagner, un temps commandant de l’opération en Ukraine, n’est plus apparu en public depuis la mutinerie pour cause, selon de nombreuses sources non officielles, d’assignation à résidence. </text>
	

	<text titre="Message mafieux" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Libération" auteur="par dov alfon" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Libération" keywords="chef, yeux, poutine, kremlin" langue="fr"> «J'ai regardé dans les yeux de M. Poutine et j'ai vu trois lettres - un K, un G et un B», avait déclaré le sénateur démocrate John McCain après sa rencontre avec le chef du Kremlin. Difficile donc d'être surpris par la nouvelle annoncée mercredi soir de la possible mort du patron de la milice Wagner, Evgueni Prigojine, deux mois jour pour jour après que sa marche sur Moscou a humilié Vladimir Poutine aux yeux du monde entier. Si un avion privé lié à Wagner s'est bien écrasé dans la région de Tver en Russie sans laisser de survivants, seuls des médias russes se sont empressés d'annoncer la mort accidentelle de Evgueni Prigojine, dont le nom figurait sur la liste des passagers. On hésite à laisser l'adjectif sans guillemets, comme l'annonce de cette mort «accidentelle» était aussi prévisible que l'exécution par Michael Corleone d'un lieutenant infidèle dans le Parrain. Que de fonctionnaires trop honnêtes sont tombés d'une fenêtre ouverte, que d'enquêteurs trop indépendants ont bu un thé empoisonné 
Quatre heures auparavant, le Kremlin avait annoncé avoir démis de ses fonctions le général Sergeï Sourovikine, chef de l'armée de l'air et soutien de Prigojine. Est-il seulement vivant ? On ne l'a plus revu depuis la mutinerie de Wagner. Autrement dit, Poutine veut faire le ménage. C'est une logique de mafieux, mais qui est le président de la Fédération russe sinon le chef d'une mafia politique sanguinaire, qui tient sous sa coupe la Russie et son peuple ? L'ex-colonel du KGB ne pouvait supporter l'insolence de Prigojine, qui a construit lui aussi sa puissance en voyou. Michael Corleone aurait fait de même, sans doute, mais il avait au moins l'excuse de venger sa famille ; Poutine ne venge que la démonstration publique de son propre aveuglement. ? </text>
	

	<text titre="ANALYsei « Une mise en garde adressée aux élites »" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="élites, signal, mise, garde" langue="fr"> Propos recueillis par Pierre Hardy   La fondatrice du think tank Center for Russia and Eastern Europe Research voit dans le crash de l'avion « un signal » à ceux qui ne seraient plus loyaux envers le Kremlin.  Cet événement vous surprend-il ?CAROLE GRIMAUD.Je ne peux pas dire que je sois surprise. La rébellion de Wagner a déstabilisé le pouvoir de Vladimir Poutine. J'avais du mal à imaginer que tout rentre dans l'ordre. Donc, pas étonnée qu'il soit dans la ligne de mire du Kremlin.
Prigojine représentait-il encore une menace pour le Kremlin ? Vladimir Poutine consolide ses relations sur une donnée essentielle : la loyauté. Avec les événements du mois de juin, Prigojine avait rompu le contrat. C'est quelque chose qui n'est pas accepté par le Kremlin. Je vois aussi dans cet événement un signal adressé aux élites et à l'armée, une mise en garde. Poutine leur dit : voilà ce qui vous attend si vous cessez d'être loyal.  Que pourrait devenir Wagner ?Wagner est trop important en Afrique. Moscou y a beaucoup d'intérêts, et continue à tisser des liens avec les pays africains. Il y aura un changement de leadership. Mais ses activités et sa présence en Afrique perdureront probablement.  Quelles pourraient être les conséquences en Russie ?En Russie, je n'en vois pas. Parmi les combattants de Wagner, peut-être que certains quitteront la milice pour fonder un autre groupe et faire perdurer son héritage. Peu de gens vont pleurer Prigojine, à part peut-être les ultranationalistes et les va-t-en-guerre. </text>
	

	<text titre="[«  Prigojine fut en fait longtemps le nom...]" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24573" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> « Prigojine fut en fait longtemps le nom de pas grand-chose. Enfant de la zone soviétique, il surgit au début des années 1990 dans l'effondre-ment de l'empire. À 30 ans, il a passé   la majeure partie de la décennie précédente en prison, en petit délinquant </text>
	

	<text titre="Evgueni  Prigojine Le patron de la milice" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Aujourd'hui en France" langue="fr"> Evgueni Prigojine   Le patron de la milice russe Wagner tué dans un crash   International · P. 5 </text>
	

	<text titre="Le mercenaire russe  Prigojine est mort dans le crash d'un avion civil" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24028" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Les Echos" keywords="mort" langue="fr"> RUSSIE :Evgueni Prigojine, le célèbre chef du groupe russe de mercenaires Wagner, figurait sur la liste des dix passagers d'un avion civil qui s'est écrasé dans le nord-ouest de la Russie, sans laisser aucun survivant. Sa mort a été confirmée dans la soirée par les autorités russes et par la chaîne Telegram liée à Wagner. Sa disparition, après une possible frappe par la défense anti-aérienne russe, constitue un rebondissement spectaculaire dans les luttes de pouvoir à Moscou, mais guère surprenant. Il avait défié Vladimir Poutine lors de sa mutinerie fin juin et les kremlinologues s'étonnaient qu'il n'ait pas encore été éliminé. </text>
	

	<text titre="Evgueni  Prigojine le crash" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Libération" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Libération" langue="en"> pages 2-4 </text>
	

	<text titre="Poutine sur le front médiatique pour réaffirmer son autorité" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Le Monde" keywords="consommation, mer, poutine, c’est, réaffirmer, s’est" langue="fr"> Moscou - correspondant - Un thème important, c’est une alimentation complète, et notamment la consommation des produits de la mer. En 2022, la consommation moyenne de poisson par individu s’est établie à 22,6 kilogrammes, alors que le ministère de la santé recommande 28 kilogrammes… » Qui est l’auteur de cette phrase ? Un coach « bien-être » sur YouTube ? Le directeur d’une grande surface ? Non, le dirigeant d’une puissance nucléaire engagée dans une guerre « existentielle » face à l’Occident. Vladimir Poutine conclut son intervention à sa manière, par un traditionnel reproche au subordonné qui a mal travaillé : « Ilia Vassilievitch [Chestakov, directeur de l’agence des pêches] , pourquoi vous n’avez pas atteint cet objectif ? »
Ce mercredi 16 août, jour de rentrée du gouvernement, le président russe est sur tous les fronts médiatiques. Avant de disserter sur la consommation de poisson, il se penchait sur le sort du rouble, amputé du quart de sa valeur face au dollar. Le lendemain, il inaugurait une ligne de métro moscovite, et relançait la promesse de quadriller « sous peu » le territoire russe de lignes de train à grande vitesse. Un serpent de mer vieux de trente ans.   Depuis le début de l’été, Vladimir Poutine donne l’impression d’être partout. Certes, il a dû se faire représenter au sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), réunis à Johannesburg du mardi 22 au jeudi 24 août, où s’étend la menace d’une inculpation par la Cour pénale internationale, mais sur les écrans russes, il est omniprésent. Les journaux télévisés et les talk-shows d’information le montrent recevant ministres et gouverneurs à son bureau, distribuant décorations et remontrances… Selon le décompte du Monde, sur la base de ses engagements répertoriés par le site du Kremlin, le président russe a été, en moyenne, plus actif pendant la période estivale que durant les six premiers mois de l’année.   Cette suractivité d’un chef d’Etat que certains de ses concitoyens moquaient comme « retranché dans son bunker » débute au mois de juin, période durant laquelle M. Poutine, souvent enjoué, s’exprime sur l’ « échec » de la contre-offensive ukrainienne, lui qui n’avait pas fait le moindre commentaire sur la situation au cours des six mois de guerre écoulés.   La mutinerie de la milice Wagner, les 23 et 24 juin, au cours de laquelle a plané l’hypothèse d’un renversement du pouvoir, accentue la tendance. Dans la foulée du coup d’Etat avorté, M. Poutine se prête même à un exercice impensable – des bains de foule. Lui que l’on s’était habitué à voir à l’abri de ses tables interminables ou ne gérant le pays que par visioconférence s’avance vers la foule massée à Derbent, au Daghestan, puis à Kronstadt, enlace des femmes, embrasse des enfants. « Mais ils n’ont pas fait de quarantaine ! », s’exaspère le journaliste Andreï Kolesnikov, qui fait partie des reporters de sa suite, condamné à un isolement quasi permanent.  Des « promesses vides »L’intention du président est évidente. Il y a certes l’approche de la campagne pour sa réélection, en mars 2024, mais surtout un besoin de réaffirmer une présence, de se rassurer quant à l’adhésion de son peuple, de démentir le soupçon de la faiblesse et celui de l’inaction – précisément celle, durant les mois où Evgueni Prigojine, le patron de Wagner, menaçait de renverser la table.  « Le problème est que, sur le fond, il n’a rien à dire de nouveau, et surtout aucun succès à annoncer, note le politologue Abbas Galliamov, ancien conseiller de M. Poutine aujourd’hui en exil. Pour autant, il ne peut pas disparaître tout à fait, le vide est dangereux… Alors il sature le champ médiatique, comme il l’a fait toute sa carrière. Ça marche pendant un temps, au moins avec la frange de l’opinion qui l’écoute. Poutine qui parle, même pour multiplier les promesses vides, c’est comme un rituel, un signe de stabilité. »Le risque d’un tel activisme est de passer pour de l’agitation et d’entraîner une dilution de l’autorité du chef de l’Etat. Un exemple anecdotique mais révélateur : le 3 août, Vladimir Poutine ordonne à « tous les fonctionnaires d’utiliser des véhicules de conception nationale ». Un simple passage devant les parkings de la Douma, la chambre basse du Parlement, ou ceux des ministères, remplis de Lexus et autres Mercedes de luxe, montre le peu de cas que ceux-ci font de la consigne.   Surtout, le chef du Kremlin donne l’impression de diriger le pays comme si ce dernier vivait encore à l’heure du mythe de l’ « opération spéciale ». Or, au fil des mois, la Russie a vu la guerre revenir sur son territoire : pertes militaires massives, mobilisation « partielle », bombardement des régions frontalières de l’Ukraine, sabotages, drones sur Moscou…   Vladimir Poutine n’évoque ces déconvenues qu’à la marge, le plus souvent pour en amoindrir l’importance. Et quand il qualifie de « traître » le chef des Wagner, c’est pour se rétracter immédiatement après. « Cet épisode a semé le trouble au sein de l’élite bien plus encore que les erreurs d’appréciation qui ont conduit à l’invasion de l’Ukraine, assure la politologue Tatiana Stanovaya, du groupe de réflexion R. Politik. La gestion de la mutinerie a fait apparaître le gouvernement comme irresponsable et l’Etat comme faible. Celui-ci a de plus en plus de mal à cacher les problèmes sous le tapis. »Son omniprésence actuelle ne change rien : le président n’est plus à l’initiative. « Il garde le contrôle sur la guerre et les grands dossiers géopolitiques, mais l’administration a appris depuis longtemps à fonctionner sans lui, constate Mme Stanovaya. Les fonctionnaires se contentent de gérer le court terme et de défendre leurs intérêts personnels et corporatistes, ou simplement de survivre. Quand les responsables de régions frontalières de l’Ukraine, soumises à des attaques incessantes, demandent des instructions, il n’y a pas de réponse du Kremlin. »DéconnexionPour cette spécialiste de la Russie, l’attitude du numéro un russe s’explique par sa conviction que le temps joue pour lui, que l’essentiel a été fait pour atteindre la victoire et que la société, pétrie de patriotisme, ne s’est pas fracturée. De fait, les sondages montrent que la population reste loyale au président, et n’exige pas la fin de la guerre – l’accent mis sur la confrontation avec l’Occident a permis de resserrer les rangs. Mais ces mêmes sondages révèlent aussi des Russes décontenancés par la conduite de la guerre, en proie à la confusion et à la rancœur.   Les discours anti-élites, ou soulignant la déconnexion de M. Poutine, affleurent de plus en plus. Ils concernent les membres du premier cercle, figés dans des discours convenus, voire caricaturaux – de l’ancien président russe, Dmitri Medvedev, et ses menaces quotidiennes d’apocalypse nucléaire, à Sergueï Narychkine, le patron du renseignement extérieur, qui dénonce, interview après interview, un Occident soumis à la loi des pédophiles et des zoophiles. Les seules voix qui, en Russie, nourrissent un semblant de débat et portent un discours nouveau viennent du camp ultranationaliste, où l’on exige la militarisation complète du pays.  « Poutine et sa vieille garde deviennent en un sens obsolètes », résume Tatiana Stanovaya, selon laquelle ce constat est partagé par une grande partie de l’élite. Celle-ci n’est pas plus pacifiste que le reste de l’opinion, mais elle est plus pragmatique, plus consciente des capacités réelles du pays. Elle n’est pas obsédée par l’idée de « sauver » les Ukrainiens ou de prendre Kiev. Et s’inquiète de voir le président ignorer les alarmes successives. </text>
	

	<text titre="Vladimir Poutine met en scène son autorité" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Le Monde" langue="fr"> Omniprésent sur la scène nationale, le président tente de faire mentir les soupçons de faiblesse qui pèsent sur lui depuis l’épisode Prigojine </text>
	

	<text titre="L'ombre de la Russie derrière la mort annoncée de  Prigojine" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24573" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Le Figaro" langue="en">  </text>
	

	<text titre="Succès symbolique pour l'Ukraine" date="2023 08 24T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24028" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="24" journal_clean="Les Echos" keywords="ukraine" langue="fr"> GUERRE - :L'Ukraine, dont le président, Volodymyr Zelensky, a réitéré l'objectif de reconquérir la Crimée, a enregistré un succès symbolique, mercredi, avec la première capture d'un hélicoptère d'assaut russe Mig 8. Son pilote, approché récemment par les services secrets ukrainiens GRU, aurait fait défection. L'ancien chef des opérations russes en Ukraine et concepteur de l'efficace ligne de défense portant son nom, Sergueï Sourovikine a par ailleurs été limogé. Il était jugé trop proche du mutin chef du groupe Wagner, Evgueni Prigojine. </text>
	

	<text titre="Le fondateur de Wagner, incarnation d'un pouvoir criminel qui s'autodétruit" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="mandeville, laure" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="pouvoir, wagner, criminel, doute, poutinien" langue="fr"> EVGUENI PRIGOJINE était sans doute l'incarnation la plus fidèle et la plus aboutie du pouvoir poutinien. L'expression la plus dégradée mais aussi peut-être la plus juste de sa nature criminelle et de son mode de fonctionnement « hybride » et ténébreux. Il révélait la substantifique moelle de ce qui se cache derrière le théâtre officiel et bureaucratique du Kremlin : les coups de main, la violence, les milliards de pots-de-vin, les opérations de déstabilisation, les rodomontades brutales, la vulgarité et la déshumanisation des rapports politiques et humains. Le fait que cette créature de Poutine ait terminé sa course en flamme, dans l'explosion spectaculaire d'un avion entre Moscou et Saint-Pétersbourg (si toutefois sa mort s'avère réelle), ne révèle pas seulement ce qui arrive aux traîtres, qui osent s'attaquer au pouvoir du tyran, comme le fit Prigojine il y a deux mois en orchestrant une stupéfiante mutinerie à travers la Russie. Il montre que le poutinisme, auquel l'idéologue Vladislav Sourkov prédisait une durée de vie d'au moins cent ans, a déjà commencé de s'autodétruire. De manger ses enfants naguère chéris.
À quand le suivant ? Et à quand, finalement, l'autodestruction du tyran ? On ne peut s'empêcher de penser, en observant cette marche de la Russie vers l'abîme, à l'analyse d'Alexandre Ianov, qui dans son ouvrage La Russie contre la Russie, décryptait au début du XXe siècle, la capacité d'autodestruction russe.   Toute l'épopée de la vie et de la mort d'Evgueni Prigojine - véritable théâtre d'ombres - n'est pas près d'être élucidée, mais il ne fait aucun doute que le destin de cet ancien repris de justice devenu cuisinier du tsar, propriétaire de restaurants avant de se transformer en « soldat » mercenaire des opérations spéciales du Kremlin, apparaît comme une métaphore de la Russie contemporaine et de son pourrissement. De son essence criminalo-mafieuse. « La Russie poutinienne est un grand voyou », prévenait déjà l'écrivain Viktor Erofeev dans Le Figarodébut 2022.   Simple bandit   Prigojine démarre précisément sa vie comme un simple bandit en pleine fin du communisme dans cette ville de Leningrad rebaptisée Saint-Pétersbourg, où naît le système politique poutinien décrit par Catherine Belton dans son livre Les Hommes de Poutine. La journaliste du Financial Timesa parfaitement montré la fusion qui s'opère alors dans la Venise du Nord entre le crime organisé, les services spéciaux et la bureaucratie de la ville, détaillant aussi la manière dont Poutine, adjoint du maire Anatoli Sobtchak, va devenir l'architecte sans scrupule et le point de coagulation de ce système. Prigojine, qui après une décennie en prison, tente de se frayer un avenir dans les tumultes des années 1990, commence sa vie en lançant un commerce de hot dogs avant de prospérer dans la restauration. Dans l'établissement chic qu'il ouvre à Saint-Pétersbourg, il sympathise avec le discret fonctionnaire aux yeux pâles Vladimir Poutine et ses amis. Cette présence au coeur du premier cercle dans les années fondatrices devient un atout maître. Quand Poutine est aspiré par la machine du pouvoir vers Moscou et propulsé vers le Kremlin par la « Famille Eltsine » et les services spéciaux, le FSB, Prigojine profite de sa montée vers les étoiles, tout en restant soigneusement dans l'ombre.   Ainsi n'apparaît-il pas vraiment sur la scène publique en 2014, quand il participe à la création, sous l'égide du renseignement militaire GRU, du groupe privé Wagner qui s'en va combattre au Donbass, puis en Syrie. C'est son bras droit, Outkine, ancien « spetsnaz » qui est nommé commandant de Wagner. Prigojine lui, sert Poutine à table lors de dîners officiels, évoluant, affirme l'historien Pastoukhov, dans « son intimité », et gérant certaines affaires délicates. On se met à parler de lui quand survient la campagne présidentielle américaine de 2016, et que la rumeur rapporte qu'il est le propriétaire de l'usine à trolls qui va inonder les pays occidentaux de fausses nouvelles pour influencer le résultat de l'élection entre Donald Trump et Hillary Clinton. Prigojine devient alors le symbole de la guerre hybride que mène le Kremlin en Occident et bientôt en Afrique, où il s'applique notamment à discréditer Paris et à installer des points d'appui russes au Sahel, par le biais de contrats de sécurité aux conditions nébuleuses conclus entre Wagner et divers potentats africains. Une activité qui en fait un magnifique instrument de déstabilisation entre les mains de son patron Poutine, qui retrouve là son milieu naturel de tchékiste : un terrain de guerre de propagande et d'opérations spéciales.   « Sauveur » de la patrie   C'est finalement à la faveur de la guerre d'agression lancée par la Russie en Ukraine, que Prigojine apparaît en pleine lumière, quand Poutine dépêche la milice privée en renfort d'une armée russe qui chancelle. Propulsé sur le front, Prigojine se drape dès lors dans les habits du « sauveur » de la patrie. Chaque jour, sur les réseaux sociaux, il se met à user de sa gouaille décomplexée pour tonner contre les chefs militaires, vantant le professionnalisme de Wagner. Au départ, c'est pleinement dans la logique de Poutine qui se réjouit de la concurrence installée entre le ministère de la Défense et l'armée parallèle de Prigojine. Malgré le ton insultant des attaques de son « cuisinier » contre ses généraux, il laisse faire, sans comprendre que sa créature, tel le monstre de Frankenstein, lui échappe. Il ne va pas broncher non plus quand Prigojine lance une vaste campagne de recrutement de mercenaires dans les prisons russes, engageant les pires criminels, sans la moindre base légale. Les vidéos de ses discours qui dégoulinent de vulgarité et de mépris de toute morale, ne suscitent pas la moindre critique du pouvoir, de même que les terribles vidéos où l'on verra Wagner exécuter d'anciens soldats à coups de masse... Une approbation qui s'explique par la « loi de la zone » , c'est-à-dire de la prison et de la mafia, qui s'applique dans le monde de Poutine. « Cette acceptation de la brutalité prigojienne n'est pas étonnante vu que Poutine a reçu en héritage la tradition de banditisme du national-bolchevisme et l'héritage criminel du KGB et qu'il y a superposé son expérience des années 1990. Mais sous Poutine, il n'y a même plus l'enveloppe idéologique du communisme, qui affirmait vouloir créer un monde meilleur. Il ne reste que la force brute prigojienne », note un observateur russe.   Une lutte féroce et autodestructrice   Vu les lois désormais staliniennes qui régissent la nébuleuse du pouvoir russe, la plupart des observateurs s'accordent aujourd'hui à dire que l'arrêt de mort de Prigojine n'était qu'une question de temps après son coup du 24 juin dernier. Pourquoi s'est-il dès lors lancé dans cette rébellion ? Quelles complicités avait-il ? Et quels soutiens l'ont-ils finalement lâché pour qu'il se rétracte en pleine lancée ?   Une chose est certaine : le maître du Kremlin ne pouvait se permettre de laisser sans réponse une telle humiliation, qui impunie, aurait suscité d'autres coups de force. « C'est une trahison, un coup porté dans le dos à notre pays », avait d'ailleurs réagi Poutine, stupéfié de voir la force militaire de Wagner, dont il était si fier, foncer désormais non pas sur Kiev mais sur Moscou. En envoyant Prigojine dans l'autre monde en fanfare, le président russe envoie un message à tous ceux qui rêveraient de remettre en cause son pouvoir. Mais en filigrane, la méthode d'exécution de son ancienne âme damnée révèle aussi que dans le marigot du pouvoir russe ,une lutte féroce et autodestructrice a commencé sur fond de désaccords sur la manière de sortir de la guerre.  « La manière dont Prigojine disparaît est la preuve que la Russie est un État failli, incapable de punir les traîtres par des moyens légaux, et utilisant donc des méthodes de gang pour régler ses comptes. Dans n'importe quel pays normal, un mutin aurait été désarmé et jugé. Mais Poutine, malgré ses assertions sur la puissance et la majesté de l'État russe, était trop faible pour agir ainsi » , note Owen Mathtews dans le Spectator. « On va assister à une lente désacralisation de Poutine », prédit l'historien Pastoukhov, jugeant que de crise en crise, « le pouvoir russe perd un à un ses cheveux ». « Bientôt, dit-il, ce ne sera plus qu'un crâne. » </text>
	

	<text titre="À Moscou, l'onde de choc après la mort de  Prigojine" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="colling, julian" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="mort, moscou, wagner, prigojine, proches" langue="fr"> «MÊME en enfer, il sera le meilleur ! » Il est environ 22 h 30 mercredi à Moscou lorsqu'un des canaux les plus proches de la milice Wagner sur la messagerie Telegram, Grey Zone, 600 000 abonnés, rend hommage à sa façon à Evgueni Prigojine. Même au sein des cercles ultranationalistes russes, patriotes et pro-Wagner, qui espéraient encore un miracle, il faut se rendre à l'évidence : le fondateur du groupe paramilitaire est mort.   Non, il n'est pas dans le deuxième avion de sa flotte privée, qui s'est envolé en même temps et qui vient alors d'atterrir à Moscou. Cette fois-ci, Prigojine n'a pas fait le « roque » qu'il aimait parfois effectuer au dernier moment, changeant d'appareil, histoire de brouiller les pistes. Selon l'agence fédérale du transport aérien russe, le turbulent businessman de 62 ans est bien enregistré parmi les passagers de l'appareil qui vient de s'écraser dans la région de Tver, au nord-ouest de Moscou, à 50 kilomètres de la résidence secondaire de Vladimir Poutine à Valdaï. Double peine pour la frange dure des patriotes russes : un autre de leurs héros, Dmitri Outkine alias « Wagner » en personne, cofondateur et commandant militaire en chef du groupe depuis 2014, figure sur la liste des dix passagers. D'autres cadres de la milice, dont le chef logisticien et autre bras droit de Prigojine à l'étranger, Valeri Chekalov, se trouvaient à bord. Mercredi soir, voilà Wagner décapité.
Différentes théories circulent rapidement sur l'origine du crash. La thèse de l'accident est peu retenue. On lui préfère celle d'un tir intentionnel de défense antiaérienne russe contre le petit avion privé. « Un meurtre », un « acte terroriste », accusent illico différentes chaînes Telegram sympathisantes de Wagner. Certains, y voyant la main des autorités russes - voire de Vladimir Poutine -, dénoncent carrément un « acte de trahison de la Russie ». Alors que d'autres pointent du doigt, comme par habitude, les services ukrainiens.   Mercredi soir, puis le lendemain, les réactions se succèdent sur les très actifs réseaux sociaux russes. Experts ou journalistes indépendants y vont de leur commentaire.  « Rien d'illogique, Prigojine a été victime du monde russe qu'il a aidé à construire, un monde de violence et de trahison, sans règles » , publie le politologue Kirill Rogov. « Le régime, qui voit que l'armée résiste bien dans le sud de l'Ukraine, n'avait plus besoin de lui. »Dans les cercles ultranationalistes au contraire, les hommages pleuvent, plus ou moins étayés.  « Prigojine et Outkine étaient de vrais héros » , écrit l'auteur nationaliste Zakhar Prilepine, jadis célébré en France, qui avait, lui, échappé à un attentat à la bombe en mai dernier.  « Prigojine avait du style et du dynamisme, sa passion pour la patrie était plus importante que l'argent, que la vie. »  « Poutine ne pardonne jamais »   Saluant le camarade Prigojine, le blogueur militaire Roman Saponkov estime, à l'inverse de Rogov, que ce « meurtre aura des conséquences catastrophiques. Ses commanditaires ne comprennent pas l'humeur au sein de l'armée », écrit-il, craignant un effet dramatique sur le moral des troupes. Le trublion restait, il est vrai, populaire dans les rangs russes, même après sa mutinerie avortée du 24 juin. Plusieurs chaînes Telegram affiliées à Wagner, certes minoritaires, appelaient même à réagir après l'assassinat du « chef ».   À Saint-Pétersbourg, peu après l'incident, des sympathisants se rassemblent près du siège de Wagner avec bougies et photos. À Novossibirsk, jeudi, un petit mémorial est érigé près du centre de recrutement de la société privée. Mais si le destin de Prigojine fait bien la une de tous les journaux russes, jeudi, du côté de la communication officielle russe, les réactions demeurent peu nombreuses.   Sur la télévision d'État, la veille au soir, la première chaîne n'a alloué qu'une vingtaine de secondes à l'incident, sur un bulletin d'information de 40 minutes, en 14e position du sommaire. Au grand dam du politologue pro-Kremlin Sergueï Markov, qui regrette la « léthargie politique » que constitue « l'absence de toute version » officielle, laissant la voie royale aux théories occidentales qui accusent Poutine (lui pense que c'est l'Ukraine). Jeudi soir, Vladimir Poutine a tout de même présenté ses condoléances aux proches du chef de Wagner, saluant un homme « talentueux » qui a commis des « erreurs » et assurant que l'enquête sera menée « jusqu'au bout ».   Qu'en pensent les Moscovites ? Si la perplexité règne, la vie ne s'est pas arrêtée pour autant.  « Si j'avais avant de la sympathie pour Prigojine, ça s'est arrêté avec la mutinerie » , nous explique Dmitri, un ingénieur de 47 ans, qui évoque les « fantasmes » actuels sur les responsables du crash. « C'était un coup de poignard dans le dos du pays, il vivait avec plaisir sur la corde raide, ce qui lui est arrivé était donc prévisible et attendu. »Mark, un jeune informaticien, dit, lui,  « ne pas considérer Prigojine comme un traître » . « Sinon, pourquoi n'a-t-il pas été arrêté de suite ? Pour moi, il a aidé le pays, il s'est battu pour le peuple russe. »Au sein de l'establishment, dont des membres sont cités par le site Meduza, le destin du patron de Wagner n'étonne personne non plus : « Poutine ne pardonne jamais. » Le site indépendant Verstka, décide de son côté de demander leur avis à des députés loyalistes russes, pour qui les ultrapatriotes représentaient une menace. Ils peinent à cacher leur soulagement. « On est en train de danser », commente même l'un d'entre eux.  « Prigojine ? Qu'il aille se faire foutre » , cingle un autre.   Pendant ce temps, divers rapports évoquent un transfert déjà entamé des activités de Wagner en Afrique (Libye incluse) vers d'autres sociétés privées : Redut, pilotée par le GRU russe ou encore Convoy, créée par le chef de la Crimée Sergueï Axionov. Un retrait des portefeuilles de Wagner auquel Prigojine se serait opposé de manière véhémente ces derniers jours. Sa créature était-elle en train d'être vidée de son sang ?   En tout cas, de l'avis des observateurs russes, une chose est plus limpide que jamais : quelle qu'en soit l'origine, sa mort envoie un signal brutal à quiconque oserait encore provoquer le pouvoir russe - surtout avant l'élection présidentielle, chère à Vladimir Poutine, de mars 2024. « Après l'opposition libérale, l'opposition des « patriotes en colère »(le blogueur ultranationaliste Igor « Strelkov » Girkine en prison, Prigojine mort, NDLR) a elle aussi été détruite », écrit un fin connaisseur du système russe. Et ceux qui ont été en lien avec le patron de Wagner, doivent, probablement, « raser les murs ».   Coïncidence fortuite ou pas, mercredi, le général Sourovikine, vu comme un ancien soutien de Prigojine, était officiellement démis de ses fonctions de général en charge des troupes aéroportées russes, après plusieurs semaines d'interrogatoire par le FSB. Il resterait « à la disposition » de la Défense russe pour une autre fonction. Mais son cas est-il définitivement réglé ? </text>
	

	<text titre="Wagner, à qui profite le crash ?" date="2023 08 25T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="vadim kamenka" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="l'Humanité" keywords="mort, evgueni, poutine, wagner, mercredi, explosion, crash, mois, kremlin, prigojine, russie, juin, mutinerie, bord, avion" langue="fr"> Russie Evgueni Prigojine serait mort mercredi 23 août dans l'explosion d'un avion privé avec dix personnes à bord. Deux mois après la mutinerie contre le Kremlin, les 23 et 24 juin, l'ombre de Poutine plane sur la disparition et le démantèlement de l'empire du patron du groupe paramilitaire. Le patron du groupe Wagner, Evgueni Prigojine serait mort mercredi 23 août, aux alentours de 19 heures, dans l'explosion d'un jet privé, Embraer Legacy, près du village de Koujenkino. L'appareil, qui effectuait la liaison entre Moscou et Saint-Pétersbourg, s'est écrasé dans la région de Tver, avec 10 passagers à bord dont trois membres d'équipage. «  Selon les premières informations, toutes les personnes à bord sont décédées », a indiqué sur Telegram le ministère russe des Situations d'urgence. Dans la soirée, l'Agence fédérale du transport aérien, Rosaviatsia a publié une liste de 10 noms, confirmant la présence de plusieurs membres de Wagner dont Evgueni Prigojine, Dmitri Outkine et Valery Chekalov. Et une enquête a été ouverte pour « violation des règles de sécurité du transport aérien ». 
 Un impact en Russie et en Ukraine  Devant le siège de la compagnie militaire privée, à Saint-Pétersbourg, « des fleurs ont été déposées, les drapeaux d'un détachement déployés et des bougies allumées  », nous raconte Olga. Mêmes scènes à Iekaterinbourg et Novossibirsk, « où les mercenaires ont eux-mêmes organisé un mémorial. Entre autres choses, ils y ont apporté des portraits du fondateur du groupe, Evgueni Prigojine, et du commandant, Dmitri Outkine », rapporte le quotidien Novaya Gazeta. Si, pour de nombreux Russes, Prigojine reste le « héros de Bakhmout », pour les Ukrainiens, il s'agit davantage du « diable ». « Une bonne nouvelle », se félicite Véronika, alors que son pays célébrait la Fête de l'indépendance, ce jeudi. Volodymyr Zelensky a réagi en affirmant : « Ce qui est sûr, c'est que nous n'avons rien à voir avec cette situation. Je pense que tout le monde comprend qui est concerné. »   Une disparition qui arrange ?  Certains sites en ligne et réseaux sociaux évoquent une mise en scène orchestrée par le chef mercenaire pour s'évaporer. Pour l'ancien ambassadeur de France en Russie, Jean de Gliniasty : « Différentes hypothèses existent sur la disparition d'un homme qui avait beaucoup d'ennemis. Il peut effectivement s'agir d'une vengeance de Vladimir Poutine. Mais également d'un acte de représailles de la part de l'armée de l'air russe, qui a perdu 12 pilotes d'hélicoptère KA 32 lors de la mutinerie de Wagner. Il peut aussi s'agir d'une querelle interservices, Prigojine pouvant alors être la victime expiatoire des rivalités internes au FSB (les services secrets russes - NDLR) ou entre le FSB et l'armée. Enfin, il existe une dernière hypothèse, dont on ne parle pas beaucoup et qui mettrait Kiev en cause. »   La date de cet accident d'avion interpelle. La disparition des cadres de Wagner intervient deux mois jour pour jour après la rébellion organisée dans la nuit du 23 au 24 juin, à Rostov-sur-le-Don, et qui s'était poursuivie par une marche sur Moscou. L'objectif réel d'Evgueni Prigojine, à l'époque, était d'exiger du président russe de ne pas appliquer le décret concernant les volontaires engagés en Ukraine. À partir du 1er juillet, sociétés privées et mercenaires devaient signer un contrat avec l'armée. Ce qui a été appliqué. Il avait lui-même confirmé le 26 juin que « le but de la marche était de ne pas permettre la destruction du groupe Wagner » mais « pas de renverser le pouvoir ». À l'époque, Vladimir Poutine avait prévenu : « les traîtres » seront punis. Evgueni Prigojine avait alors accepté, sous la médiation du président biélorusse, Alexandre Loukachenko, de s'exiler à Minsk avec les combattants qui le souhaitaient.   Quelles répercussions sur la guerre ?  Depuis l'invasion de l'Ukraine, le 24 février 2022, le groupe Wagner a été déployé sur un certain type de missions notamment autour de la ville de Bakhmout. Cette victoire au prix d'un sacrifice humain considérable avait été son ultime opération. L'organisation avait reçu l'ordre de se retirer pour se concentrer sur ses activités en Afrique et ses soldats mis devant un triple choix : « S'enrôler dans les rangs de l'armée régulière, retourner à la vie civile ou se réfugier en Biélorussie », rappelle Jean de Gliniasty. D'après lui, sur « le terrain ukrainien, l'armée russe a non seulement récupéré les positions de Wagner, mais semble également tenir bon face aux coups de boutoir de la contre-offensive ».   Wagner décapité   « Les passagers suivants se trouvaient à bord de l'Embraer-135 (EMB-135BJ) : Propoustine Sergueï, Makaryan Evgueni, Totmine Aleksandre, Chekalov Valeri, Outkine Dmitri, Matouseïev Nikolaï, Prigojine Evgueni », écrit l'Agence fédérale de transport aérien sur Telegram. La liste des 10 passagers dévoile la mort de membres importants de la compagnie militaire privée. Outre Evgueni Prigojine, le militaire néonazi Dmitri Outkine, commandant et fondateur de la société en 2014, ressort aussi Valery Chekalov. Il apparaît comme l'un des dirigeants les plus proches de Prigojine, qui supervisait notamment tous les projets « civils » dont la société Concord Management and Consulting. Il était aussi responsable de la logistique du groupe. Selon le magazine russe d'investigation Fontanka, ce dernier était le directeur la société Euro Polis, qui gérait notamment les installations pétrolières en Syrie. Elle percevait jusqu'à 25 % des revenus de la vente de pétrole dans le cadre d'un accord avec les autorités syriennes.   Trois autres profils de l'organisation ont été identifiés : Sergueï Propoustine, soldat et garde personnel de Prigojine, Evgueni Makaryan, ancien officier de police qui aurait combattu en Syrie, et Aleksandre Totmine, militaire qui aurait été déployé au Soudan. Idem pour Nikolaï Matouseïev qui aurait rejoint Wagner en 2017 sous un autre nom, en tant qu'artilleur en Syrie.   Démantèlement de l'empire Prigojine  Depuis la rébellion fin juin, le démantèlement de l'empire d'Evgueni Prigojine a été officiellement acté. Sa construction remonte à la fin des années 1990, dans les milieux mafieux. L'homme d'affaires remporte alors des contrats publics avec sa société Concord Catering pour fournir les cantines de Moscou, Saint-Pétersbourg et les rations de l'armée russe. Au fil des années, le « traiteur du Kremlin » construira la société paramilitaire (normalement interdite en Russie) et une myriade d'entreprises aux activités diverses (finance, bâtiment, exploitation minière). Parmi lesquelles l'IRA (Internet Research Agency), véritable machine de désinformation au service de la Russie, démantelée après la mutinerie. Avec la mort d'Evgueni Prigojine, l'État russe pourrait récupérer un certain nombre de ses entreprises et de ses ressources.   Une recomposition de l'armée  Ni le chef de l'État, ni l'administration présidentielle n'ont encore réagi officiellement à la mort de l'homme d'affaires, natif de Saint-Pétersbourg, qui avait pourtant été décoré du titre de « héros de la Russie » par le Kremlin, en 2016, pour ses opérations en Syrie et en Libye. Ce crash aérien intervient surtout quelques heures après le limogeage du général russe Sergueï Sourovikine, commandant en chef des forces aérospatiales et un temps en charge de l'invasion en Ukraine. Selon l'agence de presse Ria Novosti, ce militaire de 56 ans a été remplacé par le général Viktor Afzalov. Deux mois après la marche sur Moscou, il paye ainsi sa proximité avec le groupe Wagner et les soupçons d'avoir été au courant des préparatifs de la mutinerie.   Qui en sort renforcé ?  Evgueni Prigojine avait expliqué que son opération du 24 juin visait à « libérer le peuple russe » du sacrifice de milliers de soldats en Ukraine, dont il rendait responsables ses deux ennemis : le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et le chef d'état-major des armées, Valeri Guerassimov. Au terme de cette séquence, les deux hommes ressortent - pour l'instant - renforcés. Quels que soient les responsables du crash, un signal de fermeté est clairement envoyé avant la présidentielle prévue au printemps 2024. La plupart des personnalités, qui affichent une ligne parfois plus radicale que le dirigeant russe lui-même, vont l'analyser comme un rappel à l'ordre. « Tout particulièrement le courant ultranationaliste avec ses blogueurs, qui réclament davantage de moyens militaires et qui avaient fait de Prigojine un porte-voix  », analyse un journaliste russe. Si les divers courants et cercles proches du pouvoir sont également avertis, les services de sécurité n'en redoutent pas moins des représailles de membres de Wagner. </text>
	

	<text titre="«Dans un régime mafieux, un traître est exécuté»" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Libération" auteur="recueilli par samuel ravier-regnat" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Libération" keywords="evgueni, rébellion, mafieux, françoise, poutine, historienne, crash, prigojine, régime, démonstration, thom, exécuté, avion" langue="fr"> Pour l'historienne spécialiste de la Russie Françoise Thom, le crash d'avion dont a été victime Evgueni Prigojine est une «démonstration de force» de Poutine après la rébellion de son ancien allié en juin.   Deux mois jour pour jour après sa rébellion spectaculaire lors de laquelle ses troupes avaient revendiqué la prise de Rostov-sur-le-Don, à la frontière de l'Ukraine, et promis de marcher vers Moscou, le chef de Wagner, Evgueni Prigojine, est mort mercredi dans un crash d'avion qui a aussi coûté la vie à Dmitri Outkine, un des principaux dirigeants du groupe paramilitaire. Un accident qui dissimule «sans aucun doute» un assassinat orchestré par Vladimir Poutine, selon l'historienne Françoise Thom, maîtresse de conférences émérite en histoire contemporaine à l'université Paris-Sorbonne et autrice de l'ouvrage Poutine ou l'obsession de la puissance (éditions Lithos). Peut-on affirmer que Vladimir Poutine a manigancé la mort d'Evgueni Prigojine et de Dmitri Outkine ? Sans aucun doute. Cet attentat demandait une très grande organisation pour réussir à avoir dans un seul avion plusieurs des principaux responsables de l'organisation Wagner. C'était
I une affaire bien montée. Après les événements du mois de juin, je ne donnais pas cher de la vie d'Evgueni Prigojine. Par sa rébellion, il y a deux mois, il a infligé une humiliation totale à Vladimir Poutine. Il a montré que le roi était nu, que le pouvoir du Kremlin était fragile. Etant donné la nature mafieuse du pouvoir en Russie, le parrain ne peut pas perdre la face. Il fallait que Vladimir Poutine organise une action d'éclat pour réaffirmer sa puissance. C'était absolument indispensable. C'est une démonstration de force : Vladimir Poutine a dit qu'Evgueni Prigojine était un traître, et un traître, dans un régime mafieux, est exécuté sous une forme exemplaire et atroce.   Avant même la rébellion des 23 et 24 juin, Evgueni Prigojine défiait depuis plusieurs mois le pouvoir russe, sans toutefois attaquer directement Vladimir Poutine. Pourquoi celui-ci a-t-il mis autant de temps avant d'éliminer le chef de Wagner ? Au début, Evgueni Prigojine était utile à Vladimir Poutine car il était le molosse qu'il utilisait contre la haute hiérarchie militaire. Le Président se méfiait de l'importance que risquaient de prendre les militaires avec la guerre, et il a utilisé Evgueni Prigojine pour les intimider. Finalement, Evgueni Prigojine s'est pris au jeu et il est devenu une menace pour Vladimir Poutine lui-même. Le molosse a cassé sa chaîne et s'est retourné contre son maître. Après la rébellion des 23 et 24 juin, un accord a été annoncé [qui prévoyait selon le Kremlin qu'Evgueni Prigojine s'installe au Bélarus et que les poursuites contre lui soient abandonnées, ndlr], mais c'était une manoeuvre, qui rappelle les méthodes de Joseph Staline. Quand celui-ci voulait se débarrasser de ses adversaires, il commençait par les envoyer en province, pour les isoler. Au bout de quelques mois, il les faisait arrêter et exécuter. Cette logique est de nouveau à l'oeuvre. L'objectif de Vladimir Poutine était d'abord de couper Evgueni Prigojine de Wagner et de désarmer l'organisation en obligeant les mercenaires à rendre leurs armements lourds au ministère de la Défense. Puis il lui a fait la peau, déca- pitant au passage tout le commandement de Wagner - Evgueni Prigojine, Dmitri Outkine, qui dirigeait les opérations, et Valeriy Chekalov, un autre dirigeant de la compagnie de mercenaires.   Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine ne sont pas les premiers adversaires du régime éliminés par Vladimir Poutine - on se souvient par exemple de la journaliste Anna Politkovskaïa, tuée en 2006, ou de l'opposant politique Boris Nemtsov, abattu en 2015. En quoi cet assassinat se distingue-t-il des autres ? Avec les assassinats des dirigeants de Wagner, on peut dire que la terreur remonte de plus en plus haut dans l'édifice du pouvoir russe. Au début de l'ère Vladimir Poutine, c'étaient des assassinats de journalistes ou d'opposants. Puis, avec la guerre en Ukraine, on a commencé à constater beaucoup d'assassinats d'oligarques. Cette fois, on a un assassinat éclatant d'un personnage de très haut niveau. C'est l'indice d'une crise qui se développe au sein du pouvoir même, d'une décomposition des élites dirigeantes russes. Les araignées commencent à se dévorer dans le bocal. Quant à la méthode du crime, assez spectaculaire, il y a possiblement une volonté de terroriser, même s'il y a aussi une rationalité politique - il fallait un modus operandi qui permette de faire d'une pierre trois coups, en tuant en même temps Evgueni Prigojine, Dmitri Outkine et Valeriy Chekalov.   Recueilli par SAMUEL RAVIER-REGNAT </text>
	

	<text titre="L’annonce de la mort de  Prigojine, un signal pour l’élite russe" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Monde" keywords="mort, evgueni, probablement, moscou, l’élite_russe, mercenaires, mois, russe, kremlin, prigojine, l’élite, signal, disparition" langue="fr"> Moscou - correspondant - Deux mois précisément après avoir défié le Kremlin en envoyant ses mercenaires à l’assaut de Moscou, Evgueni Prigojine est – très probablement – mort. Sa disparition, survenue mercredi 23 août, est à la hauteur de la légende que s’est bâtie cet ancien bandit devenu, pour le compte de l’Etat russe, le chef d’une tentaculaire milice privée : violente, spectaculaire, entourée d’ombre. L’homme d’affaires de 62 ans faisait partie des passagers enregistrés au départ de Moscou à bord d’un avion privé lui appartenant. L’appareil, un Embraer Legacy 600, s’est écrasé avant d’atteindre sa destination, Saint-Pétersbourg, sa ville natale et le siège de son groupe, Wagner.
Mercredi soir, dix corps ont été retrouvés sur les lieux du crash, près du village de Koujenkino, dans la région de Tver, située entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Mais les autorités russes s’abstenaient encore, à ce moment, de confirmer officiellement son décès. Des procédures d’identification devaient débuter jeudi, mais, au vu de l’état des corps, celles-ci pourraient prendre du temps et requérir des expertises ADN.   Pour autant, la mort d’Evgueni Prigojine fait peu de doute. La promptitude des agences russes à donner des détails sur le crash en est un signe évident. Plusieurs de ses lieutenants, tout comme les quelques médias qu’il contrôlait encore, l’ont aussi annoncée. Ces sources ont également confirmé la présence à bord de l’avion du sympathisant néonazi Dmitri Outkine, « Wagner » de son nom de guerre, le vrai fondateur, en 2014, du groupe de mercenaires.   Seuls quelques-uns de ses fidèles, combattants ou simples admirateurs, refusaient toujours d’admettre la mort d’Evgueni Prigojine, mettant en avant la présence d’un deuxième jet privé appartenant au groupe, qui a pu faire demi-tour vers Moscou. L’homme n’était-il pas un as de la mystification ? Depuis sa disgrâce, les médias russes ont abondamment commenté son utilisation de faux passeports, de postiches et même de sosies.  Culte de la violenceCe déni en dit long sur la stature, quasi mythique, que s’était forgée au cours de ces derniers mois l’ancien gangster. Pour nombre de Russes, Prigojine restera le « héros de Bakhmout »– du nom de la seule victoire d’importance obtenue depuis un an par l’armée russe dans sa guerre en Ukraine – ou l’homme qui a osé défier une élite honnie, vilipendant oligarques et ministres à longueur d’interviews ou d’enregistrements audio. Son parler direct et brutal, comme sa dénonciation des pertes russes massives sur le sol ukrainien, lui offrait une aura de sincérité.   Les mêmes oublient, ou, au contraire, magnifient, le culte de la violence promu par le patron des Wagner : celui-ci avait pris pour emblème la masse, utilisée par des membres de Wagner pour des exécutions publiques qu’Evgueni Prigojine commentait d’un ton badin. Son nom est aussi directement associé à des assassinats, dont celui de trois journalistes russes tués en Centrafrique, en 2018, alors qu’ils enquêtaient sur les activités du groupe dans ce pays.   Mercredi soir, une enquête a été ouverte par le Comité d’enquête de la Fédération de Russie pour… « violation des règles de sécurité du transport aérien ». Ce choix trahit la prudence avec laquelle les institutions fédérales, comme les médias, traitent la mort de ce personnage hors norme et son très probable assassinat. Le même Comité d’enquête a assuré étudier « toutes les versions possibles », y compris une erreur de pilotage ou une défaillance technique.   En réalité, parmi les hypothèses avancées, une seule paraîtcrédible, au vu des éléments disponibles. La catastrophe a en effet été filmée sous différents angles. Ces vidéos permettent d’établir que l’avion s’est disloqué en vol, avant de tomber de manière parfaitement droite vers le sol. Des témoins évoquent aussi des bruits d’explosion. Les experts se divisent seulement pour savoir si l’appareil a été abattu par le tir d’un missile ou par une bombe placée à bord.   Selon plusieurs sources, dont le site d’investigation Agentstvo, Evgueni Prigojine était rentré le jour même du Mali, où le Groupe Wagner est actif, avec une escale à Damas – mais à bord d’un autre avion, un Iliouchine. L’homme d’affaires s’est embarqué à bord de son jet seulement une fois arrivé à Moscou, avec six collaborateurs ou hauts commandants de Wagner.   La réaction au sommet de l’Etat sera guettée avec attention. Mercredi soir, Vladimir Poutine était à Koursk pour célébrer les 80 ans de la bataille du même nom. Souriant, s’offrant un bref bain de foule, il n’a pas eu un mot pour celui qui fut un compagnon de route et, pendant plusieurs décennies, un homme de main loyal, et qu’il a lui-même décoré du titre prestigieux de « héros de la Russie ».   Mais il sera difficile de voir dans les dénégations officielles autre chose qu’un exercice formel, tant la mort d’Evgueni Prigojine ressemble à une démonstration, qui plus est à une date symbolique. De tels signes comptent, dans le fonctionnement byzantin qu’est celui de la Russie. Mercredi, l’incident était unanimement interprété, y compris parmi les blogueurs pro-pouvoir, comme un signal adressé à l’élite russe.   Difficile, en effet, d’oublier les paroles prononcées par Vladimir Poutine le 24 juin, au deuxième jour de la mutinerie, alors que l’armée russe paraissait incapable d’arrêter les colonnes de Wagner envoyées vers Moscou et que planait le doute – nouveau et terriblement offensant, même une fois dissipé – d’un renversement du pouvoir. « Tous ceux qui ont organisé cette mutinerie et pointé leurs fusils vers leurs frères d’armes ont trahi la Russie et répondront de cela », avait dit le président russe, pour qui, selon une autre citation connue, remontant, elle, à la tentative d’assassinat de l’agent Sergueï Skripal en 2018, la trahison est « impardonnable ».   Certes, Prigojine n’était pas un traître au sens classique, pas un défecteur passé à l’Ouest. Il avait même été reçu au Kremlin, quelques jours après la tentative de mutinerie, et Vladimir Poutine a peut-être pu se convaincre que son ancien associé avait agi sur un « coup de sang », après des mois de guerre et de conflit, parfois armé, avec le ministère de la défense de son propre pays.   Mais, depuis le mot « traître » employé par le chef du Kremlin, l’existence même d’Evgueni Prigojine paraissait incongrue. Sans parler de ses prises de parole à répétition, de ses apparitions sur le sol russe ou, plus récemment, depuis un pays africain – non identifié – en dépit de l’accord scellé au soir du 24 juin censé le cantonner à un exil en Biélorussie. « Il était convaincu que Poutine lui avait pardonné et il n’avait peur de rien, confiait, mercredi, à la chaîne Telegram VChK-OGPU un proche de l’homme d’affaires. Et il disait qu’il en savait beaucoup, que ses archives étaient bien remplies. »Démantèlement méthodiqueMalgré son statut, malgré ses menaces voilées, l’homme d’affaires aurait pu songer à des précédents. Depuis 2014 et le déclenchement de la guerre russe contre l’Ukraine, l’histoire a montré le peu de cas que Moscou fait de ses serviteurs, lorsque ceux-ci deviennent gênants ou simplement inutiles. Au moins une dizaine de chefs de guerre et de dirigeants politiques du Donbass ont péri dans des assassinats sur lesquels plane le soupçon d’une implication des services russes. Tous ont eu droit à des funérailles de héros.  « Poutine est l’apôtre ultime de la vengeance, prévenait de son côté, fin juillet, le directeur de la CIA, Bill Burns.  Je serais surpris si Prigojine échappait à des représailles. » Mercredi soir, après le crash, le président américain, Joe Biden, a déclaré qu’il n’était « pas surpris »par les derniers développements. « Pas grand-chose n’arrive en Russie sans que Poutine soit derrière », a-t-il ajouté, tout en précisant ne pas disposer d’informations particulières.   Autre crime impardonnable, Evgueni Prigojine continuait de jouir d’une notoriété et d’une popularité importantes. L’accueil enthousiaste qui lui avait été réservé à Rostov-sur-le-Don, centre de la mutinerie, a eu de quoi irriter le Kremlin. Quelle que soit l’opinion du président russe, la gestion de la crise, avant comme après, a semé le trouble dans l’élite, peu habituée à un tel flottement. Il a également fallu attendre deux mois pour obtenir confirmation du limogeage du chef des forces aérospatiales, le général Sergueï Sourovikine, proche de M. Prigojine, et soupçonné d’avoir été au courant des préparatifs de la mutinerie.   Ce sursis aura en tout cas permis au pouvoir russe de démanteler méthodiquement l’empire bâti par l’homme d’affaires. Car l’ancien restaurateur pétersbourgeois – après avoir passé neuf ans dans les prisons soviétiques, il s’était en effet lancé dans la restauration, avant de gagner des milliards dans des contrats publics, notamment pour la fourniture de repas à l’armée – était plus qu’un simple chef de milice.   Sous l’égide de diverses sociétés, M. Prigojine et Wagner contrôlaient une galaxie de médias, des consultants politiques actifs en Russie comme à l’étranger, des « usines à trolls » – employant des contributeurs rétribués pour inonder Internet de commentaires louant le pouvoir russe et discréditant ses ennemis. Cette dernière activité, lancée dès 2009, rappelle d’ailleurs le flair politique de M. Prigojine, qui aura réussi pendant des années à devancer les désirs des puissants, le président en tête, et à mettre à leur service des outils innovants. Sa dernière audace aura été de recruter dans les prisons russes des détenus, envoyés combattre en Ukraine en échange d’une grâce. Des dizaines de milliers d’entre eux sont morts ; les autres lui vouent une adoration sans limites.   Les activités africaines de Wagner représentaient sans doute le morceau le plus compliqué à démanteler. C’est dans ce secteur que le « savoir-faire » et l’expérience des hommes de M. Prigojine seront les plus difficiles à remplacer, imbriquant l’envoi de mercenaires (en Centrafrique, au Soudan, au Mali…), l’exploitation de ressources minières et une activité de communication politique et médiatique. Trois jours avant sa disparition, le patron de Wagner cherchait encore à se placer sur le devant de la scène. Dans une vidéo diffusée le 21 août, il apparaissait, les armes à la main, dans une séquence probablement tournée au Mali, promettant : « Nous travaillons. Nous rendons la Russie encore plus grande sur tous les continents. » p </text>
	

	<text titre="Wagner, un héritage très convoité" date="2023 08 25T00:00:00" journal="La Croix, no. 42701" auteur="laurent larcher et olivier tallès" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="La Croix" keywords="mort, wagner, evgueni, prigojine" langue="fr"> Que sait-on de la mort d'Evgueni Prigojine ?   Mercredi à 17 h 20, des promeneurs entendent deux explosions dans le ciel avant de voir le jet privé Embraer Legacy s'écraser dans la région de Tver, au nord de Moscou. Le crash provoque un incendie, détruisant l'épave et brûlant les corps des dix personnes à bord.   Les autorités aériennes russes publient dans les heures qui suivent les noms des victimes à partir de la liste des passagers enregistrés, parmi lesquels le chef de Wagner, Evgueni Prigojine, et Dmitri Outkine, le vrai fondateur de ce groupe de mercenaires. Un autre passager, Valeri Chekalov, était l'un des directeurs de Concord, une société fondée par Prigojine. Vu l'état de dégradation des corps, les enquêteurs annoncent une expertise ADN.
Dès les premières heures qui ont suivi l'annonce de la mort de l'homme des basses oeuvres de Vladimir Poutine, la piste de l'accident a semblé peu crédible en Russie comme à l'étranger. Un violent contentieux opposait en effet la victime au Kremlin depuis sa révolte avortée du 23 juin dernier.   La plupart des experts cités par les médias russes évoquent une explosion à bord de l'appareil ou le tir d'un missile antiaérien. Pour preuve, la dislocation de l'avion en vol, la dispersion des débris au sol et les nombreuses perforations observées sur l'épave, qui rappellent l'impact d'un projectile.   Qu'était devenue la galaxie de Prigojine depuis sa mutinerie ?   Accusé de « trahison » par Poutine en juin pour avoir fomenté une mutinerie contre le ministre de la défense et le chef d'état-major des armées, Evgueni Prigojine avait bénéficié d'une étrange mansuétude ces deux derniers mois. Il avait effectué plusieurs allers-retours entre la Biélorussie, Saint-Pétersbourg et le Kremlin, lui ouvrant son carnet d'adresses lors du forum Russie-Afrique, qui s'est déroulé à Saint-Pétersbourg en juillet. Il s'efforçait dans le même temps de sauver son empire édifié durant trois décennies. L'homme d'affaires était à la tête de nombreuses entreprises en Russie et à l'étranger dans la finance, le BTP, les médias, l'exploitation minière ou forestière, sans oublier la restauration collective auprès des casernes russes.   À la suite de la rébellion, l'État russe s'est attaqué à sa holding de médias, en commençant par bannir des réseaux le vaisseau amiral Ria Fan. Cette agence de presse, spécialiste des fausses nouvelles, alimentait des dizaines de sites du groupe en Russie, tout en produisant du contenu à destination des pays africains. D'après des médias russes, l'oligarque Iouri Kovaltchouk, très proche de Poutine, est pressenti pour reprendre une partie des activités de la holding.   Les prestations de Wagner regroupaient également des missions d'influence, principalement en Afrique, visant à discréditer des opposants et les pays occidentaux, par le biais de ses médias et de faux comptes sur les réseaux sociaux. « Cette branche civile des opérations de Wagner a continué à fonctionner au lendemain de la mutinerie, note Maxime Audinet, chercheur à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire. Le média centrafricain Lengo Songo financé par Wagner publiait encore hier des photos de manifestants hostiles à la France. L'activité « influence » de la galaxie Prigojine rapporte énormément à la Russie. » La branche militaire de Wagner, elle, a cessé toute activité en Ukraine, où ses hommes ont rendu tanks, avions et artillerie à l'armée régulière. Environ 3 000 mercenaires se sont installés en Biélorussie en attendant de trouver une nouvelle destination...   Dans sa dernière vidéo, lundi 21 août, Prigojine se faisait filmer dans un désert présenté comme africain où il appelait des volontaires à venir le rejoindre pour rendre « la Russie encore plus grande sur tous les continents et l'Afrique encore plus libre ». C'était aussi sa première apparition face caméra depuis sa rébellion manquée de juin, montrant par-là la place du continent africain dans la poursuite de ses affaires.   Depuis lors, les activités attribuées à Wagner sur le continent africain ne se sont pas interrompues. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avait lui-même déclaré, le 26 juin, que les paramilitaires allaient continuer leurs opérations au Mali et en Centrafrique. De fait, Wagner a continué d'y assurer la sécurité des régimes locaux, à participer à des opérations conjointes avec les armées nationales, à exploiter les ressources minières et à contrôler les routes du trafic. En Centrafrique, cependant, on a observé le départ de nombreux mercenaires de Wagner en juillet : entre 150 et 400 selon les sources, sans qu'on en sache la raison.   Quel avenir pour le groupe Wagner en Afrique ?   Le modèle Wagner devrait perdurer, même s'il est trop tôt pour savoir si le groupe va conserver son nom et sa forme actuelle ou s'il sera remplacé par une structure comparable. Après avoir gagné son bras de fer avec Prigojine, le ministre de la défense Sergueï Choïgou souhaiterait mettre en avant les groupes privés Convoy et Redut, deux organisations de mercenaires sous le contrôle du ministère - et plus particulièrement du renseignement militaire pour la seconde. « Prigojine était un acteur capable de s'affranchir des lourdeurs bureaucratiques, ce qui a fait son succès en Afrique , rappelle Maxime Audinet. Le souhait du ministère de la défense est aussi de créer des structures militaires privées afin de garder cette souplesse. » Mais Moscou devra compter sur les réseaux Wagner solidement implantés sur le continent africain et sur les officiers restés fidèles à leur ancien chef.   Pour le spécialiste Thierry Vircoulon, la disparition de Prigojine ne devrait pas changer la donne en Centrafrique et au Mali. En revanche, elle pourrait marquer un coup d'arrêt. «On comprend sur place que faire appel aux Russes, c'est devenir dépendant des luttes de pouvoir à Moscou », juge-t-il.   Mais cela profitera aux acteurs alternatifs des puissances occidentales, « comme la Chine, la Turquie et les pays du Golfe », ajoute Thierry Vircoulon. Enfin, pour les putschistes nigériens, la mort de Prigojine rend très hypothétique le déploiement de Wagner pour les défendre en cas d'une intervention militaire de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Un point qui n'a pas échappé aux militaires locaux chargés de planifier cette opération. </text>
	

	<text titre="Mort de  Prigojine: la revanche de l'état-major russe" date="2023 08 25T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jean-dominique merchet" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="L'Opinion" keywords="mort, evgueni, rébellion, état-major, chef, poutine, russe, wagner, mois, crash, prigojine, avion" langue="fr"> Le chef de Wagner a trouvé la mort, mercredi, dans le crash de son avion, deux mois après sa rébellion contre Poutine Page 6   Deux mois, jour pour jour, après sa rébellion, Evgueni Prigojine a donc trouvé la mort, mercredi 23 août, dans le crash de son avion. En dépit de l'absence de preuves formelles et alors que des interrogations demeurent à ce stade, chacun ou presque y voit la vengeance du Kremlin après la « trahison » du patron de la milice privée Wagner.   Quoi qu'il en soit, toute cette affaire en dit long sur la nature du régime russe, criminel et mafieux. « Les couteaux sont sortis et il y aura du sang », a réagi le joueur d'échecs Gary Kasparov, opposant notoire de Vladimir Poutine en exil.   Dix personnes, dont trois membres d'équipage, se trouvaient à bord du jet d'affaires Embraer   Legacy de la compagnie MNT-Aéro, qui avait décollé de Moscou à destination de Saint- Petersbourg. Une vidéo le montre tombant du ciel dans la région de Tver, à 180 kilomètres au nord-ouest de Moscou, un peu avant 17 heures. L'hypothèse d'un tir de missile sol-air est évoquée. Sur place, l'épave et les corps ont été retrouvés, sans avoir été officiellement identifiés. L'agence de l'aviation russe a communiqué la liste des passagers, avec les noms d'Evgueni   Prigojine et de son adjoint Dmitri Outkine. Les médias liés à Wagner ont confirmé la mort de leur patron, mais il n'y a eu aucune réaction des autorités et de Vladimir Poutine.   La séquence ouverte après la mutinerie de Prigojine, les 23 et 24 juin dernier, qui a fait au moins treize morts dans l'armée russe, a suscité une grande perplexité. Ces deux mois restent un mystère et de nombreuses questions restent toujours sans réponse. Malgré son coup de force, le chef de Wagner n'avait fait alors l'objet d'aucune poursuite judiciaire en Russie. Le repli de sa milice vers la Biélorussie reste entouré de zones d'ombre et Evgueni Prigojine a continué à aller et venir en Russie, rencontrant même Vladimir Poutine, avec lequel le dialogue n'était pas rompu. L'avant-veille du crash de l'avion, une vidéo a été diffusée, montrant Prigojine quelque part en Afrique, dans laquelle il affirmait que « Wagner rend la Russie encore plus grande sur tous les continents ».   Epuration. Il semble donc que l'accord conclu entre Poutine et Prigojine pour arrêter la marche de Wagner sur Moscou, le samedi 24 juin, ait été remis en cause. Mais, plus que jamais, la phrase de Churchill s'impose : « La Russie est un rébus au sein d'un mystère enveloppé d'une énigme. » Une bataille entre « les tours du Kremlin » se déroule, mais il ne nous en parvient qu'un écho assourdi et déformé. Une chose semble certaine: les dirigeants de l'armée russe, le ministre Sergueï Choïgou et le chef d'état-major Valeri Guerassimov, éliminent leur ennemi juré, la société Wagner et son chef, y compris en Afrique, semble-t-il, comme le rapporte l'Institute for the study of war (ISW). Le président Poutine a récemment confirmé son soutien personnel à Choïgou et Guerassimov, ce qui témoigne de son approbation de l'opération en cours contre Wagner.   Certains militaires de haut rang font les frais de cette épuration, en particulier le général Sergueï   ï Sourovikine, un proche de Prigojine. Il a commandé les opérations en Ukraine d'octobre 2022 à janvier 2023, non sans efficacité militaire, comme en témoigne la ligne de fortifications sur le front, qui porte son nom et à laquelle se heurtent les Ukrainiens. Disparu depuis la rébellion de Wagner, il a été démis de ses fonctions de chef d'état-major de l'armée de l'air ce mercredi 23 aout, quelques heures avant le crash de l'avion de Prigojine. L'ex-général Alexeï Dioumine, gouverneur de la région de Toula et dont le nom avait été évoqué pour succéder au ministre de la défense Choïgou, a été contraint de lui faire allégeance récemment.   Décrivant le système politique soviétique, Raymond Aron écrivait ceci en 1952: « La bataille pour le pouvoir et les échelons supérieurs est une bataille sans règles fixées, une bataille non publique dont on connaît mal les détails. Chaque fois qu'il y a une épuration, certains observateurs en Occident se croient obligés de dire que c'est la preuve d'une grande crise. C'est une absurdité: les épurations, dans un régime de parti unique, sont un phénomène normal. » Faute de démocratie, la bataille pour le pouvoir reste soumise aux mêmes règles dans la Russie d'aujourd'hui. Reste à savoir si le régime de Vladimir Poutine est aussi solide que l'était - jusqu'aux années 1980 - la dictature du parti communiste.   @jdomerchett </text>
	

	<text titre="Une disparition en forme de mise en garde du Kremlin aux élites ultranationalistes" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="militaire, général, kremlin, garde, russie, élites, mise, jeudi" langue="fr"> À ROSTOV-SUR-LE-DON, un mémorial spontané est apparu jeudi près du cirque de la ville et du quartier général du district militaire du sud de la Russie. Là où, il y a deux mois, avait débuté la mutinerie d'Evgueni Prigojine, des inconnus ont déposé des fleurs et apporté des photos du chef de Wagner et de son fondateur, Dmitri Outkine, tous deux sur la liste de l'avion qui s'est crashé la veille dans le nord du pays. Sur les réseaux sociaux, des messages circulaient appelant à des actions à la mémoire de ces « héros » , dimanche prochain dans le centre de villes russes. 
C'est dire si le patron du groupe de mercenaires, drapé dans son patriotisme exacerbé, avec son verbe haut et sans filtre, parlait à beaucoup de Russes, dans un pays où toute parole politique officielle est corsetée. Mais c'est surtout à cause de l'intérêt qu'il suscitait auprès de certaines élites, critiques de la façon dont est menée la guerre en Ukraine, que son élimination hautement probable peut être considérée comme un signal politique. À quelques mois d'une élection présidentielle, il est vrai sans grand suspense, Poutine et l'institution militaire ne pouvaient s'accommoder des dissonances très bruyantes de celui que Vladimir Poutine avait qualifié, sans le nommer, de « traître » ,pour avoir franchi les lignes rouges de la mutinerie, le 24 juin dernier. Même si peu de personnes prêtaient à Prigojine un destin politique, beaucoup le préféraient hors jeu, redoutant de le voir s'ériger toujours davantage en porte-voix d'une frange ultranationaliste revigorée par les aléas du terrain ukrainien. Le mois dernier, une tête d'affiche de cette mouvance nationaliste, le blogueur et ex-commandant séparatiste dans le Donbass Igor Girkine, alias Strelkov, a été arrêté à Moscou pour « extrémisme » après avoir critiqué de longue date les carences de l'armée russe sur son site Telegram, fort de 875 000 abonnés. Il encourt cinq ans de prison.   Depuis le début de l'offensive russe en Ukraine, Girkine dénonçait régulièrement les carences de l'état-major russe, sur Telegram. Après sa rébellion,  « Prigojine, lui, a sous-estimé l'importance pour Poutine d'envoyer un message à tous les rebelles potentiels en leur disant : les gars, ne pensez pas que vous pouvez agir ainsi et rester en vie... » ,  explique le politologue Abbas Galliamov, ancien rédacteur au Kremlin. « Le résultat est double, poursuit ce spécialiste, l'assassinat de Prigojine va renforcer la position de Poutine parmi les élites et affaiblira celle-ci aux yeux de l'opinion publique. L'establishment est désormais convaincu qu'il ne sera pas possible de s'opposer à Poutine sans conséquences » . Pour la politologue Tatiana Stanovaya , « la mort de Prigojine est une menace directe pour tous ceux qui sont restés avec lui jusqu'à la fin ou qui l'ont ouvertement soutenu » . Une mise en garde visant des personnalités telles que le général Sergueï Sourovikine, suspendu fin juillet et un temps incarcéré pour subir des interrogatoires sur ses relations notoires avec Prigojine. Il a été démis mercredi de son poste de commandant en chef des forces aériennes et spatiales.   Alors que tous les yeux étaient tournés vers le Kremlin, Vladimir Poutine, qui commémorait mercredi le 80e anniversaire de la bataille de Koursk, a présenté jeudi ses condoléances aux proches des victimes, saluant en Prigojine un homme « talentueux » ,qui a commis des « erreurs ». Pour la plupart des spécialistes, il fait peu de doute que le président russe, s'agissant d'une décision aussi importante, ait été mis au courant - a minima - d'un projet de se débarrasser d'Evgueni Prigojine.   Les questionnements sur cet événement - toujours entouré d'épaisses zones d'ombre - et ses conséquences continuaient jeudi de tarauder les commentateurs russes. « Outre les commanditaires auxquels on pense, il peut aussi y avoir une troisième force qui veut affaiblir à la fois ceux qui étaient derrière Wagner (appelons-les « services de force étatistes ») et leurs opposants (appelons-les « mondialistes ») », avance le journaliste et politologue Maxime Chevtchenko. Et celui-ci de mettre en cause un « lobby « pro-européen » influent au sein de l'élite russe (...), une foule de gens qui ont gagné de l'argent et bâti leur carrière en négociant les ressources de la Russie dans l'intérêt de l'UE... »« Plus d'homme, plus de problème » ,disait Staline qui s'y connaissait en matière d'élimination .Pas si sûr, corrige en substance l'expert de Carnegie Alexandre Baunov, en affirmant que  « la mort de Prigojine pourrait devenir une source de problèmes pour le système autant que l'était son impunité » . Selon ce spécialiste reconnu , « la mutinerie de Wagner, soutenue par de nombreux blogueurs militaires populaires, a aidé Poutine à décider qui était le pire pour lui actuellement : il s'agit en l'occurrence de l'opposition patriotique, qui soutient le régime et son chef en paroles, mais qui déplore constamment les échecs sur le front, les échecs des dirigeants du pays à tous les niveaux, l'absence de mobilisation militaire de la société, de l'économie et de la culture, et qui a déjà gagné en popularité parmi les citoyens ordinaires... » Selon Baunov en effet, la rébellion de Prigojine a convaincu le maître du Kremlin de franchir une ligne devant laquelle il aurait toujours hésité : lancer la répression non plus contre l'opposition libérale, désormais laminée, mais contre une « opposition patriotique » avec laquelle il partage beaucoup d'idées. Au fond, ce sont « les siens »  , dit Baunov, soulignant le trouble qui pourrait en découler dans cette partie de l'opinion et les fractures au sein du pouvoir, qui pourraient apparaître à terme. </text>
	

	<text titre="Un empire financier nébuleux" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24029" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Les Echos" keywords="evgueni, russe, homme, empire, affaires, prigojine" langue="fr"> L'homme d'affaires russe Evgueni Prigojine, mort mercredi 23 août dans le mystérieux crash de son propre avion, laissera une empreinte importante dans l'économie russe. Celui qui était proche de marcher sur Moscou avec ses troupes paramilitaires Wagner il y a seulement quelques semaines a construit son empire à proximité du Kremlin.
Connaissance de longue date de Vladimir Poutine, Progojine, qui est longtemps resté très discret en Russie comme ailleurs, est passé dans la lumière en prenant un rôle capital dans le système paramilitaire russe. Avec sa milice Wagner, il a participé significativement à l'invasion en Ukraine, tout en oeuvrant pour l'influence de la Russie en Afrique.   En une trentaine d'années, il s'est enrichi en profitant de ses relations avec le Kremlin. Sa fortune est mystérieuse, bien qu'estimée à plusieurs milliards de dollars. Ce père de deux enfants a construit une galaxie diversifiée, qualifiée d' « organisation criminelle transnationale » par les autorités américaines.  Entrepreneur dans la restaurationEvgueni Prigojine lance sa carrière dans la restauration. Lorsqu'il sort de prison en 1990, où il a été enfermé neuf ans pour vol, il lance son fast-food de hot-dogs à Saint-Pétersbourg, sa ville natale. Il monte ensuite un restaurant en plein coeur de la ville, qui deviendra un haut-lieu de l'ancienne capitale russe et accueillera les puissants.   C'est dans ce même restaurant que l'homme d'affaires rencontre l'étoile montante de la politique russe Vladimir Poutine dans les années 1990. Les activités de restauration de l'entrepreneur sont réunies au sein de la société Concord Catering, elle-même comprise dans la holding de Prigojine, Concord Management &amp; Consulting. Cette dernière est l'une des sociétés sanctionnées par les Occidentaux en 2014, lors de l'annexion de la Crimée par la Russie.   En parallèle, il investit dans la pierre, encore à Saint-Pétersbourg. Il serait le propriétaire d'un quartier ultra-sécurisé de la ville et aurait construit, pour le compte de l'Etat russe, de multiples bâtiments pour loger des soldats de l'armée officielle.  D'énormes contrats avec l'Etat russeAprès s'être rapproché de Vladimir Poutine, Evgueni Prigojine a été récompensé de sa fidélité au Kremlin. Il a décroché - dans des conditions visiblement peu orthodoxes - d'énormes contrats pour organiser l'intendance dans les écoles publiques russes et l'armée. Les sommes en jeu ne sont pas officielles, mais on estime que le milliardaire aurait engrangé des centaines de millions de dollars grâce à ces activités.   En parallèle, le magnat restaurateur passe la porte du palais présidentiel pour servir lui-même à la table du président de la Fédération de Russie et organiser des événements privés, ce qui lui a valu le surnom de « chef » ou de « cuisinier de Poutine ». Il aurait même organisé les déjeuners officiels de nombreux chefs d'Etat étrangers à Moscou.   Les autorités américaines soupçonnent Prigojine d'avoir créé en 2016 une nouvelle branche au sein de Concord Management &amp; Consulting. Il s'agit de l'Internet Research Agency (IRA), une sorte d'organe d'information qui emploie plusieurs dizaines de personnes actives sur les réseaux sociaux. Leur rôle ? Mener des campagnes de désinformation au service des intérêts de Prigojine, et plus largement de la propagande russe. L'Etat russe aurait rémunéré l'homme d'affaires pour mettre en place ces campagnes virtuelles.  « Usine à trolls »L'IRA a notamment oeuvré pour rallier les internautes lors de l'annexion de la Crimée en 2014. L'année suivante, son « usine à trolls » a mené une vaste campagne de soutien à Donald Trump pour la présidentielle aux Etats-Unis, d'après le département du Trésor américain.   Prigojine a toujours nié l'existence de l'IRA. En 2019, le Trésor américain a mis en place de nouvelles sanctions à son égard. Elles visent alors trois de ses entreprises, liées à des opérations de propagande, mais aussi trois jets privés et un yacht de luxe, le « St Vitamin ».   C'est pendant cette même année, en 2013, que le milliardaire devient le principal sponsor de la milice privée Wagner, créée par Dmitri Outkine. En 2023, elle compte quelque 25.000 soldats, pour certains d'anciens prisonniers en Russie, embauchés en échange de leur amnistie.   Longtemps, le groupe Wagner ne trouve aucune existence officielle. En réalité, il officie en 2014 dans le Donbass, en Ukraine, lors du conflit avec la Russie, avec le soutien du Kremlin. En 2016, l'Etat syrien emploie les services d'Evro Polis, filiale du groupe Wagner, pour venir en appui de l'armée de Bachar Al-Assad afin de défendre les champs gaziers et pétroliers contre Daesh. Le groupe paramilitaire s'est aussi déployé en Centrafrique et plus récemment au Sahel, où l'ancienne puissance coloniale, la France, est massivement rejetée.   Pour l'ensemble de ces activités, Prigojine aurait touché des millions de dollars de la part de dirigeants et de mercenaires. Entre mai 2022 et mai 2023, le Kremlin a déboursé 86 milliards de roubles (près d'un milliard de dollars) pour payer Wagner, a reconnu Vladimir Poutine en juin dernier. Au Mali, la milice aurait été payée plus de 100 millions d'euros par an pour soutenir les autorités, selon les informations de Reuters.  Activités minières et pétrolièresD'après des données compilées par le « Financial Times » au début de l'année, Prigojine aurait également dégagé 250 millions de dollars de revenus en quatre ans grâce à l'exploitation de ressources minières en Afrique notamment, avant la guerre en Ukraine. Wagner tire profit de la production d'or au Soudan et en Centrafrique.   En Syrie, la société Evro Polis s'est vue offrir des gisements de pétrole contre son action en faveur du pouvoir de Bachar Al Assad. En 2020, elle a dégagé un bénéfice net de 90 millions de dollars, malgré les sanctions américaines. Le tout a été rapatrié en Russie.   Joséphine Boone </text>
	

	<text titre="Le chef de Wagner Evgueni  Prigojine à bord d'un avion qui s'est écrasé en Russie" date="2023 08 25T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7690" auteur="latribune.fr" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="La Tribune" keywords="russe, wagner, écrasé, prigojine, russie, groupe, paramilitaire, evguéni, avion" langue="fr"> ARTICLE MIS EN LIGNE 23/08/2023 19:20, MIS A JOUR 23/08/2023 22:46
_______   Sans surprise... Le patron du groupe paramilitaire russe Wagner, Evguéni Prigojine, pourrait s'être trouvé à bord d'un Embraer Legacy, un avion privé, qui s'est écrasé près du village de Kujenkino, dans la région de Tver, au nord-ouest de Moscou, a rapporté l'agence de presse russe TASS, citant le gouvernement. Dix personnes sont mortes dans le crash de cet avion parti de la capitale russe en direction de Saint-Pétersbourg, a ajouté TASS, précisant que l'appareil transportait sept passagers et trois membres d'équipage. Evguéni Prigojine figurait sur la liste des passagers, a rapporté l'agence de presse, citant l'agence de l'aviation civile russe.   Une porte-parole du département d'État américain a déclaré que « personne ne devra être surpris » si la mort de Evguéni Prigojine était confirmée.   Lire aussiFace à la présence de Wagner proche de la Pologne, Varsovie annonce de nouveaux renforts à la frontière avec la Biélorussie (lien : https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/face-a-la-presence-de-wagner-proche-de-la-pologne-varsovie-annonce-de-nouveaux-renforts-a-la-frontiere-avec-la-bielorussie-972650.html)   Alors que des opérations de recherche sont en cours, des vidéos dont l'AFP n'a pas pu confirmer l'authenticité ont été diffusées sur plusieurs chaînes Telegram se disant liées à Wagner, montrant des débris en feu dans un champ ou encore un appareil tombant du ciel. Pour rappel, Evguéni Prigojine avait été à l'origine en juin d'une rébellion dirigée contre l'état-major russe et le ministre de la Défense Sergueï Choïgou, menée par ses hommes, qui avaient brièvement capturé des sites militaires dans le sud de la Russie avant de se diriger vers Moscou. Evguéni Prigojine avait rapidement renoncé à cette mutinerie, en plein conflit en Ukraine. Elle avait pris fin le 24 juin au soir avec un accord prévoyant le départ en Biélorussie d'Eveguéni Prigojine, tandis que ses combattants pouvaient l'y rejoindre, entrer dans l'armée russe régulière ou retourner à la vie civile.  VIDÉO DE L'ACCIDENT - SOURCE WSJ[Vidéo : https://www.youtube.com/embed/6UQAUj914h0]   Les récepteurs du réseau Flightradar24 ont reçu pour la première fois les données de l'avion à 14h46 UTC. Nous avons pu calculer les positions de 14h59 UTC à 15h11 UTC alors que l'avion montait jusqu'à une altitude de croisière de 28 000 pieds (8534 mètres). L'avion a continué à transmettre des données jusqu'à 15:20:14 UTC.   [Image : https://static.latribune.fr/2222357/ooo.jpg]   Même si l'avion ne transmettait pas d'informations de position, d'autres données telles que l'altitude, la vitesse, la vitesse verticale et les paramètres du pilote automatique étaient diffusées. Ce sont ces données qui donnent un aperçu des derniers instants du vol.   Après s'être stabilisé à 28 000 pieds à 15h10 UTC, l'avion a continué son vol en palier à une vitesse constante jusqu'à 15h19 UTC, moment auquel la vitesse verticale diminue considérablement et l'avion descend brièvement avant de monter jusqu'à une altitude maximale de 30.100 pieds avant de descendre à environ 27.500 pieds. Il monte à nouveau, atteignant 29.300 pieds avant de se stabiliser à nouveau. Il descend ensuite, les données finales étant reçues à 15:14:20 UTC à une altitude de 19.725 pieds. Le graphique d'altitude ci-dessous montre les 32 dernières secondes de données d'altitude reçues.   [Image : https://static.latribune.fr/2222356/000.jpg]  Une vidéo publiée lundiL'annonce de l'accident intervient alors qu'Evguéni Prigojine a publié lundi sa première vidéo depuis sa tentative avortée de mutinerie à la fin du mois de juin, un document dans lequel il affirmait se trouver en Afrique.   Sur ces images diffusées sur des chaînes Telegram affiliées au groupe Wagner, l'homme d'affaires est apparu debout dans une zone désertique, en tenue de camouflage, un fusil à la main. Au loin, on peut apercevoir des hommes armés et une camionnette. Reuters n'a pas été en mesure de géolocaliser la vidéo ni de vérifier la date à laquelle elle a été filmée.   « La température est de +50°C - comme nous l'aimons. La SMP (société militaire privée) Wagner rend la Russie encore plus grande sur tous les continents, et l'Afrique plus libre, », disait-il dans la vidéo. Evguéni Prigojine ajoutait que Wagner, qui recrute des mercenaires, « accomplira les tâches qui lui ont été confiées. »   « âš¡ï¸#BREAKING Yevgeny Prigozhin appeared in a video for the first time in a while, this time from Africa and invites people to join the ranks of Wagner PMC. pic.twitter.com/gSb8YaqMp9 - Tweet de (@WarMonitors) » (lien :)   Le groupe paramilitaire est déjà présent au Mali, pays voisin du Niger, où ses combattants ont été engagés en 2021 par la junte militaire pour lutter contre les groupes islamistes. Les pays occidentaux présents au Niger dans le cadre d'opérations anti-djihadistes craignent que la junte au pouvoir à Niamey depuis le coup d'État du 26 juillet se tourne aussi vers les troupes de Wagner.   Le président russe Vladimir Poutine a appelé à un retour à l'ordre constitutionnel au Niger, tandis qu'Evguéni Prigojine s'est félicité du coup d'État.   Outre le Mali, Wagner est actif en République centrafricaine et en Libye. Les pays occidentaux affirment que le groupe est également présent au Soudan, ce qu'il nie.   (avec Reuters, AFP, Flightradar24 et Tass) </text>
	

	<text titre="Un empire décapité de ses têtes pensantes" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="collet, emma" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="evgueni, chef, militaire, empire, société, prigojine, privée" langue="fr"> SI WAGNER a apparemment perdu son sulfureux chef Evgueni Prigojine, la société militaire privée russe serait aussi privée de ses dirigeants les plus importants. D'après la liste des passagers enregistrés sur le vol d'avion qui s'est écrasé le 23 août et qui n'a laissé aucun survivant selon les informations officielles russes, les hommes de l'ombre Valeri Chekalov, principal associé et responsable de l'empire commercial de Prigojine, et Dmitri Outkine, le chef des mercenaires Wagner, étaient à bord de l'appareil. « Bienvenue en enfer ! » apostrophait sur une vidéo ce dernier, bras droit du patron de Wagner et responsable du commandement et de l'entraînement des troupes au combat, en accueillant des mercenaires de Wagner en Biélorussie, le 19 juillet. 
Ancien soldat des forces spéciales russes, vétéran des guerres de Tchétchénie, il a combattu en Syrie où il est accusé de tortures tout comme en Ukraine. Crâne rasé et symboles nazis tatoués sur les clavicules, réputé pour son ultraviolence, il clamait son admiration pour le IIIe Reich. Son nom, « Wagner » fait référence au compositeur favori de Hitler. La société militaire privée qu'il fonde avec Evgueni Prigojine a pris ce même nom, lorsque les deux hommes se rencontrent entre la fin de l'année 2013 et le début de l'année 2014 selon Dossier Center, cellule d'investigation financée par l'ancien oligarque et opposant Mikhaïl Khodorkovsky.   Médaille de la bravoure   En 2016, aux côtés d'autres figures historiques de Wagner, Outkine pose fièrement au Kremlin aux côtés de Vladimir Poutine. Le maître de la Russie le récompense d'une médaille de la bravoure pour la prise de Palmyre, en Syrie, occupée par les djihadistes de Daech. Sept années plus tard, cette époque est définitivement révolue depuis la rébellion de Wagner le 24 juin, durant laquelle Outkine aurait dirigé la « marche sur Moscou ».   Tout aussi fidèle à Evgueni Prigojine, Valeri Chekalov, aussi connu sous le surnom « Rover » , travaille à ses côtés depuis les années 2000. En deux décennies, il est devenu étroitement associé aux multiples entreprises du groupe Concord, l'empire commercial tentaculaire de Prigojine. Selon Dossier Center, Valeri Chekalov est le cerveau des projets « civils » de Prigojine à l'étranger, qu'il s'agisse de prospection géologique, de production pétrolière ou d'agriculture.   Mais il est surtout connu pour être le directeur général de la société Evro Polis, l'entreprise qui couvre les activités de Wagner en Afrique et émettrice des feuilles de paie de l'ensemble des combattants du groupe. La société jouait également un rôle de fournisseur de matériel et d'armes, selon le collectif indépendant d'investigation All Eyes on Wagner.   Le mois dernier, les États-Unis lui ont imposé des sanctions en raison de ses liens avec Evgueni Prigojine et pour avoir facilité les expéditions de munitions vers la Russie. Selon le média indépendant Bellingcat, Valeri Chekalov était aussi « chef de sécurité de Prigojine  » « surveillant, harcelant et attaquant les journalistes osant enquêter sur son patron ». Trois d'entre eux ont été assassinés en Centrafrique en 2021. </text>
	

	<text titre="L'armée russe pourrait remplacer les miliciens en Afrique" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="malbrunot, georges" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="continent, africain, réseaux, armée, russe, miliciens, russie, afrique, remplacer" langue="fr"> ON L'AVAIT VU apparaître dans une vidéo diffusée lundi sur les réseaux sociaux, jurant depuis le continent africain de « rendre la Russie plus grande à travers le monde ».Trois jours plus tard, la disparition du patron de Wagner, Evgueni Prigojine, menace au contraire de ruiner l'avenir de sa milice en Afrique, devenue un levier gênant d'influence russe. D'autant que depuis la rébellion avortée de Prigojine contre le maître du Kremlin il y a deux mois, selon l'hebdomadaire Jeune Afrique, 500 à 600 de ses miliciens auraient quitté la Centrafrique pour être rapatriés à Moscou.   La mort de Prigojine pourrait donc accélérer une redistribution des cartes russes sur le continent. « Wagner sera-t-elle nationalisée ? Le ministère russe de la Défense négociera-t-il directement avec les clients(africains) de Wagner, comme il vient d'essayer de le faire avec Khalifa Haftar en Libye ? », s'interroge le chercheur à Oxford Samuel Ramani, auteur du livre Russia in Africa. Vingt-quatre heures avant la probable élimination de Prigojine, le vice-ministre russe de la Défense, Iounous-Bek Evkourov, arrivait en Libye à l'invitation du chef de guerre Khalifa Haftar pour « en expulser » les hommes de Prigojine, affirment certaines sources. 
Depuis son premier engagement militaire en Afrique en 2017, Wagner a déployé des mercenaires dans cinq pays (République centrafricaine, Libye, Mali, Soudan et Mozambique) tandis que d'autres groupes liés à Prigojine ont fait leur apparition à plusieurs titres (militaire, économique ou politique) dans plus d'une douzaine de pays africains. Si depuis l'invasion russe de l'Ukraine, « certains contingents ont été rappelés (...) pour aller soutenir les efforts russes, selon un rapport du think-tank Global Initiative de février 2023, cela n'a pas empêché Wagner de maintenir des miliciens au Mali (le plus récent de ses théâtres d'opérations militaires), en Centrafrique, au Soudan et en Libye, et de courtiser d'autres nations africaines, comme le Burkina Faso », et dernièrement le Niger, post-coup d'État.   À la fois politique et sécuritaire, le « modèle » Wagner en Afrique repose sur l'envoi de conseillers militaires, l'offre de services de sécurité à bas coût et la protection de zones d'extraction de ressources. Ses mercenaires sont accusés d'avoir commis de graves violations des droits de l'homme, y compris des actes de torture et des exécutions de civils, d'exploiter illégalement des ressources minières et de trafics de produits aurifères. D'autres miliciens ont mené des missions d'observation électorale biaisées au profit de pouvoirs en place, souvent contestés par la rue, et orchestré des campagnes d'influence politique et de désinformation sur les réseaux sociaux.   Poutine rassure le continent   À ceux qui s'interrogent sur l'articulation future entre Wagner et les forces armées russes en Afrique, Vladimir Poutine a paru donner quelques éléments de réponse lors de son intervention - à distance - devant les Brics réunis, jeudi, en sommet en Afrique du Sud. La Russie entend « approfondir (ses) liens avec les pays africains, et rester un partenaire fiable en matière de fourniture énergétique et alimentaire », deux secteurs où elle est attendue par un continent aux économies déstabilisées par la guerre en Ukraine.   Les assurances de Vladimir Poutine suggèrent que le leader russe entend profiter de la mort de celui qui l'a trahi pour avancer ses pions en Afrique. La manoeuvre aurait, en fait, commencé avant la disparition de Prigojine, le dernier voyage du patron de Wagner ayant précisément eu pour objectif de contrer l'offensive hostile de Poutine sur le sol africain. « Des efforts(russes, NDLR) étaient mis en oeuvre pour complètement bloquer l'activité de Wagner en Afrique », écrit le centre de recherche américain, Institute for the Study of War, qui rappelle qu'après sa mutinerie manquée contre Poutine, Wagner avait délaissé l'Ukraine pour réorienter ses activités en Afrique. « L'institution militaire russe avait un plan visant à remplacer les mercenaires de Wagner avec 20 000 soldats », croit savoir le think-tank américain.   Dans la même veine, le média d'investigation indépendant russe Important Stories explique que le général Andreï Averyanov, chef adjoint du renseignement militaire, était en charge de cette mission dont le maître d'oeuvre opérationnel n'est autre que l'ancien bras droit de Prigojine, Konstantin Pikalov, par le biais d'une unité de réserve de l'armée qui aurait récemment recruté des pilotes navigateurs de drone Orion et Sirius pour l'Afrique. « On s'oriente effectivement vers un remplacement des privés par des officiels, confirme au Figaroune source sécuritaire française. Cela veut dire que la Russie sera officiellement engagée » dans les pays d'intervention de Wagner. Mais « la plupart des commandants et officiers de rang intermédiaires de Wagner sont encore là, rappelle le chercheur Samuel Ramani. Les opérations de Wagner en Afrique ne vont pas s'éteindre automatiquement sans Prigojine » . Le bras de fer n'est pas terminé. </text>
	

	<text titre="En Ukraine, le mercenaire était passé de l'ombre à la lumièrede l'ombre à la lumière" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="benn, margaux" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="président, ukrainien, bakhmout, ukraine" langue="fr"> LE BOUCHER de Bakhmout est mort, quelques heures avant la Journée de l'indépendance de l'Ukraine. Kiev, qui par la voix du président ukrainien a souligné n'avoir «rien eu à faire» avec le crash de l'avion du chef de la milice Wagner, a laissé entendre son soulagement... Mais aussi son mépris pour cet ancien repris de justice qui envoya au carnage des dizaines de milliers de criminels russes, permettant à Moscou de remporter sa seule victoire de taille en un an et demi : la prise de Bakhmout, dans le Donbass.  «Toute bonne nouvelle est agréable en temps de guerre, et je me réjouis que Prigojine et d'autres assassins se soient écrasés en avion. Mais il ne faut pas être dupe : si Poutine a assassiné Prigojine, c'est qu'il a déjà pensé l'après, et qu'il sait comment réorganiser son armée. Je ne suis pas sûre que cela aura un grand impact sur les combats en Ukraine, car Prigojine est tout à fait remplaçable », avance Natalia, qui travaille dans le secteur des technologies de défense à Kiev. Mykhaïlo Podolyak, conseiller de la présidence ukrainienne, penchant lui aussi pour la thèse globalement partagée d'un assassinat commandité en haut lieu, a vu dans l'événement «un signal de Vladimir Poutine aux élites russes avant l'élection (présidentielle) de 2024 ». 
Dès le début de ce que Moscou appelle son «opération militaire spéciale » en Ukraine, le groupe paramilitaire participe à l'effort de guerre. Ses effectifs sont d'abord majoritairement des vétérans de l'armée régulière, censés renforcer les troupes face à des Ukrainiens plus mobilisés et résilients qu'escompté, et soutenus militairement par une grande partie de l'Occident.   Les victoires s'enchaînent, notamment dans le Donbass : en avril 2022, Wagner contribue à prendre la ville de Popasna avant d'autres localités au printemps et à l'été, ce qui ouvre la voie vers Soledar - où le groupe remporte une autre victoire notable - et, enfin, Bakhmout. Principal, et plus médiatique fait d'armes de la milice Wagner en Ukraine, la bataille pour cette cité minière devient, fin 2022, l'épicentre des combats. L'armée de Moscou subit alors défaite sur défaite, et Bakhmout est pour Prigojine la promesse d'une victoire symbolique, et une occasion de briller face à des généraux discrédités. Presque un an durant, les forces ukrainiennes défendent ce qui n'est rapidement plus qu'une ville fantôme meurtrie aux immeubles éventrés. Des dizaines de milliers d'hommes périssent, suscitant des questionnements à Kiev comme à Moscou sur le sens stratégique d'un tel acharnement. Et puis, en mai dernier, Prigojine revendique sa victoire sur la ville. Alors que partout ailleurs, l'armée régulière russe peine à engranger le moindre succès, le « cuisinier de Poutine » remporte une importante victoire politique. C'est d'ailleurs à l'automne 2022 qu'il déclare officiellement avoir fondé Wagner huit ans auparavant.   Une autre version de l'Enfer   Ce fut aussi à l'aube de la bataille de Bakhmout que, déjà impressionné par les avancées des hommes de Prigojine, l'état-major russe l'autorisa à enrôler des prisonniers pour garnir les rangs de sa milice. La campagne de recrutement dans les geôles de Moscou et d'autres régions s'avéra particulièrement fructueuse : en mars 2023, selon le Wall Street Journal, quelque 50 000 détenus, dont de nombreux criminels condamnés à de lourdes peines pour des faits de meurtres et de viols, avaient rejoint les rangs de ce groupe de plus en plus médiatique.   S'ils avaient quitté les prisons russes, connues pour leur insalubrité et l'extrême violence qui y règne, les détenus ont rejoint une autre version de l'Enfer. Sans réelle formation (de nombreux témoignages de ces hommes à des journalistes et à des soldats ukrainiens après leur capture laissent à penser qu'ils étaient surtout entraînés à courir et ramper), ils étaient traités non tant comme de potentiels soldats, mais comme une réserve immense de chair à canon censée maintenir la pression sur l'ennemi, à Bakhmout notamment. Objectif principal : submerger les forces ukrainiennes, parmi lesquelles de prestigieuses brigades, moins nombreuses et surtout moins enclines à envoyer leurs hommes au carnage.   Les témoignages de nombreux soldats ukrainiens, recueillis au cours de la dernière année, font état de vagues humaines incessantes. «À peine l'un d'eux tombait qu'un autre prenait sa place. Les nouveaux marchaient sur les cadavres de ceux qui venaient de mourir. Ils étaient comme des zombies, des pions interchangeables,» décrivait l'hiver dernier un soldat ukrainien dans l'est du pays. Battre en retraite, déserter, c'était être exécuté, parfois d'un coup de marteau sur le crâne... Un châtiment qui fut relayé sur les réseaux sociaux par le groupe. Ce fut sans doute cette propension à recruter à tour de bras des candidats aux missions suicides, ce que même l'armée régulière russe s'interdisait, qui détermina l'issue de la bataille de Bakhmout.   Élément crucial   Tout au long de son entreprise ukrainienne, et plus particulièrement pendant la bataille de Bakhmout, Prigojine se forge une image d'homme fort, présent sur le front aux côtés de ses hommes, contrairement aux responsables de l'armée régulière qu'il ne cesse de ridiculiser. En février dernier, il publie une vidéo le montrant à bord d'un avion, défiant le président ukrainien Volodymyr Zelensky à un duel aérien pour décider du sort de Bakhmout. Coutumier des apparitions sur les réseaux sociaux et sur la plateforme Telegram, le sexagénaire invective le ministre de la Défense Sergueï Choïgou ou encore le chef d'état-major Valéri Guérassimov, qu'il accuse d'entretenir un «blocus sur les munitions», privant ses hommes de l'équipement nécessaire pour prendre l'ascendant sur les forces adverses. Il en profite d'ailleurs pour accuser nommément des oligarques et officiers d'accorder des passe-droits à leurs proches les dispensant d'aller se battre.   Son impertinence, sans doute tolérée au nom de la confiance que lui témoignait Vladimir Poutine et parce que Wagner s'était imposé comme un élément crucial de l' «opération militaire spéciale », a fini par lasser. Début 2023, Prigojine a annoncé ne plus recruter dans les prisons, un aveu interprété comme le signe que cette faveur lui avait été retirée. Mais alors que Moscou avait envoyé, selon le ministère de la Défense britannique, 97 % de son armée en Ukraine, et que Poutine tançait à la télévision le responsable de l'industrie de défense - trop lente à fournir de nouveaux équipements selon le président russe -, la redoutable milice Wagner avait remporté les seules rares victoires dont puisse se prévaloir le pouvoir russe. </text>
	

	<text titre="La disparition du chef de Wagner soulève quatre grandes questions" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24029" auteur="derek perrotte; yves bourdillon; benjamin quenelle" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Les Echos" keywords="chef, wagner, questions, groupe, région, avion, disparition" langue="fr"> Que s'est-il passé et pourquoi ?Un avion Embraer Legacy 600 immatriculé RA 027905, appartenant au groupe Wagner, s'est écrasé mercredi à 18 h 06, heure locale, dans la région de Tver, au nord-ouest de Moscou, avec dix personnes à bord. Evgueni Prigojine, ainsi que l'autre fondateur du groupe Wagner, Dmitri Outkine, figuraient sur la liste des passagers. Leurs corps ont été identifiés dans la nuit. 
L'avion, qui devait rallier Saint-Pétersbourg depuis Moscou, aurait été abattu par un missile, selon des témoins oculaires et des vidéos évoquant des trajectoires dans le ciel et une explosion sur un des deux turboréacteurs Rolls-Royce de l'avion avant qu'il ne parte en vrille. La défense antiaérienne de la région opère des missiles Buk, très véloces (Mach 4) et d'une charge explosive relativement faible, 50 kg, ce qui expliquerait que l'avion soit arrivé en un seul morceau au sol. Les services de renseignement occidentaux privilégiaient, jeudi, l'hypothèse d'une bombe placée à bord.   Cette élimination est très vraisemblablement imputable à Poutine : rien de ce niveau ne se fait en Russie sans son feu vert, surtout avec des moyens militaires. Evgueni Prigojine, issu de la pègre de Saint-Pétersbourg avec qui Vladimir Poutine a des accointances établies depuis les années 1990, rendait pourtant d'éminents services au Kremlin.   Il menait depuis des années les opérations militaires et d'influence, en Syrie et en Afrique noire, que Moscou ne pouvait pas assumer ; avait mené ses troupes en mai à la seule victoire russe depuis juin 2022, à Bakhmout ; et exerçait une pression intense sur le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et le chef d'Etat-major, Valeri Guerassimov, par des accusations de corruption et d'incompétence.   Mais Prigojine, pour lui forcer la main et obtenir la tête d'un Choïgou discrédité et invisible, avait été trop loin avec sa mutinerie du 23 juin. Se croyant peut-être intouchable, il avait défié voire humilié le maître du Kremlin. Qui ne pardonne jamais aux traîtres.  Cela aura-t-il un impact sur la guerre ?Pas à court terme. Le groupe Wagner s'était retiré du théâtre des opérations en Ukraine depuis sa victoire à Bakhmout. Ses mercenaires étaient redéployés en Afrique, en Russie et en Biélorussie. Le seul impact possible tiendrait à une déstabilisation et démotivation des officiers, subalternes comme de haut rang, dont beaucoup appréciaient Prigojine pour son courage physique et son franc-parler sur la corruption et l'incompétence des dirigeants à Moscou.   La purge pourrait aussi nuire aux efforts de guerre par l'incertitude qu'elle provoquera dans les états-majors ; qui va être limogé, emprisonné, voire pire ? Il n'est pas certain que les officiers éliminés soient remplacés par des plus compétents ou aguerris.  Quelles conséquences pour les activités de Wagner en Afrique ?C'est là qu'il a beaucoup oeuvré et forgé en partie sa légende, là que le groupe Wagner qu'il dirigeait a bâti un empire militaire, économique et médiatique, et là qu'il affirmait se trouver, dans la dernière vidéo publiée de son vivant, lundi. Evgueni Prigojine s'était imposé comme un personnage central en Afrique, où sa disparition ne devrait toutefois pas rebattre immédiatement les cartes tant les réseaux de Wagner y sont profondément implantés, en particulier en République centrafricaine, au Mali et au Burkina Faso. Les hommes de Prigojine ont su s'y rendre indispensables, tant auprès des gouvernements locaux, pour qui ils jouent le rôle de garde prétorienne, qu'auprès du Kremlin, dont ils constituent le discret bras armé sur le continent.   La mutinerie avortée de juin n'avait ainsi pas entraîné de chute brutale de l'influence de Wagner en Afrique. « Il est dans l'intérêt du Kremlin de maintenir ce réseau. Des changements de personnel interviendront, comme après la mutinerie, mais pas de remise en cause des alliances », estime Thierry Vircoulon, de l'Institut français des relations internationales (Ifri). Lors du sommet Afrique-Russie de fin juillet, le Mali et la République centrafricaine ont continué d'afficher une amitié se voulant indéfectible avec la Russie, qui a de son côté tenu à les rassurer sur la protection qui leur sera prodiguée.  « De la mutinerie jusqu'à la mort de son PDG, le groupe était dans une période floue et transitoire. Maintenant, c'est avant tout une question successorale. Le réseau va-t-il tomber dans une guerre intestine ? Etre maintenu tel quel et repris par un responsable nommé par Moscou ? Vendu à la découpe à d'autres groupes armés en embuscade ? » poursuit Thierry Vircoulon.   Autant de questions qui commencent à agiter les militaires au pouvoir à Bamako, Bangui et Ouagadougou et qui préoccupent aussi la Lybie, ou encore le Soudan, autres terrains d'intervention du groupe Wagner en Afrique.  Que va devenir l'empire Wagner ?Dans le crash de l'avion d'Evgueni Prigojine, ce n'est pas seulement le chef de Wagner qui a disparu. C'est aussi son autre cofondateur, Dmitri Outkine, ancien colonel du renseignement militaire GRU. Figure aussi parmi les victimes Valeri Tchekalov, responsable du service de sécurité et du soutien logistique ainsi que trois autres cadres. Il semble donc clair que les organisateurs du crash avaient l'intention de décapiter ce groupe aux intérêts diversifiés (services de sécurité, médias, etc.).   Qui reprendra ces entreprises qu'il contrôlait étroitement ? Pour ce qui est du mercenariat, depuis leur mystérieuse mutinerie des 23 et 24 juin, les guerriers de Wagner avaient été autorisés par le Kremlin à s'exiler en Biélorussie et à poursuivre leurs actions en Afrique. Armes et activités pourraient être reprises par des forces sous contrôle du Kremlin. Une partie des mercenaires pourraient préférer proposer leurs services au plus offrant, en Russie ou en Afrique.   Yves Bourdillon, Derek Perrotte et B. Q. </text>
	

	<text titre="La fin inéluctable d’une saga russe" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Monde" keywords="fin, russe, wagner, prigojine, saga, d’une" langue="fr"> La vengeance est un plat qui se mange froid. La mort − très probable, bien que non totalement confirmée en l’absence d’identification des corps − d’Evgueni Prigojine, chef des milices Wagner et renégat impénitent, est venue rappeler à tous les mutins en puissance, mercredi 23 août, que cette maxime bien connue des dictateurs, chefs de clan et autres parrains mafieux reste impitoyablement en vigueur à Moscou.   Les images de la chute de l’avion privé de Prigojine puis celles de la carcasse fumante de l’appareil qui ont circulé toute la soirée en Russie sont autant d’avertissements aux élites russes et à ceux qui pourraient être tentés d’emprunter la voie de la rébellion contre le régime de Vladimir Poutine. Outre Prigojine, la liste des passagers à bord de l’avion parti de Moscou à destination de Saint-Pétersbourg comporte neuf personnes, dont le numéro deux de Wagner, Dmitri Outkine, sympathisant néonazi et fondateur du groupe.
Il a donc fallu à peine deux mois - jour pour jour – après sa mutinerie du 23 juin pour que l’affaire Prigojine soit réglée. C’est, au bout du compte, une fin logique à une saga dont les épisodes successifs paraissaient de plus en plus irrationnels : accusé de « trahison »par Poutine dès son mouvement de mutinerie, au cours duquel les forces de Wagner ont quand même abattu un avion et six hélicoptères de l’armée russe, Prigojine a d’abord négocié un « exil » en Biélorussie, a été longuement reçu au Kremlin, puis s’est promené librement entre la Biélorussie, la Russie et peut-être même le Sahel, où il a affirmé se trouver lundi.   Même si la mutinerie orchestrée par Prigojine n’était pas à proprement parler une tentative de le renverser, le président russe ne pouvait laisser une telle humiliation impunie. Selon certains analystes, le sort du « traître » était scellé dès le début, mais ce délai a permis à Vladimir Poutine d’organiser le démantèlement de la petite armée Wagner, opération pour laquelle il avait besoin de la coopération de son ancien fidèle serviteur. La concomitance de la mise à l’écart du général Sergueï Sourovikine, haut responsable de l’armée considéré comme allié de Prigojine, est un autre signe de la reprise en main par le Kremlin.   Voici donc un trublion éliminé, en dépit des immenses services qu’il a rendus à sa manière au maître du Kremlin, notamment en sauvant la mise à l’armée russe cet hiver en Ukraine grâce à la chair à canon jetée par Wagner dans la bataille de Bakhmout. M. Poutine va sans doute considérer la disparition de Prigojine et de ses lieutenants comme une consolidation de son pouvoir, spectaculairement mis à mal par la mutinerie de juin. On peut aussi imaginer que la leçon en sera retenue par les différents cercles intéressés par le pouvoir, même s’ils sont suffisamment au fait des méthodes du régime et de son histoire pour connaître les risques encourus.   Il est cependant difficile de voir dans le déroulement rocambolesque de l’affaire Prigojine un signe du raffermissement de l’autorité du président russe. C’est au contraire une preuve supplémentaire de l’instabilité, de l’opacité et de l’évolution de plus en plus chaotique de ce pouvoir, ébranlé par la désastreuse erreur de calcul de l’invasion de l’Ukraine. Cette évolution, et le peu de crédit qui en résulte pour la parole du Kremlin dans un quelconque accord, ne peut malheureusement que rendre très pessimiste sur la possibilité d’une issue négociée à la guerre. </text>
	

	<text titre="La revanche de Vladimir Poutine" date="2023 08 25T00:00:00" journal="La Croix, no. 42701" auteur="benjamin quénelle" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="La Croix" keywords="poutine, soviétiques, rappelle, vladimir, scène, mise" langue="fr"> La mise en scène rappelle les grandes heures soviétiques où, éparses, les informations sont floues mais suffisantes pour que les conclusions soient claires pour tout le monde. Après l'annonce, rapidement mais indirectement confirmée par les médias d'État, de la mort d'Evgueni Prigojine, 62 ans, mercredi 23 août en fin d'après-midi, le Kremlin est resté silencieux ce jeudi 24 août.   La veille au soir, lorsque Vladimir Poutine est apparu sur la scène d'un grand concert militaire, il n'a pas prononcé le nom du chef de Wagner, dont l'annonce du décès dans un crash d'avion venait juste de tomber.
Hasard ou non d'une mise en scène soigneusement orchestrée, le crash du jet privé reliant Moscou à Saint-Pétersbourg, mercredi 23 août, est intervenu deux mois jour pour jour après cette énigmatique « rébellion », aussi spectaculaire que vaine. Elle visait explicitement le ministre de la défense et le chef d'état-major russes mais avait, de facto, humilié et affaibli le Kremlin de Vladimir Poutine.   Le président avait ce jour-là qualifié Evgueni Prigojine de « traître » - sans le nommer. Malgré son statut de paria, le chef Wagner vivait depuis en sursis, tout en multipliant, semble-t-il, les allers et retours entre l'Afrique, son champ de bataille initial, la Biélorussie, sa terre d'exil officiel, et la Russie.   Cible directe de l'insurrection d'Evgueni Prigojine des 23 et 24 juin derniers, la haute hiérarchie militaire russe apparaît comme la première suspecte derrière « l'accident » d'avion. Selon plusieurs experts, l'aéronef aurait été visé par un tir de DCA, la défense antiaérienne russe. C'est pendant la longue et sanglante bataille pour Bakhmout, en Ukraine, que le conflit d'Evgueni Prigojine avec les hauts responsables militaires russes s'était envenimé, le chef des Wagner les accusant ouvertement d'incompétence.   La mort présumée d'Evgueni Prigojine, supposée clore ce chapitre tumultueux, renforce le Kremlin. « Elle semblait programmée. C'est plutôt le sursis accordé qui surprenait. Poutine ne tolère pas la trahison. Son système n'accepte aucun acteur autonome, même du côté de ceux qui ont rendu service et porté les projets du pouvoir. Cela s'inscrit dans la continuité historique russe : Lénine et Staline s'étaient pareillement débarrassés de toutes les figures sortant du lot », rappelle Tatiana Kastoueva-Jean ,directrice du centre Russie-Eurasie au think-tank l'Institut français des relations internationales (Ifri).   À ses yeux, la disparition du chef Wagner, loin de déstabiliser le régime, consolide la verticale du pouvoir, avec le Kremlin en seul arbitre. D'autant que, parallèlement, le principal soutien présumé dans l'armée d'Evgueni Prigojine, le « général Armageddon » Sergueï Sourovikine, réputé pour ses méthodes brutales, a été démis mercredi de ses fonctions. Et, depuis plus d'un mois, le turbulent blogueur ultra-nationaliste Strelkov est en prison, dans l'attente d'un procès pour « extrémisme ».   « Le cas Prigojine, depuis son ascension jusqu'à sa fin, rappelle aussi l'importance des fonctionnements mafieux dans le système politique de Vladimir Poutine »,  note Tatiana Kastoueva-Jean . D'autres turbulences ne sont donc pas à exclure. »De son côté, Andreï Kolesnikov, expert de la fondation Carnegie ,souligne  : « Cette mort rappelle les méthodes soviétiques du NKVD(ancêtre du KGB, NDLR) : des punitions en dehors de toute forme de justice dans un système où la vengeance est un plat qui se mange froid. »Et il ajoute  : « Cela va exciter la peur dans les cercles d'élite. »Un avertissement adressé aussi à d'autres possibles frondeurs : « Cela effraiera plutôt que ça n'inspirera des protestations. Il y aura du ressentiment et du mécontentement, mais aucune conséquence politique » , insiste la politologue Tatiana Stanovaya, de R.Politik. Héros passager, le chef Wagner ne figurait plus sur les radars depuis son insurrection. Selon le centre indépendant Levada, il avait récemment quitté le top 10 des hommes politiques jugés dignes de confiance par les Russes. </text>
	

	<text titre="En Afrique, Wagner survivra à son créateur" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Libération" auteur="célian macé" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Libération" keywords="wagner, créateur, groupe, afrique, patron" langue="fr"> La dernière image publique d'Evgueni Prigogine, diffusée lundi, a été enregistrée en Afrique. Le patron du groupe Wagner, chapeau souple kaki sur le crâne, fusil automatique dans le creux du coude, sanglé dans un gilet pare-balles, s'adresse comme à son habitude à la caméra: «Nous travaillons. La température est de 50°C, tout comme nous aimons. Wagner rend la Russie encore plus grande sur tous les continents, et l'Afrique plus libre.» On ne sait pas quand la vidéo a été tournée. Prigojine ne dit pas non plus dans quel pays il se trouve. Derrière lui, le paysage est désertique. On aperçoit, au loin, des combattants faire le guet. Nord ou sud du Sahara? Wagner est actif des deux côtés du désert, en Libye, au Mali et au Soudan.
Samedi, un avion de transport militaire Iliouchine-76 immatriculé au ministère russe des Situations d'urgence a atterri à Bamako en provenance de Moscou, après une halte par Damas - un appareil et un itinéraire caractéristique des vols opérés par Wagner. A-t-il convoyé le chef des mercenaires russes, venu tourner sa vidéo? Au Mali, l'armée partage plusieurs de ses camps avec des combattants du groupe paramilitaire de Prigojine. Progressivement, depuis la fin 2021, à Gao, Ménaka ou Tombouctou, ils se sont installés dans les bases abandonnées par l'armée française. Tout un symbole. Les Russes sont aujourd'hui le «partenaire privilégié» du Mali, en remplacement des Français.   Grâce à Wagner, Moscou a gagné une influence prépondérante en Centrafrique et au Mali. La Russie a également pris pied en Libye et au Soudan, où elle soutient non pas des gouvernements, mais des pouvoirs parallèles (le maréchal Haftar en Libye, le général Hamdane Daglo au Soudan) aux ambitions hégémoniques, qui contrôlent par les armes une partie de leurs pays. En seulement six ans, le Kremlin s'est offert, à peu de frais, un puissant levier géopolitique sur le continent - où il ne pesait guère, jusque-là, que dans le marché de l'armement. Même dans les pays où Wagner est absent, son ombre portée fait paniquer les Occidentaux. Du point de vue russe, c'est une formidable réussite. Poutine sait qu'il la doit à Wagner. Le modèle doit perdurer, même après la mort de Prigojine, son architecte, et de Dmitri Outkine, son discret chef des opérations militaires, tué avec son patron dans le crash aérien de mercredi. Militaro-mafieux. Depuis leur folle mutinerie du 24 juin, nul doute que le Kremlin a entrepris une réorganisation de l'écosystème Wagner. Le groupe changera peut-être de nom. L'armée ou les services de renseignement le contrôleront d'un peu plus près. D'autres sociétés paramilitaires russes proches du pouvoir, comme le groupe Patriot, qu'on dit piloté par le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, ou le groupe Redut, fondé par un ancien ponte du renseignement militaire, reprendront peut-être une partie de ses activités.   Mais le réseau militaro-mafieux russe en Afrique perdurera, sous une forme ou une autre. «L'idée répandue dans la plupart des médias des &quot;mercenaires prédateurs&quot; de Wagner, totalement autonomes et susceptibles de rompre avec le système d'Etat russe pour faire fructifier un business juteux, me paraît très éloignée de la réalité, pointe Niagalé Bagayoko, présidente de l'African Security Sector Network. Prigogine était un des pions du système mis en place par la Russie et son tort est d'avoir cru qu'il était plus que ça.» Seule limite: l'Etat russe ne peut pas absorber formellement les activités du groupe. Pour Moscou, tout l'intérêt du réseau Prigojine reposait sur le concept de plausible deniability - «démenti plausible», le fait de pouvoir agir à travers Wagner sans avoir à en assumer la responsabilité. La torture pratiquée en Centrafrique, les massacres de civils commis au Mali, les trafics d'or réalisés au Soudan doivent pouvoir être niés, très officiellement, par les diplomates du Kremlin. Même si personne n'est dupe, à commencer par les Etats africains eux-mêmes, qui ont toujours préféré parler de partenariat avec des «instructeurs russes» que d'avouer collaborer avec des mercenaires. «Il n'est pas question que Moscou s'approprie Wagner puisqu'il en est déjà à l'origine, poursuit Niagalé Bagayoko. Il s'agit simplement de contrôler beaucoup plus strictement les activités de la structure pour que la tentative d'autonomisation puis de sécession de Prigogine ne se reproduise pas.» Propagande. Certes, Prigojine avait noué des contacts avec nombre de dirigeants africains. Et le guerrier Outkine, qui a passé l'essentiel de ses dernières années en Afrique, avait bâti une petite armée réactive, âpre au combat et expérimentée. Mais ni l'un ni l'autre n'étaient indispensables. Dans la Russie de Poutine, personne ne l'est, à part Poutine lui-même. L'autonomie de Wagner était toute relative. Contrairement à une idée reçue, il n'est pas certain que les affaires du groupe aient toujours été très rémunératrices. En Centrafrique, l'exploitation des ressources au profit de sociétés russes - sanctionnées par le Trésor américain et l'Union européenne - a été largement documentée. Elle représente une vraie manne financière. Mais au Mali, par exemple, où 1500 de ses combattants sont déployés, Wagner est-il vraiment rentable? Sans le soutien politique, logistique et financier de l'Etat russe, le groupe n'existerait pas.   C'est d'ailleurs une garantie importante pour les dirigeants africains qui ont recours à Wagner. Ils optent pour une assistance militaire -à l'efficacité discutable dans le cas de la lutte antiterroriste, comme au Mali- et parfois une protection personnelle, mais aussi pour le parrainage politique de Moscou sur la scène internationale. Surtout, ils s'offrent avec les services de Prigojine une redoutable machine de propagande incluse dans le «paquet» Wagner. «Ils ont un temps d'avance dans la lutte informationnelle», relevait il y a peu un officiel français, en s'alarmant de la présence de «fermes de trolls repérées au Mali». Ces campagnes de désinformation, orchestrées par les différentes ramifications de Wagner, survivront à son créateur. Elles constitueront le legs le plus durable de Prigojine à l'Afrique.   Célian Macé </text>
	

	<text titre="VLADIMIR POUTINE Victoire à la Pyrrhus" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Libération" auteur="par léo vidal-giraud, frédéric autran et léa masseguin" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Libération" keywords="proches, wagner, a-t-il" langue="fr"> L'   appareil a-t-il été abattu par un missile sol-air, comme l'affirment les cercles proches des paramilitaires de Wagner et semblent le penser les renseignements américains? Ou disloqué par une bombe placée à bord, comme l'ont (très) rapidement laissé entendre des sources proches de l'enquête, pilotée par le pouvoir russe et donc dénuée de toute crédibilité? Plus de vingt-quatre heures après le crash, au nord-ouest de Moscou, du jet privé qui transportait le féroce patron de la milice russe, son commandant opérationnel Dmitri Outkine, son logisticien en chef Valeriy Chekalov et sept autres passagers et membres d'équipage -tous décédés-, ses causes exactes demeuraient jeudi soir incertaines (lire page 5). Tout ce que l'on sait de la Russie permet toutefois, sans grand risque, de formuler deux hypothèses: on ne connaîtra jamais le scénario précis de l'événement et Vladimir Poutine - qui lui, sait - s'en accommode parfaitement. «Peu importent les raisons du crash de l'avion, tout le monde y verra un acte de vengeance et de représailles et le Kremlin ne contredira pas particulièrement cette vision des choses», prédisait ainsi, dès mercredi soir, la politologue Tatiana Stanovaya, fondatrice du cabinet de conseil R. Politik.
UN HOMME «TALENTUEUX» Jeudi soir, Vladimir Poutine a présenté ses «condoléances» aux proches des victimes du crash, salué «la contribution» de Prigojine, un homme «talentueux» ayant commis de «graves erreurs», et promis que l'enquête serait «menée jusqu'au bout». Mais des capitales occidentales à la présidence ukrainienne, des camps africains de Wagner aux boucles Telegram où ses combattants s'épanchent, en passant par les luxueux salons des oligarques russes et les couloirs de la Douma, personne ne semble douter que Pri- gojine a payé le prix de sa rébellion des 23 et 24 juin. Alors sur le front ukrainien, il avait pénétré en Russie, pris le contrôle du quartier général de la ville de Rostov-sur-le-Don puis lancé ses hommes armés en convoi vers Moscou. Sans précédent sous le règne poutinien, la mutinerie rapidement avortée avait ébranlé le Kremlin et sidéré le monde. A l'époque, tout le monde voyait Prigojine mort d'un jour à l'autre. «Si j'étais lui, je ferais attention à ce que je mange», ironisait en juillet Joe Biden. Plusieurs médias russes avaient aussi ressorti de leurs archives une interview télévisée de Poutine remontant à 2018 : «Savez-vous pardonner ?» demandait le journaliste. «Oui, mais pas tout - Qu'est-ce que vous ne pouvez pas pardonner ? - La trahison.»   Deux mois jour pour jour après la rébellion, le couperet a fini par tomber. «Le choix de la date me semble tout à fait dans l'esprit de l'occupant du Kremlin», dit à Libération l'essayiste et historienne Galia Ackerman, spécialiste de la Suite page 4   Suite de la page 3   Russie, pour qui la «trahison personnelle» de Prigojine ne pouvait rester impunie. «Il se sentait forcément menacé», ajoute-telle, alors que se pose la question d'une certaine naïveté du patron de Wagner, dont la grâce et l'exil supposé au Bélarus, obtenus le 24 juin par l'intermédiaire d'Alexandre Loukachenko, faisaient figure d'incompréhensible miracle. Prigojine a-t-il trop forcé sa chance inespérée? On l'a vu, dans les semaines suivantes, multiplier les apparitions médiatiques. Se montrer en Russie, continuer d'y mener ses affaires. Ce lundi, il s'était même affiché, les armes à la main, quelque part en Afrique, claironnant contribuer à la «grandeur» de la patrie. Son comportement n'était pas celui de quelqu'un censé se faire oublier, mais d'un homme encore sûr de sa position de force et confiant en sa capacité à échapper à l'élimination que tous lui promettaient. Au point de commettre le péché d'orgueil de quitter mercredi son refuge africain pour Moscou, peut-être pour prendre part, selon certaines sources, à une réunion au ministère russe de la Défense. Un piège tendu par le Kremlin, qui aurait ensuite profité de la présence dans le même avion des trois piliers de Wagner pour décapiter le leadership d'une milice devenue trop encombrante, mais dont les affaires militaro-mafieuses, notamment en Afrique, perdureront sous une forme ou une autre. Ces dernières semaines, le pouvoir russe a en effet eu le temps de réorganiser l'écosystème de son bras armé pa- ramilitaire sur le continent (lire page 4).   Tradition soviétique Avec la brutalité glaciale de l'ex-officier du KGB qu'il n'a jamais cessé d'être, Vladimir Poutine s'offre, avec l'élimination de Prigojine, une bonne rasade de puissance. Et rappelle qu'il est avant tout le chef d'un clan mafieux qui érige la fidélité en valeur cardinale, et la mort en unique châtiment pour ceux qui l'oublient. Lui qu'on a pu dire affaibli par la mutinerie de Wagner montre qu'il maîtrise encore à la perfection l'art de la purge, une tradition soviétique partagée avec ses alliés chinois et nord-coréen. Rien de très original ni très difficile à mettre en oeuvre, mais pas forcément dénué de risque s'agissant d'un homme, Prigojine, qui «se positionnait comme un grand patriote, avec un discours honnête, selon lequel la guerre en Ukraine avait été mal préparée et servait à l'enrichissement de certains, et dont les paroles trouvaient un certain écho dans le public», note Galia Ackerman. Alors que la guerre en Ukraine a franchi ce jeudi le cap des dix-huit mois, le président russe continue de se dépeindre en rempart contre un Occident décadent, déterminé selon lui à «en finir» avec la Russie. Il exhorte la population, abrutie de propagande, à soutenir l'effort de guerre contre Kyiv, ou tout du moins à ne pas s'y opposer. Ceux qui s'y sont risqués -opposants démocratiques, militants antiguerre, ONG- ont été minutieusement et brutalement réprimés, d'Oleg Orlov, figure de l'organisation Memorial, dissoute fin 2021, aux opposants Ilia Iachine, Vladimir Kara-Murza et bien sûr Alexeï Navalny, tous condamnés à de très lourdes peines de prison. La répression n'épargne plus les étrangers, à l'image du journaliste américain Evan Gershkovich, arrêté fin mars en Russie pour «espionnage», une accusation qu'il rejette catégoriquement. Jeudi, un tribunal de Moscou a prolongé de trois mois la détention provisoire du reporter du Wall Street Journal, premier correspondant étranger détenu en Russie depuis la fin de la guerre froide. deux nouveaux mandats «Cette abolition du paysage démocratique et juridique va probablement se poursuivre au-delà du cycle électoral actuel», prédit Alexander Baunov, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace, en référence aux scrutins régionaux de septembre et, surtout, à la présidentielle prévue en mars. Fort de la révision constitutionnelle adoptée au printemps 2021, Vladimir Poutine a désormais les mains libres pour briguer deux nouveaux mandats de six ans, l'an prochain puis en 2030. Une pure formalité, comme l'a reconnu début août, dans une rare confession au New York Times, son porte-parole, Dmitri Peskov: «Notre élection présidentielle n'est pas vraiment une démocratie, c'est une bureaucratie coûteuse. Vladimir Poutine sera réélu l'année prochaine avec plus de 90 % des voix.» Poutine, indétrônable président à vie ? A court terme, le mélange de répression totale et d'apathie populaire lui offre assurément des garanties. «Sous le coup de la propagande d'Etat, les Russes ne se considèrent pas comme des sujets de l'histoire, leur avis ne compte pas», résume Galia Ackerman. Mais au même titre que la mutinerie de Prigojine avait mis en lumière des failles, son élimination pourrait laisser des traces. «Il est facile de réprimer les ennemis» mais plus dangereux de «s'attaquer aux siens», note Alexander Baunov. «Avec les assassinats des dirigeants de Wagner, on peut dire que la terreur remonte de plus en plus haut dans l'édifice du pouvoir russe, dit à Libération l'historienne spécialiste de la Russie, Françoise Thom (lire page 3). C'est l'indice d'une crise qui se développe au sein du pouvoir même, d'une décomposition des élites dirigeantes russes. Les araignées commencent à se dévorer dans le bocal.» ? </text>
	

	<text titre="Vladimir Poutine rétablit son autorité avec la mort d'Evgueni  Prigojine" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24029" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Les Echos" keywords="mort, evgueni, poutine, autorité, mois, kremlin, prigojine, vladimir" langue="fr"> Vladimir Poutine a repris la main. Deux mois jour pour jour après sa spectaculaire mais vaine mutinerie contre le haut commandement de l'armée qui, de facto, avait humilié et affaibli le Kremlin, Evgueni Prigojine aurait pu être poursuivi en justice. Ila été tué mercredi dans un crash d'avion aux airs d'assassinat.
Tout indique qu'il ne s'agissait pas d'un accident, des témoins oculaires évoquant un tir de missile sur l'avion de Wagner reliant Moscou à Saint-Pétersbourg. Disparaît aussi avec lui le numéro deux de Wagner, Dmitri Outkine, aux amitiés néonazies notoires.  Peu de conséquences politiques« Cette mort rappelle les méthodes soviétiques du NKVD : des punitions en dehors de tout procès dans un système où la vengeance est un plat qui se mange froid », insiste Andreï Kolesnikov, expert de la fondation Carnegie à Moscou. « Il y aura peu d'effets sur l'opinion publique. Mais cela va exciter la peur dans les cercles d'élite. »Une vraie leçon pour tout futur opposant potentiel, prévient Tatiana Stanovaya, politologue de Rpolitik. « Cela effraiera plutôt que suscitera des protestations. Il y aura du ressentiment et du mécontentement, mais aucune conséquence politique. » Du moins à court terme.   Aux yeux du Kremlin, la mort d'Evgueni Prigojine doit donc clore un chapitre malheureux, un micro-événement bientôt oublié pour ne pas bousculer la sacro-sainte « stabilité » du régime. Elle signe le rétablissement de l'autorité mise à mal du dirigeant russe. Vladimir Poutine a poussé le respect des convenances jusqu'à présenter des condoléances appuyées aux familles des victimes, saluant en Evgueni Prigojine un « homme d'affaires talentueux », qui avait « contribué à l'offensive en Ukraine » et qui « malgré ses erreurs, obtenait les résultats qu'il fallait ».   Cette disparition signe le rétablissement de l'autorité mise à mal du dirigeant russe et de sa fameuse « verticale du pouvoir ». « Sa mort semblait programmée. C'est plutôt le sursis accordé jusque-là qui surprenait. Poutine ne tolère pas la trahison », rappelle Tatiana Kastoueva-Jean, du think tank Ifri (Institut français des relations internationales).   Parallèlement, le principal soutien présumé d'Evgueni Prigojine dans l'armée, le « général Armageddon » Sergueï Sourovikine, a été démis mercredi de ses fonctions.  Règlements de comptes« Le cas Prigojine, depuis son ascension jusqu'à sa fin, rappelle aussi l'importance des fonctionnements mafieux dans le système politique de Vladimir Poutine »,  insiste Tatiana Kastoueva-Jean. D'autres turbulences ne sont donc pas à exclure. Cette période de purges, amorcée avec le limogeage de plusieurs généraux avant celui de SergueÏ Sourovikine, pourrait rassurer le régime dans un premier temps mais aussi raviver la guerre des clans. Avec d'autres « accidents » en perspective. Et en toile de fond politique, l'ascension d'une nouvelle opposition au Kremlin : les ultranationalistes.   Dix-neuf mois après le début de « l'opération militaire spéciale » du Kremlin en Ukraine, ces Russes-là s'impatientent de l'enlisement militaire sur le front et des errements du pouvoir politique en coulisses. Ils avaient été séduits par la fronde d'Evgueni Prigojine contre l'establishment jugé trop « mou ». Le chef de Wagner avait d'ailleurs été initialement vu par la majorité des analystes en « pion » loyal et sous contrôle pour faire revenir à la bergerie poutinienne cette opposition ultra-patriotique. Sa mort crée un vide dans le paysage politique. A terme, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour le Kremlin.   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="Vladimir Poutine salue la mémoire du chef de Wagner, Evguéni  Prigojine" date="2023 08 25T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7690" auteur="latribune.fr" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="La Tribune" keywords="mort, président, chef, jet, poutine, moscou, russe, wagner, crash, prigojine, groupe, privé, paramilitaire, vladimir, evguéni, jeudi" langue="fr"> Le président russe Vladimir Poutine a salué jeudi la mémoire d'Evguéni Prigojine, confirmant la mort du chef du groupe paramilitaire Wagner dans le crash d'un jet privé mercredi au nord de Moscou.
« « Nous verrons ce que diront les enquêteurs, l'expertise prendra du temps », a déclaré Vladimir Poutine à la télévision en présentant ses condoléances à la famille de l'homme d'affaires et des neuf autres personnes tuées dans l'accident. »  L'avion a été abattu par un missile sol-air depuis la Russie, pense WashingtonCette annonce intervient alors que les services de renseignement américains pensent que l'avion a été abattu par un missile sol-air tiré depuis le territoire russe, ont déclaré à Reuters plusieurs responsables gouvernementaux américains. Les sources, qui s'exprimaient sous le sceau de l'anonymat en raison de la sensibilité du sujet, ont précisé que cette évaluation n'en était qu'au stade préliminaire et faisait encore l'objet de vérifications.   L'Ukraine n'est pas impliquée dans la mort du chef du groupe paramilitaire Wagner, Evguéni Prigojine, a de son côté déclaré jeudi le président ukrainien Volodimir Zelensky, cité par l'agence Interfax-Ukraine.   « « Nous ne sommes pas impliqués. Tout le monde sait qui est impliqué », a déclaré le président ukrainien à des journalistes. »  « Il y a juste eu un bang »Les habitants du village de Koujenkino, où s'est écrasé l'avion, disent avoir entendu une explosion avant de voir le jet privé tomber comme une feuille morte.   L'appareil, un Embraer Legacy 600, se rendait de Moscou à Saint-Pétersbourg avec dix personnes à bord, dont trois membres d'équipage, lorsqu'il a disparu des écrans radar au-dessus de la région de Tver. Les noms d'Evguéni Prigojine et Dimitri Outkine, fondateur du groupe Wagner, figuraient sur la liste des passagers, selon l'aviation civile russe. Les autorités russes n'ont pas officiellement confirmé leur mort, annoncée notamment mais la chaîne Telegram Grey Zone, canal de communication du groupe de mercenaires. Un journaliste de Reuters présent jeudi matin sur le site du crash a vu les services de secours emporter des corps dans des sacs mortuaires noirs, tandis que la police scientifique poursuivait ses investigations aux abords de la carcasse en partie calcinée de l'avion.   Un habitant de Koujenkino, Vitali Stepenok, 72 ans, a dit à Reuters avoir entendu « une explosion, ou un bang. En général, quand il y a une explosion au sol, il y a de l'écho, mais là il y a juste eu un bang. J'ai levé les yeux et j'ai vu de la fumée blanche. »   « « Une aile est partie dans une direction et le fuselage est tombé comme ça », a-t-il poursuivi, mimant la scène. « L'avion n'a pas piqué du nez, il est tombé en vrille en planant. » »   La description de la scène correspond à une vidéo filmée par un habitant, diffusée par les réseaux sociaux. Plusieurs sources proches de Wagner accusent l'armée russe d'avoir abattu l'avion avec un missile sol-air, ce que Reuters n'a pas été en mesure de confirmer.   Vitali Stepenok, lui, s'est rendu à vélo sur le site du crash, à une vingtaine de minutes de chez lui.   « « Tout était en feu. Des gens s'affairaient autour de l'avion. Ils ont extrait un corps, des restes humains (...) Je ne pouvais rien faire. J'ai vu le numéro d'immatriculation, je leur ai dit et c'était terminé. » »   Un autre villageois, qui a dit s'appeler Anatoli, a précisé que l'explosion entendue dans le ciel de Koujenkino n'était « pas le tonnerre. C'était un bruit, disons, métallique. J'ai déjà entendu ce genre de bruit. »   Le crash est survenu deux mois après la mutinerie du groupe Wagner, pendant laquelle Evguéni Prigojine avait brièvement défié le Kremlin en réclamant la démission du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et du chef d'état-major des armées, qu'il accusait d'incompétence en Ukraine.   Les services de sécurité russe ont dit avoir ouvert une enquête criminelle pour établir la cause du crash.   (Avec Reuters) </text>
	

	<text titre="« Le Kremlin n'a pas intérêt à casser Wagner, jouet qui sert le retour de son influence en Afrique »" date="2023 08 25T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="interview pascal airault @p_airaultt" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="L'Opinion" keywords="jouet, sert, influence, wagner, kremlin, intérêt, afrique, casser" langue="fr"> Ancien chef de corps du 3e régiment d'infanterie de marine et ex-aide de camp de François Mitterrand et de Jacques Chirac, le colonel Peer de Jong a publié récemment Agir entre les lignes. Sociétés militaires privées: Wagner, Blackwater, Mozart et les autres, aux éditions Mareuil. Il revient pour l'Opinion sur les conséquences de la mort d'Evgueni Prigojine.   Quelle incidence va avoir ce décès sur les activités du groupe en Afrique? Plus qu'Evgueni Prigojine, c'est l'essentiel du staff de la holding Concord, dont Wagner est une filiale, qui a été décimé dans le crash de l'Embraer Legacy 600 qui reliait Moscou à Saint-Pétersbourg. Le cofondateur du groupe Wagner, Dmitri Outkine, était, lui aussi, à bord. Cet ancien officier des forces spéciales du GRU était notamment responsable du commandement et de l'entraînement au combat. Autre perte importante: Valeri Chekalov, patron de la sécurité et de la logistique du groupe Wagner. Ces décès auront une incidence sur l'organisation des innombrables activités du groupe.
Comment cela peut-il se passer dans un futur proche? Il devrait y avoir une période de flottement où les autres cadres devraient s'agiter dans tous les sens pour savoir ce qu'ils vont devenir. Concord est une vraie nébuleuse. Il compte une multitude d'entreprises dans le catering, la restauration et l'hôtellerie, les mines (or, diamant) et les hydrocarbures, l'ingénierie électorale et la diplomatie publique. Toutes ces activités sont récupérables par le pouvoir russe. C'est le cas de l'usine à trolls, l'Internet Research Agency, et de Ria Fan, l'agence de production du contenu (articles, dessins animés, sites, blogs) servant à construire le narratif russe à destination de l'Afrique. Ces deux structures sont installées à Saint-Pétersbourg. Après la mutinerie de Prigojine en juin, il y avait des rumeurs de reprises de ces entités, notamment par Alina Kabaeva, la compagne de Poutine, qui est à la tête du National Media Group. Reste enfin le cas de Wagner, tête de gondole des activités sécuritaires.   Le pouvoir va-t-il démembrer cette société militaire? Depuis la mutinerie des 23 et 24 juin, les activités de Wagner étaient en cours de marginalisation. Ses combattants avaient quitté préalablement le champ de bataille ukrainien, laissant leur place aux Tchétchènes. Sept mille mercenaires ont été exfiltrés vers la Biélorussie, d'autres sont en cours d'intégration dans l'armée. Mais Prigojine avait réussi à sauver son dispositif africain (entre 10 000 et 15 000 combattants), particu lièrement au Mali, en Centrafrique et en Libye. Il serait naïf de penser que tout va s'arrêter. Les activités devraient se poursuivre et se développer d'une manière ou d'une autre. Il faudra un peu de temps pour que le pouvoir réorganise et réarticule tout le dispositif pour mieux l'utiliser. Le Kremlin peut coopter un nouveau leadership, autonomiser des sociétés militaires privées comme Sewa Security Services en Centrafrique où bien transférer les activités à d'autres sociétés russes. L'Afrique est redevenue une zone d'intérêt pour le Kremlin. Et le groupe Wagner est, de facto, un sous-traitant de l'Etat russe dans la mise en oeuvre des accords de défense signés avec les Etats africains, une quarantaine en tout. Le groupe est arrivé en Afrique dans le sillage des ventes d'armes. Il assure la formation des armées et sur les équipements, l'accompagnement au combat et la sécurité privée des Etats et des gouvernements. Socle de la présence russe, Wagner permet d'avoir une empreinte minimum sur le terrain et d'agir au nom du déni plausible, c'est-àdire de pouvoir se défausser des exactions commises.   Des experts pensent que les activités d'influence pourraient basculer dans l'orbite du GRU (renseignement militaire)? C'est une possibilité. Wagner devait fêter ses dix ans l'an prochain. Il a été créé avec le parrainage du GRU, du FSB, de la Garde nationale et de l'armée. Il existe une réelle consanguinité   entre Wagner et ces institutions. La plupart de ses combattants y ont travaillé avant d'intégrer le groupe. Le système serait resté en l'état si Evgueni Prigojine n'avait pas perdu la tête en croyant qu'il pouvait s'émanciper du pouvoir. Vladimir Poutine n'a pas supporté la trahison de cet homme de son premier cercle. Il envoie un message à tous ceux qui auraient des velléités d'autonomisation à l'approche de la présidentielle.   Toutefois, il n'a pas intérêt à casser le jouet qui sert son dessein de retour d'influence russe en Afrique. D'ailleurs, les rotations de personnels se poursuivent au Mali et en Centrafrique. Et les fermes à troll continuent de tourner au profit des clients étatiques.   Interview Pascal Airault @P_Airaultt </text>
	

	<text titre="Prigojine, de la disgrâce au crash" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="evgueni, disgrâce, prigojine" langue="fr"> Paul Gogo et Robin Korda   En tenue militaire, gilet pare-balles et mitraillette à la main, Evgueni Prigojine aura donc fait sa dernière apparition, lundi, dans une posture fidèle à sa réputation : combative voire agressive. Cet homme chauve aux traits épais, denture incertaine et gueule patibulaire, est filmé sur un terrain africain non identifié. « Nous travaillons. Wagner rend la Russie encore plus grande, sur tous les continents, et l'Afrique plus libre. »   Deux jours après la diffusion de ce clip sur Telegram, le chef de cette milice privée, sorte d'armée de l'ombre de Vladimir Poutine, s'envolait pour Moscou puis Saint- Pétersbourg avant de décéder dans l'explosion de son avion. Deux mois jour pour jour après une tentative de rébellion qui a ébranlé le Kremlin.
Passé en deux décennies de voyou à chef de guerre tout puissant, l'ancien « cuisinier de Poutine », comme il était souvent surnommé en raison de ses débuts dans la restauration, a été l'un des oligarques les plus en vue du pays. Trajectoire qui a pris fin dans la disgrâce à 62 ans. « C'était un homme au destin compliqué, qui a commis de graves erreurs dans sa vie, mais qui obtenait les résultats qu'il fallait », l'a sobrement décrit le président russe.  Après son putsch, une liberté relativeLe 24 juin, le maître du Kremlin dénonce une « trahison » provoquée par des « ambitions démesurées » et des « intérêts personnels ». Pendant plusieurs heures, les combattants de Wagner, très présents en Ukraine et en Afrique, ont occupé un quartier général de l'armée russe à Rostov-sur-le-Don, au sud-ouest du pays, et parcouru des centaines de kilomètres en direction de Moscou.   La mutinerie a vite pris fin. Un accord prévoit le départ en Biélorussie de Prigojine. Il temporise, tente, les jours suivant, de convaincre Poutine : il ne visait que la destitution de l'impopulaire ministre de la Défense Sergueï Choïgou, qu'il invective depuis des mois pour des soucis de munitions.   Le président russe feint d'acquiescer. Il le convoque le 29 juin. L'homme d'affaires est relâché dans une liberté relative. Son avion est aperçu plusieurs fois entre Moscou, Saint-Pétersbourg et Minsk, en Biélorussie. Dans le même temps, son empire saint-pétersbourgeois est démantelé. Fini les restaurants de luxe, les investissements immobiliers, les « usines à trolls », ces gens payés pour inonder Internet de désinformation. Fini aussi le QG Wagner, installé dans une tour de l'ex-Leningrad.   En juillet, son statut et celui de sa milice interrogent. Cette langue bien pendue ne communique plus, semblant avoir perdu la main sur ses réseaux sociaux. Sa décrédibilisation commence. Plusieurs médias publics et privés diffusent les images de perquisitions menées à son domicile. Dans cette vaste et luxueuse maison, avec un hélicoptère stationné dans le jardin, des lingots d'or et des armes.   Un coup dans l'aura populiste dont s'est souvent paré le milliardaire, opposant les soldats « morts sur le front » et des élites mangeant « dans de la vaisselle en or massif ».  Une capacité hors norme à rebondir dans l'adversitéPlus dérangeants encore, ces vidéos de ses passeports aux différents noms et surtout celles de son armoire remplie... de perruques. Les rumeurs décrivent un hypocondriaque corrompu, drogué, propriétaire d'un harem de prostituées, multipliant les rapports avec de jeunes vierges.   Evgueni Prigojine croit-il que la punition s'arrêtera là ? Fin juillet, il s'affiche sur une photo en compagnie d'un proche du président centrafricain. Une façon de signifier que ses contacts tiennent bien à lui alors qu'au même moment Poutine serre les mains de différents chefs d'État à l'occasion du forum Russie-Afrique.   C'est que l'homme a du caractère et une capacité hors norme à rebondir. En 1981, il est condamné à de la prison ferme après avoir détroussé des femmes dans les bas-fonds de Saint-Pétersbourg. À sa sortie, l'effondrement de l'URSS, quasi dix ans plus tard, permet à cet ex-skieur de fond de se relancer. D'abord vendeur de hot-dogs, l'ex taulard ouvre des restaurants huppés et se lie à un adjoint municipal en vue : Vladimir Poutine.   Fort de cette amitié, il s'approprie de juteux marchés, comme l'organisation des banquets officiels, l'approvisionnement des cantines scolaires ou de l'armée. Se diversifie. Et finit par devenir ce personnage incontournable, digne d'un méchant de James Bond. Celui qui meurt à la fin. </text>
	

	<text titre="Missile ou bombe, une chute aussi suspecte que fatale" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Libération" auteur="nelly didelot" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Libération" keywords="jet, minutes, heure, mercredi, crash, legacy, chute, prigojine, privé, bord" langue="fr"> Le crash de l'Embraer Legacy 600 à bord duquel se trouvait Evgueni Prigojine mercredi soir s'est joué en quelques minutes. Il est 17h53 heure locale quand le jet privé décolle de l'aé- roport Cheremetievo de Moscou, le plus grand du pays. Le plan de vol indique pour destination Saint-Pétersbourg. Tout semble alors parfaitement normal. Ce jet privé, connu pour être l'un de ceux appartenant à Wagner, n'a pas volé depuis le 18 juillet mais il a été utilisé depuis le début de l'année 2023 presque uniquement pour des trajets entre les deux plus grandes villes du pays.
Dix personnes seraient montées à bord selon la liste des passagers et des membres d'équipage publiée par les autorités aériennes russes. Outre le patron de Wagner, son bras droit Dmitri Outkine aurait embarqué   dans l'avion aux côtés de Valeriy Chekalov, le logisticien du groupe impliqué dans le trafic de pétrole en Syrie.   A 18 h 11, le jet privé atteint son altitude de croisière de 8500 mètres. Il survole alors la bourgade de Shernevo au nord de Moscou et poursuit sa route à vitesse constante jusqu'à 18 h 19, quand tout se dérègle brutalement. En l'espace de treize secondes, l'avion perd de l'altitude, puis en reprend pour atteindre une altitude maximale de 9 100 mètres, avant de redescendre à 8200 mètres puis de remonter pour redescendre à nouveau. A 18 heures 19 minutes et 54 secondes, la chute devient brutale. Le jet perd plus de 2000 mètres d'altitude en vingt-six secondes, avant d'arrêter d'émettre. Accident improbable Une vidéo tournée au sol dans la région de Tver, montre la chute très rapide et quasi verticale de l'appareil. Ses débris en flamme ont été rapidement retrouvés à proximité   de la localité de Koujenkino. La queue de l'appareil a été localisée plus tard, à environ 5 kilomètres du fuselage. Sur les photos des débris bleu nuit, on peut lire un numéro d'identification partielle qui correspond au matricule RA-02795 de l'avion de Prigojine.   L'hypothèse de l'accident semble hautement improbable. Le Legacy 600, du constructeur brésilien Embraer, est réputé être un modèle fiable. Depuis son entrée en service en 2002, ce type d'appareil n'a connu qu'un incident majeur. En 2006 au Brésil, un modèle du jet privé a heurté un Boeing 737. L'avion de ligne s'est écrasé avec ses 154 passagers mais le jet a réussi à se poser. L'enquête a conclu à une erreur des services de contrôle aérien. Sur les vidéos du crash de mercredi, l'appareil en train de dévisser laisse échapper des panaches de fumée. «La chute en vrille laisse penser qu'il a perdu une partie de son aile droite», écrit sur Twitter (renommé X) Xavier Tytelman, consultant en aérodéfense. Deux hypothèses semblent tenir la corde à cette heure pour expliquer la destruction en vol du jet. Traînée blanche L'avion pourrait avoir été descendu par un système de défense antiaérienne. On les sait nombreux dans la région, où se situe aussi la résidence officielle de Vladimir Poutine. Sur les images de la chute de l'Embraer, on distingue une traînée blanche qui pourrait avoir été laissée par un missile antiaérien. «Les témoins parlent de deux explosions avant le crash. Or, il est courant de lancer deux missiles de défense aérienne contre une même cible afin d'augmenter les chances de réussite», note le site russe indépendant Meduza, qui relève aussi que les photos du lieu où l'avion est tombé «indiquent que certains débris présentent des trous qui pourraient avoir été causés par des fragments d'une tête de missile sol-air». L'explication n'est pas totalement convaincante. Les systèmes anti- aériens de courte portée, comme les «Manpads» largement utilisés par les Ukrainiens au début de la guerre, ne peuvent pas toucher des appareils volants à l'altitude atteinte par le jet juste avant sa chute. Quant aux systèmes de plus longue portée, nettement plus puissants, ils auraient dû faire plus de dégâts. Une autre hypothèse crédible évoque une bombe placée à l'intérieur de l'appareil. «Selon les premières informations [de l'enquête], l'explosion se serait produite dans la zone du train d'atterrissage. L'aile a été arrachée et a heurté le stabilisateur, ce qui a provoqué une montée brutale du jet qui s'est ensuite mis à tourner en vrille. Toutes les personnes présentes à bord auraient immédiatement perdu conscience en raison de la dépressurisation», écrit la chaîne Telegram Shot.   Un autre jet réputé appartenir à Wagner a effectué mercredi une liaison Moscou-Saint-Pétersbourg, puis Saint-Pétersbourg-Moscou dans d'étranges conditions. Le premier vol a eu lieu entre 17 h 17 et 18 h 19. Quarante minutes à peine après son atterrissage à Saint-Pétersbourg, l'avion privé est reparti vers Moscou. A ce moment-là, le jet transportant Prigojine s'était déjà écrasé. Le second appareil a suivi une étrange trajectoire autour de la capitale, avant d'éteindre son système d'authentification. Il aurait ensuite atterri à l'aéroport de Ostafyevo, normalement réservé à l'armée russe et aux représentants de Gazprom. L'identité des passagers présents à bord demeure inconnue. </text>
	

	<text titre="Le poutinisme illustré" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="gélie, philippe" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="mort, poutinisme, russe" langue="fr"> Du président américain au citoyen russe lambda, personne ne se dit « surpris ». Dans la Russie de Vladimir Poutine, la mort brutale d'un « traître » désigné n'est qu'une question de temps. Pour Evgueni Prigojine et ses acolytes de la milice Wagner, tués mercredi soir dans un crash d'avion entre Moscou et Saint-Pétersbourg, cela a mis deux mois, jour pour jour, après un coup de force militaire aux relents de putsch. Avec le chef du Kremlin, la rétribution semble calibrée en fonction de l'offense : le goulag pour les opposants politiques, le poison pour les transfuges, la chute mortelle ou le « suicide » pour les oligarques infidèles... Prigojine le soldat de fortune a eu droit, lui, à une mise en scène de guerre, son avion apparemment descendu par l'un de ces missiles antiaériens qu'il réclamait pour ses troupes.
La dernière marque de son arrogance est d'avoir embarqué avec tout l'état-major de Wagner, comme s'il ne craignait rien de l'homme qu'il avait récemment humilié. C'était bien mal connaître celui qui l'avait pourtant enfanté. Les paramilitaires déployés de l'Ukraine à la Syrie, les laboratoires de manipulation et de désinformation digitale chargés de déstabiliser l'Occident, le pillage des richesses minières en Afrique et même les juteux contrats pour alimenter les cantines de l'armée russe, c'est toute la direction de la multinationale mafieuse qui a été décapitée d'un coup. Pareille « aubaine » pourrait justifier à elle seule la patience du tsar. Mais le délai a surtout permis d'anticiper les conséquences : recycler les mercenaires, rassurer la clientèle africaine, reprendre le contrôle des activités lucratives sous d'autres faux nez... Le front russe en Ukraine, lui, a démontré ces derniers mois sa solidité sans les combattants de Wagner et les vociférations de leur chef.   Prigojine illustre le poutinisme autant mort que vivant. Ses activités criminelles profitaient au maître du Kremlin sans l'impliquer personnellement. Sa disparition invite ceux qui se croient forts dans l'orbite du pouvoir à raser les murs. Mais que dit-elle d'un pays où un chef de milice est plus connu que le premier ministre (de qui s'agit-il, d'ailleurs ?) et d'un régime qui en est réduit à dévorer ses propres membres ?   La multinationale mafieuse décapitée d'un coup </text>
	

	<text titre="« Nous assistons au véritable épilogue de la mutinerie du 24 juin »" date="2023 08 25T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="entretien réalisé par v. k." annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="l'Humanité" keywords="militaire, wagner, assistons, société, principaux, impact, russie, afrique, juin, mutinerie_du_24_juin, mutinerie, épilogue, privée" langue="fr"> La mort des principaux responsables de la société militaire privée va avoir un impact considérable en Afrique où Wagner reste largement déployé. Pour le spécialiste des relations entre la Russie et l'Afrique, Igor Delanoë, la feuille de route devrait demeurer inchangée : pérenniser et étendre l'influence de la Russie en Afrique subsaharienne. Si la disparition des trois principaux dirigeants de Wagner - Evguéni Prigojine, Dmitri Outkine et Valéry Chekalov - se confirme, quel impact cela aura-t-il sur la présence et les activités de l'organisation en Afrique ? 
Si leur disparition est confirmée, alors Wagner perd les talents d'organisateur d'Evguéni Prigojine ainsi que son plus grand communicant. À travers ses abondantes ressources, Prigojine assurait aussi la stabilité financière du groupe. Le décès de Dmitri Outkine prive Wagner de son principal commandant, un combattant expérimenté, probablement aussi l'idéologue de cette société militaire privée. Finalement, on peut dire que Wagner a été décapitée avec ce crash, et qu'elle se retrouve non seulement orpheline - même s'il y a de nombreux officiers subalternes - et encore plus dépendante des autorités russes, Kremlin et ministère de la Défense en tête. Comment cela peut-il se traduire en Afrique ? Je continue de penser que les autorités russes n'ont aucun intérêt à y dissoudre ou faire cesser les activités de Wagner. On devrait assister à un « changement de management » à la tête de Wagner, peut-être à un changement de nom, tandis que la feuille de route devrait demeurer la même : pérenniser et, quand cela est possible, étendre l'influence de la Russie en Afrique subsaharienne. Pour cela, Wagner peut compter sur son capital humain : plusieurs milliers de combattants expérimentés.   Comment décririez-vous le rôle de Wagner dans les divers pays comme le Niger, le Mali, la République centrafricaine ? Existe-t-il un risque de déstabilisation supplémentaire dans la région ?   Cela dépend de quel point de vue on se place. Pour les Occidentaux, Wagner est une source d'instabilité. Pour les clients africains de Wagner, il s'agit d'une assurance-vie. Pour la Russie, c'est un « couteau suisse » particulièrement utile dans les zones grises, qui lui permet de se créer de nouvelles zones d'influence. Avec le décès de l'état-major de Wagner, les choses devraient se clarifier : la mise en avant du déni plausible paraît désormais de moins en moins possible pour Moscou, à moins que ne surgisse une nouvelle société militaire privée déployant des activités similaires à celles de Wagner, mais, à ce stade, cela me paraît peu probable.   Les autorités russes peuvent-elles sortir affaiblies de cet épisode ou au contraire en sortir gagnantes ?   Quelle que soit l'origine du crash de l'avion - accident ou élimination délibérée des passagers -, nous assistons au vrai épilogue de la mutinerie du 24 juin. Le deal trouvé il y a deux mois était tactique et par nature transitoire afin d'éviter une escalade.   Même si, à cette heure-ci, on ne connaît pas l'origine de l'accident, personne n'est dupe en ce qui concerne les circonstances, et le fait est que les autorités russes ne pouvaient laisser impunie cette rébellion. J'ai donc tendance à dire que le Kremlin sort renforcé de cet épisode. Seuls les « patriotes en colère » peuvent poser une forme de danger à la stabilité, mais leurs chefs de file ont été soit éliminés ces derniers mois (le correspondant de guerre Vladlen Tatarsky, par exemple), soit mis en prison (comme Igor Strelkov), tandis que les autres doivent, selon moi, être surveillés de très près. </text>
	

	<text titre="Poutine, le tyran" date="2023 08 25T00:00:00" journal="La Croix, no. 42701" auteur="jean-christophe ploquin" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="La Croix" keywords="vladimir, tyran, poutine" langue="fr"> Comme beaucoup de dictateurs, Vladimir Poutine préférait avancer masqué. Pendant la première décennie de son règne, il se présentait en parfait démocrate. Durant la seconde, il a entretenu l'illusion sur sa stature d'homme d'État. L'invasion de l'Ukraine a fait voler en éclats cette image, puisque la Russie a violé les principes d'intégrité territoriale et de respect de la souveraineté nationale qui sont au fondement des relations internationales. La disparition d'Evgueni Prigojine, mercredi soir, fait tomber un autre pan de cette apparence de respectabilité. La fin du chef du groupe paramilitaire Wagner, qui opère depuis plusieurs années sur des théâtres militaires extérieurs, ôte en effet l'un des faux nez dont s'affublait le Kremlin.
Vladimir Poutine et son ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, niaient il y a encore quelques mois toute responsabilité dans les agissements de ces mercenaires : c'était une entreprise privée qui n'avait rien à voir avec l'État russe. Mais depuis juin dernier, lorsque Prigojine a été mis au pas, ils assurent que Moscou tiendra les engagements pris par Wagner, notamment en Afrique. Dès lors, il devient clair que le Kremlin est impliqué dans les gardes prétoriennes protégeant certains potentats ; dans les stratégies prédatrices pillant les ressources de plusieurs États ; dans des massacres de civils perpétrés en présence de mercenaires et documentés par l'ONU.   Les effets délétères de l'exercice du pouvoir de Vladimir Poutine s'accentuent donc. La Russie se transforme en un État voyou dont le chef ne peut survivre que par l'élimination de ses opposants et la peur qu'il inspire à ses propres partisans. Avec la mort de Prigojine, le tyran vient sans doute d'atteindre un point de non-retour dans l'autre guerre, sourde, qu'il mène chez lui, sur la scène intérieure russe. </text>
	

	<text titre="Vu de kieviLes Ukrainiens traitent sa mort par le mépris" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="mort, ukrainienne, armée" langue="fr"> Christel Brigaudeau   Anton a le sourire : « J'ai gagné ! », rigole cet engagé volontaire de l'armée ukrainienne. Ce trentenaire en treillis, par ailleurs féru de débats politiques enflammés, avait « parié une bouteille de whisky » avec un ami cet été sur qui mourrait le premier, entre Evgueni Prigojine et Ramzan Kadyrov, le président tchétchène et allié du Kremlin.   La disparition du fondateur de la milice Wagner lui a donné raison. « Tous ceux qui ne sont pas en service vont fêter la nouvelle », présume Anton, joint par messagerie.
On imaginait mal l'Ukraine pleurer le boucher de la bataille de Bakhmout, qui a transformé cette commune sur le front est du pays en « hachoir à viande », selon ses propres termes fleuris. Des milliers de soldats russes et ukrainiens ont été contraints d'y mourir, dix mois durant et sans relâche, dans l'horreur. Le gouvernement ukrainien impute aussi aux miliciens de Wagner des exécutions sommaires de prisonniers, des tortures et autres exactions.   Interrogé ce jeudi sur la fin de l'ex-protégé de Poutine, Volodymyr Zelensky s'est laissé aller à une blague, masque pince-sans-rire, voix rocailleuse : « Quand l'Ukraine demandait aux pays étrangers de l'aide avec les avions, on ne pensait pas à ça... » La boutade de l'ex-humoriste devenu président a été accueillie par des éclats de rire dans la salle de presse.  « Un ennemi russe parmi d'autres »Mykhaïlo Podoliak, le conseiller en communication de la présidence ukrainienne, avait réagi plus sobrement mercredi soir, juste après la confirmation du crash de l'avion où se trouvaient le chef de Wagner et son adjoint. « L'élimination spectaculaire de Prigojine et du commandement de Wagner deux mois après [leur] tentative de coup d'État est un signal de Poutine aux élites russes avant les élections de 2024, a-t-il commenté sur X (ex-Twitter). Poutine ne pardonne à personne », a-t-il ajouté en référence à l'extravagante tentative de mutinerie menée en juin par le chef paramilitaire. Il avait à ce moment-là, du point de vue de nombreux analystes, signé son arrêt de mort.   Depuis le site militaire où il effectuait une garde de nuit mercredi soir, Olexandr, un autre appelé de l'armée ukrainienne basé près de Kiev, n'a prêté qu'une attention relative à la nouvelle. C'est « un ennemi russe parmi d'autres », évacue-t-il. Au mieux, pense-t-il, la mort du mercenaire « aura peut-être un effet négatif sur le moral des Russes. Mais, tempère-t-il, l'affaire ne se terminera pas avec Prigojine, nous avons encore beaucoup de travail ».   Mercredi soir, la radio nationale ukrainienne d'information Suspilne n'a accordé sa une, sur son site, que quelques minutes à l'actualité du crash de l'avion, préférant mettre en avant un sommet gouvernemental sur le futur de la Crimée (annexée depuis 2014 par la Russie). Ce jeudi, moins que la mort d'un ennemi, l'Ukraine en guerre depuis 547 jours a célébré, comme chaque 24 août, sa Journée de l'indépendance. </text>
	

	<text titre="[« Evgueni  Prigojine était un homme au destin...]" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> « Evgueni Prigojine était un homme au destin compliqué, qui a commis de graves erreurs dans sa vie, mais qui obtenait les résultats qu'il fallaitVLADIMIR POUTINE, PRÉSIDENT RUSSE, PRÉSENTANT, JEUDI, SES CONDOLÉANCES AUX PROCHES DES VICTIMES </text>
	

	<text titre="Isolement" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Libération" auteur="par alexandra schwartzbrod" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Libération" keywords="vladimir, pleins, pouvoirs, poutine" langue="fr"> Et maintenant ? C'est bien joli de faire le vide autour de soi, de menacer ceux qui osent défier ses pleins pouvoirs d'aller «les buter jusque dans les chiottes», comme Vladimir Poutine l'avait en son temps promis aux Tchétchènes, de liquider un à un tous ses ennemis, par tous les moyens possibles et ima- ginables - poison, prison à vie, balle perdue, chute par la fenêtre, crash d'hélicoptère ou de jet privé et l'on n'a sans doute pas tout vu -, mais il arrive un moment où l'on est un peu seul, où l'on se méfie de tous et surtout des plus proches et des plus dangereux, où l'on n'a plus personne sur qui compter puisque l'ami d'avanthier était devenu l'ennemi d'hier, cet «homme talentueux» qui a commis des «erreurs», comme le chef du Kremlin a décrit jeudi, sans rire, Evgueni Prigojine.
Si Vladimir Poutine avait des raisons d'afficher une mine réjouie, mercredi soir à la tribune de ce concert célébrant le 80e anniversaire de la bataille de Koursk, alors que les débris de l'avion qui transportait son rival du moment étaient encore fumants, il n'est pas sûr que ce soulagement dure très longtemps. Certes, en éliminant Prigojine, il a vengé l'humiliation subie en direct devant le monde entier lorsque le chef de la milice Wagner a entrepris il y a deux mois de monter sur Moscou, et montré qui était le patron - dorénavant, ses ennemis y réfléchiront à deux fois avant d'oser le contredire -, mais, au fond, cela ne fait que repousser l'échéance. La nature a horreur du vide, on le sait bien. Et dans le monde qui est celui de Poutine, on ne reste jamais serein très longtemps. Il faut lire le dernier roman de l'auteur américain Robert Littell, grand spécialiste des services secrets, qui s'était déjà mis dans la tête de Staline avec Koba (Baker Street, 2019) et qui, dans la Peste sur vos deux familles (Flammarion, 2022), met en scène deux chefs de groupes mafieux en lutte pour obtenir les pleins pouvoirs dans une société sans foi ni loi où le crime organisé prospère : cela ne se termine bien ni pour l'un ni pour l'autre. Chez les mafieux on exécute mais, surtout, on s'entretue. ? </text>
	

	<text titre="Une galaxie de milices russes" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24029" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Les Echos" keywords="hommes, militaires, milices, vert, russes" langue="fr"> Début 2014, alors que le président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovytch vient d'être chassé du pouvoir, des « petits hommes en vert », des militaires masqués et sans insignes, s'emparent de la Crimée. Parmi eux, des soldats de sociétés militaires privées russes. Quelques mois plus tard, quand la guerre entre séparatistes pro-russes et troupes loyales à Kiev éclate dans le Donbass, plusieurs centaines puis milliers de paramilitaires russes sont en première ligne.
En sous-traitant sa politique étrangère à des groupes privés, que le Kremlin qualifie de « groupes de volontaires », Moscou peut mener une guerre couverte chez son voisin tout en niant son implication. Fort de ce premier succès, la Russie décide de ne pas en rester là.  Le catalyseur ukrainienPlusieurs contingents de mercenaires sont déployés en Syrie pour soutenir le régime de Bachar Al Assad, puis un peu partout dans le monde. Le Slavonic Corps, puis Wagner ou E.N.O.T. Corp subissent des pertes que la Russie n'est pas prête à assumer avec son armée régulière. Ces groupes se structurent et, comme le note le Center for Strategic and International Studies, font main basse sur un important trésor de guerre, des gisements de pétrole ou de gaz.   Avec l'invasion de l'Ukraine fin février 2022, le recours aux groupes paramilitaires privés s'accélère. « Les milices pullulent depuis à peu près un an, depuis qu'on a de sérieux doutes sur le succès de 'l'opération militaire spéciale' russe », confirme Lukas Aubin, directeur de recherche à l'Iris et auteur de « Géopolitique de la Russie ».   Si Prigojine et Wagner accaparent toute la lumière, d'autres groupes combattent plus discrètement sur le champ de bataille. La Task Force Rusich, groupe paramilitaire néonazie connu pour ses exactions, est ainsi déployée en Ukraine. La société pétrolière Gazprom a également des hommes sur place. Plus étonnant encore, « la Confrérie orthodoxe, qui serait plus ou moins liée à l'Eglise russe », combattrait également sur place, selon Stephen Hall, de l'Université de Bath, au Royaume-Uni.  A couteaux tirésAlors que Wagner échappe au pouvoir russe, le Kremlin « cherche vraisemblablement à développer et à parrainer d'autres sociétés militaires privées pour à terme[le] remplacer », indiquait une note du renseignement britannique publiée le 4 avril dernier. Patriot, un groupe paramilitaire très proche de Sergueï Choïgou, le ministre de la Défense russe - objet des invectives les plus crues de Prigojine - prend ainsi de l'ampleur en Ukraine. Ramzan Kadyrov a de son côté envoyé les Kadyrovtsy, les membres sa garde personnelle, sur le front.  « Les régions russes frontalières à l'Ukraine ont récemment eu le feu vert pour créer leurs propres groupes paramilitaires. Et d'autres régions du centre de la Russie ont également décidé de créer les leurs. Il s'agit d'un secteur en plein essor en Russie à l'heure actuelle… » soutient Stephen Hall.   Avec toutes ces factions armées, la Russie prend de plus en plus l'allure d'un Etat féodal. « On peut l'interpréter de deux façons : il y a une fragmentation qui ressemble parfois aux prémices d'une lutte entre différents clans qui fourbiraient leurs armes pour l'après, décrypte Lukas Aubin. Mais on peut aussi imaginer que cette multiplication des clans et des milices pourrait arranger Poutine parce qu'elle divise les élites, qui cherchent à plaire au prince avec des succès sur le terrain. »Hadrien Valat </text>
	

	<text titre="[« La manière dont  Prigojine disparaît est...]" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> « La manière dont Prigojine disparaît est la preuve que la Russie est un état failli, incapable de punir les traîtres par des moyens légaux, et utilisant donc des méthodes de gang pour régler ses comptesOWEN MATTHEWS, ÉCRIVAIN ET HISTORIEN </text>
	

	<text titre="Ce que change la mort de  Prigojine pour le Kremlin" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24029" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Les Echos" keywords="mort, wagner, chef, groupe" langue="fr"> RUSSIE :La mort du chef des mercenaires du groupe Wagner dans un crash d'avion, mercredi soir, permet au président russe de restaurer son autorité. Evgueni Prigojine l'avait défié en faisant marcher ses combattants vers Moscou - une mutinerie avortée, intervenue deux mois jour pour jour avant son élimination. Sa mort constitue un message menaçant pour toutes les élites russes. Des purges dans les cercles politico-militaires ne sont pas à exclure. Elle ne changera vraisemblablement pas grand-chose, en revanche, au cours de la guerre en Ukraine : le groupe Wagner s'était retiré du théâtre des opérations depuis sa victoire à Bakhmout. Le chef de Wagner laisse derrière lui un empire financier nébuleux. </text>
	

	<text titre="Wagner, des mercenaires envahissants" date="2023 08 25T00:00:00" journal="La Croix, no. 42701" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="La Croix" keywords="evgueni, russe, mercenaires, prigojine" langue="fr"> En mai 2014, le groupe paramilitaire est fondé par l'homme d'affaires Evgueni Prigojine, un proche de Vladimir Poutine, et Dmitri Outkine, ancien agent du renseignement russe. Le groupe fait ses premières armes en Ukraine (dans le Donbass et en Crimée).   À partir de 2015, les mercenaires de Wagner interviennent en Syrie comme des « forces spéciales » sur le terrain aux côtés de l'armée du Kremlin.
 En 2018, Wagner débarque en République centrafricaine, participe à la formation de l'armée et installe des bases dans le pays, notamment dans des zones riches en diamants.   Au Mali, Wagner profite du vide laissé par le retrait des troupes françaises décidé en juin 2021. Ses mercenaires sont implantés dans le pays dès décembre.   À partir de février 2022, Wagner renforce sa présence sur le front ukrainien et mène notamment l'offensive sur la localité de Bakhmout.   En juin 2023, son patron, Evgueni Prigojine, entre brièvement en rébellion ouverte contre la hiérarchie militaire russe. </text>
	

	<text titre="[L'assassinat de  Prigojine va renforcer la position de Poutine...]" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> L'assassinat de Prigojine va renforcer la position de Poutine parmi les élites et affaiblira celle-ci aux yeux de l'opinion publiqueABBAS GALLIAMOV, POLITOLOGUE   ET ANCIEN RÉDACTEUR AU KREMLIN </text>
	

	<text titre="mort de  prigojine un accident est si vite arrivé" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Libération" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Libération" langue="fr"> Vladimir Poutine, vers qui tous les regards se tournent après le crash de l'état-major de Wagner, a officiellement salué jeudi la mémoire du leader de la milice. Le maître du Kremlin paraît renforcé dans son autorité. Pour combien de temps ? pages 2-5 </text>
	

	<text titre="Russie, Ukraine, Afrique : ce que change la mort de  Prigojine" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" langue="en">  </text>
	

	<text titre="[Ukraine Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur...]" date="2023 08 25T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="l'Humanité" keywords="jean" langue="fr"> Ukraine Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie et directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques, revient sur la disparition des dirigeants de Wagner, ses conséquences sur le terrain ukrainien, mais également en Afrique. Selon lui, « le résultat immédiat de la mort supposée de Prigojine, c'est le renforcement du pouvoir officiel de l'armée russe ». Jean de Gliniasty qui rappelle également qu' « il existe une hypothèse, dont on ne parle pas beaucoup et qui mettrait Kiev en cause. Les autorités ukrainiennes avaient annoncé que se produirait, le jour de la fête nationale, un événement dont tout le monde parlerait ». </text>
	

	<text titre="RussieLes leçons d'une disparition" date="2023 08 25T00:00:00" journal="La Croix, no. 42701" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="La Croix" langue="en">  </text>
	

	<text titre="Des dizaines d'oligarques Décédés" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24574" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="dizaines" langue="fr"> Depuis le début de la guerre en Ukraine - et même un peu avant -, de nombreux oligarques russes ont été retrouvés morts dans des circonstances étranges, dignes d'un roman d'Agatha Christie : pendu à un arbre, au fond d'une piscine, empoisonné par du venin de crapaud, après une chute dans les escaliers... Ou encore dans le crash d'un petit avion privé, dans le cas d'Evgueni Prigojine.   En tout, depuis plus d'un an, plusieurs dizaines d'hommes, pour la plupart liés au secteur de l'énergie, ont connu un destin aussi funeste que mystérieux. </text>
	

	<text titre="Ces sociétés militaires privées qui ont essaimé" date="2023 08 25T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="pierre barbancey" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="l'Humanité" keywords="bob, mercenaires, privées, guerre, cotées, secteur, militaires, sociétés, forces, formation, style, essaimé, denard, compagnies" langue="fr"> Finis les mercenaires style Bob Denard. Des centaines de compagnies de par le monde, dont certaines cotées en Bourse, proposent leurs offres dans le secteur de la guerre. De la formation des forces locales, comme le français Chiron en Ukraine, au soutien en matière de sécurité ou l'engagement direct comme Wagner.Sociétés militaires privées (SMP), sociétés de sécurité privées (SSP) ou même sociétés militaires et de sécurité privées (SMSP). Quel que soit leur nom, leur existence reflète un phénomène grandissant. Si, en France et en Europe, on parle surtout de Wagner - dirigée jusque-là par Evgueni Prigojine -, il en existe des centaines, oeuvrant dans le même secteur avec des missions allant de la formation des forces locales, la sécurité des sites armés, les services de renseignements, la sécurité des lieux de travail et des bâtiments, les besoins en matière de sécurité des zones de guerre, l'acquisition d'armes, jusqu'au soutien armé, la cybersécurité, les prisons, la guerre psychologique, les tactiques de propagande ou les opérations secrètes.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ces sociétés ne sont pas un nouveau regroupement de mercenaires style Bob Denard et ses sbires surnommés « les Affreux », faisant le coup de feu, souvent en Afrique, contre les mouvements révolutionnaires. Il s'agit d'entreprises ayant pignon sur rue, propres sur elles comme on dit, certaines étant même cotées en Bourse.   Remontons aux années 1980. Margaret Thatcher à Londres et Ronald Reagan à Washington commencent alors à privatiser les services gouvernementaux dont ceux relevant de la défense. D'anciens membres des forces spéciales britanniques, les SAS, s'engouffrent dans la brèche et se lancent dans le conseil et la formation militaires. En 1981, Defence Systems Limited est créée. Aux États-Unis, George Bush, alors vice-président, privatise certains aspects des services de renseignements. Lorsqu'il devient président en 1989, il charge son secrétaire à la Défense, Dick Cheney, de poursuivre dans cette voie. Celui-ci engage alors Brown and Root Services (maintenant KBR) pour un total de 8,9 millions de dollars afin d'élaborer une proposition sur la façon d'intégrer plus efficacement les entreprises privées dans la guerre. Rien de bien nouveau pour les Américains qui avaient utilisé des entrepreneurs privés pendant la guerre du Vietnam, notamment dans le domaine de l'ingénierie, en lieu et place des ingénieurs de l'armée, alors que des entreprises comme Cubic, General Dynamics et Lockheed Martin produisaient des armes, fournissaient du personnel et du matériel.   Mais ce sont bien les guerres en Afghanistan (2001) et en Irak (2003) qui ont été les catalyseurs dans le domaine qu'on appelle avec une fausse pudeur le « marché de la sécurité et des conseils de risque ». De nombreux membres des forces spéciales des États-Unis, du Royaume-Uni, d'Israël et même d'Afrique du Sud quittent le service pour intégrer ces compagnies. Le même phénomène se produit au sein de la CIA, du FBI et du MI6 (le service de renseignements extérieurs britannique, celui de James Bond). Depuis, elles ont essaimé à travers le monde avec néanmoins quelques pays leaders en la matière. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie sont sur le podium. Si Wagner a éclipsé les autres, Blackwater reste dans les esprits. Devenue aujourd'hui Academi, elle a été fondée par un ancien Seal américain, Erik Prince, et a employé plus de 2 000 contractants en Irak. Jusqu'à ce qu'en 2007, 17 civils Irakiens furent abattus par ces employés de Blackwater.   En France, si le mercenariat est interdit, la législation autorise, en revanche, les activités commerciales privées des « sociétés fournissant des services dans le domaine de la sécurité et de la défense », reconnues par le gouvernement français, à d'autres pays. En février 2012, la commission de Défense de l'Assemblée nationale a ainsi recommandé un soutien législatif aux activités des sociétés militaires privées françaises. Une centaine d'entre elles opéreraient sur le marché international, souvent dirigées par d'anciens officiers de la gendarmerie. Les plus connues sont Aeneas Groupe, Anticip, Chiron, Corpguard, Défense Conseil international (DCI), Gallice Défense, Geos et KBS Sécurité. « Plusieurs pays alliés de l'Ukraine, en premier lieu les États-Unis, mais aussi la France et le Royaume-Uni, possèdent également des SMP qui agissent ou ont agi, depuis le début du conflit entre Moscou et Kiev », écrivait en janvier, sur son site, le Centre français de recherche sur le renseignement. </text>
	

	<text titre="L’annonce de la mort de  Prigojine, un signal de Poutine aux élites russes" date="2023 08 25T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="25" journal_clean="Le Monde" keywords="chef" langue="fr"> - Le chef du Groupe Wagner a très probablement péri dans le crash de son avion, avec neuf autres personnes, mercredi 23 août, deux mois précisément après s’être mutiné contre le chef de l’Etat russe   - Cette disparition est à la hauteur de la légende que s’est bâtie cet ancien bandit devenu, pour le compte du Kremlin, le chef d’une tentaculaire milice privée : violente, spectaculaire, entourée d’ombre </text>
	

	<text titre="Les mille vies d’Evgueni  Prigojine" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="isabelle mandraud (à paris) et benoît vitkine" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Le Monde" keywords="chef, moscou, prigojine, d’evgueni, autorités" langue="fr"> Moscou - correspondant - Le 10 janvier 1775 (21 janvier selon le calendrier grégorien), lorsque les autorités tsaristes ramènent à Moscou le chef rebelle Emelian Pougatchev, le message qu’elles souhaitent faire passer est clair : pour avoir prétendu au trône impérial, l’ancien officier cosaque qui s’est retourné contre ses maîtres doit subir un châtiment exemplaire. Exposé dans une cage sur la place Bolotnaïa, dans le centre de la capitale, le mutin est décapité avant que le bourreau ne tranche à la hache chacun de ses membres et les accroche aux roues d’une charrette.   Les temps ont changé, certes, mais la fuite sur les réseaux sociaux, dès le soir du mercredi 23 août, d’images de corps carbonisés dans le crash de l’avion transportant le mutin Evgueni Prigojine, ne doit rien au hasard. Au moins l’un d’entre eux, précisent les canaux liés au pouvoir, a la tête coupée.
Il y a d’autres parallèles, dans le parcours sanglant de ces deux figures aussi opportunistes qu’illuminées : les serfs qui suivirent Pougatchev évoquent les détenus que Prigojine tira de leurs prisons pour les envoyer combattre en Ukraine ; la jacquerie du cosaque résonne avec l’écho important rencontré par le discours anti-élites de l’homme d’affaires pétersbourgeois. Le premier a atteint le statut de légende après sa mort ; le second avait, lui, commencé à écrire la sienne de son vivant.  Langage volontiers ordurierJeune, Evgueni Prigojine rêvait d’un destin de champion olympique ; il deviendra le prototype de l’aventurisme politique. Né le 1er juin 1961 à Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), il intègre l’internat sportif no 62, où il pratique le ski de fond, entraîné par son beau-père, Samouil Fridmanovitch Jarkoï. A cette époque, en Union soviétique, le sport est encensé pour ses vertus éducatives en même temps qu’il permet de faire la promotion, à l’étranger, du régime, à travers ses athlètes. Pour les gamins d’origine modeste, comme Prigojine, élevé par sa mère et sa grand-mère – il n’a pas connu son père, mort prématurément –, c’est une échappatoire. Dans la même ville, le judo offrira à Vladimir Poutine, de neuf ans son aîné, une planche de salut.   La carrière sportive du futur patron des Wagner tourne court, pour laisser place à la petite délinquance. En novembre 1979, alors âgé d’à peine 18 ans, il est condamné par le tribunal de Kouïbytchev de Leningrad à deux ans de prison avec sursis pour « vol ». En 1981, il récidive. Cette fois, le tribunal Jdanovsky porte sa peine à treize ans ferme pour les mêmes faits mais aussi pour « vol qualifié » (des cambriolages) et « participation d’un mineur à une activité criminelle ». Entre autres crimes, il a quasiment étranglé une femme afin de lui dérober, en pleine rue, son porte-monnaie, ses chaussures et ses boucles d’oreilles en or.   Prigojine, rapporte le site russe Proekt, qui lui a consacré un grand portrait en juillet, est alors présenté comme le chef d’un petit groupe de malfrats, connu sous le pseudonyme de « Jako ». Expédié dans une colonie pénitentiaire près du village de Rotcha, à une cinquantaine de kilomètres de Saint-Pétersbourg, il est gracié en 1988 mais libéré deux ans plus tard.   De ses années de prison, il conservera une phalange amputée à la main gauche (un accident, semble-t-il), une solide connaissance de la pègre et un usage abondant du « mat », l’argot des prisonniers. Paradoxalement, plus tard, c’est ce langage direct, volontiers ordurier, qui renforcera sa popularité dans certaines franges de l’opinion, renforçant son aura de sincérité et donnant corps à sa croisade anti-élites.   Plus tard aussi, quand l’entrepreneur se découvrira des ambitions politiques, il ira jusqu’à théoriser la chose : « Les prisonniers ont un niveau de conscience bien plus élevé que celui de l’élite », affirme-t-il à un site sibérien en novembre 2022. Son audace – et sa fortune – impressionnent. L’homme est capable de s’adresser à n’importe quel public de manière simple et spontanée, une performance dont peu d’hommes politiques russes peuvent se targuer.   L’héritage du gangstérisme et de la prison, c’est aussi un culte et un usage décomplexé de la violence. Les noms de Wagner et de Prigojine sont associés à diverses agressions et menaces, mais aussi à des meurtres, dont ceux, en 2018, de trois journalistes russes enquêtant sur les activités du groupe en Centrafrique. A partir de 2022 et le déclenchement de la guerre en Ukraine, ses mercenaires ne se cachent plus de pratiquer des exécutions extrajudiciaires et diffusent les images de certaines d’entre elles. La masse devient l’emblème informel du groupe : l’outil, utilisé pour fracasser le crâne de prisonniers, de « traîtres », avait été utilisé une première fois en 2017 contre un déserteur syrien – dont le corps sera brûlé, décapité et démembré. A ce jour, la famille de Mohamad A. est la seule à avoir saisi le Comité d’enquête à Moscou sur les atrocités commises par les Wagner – avant de se voir opposer une fin de non-recevoir. Prigojine lui-même menacera souvent ses ennemis et rivaux, de son ton guilleret, de subir « la loi de la masse ».   En 1990, lorsqu’il retourne à Saint-Pétersbourg, la ville n’a plus grand-chose à voir avec celle qu’il a quittée. La même année, Vladimir Poutine, revenu de Dresde, en Allemagne, où il officiait comme agent du KGB, se heurte à cette réalité : l’URSS est déjà moribonde et la Russie se délite, livrée aux « barons rouges » qui s’empressent de faire main basse sur les actifs industriels. Dans cet univers sans foi ni règles, les plus débrouillards commencent à bâtir les fondations de leurs immenses fortunes. Un terrain propice aux malfrats et aux ambitieux.   Tandis que Prigojine se lance dans le « business », Poutine rejoint l’équipe du maire, Anatoli Sobtchak, chargé des relations économiques extérieures. Le premier débute tout en bas de l’échelle, en travaillant au marché aux voitures de l’avenue Energetikov, une zone de commerce « spontanée » située à côté d’une station-service. Puis il racontera avoir concocté de la moutarde dans sa cuisine pour vendre des hot-dogs. Le second est aux premières loges pour mesurer l’emprise des mafias qui se constituent à vitesse record – il sera lui-même accusé d’avoir détourné de l’argent des licences d’exportation, vaste plan de troc de matières premières contre nourriture, conçu avec les Occidentaux pour pallier les pénuries.   Tout va vite, très vite, et Prigojine voit ses petites affaires grossir à vue d’œil. « Nous gagnions 1 000 dollars par mois, ce qui, en roubles, représentait une montagne ; ma mère avait du mal à compter », a-t-il raconté au portail d’information Gorod 812, cité par The Guardian, en août. Cinq ans après les sandwichs, l’ancien détenu investit dans une chaîne d’épicerie puis ouvre son premier restaurant, La Vieille Douane, situé dans de vieux entrepôts, avec des partenaires qu’il finira tous par éconduire. C’est ici que Prigojine croise la route de Poutine. A l’été 2001, le bandit sert l’ancien agent du KGB devenu président dans son autre restaurant, le New Island, en compagnie de Jacques Chirac, puis, l’année suivante, du président américain Georges W. Bush. Un duo se forme, en dehors des arcanes officiels du pouvoir.  Capacité à nouer des réseauxSans être intimes, les deux hommes ont en partage une origine modeste, une volonté de revanche, la capacité à nouer des réseaux et une appétence certaine pour le pouvoir. L’un et l’autre entretiennent également une même discrétion sur leur famille. Ce n’est qu’en juillet de cette année que le journal russe en langue anglaise The Moscow Times a fini par exhumer une photo rarissime de Prigojine entouré de sa femme, Lioubov, et de leurs enfants Pavel et Polina – une troisième, Veronika, naîtra ensuite. Autre document paru simultanément : un conte rédigé vingt auparavant, en 2004, par l’homme d’affaires, dans lequel il met en scène des enfants volant au secours d’un tsar. Tiré à 2 000 exemplaires, l’ouvrage est resté confidentiel.   L’ascension de Prigojine, elle, est fulgurante. En moins de dix ans, l’entrepreneur passe de l’organisation de déjeuners de fonction du chef de l’Etat au statut de principal fournisseur des cantines du ministère de la défense. Fondée en 2010, Concord, qui deviendra la société mère de son empire, conclut, en 2012, des contrats avec l’armée pour un montant évalué alors par le magazine Forbes (dans sa version russe) à 92 milliards de roubles (environ 3 milliards d’euros à l’époque). Sa proximité avec Vladimir Poutine est plus qu’un atout. En 2020, la publication Delovoy Peterburg estime la fortune personnelle de Prigojine à 16 milliards de roubles (205 millions d’euros). Entre-temps, il est vrai, ce dernier a su diversifier ses intérêts et s’engouffrer dans toutes les zones d’ombre ouvertes par le Kremlin.   Même dans une Russie poutinienne qui se targue de stabilité, croire ses actifs à l’abri est une chimère. Pour survivre dans les affaires, il faut sans cesse accroître son influence, se trouver des alliés ou des protections du côté du pouvoir politique. Evgueni Prigojine va exceller dans ce domaine. Chez lui, action publique et business se renforcent mutuellement. La niche dans laquelle le restaurateur s’installe au milieu des années 2010 est encore inoccupée : la politique étrangère. L’annexion de la Crimée puis la guerre dans le Donbass, dans laquelle Moscou intervient à visage couvert en 2014, lui font miroiter de nouvelles opportunités. Plusieurs groupes de « volontaires » et de mercenaires combattent en Ukraine et permettent au Kremlin de nier son implication. Prigojine prend le contrôle du plus efficace d’entre eux : Wagner, du nom de guerre de son chef, Dmitri Outkine, sympathisant néonazi et ancien officier du GRU, les renseignements militaires.   Les Wagner seront ensuite déployés en Syrie, aux côtés de Bachar Al-Assad, à partir de 2015. Théoriquement interdites, les sociétés militaires privées se développent en Russie et deviennent un élément central de la politique étrangère du pays. Si Prigojine est bien à l’initiative de la plus connue de ces sociétés, il ne faut pas surestimer sa marge de manœuvre. Dès l’origine, les mercenaires sont formés sur des bases de l’armée, notamment celle de Molkino, dans la région de Krasnodar (sud). Et les armes lourdes dont le groupe se dote peu à peu sont aussi fournies par Moscou.   Prigojine devient un « entrepreneur géopolitique », selon l’expression forgée par la politologue Tatiana Stanovaya : un groupe réduit d’acteurs qui agissent dans les interstices du système, tentent de devancer les désirs du Kremlin et suppléent l’Etat dans les champs que celui-ci ne veut ou ne peut, officiellement, investir. Et défendent leurs intérêts en même temps que ceux de l’Etat.   Prigojine améliore rapidement son modèle économique : en échange de sa participation aux combats, Wagner reçoit, par le biais de sociétés-écrans, 25 % des revenus générés par plusieurs champs pétroliers syriens. Il reproduira la méthode – se payer sur la bête – ailleurs. Car le groupe essaime partout où Moscou veut intervenir discrètement : en Centrafrique, au Soudan, en Libye, au Venezuela, au Mali… Parfois, des consultants politiques accompagnent les mercenaires. Leur mission : discréditer les ennemis de leurs employeurs, qu’il s’agisse d’opposants politiques ou de l’ancien colonisateur français.  « entrepreneur géopolitique »C’est un autre volet de l’activité de Prigojine. Là aussi, il fait preuve d’un instinct sûr. Dès 2009, les premiers « trolls » de Prigojine font leur apparition – « vingt commentateurs installés dans le village de Severny Verstal », près de Saint-Pétersbourg, selon les confessions d’Evgueni Zoubarev, l’un des dirigeants du conglomérat médiatique Patriot, début juillet, après l’échec de la mutinerie des Wagner. De véritables « usines à trolls » suivront, employant des centaines de commentateurs rétribués à chanter en ligne les louanges du Kremlin et à calomnier ses ennemis. Patriot grandit même jusqu’à devenir l’un des poids lourds de la scène médiatique russe – connu pour son traitement outrancier de l’actualité et son rapport particulièrement décomplexé aux fausses informations.   Les opérations d’influence et de désinformation s’étendent en Occident, et en particulier aux Etats-Unis durant la campagne présidentielle de 2016. Les tentatives d’ingérence effectuées en soutien à Donald Trump, principalement à l’aide de faux comptes sur les réseaux sociaux, vaudront à Evgueni Prigojine sanctions et inculpations. Après les avoir niées, l’homme d’affaires reconnaît formellement ces opérations, en novembre 2022. « Nous sommes intervenus, nous intervenons et nous allons intervenir. Soigneusement, précisément, chirurgicalement, à notre manière, comme nous savons le faire », affirmait alors, le 7 novembre, le service de communication de Concord sur sa page VKontakte, le Facebook russe (indisponible depuis la mutinerie). « Au cours de nos opérations ponctuelles, nous allons retirer à la fois les deux reins et le foie », ajoutait le texte.   Il faut dire que la guerre d’invasion de l’Ukraine, déclenchée en février 2022, a rebattu les cartes. Après les premiers mois d’une guerre mal préparée, l’heure est à la défense de la patrie, plus aux finasseries et à la discrétion. Dès le mois de juin, Evgueni Prigojine se met à sillonner les prisons du pays, atterrissant parfois en hélicoptère au milieu de la cour pour proposer aux détenus de partir en Ukraine. Le discours est clair : peu survivront ; les autres obtiendront leur grâce après six mois de service.   La promesse est tenue : les nouvelles recrues sont utilisées comme de la chair à canon, notamment durant la bataille de Bakhmout, et périssent par dizaines de milliers, selon les chiffres donnés par Prigojine lui-même. La bataille est l’un des très rares succès obtenus par Moscou à partir de l’été 2022. La milice Wagner y gagne une réputation d’efficacité, et Prigojine reçoit des mains de Vladimir Poutine le titre prestigieux de « héros de la Russie ».   C’est aussi de cette époque que datent les premières passes d’armes publiques avec l’armée. Prigojine accuse ses chefs d’être inefficaces et corrompus et, surtout, de ne pas fournir à Wagner les armes et les munitions dont le groupe a besoin pour ses opérations. Les critiques sont incessantes et tournent rapidement à l’insulte. Maladivement secret durant des années, Prigojine ne s’arrête plus de parler. Chaque semaine ou presque, par le biais d’interviews ou des messages audio, il vilipende le ministre de la défense, Sergueï Choïgou, et le chef d’Etat-major, Valeri Guerassimov. « Des salopes », hurle-t-il à plusieurs reprises. Sur le terrain, des escarmouches sont signalées entre forces de Wagner et soldats de l’armée régulière.   Dans son exaspération, Prigojine va jusqu’à s’en prendre à Poutine, « grand-père bienheureux » qui ne comprend pas ce qui se passe sur le front ukrainien. Il se met de plus en plus en scène, brise les tabous qui entourent « l’opération spéciale », mettant en cause les raisons qui ont poussé à son déclenchement et évoquant un nombre de morts bien plus important que ce que dit la propagande. Selon lui, seule une militarisation complète du pays (assortie de quelques centaines d’exécutions…) peut permettre à la Russie de sortir de l’ornière. Prigojine prend des accents de politicien, la frange la plus radicale de l’opinion voit en lui un chef.   Le président laisse faire. Le rapport de force semble même pencher en faveur des mercenaires lorsque le général Sergueï Sourovikine est nommé commandant des opérations en Ukraine. L’officier est un proche, rencontré sur le théâtre syrien. Las, il est démis au bout de quelques mois. Et le couperet semble cette fois près de tomber sur le Pétersbourgeois lorsque le ministère de la défense annonce que toutes les « formations de volontaires » doivent se ranger sous le commandement de l’armée avant le 1er juillet 2023. Poutine finit par sortir de son silence pour approuver l’initiative.   Avec cet ultimatum, Prigojine sent probablement son heure venue. Des bases de Wagner sont les cibles de frappes aériennes, assure-t-il. Le 23 juin, il annonce que 40 000 hommes font route depuis leurs positions ukrainiennes pour « ramener l’ordre en Russie ». C’est le coup d’envoi de la mutinerie, qui prend corps le lendemain quand un important détachement de mercenaires, conduit par Prigojine en personne, prend le contrôle de la ville de Rostov-sur-le-Don, un million d’habitants, et garde prisonniers deux généraux.   Dans le même temps, quatre colonnes prennent la direction de Moscou. Sur leur chemin, les Wagner abattent un avion et six hélicoptères de l’armée, tuant entre quinze et vingt militaires. Incapables de les arrêter, les autorités se contentent de creuser des tranchées dans les routes d’accès à Moscou. Un autre tabou est brisé : le pouvoir est plus fragile qu’il n’y paraît, il peut être renversé.  Démantèlement de son empireLe veut-il, Evgueni Prigojine ? Plus tard, il assurera avoir eu pour unique ambition de préserver son groupe en captant l’attention de Vladimir Poutine, pas de prendre la place de son mentor. Quoi qu’il en soit, le chef du Kremlin semble pardonner. Certes, au matin du 24 juin, il fustige les « traîtres » à l’initiative de la mutinerie et leur promet un châtiment. Mais le lendemain, il appelle à l’unité et assure que les « héros » qui ont fauté pourront s’exiler en Biélorussie.   Impuissant, Prigojine assiste au démantèlement de son empire. Les Wagner rendent leurs armes, ses médias sont fermés ou confiés à des personnages jugés plus fiables. A la télévision, il n’est plus question du « héros ». Les caméras pénètrent son intimité et sa luxueuse résidence pétersbourgeoise. Une photo encadrée au mur montre des têtes coupées, quelque part en Afrique. On exhibe des lingots d’or, des faux passeports, des perruques.   L’homme se croit-il tout-puissant, indispensable à la survie de la patrie, protégé par les secrets qu’il détient peut-être ? Au lieu de se faire oublier, il s’agite à nouveau. On le voit partout, en Russie, en Afrique, tout sauf dans ce triste camp de tentes près de Minsk où il est censé être cantonné avec quelques milliers d’hommes. Deux jours avant le crash de son avion, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, il s’exhibe ainsi les armes à la main, en treillis militaire, dans un pays africain non identifié. La séquence se veut un appel à de nouvelles recrues. On y voit surtout un homme qui veut montrer qu’il a encore un avenir.   Le 23 août, il rentre d’Afrique, avec une escale à Damas. A Moscou, il embarque dans son jet privé, avec les plus fidèles commandants de Wagner. L’avion qui doit le ramener à Saint-Pétersbourg, là où tout a commencé, s’écrase à mi-parcours. </text>
	

	<text titre="Dimitri Minic L’évolution de Wagner et le parcours de  Prigojine sont l’émanation logique des échecs militaires russes en Ukraine" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="dimitri minic" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Le Monde" keywords="parcours, wagner, militaires, prigojine, russes, échecs, logique, ukraine" langue="fr"> Durant les deux mois qui ont séparé son coup de force avorté, en juin, de sa mort dans un crash d’avion, le 23 août, Evgueni Prigojine a semblé profiter d’une inhabituelle mansuétude de la part de Vladimir Poutine. Il était probablement tentant et rassurant pour le Kremlin de voir le phénomène Prigojine comme une anomalie, dont l’élimination physique brutale et démonstrative servirait simplement de réparation pour la « trahison » commise et d’exemple pour l’avenir. Pourtant, le parcours de M. Prigojine est le produit d’au moins quatre tendances systémiques au cœur des entrailles de la politique russe, qui affectent profondément la Russie et sur lesquelles le Kremlin a peu de prise.
La première est l’échec stratégique russe en Ukraine. La relative liberté de ton de certains médias et personnalités des milieux patriotiques russes, dont M. Prigojine est devenu une figure très appréciée, a été accordée car le Kremlin, sous la pression des revers militaires de septembre 2022, s’y est senti contraint. La mobilisation partielle, la nomination le mois suivant du général Sergueï Sourovikine à la tête de l’ « opération militaire spéciale » et l’éviction du général Alexandre Lapine du district militaire central [l’une des principales régions militaires russes] ont eu le double avantage de stabiliser le front et de rasséréner les milieux patriotiques.   Mais ces concessions n’ont été qu’éphémères, en dépit des bonnes performances de Sergueï Sourovikine : Poutine a repris la main en janvier 2023, en le remplaçant par le chef de l’état-major général, Valeri Guerassimov, et en nommant Alexandre Lapine à la tête des forces terrestres. L’émergence « politique » de Prigojine et son coup de force (ou tentative de putsch ?) avorté ont été l’acmé et la conclusion temporaire de cette séquence déstabilisante. D’autres revers militaires pourraient la rouvrir.  Manque de confianceEnsuite, Evgueni Prigojine et le Groupe Wagner incarnent le fonctionnement du régime poutinien. Ils reflètent la structure même du régime personnel du président russe, dont la consolidation est rapidement entrée en contradiction avec le processus de renforcement de l’Etat au début des années 2000. Vladimir Poutine, par manque de confiance envers l’Etat et le secteur privé, a contribué à créer une zone grise où de nombreuses structures parallèles, ni étatiques ni privées, ont pullulé. Plusieurs d’entre elles avaient déjà contesté l’autorité du pouvoir avant M. Prigojine ; certes, dans une moindre mesure. « Poutine est entouré de Prigojines », analysait, après la mutinerie de juin, le politologue Ilya Matveyev.   Le « phénomène » Prigojine est, troisièmement, une conséquence de la pensée stratégique russe, axée sur le contournement de la lutte armée intératique depuis la chute de l’URSS, et dont les actions informationnelles et les forces paramilitaires – deux activités essentielles de la « galaxie » Prigojine – sont des marqueurs. La création de structures officieuses susceptibles d’atteindre les objectifs politiques fixés par le Kremlin dans le cadre de la guerre indirecte que ce dernier se croit obligé de mener contre l’Occident s’est avérée compatible avec l’évolution du régime précédemment évoquée. Les élites militaires russes – M. Guerassimov au premier chef –, en théorisant le contournement de la lutte armée et l’emploi de sociétés militaires privées (SMP) comme outil de ce contournement, ont « créé » Wagner et M. Prigojine.   La collaboration nécessaire et théorisée entre ces derniers et le ministère de la défense n’a certes jamais été simple (avant même la guerre en Ukraine) et n’était pas censée durer des mois dans le cadre d’une lutte armée de haute intensité. Toutefois, les élites militaires au plus haut niveau de l’état-major général ont ouvertement vanté les mérites de Wagner, y compris après les dures critiques formulées par Evgueni Prigojine contre Valeri Guerassimov et le ministre de la défense, Sergueï Choïgou. Les liens étroits entre Wagner et le GRU – l’agence de renseignement militaire –, l’arrestation de M. Sourovikine (réputé proche du chef de Wagner), ainsi que la facilité avec laquelle Wagner s’est déplacé sur le territoire russe, pose la question de l’ampleur des soutiens militaires dont Prigojine disposait, ou pensait disposer, au moment du coup de force.  Loin d’être une anomalieWagner et M. Prigojine ont enfin été symptomatiques d’une culture stratégique. L’idée de créer des SMP pour se substituer aux forces d’opérations spéciales, à des fins de subversion dans les pays étrangers, était directement inspirée des exemples américains et britanniques fantasmés par les élites politico-militaires russes, promptes à imaginer des manœuvres subreptices et indirectes d’Occidentaux prétendument passés maîtres dans l’art de la dissimulation.   Or jamais en Occident une SMP n’a eu le pouvoir de Wagner, et jamais les Etats occidentaux n’ont conçu les SMP comme des outils de subversion. Surtout, contrairement à ce que pensent les élites politico-militaires russes qui s’obstinent à croire que la séparation des pouvoirs et la liberté ne sont en Occident qu’une façade, les SMP occidentales sont des entités privées, dont les dirigeants ne doivent pas faire allégeance à l’exécutif.   Loin d’être une anomalie, l’évolution de Wagner et le parcours de son chef ont été une émanation logique des échecs militaires russes dans une guerre imprévue et non maîtrisée, des spécificités du régime poutinien, mais aussi de la pensée et de la culture stratégiques russes postsoviétiques. Une situation extrêmement dangereuse pour des élites politico-militaires peu aptes aux profondes remises en question et pour un régime qui, bien qu’intéressé par sa propre survie, est non seulement souvent à l’origine des calamités qu’il affronte, mais ne peut se réformer sans prendre le risque de s’effondrer. </text>
	

	<text titre="Mort d'Evegueni  Prigojine (Wagner) : le Kremlin dément toute implication" date="2023 08 26T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7691" auteur="latribune.fr" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="La Tribune" keywords="poutine, porte-parole, kremlin, prigojine, vladimir, evguéni" langue="fr"> Les accusations selon lesquelles Evguéni Prigojine a été tué sur ordre de Vladimir Poutine sont un « mensonge absolu ». C'est ce qu'a soutenu ce vendredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, en refusant par ailleurs de confirmer le décès du chef de la milice paramilitaire Wagner au motif qu'il faut attendre les résultats de l'enquête. « Il y a maintenant beaucoup de spéculations autour de cet accident d'avion et de la mort tragique de ses passagers, y compris d'Evguéni Prigojine. Bien entendu, en Occident, toutes ces spéculations sont présentées sous un angle bien connu », a-t-il ajouté devant des journalistes.
« « Il est nécessaire de se baser sur des faits. Il n'y a pas encore beaucoup de faits. Ils doivent être établis au cours de l'enquête ». »   Le porte-parole du Kremlin, qui a déclaré que Vladimir Poutine n'avait pas rencontré Evguéni Prigojine dernièrement, n'a pas précisé si le président russe assisterait à ses funérailles, ni quel serait l'avenir du groupe Wagner. Jeudi, Vladimir Poutine a adressé ses condoléances aux proches du chef de la milice, rompant ainsi le silence après le crash, survenu deux mois après une mutinerie (lien : https://www.reutersconnect.com/all?search=all%3AL8N38G054&amp;linkedFromStory=true) menée par Evguéni Prigojine contre les chefs de l'armée russe. Vladimir Poutine a cité des « informations préliminaires » indiquant qu'Evguéni Prigojine et ses principaux associés de Wagner avaient été tous tués, tout en faisant l'éloge du chef du groupe mercenaire, ajoutant qu'il avait également commis de « graves erreurs ».  Un tir de missile?Le département américain de la Défense a déclaré jeudi qu'aucune information ne suggérait actuellement qu'un tir de missile était à l'origine du crash de l'avion dans lequel se trouvait Evguéni Prigojine.   Les habitants du village de Koujenkino, où s'est écrasé mercredi l'avion privé, disent avoir entendu une explosion avant de voir l'Embraer Legacy 600 tomber comme une feuille morte.   Deux responsables gouvernementaux américains ont déclaré jeudi, tout en soulignant que cette évaluation n'était que préliminaire, et sans fournir de preuves à l'appui, que l'appareil avait été probablement abattu par un missile sol-air, une théorie qui a également circulé dès mercredi soir dans des médias liés à Wagner.   Le Wall Street Journal écrit cependant de son côté que l'appareil pourrait avoir été détruit par une bombe à bord ou autre forme de sabotage.   Le jet privé se rendait de Moscou à Saint-Pétersbourg avec dix personnes à bord, dont trois membres d'équipage, lorsqu'il a disparu des écrans radar au-dessus de la région de Tver.  « Un bang » entendu par un habitantLe crash a été signalé en début de soirée par l'autorité de l'aviation civile russe. La mort d'Evguéni Prigojine a été rapidement annoncée ensuite par plusieurs médias liés à Wagner, dont la chaîne Telegram Grey Zone, canal de communication du groupe de mercenaires. Un habitant de Koujenkino, Vitali Stepenok, 72 ans, a dit à Reuters avoir entendu « une explosion, ou un bang ».   « J'ai levé les yeux et j'ai vu de la fumée blanche. Une aile est partie dans une direction et le fuselage est tombé comme ça », a-t-il poursuivi, mimant la scène. « L'avion n'a pas piqué du nez, il est tombé en vrille en planant ». La description de la scène correspond à une vidéo filmée par un autre habitant, diffusée par les réseaux sociaux.   Vitali Stepenok, lui, s'est rendu à vélo sur le site du crash, à une vingtaine de minutes de chez lui.   « Tout était en feu. Des gens s'affairaient autour de l'avion. Ils ont extrait un corps, des restes humains (...) Je ne pouvais rien faire. J'ai vu le numéro d'immatriculation, je leur ai dit et c'était terminé. »   En juin, Evguéni Prigojine avait brièvement défié le Kremlin en envoyant une colonne armée du sud de la Russie vers Moscou et en réclamant la démission du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et du chef d'état-major des armées, Valéri Guérassimov, qu'il accusait d'incompétence en Ukraine. Il avait renoncé à son coup de force au bout de 24 heures.   Jeudi, Vladimir Poutine a rappelé avoir connu le patron du groupe Wagner, un ancien détenu de droit commun devenu le « cuisinier » du Kremlin à la tête d'une lucrative entreprise de restauration collective, avant de fonder le groupe de mercenaires, dans les années 1990. « C'était un homme au destin compliqué, et il a fait de graves erreurs dans sa vie. Et il s'est efforcé d'obtenir les résultats dont il avait besoin pour lui-même, et quand je lui ai demandé, pour la cause commune, comme ces derniers mois. C'était un homme talentueux, un homme d'affaires talentueux, il travaillait non seulement pour notre pays, et obtenait des résultats, mais aussi à l'étranger, en particulier en Afrique », a ajouté le président russe.   (Avec Reuters) </text>
	

	<text titre="En Afrique, l’empire Wagner ne peut pas mourir" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="carol valade" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Le Monde" keywords="wagner, apparition, prigojine, vidéo, d’evgueni, dernière, l’empire" langue="fr"> N’Djamena - correspondance régionale - La toute dernière apparition vidéo d’Evgueni Prigojine, insigne de Wagner sur le treillis et fusil d’assaut en bandoulière, a pour décor un paysage sahélien. Dans une ultime bravade, le chef de la société de mercenariat, présumé mort dans le crash de l’avion à bord duquel il avait pris place mercredi 23 août, déclare travailler à rendre la Russie « encore plus grande » et l’Afrique « encore plus libre ».La progression spectaculaire de l’influence de la Russie sur le continent africain est sans doute sa plus grande réussite. En Afrique francophone, le Groupe Wagner a su capitaliser sur les erreurs diplomatiques de la France, le rejet de la politique étrangère et des opérations militaires françaises, et, plus largement, sur la frustration sociale accumulée, pour offrir au Kremlin des victoires géopolitiques à moindre coût.
Plusieurs analystes identifient le Mali comme lieu de la dernière vidéo d’Evgueni Prigojine. Selon plusieurs sources, il se serait également rendu en Centrafrique quelques jours plus tôt, afin d’y visiter les installations de sa société paramilitaire dans le pays. Une tournée africaine pour « sauver son empire et tenter d’empêcher la signature d’un accord avec le ministère de la défense russe », analyse la chercheuse Lou Osborn, membre de l’organisation All Eyes on Wagner et coautrice du livre  Wagner. Enquête au cœur du système Prigojine , à paraître le 15 septembre, aux Editions du Faubourg. « Ecarté d’Afrique où il a bâti sa légende, Prigojine perdait toute utilité et se savait plus vulnérable » , conclut-elle.   Sur le continent, l’homme d’affaires russe avait su jouer de son charisme pour nouer des relations personnelles avec certains responsables. L’une des dernières photos connues de lui le montre en compagnie du chef du protocole de Faustin Archange Touadéra, le président centrafricain, lors du sommet Afrique-Russie de Saint- Pétersbourg, fin juillet. Son apparition en coulisse de l’événement avait été abondamment commentée, moins d’un mois après la rébellion de Wagner contre l’armée russe.   De la Libye, où ses hommes ont combattu avec le maréchal Haftar dans la campagne avortée pour s’emparer de Tripoli, en 2019-2020, au Soudan, où il soutient le général Hemetti, en passant par le Mozambique, où son opération a échoué après quelques semaines et de nombreuses pertes, le bilan militaire de Wagner en Afrique reste pourtant mitigé.   Il n’y a qu’en République centrafricaine (RCA) que le groupe, d’abord chargé de la protection rapprochée du président Touadéra et de la formation de l’armée nationale, peut se targuer d’avoir repoussé les rebelles qui menaçaient la capitale, en janvier 2021. Dans cette entreprise,les hommes de Wagner ont toutefois reçu l’appui involontaire des forces déployées par le Rwanda, ainsi que des casques bleus de la Minusca, l’opération de maintien de la paix des Nations unies en RCA.  Exactions systématiquesCette reconquête s’est faite au prix d’exactions systématiques contre des populations civiles, aujourd’hui largement documentées par les Nations unies et les ONG de défense des droits humains. C’est aussi le cas au Mali, où le groupe est présent depuis décembre 2021 – il compte aujourd’hui environ 1 600 hommes sur le terrain – et où le nombre de victimes civiles ne cesse de croître sans qu’un véritable recul des djihadistes soit perceptible.   La force du Groupe Wagner en Afrique repose avant tout sur ses opérations de propagande, qui démultiplient son impact, sans même qu’il ait besoin de déployer des troupes sur le terrain, comme au Burkina Faso, ou tout dernièrement au Niger à la suite du coup d’Etat. C’est ce qui différencie ce groupe des sociétés militaires privées traditionnelles. Dans chaque pays, Wagner a su s’adapter et changer de forme. A Madagascar, il a lancé une opération d’influence électorale en 2018, sans composante militaire. En Centrafrique, il a participé à l’organisation du référendum constitutionnel, le 30 juillet. Dans ce pays d’Afrique centrale ravagé par la guerre civile, Wagner a étendu son emprise dans les sphères politiques et économiques en exploitant les minerais (diamants, or), les bois précieux, et s’est même lancé dans la production de boissons alcoolisées.   L’histoire du groupe est « intimement liée à la personnalité tonitruante d’Evgeni Prigojine, la loyauté qu’il inspirait et surtout à l’hyperstructure financière qu’il avait montée » , souligne John Lechner, chercheur spécialiste de Wagner. Le groupe a su se rendre indispensable, tant auprès des gouvernements autoritaires dont ils représentent l’ « assurance-vie », qu’au Kremlin dont il assure le rayonnement sur le continent, à moindres frais. La myriade de sociétés réunies sous l’appellation « Wagner », opérant avec une grande autonomie, génère d’importants bénéfices et devrait donc continuer d’opérer.  « Les enjeux financiers sont trop importants, et il y a des contrats avec les gouvernements qu’il faut honorer », estime M. Lechner. Après l’éphémère rébellion de Prigojine contre le Kremlin, fin juin, la structure de Wagner n’avait pas fondamentalement changé. Ni sur le plan militaire – de nouvelles unités avaient été déployées en RCA – ni sur le plan financier. « Il avait même remporté de nouveaux marchés publics en Russie [dans le domaine de la restauration] courant juillet », indique Lou Osborn.   Toutefois, une reprise en main progressive par l’Etat russe était à l’œuvre. C’est ainsi qu’a été interprétée la visite en Libye, mardi 22 août, du vice-ministre de la défense russe Iounous-bek Evkourov, qui a rencontré le maréchal Khalifa Haftar. L’homme fort de l’Est libyen est étroitement lié aux combattants de Wagner, qui opèrent à ses côtés depuis les années 2017-2018. La mort d’Evgueni Prigojine ne devrait pas fondamentalement changer la donne. La Russie, bien qu’elle n’ait jamais reconnu disposer d’une présence militaire en Libye, « est là pour rester, c’est pérenne », estime Jalel Harchaoui, chercheur associé au Royal United Services Institute for Defence and Security Studies.   Le poids de Wagner dans l’Est libyen place néanmoins Moscou devant un dilemme : « L’Etat russe ne veut pas être officiellement impliqué en Libye à cause du caractère illégal des trafics qui y sont menés, et il cherche encore des solutions pour remplacer juridiquement Wagner,souligne Akram Kharief, journaliste fondateur du site Mena Defense. C’est un véritable casse-tête. Je pense qu’ils vont finir par créer une nouvelle entité. »« Compagnies militaires privées »Deux sociétés militaires privées russes auraient déjà commencé à lancer des opérations de recrutement pour l’Afrique. La première, Redut a été créée pour sécuriser les ressources de phosphate en Syrie avant d’être déployée en Ukraine. Elle serait dirigée par le général Averyanov, directeur des opérations clandestines du GRU, les renseignements militaires russes. Ce dernier était d’ailleurs présent à la rencontre entre Vladimir Poutine et les chefs d’Etat africains lors du sommet Afrique-Russie de Saint-Pétersbourg. La seconde, Convoy, serait quant à elle serait dirigée par Konstantin Pikalov un ancien employé de Prigojine qui a travaillé pour Wagner à Madagascar en Centrafrique et en Ukraine.   Des « compagnies militaires privées » qui ne le sont pas complètement selon le chercheur indépendant Jack Margolin, qui souligne qu’elles sont directement liées au ministère de la défense russe et au GRU. Sont-elles en mesure de remplacer Wagner en Afrique ? Pour l’instant, elles n’ont ni les capacités humaines et logistiques ni la connaissance du terrain de l’empire d’Evgueni Prigojine, tranche John Lechner. Tant en Centrafrique, qu’au Mali, les dirigeants africains doivent leur survie à leur alliance avec la Russie. Le Kremlin, quant à lui, ne semble pas prêt à sacrifier la carte Wagner selon Lou Osborn : « La mort de Prigojine ne change rien aux ambitions de Moscou, qui cherche à étendre son influence en Afrique et compte bien mobiliser cet atout dans le conflit en Ukraine et dans son face-à-face avec l’Occident. » </text>
	

	<text titre="Tatiana Kastouéva-Jean Dans le système Poutine, on est une marionnette fidèle ou on n’est pas" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="tatiana kastouéva-jean" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Le Monde" keywords="mort, président, système, militaire, poutine, russe, fidèle, wagner, chef, prigojine, milices, marionnette, n’est" langue="fr"> Evgueni Prigojine, l’ex-cuisinier du président Poutine et le chef de la compagnie militaire privée russe Wagner, a côtoyé la mort pendant longtemps. Ses milices se sont distinguées par des actes cruels et barbares en Afrique. Les violentes diatribes lancées contre le ministre de la défense, Sergueï Choïgou, et le chef de l’état-major des armées, Valeri Guerassimov, sur fond de corps entassés de ses hommes morts en Ukraine, ont enflammé les réseaux sociaux bien au-delà de la Russie. Fin juin, il a voulu tirer le diable par la queue en lançant la « marche pour la justice » pour réclamer la destitution du haut commandement militaire russe. Cet acte a été perçu comme un affront personnel par le président Vladimir Poutine, qui l’a qualifié de trahison.
Or on sait, de l’aveu de Poutine lui-même, qu’il ne pardonne pas aux traîtres. Dès lors, le sort de Prigojine semblait scellé et c’est plutôt le long sursis accordé qui laissait perplexe. Quelques jours après la rébellion avortée, Prigojine avait même été reçu, avec d’autres cadres de Wagner, par le maître du Kremlin qui leur aurait promis un « nouvel emploi ».  Comportement imprudentDeux mois, jour pour jour, après la mutinerie avortée, la mort a fini par rattraper le 23 août celui qui se croyait indispensable au système Poutine au point de devenir intouchable. Il a emporté avec lui quelques proches, dont son bras droit Dmitri Outkine dont le nom de guerre, Wagner, désigne désormais communément les milices privéesrusses. Les circonstances de leur disparition feront couler beaucoup d’encre dans les jours qui viennent et ne seront probablement jamais complètement élucidées. Prigojine était l’objet de détestation des Ukrainiens, du haut commandement militaire russe, d’une partie des services spéciaux. Mais c’est la thèse de la vengeance du Kremlin qui semble logiquement s’imposer. Ancien repris de justice et exécutant des basses œuvres pour le compte de l’Etat russe, Prigojine connaissait pourtant comme sa poche les mondes criminel, économique et politique russes, qui sont inextricablement liés au point de se confondre. Il connaissait les règles du jeu, les lignes rouges à ne pas franchir et l’illusion des promesses. Les raisons de son comportement imprudent sont d’autant plus incompréhensibles : pendant ces deux derniers mois il a multiplié en toute liberté des voyages en jet privé en Russie, en Biélorussie et en Afrique, où les forces Wagner opèrent toujours.   Les conséquences de sa disparition pour le système politique russe et la stabilité du régime devraient être limitées. Certes, un mécontentement du noyau dur des Wagner, qui a certainement anticipé le scénario d’une disparition soudaine de leur patron, n’est pas à exclure. Une partie de l’armée, partageant les griefs de Prigojine contre le haut commandement militaire,pourrait même sympathiser avec eux. Pour les milieux ultranationalistes, il était un héros national et le plus efficace des commandants militaires sur le front ukrainien. Cependant, le Kremlin s’est appliqué depuis deux mois à démanteler l’empire de Prigojine en transférant ses multiples actifs militaires ou civils (dont les médias ou les compagnies de catering) à d’autres acteurs, institutionnels (comme la garde nationale pour les systèmes d’armement) ou privés, mais aussi en traquant des « dissidents » dans les milieux nationalistes et dans l’armée.  Verticale du pouvoir renforcéeCette mort est ainsi à mettre en parallèle avec l’arrestation en juillet du sulfureux nationaliste Igor Guirkine et la disparition de l’espace public du général Sergueï Sourovikine, ancien commandant des forces russes en Ukraine, supposément au fait de la mutinerie de juin. Après deux mois de flottement et d’indécision apparente, le chef du Kremlin réaffirme ainsi son statut de seul arbitre résolu et impitoyable. Quant à la société russe, elle observe les luttes intestines des élites de loin, en multipliant, pour les plus actifs, les railleries amères et des mèmes cyniques sur les réseaux sociaux.   En dépit des zones d’ombre qui entourent autant les objectifs de la mutinerie de juin que la disparition de Prigojine, sa mort confirme deux traits inhérents au système Poutine. D’une part, son fonctionnement mafieux qui fait fi des institutions, des lois et des règles écrites. Prigojine aurait pu faire l’objet d’un procès et d’une condamnation en bonne et due forme, tellement son rôle dans l’organisation de la mutinerie armée était limpide. Sa disparition est un pur règlement de comptes avec le recours aux moyens d’Etat. Sa liquidation aurait pu aussi être organisée d’une manière plus discrète, mais la mise en scène ne devait pas laisser des doutes sur le sort réservé aux traîtres pour les élites qui avaient pu percevoir les vacillements du système en juin.   La verticale du pouvoir se trouve ainsi renforcée à court terme par l’intimidation, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2024 dont le Kremlin avait déjà confirmé la tenue. Sur le plan international, l’Etat russe fera le nécessaire pour finir de reprendre la main sur les milices Wagner et continuer les activités visibles ou clandestines en Afrique.   D’autre part, le Kremlin affiche son intolérance à l’égard de tout acteur autonome qui tenterait son propre jeu hors de son contrôle. Dans le système Poutine, on est une marionnette fidèle ou on n’est pas. Les services rendus et les projets portés pour le compte du Kremlin ne sauvent pas les fautifs. Sur ce plan, Poutine est dans la continuité de l’histoire russe : tant Lénine que Staline se sont débarrassés des figures sortant du lot et prétendant jouer un rôle autonome. Plus près de nous, le populaire général Alexandre Lebed, candidat à la présidentielle en 1996, signataire de l’accord de la paix mettant fin à la première guerre russo-tchétchène (1994-1996), critique virulent du fonctionnement mafieux et de la corruption en Russie, avait trouvé la mort dans un accident d’hélicoptère en 2002. Le phénomène Prigojine aura été une courte exception qui a fini par confirmer la règle. </text>
	

	<text titre="Mort de  Prigojine : Moscou cultive le flou" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24575" auteur="colling, julian" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="dmitri, moscou, porte-parole, kremlin, prigojine" langue="fr"> EUROPE DE L'EST « C'est un mensonge absolu ! » Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, avait évidemment entendu le raffut mondial autour de la possible responsabilité du plus haut sommet de l'État russe dans la mort d'Evgueni Prigojine. Aux journalistes accrédités au Kremlin, vendredi, par téléphone, le fidèle Peskov a apporté un démenti ferme aux rumeurs. Non, Vladimir Poutine n'est en aucun cas lié au trépas du turbulent patron de la société paramilitaire Wagner, contrairement à « l'angle » choisi selon lui par toutes les voix occidentales.   Peskov a également réfuté des informations qui circulaient sur certains réseaux disposant de sources au sein de l'establishment russe et faisaient état d'une possible rencontre entre le chef du Kremlin et le chef de Wagner juste avant le crash. « Comme l'a dit le président, les faits doivent encore être élucidés et des expertises génétiques vont désormais être menées » , ajoutait le porte-parole.
Vendredi, les corps des dix victimes du crash - qui seraient méconnaissables à la suite du choc et de l'incendie qui s'est ensuivi - étaient toujours à l'institut médico-légal de Tver, la grande ville la plus proche du lieu de l'incident, à environ 200 kilomètres au nord-ouest de Moscou. La veille, d'autres chaînes Telegram déclaraient qu'un combattant de Wagner était déjà venu identifier les dépouilles de Prigojine (à qui il manque un annulaire) et de son bras droit et commandant en chef, Dmitri Outkine (aux nombreux tatouages). L'information n'a pas été confirmée.   Dans l'attente de l'identification formelle des victimes, c'était en tout cas l'une des questions qui agitait le petit milieu de la « kremlinologie » à Moscou : le pouvoir russe allait-il rapidement commenter la mort vraisemblable, deux mois jour pour jour après sa mutinerie avortée, du polarisant businessman ? De manière inattendue c'est Vladimir Poutine qui a lui-même pris les devants jeudi, en marge d'une réunion filmée par les caméras. La tonalité de la réaction du président russe, sous forme d'hommage, n'a pas manqué de surprendre.   Saluant un « homme talentueux, au parcours pas facile et qui a fait de nombreuses erreurs sérieuses au cours de sa vie » , Poutine a au passage glissé deux informations nouvelles. Selon lui, les deux hommes, tous deux originaires de Saint-Pétersbourg, se connaissaient « depuis le début des années 1990 ». La version la plus courante, distillée notamment par Prigojine, était qu'ils n'avaient fait connaissance qu'au tournant du millénaire. Une autre phrase a plus encore retenu l'attention des limiers russes : « Prigojine a rempli avec sérieux les tâches qui lui ont été conférées, pour la cause commune  (la guerre en Ukraine, NDLR) , y compris quand je le lui ai moi-même demandé. »   Récupérer le portefeuille « Afrique »   Il n'en fallait pas plus pour que certains observateurs, tel le journaliste et ancien politicien aux tendances communistes Maxime Chevtchenko, y voient la confirmation d'un complot contre Evgueni Prigojine par des factions ennemies au sein du système, à l'insu du leader russe. Néanmoins, la majorité des experts indépendants s'accordaient toujours vendredi sur une probable vengeance poutinienne, à la suite de la révolte avortée du 24 juin. « Je peux tout pardonner sauf la trahison » , avait un jour déclaré Poutine.   Quid de l'avenir de Wagner désormais ? Le président russe signait vendredi, dans un timing parfait, un nouvel oukase obligeant tout mercenaire à prêter allégeance à l'État. Peskov déclarait, lui, que Wagner, en tant que tel, n'avait « jamais eu d'existence légale ». Le démantèlement de la création de Prigojine serait-il déjà en cours ?   Selon plusieurs sources russes bien informées, comme d'après le Financial Times et le Wall Street Journal, Evgueni Prigojine se trouvait bien tout récemment au Mali et en République centrafricaine, pour tenter d'y sauvegarder les activités de sa compagnie. Le journal new-yorkais écrit que Poutine aurait, personnellement, demandé à Faustin Archange Touadéra de prendre ses distances avec le trublion. Un conflit serait arrivé à ébullition entre le businessman et le GRU, le renseignement militaire russe, qui dépend du ministère de la Défense. Ce puissant organe souhaitait récupérer tout le portefeuille « Afrique » de Wagner, via différentes milices privées contrôlées par lui comme Redut et Convoy. Ces dernières ont, selon le média d'investigation iStories, commencé à recruter sous leurs bannières en Afrique. Selon Christo Grozev, du média d'investigation Bellingcat, le GRU pourrait avoir proposé l'élimination de Prigojine, qui aurait payé son refus de s'effacer.   Vendredi, Alexandre Loukachenko déclarait, en tout cas, que Wagner continuerait d'exister, et d'être hébergée en Biélorussie. Parmi les nombreuses zones d'ombre restantes demeurent deux questions : quelle image de Prigojine sera prochainement véhiculée, pour sa postérité, par les médias pro-Kremlin ? Et quelles funérailles attendre pour celui qui fut, pendant un an, l'agitateur en chef du système russe sclérosé ? </text>
	

	<text titre="L’avenir incertain des troupes de Wagner en Biélorussie" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="faustine vincent" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Le Monde" keywords="mort, août, l’heure, mercenaires, wagner, prigojine, biélorussie, russes, troupes" langue="fr"> Que vont devenir les milliers de mercenaires russes de Wagner présents en Biélorussie après la mort annoncée, mercredi 23 août, de leur chef, Evgueni Prigojine ? Leur sort reste pour l’heure incertain, deux mois à peine après leur arrivée dans le pays, allié numéro un de Moscou dans la guerre en Ukraine.   Après la mutinerie ratée de la milice privée en Russie, les 23 et 24 juin, le dirigeant biélorusse, Alexandre Loukachenko, était apparu en médiateur surprise entre Vladimir Poutine et les rebelles. Un accord avait été signé, permettant aux mercenaires de s’exiler dans le pays, devenu la base arrière des troupes russes depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022. Le dictateur avait aussi offert des « garanties de sécurité » au patron de Wagner, dont le – très probable – assassinat est une humiliation pour le président biélorusse, devenu le simple instrument de Vladimir Poutine.
Quelque 5 000 combattants de la milice privée se sont installés sur une base militaire située dans le village de Tsel, à 90 km de Minsk, sans que personne sache ce qu’ils étaient censés y faire. Leur statut est resté flou plusieurs semaines durant, puis le régime a formalisé leur présence en les chargeant de former les forces armées biélorusses. Fin juillet, Minsk a aussi annoncé la présence de membres de Wagner dans une caserne militaire biélorusse, à 5 km à peine de la Pologne, pays membre de l’OTAN, accroissant les craintes occidentales d’une déstabilisation.   La mort annoncée d’Evgueni Prigojine sonne-t-elle l’heure de leur départ ? Selon le Centre national de la résistance, un organe officiel ukrainien, « des convois de combattants de Wagner quittent la Biélorussie ». «[Ils] se dirigent probablement vers la frontière avec la Russie, mais les services spéciaux de la Biélorussie tentent d’empêcher le départ des véhicules des mercenaires », a affirmé jeudi 24 août cet organe officiel, citant des opposants biélorusses opérant dans la clandestinité.   Des images satellites publiées jeudi par Radio Svoboda, la filiale russe du média américain Radio Free Europe-Radio Liberty, montrent la disparition d’une partie des tentes du camp de Tsel, témoignant de « la phase active du démantèlement du camp Wagner dans[ce] village », selon ce média. D’après ses calculs, plus d’un tiers des tentes ont déjà été retirées. « Sur 273 tentes résidentielles, environ 101 ont été démontées. Chacune des tentes pouvant accueillir environ 20 soldats, on peut en déduire qu’environ 2 020 soldats Wagner pourraient avoir quitté l’unité militaire du village de Tsel sur environ 5 000 qui s’y trouvaient. »Ce démantèlement partiel a toutefois débuté « autour du 1er août », précise Radio Svoboda, soit trois semaines avant le crash de l’avion du patron de Wagner. Une partie des mercenaires avaient commencé à plier bagage avant la mort de leur chef à cause du « manque de financement de la Russie », a rapporté, le 19 août, le Centre national de la résistance. Ces hommes sont « insatisfaits de leurs salaires » et ont « signé des contrats pour combattre dans des pays africains ou sont partis en vacances sans intention de revenir », écrivait cet organe officiel ukrainien. Des sources biélorusses clandestines avaient assuré que le nombre de miliciens de Wagner était tombé, à cette date, « de 5 800 à 4 400 ».   La disparition du patron de la milice privée russe pourrait accélérer ce départ. Le Belarusian Hajun Project, alimenté par le journaliste biélorusse en exil Anton Motolko et axé sur la surveillance des activités militaires, met toutefois en garde contre toute conclusion hâtive. Un retrait des mercenaires de Biélorussie est un scénario « possible » mais « actuellement, [il] n’observe pas le retrait des mercenaires de leur base » à Tsel. En revanche, il a lui aussi constaté, en observant les images satellites, qu’ « environ 35 tentes sur près de 300 ont été démontées dans le camp » entre le 28 juillet et le 15 août . « La situation du camp n’est pas statique et évolue constamment », en conclut Anton Motolko, estimant qu’après la mort de Prigojine, il faudra « un certain temps pour lancer les processus internes visant à réorganiser le[Groupe Wagner] et à prendre des décisions ».Plus d’un tiers des tentes retiréesLe retrait des mercenaires de Wagner de la Biélorussie serait un soulagement pour la population mais aussi pour les pays voisins du flanc ouest. Inquiètes face au risque de déstabilisation, la Pologne et la Lituanie avaient renforcé la sécurité à la frontière avec leur voisin biélorusse et envisagé de la fermer totalement.   Aujourd’hui, Varsovie et Vilnius restent prudentes. « Nous ne devrions vraiment pas penser que la mort de Prigojine doit nous rendre plus sereins ou qu’elle améliore d’une manière ou d’une autre la situation sécuritaire » , a déclaré Gitanas Nauseda, le président lituanien, estimant que sa disparition « ne changera pas grand-chose ». Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a tenu un discours similaire, estimant que Wagner était désormais « sous la supervision directe de Poutine et de ses gens ». « Encore plus qu’avant, ou au moins comme aujourd’hui, il sera utilisé comme un outil de provocation, de chantage (…) pour déstabiliser les pays frontaliers de la Russie et de Biélorussie », a-t-il ajouté.   De son côté, l’opposition biélorusse espère que la mort d’Evgueni Prigojine pourra entraîner le départ de ses troupes et réduire la menace qu’elles font peser dans la région. « Le criminel Prigojine ne manquera pas en Biélorussie, a assuré la cheffe des forces démocratiques en exil, Svetlana Tsikhanovskaïa. C’était un meurtrier et il faut se souvenir de lui comme tel. » </text>
	

	<text titre="Wagner au Bélarus : que vont devenir les mercenaires ?" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Libération" auteur="nelly didelot" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Libération" keywords="mercenaires, wagner, prigojine, question, menée, bélarus, avenir" langue="fr"> Depuis deux mois, c'est une question qui revient avec une régularité lancinante. Quel sera l'avenir des mercenaires de Wagner ? Après la mutinerie menée en juin par leur chef, Evgueni Prigojine, ils ont quitté l'Ukraine pour le Bélarus. Mise au vert forcée dans un camp désaffecté de l'armée nationale près de la bourgade de Tsel. Même du vivant de leur patron, annoncé mort dans le crash de son jet privé, leur installation au Bélarus posait question. Qui allaient les entretenir? Qu'allaient-ils faire dans un pays officiellement en paix? Allaient-ils rester ou partir vers l'un des pays africains où opère Wagner ? Au cours du mois de juillet, Prigojine avait, à sa manière, apporté des réponses. Il s'était déplacé devant ses hommes, avec son bras droit Dmitri Outkine, pour leur annoncer que Wagner «allait rester au Bélarus un certain temps» pour aider à transformer les soldats locaux en «la deuxième meilleure armée du monde». En parallèle, deux sociétés liées à Wagner ont été enregistrées au Bélarus, ce qui a été interprété comme le signe d'une installation dans la durée.
Il semble toutefois qu'avant même la disparition de Prigojine, le nombre de ses hommes présents au Bélarus ait commencé à diminuer. D'après des images satellites publiées par Radio Free Europe, 101 tentes sur 273 ont été démontées du camp de Tsel entre le 1er et le 23 août. Selon les services de renseignement des pays voisins, environ 4 000 combattants y auraient été installés. Manoeuvres. «Si environ un tiers du camp de tentes a été démantelé, cela signifie que près de 2000 personnes pourraient l'avoir quitté», note le Hajun Project. «Toutefois nos données comme les informations de Radio Free Europe montrent que malgré le démontage de certaines tentes, le nombre d'équipements dans le camp n'a pas changé. En d'autres termes, si certains mercenaires sont effectivement partis en Russie, Wagner ne prévoyait pas de fermer complètement ses installations.» Début août, la chaîne Telegram VChK-OGPU, qui publie des informations sur les services de sécurité russes, avait déjà affirmé que les mercenaires reprenaient la route de la Russie par groupes de 500 à 600 personnes. D'après les sources internes à Wagner citées par VChKOGPU, l'autocrate «Alexandre Loukachenko a refusé de participer au financement de la milice et s'attendait à ce que l'argent vienne de la Fédération de Russie». En l'absence de réponse de Moscou, les hommes auraient commencé à être envoyés en vacances à durée indéterminée en Russie.   Minsk ne semble plus certain du sort qu'il veut réserver aux mercenaires. Après l'annonce en fanfare d'entraînements communs entre l'armée et les hommes de Wagner, les photos de manoeuvres se sont faites nettement plus rares dans la propagande.   L'avenir des mercenaires semble plutôt s'écrire en Afrique. Une enquête de Radio Free Europe, menée en s'appuyant sur les groupes Telegram des femmes de soldats de Wagner, a montré que les mercenaires n'ont plus le choix qu'entre quatre missions - Mali, République centrafricaine, Libye et Syrie - s'ils veulent continuer à travailler pour la compagnie de sécurité.   Bilan. En parallèle, les conditions pour être envoyé à l'étranger ont été revues nettement à la hausse. Plus question d'embaucher des détenus dans les prisons, il s'agit désormais d'avoir un passeport valide, des dents saines, un bon bilan médical et pas de dettes en souffrance. Pour Mark Krutov, l'auteur de l'enquête, «beaucoup d'hommes de Wagner [au Bélarus] sont renvoyés à la maison parce qu'ils ne remplissent pas les conditions strictes du nouvel appel à travailler sur les projets de Prigojine en Afrique». Selon la chaîne Telegram   VChK-OGPU, 500 mercenaires, sélectionnés parmi les survivants de la bataille de Bakhmout, devraient être envoyés en Libye. Mais avec la mort de Prigojine, la question de l'avenir de Wagner se pose désormais à l'échelle du groupe, et plus simplement de sa présence au Bélarus. </text>
	

	<text titre="Ces milices russes qui pourraient profiter du déclin de Wagner" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="wagner, prigojine, milices, russes, groupe, pourraient" langue="fr"> Félix D'Orso   La mort d'Evgueni Prigojine dans le crash de son avion ce mercredi marque un coup d'arrêt au développement du groupe Wagner et de son florissant business international. Mais dans l'ombre de l' armée privée, des dizaines de milices pourraient chercher à amasser une part du butin. Leurs noms : Convoy, Redut, Potok ou encore Patriot.   Comme Wagner, elles sont les héritières des sociétés de sécurité privées russes nées dans les années 1990, époque marquée par des privatisations féroces et opaques. La plupart de ces compagnies employant d'anciens soldats ont connu une certaine renaissance au moment de la guerre du Donbass en 2014.
Le cas de la milice Potok illustre parfaitement le système : « Potok est au départ une société de sécurisation des sites du gazier Gazprom », rappelle Ulrich Bounat, analyste spécialiste de l'Europe de l'Est. « Au moment de l'invasion de l'Ukraine, le Kremlin a demandé aux grandes entreprises et aux oligarques de fournir des mercenaires. » C'est ainsi que des hommes de Potok se sont retrouvés à combattre aux côtés de l'armée régulière russe à Bakhmout ou Vuhleda.   Certaines milices sont plus politiques comme E.N.O.T. corp (aujourd'hui dissoute) qui rassemblait des ultranationalistes. D'autres, sont plus récentes comme Convoy, née en 2023 de l'alliance d'un ancien de Wagner et du gouverneur de Crimée. Mais quelles que soient leurs origines, ces PMC - dans le jargon militaire - ont toutes fini par servir les intérêts du pouvoir russe, bien content de pouvoir compter sur des hommes rapidement mobilisables pour sa guerre en Ukraine, d'éviter une mobilisation générale et de pouvoir mentir sur les pertes officielles.  Un partage des lucratives activités internationales« On a tendance à les qualifier de sociétés paramilitaires privées mais il n'en est rien. Ces structures ne sont que le prolongement de l'État russe qui les finance en partie », rappelle Denys Kolesnyk, spécialiste des questions de sécurité et de défense en Europe centrale et orientale.   Dans la galaxie des milices privées russes (une trentaine selon le site d'investigation Molfar), certaines se démarquent. Il s'agit des PMC créées par des hommes d'État ou des structures étatique, attirés par ses lucratives activités internationales de Wagner.   C'est le cas de Redut, la milice du GRU (les renseignements russes) et de Patriot, la création du ministre de la Défense Sergueï Choïgou, créées en 2018. Présentes dans respectivement cinq et sept pays, principalement situés au Moyen-Orient ou en Afrique, ce sont sans doute ces PMC qui sont les plus susceptibles de reprendre les activités de Wagner.   « Cela a déjà commencé, livre Ulrich Bounat. Après la rébellion avortée de Prigojine en juin, les activités de Wagner en Syrie ont été stoppées et vraisemblablement reprises par d'autres sociétés. » « Wagner avait acquis un peu trop d'autonomie et ses recettes étaient devenues un peu trop importantes », résume Denys Kolesnyk.   Mais reprendre le flambeau ne sera pas simple. Par ses effectifs (40 000 hommes à son apogée en 2022), son influence (présente dans 18 pays) et par la nature variée de ses activités (militaires, réseaux de communications, interférence dans des élections...), Wagner n'a pas d'équivalent. « Les effectifs de la milice seront sûrement partagés entre les différentes PMC. Une partie des cadres de Wagner pourraient tenter de monter leur propre groupe. Quant aux activités, elles seront certainement reprises », prédit Ulrich Bounat.   « À l'avenir, l'État russe va vouloir éviter une situation similaire, avec une société trop puissante présente dans de nombreux pays », complète Denys Kolesnyk. Vladimir Poutine a d'ailleurs signé un décret ce vendredi obligeant les membres des groupes paramilitaires à prêter serment à la Russie, comme les soldats de l'armée régulière. Le pouvoir russe tente par cette façon de reprendre le contrôle sur les monstres qu'il a lui même créés. </text>
	

	<text titre="Après  Prigojine, l’empire Wagner en suspens" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Le Monde" keywords="wagner" langue="fr"> - En évoquant la mémoire d’Evgueni Prigojine, jeudi 24 août, Vladimir Poutine a reconnu sa mort, la veille, dans le crash de son avion   - Portrait de cet ancien délinquant, vendeur de hot-dogs, homme d’affaires et associé de l’ombre du président russe
- Après la disparition de son chef, l’avenir de la milice privée Wagner est incertain, notamment en Biélorussie, où 5 000 mercenaires sont exilés   - En Afrique, la myriade de sociétés, très autonomes, réunies sous son appellation génère de gros bénéfices et devrait continuer d’opérer  « Dans le système Poutine, on est une marionnette fidèle ou on n’est pas »Nos tribunes sur les conséquences de la mort de Prigojine sur le système politique russe et la stabilité du régime  En Ukraine, des pertes militaires de très grande ampleurKiev et Moscou taisent le nombre de soldats tués ou blessés, qui serait comparable à celui de la première guerre mondiale  Les Ukrainiens célèbrent leur esprit de résistanceKiev a fêté, mercredi et jeudi, les Jours du drapeau et de l’indépendance alors que la contre-offensive stagne </text>
	

	<text titre="Un « destin compliqué », selon Poutine" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Le Monde" keywords="destin, vladimir, poutine, l’avion" langue="fr"> Lors d’une réunion retransmise à la télévision, jeudi 24 août, Vladimir Poutine a présenté ses « sincères condoléances » aux proches des victimes, après le crash, la veille, de l’avion d’Evgueni Prigojine, le chef du groupe paramilitaire russe Wagner, déclarant, à propos de son ancien allié : « C’était un homme au destin compliqué, qui a commis de graves erreurs dans sa vie, mais obtenait les résultats qu’il fallait. » Vladimir Poutine a promis de « mener [l’enquête sur les causes du crash ] dans son intégralité et d’aboutir à une conclusion ». L’agence russe pour le transport aérien, Rosaviatsia, a confirmé que Prigojine se trouvait à bord du jet privé qui s’est écrasé près du village de Koujenkino. Aucun des sept passagers et des trois membres d’équipage n’a survécu. Le Pentagone a qualifié, jeudi, d’ « inexactes » les affirmations selon lesquelles un « missile sol-air » aurait été lancé contre l’avion. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a déclaré que Kiev n’avait « rien à voir » dans le crash. Le président des Etats-Unis, Joe Biden, a estimé que « peu de choses se passent en Russie sans que Poutine y soit pour quelque chose ». </text>
	

	<text titre="[SYRIE  La colère anti-Bachar el-Assad se réveille...]" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24575" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> SYRIE La colère anti-Bachar el-Assad se réveille dans le sud du pays PAGE 5  RUSSIE Moscou entretient le flou autour de la mort de Prigojine PAGE 6  CINÉMA L'animation française conquiert Hollywood PAGE 26 </text>
	

	<text titre="Sur l'Ukraine, Nicolas Sarkozy se trompe" date="2023 08 26T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24575" auteur="jospin, lionel" annee="2023" mois="8" jour="26" journal_clean="Le Figaro" keywords="sarkozy, nicolas, accorder, guerre, entretien, ukraine" langue="fr"> Dans l'entretien qu'il vient d'accorder au Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy expose notamment sa vision de la guerre en Ukraine. Son approche est si ouvertement prorusse et la « voix de sortie »du conflit qu'il suggère est si pernicieuse qu'elles appellent une réponse.   Il est grave en effet de voir un ancien président de la République française, à rebours de la position officielle de son pays, adopter la thèse et servir les intérêts du pays agresseur d'un peuple dont nous nous déclarons l'ami. La Russie est coupable de crimes de guerre frappant des populations civiles. Elle menace l'Europe et se montre hostile à notre égard sur plusieurs terrains.
À propos de l'Ukraine, le ton est donné d'emblée par l'ancien chef de l'État : aucune parole de compassion ou de solidarité, encore moins de soutien ou d'éloge. Or les troupes d'élite de ce pays ont heureusement brisé dans l'oeuf l'offensive éclair des blindés russes pour s'emparer de Kiev et le peuple se bat courageusement et avec habileté depuis des mois pour affirmer sa souveraineté et préserver ses choix démocratiques.   En revanche, depuis Paris, Nicolas Sarkozy prétend savoir ce qui convient à cette nation agressée et tranche - sur « la vocation de l'Ukraine » - sans se préoccuper de ce que souhaitent les autorités politiques légitimes du pays. Il décrète que ce pays doit être « neutre », au moment même où la Suède et la Finlande ont décidé de ne plus l'être, en raison de la menace russe. Il dénie à cet État toute entrée possible dans l'Union européenne, alors que la décision sera prise à l'issue d'un processus long et complexe, non par l'Ukraine, mais par les vingt-sept membres actuels de l'Union. Il lui assigne même « une vocation de pont entre l'Europe et la Russie » sans saisir la cruelle ironie de cette formule à l'heure où ce pays est martyrisé par les bombes russes. L'enjeu d'aujourd'hui n'est pas de dire si l'Ukraine devra rejoindre un jour l'Union européenne ou l'Otan mais d'aider cette nation à rester souveraine et libre.   La sollicitude de Nicolas Sarkozy, quant à elle, va à la Russie. Pour mettre fin à la guerre, nous dit-il, il suffirait de négocier afin d'accorder légalement à la Russie les territoires qu'elle a déjà annexés : Donbass, Donetsk et Crimée ! Ce généreux donateur a beau reconnaître lui-même que « l'annexion de la Crimée a constitué une violation évidente du droit international », il n'en propose pas moins d'organiser « un référendum incontestable », « pour entériner l'état de fait actuel », sans s'émouvoir de cette énorme contradiction. À raisonner ainsi, bien sûr, la messe semblerait dite.   Cette démarche est irréaliste. Si elle était suivie, les Ukrainiens trahis ne l'accepteraient pas, la France serait isolée et réprouvée en Europe, et Vladimir Poutine, conforté dans ses rêves de puissance et ses entreprises mortifères, n'aurait plus qu'à chercher d'autres proies. Il est bien évident que, géographiquement, « la Russie est voisine de l'Europe et le restera ». Mais énoncer cette évidence pour justifier des concessions déshonorantes à l'agresseur russe ne saurait fonder une politique légitime. Le pouvoir russe actuel nous impose la vigilance et non la complaisance.   La relation franco-russe s'inscrit désormais dans un contexte inédit. Après la mort de Staline, en 1953, l'Union soviétique de la guerre froide était assurée de sa puissance. Cet État totalitaire, constituant l'un des « deux grands » , fut dirigé de façon relativement rationnelle pendant quarante-cinq ans. Quant à la dissolution de l'URSS, en 1991, elle se fit à notre grand soulagement dans une certaine rationalité et en tout cas sans tragédie.   En dépit des ressources de son sous-sol, la Russie est aujourd'hui un pays en déclin démographique et économique. Faute d'avoir fait toute la lumière sur son passé stalinien et après avoir vu tourner court une tentative démocratique, elle subit un régime politique opaque, violent, et idéologiquement hybride. Face à une société que la propagande et la peur ont maintenue passive, sous l'autorité impérieuse et secrète d'un despote brutal et lui-même apeuré, des clans se disputent les pans d'un capitalisme mafieux. La liquidation en vol d'Evgueni Prigojine, patron de la milice Wagner, hier ami de Poutine, a jeté une lumière glauque sur le régime. Quelle confiance alors accorder au maître du Kremlin ? Et comment ne pas rester sceptique devant l'idée de Nicolas Sarkozy selon laquelle « la diplomatie, la discussion et l'échange »seraient « les seuls moyens de trouver une solution acceptable » ? D'autant que le président russe n'a jamais usé de ces moyens à l'égard de l'Ukraine. Il a voulu l'envahir - non pas pour acquérir des territoires contestés, puisqu'il les avait déjà annexés, mais pour assujettir l'Ukraine tout entière par les armes. Faute d'y parvenir, il inflige désormais la terreur de ses frappes à un peuple qui lui résiste.   C'est pourquoi Poutine doit perdre la guerre injuste qu'il a déclenchée. Ce qui se joue dans ces terres de l'Est est un enjeu de civilisation. Aussi, quand la diplomatie jouera enfin son rôle, elle devra le faire au moment opportun, dans un rapport des forces favorable, et sur le fondement de principes assurant à l'Ukraine sa souveraineté et à l'Europe la paix à laquelle elle aspire. Les analyses de Nicolas Sarkozy ne servent pas ces objectifs. Elles ont au reste été plutôt mal accueillies par nombre d'observateurs.   Il est bon que le président Macron, dans un entretien donné au magazine Le Point, ait clairement rappelé la position officielle de la France, à savoir le soutien à l'Ukraine, et qu'il ait précisé : « Nous devons tenir dans la durée. Mon souhait est que la contre-offensive des Ukrainiens puisse ramener tout le monde autour de la table de négociation. (...) La bonne négociation est celle que les Ukrainiens voudront. »Dans le champ politique, je n'ai pas été surpris du silence du Rassemblement national, dont on connaît le tropisme russe. En revanche, j'aimerais connaître la réaction des Républicains (LR), que Nicolas Sarkozy dirigeait hier. J'ai apprécié l'expression récente de l'ancien président François Hollande, en m'étonnant du mutisme des Insoumis et du Parti socialiste.   Sur un sujet aussi grave pour l'Europe et pour la France, il est hautement souhaitable qu'un accord le plus large possible se fasse entre les forces politiques de notre pays attachées à la paix et à la démocratie. </text>
	

	<text titre="« Ce qui me gêne, c'est l'absence de débat de fond »" date="2023 08 27T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="27" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="sarkozy, absence, nicolas, débat, gêne, fond, laurent, débat_de_fond" langue="fr"> David Doukhan, Marion Mourgue, Quentin Laurent et Olivier Beaumont   Entre deux séances de dédicaces pour son livre « le Temps des combats » (Fayard), Nicolas Sarkozy est venu à la rencontre des lecteurs du « Parisien » - « Aujourd'hui en France » jeudi, à 10 heures, au siège du journal, dans le XV e arrondissement de Paris. Pendant une heure trente, l'échange s'est déroulé à bâtons rompus avec six Français intéressés d'avoir face à eux l'ancien président de la République, prêt à jouer le jeu des questions-réponses, de la guerre en Ukraine à la vie politique française, du projet de loi sur l'immigration que prévoit le gouvernement aux Jeux olympiques de 2024.   Et bien sûr, son actualité judiciaire qui l'a rattrapée vendredi, au lendemain de cet échange. Le procureur national financier, Jean-François Bohnert, a annoncé que les juges d'instruction ont décidé de renvoyer devant le tribunal correctionnel de Paris, en 2025, Nicolas Sarkozy et 12 personnes pour les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, ce que l'ex-chef de l'État nie en bloc. « Combatif et serein », se décrit Nicolas Sarkozy quand Fanny l'interroge sur « cette épée de Damoclès » judiciaire qui pèse sur lui.
LivreBENOÎT. Pourquoi avoir voulu revenir sur cette période, 2009-2012 ?NICOLAS SARKOZY. J'ai besoin d'écrire parce que j'aime partager, j'aime les gens, j'aime l'échange. L'autre raison, c'est qu'il y a tellement de gens qui ont parlé de ce que j'ai fait et vécu, des gens que je n'ai jamais vus de ma vie, que je me suis dit qu'au fond ce n'était pas anormal que je prenne la plume pour dire aux Français ce qu'il en était exactement. Et puis enfin, avec ce livre, j'ai envie de prendre les Français par la main, à mes côtés, en leur disant comment cela se passe quand on est président de la République. Une vie avec les épreuves, les tristesses, les chagrins. Une vie où tout n'est pas dans le cynisme, ni dans l'idéologie.  Vous évoquez dès les premières pages les divisions de la société française. À vos yeux, n'a-t-elle jamais été aussi fracturée ? Souvent, vous dites d'ailleurs que « ça va mal finir »...La France n'est pas plus divisée qu'avant. Le problème aujourd'hui, c'est que le monde a changé, et nous pas tellement. Le monde évolue rapidement et la France moins vite. L'axe du monde a muté de l'Occident vers l'Orient. Il y a 8 milliards d'habitants sur la planète, 4,5 en Asie. Dans trente ans, il y aura 2,5 milliards d'habitants en Afrique, et 450 millions en Europe. Le modèle occidental est en train de disparaître. La civilisation judéo-chrétienne est menacée de disparition. Donc, oui, ça peut mal se terminer.  SécuritéOMAR. Je prends régulièrement les transports en commun où j'observe une montée des violences. Emmanuel Macron, dans une interview au « Point », rappelle à nouveau qu'il y a eu 10 000 policiers et gendarmes en moins sous votre quinquennat...Je ne sais pas s'il me cible moi-même... mais ça n'a pas forcément vocation à être aimable (sourire). Je sais faire la différence entre une vraie amabilité, une demi-vacherie, et une vraie vacherie !  FANNY. Et là, on est dans quel registre ?La « demie » ! (Rires.) Mais cela n'a pas grande importance. Surtout, j'observe avec tristesse la remise en cause systématique du mot « autorité », du mot « verticalité », qui laisse à penser que tout le monde n'a que des droits et aucun devoir. Cela n'est d'ailleurs pas la faute du seul président Macron, cela existait aussi à mon époque. La France traverse une crise d'autorité. Une société ne peut pas vivre sans autorité, sans verticalité, sans leader. Tout se vaut-il ? Non. L'autorité, c'est une affaire de principe, pas de moyens ni d'effectifs. Si les policiers ont besoin d'être à 25 pour être respectés, c'est qu'il n'y a pas d'autorité. Quand un policier veut vous contrôler, il porte l'uniforme de la République, vous obéissez, vous vous arrêtez. Est-on décidé à sanctionner ou pas ? J'ajoute que la France n'avait pas le choix. Il fallait réduire les effectifs de fonctionnaires. C'est ce que j'ai fait, et c'est surtout ce qu'il faudrait continuer à faire vu l'état de nos finances publiques. Moins de fonctionnaires, mieux rémunérés et qui travaillent davantage, c'est la seule solution.  OMAR. Vous pensez qu'il y a une forme de déni des politiques ?Bien sûr ! Parce que tout le monde veut paraître sympathique et moderne. Du coup, on finit par ne rien dire. Il y a trente ans, il y avait des quartiers desquels on ne pouvait pas sortir (pour cause de manque de transports, d'emplois, etc.) - et c'était déjà un grand problème -, aujourd'hui, il y a des quartiers dans lesquels on ne peut même plus entrer ! Voilà l'évolution. Il y a dans notre pays le déni d'une immigration non maîtrisée, une intégration ratée, un communautarisme institutionnalisé qui génère aussi une délinquance même si, naturellement, tous les enfants d'immigrés ne sont pas délinquants... qui peut dire une bêtise pareille ? Mais quand on ne pose pas le bon diagnostic, on ne peut pas trouver la solution.  BENOÎT. Quelle est-elle, selon vous ?Parler, c'est déjà commencer à agir. À force de mettre toujours sur le même plan les policiers et les voyous, on arrivera au moment où, un jour, la police ne fera plus son travail. Je n'accepte pas l'expression « violences policières »; j'accepte l'expression « bavures policières », et là il faut sanctionner. La police n'est pas violente, elle a le devoir d'utiliser la force que lui donne la République. Quand je repense à ce jeune homme (Nahel), c'est un drame. Mais à deux reprises, il ne s'arrête pas à un contrôle de police. Cela ne justifie en rien le fait de mourir, c'est évident ! Mais quand les forces de l'ordre vous demandent de vous arrêter, vous vous arrêtez.  MARIE. L'Assemblée nationale est devenue un chaudron où l'on s'insulte. C'est cela aujourd'hui, le combat politique ?J'ai été député pendant vingt ans, je n'ai pas non plus toujours été un exemple. Je préfère une Assemblée nationale un peu agitée à une Assemblée avec un encéphalogramme plat. À partir du moment où l'on met des personnalités comme M. Mélenchon (député jusqu'en 2022) et M me Le Pen dans le même bocal... c'est sûr que les piranhas font plus d'effet que les poissons rouges ! Ce qui me gêne, ce n'est pas la force du débat, mais l'absence de débat de fond.  BENOÎT. Vous dites qu'il n'y a pas de débat, mais Emmanuel Macron en avait organisé un en 2019. Il a ensuite pris d'autres initiatives. Ça ne va pas assez loin ?Ce qui me gêne, ce n'est pas le grand débat qu'il a organisé, mais les petites conclusions qui en sont sorties... (Sourire.)  MICHEL. Vous êtes amis avec Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur. Vous a-t-il demandé conseil pendant les émeutes ? Et le président Macron ?Il se trouve que je parle avec les deux. J'ai beaucoup d'amitié pour Gérald Darmanin, qui a toujours été avec moi un ami réel. J'aime ses origines, et j'aime le fait qu'il ne soit pas formaté comme les autres. Je me retrouve en lui. Avec le président Macron, on a de bons rapports, on se parle; parfois il me demande mon avis et je le lui donne. Je ne le mets pas sur la place publique. Je sais à quel point il est difficile de gouverner. J'avais juste indiqué au président, pendant les Gilets jaunes, que son ministre de l'Intérieur de l'époque (Christophe Castaner) ne pouvait pas dire qu'il ne voulait pas risquer la vie d'un policier pour défendre un bâtiment public. J'avais alors indiqué au président Macron : « Président, on ne peut pas dire ça. S'ils viennent vous chercher à l'Élysée, qu'est-ce que vous faites ? »  MICHEL. Et Emmanuel Macron vous écoute ?C'est une question intéressante, il m'arrive de me la poser aussi ! (Rires.)  FANNY. Vous avez supprimé la police de proximité quand vous étiez président de la République, le regrettez-vous ?Cela veut dire quoi ? La police n'a pas à être de proximité, elle doit être sur le terrain. Elle doit imposer le respect. La police, ce n'est pas un travailleur social; elle n'est pas là pour jouer au rugby avec les jeunes du quartier. Si on est copain avec la police, qui envoie-t-on pour être respecté ? Trop de proximité peut nuire à l'autorité !  ImmigrationOMAR. On trouve désormais des migrants dans les gares, les stations de métro... Pour répondre à cette préoccupation des Français, appelez-vous les forces politiques à un sursaut afin de trouver une solution ? Le projet de loi d'Emmanuel Macron sur l'immigration est-il bon ?La crise migratoire n'a pas commencé, et nous sommes face à un défi majeur certain. Il ne s'agit pas seulement d'être généreux, mais c'est dans notre intérêt d'aider l'Afrique. L'Europe doit financer massivement le développement d'infrastructures économiques en Afrique pour lui permettre un décollage économique plus fort, afin de proposer du travail et un avenir à ses enfants. Mais il faut aussi mettre les pays africains devant leur responsabilité et dire une chose simple : toute personne qui essaiera d'entrer en Europe sans avoir déposé un dossier dans son pays verra son admission refusée. Concernant le projet de loi, je dirai simplement à mes amis : si le texte sur l'immigration du gouvernement va dans le bon sens, il faut le voter. Vous êtes un parti de gouvernement, et un parti de gouvernement doit assumer ses responsabilités.  FANNY. Emmanuel Macron souhaite donner des titres de séjour pour répondre à la pénurie de main-d'oeuvre dans les métiers en tension. Est-ce une bonne idée ?C'est la difficulté du « en même temps ». Il est déjà très difficile de faire passer une seule idée dans le débat; il est impossible d'en faire passer deux. Régulariser des immigrés dans les métiers en tension, pourquoi pas. Sur le fond, ce n'est pas une mauvaise idée. Mais vous polluez complètement la lisibilité de votre projet d'immigration, qui consiste à dire que vous allez la réduire. À l'arrivée, personne ne comprend plus rien et personne n'est content. Si j'étais en situation, je décalerais les deux sujets dans le temps. Car ça n'a rien à voir de maîtriser l'immigration irrégulière et de régulariser des immigrés dans les secteurs en tension. Le gouvernement fait ça pour dire : On est généreux, on n'est pas simplement fermes. À l'arrivée, je crains qu'ils ne perdent sur les deux tableaux.  économieMICHEL. En période de forte inflation, la gauche estime qu'il faudrait indexer les salaires sur l'inflation. Ils ont raison ?C'est de la démagogie. Et avec leur système, on fait augmenter encore plus l'inflation. Ça s'appelle l'échelle de perroquet, et le perroquet n'est pas mon animal favori. Ensuite, ce n'est pas votre question, mais je suis préoccupé par la hausse continue des taux d'intérêt si vite et si fort. Je trouve que les banques centrales ont pris un virage trop brutal en augmentant les taux d'intérêt. Conséquence : ça met l'immobilier en crise, plus personne ne peut emprunter parce que les taux sont trop élevés. Or l'immobilier, c'est essentiel pour l'activité et pour l'emploi.  MARIE. À vos yeux, la réforme des retraites a-t-elle été d'une part juste, et d'autre part suffisante pour sauver le système ?Est-ce qu'elle a été juste ? Je ne connais pas une réforme où l'on dit aux gens : Travaillez plus sans gagner plus qui puisse les satisfaire. Au fond, tous ceux qui n'ont pas le courage de mener une réforme des retraites disent que ce n'est pas juste, que ce n'est pas le bon moment, ou que ce n'est pas la bonne méthode. Mais à l'arrivée, si on n'agit pas, les retraites ne seront plus versées. C'est cela, l'injustice, et c'est pour cela que j'ai soutenu cette réforme. Est-ce suffisant ? Quand j'étais jeune, je croyais à la réforme définitive qui règle tous les problèmes. J'ai pris un peu d'expérience : cette réforme des retraites est suffisante pour les cinq ou dix ans qui viennent. Par ailleurs, je pense qu'avoir plafonné à 64 ans le départ à l'âge légal, c'était raisonnable pour éviter les violences en France.  éducationGAYLORD. En matière d'éducation, les enseignants se sentent démunis et font au mieux avec les moyens disponibles. Comment expliquer l'état de l'école aujourd'hui, et que préconisez-vous ?C'est un métier difficile et un métier de vocation. Il n'y a rien de plus noble que ceux qui veulent transmettre, mais il y en a aussi qui choisissent ce métier pour de mauvaises raisons. Quelques réflexions pour améliorer notre système éducatif : l'année scolaire n'est pas assez longue. Alors, quand le président dit qu'il y a trop de vacances, je trouve qu'il a raison. Surtout, la République ne paie pas assez ses professeurs, parce que leur statut fait qu'on a préféré limiter le nombre d'heures de présence plutôt que d'augmenter les salaires. Je pense exactement le contraire. Il faut revaloriser fortement le métier d'enseignant, augmenter leur salaire comme leur durée de travail.  MARIE. Gabriel Attal est le plus jeune ministre de l'Éducation nationale. Que pensez-vous de lui ?En tout cas, je ne vais pas regretter son prédécesseur (Pap Ndiaye). Je n'ai jamais compris les raisons de sa nomination. Je connais peu Gabriel Attal, mais il est sympathique, c'est quelqu'un que j'apprécie, avec qui il m'est arrivé d'échanger.  EnvironnementFANNY. Vous aviez déclaré en 2011 : « L'environnement, ça commence à bien faire. » Vous regrettez cette phrase, alors qu'on connaît un été caniculaire catastrophique à travers le monde ?D'abord, je vous rappelle que le Grenelle de l'environnement, c'est moi qui l'ai voulu. La fiscalité écologique, c'est aussi moi. J'ai simplement dit qu'on ne pouvait pas continuer à imposer à nos agriculteurs et nos entrepreneurs des règles qu'on ne demande pas à des pays qui importent des produits en Europe. Quand j'ai dit cette phrase, je visais bien plus les écologistes que la défense de l'environnement, qui est évidemment une priorité. Mais au nom de la protection légitime de l'environnement, il y a eu des débats inadmissibles. Notamment la décision d'arrêter le nucléaire comme en Allemagne - ce fut une catastrophe - et en France avec la fermeture de Fessenheim. C'est un scandale d'État. La seule énergie totalement décarbonée qui puisse, à l'heure actuelle, nous permettre de faire face à nos besoins, c'est le nucléaire.  DiplomatieCette semaine, nouveau rebondissement dans la guerre entre l'Ukraine et la Russie, l'ex-soutien devenu critique de Poutine, Prigojine, est mort alors qu'il se trouvait à bord d'un avion. Comment sort-on de cette guerre ? J'ai eu des dizaines de discussions avec M. Poutine. On s'est parfois affrontés très durement. Il avait commencé à envahir la Géorgie en 2008, je me suis rendu immédiatement à Moscou et je l'ai convaincu de retirer ses chars. Je ne comprends pas pourquoi on ne prend pas l'initiative d'un dialogue réel ! En Ukraine, Poutine a commis une faute grave. Mais il y a deux façons de régler une guerre : soit vous anéantissez l'adversaire, soit vous faites un compromis. Mais si on ne se parle pas, comment établit-on un compromis ? Qu'est-ce qu'on attend ? Des centaines de milliers de morts, ce n'est pas suffisant ? On est aujourd'hui en guerre avec une puissance nucléaire. Cela peut déraper à chaque instant. Il faut donc donner sa chance à la diplomatie et à la discussion.  MICHEL. L'ambassadeur d'Ukraine en France vous accuse de faire la communication du Kremlin. Que lui répondez-vous ?Que l'ambassadeur d'Ukraine défende l'Ukraine, il n'y a rien qui me choque. Je ferai ensuite plusieurs remarques. Premièrement, les États-Unis et la France n'ont pas les mêmes intérêts. Deuxièmement, je suis pour une Europe indépendante. Les États-Unis ne sont pas voisins de la Russie, l'Europe, si. Troisièmement, une négociation ne pourra se faire qu'avec les Ukrainiens eux-mêmes. Quatrièmement, je ne sais pas si la discussion aboutira, mais si on n'essaie pas, cela n'a aucune chance d'aboutir. Il va bien falloir trouver une solution. Mais mettre l'Ukraine dans l'Otan ne fera qu'accroître les tensions. Faire entrer l'Ukraine dans l'Europe ne fera que rendre l'Union européenne encore plus difficilement gérable, et vraiment on n'en a pas besoin ! Et je ne voudrais pas que l'on fasse à l'Ukraine ce que l'on a fait à la Turquie : lui promettre indéfiniment une adhésion qu'au final personne ne souhaitera vraiment.  OMAR. L'influence de la France est en déclin en Afrique. Plusieurs pays veulent chasser les Français. Pourquoi une telle situation ?Le destin de l'Europe et celui de l'Afrique sont liés. Regardez l'Afrique subsaharienne : la Guinée, le Mali, le Niger, le Burkina Faso, sont récemment devenus des dictatures militaires. Ces quatre pays au sud du Sahel sont dans les mains d'officiers ou de sous-officiers qui n'ont aucune légitimité, si ce n'est celle des armes. Cela s'arrête où ? C'est un gigantesque bond en arrière. La France a bien des défauts et des responsabilités, mais est-ce qu'on est sûr que les milices Wagner en Afrique, ce sera mieux ? Je n'en suis pas certain. Il faut surmonter cette crise. Et je voudrais dire que le président Bazoum, au Niger, est un démocrate. Et ce qui lui est fait est scandaleux. Il a été élu, il est aujourd'hui enfermé. J'ai eu l'occasion de lui parler ces derniers jours. Et je veux dire que la communauté internationale ne peut pas abandonner le président Bazoum.  MICHEL. Avez-vous vu Emmanuel Macron, cet été ?Non, mais par ma faute. Il m'a proposé très gentiment avec son épouse que nous venions dîner au fort de Brégançon, mais nous étions à l'étranger. On se voit chaque été. Je le trouve sympathique, je m'entends bien avec lui.  La droiteMARIE. Votre parti d'origine, les Républicains, a connu pas mal de difficultés. Avec les élections européennes de juin prochain, est-ce que les LR jouent leur survie ?C'est ma famille, et j'en resterai toujours membre. Et cela représente beaucoup d'années de ma vie. J'y ai des amis formidables. J'ai encore eu Éric Ciotti, que j'apprécie, mardi dernier au téléphone. Mais je crois surtout que, s'il n'y a pas une droite républicaine forte, alors ça fera monter le Front national (devenu RN). Il faut donc trouver un leader qui soit capable de rassembler tout le monde, les amis de M. Zemmour, les amis de M. Macron, les amis de M. Ciotti. Sans rassemblement, la droite n'a aucune chance de gagner. Ma majorité, à l'époque, allait de Bernard Kouchner à Philippe de Villiers; je peux vous dire que je prenais souvent de l'aspirine ! Est-ce que les Républicains se redresseront ? Je le souhaite et s'il faut les aider, je les aiderai.  OMAR. Quel est cet homme de droite idéal dont vous parlez pour faire barrage à Marine Le Pen en 2027 ? Laurent Wauquiez a-t-il encore ses chances ?Je connais bien Laurent Wauquiez, il a beaucoup de talent. Mais, Omar, est-ce que Jacques Chirac m'a beaucoup aidé à devenir président ? Un vrai leader doit se construire dans le combat. Ce n'est pas quelqu'un qu'on prend par la main et à qui on dit : Ce sera toi. Jacques Chirac rêvait que son successeur soit Alain Juppé. Il a été déçu. Le leader s'impose par lui-même. Ce n'est ni moi ni personne d'autre qui le fera. Il y a un peloton avec un certain nombre de personnalités de qualité - Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, Édouard Philippe, Laurent Wauquiez - qui peuvent postuler. Mais c'est comme pour le Tour de France, il y en a beaucoup qui espèrent le gagner, il y en a qu'un seul qui réussit. Les événements, la sélection naturelle, je n'en doute pas, feront qu'il y en aura un qui se détachera pour 2027.  Vous mettez l'adversité dans vos critères. Mais on a parfois l'impression que Laurent Wauquiez esquive, comme sur les retraites. Ça vous a interpellé ?C'est un sujet de discussion régulier entre nous. Si vous voulez gagner Roland-Garros et que vous êtes en finale, ce n'est pas en jouant petit bras que vous réussirez. Si vous voulez devenir président de la République, il faut prendre des risques. Si vous calculez petit, vous échouerez.  GAYLORD. Dans votre livre, vous évoquez Marine Le Pen qui a progressé, qui connaît mieux ses dossiers. Peut-elle gagner la prochaine présidentielle ?J'ai toujours combattu la famille Le Pen. Je ne suis donc pas suspect d'avoir quelque faiblesse pour elle. Mais je n'aime pas qu'on présuppose que M me Le Pen ne serait « pas dans l'arc républicain », alors que le Front national est autorisé à se présenter aux élections et a gagné 89 députés. Je trouve même qu'ils auraient dû, en tant que premier groupe d'opposition, avoir la présidence de la commission des Finances de l'Assemblée plutôt que ce soit la France insoumise. Pour autant, est-ce que pour moi ce serait une bonne chose qu'elle soit présidente ? Non. Elle n'en a ni l'expérience ni l'entourage. Quant à son projet, il fait penser à celui de la gauche dans les années 1970. C'est totalement démagogique et conduira à l'échec.  Vous disiez qu'il fallait rassembler les amis de MM. Macron, Zemmour et Ciotti. Vous n'avez pas parlé de ceux de M me Le Pen. Il faut aussi les inclure ?Bien sûr qu'il faut aller chercher les voix de Marine Le Pen, parce que dans ses électeurs il y en a une immense majorité qui était les nôtres. Si vous prenez les vingt-cinq dernières années, les seules fois où le FN n'a pas été pas au second tour, c'est quand j'étais candidat. Qu'est-ce qui me ferait penser aujourd'hui que M me Le Pen ne peut pas gagner la prochaine présidentielle ? J'entends beaucoup de Français parler d'elle et dire que c'est son moment. Après, savoir ce qui se passera en 2027, c'est encore loin.  BENOÎT. Est-ce que vous appelez à des référendums pour avancer sur certains sujets et qu'on sorte du « en même temps » ?Je ne suis pas contre le référendum, j'ai même inscrit le référendum d'initiative partagée (RIP) dans la réforme des institutions de 2008. Mais je mets simplement en garde : parfois, dans le référendum, on ne répond pas à la question mais à celui qui la pose. Le référendum, c'est une arme à manier avec précaution.  Le 30 août prochain, Emmanuel Macron recevra toutes les forces politiques représentées au Parlement. Êtes-vous optimiste quant aux chances de succès de cette initiative ?Emmanuel Macron a raison de le faire, il n'a d'ailleurs pas d'autre choix. Il n'a pas la majorité absolue, il est donc bien obligé de discuter avec les députés que les Français ont choisis. Je pense même que le président aurait dû le faire bien plus tôt.  JusticeFANNY. Vous avez été condamné par la justice. Vous êtes en appel dans plusieurs affaires. Comment vit-on avec cette épée de Damoclès au quotidien ? L'hypothèse d'aller en prison vous fait-elle peur ?Je suis la personnalité publique qui a été sans doute le plus interrogée et contrôlée en France. Ils n'ont rien trouvé. Il ne suffit pas de cracher sur quelqu'un ou de l'accuser pour le rendre coupable. Cet acharnement est une épreuve, mais quand on a la vie qui est la mienne, on ne peut pas avoir les avantages sans les inconvénients. Je ne baisserai pas la tête pour quelque chose que je n'ai pas fait. S'il faut que j'aille jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme pour faire valoir mes droits, je le ferai. Et je gagnerai. Je suis combatif et serein.  SportsGAYLORD. Les Jeux olympiques se rapprochent. Sommes-nous prêts ?J'aime le sport, alors l'idée d'avoir les JO en France est pour moi une merveilleuse opportunité. Est-ce qu'on est prêts ? Je l'espère ! Je le souhaite ! Mais je vous répondrai après, quand ils auront eu lieu. J'espère juste que les JO de 2024 seront mieux organisés que la finale de la Champions League.  MICHEL. Que pensez-vous du feuilleton Mbappé. Aurait-il dû partir dès cet été ?Je vais au Parc des Princes depuis mon plus jeune âge. J'ai 68 ans, j'aime toujours autant y aller ! C'est ma passion, c'est mon club. Le président Nasser Al-Khelaïfi a fait un travail remarquable au PSG. Je suis content que Kylian Mbappé reste, et je trouve que la solution choisie est la bonne pour lui, pour le club et pour l'équipe de France. Je pense que Nasser s'exprimera un jour prochain là-dessus, à la fin du mercato.  mUSIQUEMARIE. Peut-être un sujet moins important, la musique. Qu'avez-vous pensé de la polémique Armanet sur la chanson « les Lacs du Connemara » de Michel Sardou ?Moins important ? Mais vous savez avec qui je suis marié ? (Rires.) La musique, c'est très important ! Michel Sardou est un grand artiste et un chanteur que j'aime beaucoup. Le chanteur populaire qu'est Sardou doit être respecté. Je suis pour la liberté d'expression, mais je n'aime pas les gens qui crachent dans la soupe. Et aujourd'hui, ils sont hélas légion. </text>
	

	<text titre="La Russie confirme la mort de Evgueni  Prigojine" date="2023 08 28T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24576" auteur="louis, cyrille" annee="2023" mois="8" jour="28" journal_clean="Le Figaro" keywords="mercredi, prigojine, écrasé" langue="fr"> La Russie a confirmé dimanche, « à l'issue d'expertises génétiques », la mort du patron du groupe paramilitaire russe Wagner, Evgueni Prigojine, dont l'avion s'est écrasé mercredi en faisant naître à l'étranger des soupçons d'un assassinat. Le jet privé transportant Prigojine et sa garde rapprochée s'est écrasé mercredi en fin d'après-midi dans la région de Tver, au nord-ouest de Moscou, faisant dix morts. </text>
	

	<text titre="La contamination mafieuse" date="2023 08 28T00:00:00" journal="Libération" auteur="par serge july cofondateur de «libération»" annee="2023" mois="8" jour="28" journal_clean="Libération" keywords="contamination_mafieuse, contamination, mafieuse" langue="fr"> Il y a peu, un néologisme du XIXe siècle a enflammé les esprits en France, du président de la République aux associatifs, des leaders de artis politiques aux ministres en passant par les philosophes ayant pignon sur rue : la «décivilisation», qui serait en train de déferler sur la France. Le mot cible tous ceux qui s'acharneraient à détruire notre civilisation, comme tous ces jeunes de banlieue qui brûlent leurs écoles La «décivilisation», si on reprend le mot, vient pourtant de franchir une nouvelle étape planétaire avec plusieurs chefs d'Etat siégeant dans les cénacles internationaux les plus réputés, les plus représentatifs, tous des parangons de diplomatie, tous unanimement jugés fréquen- tables et qui pourtant se conduisent de plus en plus comme des barbares réhabilitant ce qu'on appelait autrefois au plan international la «loi de la jungle». Le cas russe est formidable. Plus explicite, c'est impossible. Vladimir Poutine avait déjà fait une démonstration stupéfiante en août 1999, lorsqu'il avait prétendu, je cite, qu'il irait «buter les Tchétchènes [c'est-à-dire les nationalistes antirusses] jusque dans les chiottes». Ces propos ont fait des milliers de morts. Cette déclaration élégante, marque d'une haute civilisation, était un prélude au déclenchement d'une «opération antiterroristes», en réalité à la guerre impérialiste déclenchée contre l'Ukraine en 2022.
Poutine, ce chirurgien de l'histoire, agit comme les grandes puissances européennes lorsqu'elles prétendaient conquérir et coloniser le monde : à coups de massacres. Les crimes de guerre, les déportations, les destructions n'ont pas manqué depuis le début de cette guerre d'élimination de la souveraineté Ukrainienne. Toute opposition à la Russie et à son leader aura été traitée de la même manière depuis plus de vingt-cinq ans. Boris Nemtsov, qui avait été gouverneur de l'Oblast de Nijni Novgorod, ministre sous Eltsine, élu de la Douma, avait critiqué Poutine sur la Tchétchénie : il a été assassiné en 2015. Il s'était rapproché avant sa mort d'un autre opposant, l'avocat Alexeï Navalny, dénonciateur de l'immense corruption russe, qui, après avoir été victime d'un empoisonnement criminel auquel il a miraculeusement survécu, a été condamné à des années de prison. Pendant que Prigojine faisait son dernier tour de piste, Navalny a pris une nouvelle peine de dix-neuf années supplémentaires, ce qui transforme son incarcération en prison à vie. Poutine sait être à la fois au four et au moulin. On ne compte plus les oligarques maladroits, ces milliardaires qui ne savent pas se tenir sur un balcon et qu'on retrouve sur le trottoir, ou qui conduisent très mal Parfois, ce sont leurs enfants qui sont sacrifiés ou empoisonnés parce qu'ils pensaient s'émanciper. L'affaire Prigojine, c'est la perpétuelle histoire de l'homme de main qui aspire à prendre la place du parrain. Toutes les mafias du monde reposent sur une loi intangible : il est interdit de trahir et les traîtres sont exécutés, de manière implacable. Il en va de la survie du parrain. La mort aérienne de Prigojine, c'est Corleone à Moscou.   A la suite du crash de l'avion des dirigeants de Wagner, des micro- trottoirs télévisés à Moscou évoquaient un épilogue attendu, logique en somme, comme si les moscovites s'y étaient finalement habitués. Vladimir Poutine a adopté la pensée et le style mafieux. Cela n'empêche pas une partie des dirigeants européens d'admirer son autorité, ce qui en dit long sur l'état de cette classe politique. Mais croire que Vladimir Poutine est le seul dirigeant à avoir adopté le système mafieux serait une énorme erreur. En Occident, le prince saoudien Mohamed Ben Salmane, surnommé MBS, fait rêver non seulement les footballeurs en fin de carrière mais tous les dirigeants des pays en panne d'essence. Il se conduit pourtant lui aussi en mafieux patenté. Les services de renseignements américains, après l'assassinat en 2018 du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, opposant du prince séquestré, torturé, assassiné et démembré au consulat d'Arabie   Saoudite à Istanbul, avaient conclu que MBS avait «approuvé» ce meurtre. Après cet exploit gore, l'Arabie Saoudite est en toute logique un pays qui reste très attaché à la peine de mort : 196 exécutions (en général publiques) ont eu lieu en 2022. Les épisodes mafieux ne sont pas exceptionnels en Arabie Saoudite : Human Rights Watch a accusé le 21 août les gardes frontières du pays d'avoir exécuté des centaines de migrants passés par le Yémen, souvent originaires de la corne de l'Afrique, d'Ethiopie, certains du Niger, mitraillés et précipités dans des ravins. Certaines estimations évoquent plus de 800 victimes, répartis en huit sépultures. Il n'y aura aucun tribunal international pour en juger. Seul Washington a exprimé ses «inquiétudes». A ma connaissance, Emmanuel Macron, qui a reçu MBS en juin à Paris, est resté silencieux comme tous les dirigeants européens. L'événement «décivilisationnel» réel que nous sommes en train de vivre, c'est que des grands pays comme la Russie, l'Arabie Saoudite, la Chine et l'Iran, avec ses 582 pendaisons en 2022, sont de plus en plus nombreux à se conduire comme les cartels de la drogue, dans une indifférence quasi totale. La contamination mafieuse est en voie de banalisation. ? </text>
	

	<text titre="Russie La mort d'Evgueni  Prigojine confirmée par l'expertise génétique" date="2023 08 28T00:00:00" journal="Libération" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="28" journal_clean="Libération" keywords="comité, victimes, russe, expertise, prigojine, génétique, expertise_génétique, enquête" langue="fr"> Ce sont les derniers éléments censés balayer les ultimes doutes. Le Comité d'enquête russe a confirmé dimanche qu'Evgueni Prigojine figurait bien parmi les victimes du crash d'avion survenu mercredi, se basant sur une expertise génétique des dépouilles. Laquelle a établi que les identités des dix victimes dont les corps ont été retrouvés «correspondent à la liste» des passagers et des membres d'équipage de l'avion, dont le patron du groupe de mercenaires Wagner, a précisé le Comité d'enquête. Les enquêteurs n'ont rien dit pour l'heure des pistes, n'évoquant ni la thèse de l'accident ni celle d'une bombe, d'un missile sol-air ou d'une erreur de pilotage. Le jet privé transportant Prigojine et sa garde rapprochée s'est écrasé mercredi en fin d'après-midi dans la région de Tver, au nord-ouest de Moscou, faisant immédiatement naître des soupçons d'un assassinat orchestré au sommet du pouvoir russe. </text>
	

	<text titre="Mort de  Prigojine : l'expertise génétique confirme l'identité" date="2023 08 28T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24030" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="28" journal_clean="Les Echos" keywords="crash" langue="fr"> crash - :La mort du patron du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, dont l'avion s'est écrasé mercredi en Russie, a été confirmée par l'expertise génétique, a annoncé, dimanche, le Comité d'enquête russe. « Les expertises génétiques moléculaires» effectuées après le crash survenu dans la région de Tver sont « terminées », indique l'organisme chargé des principales investigations. Les enquêteurs n'évoquent aucune piste, ni la thèse de l'accident ni celle d'une bombe, d'un missile sol-air ou d'une erreur de pilotage. </text>
	

	<text titre="Courrier" date="2023 08 28T00:00:00" journal="La Croix, no. 42703" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="28" journal_clean="La Croix" keywords="dimanche, gouvernement, août" langue="fr"> Yémen Dix soldats tués par les rebelles Houthis   Dix soldats du gouvernement du Yémen ont été tués dimanche 27 août dans une attaque des rebelles Houthis, ont indiqué des sources militaires, après plus d'un an de relative accalmie. Le récent rapprochement entre l'Arabie saoudite, qui appuie le gouvernement yéménite, et l'Iran, proche des rebelles, a suscité des espoirs d'apaisement, mais les négociations de paix patinent dans ce pays de la péninsule arabique plongé dans l'une des pires crises humanitaires au monde.   ----   Russie La mort de Prigojine confirmée par expertise génétique 
La mort du patron du groupe paramilitaire russe Wagner, Evgueni Prigojine, dont l'avion s'est écrasé mercredi 23 août en Russie, a été confirmée par l'expertise génétique, a annoncé dimanche 27 août le Comité d'enquête russe. Il a été établi que les identités des dix victimes dont les corps ont été retrouvés « correspondent à la liste » des passagers et des membres d'équipage. Les enquêteurs n'ont rien dit des thèses examinées (accident, bombe, missile sol-air ou erreur de pilotage). Le crash du jet privé avait immédiatement fait naître des soupçons d'un assassinat orchestré au sommet du pouvoir russe. Des « spéculations », pour le Kremlin.   ----   Zimbabwe La victoire contestée du président   Le président Emmerson Mnangagwa s'est félicité dimanche 27 août de son maintien à la tête d'une « démocratie mature » et d'une « nation indépendante et souveraine » , au lendemain de l'annonce de sa réélection (52,6 % contre 44 %) au détriment de son rival Nelson Chamisa. Ce dernier a très vite contesté ce résultat et revendiqué sa propre victoire, au terme du scrutin de mercredi, prolongé jeudi, émaillé de nombreux dysfonctionnements. </text>
	

	<text titre="Le chef de l'Etat a trouvé son style IIIe et Ve République" date="2023 08 28T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="eric le boucher" annee="2023" mois="8" jour="28" journal_clean="L'Opinion" keywords="république, chef, emmanuel, ve, interview, est-ce, annonce, macron, iiie, etat" langue="fr"> Pourquoi l'interview très longue (9 pages) et très importante d'Emmanuel Macron accordée à l'hebdomadaire LePoint n'a-t-elle fait l'objet que de si peu de reprise et d'analyses? Est-ce l'annonce de la mort de Prigojine qui l'a effacé de la « Une » des journaux? Est-ce « plus vendeur » que de vite passer aux déclarations de Gérald Darmanin en précampagne. Est-ce l'effet d'une lassitude: les Français ont compris depuis longtemps que le Président est un beau discoureur et ses belles paroles ne les intéressent plus.   En tout cas, de tout ce qu'a dit le président de la République n'est resté que son invitation aux formations politiques parlementaires devenir discuter cette semaine et de la « manoeuvre politique » que cela dit. L'atmosphère de rentrée de la politique française est tristement sans surprise: seules intéressent les bagarres d'hommes et de femmes pour l'élection de 2027. En France, la politique n'a plus de fond. Seules les ambitions amusent, avec, concernant les idées, un seul principe: la superficialité.
En lisant, par ailleurs, les déclarations des banquiers centraux lors de leur réunion annuelle à Jackson Hole aux Etats-Unis, on comprend un peu mieux le dilemme des politiques « sérieux » comme Emmanuel Macron. Le monde est dans un maelstrom tragique. Toutes les certitudes d'hier se sont écroulées. Dééinir une politique est très périlleux dans ce cadre mouvant. Le moment n'est pas seulement une crise, ni seulement une multiplication de crises, mais une transformation en profondeur des mécanismes fondateurs.   Tragique. L'inflation, par exemple, a beaucoup de chances de ne pas disparaître, malgré les progrès enregistrés ces derniers mois, elle va persister. Les relations au travail ont été modifiées par la Covid et, aidés par la baisse du chômage, les salariés ont repris du pouvoir de négociation. En conséquence, tout l'univers de l'économie capitaliste va bouger. Idem pour la concurrence: la compétition qui poussait les entreprises à baisser les étiquettes a cédé la place à une coopération implicite pour les relever. Salaires, prix, profits, nous sommes entrés dans l'inconnu. Christine Lagarde tire les conséquences et pose les nouveaux principes de l'action des responsables: « la clarté, la flexibilité et l'humilité ». L'interview d'Emmanuel Macron relève exactement de cette ligne. « Je défends avec force ce que j'ai bien fait mais je reconnais ce qui a été mal fait », dit notre néo-humble président. D'où son dilemme: le tragique du temps appellerait à « de Gaulliser » son propos. Macron aurait de quoi faire battre les tambours et sonner la mobilisation. Le réveil des empires, la menace climatique, la « disparition de l'autorité » demanderaient de la grandeur et de la tonitruance. Mais impossible. L'ère médiatique aurait beau jeu de pulvériser ces prétentions. Souvenez-vous des moqueries du Jupiter, lors du début du précédent quinquennat. Le discours politique n'est plus à juin 1940. Quand le tragique connaît la bonne réponse, on peut clamer au combat. Mais quand le tragique ne sait pas vraiment quoi faire, quand le contenu de la politique est hésitant parce que le contexte l'est, que dire et comment le dire? Profil haut vous êtes ridiculisé, profil bas vous êtes inécouté. Nous y sommes.   L'interview du Président est pourtant très instructive. D'abord en réponse à la critique d'immobilisme qu'on lui fait. Depuis un an, malgré la perte de la majorité absolue à l'Assemblée, « près de 50 textes de lois ont été adoptés, autant que lors du premier mandat ». Même si ce chiffre additionne les choux et les carottes, les grandes lois et les très petites, il représente un bon travail gouvernemental et explique pourquoi Elisabeth Borne a été reconduite. La France, malgré les systématiques démolitions de l'extrême gauche et le vide mutique de l'extrême droite, ne serait pas si ingouvernable: très bonne nouvelle. Mais au-delà du plaidoyer pro-domo attendu, Emmanuel Macron dééinit une ligne générale qu'on lui reproche de ne plus avoir. Celui qui a pu sembler perdu depuis les Gilets jaunes et dont la politique avait pu paraître se limiter à « faire des chèques », dessine un « Refaire nation » où se conjuguent la République, l'autorité, l'économie, l'industrie, le travail et l'école, une ligne qu'on peut trouver très IIIe République ou chevènementiste, l'engagement pro-européen mis à part.   Lumières. La seule personnalité citée est d'ailleurs Ferdinand Buisson, cofondateur de la Ligue des droits de l'homme, mais aussi défenseur de l'enseignement laïque et directeur de la Ligue de l'enseignement. L'école est mise « au coeur » de son projet. Emmanuel Macron prend directement la bride en main et se désigne comme le véritable ministre. Au passage, opérant un retour à la ligne Blanquer, il critique les « hypocrisies » du 80% d'une classe d'âge au bac et le « pédagogisme ». L'annonce la plus symbolique est le retour de l'enseignement de l'histoire à la chronologie. Les syndicats qui sont visés sont naturellement furieux.   Chevènementiste, industrialiste mais centriste: Emmanuel Macron explique que le dééicit public vient de la hausse des dépenses sociales (attaque à gauche) mais que le retour à l'équilibre ne viendra pas des coupes budgétaires (attaque à droite) mais de la hausse des recettes venant elles-mêmes de plus d'emploi et de travail. D'où la réindustrialisation, la réforme des allocations chômage, celle des retraites et une accélération de celle de l'apprentissage. La réduction des dépenses attendra la croissance retrouvée, confirmant un keynésien « en même temps » très spécial: un peu libéral et beaucoup étatiste.   « Refaire nation »: la gauche voit là un glissement dééinitivement à droite du mandat. C'est en vérité la gauche qui a glissé hors de son cadre, oubliant que la IIIe République était de gauche et Jean- Pierre Chevènement aussi. Le président Macron a une personnalité très complexe et on le décrit superficiellement comme le trop bon élève, banquier trop intelligent, chef de l'Etat trop isolé, bref hors-sol. Son attachement aux Lumières, à la nation, à la République le montre au contraire « très français », entremêlant la Ve et la IIIe République et s'enracinant dans l'idéologie centrale de l'histoire de France.   L'école est mise « au coeur » de son projet. Emmanuel Macron prend directement la bride en main et se désigne comme le véritable ministre. Au passage, il critique les « hypocrisies » du 80 % d'une classe d'âge au bac et le « pédagogisme » Le réveil des empires, la menace climatique, la « disparition de l'autorité » demanderaient de la grandeur et de la tonitruance. Mais impossible. L'ère médiatique aurait beau jeu de pulvériser ces prétentions. Souvenez-vous des moqueries du Jupiter, lors du début du précédent quinquennat </text>
	

	<text titre="Rentrée littéraire, première salve" date="2023 08 28T00:00:00" journal="La Croix, no. 42703" auteur="jean de saint-cheronessayiste" annee="2023" mois="8" jour="28" journal_clean="La Croix" keywords="littéraire" langue="fr"> Pour se saouler d'émotions fortes, nul besoin de pousser jusque chez son libraire : il suffit d'ouvrir le journal. La destruction en plein vol de l'avion de Prigojine à l'heure où le chef de toutes les Russies assistait à un concert donné pour le 80e anniversaire de la victoire soviétique de Koursk est une mise en scène que ne dédaignerait aucun producteur de Netflix. Les méthodes poutiniennes sont plus spectaculaires et plus fascinantes que l'événement dont frétille pourtant le microcosme français du papier broché : la rentrée littéraire 2023. Coeur brûlant de l'actualité aux yeux de ceux qui produisent, vendent ou critiquent des livres, ces quelques semaines de course à l'échalote où se joue le succès des rares titres qui sortiront vivants de la mêlée n'intéressent qu'une part très faible de la population. Or pourquoi la période est-elle si importante pour les auteurs et leurs maisons d'édition ? Tout bonnement, note Louis-Henri de La Rochefoucauld dans Les Petits Farceurs (1), parce que «le dernier trimestre est porteur pour les éditeurs, avec Noël en ligne de mire ». Ainsi les grosses maisons doivent-elles à tout prix trouver chaque année «deux ou trois&quot;blockbusters littéraires&quot;, de l'artillerie lourde pour &quot;bombarder la concurrence en mode bulldozer&quot; ».
En dépit de cette dernière citation, Les Petits Farceursse situent loin des blockbusters où des chefs de milice rebelle sont assassinés à coups de missile par un autocrate slave. Mais ce livre pourrait être regardé, puisqu'il trouve sa place sur les étals des libraires en cette nouvelle rentrée littéraire, comme une mise en abyme satirique de l'ambition du milieu éditorial, de ses stratégies, de son cynisme. De ses désillusions, aussi, puisqu'il suit les destins de moins en moins mêlés de deux amis de khâgne, dont l'un, le narrateur, vite dessillé, renoncera à la littérature pour devenir journaliste, quand l'autre, l'Isérois Paul Beuvron, qui croyait en la pureté, finira par vendre son âme au diable comme porte-plume d'un auteur à succès, d'un ministre ou d'un rappeur. Le dixième roman de Louis-Henri de La Rochefoucauld peut ainsi se lire comme une variation contemporaine sur les Illusions perduesde Balzac, chef-d'oeuvre auquel il emprunte son titre et son épigraphe : «Tiens, lui dit le sauvage républicain avec une affreuse bonhomie, tu pourras être un grand écrivain, mais tu ne seras jamais qu'un petit farceur. » Le livre, pourtant, est aussi bien autre chose : réflexion tragi-comique sur l'amitié, les grands désirs et la quête de sens qui, d'une manière ou d'une autre, hante toute personne humaine, il est teinté de cette nostalgie que les familiers de l'auteur reconnaîtront tout de suite. Émaillé de références implicites, à Proust par exemple (« Il avait sacrifié sa vie pour un mirage, pour une carrière qui n'était pas son genre »), ce roman à bien des égards initiatique ne contient pas de fausses promesses. Certains paragraphes sur le temps qui a passé pourraient avoir été arrachés à un livre de Modiano («Tout était encore envisageable, alors, dans les nuits noires de Rueil-Malmaison »). Traversés par la douleur de ceux qui ne parviennent pas à trouver leur juste place en ce bas monde, Les Petits Farceurs risqueraient d'être jugés comme un roman au pessimisme caricatural par des lecteurs trop rapides. Mais dans les passages où ressort sa veine moraliste, Louis-Henri de La Rochefoucauld semble se parler à lui-même, ce qui ne donne à ses sentences que plus de force : «J'avais vu s'envoler les chimères de ma vingtaine. » Et ça fait mal, car « on a beau se moquer des clichés, nous nous en nourrissons, et nous les recherchons ». </text>
	

	<text titre="Un an et demi après le début de la guerre en Ukraine, le rouble peine" date="2023 08 28T00:00:00" journal="Libération" auteur="par salomé kourdouli et théodore laurent" annee="2023" mois="8" jour="28" journal_clean="Libération" keywords="centrale, rouble, peine, étonne, russe, banque, taux, guerre" langue="fr"> La résistance de l'éco- nomie russe en avait surpris plus d'un, son essoufflement aujourd'hui étonne moins. Le 15 août, la Banque centrale russe (BCR) relevait son taux directeur de 8,5 % à 12,5 % pour tenter d'enrayer la chute du rouble et de juguler l'inflation. Car depuis le début de l'année, la devise nationale a dévissé de près de 25% contre la monnaie américaine, dépassant la barre des 100 roubles pour 1 dollar. Si la décision de l'institution monétaire a permis au rouble de relever la tête (1 dollar vallait 94,9 roubles dimanche), de nombreux économistes considèrent la volatilité de ce dernier comme un symptôme des perspectives économiques sclérosées du pays.
«Le rouble se déprécie car les sorties de capitaux sont plus importantes que l'excédent commercial, explique Oleg Itskhoki, professeur d'économie à l'université de Californie. Il n'y a rien de nouveau ici, les sorties de capitaux ont commencé dès le début de la guerre [malgré la mise en place de mesures de restriction des mouvements de capitaux par la BCR, ndlr] mais les excédents commerciaux étaient extrêmement importants au printemps 2022.» A l'époque, les premières sanctions occidentales avaient conduit à une envolée des prix des matières premières exportées par la Russie, en raison d'anticipation de pénuries. Coupé des réseaux d'approvisionnement occidentaux, le pays avait vu ses importations se tarir. Conséquence : le rouble atteignait en juin 2022 son meilleur niveau depuis quatre ans.   «KEYNÉSIANISME DE GUERRE» «Depuis l'été dernier, les exportations ont commencé à diminuer et les importations à se redresser, ce qui a réduit l'excédent commercial. Mais les sorties de capitaux, elles, ont persisté, relève Oleg Itskhoki. D'où la dépréciation du rouble qui dure depuis son pic de juin 2022. Il s'agit d'une dépréciation tendancielle permanente, et non d'une crise spontanée.» L'économiste souligne que la mutinerie avortée d'Evgueni Prigojine en juin a pu accélérer ce mouvement de fuite - les marchés n'ont pour le moment pas réagi à l'annonce de sa mort dans un crash d'avion mercredi au nord de Moscou. La Banque centrale pourrait rétablir un contrôle plus étroit des capitaux, une piste écartée lors de sa dernière réunion.   S'il est toujours positif, l'excédent commercial a été divisé par 5,4 au premier semestre 2023 par rapport au premier semestre 2022. La stratégie russe, qui consiste à jouer sur les prix des hydrocarbures pour faire face à une baisse des ventes en volume, semble avoir pris du plomb dans l'aile après une nouvelle salve de sanctions occidentales. Ces dernières plafonnent à 60 dollars le baril de pétrole russe importé par les pays de l'Ouest (l'UE, le G7 et l'Australie principalement). Mais pas seulement Toutes les entreprises d'un Etat tiers qui utilisent les services de fret basés dans un de ces pays doivent également appliquer ce tarif.   Le prix moyen auquel la Russie a pu vendre son pétrole au premier semestre 2023 est d'environ 48 dollars, soit 40 % de moins qu'en 2022, estime l'Agence internationale de l'énergie. «Les sanctions occidentales ont eu un impact indiscutable sur ce changement, qui survient alors que la demande mondiale de pétrole n'a jamais été aussi élevée, observe Julien Vercueil, maître de conférences à l'Inalco et auteur d'Economie politique de la Russie (2019, Seuil). Comme dans le même temps, la Russie n'a pas pu substituer d'autres pays à l'Europe pour le gaz qu'elle n'y exporte plus, on comprend que ses recettes d'exportations pétrogazières se soient fortement contractées.» La chute des recettes éner- gétiques représente ainsi un problème majeur pour le soutien de l'effort de guerre. Cette manne financière a permis à la Russie de se lancer dans ce que certains appellent un «keynésianisme de guerre», soit une politique de la demande basée sur un accroissement des dépenses militaires. Selon les calculs de l'institut économique Gaidar, établi à Moscou, le gouvernement russe a dépensé près de 50 % de plus durant les cinq premiers mois de l'année qu'au cours de la même période en 2021. Le magazine britannique The Economist a estimé à 5 000 milliards de roubles (environ 63 milliards d'euros) les dépenses supplémentaires d'armement du budget russe. Cet investissement massif explique en grande partie les prévisions du Fonds monétaire international, qui tablent sur une croissance de 0,7 % en 2023 et 2,1%pour 2024. Soit plus qu'en zone euro.   Les effets de cette hausse des dépenses publiques ont été particulièrement ressentis dans les régions pauvres de la périphérie du pays qui fournissent l'essentiel de la production militaire et des soldats. Les régions limitrophes de l'Ukraine et de la péninsule de Crimée occupée ont bénéficié économiquement d'investissements importants dans les fortifications militaires et de l'arrivée de dizaines de milliers de combattants. Mais ses habitants ont subi les représailles quasi quotidiennes des tirs de roquettes et des attaques de drones ukrainiens.   NÉCESSITÉ D'ENDETTEMENT L'augmentation des dépenses couplée à la baisse des recettes pétrolières et gazières ont entraîné un fort déficit du budget national. Et qui dit déficit budgétaire dit nécessité d'endettement. Même si, pour le moment, la BCR et ses 585 milliards de réserve en or et en devises peuvent soutenir la stratégie russe, la guerre a un coût élevé et sa durée est indéterminée.   «Bien que l'Etat russe soit faiblement endetté, sa marge de manoeuvre budgétaire est plus fine qu'il n'y paraît car il ne dispose pas d'une bonne capacité d'emprunt, sauf à s'inféoder toujours davantage à la Chine ou à compter sur les pays du Golfe», signale Julien Vercueil.   Pour éviter ce problème du financement de l'économie de guerre, le pays doit surveiller de près ses importations. Et ce, d'autant que l'affaiblissement du rouble augmente leur coût. Depuis le début de l'invasion, la Russie s'efforce de devenir plus autosuffisante, une stratégie de «l'industrialisation renversée», selon les termes de la Banque centrale. Mais celle-ci connaît un succès mitigé. D'après les données d'enquête russes disponibles fin 2022, on estimait à 30 % la proportion d'entreprises qui avaient pu trouver des substituts nationaux aux produits anciennement importés d'Occident. En clair, la Russie continue d'être à deux tiers dépendante des importations pour sa production.   «On a surtout observé une réorientation des importations, d'Europe vers l'Asie, expose Julien Vercueil. Cette réorientation se traduit par une augmentation des coûts et une diminution du rapport qualité prix des produits achetés par les entreprises et les ménages russes.» En effet, la technologie occidentale apparaît, dans de nombreux domaines, largement supérieure à ce qui est produit par le marché asiatique. La solution n'est pas non plus l'autarcie. «Même pour la Russie, il est impossible de tout produire localement. Et si le pays produisait lui-même de nombreux biens, ils seraient moins qualitatifs et plus chers», renchérit Maria Demertzis, professeure d'économie politique à l'institut universitaire européen de Florence.   «La limite de vitesse n'est pas ce que le gouvernement peut financer, mais ce que l'économie peut produire», déclarait cette semaine Janis Kluge, expert de l'économie russe à l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité au Wall Street Journal. En effet, la capacité de la Russie à augmenter la production dans ses propres usines est mise à rude épreuve, notamment à cause de la pénurie de main-d'oeuvre. Si certains dirigeants se sont vantés en public que leurs usines augmentaient leur rendement à des niveaux jamais vus depuis l'ère soviétique grâce à des équipes en rotation 24 heures sur 24 pour répondre aux commandes de l'armée, il s'agit de l'arbre qui cache la forêt.   A Saint-Pétersbourg, les ateliers textiles affirment qu'ils peinent à trouver des travailleurs qualifiés et des matériaux pour répondre au déluge de commandes d'uniformes militaires. Dans la région industrielle de Sverdlovsk, une usine de chars a récemment dû engager des centaines de détenus des prisons locales pour tenter d'atteindre ses objectifs. La situation est encore pire dans les secteurs industriels non militaires. Difficile de voir comment les autorités pourraient inverser cette tendance tant la réserve de bras disponibles semble inexistante. Des milliers de personnes ont été envoyées sur le front quand d'autres ont fui le pays au début de la guerre Le report sur les travailleurs immigrés est même devenu compliqué, les sanctions ayant réduit leur capacité à envoyer leurs revenus dans leur pays d'origine.   «ÉCONOMIE VULNÉRABLE» Avec une production qui peine à suivre, la politique de la demande mise en place par le gouvernement russe a conduit à une hausse des prix de 7,6 % sur les trois derniers mois. «Il n'y a presque plus d'offre dans l'économie russe, et le résultat inévitable de cette situation sera l'inflation», analysait le 15 août Liam Peach, économiste principal pour les marchés émergents chez Capital Economics dans le New York Times. Après l'annonce de sa remontée de ses taux d'intérêts, la BCR soulignait que la «demande de biens et de services dépasse l'offre, alimentant l'inflation et menaçant la stabilité financière». De là à voir dans cette déclaration un désaveu par les banquiers centraux de la stratégie de Vladimir Poutine ? L'économiste Oleg Itskhoki s'étonne que les pays occidentaux ne profitent pas de cette période d'affaiblissement économique pour imposer de nouvelles sanctions. «C'est le moment, l'économie russe est particulièrement vulnérable, plaide-t-il. Jusqu'à cet été, on ne pensait pas que l'économie serait l'élément qui pourrait mettre fin à la guerre. Mais aujour- d'hui, il semble de plus en plus probable que ce soit le cas.» Si le pays semble encore loin de «l'effondrement» annoncé par le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, au début du conflit, la Russie encaisse de moins en moins bien les coups portés par les alliés de l'Ukraine et le coût de la guerre qu'elle a elle-même créée en envahissant son voisin il y a dix-huit mois. ?   «Bien que la Russie soit faiblement endettée, sa marge de manoeuvre budgétaire est fine car elle ne dispose pas d'une bonne capacité d'emprunt, sauf à s'inféoder toujours davantage à la Chine ou à compter sur les pays du Golfe.» Julien Vercueil maître de conférences à l'Inalco </text>
	

	<text titre="A Moscou, l’hommage de la rue à un « vrai patriote »" date="2023 08 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="8" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="evgueni, rue, vrai_patriote, moscou, patriote, vrai, mémorial" langue="fr"> Moscou - correspondant - Tout près de la place Rouge, au centre du mémorial improvisé devant l’église Saint-Maxime-le-Bienheureux, les trois visages forment comme une sainte trinité. Il y a Evgueni Prigojine, le chef du groupe Wagner, mort le 23 août dans le crash de son avion ; Dmitri Outkine, « Wagner » de son nom de guerre, admirateur du IIIe Reich et fondateur de la milice, mort avec son patron ; et le compositeur Richard Wagner, mort en 1883. Pas de doute, on est dans un entre-soi.   Ici, dans l’hypercentre de Moscou envahi de touristes russes et de voitures de luxe, les hommes qui viennent se recueillir se reconnaissent en un coup d’œil. Gros bras, mines graves, allures de combattants. Chacun ajoute sa propre touche, son propre hommage : des fleurs par dizaines, ici le portrait d’un frère d’armes, là un gilet pare-balles, un morceau de pain sur un verre à vodka, des cigarettes, le drapeau d’une unité…
Ce dimanche 27 août, ils se succèdent en un flot régulier – environ un par minute qui se faufile entre les badauds, se recueille quelques instants, puis disparaît sans un mot, parfois femme et enfants sur les talons. Certains portent des tee-shirts ou des casquettes à l’effigie du groupe, mais la discrétion est de mise (personne pour évoquer avec précision son engagement au côté du groupe de mercenaires).   A vrai dire, les mots sont rares. La peine est parfois trop vivace pour ces hommes qui idolâtraient leur chef. « Je ne crois pas à sa mort », dit l’un d’eux, casquette et visage bouffi, qui confie venir quotidiennement depuis trois jours. Un peu plus tôt dans la journée, le comité d’enquête a pourtant fini par confirmer le décès du patron de Wagner et de ses acolytes, cinq jours après les faits, « à l’issue d’expertises génétiques ».   Il y a aussi de la méfiance vis-à-vis de ces journalistes, étrangers en particulier, présentés en ennemis. A Saint-Pétersbourg, siège de la milice, une journaliste d’Al-Jazira a été frappée aux abords d’un mémorial semblable. Prigojine a beau être un « héros de la Russie », un titre qui lui a officiellement été accordé par Vladimir Poutine pour la prise de la ville ukrainienne de Bakhmout, tous comprennent que leur chef était en disgrâce depuis sa mutinerie des 23 et 24 juin.  Des traîtresIl faut comprendre à demi-mot ces « Lui, c’était un vrai patriote », « Lui, il disait la vérité », répétés comme autant d’évidences par des dizaines de bouches. « Lui », à la différence de tous les autres : généraux corrompus, ministres incompétents, membres de l’élite à l’abri dans leurs résidences de luxe… C’était le credo d’Evgueni Prigojine, que ses hommes ou ses sympathisants reprennent à l’envi.  « Eux ne veulent pas gagner la guerre, glisse un homme portant le tee-shirt du groupe. Ils ne sont pas prêts à faire les efforts nécessaires, quand ce ne sont pas purement et simplement des traîtres. » Un peu à l’écart, le même accepte d’évoquer les conditions de la mort de son héros : « Bien sûr que l’on comprend que ce ne sont pas les Ukrainiens ou la CIA. Mais que peut-on dire ? Le message est suffisamment clair, sans compter Strelkov en prison. »Igor Strelkov, de son vrai nom Igor Guirkine, ancien chef militaire des séparatistes du Donbass et autre figure des ultranationalistes, est en détention provisoire depuis le mois de juillet pour « extrémisme ».   La rancœur des radicaux n’est sans doute pas éteinte, pas plus que n’ont disparu les dysfonctionnements que critiquait Evgueni Prigojine. Mais chacun comprend qu’il faut faire profil bas et attendre des jours meilleurs.   A proximité du mémorial, les commentaires des passants, qui profitent d’un dernier week-end estival, illustrent bien la confusion ambiante, la même qui caractérise l’opinion russe depuis le début de la guerre. Andreï P., 37 ans, reconnaît avoir été « choqué » par la mort d’Evgueni Prigojine, qu’il admirait pour sa « sincérité »et qui aurait fait un « bon premier ministre ». « Poutine aussi l’estimait, mais comme on lui cache des choses, ils se sont brouillés, résume cet habitant de la banlieue moscovite. Si quelqu’un a tué Prigojine, le président n’était probablement pas au courant. Ou alors c’était réellement un accident… » Cet entre-deux s’illustre dans le traitement médiatique du crash. Relégué à la fin des journaux télévisés, son traitement se limite à des communiqués sibyllins et prudents. Evgueni Prigojine n’est plus le « héros » de « l’opération militaire spéciale » ou le « traître » qu’ont vilipendé les télévisions tout l’été. Il est, déjà, un vieux souvenir à mettre au rebut.   Pour l’heure, la rue ne l’a pas oublié. L’homme était trop à part, trop présent. Parmi les Moscovites interrogés, tous se disent choqués ou surpris par sa mort. Mais on sent que l’épisode ne laissera pas de traces profondes. « Je le respectais, confie une touriste venue de Perm, dans l’Oural. Mais on ne connaît pas tous les détails de ce qu’il a fait. C’est normal qu’il y ait des conflits au sommet. »Elle ne se dit guère choquée que de tels « conflits »se soldent par le crash d’un avion civil sur le sol national. « Ce n’est pas à nous de juger ou de nous mêler de ça », conclut-elle, résumant l’attitude des Russes depuis la guerre – rester autant que possible à distance d’événements sur lesquels ils estiment n’avoir aucune prise.   Les seuls qui veulent croire que la mémoire de leur chef survivra au temps et à la tentative des autorités de le faire oublier, ce sont les anciens de Wagner. Sur le mémorial, une longue banderole proclame : « Etre un guerrier, c’est vivre éternellement ». </text>
	

	<text titre="Un cadre du GRU pourrait remplacer  Prigojine en Afrique" date="2023 08 29T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24031" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="29" journal_clean="Les Echos" keywords="chef, poutine, général, prigojine, andreï, gru, afrique, averyanov, unité" langue="fr"> L'empoisonneur en chef de Poutine pour remplacer son cuisinier en Afrique ? Le général Andreï Averyanov a un joli CV. Il est à la tête de l'unité 29155 du GRU - les services secrets extérieurs russes -, chargée des assassinats et des missions de déstabilisation à l'étranger. L'unité spécialisée dans les basses oeuvres du Kremlin s'est notamment distinguée en 2018 avec l'empoisonnement de l'agent double Sergueï Skripal à Salisbury, au Royaume-Uni. Elle a aussi fourni, point essentiel, un bon nombre de cadres de Wagner.
Andreï Averyanov lorgnerait maintenant sur l'Afrique. Lors du sommet Russie-Afrique, organisé fin juillet à Saint-Pétersbourg, le général était présent à la table de Poutine pour rencontrer les délégations, notamment des officiels maliens. Pas vraiment un hasard. « Il semble que le GRU commençait à mettre son nez en Afrique », confirme Stephen Hall, professeur adjoint à l'université de Bath, au Royaume-Uni, spécialiste de la Russie et des Etats post-soviétiques.   Selon le journaliste d'investigation bulgare Christo Grozev, la présence de Prigojine en début de semaine au Sahel, deux jours avant sa mort, correspondait vraisemblablement à une tentative d'empêcher le GRU de pousser Wagner vers la sortie dans la région.  Trésor de guerreSi Wagner a perdu les grâces du régime, le Kremlin n'entend pas faire une croix sur les contrats et le trésor de guerre du groupe en Afrique. L'organisation paramilitaire facture, par exemple, plus de 10 millions de dollars par mois la présence de ses mercenaires aux autorités maliennes, selon l'agence Reuters. Et exploite les ressources naturelles des pays où il se rend, notamment les mines d'or de Centrafrique et du Soudan. Une manne dont Moscou à grandement besoin pour financer son agression de l'Ukraine, et des alliés africains qui ne sont pas de trop à l'heure où les pays occidentaux lui tournent le dos. Avec Averyanov en charge des activités de Wagner en Afrique à la place de Prigojine, il n'est pas certain que les droits humains y gagnent beaucoup au change : « Ce n'est pas un homme particulièrement sympathique, ironise Stephen Hall. En plus de la tentative d'assassinat à Salisbury, Averyanov était aussi impliqué dans l'explosion d'équipements militaires en République tchèque et lié à l'empoisonnement d'un ressortissant bulgare.» D'après des sources des renseignements britanniques et ukrainiens interrogées par le média britannique « i », Averyanov, qui entretiendrait une forte inimitié avec Prigojine, est aussi suspecté d'être derrière la mort du chef de Wagner.   Reste à savoir si les activités de Wagner en Afrique passeraient aisément sous sa coupe. Les commandants de l'organisation pourraient aussi avoir leur mot à dire, ou du moins la capacité de voter avec leurs pieds, en clair aller voir ailleurs.   Hadrien Valat </text>
	

	<text titre="Ce discret trader ﻿qui pèse 11 milliards de dollars" date="2023 08 29T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24031" auteur="nessim ait-kacimi" annee="2023" mois="8" jour="29" journal_clean="Les Echos" keywords="milliards_de_dollars, firme, fondateur, club, dollars, milliards, markets, gerko, xtx, alex, trading, fortune" langue="fr"> A seulement quarante-trois ans, Alex Gerko fondateur de la firme de trading XTX Markets, vient d'intégrer et d'agrandir le club des traders et gérants dont la fortune dépasse les 10 milliards de dollars. En tête figure l'indétrônable Ken Griffin (36,8 milliards de dollars) de Citadel, suivi par James Simons (28 milliards) de Renaissance Technologies, Ray Dalio (16,5 milliards) de Bridgewater, Michael Platt (12,1 milliards) de BlueCrest et Izzy Englander (11,4 milliards), fondateur de Millenium Management. Dans ce « club des cinq », quatre - à l'exception de Michael Platt, qui gère son family office - sont des patrons de hedge fund, en activité ou retraités.
Né en Russie et vivant à Londres depuis 2006, Alex Gerko est un « anti-oligarque », qui ne doit sa fortune ni à son entregent politique ni à ses compromissions. Il renonce à la nationalité russe en 2022 et devient un citoyen anglais. Critique de Vladimir Poutine et de la guerre en Ukraine, il ne manque pas de relayer et commenter, sur X (ex-Twitter) en employant un ton sarcastique, les dernières informations sur la Russie comme la disparition de Prigojine.  Pour compte proprePassionné de mathématiques- sa spécialité avec un doctorat à l'université de Moscou - et de physique, il a un style de vie très loin de son niveau de richesse. Il ne roule pas en voiture de sport, et ne passe pas ses étés à Saint-Tropez. Il consacre son rare temps libre à sa famille et ses trois enfants. Son argent gagné sur les marchés financiers internationaux, il le réinvestit notamment dans des sociétés et start-up de l'intelligence artificielle.   A la différence des hedge funds qui gèrent l'argent des investisseurs et des collaborateurs du fonds, XTX Markets est une firme de trading pour compte propre comme Citadel Securities, Jump Trading, Virtu ou encore Jane Street… Elle ne gère que son propre argent et n'a pas de clients. Elle est diversifiée sur la plupart des grands marchés internationaux (actions, obligations, matières premières, produits dérivés, monnaies).  Cryptosceptique assuméTardivement, en 2023, la firme s'est lancée sur les cryptomonnaies, mais très prudemment (pour une très faible part de son activité globale), alors que les autres firmes de trading ont franchi le pas depuis 2017-2018, à leurs risques et périls. Son fondateur est un cryptosceptique assumé. Le holding de XTX Markets, basé à Londres, a ﻿de nouveau connu un excellent exercice en 2022. Ses revenus ont bondi de 68 %, à 2,5 milliards de livres sterling (2,9 milliards d'euros) et ses profits ont atteint 1,1 milliard de livres (1,3 milliard d'euros), avait révélé le « Financial Times ».   La firme, détenue aux trois quarts par Alex Gerko, a connu une ascension météorique qui a vu ses bénéfices multipliés par 10 en près de quatre ans. Elle a reversé des dividendes record de 1,6 milliard de livres en début d'année à ses actionnaires, les principaux hauts cadres du groupe. De quoi faire bondir la fortune de son fondateur, qui atteint désormais 10,8 milliards de dollars.   Alex Gerko codirige la firme avec Hans Buehler, un ancien de JP Morgan. Zar Amrolia, venu de Deutsche Bank, en est le président. La firme ne compte au total que 190 collaborateurs, des spécialistes du trading, de la programmation, et des chercheurs, triés sur le volet. Et elle donne sa chance aux jeunes chercheurs talentueux sans expérience dans le trading.  Face aux « formules 1 » du secteurA la différence des spécialistes du trading comme Jump, qui ont beaucoup investi pour être les plus rapides, XTX Markets ne s'est pas lancé dans cette course de vitesse. Il estime « qu'il n'a pas besoin d'être le plus rapide pour être profitable. Il utilise certes quelques réseaux à micro-ondes mais pas les plus rapides », expliquait aux « Echos », Alexandre Laumonier, auteur d'un ouvrage sur le trading haute fréquence (THF), en 2019. Sa valeur ajoutée réside, selon lui, dans ses modèles de prévisions, reposant sur l'analyse d'une quantité très importante de données, « qui lui permettent de prédire, par exemple, à quels cours seront les monnaies [une des spécialités de son fondateur Alex Gerko, NDLR] dans les 5 prochaines minutes, pas dans les 5 prochaines millisecondes ».Sur X (ex-Twitter), Alex Gerko ne manque pas de railler et de se distinguer des firmes de THF comme Virtu créé par Doug Cifu qui contrairement à XTX a connu une nette baisse de son profit (-43 %) en 2022. Dans une lettre au régulateur des marchés américains, la Securities and Exchange Commission (SEC), les dirigeants de XTX estimaient que la « course de vitesse du trading a atteint un point d'inflexion où les gains de temps qui se mesurent en millionième ou milliardième de seconde , se retournent contre les investisseurs ».Nessim Aït-Kacimi </text>
	

	<text titre="Où va la guerre en Ukraine ?" date="2023 08 29T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24577" auteur="girard, renaud" annee="2023" mois="8" jour="29" journal_clean="Le Figaro" keywords="mois, guerre, mieux, ukraine" langue="fr"> Ni le mieux ni le pire ne sont survenus depuis dix-huit mois dans la guerre russo-ukrainienne. Le pire eût été l'utilisation de l'arme atomique par l'agresseur et le possible embrasement de tout le continent européen. Le conflit, de moyenne intensité, a pris la forme d'une guerre de positions à l'artillerie où, de part et d'autre, les chefs ont désormais comme priorité de préserver la vie de leurs soldats. Toutes choses égales par ailleurs, on est un peu dans la situation du front occidental à l'hiver 1917-1918, où les stratégies défensives l'emportaient provisoirement sur les offensives à outrance. Le mieux eût été la réussite d'une médiation internationale, débouchant sur un accord de paix entre les frères ennemis. Successivement ont essayé la Turquie, la papauté, la Chine, l'Indonésie, l'Union africaine, l'Arabie saoudite. Ces médiations ont toutes échoué. Car les prétentions des deux belligérants sont trop divergentes. La Russie veut conserver les territoires qu'elle a saisis et un statut de pays neutre pour sa voisine ; l'Ukraine veut le retour aux frontières de son indépendance (1991), des dommages de guerre et le jugement des Russes responsables d'atrocités.
Comme l'armée russe n'est pas parvenue à défaire l'armée ukrainienne lors de son offensive sur Kiev (février-mars 2022), comme la contre-offensive ukrainienne annoncée pour les mois chauds de 2023 n'est pas parvenue à percer les défenses russes, on est passé à une phase d'attente. Toute la question est de savoir qui se fatiguera de la guerre avant l'autre. En 1918, ce sont les Allemands qui ont craqué en premier. Le 8 août, « jour de deuil de l'armée allemande »pour le général Ludendorff, les Allemands n'eurent plus l'énergie pour résister à l'offensive Foch, qui avait commencé le 18 juillet. En revanche, les Français avaient su résister à quatre offensives allemandes entre mars et juin 1918, leur moral ayant été rehaussé par l'entrée en guerre des Américains à leurs côtés.   Dans le cas de la guerre actuelle en Ukraine, on ne voit pas qui pourrait craquer en premier. Les Ukrainiens ont fait l'admiration du monde entier en résistant victorieusement à une armée réputée être la deuxième du monde. Leur moral est élevé. Entraînés et très bien équipés par les Américains, les Britanniques, les Canadiens, les Polonais, les Français et les Allemands, les soldats ukrainiens sont devenus de redoutables guerriers, d'autant plus qu'ils ont maintenant une vraie expérience du feu.   Diplomatiquement, leur pays a tout l'Occident derrière lui. Même un pays occidental traditionnellement prorusse comme la France est à fond derrière eux. Dans sa conférence aux ambassadeurs du 28 août 2023 à l'Élysée, le président Macron a confirmé que la France poursuivrait son aide financière, militaire et humanitaire à l'Ukraine, réitérant son refus de voir la Russie gagner une telle guerre d'agression « violant de manière flagrante la souveraineté d'un État indépendant en Europe ».Les Ukrainiens ont-ils à redouter un changement de cap de leur allié américain, tel que la France en a subi un en mars 1920, avec la non-ratification du traité de Versailles ? En tout état de cause, ce retournement stratégique n'interviendrait pas avant le 20 janvier 2025. Et même si Donald Trump revenait à la Maison-Blanche à cette date, il n'est pas du tout certain qu'il lâcherait l'Ukraine. Trump appréciait personnellement Poutine, mais, politiquement, il ne lui a rien donné au cours de son mandat (2017-2021).   L'armée ukrainienne parvient désormais à faire voler des drones jusqu'à Moscou. Des civils russes meurent dans ces attaques. Qui pourrait le reprocher à l'Ukraine, dont la population civile subit des bombardements russes quotidiens depuis février 2022 ? Mais on peut se demander si ces attaques de drones ne sont pas contreproductives, car propres à motiver une population russe relativement passive jusqu'à présent.   Si on regarde du côté de la Russie officielle, on ne la voit pas non plus céder. Elle a réorganisé son armée et a construit une ligne Maginot qui semble tenir. Son industrie d'armement marche à plein régime. Elle sait qu'elle bénéficiera toujours du soutien économique de la Chine, en raison de la solidarité des régimes autoritaires. Les Ukrainiens ont versé tant de sang pour leur liberté qu'ils n'y renonceront jamais. Quant au régime russe, il est allé trop loin pour reculer aujourd'hui. L'affaire Prigojine a montré que le Kremlin ne tolérera désormais plus la moindre critique sur le fondement ou la conduite de sa guerre contre l'Ukraine.   L'issue la plus probable à moyen terme est donc un gel du conflit à la coréenne. Ce n'est pas une bonne nouvelle, ni pour le peuple ukrainien, ni pour le peuple russe, ni pour l'Europe. Mais l'Histoire montre que les guerres sans gagnant ni perdant éloignent toujours les perspectives d'une paix solide. </text>
	

	<text titre="À Saint-Pétersbourg, les obsèques en catimini d'Evgueni  Prigojine" date="2023 08 30T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24578" auteur="colling, julian" annee="2023" mois="8" jour="30" journal_clean="Le Figaro" keywords="evgueni, catimini, saint-pétersbourg, prigojine" langue="fr"> RUSSIE Aucun visiteur à l'horizon, des portiques de sécurité retirés et, surtout, des nuées de policiers, de forces antiémeutes et de soldats de la garde nationale quadrillant l'entrée et les allées du minuscule cimetière Pokhorovskoïé, dénué de tout faste, vingt kilomètres à l'est du centre de Saint-Pétersbourg. Voilà ce que le Figaro a pu voir des funérailles tant attendues d'Evgueni Prigojine, mardi, qui se sont finalement déroulées en catimini. Très loin de ce qu'attendaient sans doute les nombreux partisans de Wagner et de feu son fantasque fondateur, mort dans le crash de son avion privé le soir du 23 août.   L'annonce de sa mise en terre a marqué l'épilogue d'une journée en forme de jeu de piste pour tenter de savoir où allait être enterré Prigojine. Le « troll » en chef, le poil à gratter du système russe depuis un an avait encore réussi à tromper plusieurs fois son monde. « Même mort, il continue à nous mener en bateau ! » , grinçait une source proche du pouvoir sur le réseau Telegram. Faute d'informations, les médias locaux avaient envoyé un correspondant dans chacun des cimetières de la ville, afin de se tenir prêt.
Mais après plusieurs fausses alertes et fausses pistes, à base de corbillards utilisés pour tromper la presse et de salles funéraires vides, vers 17 heures un message tombait finalement sur le canal Telegram officiel de son conglomérat, Concord : Prigojine avait déjà été enterré, à 13 heures, dans la plus stricte intimité de son cercle le plus rapproché, entouré d'une trentaine de personnes. « Il n'y avait absolument personne en uniforme militaire », commentait une source. Même les commandants de Wagner n'ont, visiblement, pas pu assister à la cérémonie. Les mercenaires de base, eux, n'auront pas vu leur leader enterré avec les honneurs que pourrait lui conférer son titre (encore actuel) de « héros de Russie ».   Le Kremlin, par la voix de son porte-parole, n'avait cessé de répéter les jours derniers que les conditions des funérailles de Evgueni Prigojine étaient à la discrétion de ses proches. Mais la famille Prigojine a-t-elle souhaité cette cérémonie au rabais ? A-t-elle été contrainte par les autorités de se rabattre sur une toute petite parcelle de la périphérie de Saint-Pétersbourg, pour éviter tout honneur à celui que Vladimir Poutine avait décrit, le 24 juin, comme un traître ? La communication de Prigojine a pourtant annoncé que les gens pouvaient « venir saluer » la tombe du défunt dans la soirée. L'énorme présence policière sur place refusait en réalité l'accès au cimetière à tout civil. Certaines informations indiquaient toutefois, dans la soirée, que le père biologique de Prigojine est déjà enterré dans cet endroit - ce qui pourrait expliquer ce choix.   Les rumeurs entourant les funérailles du businessman de la mort ont beaucoup intrigué dans les rues de sa ville d'origine. « Vous avez une idée de l'endroit où ça va se dérouler ? On aimerait beaucoup y aller ! », nous lance Irina, une quadragénaire. Elle est venue se recueillir devant le mémorial de fortune en hommage à Prigojine, dressé devant le bar « patriotique » où le blogueur proguerre Vladlen Tatarski avait été tué dans un attentat à la bombe début avril.   Au milieu des roses déjà un peu fanées, plusieurs portraits de Prigojine sont disposés, en compagnie de celui de son fidèle commandant en chef Dmitri Outkine, également mort le 23 août. De nombreux passants - certains par hasard, d'autres venus exprès - s'arrêtent devant les lieux. Des mémoriaux similaires ont émergé dans chaque ville de Russie ou presque, traduisant la popularité indéniable du boss de Wagner parmi la population russe, même après sa mutinerie avortée du 24 juin. Inévitablement, la question de l'héritage que laissera Prigojine et de la réception de sa mort brutale dans l'opinion publique se pose.  « Moi, s'il avait été candidat à l'élection présidentielle, j'aurais immédiatement voté pour lui », dit sans ambages Oksana, une travailleuse sociale de 55 ans née en Ukraine. « C'était le seul qui disait la vérité, une vérité qui a ouvert les yeux à beaucoup de monde. C'est une grande, grande perte pour la Russie. Je suis très triste. »Parmi les badauds, elle n'est pas la seule à avoir apprécié le profil de Prigojine. « C'est un vrai coup dans le dos de la Russie ! », disent en coeur Konstantin et Olga, un couple venu en vacances de Vladivostok. Olga poursuit : « Je suis sûre que c'est un coup des services occidentaux ou ukrainiens, Poutine n'aurait eu aucun intérêt à éliminer quelqu'un qui a tant aidé notre pays. » Deux jeunes femmes, Tatiana et Anna, se disent anciennes amies du défunt blogueur Tatarski. Au sujet de Prigojine, Anna est dithyrambique : « Evgueni Victorovitch était un vrai homme, un vrai patriote. Il ne faisait pas que parler, il agissait également. »Vladimir, un touriste de 43 ans venu avec sa compagne d'Orenbourg, dans l'Oural, dit considérer Prigojine comme un criminel, qui a vécu « de manière brutale ». « On pouvait donc s'attendre pour lui à une mort brutale. Je ne le regretterai pas. La façon dont il est mort est significative du type de régime dans lequel on évolue », ajoute-t-il en partant.   De l'autre côté du centre-ville et de la perspective Nevski, le grandiloquent centre d'affaires « Wagner Center » , ouvert fin 2022 en grande pompe, a rapidement été rebaptisé « Capitale maritime » après la mutinerie wagnérienne du 24 juin. Il fallait effacer rapidement les traces d'un Prigojine devenu infréquentable au sommet de l'État russe. Mais c'est bien là, à proximité de la sombre tour de bureaux en verre, qu'un autre mémorial, plus étendu et plus fourni en fleurs, a été érigé. Les visiteurs y viennent exprès pour saluer leurs anciens barons noirs, Prigojine et Outkine. Parmi les visiteurs, beaucoup de jeunes hommes.   C'est Marina, 41 ans, qui lui rend l'hommage le plus enlevé, saluant un « leader charismatique » qui a « employé et amélioré la vie d'énormément de monde » via ses multiples entreprises. Alors que de nombreuses voix russes - y compris parmi la communauté d'experts proches du Kremlin - estiment que la figure de proue de Wagner ne méritait pas une telle sentence, le sommet du pouvoir russe ne semble pas encore savoir comment gérer l'après-Prigojine. L'homme d'affaires parti de rien a secoué comme rarement un système russe ankylosé et embourbé dans une périlleuse campagne en Ukraine.   En amont de la présidentielle de mars 2024, quel sera l'impact à moyen terme de son trépas ? Difficile à établir pour le moment, certains disant que sa mort choc affaiblit le régime, d'autres disant qu'elle le renforce. En Russe, « Pokhor » , du nom du cimetière où repose désormais Prigojine, signifie « poudre à canon ». Le défunt trublion russe n'a peut-être pas terminé de faire des étincelles. </text>
	

	<text titre="Le chef de Wagner enterré discrètement à Saint-Pétersbourg" date="2023 08 30T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24032" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="30" journal_clean="Les Echos" keywords="evgueni, chef, wagner, prigojine, patron" langue="fr"> russiE - :La cérémonie pour le patron de Wagner, Evgueni Prigojine, tué mercredi dernier dans un crash d'avion en Russie, s'est tenue en privé dans un cimetière de Saint-Pétersbourg. Il n'était pas clair dans l'immédiat si le chef de Wagner avait déjà été mis en terre. Le Kremlin avait annoncé plus tôt mardi que Vladimir Poutine, qui a vraisemblablement ordonné l'élimination d'Evgueni Prigojine, ne prévoyait pas de se rendre aux funérailles de l'ancien patron de Wagner qu'il avait qualifié de « traître ». </text>
	

	<text titre="En Russie, les hommages à  Prigojine se multiplient" date="2023 08 30T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24578" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="30" journal_clean="Le Figaro" langue="fr"> De nombreux Russes saluent la mémoire du fondateur de la milice Wagner en improvisant des autels funéraires à travers le pays, alors que les obsèques d'Evgueni Prigojine se sont déroulées à l'abri des regards, mardi, à Saint-Pétersbourg. PAGE 4 </text>
	

	<text titre="Kiev veut élargir ses appuis" date="2023 08 30T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24032" auteur="virginie robert; yves bourdillon" annee="2023" mois="8" jour="30" journal_clean="Les Echos" keywords="armée, kouleba, affaires, ministre, dmytro, kiev, ukrainienne, veut" langue="fr"> Alors que l'armée ukrainienne enregistre enfin de nouveaux succès après des semaines de surplace, Dmytro Kouleba, le ministre des Affaires étrangères ukrainien qui était l'invité d'honneur de la conférence des ambassadeurs à Paris, a redit sa confiance dans le soutien occidental, même si çà et là des voix commencent à se faire entendre pour critiquer un soutien financier jugé trop massif. « Nous voyons des voix qui s'élèvent en Amérique et dans certains pays en Europe. Aux Etats-Unis, c'est lié au début du processus électoral mais tout cela va passer. Nous allons passer à travers, car l'Ukraine mène un combat juste qui mérite d'être soutenu » , a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse commune avec la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, Catherine Colonna.
Il a rappelé qu'on ne peut envisager la sécurité collective de l'Europe sans l'Ukraine, qui partage les mêmes valeurs et est une puissance militaire. « C'est une plaque tectonique en termes de sécurité stratégique », a-t-il affirmé.   Avec la conquête du bourg de Robotyne, effective jeudi dernier mais officialisée lundi, l'armée ukrainienne a percé, pour la première fois, la première ligne de défense russe, réputée la plus solide. Kiev a affirmé mardi profiter de « nouvelles avancées » vers le sud mais subit de lourdes pertes, difficiles à évaluer étant donné l'intensité des combats.  Objectif TokmakElle serait désormais au contact de la deuxième des trois lignes de défense russe via cette brèche créée au centre de la région de Zaporijjia. Le prochain objectif stratégique est le bourg de Tokmak (30.000 habitants avant la guerre), à une trentaine de kilomètres de Robotyne.   Si l'artillerie ukrainienne pouvait s'y déployer, elle pourrait frapper en sécurité les lignes vitales d'approvisionnement russes - l'autoroute M14 et une ligne de chemin de fer - courant le long du littoral de la mer d'Azov. Sous le feu ukrainien, les camions et trains auraient beaucoup de mal à opérer pour apporter munitions et carburant à tout le dispositif russe situé à l'Ouest, y compris en Crimée. Ce serait alors un tournant majeur.   Un autre tournant espéré, sur le plan diplomatique, est le ralliement au plan en dix points que Volodymyr Zelensky promeut à chaque réunion internationale, de Bali, à Copenhague en passant par Djeddah. Une construction souple, rappelle Dmytro Kouleba, car les pays peuvent choisir de soutenir les points qui leur parlent. « On veut une paix juste pour l'Ukraine, c'est-à-dire dans les frontières de 1991 et une paix durable qui empêchera la Russie d'agresser à nouveau. »A ceux qui prônent des négociations avec les Russes, le chef de la diplomatie ukrainienne a rappelé qu'Evgueni Prigojine, le chef du groupe Wagner, était en opposition frontale avec Vladimir Poutine. « Il était en conflit avec lui, il a négocié, ils ont trouvé un accord et ensuite Poutine l'a tué. Il n'y a aucune raison pour que Poutine se comporte différemment… »Kiev multiplie les contacts dans le monde entier, vers l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine et le fera à nouveau lors de la prochaine assemblée générale de l'ONU. A Paris, des discussions avec les ambassadeurs de pays africains, qui sont touchés par la question de la sécurité alimentaire, étaient organisées mardi par le Quai d'Orsay.   Catherine Colonna a rappelé le soutien indéfectible de la France à l'Ukraine. « Est-ce qu'on sera le premier pays à offrir des garanties bilatérales de sécurité ? Je n'en sais rien. Ce qui importe, c'est la substance. Avec un volet militaire et un volet civil pour prolonger notre soutien à l'Ukraine sur une longue durée et avoir de la prévisibilité pour nos industries », a-t-elle expliqué.   Yves Bourdillon et Virginie Robert </text>
	

	<text titre="Comment la Chine tente de vendre la sécurité à l'Afrique" date="2023 08 30T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="claude leblanc" annee="2023" mois="8" jour="30" journal_clean="L'Opinion" keywords="pékin, pays, présenter, africains, sécurité, monde, chine, afrique" langue="fr"> Pékin réunit des responsables d'une cinquantaine de pays africains afin de leur présenter sa vision du monde Page 5
S'adressant aux délégations présentes dans la capitale chinoise, Li Shangfu, le ministre chinois de la Défense, a déclaré que « la bonne coopération entre la Chine et l'Afrique pouvait apporter plus de stabilité dans le monde », avant d'ajouter que « dans le futur, la Chine veut renforcer sa coopération militaire avec le continent africain par le biais notamment de manoeuvres communes et d'opérations de maintien de la paix ».   Jusqu'à samedi, la Chine accueille le troisième Forum Chine-Afrique sur la paix et la sécurité. Près de 50 pays africains y participent alors que Pékin cherche à renforcer sa présence sur le continent. Le principal objectif de ce rassemblement est de présenter l'Initiative de sécurité globale de Xi Jinping qui dééinit les principes chinois en matière de gestion des conflits et de maintien de la paix. Une grande partie de l'engagement chinois sur le continent africain porte sur le maintien de la paix, la lutte contre le terrorisme et la piraterie, l'aide humanitaire et la formation militaire.   Conformément à sa politique de non-ingéé-rence, Pékin s'est abstenu d'impliquer directement ses troupes dans les conflits locaux. Pourtant, l'annonce de l'ouverture par Norinco, entreprise publique spécialisée dans la fabrication d'armes, d'un bureau de vente à Dakar indique que les Chinois souhaitent étendre leur influence, en particulier dans des zones de tensions, en Afrique de l'Ouest notamment. Le Mali, le Niger, la Guinée ou le Burkina Faso figurent en bonne place dans son viseur alors que ces pays ont été mis au ban par les Occidentaux et que la Russie pourrait sortir afaiblie de la séquence post-Prigojine. Pékin veut en profiter pour proposer un autre type d'assistance militaire et sécuritaire avec des formations et des armes, des dispositifs de sécurité et de la sécurité par le développement. La Chine s'intéresse aussi à ces questions en Afrique en raison de ses investissements considérables et du grand nombre d'entreprises et de travailleurs chinois présents dans le cadre de ses projets d'infrastructures. En marge du récent sommet des Brics à Johannesburg, le président chinois a annoncé qu'il allait lancer de nouvelles initiatives pour l'industrialisation et la modernisation de l'agriculture africaine. L'intégration au sein du groupement de l'Egypte et de l'Ethiopie souligne l'importance du continent dans la stratégie d'influence de Pékin. Dans cette perspective, Pékin a présenté sa coopération dans le domaine sécuritaire avec l'Afrique comme une alternative à la présence américaine, critiquant de manière voilée les sanctions occidentales contre certains dirigeants.   Satisfaction. Cela ne signifie pas pour autant que la Chine n'est pas embarrassée par certaines situations. Ce qui se passe au Niger en constitue un bon exemple. Jusqu'au coup d'Etat, elle entretenait de très bonnes relations avec le président Mohamed Bazoum. Elle observe avec prudence l'évolution des événements sur place avec comme principale préoccupation la sécurité de ses ressortissants et de ses nombreux investissements. C'est une des raisons pour lesquelles elle est défavorable à une intervention militaire extérieure, y compris de part de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao). Sa crainte est de voir la guerre civile s'installer.   S'ils observent avec une certaine satisfaction le recul de l'influence occidentale, les Chinois sont conscients que leur principal rival pourrait être l'Inde. Au printemps, New Delhi a réuni les représentants d'une trentaine de pays africains dans le but de promouvoir les liens en matière de sécurité et avec l'industrie indienne de défense. Le sommet des Brics, en Afrique du Sud, a été l'occasion de mettre en lumière le rapport de force qui s'est installé en Afrique entre les deux voisins asiatiques.   @Japonlinet </text>
	

	<text titre="Avec ses obsèques en catimini, le Kremlin a voulu refermer la parenthèse  Prigojine" date="2023 08 31T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24579" auteur="Unknown" annee="2023" mois="8" jour="31" journal_clean="Le Figaro" keywords="tombe, kremlin, prigojine" langue="fr"> Quelle tristesse ! Evgueni Viktorovitch n'est plus. Je ne voulais pas croire à ce cauchemar », déclare l'un des premiers visiteurs, mercredi, de la tombe fraîchement creusée. Devant les caméras présentes à l'ouverture du petit cimetière pétersbourgeois, où a été enterré en catimini l'ancien boss de Wagner, le jeune sympathisant de Wagner ne peut retenir son émotion. « La perte d'une telle personne est la perte pour nous tous d'une partie de nous-mêmes », ajoute-t-il. Un avis que le pouvoir en Russie ne partage visiblement pas...   Le personnage Prigojine, élément perturbateur le plus fulgurant du système russe depuis bien longtemps, a été définitivement rayé de la carte. Son chapitre a été clos d'une manière presque aussi brusque que sa mort, le 23 août, dans le crash de son jet privé. Le régime semble désormais vouloir effacer son héritage au plus vite, liquider la « légende » noire qu'il s'était construite grâce à une communication choc. Mardi soir, une immense présence policière cadenassait les allées du cimetière, empêchant tout accès, rassemblement de soutien ou opération hostile de « wagnériens » autour de sa tombe.
Coup de grâce à la télévision : deux des trois principales chaînes gouvernementales du pays n'ont même pas mentionné l'événement. Sur Rossiya 1, son enterrement n'est brièvement apparu qu'à la... 40e minute du journal du soir. Prigojine repose désormais en périphérie de Saint-Pétersbourg, aux côtés de son père Viktor Prigojine. Sur sa modeste tombe, aucune couronne funéraire venant d'un quelconque membre de l'establishment. Pas un seul hiérarque n'a fait le déplacement à l'enterrement, où seule une trentaine de proches avaient eu le droit de se rassembler.   Pourtant, Prigojine, fait « héros de la Russie » par Vladimir Poutine, avait théoriquement droit à des funérailles avec les honneurs, accompagnées d'un cortège en armes, d'une fanfare et de trois coups de canon. Il n'en fut rien. Comme le glissait la journaliste Farida Roustamova, le président russe aurait pu retirer, en secret, son titre à celui qui était devenu un traître après sa mutinerie du 24 juin.   Cette issue vite expédiée ne surprend pas les connaisseurs du système russe.  « Le régime prend ses distances, cela confirme que Prigojine n'était pas vu comme un homme d'État , analyse la fondatrice du cabinet R.Politik, Tatiana Stanovaïa. Il était avant tout - et Poutine l'a martelé lors de sa réaction à sa mort - un « businessman » , quelqu'un qui agissait pour ses intérêts privés, pas ceux de l'État. L'idée de Wagner avait simplement été acceptée, non pas imaginée, par Poutine. »Peu importe que la société paramilitaire créée en 2014 ait concrètement aidé les opérations russes en Ukraine. À la télévision, meilleur baromètre de la ligne décidée au Kremlin, le rôle en Ukraine et l'héritage de Prigojine sont depuis quelque temps dévalorisés, dénigrés. Sa rébellion avortée est passée par là. Dans les rues de Moscou, beaucoup disent avoir perdu de la sympathie pour lui après sa mutinerie, un « coup de couteau » dans le dos du gouvernement.   « Sans théoriser sur qui a décidé de son élimination, pour Vladimir Poutine, qui ne s'y est pas opposé, le sort de Prigojine importait peu , estime Stanovaïa. Le plus important pour lui reste les institutions, l'État. Prigojine était détesté par les élites et les services, qui le voyaient comme une menace à la sécurité nationale. Rappelons qu'un phénomène comme Prigojine est exceptionnel en Russie. Sa fin abrupte faisait peu de doutes. Désormais, tout va rentrer dans l'ordre : Poutine et le Kremlin ont repris le contrôle, ce qui était espéré par les élites. »  « Prigojine ? C'est qui ? » , écrit, un brin désabusé, le commentateur pro-Kremlin Sergueï Markov, qui regrette le traitement réservé à ce « vrai patriote ». À travers la Russie, des mémoriaux de fortune ont essaimé un peu partout à la mémoire du chef et de son soldat numéro un, Dmitri Outkine. « J'aurais tellement aimé qu'ils aillent jusqu'au bout le 24 juin... et qu'ils s'entretuent avec le régime ! », souffle une jeune Moscovite opposée à Poutine et à la guerre en Ukraine.   Cette popularité résiduelle ne semble toutefois pas de nature à déstabiliser l'édifice russe, en amont des présidentielles de mars 2024. Désormais, Wagner devrait rapidement être démantelé. Une issue prévisible, sans doute. Peu avant la mort de Prigojine, le général Younous-bek Yevkourov, l'un des médiateurs face à Prigojine lors de la mutinerie, avait été envoyé en Libye organiser la reprise en main du portefeuille de Wagner sur place.   En guise d'héritage, restent les chaînes Telegram loyales à Prigojine, qui continueront pendant quelques semaines de publier des photos récentes de leur héros défunt, en République centrafricaine ou au Mali.   « Prigojine était détesté par les élites et les services, qui le voyaient comme une menace à la sécurité nationaleTATIANA STANOVAÏA, LA FONDATRICE DU CABINET R.POLITIK </text>
	

	<text titre="Evgueni  Prigojine enterré dans le secret à Saint-Pétersbourg" date="2023 08 31T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="8" jour="31" journal_clean="Le Monde" keywords="evgueni, enterré, militaire, kremlin, prigojine, secret" langue="fr"> Moscou - correspondant - Des internautes facétieux ont nommé cela une « opération funéraire spéciale », en référence à « l’opération militaire spéciale », l’euphémisme employé par le Kremlin pour désigner l’invasion de l’Ukraine. L’enterrement d’Evgueni Prigojine, mardi 29 août à Saint-Pétersbourg, s’est déroulé dans le plus grand secret, et dans des conditions rocambolesques.   Malgré les dizaines de journalistes qui tentaient de localiser la cérémonie aux quatre coins de la ville, rien n’a filtré jusque dans la soirée. C’est finalement le service de presse de l’entreprise Concorde, société mère du groupe de mercenaires Wagner, qui a indiqué sur son site Telegram que ces funérailles s’étaient déroulées plus tôt dans la journée, dans le cimetière de Porokhovskoïe. Ce lieu bucolique, situé dans les faubourgs orientaux de Saint-Pétersbourg, accueille déjà la dépouille du père de M. Prigojine. Son administration a affirmé avoir organisé la cérémonie « selon le souhait de la famille ».
Prudence des autoritésAucune date ni aucun lieu n’avaient été communiqués. Les fonctionnaires pétersbourgeois reconnaissaient eux-mêmes avoir été tenus en dehors du secret. Dans la matinée, le Kremlin avait également prétendu ne pas être au courant de quelconques préparatifs, et assuré que le président russe, Vladimir Poutine, proche de l’homme d’affaires depuis les années 1990, n’avait pas prévu d’être présent.   Selon plusieurs sources citées par des médias indépendants russes, une quarantaine de personnes seulement, parmi les plus proches d’Evgueni Prigojine, tué le 23 août dans le crash non expliqué de son avion, ont assisté à ces funérailles. Les nombreux mercenaires ou ex-combattants du Groupe Wagner qui le souhaitaient n’ont donc pas pu rendre hommage à leur chef, auquel ils vouent, pour certains, une dévotion sans limite. Les images qui commençaient à paraître dans la soirée montraient une tombe des plus simples, surmontée d’une croix de bois (la tradition russe ne prévoit la pose d’une stèle qu’après un an). A ses pieds, un extrait du poème Nature morte, de Joseph Brodski.   Les autorités ont déployé des trésors d’imagination pour tromper journalistes et curieux. Des préparatifs ont ainsi été signalés au cours de la journée dans trois autres cimetières de la ville, dont les accès avaient été restreints. Dans l’un d’eux, le cimetière Serafimovski, où reposent les parents de Vladimir Poutine, un des lieutenants de Prigojine, Valeri Tchekalov, a été enterré mardi. Les dates et lieux des cérémonies prévues pour les huit autres personnes qui étaient à bord de l’avion, dont Dmitri Outkine, fondateur du Groupe Wagner, sont tenues tout aussi secrètes.   Parmi les autres ruses déployées, plusieurs corbillards, apparemment vides, ont sillonné Saint-Pétersbourg, se rendant d’un cimetière à l’autre. Une fausse cérémonie d’adieu a aussi été organisée dans un bâtiment officiel de la ville, bouclée par la police. « Même après sa mort, Prigojine arrive à offrir un tel spectacle, complètement inédit à l’ère Poutine » , relevait l’un de ses proches auprès de la chaîne Telegram VTchK-OGPU, bien introduite auprès de l’état-major de Wagner. Ces péripéties rappellent, de fait, la passion pour la mystification qu’entretenait l’homme de son vivant, en particulier l’utilisation qu’il faisait de faux passeports, de perruques, et de sosies.   Mais au-delà de l’aspect extravagant de cette journée, cet enterrement aux airs d’opération des services spéciaux pose question. Quel ennemi s’agissait-il de tromper ? D’improbables saboteurs pro-ukrainiens ou les sympathisants de Prigojine ? La prudence des autorités rappelle une évidence : les anciens de Wagner, ainsi que tous ceux qui admiraient le chef de guerre et le politique, ont de quoi garder une rancœur à l’égard du pouvoir – ou au moins des questions à lui poser au sujet du crash du 23 août.   C’est aussi, à travers celui des caméras, du regard des Russes que le Kremlin entend se préserver, plutôt que de devoir expliquer pourquoi un « héros de la Russie » est enterré en catimini, presque comme un paria. Evgueni Prigojine avait reçu cette décoration, la plus prestigieuse qui soit, des mains de Vladimir Poutine, en juin 2022.  Anonymat et silence médiatiqueSelon un décret présidentiel, l’enterrement de ses récipiendaires est d’ailleurs parfaitement codifié, avec salve d’honneur, orchestre et escorte militaire. Le « héros » devenu « traître » –selon le mot du président russe, qui lui a pourtant rendu hommage le lendemain de sa mort – n’a eu droit à rien de cela.   En 1934, après avoir été le probable commanditaire du meurtre de Sergueï Kirov, le populaire chef du Parti communiste de Leningrad, Staline lui avait offert des funérailles grandioses. Quatre-vingt-neuf ans plus tard, dans la même ville, celles d’Evgueni Prigojine se sont tenues dans l’anonymat et le silence. Mardi soir, le journal télévisé de la Première chaîne n’y consacrait pas un mot. </text>
	

	<text titre="Le général russe Averianov dans le viseur des services occidentaux" date="2023 08 31T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="jacques follorou" annee="2023" mois="8" jour="31" journal_clean="Le Monde" keywords="l’explosion, chef, occidentaux, poutine, russe, averianov, services, régime, vladimir" langue="fr"> Le régime de Vladimir Poutine se gardera sans doute de lever le voile sur les circonstances exactes de l’explosion, le 23 août, en plein vol, du jet qui a coûté la vie au chef de la milice privée Wagner, Evgueni Prigojine, et à six de ses collaborateurs, près de Moscou. Le secret participe du climat de terreur imposé par le chef de l’Etat russe pour conforter son pouvoir, y compris auprès de son entourage. Néanmoins, depuis la chute de l’avion, les principaux services secrets occidentaux échangent et tentent d’en savoir plus sur le modus operandi.   Selon les éléments transmis par les Américains à leurs alliés européens, l’explosion n’est pas accidentelle. Un constat réalisé, en grande partie, grâce à du renseignement technique faute d’accès aux pièces de l’appareil. Toujours d’après le fruit de la coopération entre agences occidentales, des agents issus du renseignement militaire russe (GRU) auraient pu jouer un rôle dans la préparation de l’opération ciblant Prigojine. Parmi eux, est apparu le nom d’Andreï Averianov, connu de ces mêmes services secrets pour avoir dirigé l’unité 29 155 du GRU, tête de pont de l’ingérence russe en Europe pendant près de dix ans.
Le Monden’a pas pu obtenir de détails sur le niveau d’intervention d’Andreï Averianov. Mais il est d’ores et déjà prouvé que son positionnement, aujourd’hui, au sein du pouvoir poutinien, a été payé de retour pour de précieux services rendus au régime et n’est plus celui qu’on lui connaissait encore en 2020. Fin juillet, à Saint-Pétersbourg, lors d’une rencontre avec une délégation malienne, au cours d’un sommet Russie-Afrique, il figurait au côté de ministres russes et des chefs de conglomérats entourant Vladimir Poutine. Lorsque vint son tour de se présenter, on le voit, devant les caméras, lâcher un laconique « Averianov Andreï, sécurité ».   En réalité, son profil est tout autre. Aujourd’hui général, Andreï Averianov est sorti diplômé, en 1988, de l’Académie militaire de Tachkent, dans ce qui était alors la République soviétique d’Ouzbékistan. Il a effectué une grande partie de sa carrière au sein du GRU qui, selon le renseignement britannique, s’est imposé au sein de la communauté des services secrets russes avec le durcissement de la politique étrangère du pays. Le pouvoir a fait des unités du GRU le fer de lance clandestin de cette stratégie de tension qui n’a cessé de croître depuis l’annexion de la Crimée, en 2014.   Chargée, pendant la guerre froide, de l’entraînement des guérillas communistes en Asie, en Afrique ou en Amérique centrale, l’unité 29 155 a été reconvertie, après la chute du mur de Berlin, en service action de l’armée russe, notamment en Tchétchénie dans les années 1990. En 2012, elle figure parmi les trois unités du GRU récompensées par le ministère russe de la défense pour des « réalisations spéciales dans le cadre de leur mission militaire », termes pudiques qui désignent des actions souterraines souvent sanglantes.   En janvier 2015, Andreï Averianov, déjà à la tête de l’unité, se voit décerner la médaille de « héros de la Russie », la plus haute distinction du pays. Son groupe, choyé par le pouvoir, fonctionne comme une communauté soudée vivant sur elle-même. Une photo oubliée sur les réseaux sociaux, prise en 2017, le montre au mariage de sa fille, en costume gris et nœud papillon. Il pose avec des membres de son unité.  Elimination de personnesHabitué du secret, il sort pourtant de l’ombre malgré lui, à l’instar de son unité, après la tentative d’assassinat manquée, le 4 mars 2018, au Novitchok, un agent neurotoxique, menée dans le sud de l’Angleterre contre Sergueï Skripal, un ex-agent double du GRU. Les Occidentaux ouvrent la chasse aux membres de cette unité et découvrent qu’elle se livre, depuis des années, à l’élimination de personnes ciblées par Moscou, au sabotage et à la subversion politique de gouvernements souverains.   En 2014, elle fait sauter, en République tchèque, deux dépôts de munitions. Le chef du gouvernement tchèque, en 2021, annoncera l’implication « hautement probable »de l’unité d’Averianov. La première explosion, qui a fait deux morts parmi les employés du site, ciblait un entrepôt hébergeant 50 tonnes de munitions. La seconde a détruit près de 100 tonnes de munitions et de matériel qui devaient, en partie, soutenir l’effort de guerre des forces ukrainiennes.   Les services de renseignement de Prague ont pu matérialiser la présence, sur leur sol, au moment de l’explosion, des deux officiers impliqués dans l’affaire Skripal. Trois autres agents, arrivés de Budapest, en Hongrie, et leur chef, Andreï Averianov, spécialement venu de Vienne, en Autriche, auraient participé à cette action. En 2016, l’unité tente d’organiser un coup d’Etat au Montenegro. L’opération avortera.   Comme Le Monde l’avait révélé, Andreï Averianov avait établi une base arrière dans les communes, côté français, jouxtant Genève, en Haute-Savoie et dans l’Ain. C’est d’ici qu’ils ont lancé leurs opérations dans toute l’Europe jusqu’en 2018. « Entre 2014 et 2018, au moins onze officiers de l’unité 29 155 du GRU ont séjourné en France, à proximité de Genève », selon les dires d’un haut cadre du renseignement français. La mise au jour de ses activités et de celles de son unité a mis fin à toute sortie de Russie pour Andreï Averianov. Mais le pouvoir ne sera pas ingrat. S’ouvrent alors, pour lui, les portes d’une autre carrière, dans les premiers cercles du président Poutine et pourquoi pas en Afrique, dans les pas de celui qui était présenté comme son « ennemi intime », Evgueni Prigojine. </text>
	

	<text titre="Evguéni  Prigojine: une vie de cavale passée dans les jets" date="2023 09 01T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="joe parkinson, drew hinshaw, jack gillum et benoit faucon" annee="2023" mois="9" jour="1" journal_clean="L'Opinion" keywords="jet, chef, jets, legacy, prigojine, utilisé, privés, cavale, vie, privé, embraer, assassiner, evguéni" langue="fr"> Longtemps avant que son jet privé ne tombe du ciel, Evguéni Prigojine se doutait qu'il pourrait être utilisé pour l'assassiner.   L'Embraer Legacy 600 était un des nombreux jets privés que le chef de la compagnie de mercenaires Wagner avait équipé de dispositifs de détection de surveillance, de hublots qui changent de teinte électroniquement et de sièges en cuir blancs.
A son bord, M. Prigojine cherchait à échapper à un nombre croissant de sanctions et de listes de personnes recherchées, selon d'anciens officiers de l'armée de l'air, des déserteurs de Wagner, des personnalités du Moyen Orient et d'autres personnes au fait de ses habitudes de voyage.   Ses jets, qui décollaient souvent de l'aéroport militaire moscovite de Tchkalovski ou d'aéroports civils à proximité pour rendre visite à des clients en Syrie, en Libye ou au Sahara, éteignaient régulièrement leurs transpondeurs et disparaissaient des écrans radars. Les équipages, notoirement munis de faux passeports, mettaient la liste des passagers à jour juste avant le décollage puis envoyaient des messages radio aux contrôleurs aériens à mi-parcours pour annoncer de soudains changements de destination.   De sa jeunesse dans les mêmes rues impitoyables de Saint-Pétersbourg que Vladimir Poutine en passant par ses séjours en prison et son rôle en tant qu'entrepreneur de guerre le plus influent de Russie, jusqu'à 'à inalement devenir le seul membre du cercle d'intimes de M. Poutine à oser le mettre au dééi, M. Prigojine aura passé toute sa vie à perfectionner sa capacité à vivre en cavale.   Mais cela n'aura pas suffi à le sauver. Le jet de l'entrepreneur militaire de 62 ans s'est écrasé dans une prairie à une soixantaine de kilomètres de la résidence lacustre de M. Poutine le 23 août dernier, causant la mort de tous ses passagers.   Les responsables américains estiment que c'est un assassinat. Le gouvernement russe dit enquêter sur les causes de l'accident mais n'a pas fourni d'explication. Il a détruit le site au bulldozer malgré les normes de sécurité internationales qui prévoient sa préservation.   Dans les années qui ont précédé le crash, M. Prigojine et son équipe avaient mis en place des mesures sophistiquées pour dissimuler ses plans de vol, mesurant à quel point il était facile pour un fugitif international de circuler en jet privé en passant par des dizaines d'aéroports internationaux sans être détecté.   Pour retracer les itinéraires de M. Prigojine, The Wall Street Journal a étudié les plans de vol fournis par Flightradar24, un service de traçage de vols, depuis au moins 2020.   Les Etats-Unis, qui, à l'image de quelque trente autres pays, ont sanctionné le chef de guerre et ses entreprises ces dernières années, avaient offert une récompense de 10 millions de dollars pour sa capture et s'appuyaient sur des partenaires africains comme le Niger pour empêcher son avion d'atterrir ou d'être ravitaillé s'il traversait le Sahara.   Le département du Trésor avait interdit aux entreprises et aux citoyens américains de ravitailler ou d'avoir le moindre contact avec ses avions et ses yachts depuis que ses usines à trolls des réseaux sociaux avaient débité des milliers de faux comptes pour répandre des fausses informations avant l'élection présidentielle de 2016. En avril, un avion de reconnaissance militaire américain semble avoir suivi un des avions de transport de Wagner à un peu plus d'une centaine de kilomètres de la côte de la Syrie et du Liban, selon les données de vol d'ADSB Exchange, autre service de suivi de vols.   Le pilier de sa flotte, l'Embraer Legacy 600, qui valait une dizaine de millions de dollars, avait plusieurs fois changé d'immatriculation et de nationalité depuis qu'une entreprise basée aux Seychelles et liée à M. Prigojine l'avait acheté en2018 à une société immatriculée au paradis fiscal britannique de l'Île de Man, selon des documents que The WSJ a pu consulter.   M. Prigojine jonglait parfois entre deux ou trois différents jets pour un seul trajet vers les pays africains où Wagner avait des contrats de protection de dirigeants et de juntes militaires. Avant l'atterrissage, il demandait à son équipage quelle serait la proximité du personnel au sol lors de son interaction avec l'aéronef.   Il n'était pas rare qu'il organise des réunions déguisé, ou dans son jet, sur le tarmac, au cas où il serait obligé de décoller en urgence pour ne pas être capturé. En octobre dernier, M. Prigojine avait atterri dans une base aérienne de l'est de la Libye pour rencontrer le chef de milice libyen Khalifa Haftar, revêtu d'un uniforme militaire et lunettes noires sur le nez, affublé d'une fausse barbe fournie et flanqué d'une escorte de sécurité. Gleb Irissov, ancien officier des forces aériennes russes, affirme qu'il croisait souvent M. Prigojine à la base aérienne de Tchkalovski sur le point d'embarquer pour des vols en direction de l'Afrique et entouré de gardes du corps.   M. Prigojine avait renforcé ses mesures de sécurité depuis sa tentative de mutinerie avortée en juin dernier, lorsqu'il avait menacé de marcher sur Moscou avec son armée de mercenaires. Pour les vols intérieurs il avait arrêté de partir de la base aérienne de Moscou ou d'autres pistes de décollage militaires russes et avait également cessé d'emprunter les avions du ministère de la Défense civile et de la gestion des situations d'urgence, selon des sources proches.   Sa dernière tournée africaine, en août, était partie d'un paisible aéroport commercial à une trentaine de kilomètres au sud-est de la capitale, et il avait été ajouté à la liste de passagers juste avant le décollage.   « Quelques graves erreurs » La presse russe, contrôlée par l'Etat, n'en finit pas de spéculer sur les causes du crash qui a également causé la mort de Dmitry Outkine, le numéro deux de Wagner, et d'autres associés.   Dans un discours à la nation, après l'explosion, M. Poutine a qualifié M. Prigojine de vieil ami des années 1990 qui avait « commis quelques graves erreurs dans sa vie ». Les chaînes de réseaux sociaux considérées comme proches du FSB, le service de renseignements russe, suggèrent que les protocoles de sécurité de M. Prigojine s'étaient relâchés dans les mois qui ont précédé l'accident. D'autres citent les témoignages non-vérifiés d'équipages évoquant des réparations inhabituelles ayant précédé le vol final ou la visite de deux hommes affirmant être de potentiels acheteurs du jet, quelques heures avant le crash.   « M. Prigojine voyage beaucoup, donc c'est là que vous avez une chance » de le tuer, avait dit Dan Hoffman, ancien chef d'agence de la CIA à Moscou. Il avait comparé la relation de MM. Prigojine et Poutine à une scène du film Le Parrain où Michael Corleone annonce au traître Carlo Rizzi qu'il sera exilé à Las Vegas quelques minutes avant de le faire assassiner.   M. Prigojine figurait autrefois parmi les quelques fidèles loyaux du cercle de jusqu'auboutistes qui ne cessait de se resserrer autour de l'autocrate. Mais après la mutinerie ratée, les relations Poutine-Prigojine étaient devenues plus troubles. Lors d'une prise de parole plusieurs jours plus tard, Poutine avait révélé que son gouvernement avait financé la plus grande part des frais de fonctionnement de Wagner, après avoir nié pendant des années tout financement par son gouvernement.   Le dirigeant autoritaire de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, prétend avoir dissuadé M. Poutine de mener à bien son projet d'exécuter M. Prigojine. Wagner avait été invité à é à iler en Biélorussie et M. Prigojine avait atterri dans un aéroport proche de Minsk dans son Embraer Legacy 600 pendant que le pays installait 300 tentes pour accueillir ses combattants. Le 1er août, cette ville de tente s'était mise à disparaître des images satellites, apparemment démantelée par les autorités.   Après cela, M. Prigojine avait réapparu dans des vidéos et par le biais de messages audio où il promettait d'étendre l'empreinte de Wagner en Afrique. Il avait proposé des mercenaires au régime militaire qui a pris le pouvoir au Niger en juillet dernier.   Quelques jours avant sa mort, il avait utilisé un Ilioucchine Il-76 de conception soviétique pour se rendre de République centrafricaine au Mali, où il avait pris la pose avec un fusil de tireur d'élite et quatre chargeurs attachés à un gilet pare-balles et promis de « rendre la Russie encore plus grande... et l'Afrique encore plus libre ». En chemin, il avait évité l'espace aérien du Nigéria dont le gouvernement a été déstabilisé par le soutien apporté par la Russie aux gouvernements militaires d'Afrique de l'Ouest.   Des vols incessants Le jet qui s'est écrasé était présent à des moments charnière de l'expansion internationale de Wagner.   Au Soudan, quelques jours après que les manifestations de 2019 ont renversé le dictateur Omar el-Béchir, il avait atterri à Khartoum avec à son bord de hauts gradés militaires russes, affirment des responsables soudanais.   Cette délégation, dont faisait partie Igor Ossipov, commandant de la flotte russe de la mer Noire, avait rencontré la junte militaire au pouvoir pour discuter de la manière dont les services d'assistance privés russes pouvaient leur venir en aide face à des manifestations qui prenaient de l'ampleur dans tout le pays.   Une semaine plus tard, le jet avait refait le même chemin depuis Moscou avec à son bord de hauts responsables soudanais dont le lieutenant général Mohamed Hamdan Dagalo, commandant des Forces de soutien rapide (FSR), groupe paramilitaire à la lugubre notoriété et accusé de crimes de guerre dans la province agitée du Darfour. Le commandant, connu sous le mononyme Hemedti, était devenu le partenaire privilégié de M. Prigojine au Soudan et le fournissait en or extrait des mines que le groupe paramilitaire pouvait étendre et sécuriser grâce à des armes et à des équipements fournis par Wagner.   M. Prigojine avait participé à plusieurs réunions décisives à Khartoum à cette époque, mais il voyageait souvent sous pseudonyme, selon des responsables soudanais qui l'ont vu au palais républicain et ont été mis au courant de ces rencontres.   L'Embraer Legacy 600 commençait à attirer l'attention des journalistes russes et du bureau de contrôle des actifs étrangers du département du Trésor américain, qui avait ajouté le jet et Autolex, son propriétaire enregistré aux Seychelles, à la liste des sanctions en septembre 2019.   Peu de temps après, M. Prigojine l'avait désimmatriculé puis immatriculé de nouveau auprès d'une entreprise de Saint Pétersbourg, Trans Logistik.   Voyageant désormais sous l'immatriculation RA-02795, le jet fut utilisé en juin 2021 pour transporter des dirigeants de République centrafricaine au départ de Saint Pétersbourg, où ils avaient assisté au forum économique international, afin de les ramener à Bangui, leur capitale.   Les responsables américains, qui avaient commencé à suivre l'avion, avaient demandé à leurs alliés africains de le surveiller et d'appliquer les sanctions. Le gouvernement du Niger avait accepté d'interdire son espace aérien aux avions de M. Prigojine, ce qui mettait en péril sa capacité à survoler le vaste désert du Sahara.   Quelques jours après sa mutinerie de juin, M. Prigojine était de retour dans l'Embraer   Legacy 600 et faisait la navette entre une base militaire aérienne en Biélorussie, Moscou et Saint Pétersbourg. Fin juillet, il s'était rendu à Saint Pétersbourg pour essayer de nouer des contacts à la marge d'un sommet organisé par M. Poutine entre la Russie et l'Afrique et auquel il n'était pas autorisé à assister officiellement.   De retour en Russie après sa dernière expédition en Afrique, il avait de nouveau embarqué dans son Embraer Legacy 600 à Moscou, direction Saint-Pétersbourg, le 23 août.   L'avion a disparu des sites internet de suivi des vols. Des responsables américains qui ont cherché les traces d'un missile sol-air n'en ont trouvé aucune et ont conclu que l'explosion avait été provoquée par une forme de sabotage, une bombe introduite à bord, par exemple. Flightradar24 a reporté que l'avion de M. Prigojine avait rapidement chuté d'une altitude de 8500 mètres environ avant de cesser de transmettre.   Mardi dernier, le chef de guerre a été enterré dans le cadre d'un service funéraire bref et avec peu de participants dans le cimetière de sa ville de Porokhovskoïe.   Dans une vidéo non-datée qui circule sur les réseaux sociaux russes depuis quelques jours, on voit M. Prigojine parler de façon prémonitoire pour décrire ce qu'il pensait des événements qui se déroulent actuellement en Russie.   « Vous pouvez me tuer, mais je ne mentirai pas », dit-il. « Je dois être honnête: la Russie est au bord de la catastrophe. Si les rouages ne sont pas réparés dès aujourd'hui, l'avion va exploser en vol. » Joe Parkinson, Drew Hinshaw, Jack Gillum et Benoit Faucon Nicholas Bariyo et Kate Vtorygina ontcontribué à cet article (Traduit à partir de la version originale enanglais par Bérengère Viennot)   Evguéni Prigojine jonglait parfois entre deux ou trois diférents jets pour un seul trajet vers les pays africains où Wagner avait des contrats de protection de dirigeants et de juntes militaires </text>
	

	<text titre="L'après-Prigojine et l'héritage de Wagner" date="2023 09 01T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24034" auteur="pierre de gasquet" annee="2023" mois="9" jour="1" journal_clean="Les Echos" keywords="jet, poutine, héritage, wagner, penser, prigojine" langue="fr"> « Je parie qu'il a dû penser à Poutine. » Boris Johnson est l'un des rares à avoir imaginé les pensées d'Evgueni Prigojine au cours des trente secondes de dégringolade de son jet privé. « Je ne peux pas penser à un autre exemple de sauvagerie ostentatoire et décomplexée de la part d'un leader mondial dans l'histoire moderne », ajoute l'ancien Premier ministre britannique dans le « Daily Mail ». Anatomie d'une chute sans procès.
Au lendemain de la disparition de Prigojine, la question de l'avenir de la nébuleuse Wagner reste entière. Rebaptisée ou non, remaniée et remise au pas, il y a fort à parier qu'elle survivra sous une forme ou sous une autre à l'élimination de ses fondateurs. Pis : elle pourrait même renforcer son influence en Afrique. C'est en tout cas la thèse de l'ambitieuse enquête - fondée sur les travaux du collectif All Eyes On Wagner (1)﻿ - que s'apprêtent à publier les journalistes d'investigation Lou Osborn et Dimitri Zufferey aux Editions du Faubourg.  « Wagner est mort, vive Wagner », comme le pense la politologue Anna Colin Lebedev, spécialiste des sociétés postsoviétiques ? Officiellement, les compagnies militaires privées restent illégales en droit russe. Mais une nouvelle loi, adoptée par le Parlement après le putsch raté de juin, encourage la création d'armées semi-privées régionales sous la houlette des gouverneurs de régions (2). Et les milices semi-privées (Redut, Convoy, Patriot, Enot…) n'ont cessé de prospérer. Le nom d'Andreï Trochev, alias Sedoï (« cheveux gris »), fidèle de Poutine qui aurait alerté le régime du projet de mutinerie fin juin, serait déjà avancé pour la succession de Prigojine à la tête de Wagner (le nom du général Andreï Averyanov circule également). Mais pour Lou Osborn et Dimitri Zufferey, le système Wagner reste avant tout un puissant outil d'influence, conçu par le Kremlin, en vue de renforcer sa politique extérieure.  Punir Wagner sans dilapider l'héritageSi la structure de gouvernance pilotée par Prigojine et son bras droit Dmitri Outkine, lui aussi disparu dans l'explosion du jet Embraer Legacy 600, le 23 août, aura du mal à prospérer, il reste un précieux héritage de savoir-faire et de techniques à préserver. Depuis la mutinerie ratée des 23 et 24 juin, le service de renseignement de l'armée russe (GRU) semble avoir déjà commencé à récupérer les missions de Wagner pour les redistribuer à la milice Convoy de Sergueï Aksionov, l'homme fort de Moscou en Crimée, et à Redut, la milice semi-privée associée à l'invasion de l'Ukraine dès son lancement, en février 2022.   Fondé sur les travaux du collectif All Eyes On Wagner et les méthodes de recherche en sources ouvertes d'Open Source Intelligence (Osint), l'impressionnant travail de reconstruction de Lou Osborne et de Dimitri Zufferey démarre par la sidérante galerie des figures mythiques qui ont contribué au phénomène Wagner : depuis le sinistre Andreï Trochev déjà cité jusqu'à Konstantin Pikalov, le patron de la nouvelle milice Convoy présente en Ukraine. Mais son principal mérite est surtout de disséquer et d'analyser les techniques d'influence du groupe Wagner, dont le Kremlin aura nié l'existence jusqu'à l'été 2022 - huit ans après sa création effective - en vertu du principe du fameux « démenti plausible ».  De la ferme à trolls au CentrafriqueIl faudra même attendre juin 2023 pour que Vladimir Poutine reconnaisse la supercherie de l'autonomie fictive de Wagner en révélant lui-même les milliards de financement public dont a bénéficié l'empire de Prigojine. Le défi qui attend désormais le Kremlin est de « punir Wagner [c'est désormais chose faite] sans désespérer les tranchées ni effacer d'un revers de manche une décennie d'influence en Afrique», résume le président de Reporters sans frontières, Pierre Haski, dans sa préface au livre de Lou Osborn et Dimitri Zufferey.   Historiquement, l'aura du « cuisinier de Poutine » reste en grande partie liée à la création de la première « ferme à trolls », l'Internet Research Agency (IRA), l'agence de propagande très active dans l'élection américaine de 2016. Mais l'IRA a largement fait école en Afrique en fournissant logiciels et technologies aux régimes locaux. Une des forces du groupe Wagner est aujourd'hui de disposer d'un puissant réseau d'influence et de propagande sur le continent africain auquel le Kremlin n'est pas près de renoncer. La Russie n'est-elle pas devenue le premier fournisseur d'armes de l'Afrique en multipliant les accords bilatéraux, comme avec le Cameroun en avril 2022 ? Partout où Wagner a pris racine. Syrie, Libye, République centrafricaine (RCA), Mozambique et Mali… le « modus operandi » a fonctionné : le Kremlin a fait miroiter une promesse de protection et de libération de l'influence occidentale en échange d'un accès aux richesses naturelles.   Outre le Mali, Wagner est également très actif au Burkina Faso, au Tchad et au Soudan. Toujours la même tactique : profiter de l'instabilité locale pour étendre son emprise sur les milieux politiques et économiques. En Centrafrique, les auteurs retracent ainsi la rapidité avec laquelle le pays est devenu le laboratoire de l'entrisme russe en quelques années, sur fond d'instabilité chronique, à la faveur du retrait français. Et comment Wagner a phagocyté l'exploitation des diamants ou du bois tropical à travers les sociétés Diamville ou Bois Rouge.   Au Mali, l'un des premiers pays à avoir misé sur Wagner pour assurer sa sécurité, les dessins animés anti-français (financés par les sociétés de prospection minière du groupe russe) font fureur depuis plusieurs années. Solidement installé au Soudan et en Centrafrique, Wagner rêve encore de pousser ses pions en République démocratique du Congo (RDC) et de faire trembler le « verrou tchadien ». L'administration Biden redoute que le système Wagner profite encore du coup d'Etat au Niger. Il est trop tôt pour mesurer l'impact de la reprise en mains de la nébuleuse. Mais nul doute que le Kremlin ne bradera pas le précieux héritage du « traître à la nation ».   (1) « Wagner, enquête au coeur du système Prigojine », de Lou Osborn et Dimitri Zufferey. Editions du Faubourg, 356 pages, 22 euros. A paraître le 15 septembre.(2) Entretien au Figaro.fr du 25 août 2023. Pierre de Gasquet </text>
	

	<text titre="Chez Poutine, l'obsession du passé nourrit la régression russe" date="2023 09 01T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24580" auteur="mandeville, laure" annee="2023" mois="9" jour="1" journal_clean="Le Figaro" keywords="russe, prigojine" langue="fr"> IL Y A quelques jours, juste après la mort spectaculaire d'Evgueni Prigojine et de ses principaux lieutenants dans un « accident d'avion » qui porte la marque d'une exécution politique, des bulldozers ont pénétré dans le cimetière municipal de Samara, sur la Volga, y rasant toutes les tombes des soldats de l'armée privée de Wagner. Tout a disparu, les croix, les guirlandes de fleurs, les hommages, a constaté un témoin effaré sur les réseaux sociaux. Comme si ces morts n'avaient jamais existé. Après avoir décoré de l'ordre de héros de la Russie plusieurs commandants de Wagner, Vladimir Poutine cherche désormais à effacer la trace du prix que les hommes de Prigojine ont payé sur l'autel de la guerre d'Ukraine. C'est l'autocratie poussée à son paroxysme. La réalité n'est que ce que veut le chef. 
L'épisode, d'une grande brutalité, rappelle ce qui arrivait aux dirigeants soviétiques tombés en disgrâce. D'un jour à l'autre, leurs images étaient effacées des photos officielles. Il n'y avait « rien de plus imprévisible que le passé » ,selon la formule de George Orwell.   Vladimir Poutine ressuscite cette tradition. On l'a vu avec son discours fleuve prononcé à l'été 2021, dans lequel il s'improvisait historien en chef pour expliquer que l'Ukraine n'existait pas. On le voit dans la manière dont les historiens officiels russes remettent en cause la responsabilité de Moscou dans le massacre d'officiers et d'intellectuels polonais, abattus par le NKVD à Katyn en 1940, responsabilité que Poutine avait pourtant acceptée.   Continuité avec Ivan le Terrible   Mais, depuis l'invasion de la Géorgie, puis de l'Ukraine, Poutine ne se contente pas de réécrire le passé. Il y entraîne son pays et ses voisins à coups de canon, en tentant de reconstituer l'URSS, bref, de rejouer les événements de 1989-1991 à son avantage. Il rejoue aussi 1945, en faisant croire à son pays qu'il va « répéter la Victoire » sur l'Allemagne nazie, en soumettant « les ukronazis ».   Dans ce retour au passé, pas de place désormais, pour « la Russie européenne » de l'époque post-Pierre le Grand, malgré l'importance que Poutine dit accorder au tsar qui ouvrit « une fenêtre sur l'Europe ». « Cette fenêtre est refermée, des barreaux ont été posés dessus » ,a noté récemment Dmitri Mouratov, Prix Nobel de la paix 2021. « La Russie vers laquelle se tourne Poutine est à la fois bolchevique et antérieure à Pierre » ,note un observateur, évoquant « la continuité avec Ivan le Terrible et son armée d'Opritchniki » ,milice de zélotes qui lui était acquise corps et âme. « Cette Russie a la haine de l'Occident et de l'Europe » ,dit-il, notant que « Poutine veut maintenir son peuple dans le passé, car dans le futur il n'est plus rien, car il n'a rien à proposer d'autre que l'Empire et l'arbitraire, aucun projet ».Seul un examen sincère des crimes du passé soviétique, tâche herculéenne qu'avait entreprise l'organisation Memorial avant d'être dissoute fin 2021, pourra permettre à la Russie de sortir des mythes et mensonges qui ont « enfoui la mémoire de la nation dans une zone de silence » ,rappelle le journaliste Étienne Bouche (1). C'est sans doute même à cette seule condition qu'elle pourra envisager un avenir.   (1) « Memorial face à l'oppression russe » , Plein Jour, 2023. </text>
	

	<text titre="Les événements d'août 2023" date="2023 09 01T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24034" auteur="marion moulin" annee="2023" mois="9" jour="1" journal_clean="Les Echos" keywords="âge, aide, décret, euros, décès" langue="fr"> FRANCE  03/08 0 Un décret prévoit le déblocage d'une aide forfaitaire de 10.000 euros pour les buralistes touchés par les émeutes.  05/08 0 Décès à l'âge de 94 ans d'Hélène Carrère d'Encausse, première femme élue à la tête de l'Académie française (1).
09/08 0 Parution au « Journal officiel » d'un décret autorisant les pharmaciens à prescrire et à administrer la totalité des vaccins.  10/08 0 Fin de la campagne de déclaration des biens immobiliers au terme de plusieurs reports et de vives critiques.  11/08 0 Le Conseil d'Etat suspend la dissolution des Soulèvements de la Terre.  14/08 0 Mort de Louis Mexandeau, ministre des PTT de 1981 à 1986, à l'âge de 92 ans.  15/08 0 Parution du classement de Shanghai : 27 universités françaises figurent dans le Top 500.  17/08 0 Publication d'un décret permettant le transfert dans une autre école d'un élève responsable de harcèlement scolaire, évitant d'imposer ce changement à celui qui en est victime.  18/08 0 Décès du général Georgelin, responsable de la restauration de Notre-Dame, à 74 ans.  20/08 0Décès de l'économiste Daniel Cohen, professeur à l'Ecole normale supérieure et à l'Ecole d'économie de Paris, à l'âge de 70 ans.   MONDE  01/08 0 Six jours après le coup d'Etat au Niger, la France lance une opération d'évacuation de ses ressortissants et des Européens.  04/08 0 L'Ethiopie déclare « l'état d'urgence » après des affrontements armés en région Amhara dans le nord du pays.   Levées des barrières douanières chinoises sur les céréales australiennes imposées depuis 2020.   L'opposant russe Alexeï Navalny est condamné à 19 ans de prison supplémentaires.   L'agence de notation Scope Ratings remonte la note de la Grèce en catégorie investissement, une première depuis 2010.  05/08 0 L'ex-Premier ministre pakistanais Imran Khan est condamné à trois ans de prison pour corruption.  06/08 0 Le projet de nouvelle Constitution qui devrait permettre au président de la Centrafrique, Faustin-Archange Touadéra de briguer un nouveau mandat en 2025 est approuvé à 95,27 % par référendum.  07/08 0 Le roi Norodom Sihamoni « nomme le Dr Hun Manet Premier ministre du royaume du Cambodge pour le 7e mandat du Parlement ».Hun Manet succède à son père Hun Sen, qui a dirigé le pays pendant 38 ans.  08/08 0 Le gouvernement italien annonce une taxe sur les surprofits générés pour les banques par la hausse des taux d'intérêt.   Les pays sud-américains décident lors du sommet de l'Amazonie de former une « alliance » contre la déforestation, mais sans fixer d'objectif concret.  09/08 0 L'Allemagne alloue 57,6 milliards d'euros au fonds pour le climat et la transformation (KTF) en 2024.   Le gouvernement polonais dépose de nouveaux recours contre des législations environnementales devant la Cour de justice de l'UE.  10/08 0 Milojko Spajic, chef d'un nouveau parti pro-européen du Monténégro, est désigné par le président pour former le nouveau gouvernement, deux mois après les législatives anticipées.   L'Ukraine ouvre des corridors temporaires sur la mer Noire pour la circulation des cargos céréaliers.   Joe Biden déclare l'état de catastrophe à Hawaï et débloque l'aide fédérale après des violents incendies qui ont fait au moins 101 morts sur l'île de Maui.  11/08 0 Le Brésil dévoile un programme de grands travaux de 45 milliards d'euros en quatre ans.  15/08 0 Un incendie hors de contrôle sur l'île de Tenerife oblige à l'évacuation de nombreux habitants et touristes (2).  16/08 0 Le Conseil d'Etat des Pays-Bas donne son feu vert à un mégaprojet controversé de stockage de CO2 en mer du Nord.   L'OMC retoque la Chine sur les droits de douane anti-américains de 2018.  17/08 0 Menacés par un immense feu de forêt, les 20.000 habitants de la ville canadienne de Yellowknife reçoivent un ordre d'évacuation.   Les Etats-Unis rouvrent un bureau d'immigration à Cuba.   En Espagne, la candidate du Parti socialiste Francina Armengol est élue présidente du Parlement.  18/08 0 Joe Biden formalise à Camp David une entente sécuritaire avec le président de la Corée du Sud et le Premier ministre japonais.   La justice russe dissout le Centre Sakharov, acteur historique des droits humains.  20/08 0Après le feu vert américain, les Pays-Bas et le Danemark officialisent leur décision de transférer des avions de combat F-16 néerlandais et danois à l'armée ukrainienne.  22/08 0 Frans Timmermans, vice-président exécutif de la Commission européenne, chargé du Pacte vert européen, démissionne pour mener la campagne législative de sa coalition aux Pays-Bas.   L'homme d'affaires Srettha Thavisin est désigné Premier ministre de la Thaïlande.  23/08 0 Deux mois après sa spectaculaire, mais vaine, insurrection, le chef des paramilitaires Wagner Evgueni Prigojine meurt dans le crash de son avion en Russie (3).  24/08 0 Les BRICS, réunis en sommet à Johannesburg, accueillent l'Iran, l'Argentine, l'Egypte, l'Ethiopie, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis dans leurs rangs à compter du 1er janvier 2024.   Donald Trump se livre à la justice dans le comté de Fulton, à Atlanta (Géorgie), cadre de sa quatrième inculpation en quelques mois.  30/08 0 Au Gabon, des militaires putschistes renversent le président réélu Ali Bongo.   ENTREPRISES  01/08 0 Le tarif réglementé de l'électricité augmente de 10 % (4).   Vilmorin quitte la Bourse de Paris après le succès de l'OPA simplifiée lancée par son actionnaire majoritaire Limagrain.   Le ticket de caisse n'est plus automatiquement délivré dans les magasins.   Le groupe de cosmétique Eugène Perma est placé en redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Paris.  02/08 0 Auchan rachète la totalité des activités du groupe Dia au Portugal.  03/08 0 La Commission européenne autorise le gouvernement français à subventionner à hauteur de 1,5 milliard d'euros le taïwanais ProLogium pour la construction de sa gigafactory de batteries solides.  08/08 0 Le premier vol d'Ariane 6 est officiellement reporté à 2024.  09/08 0Le constructeur automobile chinois BYD sort de ses usines sa cinq millionième voiture.  10/08 0L'autorité de sûreté nucléaire publie un avis positif pour prolonger de dix ans la durée d'exploitation du réacteur numéro 1 de la centrale nucléaire de Tricastin (Drôme).   La chaîne britannique d'articles ménagers à prix réduits Wilko dépose le bilan.   Le groupe Tapestry acquiert Capri et de ses marques Michael Kors, Versace et Jimmy Choo pour 8,5 milliards de dollars.   Le géant danois du service aux entreprises ISS met en vente l'essentiel de ses activités en France.   La Californie autorise les voitures autonomes à circuler à toute heure du jour et de la nuit à San Francisco.  11/08 0 Les Etats-Unis annoncent investir 1,2 milliard de dollars dans deux projets géants de captage de CO2.   L'opérateur canadien Telesat change de maître d'oeuvre pour sa future constellation de satellites et écarte Thales Alenia Space au profit de MDA.  14/08 0 Exor, le holding de la famille Agnelli, prend 15 % du capital du groupe d'équipement médical néerlandais Philips.   L'aciériste américain US Steel rejette une offre non sollicitée de 7,3 milliards de dollars de son concurrent Cleveland-Cliffs.   PayPal nomme Alex Chriss au poste de directeur général en remplacement de Dan Schulman.  16/08 0 Cathy Collart-Geiger quitte la présidence de Picard, un mois après avoir abandonné la direction générale.  17/08 0 Le géant immobilier chinois Evergrande se déclare en faillite aux Etats-Unis.   BAE Systems s'offre Ball Aerospace pour 5,55 milliards de dollars.  22/08 0 Northvolt annonce une nouvelle levée de 1,2 milliard de dollars auprès de fonds anglo-saxons comme BlackRock.   Getir, société de livraison à domicile turque, licencie 10 % de ses effectifs dans le monde.   Le Falcon 6X, dernier-né de la famille des jets d'affaires de Dassault Aviation, obtient la certification EASA.  23/08 0 L'Inde réussit un atterrissage en douceur sur la Lune avec sa sonde Chandrayaan-3.  24/08 0Le Japon démarre le rejet dans l'océan Pacifique de l'eau accumulée sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima, accidentée en 2011.  29/08 0Au Japon, une panne informatique met la quasi-totalité des usines Toyota à l'arrêt.   HIGH-TECH   &amp; MEDIAS  01/08 0 La Chine restreint l'exportation de deux métaux essentiels à la fabrication des semi-conducteurs et dont elle contrôle la production.   Fin de la grève au « JDD », après cinq semaines sans parution de l'hebdomadaire (5).  02/08 0 Atos entre en négociations exclusives avec le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky pour lui céder ses activités déficitaires d'infogérance pour une somme symbolique.   La Chine publie des règles pour limiter l'exposition des plus jeunes aux écrans.  03/08 0 L'AFP assigne Twitter en justice en vertu du droit voisin de la presse.  06/08 0 Greta Gerwig devient la première femme à avoir réalisé un long-métrage dépassant le milliard de dollars de recettes avec « Barbie ».  07/08 0 Le fondeur de puces chinois Hua Hong lève près de 3 milliards de dollars lors de son entrée en Bourse à Shanghai.   L'éditeur américain Simon &amp; Schuster est racheté par le fonds KKR pour 1,62 milliard de dollars.  08/08 0 Démarrage de l'offre publique d'achat sur Toshiba, pour 12,8 milliards d'euros, menée par le fonds Japan Industrial Partners.   Patrick Drahi change de stratégie et annonce faire du désendettement d'Altice sa « seule priorité ».   TSMC confirme la construction d'une usine pour 3,5 milliards d'euros dans la Silicon Saxony, en ex-Allemagne de l'Est.   Canal+ acquiert les droits de diffusion du Championnat de football d'Arabie saoudite, la Saudi Pro League.  09/08 0 Face à la baisse des revenus liés aux chaînes de télévision et aux pertes du streaming, Disney augmente les prix sur ses plateformes.  10/08 0 Les actionnaires du développeur et éditeur finlandais de jeux vidéo Rovio donnent leur feu vert à l'offre de rachat du concurrent japonais Sega.   Signature d'un protocole d'accord entre le ministère de l'Economie italien et le fonds KKR pour le rachat du réseau fixe de Telecom Italia.  14/08 0 La radio britannique BBC vend ses célèbres studios Maida Vale aux producteurs britanniques Tim Bevan et Eric Fellner ainsi qu'au compositeur Hans Zimmer.  21/08 0 Broadcom obtient l'aval des autorités de la concurrence au Royaume-Uni pour le rachat de l'éditeur de logiciels de cloud VMware.   Fermeture officielle de Skyblog, plateforme française de blogs lancée en 2002 par la radio musicale Skyrock.  21/08 0 Ubisoft rachète les droits mondiaux du catalogue d'Activision en cloud gaming.   Meta lance un nouvel outil de traduction, SeamlessM4T, utilisant l'intelligence artificielle.  24/08 0 La start-up franco-américaine Hugging Face, qui propose une plateforme collaborative de modèles d'intelligence artificielle en open source, lève 235 millions de dollars.  25/08 0 Entrée en application du règlement sur les services numériques, ou Digital Service Act (DSA).  28/08 0 Le gouvernement italien approuve un décret-loi permettant à l'Etat de prendre jusqu'à 20 % des parts dans le capital du réseau fixe de TIM.   FINANCE   &amp; MARCHES  01/08 0 Le fonds d'investissement HLD annonce le rachat du courtier en assurance Vilavi.   L'agence de notation Fitch abaisse d'un cran la note de crédit des Etats-Unis, à AA +.  02/08 0 Le patron de La Banque Postale, Philippe Heim, quitte le groupe.  03/08 0 Après la Fed et la BCE, la Banque d'Angleterre à son tour annonce un relèvement de son taux directeur à 5,25 %.  04/08 0 L'agence S&amp;P Global Ratings abandonne les indicateurs ESG dans ses rapports de crédit.  06/08 0 Le Fonds public d'investissement d'Arabie saoudite annonce la création de SRJ Sports Investments qui « vise à accélérer la croissance du secteur sportif en Arabie saoudite et dans la région ».07/08 0 PayPal lance sa crypto, le PYUSD, une stablecoin adossée au dollar.  08/08 0 BNP Paribas et Société Générale sont sanctionnés à hauteur de 110 millions de dollars par la SEC et la CFTC aux Etats-Unis pour avoir laissé leurs salariés échanger sur des messageries cryptées.  09/08 0 La plateforme d'échange de cryptomonnaies Coinbase lance sa propre blockchain, Base.  10/08 0 La Russie stoppe ses achats de devises étrangères pour être moins sujette à « la volatilité des marchés financiers ».   Le Trésor américain avec le Canada et le Royaume-Uni imposent des sanctions économiques pour corruption à l'encontre de Riad Salamé, l'ancien gouverneur de la Banque du Liban.  11/08 0 Le géant bancaire suisse UBS renonce à la garantie de 9 milliards de francs suisses accordée par les autorités pour le rachat de Credit Suisse.   Sam Bankman-Fried, jusque-là assigné à résidence en l'attente de son procès, est envoyé en prison pour avoir transmis des documents à la presse (6).  15/08 0La Banque centrale russe relève son taux directeur de 8,5 à 12 % pour lutter contre la chute du rouble.  17/08 0 Le titre Adyen NV cède plus de 20 %, après que l'entreprise néerlandaise de paiement en ligne a fait état d'un bénéfice décevant pour le premier semestre.   La Banque de Norvège relève son taux directeur de 0,25 point, à 4,0 %.   La banque centrale chinoise annonce de nouvelles mesures pour protéger sa monnaie.   Les rendements des obligations à dix ans du Trésor américain touchent 4,329 %, au plus haut depuis 2007.   Le bitcoin plonge de près de 10 % en cinq minutes, un krach éclair qui coûte 70 milliards de dollars à l'ensemble du marché.  21/08 0 Vlad Kliatchko devient le nouveau CEO de Bloomberg LP.  24/08 0 Après l'échec de l'offre de Liontrust, le gérant suisse GAM entame des discussions avec le consortium d'investisseurs NewGAMe SA, mené par le milliardaire français Xavier Niel.  27/08 0 Démission surprise de Fiona Hicks, patronne du groupe minier Fortescue.  29/08 0 Le suédois Trustly rachète la fintech française SlimPay.   Page réalisée par le service Documentation des « Echos ». </text>
	

	<text titre="Quelles pistes pour expliquer le crash de l'avion d'Evgueni  Prigojine ?" date="2023 09 01T00:00:00" journal="Libération" auteur="Unknown" annee="2023" mois="9" jour="1" journal_clean="Libération" langue="en">  </text>
	

	<text titre="Moscou enterre Outkine, fondateur de Wagner, avec les honneurs" date="2023 09 02T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="9" jour="2" journal_clean="Le Monde" keywords="evgueni, enterré, moscou, honneurs, wagner, prigojine, proches, outkine, patron" langue="fr"> Moscou - correspondant - Comme pour son patron, Evgueni Prigojine, c’est « à la demande de ses proches » que Dmitri Outkine a été enterré dans l’intimité. L’homme qui a donné son nom de guerre, « Wagner », au groupe de mercenaires du même nom, a été inhumé près de Moscou, jeudi 31 août.   Mais à la différence de Prigojine, inhumé dans le secret et l’anonymat d’un cimetière de Saint-Pétersbourg, Outkine, 53 ans, a été enterré dans le « panthéon des défenseurs de la patrie », à Mytichtchi, un immense complexe ouvert en 2013 et destiné à devenir le plus grand cimetière militaire de Russie. Cet admirateur du III Reich, connu pour ses tatouages nazis, repose donc auprès de mémoriaux aux morts de la seconde guerre mondiale.
Le très discret mercenaire a bel et bien commencé sa carrière dans l’armée, atteignant le grade de lieutenant-colonel du GRU, le renseignement militaire. Il a ensuite rejoint, en 2013, le Corps slave, embryon de compagnie militaire privée active en Syrie, avant de fonder son propre groupe, Wagner, dont il transférera plus tard le contrôle à Prigojine.   Jusqu’à sa mort le 23 août, dans le même crash d’avion que son patron, Outkine continuait de diriger les opérations militaires de Wagner. « Héros de la Russie » comme son patron, il s’était vu distinguer six fois de l’ordre du Courage, ce qui constituerait un record. Selon les agences russes, il aurait été enterré « avec les honneurs militaires ».  Une autonomie inégaléePeut-être faut-il voir dans la différence de traitement entre Prigojine et Outkine la suite logique des mots prononcés par le président russe, Vladimir Poutine, au lendemain du crash. Le président avait alors évoqué les collaborateurs de la société Wagner, que « nous n’oublierons jamais », et relégué Evgueni Prigojine, pourtant un proche depuis les années 1990, au rang de simple « businessman talentueux ».   En enterrant les dernières victimes du crash, le pouvoir russe entend en tout cas refermer une page – celle de la mutinerie des 23 et 24 juin et, plus généralement, celle de l’existence de Wagner, une société de mercenaires à l’autonomie inégalée. Jeudi, l’agence Bloomberg estimait que les dernières activités de Wagner, celles que le groupe conduit en Afrique, passaient progressivement sous le contrôle de l’armée.   Un autre événement, survenu également jeudi, montre toutefois que les conséquences politiques de la mutinerie sont plus difficiles à effacer. Depuis la prison où il est détenu avant d’être jugé pour « extrémisme », Igor Strelkov, ancien du FSB, le service de sécurité russe, et ex-chef militaire des séparatistes du Donbass, a dit son intention de se présenter à l’élection présidentielle de mars 2024.   En substance, Igor Guirkine, de son vrai nom, reproche à Vladimir Poutine sa mollesse dans la conduite de la guerre et ses liens avec « des milliardaires et autres businessmen à qui il ne peut rien refuser ».   Certes, cette déclaration de candidature est toute théorique, et les chances que le Kremlin laisse Strelkov troubler le jeu électoral sont proches de zéro. Certes, aussi, l’homme n’était pas un proche de Prigojine, avec qui il avait pris ses distances durant le putsch, mais son positionnement est proche et les critiques qu’il émet depuis le lancement de l’invasion de l’Ukraine sont largement partagées dans la frange radicale et ultranationaliste de l’opinion.   Jeudi également, un autre blogueur dit « militaire » a été arrêté à Moscou. Andreï Kourchine, qui a également combattu au côté des séparatistes du Donbass, ne ménageait pas ses critiques envers l’armée. Il pourrait être inculpé selon les lois de censure militaire pour « discréditation de l’armée » ou « diffusion de fausses nouvelles ». D’autres blogueurs « Z », c’est-à-dire ultranationalistes, disaient craindre une vague d’arrestations plus large. </text>
	

	<text titre="Depuis la semaine dernière" date="2023 09 02T00:00:00" journal="La Croix, no. 42708" auteur="pages réalisées par louis faurent et capucine taconet" annee="2023" mois="9" jour="2" journal_clean="La Croix" keywords="août, entrées, anatomie, palme, mercredi, dernière" langue="fr"> CINEMA Succès public pour la Palme d'or   Mercredi 23 août. Anatomie d'une chute, récompensé en mai dernier à Cannes, a réalisé un excellent démarrage avec plus de 55 000 entrées dès son premier jour d'exploitation. Il faut remonter à 2008 pour retrouver un tel score pour une Palme d'or. Entre les murs, de Laurent Cantet, avait alors attiré 59 000 spectateurs. S'il poursuit sa lancée, le quatrième long métrage de Justine Triet pourrait même franchir le million d'entrées. Loin d'être un banal film de procès, Anatomie d'une chute plonge dans la vie de Sandra, écrivaine à succès accusée d'avoir tué son mari, et dissèque la lente décomposition d'un couple.
----   INTERNET L'Europe durcit ses règles   Vendredi 25 août. Après le Règlement général sur la protection des données (RGPD) en 2016, l'Union européenne renforce l'encadrement des plateformes en ligne. Le Digital Services Act (DSA) veut mettre fin aux publicités ciblées pour les mineurs, obliger un signalement facile des contenus illicites et une plus grande transparence des algorithmes envers les utilisateurs. 17 plateformes et 2 moteurs de recherche sont pour le moment concernés, parmi lesquels Google, Amazon, Twitter (devenu X), Facebook et Tik Tok. La menace d'amendes record a d'ailleurs forcé ces deux derniers à changer leurs algorithmes pour les utilisateurs européens.   ----   SPORT Jours tristes pour le sport français   Dimanche 27 août. Grâce à la médaille d'argent des relayeurs du 4 x 400 m, la France ne revient pas bredouille des Mondiaux d'athlétisme de Budapest. Mais cette bonne performance ne fait pas oublier un bilan plus que mitigé. Les cadres de la Fédération française d'athlétisme ont même été reçus mardi au ministère des Sports pour s'expliquer, à onze mois des Jeux olympiques.   Et ce n'est pas la performance des basketteurs, en Indonésie, qui remontera le moral du sport tricolore. Deux défaites contre le Canada et la Lettonie, dès la phase de poules, les ont condamnés à quitter la Coupe du monde, alors qu'ils visaient une place sur le podium.   ----   IMPÔTS Borne rassure les patrons   Lundi 28 août. Le Medef profite de sa Rencontre des entrepreneurs de France (REF) à l'hippodrome ParisLongchamp, pour faire part de ses inquiétudes en matière d'impôts. En effet, l'annonce par le ministre de l'économie Bruno Le Maire du report de la suppression totale de la contribution sur la valeur ajoutée (CVAE), prévue cette année, tend le patronat, et leur syndicat se mobilise pour que cette CVAE soit abandonnée au plus vite. Aussi, lors de son intervention à la REF, la première ministre a tenté de les rassurer à propos d'éventuelles autres mesures contraignantes. « Il n'y aura pas de hausses d'impôts », a promis Élisabeth Borne.   ----   RUSSIE Prigojine enterré en privé   Mardi 29 août. Six jours après le crash de son jet privé en Russie, le chef de la milice Wagner, Evgueni Prigojine, a été enterré. Vladimir Poutine ne s'est pas rendu à la cérémonie d'adieu, qui s'est tenue en privé à Saint-Pétersbourg. Si l'enquête menée par la Russie n'a pas rendu de conclusions sur l'origine du crash, les Occidentaux et l'Ukraine soupçonnent toujours Moscou d'assassinat. Le Kremlin considérait Prigojine comme « un traître » depuis sa tentative de rébellion contre l'état-major russe en juin. Ce dernier continue cependant de réfuter les allégations d'assassinat, les qualifiant de « mensonge absolu ».   ----   GABON Des militaires tentent d'évincer Ali Bongo   Mercredi 30 août. Un mois après le coup d'État au Niger, le Gabon se trouve à son tour déstabilisé. L'annonce des résultats officiels de l'élection présidentielle du 26 août dernier a été perturbée par une prise de parole télévisée de militaires. Parmi les soldats présents, certains font notamment partie de la garde présidentielle. Dans la matinée, ils ont affirmé maintenir l'ancien président Ali Bongo en « résidence surveillée ». Au pouvoir depuis quatorze ans, fils d'Omar Bongo, à la tête du pays de 1967 à 2009, Ali Bongo a toujours fait l'objet de fortes critiques pour son pouvoir autoritaire.   ----   LE PORTRAIT Trump face à la justice   Donald Trump s'est rendu le 24 août aux autorités de l'État américain de Géorgie, qui l'ont inculpé pour sa tentative d'interférer dans le résultat de l'élection présidentielle de 2020. Libéré le soir même grâce au paiement d'une caution de 200 000 dollars, l'ex-président n'a pas échappé à la photo d'identité judiciaire. Un mugshot historique, puisque c'est la première fois qu'un ancien président des États-Unis se fait ainsi tirer le portrait. Mais en roi de la communication, il parvient tout de même à profiter de l'événement. En quelques jours, ses équipes ont collecté plus de 7 millions de dollars, fruits de la vente d'objets à l'effigie du portrait. Donald Trump a, par ailleurs, appris la date d'un procès pour les mêmes faits, mais dans une autre juridiction. Il sera jugé à partir du 4 mars 2024 par un tribunal fédéral de Washington.   ----   LE SLOGAN #SeAcabo   Depuis le baiser forcé du président de la Fédération de football sur la joueuse Jenni Hermoso, la polémique enfle en Espagne. Pour les supporteurs, après la joie suite au titre remporté par leur équipe à la Coupe du monde, l'heure est à la colère. « C'est fini » assènent-ils, réclamant la démission de Luis Rubiales, ainsi que des changements structurels dans le sport féminin.   ----   1990   Soit le nombre d'enfants sans solution d'hébergement à la veille de la rentrée, selon le baromètre annuel de l'Unicef et de la Fédération des acteurs de la solidarité. Un chiffre en augmentation de 20 % par rapport à l'année dernière.   ----   LA CITATION « La doctrine de l'Église n'est pas monolithique » Pape François   Le pape a exposé sa vision de l'avenir dans la revue jésuite La Civiltà Cattolica , alors que doit s'ouvrir, le 4 octobre à Rome, le Synode sur la synodalité, où il sera question du futur de l'Église catholique. </text>
	

	<text titre="Yuri Felshtinsky « Rien ne changera en Russie tant que les services de sécurité n’auront pas été démantelés »" date="2023 09 04T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="propos recueillis parmarie jégo propos recueillis parmarie jégo" annee="2023" mois="9" jour="4" journal_clean="Le Monde" keywords="n’auront_pas_été_démantelés, changera, felshtinsky, services, démantelés, n’auront, yuri, sécurité, russie" langue="fr"> Yuri Felshtinsky est un historien russo-américain, spécialiste de l’Union soviétique et de la Russie. Avec Vladimir Popov, ex-lieutenant-colonel du KGB et opposant en exil, il est notamment l’auteur de De la Terreur rouge à l’Etat terroriste(Cerf, 528 pages, 22,90 euros).  Votre livre raconte comment, en URSS puis en Russie, les « hommes en épaulettes », issus des services de sécurité, ont toujours cherché à prendre le pouvoir et y sont parvenus. Ce système tentaculaire est-il viable, même après un éventuel départ de Vladimir Poutine ?
Nous sommes face à une institution, la sécurité d’Etat, qui, depuis sa création, en 1918, s’est toujours positionnée pour prendre le contrôle du pays. Elle est arrivée à ses fins en 2000, quand Vladimir Poutine est devenu président. Ce fonctionnement ne changera pas. Quand Poutine partira, ce qui arrivera tôt ou tard, je ne pense pas que les services de sécurité [FSB] passeront le flambeau à un acteur indépendant, à une autre structure.   Le contrôle du FSB sur le processus électoral a été renforcé, puisqu’il gère entièrement le système informatique de comptage des voix. Récemment, la pratique du vote électronique a été autorisée par la loi. Dans un pays aussi vaste, où les électeurs ont parfois des problèmes pour se déplacer jusqu’aux bureaux de vote, on pourrait penser que c’est un progrès. En réalité, cela va permettre au FSB de manipuler les résultats, donc de choisir le prochain président. J’ignore quel sera leur choix, mais il y a peu de chances que l’on passe de la dictature à une démocratie, comme en Espagne après Franco [en 1975]. On peut s’attendre à ce que les services restent fidèles à la tradition et optent pour un ancien directeur du FSB. De fait, il n’existe ni loi, ni règle ou tradition permettant d’engager une procédure de destitution du chef de l’Etat. Il faut qu’il démissionne, comme Mikhaïl Gorbatchev en décembre 1991, puis Boris Eltsine en décembre 1999.  L’opposant emprisonné Alexeï Navalnya reproché à l’ancien président Boris Elstine d’avoir laissé « entrer le loup dans la bergerie », en désignant M. Poutine comme son successeur, en 1999. Dans votre livre, vous soutenez que, à l’époque, la sécurité d’Etat tirait déjà toutes les ficelles. Qui a raison ?Sur ce point, je suis en désaccord avec Alexeï Navalny, un politicien courageux que je respecte. Longtemps, le FSB a cherché à prendre le pouvoir. Chaque fois qu’une tentative échouait, une nouvelle était mise en place. Lors du putsch raté d’août 1991, les conjurés – parmi eux, une branche du KGB – ont échoué, mais une autre équipe a aussitôt été préparée pour prendre la suite. C’est ainsi qu’aux premières heures de la révolution démocratique en Russie, des officiers de l’ex-KGB se sont positionnés autour des dirigeants en vue. Alexandre Korjakov, un ex-général du KGB, était garde du corps et conseiller de l’ombre de Boris Eltsine, tandis que Vladimir Poutine, ancien officier de l’organisation, a été placé aux côtés d’Anatoli Sobtchak, alors maire de Saint-Pétersbourg et « démocrate numéro deux » du pays.   En fait, la démocratie avait peu de chances de se développer en Russie. M. Elstine n’était pas un démocrate, il venait du Parti communiste. Et les services contrôlaient absolument tout. Le KGB est la seule institution qui a survécu à l’éclatement de l’URSS. Elle est tentaculaire et secrète. Pour commencer, ses membres ne prennent jamais leur retraite : après leurs années de service, ils rejoignent la réserve active, conçue pour infiltrer la société civile. L’organisation les utilise de la même façon qu’elle envoie des espions à l’étranger, sous couverture. Cette pratique a été introduite par Iouri Andropov [directeur du KGB de 1967 à 1982] : des centaines de milliers d’agents ont été introduits dans les banques, les maisons d’édition, les entreprises commerciales, les médias, les associations. Personne n’est censé savoir qu’ils appartiennent aux services. Souvent leurs collègues s’en doutent, mais ils ne peuvent pas révéler leurs noms ; c’est un secret d’Etat, puni par la loi. Quand Poutine est arrivé au Kremlin, tout était déjà en place. C’est ainsi qu’il a pu stabiliser son pouvoir, contrôler l’opposition, les partis politiques, la Douma… largement infiltrés.  Qui est derrière la promotion de M. Poutine, en 1999 ? Eltsine et les oligarques, ou un noyau de décideurs au sein des services ?A l’époque, il fallait trouver un successeur à Eltsine. Trois personnes étaient en lice. D’abord l’ancien maître espion Evgueni Primakov, puis l’ancien chef du FSB (1994-1995) Sergueï Stepachine, et enfin Vladimir Poutine, ex-lieutenant-colonel du KGB introduit au Kremlin en 1996. La corporation était donc gagnante à tous les coups. Eltsine ne s’est pas entendu avec Primakov ; Stepachine ne lui inspirait pas confiance. Il ne voulait qu’une chose, la garantie que lui et sa famille ne seraient pas emprisonnés par le nouveau président, pour corruption ou autre. D’ailleurs, le premier décret signé par Poutine est celui qui accorde l’immunité à Eltsine et à sa famille.   Bien sûr, chacun des candidats avait le soutien financier et médiatique d’un ou de plusieurs oligarques. Primakov était soutenu par l’homme d’affaires Vladimir Goussinski, lui-même contrôlé par Filipp Bobkov, ancien adjoint d’Andropov. Poutine était poussé par la fille du président, Tatiana Eltsina, son gendre Valentin Ioumachev, le chef de l’administration présidentielle, Alexandre Volochine, et aussi par les oligarques Roman Abramovitch et Boris Berezovski. Ce dernier croyait pouvoir contrôler Poutine. Quand je lui disais que choisir un ancien du KGB pour diriger le pays était stupide, il me répondait : « Nous avons l’argent, nous allons l’acheter. »   J’ai eu des conversations similaires avec plusieurs oligarques à ce sujet, je leur expliquais que leurs entreprises étaient infiltrées par le FSB. Ils m’assuraient que non, que ces personnes cherchaient simplement à gagner de l’argent, qu’ils les contrôlaient. A mon avis, il est impossible de s’entendre avec les services. Rien ne changera en Russie tant qu’ils n’auront pas été démantelés. Il aurait fallu le faire après la chute de l’URSS, en 1991. Avoir raté cette occasion est une lourde faute.  D’où l’engouement des services pour le poison vient-il ?C’est une tradition. Le poison n’est pas détectable à 100 % et ses effets peuvent être lents, ce qui laisse le temps au tueur de s’échapper. C’est ce qui s’est passé dans le cas d’Alexandre Litvinenko [ex-agent du FSB devenu un ardent critique du Kremlin, décédé à Londres, en 2006, d’un empoisonnement au polonium] : ses assassins, Andreï Lougovoï et Dmitri Kovtoun [deux anciens du KGB], ont eu le temps de rentrer en Russie. Même chose pour les auteurs de la tentative d’empoisonnement sur l’ex-agent [du GRU, renseignement militaire] Sergueï Skripal et sa fille [à Salisbury, en 2018], laquelle a été organisée par le GRU.   Vous affirmez que le FSB était derrière la mutinerie organisée, les 23 et 24 juin, par Evgueni Prigojine, le chef du Groupe Wagner. Pourquoi les services internesde sécurité se seraient-ils opposés à Poutine ? Les services créent des systèmes parallèles, non ouvertement liés à l’Etat. Le FSB a fait cela avec le groupe paramilitaire Wagner, soi-disant privé. Outre l’altercation entre Evgueni Prigojine et Sergueï Choïgou, le ministre de la défense, il y avait aussi une mésentente entre Poutine et le FSB qui constatait qu’après un an et demi de guerre rien ne se passait comme prévu. Lorsque l’invasion a été déclenchée, le FSB était, bien sûr, au côté de Poutine. La décision a été prise par cinq personnes : Vladimir Poutine, Nikolaï Patrouchev [haut dirigeant du KGB-FSB, actuellement chef du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie], Alexandre Bortnikov [directeur du FSB], Sergueï Choïgou, Valeri Guerassimov [chef d’état-major]. Les deux derniers sont des militaires, ils exécutent les ordres de Poutine. La décision reposait, en fait, sur trois hommes issus du FSB.   Aujourd’hui, ces personnes sont en désaccord, on ne sait pas précisément sur quoi. Je pense que certains dirigeants du FSB n’apprécient guère le recours à la menace nucléaire, ils trouvent que c’est suicidaire, contre-productif, horrible. Sinon, on sait avec certitude que Poutine a essayé de soustraire Wagner au contrôle du FSB, en l’obligeant à passer sous l’autorité du ministère de la défense. La dimension financière n’est pas à négliger. Le groupe de Prigojine est doté d’un énorme budget. Après la mutinerie, Poutine lui-même a révélé que l’Etat le finançait.  Lorsque Poutine décide d’envahir l’Ukraine, il pense qu’une partie de la société ukrainienne va accueillir son armée à bras ouverts. C’est ce que ses agents en Ukraine lui ont raconté ; ils se sont trompés. Le régime russe n’exagère-t-il pas ses capacités de manipulation et de chantage ?La Russie se berce d’illusions, l’illusion du « monde russe » [Rousski Mir , un concept remis au goût du jour par le Kremlin] , l’illusion d’être une grande nation destinée à gouverner l’Ukraine, la Biélorussie, la Moldavie. Quand, en juillet 2021, Poutine publie son article sur l’Ukraine, un Etat qui, selon lui, n’existe pas, il le croit vraiment. Il est même parvenu à persuader la population que ses problèmes lui sont causés par le monde extérieur, lequel empêche la Russie d’exister en tant qu’empire. Les Russes sont nombreux à se penser supérieurs. Pour eux, un Tchétchène ou un Ukrainien n’est pas égal à un Russe. Le plus souvent, ils justifient cette supériorité par l’existence de la culture russe, Pouchkine, Lermontov, Tolstoï, etc. Or Pouchkine et Lermontov ont été harcelés par la police du tsar, Dostoïevski a été condamné au bagne, Mandelstam est mort d’épuisement au goulag, le mari de la poétesse Anna Akhmatova a été fusillé, son fils a été envoyé en prison, Soljenitsyne a connu le goulag, et tant d’autres encore ! La vérité, c’est que la culture russe existe en dépit de tout ce que fait l’Etat pour l’annihiler. Mais les Russes n’en tiennent pas compte, c’est bien le problème. </text>
	

	<text titre="La fausse conclusion d'une victoire de Poutine" date="2023 09 04T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="eric le boucher" annee="2023" mois="9" jour="4" journal_clean="L'Opinion" keywords="contre-offensive, poutine, russe, victoire, économie, impression, prigojine" langue="fr"> L'impression d'échec de la contre-offensive ukrainienne, la victoire contre la rébellion Prigojine ou encore la relative résistance de l'économie russe face aux sanctions, laisse monter une interrogation angoissée dans les pays occidentaux: et si Poutine finissait par parvenir à ses fins? Annexer une grande partie sud-est de l'Ukraine? Épuiser le soutien de l'Ouest à Kiev par la montée de l'indifférence dans les opinions publiques, voire par une inversion des amitiés si Donald Trump était réélu? Un cessez-le-feu, officiel ou pas, donnerait-il à Vladimir Poutine une « victoire » aux yeux des populations russes, mais aussi ailleurs dans l'ensemble du monde émergent? Aurait-il le temps de panser ses plaies et de préparer la suite de son Plan de reconstruction historique de la puissance de la Grande Russie? Cette aigre impression gagne en Europe et surtout aux Etats-Unis où le Pentagone n'a pas caché ses critiques contre la stratégie de l'état-major ukrainien. Comme l'a montré une fuite des services secrets dans le Washington Post début août, ainsi qu'une enquête du Wall Street Journal reprise par l'Opinion, Washington ne comprend pas l'offensive tous azimuts de Kiev et son refus de suivre la préconisation américaine d'une attaque massive ciblée dite « interarmes » sur un point du front sud. L'US-Army a formé des bataillons entiers de soldats ukrainiens (y compris en Allemagne!) pour réaliser cette percée qui offrirait, une fois réussie, le moyen de prendre les défenses russes à revers. Au lieu de ça, l'armée ukrainienne essaie de gagner partout des petits espaces, kilomètre par kilomètre, en avançant beaucoup d'arguments contre la stratégie américaine. Le premier de ces arguments est de dire qu'une attaque interarmes nécessite une suprématie aérienne que les Ukrainiens n'ont pas faute d'avoir reçu les F16 promis. Le deuxième est de dire que cette guerre est longue, mais qu'il reste du temps: au sud, la pluie de l'automne sur le terrain en « arénosol » (qui sèche très vite) ne bloquera pas les blindés. Le troisième est de plaider que la contre-offensive fonctionne mieux qu'il n'y paraît, en particulier vers Donetsk, au beau milieu du front. L'état-major de Zelenski a expliqué qu'il préparait la suite de sa contre-offensive en affaiblissant le système russe de défense par un déminage, à la main et de nuit, et par des bombardements ciblés des entrepôts d'armes grâce aux missiles occidentaux à longue portée (Financial Times du 3 septembre). Patience, cette stratégie paiera.
Pièges. Le débat de stratégie militaire se poursuit, mais il semble que le Pentagone se soit finalement rallié, du moins en partie, aux arguments ukrainiens et que « la confiance » soit rétablie. En clair, Vladimir Poutine n'est pas le gagnant qu'on croit en regardant la guerre de trop loin et trop vite. L'épisode Prigojine a également montré, même s'il s'est achevé en apparence en faveur du maitre du Kremlin, l'incroyable fragilité de l'armée russe, de son commandement et de sa stratégie. Poutine a fait creuser des tranchées et a mis en place sur l'ensemble du front un complexe système de défense, mais la vérité globale est qu'en 18 mois, Kiev, aidé par 110 milliards de dollars d'armes occidentales, a rétabli le rapport des forces. Dire que Poutine sort vainqueur de sa guerre est trop vite parler, c'est tomber dans un des « pièges » que le président russe installe systématiquement depuis son arrivée au pouvoir en 1999.   Le piège général est d'empêcher toute réaction des Etats-Unis et de l'Europe à   la mise en oeuvre de son Plan de reconstruction de ladite « Grande Russie ». De toutes les façons possibles. Idéologiques en France où une partie de la classe politique est sensible à une certaine lecture historique du « plus grand pays du monde », fondamentalement indulgente avec les tsars. Économique en Allemagne où les intérêts industriels dominent accompagnés d'une forte culpabilité des atrocités hitlériennes. En maitre-espion, complotiste de haut vol, Vladimir Poutine sait en jouer à merveille, pour faire taire les critiques, pour imposer le silence intéressé, pour acheter la neutralité occidentale devant ses reconquêtes en Géorgie, en Crimée puis en Ukraine. La journaliste Marion van Renterghem nous raconte de façon haletante et incroyablement informée, directement auprès de tous les responsables, comment le gazoduc Nord Stream était l'outil de ce « piège parfait », comment il a failli se refermer sur nous jusqu'à ce qu'un ancien acteur de série TV nommé Volodymyr Zelenski fasse tout capoter (*).   Propagande. Nord Stream 1 et 2 sont les gazoducs posés au fond de la mer Baltique pour relier directement les gisements russes à l'Allemagne. Cette voie directe permet d'atteindre le consommateur allemand sans passer, comme les tuyaux précédents, sur le sol des pays de l'Est entre les deux: Biélorussie, Ukraine, Pologne, Slovaquie. Poutine contourne leur consentement et leur prélèvement en droit de passage et en gaz. Surtout, il peut délivrer du gaz en Europe de l'Ouest même s'il envahit l'Ukraine. Le gouvernement de Kiev ne pourra plus couper le gaz pour affoler les populations allemandes et françaises et les appeler au secours. Nord Stream 1, mis en service en 2011 et son doublement engagé en 2018 sont des noeuds coulants autour du cou germanique, ils vont faire passer la dépendance de l'Allemagne au gaz russe à plus de 60% au moment où celle-ci abandonne le nucléaire.   Marion van Renterghem nous raconte comment Vladimir Poutine a convaincu ou « acheté » Gerhard Schröder, entré chez Gazprom quelques jours après avoir été battu aux élections, François Fillon ou nombre de dignitaires allemands, comme le vice-chancelier Frank-Walter Steinmeier. Elle détaille ce mélange de corruption, d'une morale de l'économie (le commerce apporte la paix) et de diplomatie (les liens historiques très étroits entre les Russes et les Allemands) pour nous dire l'étrange facilité avec laquelle la propagande poutinienne entre dans les esprits, encore et toujours. En dépit des échecs lamentables du président russe sur tous les plans depuis près de vingt-cinq ans, économique comme militaire, son discours sur la grande Russie passe et revient au-devant en permanence. Aujourd'hui, à nouveau à cause des difficultés de Kiev. Nous retomberions dans le piège et devrions admettre que la démocratie est battue. Le livre de Marion van Renterghem est salutaire: c'est faux.   * Le piège Nord Stream. Editions Les Arènes   « L'état-major de Zelenski a expliqué qu'il préparait la suite de sa contre-offensive en affaiblissant le système russe de défense par un déminage, à la main et de nuit, et par des bombardements ciblés des entrepôts d'armes grâce aux missiles occidentaux à longue portée » « En dépit des échecs lamentables du président russe sur tous les plans depuis près de vingtcinq ans, économique comme militaire, son discours sur la grande Russie passe et revient au-devant en permanence » </text>
	

	<text titre="« La “Françafrique” est morte depuis longtemps »" date="2023 09 05T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="propos recueillis par élise barthet et philippe ricard" annee="2023" mois="9" jour="5" journal_clean="Le Monde" keywords="niger, gabon, coups, ministre, morte, d’etat" langue="fr"> Catherine Colonna est ministre de l’Europe et des affaires étrangères depuis mai 2022. Elle défend les positions de Paris face aux coups d’Etat survenus au Niger et au Gabon cet été, souvent au détriment des intérêts français, et invite à la patience au sujet de la contre-offensive ukrainienne contre la Russie.  La France n’est-elle pas dans une impasse au Niger ?La politique de la France est simple. D’une part, nous condamnons toute prise de pouvoir par des putschistes, qui plus est dans un pays comme le Niger, où les institutions démocratiques fonctionnaient. D’autre part, nous appuyons les efforts des pays de la région pour parvenir à un retour à l’ordre constitutionnel. Les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ont formulé un certain nombre de demandes et décidé de sanctions économiques, financières, de la fermeture des frontières, et d’un recours éventuel à une force régionale si les efforts diplomatiques en cours n’étaient pas couronnés de succès. Les seules autorités du Niger que nous reconnaissons, comme l’ensemble de la communauté internationale, sont le président Mohamed Bazoum et son gouvernement. Notre position n’a rien de singulier de ce point de vue.
N’est-il pas risqué de maintenir coûte que coûte l’ambassadeur français à Niamey ?Il est notre représentant auprès des autorités légitimes du Niger, accrédité comme tel, et nous n’avons pas à nous ranger aux injonctions d’un ministre qui n’a aucune légitimité, ni pour les pays de la sous-région, ni pour l’Union africaine, ni pour les Nations unies, ni pour la France.  Dans un climat de défiance aussi fort, est-il possible de maintenir les troupes françaises, dont la junte réclame le départ ?Il est important de rappeler que ces troupes sont là à la demande des autorités du Niger, pour les appuyer dans la lutte contre les groupes armés terroristes, et pour mener des actions de formation. Aujourd’hui, cette mission ne peut plus être assurée, puisque nous n’avons plus, de facto, d’opérations menées conjointement avec les forces armées nigériennes.  Après le Mali, redoutez-vous l’intrusion au Niger des mercenaires russes de Wagner ?L’auteur principal du coup d’Etat [le général Tiani]semble d’abord avoir agi pour lui-même, et non à l’instigation de Wagner ou de la Russie. Mais que la Russie, là comme ailleurs, y ait vu un gain d’opportunité possible, je crois que c’est assez clair. Je ne suis pas convaincue que tout le monde, dans le pays, dorme avec un drapeau russe flambant neuf sous son oreiller et le sorte à la première occasion. Il y a une tentation populiste de s’en prendre à la France et de vouloir rallier contre elle. C’est le propre du populisme de trouver un bouc émissaire et d’aller agiter ce genre de prêt-à-porter idéologique.   Comment voyez-vous l’évolution de Wagner en Afrique après la mort de son chef, Evgueni Prigojine ? Wagner vient de subir un choc considérable avec la mort de ses fondateurs et de certains de ses cadres. Il est néanmoins trop tôt pour savoir quelles en seront toutes les conséquences.Il est probable que ceux qui avaient eu recours à Wagner s’interrogent aujourd’hui, sur son rôle au sein du système russe – il y a quand même des fragilités dans ce système, c’est le moins qu’on puisse dire – et sur le bilan de Wagner. Ce groupe est d’une inefficacité totale dans la lutte contre le terrorisme et le djihadisme, doublé d’exactions graves, et documentées. Il faut s’attendre à d’autres tentatives de pillage des ressources et de basses œuvres faites pour la Russie, si ce n’est au nom de la Russie.  Il est souvent reproché à la France de tenir un double discours, en condamnant d’un côté les militaires prenant le pouvoir au Mali, au Burkina Faso et au Niger, tout en s’accommodant du pouvoir militaire au Tchad…Ce n’est pas la France qui fait ou défait les élections, choisit les chefs d’Etat africains ou, a fortiori, mène les coups d’Etat. Au Tchad, nous avons pris acte d’une période de transition, et il faudra évidemment que le processus en cours soit respecté intégralement. Au Niger, des militaires s’en sont pris à celui qu’ils étaient censés protéger, un président dont nul ne conteste qu’il a été élu démocratiquement, et s’employait à moderniser son pays sur les plans économique, social et sécuritaire.  La condamnation par la France du coup d’Etat contre Ali Bongo au Gabon semble moins ferme. Vos réactions ne sont-elles pas à géométrie variable ?Au Gabon, le processus électoral suscitait, comme en 2016, un certain nombre de questions. Dans un cas comme dans l’autre, nous agissons avec des principes simples. Le premier est de condamner les coups d’Etat et de trouver une solution démocratique à la crise. Le second, c’est que nous n’avons pas à nous substituer aux organisations régionales, en l’occurrence l’Union africaine et la Ceeac [Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale]. La ligne de la France, c’est d’être à l’écoute des Africains, pas de décider à leur place. La « Françafrique » est morte depuis longtemps.  Faut-il de nouvelles élections, ou simplement recompter les votes du scrutin présidentiel, dans la mesure où le candidat de l’opposition, Albert Ondo Ossa, revendique la victoire ?Ce n’est pas à nous d’être prescriptifs, ni dans ce cas ni dans d’autres. Le processus électoral était imparfait, il n’est pas allé à son terme. Je ne suis pas sûre qu’on sache aujourd’hui quel eût été le bon comptage des voix.  Et, malgré tout, on observe une perte d’influence de la France en Afrique. La coopération n’a-t-elle pas été trop réduite au volet sécuritaire ?Non, nous sommes intervenus chaque fois en appui des demandes de ces pays. La France est en effet un partenaire de sécurité fiable pour ses partenaires. Elle l’a prouvé au Sahel. Quand nous sommes moins présents, l’insécurité augmente : au Mali, les groupes armés terroristes ont doublé la superficie des territoires qu’ils contrôlent. Au Niger, où nous sommes de facto dans l’impossibilité de mener des actions, les attaques ont augmenté de 600 % en un mois. Forcément, ces groupes profitent du désordre.   Ces crises sont troublantes, préoccupantes, parce que cela donne parfois l’impression d’un retour cinquante ans en arrière. Mais il ne faut pas voir nos relations avec le continent africain sous ce seul prisme. Méfions-nous de l’effet loupe : ce n’est pas parce qu’il y a 3 000 ou 5 000 personnes qui manifestent dans un stade à Niamey, dont une partie est payée, que cela résume nos relations avec 1,5 milliard d’Africains. L’Afrique n’est pas que le Sahel. Nos relations se développent avec des Etats dans lesquels nous étions moins présents, comme le Kenya, l’Afrique du Sud, où je suis allée récemment, l’Ethiopie, où je suis allée aussi.   La refondation de nos liens s’est accélérée depuis six ans, et le chemin a été tracé par le président de la République à Ouagadougou. Il faut veiller à nouer des liens avec l’ensemble des sociétés, les oppositions, la jeunesse, les intellectuels, les sportifs, les artistes, au-delà des gouvernants. En six ans, les partenariats ont été développés, on a augmenté de 50 % notre investissement solidaire. Nous sommes aussi disposés à faire, avec les pays avec lesquels nous avons un passé commun, le travail nécessaire, et qui n’était pas venu assez tôt, sur la mémoire, l’histoire commune, ou des restitutions d’œuvres d’art – à commencer par le Rwanda, l’Algérie, le Cameroun et le Bénin.  Il y a une revendication de souveraineté portée par les putschistes qui fait écho à des frustrations profondes exprimées par les populations…La souveraineté, ceux qui l’ont mise sous le boisseau récemment l’ont plutôt fait au profit de la Chine ou de la Russie. Quand on voit, sur certains panneaux brandis dans des manifestations au Niger, « vive l’indépendance, vive la Russie », il y a une contradiction évidente. La dette chinoise, l’armement russe, pour ne pas dire soviétique dans le cas de quelques pays, voilà les instruments de la dépendance.  Sur l’Ukraine, que pensez-vous des propos de Nicolas Sarkozy, qui met en avant sa médiation de 2008 en Géorgie pour appeler Kiev à trouver un compromis avec Moscou, considérant que « tout retour en arrière est illusoire » pour la Crimée, annexée par la Russie ?Je n’ai pas à commenter, dans ma position, les propos d’un ancien président de la République. D’autres l’ont fait. La Crimée est ukrainienne. On ne peut pas imaginer que la France s’écarte du principe d’intangibilité des frontières. Que la Crimée soit occupée par la Russie ne change pas cette réalité. Sur le plan des faits, ce qui s’est passé en 2008 en Géorgie n’a pas empêché la Russie de poursuivre son œuvre impérialiste.  N’est-il pas irréaliste de plaider pour une négociation, en pleine contre-offensive ukrainienne ?Manifestement, le moment n’est pas venu où des négociations de bonne foi pour une paix juste pourraient s’engager. Le seul pays à en parler, c’est l’Ukraine. Il est remarquable qu’elle continue de le faire alors qu’elle est attaquée, envahie, meurtrie, bombardée jour après jour, y compris sur des objectifs civils, dans une guerre lâche. Le président Zelensky a présenté au G20 de Bali, en novembre 2022, un plan en dix points qui fait l’objet de leur part, avec notre accompagnement, d’un gros effort d’explication vis-à-vis des pays émergents, qui ne pensent pas spontanément comme eux. C’est aux Ukrainiens de décider quel sera le moment de négocier, cela va de soi. Du côté russe, nous ne voyons aucun signal d’aucune sorte d’une quelconque volonté d’engager des négociations.  Que pensez-vous des réserves dont il est question aux Etats-Unis sur la conduite de la contre-offensive ?Les Ukrainiens ont toujours dit qu’ils mèneraient leur contre-offensive sur plusieurs mois, et non en quelques jours ou semaines. Ils disent eux-mêmes que les opérations sont difficiles, car les Russes ont mis en place plusieurs lignes de défense, des mines, et contrôlent le ciel. Néanmoins, les Ukrainiens progressent et ont percé à certains endroits. Avant de porter des jugements, il faut se souvenir que ce sont eux qui se battent, et font le sacrifice de leurs vies.  Dmytro Kuleba, votre homologue ukrainien, considère que son pays doit être au cœur de l’ordre de sécurité européen, après le conflit et son entrée dans l’OTAN, plutôt que de rechercher un arrangement avec la Russie. Partagez-vous son avis ?Je comprends que la situation dans laquelle se trouve l’Ukraine la conduise à avoir une vision extrêmement négative de la Russie. Nous, nous avons une vision négative, non pas de la Russie, mais du comportement de la Russie, de l’agression russe, qui doit être défaite, pour l’Ukraine et pour la paix et la sécurité dans le monde. Si cette agression réussit, une autre se produira ailleurs.   Cependant, la Russie existe et continuera d’exister. La réalité, l’histoire, la géographie font que ce pays se trouve en grande partie sur le continent européen. Il faudra bien trouver avec elle le moyen de rebâtir une architecture de sécurité solide prenant en compte les intérêts de stabilité de tous. Ce qui ne veut pas dire faire passer l’Ukraine par pertes et profits ou qu’elle n’entre pas dans l’OTAN. La Russie a rompu ces équilibres. Elle a choisi la guerre alors même qu’un processus diplomatique était en cours. L’Ukraine ne menaçait pas la Russie. Et les nazis n’étaient pas au pouvoir à Kiev.  Où en sont les réflexions françaises au sujet des garanties de sécurité promises à Kiev par les pays du G7 lors du sommet de l’OTAN ? Elles paraissent encore très floues…Pas du tout. Le G7 a été rejoint par vingt pays à ce jour, pour l’essentiel des européens, mais pas seulement. Ce travail est en cours en ce qui nous concerne, avec un premier avant-projet et de premiers échanges. Il est envisagé de proroger à moyen terme l’aide que nous apportons à l’Ukraine, dans les domaines militaire, mais aussi civil et humanitaire. Il s’agit d’aider l’Ukraine dans la durée. C’est aussi un message adressé à la Russie de notre détermination de rester aux côtés de l’Ukraine, pour qu’elle recouvre sa pleine souveraineté, son indépendance et son intégrité territoriale. p </text>
	

	<text titre="Défense: le Burkina Faso en discussion avec la Russie" date="2023 09 06T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="pascal airault @p_airaultt" annee="2023" mois="9" jour="6" journal_clean="L'Opinion" keywords="transition, faso, prigojine, russie, vladimir, burkina" langue="fr"> Les autorités de transition, qui ont contraint les forces spéciales françaises à partir, ont trouvé un partenaire de substitution Page 7   Le cercueil d'Evgueni Prigojine tout juste en terre, Vladimir Poutine n'a pas perdu son temps pour envoyer une délégation au Moyen-Orient et en Afrique. Objectif : rassurer ses partenaires sécuritaires qui sont aussi ceux de Wagner. Il a choisi le vice-ministre de la Défense, Iounous-Bek Evkourov, qui a achevé en fin de semaine dernière une mission le menant en Syrie, en Libye, en Centrafrique, au Mali et au Burkina Faso.
« Le choix du vice-ministre de la Défense ne doit rien au hasard, explique Igor Delanoë, directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe à Moscou. Il est musulman comme la plupart des dirigeants de ces pays et très politique. Il a été président d'Ingouchie, la république membre de la Fédération de Russie. » Iounous-Bek Evkourov était aussi réputé proche des dirigeants de Wagner, particulièrement de feu Dmitri Outkine, l'exnuméro 2 du groupe.   Le 2 septembre, le colonel Evkourov a été reçu par le président de la transition burkinabé, le capitaine Ibrahim Traoré, et son ministre de la Défense, le colonel-major Kassoum Coulibaly. Peu d'informations ont filtré sur cette rencontre. Selon des sources américaines, Victor Boyarkin a aussi été aperçu à Ouagadougou durant cette mission. Cet ancien du renseignement militaire russe (GRU) est proche de l'oligarque russe Oleg Derispaka, président du groupe de production d'aluminium Rusal. Il s'est intéressé récemment aux mines de Guinée. Le Burkina dispose aussi de nombreux sites miniers, notamment d'or. Ce qui rapporte d'importants revenus à l'Etat. De quoi se payer les services de la Russie en matière de sécurité, qu'ils soient publics ou privés.   Pouvoir fragile. « Moscou et Ouagadougou discutent depuis Noël dernier de leur coopération sécuritaire, mais à l'époque le groupe Wagner était très engagé en Ukraine, confie Lou Osborn, membre du collectif All Eyes On Wagner. Cela rendait plus difficile un déploiement au Burkina. Les choses ont évolué. Wagner n'opère plus en territoire ukrainien. L'Etat russe devrait reprendre une partie des activités du groupe et faire appel à d'autres contractants, notamment pour assurer la sécurité privée des pouvoirs en place » Vladimir Poutine a rencontré le capitaine Traoré à plusieurs reprises lors du Forum Russie-Afrique de Saint Peterbourg en juillet dernier. Le jeune capitaine, qui remet au goût du jour les discours du révolutionnaire Thomas Sankara, était en bonne place sur la photo finale. Selon le collectif All Eyes On Wagner, des médias affiliés à Evgeni Prigojine relaient, depuis mars 2022, des narratifs anticolonialistes et pro putschistes.   Loin des seuls approvisionnements de blé, Moscou et Ouagadougou discutent de la mise en place d'un dispositif de sécurité privée autour du président de transition, comme au Mali et en Centrafrique. Le capitaine Traoré, qui a pris le pouvoir en septembre 2022, sait son pouvoir fragile. Certains de ses militants ont campé dans les semaines qui ont suivi le putsch sur son lieu de résidence pour servir de bouclier humain.   Mais le Burkina Faso a surtout besoin d'un appui dans la lutte antiterroriste, particulièrement d'un soutien aérien pour ses opérations terrestres. Le pays ne dispose pour l'instant que d'avions d'observation de type Albatros et hélicos de combat comme les Bell UH-1H fournis par Taïwan avant que le pays ne change d'alliance au profit de la Chine. La fourniture d'équipements et la formation des pilotes burkinabé font l'objet de discussions en cours avec la Russie. « On a discuté de la formation militaire des élèves et officiers de différents niveaux, y compris des pilotes dans notre pays », a confirmé le colonel Evkourov.   Moscou et Ouagadougou discutent de la mise en place d'un dispositif de sécurité privée autour du président de transition </text>
	

	<text titre="Poutine, la vengeance et l'échec de la realpolitik" date="2023 09 07T00:00:00" journal="Libération" auteur="par michaël foessel professeur de philosophie à l'ecole polytechnique" annee="2023" mois="9" jour="7" journal_clean="Libération" keywords="président, signé, russe, ukrainien, indépendantisme, prigogine, raison, cru, realpolitik, désir, vengeance, crime" langue="fr"> Le président russe a cru qu'il pouvait avoir raison de l'indépendantisme ukrainien tout comme signé le crime du mercenaire Prigogine. Sans tenir compte du désir de vengeance de ceux qui préfèrent la mort au renoncement à la liberté.   La fascination qu'exerce Poutine sur bien des esprits a des ressorts multiples, mais tous empruntent peu ou prou à une absence de scrupule assumée jusque dans le langage public. A peine parvenu au pouvoir, il promettait de «buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes» (1999). Depuis lors, on lui prête une franchise qui horrifie ou qui plaît, mais qui semble le distinguer des dirigeants des démocraties habitués à justifier leurs actions par le recours à des valeurs universelles. Pour peu que cette référence aux valeurs apparaisse comme une ruse de communicants (ce qui arrive de manière régulière), et voilà Poutine paré des vertus de la realpolitik. «Lui au moins ne s'encombre pas de grands mots destinés à cacher sa brutalité. Il dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit.» De là à croire que Poutine est plus franc que la plupart de ses homologues, il n'y a qu'un pas.
La manière dont le sort de Prigogine a été réglé a augmenté ce crédit paradoxal. Ce n'est pas que Poutine ait revendiqué de manière transparente l'attentat dont a été victime le chef du groupe Wagner, mais personne n'est dupe puisque rien n'a été fait pour que quiconque le soit. Depuis que Prigogine a, pour des raisons non encore élucidées, défié la toute-puissance du maître du Kremlin, son avenir semblait tout tracé. Des bureaux du Pentagone au café du coin, personne ne se faisait d'illusions : Poutine n'est pas du genre à laisser impunie une humiliation, quand bien même celle-ci ne durerait que quelques heures. Comme Prigogine n'est pas exactement une victime susceptible d'inspirer de la compassion, les hommages à la realpolitik pou- tinienne s'en sont donné à coeur joie. Lorsqu'il a présenté ses «condoléances», le président russe a évoqué un «homme talentueux qui a commis des erreurs». Il n'était pas besoin d'en dire plus, le crime était signé. Sur les réseaux sociaux, les éclats de rire cachaient mal une forme d'admiration. Dans nos démocraties aussi, les gouvernants se vengent et «tuent» leurs adversaires lorsqu'ils ne peuvent les vaincre politiquement. Mais ils le font dans les formes, par la calomnie ou le chantage, rarement à balles réelles. Pour certains, Poutine nous rappelle que la politique est faite de passions vengeresses. Même pour s'en épouvanter, on lui fait crédit de reconnaître qu'on ne gouverne pas les hommes sans machiavélisme.   Machiavel vraiment ? Certes, l'auteur du Prince fait grand cas des moyens de prévenir la trahison et, lorsque c'est nécessaire, d'y répondre.   On peut dire de Poutine qu'il s'y entend pour faire passer le message aux oligarques qui prétendent le défier. Lorsqu'il règle ses comptes à la face du monde, il ne s'encombre pas de principes moraux et privilégie la terreur. Mais il ne suffit pas d'être machiavélique pour être machiavélien. Dans un passage extraordinaire, Machiavel se demande ce qu'un prince doit faire pour imposer sa domination sur un peuple qu'il a envahi et où règne le goût pour la liberté. «Dans une république, il y a plus de vie, une haine plus grande, plus de désir de vengeance: et la mémoire de l'antique liberté ne laisse jamais &quot;ses citoyens&quot; en repos; de sorte que la voie la plus sûre est de les anéantir ou de les habiter.» La solution du problème est machiavélique, c'est à peu près celle que pratique Poutine en Ukraine : détruire un Etat ou un peuple où le goût de la liberté menace toujours la puissance de l'occupant. Mais l'hypothèse de départ est machiavélienne et elle n'a plus rien à voir avec Poutine ni avec son réalisme supposé. L'amour de la liberté augmente le «désir de vengeance» de ceux qui se trouvent envahis. Cette vengeance-là n'est pas celle du dirigeant qui règle ses comptes avec des adversaires qui, au fond, lui ressemblent et sont tout prêts à se soumettre par peur ou par intérêt. Elle est la bonne vengeance des citoyens des républiques, celle d'un peuple qui préfère la mort au renoncement à sa liberté. Cette vengeance-là, le moins que l'on puisse dire est que Poutine l'a sous-estimée. Il a cru qu'il pourrait avoir raison de l'indépendantisme ukrainien comme il a raison de la soif de pouvoir de ses mercenaires: par la puissance nue. Sa prétendue realpolitik a échoué parce qu'il ignore tout de ce que Machiavel a admiré   comme une force très réelle : la grande vie, et par conséquent aussi la grande vengeance, de ceux qui aiment la liberté et que l'on cherche à opprimer. ?   Lorsqu'il a présenté ses «condoléances» [lors de la mort de Prigojine], le président russe a évoqué un «homme talentueux qui a commis des erreurs». Il n'était pas besoin d'en dire plus, le crime était signé. </text>
	

	<text titre="L’Etat russe et l’enfant accusé de terrorisme" date="2023 09 07T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2023" mois="9" jour="7" journal_clean="Le Monde" keywords="kirovsk, russe, chambre, l’enfant, karaté, murs, petite, envoyé, terrorisme" langue="fr"> Otradnoïe, Kirovsk (région de Leningrad) - envoyé spécial - L’enfance est partout sur les murs de la petite chambre. Les coupes remportées lors de compétitions de karaté. Le classeur où l’écolier modèle conservait ses diplômes. Les livres d’école et ceux qui réveillent le souvenir des passions adolescentes – des collections fournies de Dickens et Erich Maria Remarque, des biographies de tsars, des précis d’histoire militaire… Une épée en métal. Le tout premier flacon de parfum, bon marché. Et puis ce manteau de grosse laine soigneusement accroché, de ceux que portent les jeunes étudiants pauvres des romans de Dostoïevski. Son propriétaire a eu à peine le temps de l’utiliser. 
Ses parents ont été avertis de son arrestation le 28 février, tard dans la soirée. On avait signalé un individu suspect aux abords du bureau de recrutement militaire de Kirovsk, à une heure de route de Saint-Pétersbourg. Quelqu’un avait visiblement tenté de mettre le feu au bâtiment : au sol, on avait retrouvé une bouteille brisée et du produit inflammable. Une voiture de police a repéré Egor Balazeïkine, 16 ans. Il attendait sagement le bus pour rentrer chez lui. « C’est toi qui as fait ça ? »« Oui. » Il a expliqué avoir attendu 22 heures, pour être sûr de ne pas faire de victimes. Le cocktail Molotov n’a pas fonctionné, le feu n’a pas pris.   Depuis, l’enfant a été avalé par le centre de détention provisoire pour mineurs de la ville de Saint-Pétersbourg, le numéro 5. C’est là, entre les quatre murs qu’il partage avec trois jeunes accusés de viol, qu’Egor Balazeïkine a commencé sa mue. D’abord , aux yeux des autorités, l’enfant est devenu un « terroriste ». Dès son premier interrogatoire, il n’a pas caché ses motivations : « Je suis opposé à la guerre, je veux que les gens arrêtent d’y mourir », déclare-t-il. Le temps des pancartes et des manifestations pacifiques (elles aussi réprimées) est passé, estime-t-il. Ceux qui refusent l’horreur et l’injustice de la guerre en Ukraine ont raté le coche. Ne reste que le désespoir – et les gestes qui vont avec.   A ce moment, les enquêteurs sont seuls avec lui. Pas de parents, pas d’avocat. La pratique est illégale, mais elle leur permet de faire répéter à Egor les phrases qu’il faut : oui, en agissant de la sorte, il a voulu changer l’ordre constitutionnel de la Fédération de Russie. Ces mots ont permis de requalifier les faits. Plutôt qu’une simple « tentative de nuire à la propriété de l’Etat », Egor Balazeïkine sera jugé pour deux « tentatives d’attentat terroriste ». Deux, car les policiers l’accusent d’une seconde attaque contre un bureau militaire, celle-là à Saint-Pétersbourg même. Pour chacun des dossiers, la loi prévoit une peine minimale de cinq ans.   Egor Balazeïkine, qui a fêté ses 17 ans le 6 août, n’est pas le seul « terroriste » ou « extrémiste » mineur de Russie. Il en existait quelques-uns avant la guerre – comme Nikita Ouvarov, emprisonné à 14 ans pour avoir évoqué l’action de faire sauter, dans un jeu vidéo, la réplique d’un bâtiment du FSB, les services de sécurité. Ces jeunes se comptent aujourd’hui en dizaines, accusés ou condamnés pour avoir incendié des infrastructures ferroviaires ou des bureaux de recrutement militaire. Malgré la surveillance renforcée et des peines exemplaires (le tout premier incendiaire d’un bureau militaire, le 28 février 2022, a été condamné à treize ans de prison), ce mode de protestation n’a pas disparu : les médias indépendants dénombrent cent treize cas depuis le début de la guerre, dont quarante et un ont été ou sont jugés pour des charges relevant du terrorisme.  Machine à broyer les viesC’est la deuxième mue d’Egor Balazeïkine qui est la plus impressionnante. En prison, l’enfant devient un homme. Sa mère ne cesse de s’en étonner. Audience après audience, parloir après parloir, elle le voit grandir, prendre des épaules, gagner en assurance. Quel contraste avec ces photos qui datent de quelques mois avant l’arrestation… Le chétif Egor y porte fièrement son unique costume, par-dessus un gilet suranné. Avec ses cheveux mi-longs et son sourire juvénile, le garçon a le physique du premier de la classe un rien empoté, qui peut heureusement se défendre grâce à sa pratique du karaté. Ces six derniers mois, ses traits se sont affinés, ses yeux se sont assombris… « Il devient un beau jeune homme », sourit Tatiana Balazeïkina, qui en oublie que les bouclettes de son fils ont laissé place au crâne rasé de rigueur derrière les barreaux.   Le « beau jeune homme » sportif n’est pas dans une forme parfaite. A l’âge de 8 ans, une hépatite auto-immune, maladie incurable et grave, s’était déclarée, nécessitant un suivi régulier. En détention, la maladie s’est aggravée, même si elle ne provoque pas encore les mêmes symptômes qu’à l’époque (taches sur le corps et démangeaisons, articulations enflammées, problèmes digestifs lourds). Au cours de l’été, Egor s’est vu diagnostiquer une fibrose hépatique de stade 2. Tatiana sait gré à l’administration de la prison de se montrer souple et de permettre, régulièrement, des examens en clinique hors de l’établissement. Reste la bureaucratie : les derniers résultats qu’elle a reçus, fin août,sont ceux d’examens passés en avril. Surtout, Tatiana s’inquiète pour la suite : quand il sera condamné, son fils sera certainement envoyé à Arkhangelsk, dans le nord du pays. Là-bas, il n’y a pas le moindre hôpital apte à le prendre en charge.   Malgré l’état de santé du jeune homme, le tribunal de Kirovsk reconduit sa détention provisoire tous les mois, en attendant son jugement par un tribunal militaire, en raison de la gravité des charges. Lors de la dernière audience, le 25 août, à laquelle assistaient quelques amis d’Egor, le procureur a présenté un nouvel argument : l’adolescent aurait « des vues d’opposition », ce qui ferait de lui un personnage dangereux en liberté. Sa mère s’est levée et a fait remarquer qu’avoir des « vues d’opposition » n’est pas interdit par la loi. Son fils a souri, fier à son tour.   Pour observer la mue, il y a les récits de ses parents, Tatiana et Daniil, et il y a les innombrables lettres qu’Egor adresse, dans toute la Russie,à ceux qui lui écrivent pour lui témoigner leur soutien, depuis que son histoire a été rendue publique par des médias indépendants en exil. Des lettres écrites d’une écriture ronde d’écolier mais déjà riches de mots d’homme. « Je n’ai pas fait tout ce que je voulais faire, écrit-il à ses parents au printemps, après quelques mois d’incarcération. Je n’ai pas eu le temps d’aller au théâtre, à Moscou. Ce n’est rien. Je finirai bien par sortir et j’irai. Je ferai tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire, j’aimerai tous ceux que je n’ai pas pu aimer. Je prendrai le train, j’arriverai à notre gare, et (…) »Les récits et les lettres disent tous la même chose, trahissent la même obsession d’Egor : garder la tête haute, ne pas mentir, ne pas se renier, rester digne. Il le dit et l’écrit avec l’emphase d’un adolescent : dans une lettre adressée à sa mère, il appelle cela « rester un homme, même ici ». Il utilise le mot russe tchelovek.Rester un homme, un « mensch »…   C’est la ligne de conduite qu’il a choisie depuis le début, depuis son arrestation. Il a justifié son « crime » autant de fois qu’on le lui demandait, sans jamais tenter d’atténuer sa responsabilité. Pourtant, les enquêteurs qui se sont succédé sur son dossier ont parfois tenté de le faire dévier, pour aggraver ou, au contraire, alléger son cas. L’un l’a menacé à demi-mot : tu veux vraiment aller là-bas, risquer le viol et le tabassage ? Un autre lui a proposé une porte de sortie. Pourquoi n’expliquerait-il pas son geste par un coup de sang, un pari avec des copains ? Ou la tristesse provoquée par la perte de son oncle adoré, Dmitri, le frère de Daniil, volontaire dans les rangs de l’armée russe et mort en Ukraine en juin 2022… Sûr que les juges se montreraient plus conciliants…   Au début, sa mère a tenté de joindre sa voix à ceux qui voulaient lui faire entendre raison. Lors de la première audience où elle a pu le voir, elle a l’a supplié de peser ses mots. Le garçon lui a tourné le dos. Depuis, Tatiana et Daniil ont décidé de le soutenir envers et contre tout. Mieux, la ténacité de leur fils ne cesse de susciter leur admiration. « Même si on pleure, on doit lui faire confiance », résume Tatiana. Ont-ils le choix ? Un jour, Egor a confié à sa mère que s’il n’avait pas confectionné ce cocktail Molotov, il n’aurait probablement pas pu continuer à vivre. C’est sa seule culpabilité : « En me libérant de cette horreur, je vous l’ai transmise », a-t-il écrit à ses parents.  « Même ici », rester un homme. La prison n’a pas brisé Egor Balazeïkine. Il refuse les lois du milieu – celles des gardiens et de leurs leçons imposées sur les « nazis ukrainiens », et celles, plus lourdes, qui régissent la vie des adolescents. Il a dû se battre pour empêcher qu’on tabasse l’un de ses voisins de cellule, un gamin violeur. « La plupart des enfants qui sont là n’ont pas de parents, raconte Tatiana . Avec d’autres garçons, Egor essaie d’imposer une discipline, notamment s’agissant de la propreté. Il partage ses colis avec ceux qui ne reçoivent jamais rien. Récemment, il a donné ses dernières baskets[dit avec fierté] et ses lunettes[ajouté avec effroi] ! »Le choc de BoutchaTatiana et Daniil ne sont pas des personnages secondaires de cette histoire. Tout autant que leur fils unique, ils incarnent le mélange d’immense fragilité et parfois d’immense force de ceux qui se retrouvent face à la machine à broyer les vies qu’est l’Etat russe. Tatiana a 44 ans, Daniil, 46. Eux disent que leur âge s’est figé, qu’il ne changera plus le temps qu’Egor sera enfermé. En réalité, ils ont plus changé au cours des derniers six mois que durant les dix années précédentes.   Les Balazeïkine se définissent comme « une famille russe moyenne ». Pas une famille de la classe moyenne, rigole Tatiana en levant le malentendu : « Je n’ai jamais vu la mer, dit la mère, répétitrice d’anglais. Et quand il fallait envoyer Egor à des camps de karaté, nous devions économiser plusieurs mois à l’avance. » Leur maison d’Otradnoïe, une ville de 25 000 habitants posée sur la Neva, voisine de Kirovsk, en est une confirmation, avec ses airs de tour de Pise en bois et ses pièces sommairement meublées.   Une famille moyenne, c’est aussi une famille « apolitique ». Eux n’ont jamais voté, ni pour Poutine ni pour personne d’autre. En 2014, ils étaient trop occupés par les problèmes de santé d’Egor pour remarquer que leur pays s’engageait peu à peu dans une guerre contre le voisin ukrainien. En 2022, après le début de l’invasion, ils ont fait comme tant d’autres – sans aller jusqu’à coller des « Z » sur leur voiture (l’emblème de « l’opération militaire spéciale » en Ukraine) –, ils se sont dit : « Si le président l’a décidé, ça doit être nécessaire. » Daniil confie même, comme un secret terrible, qu’Egor lui-même, au début, était surtout choqué par la nullité de l’armée russe, plus que par l’invasion. « Il est plus patriote que tous ces gens ! »Tatiana et Daniil ont évolué avec lui, dans sa roue. Dans cette famille où l’on a toujours parlé de tout, où l’on se fait confiance, les parents ont accepté de lire les innombrables articles que leur fils si sérieux leur mettait sous les yeux. Pour lui, l’épisode de Boutcha, localité ukrainienne où l’armée russe a été accusée du massacre de civils, fut un choc. Le garçon a aussi cessé de s’intéresser aux tsars des temps anciens, l’une de ses passions, pour se pencher sur le souverain actuel de la Russie. Ses copains d’école, eux, haussaient les épaules.   Le père et la mère ont changé doucement de regard ; le fils, craint Tatiana, s’est laissé submerger par toutes ces images de violence, tous ces récits de mort. Début 2023, Egor était incapable de penser à autre chose… Son arrestation a achevé de les « réveiller », selon le mot de Tatiana. « On ne savait rien des répressions, de la dictature, admet-elle, un rien honteuse. Et du jour au lendemain, on s’est réveillés dans un pays différent. » Au lieu de s’écrouler, ils ont accepté de suivre ce chemin jusqu’au bout. Ils se sont abonnés aux chaînes Telegram des médias indépendants, animées par des journalistes en exil. C’est Tatiana, désormais, qui tient Egor informé. Après la mutinerie d’Evgueni Prigojine, patron de la milice privée Wagner, le 23 juin, elle lui a écrit sept pages d’une chronologie détaillée de l’événement. Toutes, à son étonnement, ont passé la censure.   Comme des milliers de Russes, il leur arrive d’écrire des lettres de soutien et d’amitié à des prisonniers politiques dont ils ne soupçonnaient pas même l’existence il y a quelques mois. S’ils parlent à la presse étrangère, ce n’est certainement pas parce qu’ils croient que ça peut être utile, mais pour être « loyaux » envers leur fils incarcéré. Celui-ci accepte l’enfermement ; il veut au moins être entendu.  Un prix élevéPour Daniil, le choc est violent. C’est lui qui emmenait Egor dans les musées militaires, lui qui a perdu son grand frère dans cette guerre. Il aime son pays. Ou plutôt il l’aimait – il ne sait plus vraiment, et il pleure. Il sait qu’il est un homme plus simple que son fils, mais il trouve des mots aussi forts que les siens pour expliquer, à son tour, son besoin de parler. « Pour que vous, à l’Ouest, ne croyiez pas que nous sommes tous aveuglés et assoiffés de sang, ici, en Russie. Et pour que les Ukrainiens, dans longtemps, acceptent de ne pas nous maudire tous… » Il ajoute : « Si Egor avait volé une vieille, peut-être que je ne lui aurais même pas rendu visite. Là, je le soutiendrai jusqu’au bout. »Les deux paient eux aussi un prix élevé. Ils savent que leur fils va disparaître pour longtemps, dix ans peut-être. Leur enfant grandira loin d’eux, lui qui, à leur connaissance, n’a jamais embrassé une fille. Son arrestation a aussi secoué leur environnement. Il faut accepter la rupture avec des amis, des proches prêts à traiter Egor de « traître ». Au sein de la famille, chacun doit choisir « sa » catastrophe – la mort en patriote de l’oncle Dmitri ou l’emprisonnement d’Egor pour « terrorisme ». Certains voisins adressent de discrets messages de réconfort ; d’autres se sont détournés. Le directeur de l’école d’Egor, qui connaît depuis tout petit cet élève appliqué, a signé un document judiciaire le présentant comme « dangereux ».  Des milliers de Russes solidairesDaniil a perdu son emploi d’électricien, à cause de l’affaire, pense-t-il, lui qui se targuait d’être un employé modèle ; Tatiana, à l’inverse, n’a vu aucun de ses clients se détourner d’elle. De manière ironique, les frais d’avocat d’Egor sont partiellement couverts par la prime que l’Etat russe a versée au moment de la mort de Dmitri. Une partie des 5 millions de roubles (près de 48 000 euros) est allée à la mère du défunt, la grand-mère d’Egor, qui vit au Kazakhstan. Celle-ci la renvoie aujourd’hui à son petit-fils.   Comme tant d’autres en butte à la machine répressive, la famille peut aussi compter sur la solidarité de milliers de Russes – des copains d’école d’Egor, qui envoient 50 roubles, jusqu’à de parfaits inconnus qui peuvent envoyer 5 000 ou 10 000 roubles (95 euros). Cette solidarité, ce sont surtout les dizaines de lettres que reçoit l’adolescent, dont certaines débouchent sur des correspondances fournies. Dans l’un de ces dialogues, que son groupe de soutien(composé de quelques amis d’Egor et d’activistes pétersbourgeois) a publié, le garçon fulmine au sujet de Nietzsche : « Je n’ai jamais rencontré personne avec qui je sois autant en désaccord. Les seuls de ses mots que je partage sont : “Partager l’injustice avec d’autres, c’est déjà la moitié de la justice.” »Tatiana et Daniil ont droit à deux parloirs par mois avec leur fils. Le garçon apparaît derrière une vitre en plastique, impossible de se toucher ou de glisser une friandise. Les parents saluent tout de même la bienveillance de l’administration de la prison. Dès le début, le directeur leur a donné son numéro de téléphone personnel, en cas de problème. Durant l’été, des gardiens ont acheté des filets et des ballons de volley-ball avec leur propre argent, pour offrir un peu de distraction aux jeunes détenus. Pareille générosité est inhabituelle dans le monde carcéral russe. Dans le cas du jeune Nikita Ouvarov, à Kansk, en Sibérie, l’ado de 14 ans avait été arbitrairement privé de parloir avec sa mère pendant onze mois, un moyen pour les enquêteurs de faire pression sur lui. « Ils se souviennent qu’ils ont affaire à des enfants », veut croire Tatiana Balazeïkina au sujet des gardiens. Ou bien eux aussi tentent-ils de répondre à cette équation qui obsède Egor : comment rester un homme dans la Russie de 2023 ?   Le seul reproche de la famille concerne les livres, ces fameux livres dont Egor, depuis tout petit, ne peut se passer. Depuis le début de l’été, l’administration bloque tout envoi – selon Tatiana, par peur de se voir reprocher d’avoir laissé entrer de la littérature qui pourrait un jour être jugée « extrémiste ». Même les manuels scolaires sont refusés, alors qu’Egor en a besoin pour étudier seul (le jeune homme doit passer le bac à la fin de l’année, mais le programme scolaire qu’il suit en détention implique seulement trois cours par semaine). Dans le salon des Balazeïkine, un colis attend. A la première occasion, Tatiana et Daniil tenteront de le remettre à Egor. Entre les plaquettes de chocolat et des baskets neuves, une pile de livres : un manuel de biologie et des volumes de Remarque, l’écrivain allemand, pacifiste, persécuté par les nazis. Certains neufs, d’autres pris dans la bibliothèque de la petite chambre. L’enfant qui s’est transformé en homme les réclame. </text>
	

	<text titre="« En enfer nous serons les meilleurs », l'autre défaite d'Evgueni  Prigojine" date="2023 09 11T00:00:00" journal="La Croix, no. 42715" auteur="foucauld giuliani, membre du collectif anastasis, auteur de la vie dessaisie (ddb, 2022)" annee="2023" mois="9" jour="11" journal_clean="La Croix" keywords="mort, irons, meilleurs, prigojine, enfer, chose" langue="fr"> « La mort n'est pas la fin, c'est juste le début de quelque chose d'autre. Nous irons tous en enfer mais en enfer nous serons les meilleurs. »Ces mots glaçants d'Evgueni Prigojine ont refait surface au moment de la mort du patron sanguinaire de Wagner dans un crash d'avion survenu le 23 août (et sans doute commandité par le sommet de l'État russe). Comment interpréter de telles paroles à première vue énigmatiques ?   La première phrase se comprend comme un acte de foi et d'espérance. Elle exprime à sa manière ce que toute personne croyante peut être amenée à pressentir : la mort n'est ni le terme temporel, ni la finalité du monde créé par Dieu. Cela se traduit par l'espoir d'une traversée de la mort biologique. Pour Prigojine, il existe « quelque chose d'autre » succédant à la vie terrestre. La mort semble nuancée par l'espérance d'une vie après la mort ; elle est un passage et non un mur infranchissable, « juste » la première étape d'une vie nouvelle.
La phrase qui suit réduit à néant cette lecture optimiste : la mort n'est plus transfigurée par l'espérance en une vie métamorphosée mais démesurément alourdie par le poids de l'enfer. L'eschatologie de l'espérance se mue en eschatologie du désespoir ; l'attente eschatologique n'a plus pour objet le salut mais la damnation ; l'espérance est défigurée, tordue à sa racine, elle perd toute signification positive. Ne reste plus qu'une fatalité sinistre, platement prédite dans ce qui s'apparente à un extraordinaire sursaut de lucidité : « Nous irons tous en enfer(...) »Si la première phrase contraste avec la seconde, c'est moins par raison logique que par effet rhétorique. Rien dans le ton de la première ne présage en effet du contenu de la seconde. Du point de vue de la logique religieuse, en revanche, vie terrestre et vie après la mort sont bien en rapport : ce qui est réalisé dans la vie terrestre influe sur ce qui est vécu dans la vie après la mort. Il y a donc une continuité de sens entre les deux phrases, nous ne sommes pas devant un propos absurde. Cela interdit de faire de Prigojine un nihiliste, inconscient du bien et du mal. On en vient à penser que dans ces conditions un retournement moral eût été possible, qui n'aurait certes pas réparé ses crimes ni ressuscité les innombrables vies ukrainiennes broyées.   Pourtant, au lieu de s'ouvrir au repentir, Prigojine radicalise ses positions. Non seulement en généralisant sa prophétie pessimiste - « Nous irons tous en enfer(...) » -, mais en y transplantant le fantasme d'une volonté de domination totale enfin repue - «mais en enfer nous serons les meilleurs ».L'universalisation de l'enfer est peut-être pour Prigojine une manière de rejeter sur l'humanité dans son ensemble l'existence du mal et, du même coup, de relativiser ses propres crimes. Ce pessimisme radical est indissociablement moral (en tant qu'il juge la nature humaine) et eschatologique (en tant qu'il porte sur la destination de l'humanité). Cette disposition à percevoir le mal comme la réalité fondamentale et indépassable de l'histoire pourrait s'opposer à toute notion de salut.   Mais l'essentiel est ailleurs, dans la révélation ahurissante selon laquelle lui et d'autres « iront » en enfer « mais » y figureront parmi « les meilleurs ».Cette tentative de refonder l'espérance en lui donnant un nouvel objet - la domination - se présente comme la compensation du destin infernal, d'où ce « mais » qui charrie un étrange stoïcisme d'adhésion au pire. Se refusant à transfigurer l'épreuve de la mort par l'espérance du salut, donc par le rejet immédiat et déterminé du mal, Prigojine relativise l'épreuve de l'enfer par l'espoir d'y régner en maître, donc par la pratique continue et réfléchie du mal.   L'eschatologie désespérée trouve son échappatoire pathétique : le fantasme d'une domination sans fin. Plutôt l'emporter en enfer par la domination que de renoncer à l'enfer et au règne de la force. Parce qu'il se désigne dernier aux yeux de Dieu, Prigojine peut s'introniser premier au sein du monde vidé de Dieu. Ce fantasme de toute-puissance est déjà patent au début du propos, dans cette manière de s'approprier le rôle de Dieu dans l'exercice du Jugement dernier.   Une ligne mortifère relie l'eschatologie du désespoir à la figure du criminel de guerre. Pénétré du sentiment de sa propre perte, Prigojine s'adonne à la violence qui lui apparaît comme la seule loi valable, la préfiguration de la constitution de l'enfer auquel il se déclare destiné. « En enfer nous serons les meilleurs. »Cette phrase résonne comme un étrange aveu. Prigojine reconnaît qu'il n'est pas vainqueur en tout lieu, qu'un espace lui échappe, qui ne serait pas l'enfer et où la loi de la domination ne prévaudrait pas. Serait-ce que sur la terre le souffle invincible de l'Esprit arracherait déjà le monde à l'empire total de la violence ? Serait-ce qu'au-delà du temps s'édifierait dès à présent le Royaume d'amour et de plénitude ? Si de telles intuitions traversèrent Prigojine, elles durent laisser en lui le poids mort d'une amertume infinie. </text>
	

	<text titre="Nicolas Sarkozy-Sylvain Tesson : le pouvoir, la littérature, la Russie, l'amour et Dieu" date="2023 09 18T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24594" auteur="trémolet de villers, vincent, bernier, martin" annee="2023" mois="9" jour="18" journal_clean="Le Figaro" keywords="sarkozy, pouvoir, chef, tesson, nicolas, amour, jamais, vie, littérature, dieu" langue="fr"> LE FIGARO. - Nicolas Sarkozy, le dernier volume de vos Mémoires, Le Temps des combats, fait mesurer au lecteur ce qu'est la vie ardente d'un chef d'État. N'avez-vous jamais été tenté par la fuite et la solitude telles que les pratique Sylvain Tesson ?Nicolas SARKOZY. -JE N'AI JAMAIS ÉTÉ MISANTHROPE, J'AI TOUJOURS EU L'ENNUI EN HORREUR, J'AI EN PERMANENCE CHERCHÉ LE CONTACT DES AUTRES. AUTREMENT DIT, JE ME NOURRIS DE CES RENCONTRES. ELLES NE M'ÉPUISENT PAS. JE VAIS SOUVENT PRENDRE CHEZ MES INTERLOCUTEURS DES DÉTAILS, DES CARACTÉRISTIQUES, DONT JE ME SERS ENSUITE, POUR ÉCRIRE, POUR PARLER, POUR EXPRIMER DES IDÉES. JE N'AI DONC JAMAIS CHERCHÉ CETTE FORME DE SOLITUDE. JE TROUVE QUE LA VIE EST DÉJÀ ASSEZ DIFFICILE, QU'ON EST BIEN ASSEZ SEUL DEVANT LES ÉPREUVES, POUR AVOIR ENVIE DE SOLITUDE, CE QUI N'EST PAS CONTRADICTOIRE AVEC LE BESOIN, DANS CERTAINES CIRCONSTANCES, DE RECUL. AINSI, LORS DE MES PREMIERS MOMENTS DANS LE BUREAU DE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN 2007, APRÈS AVOIR RACCOMPAGNÉ JACQUES CHIRAC, JE SERAIS BIEN DEMEURÉ SEUL UN MOMENT. MAIS JE ME SOUVIENS QU'À TROIS REPRISES L'HUISSIER A FRAPPÉ À LA PORTE EN ME DISANT : « Monsieur le président, vous allez être en retard. » J'AI COMPRIS QU'IL FALLAIT METTRE UNE CROIX SUR CETTE LIBERTÉ-LÀ. Le pouvoir isole aussi car il modifie profondément les rapports que vous avez avec les gens. Un très bon ami m'a dit après l'élection : « Dorénavant, je vais te vouvoyer. » Je lui ai répondu : « Mais es-tu devenu fou ? » C'est d'ailleurs pour ça que j'ai voulu mettre une limite dans l'exercice du pouvoir à dix ans consécutifs. Le pouvoir est dangereux. Il altère le rapport que vous avez avec les autres, et il altère sans doute aussi la perception que vous avez de vous-même.
Sylvain Tesson, quel regard portez-vous sur les hommes politiques ?Sylvain TESSON. - J'ai voué ma vie à préférer l'aventure individuelle au destin collectif. L'homme politique est du côté de la proposition, tandis que l'artiste est du côté de la position. Vous, vous proposez ; moi, je dispose de moi. Vous avez commencé, monsieur le président, en disant que vous aimiez les autres. C'est peut-être la clé de cette question : savoir si on a un rapport d'amour avec ses semblables. Quand on a un regard réservé sur eux, et sur soi-même, on préfère la position de la rétractation, de la solitude, de la tour d'ivoire, de la cabane en Sibérie.   Si je récuse le terme de mépris, je suis dubitatif face à l'exercice politique. Cela tient au gouffre abyssal entre l'attente et la capacité opérative du chef d'État. On attend une oeuvre de messie, et on a des gestionnaires entravés. C'est une disproportion presque structurelle. J'ai donc choisi non pas la politique sur les autres mais l'empire sur soi. C'est la théorie antique formulée par Xénophon dans L'Économique. Il y enjoint l'empereur de commencer par être le chef d'une exploitation agricole en lui disant : d'abord, aie la modestie de tes ambitions, fragmente tes volontés, apprends à conduire tes bêtes, tes hommes, et ensuite peut-être pourras-tu gouverner. J'aime ces trois vers d'Aragon : « Et je ressemble à ce monarque/ Plus malheureux que le malheur/ Qui restait roi de ses douleurs. » Je ne suis pas président de la République, mais je suis roi de mes douleurs.  N. S. - Non seulement j'aime être avec les autres, mais j'ai eu l'ambition folle d'être aimé des autres ! On franchit sans doute un degré de plus dans la différence. Nous subissons notre naissance, nous subissons la date de notre mort, je ne voulais pas subir ma vie ! Ce que dit Sylvain Tesson sur la déception est très intéressant aussi. Mais la vie n'est qu'une longue suite de désillusions ; ce n'est pas réservé à la politique. J'ai marié des gens pendant vingt ans : chacun attend le prince charmant, et vous pensez qu'il n'y a pas de déception ? La beauté de l'espérance, c'est qu'elle n'est satisfaite que très rarement. Mais ce n'est pas parce que la déception est certainement au bout du chemin politique qu'il ne faut pas s'engager. C'est au contraire parce que c'est furtif qu'il faut s'engager.   Je voudrais revenir sur la « modestie des ambitions » : la phrase est belle, elle sonne bien, mais elle est fausse. Il ne peut pas y avoir d'ambitions modestes, ou alors ce ne sont pas des ambitions. Je suis né au bord d'une toute petite rivière, avec une toute petite canne à pêche, où il y avait de tout petits poissons. Ma mère était tellement angoissée que, quand je suis passé sur un affluent un peu plus grand, elle m'a dit : « Tu vas être tranquille, là, c'est bon. » Elle n'avait pas compris que l'ambition est un mouvement, et non pas une fin. L'ambition ne peut pas être bornée, comme le rêve n'a pas de limite. Et celui qui, comme Sylvain Tesson, parle de « modestie de l'ambition »est le même qui a l'ambition de grimper toutes les montagnes, d'escalader tous les sommets ! Naturellement que l'ambition est folle, puisque nos vies durent le temps d'un demi-timbre-poste et que, malgré tout, le matin, on se lève pour gravir l'Himalaya. C'est dérisoire, cela pourrait même être ridicule, et pourtant, c'est admirable, car c'est justement cette brièveté et ce décalage entre l'importance de l'ambition et la brièveté de nos vies qui fait que l'homme est digne.  Diriez-vous l'un et l'autre que la politique, c'est la transparence imposée et que l'écriture protège le clair-obscur ?S. T. - Le mot « clair-obscur » est une vertu immense ; il ne ressemble pas à l'époque qui veut trancher définitivement. C'est là toute la supériorité de la littérature sur les autres formes de tentative de compréhension du monde : c'est une pharmacopée qui offre une possibilité de nuances, de temps long et de complexité. Soit exactement le contraire de la proposition binaire auxquelles nous invite l'immense matrice techno-médiatico-globalo-administrative. La littérature est un contrepoison extraordinaire, et sans doute protège-t-elle l'écrivain.   Si je ne crois pas que l'écrivain puisse apporter la moindre chose au chef d'État, je pense que la littérature peut tout lui apporter, et notamment les vertus que je viens de nommer. La littérature est le chemin qui mène de l'idéologie à la réalité. Le chef d'État qui ouvre des livres est une personne beaucoup plus rassurante que celui qui n'en ouvre pas. Pour dire combien la littérature est le chemin qui vous éloigne de la pensée tranchée, facile, idéologique, et des oppositions binaires, je citerai Novalis : « Nous cherchons partout l'absolu, nous ne trouvons que des choses. »N. S. - Pour moi, rien n'est au-dessus du roman ; le roman est éternel, il tutoie la vérité, il l'approche, il ne se démode pas. La civilisation a changé le jour où le roman a été inventé. À ce moment-là, on a compris que la vérité n'était pas dans l'analyse des textes mais dans l'observation des sentiments. Dans les métiers où l'on parle autant, où l'on doit tout donner, la littérature est indispensable. Pendant quarante ans, je n'ai cessé de parler, de m'enivrer de mots de discours. Un jour, alors que j'allais à Bercy, où se trouvaient 18 000 personnes, j'avais tellement prononcé de discours que je n'avais même plus envie de faire ce discours-là. Ce jour-là, je me suis dit que je ne pouvais pas jouer avec cela ; autrement, il n'y a plus de sincérité. J'ai compris que, dans les fonctions où l'on donnait tellement, la lecture, la fréquentation des chefs-d'oeuvre, était la seule façon de retrouver de la fraîcheur et de ne pas finir asséché comme le désert de Gobi. La littérature n'est pas un passe-temps, ni une consolation ; c'est plus essentiel. Elle est la seule façon de préserver la fraîcheur de l'enfance, la naïveté de la découverte, la passion de l'ambition.  Sylvain Tesson, croyez-vous que l'écrivain puisse réellement influencer l'homme de pouvoir ?S. T. - Il n'y a qu'un seul Hugo par siècle. La littérature, elle, est inépuisable. Elle mène à comprendre que le monde est plus ambigu que l'idéologie voudrait qu'il soit. Beaucoup d'écrivains traversent votre livre, monsieur le président, et j'ai été très sensible au fait que vous accordiez place à Lévi-Strauss. Vous avez eu la chance de le rencontrer pour ses 100 ans, et je vous jalouse beaucoup, car il est pour moi un maître absolu. Il invitait à changer de point de vue, à ne plus croire que le méridien d'explication du monde passait par Clochemerle ; il a montré qu'il y avait des tribus partout.   Votre rapport au discours m'intéresse : vous distinguez le brouhaha permanent auquel vous êtes parfois obligé de participer et le discours. Or le moment où l'on voit que le chef d'État a une dette ou pas avec la littérature, c'est dans le discours. L'amour de la langue s'y manifeste. Il y a un pouvoir politique indéniable dans la harangue. Le littéraire descend dans le politique. On ne peut faire vibrer un peuple qu'avec un discours. Celui qui l'a le mieux mis en mots, c'est Homère dans L'Iliade. Quand l'armée grecque est harassée, il suffit qu'un héros monte sur la barricade, fasse un discours, et les hommes repartent. C'est superbe. Je pense au vers d'Aragon « Je vous salue ma France aux yeux de tourterelles » , à Péguy qui décrit la France comme un « peuple jardinier » dans Le Mystère des saints Innocents.On ne va pas commencer à citer vos successeurs, car on est charitables, mais quand je me souviens de « la France, elle va mieux »...Avec redondance du sujet : j'avais appris que c'était interdit en CE1 ! Il y a un mépris fait au peuple en croyant qu'il faut parler mal pour faire semblant de parler « peuple ». Si j'étais un jeune président en exercice, je voudrais passer à l'Histoire, et on passe à l'Histoire par des discours. On va à la frontière du Haut-Karabakh et on fait un discours sur le génocide, l'agressivité des peuples, la méchanceté des satrapes, et sur la grande sphère chrétienne. Là, on passe à l'Histoire. Si on se contente de réformes des annuités de retraites, on passe à la trappe.  Nicolas Sarkozy, l'orateur politique puise-t-il aussi à cette source pour y trouver des formules ?N. S. - Schopenhauer a tranché le sujet : « La meilleure façon d'avoir du style, c'est d'avoir quelque chose à dire. »Que voulez-vous ajouter après cela ? Françoise Sagan, qui pour moi est un modèle, était lumineuse lorsqu'elle parlait, et pourtant elle avait la mèche sur l'oeil, un peu de strabisme, une cigarette à la bouche, une petite voix fluette, mais vous étiez subjugué par ce qu'elle disait. Vous entendez parler Houellebecq aujourd'hui avec son mégot, ses phrases saccadées... C'est passionnant ! Je ne peux pas croire qu'il est possible de faire un beau discours sans contenu fort. Et je pense qu'il est impossible de faire un mauvais discours quand il y a un contenu fort.  Nicolas Sarkozy, votre vision de la guerre en Ukraine vous a valu un grand nombre de critiques. Sylvain Tesson, votre passion pour le monde slave vous a valu aussi un soupçon de poutinophilie...S. T. - Ma légitimité sur le sujet est assez faible, c'est la légitimité du voyageur. Je suis allé voir les Russes de la Gloubinka, de la profondeur, de la forêt, des steppes ; ils sont plus proches des Russes de Pouchkine que de Prigojine. Dieu sait que nous avons été éduqués moralement à ne pas pratiquer l'amalgame, mais là, tout le monde s'autorise à le faire : la babouchka et Wagner, c'est pareil ! C'est insupportable, d'autant que je sens naître une petite voix qui laisse croire qu'il y a un mal intrinsèque dans la russitude. On a déplacé un sujet de géopolitique sur le terrain de la métaphysique, et, par un effet de renversement absurde, on a l'impression d'être dans un roman de Dostoïevski avec le grand inquisiteur : c'est le mal contre le bien, le diable contre le bon Dieu, Moscou contre Kiev. Je voudrais dire quelque chose sur les pages 55 et 56 du livre de Nicolas Sarkozy - je dis le numéro des pages car c'était la date du XXe congrès de Khrouchtchev quand il a déstalinisé. Vous avez fait une analyse sémantique des expressions toutes faites qui servent aujourd'hui d'analyses géopolitiques, notamment celle de « la guerre coûte que coûte ».La guerre jusqu'au bout, c'est merveilleux quand on est au XVIIe siècle avec des fleurets mouchetés, c'est esthétique. Mais utiliser ces expressions avec une puissance nucléaire, c'est de la légèreté. Il y a une honte profonde à avouer le désir de résolution diplomatique en vue d'essayer d'arriver à la paix. Je parlerai de syndrome Chamberlain : personne n'a envie d'être le Daladier de son époque. Et on est tellement effaré par cette idée-là que personne n'ose même prononcer le mot de « négociation ».  N. S. - C'est une erreur historique fondamentale et courante que de confondre un pays et ceux qui le dirigent. A-t-on oublié les donneurs de leçons qui détestaient l'Amérique quand elle était dirigée par Bush, et qui l'idolâtraient quand elle avait à sa tête Obama ? Tout d'un coup, aux yeux de ces si faibles penseurs, 330 millions d'Américains disparaissaient derrière W. Bush, et 330 millions d'Américains renaissaient derrière Obama. Confondre un pays et son dirigeant, ramener la Russie à Poutine, c'est oublier Tolstoï et Dostoïevski. Je vois à longueur d'émissions parler avec autorité des gens qui n'ont jamais rencontré Poutine pour dire ce qu'il a dans la tête. J'ai eu des dizaines d'entretiens avec Poutine, dont certains d'une grande violence, tant nos désaccords étaient profonds. Mais cette parole-là ne pèse rien dans un débat médiatique où seule compte l'expertise de ceux qui n'en ont aucune et l'émotion de l'instant. Je remarque aussi la difficulté de nombre d'observateurs à se placer dans une dimension historique. La comparaison avec Munich ne tient pas : si on pense que Poutine, c'est Hitler, alors il ne faudrait pas se contenter du Donbass ; il faudrait aller à Moscou ! S'il n'est pas Hitler, alors il faut utiliser tous les chemins de la diplomatie pour trouver la voie vers une paix digne et durable.  Vous avez le goût du dépassement physique en partage. Diriez-vous qu'il faut souffrir pour être heureux ?S. T. - Je ne veux pas faire une apologie du dolorisme, mais nous avons peut-être un point commun dans ce grand appétit, quasiment dévoratoire, de la vie. Vous vous souvenez de ce vers de Mallarmé que je déteste : « La chair est triste, hélas, et j'ai lu tous les livres. » Moi, je crois que la chair n'est pas du tout triste et je n'ai pas lu tous les livres ! Et pourtant, « fuir, là-bas fuir » , dit-il. Je crois profondément au mouvement et à l'énergie. C'est un mot qui revient souvent chez vous. Le même mot qui vous a valu admiration et critique. On a fait la comparaison entre vous et la figure de L'Homme presséde Paul Morand. Chez Morand, ce n'était pas une critique : l'homme pressé correspondait à une époque, les années 1920, où le futurisme avait fait de la vitesse une esthétique et un instrument tactique, opératoire, politique. Dans l'évolution biologique, la vitesse a sauvé beaucoup d'animaux, et dans le sport qui est constitutif de ma vie, l'alpinisme, la vitesse est essentielle à la sécurité et à la survie. Vous parlez, monsieur le président, d'inégalité énergétique entre les êtres. Vous avez tout à fait raison : l'énergie est ce qui est le plus injustement réparti. C'est comme les hydrocarbures : il y a des péninsules désertiques qui en ont davantage que d'autres.   Je crois en cette expression de « grande santé » nietzschéenne. Dans Le Crépuscule des idoles, Nietzsche dit que seules les pensées qui nous viennent en marchant ont une valeur. En cela, la mise en branle de soi-même et le sport créent un exercice de la pensée. C'est comme la thermodynamique : s'il y a un mouvement, il y a plus de chaleur, et s'il y a plus d'énergie, il y a plus d'idées. Ça ne me paraît pas incongru, le chef d'État qui fait du sport. Mais, au-delà du sport et de l'énergie, ce qui compte dans l'exercice du pouvoir, c'est l'incarnation physique. Dans le champ politique, comme dans le champ existentiel, il faut qu'il y ait des corps. Quel peuple veut être gouverné par un spectre ectoplasmique avec un teint de rutabaga ?  N. S. - J'ai toujours été persuadé que le temps nous était compté, je n'ai jamais prétendu être maître du temps, et j'ai souvent voulu le devancer de peur qu'il ne me rattrape. Le bonheur est dans l'épreuve surmontée, jamais dans l'épreuve évitée. La vie est une suite ininterrompue de combats plein de passions, de souffrances, de joies, et je pense qu'il n'y a pas de bonheur sans effort. Le sport est un merveilleux chemin pour illustrer cet axiome. Et puis, quand on fait un métier public comme président de la République, il faut se surveiller et donner une image digne de son apparence, et il faut refuser le laisser-aller. J'ai pensé, quand j'étais président de la République, que c'était même un devoir. Si je n'étais pas capable de me contrôler moi-même, comment allais-je être en mesure d'incarner le pays et de le représenter ?  Nicolas Sarkozy, votre épouse, Carla Bruni, est très présente dans votre livre. Vous avez exposé publiquement votre amour lorsque vous étiez président. Pourquoi un tel choix ?N. S. - J'ai été ministre de François Mitterrand au moment de la cohabitation : j'ai vu un monarque de grande dimension mais de cire, où plus rien ne donnait le sentiment de bouger. J'ai vu avec Chirac un président sympathique mais parfois mécanique. Et je m'étais dit : quand je serai président, je veux être un président humain, incarné, qui ne cache pas ses sentiments. Ce n'est pas une faiblesse, de montrer ses émotions, quand on est heureux ou quand on ne l'est pas. Quand on aime quelqu'un, on le protège. Le président ne peut pas installer celle qu'il aime à l'Élysée sans lui donner une place, un statut. C'est pourquoi j'ai affirmé tout de suite après avoir rencontré Carla que nous allions nous marier et qu'il n'y aurait pas de photos volées, ni dans une rue proche de l'Élysée ni ailleurs. C'était donc un choix de respect pour ma femme comme pour les Français. En la matière, la recherche du secret serait de toute façon vouée à l'échec.  Sylvain Tesson, vous parlez peu d'amour dans vos livres...S. T. - Je parle peu de l'amour d'une femme parce que je verse mon énergie d'écriture vers le non-humain, la géographie, les arbres, les bêtes, les grands invariants qui ne sont pas des hommes. En réalité, cela vient d'une pudeur familiale : dans ma famille, et chez mon père, notamment, nous sommes des faux expansifs : nous bavardons beaucoup mais nous disons très peu de nous. C'est la différence qu'il y a entre la coulisse et la scène dans un théâtre. On fait semblant d'être sur scène, mais les choses se passent dans la coulisse. Et on ne met pas l'une dans l'autre.  Je rappelle votre phrase, Sylvain Tesson, dans Le Point : « J'ai trouvé l'amour, mais je refuse la conséquence tragique de la nuit d'amour » , c'est-à-dire l'enfant.S. T. - Pour l'instant, mes enfants sont mes livres, ils sont rangés sur mes étagères, ils font leurs nuits, ils me dérangent moins et ils ne me reprocheront rien quand ils seront grands !   Après la dialectique entre l'homme qui préfère la géographie et celui qui préfère l'histoire, celui qui se préfère soi-même à la société, celui qui préfère l'état du monde à ses états d'âme personnels, je crois qu'on rejoint là une autre dialectique, entre les hommes de l'avenir et ceux du passé. On fait de la littérature avec la nostalgie ; on ne fait pas de la politique avec la nostalgie. Comme je nostalgise beaucoup et que je suis un mélancolique temporel, je préfère les sources aux deltas, je préfère me retourner que regarder avec mon télescope, et donc je préfère l'ascendance à la descendance. Je préfère le souvenir du père que je n'ai plus à la promesse des enfants que je n'aurai pas.  N. S. - Intellectuellement, c'est parfaitement cohérent. Mais s'il y a un domaine où la cohérence ne joue aucun rôle, c'est bien celui de l'amour. Je n'ai pas l'habitude de citer Sartre, mais, dans Les Mots, il dit : « L'amour, c'est le hasard. » Laissons le hasard provoquer une déflagration du raisonnement de Sylvain Tesson, qui par ailleurs regarde le monde avec les yeux d'un enfant. Il refuse obstinément d'être adulte parce qu'il pense que son talent et son inspiration viennent de ce caractère enfantin et naïf qu'il a magnifiquement su conserver. Je me suis toujours méfié de la nostalgie : l'avenir n'existe pas car trop incertain, et le passé n'existe plus puisqu'il n'est vu qu'avec les yeux du présent. D'ailleurs, dans la fascination de Sylvain Tesson pour les animaux, il devrait songer que ceux-ci ne sont que dans l'instant présent. Ils n'ont pas tous ces problèmes métaphysiques dont nous nous encombrons. Cela doit être mon côté animal, je suis dans le présent.   Les enfants sont une raison de vivre. On n'est pas que du sang de ses parents : on est de sa terre, de sa région, de son pays, et même de son continent. On est aussi de l'espèce humaine, et on a donc un devoir de considérer que l'on est de passage, que la question de la transmission est fondamentale. De surcroît, j'ai observé que ce n'est pas nous qui éduquions nos enfants ; ce sont les enfants qui nous éduquent. Ils m'ont appris l'humilité. L'amour des enfants a cela d'important qu'il décale un regard trop exclusivement porté sur soi-même vers d'autres. Dans les définitions de l'amour données par Milan Kundera dans L'Insoutenable Légèreté de l'être, l'amour le moins dangereux est celui qui reste bloqué sur le premier amour, l'amour idéalisé. Parce que l'amour idéalisé ne peut pas partir. Et j'ai compris dans ce que dit Sylvain Tesson un besoin d'amour, une capacité à donner de l'amour et une crainte sur la durabilité de l'amour. Cela me touche, car la peur d'être abandonné est importante ; je l'ai ressenti moi-même lorsque nous étions seuls avec notre mère. J'ai transcendé cela par un surcroît d'engagement, alors que Sylvain le traduit par un retrait affiché, mais, au fond, la source est la même, c'est le besoin d'être aimé. Enfin, pardon pour cette analyse, monsieur Tesson, vous pouvez vous relever du canapé... (Rires.)S. T. - Je partage votre idée de la beauté de l'amour idéalisé, mais c'est vrai qu'on ne couche pas avec les abstractions, encore heureux !  N. S. - C'est la différence entre le désir et l'amour. Il y a naturellement du désir dans l'amour, mais il peut y avoir du désir sans amour. Et la grande différence, c'est que le désir n'a besoin d'être connu que par l'être désiré, alors que l'amour, et Tolstoï l'a montré avec Anna Karénine, n'existe pas sans reconnaissance sociale.  Sylvain Tesson, vous préférez soustraire l'amour aux regards...S. T. - Vous ne croyez pas du tout à la patrie secrète de l'amour, à la cloison, au paravent, à la nécessité de protéger dans son palais de cristal l'histoire que l'on vit avec une femme que l'on veut soustraire, précisément parce qu'on l'aime, au regard des autres ?  N. S. - Vronski n'a pas le courage d'imposer à la société russe Anna Karénine, leur amour se délite. L'amour a besoin d'une reconnaissance sociale. C'est pourquoi je suis favorable au mariage homosexuel, car l'amour transcende le fait d'être hétéro ou homo. Je pense que l'amour est tellement fort qu'il ne peut rester secret. Il a besoin d'une reconnaissance.  S. T. - Mythologiquement, dans les contes, il y a un moment où le prince et la bergère se cachent. Je crois que le secret est la patrie de l'amour. Cette dialectique ne nous oppose pas mais constitue notre différence. Vous êtes l'homme de l'histoire, vous allez vers les autres et voulez donner une forme au monde ; moi, je veux m'échapper dans le monde et ne donner de forme à personne sinon à ma propre trajectoire. C'est normal que je choisisse la cabane au fond desbois pour vivre mon amour et que vous vouliez publier les bans.  N. S. - Mais l'amour, ce n'est pas que des bons moments. Il y a aussi des épreuves, où l'autre est malade, met un genou à terre, où il faut être à côté, à l'hôpital avec lui, où il faut surmonter les douleurs ensemble. Comment fait-on cela avec le secret ? Si on ne partage que les bons moments, cela veut dire qu'on ne partage rien. « Amour et vérité se rencontrent », dit avec une grande sagesse le Psalmiste.  La question de Dieu et celle de la vie après la mort sont-elles pour vous des questions réglées ?S. T. - La question de Dieu m'intéresse davantage que la réponse. Je crois au mouvement de l'homme qui lève les yeux vers le ciel. Je crois qu'il faut vivre debout et à genoux. Je n'aime pas la position assise, qui est celle du milieu - je n'aime pas les intermédiaires, de toute façon. Pas même les corps intermédiaires. Être à genoux et être debout sont deux manières d'être en mouvement. Ensuite, bien sûr que non, la question n'est pas réglée. Chez qui est-elle réglée ? Même le Christ doute, même lui n'a pas résolu la question de Dieu, rendez-vous compte, le fils de Dieu dit : « Pourquoi m'as-tu abandonné ? »Dans ma petite ratatouille de confusion intérieure, j'ai forgé une sorte de trépied expérimental qui me permet de m'y retrouver. On y retrouve le Christ, totalement, avec le message de rupture révolutionnaire et l'injection de l'amour dans la loi. Je suis en revanche très loin du christianisme, parce que le tripatouillage politique de la parole prophético-poétique ne m'intéresse pas. Qu'est-ce que les conciles et les conclaves ? Des universités d'été de partis où l'on prépare la synthèse. Enfin, j'adhère parfaitement à la chrétienté comme structuration géographique et civilisationnelle. Avec le Christ, loin du christianisme, dans la chrétienté : c'est comme ça que je définis ma question de Dieu. Pour les hommes, la moins mauvaise nouvelle aujourd'hui en 2023 est de naître dans cet espace-là. Si on fait un triangle des Bermudes de cet espace géospirituel, ce sont les bulbes d'or à l'est, les chapelles celtiques au nord-ouest et les églises grecques au sud, qui voisinent avec Athéna. Voilà mon triangle, la chrétienté, et je suis prêt à me battre pour elle. J'aime aussi la chrétienté pour une dernière raison : c'est la religion qui a inventé la liberté individuelle, ou en tout cas qui l'a permise après moult tâtonnements. Elle a préparé le terreau, y compris pour sa propre critique. Et c'est ce que je reproche aux laïcards ardents, qui ne comprennent pas que, s'ils peuvent cracher sur le Christ, c'est parce que la parole du Christ autorise le glaviot.  N. S. - Dieu n'a pas besoin de réponse. Il est bien au-delà du questionnement. Poser la question, c'est déjà faire preuve d'une espérance très forte. Régler la question, bien sûr que non. Mais je reconnais être fasciné par la figure de Jésus, qui a eu trois ans de vie publique et qui, vingt et un siècles après, irradie encore plusieurs milliards d'individus. Je ne pratique pas la même distance vis-à-vis de l'Église, car le mystère de Dieu nous dépasse tous et je comprends les religions et l'Église comme un manuel de l'espérance devant tant de questions sans réponse. Par ailleurs, je sais gré à l'Église de son rapport à la culture et à l'art. Culte et culture vont de pair. C'est un monde qui m'intéresse. Je n'ai pas la foi d'un Jean-Paul II, mais je suis culturellement attaché à nos racines judéo-chrétiennes. Je trouve accablantes les certitudes athées. J'aime à l'inverse le doute de la foi. Sans le doute, il n'y aurait pas de foi ; il y aurait simplement une croyance. J'ai eu une conversation avec Benoit XVI, que j'aimais beaucoup. Il a conclu notre long échange en disant : « Vous voyez, la foi est un choix raisonnable. »Je ne crois pas qu'il y ait une définition plus intelligente de cette question essentielle.   Enfin, je déplore que le beau, le sacré, l'âme aient disparu du vocabulaire politique et même public. Au motif que le beau est subjectif, on n'en parle plus, il est délaissé au profit du réglementaire. Au motif d'une république laïque, le sacré disparaît lui aussi. Et au motif de la proximité, l'âme, qui était omniprésente dans le discours politique quand il y avait des intellectuels chrétiens, est un mot qu'on n'emploie plus. Alors que, s'il y a bien une spécificité de l'être humain, c'est celle de l'âme. Ceux qui l'ont fait disparaître se rendent-ils compte qu'en agissant ainsi on prend le risque d'occulter la spécificité première de l'homme ?   « Confondre un pays et son dirigeant, ramener la Russie à Poutine, c'est oublier Tolstoï et Dostoïevski NICOLAS SARKOZY </text>
	

	<text titre="En Russie, l’arme du mensonge" date="2023 09 23T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="isabelle mandraud" annee="2023" mois="9" jour="23" journal_clean="Le Monde" keywords="l’arme, russe, mensonge, russie, scène, l’arme_du_mensonge" langue="fr"> Debout, seul sur la scène, baignant dans une lueur bleu et rouge, l’humoriste russe Danila Poperechny enchaîne des phrases, sans un mot de transition. « Je ne vais pas changer la Constitution » ; « Nous traitons l’Ukraine comme un Etat souverain » ; « Nous n’avons aucun plan pour la Crimée » ; « Nos soldats ne sont pas là et n’y ont jamais été » ; « Il n’y aura pas de guerre » ; « Ce n’est pas une guerre, c’est une opération spéciale » ; « Ils se bombardent eux-mêmes » ; « Nous effectuons des frappes de précision » ; « Il n’y aura pas de mobilisation ». Nul besoin d’explication. Chacun, dans le public, aura reconnu des citations de Vladimir Poutine. 
Au bout de cette énumération, filmée à Londres en novembre 2022 et diffusée sous forme d’extraits en avril 2023 sur sa chaîne YouTube, « Spoontamer », suivie par 3,4 millions d’abonnés, l’artiste, très critique du pouvoir et aujourd’hui en exil, conclut sous les applaudissements : « Il y a tellement de mensonges que les Russes commencent à y croire. Parce qu’ils se disent : “Eh bien, tout cela ne peut pas être que des mensonges.” Mais si, tout ça, ce ne sont que des mensonges. Chacun de ces putains de mots en est un ! »Depuis l’invasion de l’Ukraine, le 24 février 2022, le doute, s’il devait en rester encore un, n’est plus permis. Poutine ment. Effrontément. Le jour même où ses troupes franchissaient la frontière du pays « frère », et tandis qu’une colonne de blindés fonçait vers Kiev, le chef du Kremlin déclarait ainsi dans son adresse à la nation : « Ce n’est pas notre plan d’occuper le territoire ukrainien. Nous n’avons pas l’intention d’imposer quoi que ce soit à qui que ce soit par la force. » Quelques jours plus tôt, Ben Wallace, alors ministre de la défense britannique, venu à Moscou dans une ultime tentative de sonder les intentions de la Russie, entendra dire exactement la même chose par la voix de son homologue, Sergueï Choïgou. Il en repartira avec la conviction que son interlocuteur lui ment délibérément et qu’il est trop tard.  Utilisation incomparableLongtemps, les dirigeants occidentaux ont minimisé, ou feint de ne pas voir, cette subversion des mots caractéristique du pouvoir russe. Les signaux n’ont pourtant pas manqué. En 2013, après l’attaque au gaz sarin perpétrée par les forces syriennes dans la Ghouta orientale, en périphérie de Damas, l’ex-premier ministre britannique David Cameron en fait l’expérience. « J’ai appelé le président Poutine, raconte-t-il dans la série documentaire de Norma Percy, Face à Poutine [disponible sur Arte jusqu’au 16 octobre]. A ce moment-là, il n’y avait aucun doute qu’il s’agissait d’une attaque du régime. Nous avions déjà les preuves. Il a dit : “Ah, ce n’est pas dans l’intérêt du régime de mener une attaque aux armes chimiques, c’est beaucoup plus dans l’intérêt de l’opposition.”(…) Je savais qu’il avait vu les mêmes preuves que moi. Pour la première fois, j’ai pensé que ce gars ne faisait que mentir et qu’il était prêt à dire n’importequoi. Il ne faisait que nier ce qui s’était passé, même s’il n’y avait pas le moindre doute. » Ce déni délibéré sert les intérêts du chef du Kremlin. Non seulement il parvient à empêcher une riposte des Occidentaux – la « ligne rouge » abandonnée par Barack Obama –, mais, en intervenant militairement, deux ans plus tard, sur le sol syrien, il s’impose comme le protecteur de son allié Bachar Al-Assad.   Certes, le mensonge, en politique, n’est pas un domaine réservé à la seule Russie, mais Vladimir Poutine en fait une utilisation incomparable. Au point que les Britanniques – submergés par des dizaines de versions différentes dans l’affaire de la tentative d’empoisonnement au Novitchok, en 2018, sur leur sol, de l’ex-agent de renseignement Sergueï Skripal – lui ont donné un nom : l’approche russe du déni et du mensonge (deny and lie).   Pendant des mois, après le crash de l’avion de la Malaysia Airlines MH17, abattu en juillet 2014 au-dessus du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, par un tir de missile russe, qui a entraîné la mort de 298 passagers et membres d’équipage, les autorités néerlandaises, saisies de l’enquête, ont été confrontées à la même déferlante d’interprétations russes. Fantaisistes, absurdes et contradictoires, ces dernières étaient portées à tous les niveaux, dans les médias, sur les réseaux sociaux, et par les diplomates jusque dans l’enceinte des Nations unies. Parmi les thèses avancées, l’appareil aurait été abattu par les Ukrainiens, qui l’avaient pris pour un avion de combat russe ; les Etats-Unis l’auraient pris pour cible parce qu’ils croyaient que Poutine était à bord ; ou bien les cadavres retrouvés auraient été mis en scène, afin de tromper l’opinion mondiale. Une « censure par le bruit », comme la nomme l’analyste russe Vasily Gatov, chercheur associé à l’université californienne Annenberg Center on Communication Leadership &amp; Policy, destinée à saturer l’opinion publique, à démontrer qu’il n’y a pas de vérité simple et que chacun a bien le droit de proposer la version convenant à ses intérêts.   La même année, en septembre 2014, tant devant la chancelière allemande, Angela Merkel, que devant Petro Porochenko, alors président de l’Ukraine, Vladimir Poutine n’hésite pas à nier, les yeux dans les yeux de ses interlocuteurs, la présence de militaires russes aux côtés des séparatistes dans le Donbass, en dépit des preuves qui s’accumulent. Des soldats « en vacances » qui se seraient « perdus » en traversant la frontière, argue-t-il, sans ciller. A la table des négociations qui ont donné lieu aux accords de Minsk, censés aboutir, en 2015, à un cessez-le-feu dans le Donbass, le président français François Hollande observe alors que le président russe est « capable d’asséner des contrevérités avec une espèce de force de l’évidence ».  Secret de Polichinelle« Quand Poutine débite des mensonges éhontés aux personnalités politiques occidentales, il observe leurs réactions avec un intérêt manifeste non dénué de plaisir : il se repaît de leur désarroi et de leur impuissance.(…) Rien ne les a préparés à pareil mensonge. Au lieu de mentir ouvertement, les responsables occidentaux déforment la réalité le plus discrètement possible ; un autre algorithme du mensonge a cours dans l’Europe démocratique », constate l’écrivain russe Mikhaïl Chichkine dans son livre La Paix ou la guerre. Réflexions sur le« monde russe» (Noir sur blanc, 208 pages, 21,50 euros). Pour le chef du Kremlin, « le mensonge est un outil d’influence, “moi, je tiens tête au monde dominé par les Etats-Unis en lui mentant droit dans les yeux”, c’est presque un défi, une protestation », estime le philosophe et journaliste Michel Eltchaninoff, auteur de l’essai Dans la tête de Vladimir Poutine(Solin/Actes Sud, 2015). « Cette démesure du mensonge, ajoute-t-il, est très déstabilisante pour des Etats habitués depuis des siècles à l’exigence de fidélité au réel, aux enquêtes, à l’esprit critique. »Parfois, les « aveux » viennent plus tard, comme lorsque Vladimir Poutine finit par reconnaître, en mars 2015, que les soldats sans insigne – « les petits hommes verts » – qui se sont emparés de la Crimée, un an plus tôt, faisaient bien partie des forces spéciales russes. Une statue, à Simferopol, la capitale de la péninsule, leur sera même consacrée. Il finira aussi par admettre avoir financé la milice privée Wagner, qui, après s’être déployée en Syrie et dans de nombreux pays africains, s’est particulièrement distinguée sur le champ de bataille en Ukraine, notamment à Bakhmout, contre les forces ukrainiennes. Le 24 juin, les tensions entre le ministère de la défense russe et le Groupe Wagner, de plus en plus hors de contrôle, ont culminé dans une incroyable séquence au cours de laquelle les mercenaires ont entrepris, les armes à la main, de marcher sur Moscou.   Deux jours après cette mutinerie vite avortée, le président russe déclare : « L’entretien du Groupe Wagner a été entièrement financé par l’Etat.(…) De mai 2022 à mai 2023 seulement, Wagner a reçu 82,6 milliards de roubles[800 millions d’euros] , dont 70,3 milliards pour la solde… » Un secret de Polichinelle soigneusement tu jusqu’ici. Les sociétés militaires privées n’ont, en effet, aucune existence légale en Russie.   Vladimir Poutine avouera enfin, peu de temps après,connaître de longue date, « depuis les années 1990 », le patron du Groupe Wagner, Evgueni Prigojine– qui avait lui-même nié farouchement, jusqu’à l’invasion de l’Ukraine, diriger la société paramilitaire, allant jusqu’à poursuivre en justice les journalistes affirmant le contraire. Le 23 août, l’avion qui transportait entre Moscou et Saint-Pétersbourg le sulfureux homme d’affaires et sa garde rapprochée s’écrasait, sans cause connue. L’information, en Russie, est un trou noir. Jamais non plus aucune lumière ne sera faite sur les commanditaires des meurtres d’opposants, qu’il s’agisse de la journaliste Anna Politkovskaïa, tuée en 2006, ou de l’ex-ministre Boris Nemtsov, assassiné par balle au pied du Kremlin en 2015.  « Dans les pays démocratiques, il existe des contrepoids, une presse pluraliste, des enquêtes ; rien de tel n’existe ici », souligne Vera Grantseva. Pour cette ex-professeure à l’Ecole des hautes études en sciences économiques à Saint-Pétersbourg, émigrée en France depuis 2021 et aujourd’hui enseignante à Sciences Po Paris, « ce système du mensonge permanent » a acquis une telle force qu’ « il imprègne tous les niveaux du pouvoir, même au plus bas niveau ». « Quand des Russes se plaignent de l’état des routes, un problème récurrent dans le pays, des fonctionnaires publient des photos des trous dans l’asphalte réparés avec Photoshop ! », poursuit la politiste, autrice de Les Russes veulent-ils la guerre ? à paraître en octobre (Cerf, 186 pages, 19 euros).   Formé à l’école du KGB, à l’époque soviétique, Vladimir Poutine possède un solide héritage en matière de propagande et de mépris pour la réalité. « Sous l’URSS, se souvient Lisa, une enseignante retraitée qui souhaite préserver son anonymat, il y avait deux mondes : celui du parti, totalement imaginaire, avec sa mythologie, et le monde réel, où on faisait la queue pour le sucre. On passait de l’un à l’autre en un instant ; d’un côté, c’était une pièce comme au théâtre, de l’autre, la réalité. Aujourd’hui, le pouvoir crée une autre réalité, un monde où les nazis dirigent l’Ukraine, mais les ressorts sont les mêmes. »« Ma grand-mère, abonde Vera Grantseva, me répétait toujours : “Nous vivons dans un pays socialiste heureux.” Les gens préfèrent ne pas voir la vérité pour ne pas perdre le peu qu’ils ont. Et, aujourd’hui encore, même si les Russes ne sont pas crédules, la carte du nationalisme est plus forte. » A l’époque de l’URSS, le porte-étendard du régime, le quotidien Pravda (« vérité », en russe), était chargé de mettre en forme la désinformation, même si, après les années 1960, nombre de ses lecteurs avaient appris à lire entre les lignes. En 1973, l’écrivain Alexandre Soljenitsyne lui-même exhorte ses compatriotes à sortir de l’ « obéissance » à la duplicité, en faisant paraître un Appel à ne pas vivre dans le mensonge. Ce sera son dernier samizdat (écrit clandestin) diffusé avant son expulsion, quelques mois plus tard, d’URSS.   Le retour vers le passé n’en est que plus criant. Du temps soviétique comme aujourd’hui, le mensonge en Russie reste une arme politique. Les manuels scolaires sont revus à l’aune des discours officiels, la télévision d’Etat se plie aux consignes, les voix critiques sont étouffées. Ceux qui refusent ce lavage de cerveau sont contraints à l’exil ou croupissent derrière les barreaux, à l’image d’Alexeï Navalny, dont les multiples vidéos diffusées sur Internet ont tenté de démonter l’hypocrisie du système. « Comme la propagande soviétique, les principes de cette nouvelle censure s’appuient sur le concept orwellien de “double pensée” qui constitue la base de la politique de l’Etat et, par définition, rejette complètement l’idée de démocratie », affirme, dès 2015, l’analyste Vassili Gatov, dans un long texte publié par The Moscow Times.  « Les personnes les plus soviétiques »En Russie, justement, dans les semaines suivant le début de l’invasion de l’Ukraine, les ventes du célèbre roman de George Orwell, 1984 – qui décrit un monde totalitaire mêlant des éléments du nazisme et du stalinisme, où les populations sont soumises à une extrême surveillance après une guerre nucléaire –, se sont envolées. Cet engouement a même poussé un petit entrepreneur d’Ivanovo, au nord-est de Moscou, à distribuer gratuitement des exemplaires dans la rue, comme un acte de résistance. Le pouvoir a aussitôt réagi à sa façon, c’est-à-dire révisionniste et mensongère. « Pendant de nombreuses années, nous avons cru qu’Orwell décrivait les horreurs du totalitarisme. C’est l’une des plus grandes contrefaçons au monde », a soutenu Maria Zakharova, porte-parole du ministère des affaires étrangères russe, dans un discours public à Iekaterinbourg. « Il a montré comment le libéralisme conduirait l’humanité dans une impasse. »Parfois aussi, les mêmes recettes du passé, à peine recyclées, sont appliquées. La politiste Vera Grantseva dit avoir été saisie de stupeur en regardant, en 2022, un « reportage » à la télévision russe montrant des files d’attente devant les boulangeries françaises, faute d’approvisionnement en blé russe, sur le thème « à cause de l’Ukraine, l’Europe joue contre elle ». Or, dans les années 1960, un sujet identique avait été diffusé avec les mêmes files d’attente supposées refléter une pénurie. Dans un cas comme dans l’autre, les images ont été tournées devant des boulangeries artisanales prisées des Parisiens, un dimanche matin. A des années de distance, la tromperie perdure.  « Poutine est un professionnel de la diversion, un manipulateur. Il peut dire n’importe quoi, déclarait, le 12 août, la politologue Ekaterina Schulmann, interrogée par laradio Svoboda, l’antenne russophone de Radio Free Europe. Nous ne savons pas ce qu’il pense réellement.(…) Mais il y a une chose utile à savoir à propos de la génération de Poutine : ce sont les personnes les plus soviétiques que nous ayons jamais rencontrées. »Pendant des années, le dirigeant russe, imprégné de la « grammaire du mensonge soviétique », pour reprendre l’expression de Michel Eltchaninoff, a en effet combiné volte-face, langue de bois et dissimulations pour dérouter ses adversaires.   Mais, en s’appuyant sur les moyens de communication modernes, capables de dupliquer n’importe quel message dans l’instant sans aucune barrière, et en enrôlant des armées de trolls pour inonder de « fake news » la terre entière, Vladimir Poutine a donné à l’arme du mensonge une dimension industrielle. Sous de fausses identités, des centaines de Russes ont ainsi été employés, moyennant salaire, par des entreprises la plupart du temps créées par Evgueni Prigojine, pour diffuser des messages hostiles à l’Occident. « Depuis 2012, Poutine a développé une vision de plus en plus fantasmatique selon laquelle la Russie serait un pôle conservateur face à la décadence occidentale, en tentant de faire correspondre la réalité à son discours, note Michel Eltchaninoff. S’y ajoute sans doute aussi une spécificité de la culture russe, construite autour du mythe, de la légende. DansLes Démons , de Dostoïevksi, le héros disait ainsi : “L’essentiel, c’est la légende !” »Patiemment, le mythe de la Russie « forteresse assiégée » a donc repris corps. L’étape suivante a été franchie avec l’invasion de l’Ukraine. Depuis, le pouvoir russe se positionne clairement à la frontière de la propagande des régimes autocratiques et de la réalité fantasmée propre aux systèmes totalitaires.  La fiction doit s’imposerDans la troisième partie de son œuvre magistrale, Les Origines du totalitarisme, la philosophe allemande Hannah Arendt écrivait : « Dans un système totalitaire, la pratique du mensonge se distingue ; elle ne ment pas sur les faits, elle affiche un mépris absolu pour tous les faits. » En 1943, l’historien des sciences et philosophe français Alexandre Koyré (1892-1964), né sous l’Empire russe, à Taganrog, s’interrogeait également sur la « conspiration en plein jour » et la propagande qui permettent l’avènement d’une société totalitaire. Dans un bref texte intitulé Réflexions sur le mensonge(Allia, 1996) et publié alors qu’il se trouvait en exil aux Etats-Unis, il soulignait l’absolu mépris de ses dirigeants pour la vérité, vécue comme un « aveu de faiblesse » face à un ennemi désigné. La fiction doit s’imposer, sans aucune retenue.   C’est ainsi que la Russie de Vladimir Poutine peut enterrer avec les honneurs un néonazi notoire, Dmitri Outkine, fondateur du groupe de mercenaires Wagner et membre actif d’une mutinerie par-dessus le marché, mort dans le crash de l’avion de Prigojine, alors que le pouvoir prétend combattre des nazis installés à la tête de l’Ukraine avec le soutien de l’Occident. Qu’importe. Le brouillard créé est tel que plus personne ne doit s’y retrouver.   En parallèle, la répétition continue des messages sur la supposée agressivité de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), l’hégémonie américaine et la « russophobie multiséculaire » de l’Occident doit pénétrer les esprits à la façon d’un marteau piqueur. Un Occident par ailleurs désigné comme un vecteur de « satanisme », coupable de vouloir éduquer les enfants dans le culte de l’homosexualité et des questions de genre.   Par une extraordinaire inversion de la charge, Vladimir Poutine a construit toute son image d’homme fort capable de tenir tête aux puissances occidentales en les accusant… de mensonges. De l’élargissement de l’OTAN aux présumées manœuvres de l’Ouest pour détruire l’URSS puis la Russie, en passant par ses prétendus agissements dans les « révolutions de couleur » (les soulèvements prodémocratie qui ont eu lieu au début des années 2000 dans plusieurs ex-républiques soviétiques comme la Géorgie, l’Ukraine ou le Kirghizistan), tout doit entrer dans ce cadre, selon la doxa officielle. « L’Occident est prêt à tout pour maintenir le système néocolonial qui lui permet de vivre en parasite et de piller le monde entier », a lancé le chef de l’Etat russe en septembre 2022, dénonçant « une hégémonie qui porte la marque du totalitarisme, du despotisme et de l’apartheid ». Un discours virulent prononcé lors d’une cérémonie destinée, à Moscou, à « célébrer » l’annexion par la force de quatre régions ukrainiennes à la Fédération de Russie. Un acte de pur impérialisme. Qu’importe, là encore, le paradoxe.  La plus grave des corruptions« A l’étranger, et notamment dans le Sud global, on achète l’idée que Poutine serait une alternative à l’Occident », déplore Vera Grantseva. Soutenu par une propagande agressive et continue, le mensonge poutinien trouve en effet des complicités, des relais, et se propage comme un virus. Pour le philosophe ukrainien Constantin Sigov, auteur du livre Le Courage de l’Ukraine (Cerf, 208 pages, 18 euros), rédigé en français après l’invasion de son pays, la « corruption des esprits » est la plus grave des corruptions, la plus lourde de conséquences. « Le mensonge, écrit-il, diffuse dans l’air que nous respirons la drogue, quasi indécelable, de l’indifférence face aux actes inhumains. »Fils de dissidents soviétiques exilés, le chercheur britannique Peter Pomerantsev a juxtaposé l’histoire de sa famille avec sa propre expérience lorsqu’il est retourné à Moscou travailler pour la télévision russe, entre 2006 et 2010. Il en tirera un témoignage glaçant dans son livre Rien n’est vrai, tout est possible. Aventures dans la Russie d’aujourd’hui(Saint-Simon, 2015), dans lequel il décrit une stratégie médiatique « devenue encore plus retorse » basée sur « la nécessité d’instiller un sentiment de panique », où « toute rationalité a disparu ». Preuve que le dessein du Kremlin était déjà à l’œuvre. Dans l’épais écran de fumée érigé par le mensonge, Vladimir Poutine n’a jamais fait mystère, en effet, de ses intentions d’affronter l’Occident et de soumettre l’Ukraine, « un pays qui n’existe pas », comme il l’a maintes fois répété.   Dans son nouvel essai paru en 2019, This Is Not Propaganda. Adventures in the War Against Reality (« ceci n’est pas de la propagande. aventures dans la guerre contre la réalité », Faber &amp; Faber, non traduit), Peter Pomerantsev s’est ensuite inquiété d’une contamination au-delà des frontières de la Russie. « Pendant la glasnost [“transparence”, politique de libération de la parole qui a accompagné la perestroïka (“reconstruction”) à partir de 1985], la vérité était censée libérer tout le monde.(…) Or, les choses ont très mal tourné : nous avons accès à plus d’informations et de preuves que jamais, mais les faits semblent avoir perdu leur pouvoir. »La profusion de sources d’information, où le faux se mêle au vrai, ne nuit pas au Kremlin, bien au contraire. Vladimir Poutine et ses propagandistes tirent parti de ce désordre, creusant un fossé toujours plus grand entre la vérité et la justice. Car, en dépit des exactions documentées sur des civils pris pour cible, du mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale contre le dirigeant russe et sa commissaire aux droits de l’enfant, Maria Lvova-Belova, pour « crimes de guerre » liés à la déportation d’enfants ukrainiens, en dépit du nombre de morts sur le champ de bataille, estimé à un demi-million de part et d’autre, la Russie poursuit son dessein – bien affiché, celui-ci – de détruire l’Ukraine et son identité. « La guerre, c’est la paix » , disait le ministère de la vérité dans le roman d’Orwell. </text>
	

	<text titre="Kiev, discret soutien de la junte soudanaise" date="2023 09 27T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="emmanuel grynszpan" annee="2023" mois="9" jour="27" journal_clean="Le Monde" keywords="continent, présence, africain, soudan, wagner, soutien, discret, forces, groupe, ukrainiens, spéciales, junte" langue="fr"> Les forces spéciales ukrainiennes font la chasse au Groupe Wagner et le continent africain constitue une cible de choix. Les Ukrainiens ont signalé leur présence – fort inattendue – au Soudan par une série d’attaques au drone FPV (avec pilotage en immersion), en août et en septembre, contre la Force de soutien rapide (RSF) du général « Hemetti », allié aux mercenaires russes. Ce mode opératoire apparu à la fin 2022 sur le champ de bataille ukrainien n’avait jamais été observé sur le continent africain. Sur certaines images enregistrées par le pilote anonyme du drone et qui ont fuité sur les réseaux sociaux, on distingue des caractères de l’alphabet ukrainien.
Kiev n’a pas assumé la responsabilité de ces attaques, mais la rencontre présentée comme « imprévue » samedi 23 septembre entre le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et le général Abdel Fattah Al-Bourhane, chef de la junte au pouvoir à Khartoum, ressemblait à une confirmation. Les deux hommes, accompagnés de leur ministre de la défense, se sont entretenus dans un salon de l’aéroport Shannon en Irlande, lieu improbable pour une rencontre fortuite.  « Cette rencontre établit clairement que l’Ukraine a pris parti pour un camp dans la guerre civile au Soudan. Et ce camp est, naturellement, celui qui est opposé au camp soutenu par Moscou », souligne Evgen Dikiy, fondateur du bataillon Aïdar et aujourd’hui expert militaire. Il fait allusion au soutien, d’abord discret au début du conflit, puis évident ces deux derniers mois, du Groupe Wagner à la RSF commandée par le chef rebelle Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ».  Forces spéciales du GUR« L’Ukraine n’a pas de politique africaine. En revanche, nous avons des comptes à régler avec[le Groupe] Wagner et avec la Russie. Chaque officier ukrainien, où qu’il soit, se fera un honneur de contrecarrer leurs plans », poursuit M. Dikiy. L’expert rappelle que la présence ukrainienne en Afrique, si elle était discrète, n’est pas nouvelle. Environ 400 militaires ukrainiens sont restés déployés à Goma (dans l’est de la République démocratique du Congo) pendant une décennie, jusqu’à l’invasion russe de 2022.   La « guerre des généraux » qui déchire le Soudan depuis avril 2023 a fourni aux Ukrainiens l’occasion de reprendre pied dans le continent. Selon une source du Monde, les forces spéciales du GUR (renseignement militaire ukrainien) sont entrées dans les petits papiers du général Abdel Fattah Al-Bourhane en réussissant une évacuation très complexe de civils étrangers par voie terrestre vers l’Egypte. « Ils ont démontré leur efficacité et ont su alors créer un lien de confiance qui explique pourquoi le général a fait appel au GUR pour contrer son adversaire prorusse. Tout laisse à penser que des conseillers militaires ukrainiens sont toujours présents à Khartoum », poursuit la source.   Le pic des attaques contre la RSF du chef rebelle « Hemetti » s’est déroulé début septembre, après que son camp a réceptionné une importante livraison d’armes fournies par le Groupe Wagner. Environ 100 camions sont entrés par la frontière tchadienne, selon les informations de la chaîne américaine CNN. Ces armes venaient probablement de la base des mercenaires à Birao, dans le nord de la République centrafricaine, où Wagner opère en soutien du président Touadéra.   Le Soudan fut, dès 2017, la porte d’entrée du groupe russe en Afrique. A l’époque, Evgueni Prigojine, défunt patron des paramilitaires, avait décroché un contrat auprès du président soudanais Omar Al-Bachir permettant aux Russes d’exploiter et d’exporter l’or du pays, qui possède les troisièmes plus importantes réserves de métal jaune de l’Afrique. Wagner avait ensuite étendu ses opérations en République centrafricaine, en Libye, puis au Mali, avec la bénédiction de Moscou. Les opposants à la présence russe en Afrique savent désormais qu’ils peuvent compter sur le soutien de Kiev. </text>
	

	<text titre="« L’opposition russe en exil n’a pas un leader incontestable »" date="2023 09 28T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="propos recueillis par isabelle hennebelle et marc semo propos recueillis par isabelle hennebelle et marc semo" annee="2023" mois="9" jour="28" journal_clean="Le Monde" keywords="d’opposition, pouvoir, pays, incontestable, poutine, russe, leader, n’a, jour, leader_incontestable, l’opposition, forces, russie, exil, vladimir" langue="fr"> Sous la houlette de Vladimir Poutine, la Russie resserre chaque jour davantage son emprise sur les forces d’opposition dans le pays. En conséquence, les départs de détracteurs du pouvoir se multiplient. Le point sur la situation avec Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie-Eurasie à l’Institut français des relations internationales et autrice de La Russie de Poutine en 100 questions (Tallandier, 2020).  Qu’est-ce que l’opposition russe en exil, aujourd’hui ? Quels en sont les centres névralgiques et les principales figures ?
Il faut commencer par préciser ce qu’on entend par l’opposition russe. Certains de ses membres se qualifient eux-mêmes de dissidents plutôt que d’opposants. Ces critiques du système Poutine sont poursuivis et leur chance d’arriver un jour au pouvoir est entravée. Les « têtes d’affiche » comme Mikhaïl Khodorkovski, Garry Kasparov, l’équipe du fonds anticorruption FBKd’Alexeï Navalny, les anciens députés Guennadi et Dmitri Goudkov, se sont exilés bien avant la guerre. Le premier finance de nombreux projets et jouit, de ce fait, d’une autorité particulière, alors que FBK estime être le plus influent et légitime. Depuis le 24 février 2022, ces émigrés ont vu arriver en exil des défenseurs des droits humains, des journalistes, des blogueurs, des avocats, des chercheurs, des artistes, tous ceux dont le libre exercice du métier est devenu impossible. Ensuite, la mobilisation partielle de septembre 2022 a fait fuir à l’étranger des jeunes hommes qui ne s’identifient pas forcément à l’opposition.   Dans ce patchwork des exilés russes, certains s’organisent pour continuer à travailler ensemble en dépit de l’éparpillement à travers le monde. C’est le cas pour certaines rédactions de médias qui existent aujourd’hui essentiellement sur Internet. Plusieurs capitales européennes, comme Vilnius et Riga, hébergent un nombre important d’opposants russes. Ce mouvement a commencé avant la guerre. D’autres, comme Tbilissi ou Erevan, ont surtout accueilli des Russes depuis l’annonce de la mobilisation partielle.   Les échanges à travers les réseaux sociaux sont constants, mais n’empêchent pas les contacts personnels à l’occasion, par exemple, de plusieurs grandes rencontres de l’opposition organisées à Vilnius, Berlin, Bruxelles. Membres de l’association Memorial, interdite en Russie, artistes, mouvements féministes… les oppositions à Poutine sont multiples et actives, même si l’on doute de leur capacité réelle à provoquer des changements en Russie.  Partir ou rester et mener le combat en interne… quels sont les critères du choix ? Pourquoi Alexeï Navalny ou Ilia Iachine décident-ils de restersachant que cela signifie la prison ?C’est un choix guidé par des considérations à la fois politiques et personnelles. Un opposant politique très connu, qui a émigré, m’a confié qu’il admirait l’acte de sacrifice de Navalny et de Iachine, mais ne se voyait absolument pas croupir en prison en Russie pendant des années. Il espérait être, un jour, plus utile à son pays vivant et en bonne santé physique et mentale. Comme lui, beaucoup disent vouloir revenir en Russie dès que possible. Le choix de Navalny et de Iachine a dû être guidé par leur conviction que quitter le pays signifie la perte de légitimité pour représenter les intérêts des Russes et in fine la mort politique. Ils ont décidé de donner un exemple de résistance au système Poutine, mais leur pari est risqué : un sondage du centre Levada montre que, si, en février 2022, 14 % des Russes ne connaissaient pas le nom de Navalny, ils sont 23 % un an plus tard.  Historiquement, notamment après la révolution de 1917 ou dans les années 1970-1980, avec le soutien aux dissidents, l’opposition en exil a-t-elle été un véritable acteur politique ?Vladimir Lénine est revenu clandestinement d’exil en Russie pour organiser la révolution d’Octobre et prendre le pouvoir en 1917. Mais c’est une exception dans l’histoire russe. Les dissidents russes à l’étranger ont lancé des débats publics, maintenu les problèmes des Russes à l’agenda occidental, créé des revues, publié des œuvres interdites en URSS (grâce au système clandestin de samizdat). Tout un pan de la pensée politique et philosophique, comme de la culture russe, est né en exil, notamment à Paris. Mais ce ne sont pas ces dissidents en exil qui ont impulsé les changements politiques en Russie.  Internet et les réseaux sociaux sont-ils des outils capables de donner une puissance inédite à l’opposition russe du XXIe siècle ?C’est un facteur qui facilite le maintien des réseaux de contact et le partage instantané de l’information, y compris entre ceux qui sont in et ceux qui sont out. En dépit de la censure et des tentatives du Kremlin de verrouiller Internet, les Russes ont l’accès à l’information, encore qu’il faille qu’ils aient envie de s’informer auprès des sources indépendantes et que l’opposition adopte un langage qui permette d’attirer un nouveau public, au-delà des convaincus. Plusieurs opposants en exil estiment que, tôt ou tard, le Kremlin coupera Internet, ou au moins YouTube, qui héberge une multitude de chaînes de journalistes et de blogueurs d’opposition. Ils appellent à anticiper cette situation et à créer une chaîne qui mélangerait information indépendante et distraction (plusieurs chanteurs et humoristes se sont installés à l’étranger depuis le début de la guerre) en diffusant vers la Russie via les satellites de type Starlink. Un tel projet demanderait des financements considérables.  Fragmentée de longue date, l’opposition russe en exil perpétue-t-elle ses « vieilles habitudes » avec la guerre en Ukraine ? Quels sont les courants qui la traversent ?Les désaccords font partie tant de la nature humaine que du débat démocratique. Mais dans des moments décisifs, c’est contre-productif, car cela divise et joue en faveur du Kremlin. L’opposition russe n’a pas un leader incontestable comme peut l’être la biélorusse Svetlana Tsikhanovskaïa. Chez les Russes, quand un groupe tente de prendre le leadership avec une initiative, d’autres contestent sa légitimité à les représenter. La structure de Navalny, FBK, estime avoir suffisamment de capital politique pour faire cavalier seul. Mais, depuis le début de la guerre, plusieurs groupes de l’opposition russe ont réussi à s’unir sur une plate-forme commune et ont signé la déclaration des forces démocratiques, à Berlin, fin avril.   Ils sont d’accord sur l’essentiel : la guerre en Ukraine est criminelle et doit être arrêtée ; tous les territoires, y compris la Crimée (ce dernier point ne faisait pas consensus avant la guerre), doivent être restitués et des compensations financières versées à Kiev. Les points comme la libération de tous les prisonniers politiques, l’organisation des élections démocratiques, le retour à un vrai fédéralisme, le rééquilibrage des pouvoirs avec un Parlement plus fort, la fin de la politique impériale, suscitent l’adhésion de la quasi-totalité des oppositions. Ceux qui prônent la désintégration de la Russie en quelques Etats indépendants sont très marginaux.  L’opposition est-elle divisée, notamment sur le choix de prendre ou non les armes ?En effet, plus que les objectifs, ce sont les moyens d’y arriver qui font l’objet de divergences, comme le besoin de composer avec une partie des élites au pouvoir ou de privilégier la lutte armée. Le soutien de Mikhaïl Khodorkovski à la révolte de Prigojine, en juin, a créé un malaise dans les oppositions : nombre d’entre elles réfutent la thèse que la fin justifie les moyens. La mouvance pacifiste estime que la révolte armée crée des risques de guerre civile et de prise du pouvoir par des groupes radicaux. Pour d’autres courants, espérer une révolution pacifique est utopique et la révolte armée est la seule option crédible : la liberté de la Russie passe par le soutien, y compris financier, des forces armées ukrainiennes et des bataillons russes qui y sont intégrés. C’est actuellement un point de crispation dans les débats qui agitent les oppositions russes.  Est-elle en train de se doter de structures communes et quels sont ses liens avec l’opposition restée en Russie, qui est muselée ?Il y a une volonté partagée de s’unir autour d’une base commune et d’une sorte de conseil de coordination, et de garder les liens avec ceux restés en Russie. La stratégie est d’organiser, par exemple, des appels aux dons pour payer les services d’avocats pour les prisonniers politiques, aider ceux qui fuient la mobilisation, soutenir toutes les actions qui restent encore plus ou moins possibles dans la Russie de Poutine. Certains leaders exilés continuent de piloter à distance leurs équipes et de chercher des financements pour leurs activités.   En dépit des sanctions instaurées par la communauté internationale, des systèmes clandestins de transfert d’argent se sont mis en place, ainsi que des réseaux pour aider à faire sortir du pays ceux dont la liberté ou la vie sont menacées. Mais beaucoup de ceux qui restent en Russie critiquent les exilés, en estimant que leur action « depuis les cafés parisiens » est inutile, qu’ils ne comprennent plus les besoins de ceux qui restent et attirent vers eux l’attention et les soutiens occidentaux. Le risque est que l’écart se creuse entre ceux qui sont partis et ceux qui sont restés. J’ai des échos du même problème entre les oppositions biélorusses in et out.  Dans quelle mesure l’élite jeuneet diplômée qui s’est exilée depuisla guerre en Ukraine peut-elle constituer un vivier pour l’opposition russe en exil ? Des liens se forgent-ils ou les deux univers restent-ils étanches ?C’est en effet le vivier potentiel. La vie et les projets de cette jeunesse diplômée ont été complètement bousculés par la décision de Poutine de déclencher la guerre. C’est un réveil politique pour certains et ils vont chercher une socialisation à l’étranger en intégrant les « clubs des émigrés ». Dans cette dernière vague des exilés, je vois des liens qui se créent entre les générations : des petites équipes se forment autour des opposants politiques de longue date. Mais rien n’est automatique, beaucoup de jeunes ne se consacrent qu’à leur nouvelle vie personnelle et professionnelle à l’étranger ; d’autres cherchent volontairement à se dissoudre dans la société d’accueil, de peur que la main de Poutine ne les rattrape en Europe. « Je veux me rendre invisible et je ne participerai à aucune action politique », m’a dit une émigrée récente en France, pourtant en désaccord profond avec la politique de Poutine depuis les protestations sociales de 2011-2012. </text>
	

	<text titre="Khodorkovski : « Un changement de régime aura lieu en Russie dans les cinq ans »" date="2023 10 06T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24610" auteur="de la grange, arnaud" annee="2023" mois="10" jour="6" journal_clean="Le Figaro" keywords="lieu, changement, mikhaïl, russie, régime, temps, prison" langue="fr"> ENTRETIEN Mikhaïl Khodorkovski fut un temps l'homme le plus riche de Russie avant de s'opposer et de passer dix ans en prison. Libéré en 2013 et contraint à l'exil, il vit désormais à Londres, où il s'occupe de son ONG, Open Russia, qui s'efforce de promouvoir les valeurs démocratiques en Russie. Il vient de publier un nouveau livre, How to slay a dragon ? (chez Polity Press). Dans un entretien au Figaro et à ses partenaires de l'alliance de journaux européens LENA, il analyse les derniers développements de la guerre en Ukraine.   LE FIGARO. - Vladimir Poutine sort-il renforcé de l'épisode Wagner et de la fin physique de son chef Prigojine ? 
Mikhaïl KHODORKOVSKI. - Le Kremlin a tenté de persuader le monde entier que Poutine est sorti plus fort de la mutinerie de Wagner. Nous savons pourtant que ce n'est pas le cas. L'épisode a montré que la population était loin de soutenir activement le régime, puisqu'elle a parfois accueilli très positivement les hommes de Wagner lors de leur avancée vers Moscou. Et l'on a vu aussi, avec la passivité de nombre d'unités militaires, que la loyauté de l'armée était loin d'être parfaite.  Êtes-vous inquiets des récentes fissures dans le camp occidental sur le soutien à l'Ukraine ?Oui, cela m'inquiète bien sûr. Comme si on ne comprenait pas que Poutine est décidé à aller jusqu'au bout et qu'il résoudra toujours ses difficultés politiques par des guerres. Il ne peut pas changer de méthode. Le problème est que dans les pays occidentaux, il n'y a plus de leaders politiques mais seulement des représentants politiques. Dans une situation de guerre comme celle que connaît l'Europe aujourd'hui, il faut un leader capable d'expliquer à son peuple qu'il doit changer radicalement de mentalité. Winston Churchill, Helmut Kohl ou Willy Brandt avaient cette carrure. Je suis aussi inquiet de la russophobie que j'observe, non aux États-Unis mais en Europe. Elle ne fait que servir Poutine, qui peut dire que c'est tout le peuple russe qui est attaqué et non pas seulement son régime.  La Russie peut-elle espérer une victoire et s'en satisfaire ?Si l'Occident cesse d'aider l'Ukraine et que Poutine réussit à s'emparer d'une partie importante du territoire ukrainien, voire de toute l'Ukraine, il n'en tirera pas un capital politique ou économique énorme. En effet, les combats sur le territoire de l'Ukraine se poursuivront et les sanctions resteront en place. La Russie connaîtra donc une croissance économique minimale, voire même une récession. Coincé, Poutine se retrouvera dans une situation où il devra déclencher une nouvelle guerre pour se maintenir au pouvoir. Dans le meilleur des cas pour l'Otan, cette nouvelle guerre commencera dans l'ouest de l'Ukraine. Dans le pire des cas, elle fera rage sur le territoire même d'un pays de l'Otan.  Ce sera donc une longue guerre, à moins d'un changement de régime en Russie ?Mon ami Garry Kasparov (le champion d'échecs et opposant, NDLR) et moi-même avons un débat sans fin à ce sujet. Il affirme qu'une victoire de l'Ukraine conduira à un changement de régime au Kremlin. Ma position est inverse, je pense que seul un changement de régime au Kremlin permettra à l'Ukraine de récupérer son territoire et de revenir aux frontières de 1991. Mais finalement, ces deux possibilités sont totalement imbriquées. Ce sont les deux faces d'une même médaille. Et je suis convaincu qu'un changement de régime aura lieu en Russie dans les cinq ans qui viennent.  Un changement de régime peut-il venir des oligarques ?La situation est très différente de celle de l'Europe occidentale, où la propriété privée passe de génération en génération. À l'heure actuelle, en Russie, il n'y a pas une seule famille qui ait conservé une grande richesse sur deux générations. Il n'y a pas de concept de propriété privée. Les biens passent de personnes plus éloignées de Poutine dans les mains de personnes plus proches de lui. Lorsque Poutine aura quitté la scène politique, il y aura une véritable « nationalisation » , avec sans doute une nouvelle « privatisation » ensuite, mais dans un premier temps aucun gouvernement arrivé au pouvoir après Poutine ne pourra accepter que son entourage conserve les biens qu'il détient aujourd'hui. Les oligarques d'aujourd'hui ont donc tout intérêt à maintenir Poutine au pouvoir.  Et de l'armée ?Un coup d'État militaire n'aura de fortes chances de se produire qu'en cas de défaite substantielle sur le champ de bataille. Prigojine disait que la Russie ne se battait pas assez bien. Et personne ne voulait en assumer la responsabilité. Mais c'est vrai que l'armée russe se bat mal. Par rapport à l'Ukraine, Poutine dispose de ressources de mobilisation cinq ou six fois supérieures. Il possède près de deux fois les ressources financières de Kiev. Les capacités industrielles de l'Ukraine ont chuté à environ 30 %, voire moins, en raison des bombardements. Dans le même temps, les capacités militaires russes augmentent avec des industries qui se militarisent. Mais l'armée de Poutine n'est capable que de maintenir le statu quo. En cas de défaite militaire, il est probable que l'on cherche un bouc émissaire. Pour éviter d'être désignés comme tels, les généraux pourraient se soulever.  Existe-t-il un réseau d'exilés russes à l'étranger travaillant à un tel changement de régime ? Pourraient-ils jouer un rôle dans l'avenir de la Russie ?La diaspora russe et ces émigrés participeront très activement à ce processus. Le Comité antiguerre de Russie, que nous avons formé, a une initiative, l'Ark Project, dirigée par Anastasia Burakova, qui aide les Russes devenus des exilés forcés. Dans le cadre de l'Ark, nous avons un projet appelé « First Flight » (premier vol) qui regroupe les personnes qui, en cas de changement de régime, prendront le premier vol lorsque le ciel sera ouvert pour aller construire une Russie démocratique.  Ces réseaux peuvent-ils déjà oeuvrer à l'intérieur de la Russie ?C'est très difficile car les peines de prison qui vous menacent sont draconiennes. Le schéma qui existe est terrible. Les gens sont condamnés à cinq, six, voire huit ans de prison. Puis, quand ils ont purgé leur peine, on leur ajoute des années supplémentaires, huit ans ou même plus. Une nouvelle sentence. Tous ceux que je connais qui sont aujourd'hui emprisonnés en Russie ont vu leur peine prolongée. Ne peuvent agir que des gens qui sont prêts à des actions dures et à rester en prison jusqu'à un changement de régime. Car, peu importe ce que vous avez fait, que vous ayez posé des affiches ou mis le feu à un bureau de conscription, vous passerez le reste du temps en prison. Certains Occidentaux semblent croire à un changement de régime sans violence. Mais il suffit de voir ce qui s'est passé en Biélorussie : Loukachenko était prêt à utiliser des armes et Poutine l'a soutenu. La probabilité que celui-ci quitte la scène de son propre chef sous la pression de manifestations pacifiques est nulle. </text>
	

	<text titre="Le retrait du Niger lancé cette semaine" date="2023 10 06T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2023" mois="10" jour="6" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="niger, emmanuel, militaire, france, retrait, macron, semaine, troupes, mohamed" langue="fr"> Louis Valleau avec Henri Vernet   Comme promis par Emmanuel Macron le 24 septembre, la France amorce ce jeudi le retrait de ses troupes du Niger, où un putsch militaire a renversé le président Mohamed Bazoum il y a un peu plus de deux mois. L'état-major des armées a ainsi annoncé le lancement de l'opération de retrait « dans la semaine ». « Cette manoeuvre doit permettre le retour de l'ensemble des militaires en France avant la fin de l'année », a-t-il précisé dans un court communiqué de presse.   Mardi encore, le ministre de l'Intérieur nigérien Mohamed Toumba avait estimé que la France n'était « pas dans une logique de quitter le Niger ». Dans un nouveau communiqué publié ce jeudi, la junte - qui avait réclamé un « cadre négocié » pour le départ des troupes françaises - a affirmé qu'elle serait attentive « à ce que le retrait se fasse dans le respect de [ses] intérêts et de [ses] conditions ».
Sur place, la France dispose encore de 1 400 militaires, répartis sur trois bases. La principale dans la capitale, Niamey, où se trouvent 1 000 soldats, et le reste du contingent dans deux autres postes dits « avancés » dans le nord-ouest du pays, à Ouallam et Ayorou. Ce sont ces deux sites qui seront concernés par « le premier début de manoeuvre » amorcé dès cette semaine, nous confie un connaisseur du dossier.   « Ces bases avancées permettaient de lutter avec l'armée nigérienne contre le djihad dans la zone des trois frontières (Niger, Mali et Burkina Faso), explique le général à la retraite Dominique Trinquand. Elles ne servaient donc plus à rien. » La fin de la collaboration militaire avec le Niger avait en effet été officialisée le 24 septembre par Emmanuel Macron. Pour le reste des troupes basées à Niamey, le ministère des Armées envisage donc un retour de l'ensemble des militaires en France avant le 31 décembre. Il n'y aura « pas de redéploiement dans des pays voisins », confirme le connaisseur du dossier.   Concernant la manière de retirer les troupes, rien n'est acté. « Il y a deux itinéraires possibles : soit en allant au Tchad pour prendre l'avion, soit en allant au Bénin pour prendre le bateau », détaille Dominique Trinquand. La dernière option aurait été rejetée par la junte nigérienne, selon une source proche du dossier citée par l'AFP.  Eviter les « débordements et les provocations »En l'état, la France favorise l'option terrestre au pont aérien reliant directement Niamey à Paris, le ciel nigérien étant interdit aux avions tricolores. « À voir si cela évolue au fil des discussions », glisse ce connaisseur du dossier. « La junte va forcément nous autoriser le survol aérien », estime néanmoins le général et ancien directeur du renseignement militaire français Christophe Gomart. « Sinon, c'est qu'ils ne veulent pas vraiment que nous partions », ironise-t-il. Les discussions entre les deux pays se poursuivent, toutes les décisions étant prises en lien avec la junte.   Au-delà des hommes, se pose la question des équipements et du matériel. La France possède des drones, des véhicules blindés ou encore des hélicoptères sur place, auxquels s'ajoutent des munitions ou tout autre équipement militaire. « Les armements ou les munitions seront évacués, tout comme ce qui coûte moins cher à évacuer qu'à racheter », anticipe Dominique Trinquand. Selon lui, du matériel « de vie », comme des douches, pourrait donc être laissé sur place. Cela concerne aussi du matériel informatique, des tentes, etc.   Pour l'heure, pas de précision sur le sort réservé à ce matériel, mais plusieurs options sont sur la table. Un rapatriement sur le territoire national est prioritaire, mais un envoi vers les bases françaises situées au Tchad limitrophe, où est situé l'état-major des forces françaises au Sahel, ou ailleurs, est également possible. En tout, selon les experts interrogés, la France compte 2 000 conteneurs au Niger, un nombre important. Au Mali, il en avait fallu 6 000 pour évacuer la base aéroport de Gao. D'après eux, ils seront enlevés en même temps que les soldats. Une fois tout cela fait, les bases militaires seront elles-mêmes démantelées, d'ici à la fin de l'année. Histoire d'éviter de les voir occupées, comme dans certains des postes évacués par Barkhane au Mali, par les mercenaires de Wagner. Même si, pour l'heure, la milice privée russe de feu Prigojine n'est pas présente au Niger, elle aurait marqué, selon un observateur, des signes d'intérêt envers la junte de Niamey.   Sur la question sécuritaire, la France souhaite « éviter les débordements et les provocations », notamment de la population civile qui pourrait entraver les opérations. « Le Niger demande notre départ. Ils feront en sorte que tout se passe bien », veut croire Gomart, après deux mois de grande complexité pour les militaires sur place, soumis à des ravitaillements aléatoires et des manifestations antifrançaises. </text>
	

	<text titre="Russie : Poutine assure que les corps du chef de Wagner Evguéni  Prigojine et de sa garde rapprochée avaient des « morceaux de grenade »" date="2023 10 07T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7721" auteur="latribune.fr" annee="2023" mois="10" jour="7" journal_clean="La Tribune" keywords="morceaux, chef, poutine, wagner, grenade, garde, prigojine, russie, morceaux_de_grenade, rapprochée, evguéni, corps" langue="fr"> L'avion privé dans lequel le chef de Wagner Evguéni Prigojine et sa garde rapprochée sont morts fin août dans la région de Tver peu après son décollage de Moscou n'a pas été touché par un missile sol air. Vladimir Poutine a de fait écarté cette hypothèse ce jeudi en affirmant que des « morceaux de grenade » avaient été trouvés dans les corps des victimes du crash et que l'appareil n'avait « pas subi d'impact extérieur ». Des propos qui laissent évidemment penser à une explosion d'une bombe à bord du jet.
« « Le chef du Comité d'enquête m'a fait un rapport il y a quelques jours. Des fragments de grenades ont été retrouvés dans les corps des victimes de la catastrophe aérienne. Il n'y a pas eu d'impact externe sur l'avion », a-t-il dit. »   Les Occidentaux avaient pointé du doigt la responsabilité du chef de l'Etat russe, deux mois après la rébellion avortée du patron de Wagner, mais sans fournir de preuves. Le Kremlin a toujours démenti avoir ordonné d'assassiner Evguéni Prigojine, qualifiant de « spéculations » ces insinuations.  Un homme « talentueux » qui a commis des « erreurs » (Vladimir Poutine)Vladimir Poutine avait qualifié Evguéni Prigojine, qu'il côtoyait depuis les années 1990, de « traître » en raison de sa rébellion armée des 23 et 24 juin, dirigée contre l'état-major russe et le ministre de la Défense Sergueï Choïgou, qui a vu les hommes de Wagner brièvement capturer des sites militaires dans le sud de la Russie avant de se diriger vers Moscou. Il a évoqué ensuite un homme « talentueux » qui avait commis des « erreurs », et aussi loué le rôle joué par Wagner sur le front en Ukraine.   Poutine a demandé à un ex-lieutenant de Prigojine de former des volontaires pour combattre en Ukraine Vladimir Poutine a demandé à un ancien lieutenant d'Evguéni Prigojine de former des volontaires pour combattre en Ukraine. « Lors de la dernière réunion, nous avons évoqué le fait que vous serez impliqué dans la formation d'unités de volontaires capables de mener à bien diverses missions de combat, principalement, bien sûr, dans la zone de &quot;l'opération militaire spéciale&quot; », en Ukraine, a déclaré la semaine dernière Vladimir Poutine à Andreï Trochev, selon un communiqué du Kremlin publié la semaine dernière. Selon Vladimir Poutine, Andreï Trochev, surnommé « Sedoï » (cheveux gris, en russe), un ancien très proche d'Evguéni Prigojine dans la galaxie Wagner, a l'expérience pour mener à bien une telle mission, trois mois après la tentative avortée de rébellion en Russie du groupe paramilitaire. Colonel à la retraite, il est souvent décrit comme l'un des fondateurs de Wagner et est sous sanctions européennes pour avoir été « directement impliqué dans les opérations militaires du groupe (...) en Syrie », selon un document de l'UE daté de fin 2021. La demande de Vladimir Poutine, officialisée en présence de Iounouss-Bek Evkourov, vice-ministre de la Défense, montre encore un peu plus l'intégration des anciens combattants de Wagner au sein de l'armée russe. (AFP) </text>
	

	<text titre="Le Kremlin fait rentrer Wagner dans le rang" date="2023 10 09T00:00:00" journal="La Croix, no. 42739" auteur="benjamin quénelle" annee="2023" mois="10" jour="9" journal_clean="La Croix" keywords="moscou, wagner, kremlin, mémorial, rang" langue="fr"> Moscou (Russie)   De notre correspondant   Des fleurs, des bougies, des mots. Et beaucoup de questions. Dans le centre de Moscou, à deux pas du Kremlin, un mémorial de rue entretient la mémoire d'Evgueni Prigojine. Le chef des paramilitaires Wagner, 62 ans, est mort le 23 août dans un crash d'avion aux allures d'assassinat, deux mois après sa spectaculaire mais vaine insurrection contre le haut commandement de l'armée qui, de facto, avait humilié et affaibli le Kremlin de Vladimir Poutine.  « Evgueni, notre héros... Nous ne l'oublierons pas. Et nous continuerons son oeuvre », glisse Piotr, l'un de ces jeunes volontaires qui, revêtus de l'uniforme de la milice, se relaient jour et nuit sur un trottoir à l'ombre d'une église orthodoxe de Moscou pour veiller sur ce mémorial improvisé et désormais presque institutionnalisé.
Quelques Moscovites s'arrêtent, le temps d'une prière ; d'autres déposent un bouquet, griffonnent un « merci ». Mais la plupart passent, entre incompréhension et indifférence. « Peut-être que Prigojine, en fait, n'est pas mort et se cache ! Qui sait la vérité ? Nos hommes, eux, sont toujours actifs. En Afrique mais aussi en Ukraine, Wagner continuera. Mais comment ? »,  s'interroge Piotr.   Ces derniers jours, Vladimir Poutine a apporté des réponses. Pour le chef du Kremlin, pas de doute : Evgueni Prigojine, « héros » devenu « traître », est mort de sa propre faute ; à bord du fatidique avion, le chef Wagner et ses adjoints, sous l'empire de l'alcool et de la drogue, auraient manipulé des grenades, causant eux-mêmes l'explosion. Une version divulguée par le président russe, vendredi 6 octobre, lors d'une conversation publique et largement relayée depuis par les médias du Kremlin.   Le vendredi précédent, le 29 septembre, Vladimir Poutine avait fait passer un autre message : sous le regard des caméras, il avait rencontré Andreï Troshev, l'un des principaux commandants de Wagner, lui confiant la mission déjà proposée à Evgueni Prigojine à la suite de la fin mystérieuse de son « coup » des 23-24 juin : le chef historique étant mort, c'est à lui que revient d'organiser la réintégration des paramilitaires au sein de l'armée régulière.   Cette rencontre au Kremlin a eu lieu en présence du vice-ministre de la défense, Iounous-bek Evkourov, afin de rappeler publiquement que l'avenir de Wagner s'inscrivait désormais sous l'autorité de l'armée. Coïncidence, qui ne doit rien au hasard, ce même vice-ministre rentrait d'une tournée en Afrique : Mali, Centrafrique, Libye, Burkina Faso. Des pays clients - actuels ou potentiels - de Wagner.  « Il y a ce qu'on voit, ce qu'on nous dit. Et il y a tout ce qu'on ne voit pas et ce qu'on ne nous dit pas... », tempère un haut diplomate européen à Moscou. Ainsi, une question, parmi d'autres, demeure : que vont devenir les quelque 2 000 paramilitaires exilés en Biélorussie ? Pour l'heure, priorité est donnée à l'efficacité des Wagner tout en limitant toute forme d'autonomie afin d'éviter un second Prigojine.   Pavel Prigojine, 25 ans, fils et héritier d'Evgueni, a proposé d'incorporer la milice dans la garde nationale, autre structure au service du Kremlin qui a déjà récupéré une partie des armements des mercenaires. Pour le moment, le message du Kremlin, double, est clair : Wagner, qui devrait prendre un autre nom, est rentré dans le rang ; l'heure est au retour à la normalité, une obsession pour Vladimir Poutine, en quête de stabilité en vue de la présidentielle de mars prochain. </text>
	

	<text titre="La stratégie de Vladimir Poutine pour contrer les pro-Prigojine" date="2023 10 12T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24063" auteur="benjamin quenelle" annee="2023" mois="10" jour="12" journal_clean="Les Echos" keywords="moscou, poutine, turbo-patriotes, mémorial, vladimir, russes" langue="fr"> Devant les fleurs et les bougies du mémorial en hommage à Evgueni Prigojine, les « turbo-patriotes » à Moscou s'impatientent et s'interrogent. Tel est le surnom donné à ces Russes qui ont soutenu l'« opération militaire spéciale » dès les premières heures de l'offensive en Ukraine du Kremlin en février 2022.
Lorsque, dans les mots puis dans les actes, le chef des paramilitaires Wagner s'est insurgé contre les carences du haut commandement de l'armée et, de facto, contre les faiblesses de Vladimir Poutine, ces ultranationalistes ont hésité entre rancoeur et jusqu'au-boutisme.La mort le 23 août de l'ex- « héros » devenu « traître », selon les termes du président, dans un crash d'avion aux allures d'assassinat, a laissé orphelin ces patriotes à l'extrême.   A l'ombre d'une église orthodoxe, à deux pas du Kremlin, ils veillent sur les bouquets et les mots déposés au pied de ce mémorial improvisé et désormais presque institutionnalisé. « Pour ne pas oublier Prigojine », insiste l'un de ces jeunes de Wagner qui se relaient jour et nuit sur ce bout de trottoir moscovite. « Mais aussi pour continuer son oeuvre… »Jusqu'à sa « rébellion » avortée en juin dernier, le chef Wagner était vu en « pion », loyal et sous contrôle, pour faire revenir à la bergerie poutinienne cette opposition nationaliste prête à critiquer l'armée et, dans les faits, à remettre aussi en question le Kremlin.   Aux yeux de ces « turbo-patriotes », Poutine est un centriste mou : il est temps de passer à la fois à une guerre totale en Ukraine et à un régime plus fort encore à Moscou. Les gesticulations de Prigojine permettaient de satisfaire ces nationalistes tout en orchestrant de loin leur mouvement pour les garder fidèles in fine au pouvoir. Le jeu de dupes a failli mal finir. Le bouillonnant chef est désormais mort. Mais l'opposition patriotique existe toujours. D'autant plus l'« opération spéciale » du Kremlin, loin des rapides conquêtes promises au départ, n'en finit pas de s'enliser.   Les velléités de rébellion sont devenues moins virulentes avec l'avertissement envoyé par les autorités à ces groupes rebelles après non seulement la mort de Prigojine mais aussi l'arrestation de Strelkov, le blogueur ultranationaliste incarcéré pour ses diatribes contre l'armée et le pouvoir. Mais, dans cette frange de la société, frustrations et mécontentements demeurent bien ancrés.   Ces « turbo-patriotes » ne semblent pas inquiéter pour autant le pouvoir. « Des marginaux », selon des sources au Kremlin qui, études d'opinion internes à l'appui, l'estiment à moins de 5 % du corps électoral. Donc pas une menace pour la présidentielle de mars 2024. Les propagandistes du régime assurent qu'il n'y aura pas besoin d'un vrai-faux candidat d'opposition nationaliste pour à la fois calmer et contrôler cette poussée. Pour eux, Poutine saura continuer à se présenter en seul « vrai chef patriotique » du pays.   Depuis l'attaque du Hamas en Israël, il peut désormais espérer un déclin du soutien occidental à Kiev pour faire miroiter aux Russes une victoire en Ukraine. Le président pourrait d'ailleurs profiter de ce nouveau contexte international pour annoncer sa candidature à sa réélection, gagnée d'avance, début novembre à l'occasion de l'inauguration d'une grande exposition annuelle consacrée à la… Russie.   Mais attention à la façade. Comme pour toute opposition, nationaliste, libérale ou autre, les rebelles patriotes ne bénéficient désormais plus guère de liberté de parole. Les sociologues de Levada, centre de sondages indépendant à Moscou, estiment que s'il y avait une vraie liberté d'expression politique en Russie, les nationalistes anti-Kremlin seraient bien au-delà des 5 %.   Ces Russes qui veulent occuper l'Ukraine jusqu'à Kiev, refusent tout arrêt des combats et compromis politiques représentent, selon ces sondages, entre 20 et 25 %. Parmi eux, les supporteurs in fine de Poutine resteraient majoritaires car, à leurs yeux, le président incarne la Russie forte qu'ils aiment. Ils savent que ce conflit, c'est sa guerre. Et, enfin, ils reconnaissent que, face à lui, il n'y a pas d'alternative. Prigojine aurait pu profiter de sa passagère liberté d'expression… Avec son énergie et sa fermeté, il disait des choses que personne d'autre ne disait, loin des discours officiels. En soi, cela a pu séduire dans un pays en manque de renouvellement politique. Beaucoup de Russes, sans être opposés à Poutine, pourraient se laisser tenter par une autre figure, quels que soient la personne et son programme.   La leçon a été retenue par le Kremlin : sur fond de lassitude et de besoin de sang neuf, le régime ne peut pas se permettre d'autoriser la moindre concurrence, même d'ex-alliés. Aux yeux du pouvoir, la mort de Prigojine devait donc clore un chapitre malheureux et, par ricochet, rassurer le Kremlin. Un micro-événement bientôt oublié pour ne pas bousculer la sacro-sainte « stabilité » du régime. L'épisode Prigojine a néanmoins rappelé qu'en Russie, l'impensable peut arriver. La vie politique moscovite donne l'impression aujourd'hui d'être figée. Mais, sur fond de bouillonnant patriotisme, cela peut vite changer   Benjamin Quénelle </text>
	

	<text titre="[Poutine face aux pro-Prigojine par...]" date="2023 10 12T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24063" auteur="Unknown" annee="2023" mois="10" jour="12" journal_clean="Les Echos" langue="fr"> Poutine face aux pro-Prigojine par   Goldin : la recherche en mode « détective »par   L'économie imma-ture de la Palestinepar   Climat : l'urgence ne doit pas nous diviserpar 
Benjamin Quénelle   Hélène Rey   Pascal Perri   G. Monsellato </text>
	

	<text titre="La Fabrique de l'info Entrez dans les coulisses de «Libération»" date="2023 10 21T00:00:00" journal="Libération" auteur="Unknown" annee="2023" mois="10" jour="21" journal_clean="Libération" keywords="site, rédaction, info, live, libération, direct, libé, journal, journée" langue="fr"> «Libé» délocalise sa rédaction et fabrique le journal en live : de la conférence du matin jusqu'à la réalisation de la une, en passant par l'actualisation du site en direct. Et durant toute la journée, des tables rondes et des rencontres avec tous les services, où on parlera, investigation, indépendance de la presse, révolution numérique, pratique du off, photo ou fact-checking...   9 heures Accueil du public. 9 h 30 - 10 h 30 Conférence de rédaction En live et en public. Vous pourrez discuter des thèmes qui seront traités tout au long de la journée sur le site de Libération et du choix des sujets pour les pages du prochain numéro papier. ?Conférence animée par Dov Alfon, directeur de Libération. (La rue musicale-grande scène) 10 h 30 - 11 h 30 Quel avenir pour l'investigation en open source ? ?Rencontre (en anglais) animée par Alexandre Horn, journaliste au service Checknews, avec Lucy Swinner, journaliste à Bellingcat et Poline Tchoubar, journaliste open source à l'agence Capa.
(La rue musicale)   10 h 30 - 11 h 30 Bonnes nouvelles : existe-t-il un journalisme de solutions ? ?Rencontre avec Fabrice Drouzy,   rédacteur en chef adoint du service Suppléments, Maïté Darnault, correspondante de Libération à Lyon et Gilles Vanderpooten, directeur de Reporters d'espoirs.   (La rue musicale) 10 h 30-11 h 30 Profession reporter : les nouveaux défis du journaliste ?Table ronde avec Ariane Lavrilleux, journaliste à Disclose, Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières, Isabelle Thirion, du groupe Audiens, Amandine Bascoul-Romeu, directrice générale de Libération, Paul Quinio, directeur délégué de la rédaction de Libération. (La rue musicale-grande scène)   10 h 30 - 11 h30 Ecris toi-même ! Les pages «Idées» de Libé sont un espace incontournable du débat d'opinions à gauche. Aujourd'hui, à vous de jouer : venez à la rencontre de nos chroniqueurs, qui vous raconteront comment ils et elles   choisissent leurs sujets et écrivent leurs textes. Prenez la plume sur un thème qui vous tient à coeur, rédigez un billet engagé, choisissez un titre Libé vous serez peut-être publié·e ! ?Rencontre avec le service Idées en présence de l'autrice Tania de Montaigne (photo ci-contre). (La rue musicale) 10 h 30 - 11 h30 Comment parler climat sans désespérer ? ?Rencontre avec le service Environnement. (La rue musicale) 11 h 30-12 h 30 Le dessin de presse : à croquer «Trouver des conneries, ça me garde éveillé», disait Willem en 2021 à Libé pour fêter ses 40 ans de carrière. Tantôt pour faire rire, tantôt pour dénoncer, parfois aussi simplement pour commenter l'actualité, le dessin de presse réveille nos pages depuis 1973. Cinquante ans que des grands noms comme Willem, Coco, Siné, Cabu, Vuillemin posent leur regard   acerbe, parfois provocateur, sur la vie politique, les guerres ou encore les moeurs. Pour toutes et tous, les mêmes questions reviennent : comment dessiner l'atrocité ? Comment caricaturer en liberté ? ?Table ronde avec Coco, dessinatrice, Willem, dessinateur Terreur graphique, dessinateur Nicolas Valoteau, directeur artistique de Libération. Rencontre animée par Jonathan Bouchet-Petersen, éditorialiste à Libération. (La rue musicale-grande scène) 12 heures - 13 heures Journalisme d'enquête ou journalisme d'investigation ? ?Rencontre avec Willy Le Devin, Marie Piquemal et Guillaume Gendron, journalistes au service Enquêtes. (La rue musicale) 12 heures - 13 heures Le «off», pas de secret entre nous Ah, le «off» Cette pratique visant à cacher le nom d'un interlocuteur   derrière une citation est l'objet de nombreux fantasmes. Journalisme de connivence ? Nécessaire respect des sources ? Que ce soit avec les ministres, les patrons et même le président de la République (ou leur entourage), vous saurez comment on utilise un «off» et quand il est nécessaire de le «griller». ?Rencontre avec Lilian Alemagna et Dominique Albertini, rédacteur en chef adjoint et chef du service France. (La rue musicale) 12 heures - 13 heures Dans l'oeil de Libé : la photo concept à Libération ?Rencontre avec Laure Troussière et Nathalie Marchetti du service Photo, avec Christophe Maout, photographe. (La rue musicale) 12 heures - 13 heures Ukraine, Proche-Orient :   quand la guerre s'invite dans notre quotidien Rencontre avec Sonia Delesalle- Stolper, Veronika Dorman et Benjamin Delille, responsables du service Monde. (La rue musicale) 14 heures - 15 heures Face à l'extrême droite : où mener la bataille culturelle ? ?Table ronde avec Laurent Joffrin, ancien directeur de Libération, Aurélie Filippetti, ancienne ministre de la Culture, directrice des affaires culturelles à Paris, Renaud Dély, animateur de 28 minutes sur Arte et éditorialiste à France Info, Dominique Albertini, chef du service France. Rencontre animée par Thomas Legrand, éditorialiste à Libération. (La rue musicale-grande scène) 14 heures - 15 heures La vie du livre Chaque semaine, Libé consacre douze pages à l'actualité littéraire. Romans français et étrangers, philosophie, histoire, mais aussi poésie, sciencefiction, albums pour la jeunesse, polars... Le service Livres accueille des éditeurs pour parler indépendance, curiosité et transmission : comment choisir les textes qu'on publie et ceux qu'on chronique dans le journal ? ?Rencontre animée par Frédérique Roussel, cheffe du service Livres, avec l'éditrice Sabine Wespieser et Frédéric Martin (éditions le Tripode). (Librairie)   14 h 30 - 15 h 30 Titrer à la Libé : la face cachée de la «une» Unes «affiches», titres jeux de mots, mise en page sans cesse renouvelée, clins d'oeil au lecteur Depuis cinquante ans, Libé tente de mettre l'information en scène et en valeur de façon différente. Venez discuter avec les chefs du service Edition (les «titreurs» de Libé) et la direction   artistique du journal (ses metteurs en scène) et découvrez, au fil d'anecdotes et de unes iconiques, comment, chaque jour, ils oeuvrent pour vous offrir un journal et un site qui se distinguent et vous surprennent. ?Rencontre avec Caroline Vigent et Jérôme Balazard, chefs du service Edition, Nicolas Valoteau, directeur artistique et Lionel   Charrier, chef du service Photo. (La rue musicale) 14 h 30 - 15 h 30 Portraits de der : les secrets d'une page culte ?Rencontre avec Luc Le Vaillant et Quentin Girard, responsables du service Portraits, et Marie Rouge, photographe. (La rue musicale) 14 h 30 - 15 h 30 Fact-checking : CheckNews ou le journalisme à la demande ?Rencontre avec Cédric Mathiot, chef du service CheckNews. (La rue musicale) 14 h 30 - 15 h 30 Culture : exception ou pas ? ?Rencontre avec Didier Péron, rédacteur en chef adjoint, Olivier Lamm, chef de service, et Sandra Onana, cheffe de service adjointe au service Culture. (La rue musicale) 15 heures - 16 heures Lecture performée avec Lisette Lombé La poétesse Lisette Lombé écrit comme elle slame : en souffles, en rythmes, en assonances, en allitérations. Ses textes nous parlent de désirs, de colères, de sororité et de transmission. ?Rencontre et performance animée par Thomas Stélandre, chef adjoint du service Livres. (Librairie) 15 h 30 - 16 h 30 Médias : l'indépendance à la loupe   ?Table ronde avec Daniel Schneidermann, journaliste, fondateur d'Arrêt sur images, Denis Olivennes, président de la holding propriétaire de Libération, Anne Sinclair, journaliste, fondatrice du HuffPost France (photo ci-dessus), Emmanuelle Souffi, ex-rédactrice en chef société du Journal du dimanche.   (La rue musicale-grande scène)   16 heures - 17 heures 50 ans d'achives : plongée dans des numéros collector ?Rencontre avec Bénédicte Dumont et Claudine Mamy, archivistes et documentalistes de Libération, avec Marie Leroch de la BNF. (La rue musicale) 16 heures - 17 heures High-tech : comment améliorer l'expérience lecteur ? ?Rencontre avec Adèle Bacos, directrice du service Marketing- Abonnements et Florian Desloires, directeur du service Produit- Innovation Web. (La rue musicale) 16 heures - 17 heures «C'est un mec, y meurt » ?Rencontre avec Stéphanie Aubert, directrice adjointe de la rédaction, et Michel Becquembois, responsable des nécrologies. (La rue musicale) 16 heures - 17 heures Témoigner : comment recueillir la parole des plus vulnérables ? Femmes victimes de violences conjugales, exilés aux parcours migratoires traumatisants, citoyens victimes de violences policières... Quelle relation de confiance est-il nécessaire de nouer pour obtenir ces témoignages ? Quelle distance entre un journaliste et ses sources ? ?Rencontre avec Virginie Ballet, Ismaël Halissat et Gurvan Kristanadjaja, journalistes au service Société. (La rue musicale)   16 heures - 17 heures «Pépites», un podcast en direct Dans ses romans, Hélène Frappat tord les histoires, les balance entre fiction et réalité, entre ce qu'il y a de visible et d'invisible. On y trouve de longs parcours philosophiques, du féminisme et beaucoup de cinéma. Pour un épisode spécial du podcast Pépites enregistré en public,   le journaliste Sébastien Thème explore avec elle sa manière de travailler, d'appréhender l'écriture et de construire ses récits.   ?Pépites, le nouveau podcast culturel de Louie Media, chaque lundi, avec celles et ceux qui font la culture de demain. (Librairie)   17 heures - 18 heures Plateformes : la nouvelle info ? Les plateformes comme Twitch, TikTok, YouTube sont aujourd'hui les principales sources d'information des 15-25 ans. Accélération, sensationnalisme, fatigue informationnelle, formats innovants Les nouveaux usages bousculent les modèles traditionnels sur lesquels se sont fondés les médias. Comment parler autrement des sujets de société pour s'adresser à tous les publics ? Comment hiérarchiser l'information dans un univers très horizontal ? Comment cohabiter avec les créateurs de contenus ? Quel ton utiliser ? Comment comprendre l'incarnation qu'impose ces nouveaux médias ? Finalement, comment converser avec nos lecteurs ? ?Table ronde avec Domingo, streamer, Johan Hufnagel, cofondateur de Loopsider. Rencontre animée par Lauren Provost, directrice adjointe de la rédaction. (La rue musicale-grande scène) 17 h 30 - 18 h 30 Otage, rencontre avec Olivier Dubois Enfin ! Après 711 jours de captivité au Sahel, Olivier Dubois (photo ci-dessous), correspondant de   Libération, du Point et de Jeune Afrique au Mali, a été libéré le 20 mars dernier. Quelles ont été les conditions de sa détention ? Comment tenir ? A quoi ressemblait son quotidien ? En quoi la mobilisation des autorités, de ses amis, de ses proches et de la profession a-t-elle permis sa libération ? Que s'est-il réellement   passé à Gao le jour de son enlèvement ? Quel a été le rôle des autorités et de l'armée française ? Il revient sur sa captivité et nous explique comment être, à nouveau, un homme libre.   ?Rencontre avec Olivier Dubois, animée par Sonia Delesalle-Stolper et Célian Macé, rédactrice en chef adjointe et reporter au service Monde. (La rue musicale) 17 h 30 - 18 h 30 Breaking news ! Comment la newsroom se met-elle en branle quand une information imprévisible tombe ? A partir de trois cas différents (l'explosion de la rue Saint-Jacques, la mort de Nahel et l'annonce de la mort de Prigojine), plongez dans le service Actu. Envoi d'un reporter, coordination   avec le service concerné, vérification de l'information, recoupement des sources, envoi d'un push, actualisations successives On vous raconte tout du circuit de l'information à chaud. ? Rencontre avec Laure Bretton, rédactrice en chef au service Actu, et Mickaël Frison, responsable des Réseaux sociaux.   (La rue musicale) 17 h 30 - 18 h 30 Lifestyle : la vie à la mode Gastronomie, design, beauté, nouvelles technologies, parentalité, vie amoureuse et sexuelle... Comment raconter le monde qui vient sans tomber dans les clichés consuméristes ? Comment porter   la voix de celles et de ceux qui font bouger les lignes ? Finalement, raconter les modes de vie, n'est-ce pas (un peu) politique ? ?Rencontre avec les journalistes du service Modes de vie.   (La rue musicale) 17 h 30 - 18 h 30   Comment couvrir les grands procès terroristes ? ?Rencontre avec Juliette Delage et Chloé Pilorget-Rezzouk, journalistes au service Société. (La rue musicale) 18 h 30 - 19 h 30 La «une» en direct et en public ? Journalistes, rédaction en chef et direction artistique discutent, en public, du choix de l'image et des titres de une. Une expérience singulière et inédite.   (La rue musicale-grande scène). </text>
	

	<text titre="Wagner, l'armée invisible de Poutine mise à nu" date="2023 11 09T00:00:00" journal="Libération" auteur="matteo maillard" annee="2023" mois="11" jour="9" journal_clean="Libération" keywords="invisible, armée, poutine, wagner, ombre" langue="fr"> Comment enquêter sur un fantôme, une armée de l'ombre dont les ramifications atteignent quatre continents et comprennent une multitude de théâtres d'opérations, de la guerre de tranchées en Ukraine à la lutte antiterroriste au Sahel ? Un empire invisible caché derrière une galaxie de 600 sociétés aux activités si diverses : entreprises extractrices d'or et de diamant, scieries de bois précieux, distilleries de vodka, réalisation de films, production médiatique, boîtes de sécurité, conseil politique et stratégique. C'est à ce défi complexe que se sont attelés Lou Osborn et Dimitri Zufferey : circonscrire et expliquer le fonctionnement de cette société militaire privée russe dont tout le monde parle. La première est enquêtrice freelance pour l'ONG britannique Centre for Information
Resilience et le second est journaliste-recherchiste à la Radio télévision suisse. Tous deux animent All Eyes on Wagner, un collectif, lié à l'association française Open Facto, qui depuis plus d'un an documente les activités de ces mercenaires à   travers le monde. Lézardes. Malgré son omniprésence dans l'actualité, Wagner reste, par sa structuration, un objet insaisissable, un édifice impénétrable à l'analyse. Dans sa façade apparaissent pourtant des lézardes : fuites de données, traces numériques involontaires, mouvements géospatiaux de ses troupes, documents abandonnés sur le terrain C'est en exploitant ces failles que les deux auteurs recomposent l'histoire de l'organisation paramilitaire née en 2014, lors de l'annexion de la Crimée. Un «prolongement opérationnel caché» de l'armée et des services secrets russes qui permet à Moscou de se réfugier derrière le déni plausible, niant son implication dans des actions illégales : désinformation, ingérence électorale ou raids armés. En s'appuyant sur les techniques et les outils du renseignement en sources ouvertes, les enquêteurs révèlent les dessous de l'organisation mafieuse. Par l'analyse d'images satellites, l'épluchage minutieux de bases de données, d'organigrammes, de plans de vol et le remarquable travail de veille de ces auteurs, cette enquête déshabille les modes opératoires de «l'armée invisible de Poutine». Si certains événements sont déjà connus, on tient ici le premier ouvrage qui, en les compilant et les croisant à leurs propres investigations fouillées, offre une compréhension extensive et intégrale du phénomène Wagner. Ce livre touffu convoque à chaque page personnages clandestins, sociétés écrans, incidents violents et mouvements financiers opaques. Nébuleuse. L'imbrication de ces faits éparpillés en fragments recompose l'image d'une compagnie des Indes orientales contemporaine, dévolue aux velléités impérialistes de la Russie. Une armée totale qui intègre sa propagande et son modèle économique, lui conférant une autonomie qui causera sa perte et celle de son dirigeant, l'oligarque Evgueni Prigojine mort dans un suspicieux crash d'avion, deux mois après sa mutinerie, en août 2023. Est-ce la fin de Wagner pour autant ? Si les leaders du groupe sont aujourd'hui décédés ou écartés, que la nébuleuse se dissout, le succès de son modèle hybride se perpétue déjà sous d'autres noms. Dans son désir de conquête du monde, Poutine n'a pas prévu d'abandonner son efficace armée de l'ombre.   Lou Osborn et Dimitri Zufferey Wagner. Enquête au coeur du système Prigojine Préface de Pierre Haski, Editions du Faubourg, 320 pp., 22 €. </text>
	

	<text titre="« Poutine a fait la grande alliance entre l'impérialisme russe et l'islam radical »" date="2023 11 10T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24640" auteur="mandeville, laure" annee="2023" mois="11" jour="10" journal_clean="Le Figaro" keywords="radical, résistance, russe, poutine, film, oui, ukrainienne, alliance, impérialisme, islam, grande, islam_radical, ukraine" langue="fr"> LE FIGARO. - Ce qui m'a frappé, en regardant votre film, c'est que c'est un hymne à l'Ukraine, à la résistance ukrainienne.Bernard-Henri LÉVY. - Oui. Je connais bien l'Ukraine. Je l'aime. Et ce, depuis la révolution de Maïdan, en 2014. J'ai été saisi, à l'époque, par le souffle de l'événement. Il n'y en a pas tant que ça, des événements, des vrais, dans l'histoire des hommes...
Vous parlez du « surgissement d'un peuple qui retrouve dans la bataille le goût d'un héroïsme que l'Europe a oublié ».J'ai été éduqué par un père héroïque dans le culte de la France libre, des premiers gaullistes, des engagés de l'armée d'Afrique et, avant cela, des Brigades internationales en Espagne. C'est ça que je retrouve en Ukraine, cet héroïsme collectif. C'est ça qu'avec mon ami Marc Roussel nous avons filmé dans les tranchées, où tout un peuple, depuis presque deux ans, rappelle au monde cette maxime venue de la révolution mexicaine il y a un siècle : « Mieux vaut prendre le risque de mourir debout que vivre couché ou à genoux ».  Vous dites aussi que ce qui se joue est plus grand que le seul destin de l'Ukraine.Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les Ukrainiens. À tous, nous avons posé la question de Frank Capra : « Pourquoi combattez-vous ? » Tous ont répondu : « Pour notre pays et pour l'Europe. » Voire : « pour notre liberté et pour celle du monde ». Si l'enjeu de cette bataille est global, c'est parce que les Ukrainiens se battent contre un pays, la Russie, qui en train de déclencher une guerre mondiale. Si Poutine devait l'emporter, je crois vraiment que c'en serait fini de l'Europe, de l'autorité de l'Occident, du rayonnement de ses valeurs.  Le but de Poutine est la confrontation totale avec l'Occident ?C'est ce que lui et ses idéologues répètent depuis vingt ans. On n'a pas voulu entendre. Cet Occident qui a tendu la main à la Russie après la chute du mur de Berlin, qui lui a proposé toutes les formes possibles d'association, Poutine le hait. Et il hait, encore davantage, la part d'Occident qui est dans les têtes du monde non-occidental.  L'Occident, donc, au sens de la liberté ?Oui. Car l'Occident est une catégorie métaphysique autant que géographique. Une région de l'Être autant que du monde. Et, dans cette région, on dit une chose très simple mais de plus en plus difficile à entendre dans une Europe minée par la haine de soi. La liberté vaut mieux que la servitude. Un régime politique et social fondé sur l'égalité entre les sexes est préférable à celui qui repose sur l'abaissement des femmes. Ou encore : la démocratie parlementaire est supérieure au « despotisme oriental » théorisé, après Montesquieu, par le grand historien de la Chine, Karl Wittfogel.  Votre film se déroule sur le front de juin à septembre 2023. Que pensez-vous du constat d'échec formulé par le chef d'état-major, Valeri Zaloujny ? Il parle d'une impasse, et de la nécessité d'un miracle technologique pour en sortir.Il y a eu un miracle psychologique : l'héroïsme de Zelensky, puis le sursaut et la vaillance des Ukrainiens. Il faut, maintenant, un second miracle, bien plus facile que le premier et dont je ne suis pas sûr qu'il soit vraiment « technologique ». Ce serait qu'arrivent enfin à l'Ukraine les avions F-16, sans lesquels elle ne peut pas avancer davantage. Les Occidentaux font beaucoup. Mais ils font juste ce qu'il faut, pour que l'Ukraine tienne. Mais pas pour qu'elle l'emporte. Avec mon équipe, nous nous sommes immergés dans les fronts du Donbass. Et nous avons, position après position, compté les munitions. Les Ukrainiens ont quelques jours d'avance. Parfois une semaine. Le reste arrive au compte-gouttes.  Les Occidentaux freinent parce qu'ils ont peur d'un scénario qui emmènerait la Russie vers l'escalade nucléaire ou le scénario d'implosion de la Fédération russe ?C'est, pour l'heure, la seule vraie victoire de Poutine. Avoir su nous intoxiquer en nous persuadant que la Russie est un pays dangereux et prêt pour toutes les convulsions. Et qu'une défaite trop prononcée la plongerait dans un chaos semblable à celui d'après la révolution de 1917, ou la chute du mur de Berlin. Compte tenu du cadre géopolitique global dans lequel cette guerre s'inscrit, cette perspective, moi, me réjouirait plutôt. Je suis comme François Mauriac qui « aimait » tellement l'Allemagne qu'il n'était pas fâché, après la déroute du nazisme, qu'il y en ait deux...  Êtes-vous en train de dire qu'à l'Élysée, par exemple, on ne comprend pas ce cadre global ?On le comprend mieux à Paris qu'ailleurs. Mais je suis inquiet à propos de Washington et aussi bien sûr, de ce fameux « Sud global » , où on n'a pas l'air de comprendre que l'impérialisme d'aujourd'hui, avec son cortège de pillages, de meurtres et d'humiliations, est chinois, turc, iranien, islamiste et, bien entendu, russe...  Vous évoquez l'Iran, l'islam radical. Comment reliez-vous le conflit ukrainien dont traite votre film à la crise moyen-orientale qui a éclaté avec l'attaque du Hamas le 7 octobre ?Le Hamas est une organisation nazie qui n'existerait pas sans le soutien stratégique et financier de l'Iran. Et, derrière l'Iran, de la Russie. Les Ukrainiens le savaient. « Tandis que vous tournez ce film, me disaient-ils, Lavrov reçoit le Hamas et des discussions se tiennent à Beyrouth, bénies par Poutine, entre le Hezbollah, des instructeurs iraniens et les pogromistes du Hamas. » Je suis persuadé que les Russes étaient au courant. Et les Ukrainiens aussi le pensent.  Poutine maintenait un équilibre entre sa relation avec Israël et ses multiples connexions avec le Hamas, le Hezbollah, l'Iran... Depuis le 7 octobre, il a pris parti !Je n'ai jamais cru à cette relation avec Israël. J'ai lu les idéologues qui entourent Poutine. J'ai même débattu, il y a quelques années, à Amsterdam, avec Alexandre Douguine, l'un de leurs chefs de file, théoricien de l'eurasisme. Il a deux boussoles. L'antisémitisme. Et, bien entendu, l'anti-occidentalisme. Il a toujours dit qu'Israël était un laquais des États-Unis et le sionisme une plaie. Ce 7 octobre, jour de l'attaque du Hamas contre les kibboutz, il a publié un texte sur Twitter. Pas un mot sur les victimes. Pas l'ombre d'une condamnation du terrorisme. Mais des considérations fumeuses, et flatteuses, sur le « messianisme » à l'oeuvre dans l'islam radical.  Comment justifie-t-il cette alliance avec l'islamisme et l'antisémitisme ? C'est une bataille contre la modernité ?Douguine est proche, en France, d'Alain Soral. Il est imprégné par la pensée de René Guénon et de Julius Evola. À l'époque où je l'ai rencontré, il citait, sans toujours le nommer, l'agitateur antisémite Jean-François Thiriart. Comme eux, il justifie l'antisémitisme par le caractère « corrupteur » d'un « ferment juif » travaillant à dissoudre les identités organiques les plus fortes. À commencer par l' « identité russe ». Et par l'identité « impériale » musulmane.  Mais l'alliance avec le radicalisme musulman n'est-elle pas surtout un instrument pour le Kremlin ? Le monde orthodoxe russe ne fait pas bon ménage avec l'intégrisme musulman.Si. C'est toute « l'originalité » du poutinisme. Son ennemi, c'est le catholicisme. Le judaïsme, mais aussi le catholicisme. Et, dans le catholicisme que ces idéologues appellent aussi « l'hérésie latine » , ce qu'il hait par-dessus tout, c'est la séparation de principe entre ce qui revient à Dieu et ce qui revient à César. Face à ça, ils prônent la grande alliance des deux messianismes, russe et musulman.  Les Soviétiques finançaient massivement le terrorisme arabe et notamment palestinien.Il y a cette tradition, c'est vrai. Tous les mouvements terroristes palestiniens étaient financés en sous-main par le KGB. Mais on est passés, avec Poutine, à un niveau supérieur et plus idéologique. Quand, pendant le début de la guerre d'Ukraine, Poutine s'appuyait sur la « jambe Prigojine » (incarnant le camp des ultra-patriotes, NDLR) et la jambe Kadyrov (patron de la Tchétchénie, où règne un régime de terreur et de charia), ce n'était pas un hasard.  La Russie est désormais la force qui coagule l' « internationale du ressentiment » , les Chinois étant en arrière-plan, comme le montre la déferlante anti-israélienne sur TikTok ?Oui. C'est l'internationale dont je vous parlais tout à l'heure et qui est partie à la conquête du « Sud global ». D'un côté, les États-Unis, l'Europe et ceux qui, dans le reste du monde, se réclament de leurs valeurs. Et, de l'autre, les Poutine, Xi Jinping, Erdogan, Khamenei qui, avec les sunnites type talibans ou Hamas, ont décidé de remodeler à leur profit l'ordre géopolitique. Cette configuration est nouvelle.  Et particulièrement préoccupante, car elle traverse nos pays, comme on le voit depuis le 7 octobre, à la fois sur les campus américains et certains quartiers de Paris où l'on soutient à haute voix le Hamas et l'on conspue les Juifs, Israël, et le méchant homme blanc occidental.Absolument. Ce qui veut dire, par parenthèse, que, si « guerre de civilisation » il y a, elle est, de nouveau, non pas géographique, mais dans les têtes, dans nos têtes, dans nos villes. Poutine ou Erdogan, cela dit, soufflent sur les braises. Et il semble que ce soit les Russes, qui sont, par exemple, derrière l'épidémie de tags antisémites dans les rues de Paris. L'Ukraine, elle, est avec nous dans cette bataille.  Vous montrez d'ailleurs dans votre film les correspondances entre Israël et l'Ukraine.Oui. Avec cette scène, pour moi très émouvante, où nous filmons à visage découvert des jeunes soldats de Tsahal qui se battent au coude-à-coude avec une unité d'élite ukrainienne.  Vous montrez aussi la vie juive qui renaît en Ukraine. Le lourd passif est en train d'être surmonté ?Un passif monstrueux. Mais une des différences entre la Russie et l'Ukraine, c'est que l'Ukraine a largement engagé son travail de mémoire, de deuil et de repentance. Et le résultat, ce sont ces synagogues de Dnipro ou d'Odessa où l'on prie, et étudie, avec fierté.  Vous filmez une scène amusante, d'un soldat juif blessé qui fait des pompes dans la synagogue de Dnipro pour montrer qu'il veut repartir au combat au plus vite...Oui. Il est devenu l'idole de mes fixeurs ukrainiens ! Tous se disputaient l'honneur de faire un selfie avec lui !  Autre moment marquant : celui où vous interrogez trois prisonniers russes.Ils sont pitoyables ! Pas préparés. Traités comme des esclaves. Et sans la moindre idée de pourquoi ils font cette guerre. J'aimerais que les Français voient cet extrait pour comprendre l'état de démoralisation de « la deuxième armée du monde » qui y transparaît, alors que tant d'entre nous la croient invincible...  Dans votre tableau de l'Ukraine héroïque, y a-t-il des choses qui vous inquiètent pour l'avenir ? La russologue Françoise Thom redoute le syndrome des soldats français revenus de la guerre 1914-1918, quand la saignée a accouché d'un pacifisme menant à la défaite.C'est possible et tout m'inquiète : les vies brisées ; les dommages irréparables causés aux corps et aux âmes... Je ne sais pas comment on se remet d'une pareille épreuve. Mais les soldats tiennent bon. L'Occident est fatigué de cette guerre. Pas eux.  Si l'épreuve vient en Europe, aurons-nous cette même capacité à nous battre ?Je ne sais pas. Regardez ce qui s'est passé, récemment encore, en Afrique, où nous avons choisi le repli... Cela dit, j'espère de tout mon coeur que nous ayons cette capacité. C'est pour cela que j'ai fait ce film. Pour montrer, ici, en France, l'exemple de cette résistance ukrainienne à la fois totalement inattendue et absolument héroïque.  Vous parliez tout à l'heure de galerie de héros. Qui est au centre de la vôtre ?Ces Français libres que nous évoquions. Mais il y a aussi cette internationale d'écrivains qui sont aussi des hommes d'action et qui me fascinent depuis mon plus jeune âge : Malraux, Lawrence d'Arabie, George Orwell, le Hemingway de la guerre d'Espagne et, bien sûr, leur maître à tous, lord Byron.  Dans ce contexte, comment prenez-vous les accusations de narcissisme contre vous ?Je m'en moque. Cela fait cinquante ans que j'essaie de rendre un peu de lumière aux victimes et héros oubliés des guerres contemporaines. Emmanuel Levinas, l'un de mes maîtres, appelait cela « s'autruifier » , devenir l'hôte, l'otage, de l'autre...  À 75 ans, vous avez un vrai courage physique. C'est l'urgence de la vérité qui vous anime ?Michel Foucault appelait ça la « parrêsia ». En grec, le « courage de la vérité ». Mais « urgence » est bien aussi.  Vous avez peur de ce qui se passe en France ? Cette montée de la violence, des communautarismes, de l'antisémitisme.Il y a deux choses qui me font peur. Des attentats antisémites. Et puis, dans ce climat de haines chauffées à blanc par les extrêmes, une guerre civile.   Les dommages irréparables causés aux corps et aux âmes. Je ne sais pas comment on se remet d'une pareille épreuve </text>
	

	<text titre="Le Burkina Faso resserre son alliance avec la Russie" date="2023 11 16T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="olorin maquindus et anna sylvestre-treiner" annee="2023" mois="11" jour="16" journal_clean="Le Monde" keywords="tête, arrivée, traoré, faso, novembre, alliance, septembre, russie, capitaine, burkina, ibrahim" langue="fr"> Qu’est venu faire un Iliouchine II-76 à Ouagadougou, vendredi 10 novembre ? Alors que, depuis son arrivée à la tête du Burkina Faso en septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré entretient le flou sur ses alliances, l’atterrissage, à l’aéroport Thomas-Sankara de la capitale, de cet avion russe, avec, à son bord, une vingtaine de militaires, a levé une partie des interrogations. Neuf mois après la fin des opérations françaises sur le territoire burkinabé, la junte s’est engagée dans une nouvelle union, avec la Russie de Vladimir Poutine.   Le gouvernement burkinabé a multiplié les signes de rapprochement avec Moscou ces dernières semaines, dans toutes sortes de domaines : « L’humanitaire, l’énergie, le nucléaire, la culture, etc. », énumérait, en octobre, un communiqué de l’exécutif du Burkina Faso . Au milieu de ce mois, la construction d’une centrale nucléaire civile par l’agence russe Rosatom, « pour couvrir les besoins énergétiques de la population burkinabée » , était annoncée ; mardi, la coopération sanitaire dans la lutte contre l’épidémie de dengue qui sévit dans le pays était mise en avant. Mais c’est avant tout dans le secteur militaire que Ouagadougou a besoin de Moscou.
Trois jours avant l’arrivée de l’Iliouchine II-76, le 7 novembre, le ministre burkinabé de la défense, le colonel Kassoum Coulibaly, était à Moscou pour rencontrer son homologue, Sergueï Choïgou. M. Coulibaly s’est félicité de l’entrée dans « la phase pratique » de la coopération entre les deux pays en matière de défense. La phase théorique, elle, avait eu lieu quelques semaines plus tôt, lorsqu’une délégation russe menée par le ministre adjoint de la défense, Iounous-bek Evkourov, avait été reçue en septembre par le président Ibrahim Traoré. « Les domaines de coopération qui concernent en premier lieu le secteur militaire, dont la formation de soldats et d’officiers burkinabés de tous niveaux, notamment des pilotes en Russie », ont été discutés, avait déclaré la présidence burkinabée.   La mise en œuvre de l’alliance entre les deux pays s’est accélérée depuis la rencontre entre Ibrahim Traoré et Vladimir Poutine, à l’occasion du sommet Russie-Afrique de Saint-Pétersbourg, fin juillet. Lors de son unique déplacement à l’étranger depuis sa prise de pouvoir, le chef de la junte s’était fait remarquer par sa diatribe contre les pays « impérialistes ».   Avec la Russie, « nous partageons la même histoire en tant que peuples oubliés du monde », avait lancé le capitaine de 35 ans, qui n’avait quitté ni son treillis ni son béret. Le jeune dirigeant surjoue une proximité avec Thomas Sankara, le président burkinabé qui, en 1986, avait osé prendre à partie François Mitterrand à un dîner de gala. S’estimant « en famille », Ibrahim Traoré avait assuré Vladimir Poutine du « soutien du peuple burkinabé et de[son] gouvernement sur la situation que vit la Russie avec “l’opération spéciale” »en Ukraine.  En position délicateCe nouvel allié pourrait lui être particulièrement utile, alors que le dirigeant burkinabé est en position délicate. Dès son arrivée à la tête de l’Etat, il a fondé sa politique et sa propagande sur l’efficacité de sa riposte face aux groupes djihadistes. Il a pour cela recruté des milliers de civils pour garnir les rangs des combattants et sonné la « mobilisation générale » en avril, signant un décret lui permettant de réquisitionner les jeunes de plus de 18 ans. Des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), environ 90 000 selon les chiffres officiels, qui nécessitent un approvisionnement considérable en armement.   Car, sur le terrain, aucune amélioration n’a été constatée. Malgré les promesses du gouvernement aux populations, des régions entières du pays restent déstabilisées par les attaques des groupes djihadistes, quelque 2 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, des milliers sont réfugiées dans les pays voisins, et les violences – qui ont fait au moins 16 000 morts depuis 2015 selon l’ONG Acled – ne diminuent pas.   Le 5 novembre, un massacre a encore été signalé dans le village de Zaongo, dans le Centre-Nord, qui a fait au moins 70 victimes, « essentiellement des enfants et des personnes âgées », selon le procureur du Burkina Faso. Les « auteurs des atrocités demeurent inconnus », reconnaissait-il, lundi 13 novembre. Des soldats burkinabés, ainsi que des VDP, ont, eux aussi, été impliqués dans des tueries ces derniers mois, sans jamais être traduits en justice.   Dans ce contexte, plusieurs alliés historiques du Burkina Faso ont refusé de coopérer militairement avec Ibrahim Traoré. En janvier, la Côte d’Ivoire avait accepté de livrer un millier de kalachnikovs, des pick-up et des munitions à son voisin. « Dans un premier temps, nous avons joué la carte de la coopération face au péril terroriste qui nous menace tous, reconnaît sous le couvert d’anonymat un ministre ivoirien, mais nous ne le referons plus. Ibrahim Traoré n’est pas un partenaire fiable. »Auparavant, Ibrahim Traoré avait fait appel à la France, qui avait refusé de lui fournir des armes. C’est à la suite de cette fin de non-recevoir que le Burkina Faso avait demandé le départ de l’ambassadeur de France, Luc Hallade, et celui des forces spéciales françaises de l’opération « Sabre » déployées dans le pays.   Désormais, le jeune capitaine fait ouvertement le choix de marcher sur les pas d’Assimi Goïta, à la tête du Mali voisin, avec lequel il a constitué une « Alliance des Etats du Sahel » aux côtés des putschistes nigériens, menacés par une intervention militaire des pays de la région, lors de leur prise de pouvoir fin juillet.  Campagnes de propagandeAu Mali, les 1 600 supplétifs du groupe de mercenaires russes Wagner déployés depuis décembre 2021 sont engagés dans les combats auprès de l’armée malienne, notamment ces derniers jours pour reprendre Kidal aux rebelles du Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement.   Cette nouvelle alliance permet à la Russie d’affermir son influence en Afrique, où elle continue d’être engagée en dépit de la mort du patron de Wagner, Evgueni Prigojine, en août. Elle y multiplie les campagnes de propagande et les tentatives de rapprochement avec certains régimes ou acteurs politiques. Fondé sur un échange entre une offre sécuritaire et l’exploitation des ressources minières, ce partenariat devrait aussi apporter à Ibrahim Traoré un bénéfice précieux : sa sécurité personnelle, à l’image de celle assurée par Wagner auprès du président Faustin-Archange Touadéra en République centrafricaine.   Ibrahim Traoré, auteur d’un coup d’Etat, le deuxième en moins d’un an, qui a renversé Paul-Henri Sandaogo Damiba, sait que le pouvoir est fragile. En proie à une contestation syndicale grandissante, le gouvernement a dit avoir déjoué une tentative de putsch, le 27 septembre, et annonce une restructuration de l’armée. « A certains égards, la lutte contre le terrorisme est une couverture pour protéger le régime. Les putschistes entendent rester au pouvoir très longtemps », considère un ancien diplomate burkinabé en exil. Des élections pour mettre fin à la transition doivent, selon la junte, se tenir en juillet 2024.p </text>
	

	<text titre="Le meurtrier d'Anna Politkovskaïa gracié pour services rendus en Ukraine" date="2023 11 16T00:00:00" journal="La Croix, no. 42771" auteur="benjamin quénelle" annee="2023" mois="11" jour="16" journal_clean="La Croix" keywords="services, gracié, politkovskaïa, anna, ukraine" langue="fr"> Moscou (Russie)   De notre correspondant   Des fleurs fraîches et de l'eau claire. Régulièrement, des mains anonymes entretiennent à Moscou la mémoire d'Anna Politkovskaïa, la célèbre journaliste russe assassinée le 7 octobre 2006. Au pied de la rédaction de Novaïa Gazeta , son journal désormais interdit, une simple plaque avec son portrait lui rend hommage. Mais ce 14 novembre, plus de dix-sept ans après ce meurtre dont les commanditaires n'ont jamais été retrouvés, une décision vient de choquer la presse indépendante. Sergueï Khadjikurbanov, ex-policier condamné à vingt ans de prison en 2014 pour avoir été l'un des exécutants dans l'organisation de cet assassinat, a été gracié. La rançon de ses bons et loyaux services?: sorti de prison, il a combattu avec l'armée russe en Ukraine.
« C'est un criminel », rappelle simplement à La Croix Dmitri Mouratov, fondateur et rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, récompensé du prix Nobel de la paix en 2021. Ce dernier se dit choqué par cette grâce passée inaperçue auprès du grand public. « L'État a depuis longtemps cessé de protéger la loi, mais il utilise cette loi selon sa propre compréhension perverse. C'est un fait monstrueux d'injustice et d'arbitraire  », a condamné dans un communiqué la rédaction de Novaïa Gazeta. C'est dans les pages de ce journal qu'Anna Politkovskaïa avait alerté inlassablement ses concitoyens et la communauté internationale sur la dangerosité du «?poutinisme?», en dépit des pressions du Kremlin.   Depuis son assassinat, des reporters de Novaïa Gazeta continuent de mener l'enquête pour en identifier les commanditaires. Ni la rédaction, ni la famille d'Anna Politkovskaïa n'ont été prévenues de la libération anticipée de Sergueï Khadjikurbanov et de son départ au combat en Ukraine, où il opère désormais comme commandant de bataillon. Comme plusieurs milliers de prisonniers russes, il a obtenu la liberté en échange de six mois de service dans l'armée. S'y ajoute, dans son cas, la grâce par décret présidentiel. Cette pratique avait été lancée par Evgueni Prigojine. Dès le début de « l'opération militaire spéciale »en Ukraine, le chef de la milice paramilitaire Wagner avait fait le tour des prisons pour y chercher des combattants.   Un mode de recrutement qui a survécu à la mort du chef de guerre le 23 août dernier et à la dissolution officielle du groupe Wagner. Quelque 100?000 prisonniers (dont près de la moitié recrutés par Wagner) ont ainsi rejoint l'armée russe en Ukraine, estime Olga Romanova, responsable d'un groupe indépendant de défense des droits des prisonniers. « Ces prisonniers expient leurs crimes avec leur sang dans les brigades d'assaut, sous les balles et sous les obus », a déclaré vendredi dernier le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Sur les réseaux sociaux, des critiques rappellent cependant que plusieurs ex-prisonniers ont depuis commis de nouveaux crimes. Après leur retour du front. </text>
	

	<text titre="Ukraine : le spectre de la tempête parfaite" date="2023 11 16T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="par sylvie kauffmann" annee="2023" mois="11" jour="16" journal_clean="Le Monde" keywords="tempête_parfaite, diplomatie, chef, interview, parfaite, guerre, ukrainienne, tempête, ukraine" langue="fr"> Si l’Occident ne peut pas gagner la guerre en Ukraine, alors quelle guerre peut-il gagner ? Bonne question ! C’est le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kuleba, qui la pose dans une interview au journal allemand Die Welt, publiée vendredi 10 novembre. L’intérêt de la question, en fait, ne réside pas tant dans la réponse qu’elle devrait susciter que dans le fait qu’elle soit posée aujourd’hui, au bout de vingt mois de guerre. Elle implique que l’hypothèse d’une défaite de l’Ukraine, malgré le soutien occidental, est non seulement envisagée, mais plausible.   Destructrice et meurtrière, cette guerre, lancée par la Russie contre l’Ukraine le 24 février 2022, est géographiquement circonscrite, mais elle a remis en cause l’ordre de sécurité du continent ; la défense du pays envahi est donc présentée comme existentielle par les dirigeants européens. Pourtant, le conflit est aujourd’hui dans l’impasse et les nuages s’accumulent, au point que se profile ce que les Américains appellent « une tempête parfaite » (perfect storm) : une crise particulièrement grave, causée par la convergence de plusieurs phénomènes défavorables.
Où que l’on regarde, les tendances négatives pour l’Ukraine et ses alliés convergent. Sur le terrain militaire, le front est figé. Dans une interview au magazine britannique The Economist, le chef d’état-major de l’armée ukrainienne, le général Valeri Zaloujny, a reconnu que la contre-offensive menée par ses forces depuis cinq mois « ne se solderait pas par une belle et profonde percée ».  « Comme pendant la première guerre mondiale, dit-il, nous avons atteint le niveau de technologie qui nous mène dans une impasse. »Il a perdu l’espoir de faire reculer la Russie en lui infligeant des pertes massives : « C’était mon erreur. La Russie a perdu 150 000 hommes. Dans n’importe quel autre pays, ce niveau de pertes aurait mis un terme à la guerre. »Recrutement russe d’ampleurOr, si la Russie a apparemment renoncé à mobiliser des civils en raison de l’impopularité de la mesure en septembre 2022, elle parvient à régénérer ses forces en recrutant massivement pour son armée de métier et concentre l’essentiel de l’effort humain sur la guerre en Ukraine. « En ce moment, la Norvège pourrait prendre Mourmansk avec des forces de police tellement le nord de la Russie est dégarni », ironise un expert scandinave. La taille de la population ukrainienne, qui subit elle aussi de lourdes pertes, ne permet pas de recrutement d’une telle ampleur ; on assiste même en Ukraine, ces jours-ci, à des protestations de femmes de soldats qui, sur le front, n’ont pas eu de permission depuis dix-huit mois.   Compenser la faiblesse du nombre par la puissance de l’armement est un autre défi, en quantité et en qualité. Toutes les capacités industrielles de la Russie sont appelées à contribuer à l’industrie de la défense pour produire des munitions vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La Russie s’est mise en mode économie de guerre. En Europe, certains en ont parlé, mais le passage à l’acte se fait attendre. La belle promesse d’un million de munitions à livrer à l’Ukraine d’ici à mars 2024 ne s’est concrétisée à ce jour que par la production de 300 000 unités.   Le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, souligne que l’industrie de l’armement européenne produit, certes, mais pas assez et d’abord pour ses clients à l’exportation. On ne réquisitionne pas les grands groupes privés de l’armement en Europe, comme le fait le Kremlin avec l’industrie de la défense russe. Quant au « saut technologique » que le général Zaloujny appelle de ses vœux, il relève, là, d’une décision stratégique : depuis le début de la guerre, les Occidentaux, obsédés par l’idée d’éviter une escalade qui les entraînerait trop loin, calibrent soigneusement chaque palier dans le niveau de sophistication de l’aide qu’ils fournissent, tardivement,à l’armée ukrainienne.   Sur le front diplomatique, l’irruption de la guerre entre Israël et le Hamas a accaparé l’attention des Etats-Unis, forcésde se réinvestir au Moyen-Orient après avoir été contraints de se réinvestir en Europe par l’agression russe : l’Ukraine craint de se trouver en compétition avec Israël pour la fourniture d’armement américain et de munitions. La mobilisation de l’opinion publique mondiale contre le traitement infligé à la population civile de Gaza par l’ampleur de la riposte israélienne aux attaques terroristes du Hamas du 7 octobre embarrasse les dirigeants occidentaux. Inévitablement, la Russie tire profit de cet embarras pour jeter le discrédit sur leur soutien à l’Ukraine.   Enfin, l’inefficacité de la décision du G7 et de l’UE, prise il y a près d’un an, de plafonner le prix du baril de pétrole russe transporté par la mer à 60 dollars (55 euros) afin de réduire les revenus de la Russie est aujourd’hui évidente. Le détournement de cette sanction est si large que, en octobre, les revenus pétroliers de la Russie ont augmenté d’un quart par rapport à octobre 2022, grâce notamment à l’organisation de « flottes fantômes » de pétroliers.   Les propagandistes russes poussent un narratif triomphaliste. Loin de s’effondrer, leur économie, disent-ils, est résiliente. Ils font leur miel des divergences entre le président Zelensky et son chef d’état-major. L’affaire Prigojine et le défi lancé à Poutine par l’ex-chef de Wagner ne sont qu’un mauvais souvenir, enfoui dans les ruines fumantes de son avion : Poutine sera triomphalement réélu en mars 2024. Qui en douterait ? Il ne manque plus que le retour de Donald Trump à la Maison Blanche pour faire éclater « la tempête parfaite ». Le moment est venu pour les Européens, au lieu de se prendre la tête dans les mains à cette pensée, de colmater les fuites et de fortifier leur maison, qu’ils s’apprêtent à ouvrir à l’Ukraine et à la Moldavie : quelques solides poutres supplémentaires ne seront pas de trop. </text>
	

	<text titre="Au Burkina, la junte tentée par Wagner" date="2023 11 17T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24646" auteur="berthemet, tanguy" annee="2023" mois="11" jour="17" journal_clean="Le Figaro" keywords="wagner, armée, russe" langue="fr"> SAHEL Si l'atterrissage se voulait discret, la manoeuvre a échoué. Il y a tout jute une semaine, le vendredi 10, un Iliouchine-76 de l'armée de l'air russe se posait sur l'aéroport de Ouagadougou. De l'appareil, connu pour avoir déjà été utilisé pour la logistique du groupe Wagner, sortaient, outre du matériel, de vingt à quarante hommes qui, selon Jeune Afrique, se sont rendus ensuite dans un hôtel de luxe de la capitale burkinabée. « Ces gens sont sans aucun doute des mercenaires, explique une source sécuritaire locale. On peut se demander quelle est la raison de leur venue. Ils sont peut-être là pour la protection de biens de sociétés russes ou, plus sûrement pour la protection du régime. »
La société Nordgold exploite en effet trois gisements d'or dans le pays mais l'hypothèse d'un contingent destiné à entourer le capitaine putschiste Ibrahim Traoré, président de la transition, paraît plus crédible. Ce déploiement n'a d'ailleurs pas étonné tant il semble arriver comme la suite logique du rapprochement avec Moscou. Quelques jours auparavant, le ministre de la Défense burkinabé, le colonel Kassoum Coulibaly, était en Russie pour rencontrer son homologue, Sergueï Choïgou. La teneur des entretiens demeure floue et si la livraison d'armes et de munitions a été actée, il est fort probable que l'arrivée de Wagner a aussi été évoquée. La visite était elle-même l'aboutissement d'une autre remontant à septembre. Le vice-ministre russe de la Défense Iounous-bek Evkourov avait alors fait une tournée remarquée en Afrique en compagnie du général Averianov, le redouté chef du GRU (renseignement militaire), qui passe pour le patron de Wagner depuis la mort de Evgueni Prigojine. Le duo avait fait étape dans tous les États où la compagnie de sécurité est implantée, - Libye, Soudan, Mali et Centrafrique -, plus le Burkina Faso pour parler avec le capitaine Traoré. Dans un communiqué, les Burkinabés avaient évoqué des discussions « sur la coopération en premier militaire ». Depuis, quelques hommes parlant russe étaient visibles dans l'entourage présidentiel sans qu'il soit possible de dire s'il s'agit des conseillers militaires ou de « précurseurs » pour un déploiement futur.   La russophilie d'Ibrahim Traoré, 35 ans, est connue. Fin juillet, le président avait effectué un rare déplacement à l'étranger pour le sommet Afrique-Russie à Saint-Pétersbourg. Le capitaine, équipé de son treillis, de son béret rouge et de ses éternelles mitaines tactiques, s'était lancé dans un discours fustigeant « les impérialistes » et les « présidents africains qui traversent le monde pour mendier » , sous les yeux d'un Vladimir Poutine ravi. Son autre voyage avait été pour le Mali voisin et Assimi Goïta, lui aussi très proche de Moscou. Cependant, le capitaine Traoré tout en suivant son « frère malien » dans la dénonciation de Paris, congédiant les troupes françaises, s'était pour l'instant gardé de faire appel à Wagner. « Les Burkinabés sont bien plus hostiles aux armées étrangères que les Maliens, d'où que viennent ces armées » , explique un analyste politique.   Le président de la transition aurait pourtant franchi le pas. Les raisons tiendraient, toujours selon cette analyste, à la situation générale. En s'emparant du pouvoir en octobre 2022, il avait promis de rependre le nord du pays, ravagé par les djihadistes. Rien ne s'est amélioré depuis, au contraire. Plus de deux millions de personnes sont aujourd'hui déplacées par ce conflit qui, depuis 2015, a fait au moins 16 000 morts selon l'ONG Armed Conflict Location &amp; Event Data Project (Acled). Fin septembre, l'arrestation de plusieurs officiers, accusés de tentative de coup d'État, a puissamment inquiété le jeune officier. L'appel à la manifestation pour « interpeller les autorités » , lancé par 14 organisations de la puissante société civile burkinabée, n'a pas rassuré. La protestation a été interdite et les principaux leaders du mouvement inquiétés. Ils ont notamment été convoqués sous les drapeaux comme le permet un décret de mobilisation générale des hommes de plus de 18 ans signé en avril. Selon Human Rights Watch (HRW), « une douzaine de dissidents » sont concernés par ces réquisitions.   À ces pressions internes s'ajoutent, les injonctions internationales. Après l'Union européenne et les États-Unis, l'ONU a réclamé mercredi aux dirigeants du Burkina Faso une enquête « approfondie » sur le massacre de Zaongo, un village où au moins 70 civils sont morts le 6 novembre dernier. Les auteurs en sont inconnus mais certains soupçonnent les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des supplétifs de l'armée.   Dans un contexte aussi mouvant, le recrutement d'une garde prétorienne efficace organisée par le groupe Wagner a donc pu apparaître au régime comme plus tentante que jamais.   Les Burkinabés sont bien plus hostiles aux armées étrangères que les Maliens, d'où que viennent ces armées   UN ANALYSTE POLITIQUE </text>
	

	<text titre="Le tournant triomphaliste de la Russie de Poutine" date="2023 11 18T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine (moscou, correspondant) benoît vitkine (moscou, correspondant)" annee="2023" mois="11" jour="18" journal_clean="Le Monde" keywords="constat, fin, poutine, moscou, c’est, tient, russes, russie" langue="fr"> Moscou tient. C’est l’analyse que font, quasi unanimes, observateurs russes et étrangers en cette fin d’année 2023. En Russie, le constat prend même une tonalité volontiers triomphaliste. « L’Ukraine a maintenant le choix : capituler ou cesser d’exister », prévient le président de la Douma, Viatcheslav Volodine. « Comment l’Occident a perdu la guerre économique contre la Russie », titre le site d’informations Baltnews. « Le monde regarde la Russie comme une arche de Noé », renchérit la députée Elena Panina, pendant que la présidente du Conseil de la Fédération, Valentina Matvienko, ne propose rien de moins que la création d’un « ministère du bonheur ».
Le contraste avec le ton parfois apocalyptique qui émanait de certains commentaires durant la première partie de l’année est frappant. Certes, la propagande n’a jamais permis que s’installe un quelconque défaitisme, mais la Russie était alors présentée comme engagée dans un confit existentiel féroce, luttant pour sa survie face à des forces « sataniques » – le mot est de Vladimir Poutine. C’est le président russe qui a pris l’initiative du changement. Depuis le 24 février 2022, premier jour de l’invasion de l’Ukraine, il s’exprimait peu – et jamais sur la situation au front, globalement désastreuse après la progression des premiers jours. Le revirement a été amorcé au mois de juillet : M. Poutine devient intarissable, évoquant fréquemment, souvent de manière guillerette, l’ « échec » de la grande contre-offensive ukrainienne de l’été.   On devine à cette évolution le soulagement du chef de l’Etat russe. Après ses succès dans les régions de Kharkiv et Kherson, l’armée de Kiev s’avançait encore renforcée. Les faits donnent désormais raison à Vladimir Poutine : l’armée russe, a tenu.   Moscou tient. Le constat est le même dans à peu près tous les domaines. Certes, il reste peu glorieux, au regard des objectifs affichés par le pouvoir au moment de lancer sa guerre à grande échelle contre l’Ukraine : « dénazifier » et démilitariser le pays, juger ses dirigeants, repousser l’OTAN, prendre Kiev et Odessa, mettre fin à l’ « hégémonie » occidentale dans le monde… Le seul succès ferme est celui qui avait été exclu dès le début par Vladimir Poutine : l’annexion de nouveaux territoires. Mais la Russie a encaissé tous les chocs provoqués par la guerre, y compris ceux qui n’avaient pas été anticipés. Surtout, les dirigeants russes considèrent désormais que le temps joue pour eux dans la confrontation avec l’Ukraine et avec l’Occident. Le pays s’est mis en ordre de bataille, il se retranche dans sa posture favorite de la citadelle assiégée.   Sur le plan économique, la catastrophe attendue par les experts, Russes inclus, ne s’est pas produite. La Russie a montré qu’elle avait les reins solides financièrement ; après le choc initial, elle a su adapter ses circuits logistiques et de production pour résister aux sanctions occidentales, grâce au soutien de pays tiers. La perte des marchés européens n’a que partiellement fait diminuer les revenus tirés des hydrocarbures.   Moscou prévoit d’augmenter son budget militaire de 70 % en 2024 par rapport à 2023, année déjà marquée par une forte hausse. En octobre, le chef du renseignement militaire ukrainien, Kyrylo Boudanov, estimait que l’économie russe était capable de soutenir l’effort de guerre « sans difficultés particulières au moins jusqu’à 2025 ». La livraison de millions d’obus d’artillerie par la Corée du Nord permet aussi de tenir en attendant que l’industrie de défense soit totalement apte à prendre le relais. L’armée fait le dos rond en espérant reprendre l’initiative ; les ultranationalistes rêvent ouvertement d’un « retour » triomphal à Kiev, Odessa, Kharkiv, et pourquoi pas au-delà.   Socialement, la situation paraît stable. La mobilisation décrétée en septembre 2022 a provoqué de fortes crispations, retombées depuis. Selon les sondages, les Russes ne témoignent guère d’enthousiasme pour la poursuite de la guerre, mais ils ne s’y opposent pas non plus. Le discours du Kremlin présentant le pays comme agressé par l’Occident a fini par porter ses fruits et permis de resserrer les rangs.  Acheter la paix socialeDans les régions les plus pourvoyeuses de troupes, l’argent permet d’acheter la paix sociale : la famille d’un soldat tué reçoit en général 5 millions de roubles (environ 50 000 euros), une somme que peu de Russes peuvent espérer gagner en une vie de labeur. La répression fait le reste.   Politiquement, la rébellion avortée d’Evgueni Prigojine et des troupes de Wagner, fin juin, a montré la fragilité de l’édifice institutionnel. Le rappel vaut pour tous les domaines, militaire compris : l’effondrement soudain reste une hypothèse valable. Mais l’élite a tenu, et Vladimir Poutine s’est attaché à réaffirmer son autorité. L’élection présidentielle de mars 2024 ne présente aucun danger sérieux pour le pouvoir.   Sur le plan diplomatique aussi, le Kremlin a démenti l’isolement dans lequel les Occidentaux espéraient le cantonner. Certes, seule une poignée d’Etats affiche un soutien résolu à Moscou, et l’inculpation de Vladimir Poutine par la Cour pénale internationale a nui à l’image du président et à sa capacité de mouvement. Mais la neutralité, bienveillante ou intéressée, d’une grande partie du Sud global laisse à Moscou de grandes marges de manœuvre, diplomatiques comme économiques.   Le début de la guerre entre Israël et le Hamas, après l’attaque terroriste du 7 octobre, a même constitué une divine surprise, en affaiblissant le discours de l’Occident sur l’Ukraine. Le Kremlin a tout fait pour exploiter au mieux cette nouvelle donne et attend désormais un autre cadeau du ciel : un éventuel retour à la Maison Blanche de Donald Trump, synonyme de retrait des Etats-Unis du théâtre européen. </text>
	

	<text titre="Le directeur de la DGSE sur le départ?" date="2023 11 20T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jean-dominique merchet" annee="2023" mois="11" jour="20" journal_clean="L'Opinion" keywords="dgse, départ, niger, appareil, emié, extérieure, bernard, directeur, français, sécurité, etat" langue="fr"> À la tête de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services secrets, depuis 2017, Bernard Emié est critiqué dans l'appareil d'Etat à la suite du fiasco français au Niger durant l'été. Malgré les rumeurs d'un départ imminent, ce diplomate chevronné restera sans doute en place au moins jusqu'aux Jeux Olympiques de 2024, comme l'ensemble des responsables de la sécurité.
Bernard Emié, le directeur de la DGSE, est-il sur le départ? Le petit monde du renseignement français bruisse à nouveau de rumeurs dans ce sens, comme l'indiquait récemment la Lettre de l'Expansion. Une chose est certaine, comme le confirment plusieurs interlocuteurs de l'Opinion: « il a un petit moral », « il est très en souci ». La décision de son remplacement appartient au seul président de la République, dont on connaît la difficulté à se séparer de ses principaux collaborateurs au sein de l'appareil d'Etat. Et le directeur général de la sécurité extérieure (DGSE) n'est pas le dernier d'entre eux... D'autres interlocuteurs, également tenus à ne pas s'exprimer publiquement, estiment qu'un départ imminent serait « très étonnant » et que « l'ambiance n'est pas aux cartons ». Selon plusieurs sources, le plus probable est que Bernard Emié reste à son poste jusqu'aux Jeux olympiques de 2024. L'exécutif entend en effet maintenir tous les grands responsables de la sécurité intérieure et extéavec rieure, impliqués dans le bon déroulement de l'événement. Le grand mercato des postes pourrait donc intervenir à la rentrée 2024.   L'ambassadeur Bernard Emié, 65 ans, à ce poste depuis juin 2017, n'en est pas moins fragilisé. L'Elysée, et notamment le secrétaire général Alexis Kohler, lui reproche de ne pas avoir vu venir le coup d'Etat au Niger en août dernier, qui a provoqué le départ des troupes françaises du Sahel. Les mêmes lui font grief de parfois trop communiquer. La DGSE, comme l'ensemble de l'appareil d'Etat, n'avait pas non plus prévu l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022, contrairement aux analyses de la CIA américaine. Ou l'annulation du contrat des sous-marins australiens, en septembre 2021. De même, actuellement, la faiblesse du renseignement français à Gaza ne joue pas en sa faveur. Le succès lors de la mutinerie de Prigojine, patron de Wagner, en juin, ne compense pas ces déficiences. L'épisode avait pourtant valu à la DGSE les ? rares ? félicitations de ses homologues américaines et britanniques.   Bernard Emié est également contesté en interne, en particulier pour sa gestion des personnels. La DGSE n'a jamais été une « boîte » facile, ses multiples réseaux et rivalités de chapelles. Le directeur a conduit une importante réforme de l'organisation, cassant les grandes baronnies qu'étaient les « directions » au profit de « centres de missions » plus transversaux.   Chantier. Le grand chantier est celui du nouveau siège de la DGSE qui quittera le boulevard Mortier (Paris, XXe) pour le Fort Neuf de Vincennes (XIIe). Comme le pointe un récent rapport parlementaire du député Jean-Charles Larsonneur (Renaissance), ce projet a déjà pris de retard ? déménagement prévu en 2030 ? et voit son coût augmenter. Estimé à 1,3 milliard, il serait déjà en hausse de 17%... La DGSE connaît également des difficultés de ressources humaines. Si le renseignement attire de nombreux jeunes diplômés, beaucoup constatent rapidement que la réalité du métier ne correspond pas tout à fait au « Bureau des légendes ». Pour succéder à Bernard Emié, plusieurs noms sont déjà avancés. Notamment celui de Laurent Nuñez, le préfet de Police de Paris. Jouissant de la confiance d'Emmanuel Macron, il a été directeur général de la sécurité intérieure (DGSI), secrétaire d'Etat à l'Intérieur et coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme à l'Elysée. Plutôt qu'un préfet, de nombreuses voix estiment cependant que le poste de DGSE, du fait de son implication internationale, doit plutôt être confié à un grand ambassadeur, comme ce fut le cas de quatre sur cinq des derniers directeurs. Les diplomates, déjà à la peine avec Emmanuel Macron, ne lâcheront pas l'affaire facilement... A moins que l'Elysée ne sorte un militaire du chapeau, ce qui n'a plus été le cas depuis 1989.   @jdomerchetx   De nombreuses voix estiment que le poste, du fait de son implication internationale, doit être confié à un grand ambassadeur </text>
	

	<text titre="L'Ukraine face au spectre de la défaite" date="2023 11 21T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24649" auteur="lasserre, isabelle" annee="2023" mois="11" jour="21" journal_clean="Le Figaro" keywords="lourde, défaite, mois, alliés, question, russie, guerre, ukrainiens, ukraine" langue="fr"> ET SI l'Ukraine perdait la guerre contre la Russie ? La question est taboue, chez les Ukrainiens comme chez leurs alliés occidentaux, tant elle est lourde d'implications. Mais après vingt et un mois de guerre, alors que depuis l'échec de la contre-offensive les fronts militaires sont gelés, certains se posent discrètement la question. On n'en est pas encore là. Mais depuis plusieurs semaines, les mauvaises nouvelles s'accumulent sur l'Ukraine, contre laquelle tous les vents noirs de la politique et de la diplomatie se sont mis à souffler.   Sur le terrain militaire, d'abord, où l'enlisement n'a pas attendu le retour des boues d'automne et du froid de l'hiver pour s'installer et geler les initiatives. Certains avaient cru voir dans les crises sociales et politiques qui ont secoué le Kremlin au cours de l'année un effondrement possible de l'armée russe à moyen terme. Cet espoir a depuis été chassé des esprits. « Les Européens ont sous-estimé les capacités militaires des Russes » , résume Alyona Getmanchuk, la directrice du think-tank New Europe Center de Kiev. Les Russes ont à nouveau prouvé qu'ils avaient une résilience hors du commun, forgée par les terribles années de la dictature soviétique, y compris pendant la Seconde Guerre mondiale, et avant cela par les temps rugueux de la période tsariste. Ils ont aussi montré leur capacité d'adaptation sur le terrain militaire, où ils ont modifié leurs tactiques en fonction de celles de l'adversaire, en utilisant, par exemple, de plus en plus de drones. L'industrie d'armement s'est mise en ordre de bataille pour servir l'économie de guerre 24 heures sur 24 et produire des munitions en grande quantité. En attendant qu'elle fonctionne à plein régime, les pays amis de la Russie, comme l'Iran et la Corée du Nord, ont bouché les trous dans les équipements militaires.
L'effondrement économique espéré par les Occidentaux n'a pas eu lieu. Moscou a contourné les sanctions grâce au soutien de ses alliés. La grogne sociale née de l'hécatombe sur le champ de bataille - 150 000 morts depuis le 24 février 2022 - a été étouffée par les enveloppes financières distribuées aux familles par le Kremlin. Quant à l'isolement diplomatique annoncé par les Occidentaux, lui non plus n'a pas eu lieu, puisque les pays dits du Sud global ont manifesté leur soutien ou au moins leur neutralité bienveillante vis-à-vis du Kremlin. Vladimir Poutine doit d'ailleurs participer mardi à un sommet virtuel des pays des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) consacré au « conflit israélo-palestinien , » a fait savoir lundi son entourage.   L'argent a aussi permis de renouveler les forces combattantes sans avoir recours à la conscription. Le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Valeri Zaloujny, a reconnu « l'impasse » dans laquelle se trouvent ses forces aujourd'hui. Pendant que les Ukrainiens attendaient les armes des Occidentaux, livrées au compte-goutte, les Russes se sont renforcés et adaptés, affirme-t-il en substance dans une interview à The Economist. « On tient nos positions, on ne perd pas, mais on ne gagne pas » , résume un ancien haut responsable ukrainien.   Deuxième série de nuages venus assombrir le ciel, la guerre entre Israël et le Hamas, qui a fait disparaître l'Ukraine des médias et des réunions politiques en 24 heures, comme un coup d'ardoise magique. Concentré sur le front est depuis bientôt deux ans, l'Occident a détourné les yeux pour les fixer sur la poudrière du Proche-Orient. « Nous sommes engagés dans une compétition avec Israël pour les munitions américaines. Et ce sera pire quand les bombardiers américains F16 arriveront, car les Israéliens ont les mêmes et il n'est pas sûr que les États-Unis aient le budget suffisant pour fournir assez de munitions aux deux pays » , explique Pavlo Klimkin, ancien ministre des Affaires étrangères ukrainien. « Le temps joue contre nous » , prévient-il.   Les responsables russes le savent. Ils se délectent de cette certitude. Depuis plusieurs semaines, ils multiplient les discours triomphalistes. « Vladimir Poutine est très actif en ce moment. Il veut pouvoir offrir à la Russie un résultat avant l'élection présidentielle, en mars 2024. Il n'y aura pas de désescalade russe en Ukraine avant cette date » , prévient Pavlo Klimkin. Le président russe multiplie les apparitions publiques et les déclarations, quand celui de la Douma affirme que Kiev n'a d'autre choix que de « capituler » ou de « cesser d'exister ». Les flottements de l'été, après la rébellion de Prigojine, appartiendraient au passé. Les relais du Kremlin en Europe ont retrouvé leur assurance. Ils font leur miel des frictions entre Volodymyr Zelensky et son chef d'état-major, Valeri Zaloujny. Ils réaffirment haut et fort que le conflit est « une guerre menée par les États-Unis contre la Russie par Ukraine interposée ». À les en croire, la rébellion de Prigojine, en août, n'a pas laissé de trace sur le pouvoir.   Les élites ont fait bloc derrière Vladimir Poutine, dont la réélection, au printemps, est déjà largement assurée. « La question ukrainienne se résoudra sur le champ de bataille. Nous ne négocierons pas. Une défaite militaire de l'Ukraine s'annonce. Elle devrait intervenir d'ici le mois de mai » , annonce l'un de leurs représentants. Les soutiens du Kremlin misent sur la « pénurie » d'hommes en Ukraine ainsi que sur la « fatigue » des Européens et des Américains. Mais aussi sur le départ, très attendu à Moscou, de Joe Biden. « Donald Trump n'est pas un partenaire facile, mais avec lui on trouvera des arrangements » , estime l'un d'eux.   Tétanisés par les menaces nucléaires de la Russie, la peur d'une escalade du conflit et la crainte que les Ukrainiens foncent directement avec leurs armes sur la Crimée, censée être une ligne rouge de Vladimir Poutine, les Occidentaux ont distribué l'aide militaire à l'Ukraine avec parcimonie, hésitations et retards. Ce soutien a permis à Kiev de résister pendant vingt et un mois à l'invasion russe. Mais il n'a pas été suffisant pour lui permettre de gagner. Aujourd'hui, alors que les États-Unis se voient contraints de se réinvestir au Proche-Orient et que la prochaine élection présidentielle pourrait bien sonner le glas de l'aide à Kiev, la question ukrainienne est revenue hanter les Européens.   Ils n'ont pas réduit leur engagement, notamment économique, vis-à-vis de l'Ukraine depuis l'irruption de la nouvelle guerre entre Israël et le Hamas. « Il ne faut pas se tromper de combat. C'est en Ukraine et non au Proche-Orient que les Européens sont engagés. Et il n'y a aujourd'hui aucun signe de désengagement, même de la part de l'Allemagne. La défense de l'Ukraine est toujours considérée comme une question existentielle, car la Russie a remis en cause l'ordre de sécurité du continent » , affirme un responsable français. Mais si les mots sont toujours là, les gestes restent lents et hésitants. La promesse de fournir un million de munitions d'ici au printemps 2024 n'a pour l'instant été tenue qu'à 30 %. Le passage en économie de guerre, annoncé par certains responsables européens, n'a pas eu lieu. Les promesses d'Europe géopolitique et d'autonomie stratégique sont restées des slogans, assez peu populaires en dehors de Paris.  « Le problème, c'est qu'il n'y a pas de sens de l'urgence en Europe. Les grandes capitales attendent les élections américaines et espèrent qu'entretemps un miracle se produira en Ukraine. Tout le monde croit que les Ukrainiens peuvent tenir un ou deux ans de plus sans aide supplémentaire. Mais ce n'est pas vrai. On ne peut pas lutter jusqu'à la vie du dernier Ukrainien » , alerte Alyona Getmanchuk. Contrairement aux Européens qui sortent si difficilement de la bulle pacifiste dans laquelle les avait enfermés la guerre froide, les Ukrainiens, en première ligne, imaginent un plan B, si la victoire se fait attendre. « Une entrée dans l'Otan sans article 5, le temps qu'on récupère les territoires occupés par la diplomatie. Nous devons être ambitieux mais aussi réalistes. Nous n'avons plus de scénario à 100 % positif. Mais les Occidentaux ont-ils une stratégie pour l'Ukraine ? », interroge un responsable ukrainien, alors que les signaux sur le sommet de l'Alliance atlantique, à Washington, en juillet 2024, sont de moins en moins optimistes.   Une défaite de l'Ukraine consécutive à un manque de mobilisation des Occidentaux serait pourtant très lourde de conséquences. Elle encouragerait la poursuite du projet impérialiste du Kremlin dans les autres anciennes républiques d'URSS. Elle affaiblirait, en réduisant à néant ses valeurs et ses principes, le camp des démocraties occidentales, défié par celui des autocraties mené par Vladimir Poutine et Xi Jinping. « Si les États-Unis baissent les bras en Ukraine, ils seront provoqués de la même manière par la Chine. Et si l'Europe laisse faire, ce sera la mort de son projet » , prévient un responsable français.   Il ne reste plus beaucoup de temps pour le réveil européen. L'actuelle Administration américaine s'agace de plus en plus ouvertement des lenteurs et des frilosités de l'Europe en matière militaire et stratégique. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche serait la cerise sur le gâteau pour le Kremlin. « Nous avons eu la chance d'avoir une bonne Administration américaine et d'avoir pu compter sur les stocks militaires de la guerre froide. Tout ça, c'est fini. Il faut aujourd'hui se réveiller et réindustrialiser le continent. Car même une nouvelle Administration Biden n'aura pas le même engagement européen qu'aujourd'hui » , prévient une source à l'Élysée. Or, si le plus probable se confirme - ni victoire ni défaite ukrainienne, donc une guerre qui dure -, les pays européens devront faire preuve de résilience.   L'armée russe a annoncé qu'elle allait augmenter son budget militaire de 70 % en 2024, par rapport à 2023. « Avec l'argent dont dispose le Kremlin, l'armée russe peut tenir plusieurs années sur le front » , prévient l'ancien ministre des Affaires étrangères Pavlo Klimkin. </text>
	

	<text titre="Les criminels de retour du front sèment l'effroi en Russie" date="2023 11 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24653" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="11" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="denis, front, crimes, criminels, homme, cas, gorine, russie, condamné, prison" langue="fr"> RUSSIE Le récit des crimes de Denis Gorine fait dresser les cheveux sur la tête : cet homme de 44 ans a été condamné à 22 ans de prison pour quatre meurtres entre 2003 et 2022. Dans l'un de ces cas au moins, Gorine a démembré sa victime, lavé les morceaux et les a placés au congélateur avant de consommer cette chair humaine. Un acte visant à « se souvenir du passé » , s'est justifié le cannibale lors de son procès. Ce criminel hors norme est aujourd'hui un homme libre, même s'il est loin d'avoir effectué sa peine. Denis Gorine a en effet été gracié par Vladimir Poutine, après avoir été envoyé quelques mois sur le front ukrainien. Au printemps dernier, il avait pu sortir de cellule après avoir signé un contrat avec Storm-Z, une compagnie militaire « privée » , créée en avril 2023 par le ministère de la Défense, sur le modèle du groupe paramilitaire Wagner. Légèrement blessé lors des combats, il est actuellement soigné dans un hôpital de Ioujno-Sakhalinsk, dans l'Extrême-Orient russe, mais il ne retournera pas en prison. Au grand dam des familles de ses victimes, qui redoutent que ce criminel endurci ne commette de nouveaux crimes. 
Le cas n'est plus isolé. Au moins dix-sept auteurs de crimes graves ont bénéficié d'une grâce, prérogative exclusive du président russe, lequel a confirmé en juin dernier à l'agence Tass qu'il signait de tels décrets pour des prisonniers en contrepartie de leur engagement au front . « Les personnes condamnées, y compris pour des crimes graves, peuvent se racheter par leur sang, dans les brigades d'assaut, sous les balles, sous les obus », a expliqué récemment le porte-parole du Kremlin. Pour les autorités, le but est de récupérer un maximum de combattants pour le front en s'évitant d'avoir à recourir à une nouvelle vague de mobilisation. Il s'agit aussi de récupérer, en la contrôlant, la pratique initiée par Evgueni Prigojine, mort dans l'accident fort suspect de son avion, le 23 août, et qui, à partir de septembre 2022, avait recruté 32 000 détenus dans les prisons russes en leur promettant la liberté s'ils réchappaient à six mois sur le front.   Des parents de victimes dévastés   Cette semaine, on a appris qu'autre grand criminel était rentré chez lui après avoir été gracié par le président russe pour prix de son engagement en Ukraine. Son pedigree n'a rien à envier à celui de Denis Gorine. Nikolaï Ogolobiak a été en effet condamné à 20 ans de prison en 2010 pour des crimes cannibales et satanistes qui avaient à l'époque défrayé la chronique et choqué la Russie. En 2008, avec cinq autres jeunes, membres d'un groupe sataniste, il avait assassiné et démembré quatre adolescents puis mangé une partie des corps. Auparavant, il s'était fait défavorablement connaître pour des sacrifices de chats et de chiens... Recruté dans sa prison, il a lui aussi passé six mois dans l'unité Storm-Z. Il est handicapé après avoir été gravement blessé « mais il se rétablit », a indiqué son père, interrogé par le portail d'information 76.ru de la région de Iaroslavl, où Ogolobiak s'est installé et où ses crimes avaient été commis. Les parents de l'une de ses victimes, Varvara Kuzmina, alors âgée de 16 ans, se sont déclarés « dévastés ». Interpellé sur ce cas, Dmitri Peskov a argumenté qu ' « il s'agit de conditions (de grâce) précises, liées à une présence en première ligne, à une durée certaine passée en première ligne ou à une participation à des groupes d'assaut ». Le Kremlin n'entend pas varier d'une politique qui s'est également traduite par la libération d'un des complices de l'assassinat, le 7 octobre 2006, d'Anna Politkovskaïa, un meurtre sont le commanditaire n'a jamais été puni. Condamné à 20 ans de prison pour avoir organisé la surveillance et fourni des informations aux tueurs de la célèbre journaliste de Novaïa Gazeta, l'ex-policier Sergueï Khadjikourbanov (libérable en 2034) est sorti récemment de prison et a même été distingué par l'Ordre du courage pour ses états de service dans la zone de l' « opération militaire spéciale ».   Parmi les criminels libérés, le taux de récidive est loin d'être négligeable. Les chaînes Telegram se sont déjà fait l'écho d'une vingtaine de cas, tel celui d'Ivan Rossomakhin. Condamné à 14 ans de prison en 2019 pour avoir battu à mort un villageois de la région de Kirov, l'homme a poignardé cette année une retraitée de 85 ans, une fois rentré chez lui après six ans passés dans les rangs de Wagner. Si l'amorce d'un débat sur ces grâces présidentielles a toutes les chances d'être étouffée, cette pratique nourrit l'indignation de ceux que révulse le retour, parfois en « héros » , des ex-criminels. C'est le cas notamment des femmes de mobilisés, pour lesquels aucune rotation n'est envisagée, tandis que les ex-détenus ne passent en tout et pour tout que six mois sur le front. </text>
	

	<text titre="Erdogan, l’allié récalcitrant des Occidentaux dans l’OTAN" date="2023 11 29T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="nicolas bourcier" annee="2023" mois="11" jour="29" journal_clean="Le Monde" keywords="peine, juillet, mois, l’otan, erdogan, istanbul" langue="fr"> Istanbul - correspondant - La scène remonte au mois de juillet, quelques heures à peine avant l’ouverture du sommet annuel de l’OTAN, à Vilnius, en Lituanie. Tout sourire, le secrétaire général, le Norvégien Jens Stoltenberg, annonce à la surprise générale que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, vient d’accepter de lever son opposition à la candidature de la Suède à l’Alliance atlantique. Le diplomate norvégien se félicite d’un jour « historique », immédiatement applaudi par le président américain, Joe Biden, qui salue « la diplomatie, le courage et le leadership »de son homologue d’Ankara.   Deux jours plus tard, le 12 juillet, à la fin du sommet, Recep Tayyip Erdogan précise qu’ « à l’automne, lorsque les travaux de la législature reprendront, le speaker du Parlement[turc] portera le protocole d’adhésion de Stockholm au vote » et ajoute : « Nous voulons que ce processus prenne fin aussi vite que possible. »
Les mois ont passé et le constat s’impose : la Turquie n’a toujours pas ratifié l’accession de la Suède, et l’heure est au grand flou quant à la possibilité qu’Ankara tienne sa promesse. Le président turc a bien envoyé le protocole d’accord au Parlement, fin octobre. Mais la commission des affaires étrangères, largement dominée par la formation du chef de l’Etat, le Parti de la justice et du développement (AKP), a ajourné, le 16 novembre, les débats sur le texte, sans plus de précisions. Aucune explication n’a réellement été avancée. A peine a-t-on appris qu’une motion des députés AKP avait été déposée, selon laquelle les négociations avec Stockholm n’étaient « pas parvenues suffisamment à maturité ». Le président de la commission, Fuat Oktay, a ensuite déclaré aux journalistes que l’ambassadeur suédois pourrait être invité à la prochaine session afin de fournir des informations supplémentaires sur les mesures prises par son pays pour répondre aux préoccupations de la Turquie en matière de sécurité. Et puis, plus rien.   Seule certitude, les autorités d’Ankara ont prévenu l’Alliance atlantique que le vote n’aurait pas lieu avant la réunion des ministres des affaires étrangères de l’OTAN, prévue à Bruxelles mardi 28 et mercredi 29 novembre.   Etrange situation que celle de la Turquie, un pays de l’OTAN parmi d’autres, en principe, mais qui semble délibérément vouloir rappeler, à chaque occasion, qu’il est un allié difficile et indocile, soucieux de maximiser indéfiniment ses intérêts ou ses gains, quitte à faire apparaître ses propres contradictions et à épuiser la « patience stratégique » de ses alliés.  « Méfiance et désaccords »La ratification de l’adhésion de la Suède par les députés turcs peut s’obtenir par cent quarante voix plus une, c’est-à-dire à peine un peu plus de la moitié des élus AKP de l’Assemblée, qui disposent d’un total de 267 sièges (322 avec les alliés ultranationalistes et islamistes) sur les six cents que compte l’hémicycle. « En théorie, un simple coup de fil du président suffit à faire adopter un tel texte dans la seconde », reconnaît un conseiller au Parlement d’Ankara.  « Il n’est pas facile de comprendre Erdogan, mais il faut essayer, particulièrement sur ce dossier », affirme Krzysztof Strachota, spécialiste de la Turquie au Middle East Institute, un cercle de réflexion basé à Washington, pour qui la question suédoise est l’exemple le plus criant de la relation complexe qu’entretient Ankara avec l’OTAN et les Etats-Unis. « L’adhésion de Stockholm est venue jeter une lumière crue sur la méfiance, les désaccords et les intérêts contradictoires qui se sont accumulés ces dernières années entre la Turquie et ses alliés occidentaux », explique l’expert.   Selon lui, l’idée que les membres de l’Alliance ne mesurent pas suffisamment la gravité des périls auxquels la Turquie est exposée, voire maltraitent leur partenaire oriental, a largement fait son chemin. « Pour Erdogan et ses proches, les alliés occidentaux jouent une politique antiturque sur des théâtres aussi variés que le Moyen-Orient, avec, par exemple, le soutien aux forces kurdes dans le Nord syrien, ou en Méditerranée, avec la Grèce. Ils heurtent également les intérêts stratégiques turcs en bloquant la modernisation de son armée, avec le refus de livrer des avions de combat dernier cri. »Et d’ajouter : « La Suède n’est d’évidence pas cruciale pour la sécurité de la Turquie, mais il est clair que le président Erdogan l’utilise comme un levier et une monnaie d’échange, une sorte d’occasion dereset [« relance »] des relations avec l’Alliance et Washington qu’il semble avoir privilégiée, surtout depuis sa réélection en mai, mais sans trop de succès jusqu’à présent. »En froid avec l’OTAN après avoir acheté, en 2017 et pour 2,5 milliards de dollars (2,28 milliards d’euros), le système de défense russe S-400, Recep Tayyip Erdogan avait créé lui-même une situation hors norme au sein de l’institution. Critiqué pour sa relation ambiguë avec son « cher ami Poutine », le chef de l’Etat avait fini par semer le doute sur sa fiabilité. Au point que Jens Stoltenberg, qui n’a pourtant cessé de désigner Ankara comme « un allié précieux », avait lui-même dû reconnaître, trois ans plus tard, l’existence d’un « problème turc » à l’OTAN. « Il y a un éléphant dans la pièce, et il est de plus en plus gros », avait ajouté un diplomate de l’Alliance, dans une formule qui deviendra bientôt maxime dans les couloirs de l’institution.  Exercice d’équilibreLe retour accéléré d’Erdogan dans le giron atlantiste avec le déclenchement de la guerre russe en Ukraine, que le chef de l’Etat turc a immédiatement qualifiée d’agression « illégale », a suscité un soulagement. S’ensuivront d’âpres négociations avec la Maison Blanche à propos de l’accession de la Suède à l’OTAN et de la levée du veto turc, liée à la livraison d’avions de combat F-16, réclamés par Ankara.   En juin, l’administration Biden affirme qu’elle est prête à céder quarante de ces avions de chasse à la Turquie. Tout en précisant qu’il lui faut d’abord le feu vert du Congrès, une condition inacceptable pour Ankara. C’est à cette aune qu’il faut comprendre le difficile et parfois embarrassant exercice d’équilibre du président turc, qui cherche à naviguer entre ses deux partenaires, Moscou d’un côté, Washington et ses alliés de l’autre. Au cours de ce même mois de juin, dès le deuxième jour de la rébellion avortée d’Evgueni Prigojine et des troupes de Wagner en Russie, le samedi 24 juin, Erdogan avait été l’un des rares dirigeants étrangers, et le seul membre de l’OTAN, à appeler Vladimir Poutine pour lui exprimer son soutien.   Après avoir tendu la main au président russe, Ankara se tourne vers l’Occident et l’Ukraine. Erdogan dit accepter l’élargissement de l’OTAN, rencontre le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, à Istanbul. En retour, une délégation du Congrès américain se rend en Turquie et les deux pays mènent des exercices en Méditerranée orientale.  « Erdogan est un joueur »Ces rapprochements sont vus comme significatifs, mais pas décisifs. Ils sont suivis par de nouveaux efforts de la part de Recep Tayyip Erdogan pour entretenir ses relations avec Moscou. Le 4 septembre, il rencontre son homologue russe à Sotchi, notamment pour tenter de convaincre Vladimir Poutine de revenir dans l’accord d’exportation de céréales ukrainiennes, dont le Kremlin s’est retiré en juillet, ainsi que pour discuter de la situation dans le Caucase du Sud, à la veille de l’opération menée par l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh.   Les affaires font aussi partie du menu. La Turquie et la Russie ont doublé leurs échanges commerciaux depuis le début de la guerre. Quelques semaines plus tard, à New York, le président turc va jusqu’à dire, au cours d’un entretien tendu avec une journaliste de la chaîne américaine PBS, qu’il fait « autant confiance à la Russie qu’à l’Occident ».  « Erdogan est un joueur qui essaie toujours d’obtenir quelque chose en plus, affirme Henri Barkey, ancien membre du département d’Etat américain, né à Istanbul, et expert au sein du Council on Foreign Relations. A l’international, il cherche à se positionner à la fois comme faiseur de rois et comme perturbateur. Mais attention à ne pas se tirer trop de balles dans le pied, le risque de voir se transformer un opportunisme stratégique en vulnérabilité critique est élevé. Ses récents propos sur le Hamas[qualifié, le 25 octobre, de “groupe de libérateurs”par le président turc] ont été très mal perçus et l’ont de facto exclu de toute négociation. »Le spécialiste rappelle que la Turquie est importante parce qu’elle fait précisément partie de l’OTAN. Il conclut : « La Suède deviendra membre de l’Alliance d’une manière ou d’une autre et Erdogan devra l’accepter, parce que le prix à payer en cas d’échec est trop élevé. »Lundi 27 novembre, à Bruxelles, Jens Stoltenberg a simplement rappelé que « le temps[était] venu pour la Turquie de finaliser le processus d’adhésion ». </text>
	

	<text titre="Un conflit intérieur" date="2023 11 30T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24657" auteur="de larminat, astrid" annee="2023" mois="11" jour="30" journal_clean="Le Figaro" keywords="glace, delesalle, russe, nicolas, intérieur, français, conflit, conflit_intérieur, interroge, yeux" langue="fr"> ALORS, russe ou français ? Depuis son enfance, le grand reporter Nicolas Delesalle s'interroge en regardant dans la glace ses « yeux un peu bridés » et sa « mâchoire trapézoïdale qui n'est pas un canon français ». Début 2022, persuadé que Poutine va envahir l'Ukraine de façon imminente, il part en reportage. Le 23 février, il rejoint un poste avancé au Donbass afin d'être aux premières loges. Le lendemain les Russes frappent, mais ailleurs, où on ne les attendait pas. Il ne verra donc rien. Une autre mésaventure, qui serait burlesque si la situation n'était tragique, le force à battre en retraite et à se joindre aux milliers d'Ukrainiens qui fuient. Dans un train bondé de femmes et d'enfants qui serpente vers l'ouest en frôlant les zones de combat, le chef de wagon, Ivan, casquette sur la tête, sert le thé. On pense aux récits fascinants de Russes blancs qui traversèrent pendant des jours et des nuits des immensités de bouleaux pour échapper aux Rouges lors de la guerre civile. Comme le firent les grands-parents maternels de Nicolas Delesalle, élevé dans le culte de ses ascendances russes par une mère merveilleusement extravagante. Mais en ce printemps 2022, il s'interroge : « Est-on la somme des histoires dont on hérite ou cherche-t-on à coller à ce qu'on croit être notre héritage ? »
Valse russeest un roman des origines tissé de souvenirs de l'auteur : voyages scolaires en URSS dans les années 1980, reportages en Russie et en Ukraine, histoires recueillies au gré de ses rencontres. La plus belle, la plus folle, ressemble à un conte slave. Nicolas Delesalle en a tiré une fabuleuse nouvelle dont les tableaux successifs sont intercalés dans la narration principale. Elle commence le 24 février 2022 sur un lac gelé, à 500 mètres de la frontière invisible qui sépare l'Ukraine de la Russie. Comme à son habitude, Sacha, 73 ans, « creuse un trou dans la glace avec sa vieille tarière usée », s'assoit sur une caisse, lance sa ligne. Il aime attendre devant « ce rond d'eau noire ». Ancien pilote d'hélicoptère soviétique, survivant de Tchernobyl, « il parle en russe, pense en russe, jure en russe », mais il est ukrainien. Ce jeudi-là, il voit une colonne de blindés russes passer le long du lac. Le lendemain matin, il ferme les volets de sa maison bleue et s'en va au commissariat militaire de Tchernihiv pour s'engager. Six mois plus tard, démobilisé, il reviendra chez lui, accompagné d'un jeune homme blond aux yeux candides. Un prisonnier de guerre, Vania, mercenaire de Wagner, recruté en prison avec des centaines d'autres par Prigojine tandis qu'il purgeait une peine de deux ans. Un voleur récidiviste : la première fois, il avait chapardé une oie, la seconde, un agneau. Sacha s'est attaché à Vania, a obtenu de le ramener chez lui. Mais qui est vraiment cet étrange prisonnier ? Est-il aussi idiot qu'il le laisse croire, lui qui joue si bien aux échecs ? S'il était échangé et rendu aux siens, il serait accueilli à coups de masse comme d'autres avant lui. Sera-t-il autorisé à rester chez Sacha ? Le vieil homme et le soldat perdu attendent.   Leur part européenne   Lorsque Nicolas Delesalle était adolescent, dans la banlieue pavillonnaire du Val-d'Oise où il a grandi, tous les camarades avec lesquels il jouait au foot avaient au moins un parent étranger. Lui, il était le Russe de la bande, et il en était fier, comme ses amis étaient fiers de leur Portugal, de leur Algérie ou de leur Sénégal. Lorsqu'il découvrit la Russie à 14 ans, il se sentit chez lui. Il en sera tout autrement en 2001, lors de son premier reportage à Moscou. Ce livre sur la guerre que les Russes ont engagée contre leur part européenne, écrit avec grâce et exigence, l'a aidé à résoudre son conflit intérieur : « J'ai des origines russes mais je suis français (...), français de toutes mes fibres. » -Valse Russe   De Nicolas Delesalle, Lattès, 250 p., 20 euros. </text>
	

	<text titre="L’Africa Corps, nouveau bras armé de la Russie en Afrique" date="2023 12 08T00:00:00" journal="La Croix, no. 42790" auteur="laurent larcher" annee="2023" mois="12" jour="8" journal_clean="La Croix" keywords="août, wagner, russie, russes, bras" langue="fr"> La succession du groupe Wagner, la société de mercenaires russes dont le fondateur, Evgueni Prigojine, est mort le 28 août dans un accident d’avion, semble assurée en Afrique. Pour lui succéder, une nouvelle structure militaire a émergé. Son nom ? « Africa Corps ». Une référence et une allusion explicite aux divisions blindées engagées par le régime nazi en Libye et en Égypte pendant la Seconde Guerre mondiale.   On retrouve là le bagage référentiel mobilisé par le commandant de Wagner, Dmitri Outkine, lui-même disparu le 28 août dans le même crash. Cet ancien officier du GRU (Direction générale des renseignements militaires russes) et bras droit d’Evgueni Prigojine était connu pour être un admirateur du IIIe Reich : d’où le choix du nom Wagner pour cette organisation paramilitaire, un clin d’œil à Richard Wagner, le compositeur emblématique de l’Allemagne nazie.   C’est la plateforme All eyes on Wagner qui a découvert l’existence de la nouvelle structure. «  Le 22 novembre, explique-t-elle, une nouvelle chaîne – Africa Corps – fait son apparition sur Telegram et se présente comme la nouvelle organisation paramilitaire chargée de l’Afrique. » Sa mission «  est d’assurer la protection des juntes et la sécurité, mais aussi le soutien dans les projets d’infrastructures et humanitaires avec notamment la lutte contre les pandémies ».Comme Wagner en son temps. Mais cette fois, importante différence, Africa Corps «  serait directement lié au ministère de la défense russe d’après plusieurs médias russes et le compte lui-même »,avance la même source. Commandée directement par les autorités russes, cette nouvelle structure serait donc plus centralisée et moins nébuleuse que l’ancienne.   Elle remplirait cependant les mêmes tâches : défendre des pouvoirs amis ; appuyer les forces armées locales ; obtenir des compensations économiques (exploitations des richesses du sous-sol). Le tout sur fond de lutte contre les puissances occidentales, contre la France en premier lieu. Autrement dit, l’arrivée d’Africa Corps en lieu et place de Wagner n’est pas une rupture dans la stratégie russe sur le continent, mais un tournant : désormais, Moscou affichera publiquement son lien avec ces militaires engagés en Afrique, ce qu’il s’abstenait de faire avec Wagner.   Le signe, sans doute, d’une montée en puissance des interventions armées de la Russie dans cette région du monde, comme en témoignent son arrivée récente au Burkina Faso et son entrisme au Niger. Avec des résultats de plus en plus spectaculaires. Lundi 4 décembre, une délégation russe conduite par le vice-ministre de la défense a été reçue par la junte à Niamey. Au même moment, le ministère nigérien des affaires étrangères issu du coup d’État de juillet annonçait mettre fin à deux missions de sécurité et de défense de l’Union européenne dans le pays.   Quelques jours plus tôt, Niamey avait dépénalisé l’aide aux migrants, favorisant les départs pour l’Europe. « Cette mesure a probablement été soufflée par Moscou, explique Thierry Vircoulon, de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Elle répond à la stratégie russe de déstabilisation de l’UE par les migrations, dans la droite ligne de ce qu’elle a déjà fait par la Biélorussie en Pologne. » </text>
	

	<text titre="Pourquoi l'Occident vit un moment d'inflexion historique" date="2023 12 08T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24664" auteur="mandeville, laure" annee="2023" mois="12" jour="8" journal_clean="Le Figaro" keywords="occident" langue="fr"> POUTINE a-t-il des raisons de se frotter les mains ou est-il à nouveau en train de sous-estimer l'Occident ? Suspense. Nous vivons l'un de ces moments d'inflexion où l'histoire hésite encore sur la réponse à cette question. Elle viendra dans les semaines qui viennent, à Washington et à Bruxelles, qui vont devoir s'engager ou caler honteusement.   Après tous les échecs qu'il a subis depuis bientôt deux ans - la déroute militaire à Kiev puis à Kharkiv et Kherson, la mise au ban internationale après les massacres de Boutcha et bien sûr l'extension de l'Otan à la Finlande et à la Suède -, le maître du Kremlin a le sentiment que l'horloge géopolitique se met à tourner en sa faveur. L'économie russe a survécu grâce à un contournement efficace des sanctions. Son pouvoir, un temps ébranlé et ridiculisé par son ancien féal Evgueni Prigojine, s'est ressaisi sous l'effet d'une répression féroce. Et voilà maintenant qu'il est reçu à bras ouverts dans le Golfe, à l'invitation des Émirats arabes unis et de l'Arabie saoudite, voyage qui le « normalise » , alors que le mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale l'avait transformé en paria. Surtout, la contre-offensive ukrainienne s'est fracassée cet été sur les défenses russes, suscitant des doutes croissants en Occident sur la capacité de l'Ukraine à repousser les forces russes. Depuis, une petite musique défaitiste se répand comme une traînée de poudre dans les médias, où l'on décrit la fatigue de la guerre qui aurait saisi à la fois l'Ukraine et les opinions occidentales. Cerise sur le gâteau pour Poutine, le Sénat américain vient de refuser de se prononcer sur le renouvellement de l'aide militaire à Kiev que réclame l'Administration Biden. Les républicains, qui soutiennent largement la proposition sur le fond, ont proposé d'approuver les 110 milliards d'aide requis pour Taïwan, Israël et Kiev en échange de concessions des démocrates sur le renforcement de la frontière avec le Mexique. Même si Biden s'est dit ouvert à un compromis, les analystes se demandent s'il aura la capacité de convaincre les démocrates. « Nous ne pouvons nous permettre de laisser Poutine gagner » ,a lancé au Congrès le vieux président pour souligner le caractère dramatique de l'enjeu. « Si on le laisse faire, il s'attaquera aux pays de l'Otan » ,a-t-il poursuivi, notant que les États-Unis seraient alors obligés de s'impliquer directement sur le plan militaire. Ces propos semblent indiquer que l'Administration comprend pleinement l'urgence d'arrêter le Kremlin. Mais Biden ira-t-il au bout de sa démarche, comme le fit Harry Truman entre 1947 et 1949, pour vaincre les instincts isolationnistes qui prévalaient et offrir aux démocraties le parapluie de l'Otan ? Créera-t-il, comme l'espère la présidente du German Marshall Fund, Heather Conley, un nouveau système de sécurité, vu que « l'ordre post-1945 ne reviendra plus » ? « Si on lâche l'Ukraine, on sera défiés sur tous les autres théâtres » ,note-t-elle, observant que Moscou joue un jeu global liant toutes les crises. L'Europe, qui se réunit la semaine prochaine en sommet sur l'Ukraine, ne peut se permettre d'attendre la réponse du Congrès pour agir. Si elle est capable d'ouvrir des négociations d'adhésion pour accueillir la vaillante Ukraine, et peut décider un programme ambitieux visant à l'armer, elle aura posé la première pierre de la nouvelle Europe qui doit naître en réponse à l'agression russe. Aura-t-elle la vision et le courage nécessaires ? </text>
	

	<text titre="Ukraine : et si Poutine gagnait la guerre ?" date="2023 12 11T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="jean-dominique merchet" annee="2023" mois="12" jour="11" journal_clean="L'Opinion" keywords="président, poutine, côté, gagnait_la_guerre, Poutine_gagnait_la_guerre, défense, gagnait, guerre, kiev, ukraine" langue="fr"> Des représentants du président Macron se sont rendus à Kiev, samedi, où ils ont rencontré le conseiller du président Zelensky, pour notamment évoquer les besoins en matière de défense. De son côté, le chancelier allemand Olaf Scholz a estimé, devant le congrès du SPD, que « cette guerre ne prendra probablement pas fin rapidement ». Il est important « que nous soyons capables de soutenir l'Ukraine pendant longtemps », l'Allemagne devant même envisager d'en faire davantage « si d'autres faiblissent », a-t-il poursuivi.
Et si Poutine gagnait la guerre d'Ukraine ? Depuis quelques semaines, cette hypothèse est de plus en plus souvent évoquée. Début décembre, l'hebdomadaire The Economist y consacrait ainsi sa Une: « Is Putin winning ? », au moment où l'on apprenait la mort d'Henry Kissinger, le « pape » du réalisme en politique étrangère. S'inspirant des leçons historiques du grand diplomate, les Occidentaux doivent-ils désormais remiser leurs espoirs, voire leurs illusions, d'une victoire de l'Ukraine et tenter de promouvoir une solution politique avec le Kremlin ? Cette déprime d'automne s'explique d'abord par un effet « gueule de bois ». Au printemps, Ukrainiens et Occidentaux s'étaient laissés enivrer par l'idée d'une victoire militaire rapide et d'un effondrement russe dès l'été. Ce scénario n'était pas totalement absurde. Lors de la première année de guerre, en 2022, l'Ukraine n'avait-elle pas stoppé l'armée russe, avant de reconquérir de larges parties de son territoire (près de 75 000 km2), d'abord vers Kiev, puis dans les régions de Kharkiv et de Kherson. L'hiver dernier, la double offensive russe avait ensuite échoué : la campagne de frappes stratégiques n'était pas parvenue à détruire le réseau électrique, alors que les troupes au sol échouaient à percer la ligne de front. Enfin, on observait des craquements dans l'appareil russe, dont la mutinerie du patron de Wagner, Evguéni Prigojine avait, fin juin, fourni l'exemple le plus abouti.   Tensions. Las ! La contre-offensive d'été de l'armée ukrainienne a été un échec, les lignes de défense russes ayant tenu pendant cinq mois. L'heure est désormais au bilan, aux critiques et aux règlements de comptes. Début novembre, le chef d'état-major ukrainien Valery Zaloujny a reconnu l'évidence d'une « impasse » militaire, provoquant la colère du président Zelensky. En Ukraine, la « fatigue » de guerre se fait sentir: les pertes - dont on ignore le chiffre exact - sont élevées, l'armée ??? Page2 ??? Suite de la page 1 commence à manquer d'effectifs, l'économie va mal, les querelles politiques, jadis vives, mais un temps masquées par l'« Union sacrée », se rallument. Rien d'étonnant, en fait. Plus un conflit dure, plus les tensions s'accroissent : la France a connu cela durant la Première Guerre mondiale, avec la valse des généraux et des ministres, les mutineries de 1917, les grèves dans les usines, la chasse aux « planqués » de l'arrière, les tentatives de négociations avec l'ennemi...   Désordre. De leur côté, les soutiens occidentaux de l'Ukraine s'impatientent, voire s'agacent. Les critiques sur la conduite de la guerre fusent, comme celles des militaires américains. Selon eux, l'armée ukrainienne aurait, à la fois, trop tardé à lancer son offensive et trop dispersé ses efforts sur la ligne de front. Les Ukrainiens répliquent en pointant l'inadaptation des doctrines de l'Otan, du fait de l'absence de supériorité aérienne. Beaux débats de stratèges, mais tout cela fait désordre.   Aux Etats-Unis et dans l'UE, des querelles de politique intérieure menacent aujourd'hui la poursuite de l'aide militaire. En campagne électorale, les Républicains américains bloquent un nouveau paquet d'aides au Congrès, alors que la perspective d'un retour de Donald Trump à la Maison Blanche fait craindre un lâchage brutal. A Bruxelles, l'UE n'est toujours pas parvenue à décider d'un nouveau plan de 50 milliards, alors que le Hongrois Viktor Orban menace de bloquer l'adhésion de l'Ukraine. En Slovaquie et aux Pays- Bas, des partis pro-russes sont sortis renforcés des dernières élections.   « La dynamique de soutien à l'Ukraine a ralenti » ces derniers mois, constate le Kiel Institute, un organisme de recherche. D'août à octobre, les promesses d'aide seraient 87% plus faibles que durant la même période de 2022. Malgré certains efforts et beaucoup de déclarations, les Européens n'ont pas fait basculer leurs industries de défense en « économie de guerre ». On découvre ainsi que la seule Corée du Sud a fourni plus d'obus de 155 mm à l'Ukraine que l'ensemble des pays européens. Faute de stocks et de capacités de production, ces derniers n'ont pu en livrer que 300 000 cette année. De quoi tenir deux mois...   En face, l'économie russe s'avère plus résiliente que prévu. Les sanctions occidentales n'ont, pour l'instant, qu'un effet limité. Dans la revue « Politique étrangère », l'économiste Vladislav Inozemtsev décrit « le capitalisme de guerre » dans lequel la Russie s'installe, même s'il « n'est sans doute pas viable à long terme ». Mais, à court terme, il permet d'alimenter l'armée en matériels et munitions, avec l'aide de l'Iran et de la Corée du Nord. Les prix élevés des hydrocarbures favorisent aussi la Russie exportatrice. Si l'Occident s'oppose à Moscou, ce n'est pas le cas du Sud global. On l'a encore vu la semaine dernière, avec la visite de Vladimir Poutine aux Emirats arabes unis et en Arabie saoudite, où il a surtout été question du cours du baril.   Alors que l'attention internationale se détourne de l'Ukraine vers Gaza, tout cela déé-bouchera-t-il fatalement sur une victoire de la Russie? Pour répondre à cette question, il faut s'interroger sur la notion même de « victoire ». Les stratèges parlent d'« étatfinal recherché » (EFR) pour décrire les objectifs d'une opération militaire. Lorsque Vladimir Poutine déclenche la guerre, le 24 février 2022, il veut installer à Kiev un pouvoir pro-russe afin de réunifier « la grande nation russe, un peuple trinitaire composé de Grands Russes, de Petits Russes [Ukrainiens, ndlr] et de Biélorusses », comme il l'expliquait lui-même dans un article en juillet 2021.   Or, l'agression russe, avec son cortège de destructions, de viols, de crimes de guerre, de déportations d'enfants, a renforcé l'iden- tité ukrainienne, l'éloignant plus que jamais de « la grande nation russe ». La fracture est profonde. Contrairement à « l'effet final recherché » par le Kremlin, la guerre a rapproché l'Ukraine de l'UE et de l'Otan qu'elle souhaite ardemment rejoindre.   Dans ces conditions, une victoire russe ne pourrait signifier que deux choses. D'abord que la Russie conserverait le contrôle des 18% de l'Ukraine qu'elle a annexés. Ensuite que l'Ukraine resterait dans un « no man's land » géopolitique, une « zone grise » stratégique, à la porte de l'UE et de l'Otan. Sous le poids de ses difficultés économiques et de ses divisions politiques, l'Ukraine s'affaiblirait progressivement, devenant un quasi-Etat failli. Vladimir Poutine ne peut pas espérer plus. Les Ukrainiens et les Occidentaux sont-ils prêts à le lui concéder ? Les appels à l'ouverture de négociations entre Kiev et Moscou tombent à plat. Vladimir Poutine, qui sera réélu président le 17 mars pour cinq ans, n'a aucun intérêt à s'engager sur cette voie, au moins avant les élections américaines de novembre 2024 qui pourraient changer la donne. De leur côté, les Ukrainiens ne sont toujours pas disposés à renoncer à la moindre parcelle de leur territoire. La guerre va donc se poursuivre durant les prochains mois.   Retrouvez du Wall Journal « Poutine sa réélection lopinion.fr « Leadership mondial ». Or, les deux armées sont dans une situation de blocage militaire. Les actuelles offensives locales russes ne percent pas les défenses ukrainiennes. La bataille d'attrition, d'usure de l'ennemi, dure depuis plus d'un an. Les Russes acceptent des pertes incroyablement élevées, lors des assauts d'infanterie. La mobilisation de 20000 à 40000 conscrits par mois parvient à combler leurs pertes, pas à former un nouveau corps de manoeuvre. Mais les Ukrainiens s'usent également et redoutent de manquer de munitions dès cet hiver.   Au-delà du front terrestre, une autre bataille se joue avec les frappes stratégiques sur l'arrière. Les Russes prépareraient une nouvelle campagne massive de bombardements des infrastructures civiles, après avoir reconstitué leur arsenal de drones et de missiles. De même, l'Ukraine poursuit ses frappes, en particulier en Crimée. Elle attend la livraison d'avions de combat F-16 et de missiles à longue portée. Elle est parvenue à lever partiellement le blocus en mer Noire et y menace la flotte russe, jusque dans ses bases. Alors que 2024 marquera le dixième anniversaire du déclenchement de la guerre (Crimée, Donbass) et le deuxième de l'invasion russe, rien n'est encore militairement joué.   Le soutien des alliés à l'Ukraine s'avère toujours indispensable. Pour l'instant, celuici se poursuit, d'autant que l'enjeu dépasse le théâtre ukrainien. Si Poutine gagnait la guerre, ce serait aussi une défaite des Occidentaux. Joe Biden vient de le rappeler en parlant du risque « d'abandon de notre leadership mondial ». Une victoire russe reviendrait à accepter un monde dans lequel un Etat membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU puisse dépecer son voisin à l'abri de sa dissuasion nucléaire. Cette guerre n'est pas seulement une question de territoires contestés. Elle est également une affaire de principes, ceux d'un ordre international fondé sur le droit, aussi imparfait soit-il.   @jdomerchet x   Retrouvez l'article du Wall Street Journal « Comment Poutine prépare sa réélection » sur lopinion.fr   Les appels à l'ouverture de négociations entre Kiev et Moscou tombent à plat. Vladimir Poutine, qui sera réélu président le 17 mars pour cinq ans, n'a aucun intérêt à s'engager sur cette voie, au moins avant les élections américaines de novembre 2024 qui pourraient changer la donne </text>
	

	<text titre="Africa Corps, le nouveau label de la présence russe au Sahel" date="2023 12 16T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="frédéric bobin et morgane le cam" annee="2023" mois="12" jour="16" journal_clean="Le Monde" keywords="présence, russe, wagner, l’, référence, groupe, paramilitaire, africa, sahel, corps, nom" langue="fr"> Le nom de Wagner disparaît mais la référence à l’Allemagne nazie demeure. La présence russe au Sahel s’est choisi un nouveau label : Africa Corps. Alors que le groupe paramilitaire devait son nom à l’admiration portée par son fondateur, Dmitri Outkine, au compositeur allemand qui a influencé l’esthétique du IIIe Reich, cette nouvelle appellation est directement inspirée par l’Afrika Korps, les bataillons allemands ayant combattu dans le nord de l’Afrique durant la seconde guerre mondiale.   Au-delà des références communes, la refonte par l’Etat russe de la société de sécurité d’Evgueni Prigojine, entrée en disgrâce à Moscou depuis la rébellion avortée de son chef – disparu le 23 août –, se poursuit. De la République centrafricaine à la Libye en passant par le Soudan et le Mali, Wagner avait bâti depuis 2018 un empire. Un modèle qui a permis à la Russie des percées stratégiques majeures au détriment des Occidentaux, au premier chef les Français, mais dont l’autonomie était devenue trop forte aux yeux de Moscou.
Le nom Africa Corps est apparu pour la première fois le 20 novembre sur Telegram dans un post du blogueur militaire Deux Majors, proche du ministère russe de la défense. Le message cite Igor Korotchenko, ancien colonel et rédacteur en chef de la revue russe Natsionalnaïa oborona (« défense nationale »), par ailleurs invité fréquent de l’émission « 60 minutes » sur la chaîne publique Rossiya 1, annonçant qu’un Africa Corps est « en cours de formation ».  Nouvelle sphère d’influenceL’apparition de cette nouvelle structure, précise M. Korotchenko, fait suite à la visite du vice-ministre russe de la défense Iounous-bek Evkourov à Benghazi (Libye), où il a rencontré le maréchal Khalifa Haftar, l’« homme fort » de la Cyrénaïque (province orientale).   M. Evkourov, chargé par Vladimir Poutine de reprendre en main Wagner en liaison avec les renseignements militaires (GRU), avait effectué deux visites à Benghazi, la première du 22 au 24 août – concomitamment au crash aérien fatal à Prigojine – et le 17 septembre. Il y est retourné une troisième fois le 2 décembre dans le cadre d’une tournée africaine, qui l’a conduit également au Mali, au Burkina Faso et au Niger. L’itinéraire de M. Evkourov souligne sans ambiguïté les contours d’une nouvelle sphère d’influence qui reconfigure la géopolitique africaine.   Si la Cyrénaïque d’Haftar et le Mali étaient des partenaires bien établis de Wagner depuis plusieurs années, la percée du Kremlin au Burkina Faso et au Niger, deux Etats sahéliens ayant connu des coups d’Etat en 2022 et 2023, comme le Mali avant eux, est plus récente. La formation de ce nouveau pôle russophile en Afrique est lourde de conséquences stratégiques, dans un contexte où Moscou reprend confiance sur le théâtre ukrainien et où le fossé entre l’Occident et le « Sud global » s’accroît à la faveur de la guerre à Gaza.   L’objectif d’Africa Corps est du reste affiché en toute clarté . «[Il]  devra mener des opérations militaires à grande échelle sur le continent [africain] pour soutenir les pays cherchant à se débarrasser enfin de la dépendance néocoloniale, à nettoyer la présence occidentale et à acquérir la pleine souveraineté », écrit Igor Korotchenko dans le post de Deux Majors. Deux jours après la diffusion de ce message, soit le 22 novembre, une chaîne Telegram spécifiquement dénommée Africa Corps apparaissait pour la première fois. La nouvelle organisation se présente comme « une partie d’une structure spéciale du ministère de la défense », une précision visant vraisemblablement à marquer la différence avec Wagner, dont l’autonomisation progressive avait conduit à la crise des 23 et 24 juin.  Appels publics à recrutement« Africa Corps est un rival de Wagner qui a vocation à absorber ses activités en Afrique et son personnel », relève une source gouvernementale américaine. L’opération va prendre, à l’évidence, du temps. Le fait qu’Africa Corps en soit réduit à lancer sur Telegram des appels publics à recrutement – avec mentions de salaires et primes – donne la mesure de sa difficulté à recycler en son sein des combattants de Wagner. « La tentative du ministère russe de la défense de recruter des anciens personnels de Wagner pour ses opérations en Afrique a été largement infructueuse », notait le cercle de réflexion américain Institute for the Study of War en commentant le texte d’Igor Korotchenko diffusé sur Telegram.   En attendant de prendre racine, Africa Corps semble ménager Wagner dans sa communication. Dans son premier message du 22 novembre, sa chaîne Telegram évoquait le drapeau de Wagner flottant – certes quelques heures seulement – sur le fort de Kidal dans la foulée de la prise, mi-novembre, de cette cité du nord du Mali, fief de toutes les rébellions touareg. Cette victoire conjointe de l’armée malienne et de Wagner avait été célébrée à Bamako, comme la concrétisation de la restauration de la souveraineté nationale tant promise par la junte. « Wagner a éliminé les groupes radicaux de Kidal », s’était félicité Africa Corps sur Telegram .Le cas du Mali, où le groupe paramilitaire est installé depuis fin 2021 – avec des effectifs actuels oscillant entre 1 500 et 2 500 hommes selon les sources –, montre bien que la reprise en main de Wagner peut être entravée par l’antériorité de sa présence sur un théâtre d’opérations. Et par son implication dans des combats en cours. « Les autorités maliennes font confiance aux individus qui sont chargés des missions existantes, observe la source américaine. Elles sont en pleine offensive et ne peuvent pas se permettre de changer le dispositif. » Avant la prise de Kidal, les hommes de Wagner s’étaient installés dans les anciennes bases du dispositif militaire français « Barkhane » – démantelé en août 2022 –, notamment celles de Gao, de Tombouctou, de Ménaka et de Gossi.   A contrario, le Burkina Faso, où la percée russe est la plus récente et se manifeste surtout depuis le coup d’Etat de septembre 2022, offre un terrain vierge où le Kremlin peut déployer plus aisément son nouveau dispositif. Le chef des putschistes, le capitaine Traoré, avait été l’invité d’honneur du sommet Russie-Afrique tenu fin juillet à Saint-Pétersbourg. Le lever de rideau d’une coopération russe à l’offensive au Burkina Faso. A la mi-octobre, Rosatom – l’agence russe de l’énergie atomique – annonçait la construction d’une centrale nucléaire civile dans le pays.   Du 10 au 15 novembre, une « équipe médicale militaire » russe a débarqué à Bobo-Dioulasso, dans l’ouest du pays, pour visiter « le laboratoire national de référence des fièvres hémorragiques virales », selon le collectif international d’enquête All Eyes on Wagner dans une note publiée le 4 décembre. Et fin novembre, la chaîne Telegram d’Africa Corps indiquait qu’un centre culturel russe ouvrirait prochainement dans le pays.   Sur le plan militaire, un avion de l’armée de l’air russe a atterri le 10 novembre à Ouagadougou, et a fait débarquer plusieurs dizaines d’hommes, selon des sources sécuritaires et diplomatiques. Des témoins sollicités par Le Monde confirment avoir vu ces derniers mois des individus « blancs » en tenue militaire dans la capitale. Ces derniers seraient arrivés par plusieurs vagues, essentiellement depuis le putsch de septembre 2022, dans l’objectif initial de former les forces armées locales à l’utilisation de leurs moyens aériens.   Quant au Niger, Moscou s’y glisse inexorablement, bien qu’à ce stade sans grands éclats. L’incontournable vice-ministre de la défense russe Evkourov a effectué le 4 décembre une visite à Niamey, où il a rencontré le général Salifou Mody, ministre de la défense nigérien, considéré comme le numéro deux de la junte arrivée au pouvoir en juillet. Un protocole d’accord sur le renforcement de la coopération militaire bilatérale a été signé, comme cela avait été fait avec les juntes de Bamako et de Ouagadougou.  Bloc régional sahélienSi le contenu de ce document n’a pas été officiellement dévoilé, des sources concordantes affirment qu’il contient des « projets de vente d’équipement militaire et d’armes ». Il est toutefois prématuré d’en conclure que le Niger aurait totalement basculé dans l’orbite russe, les Américains maintenant une présence militaire dans le pays et conservant un dialogue avec les nouvelles autorités.   L’émergence de ce bloc régional sahélien, qui construit au fil des mois sa cohérence politique et militaire à rebours de ses anciennes attaches occidentales – surtout françaises – facilite à l’évidence la démarche de Moscou. L’Alliance des Etats du Sahel (AES) avait été créée en septembre par les trois juntes face aux menaces d’intervention des autres Etats d’Afrique de l’Ouest pour déloger les putschistes de Niamey.  « Lorsque l’AES sera opérationnelle, elle sera le cadre institutionnel et légal rêvé pour Moscou afin de déployer des mercenaires ou des instructeurs dans le contexte d’éventuelles opérations conjointes effectuées par les forces armées maliennes, burkinabées et nigériennes », décrypte une source diplomatique occidentale au Sahel. Pièce par pièce, un nouveau puzzle – mêlant le sécuritaire, l’économique, le médical et le culturel – se met en place. « La Russie semble rentrer dans une deuxième phase d’influence sur le continent africain après la mort de Prigojine » , résume la note d’All Eyes on Wagner. </text>
	

	<text titre="Pour Poutine, la fin de l'épine  Prigojine" date="2023 12 23T00:00:00" journal="Libération" auteur="v.d." annee="2023" mois="12" jour="23" journal_clean="Libération" keywords="août" langue="fr"> 24 juin-23 août. S'il fallait choisir une personnalité pour incarner la folie chaotique de 2023 sur la scène internationale, Evgueni Prigojine pourrait prétendre à cette place.   Le «cuisinier de Poutine», restaurateur voyou au crâne rasé et regard torve, est sorti de l'ombre à la faveur de la guerre en Ukraine (lire aussi page 5), pour en devenir l'un des visages les plus reconnaissables, à coups de com agressive et de langage grossier. A la tête de ses mercenaires de Wagner, recrutés massivement dans les prisons russes et présents sur tous les points chauds du front, il est aussi celui qui a défié Poutine : le 24 juin, il a tenu le monde en haleine pendant vingtquatre heures, en marchant sur Moscou avec 5000 hommes, menaçant de renverser le pouvoir, avant une volte-face tout aussi specta- culaire. Après avoir tenté de sauver ce qui restait de son empire, notamment en Afrique, il meurt comme le bad guy absurde et maudit qu'il aura été toute sa vie, dans le crash d'un avion, deux mois après son putsch raté, le 23 août. Signé le Kremlin. V.
D. </text>
	

	<text titre="2023 Il était une fin" date="2023 12 23T00:00:00" journal="Libération" auteur="par quentin girard" annee="2023" mois="12" jour="23" journal_clean="Libération" keywords="parc" langue="fr"> L' autre jour, quand elle m'a dit : «Viens, on va visiter ce nouveau parc d'attractions», je n'ai rien suspecté, j'étais même plutôt content. L'année a été affreuse, jonchée de guerres et de victimes innocentes, en Ukraine, en Israël, à Gaza, au Haut-Karabakh, au Soudan et ailleurs. S'amuser était un bon moyen de se changer les esprits. En plus, les écoles sont fermées à cause de tous ces professeurs qui se font assassiner - Agnès Lassalle (22 février), Dominique Bernard (13 octobre) -, donc on n'avait pas grandchose à faire. Au bout d'un moment, se prendre pour Dick Fosbury (12 mars) en sautant sur le dos au-dessus des barrières du parc, jouer au foot en imitant Just Fontaine (1er mars), Gianlucca Vialli (6 janvier),
Bobby Charlton (21 octobre) ou Salif Keita (2 septembre), c'est un peu ringard. C'est fini les ballons de foot en cuir.   A l'entrée du parc d'attractions, je ne me suis pas méfié, j'aimais bien l'ambiance. Astrud Gilberto (5 juin) fredonnait dans les enceintes The Girl From Ipanema, souvenir enfoui de fêtes perdues au bord de la plage à Rio. Puis Harry Belafonte (25 avril) chantait Banana Boat, Tina Turner (24 mai) enchaînait avec We Don't Need Another Hero et, dans une autre ambiance, Shane MacGowan (29 novembre) et les Pogues se la jouaient rock, sans parler du metal de la guitare de Jeff Beck (10 janvier). C'est sûr que quand j'ai entendu Pascal Periz (10 décembre) et les Pow Wow entamer Le lion est mort ce soir, puis Jean-Louis Murat (25 mai) chanter l'Au-delà, j'aurais pu commencer à me poser quelques questions, mais, que voulez-vous, j'étais bien naïf. L'envie de jouer dépassait les signaux mortifères, comme cette citation de la Route de Cormac McCarthy (13 juin) inscrite sur un mur : «Comment saurait-on qu'on est le dernier homme sur Terre ?» On ne savait pas trop quoi faire en premier, alors on a d'abord acheté un petit bonhomme en sucre vendu par Sixto Rodriguez (8 août), tandis que Wayne Shorter (2 mars), mollement, remuait la barbe à papa, semblant penser à d'autres notes. Pour un euro, on a commencé une pêche aux canards, sauf que c'était pas des oiseaux migrateurs mais des beaux acteurs. Les têtes en plastique de Tom Sizemore (3 mars), Robert Blake (9 mars), Michel Cordes (5 mai), Glenda Jackson (15 juin), Raquel Welch (15 février), Kenneth Anger (11 mai), Hel- mut Berger (18 mai) et Gina Lollobrigida (16 janvier) se trémoussaient dans l'eau.   Cocasse. Avec ma petite canne, j'ai péché Henri Serre (9 octobre), le Jim de Jules, qui ne sera plus jamais en trouple. Un forain qui avait la gueule du crooner Tony Bennett (21 juillet), m'a offert en récompense le choix entre un livre de Denise Bombardier (4 juillet), un manga Cobra de Buichi Terasawa (8 septembre), une figurine d'Albator de Leiji Matsumoto (13 février), la peluche de Bobi (23 octobre), le plus vieux chien du monde, et, clou du spectacle, la baguette de sureau de Dumbledore, alias Michael Gambon (28 septembre). J'ai dit «la baguette, bien sûr», et j'ai ajouté, «pas trop cuite» pour faire rire, et le forain, il a pas ri, il l'a pointée sur nous en hurlant «avada kedavra». Il nous a ratés de peu, j'ai cru qu'on n'allait pas vivre aussi vieux que soeur André (17 janvier), la doyenne des Français (118 ans), ou cette vieille crapule d'Henry Kissinger (29 novembre).   On a couru, couru, pour lui échapper. On s'est cachés dans la maison hantée : mauvaise idée. Première porte, pas le temps de souffler, on tombe nez à nez avec Silvio Berlusconi (12 juin) qui saute partout dans la pièce comme un damné, hurlant «bunga bunga». Il est applaudi par l'ancien président pakista- nais Pervez Musharraf (5 février) et ce diable d'Evgueni Prigojine (23 août), sous les regards désapprobateurs de François Léotard (25 avril) et de l'évêque contestataire monseigneur Gaillot (12 avril). Dans un coin, Gérard Collomb (25 novembre) goûte du vin et lâche : «Il a un goût de bouchon.» Dans la pièce suivante, sur le sol se déplaçaient à quatre pattes des petites créatures, toutes les mêmes, moitié Dolly, la brebis clonée, moitié Ian Wilmut (10 septembre), son créateur. Au mur, les photos étranges et dérangeantes d'Erwin Olaf (20 septembre) et les textes porno-perturbés de Joe Matt (18 septembre) donnaient envie d'appeler à l'aide le Wolverine de John Romita Sr (12 juin).   Au salon, j'ai cru défaillir. Sur une dizaine de petites télés juchées les unes sur les autres, la tête de Jean-Pierre Elkabbach (3 octobre) répétait «j'ai peut-être créé une oeuvre», «j'ai peut-être créé une oeuvre», tandis qu'assis à côté d'elle, le regardait silencieux Gérard Le- clerc (15 août). S'échappaient aussi d'une radio les blagues de Claude Sarraute (20 juin). Au mur, un poster : Alexandre Adler (18 juillet) posant en majesté, accoudé aux tours du World Trade Center, avec ce titre : «J'ai vu finir le monde ancien.» Après un couloir un peu plus rassurant, où l'on a admiré les photos de Marie-Laure de De- cker (15 juillet), d'Adolfo Kaminsky (9 janvier), les sculptures de Fernando Botero (15 septembre) et les tableaux de Françoise Gilot (6 juin) qui n'ont rien à envier à ceux de Pablo Picasso, par une petite porte dérobée, on s'est retrouvés dans un terrain vague. En son centre, un kiosque à journaux, rouge et blanc, vieux d'au moins 50 ans, ne vendant que des exemplaires de Libération. Sur les unes s'affichaient les bobines d'anciens du canard, Jean-François Fogel (19 mars), Lan- franco Pace (4 novembre), Christian Lionet (8 novembre), Alain Moreau (7 novembre), René-Pierre Boullu (13 novembre), Jean- Claude Vernier (17 décembre), mais aussi d'autres journalistes, le positif Michel Ciment (13 novembre), Philippe Tesson (1er février), Jacques Julliard (8 septembre) et des proches de rédacteurs actuels, Bassma Kodmani (2 mars), Faouzia Neffati (10 décembre) et Bertrand Lassale (12 octobre). J'ai pleuré.   A peine le temps de sécher mes larmes, un homme, en trench et lunettes noires, appelez-le Monsieur X, s'est approché de nous. «Bonjour, je suis Patrick Pesnot (13 mars), vous avez rendez-vous avec l'histoire», nous a-t-il dit et je n'ai pas osé lui répondre qu'il se trompait entre deux émissions. Il a commencé à nous parler des guerres, de Léon Gautier (3 juillet), dernier survivant du commando   Kieffer, d'Ari Wong Kim (18 octobre) du bataillon du Pacifique, jusqu'au général Jean-Louis Georgelin (18 août) et le crash en hélico de Denys Monastyrsky (18 janvier), ministre de l'Intérieur d'une Ukraine sous les bombes. Inarrêtable, il a disserté sur le marxisme de Toni Negri (16 décembre) et, éclectique, a philosophé sur le décès de Lady Diana, vu dans The Crown récemment, et sur celui de son potentiel beau-père, Mohamed Al-Fayed (1er septembre).   On n'écoutait plus que d'une oreille, attiré, au loin, par la voix de la soprano Renatta Scotto (16 août) chantant la Traviata. A moins que ce ne soit celle de Sinéad O'Connor (26 juillet) -en tout cas, elle ne ressemblait pas à celle de Burt Bacharach (9 février) ou de François Hadji-Lazaro (26 février). On est montés sur deux vélos, moi sur celui de Fede- rico Bahamontes (8 août), elle sur celui de Gino Mäder (15 juin) et on a commencé à se balader entre les attractions, à la recherche de la voix. Quel étrange parc, construit n'importe comment, comme s'il était sorti tout droit de l'imagination de Basile Landouye, le héros de Bob de Groot (17 novembre). L'assistant de Léonard a été un peu trop inspiré par les oeuvres provocatrices et farceuses d'Hans- Peter Feldmann (30 mai). Des architectes comme Roland Castro (9 mars), Renée Gail- houstet (4 janvier) ou Jean-Louis Cohen (7 août) n'y auraient jamais mis les pieds, dégoûtés par cette société du spectacle tournant à vide, ces explosions d'images sans sens, si ce n'est un: plus rien n'a d'importance, tout s'écroule.   En chemin, on s'est arrêtés devant un stand nommé «Chamboule Goncourt». Il fallait atteindre des boîtes de conserve aux effigies de Philippe Sollers (5 mai), Dubravka Ugresic (17 mars), Kenzaburo Oe (3 mars), Russell Banks (7 janvier), Abderrahim Tounsi (2 janvier), Elie Robert-Nicoud (2 août), Gilles Perrault (3 août), Pierre Alferi (16 août), Louise Glück (13 octobre), Martin Amis (20 mai) et Jean-Paul Capi- tani (4 avril). J'aimais cette insoutenable légèreté de l'être, la regarder lancer les balles, Tomas observant Sabina, comme dans le roman de Milan Kundera (11 juillet).   A côté, un clown comique ressemblant à Wahid Bouzidi (20 août) proposait de tirer les cartes pour un jeu de société créé par Klaus Teuber (1er avril), un Colons de Catane version crise climatique où le blé et la laine étaient remplacés par des énergies fossiles et des quotas carbones. L'adepte des piqûres d'insectes Justin Schmidt (22 février), le glaciologue Claude Lorius (21 mars), l'astrophysicien Hubert Reeves (13 octobre), l'écolo Michèle Rivasi (29 novembre) et l'historien Emmanuel Le Roy Ladurie (22 novembre) étaient en train d'y jouer, fiévreux, comme si l'avenir de la planète en dépendait. A chaque coup gagnant, l'un d'eux hurlait : «Cop ! Cop !» Après, on est passés devant un cinéma décati qui proposait «en 4D» les films de Sophie   Fillières (31 juillet), William Friedkin (7 août), Michael Snow (5 janvier), Jacques Rozier (31 mai), Dariush Mehrjui (14 octobre), Michel Deville (20 février), Carlos Saura (10 février) ou Paul Vecchiali (18 janvier), avec aussi à l'affiche Ryan O'Neal (8 décembre), Rona Hartner (23 novembre), Paul Reubens (30 juillet), Guy Marchand (15 décembre) et Emmanuelle Debever (7 décembre), mais on avait déjà eu notre lot de salles obscures. Dehors, de dos, on a aperçu des miss portant des robes de Paco Rabanne (3 février) et des jupes de Mary Quant (13 avril) défiler sur Je t'aime moi non plus de Jane Birkin (16 juillet). J'espérais y voir la modèle Tatjana Patitz (11 janvier), mais en nous approchant, on s'est aperçu qu'elles portaient les chapeaux de Geneviève de Fontenay (2 août).   Un peu plus loin, on a voulu entrer dans le palais des miroirs. Il était fermé. «En grève», nous expliqua le syndicaliste de Lip Charles Piaget (4 novembre). Il faisait le piquet avec les militants Jan-Paul Pouliquen (30 avril) et Monique Hervo (21 mars), les sociologues Daniel Defert (7 février), Howard Becker (17 août) et Alain Touraine (9 juin), soutenus par les avocats Hervé Temime (10 avril) et Georges Kiejman (9 mai). «Les miroirs ne sont plus déformants, c'est un scandale», nous expliquèrent-ils, et je tressaillis, n'ayant aucune envie de me voir tel que je suis, préférant à mon visage immonde les abstractions géométriques de Vera Molnár (7 décembre). Soudain, je me suis retourné, elle avait disparu. Etait-ce une amie ou la mort qui m'avait conduit jusqu'ici, je ne sais pas? Je me sentais abandonné comme les acteurs de Friends par Matthew Perry (28 octobre). Tout seul, je suis allé aux immortelles montagnes russes «Hélène Carrère d'Encausse» (5 août), pour un dernier frisson. Les rails étaient chancelants et le wagon délabré. Je m'assis à côté de Ryuichi Sakamoto (28 mars). Au premier grincement, il vit que j'avais peur et commença à fredonner l'air de Merry Christmas Mr. Lawrence. Le train prit de la vitesse et plongea dans le vide laissé par tous ces morts. Joyeux Noël ? ? </text>
	

	<text titre="Ukraine Gaza D'une guerre à l'autre" date="2023 12 23T00:00:00" journal="Libération" auteur="par michel becquembois" annee="2023" mois="12" jour="23" journal_clean="Libération" keywords="gaza, guerre, ukraine" langue="fr"> «Qui aurait pu prédire ?» interrogeait Emmanuel Macron, le 31 décembre 2022. Concernant 2023, il lui sera cette fois difficile d'invoquer la fatalité, car les germes des éruptions qui ont agité la France étaient bien présents dès les premiers jours de l'année. La contestation - intense, massive, durable - contre la réforme des retraites qui a occupé les rues françaises de janvier à l'été semblait s'écrire avant même de commencer ; les niveaux stratosphériques de l'inflation (notamment alimentaire) dont on nous aura toute l'année promis le ralentissement étaient déjà bien là ; la hausse vertigineuse des températures (et ses conséquences funestes) faisant de 2023 l'année la plus chaude qu'ait jamais connue la planète (avant d'être détrônée par 2024 ?) semble désespérément suivre les prévisions des climatologues, sans parler des phénomènes météorologiques hors normes qui ont dévasté jusqu'en France, la Bretagne ou le Pas-de-Calais en savent quelque chose Tout a augmenté donc en 2023, comme on le redoutait : l'âge de la retraite, les prix, les températures Pourtant le 6 juillet, à Pau, réitérant son aveu, le chef de l'Etat se désolait de nouveau : «Qui avait prévu ce qui allait se passer sous cette forme dans des villes qui n'avaient jamais connu de violences urbaines ?» Car les quartiers aussi ont débordé en 2023 : la mort du jeune Nahel, tué par un policier fin juin à Nanterre, a allumé une mèche que la multiplication affolante des affaires de violences policières ne pouvait que finir par embraser. Eclairant de nouveau cette fracture béante entre la France et une partie de sa jeunesse, celle des banlieues, perpétuelle laissée-pour-compte du contrat social.
Et pendant que la France, entre retraites et émeutes, se reconcentrait sur ses problèmes intérieurs, la guerre continuait dans l'est de l'Europe. En février, un an d'affrontements en Ukraine et ce constat d'un conflit figé, où le front s'installe dans des tranchées, transformant les échos de cette guerre en insupportable habitude. Jusqu'à ce que l'horreur du 7 octobre l'éclipse encore un peu plus. Car à l'heure de se retourner sur 2023, ce samedi de début d'automne aura tout bouleversé. L'attaque terroriste du Hamas d'une violence et d'une cruauté inouïes balaye tout. Nous replonge dans un état d'effroi et de sidération. Aux images d'épouvante des kibboutz dévastés et maculés de sang, répondra la détresse et la misère des habitants de Gaza soumis à un déluge de bombes israéliennes jamais vu, tuant des milliers de civils reclus dans une prison à ciel ouvert, réduite à l'état de ruines. En France, la résurgence de relents antisémites dans la foulée de cette guerre viendra fracturer la gauche, dernier clou dans le cercueil d'une Nupes qui ne tenait déjà plus qu'à un fil. A côté de cette guerre entre le Hamas et Israël, le reste des soubresauts du monde n'est-il que littérature ? Les vicissitudes judiciaires toujours plus ahurissantes de Donald Trump qui s'envole pourtant (le paradoxe n'est qu'apparent) vers la présidentielle américaine de 2024 ; la rébellion de Prigojine et de ses mercenaires contre Poutine suivie de son opportun (et fatal) accident d'avion ; les coups d'Etat successifs au Niger et au Gabon ; le mystérieux ballon espion chinois arpentant le ciel des Etats-Unis ; le coup de poker électoral réussi de   Pedro Sánchez en Espagne ? Jusque-là l'année avait eu ses hauts et ses bas. Elle n'avait pas toujours été réjouissante, loin de là, mais comparée aux précédentes, au Covid de 2020 et 2021, à l'Ukraine de 2022, elle pouvait sembler un peu moins dramatique. On s'était amusé avec ChatGPT et on s'était battu avec les punaises de lit. On s'était inquiété pour la mâchoire d'Antoine Dupont et on avait couronné un roi d'Angleterre. On avait retrouvé (enfin !) Olivier Dubois, on avait pleuré pour Jane Birkin. Plus belle la vie et Pierre Palmade avaient occupé la page des faits divers. A Libé, on avait fêté nos 50 ans. On appréhendait (on avait raison) les débats à venir sur la loi immigration. On commençait (ou pas) à se prendre aux Jeux de Paris 2024 qui se profilent. Et puis le 7 octobre ? </text>
	

	<text titre="Ce que nous lègue 2023 (3/3) Etats conquérants mais fragilisés" date="2023 12 27T00:00:00" journal="L'Opinion" auteur="frédéric charillon" annee="2023" mois="12" jour="27" journal_clean="L'Opinion" keywords="régimes, etats, russie, autoritaires, année" langue="fr"> L'année 2023 fut à première vue favorable aux régimes autoritaires. La Russie a résisté mieux que prévu aux sanctions internationales et a enrayé son fiasco militaire en Ukraine, campant sur ses positions à l'est du pays, malgré une tentative de contre-offensive de la part de Kiev. Il ne fait aucun doute que Vladimir Poutine sera reconduit à la présidence russe au printemps 2024. L'Iran, fragilisé par les manifestations qui ont suivi l'assassinat de la jeune Mahsa Amini en septembre 2022, a pu resserrer son étau répressif sur la société et conserver son influence au Proche-Orient. Malgré une dérive autoritaire largement critiquée, le président turc Erdogan a remporté les élections présidentielles du printemps, et continué de peser sur les mécanismes otaniens. La Chine accentue sa pression sur Taïwan et fait plus que jamais figure de « peer competitor » pour Washington. Mieux encore: une solidarité des autoritarismes se fait jour explicitement. La Corée du Nord et l'Iran ont volé au secours de Moscou dans la guerre ukrainienne et le soutien politique de Pékin au Kremlin ne se dément pas.
Au même moment, comme on l'a vu la semaine dernière, les démocraties patinent. L'Amérique se déchire, l'Europe se divise, la France est boutée hors d'Afrique. Le modèle autoritariste conquérant offert par les régimes fermés semble répondre à une demande au Sud. Les fragilités des régimes autoritaires sont pourtant nombreuses. Surtout, leur expansion repose sur un pari incertain: celui que les peuples se résigneront à la perte de leur liberté.   Appels d'empire Dans un ouvrage publié en 1996 (Appels d'empire, Fayard), Ghassan Salamé s'interrogeait sur les « ingérences et résistances à l'âge de la mondialisation ». C'était à la communauté internationale et principalement aux Etats-Unis que s'adressaient à l'époque les appels au secours issus de pays en guerre, de la Bosnie à la Somalie en passant par le Rwanda. Et l'auteur nous démontrait toutes les limites de ces interventions extérieures censées panser les plaies du monde. Le décor a changé. Il suffit de discuter aujourd'hui avec des chercheurs ou étudiants africains, pour prendre la mesure du rejet suscité par l'Occident (en particulier la France) et de la bienveillance exprimée à l'égard des interventions chinoises ou russes.   Contrairement à des puissances occidentales considérées comme donneuses de leçons ou mues par leurs seuls intérêts sécuritaires, on regarde la présence économique chinoise comme bénéénéique car apporteuse d'infrastructures concrètes, sans conditionnalité, et la présence du groupe russe Wagner comme fficace pour lutter contre le terrorisme, grâce à ses méthodes expéditives. Dans ce dialogue, les mises en garde contre le piège de la dette ou le pillage des ressources par les mercenaires russes sont balayées comme issues d'un discours colonialiste forcément mensonger.   La référence mémorielle aux temps impériaux est elle aussi particulièrement goûtée au Sud. On comprend la volonté russe de faire rentrer l'Ukraine dans le giron de la mère patrie. On comprend le discours turc et azerbaïdjanais sur le Karabakh. On comprend le discours chinois sur Taïwan. L'année 2023 a vu progresser encore cette tendance. Il y eut une nouvelle défaite de la communication occidentale.   Derrière le décor Les régimes autoritaires n'ont pourtant pas fait la preuve de leur triomphe à long terme. Leur situation économique reste précaire. La croissance chinoise a continué   de ralentir et la démographie annonce des difficultés croissantes. La Russie s'est coupée de trois des quatre grands blocs économiques mondiaux, à savoir l'Amérique du Nord, l'Europe occidentale et le Japon. Cette situation la rend dépendante à l'égard de la Chine et désespère une partie des forces vives du pays, comme les étudiants les plus internationalisés ainsi que les jeunes talents. La question se pose de savoir dans quel état Vladimir Poutine laissera le pays lorsqu'il quittera la scène. La Turquie, à force de souffler le chaud et le froid vis-à-vis de l'Occident, d'entretenir une relation pour le moins ambiguë avec Moscou ou le Hamas, risque de finir par agacer ses alliés de l'Otan. Sans compter que sa situation économique n'est pas non plus florissante.   D'autres Etats autoritaires, par exemple dans le Golfe, vont se trouver confrontés à des dilemmes complexes indépendamment de la nature de leur régime. Les événements de Gaza placent ainsi dans une situation délicate Riyad qui s'apprêtait à se rapprocher de l'Etat hébreu, et Doha qui abrite des chefs politiques du Hamas. Enfin, la tentation de l'autoritarisme a aussi son prix: l'Inde, qui accentue sa pression aussi bien sur les opposants que sur les communautés musulmanes, risque de fragiliser ainsi son ancrage dans une grande alliance avec les Etats-Unis ou le Japon.   Le pari hasardeux de la docilité des peuples Combien de temps durera l'engouement observé encore en 2023 pour l'autoritarisme? Combien de temps certaines populations du Sud et certains segments des opinions au Nord resteront-ils complaisants avec des régimes qui, à l'heure des réseaux sociaux et de l'individu roi, n'acceptent ni contradiction, ni même commentaires? L'ampleur de l'appareil répressif russe, la sophistication de la surveillance sociale chinoise, le caractère impitoyable de la répression iranienne ou la main de fer de certains appareils d'Etat qui sont parvenus à mater toute velléité de résistance, semblent plaider pour un maintien de la supériorité des régimes autoritaires. Ce serait pourtant oublier les leçons de l'histoire.   Dans les années 1970 et 1980, la science politique restait convaincue d'une victoire à long terme de l'Union soviétique du fait du caractère autoritaire de son régime, avantage considéré comme décisif sur les démocraties en proie aux soubresauts de leurs opinions. On connaît la suite. On entend aujourd'hui que le pouvoir poutinien est inébranlable. C'est encore oublier l'aventure d'Evgueny Prigojine, qui tenta de marcher sur Moscou en juin dernier pour « libérer le peuple russe ». On affirme encore que le régime iranien des mollahs demeurera inamovible. Ce que l'on disait aussi du Shah avant 1979.   L'année écoulée fut extrême en rebondissements et en contradictions. Elle incite à la modestie. A son terme, ni « « in de l'Histoire », ni victoire d'un camp, ni grands axiomes ne peuvent être annoncés. Plaignons les décideurs chargés d'élaborer les stratégies pour 2024.   @charillonx   « La référence mémorielle aux temps impériaux est particulièrement goûtée au Sud. On comprend la volonté russe de faire rentrer l'Ukraine dans le giron de la mère patrie. On comprend le discours turc et azerbaïdjanais sur le Karabakh et celui des Chinois sur Taïwan » « Au terme de cette année, ni &quot;fin de l'Histoire&quot;, ni victoire d'un camp, ni grands axiomes ne peuvent être annoncés » </text>
	

	<text titre="Poutine compte ses atouts à l'orée de 2024" date="2023 12 29T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24681" auteur="barluet, alain" annee="2023" mois="12" jour="29" journal_clean="Le Figaro" keywords="compte, vladimir, année, poutine" langue="fr"> ET SI, contre toute attente, 2024 s'annonçait comme une année faste pour Vladimir Poutine ? Peu intuitive, convenons-en, l'idée fait fi du constat partagé par tous ceux qui scrutent le conflit en Ukraine et selon lesquels l'année prochaine s'annonce d'une grande incertitude. Le chef du Kremlin n'aurait-il d'ailleurs pas échoué, dès les premières semaines de son « opération militaire spéciale » , en ne parvenant pas à prendre Kiev, puis en mobilisant contre lui l'aide occidentale et en renforçant l'Otan aux frontières russes alors qu'il visait exactement le contraire ?   Après vingt-deux mois de guerre, les signaux se multiplient indiquant que le Kremlin envisage un alignement favorable des planètes durant les mois à venir, Poutine lui-même affiche un optimisme retrouvé, comme lors de sa conférence de presse du 14 décembre. Quelques jours auparavant, le chef de l'État avait annoncé, sans surprise, qu'il se représenterait en mars prochain pour un cinquième mandat, sa réélection ne faisant guère de doute. Toute forme d'opposition ouverte a été éradiquée, l'éloignement dans une lointaine colonie pénitentiaire de l'Arctique d'Alexeï Navalny, en décembre, marquant un énième tour de vis de la répression. Celle-ci ne devrait pas faiblir l'an prochain, le politologue Alexeï Naoumov estimant qu'il « ne faut pas s'attendre au moindre dégel de la politique intérieure » et que « la tendance à l'uniformisation idéologique se poursuivra ».
Sur le front, la contre-offensive estivale ukrainienne a échoué et les forces russes ont repris l'offensive face à un adversaire en manque cruel de munitions, et ont réussi à grignoter du terrain, comme tout récemment à Marinka, près de Donetsk. De sources américaines, la Russie aurait déjà subi des pertes conséquentes de 315 000 tués et blessés. Néanmoins, en révélant pour la première fois que 617 000 soldats russes se trouvent en Ukraine (dont 244 000 mobilisés), Poutine a annoncé le 14 décembre qu'une deuxième vague de mobilisation n'était pas nécessaire - un soulagement pour de nombreux jeunes Russes et leur famille.   « Mauvaises vibrations »   L'économie, elle, réorientée vers l'effort de guerre, a montré sa résilience face aux sanctions internationales et affiche des résultats meilleurs que prévus, en bénéficiant notamment de la manne des hydrocarbures, alors même que ces performances masquent des déséquilibres structurels profonds. Sur le plan diplomatique, Moscou peut se satisfaire de voir s'amorcer un possible essoufflement des soutiens occidentaux à l'Ukraine et de constater les divisions des Européens sur les perspectives d'adhésion de Kiev à l'UE. La guerre à Gaza, déclenchée après l'attaque du Hamas, le 7 octobre, a été une aubaine pour Moscou, détournant en partie les projecteurs de l'actualité internationale vers le Proche-Orient, et fragilisant potentiellement l'aide américaine à l'Ukraine. Du même coup, la rhétorique classique du pouvoir russe a été réactivée contre le « double discours » de l'Occident, dont l'objectif final serait, martèle Poutine, de « détruire » la Russie. Les « mauvaises vibrations » se sont accumulées, déplore un diplomate occidental en poste à Moscou en anticipant une année à venir qui « risque d'être difficile ».   Inversement, « depuis l'été dernier, le chef du Kremlin a commencé à s'exprimer de manière beaucoup plus optimiste, en se tournant moins fréquemment vers les menaces nucléaires », relève la politologue Tatiana Stanovaya, directrice du site Politik.ru. Selon cette spécialiste, l'attitude du président russe souligne « son regain de confiance dans sa supériorité sur l'ennemi, militairement face à l'Ukraine, moralement, historiquement et géopolitiquement face à l'Occident ». Il n'en a pas toujours été de même. À l'été 2022, la pression militaire ukrainienne a contraint, en septembre, le président russe à annoncer une première vague de mobilisation qui a agi comme une sorte d'électrochoc dans la population.   Dans le même temps, Evgeni Prigojine, le patron des mercenaires du groupe Wagner a multiplié les coups de boutoir contre l'institution de la Défense. Sa marche sur Moscou, le 23 juin 2023, quoique finalement avortée, aura représenté une humiliation sans précédent pour Vladimir Poutine. Cette séquence pour lui cauchemardesque a été refermée par la disparition de Prigojine dans l'explosion hautement suspecte de son avion, le 24 août dernier.  « La Russie considère 2023 comme un tournant dans la guerre avec l'Ukraine », souligne Tatiana Stanovaya. « Du point de vue de Moscou, ni l'Ukraine ni l'Occident ne peuvent plus changer la situation sur le front par des moyens militaires. Poutine attend désormais que l'Occident repense sa politique et commence à chercher des opportunités pour un dialogue inclusif », ajoute la spécialiste. Des signaux dans ce sens ont été envoyés le 14 décembre par Poutine, qui a usé dans sa conférence de presse d'un ton étonnement apaisé concernant les États-Unis et se félicitant d'un dialogue engagé pour la libération de prisonniers, dont le journaliste américain Evan Gershovitz, accusé d' « espionnage » et détenu depuis mars dernier.   Le 23 décembre, le New York Timesindiquait même que Vladimir Poutine aurait indiqué, à plusieurs reprises, être favorable à un cessez-le-feu avec l'Ukraine. Une information à prendre avec retenue, tant elle témoigne surtout de la position habituelle du président russe de chercher à ouvrir plusieurs portes pour se ménager la plus large palette d'options possible. « Le moment actuel semble approprié à Poutine pour proposer une conversation : l'Occident se trouve dans une impasse et cherche une nouvelle stratégie, ce qui signifie qu'une fenêtre d'opportunité s'ouvre pour parler des options de sortie », estime Tatiana Stanovaya. De plus, ajoute-t-elle, « l'année à venir est considérée comme un moment crucial pour agir avant que l'Occident n'intensifie son soutien à l'Ukraine, notamment en ce qui concerne les munitions ».   Voeu pieux   Reste que, pour les observateurs, le signal d'ouverture envoyé par Poutine s'accompagne de deux impératifs. D'abord, ne pas céder un pouce de terrain en Ukraine, même si la délimitation des régions conquises n'est pas un objectif prioritaire : un cessez-le-feu décrété sur une ligne de front englobant 18 % du territoire ukrainien, comme c'est le cas actuellement, serait considéré par les Russes comme une victoire. Deuxième impératif pour Moscou : atteindre « par la négociation ou par la force » l'objectif de la « dénazification » de l'Ukraine, un terme désignant, dans le vocabulaire officiel russe, le gouvernement de Kiev. En clair, aux yeux de Poutine, « une condition préalable à toute négociation directe avec l'Ukraine est le départ politique de Volodymyr Zelensky », comme l'explique Tatiana Stanovaya. « Un véritable dialogue reste donc peu probable » , conclut la politologue, pour qui « l'objectif principal (de Poutine) est avant tout de neutraliser l'Ukraine en tant qu'État souverain ».   La « bonne année » du chef du Kremlin risque donc fort de rester un voeu pieux. La résilience de l'économie russe masque des biais structurels dévastateurs à plus long terme, le pays étant coupé de certaines technologies de pointe et de pans entiers du système bancaire international. En août prochain, Vladimir Poutine présidera à Kazan le sommet des Brics, l'occasion pour lui de s'ériger en porte-drapeau du monde anti-occidental. Mais le « Sud global » , où le chef du Kremlin compte ses appuis, est loin d'être aligné sur une posture de confrontation avec l'Ouest et cherche plutôt à mener avec ce dernier une politique transactionnelle. L'hypothèse d'un retour au pouvoir de Donald Trump pourrait ne pas être sans effet. « Les États-Unis se concentreront sur les questions intérieures et sur la confrontation avec la Chine », estime le politologue Alexeï Naoumov. « La volonté d'empêcher la Russie de se rapprocher de la Chine contraindra Washington à ne pas se montrer trop provocateur à l'égard de Moscou », ajoute l'expert avec euphémisme.   Vladimir Poutine restera néanmoins sous le coup d'une accusation de crimes de guerre par la Cour pénale internationale (CPI). Le président russe se risque parfois à l'étranger, récemment en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Mais sa marge de déplacement restera notoirement contrainte et il semble exclu qu'il revienne personnellement, en 2024, dans le forum international. </text>
	

	<text titre="Face au chef du Kremlin, le tri des candidats à l'élection s'organise" date="2023 12 29T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24681" auteur="gogo, paul" annee="2023" mois="12" jour="29" journal_clean="Le Figaro" keywords="commission, chef, élection, voix, kremlin, candidats, petit, petite, vladimir, électorale" langue="fr"> « QUAND j'ai écrit mon nom, prénom et patronyme, j'ai un petit peu dépassé la case » , confie, avec une petite voix mais un grand sourire, Vladimir Poutine, aux membres de la Commission électorale centrale. « Rien de grave ! » , s'empressent-ils de répondre, poussés à jouer la comédie devant les télévisions d'État. La scène a eu lieu le 18 décembre dernier au siège de la Commission électorale centrale. Le chef du Kremlin a apporté ses 500 signatures de soutiens réglementaires à la Commission en personne. C'est cette institution qui est chargée d'organiser l'élection présidentielle prévue du 15 au 17 mars prochains.   Cette scène fait désormais écho à la visite, quelques jours plus tard, d'Ekaterina Dountsova, dans le même bureau. Cette ancienne journaliste originaire de la région de Tver souhaitait incarner l'opposition dans cette élection au résultat couru d'avance. Si ses critiques semblaient modérées et sous contrôle du Kremlin, la politicienne appelait tout de même à la fin de la guerre en Ukraine et à la libération des prisonniers politiques. La responsable de la Commission électorale, Ella Pamfilova a d'emblée recalé sa candidature, invoquant des problèmes de signatures mal faites. Elle a aussi lâché un petit mot cynique à son attention : « Vous êtes encore jeune, vous avez tout l'avenir devant vous ! » La justice a confirmé la légalité du refus le 27 décembre, arguant que le notaire qui avait assisté à la récolte des voix avait fait une erreur.
À peine effacée de la course à la présidentielle, Ekaterina Dountsova a laissé place à un autre candidat se disant critique du pouvoir, au profil étonnant. Ancien député de la Douma, conseiller municipal d'un quartier de Moscou et habitué des plateaux de télévisions russes, Boris Nadejdine souhaite lui aussi défier Vladimir Poutine. Lundi dernier, le politicien s'est fait photographier sous la neige en marche vers la Commission électorale. Une copie presque exacte d'une photo réalisée par l'opposant Alexeï Navalny, en 2018. Une façon de signifier sa volonté de jouer le rôle de l'opposant lors du scrutin à venir ?   Les observateurs ne lâchent pas des yeux la liste des candidats approuvés par la Commission électorale. Depuis 2004, Vladimir Poutine a fait participer un « opposant utile » à chaque scrutin. En 2018, c'est la star de télévision Ksenia Sobtchak qui a joué ce rôle, permettant au président de diviser l'opposition et d'augmenter le taux de participation tout en assurant une légitimité artificielle à son scrutin. Dans une Russie où les voix critiques sont en prison, en exil ou ont été empoisonnées, les candidatures validées par les autorités ne le sont pas par hasard.   Jeudi soir, 16 candidats avaient déposé leur dossier à la commission électorale. Parmi eux, Igor Strelkov, qui a organisé la récolte de ses signatures depuis sa cellule. Cet ancien des services est en prison depuis plusieurs mois. Il est accusé d'extrémisme, après avoir critiqué l'élite russe de la même façon que le faisait l'ancien chef de Wagner, Evgueni Prigojine. Ultra-nationaliste, Strelkov a une petite notoriété en Russie. Il a notamment mené la campagne de déstabilisation du Donbass pour le compte du Kremlin en 2014. Mais ses chances de passer la première étape de la campagne sont nulles.   Les deux partis qualifiés « d'opposition systémique » ont également annoncé leurs candidats. Les nationalistes de la LDPR seront représentés par Leonid Sloutski, un homme au CV chargé : celui-ci a été plusieurs fois accusé de corruption par l'opposant Navalny, d'agression sexuelle par une journaliste parlementaire et il est soupçonné d'avoir fait le lien entre le Kremlin et le Rassemblement national ces dernières années. Ce politicien bien connu en Russie assume déjà ne pas souhaiter vaincre Vladimir Poutine à la présidentielle. « Je rêve que l'on gagne l'opération spéciale. Mais je ne rêve pas de vaincre Vladimir Poutine. Il est aujourd'hui l'homme le plus influent de la planète » , a-t-il déclaré à l'agence russe Ria Novosti. Quant à Nikolaï Kharitonov, candidat communiste, il a lui aussi expliqué à un journaliste qu'il ne souhaitait pas devenir président.   Avant de débuter leur campagne, les candidats doivent encore réunir 300 000 signatures réparties dans tout le pays. D'après le quotidien économique RBK , le Kremlin aurait demandé aux régions de s'assurer d'un taux de participation d'au moins 70 %. Des journalistes russes en exil ont estimé que Vladimir Poutine souhaitait obtenir au moins 80 % des voix à l'issue du premier et, sans aucun doute, dernier tour du scrutin. </text>
	

	<text titre="Poutine, retour gagnant" date="2024 01 02T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2024" mois="1" jour="2" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="poutine, mois, mars, mandat, scrutin, russie, jamais, vladimir" langue="fr"> Henri Vernet   Dans trois mois, en mars, Vladimir Poutine affrontera un scrutin présidentiel, en quête d'un cinquième mandat à la tête de la Russie. Affronter est un grand mot. « Il n'a jamais été aussi populaire, je suis sûr qu'il gagnera dès le premier tour », nous confiait récemment un ancien diplomate russe. Propos zélé d'un ex-apparatchik ? Pas forcément. L'année 2023, pourtant entamée dans l'enlisement militaire en Ukraine, marquée l'été dernier par la rébellion spectaculaire du soudard Prigojine, s'achève en effet sur un bilan plutôt faste pour le maître du Kremlin.   Lors de sa conférence de presse-marathon annuelle, le 14 décembre, il a affiché son optimisme et sa confiance en l'avenir. Et dimanche, pour ses voeux du 31 décembre, celui qui promettait encore récemment aux Russes la victoire en Ukraine a vanté une Russie « unie » et qui ne reculera « jamais ». La Russie va même « intensifier » ses frappes sur des cibles militaires en Ukraine, a par ailleurs annoncé Vladimir Poutine, ce lundi 1 er janvier, en représailles au bombardement par l'armée ukrainienne de la ville russe de Belgorod, ce week-end.
Confiance retrouvée« Dans les élites russes, un mythe circule selon lequel Poutine est un chanceux qui arrive à sortir indemne des pires situations, voire à les retourner en sa faveur », répond Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie à l'Institut français des relations internationales (Ifri). De fait, selon la chercheuse, « l'année écoulée a pu le réconforter et le convaincre de la justesse de sa politique sur plusieurs points. Premièrement, le revirement de la situation militaire sur le terrain à cause de l'échec de l'offensive ukrainienne. Deuxièmement, la résilience de l'économie russe, qui permet d'assurer à la fois l'effort de guerre et les transferts sociaux à la population. Et le pays, où affluent les devises provenant de la vente des matières premières, excelle dans l'art du contournement des sanctions. Troisièmement, le jeu des pays du Sud global, souvent animés par des rancunes et des reproches envers l'Occident, lui évite l'isolement sur la scène internationale ».   Signe de cette confiance retrouvée, les récentes révélations du « New York Times ». Selon le journal américain - qui n'a pas été démenti par le Kremlin -, Poutine serait disposé à négocier un cessez-le-feu en Ukraine. Il le ferait bien sûr à ses conditions, mais la position actuelle de son armée lui permettrait de présenter « l'opération spéciale » (l'appellation officielle de la guerre dans les médias russes), auprès de son peuple, comme un succès. Son armée occupe 20 % du territoire ukrainien, paraît indélogeable grâce à l'épaisseur inouïe de ses lignes de défense, Moscou a annexé quatre régions et établi un couloir entre son territoire et la Crimée (annexée, elle, en 2014).   Surtout, l'échec de la contre-offensive « sème la zizanie au sein des élites ukrainiennes - comme l'a montré l'interview du chef d'état-major à « The Economist », parlant d'offensive dans l'impasse - et fait douter les Occidentaux : de quels moyens dispose-t-on face à Poutine qui ne ménage pas ses soldats et manipule nos propres faiblesses et désaccords ? » interroge Tatiana Kastouéva-Jean. Aux États-Unis, les élus républicains au Congrès bloquent l'aide financière massive. En Europe, c'est le Hongrois Viktor Orban qui joue ce rôle de trublion, risquant d'entraîner d'autres États membres.   La situation pourrait devenir encore plus critique pour Kiev, qui a un besoin vital de ce soutien en argent et en armes de la part de ses alliés, si Donald Trump était élu à la Maison-Blanche en novembre 2024 et si les populistes prorusses remportaient un franc succès aux élections européennes de juin prochain. Pour Volodymyr Zelensky, il est hors de question de négocier en position de faiblesse sur le terrain. Cela lui est d'ailleurs interdit par la Constitution ukrainienne : révisée à cet effet en juin dernier, celle-ci fixe pour objectif le retour aux frontières de 1991, date de l'indépendance.  Pour lui, la guerre Israël-Hamas est une aubaine« Le temps joue pour Poutine », reprend notre diplomate russe, convaincu que « la victoire militaire sera acquise avant l'été ». Selon lui, les problèmes de mobilisation seraient résolus, « 400 000 jeunes supplémentaires ont rejoint l'armée, où ils gagnent plus d'argent que dans le civil ». Autre point fort de l'année, Vladimir Poutine s'est débarrassé à sa manière, l'élimination physique brutale dans un mystérieux accident d'avion en août, de l'encombrant chef de Wagner, Evgueni Prigojine. Contrairement à ce qui avait pu être dit au moment où il défiait ouvertement les hiérarques russes, le chef mercenaire et affairiste ne bénéficiait pas d'un soutien de la population, et sa disparition n'a pas entraîné de mouvement hostile au maître du Kremlin.   Enfin, son récent déplacement en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, bravant le mandat d'arrêt mondial de la Cour pénale internationale, prouve que Poutine est loin d'être un paria. Pour lui, la guerre au Proche-Orient est une aubaine. « Non seulement l'action d'Israël lui donne l'occasion de relativiser sa propre guerre et ses crimes en Ukraine, mais, en plus, il voit bien qu'elle divise au sein même des pays occidentaux et les affaiblit », décrypte Tatiana Kastouéva-Jean.   Au total, le scrutin présidentiel s'annonce favorablement pour le candidat Poutine. « Il fait confiance à la propagande... et à la machine répressive pour garantir sa réélection en mars, en dépit de fragilités comme, notamment, le mouvement des femmes et des mères de mobilisés », pointe la chercheuse de l'Ifri. Ce que l'ex-diplomate russe résume à sa façon : « D'ici à quelques mois, Poutine sera toujours là, mais pas Joe Biden... » </text>
	

	<text titre="Les événements de 2023" date="2024 01 02T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24118" auteur="Unknown" annee="2024" mois="1" jour="2" journal_clean="Les Echos" keywords="justice, présente, dupond-moretti, 0le, plan, issu, mesures, eric" langue="fr"> FRANCE  01/01 0Le guichet unique dématérialisé des formalités des entreprises démarre.  05/01 0 Eric Dupond-Moretti présente les 60 mesures du plan d'action issu des Etats généraux de la justice.
10/01 0La Première ministre Elisabeth Borne présente la réforme des retraites, dont la mesure phare est le recul de l'âge légal de 62 ans à 64 ans dès 2030.  19/01 0Plus de 1 million de personnes manifestent contre la réforme des retraites à l'appel des huit grands syndicats français (photo 1).  28/01 0Olivier Faure est réélu à la tête du Parti socialiste.  01/02 0Entrée en vigueur de la réforme de l'assurance-chômage : la durée d'indemnisation diminue de 25 % pour toute nouvelle inscription à Pôle emploi.  20/03 0Le projet de réforme des retraites est adopté par l'Assemblée nationale, après un recours à l'article 49.3 de la Constitution.   Libération du journaliste français Olivier Dubois, otage au Sahel depuis 2021.  31/03 0Sophie Binet est élue secrétaire générale de la CGT.  10/04 0Fabien Roussel est largement reconduit à la tête du Parti communiste lors du 39e congrès.  14/04 0Le Conseil constitutionnel valide la réforme des retraites mais censure six dispositions, dont l'index seniors et le contrat seniors.  20/04 0Emmanuel Macron annonce une revalorisation de la rémunération des enseignants entre 100 et 230 euros net par mois » dès septembre.  24/04 0Le gouvernement lance le Conseil national du commerce.  04/05 0Emmanuel Macron dévoile sa réforme des lycées professionnels, mobilisant 1 milliard d'euros par an.  14/05 0Parution du décret autorisant le retour au travail du personnel soignant non vacciné contre le Covid-19.  15/05 0Emmanuel Macron annonce 13 milliards d'euros d'investissements étrangers lors du sixième sommet Choose France.  17/05 0Nicolas Sarkozy est condamné à trois ans de prison dont un an ferme pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire dite des « écoutes ».  13/06 0Emmanuel Macron présente un plan de relocalisation de la production de médicaments en France.  21/06 0Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger passe la main à Marylise Léon.  27/06 0La mort d'un adolescent de 17 ans, tué par un policier lors d'un contrôle routier à Nanterre (Hauts-de-Seine), provoque six nuits d'émeutes sur tout le territoire.  30/06 0La dette publique franchit le cap des 3.000 milliards d'euros selon les chiffres publiés par l'Insee.  02/07 0Rémy Heitz est nommé procureur général près la Cour de cassation. Il succède à François Molins.  06/07 0Patrick Martin succède à Geoffroy Roux de Bézieux à la tête du Medef.  20/07 0Présentation du nouveau gouvernement d'Elisabeth Borne, confirmée le 17 juillet à Matignon. Parmi les nouveaux entrants : Aurélien Rousseau à la Santé, Aurore Bergé aux Solidarités, Thomas Cazenave aux Comptes publics et le maire de Dunkerque, Patrice Vergriete, au Logement. Trois membres du gouvernement changent de poste : Gabriel Attal à l'Education, Sarah El Haïry à la Biodiversité, et Bérangère Couillard à l'Egalité femmes-hommes.  27/07 0Matignon déclenche un plan d'urgence de 100 millions pour les Ehpad.  10/08 0Fin de la campagne de déclaration des biens immobiliers au terme de plusieurs reports et de vives critiques.  20/08 0Décès de l'économiste Daniel Cohen, professeur à l'Ecole normale supérieure et à l'Ecole d'économie de Paris, à l'âge de 70 ans.  01/09 0Entrée en vigueur de la loi portant réforme des retraites.  19/09 0Elisabeth Borne détaille la répartition des 7 milliards d'euros supplémentaires qui seront consacrés au verdissement de la France.  24/09 0Le scrutin des élections sénatoriales est marqué par la progression du Rassemblement national et d'Horizons, la formation d'Edouard Philippe.  02/10 0Gérard Larcher est reconduit à la présidence du Sénat pour trois ans.  13/10 0Un enseignant est tué par un ancien élève dans le collège-lycée Gambetta-Carnot d'Arras (Pas-de-Calais), lors d'un attentat djihadiste.  26/10 0Elisabeth Borne dévoile une série de mesures post-émeutes sur la sécurité, la réponse pénale et l'encadrement de jeunes délinquants.  26/10 0Inauguration de la Cité internationale de la langue française, à Villers-Cotterêts (Aisne).  31/10 0Décès de l'ancien ministre de l'Economie et homme fort de la sidérurgie française Francis Mer à 84 ans.  01/11 0La puissante tempête Ciaran s'abat sur le nord-ouest de la France (photo 2).  12/11 0Près de 182.000 personnes défilent dans l'Hexagone « Pour la République, contre l'antisémitisme » à l'initiative des présidents des deux assemblées.  14/11 0Adoption du projet de loi pour le plein-emploi prévoyant la création de France travail et une réforme du RSA.  25/11 0Décès de l'ancien maire de Lyon et ministre de l'Intérieur du premier gouvernement Macron Gérard Collomb, à 76 ans.  29/11 0Visé par un procès pour soupçons de prise illégale d'intérêts, Eric Dupond-Moretti est relaxé par la Cour de justice de la République.  02/12 0Une attaque au couteau par un islamiste radical fait un mort à Paris, dans un quartier très touristique.  05/12 0Le ministre de l'Education nationale présente un train de mesures pour relever le niveau des élèves français.  07/12 0Emmanuel Macron annonce la création de sept agences de programmes pour mieux fédérer les efforts de recherche.  11/12 0L'Assemblée nationale adopte une motion de rejet préalable au projet de loi immigration, un revers pour le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.  11/12 0Le projet de loi sur l'immigration, tel qu'issu de la commission mixte paritaire, est adopté. En désaccord, le ministre de la Santé Aurélien Rousseau démissionne.  20/12 0Jean Bassères, directeur général de Pôle emploi, passe la main à Thibaut Guilluy, Monsieur France travail.  27/12 0Jacques Delors, l'ancien ministre de François Mitterrand et président de la Commission européenne, décède à 98 ans (photo 3).   MONDE  01/01 0La Croatie devient le 20e pays membre de l'Union européenne à adopter l'euro et rejoint l'espace Schengen.   Luiz Inacio Lula da Silva est investi président du Brésil.  19/01 0Démission surprise de la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern.  23/01 0L'UE accorde 500 millions d'euros supplémentaires pour armer l'Ukraine.  01/02 0La présidente de la Commission euroépenne, Ursula von der Leyen, présente le plan industriel pour un Pacte vert de l'UE.  06/02 0Le sud-est de la Turquie et la Syrie sont dévastés par deux séismes meurtriers dont le bilan humain dépasse 50.000 morts (photo 4).  15/02 0La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon démissionne.  20/02 0Visite historique du président américain Joe Biden à Kiev pour marquer le soutien des Etats-Unis à l'Ukraine.  21/02 0Vladimir Poutine annonce la fin de la participation russe au traité New Start sur le désarmement nucléaire.  27/02 0Le Royaume-Uni et l'UE trouvent un accord sur le protocole nord-irlandais, baptisé « accord de Windsor ».  04/03 0L'ONU finalise le premier traité international de protection de la haute mer.  05/03 0En Estonie, le parti de la Première ministre Kaja Kallas l'emporte aux élections législatives.  10/03 0Le président chinois Xi Jinping est réélu pour un troisième mandat de cinq ans.  17/03 0La CPI émet un mandat d'arrêt contre Vladimir Poutine pour le crime de guerre de « déportation illégale » d'enfants ukrainiens.  21/03 0Vladimir Poutine accueille Xi Jinping au Kremlin pour un sommet sur le conflit en Ukraine et aux relations bilatérales.  28/03 0En Israël, après trois mois de manifestations sans précédents, le Premier ministre Benyamin Netanyahou suspend son projet de réforme judiciaire.   Elu président du parti indépendantiste écossais, Humza Yousaf devient le Premier ministre de l'Ecosse.  30/03 0La France obtient une reconnaissance du rôle du nucléaire dans les objectifs de l'UE concernant les énergies renouvelables d'ici à 2030.  02/04 0Le centre droit gagne les élections législatives en Finlande, devançant le parti nationaliste puis les sociaux-démocrates de Sanna Marin, qui perd son poste de Première ministre.  04/04 0La Finlande devient le 31e membre de l'Otan.  05/04 0Emmanuel Macron se rend en Chine pour une visite d'Etat.  18/04 0Le Parlement européen adopte plusieurs textes du paquet climatique de l'UE : réforme du marché carbone, mécanisme carbone aux frontières, fonds social pour le climat.  25/04 0Joe Biden annonce être candidat à sa réélection à la présidence des Etats-Unis en 2024.  30/04 0Au Paraguay, Santiago Peña, candidat conservateur du Parti Colorado, remporte l'élection présidentielle.  05/05 0L'Organisation mondiale de la santé lève l'alerte maximale sur la pandémie de Covid-19, décrétée le 30 janvier 2020.  06/05 0Couronnement du roi Charles III dans l'abbaye de Westminster, à Londres (photo 5).  07/05 0La Ligue arabe réintègre la Syrie de Bachar Al Assad.  28/05 0Recep Tayyip Erdogan est réélu président de la République de Turquie.  01/06 0Le Sénat approuve la suspension du plafond de la dette fédérale américaine jusqu'en 2025.  02/06 0L'Américain Ajay Banga devient président de la Banque mondiale.  12/06 0Décès du magnat des médias et ex-chef de gouvernement italien Silvio Berlusconi à l'âge de 86 ans.  18/06 0Les Suisses votent pour la neutralité carbone à l'horizon 2050.  26/06 0Le chef de file du parti NouvelleDémocratie, Kyriakos Mitsotakis, entame un 2e mandat de Premier ministre en Grèce.  30/06 0Les Etats-Unis rejoignent l'Unesco, qu'ils avaient quittée sous la présidence de Donald Trump.  04/07 0Jens Stoltenberg est reconduit pour un an à la tête de l'Otan.  07/07 0Les Etats-Unis annoncent une nouvelle aide militaire à l'Ukraine d'un montant de 800 millions de dollars incluant des obus à sous-munitions DPICM.  08/07 0A peine un an et demi après sa prise de fonctions, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte présente la démission de son gouvernement.  09/07 0L'UE et la Nouvelle-Zélande signent un accord de libre-échange.  12/07 0Le Parlement européen approuve le projet de loi sur la restauration de la nature.  17/07 0Moscou annonce la fin « de facto » de l'accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes.  22/07 0La Grèce organise « la plus grande opération d'évacuation jamais effectuée », en raison des violents incendies qui font rage sur l'île touristique de Rhodes.  26/07 0Le président du Niger, Mohamed Bazoum, est renversé par un coup d'Etat militaire.  04/08 0L'opposant russe Alexeï Navalny est condamné à dix-neuf ans de prison supplémentaires.  10/08 0L'opposant Milojko Spajic, chef d'un nouveau parti pro-européen du Monténégro, est désigné par le président pour former le nouveau gouvernement.  16/08 0L'OMC retoque la Chine sur les droits de douane anti-américains de 2018.  20/08 0Après le feu vert américain, les Pays-Bas et le Danemark officialisent leur décision de transférer des avions de combat F-16 à l'armée ukrainienne.  22/08 0Le businessman Srettha Thavisin est désigné Premier ministre de la Thaïlande.  23/08 0Deux mois après sa mutinerie ratée, le chef des paramilitaires Wagner Evgueni Prigojine meurt dans le crash de son avion en Russie.  24/08 0Donald Trump se livre à la justice dans le comté de Fulton, à Atlanta, cadre de sa quatrième inculpation en quelques mois.  04/09 0Le général Brice Oligui Nguema est intronisé « président de transition » du Gabon.  08/09 0Un séisme de magnitude 6,8 frappe le Maroc, au sud-ouest de Marrakech, faisant plus de 2.497 morts.  10/09 0Le sommet du G20 à New Delhi acte l'intégration de l'Union africaine au forum.   Le passage de la tempête méditerranéenne Daniel sur le nord-est de la Libye fait des milliers de disparus, emportés dans les inondations et les torrents de boue.  1 9/09 0L'Azerbaïdjan lance une nouvelle opération militaire au Haut-Karabakh, enclave habitée par une majorité d'Arméniens. Le 20, les forces armées du Haut-Karabakh signent leur reddition.  30/09 0Le parti populiste SMER de Robert Fico arrive en tête aux élections législatives slovaques.  06/10 0Attribution du prix Nobel de la paix à la militante iranienne emprisonnée Narges Mohammadi.  07/10 0Des djihadistes du Hamas lancent une attaque sans précédent contre Israël. Le bilan s'élève à plus de 1.200 morts (photo 6).  09/10 0L'Américaine Claudia Goldin, spécialiste de l'emploi des femmes, reçoit le Nobel d'économie.   L'armée israélienne ordonne un « siège complet » de la bande de Gaza.  14/10 0Les Néo-Zélandais choisissent le chef du Parti national, Christopher Luxon, comme prochain Premier ministre à l'issue des élections législatives.  15/10 0L'opposition centriste pro-européenne remporte la majorité parlementaire aux législatives en Pologne.  02/11 0Le Japon lance un vaste plan pour lutter contre l'inflation et relancer la croissance, à hauteur de 100 milliards d'euros.  07/11 0Le Premier ministre portugais Antonio Costa démissionne, acculé par un scandale de corruption.  15/11 0Joe Biden et Xi Jinping se rencontrent au sommet des pays de l'Asie-Pacifique à San Francisco.  16/11 0Le socialiste Pedro Sanchez est reconduit à la tête du gouvernement espagnol après quatre mois d'impasse politique consécutive aux législatives du 23 juillet.  19/11 0L'économiste ultralibéral Javier Milei remporte la présidentielle argentine.  22/11 0Le parti néerlandais d'extrême droite de Geert Wilders arrive largement en tête des élections législatives.  30/11 0Décès de l'ancien diplomate américain Henry Kissinger à l'âge de 100 ans.  01/12 0Israël lance une offensive dans le sud de la bande de Gaza après l'échec des négociations avec le Hamas sur la prolongation d'une trêve et la libération d'otages.  11/12 0Le Parlement polonais investit le pro-européen Donald Tusk au poste de Premier ministre.  13/12 0A Dubaï, les 195 parties de la COP28 approuvent une décision historique sur la sortie nécessaire des énergies fossiles.  14/12 0L'UE décide d'ouvrir des négociations d'adhésion avec l'Ukraine.  18/12 0L'Egyptien Abdel Fattah Al Sissi est renouvelé au siège présidentiel pour six ans.   Les Etats-Unis annoncent une coalition en mer Rouge pour protéger les navires de commerce des attaques houtistes.  20/12 0Les Vingt-Sept finalisent le pacte sur l'asile et les migrations.   Accord « historique» des Vingt-Sept sur les nouvelles règles budgétaires.  20/12 0L'ancien ministre d'Helmut Kohl et d'Angela Merkel, Wolfgang Schäuble, décède à l'âge de 81 ans.   Page réalisée par Anne Flateau et Eléonore de Bailliencourt </text>
	

	<text titre="L'Ukraine prise sous un déluge de bombes russes" date="2024 01 03T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24684" auteur="lasserre, isabelle" annee="2024" mois="1" jour="3" journal_clean="Le Figaro" keywords="déluge, mois, russes, guerre, faiblesses, ukraine" langue="fr"> C'EST dans les silences de la guerre que s'écrit l'histoire. Et ceux qui recouvrent l'Ukraine depuis plusieurs mois sont de plus en plus lourds et menaçants. C'est dans les faiblesses de la guerre que Vladimir Poutine envoie ses missiles pour agrandir les plaies de l'Ukraine, démoraliser sa population et dissuader l'Occident de s'engager davantage. Depuis le 29 décembre, un déluge de missiles russes s'abat contre Kiev, Kharkiv à l'est et d'autres villes ukrainiennes. Vendredi, les centaines de missiles et de drones kamikazes lancés par la Russie ont fait 30 morts et 160 blessés. Même chose mardi 2 janvier, où les attaques russes ont fait de nombreuses victimes civiles dans la capitale et à Kharkiv. Alors que la ligne de front était figée depuis plusieurs mois à l'est comme au sud, elle s'est brusquement rallumée. La vague de bombardements russes, l'une des plus violentes depuis le début de la guerre, a ciblé des immeubles, des maternités, des centres commerciaux ainsi que des infrastructures industrielles et militaires. 
Les responsables ukrainiens s'y attendaient. Vladimir Poutine avait promis de «venger» la mort de civils après le bombardement de grande ampleur perpétré samedi par l'armée ukrainienne contre la ville russe de Belgorod, qui avait fait 25 morts et une centaine de blessés. Le président russe avait promis d' «intensifier» les frappes contre l'Ukraine. Il a tenu parole. Mais l'attaque de vendredi constituait déjà des «représailles» à la destruction par les Ukrainiens, quatre jours plus tôt, d'un navire de débarquement et de transport russe dans un port de Crimée, à l'aide d'un missile franco-britannique à longue portée Scalp. Soixante-dix-sept marins russes avaient péri dans l'opération.   Augmenter les souffrances des populations   Au-delà de la vengeance, la reprise des bombardements russes vise à déstabiliser l'Ukraine au milieu de l'hiver. L'année dernière à la même époque, les Russes avaient déjà lancé une campagne de bombardements contre les infrastructures civiles pour paralyser le pays, désorganiser l'arrière du front et augmenter les souffrances des populations confrontées au froid, au manque d'eau, à l'obscurité et à l'isolement. La recrudescence des attaques vise aussi à saturer la défense antiaérienne ukrainienne. L'escalade militaire est en outre un message adressé par Vladimir Poutine aux alliés occidentaux de l'Ukraine. Une manière de célébrer leur Nouvel An en prévenant que le Kremlin n'a aucune intention d'arrêter sa guerre. Et que son but est toujours de détruire l'Ukraine afin de la soumettre.   La plupart des experts s'attendent à ce qu'elle se poursuive jusqu'à l'élection présidentielle du 17 mars 2024, que Vladimir Poutine semble assuré de remporter. La reprise de l'offensive viserait ainsi à s'assurer qu'aucune mauvaise nouvelle militaire pour les Russes en Ukraine ne vienne perturber la campagne électorale. Depuis sa citadelle du Kremlin, Vladimir Poutine consolide son pouvoir ébranlé l'été dernier par la rébellion de Prigojine. Malgré les sanctions occidentales, la Russie a réussi à augmenter sa production militaire et à renflouer son front avec plus de 1 500 chars et 22 000 drones. La reprise en main militaire a aussi été aidée par les alliés de la Russie - Chine, Iran, Turquie, Corée du Nord, Émirats arabes unis qui lui fournissent les composants ou les armes nécessaires.   Après l'échec de la contre-offensive de 2023, les militaires ukrainiens semblent avoir, eux, changé d'approche, en tout cas provisoirement. Face à l'impossibilité de percer le front et d'affaiblir les défenses russes, l'objectif, selon les analystes militaires, est désormais de défendre les lignes de l'est et du sud en essayant de perdre le minimum de terrain pendant l'hiver, en attendant de nouvelles livraisons d'armes occidentales. Dans l'entretien qu'il a accordé à The Economist, Volodymyr Zelensky a prédit que la mer Noire, où les forces ukrainiennes ont réussi à placer la Flotte russe sur la défensive, serait en 2024 le centre de gravité de la guerre et que l'objectif de son armée sera d'isoler la Crimée, afin de la couper de la Russie et de ses approvisionnements en troupes et en armes. Il réclame des missiles suffisamment puissants pour pouvoir détruire le pont de Kertch.   Silence hésitant des Occidentaux   Le président ukrainien a lancé un nouvel appel, en forme d'avertissement, à ses alliés occidentaux. L'idée selon laquelle Vladimir Poutine commence à gagner la guerre en Ukraine n'est qu'un «sentiment », prévient-il. En aidant l'Ukraine et en lui fournissant des armes et un soutien financier, les Européens contribuent à la défense du continent. Mais s'ils laissent l'Ukraine perdre, ils devront affronter de nouvelles guerres qui seront déclenchées par Vladimir Poutine. « Poutine, dit-il, sent les faiblesses comme un animal, car c'est un animal. Il sent le sang, il sent sa force. Et il vous mangera pour son dîner avec votre Union européenne, votre Otan, votre liberté et votre démocratie. »   Depuis plusieurs mois, les Occidentaux ont perdu le sens de l'urgence. Ils ont démarré la nouvelle année, concentrés sur les échéances politiques électorales, nombreuses en 2024, où l'année sera cruciale pour l'Europe et les États-Unis, surtout en cas de retour de Donald Trump au pouvoir. Vendredi 29 décembre, un missile russe a violé l'espace polonais pendant trois minutes et 40 kilomètres, sans provoquer la moindre réunion du NAC, le Conseil de l'Atlantique Nord, l'organe de décision politique de l'Otan. Les Occidentaux sont tentés de détourner le regard. Malgré la gravité de la situation, les gouvernements européens n'ont pas engagé leurs pays dans une économie de guerre.   En 2023, les Occidentaux ont permis aux Ukrainiens de résister aux Russes. 2024 sera l'année de la vérité. Permettront-ils aux Ukrainiens de gagner ? Le silence hésitant dans lequel ils les maintiennent se déchirera-t-il avant qu'il ne soit trop tard ? </text>
	

	<text titre="Comment Vladimir Poutine pourrait profiter du conflit entre Israël et le Hamas" date="2024 01 08T00:00:00" journal="La Croix, no. 42814" auteur="pascal boniface" annee="2024" mois="1" jour="8" journal_clean="La Croix" keywords="hamas, poutine, l’ukraine, israël, russie, catastrophique, vladimir, guerre" langue="fr"> 2023 a été une année catastrophique pour les affaires géopolitiques. La guerre entre la Russie et l’Ukraine se poursuit et a été relayée par la guerre entre Israël et le Hamas. L’effondrement de l’armée russe espéré n’est pas survenu. Evgueni Prigojine, le chef de la division Wagner, qui a mis en cause ouvertement l’autorité de Vladimir Poutine, est mort, officiellement accidentellement. Le pouvoir de Vladimir Poutine est désormais encore plus fermement établi sur la Russie. Les Occidentaux, qui ont décidé de se retirer de Russie pour la sanctionner, lui ont permis de récupérer 100 milliards de dollars d’avoirs abandonnés pour pratiquement rien. La contre-offensive ukrainienne, lancée à l’été 2023, a échoué.
Le plus probable dans ce contexte est que la situation sur le plan militaire se fige – permettant à la Russie de conserver une partie du territoire ukrainien. Cela constitue pour les Occidentaux une lourde défaite. La question ukrainienne fait par ailleurs l’objet d’un intense débat aux États-Unis. La Maison-Blanche continue de soutenir massivement Kiev, mais si Donald Trump était amené à revenir au pouvoir l’an prochain, l’aide américaine à l’Ukraine serait bel et bien suspendue. Vladimir Poutine va pouvoir, d’un point de vue communicationnel du moins, triompher. La grande erreur des Occidentaux est d’avoir confondu le souhaitable (la défaite de la Russie) et le possible. Or, les ratios démographiques sont en faveur de la Russie : il y a quatre fois plus de Russes que d’Ukrainiens. L’industrie russe de la défense tourne à plein régime, et bénéficie du soutien de l’Iran et de la Corée du Nord. La Russie est certes affaiblie par le départ de nombreux Russes qui ont fui la répression et la mobilisation, elle est coupée du monde occidental uni contre elle, mais elle conserve en revanche des cartes à jouer dans ce qu’on qualifie de « Sud global ». On peut dire que la guerre de Gaza est venue jouer en faveur de son agenda. En effet, le 7 octobre 2023, le Hamas a lancé des attentats meurtriers contre Israël, qui s’est lancé dans une vaste opération militaire à Gaza pour éradiquer le Hamas. En procédant à des bombardements massifs qui ont déjà fait plus de 21 000 morts et créé une situation humanitaire catastrophique. Gaza est un cimetière d’enfants. Si rien n’excuse les attentats du 7 octobre, rien n’excuse non plus les bombardements massifs et aveugles sur les populations civiles par ailleurs soumises à un blocus. Cette situation au Proche-Orient offre un véritable argument à Vladimir Poutine à l’encontre des Occidentaux. Ces derniers n’ont en effet cessé de demander aux pays du Sud global, aux pays non occidentaux, de prendre des sanctions contre la Russie qui avait acquis les territoires par la force et bombardé des populations civiles, ce qui est interdit par le droit international. Mais les mêmes pays occidentaux reconnaissent le droit inconditionnel d’Israël à se défendre alors qu’Israël occupe aussi des territoires et a également bombardé des populations civiles.   Il y aura un avant et un après-7 octobre dans l’opinion israélienne, qui a été meurtrie. Elle pensait vivre dans un sanctuaire à l’abri des coups et s’est aperçue que ce n’est pas le cas. Ces attaques ont constitué un indéniable choc pour Israël. Mais il y aura aussi un avant et un après-guerre de Gaza, parce que les images des populations civiles palestiniennes à Gaza sous les bombardements israéliens que nous voyons désormais sont peut-être moins visibles dans le monde occidental mais sont largement diffusées dans le monde entier et marqueront également les consciences collectives.   Dans les deux cas, à des degrés divers, il y a une différence d’appréciation entre les pays occidentaux et les pays non occidentaux. Les premiers condamnent la Russie et soutiennent Israël. Les seconds estiment qu’il est tout à fait anormal de condamner la Russie et de ne pas condamner Israël pour les bombardements des populations civiles. Cette différence de perception grandit et isole le monde occidental du reste du monde. </text>
	

	<text titre="« Si la Russie pense que nous sommes faibles, elle n'hésitera pas à tester l'Otan »" date="2024 01 12T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24126" auteur="pierre de gasquet" annee="2024" mois="1" jour="12" journal_clean="Les Echos" keywords="adhésion, processus, russie, tester, otan, europe, hésitera, ukraine" langue="fr"> Comment voyez-vous la récente décision des Vingt-Sept de lancer le processus d'adhésion de l'Ukraine à l'UE ?C'est une victoire morale pour l'Europe. Parvenir à cette décision commune n'a été facile pour aucun d'entre nous. Poutine doit être très déçu de ne pas réussir à briser notre unité sur ce point. Ce sera un processus long. Cela nous a pris sept ans pour négocier notre entrée. Il y a encore des réformes difficiles que l'Ukraine devra entreprendre en vue de son adhésion.
Craignez-vous que Viktor Orban puisse encore freiner ce processus ?Aussi longtemps que Viktor [Orban] s'épanche négativement auprès des médias mais agit dans le bon sens, tout va bien. Au dernier Conseil européen, il a même été celui qui a trouvé la solution pour que nous puissions parvenir à un accord. Nous verrons bien. Bien sûr, cela devient plus difficile avec la Hongrie. Mais jusqu'ici nous avons réussi à obtenir un accord et on ne peut que s'en féliciter.  Le processus d'adhésion de l'Ukraine à l'Otan sera-t-il nécessairement plus long ?Les « zones grises » sont sources de conflits. La seule garantie de sécurité que cela marche est bien de faire partie de l'Otan. Mon propre pays en est l'exemple type. La Russie ne nous a pas attaqués parce que nous faisons partie de l'Otan. Si nous voulons atteindre la paix en Europe à long terme, l'Ukraine doit résolument faire partie de l'Otan. La question est de savoir quand. Nous voulons aider militairement l'Ukraine, mais personne ne veut y envoyer des troupes. Donc il faut clairement que la guerre soit d'abord finie en Ukraine avant d'envisager son adhésion à l'Otan.  Partagez-vous les craintes du président Zelensky sur le risque de voir l'Occident baisser la garde en Ukraine au vu de la crise au Moyen-Orient ?Pas entièrement. Nous en avons parlé au niveau européen. Il est clair qu'une nouvelle crise se profile. Mais nous avons démontré que nous sommes capables de gérer plusieurs conflits en même temps. Le combat contre l'agresseur russe est aussi important que le combat contre le terrorisme. C'est aussi dangereux pour la sécurité du monde et pas seulement pour l'Europe. L'expérience de la Seconde Guerre mondiale montre clairement que pactiser avec un dictateur conduit à de nouvelles guerres. Si un Etat agresseur peut s'en sortir avec plus de territoires, d'autres agresseurs en prendront soigneusement note et seront encouragés.  L'Otan peut-il et doit-il survivre à la possible réélection de Donald Trump en 2024 ?Nous devons travailler avec les leaders que choisissent les peuples de nos alliés démocratiques. C'est aux peuples de décider quels seront leurs prochains présidents. Cela dit, les Etats-Unis ont adopté des sauvegardes additionnelles afin qu'un président ne puisse pas décider tout seul de sortir de l'Otan, comme de toute organisation internationale. Ce que nous devons démontrer en Europe, dès aujourd'hui, c'est que nous remplissons notre part en matière de financement de notre défense en garantissant cette promesse d'un niveau minimum de 2 % du PIB consacrés par chacun des pays membres au budget de la défense. Si la Russie pense que nous sommes faibles parce que nous n'en avons pas fait assez, elle n'hésitera pas à tester l'Otan.  Etes-vous prête à vous rallier à la candidature de Mark Rutte pour la direction de l'Otan ?Nous n'avons pas encore décidé. Notre crainte est qu'il a été Premier ministre pendant longtemps, et les Pays-Bas n'ont pas respecté cet engagement des 2 % du PIB dans la défense. Or, c'est important de prendre la défense au sérieux. Nous avons appris de l'histoire que la faiblesse provoque les agresseurs. S'ils voient que nous sommes faibles et que nous ne respectons pas nos propres engagements, cela peut les conduire à faire de mauvais calculs. J'en ai parlé à Mark Rutte. Et nous verrons. Il semble qu'il soit soutenu par la majorité. Mais il y a déjà eu trois secrétaires généraux provenant des Pays-Bas. L'histoire montre que lorsque Margaret Thatcher était au pouvoir au Royaume-Uni, les Pays-Bas étaient complètement opposés à l'arme nucléaire. Il est paradoxal que ce pays ait vu la défense différemment des pays qui mouillent leur chemise.  Pensez-vous que l'on s'achemine vers une guerre d'usure entre la Russie et l'Ukraine ?C'est déjà le cas. Les Russes espèrent que nous allons nous fatiguer les premiers et que le temps est de leur côté. Ils sont très forts en matière de propagande. En réalité, c'est un leurre. L'économie russe est en pleine tourmente. La Chine ne va pas leur prêter de l'argent. Après les élections, Poutine va devoir prendre nécessairement des mesures très impopulaires et augmenter les impôts. Il y a des fissures au sein de l'armée. Ils se sont débarrassés de Prigojine, mais cela ne veut pas dire que l'armée est satisfaite. Ils voient que leur équipement n'est pas à la hauteur des Ukrainiens. Nous ne devrions pas sous-estimer notre propre pouvoir en tant qu'Occident. Nous sommes forts en termes de dépenses et d'aides militaires. Je suis optimiste. Mais pour être réaliste, je ne pense pas que cette guerre va se terminer en 2024. La Russie a déjà perdu, car elle n'a pas atteint ses objectifs jusqu'ici. Mais tout dépend de notre soutien militaire et financier à l'Ukraine qui se bat pour l'Europe.   Pierre de Gasquet </text>
	

	<text titre="«La Haye» de Sasha Denisova, dans le vif de l'histoire" date="2024 01 29T00:00:00" journal="Libération" auteur="anne diatkine envoyée spéciale à toulouse" annee="2024" mois="1" jour="29" journal_clean="Libération" keywords="haye, théâtre, est-il, aquoi, sasha, denisova" langue="fr"> Aquoi peut bien ressembler le théâtre politique aujourd'hui? Est-il condamné à prendre la forme d'une (vieille) rengaine au refrain peu contestable - «le racisme, c'est mal» - ou est-ce possible qu'il surprenne, détonne, captive, alors même que le public (français) est pour sa plus grande part acquis à la cause présentée? Peut-on se saisir de l'actualité la plus brûlante, celle qui bouge heure après heure, ou une distance temporelle et réflexive est-elle nécessaire pour qu'une pièce advienne et soit pérenne ? Aquoi sert un tel théâtre aujourd'hui? La pièce-procès de la metteuse en scène, autrice, dramaturge ukrainienne Sasha Denisova, portée sur scène dans l'urgence et magistralement par Galin Stoev et la troupe du Théâtre national Ivan-Vazov à Sofia, constitue un cas d'espèce fascinant.
C'est donc une fillette d'une douzaine d'années qui est la principale accusatrice de Poutine à La Haye. Une enfant jamais nommée dont la nationalité n'est pas complètement explicite en dépit de son sweat aux couleurs de l'Ukraine matinées de rose. La «gamine» est chargée de présenter les protagonistes et leurs multiples crimes de guerre, tandis que sur le grand plateau du ThéâtredelaCité, à Toulouse, défilent comme autant de poupées au visage de cire, ensemble ou séparément, Poutine, Kadyrov, Patrouchev, mais aussi des sommités moins connues des médias français comme l'idéologue en chef du Kremlin Sourkov, et tant d'autres. Grands yeux, visage miniature, peau de bébé : impossible de croire que Kremena Deyanova, qui incarne cette nouvelle Alice au pays des cauchemars, ait quitté l'état enfantin depuis un bon bout de temps déjà.   Outrer. Poutine, quant à lui, prend les traits épurés de la géniale Radena Valkanova. Est-il déjà mort et remplacé par un sosie ? La force de cette mise en scène tient beaucoup en sa manière de styliser chaque protagoniste, de capturer les silhouettes, d'outrer le réel sans jamais le copier alors même que la pièce est constituée de collages de propos ayant été tenus, d'événements atrocement réels. Plus ce qui est dénoncé est horrible, plus la mise en scène prend l'allure démoniaque d'un show parfaitement huilé à l'américaine.   Diplômée de l'école du Théâtre d'art et de feu le centre Meyerhold de Moscou tout en s'étant formée au théâtre documentaire à la Royal Court à Londres, Sasha Denisova vivait en Russie quand la guerre a éclaté. Elle s'en va, d'abord en Pologne, et commence peu de temps après l'invasion à écrire La Haye qu'elle présente d'abord à Potsdam, puis à Boston. Galin Stoev, lui, qui a passé les sept premières années de sa vie en Russie et grandi dans des écoles russophones, s'aperçoit aux débuts de la guerre que, comme beaucoup, il ignore tout de la culture ukrainienne. Il choisit de monter la pièce qu'il vient de découvrir en Bulgarie, où 30 % de la population est pro-Poutine, plutôt qu'en France où il vit.   Bolide. A Sofia, il persuade le théâtre équivalent à la Comédie-Française de l'inscrire sans délai à son répertoire. En moins d'un mois, il traduit le texte, discute costumes et scénographie et commence les répétitions avec une troupe déjà fort occupée. «Il nous a fallu trois semaines pour aboutir à ce qui nous prend trois bonnes années d'ordinaire», remarque Galin Stoev. Pendant les répétitions, le vrai Prigojine est tué. «Est-ce que je suis viré?» questionne l'acteur qui l'incarne. Sasha Denisova choisit plutôt d'intégrer l'actualité intempestive dans sa pièce. Le bolide trouvera-t-il dès cet été un festival pour l'accueillir ? Il n'est pas interdit d'espérer. Tout en souhaitant que le travail de dramaturgie se poursuive, mais dans le sens de l'épure.   La Haye de Sasha Denisova, mise en scène de Galin Stoev avec le Théâtre national Ivan-Vazov (Sofia, Bulgarie), jusqu'au 26 janvier au ThéâtredelaCité à Toulouse (34). </text>
	

	<text titre="Thomas Gomart : « Les Européens doivent évidemment se réarmer »" date="2024 02 01T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24709" auteur="Unknown" annee="2024" mois="2" jour="1" journal_clean="Le Figaro" keywords="attaque, hamas, taïwan, gomart, européens, réarmer, évidemment_se_réarmer, israël, russie, isolement, chine, thomas, évidemment, ukraine" langue="fr"> Invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, tensions permanentes entre la Chine et Taïwan, attaque d'Israël par le Hamas en 2023... Les Européens doivent sortir rapidement de leur « isolement mental » face à l'augmentation des conflits et la nouvelle donne géoéconomique, analyse Thomas Gomart. Historien et directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri) depuis 2015, il publie L'Accélération de l'histoire. Les noeuds géostratégiques d'un monde hors de contrôle (Tallandier).  LE FIGARO. - L'invasion de l'Ukraine par la Russie il y a deux ans et les attaques terroristes du Hamas en Israël le 7 octobre dernier ont rebattu les cartes sur la scène internationale. Qui sont les gagnants ?
THOMAS GOMART. - Si l'on relie les deux théâtres, ce sont certainement les pasdarans iraniens. Tout en réprimant les protestations internes, ils contribuent à l'insécurité européenne en armant les Russes et en accélérant leur programme nucléaire. Leur soutien au terrorisme militarisé du Hamas leur a permis d'abattre le mythe de l'invincibilité d'Israël. En devenant les hérauts de la cause palestinienne, ils stoppent momentanément le rapprochement entre Israël et l'Arabie saoudite, tout en rejoignant les Brics+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis, Éthiopie). Pays lourdement sanctionné par les Occidentaux, l'Iran renvoie ces derniers à leur vulnérabilité maritime en appuyant les houthistes en mer Rouge.  Et les perdants ?À l'échelle globale, ce sont les Russes et les Européens, mais de manière différente. Décision personnelle de Vladimir Poutine, la guerre d'Ukraine est le point d'orgue de son règne. Il s'est lancé dans un projet néo-impérial présenté comme une revanche de l'histoire. Parallèlement, il s'est déclaré en guerre contre l' « Occident collectif » accusé de tous les maux. Soutenu militairement par l'Iran et la Corée du Nord et politiquement par la Chine, il se voit désormais comme l'avant-garde de la désoccidentalisation du monde. Il faut relire son discours de juin dernier lors de la chevauchée d'Evgueni Prigojine pour comprendre son isolement intellectuel. Même les Chinois, dont il devient le vassal, le constatent. L'Ukraine et le Levant renvoient les Européens à leur impréparation stratégique dans un monde où des acteurs, comme la Russie ou l'Iran, veulent délibérément les marginaliser. Unis sur l'Ukraine, désunis sur le Levant, ils ont, depuis deux ans, accentué leur dépendance militaire et énergétique à l'égard des États-Unis, leur dépendance financière et énergétique à l'égard des pays du Golfe et leur dépendance commerciale à l'égard de la Chine.  S'il est élu président des États-Unis en novembre prochain, Donald Trump a déjà annoncé qu'il arrêterait le soutien militaire américain à l'Ukraine dès son arrivée à la Maison-Blanche. Cela précipiterait-il la nécessité d'un accord entre Kiev et Moscou ?Une chose est sûre : comme en 2016, Vladimir Poutine, à l'instar de Benyamin Netanyahou, votera Donald Trump, qui a annoncé qu'il réglerait le conflit « en vingt-quatre heures » en obligeant les autorités ukrainiennes à une partition territoriale. Une autre chose est sûre : à la différence des soldats russes mobilisés, les Ukrainiens savent pourquoi ils se battent. Ils ont parfaitement compris que Vladimir Poutine n'avait nullement renoncé à son projet d'asservissement de leur pays. L'inconnue fondamentale réside, d'une part, dans leur détermination à résister et, de l'autre, dans l'attitude qu'adopteront les Européens dans l'hypothèse d'une réélection de Donald Trump.  Les conflits en Ukraine et au Proche-Orient ont détourné les États-Unis de la priorité indo-pacifique fixée par Barack Obama. Après l'élection présidentielle à Taïwan de Lai Ching-Te, défenseur de la démocratie, quelle pourrait être l'attitude des États-Unis en cas d'attaque de l'île par Pékin ?Ce qui se joue dans le détroit de Taïwan, c'est non seulement l'ambition de la République populaire de Chine, qui place la « réunification » au coeur de son projet idéologique, mais aussi les modalités du commerce international, qui repose sur la liberté de navigation. Pour les États-Unis, c'est leur ambition globale à travers leur système d'alliance qui est en jeu. Si tout le monde a objectivement intérêt au statu quo, il ne faut jamais exclure la possibilité d'un passage en force, sans oublier non plus l'imprévisibilité de la Corée du Nord.  Dans votre livre, vous citez trois noeuds géostratégiques que sont les détroits de Taïwan, d'Ormuz et du Bosphore. Pourquoi ?Ce livre est né en mer de Chine lors d'un embarquement sur la frégate Lorraine. Je l'ai écrit pour analyser les effets de bord entre ces trois théâtres, qui, même lointains, concernent directement la sécurité des Européens, engoncés dans leur provincialisme stratégique. En outre, je me suis aussi penché sur trois marchandises clés pour leur appareil productif qui transitent par ces détroits : le blé, le pétrole et les microprocesseurs. Ce qui m'intéresse, c'est de voir comment des territoires aimantent des flux et d'analyser les conséquences pratiques.  Vous mettez en garde contre « la fausse sécurité donnée par le statut de puissance nucléaire ». C'est-à-dire ?Puissance nucléaire, Israël déplorait, le 7 octobre dernier, plus de 1 400 morts sur son propre territoire. Depuis lors, les Israéliens considèrent qu'ils livrent une guerre existentielle à Gaza. Un haut responsable français rencontré au cours de la rédaction du livre m'a dit : « On ne sera pas demain un pays agressé, car nous sommes un État doté. » Je comprends la logique de la dissuasion entre États ; je peux aussi envisager des situations de contournement. En recourant à une rhétorique nucléaire, Vladimir Poutine a donné à ce conflit une « dimension injustifiée », pour reprendre la formule d'Emmanuel Macron. Il nous oblige à repenser sur le plan militaire l'articulation entre les stratégies conventionnelles et les stratégies nucléaires.  L'Europe doit se réarmer, dites-vous. Est-il encore temps ?Répondre par la négative trahirait une résignation, voire un défaitisme, qui est une tendance intellectuelle et politique toujours vivace, notamment en France. Pourquoi les Ukrainiens ne se sabordent-ils pas ? C'est ce que se demandent ceux qui préfèrent la vision du monde du Kremlin à celle de Bruxelles. À la veille des élections européennes devrait se nouer un véritable débat politique sur les grands choix stratégiques des Européens. Ils doivent évidemment se réarmer mais le faire en renouvelant leur lecture d'un monde, qui va leur être beaucoup moins favorable. </text>
	

	<text titre="Dmytro Kouleba : « Si l'Ukraine gagne, l'Europe sera prospère et en sécurité »" date="2024 02 02T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24710" auteur="lasserre, isabelle" annee="2024" mois="2" jour="2" journal_clean="Le Figaro" keywords="pays, occidentaux, kouleba, armes, ukraine, prospère_et_en_sécurité, gagne, sécurité, europe, prospère, suffisamment" langue="fr"> Diplomate de carrière, Dmytro Kouleba est le ministre des Affaires étrangères de l'Ukraine depuis mars 2020.  LE FIGARO.- Les pays occidentaux vous ont livré suffisamment d'armes pour vous autoriser à résister aux Russes, mais pas suffisamment pour vous permettre de gagner la guerre. Comment l'expliquer ?
DMYTro Kouleba.- Nous sommes reconnaissants à nos partenaires car leurs armes nous ont permis de repousser l'invasion initiale. Mais il est clair que le niveau actuel des livraisons d'armes, à la fois la quantité, le rythme et la dynamique, n'est pas suffisant pour expulser la Russie d'Ukraine. S'agit-il d'une action délibérée de la part de nos partenaires ? Nous ne le pensons pas. La raison est plutôt l'impréparation de l'Occident à une guerre de cette ampleur en Europe. C'est pourquoi l'objectif principal de 2024 doit être l'augmentation de la production d'armes et de munitions dans les pays de l'UE et en Ukraine. Les choses sont finalement assez simples. Comment obtenir la victoire en Ukraine ? En lui livrant plus d'armes. Comment avoir plus d'armes ? En augmentant la production. Si l'UE ne peut pas résoudre ce problème en 2024, le message qu'elle enverra à Poutine sera très clair : non seulement les pays européens sont incapables d'aider suffisamment l'Ukraine pour lui permettre de gagner, mais ils ne pourront pas non plus se défendre eux-mêmes contre une agression potentielle de la Russie. C'est ainsi que seront interprétées les choses au Kremlin.  Si les livraisons d'armes n'augmentent pas, combien de temps pourrez-vous résister face à l'armée russe ?Nous n'abandonnerons jamais la lutte. La question des armes occidentales n'est pas en corrélation avec notre capacité de résistance. Elle n'est liée qu'au prix de la résistance. Moins il y a d'armes, plus il y a de victimes. Moins il y a d'armes, plus il y a de gains territoriaux pour la Russie. Moins il y a d'armes, plus les menaces de la Russie contre l'Occident sont élevées. Si quelqu'un imagine une situation dans laquelle une Ukraine privée d'armes deviendrait plus réceptive au compromis et céderait à la Russie, il sera déçu. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne.   Depuis la rébellion de Prigojine, Poutine a-t-il réussi à consolider son pouvoir, ou voyez-vous toujours des marques de faiblesses au sein du régime ? Tous les régimes autoritaires, dans la longue histoire de l'humanité, se ressemblent. Ils ont l'air forts de l'extérieur, mais à l'intérieur ils ont des faiblesses bien ancrées, qui les érodent progressivement. Je pense que c'est aussi le cas du régime russe. Grâce à tous les moyens dont il dispose, Poutine se positionne comme le président le plus fort de tous les temps. Mais sa légitimité internationale est très faible. Je ne parlerai pas des élections de mars, qui ne seront qu'un nouveau couronnement du roi ou du tsar par son entourage. Mais il existe des tendances dans l'économie et la société russes qui affaiblissent la volonté de Poutine, malgré sa force apparente.  Lesquelles ?Le mécontentement des mères et des épouses de soldats qui se battent et meurent en Ukraine est croissant. Les Russes commencent à comprendre que la guerre est construite sur des mensonges. Politiquement, bien sûr, les hommes du cercle rapproché restent unis autour de Poutine parce que leur prospérité et leur sécurité dépendent de lui. Mais tous savent qu'il n'est pas éternel, qu'il va mourir un jour et qu'il faut commercer à penser à ce qui se passera après. C'est aussi un facteur d'érosion.  Volodymyr Zelensky a affirmé que l'année 2024 serait celle de la mer Noire et de la Crimée. S'agit-il d'un changement de stratégie militaire ?Il s'agit d'un changement de tactique. La stratégie, elle, reste la même : restaurer l'intégrité territoriale du pays, ce qui signifie expulser l'armée russe d'Ukraine. Cet objectif ne changera pas, mais la façon dont nous parviendrons à l'atteindre dépendra des ressources dont nous disposons. Et de celles dont disposera la Russie. C'est pourquoi il est essentiel que les pays occidentaux continuent à soutenir l'Ukraine, mais aussi qu'ils empêchent la Russie de renforcer son armée. Le régime russe a mis en place un système de contournement des sanctions en important d'Occident, via des pays tiers, des pièces détachées et des puces permettant de fabriquer des armes. L'Occident a la capacité d'interrompre ce circuit d'approvisionnement. Mais le changement spectaculaire de la nature du conflit nous a aussi forcés à revoir la doctrine militaire et la planification des opérations. On est passés d'une guerre de chars et d'artillerie à une guerre de drones. En 2024, l'accent sera donc mis sur les drones, les missiles à longue portée et tout ce qui peut détruire l'ennemi tout en préservant la vie de nos soldats. Un autre objectif sera, bien sûr, de garder la mer Noire ouverte et de tenir à distance la flotte russe, que nous avons repoussée en 2023. Concernant la Crimée, nous avons les mêmes droits d'y détruire l'ennemi que partout ailleurs en Ukraine. Et nous continuerons à le faire. Le pont de Kertch n'est pas une exception. C'est une infrastructure illégale, illicite, qui est utilisée à des fins militaires et sert à approvisionner l'armée russe en Crimée.  Pourquoi est-il toujours debout, deux ans après la guerre ? Pour des raisons politiques ou militaires ?Pour des raisons purement techniques. Nous avons besoin d'armes qui peuvent le frapper efficacement tout en évitant la défense aérienne russe. Le jour où il sera détruit, ce sera une joie immense, pas seulement à Kiev, mais aussi dans de nombreuses capitales européennes. On sortira une bouteille d'un grand champagne...  Comment expliquez-vous le refus de Berlin de vous livrer son missile Taurus, qui pourrait, justement, détruire le pont de Kertch ?Les Allemands ont leurs arguments et nous avons les nôtres. Nous continuons à évoquer la question avec eux. Les missiles Scalp fournis par la France ne sont pas seulement utiles sur le champ de bataille, ils sont aussi un bon argument dans nos discussions avec les autres gouvernements...  Quels sont, parmi les pays européens, les maillons faibles ?Nous nous sommes habitués à penser à l'Europe comme un tout. L'Europe a fait des choses extraordinaires depuis le début de l'invasion. Mais l'issue de la guerre dépasse les intérêts de la seule Ukraine. Si l'Ukraine gagne, l'Europe sera prospère et en sécurité. Si l'Ukraine ne gagne pas, l'Europe perdra sa prospérité et sa sécurité. Plus cette guerre s'éternise, plus les menaces augmentent contre l'Europe. Si elle veut vraiment s'imposer dans cette lutte, elle a trois faiblesses à surmonter. D'abord, elle doit faire savoir clairement que le soutien financier à Kiev se poursuivra jusqu'à ce que l'Ukraine l'emporte et qu'il ne sera sujet à aucun chantage politique. Ensuite, les avoirs russes doivent être gelés. Ils doivent servir à financer l'Ukraine et sa reconstruction car la Russie doit payer. Enfin, l'Europe doit créer un espace commun pour ses industries de défense. Le jour où les barrières qui entravent la coopération entre les entreprises européennes de défense seront levées, alors l'Europe et l'Ukraine seront imbattables.  Quelles sont limites que vous donnent vos alliés occidentaux dans l'utilisation de leur matériel militaire ? Vous n'avez pas le droit de frapper la Russie. Les mêmes restrictions vous sont-elles imposées pour la Crimée et le pont de Kertch ?Ce qui se passe en Crimée nous regarde et personne ne peut nous imposer de restrictions. Ce qui se passe en Russie est l'affaire de la Russie, et toutes les questions doivent être adressées au Kremlin, pas à l'Ukraine.  Poutine attend novembre et la possible réélection de Donald Trump. Comment l'Ukraine se prépare-t-elle, de son côté, à cette éventualité ?Poutine attend toujours une élection. Il attendait la première élection de Trump. Aujourd'hui il attend la deuxième. Il y a quelques années, il attendait l'élection à la présidence française. Il espère toujours qu'il pourra mettre à l'écart les dirigeants qui ne sont pas d'accord avec lui. Concernant les élections américaines, nous n'avons pas de craintes particulières, car le pire qui pouvait nous arriver est déjà arrivé... Quand on a peur, on ne se bat plus, on abandonne. Quel que soit le choix du peuple américain, nous ferons avec. Je rappelle cependant que si nos relations avec la Maison-Blanche ont connu des hauts et des bas avec Donald Trump, il fut le premier président américain à fournir des missiles Javelin à l'Ukraine. Nous verrons donc ce qu'il se passera s'il est réélu. Quoi qu'il arrive, le lendemain des élections, nous continuerons à défendre notre pays.  Pensiez-vous que ce serait plus facile de résister aux Russes et d'obtenir l'aide des Occidentaux ?Il a été plus difficile de faire comprendre à l'Occident qu'il était capable de vaincre la Russie que de combattre l'armée russe sur le champ de bataille.  Quelles ont été, selon vous, les erreurs commises par les pays occidentaux ?La plus grosse erreur, avant février 2022, fut de croire qu'on pouvait conclure des accords durables avec la Russie et que l'Ukraine ne survivrait jamais à une invasion russe. On ne peut pas faire confiance à la Russie. Par contre, on peut croire en l'Ukraine. Nous sommes capables de gagner cette guerre ! Quand je dis « nous » , je ne parle pas seulement des Ukrainiens mais de l'Occident. Il existe deux groupes dans le monde. Le premier réunit l'Ukraine et les pays qui l'aident militairement. Le second regroupe la Russie et les pays qui lui fournissent une assistance militaire, directe ou indirecte. Or le PIB global des pays de la liste A est 21 fois plus élevé que celui de la liste B. Il ne s'agit donc pas d'un manque de ressources ou de capacités militaires, mais d'un manque de volonté politique. Les Européens ont-ils la volonté de gagner cette guerre ? Je pense que cela ne fait pas de doute en France, où Emmanuel Macron et son gouvernement comprennent qu'une victoire de l'Ukraine serait une victoire pour toute l'Europe. Mais dans d'autres pays, ce n'est pas si évident, le débat continue. Si on avait pris autant de temps à réfléchir pendant la Seconde Guerre mondiale, Hitler n'aurait jamais été vaincu. Et Paris serait toujours occupé par les nazis.  Si la situation ne s'améliore pas pour l'Ukraine, quelle sera, selon vous, la prochaine cible de Poutine ?Si Poutine n'est pas vaincu en Ukraine, il testera l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord, qui est l'obligation pour tous les membres de défendre un pays de l'Otan s'il est attaqué. Si les Européens veulent éviter une guerre sur le territoire de l'Otan, où leurs soldats devront se battre et mourir, il faut aider aujourd'hui les Ukrainiens à vaincre la Russie en Ukraine.  Comment Poutine ferait-il pour tester l'article 5 de l'Otan ? En envoyant son armée dans un pays Balte ? L'armée russe en aurait-elle les moyens ?Qui aurait cru que l'armée russe entrerait en Géorgie en 2008 ? Personne. Qui aurait cru que la Russie lancerait une invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022 ? Personne. Ceux qui pensent aujourd'hui que Poutine n'osera pas envoyer son armée dans un pays de l'Otan sont myopes. Je dirais même, si j'abandonnais le politiquement correct, que ce sont des imbéciles... - </text>
	

	<text titre="Les « preux chevaliers slaves » au service d'un plan d'éradication ?" date="2024 02 06T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="grégory marin" annee="2024" mois="2" jour="6" journal_clean="l'Humanité" keywords="preux, film, préparée, plan, ukraine" langue="fr"> Télévision Abondamment documenté, y compris de sources militaires russes, ce film montre comment l'invasion de l'Ukraine a été préparée militairement, mais aussi idéologiquement. Ukraine, sur les traces des bourreaux, Arte, 20 h 50   Si le film de Ksenia Bolchakova et Manon Loizeau est utile, ce n'est pas pour sa dénonciation des crimes de guerre russes en Ukraine depuis février 2022, dont nombre de documentaires ont démontré l'explosion dans ce conflit. L'intérêt de leur travail est de souligner le systématisme des actions de l'armée russe hors du cadre des conventions internationales et, surtout, en quoi il s'agit d'une doctrine pensée, minutieusement préparée depuis le Kremlin et exécutée de manière aveugle par les relais du pouvoir poutinien.
une politique de russification  Le documentaire égrène la litanie des malheurs de la guerre : parents tués, civils pris sous le feu croisé des combats... Mais il ajoute une dimension idéologique glaçante : le ciblage des populations qui doivent être « éradiquées » afin de « nettoyer » le terrain pour l'installation d'une annexe russe. Moscou a dressé des listes, non seulement d'opposants revendiqués à Poutine, qualifiés de « nazis », « russophobes », « sionistes » ou « activistes », mais aussi de simples professeurs, de cadres de la nation de tous niveaux. Torturés et tués, beaucoup laissent des orphelins, déportés chez l'agresseur selon une politique de russification des prochaines générations d'Ukrainiens que le pouvoir et son bras armé Maria Lvova-Belova, commissaire russe aux droits de l'enfant (sic), ne prennent même pas la peine de cacher. Quand les enfants ne sont tout simplement pas enlevés à leurs parents bien en vie.   Une séquence fera particulièrement froid dans le dos : on y voit Evgueni Prigojine, le défunt patron du groupe Wagner, recruter des soldats en prison pour cette « opération spéciale » d'Ukraine. « Le candidat idéal pour nous, c'est le preux chevalier slave, version taulard. Condamné, et pas qu'une fois, ayant fait quinze ans de prison, de préférence plusieurs fois pour meurtre, coups et blessures, vol aggravé et braquages. » 50 000 auraient répondu à l'appel. Comment imaginer qu'un tel casting ne conduise pas au drame ?   On peut toutefois regretter que le film, malgré ses évidentes qualités (notamment la mise en perspective entre le comportement de l'armée et le plan élaboré par le Kremlin), n'évoque pas du tout les crimes ukrainiens, également documentés (même s'ils n'ont rien à voir en proportion et que leur systématisme en lien avec l'État ukrainien n'est pas prouvé), comme ceux du tristement célèbre bataillon Azov. Les crimes de guerre sont hélas courants quand la situation est complexe sur le terrain, et leur pratique n'est pas l'apanage d'un seul camp. </text>
	

	<text titre="KSENIA BOLCHAKOVA, LES YEUX GRANDS OUVERTS" date="2024 02 07T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24714" auteur="barthélemy, alban" annee="2024" mois="2" jour="7" journal_clean="Le Figaro" keywords="regard, ksenia, pays, russie" langue="fr"> C'est un pays que j'aime, et qui est en train de sombrer dans la folie. » Lorsqu'elle évoque la Russie, son regard bleu se perd. Attentive aux détails et « grosse bosseuse » , elle reconnaît à demi-mot que sa dernière enquête sur les crimes de guerre en Ukraine a été éprouvante. « Nous sommes arrivées à Izyoum moins de 10 jours après le départ des forces russes de la ville. Il y avait des fosses communes, avec à peu près 400 corps enterrés au même endroit. L'air était irrespirable... Derrière la caméra, j'ai fermé les yeux. Cela ne m'était encore jamais arrivé. »Ksenia Bolchakova est née à Moscou, en 1983. Son père travaille pour La Pravda, le journal officiel de l'ex-URSS. En 1986, il obtient le prestigieux poste de correspondant à Paris et emmène sa femme et ses deux filles avec lui. « Je me rappelle notre arrivée en France, un 25 décembre. Tout le monde nous souhaitait « Joyeux Noël »... sauf que nous ne connaissions pas cette fête ! » Chez elle, la petite fille parle russe, même si elle est scolarisée en français. « Mes parents n'arrêtaient pas de nous dire que c'était temporaire, que nous allions repartir. » Tous les ans, ils l'emmènent à la Fête de l'Humanité. Parfois même, elle accompagne son père : « Je me rappelle d'une réception à la tour Eiffel : j'avais des étoiles dans les yeux, et je me suis dit : « Quand je serai grande, je veux faire ce métier ». J'ignorais qu'être journaliste ne consiste pas à manger des petits-fours. » À la chute de l'URSS, la Pravdaest interdite par le régime. Mais sur l'insistance de sa mère, la famille reste en France. « C'était une bonne décision. Pour ma part je me sentais totalement française. Je n'avais pas du tout l'envie de retourner en Russie. » 
Son bac en poche, elle fait une prépa littéraire et une licence de philo, puis passionnée par la photographie, tente de rentrer aux Beaux-Arts : elle est recalée. À défaut de devenir artiste, elle se dirige vers le reportage photo, et est admise au master en journalisme de Sciences Po Paris. Elle démarre sa carrière à BFMTV, une nouvelle chaîne à l'époque, disponible depuis quelques mois sur le câble. En 2009, sa direction lui propose de devenir correspondante à Moscou : elle accepte. Seul problème : elle parle très mal le russe : « Je n'avais pas ouvert un livre, ni écrit une ligne depuis mes 15 ans, j'avais un peu honte... Le paradoxe est que j'avais un excellent accent ! »Jeux olympiques, élection présidentielle, annexion de la Crimée : durant six ans, elle couvre l'actualité sur place pour différents médias, une période « intense et passionnante ».   Au moment de scolariser sa première fille, née en Russie, elle décide toutefois avec son compagnon de revenir à Paris. « Une sorte d'étau commençait déjà à se resserrer autour de la société civile. Je ne me voyais pas scolariser mon enfant là-bas. » Elle porte d'ailleurs un regard presque nostalgique sur cette période : « En termes de conditions de travail, si l'on compare à aujourd'hui, c'était Disneyland. Comme correspondants, nous étions quasi intouchables. »   De retour en France, elle devient cadreuse, puis réalisatrice pour l'émission « Sept à huit » de TF1. Un poste qui lui permet de tourner des reportages aux quatre coins du monde. Un travail « passionnant » , même si pas toujours évident à concilier avec la vie de famille, sa deuxième fille étant née entre-temps.   En 2020, son amie Alexandra Jousset lui propose de travailler sur Evgueni Prigojine, et son groupe Wagner. Ces deux noms sont encore largement inconnus du grand public. « On pensait terminer ce film en six mois, cela s'est transformé en un projet beaucoup plus long ! » Le documentaire est finalement diffusé le 20 février 2022, soit... quatre jours avant le début de l'invasion de l'Ukraine, et alors que le monde découvre tout juste les agissements des mercenaires de Vladimir Poutine. L'enquête vaut aux deux réalisatrices de recevoir le prix Albert Londres. Une expérience qui lui donne un regard particulier sur son métier : « La moitié des lauréats de ce prix prestigieux n'ont même pas de carte de presse : c'est pourtant une protection sur le terrain. Ils se mettent en danger pour travailler », affirme celle qui a signé récemment une tribune demandant une révision des critères d'obtention de cette carte.   Son dernier documentaire, coréalisé avec Manon Loizeau, porte cette fois sur les crimes de guerre en Ukraine. « Nous pensions filmer la mise en place de tribunaux internationaux, mais nous avons rapidement réalisé que ces procès n'auraient pas lieu avant longtemps, même si de nombreux enquêteurs sont sur place. » Elles choisissent dès lors d'incarner ces crimes, à travers des témoignages de victimes. Des récits éprouvant de tortures, mais aussi d'enlèvements, corroborés par de nombreux documents. « Ce qui m'a le plus sidérée, c'est le rôle actif joué par l'administration russe dans les enlèvements d'enfants. On estime que près de 20 000 petits Ukrainiens ont disparu. Pour certains, on ne sait où ils sont. Il est probable qu'on ne les retrouve jamais. »   La journaliste franco-russe porte aujourd'hui un regard triste sur son pays d'origine. « Il faudra des générations pour expier de telles fautes. Je suis extrêmement pessimiste quant à l'avenir de la Russie dans les prochaines décennies. » Elle se dit à l'inverse admirative de la force de résistance des Ukrainiens. « Chez beaucoup d'entre eux, ce qui domine n'est pas la vengeance, mais plutôt le besoin de raconter ce qui s'est passé, d'en garder une trace pour ne pas oublier. » Avec évidemment, l'espoir que tout cela s'arrête le plus vite possible. « Cela n'en prend pas le chemin. Après qui sait ? »  « Ukraine, sur les traces des bourreaux » de Ksenia Bolchakova et Manon Loizeau, à voir en replay sur Arte.Ce qui m'a le plus sidérée, c'est le rôle actif joué par l'administration russe dans les enlèvements d'enfants   KSENIA BOLCHAKOVA </text>
	

	<text titre="« Poutine a déclenché en Russie un processus d'autodestruction »" date="2024 02 09T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24716" auteur="mandeville, laure" annee="2024" mois="2" jour="9" journal_clean="Le Figaro" keywords="lettonie, combat, poutine, processus, russie, guerre, déclenché, ukraine" langue="fr"> LE FIGARO. - À Riga, les Lettons parlent du combat de l'Ukraine comme de « leur guerre ». C'est le cas ?ANDRIS SPRUDS. - Pour la Lettonie, le combat des Ukrainiens n'est pas seulement pour l'Ukraine, mais pour nous tous, pour les valeurs européennes, pour l'ordre international légal. Si on en vient à une forme de jungle sans règles où la force, le pouvoir et les armes décident du sort des nations, ce sera très dangereux pour tout le monde. Nous comprenons l'urgence et la gravité de cette situation car nous venons d'une expérience historique similaire à celle des Ukrainiens, celle de nations qui ont vécu sur des terres de sang, pressurées par des voisins extérieurs. Nous avons beaucoup en commun, d'où le soutien puissant de notre société pour l'Ukraine, et notre soutien stratégique et politique total. Ceci dit, même au sein de l'Otan et de l'UE, un soutien unifié persiste, malgré des tensions. Bien sûr, on voudrait une approche encore plus ferme. Il y a des nuances, qui dépendent de la situation géographique des pays. Mais je dirais qu'il existe une compréhension commune du fait qu'il faut une victoire ukrainienne, c'est-à-dire la restauration de l'intégrité territoriale et une libération de tous les territoires occupés. 
Il faut ajouter à cela la nécessité de punir l'agresseur, et le concept stratégique de l'Otan nomme clairement la Russie comme l'agresseur et affirme qu'elle est un danger existentiel pour l'Alliance. Cela signifie qu'une politique d'endiguement doit à nouveau prévaloir. Les ressources de l'agresseur devraient être utilisées et il y a une discussion en Europe sur les conditions de l'utilisation des biens gelés russes, pour compenser les crimes de guerre. De manière générale, s'est imposée l'idée qu'il s'agit d'un événement historiquement décisif, qu'il ne peut y avoir de place pour la complaisance et qu'il faut absolument relancer nos industries de défense.  Nombre de responsables européens commencent à évoquer l'idée d'un conflit direct avec la Russie d'ici à quelques années. Vous préparez-vous à une invasion ?On voit beaucoup de déclarations inquiètes de dirigeants européens, ce qui montre l'unité de vues stratégique. C'est en soi positif ! Les Baltes n'ont jamais été complaisants, nous savons qu'on doit envisager tous les scénarios, mais en faisant tout pour les exclure. L'unité de l'Otan est extrêmement importante. Notre concept est clair : la Chine est un défi, mais la Russie est une menace qui doit être contenue. Être prêts est la principale manière de dissuader l'adversaire. Voilà pourquoi en Lettonie, dès 2014 et l'annexion de la Crimée, on a mis en place un concept stratégique de défense totale, incluant la mobilisation de la société. On a fixé un objectif de 2 % pour les dépenses militaires et on veut se rapprocher de 3 % aujourd'hui. La société doit jouer son rôle. On a réintroduit la conscription en 2022. L'idée est d'impliquer les civils et de les préparer à se défendre. Il faut dire que nous sommes déjà exposés à des attaques hybrides depuis des années.  Lesquelles ?L'instrumentalisation de la migration illégale, utilisée comme arme de déstabilisation sur les frontières de la Lettonie avec la Biélorussie, mais aussi à la frontière lituano-biélorusse, estono-biélorusse, ou russo-finlandaise. On voit aussi de grosses opérations de désinformation depuis des années dans l'arsenal guerrier de la Russie. Nous avons interdit les chaînes russes sous sanctions, ou les chaînes de propagande pure, pour nous protéger. On a aussi souffert comme nos voisins de vastes cyberattaques et observé des incidents dans la mer Baltique visant à endommager les câbles sous-marins de communication. Face à cette pression, tout le monde doit comprendre qu'une attaque contre n'importe quel membre de l'Otan est une attaque contre toute l'Alliance.  Vu la manière dont le régime russe théorise son rôle de « sauveur des minorités russes en danger » et a usé de cet argument en Ukraine, craignez-vous l'émergence d'un cheval de Troie de Moscou chez des russophones de Lettonie ?Les Russes utilisent différents moyens, notamment les minorités russophones, dans leur stratégie de déstabilisation. Ils utilisent la désinformation pour les influencer. Mais la majorité écrasante des russophones est tout à fait loyale vis-à-vis de la Lettonie. Il y a une petite minorité qui exprime des opinions susceptibles de susciter des inquiétudes sur ses loyautés réelles ; mais si vous regardez le tableau d'ensemble, c'est marginal. La grande majorité est très intégrée, parle letton couramment, sert dans l'armée. Je n'exagérerais donc pas ces possibilités d'influence.  Y a-t-il un débat ici sur l'éventualité d'un retour de Donald Trump et l'affaiblissement potentiel des liens transatlantiques ?Les États-Unis sont très importants pour la sécurité de l'Alliance. Si l'UE a un rôle à jouer, complémentaire, en matière de technologie, d'innovation, l'Otan est l'instrument central de notre sécurité. Du point de vue balte, quelle qu'ait été l'Administration - Obama, Trump, ou Biden -, il y a toujours un grand soutien américain à la sécurité européenne. Certes, certaines déclarations ont suscité des questions, mais elles étaient parfois tout à fait pertinentes, comme par exemple, l'insistance de Trump sur les 2 % de dépenses militaires pour les membres de l'Alliance.  Croyez-vous à la continuité de la politique américaine avec ou sans Trump ?Oui, je suis convaincu que les États-Unis continueront à soutenir l'Europe et la sécurité dans la mer Baltique.  On voit apparaître une volonté de faire émerger une industrie de défense européenne. Cela pourrait-il créer une tension avec les Américains ?Ces choses sont complémentaires. On doit investir dans notre industrie de défense, il y a un grand potentiel. Cette priorité montre que nous sommes prêts à soutenir l'Ukraine. Mais le but est aussi d'être prêt au combat. Nous pensons notamment qu'il faut créer des liens intereuropéens, et on travaille sur des projets, notamment avec les Français de Nexter, pour mettre en place une production de munitions suffisante. L'Europe n'aurait jamais dû renoncer à ses capacités militaires. Elle a cru que créer des interdépendances assurerait la convergence et la paix. Mais ces présupposés de bonne volonté n'ont pas été acceptés par la Russie. Il est donc essentiel de faire le travail maintenant. C'est très lent, mais on est dans un changement fondamental. Cette année, on arrivera à produire 1 million de munitions. Je parle donc d'un verre à moitié plein.  Comment décrire ce qui se passe en Russie ? Quelles forces et faiblesses du régime ?En Russie, tout peut changer tous les 20 ans, mais rien ne change sur 200 ans. Si vous relisez la longue lettre de George Kennan sur l'URSS, il y écrit que le régime pourrait changer, mais que l'expansionnisme traditionnel, la colonisation traditionnelle, la tradition d'agression, demeurent. Nous devons prendre en compte le fait que la Russie a été ainsi depuis très longtemps. Quand bien même nous voudrions des relations normales avec elle, nous devons être prêts à faire face à une Russie fréquemment agressive avec ses voisins. On peut penser que c'est seulement la Russie de Poutine qui est ainsi, mais on peut aussi considérer que Poutine est produit par la Russie et qu'il reflète une tendance très lourde et puissamment ancrée dans la société elle-même. Sur ses forces et faiblesses, je dirais que la Russie n'est pas aussi faible que nous le voudrions, mais qu'elle n'est pas aussi forte qu'elle le prétend. L'Occident collectif est de loin supérieur à elle en termes de puissance et de technologie. L'avantage tragique de la Russie, c'est son mépris total de la vie humaine. Mais combien de temps peut-elle maintenir cet avantage ? Si vous regardez l'histoire, ce type d'invasion se termine rarement bien, menant à des périodes de révoltes et de troubles en terre russe. La marche de Prigojine vers Moscou est un élément précurseur. En pariant sur la guerre, Poutine a déclenché en Russie un processus d'autodestruction, dont le pays finira par accoucher. En attendant ce moment, il faut comprendre que la Russie ne comprend que le langage de la force. Nous devons être fermes et résilients dans notre endiguement du danger.  Zbigniew Brzezinski disait que si la Russie perdait l'Ukraine, elle pourrait devenir un État normal. Y croyez-vous ?Brzezinski dit que la Russie ne peut pas être un empire sans l'Ukraine. Mais l'acharnement sur l'Ukraine montre à quel point le passé impérial fait partie de l'ADN russe. C'est son malheur, car au lieu de développer son potentiel, elle détruit son environnement, ses voisins et elle-même. Nous, les Lettons, aimerions voir une Russie économiquement développée, centrée sur les technologies modernes, démocratique, prête à l'interaction. Mais on a le sentiment qu'on ne verra jamais un tel pays. Jusqu'ici, les quelques épisodes visant à construire un autre futur ont échoué. La seule possibilité est donc aujourd'hui de pratiquer l'endiguement.   L'Occident collectif est de loin supérieur à la Russie en termes de puissance et de technologie </text>
	

	<text titre="« Aucun sujet en cours n'a été déprogrammé »" date="2024 02 11T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2024" mois="2" jour="11" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="rendez-vous, déprogrammé, cours, france" langue="fr"> Propos recueillis parkevin Boucher   Lorsqu'on le retrouve ce vendredi matin à France Télévisions, à Paris (XV e arrondissement), Tristan Waleckx est détendu. Et surtout entre deux rendez-vous. Le journaliste de 40 ans sort d'une cure de silence médiatique pour annoncer le lancement d'une nouvelle émission, « la Guerre de l'info », jeudi à 23 heures sur France 2. Mais il répond aussi pour la première fois aux attaques sur les « Complément d'enquête » consacrés à Depardieu et Hanouna.  Quelle sera la différence entre « la Guerre de l'info » et « Complément d'enquête » ?TRISTAN WALECKX. C'est une nouvelle collection, une déclinaison de « Complément d'enquête ». Le but est d'enquêter sur la désinformation et ses origines : qui a intérêt à nous influencer, à exagérer, voire carrément parfois à mentir pour manipuler l'opinion ? On se rend compte que, aujourd'hui, l'information est utilisée comme une arme.
L'émission s'articulera, elle aussi, autour d'un reportage et d'une interview ?Oui, même si la forme est un petit peu différente. Pour le premier numéro, consacré à la guerre entre Israël et le Hamas, nous sommes allés sur le terrain rencontrer des responsables de ces stratégies de communication ou de propagande. Une de nos journalistes, Rola Tarsissi, a retrouvé au Liban des cadres du Hamas qui lui racontent avec une relative transparence la manière dont ils ont utilisé les images des attaques terroristes du 7 octobre pour essayer d'influencer l'opinion. Zoé de Bussierre, elle, est allée en Israël pour rencontrer l'architecte de la stratégie de communication au sein du ministère des Affaires étrangères. Elle a pu pénétrer dans l'unité qui fabrique les vidéos destinées à être virales sur Internet et qui organise des projections auprès de décideurs ou de politiques français.  Des numéros de « Complément d'enquête » sur Gabriel Attal et Rachida Dati auraient été déprogrammés, officiellement pour des raisons de temps de parole...C'est faux, aucun sujet en cours n'a été déprogrammé. Nos enquêtes en préparation sont confidentielles mais aucun portrait politique n'est actuellement en fabrication. Dans le cadre des européennes (le 9 juin), il a été demandé aux magazines de laisser la priorité aux éditions de l'info et aux émissions de débats politiques. Mais nous continuerons de traiter de politique et de donner la parole à des représentants en fonction des sujets et de l'actualité. Les portraits reprendront dès la fin de la campagne.  Certains vous reprochent une « peopolisation » de l'émission...Benoît Duquesne, créateur de « Complément d'enquête », a lancé ces portraits de personnalités des mondes politique, artistique, médiatique ou culturel dès le début. Il n'y a aucun virage éditorial. Nous avons une trentaine de numéros par an, dont seulement trois ou quatre sous la forme de portraits. Pas plus qu'il y a dix ans.  Dans « Touche pas à mon poste » sur C 8, Cyril Hanouna a prédit la fin de votre rendez-vous : d'abord après la diffusion de son portrait, puis de l'enquête sur Gérard Depardieu, accusée de bidonnage. Que répondez-vous ?Tout ce que nous avons diffusé, lors de nos enquêtes, est rigoureusement exact. Nous vérifions et travaillons pendant des mois, jusqu'à la dernière minute. Sur le cas de Gérard Depardieu, nous sommes allés jusqu'à faire authentifier nos rushs par un huissier de justice. Habituellement, par respect du secret des sources, nous ne les montrons pourtant jamais. Nous l'avons fait exceptionnellement cette fois-ci compte tenu de l'époque qui a changé et du désir de transparence. Par ailleurs, je souligne que nous n'avons jamais été condamnés par la justice ni réprimandés par l'Arcom.  Jacques Cardoze, ex-présentateur de « Complément d'enquête », prépare un magazine baptisé « Enquête complémentaire » pour C 8, promettant des révélations sur France Télévisions...Je n'ai pas vraiment de commentaires à faire là-dessus. Nous nous concentrons sur ce que nous faisons. Nous avons plein de projets d'enquêtes pour « la Guerre de l'info », un « Complément d'enquête » sur la FNSEA (syndicat agricole) le 29 février, de nouvelles révélations sur des affaires judiciaires en cours d'ici au mois de juin... Cela me passionne bien plus que tout le bruit qu'il y a autour.  Mais vous comprenez les critiques ?Quelque part, cela fait partie du jeu. Quand on fait de l'investigation, on suscite des réactions. Là, elles sont médiatiques, dans une forme originale. Mais, sur d'autres sujets, nous en avons qui ne sont pas forcément plus agréables. Pendant une enquête sur les crimes de guerre ou sur le groupe Wagner, notre journaliste Louis Milano-Dupont a reçu des menaces de mort par téléphone de Prigojine (chef de la compagnie de mercenaires, décédé depuis). Ariane Lavrilleux s'est retrouvée en garde à vue pour « violation du secret-défense » après avoir investigué sur une opération secrète de la France en Égypte.  En avez-vous été victime, à titre personnel ?Je reçois régulièrement des centaines de messages, autant des félicitations que d'autres plus ou moins menaçants. Il y a une seule fois où ça a été suffisamment violent pour que je porte plainte, après une enquête sur le Hamas en octobre. J'avais reçu des propos extrêmement graves sur mon téléphone personnel. La personne a été retrouvée et sera prochainement jugée. </text>
	

	<text titre="La série noire des opposants persécutés" date="2024 02 17T00:00:00" journal="Libération" auteur="samuel ravier-regnat" annee="2024" mois="2" jour="17" journal_clean="Libération" keywords="mort, alexeï, russe, anticorruption, militant, opposants, navalny" langue="fr"> La mort du militant anticorruption est un nouvel épisode d'une répression de longue date orchestrée par le président russe.   Alexeï Navalny est mort, a-t-on appris vendredi, et son nom se greffe à la liste désespérante des opposants éliminés par Vladimir Poutine. Avant le militant anticorruption de 47 ans - à la santé fragilisée par l'empoisonnement au Novitchok dont il avait accusé les services secrets russes en 2020 et par les conditions de détention dévastatrices qu'il subissait depuis trois ans-, il y avait eu Boris Nemtsov. Adversaire virulent du chef de l'Etat, opposé à l'annexion de la Crimée intervenue quelques mois avant sa mort, l'ancien vice-Premier ministre avait été assassiné le 27 février 2015
Moscou. Quatre balles dans le dos, à quelques pas du Kremlin - le commanditaire du meurtre n'a jamais été formellement identifié. Empoisonnement. Avant lui, il y avait encore eu la journaliste Anna Politkovskaia, abattue dans le hall de son immeuble, toujours dans la capitale, le 7 octobre 2006, après avoir documenté pendant des années les dérives du régime et les crimes de l'armée russe en Tchétchénie (dans cette affaire pas plus que dans la précédente les commanditaires n'ont été formellement identifiés). Et Alexandre Litvinenko, ancien agent des services secrets mort le 23 novembre 2006 d'un empoisonnement au polonium dans un hôpital du Royaume-Uni où il s'était exilé pour échapper aux persécutions d'un régime qu'il avait commencé à dénoncer publiquement. En 2021, la Cour européenne des droits de l'homme avait désigné Moscou comme «responsable» de l'assassinat.   A moins qu'ils ne parviennent à s'exiler comme l'ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovski qui réside à Londres -ce qui n'est pas gage de survie-, ceux qui ne sont pas tués sont réduits au silence. Condamné à vingt-cinq ans de prison pour avoir diffusé de «fausses informations» sur l'armée russe en avril, l'opposant, historien et journaliste Vladimir Kara-Murza est incarcéré dans une colonie pénitentiaire de Sibérie. Ilia Iachine purge une peine de huit ans et demi de prison pour s'être ému sur Internet des agissements de l'armée en Ukraine, notamment dans la ville de Boutcha. «Crise». Ancienne dirigeante de l'équipe de Navalny, Ksenia Fadeïeva est aussi derrière les barreaux, condamnée à neuf ans de détention fin décembre. Des personnalités publiques auxquelles s'ajoutent des dizaines d'anonymes incarcérés pour avoir témoigné de leur opposition au chef de l'Etat ou à l'invasion de l'Ukraine.   Vendredi devait commencer à Moscou le procès d'Oleg Orlov, représentant de l'ONG Memorial et figure de la lutte pour les droits humains en Russie, mais il a été ajourné. Ressorti libre, l'homme de 70 ans qui s'obstine à rester dans son pays pour «continuer le combat» a dénoncé un «crime du régime»   à propos de la mort d'Alexeï Navalny. Dans un communiqué, l'ONU a appelé à «la fin des persécutions» contre ceux qui sont poursuivis «en raison de l'exercice légitime de leurs droits». Au mois d'août, c'est Evgueni Prigojine, le chef de la milice Wagner, qui avait osé défier le Kremlin -pas un opposant politique, plutôt un adversaire en interne. Il a payé cette provocation de sa vie. Signe d'une «crise qui se développe au sein du pouvoir même, d'une décomposition des élites dirigeantes russes», avait alors analysé l'historienne Françoise Thom pour Libération. </text>
	

	<text titre="Ces autres opposants qui sont morts" date="2024 02 17T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2024" mois="2" jour="17" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="mort, alexeï, circonstances, poutine, morts, vladimir, navalny, prison" langue="fr"> Mathilde Durand avec Afp   Outre Alexeï Navalny, 47 ans, mort en prison vendredi, plusieurs opposants à Vladimir Poutine et à sa politique sont morts dans des circonstances parfois non élucidées.   En août dernier, deux mois après avoir mené une rébellion contre l'état-major de la Russie, le patron de la milice Wagner et ancien allié de Vladimir Poutine, Evgueni Prigojine, est déclaré mort avec ses principaux lieutenants dans un crash aérien. Un décès qui s'ajoute à la liste des décès suspects survenus depuis le début de la guerre en Ukraine. Crise cardiaque, noyade, chutes... au total, 14 oligarques ont été retrouvés morts dans des circonstances douteuses. En 2015, la guerre en Ukraine était déjà au coeur d'un assassinat. Le 27 février, Boris Nemtsov, ancien vice-président nommé par Boris Eltsine, devenu une figure de l'opposition, est abattu de quatre balles à quelques mètres du Kremlin. Il dénonçait le soutien militaire de Moscou aux séparatistes prorusses et l'annexion de la Crimée en 2014.
Dix ans auparavant, en 2006, la mort d'Alexandre Litvinenko, ancien agent du KGB et du FSB, avait marqué les esprits. Exilé au Royaume-Uni après des révélations sur le fonctionnement des services secrets russes, il meurt vingt jours après avoir été empoisonné au polonium 210. Dans une lettre publiée à titre posthume, il accuse Poutine d'être responsable, ce que le président russe a toujours nié.  Des journalistes et avocats ciblésLes tentatives d'empoisonnement ne sont pas rares. L'ancien agent double Sergueï Skripal et sa fille ont survécu au Novitchok en 2018 alors qu'ils se trouvaient en Angleterre. Le militant prodémocratique Vladimir Kara-Mourza a, lui, été empoisonné à deux reprises, en 2015 et en 2017. Évacué aux États-Unis puis rentré en Russie, il est incarcéré en 2022 pour avoir dénoncé l'offensive de Moscou sur Kiev.   Journalistes et militants des droits de l'homme ont également été ciblés. En 2006, la journaliste Anna Politkovskaïa, qui documentait depuis des années les exactions de l'armée russe en Tchétchénie pour le journal indépendant « Novaïa Gazeta », est tuée dans son hall d'immeuble à Moscou. L'avocat Stanislav Markelov, défenseur des droits humains, qui l'avait plusieurs fois défendue, sera assassiné trois ans plus tard, aux côtés d'Anastasia Babourova, journaliste stagiaire à « Novaïa Gazeta ».   Un autre journaliste russe et militant écologiste, Mikhaïl Beketov, est passé à tabac par des inconnus en novembre 2008 pour avoir écrit sur un chantier d'autoroute controversé entre Moscou et Saint-Pétersbourg. Gravement handicapé à la suite de l'agression, il décédera finalement en 2013.   Comme Alexeï Navalny, l'avocat Sergueï Magnitski est lui aussi décédé en prison après avoir révélé une affaire de corruption. </text>
	

	<text titre="L’assassinat d’Alexeï Navalny" date="2024 02 19T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2024" mois="2" jour="19" journal_clean="Le Monde" keywords="mort, poutine, d’alexeï, qu’il, vladimir, navalny" langue="fr"> Où qu’il fût, en liberté ou emprisonné, hospitalisé ou en bonne santé, chez lui ou à l’étranger, l’existence d’Alexeï Navalny était devenue insupportable pour Vladimir Poutine. La mort à 47 ans, annoncée vendredi 16 février par l’administration pénitentiaire, de l’opposant russe le plus célèbre dans une prison de l’Arctique illustre la détermination du maître du Kremlin à supprimer toute forme d’opposition, même sous sa forme la plus contrainte.   Il ne faut pas se faire d’illusions quant à l’enquête qui sera menée sur les raisons de la mort de Navalny, subitement « tombé malade » à l’issue de la promenade, selon les responsables de la colonie pénitentiaire. Le fait que la nouvelle ait été livrée aux médias russes sans même que la famille ou les avocats en soient informés traduit bien la nature du message que veut transmettre sa disparition, y compris aux dirigeants occidentaux rassemblés au même moment à Munich pour discuter défense et sécurité : Vladimir Poutine est maître chez lui et il entend le rester, quelles que soient les icônes que se donnent ses détracteurs.
Les dirigeants occidentaux ne s’y sont pas trompés, attribuant directement la responsabilité de la mort du prisonnier à Vladimir Poutine. C’est bien en effet le régime répressif construit depuis maintenant près d’un quart de siècle par l’ancien officier du KGB devenu président à quasi-perpétuité qui a mis fin au défi posé par Alexeï Navalny au système autoritaire russe. En rentrant volontairement dans son pays, le 17 janvier 2021, après avoir survécu par miracle à un empoisonnement destiné à le tuer, Navalny avait commis l’acte suprême d’opposition, un acte d’un courage insensé : refuser le bannissement de l’exil et continuer d’exister politiquement, même derrière des barreaux, même lorsque les condamnations s’accumulaient, allongeant perpétuellement sa peine, même dans une prison de l’Arctique où il avait été relégué à 2 000 km de Moscou.   Mais Vladimir Poutine ne connaît qu’une façon de traiter ceux qui s’opposent à lui, qu’ils soient démocrates, comme Anna Politkovskaïa, Boris Nemtsov et Alexeï Navalny, ou mafieux, comme le chef des milices Wagner, Evgueni Prigojine : la mort. L’abîme moral dans lequel il plonge la Russie s’illustre à une plus grande échelle dans le pays dans lequel il sème aussi la mort, l’Ukraine, qu’il a plongée dans la guerre depuis maintenant deux années après avoir commencé à l’agresser il y a dix ans.   Le martyre d’Alexeï Navalny et de ses amis encore emprisonnés, parmi lesquels Vladimir Kara-Mourza, lui aussi rentré volontairement et condamné à vingt-cinq ans de prison, rappelle le combat démocratique des dissidents de l’ère soviétique. Les pays occidentaux avaient alors su les soutenir. De nouveau défiés aujourd’hui, ils doivent retrouver le chemin de la fermeté face au cynisme et à l’expansionnisme du régime russe.   En 2021, lorsque Alexeï Navalny avait été de nouveau jeté en prison, le président Joe Biden avait averti Moscou que sa mort en détention entraînerait des « conséquences dévastatrices ». Nous y sommes. Les circonstances de la mort de cet adversaire admirablement obstiné du système Poutine, au moment où Moscou s’installe dans la guerre en Ukraine dans la durée et renforce sa posture agressive à l’égard de ses voisins européens, obligent les dirigeants occidentaux à se poser lucidement la question de leur gestion d’une Russie de plus en plus ouvertement hostile et provocatrice. Renoncer à le faire serait, véritablement, dévastateur. </text>
	

	<text titre="La mort de Navalny éteint les espoirs des opposants à Poutine" date="2024 02 19T00:00:00" journal="La Croix, no. 42849" auteur="benjamin quénelle" annee="2024" mois="2" jour="19" journal_clean="La Croix" keywords="mort, président, poutine, d’alexeï, vladimir, opposants, présidentielle, navalny, d’une" langue="fr"> Moscou (Russie)   De notre correspondant   À un mois d’une présidentielle gagnée d’avance par le président Vladimir Poutine, la mort d’Alexeï Navalny, son plus célèbre opposant, perturbe mais ne remet pas en cause la stratégie du Kremlin. « Le sang de Navalny est sur tes mains, Vova… », a proclamé sur une pancarte une simple opposante à Mourmansk dans une allusion au diminutif du président Vladimir Poutine. C’est l’une de ces audacieuses initiatives qui, à travers la Russie, se sont multipliées depuis le décès vendredi 16 février d’Alexeï Navalny, 47 ans, dans une prison du grand nord où, condamné pour « extrémisme », il purgeait sa peine de dix-neuf ans de prison. Depuis, de petites foules déposent fleurs et bougies au pied de mémoriaux improvisés. Certains, sur des murs d’immeubles, posent des graffitis (« Navalny »). D’autres lisent des poèmes ou distribuent des tracts (« Arrêtez d’avoir peur »).Mais la police veille. En trois jours, les forces de sécurité ont arrêté plus de 400 personnes dans 36 villes. Comme l’orchestre le Kremlin, c’est surtout l’indifférence qui domine. Les télévisions au service du régime évoquent à peine la mort d’Alexeï Navalny. Vladimir Poutine, lui, ne l’a pas commentée. Le président, qui n’avait jamais prononcé publiquement le nom de l’opposant, poursuit sa stratégie : l’ignorer. « Cela fait longtemps que tout le monde l’a oublié et qu’il ne compte plus. Ce n’est pas aujourd’hui que cela va changer», confiait déjà cet été à La Croix une source du Kremlin. « Le voilà mort, comme ils le souhaitaient. Ce n’est pas forcément le moment et la manière dont ils le souhaitaient », ajoute un ex-personnage central des coulisses des premières années du Kremlin de Vladimir Poutine. « Mais cela ne va pas poser de problème pour autant à la campagne de la présidentielle. »Paradoxalement, le décès d’Alexeï Navalny n’entre pas dans le narratif de la vraie-fausse campagne de Vladimir Poutine qui, depuis un mois, ne veut aucun remous dans la société et cherche avant tout à faire passer un double message : deux ans après le début de son « opération militaire spéciale » en Ukraine et de son bras de fer avec l’Ouest, la Russie peut être fière d’elle ; le pays ne doit connaître aucun changement pouvant mettre à mal la stabilité. C’est sur ce deuxième tableau que la mort d’Alexeï Navalny et la vive émotion suscitée dans les étroits cercles d’opposants pourraient certes avoir un impact. La propagande du Kremlin s’applique toutefois non seulement à ignorer l’événement mais aussi, comme souvent, à retourner à son profit l’argumentation de l’opposition, pour mieux entretenir la peur de l’incertitude. Le message est clair : Navalny et ces Russes qui déposent des fleurs, une minorité, menacent le pays d’instabilité ; c’est pourquoi il faut une présidentielle calme au résultat prévisible.   Mikhaïl Khodorkovski, l’ex-oligarque devenu figure phare de l’opposition en exil, a appelé les électeurs à voter le 17 décembre 2023 mais, sur les bulletins, à écrire le nom de Navalny. Une stratégie refusée par les deux opposants qui, en vain, ont essayé de se présenter. « Ces bulletins seront annulés. Ce n’est pas constructif », indique à La CroixEkaterina Duntsova, journaliste indépendante et élue locale, qui, sa candidature rejetée, veut désormais lancer un parti. « Il semble que le rêve d’une Russie libre se soit dissipé. Mais ce n’est pas vrai. Je ferai tout pour réaliser les aspirations d’Alexeï et de millions de citoyens de notre pays. La Russie sera pacifique et libre ! », a promis pour sa part Boris Nadejdine, le candidat anti-Kremlin dont la candidature a été invalidée.   Lors de la précédente présidentielle, en 2018, Alexeï Navalny avait pareillement tenté d’être candidat. En vain. Six ans après, il y aura encore moins d’opposition : face à Vladimir Poutine, seuls peuvent se présenter les représentants des trois partis autorisés à la Douma, chambre d’enregistrement des décisions du Kremlin. « Avec la mort suspecte de Navalny, la campagne électorale perd encore plus en crédibilité. Les historiens se souviendront que l’événement clé de cette élection, ce n’est pas la victoire de Poutine mais la mort de Navalny. C’est une tache sur la campagne orchestrée par le Kremlin », explique le politologue Alexandre Kynev. Il rappelle qu’Alexeï Navalny avait appelé à soutenir Boris Nadejdine et à voter pour tout candidat face à Vladimir Poutine, pourvu qu’il ne soit pas au pouvoir. Avec pour objectif : réduire au maximum le score du chef du Kremlin.   Dans les faits, la mort d’Alexeï Navalny met fin à l’une des principales voix opposées à l’offensive militaire en Ukraine. Et elle risque de désorganiser les réseaux sociaux du mouvement de l’opposant qui, orchestré depuis l’étranger, reposait sur l’aura de son chef en prison. C’est donc une bonne nouvelle pour le Kremlin : les chances qu’un mouvement anti-régime et antiguerre se coordonne se réduisent. « C’est peu probable que cela ait un effet électoral. Navalny avait disparu des radars des Russes. Son décès démoralisera davantage l’électorat protestataire, déjà beaucoup moins mobilisé », estime Denis Volkov, le sociologue à la tête du centre indépendant de sondages Levada.  « Le choc de la mort de Navalny sera absorbé comme l’ont déjà été le début de l’opération spéciale en Ukraine et la vague de mobilisation militaire », ajoute un autre politologue, Andrei Kolesnikov. « La société russe – la partie qu’on appelle la majorité – survivra à ce choc, tout comme elle a “routinisé”, volontairement ou par la force, ces deux chocs précédents. Les conformistes passifs de la Russie – véritable colonne vertébrale de notre régime semi-totalitaire – parviendront à expliquer que le plus important, c’est de garder son calme et de s’exonérer de toute responsabilité. » Andrei Kolesnikov compare d’ailleurs le sort d’Alexeï Navalny à celui d’Evgueni Prigojine, le leader de la milice Wagner qui, ex-allié du Kremlin, s’était l’été dernier révolté contre la hiérarchie militaire et avait bousculé de facto le Kremlin. Il est mort mystérieusement dans le crash d’un avion le 23 août dernier. « Les deux hommes n’avaient rien en commun,insiste Andrei Kolesnikov. Mais leur disparition ne fait que laisser l’autocrate Poutine encore plus seul au sommet de son Olympe. » Sans aucune opposition, ni de l’intérieur ni de l’extérieur. </text>
	

	<text titre="Alexeï Navalny, le visage vivant de ceux qui ne se rendent pas" date="2024 02 22T00:00:00" journal="Libération" auteur="par luba jurgenson" annee="2024" mois="2" jour="22" journal_clean="Libération" keywords="alexeï, prison, rendent, visage, vivant, capable, éloge" langue="fr"> «V ous, vous êtes capable de faire de la prison.» Ce «bel éloge» fut adressé par un compagnon de cellule à l'écrivain Varlam Chalamov, bientôt envoyé dans les camps de la Kolyma. C'était en 1937. Aujourd'hui, dans la Russie poutinienne, la détention reste une «compétence» et un défi à relever pour ceux qui rêvent d'un Etat démocratique. Alexeï Navalny aurait mérité, lui aussi, cet éloge. Il était «capable» de faire de la prison. Il l'a prouvé par son courage, son sens de l'humour, sa foi absolue dans sa cause, que n'avaient pas entamé deux ans et demi de colonie à régime sévère et près de trois cents jours de cachot. C'est cette foi qui l'avait poussé à rentrer en Russie en janvier 2021. Il se remettait alors tout juste de la tentative d'empoisonnement qui avait failli, déjà à l'époque, lui coûter la vie. Sa place était là-bas, disait-il : en prison - et il savait qu'il serait arrêté - il continuerait à incarner l'opposition, en exil sa voix serait inaudible pour les Russes. Alexeï Navalny avait prévu l'éventualité de son assassinat. Dans le film que Daniel
Roer lui consacra en 2022, il formulait un message pour le cas où il serait tué.   «Ne vous rendez pas. Si cela arrive, cela voudra dire que nous sommes très forts en ce moment. [ ]. Souvenez-vous que nous sommes une force immense qui reste sous le joug de ces types horribles uniquement parce que nous n'arrivons pas à prendre conscience de notre force.» La violence en unique mode de gestion Faut-il aujourd'hui prendre conscience de cette force ? La répression qui se durcit de jour en jour est-elle un aveu de faiblesse de la part du pouvoir ? Ou, au contraire, une démonstration de la toute-puissance d'un régime qui n'a de comptes à rendre à personne ? Faut-il y voir une détermination du tyran à ne pas laisser l'opposant lui survivre, sa quête symbolique de l'immortalité ? Ou, plus pragmatiquement, un avertissement à ceux qui s'aviseraient de le combattre ? C'est, en tout cas, par cette page sanglante que s'ouvre la campagne électorale vouée à pérenniser le pouvoir de   Poutine, ce cinquième mandat équivalent à une «élection» à vie.   Pouvoir que n'ont ébranlé ni la guerre en Ukraine, ni la rébellion avortée de Prigojine, ni les accusations de corruption portées contre lui et dûment étayées par Navalny. «Russie unie, le parti des voyous et des voleurs», lançait ce dernier dès 2009. En janvier 2021, deux jours après son arrestation, l'opposant diffusait le Palais de Poutine, minutieuse enquête dévoilant, images à l'appui, les fabuleuses richesses et le fonctionnement mafieux des élites russes. Une heure à peine après sa publication, la vidéo comptait déjà plus d'un million de spectateurs.   Peu d'hommes politiques se seraient remis de pareilles révélations. Vladimir Poutine, lui, est resté au pouvoir. Cet assassinat confirme la ligne choisie par Moscou depuis quelques années et plus particulièrement depuis l'invasion de l'Ukraine : la violence est résolument instituée en unique mode de gestion de l'opposition politique, voire de la société tout entière. Si l'assassinat d'opposants n'est pas une chose nouvelle en Russie et si l'em- prisonnement pour des raisons politiques constitue une pratique courante depuis un certain temps déjà, un nouveau tournant répressif se signale, ces dernières années, à la fois par des peines très longues et des chefs d'inculpation plus clairement politiques, qui ne sont pas sans rappeler les affaires délirantes fabriquées de toutes pièces à l'époque stalinienne.   Aux accusations d'espionnage de la Grande Terreur le régime poutinien préférait celle de détournement de fonds (utilisée à plusieurs reprises contre Navalny) ou de pédophilie (visant les intellectuels indésirables, tel l'historien Iouri Dmitriev qui purge une peine de treize ans). La série de tours de vis législatifs récents a donné à la répression des outils plus performants : en août 2023, Ivan Safronov et Vladimir Kara-Murza se voyaient condamnés respectivement à vingt-deux et à vingtcinq ans de détention pour «haute trahison», tandis que Alexeï Navalny lui-même l'était à dix-neuf ans pour «réhabilitation du nazisme» et «extrémisme». Monuments éphémères La liste des prisonniers politiques s'allonge continuellement. Les conditions de détention ont également empiré et l'espoir de les voir s'alléger ou les portes de la prison s'ouvrir sous la pression de l'opinion internationale, comme cela s'était passé pour Mikhaïl Khodorkovski, s'est éteint. Le pouvoir se plaît à afficher son total mépris à l'égard de cette dernière. Par ailleurs, la répression s'étend aux proches des opposants et défenseurs des droits humains, en particulier, à leurs avocats, mettant fin ainsi à toute forme, même la plus fragile, de légalité.   Dès que l'on a eu connaissance de l'assassinat, des bouquets de fleurs ont été déposés sur la pierre des Solovki - mémorial dédié aux victimes des répressions soviétiques place de la Loubianka à Moscou -, sur le pont Bolchoï-Moskvoretski, face au Kremlin, où Boris Nemtsov a été assassiné en 2015 et dans bien d'autres endroits de la capitale. Des monuments éphémères, aussitôt bloqués ou détruits par la police, ont essaimé à travers le pays jusqu'à Sandarmokh, en Carélie, lieu d'inhumation de victimes de la Grande Terreur dont l'étude a valu à Iouri Dmitriev sa peine de camp. Ces gestes semblent démontrer qu'une partie de la population n'a pas abdiqué, et que la continuité est clairement établie, par ceux qui ont pris ce risque - ils sont déjà nombreux à avoir été interpellés - entre les répressions à travers le temps. En 2018, à Moscou, j'avais suivi des amis à un meeting organisé par Navalny. «Nous ne partageons pas toutes ses idées, me disaient-ils, mais nous partageons son désir d'une autre Russie. Au fond, nous y allons pour voir des visages vivants.» Aujourd'hui, être convaincu ou non par le programme politique de Navalny n'a plus d'importance : par son combat, il est devenu le visage vivant de ceux qui ne se rendent pas. ? </text>
	

	<text titre="Ne plus interdire à Kiev d'intervenir sur le territoire de Moscou" date="2024 02 23T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24728" auteur="colosimo, jean-françois" annee="2024" mois="2" jour="23" journal_clean="Le Figaro" keywords="moscou, morts, interdire, carnage, enfers, poursuivent, intervenir, ruines, rituel, jours, kiev, pointe, issue, russie, horizon, territoire, crucifixion, descente, ukraine" langue="fr"> Depuis 730 jours se poursuivent la crucifixion de l'Ukraine et la descente aux enfers de la Russie. Sans que pointe à l'horizon le début d'une issue à ce carnage rituel. Les morts, les ruines, les malheurs peuvent s'évanouir de notre souci ou n'y survivre qu'en désespoir de cause. Chaque matin revient pourtant l'évidence que cette guerre est aussi la nôtre. Car, en agressant criminellement Kiev, Moscou a réactivé rien moins que la religion de l'inhumanité.   Deux années se sont écoulées depuis que Vladimir Poutine a cru qu'il lui suffirait d'une opération éclair pour renverser un gouvernement fantoche, subjuguer une population désunie, annexer une nation fictive, reclouter une terre perdue à l'ancien empire éclaté le - « monde russe » qui reviendrait de droit divin au Kremlin.
Les Ukrainiens se sont néanmoins levés pour résister. En attestant que leur patrie existe. En la montrant encore plus solide, plus solidaire, plus sûre d'elle-même sous le choc des armes. Soudée, comme jamais, en dépit des flots de sang, grâce aux torrents de larmes. Tout un peuple s'est dressé pour refuser de laisser le dernier mot à un pouvoir cannibale.   La fulgurance de ce courage nous a forcés à nous engager. Une guerre par délégation s'est ensuivie, asymétrique dans son principe, inégale dans son effort, hésitante dans sa finalité. En un mot, inefficace.   Nous avons systématiquement coché les fautes stratégiques qui font les faillites morales : ne pas désigner l'ennemi, ne pas circonscrire l'objectif, ne pas établir de calendrier, ne pas déterminer l'action à même d'arracher la décision.   Chez nous, les sectateurs de la force ont cru voir dans l'enlisement la preuve de leur prétendue lucidité. N'avaient-ils pas prédit l'essoufflement des opinions démocratiques, l'indifférence du Sud, l'atermoiement de l'Union européenne, la versatilité des États-Unis, l'impondérable des futures élections américaines, le malaise récurrent de l'Ukraine, l'affirmation graduelle par la Russie de sa supériorité militaire et en fait mortifère ?   Ces adorateurs du renoncement face à Moscou ont trouvé pour alliés leurs adversaires présumés, les adulateurs de la dépendance à l'égard de Washington. Sur les rives de l'Hudson ou de la Seine, les adeptes de l'occidentalisme pratiquent, en miroir inversé, une ukrainophilie intéressée, de circonstance comme de façade, et partagent une russophobie hystéricisée.   Comme Poutine, ils tirent un trait d'union entre l'Empire tsariste et l'empire soviétique, confondent Pierre le Grand et Staline l'Ogre, omettent la rupture abyssale du Goulag ou l'attribuent au mauvais génie constitutif du peuple qui l'a subi. Là où le Mal démonise l'Ukraine, le Bien diabolise la Russie.   Les uns et les autres auront été aveugles quant au vrai sens de la résurgence de la guerre conventionnelle, le feu nucléaire clignotant en coulisses, au coeur du Vieux Continent. L'erreur magistrale de l'Europe, congénitalement pusillanime, forclose dans son rêve de paix perpétuelle, brutalement réveillée par le bruit des canons, aura été d'ignorer que sauver les Ukrainiens des Russes réclame de sauver les Russes de Poutine.   Nous n'avons pas su voir la peur qui hante et qui mine ce régime de terreur para-totalitaire. Les 23 et 24 juin 2023, l'équipée d'Evgueni Prigojine, marchant sur Moscou à la tête des miliciens du groupe Wagner avant de dételer, a montré la faiblesse d'une mafia étatique dont tous les satrapes avaient fui la capitale. En avril 2022, mai 2023 et décembre 2023, les incursions armées à Belgorod, centre névralgique russe à deux pas de la frontière, soldées chaque fois par la panique des institutions et l'évacuation des populations, ont montré la fragilité d'une oligarchie repue et usée face à une attaque sur son sol. Le 16 février 2024, l'assassinat programmé d'Alexeï Navalny, martyr christique à la Dostoïevski, a montré la fébrilité d'un tyran paranoïde, déjà halluciné par sa fin inéluctable.   Il n'est d'autre levier pour rechercher une paix équitable que de ne plus interdire à Kiev d'intervenir sur le territoire de Moscou. Il faut lui permettre, au contraire, d'y déployer les forces russes libres en les dotant des moyens de combat requis. Seul le transport, limité et contrôlé, du conflit permettra aux Russes de prendre conscience de la cruauté d'une guerre dont le Kremlin leur cache la réalité.   Des Russes qui, lorsqu'ils ne sont pas persécutés, emprisonnés ou tués, sont soumis au mensonge que fabrique inlassablement une vertigineuse machine propagandiste. Des Russes lobotomisés par l'hypermnésie des hécatombes de Stalingrad et l'amnésie des purges de Staline. Des Russes que nous laissons sombrer dans un système concentrationnaire, une psychose collective et une idolâtrie nihiliste qui les rapprochent toujours plus du broiement inexorable de la Roue rouge en 1937.   C'est pourquoi il ne saurait y avoir de paix durable sans s'atteler dès maintenant à la réparation des mentalités. L'instrument est sous nos yeux et, là encore, nous l'avons ignoré.   S'il y a eu plusieurs vagues d'émigration russe depuis 1917, celle qui a commencé le 24 février 2022 est de loin la plus importante, la plus jeune, la plus ouverte. Les Russes fuyant la guerre et le régime ont pour beaucoup gagné les pays limitrophes de la Fédération en ordre dispersé. La précarité de leur statut et de leur situation, accrue par le rejet dont ils peuvent faire l'objet, a affecté leur faculté de s'organiser. L'Europe doit acter sans plus attendre une vaste politique d'accueil intermittent qui, affaiblissant la contrée cauchemardesque de Poutine en la vidant de ses meilleurs talents, préparera ces nouveaux dissidents à reprendre le pouvoir.   Il n'est pas trop tard, mais le temps est désormais compté. Pour les Ukrainiens, pour les Russes et pour les autres peuples qui aspirent à s'affranchir des autocratures qui nous menacent, cessons de traverser notre siècle en somnambules. Affermir Kiev et abattre Poutine constituent un seul et même objectif. J.-F.C.  * Spécialiste du monde orthodoxe, Jean-François Colosimo est également directeur général des Éditions du Cerf. Il a notamment publié «La Crucifixion de l'Ukraine. Mille ans de guerres de religions en Europe» (Albin Michel, 2022), dont la réédition poche paraîtra en «Espaces libres» , le 29mars 2024, en même temps que son nouvel uvrage «Occident, ennemi mondial n°1» (Albin Michel).Spécialiste du monde orthodoxe, Jean-François Colosimo est également directeur général des Éditions du Cerf. Il a notamment publié «La Crucifixion de l'Ukraine. Mille ans de guerres de religions en Europe» (Albin Michel, 2022), dont la réédition poche paraîtra en «Espaces libres» le 29mars 2024, en même temps que son nouvel ouvrage «Occident, ennemi mondial n°1» (Albin Michel).Depuis 730 jours se poursuivent la crucifixion de l'Ukraine et la descente aux enfers de la Russie. Sans que pointe à l'horizon le début d'une issue à ce carnage rituel. Les morts, les ruines, les malheurs peuvent s'évanouir de notre souci ou n'y survivre qu'en désespoir de cause. Chaque matin revient pourtant l'évidence que cette guerre est aussi la nôtre. Car, en agressant criminellement Kiev, Moscou a réactivé rien moins que la religion de l'inhumanité.   Deux années se sont écoulées depuis que Vladimir Poutine a cru qu'il lui suffirait d'une opération éclair pour renverser un gouvernement fantoche, subjuguer une population désunie, annexer une nation fictive, reclouter une terre perdue à l'ancien empire éclaté - le « monde russe » qui reviendrait de droit divin au Kremlin.   Les Ukrainiens se sont néanmoins levés pour résister. En attestant que leur patrie existe. En la montrant encore plus solide, plus solidaire, plus sûre d'elle-même sous le choc des armes. Soudée, comme jamais, en dépit des flots de sang, grâce aux torrents de larmes. Tout un peuple s'est dressé pour refuser de laisser le dernier mot à un pouvoir cannibale.   La fulgurance de ce courage nous a forcés à nous engager. Une guerre par délégation s'est ensuivie, asymétrique dans son principe, inégale dans son effort, hésitante dans sa finalité. En un mot, inefficace.   Nous avons systématiquement coché les fautes stratégiques qui font les faillites morales : ne pas désigner l'ennemi, ne pas circonscrire l'objectif, ne pas établir de calendrier, ne pas déterminer l'action à même d'arracher la décision.   Chez nous, les sectateurs de la force ont cru voir dans l'enlisement la preuve de leur prétendue lucidité. N'avaient-ils pas prédit l'essoufflement des opinions démocratiques, l'indifférence du Sud, l'atermoiement de l'Union européenne, la versatilité des États-Unis, l'impondérable des futures élections américaines, le malaise récurrent de l'Ukraine, l'affirmation graduelle par la Russie de sa supériorité militaire et en fait mortifère ?   Ces adorateurs du renoncement face à Moscou ont trouvé pour alliés leurs adversaires présumés, les adulateurs de la dépendance à l'égard de Washington. Sur les rives de l'Hudson ou de la Seine, les adeptes de l'occidentalisme pratiquent, en miroir inversé, une ukrainophilie intéressée, de circonstance comme de façade, et partagent une russophobie hystéricisée.   Comme Poutine, ils tirent un trait d'union entre l'Empire tsariste et l'empire soviétique, confondent Pierre le Grand et Staline l'Ogre, omettent la rupture abyssale du Goulag ou l'attribuent au mauvais génie constitutif du peuple qui l'a subi. Là où le Mal démonise l'Ukraine, le Bien diabolise la Russie.   Les uns et les autres auront été aveugles quant au vrai sens de la résurgence de la guerre conventionnelle, le feu nucléaire clignotant en coulisses, au coeur du Vieux Continent. L'erreur magistrale de l'Europe, congénitalement pusillanime, forclose dans son rêve de paix perpétuelle, brutalement réveillée par le bruit des canons, aura été d'ignorer que sauver les Ukrainiens des Russes réclame de sauver les Russes de Poutine.   Nous n'avons pas su voir la peur qui hante et qui mine ce régime de terreur para-totalitaire. Les 23 et 24 juin 2023, l'équipée d'Evgueni Prigojine, marchant sur Moscou à la tête des miliciens du groupe Wagner avant de dételer, a montré la faiblesse d'une mafia étatique dont tous les satrapes avaient fui la capitale. En avril 2022, mai 2023 et décembre 2023, les incursions armées à Belgorod, centre névralgique russe à deux pas de la frontière, soldées chaque fois par la panique des institutions et l'évacuation des populations, ont montré la fragilité d'une oligarchie repue et usée face à une attaque sur son sol. Le 16 février 2024, l'assassinat programmé d'Alexeï Navalny, martyr christique à la Dostoïevski, a montré la fébrilité d'un tyran paranoïde, déjà halluciné par sa fin inéluctable.   Il n'est d'autre levier pour rechercher une paix équitable que de ne plus interdire à Kiev d'intervenir sur le territoire de Moscou. Il faut lui permettre, au contraire, d'y déployer les forces russes libres en les dotant des moyens de combat requis. Seul le transport, limité et contrôlé, du conflit permettra aux Russes de prendre conscience de la cruauté d'une guerre dont le Kremlin leur cache la réalité.   Des Russes qui, lorsqu'ils ne sont pas persécutés, emprisonnés ou tués, sont soumis au mensonge que fabrique inlassablement une vertigineuse machine propagandiste. Des Russes lobotomisés par l'hypermnésie des hécatombes de Stalingrad et l'amnésie des purges de Staline. Des Russes que nous laissons sombrer dans un système concentrationnaire, une psychose collective et une idolâtrie nihiliste qui les rapprochent toujours plus du broiement inexorable de la Roue rouge en 1937.   C'est pourquoi il ne saurait y avoir de paix durable sans s'atteler dès maintenant à la réparation des mentalités. L'instrument est sous nos yeux et, là encore, nous l'avons ignoré.   S'il y a eu plusieurs vagues d'émigration russe depuis 1917, celle qui a commencé le 24 février 2022 est de loin la plus importante, la plus jeune, la plus ouverte. Les Russes fuyant la guerre et le régime ont pour beaucoup gagné les pays limitrophes de la Fédération en ordre dispersé. La précarité de leur statut et de leur situation, accrue par le rejet dont ils peuvent faire l'objet, a affecté leur faculté de s'organiser. L'Europe doit acter sans plus attendre une vaste politique d'accueil intermittent qui, affaiblissant la contrée cauchemardesque de Poutine en la vidant de ses meilleurs talents, préparera ces nouveaux dissidents à reprendre le pouvoir.   Il n'est pas trop tard, mais le temps est désormais compté. Pour les Ukrainiens, pour les Russes et pour les autres peuples qui aspirent à s'affranchir des autocratures qui nous menacent, cessons de traverser notre siècle en somnambules. Affermir Kiev et abattre Poutine constituent un seul et même objectif.   L'erreur magistrale de l'Europe aura été d'ignorer que sauver les Ukrainiens des Russes réclame de sauver les Russes de Poutine </text>
	

	<text titre="L’indéfectible stabilité du pouvoir russe" date="2024 02 24T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="benoît vitkine" annee="2024" mois="2" jour="24" journal_clean="Le Monde" keywords="stabilité, pouvoir, poutine, conseil, russe, kremlin, sécurité, vladimir, février" langue="fr"> Moscou - correspondant - Le 21 février 2022, à l’abri des murailles du Kremlin, Vladimir Poutine réunit son Conseil de sécurité. A l’ordre du jour : la reconnaissance par Moscou de l’indépendance des « républiques » autoproclamées du Donbass. Le point de départ de l’invasion de l’Ukraine, trois jours plus tard. Ce soir-là, c’est tout le sommet de l’Etat russe qui a pris place face au président : chefs des services de renseignement, hauts gradés, premier ministre et titulaires des ministères régaliens, présidents des assemblées… Vingt-trois hommes et une femme, la présidente du Conseil de la Fédération, Valentina Matvienko, qui constituent sa garde rapprochée et qui, tous ensemble, font un grand saut dans l’inconnu.
Deux ans plus tard, les participants à cette réunion décisive sont toujours en place. Malgré vingt-quatre mois de guerre qui ont mis le monde et la Russie sens dessus dessous, aucun n’a été écarté, aucun visage n’a disparu des photos officielles, comme cela se pratiquait sous Staline.   Ce besoin de stabilité est une constante du règne de Vladimir Poutine, au pouvoir depuis 2000. « Déjà, avant la guerre, les changements au sein de l’élite se résumaient à de simples jeux de chaises musicales », rappelle Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du centre Russie-nouveaux Etats indépendants de l’Institut français des relations internationales.   La moyenne d’âge des soixante plus hauts personnages de l’Etat est de 64 ans. La plupart de ses représentants ont été formés à l’époque soviétique, souvent au sein des services de sécurité. Sans compter ceux qui furent des compagnons de route de Vladimir Poutine, depuis les dojos de Saint-Pétersbourg jusqu’aux affaires commerciales menées en commun dans les années 1990. Le contraste est éclatant avec la génération des quarantenaires qui tient les manettes en Ukraine.  Radicalisation des élitesCette remarquable stabilité est aussi le résultat de la cohésion affichée par l’élite elle-même. A l’exception d’Anatoli Tchoubaïs, nommé conseiller spécial de Vladimir Poutine en 2020 pour les questions climatiques et figure de l’aile libérale du régime, aucune défection d’ampleur n’a été enregistrée. « Les personnalités qui sont aux postes de direction doivent tout à Poutine, et ont tout à perdre sans lui, poursuit Mme Kastouéva-Jean . La loyauté, et non la méritocratie, a toujours été le fondement de cette construction. Les sanctions ont renforcé cette cohésion : même les oligarques qui se sont démarqués n’ont pu obtenir leur levée de l’Occident. Résultat, ceux qui ont été choqués par la guerre, ou n’en voulaient pas, se sont résignés. »Même ceux qui, durant cette réunion du 21 février 2022, avaient montré de l’hésitation, voire un embryon d’opposition, comme Sergueï Narychkine, chef depuis 2016 du SVR, le renseignement extérieur, ou Dmitri Kozak, l’un des plus influents conseillers du président depuis le début des années 2000, se sont maintenus. Ceux dont la loyauté – ou simplement le passif « libéral » – aurait pu être questionnée ont donné des gages en choisissant la surenchère, à l’image de l’ancien président (2008-2012) Dmitri Medvedev, transformé soudain en faucon adepte des menaces nucléaires.   Alors que le « parti de la guerre » était minoritaire dans le premier cercle, début 2022, selon le politologue Kirill Rogov, l’engrenage du conflit, et notamment l’intensification du face-à-face avec l’Ouest, mais aussi de simples considérations de survie (politique) ont entraîné une consolidation et une radicalisation des élites.   Le constat vaut également pour l’élite économique. Les oligarques et les dirigeants des grands groupes d’Etat ont pour l’essentiel serré les rangs (même si sept milliardaires ont renoncé à leur citoyenneté russe). C’est aux niveaux inférieurs – « souvent les cadres responsables des circuits offshore », note Tatiana Kastouéva-Jean – qu’ont eu lieu les principaux mouvements : démissions, exils, mais aussi une série de disparitions inexpliquées.   Reste que la guerre, mal préparée, puis nécessitant une réorganisation complète de l’économie, aurait pu s’accompagner d’une rotation des cadres. A plusieurs reprises, la direction russe a laissé voir les signes d’une certaine paralysie. Cela a par exemple été le cas face à la mutinerie du patron du Groupe Wagner, Evgueni Prigojine, en juin 2023, ou encore lorsque les régions frontalières de l’Ukraine ont vu brutalement le conflit revenir sur leur sol.   Les gouverneurs locaux ont alors semblé abandonnés à leur sort, sans consignes claires du sommet. Le même mode de fonctionnement avait été observé au temps du Covid-19, lorsque les mêmes gouverneurs (très peu ont été remplacés) recevaient des injonctions contradictoires – charge à eux de deviner les intentions du natchalnik, le « patron », comme beaucoup d’entre eux nomment le président. De façon générale, les hauts fonctionnaires et les fonctionnaires locaux jugent souvent préférable de ne rien faire plutôt que de s’exposer à la colère des chefs ou aux poursuites des services de sécurité. L’incapacité à dépenser les budgets débloqués est une caractéristique du fonctionnement de la Russie poutinienne.   Au sein des services de sécurité, justement, jugés grandement responsables de l’aveuglement initial du chef du Kremlin, qui s’était persuadé que l’Ukraine s’effondrerait comme un château de cartes, un seul général, Sergueï Besseda, du FSB, aurait été déplacé. « Et ce, alors même que Poutine ne cache pas qu’il a de nombreux reproches à leur adresser », note la politologue Tatiana Stanovaya, du groupe de réflexion R. Politik.  « Eviter tout changement »Les échecs militaires à répétition, eux, ont conduit à de nombreux changements au sein de la hiérarchie militaire, mais les deux principales figures, le ministre de la défense, Sergueï Choïgou, et le chef d’état-major, Valeri Guerassimov, apparemment en perte d’influence, n’ont pas été remplacés. Même Sergueï Sourovikine, général jugé trop proche du mutin Prigojine, semble avoir été épargné.   Vladimir Poutine déteste donner l’impression d’agir sous la pression des événements. Par ailleurs, « même s’il estime que la situation n’est pas idéale s’agissant de la production militaire ou de la politique militaire, il considère que l’essentiel a été fait et que les difficultés sont le fait de facteurs extérieurs, comme l’implication occidentale dans le conflit, observe Tatiana Stanovaya. Il préfère éviter tout changement potentiellement néfaste. Et, toujours, la question de la confiance reste centrale. »Cette obsession de la stabilité ne devrait toutefois pas résister au scrutin présidentiel des 15 au 17 mars, qui s’accompagne traditionnellement de changements, au moins au niveau du gouvernement. La question du maintien du premier ministre, Mikhaïl Michoustine, nommé en 2020 – et censé assurer l’intérim en cas d’empêchement ou de mort du président – est notamment posée, de même que le départ de ministres qui le réclament de longue date, comme celui des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en fonctions depuis… vingt ans. </text>
	

	<text titre="La perspective des funérailles de Navalny embarrasse Moscou" date="2024 02 24T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24729" auteur="barluet, alain" annee="2024" mois="2" jour="24" journal_clean="Le Figaro" keywords="message, lioudmila, moscou, funérailles, fils, vidéo, navalny" langue="fr"> C'est gênant de dire ça dans un pays qui se considère encore comme chrétien, mais rendez son fils à Lioudmila Ivanovna », déclare le prix Nobel de la paix Dmitri Mouratov dans un message vidéo diffusé vendredi sur les réseaux sociaux. Avec une vingtaine d'autres personnalités russes de la culture - tels le réalisateur Andreï Zviaguintsev ou le danseur Mikhail Barychnikov -, le rédacteur en chef du journal indépendant Novaïa Gazeta a enregistré une brève adresse solennelle pour exiger que le corps d'Alexeï Navalny, mort en détention le 16 février, soit remis à sa mère afin que sa famille puisse l'inhumer comme elle le souhaite. La veille, jeudi, Lioudmila Navalnaïa a indiqué dans un autre message vidéo avoir enfin pu voir son fils à la morgue de Salekhard, dans la région arctique de Yamal où il était détenu, mais sans pouvoir récupérer sa dépouille.
Après avoir trouvé portes closes à la morgue, le 19 février, la mère de l'opposant s'était adressée une première fois directement à Vladimir Poutine. Cette fois-ci, elle a détaillé les vingt-quatre heures qu'elle a dû passer, seule, dans les locaux officiels et « le chantage (qui lui a été fait) sur le lieu, le moment et la manière dont Alexeï doit être enterré ». Des funérailles qui embarrassent le pouvoir russe, lequel redoute qu'elles se transforment en événement politique. L'incertitude complète planait toujours vendredi sur la date et le lieu d'une cérémonie. « Ils veulent m'emmener à la périphérie d'un cimetière, sur une tombe fraîche, et me dire : ici repose votre fils. Je ne suis pas d'accord », a déclaré Lioudmila Navalnaïa en précisant avoir été menacée . « Ils me disent que si je n'accepte pas des funérailles secrètes, ils feront quelque chose avec le corps de mon fils », ajoute Mme Navalnaïa. On lui aurait même glissé une remarque sordide : « Le temps ne travaille pas pour vous, les cadavres se décomposent... » Et vendredi, la mère d'Alexeï Navalny a reçu un coup de téléphone en forme d'ultimatum : si elle n'accepte pas, « sous trois heures » , les conditions des autorités pour que son fils soit enterré confidentiellement, celui-ci sera inhumé dans l'enceinte de sa prison. Loin donc de tous les regards, ainsi que l'a rapporté sur X Kira Yarmish, l'attachée de presse de l'opposant.   Campagne de discréditation   L'un de ses proches, Ivan Jdanov, le chef de sa Fondation contre la corruption (FBK), aujourd'hui dissoute, a détaillé les pressions subies par Mme Navalnaïa pour accepter les trois conditions du pouvoir. En l'occurrence, que le corps soit transporté discrètement à Moscou par avion spécial pour éviter tout accueil public; qu'elle-même soit accompagnée en permanence d'un agent du comité d'enquête, le bras judiciaire du Kremlin; enfin, que la dépouille soit conservée dans une morgue non précisée de la région de Moscou ou de Vladimir (170 kilomètres à l'est de la capitale), avant les funérailles. Mme Navalnaïa se serait vue refuser le choix d'un cimetière et imposer une cérémonie « strictement familiale » , comme ce fut le cas pour Evgueny Prigojine, l'ex-patron des mercenaires de Wagner, inhumé en catimini l'été dernier à Saint-Pétersbourg, loin des journalistes.   D'après Ivan Jdanov, face au refus de Mme Navalny, celle-ci aurait été menacée de révélations dans les médias à propos « de choses que personne ne veut probablement savoir... ». Une campagne de discréditation, visant les proches d'Alexeï Navalny, est en cours depuis sa mort. Un faux enregistrement audio de la mère de l'opposant circule notamment sur les réseaux sociaux. Produite sans doute grâce à l'intelligence artificielle, une voix ressemblant vaguement à celle de Mme Navalnaïa mère s'en prend à sa veuve, Ioulia, en ces termes : « Je vous méprise et je vous interdis de spéculer sur le nom de mon fils, de mon enfant... »Les auteurs de ce fake accusent aussi Ioulia Navalnaïa d'avoir eu un comportement « inapproprié » en apparaissant à la conférence de Munich, le 16 février, peu après l'annonce du décès de son mari. Elle avait déjà été la cible ces jours-ci d'attaques personnelles, lui reprochant son « insensibilité » ou ses « ambitions » , dans le but évident de ternir le nom du principal opposant au Kremlin.   Jeudi, en Californie, Ioulia Navalnaïa et sa fille Dacha, 23 ans, étudiante à l'université Stanford, ont été reçues par Joe Biden, en marge de sa campagne dans l'Ouest américain . « C'était un homme d'un courage incroyable et c'est extraordinaire de voir comment sa femme et sa fille reproduisent cela », a dit le président américain, que l'on a vu étreindre Ioulia Navalnaïa. C'était peu avant que Washington révèle de nouvelles sanctions contre la Russie, visant plus de 500 entités liées « à ses soutiens et à sa machine de guerre ». </text>
	

	<text titre="Comment la mémoire de Navalny est étouffée par le pouvoir russe" date="2024 02 26T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2024" mois="2" jour="26" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="mort, pouvoir, russe, navalnaïa, pouvoir_russe, vladimir, navalny, mémoire" langue="fr"> Maëlane Loaëc   « Vous le torturiez quand il était vivant, maintenant vous le torturez après sa mort » : dans une nouvelle vidéo publiée samedi, Ioulia Navalnaïa s'en est prise directement à Vladimir Poutine. Non content d'avoir « tué » son mari, Alexeï Navalny, il aurait « pris en otage » son corps, en refusant de le rendre à sa famille. La dépouille de l'ennemi numéro 1 du Kremlin, mort en prison le 16 février dans des circonstances troubles, a finalement été remise dans la journée à sa mère, au terme d'une interminable semaine d'attente. La question des funérailles reste désormais en suspens, alors que le Kremlin semble chercher coûte que coûte à étouffer les honneurs qui pourraient être rendus au prisonnier.
Depuis la mort de son fils, Lioudmila Navalnaïa accuse les autorités russes de conditionner la remise de la dépouille à la tenue d'obsèques en secret. Face à son refus, le corps a malgré tout été remis, mais « les funérailles sont toujours en attente », a déclaré la porte-parole de l'opposant, Kira Iarmich.   « Le pouvoir russe veut éviter à tout prix un recueillement dans un lieu public, qui ferait d'Alexeï Navalny une sorte de héros martyr », constate Carole Grimaud, chercheuse spécialiste de la Russie, chargée de cours à l'université de Montpellier et vice-présidente de l'Observatoire géostratégique de Genève.   Le Kremlin craint aussi des manifestations d'ampleur à l'approche de l'élection présidentielle, prévue mi-mars, qui devrait sans surprise maintenir Vladimir Poutine au pouvoir. « L'objectif est d'étouffer de nouveau le phénomène Navalny, même après la mort de l'opposant », poursuit Carole Grimaud. Car « la base s'est consolidée autour du dissident », et l'annonce de son décès pourrait « relancer l'opposition » autour de lui. Sa femme a notamment promis de reprendre le flambeau de son combat depuis l'étranger, et son entourage est bien décidé à faire toute la lumière sur sa mort.  « Cruauté anthropologique »À l'intérieur du pays, la protestation est bien plus difficile à mener, mais la tragédie a tout de même suscité une vague d'émotion et des hommages ont été improvisés.   Ses soutiens ont tenté « plusieurs gestes symboliques, comme des dépôts de fleurs, des graffitis ou des publications sur les réseaux sociaux », énumère Françoise Daucé, directrice d'études à l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales) et spécialiste des relations entre l'État et la société russe. En retardant la remise du corps à la famille, le Kremlin a même poussé des voix, d'habitude discrètes, à réclamer des funérailles, comme celles de prêtres orthodoxes, d'ordinaire soumis au pouvoir politique. « Certains ont dénoncé une forme d'inhumanité du pouvoir russe : refuser de rendre hommage à un corps, c'est quasiment une cruauté anthropologique », insiste la spécialiste. Malgré tout, le pouvoir continue de serrer la vis pour éviter que la contestation ne prenne de trop larges proportions. « Il y a une forme de radicalisation du mécontentement, mais qui ne peut pas s'exprimer publiquement face à la puissance de la répression », souligne Françoise Daucé.  Des arrestations par dizainesQuelques jours après l'annonce du décès du dissident, près de 400 personnes avaient déjà été interpellées à travers le pays pour avoir voulu honorer sa mémoire, selon l'ONG spécialisée OVD-Info. Les manifestations sont toujours interdites, au prétexte de la lutte contre le Covid.   Ce n'est pas la première fois que le Kremlin tente d'écraser les hommages à la mémoire d'opposants politiques et de couper court à leur héritage. Ce fut le cas notamment avec Boris Nemtsov, tué en 2015, dont les partisans ont souvent été empêchés de déposer des fleurs en son honneur.   En août dernier, les obsèques du patron de Wagner, Evgueni Prigojine, s'étaient déroulées en toute discrétion. Bien que son profil diffère beaucoup de celui d'Alexeï Navalny, « il y a à chaque fois cette même volonté d'étouffer l'affaire, d'effacer les traces », insiste Françoise Daucé, qui note que cette répression s'est encore accrue depuis le début de la guerre en Ukraine.   La disparition de la bête noire du Kremlin, quasiment deux ans jour pour jour après le début de l'offensive russe, marque plus que jamais la « volonté du pouvoir de réaffirmer sa toute-puissance ». </text>
	

	<text titre="Au Niger, la Russie a remplacé la France" date="2024 03 02T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24735" auteur="poyet, stanislas" annee="2024" mois="3" jour="2" journal_clean="Le Figaro" keywords="drapeaux, niger, france, russie, russes, niamey" langue="fr"> On ne voit guère plus de drapeaux russes dans les rues de Niamey. Au rond-point ENAM, le jeune garçon qui vendait des fanions aux couleurs russes pour 500 francs pièce a disparu. La frénésie russophile qui s'était emparée de la capitale au lendemain du coup d'État militaire, le 26 juillet 2023, est retombée. Mais si le drapeau, blanc, bleu et rouge ne flotte plus sur la place de la Concertation, la coopération entre le Niger et la Russie s'est, elle, considérablement renforcée au fil des derniers mois. Symbole de ce partenariat renouvelé : la visite du premier ministre nigérien, Lamine Zeine, à Moscou le 16 janvier dernier. En marge de cette visite, le très influent et très russophile ministre de la Défense nigérien, Salifou Mody, a rencontré les vice-ministres russes de la Défense, Iounous-bek Evkourov et Alexandre Fomine. Iounous-bek Evkourov est l'un des maillons centraux de la galaxie russe en Afrique post-Prigojine - l'ex-patron de Wagner décédé fin août.
Dans une communication, le ministère russe de la Défense a indiqué que les deux pays avaient convenu « d'intensifier les actions communes pour stabiliser la situation » au Niger, et d' « accroître l'aptitude au combat des forces armées ». Déjà, une délégation russe, conduite par Iounous-bek Evkourov, s'était rendue au Niger, le 4 décembre 2023, pour commencer à plancher sur une coopération militaire. La veille, le Niger dénonçait les accords de coopération sécuritaire avec l'Union européenne et mettait fin à la mission Eucap Sahel, dont les 130 experts appuyaient depuis 2012 les forces de sécurité, ainsi qu'à l'EUMPM, la mission de coopération militaire, opérationnelle depuis 2022. La France, quant à elle, avait été remerciée dès les premiers jours du coup d'État, le 3 août, quand les militaires nigériens avaient décidé de dénoncer les accords de défense entre les deux pays. Le dernier soldat français a ainsi quitté le Niger le 22 décembre 2023.   Malgré les drapeaux russes qui flottaient dès les premiers jours du coup d'État au-dessus des manifestations, rien n'indique que la Russie ait joué un rôle actif dans la préparation du coup de force. « Ils n'en ont ni les moyens ni l'envie » , expliquait Sylvain Itté, ambassadeur de France au Niger, évacué le 27 septembre dernier, lors de son audition devant l'Assemblée nationale. « La stratégie des Russes est celle du désordre et du coucou » ,cet oiseau qui s'installe dans un nid, après avoir éliminé les oeufs de ses anciens occupants... « Ils achètent des gens pour alimenter les outils extraordinaires que sont leurs fermes à trolls, et leur réseau de désinformation leur coûte très peu cher » , disait le diplomate. Les militaires ont repris à leur compte le discours anti-France, largement partagé au Niger, et alimenté sur les réseaux sociaux par les trolls russes. La position de la France, devenue le bouc émissaire parfait pour un pouvoir en mal de programme, est ainsi rapidement devenue intenable. Le vide sécuritaire laissé par son départ a profité aux Russes. Armement, formation, conseil, soutien militaire... sur tous ces aspects les Français ont été remplacés au Mali et au Burkina Faso, et commencent à l'être au Niger.   Avant les Nigériens, les militaires maliens et burkinabés avaient déjà choisi de renforcer leur coopération avec Moscou. Au Mali, les supplétifs russes du groupe Wagner combattent au côté des Forces armées maliennes contre les groupes djihadistes et les indépendantistes touareg. Au Burkina Faso, l'arrivée de combattants à Ouagadougou a été observée en décembre 2023, même si dans une récente interview, le chef d'État burkinabé, Ibrahim Traoré, a assuré qu'il n'y avait « aucun Russe sur le terrain pour combattre ». Dans l'entourage du général Tiani, le chef d'État nigérien, on se défend de troquer un maître pour un autre. « Nous n'avons pas demandé aux Français de partir pour s'enchaîner à la Russie » , assure-t-on. « Nous souhaitons développer de nouvelles alliances, avec des partenaires qui soient respectueux de notre souveraineté. La Russie, mais aussi la Turquie, la Chine ou l'Iran » , ajoute ce proche conseiller.   Peu de choses ont filtré sur le contenu exact du partenariat en discussion entre le Niger et la Russie. Une source à la primature confirme que l'achat de matériel de combat a été discuté, notamment d'hélicoptères de combat et de transport de troupes. « Nous avons besoin de partenaires qui peuvent nous fournir les armes dont nous avons besoin, explique-t-elle. Ces partenaires ne sont pas nouveaux, à la différence des Français, ils acceptent de nous fournir du matériel, sans nous imposer des conditions d'utilisation. » La coopération sécuritaire entre le Niger (et plus largement les pays du Sahel) et la Russie n'est en effet pas nouvelle. La Russie soviétique fournissait déjà une grande partie de l'arsenal de ces armées, attirées par la robustesse d'un matériel peu onéreux. L'armée de l'air nigérienne dispose ainsi de deux Sukhoï Su-25 et de trois hélicoptères Mi-17 et Mi-24. Mahamadou Issoufou, prédécesseur de Mohamed Bazoum, avait déjà amorcé des négociations en vue de l'acquisition de douze hélicoptères russes.   Outre ces hélicoptères, le directeur général des douanes, le colonel Abou Oubandawaki, était venu négocier l'achat d'avions légers de reconnaissance, de blindés de patrouille et de drones afin de sécuriser les frontières dont se jouent les groupes djihadistes. « Côté russe, c'est tout à fait logique de commencer par une coopération douanière, explique une source diplomatique à Niamey. C'est un prérequis pour négocier des passe-droits et faire entrer et sortir du pays ce qu'ils souhaitent : de l'or par exemple » , ajoute-t-elle.   Car les partenariats africains de la Russie s'accompagnent d'une prédation minière. En échange de ce pacte sécuritaire, la Russie exige un accès aux ressources. Outre les montants de ses services facturés aux États (10 millions de dollars par mois au Mali, selon le général Stephen Townsend, chef du commandement américain pour l'Afrique), les Russes récupèrent des permis d'exploitation de mines d'or. Selon un rapport du programme de recherche américain « The Blood Gold » , publié fin 2023, la Russie aurait amassé quelque 2,5 milliards de dollars depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, en exploitant des gisements aurifères en Afrique. Au Niger, plusieurs sources attestent au Figarode la présence d'un ressortissant ukrainien de langue russe à Agadez dans le nord du pays, qui se rendrait régulièrement sur la mine d'or de Tchibarakaten à la frontière algérienne.   Entièrement accaparée par sa guerre en Ukraine, la Russie ne concentre cependant qu'un effort minimum et peu onéreux en Afrique. Dans son audition devant l'Assemblée nationale, Sylvain Itté, ambassadeur de France au Niger, soulignait l'absence de vision à long terme de la stratégie russe. « Les Russes sont dans une logique du chaos, disait-il. Ils n'ont aucunement l'intention de s'installer en Afrique ni d'y prendre des ressources minières - exceptés l'or et le diamant qui sont faciles à extraire et cela, c'est Wagner. » Djenabou Cisse, chargée de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, nuance cette position : « La Russie cherche à étendre son influence pour diffuser sa vision du monde mais aussi pour disposer de soutien, à l'ONU notamment. Seulement, la Russie ne déploie pas de moyens à la hauteur de son ambition : ses investissements économiques n'ont rien à voir avec ceux de l'Inde ou de la Chine par exemple. C'est ce qui pourrait nuire à la durabilité de leur stratégie » , précise la chercheuse. </text>
	

	<text titre="La propagande russe en Afrique se réorganise" date="2024 03 09T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="thomas eydoux et morgane le cam" annee="2024" mois="3" jour="9" journal_clean="Le Monde" keywords="telegram, propagande, lukovenko, russe, viktor, smile, afrique, chaîne, réseau" langue="fr"> Sur sa chaîne Telegram Smile &amp; Wave, aux 9 500 abonnés, Viktor Lukovenko fait davantage mystère de ses intentions que de ses destinations. Début mars, cet Ouzbek de 39 ans, ex-agent du réseau de propagande tissé par Evgueni Prigojine, le patron du Groupe Wagner mort en août 2023, s’affichesur le réseau social en tant que touriste et blogueur, voguant d’un musée à l’autre au Sénégal, après s’être rendu au Burkina Faso et au Niger, fin février.   Depuis le décès du chef de Wagner et le démantèlement de son groupe, Viktor Lukovenko continue à voyager sur le continent, avec une préférence pour les Etats instables. Il le fait pour le compte d’une nouvelle structure, créée en septembre 2023 à Moscou : African Initiative. Sur Internet, celle-ci se revendique comme une « agence de presse russe sur les événements du continent africain », avec un tropisme pour « l’héritage néocolonial contre lequel les pays africains luttent », ainsi que pour « les activités » des « militaires, hommes d’affaires, médecins et journalistes » russes en Afrique.
Réminiscence soviétiqueAvec son correspondant basé au Niger et ses bureaux au Burkina Faso et au Mali – trois pays du Sahel gouvernés par des putschistes et qui, après avoir chassé la France, ont renforcé leur coopération avec la Russie –, African Initiative se pose en nouvelle tête de pont de la propagande russe en Afrique. Son objectif, érigé comme une priorité de Moscou sur le continent après la mort d’Evgueni Prigojine :permettre à l’Etat russe, à travers ses services de renseignement et leurs agents d’influence, de reprendre le contrôle de l’appareil de propagande construit par le chef de Wagner.   A l’instar de la myriade de structures qui étaient chargées de la diffusion de l’influence russe au sein du projet Lakhta de Wagner, African Initiative est accusée par le département d’Etat américain d’avoir « répandu de la désinformation sur les Etats-Unis et les pays européens »avec l’aide des services de renseignement russes. Dans un communiqué du 12 février, la diplomatie américaine souligne qu’une des premières campagnes d’African Initiative fut de « propager une théorie selon laquelle les sociétés pharmaceutiques occidentales utilisent l’Afrique pour des expériences de guerre biologique et pour des essais illicites de divers médicaments ». Une réminiscence de la propagande soviétique : au début des années 1980, le KGB avait voulu faire croire que le sida était une invention américaine.   Selon une enquête publiée par le média spécialisé sur la Russie The Insider le 29 janvier, Artyom Kureev, le rédacteur en chef d’African Initiative, appartiendrait au cinquième service du FSB, chargé des opérations internationales au sein des services russes de sécurité. « Je suis un personnage public depuis longtemps(…) et directeur d’African Initiative. Ça prend beaucoup de temps et de force de l’être. Comment pourrais-je travailler en même temps pour un service de renseignement ? », répond-il par mail au Monde, avant de nier que son site propage des « intox ».   Comme Viktor Lukovenko,  « certains membres d’African Initiative ont été recrutés dans les entreprises en désintégration de feu Evgueni Prigojine » , note le département d’Etat américain. Ainsi, la rédactrice en chef adjointe du site, Anna Zamaraeva, était une attachée de presse de Wagner .Le 24 janvier, African Initiative fut ainsi le premier média à annoncer aux 22 000 abonnés de sa chaîne Telegram l’arrivée de « cent spécialistes militaires russes »d’Africa Corps à Ouagadougou pour soutenir la junte burkinabée, photos de leur débarquement à l’appui. Les deux organisations constituent, selon le chercheur Maxime Audinet, le « nouvel écosystème de l’influence russe en Afrique, repris en main par l’Etat russe après la mort d’Evgueni Prigojine. African Initiative est chargée de capter les entrepreneurs et les initiatives de désinformation qui étaient en place, tandis qu’Africa Corps tente d’absorber les mercenaires de Wagner ». Les semaines ayant précédé l’annonce de l’arrivée d’Africa Corps à Ouagadougou, « African Initiative avait préparé le terrain, au Burkina Faso, pour favoriser l’acceptation des nouveaux mercenaires russes », glisse une source sécuritaire travaillant dans le pays. En novembre 2023, une nouvelle association russo-burkinabée, portant le même nom et un logo similaire à celui d’African Initiative, a été lancée à Ouagadougou. Son objectif affiché : « Renforcer l’amitié et la compréhension mutuelle, la paix et l’harmonie entre les peuples du Burkina Faso et de la Russie », à travers l’organisation d’activités telles que le premier « tournoi de sambo Vladimir Poutine », un art martial russe, qui s’est tenu fin février dans la capitale.   A plusieurs reprises, Viktor Lukovenko a été identifié sur des photos d’événements organisés par cette association, indiquant ainsi les liens entre cette dernière et African Initiative de M. Kureev. Comme Wagner avait su le faire en Centrafrique et au Mali, African Initiative continue à tisser sa toile sur le continent en soutenant la création de structures locales qui servent à la fois de caisse de résonance à la propagande russe à petite échelle et d’entités capables d’identifier, par le biais des événements qu’elles organisent, les personnalités et organisations de la société civile prêtes à diffuser la propagande du Kremlin.  « Deuxième phase d’influence »Selon le département d’Etat américain, African Initiative recrute en effet « dans la population africaine, des journalistes, des blogueurs et des membres du public chargés de soutenir et d’amplifier le travail de l’organisation, autrement dit de renforcer l’image de la Russie et de dénigrer celle d’autres pays ».A Ouagadougou, Viktor Lukovenko a ainsi été vu aux côtés de la direction du groupe de presse burkinabé Savane Medias le 19 février. CetOuzbek qui, selon le collectif All Eyes on Wagner, cache en réalité sa véritable identité – Viktor Vasilev – derrière un pseudo, sans doute pour faire oublier son passé de criminel ayant passé cinq ans derrière les barreaux pour meurtre à caractère raciste entre 2010 et 2015, reproduit ainsi avec African Initiative un savoir-faire acquis sous Wagner.   D’abord à Madagascar, où il a été aperçu lors d’une conférence organisée en septembre 2018 par Afric, un groupe de réflexion lié à Wagner et accusé d’avoir interféré dans plusieurs processus électoraux. Puis en Centrafrique, où il est parti travailler pendant neuf mois pour un « projet humanitaire visant à promouvoir l’influence russe à travers les écoles », a-t-il indiqué lors d’une interview accordée le 27 février au média russe Ridus. Les mercenaires de Wagner commençaient alors à se déployer dans le pays pour soutenir le pouvoir du président Faustin-Archange Touadéra, menacé par une rébellion. Viktor Vasilev lançait quant à lui sa chaîne Smile &amp; Wave sur Telegram. Depuis, elle fait partie d’une pléthore de comptes qui relaient les posts d’African Initiative.  « La Russie semble entrer dans une deuxième phase d’influence sur le continent africain après la mort de Prigogine,analysait le collectif All Eyes on Wagner dans une note publiée en décembre 2023. Elle réplique[s] es bonnes recettes, combinant projection des forces [militaires] et techniques d’influence en ligne et hors ligne, tout en rompant avec le concept de déni plausible du groupe Wagner. » Une nouvelle preuve que Moscou affirme de plus en plus ouvertement ses ambitions africaines.p </text>
	

	<text titre="Anne Nivat : « Le régime de Vladimir Poutine n'est pas aussi fort qu'on le pense »" date="2024 03 13T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24744" auteur="bonavita, marie-laetitia" annee="2024" mois="3" jour="13" journal_clean="Le Figaro" keywords="représentent, poutine, ans, souvent, fort, régime, vladimir, guerre, qui" langue="fr"> Reporter de guerre depuis plus de trente ans, Prix Albert-Londres en 2000, Anne Nivat aime recueillir la parole de ceux qui, le plus souvent, « ne représentent qu'eux-mêmes ». Collaboratrice au Point et à LCI, cette polyglotte qui parle sept langues, dont le russe et le polonais, est allée en Ukraine au printemps 2022 puis deux fois en Russie. Elle publie La Haine et le Déni. Avec les Ukrainiens et les Russes dans la guerre (Flammarion). Une enquête nourrie qui permet de décrypter l'état d'esprit des uns et des autres.  LE FIGARO. - Ce livre est le produit de reportages en Russie et en Ukraine. Expliquez-nous...
ANNE NIVAT. - La priorité souvent donnée à l'émotion et au commentaire et les éléments de langage de plus en plus codifiés des communicants tendent à discréditer le journalisme. Dans ces conditions, le reportage, qui s'appuie sur la réalité du terrain, revêt toute son importance. Je couvre différentes guerres (Irak, Afghanistan, Tchétchénie...) depuis près de trente ans, je n'ai pas changé de méthode et n'en changerai pas : il me paraît capital de mettre en avant la parole des personnes que je rencontre et qui, le plus souvent, ne représentent qu'elles-mêmes, ce qui permet de saisir en profondeur les enjeux cachés.  Être une femme reporter de guerre est-il plus difficile ?Le fait d'être femme n'est pas une gêne. Être auprès de mes interlocuteurs sur le terrain - donc dans la même galère - et parler leur langue donne de la légitimité. Je n'ai jamais voulu exposer les dangers et les difficultés à faire ce métier, mais c'est justement parce que c'est un métier difficile qu'il ne faut pas cesser de le faire. Rechercher la nuance et l'authenticité est toujours plus ardu que pencher nettement d'un côté ou de l'autre.  Votre livre s'intitule La Haine et le Déni. Chacun de ces mots s'attribue-t-il davantage à la Russie ou à l'Ukraine ?Ce titre est intemporel. À mon lecteur de se faire son idée.  Qu'avez-vous vu de part et d'autre des deux pays ?Comme dans toute guerre, beaucoup de tristesse, de drames, de colère, de ressentiment. Mais également du patriotisme, une solidarité et une fraternité très fortes. Recueil des points de vue différents sur le terrain, mon livre entend sortir d'une vision manichéenne. Évidemment que du côté ukrainien, la majorité de la population, puisqu'elle a été envahie, est, de prime abord, davantage portée vers la victoire que du côté russe. Pourtant, on se rend compte que beaucoup de Russes, conscients que leur armée s'enlise, aimeraient eux aussi gagner cette guerre. Même ceux qui sont contre la guerre, sans pour autant le dire haut et fort par peur d'une sanction pénale ou sociale, le pensent. En Ukraine, la situation n'est pas la même selon l'endroit où l'on se trouve, comme par exemple dans le Donbass ukrainien occupé par les forces russes. Le récent limogeage par le président Zelensky du chef d'état-major des armées a révélé des dissensions au sein de l'appareil politique.  Qu'en est-il de la mobilisation des soldats ?Les deux pays ont d'énormes problèmes de mobilisation. L'Ukraine, qui n'a pas le même nombre d'habitants que la Russie, est en train, bien difficilement, de faire voter une loi sur de nouveaux critères d'enrôlement. Moscou, qui souhaite protéger les jeunes des grandes villes, recrute dans les républiques et les régions non ethniquement russes, comme les Bouriates, près de la Mongolie, les Tatars (des Turcs vivant au centre et au sud du territoire), ou les Daghestanais dans le Caucase. Pour ces populations, s'engager dans l'armée est un ascenseur social et les familles des soldats tués reçoivent des sommes phénoménales. Il n'empêche, pour la première fois, on a vu, par exemple au Daghestan, des mamans, des épouses ou des soeurs de soldats exprimer dans la rue leur haine et lancer aux représentants des forces de l'ordre que ce n'était pas « leur » guerre. Or il y a là un danger potentiel pour la Russie : l'éclatement de la Fédération. Dans chacun de ses discours, Poutine s'adresse à son peuple en soulignant qu'il est « plurinational » , soulignant ainsi le pluralisme et l'équilibre des différentes nations de l'immense fédération.  Quel est le rapport de Poutine à l'histoire ?Sans avoir, comme certains, la prétention d'être dans la tête de Poutine, je constate que celui-ci se targue d'être un historien amateur. On l'a vu récemment dans cet entretien donné à Tucker Carlson, l'ex-animateur de la chaîne américaine Fox. Il s'était mis d'accord avec le Kremlin sur les questions et leur ordre, mais il a tout de même été étonné par la leçon d'histoire du président russe qui n'a pas duré deux minutes mais vingt-cinq. En 2012, une Société russe d'histoire militaire a été créée sous le président Dmitri Medvedev, dans le but d' « inculquer le patriotisme et de contrer les initiatives visant à dénaturer et discréditer l'histoire militaire de la Russie ». La réécriture des livres scolaires d'histoire est en cours. Fin 2021, Mémorial, une ONG créée il y a trente ans pour préserver et honorer la mémoire des victimes du pouvoir soviétique et notamment stalinien, a été interdite et démantelée.  Quel est le rapport de la jeune génération au président russe ?Les trentenaires, qui n'ont connu au pouvoir que Poutine, ont un sens plus critique que leurs parents. Grâce aux réseaux sociaux qui, il faut le souligner, continuent à être tolérés en Russie qui ne veut pas apparaître, aux yeux du monde, comme un pays totalement fermé. Entre YouTube, dont la menace de suspension est pour l'instant restée sans suite, et les réseaux privés virtuels (VPN) conçus pour permettre l'activité en ligne, les trentenaires sont capables de s'informer en dehors de la doxa gouvernementale. Ils sont plus nombreux à être contre la guerre et, contrairement à leurs aînés qui n'ont jamais entendu prononcer le nom d'Alexeï Navalny tant par Poutine que par la télévision d'État, ils savent que le très charismatique opposant est mystérieusement mort en prison. Via cette fenêtre sur le monde, les réseaux sociaux rapprochent les jeunes Russes de la façon de penser de leurs contemporains français, britanniques ou italiens. Vladimir Poutine, qui est réfractaire à l'utilisation du net, se coupe de toute une partie de cette opinion. C'est à mon avis une erreur. Je ne sais si, un jour, les jeunes se rebelleront ou si une véritable opposition parviendra à faire entendre sa voix, non pas à l'extérieur de la Russie, mais à l'intérieur, mais la mort récente de Navalny et celle, en août dernier, d'Evgueni Prigojine, oligarque et chef de la milice Wagner, après sa mutinerie avortée, sont des marques de tensions fortes à l'intérieur du régime. Le régime de Vladimir Poutine n'est pas aussi fort qu'on le pense.  Russes comme Ukrainiens critiquent l'Europe. Celle-ci a-t-elle failli ?Aller sur le terrain permet d'entendre ces récriminations. Dans des guerres précédentes, en Irak, en Afghanistan, j'avais également recueilli les fortes critiques proférées par mes interlocuteurs dénonçant ce qu'ils considèrent, à mon sens à raison, comme une certaine arrogance occidentale.  Faut-il craindre la menace, exprimée par Poutine, d'une riposte nucléaire en Europe après l'hypothèse, évoquée par Emmanuel Macron, d'envoi de troupes occidentales en Ukraine ?Le président français, dont les propos ont provoqué un tollé, n'a aucunement exprimé le souhait d'envoyer des troupes au sol en Ukraine. Sans l'exclure. Il a exprimé l' « ambiguïté stratégique » , chère aux pays dotés. Quelques jours plus tard, le chef de l'État russe s'est empressé de lui rendre le « compliment ». Je constate toutefois que, côté russe, les menaces ne sont pas nouvelles. C'est côté français que nous les entendons pour la première fois.  Finalement, une sortie de cette guerre est-elle possible ou va-t-on vers un nouveau « conflit gelé » ?Une guerre se gagne militairement, avec un vainqueur et un vaincu. Or, pour le moment, je ne vois aucune victoire militaire claire d'un camp ou de l'autre en 2024. Je m'interroge sur 2025. Cela sera long, tout comme la reconstruction de l'Ukraine. </text>
	

	<text titre="À l’orée d’une victoire absolue" date="2024 03 15T00:00:00" journal="La Croix, no. 42871" auteur="benjamin quénelle" annee="2024" mois="3" jour="15" journal_clean="La Croix" keywords="ville, moscou, c’est, victoire, représentation, d’une, absolue" langue="fr"> Moscou (Russie)   De notre correspondant   Sous les dorures du Bolchoï, à deux pas du Kremlin, c’est l’heure des sourires pleins de confiance. La représentation de La Légende de la ville invisible de Kitège et de la demoiselle Fevronia, l’un des plus beaux et patriotiques opéras du répertoire russe, vient de s’achever sous la baguette vibrante du maestro Valeri Guerguiev, ami personnel de Vladimir Poutine. Le président russe ne s’est pas encore déplacé pour assister en personne à une représentation. Mais, à la veille d’une cinquième élection présidentielle gagnée d’avance, l’élite politique, culturelle et économique se bouscule dans la foule des grands soirs. « Pour nous, tout va bien, glisse l’une des éminences grises du Kremlin. Et tout ira bien. »Autour de lui, ni les hommes d’affaires, ni les gouverneurs, ni les journalistes en vue n’affichent de doute ou d’inquiétude. On feint d’ignorer la toute récente mort d’Alexeï Navalny en prison. L’essentiel, c’est que l’élection présidentielle du 15 au 17 mars se déroule sans accroc. Et, surtout, sans opposant. « Pourquoi autoriser le pluralisme ? », ironise ce quinquagénaire polyglotte aux allures occidentales, passé des arcanes d’un grand groupe industriel public aux coulisses de l’administration du Kremlin. Deux ans après le début de l’ « opération militaire spéciale » en Ukraine, un seul mot le préoccupe, dit-il : « la victoire ». Un objectif dont les contours demeurent bien flous, maintenant que le front est enlisé. La récente prise de la ville d’Avdiivka a offert une victoire symbolique, et fort opportune, célébrée par les médias publics.   Et les discours triomphalistes ne sont pas sans effet. Partout, les chiffres illustrent l’adhésion croissante de la population aux narratifs du Kremlin. « La part des Russes favorables à des négociations de paix baisse depuis novembre, passant à 52 % », constate Denis Volkov, le sociologue à la tête du centre indépendant de sondages Levada. Les Russes sont désormais 40 % à faire des dons à l’armée, contre 27 % fin 2022. Plus des deux tiers (70 %) pensent que l’ « opération spéciale » sera un succès et autant considère, comme le leur dit la propagande, que l’Occident est contre la Russie. Les trois quarts jugent que le pays va dans la bonne direction – un record. Et la popularité de Vladimir Poutine dépasse les 80 %. Précisément le score que ses conseillers espèrent atteindre lors de cette élection présidentielle.   Car si Vladimir Poutine est un ancien agent du KGB, il est aussi juriste de formation. Il importe donc encore à ses yeux, pour le moment, de respecter les formes légales. Réélu en mars 2018 avec 76 % des voix, le chef du Kremlin avait alors argué de sa pleine légitimité pour changer la Constitution. La réforme adoptée, il peut rempiler pour deux autres mandats, jusqu’en 2036.   Un score au-delà de 80 % dimanche 17 mars aura surtout valeur de référendum pour la poursuite, voire l’accélération, de son « opération spéciale » en Ukraine. Et pour le renforcement d’un régime sur lequel Vladimir Poutine et ses élites règnent de manière absolue.   Rien, en deux ans de conflit, ne semble avoir affecté la stabilité au sommet. Ni l’échec militaire de la conquête de Kiev. Ni la rébellion d’Evgueni Prigojine, le chef de la milice Wagner en juin 2023. Ni les récents soubresauts de l’opinion, dans les banlieues moscovites plongées dans le froid à cause de pannes de chauffage, ou au Bachkortostan, région pauvre près de l’Oural bousculée par de soudaines explosions de colère populaire.   À chaque fois, Vladimir Poutine a joué son rôle préféré, celui du bon tsar. Il n’a pas nié les problèmes. Les échecs militaires ont été mis sur le dos des responsables militaires. Les derniers fidèles d’Evgueni Prigojine sont morts avec lui dans un mystérieux crash d’avion. Le chauffage a été réparé. Le gouverneur du Bachkortostan est sur le départ.   Il y a certes eu des moments de faiblesse apparente. « La mutinerie d’Evgueni Prigojine, l’émergence de Boris Nadejdine en possible opposant dans la présidentielle, l’ampleur des foules au cimetière d’Alexeï Navalny… La société civile a bousculé la stabilité apparente , rappelle Andreï Kolesnikov, l’un des rares politologues critiques du Kremlin encore présents à Moscou. Mais Poutine poursuit son chemin, le même depuis son arrivée au Kremlin en 2000 : vers le pouvoir absolu.»   En deux ans, aucune défection n’a été enregistrée parmi les élites, ni dans les milieux d’affaires, ni dans les rangs de l’armée ou des services de sécurité. La garde rapprochée de Vladimir Poutine est restée inchangée. Tous les participants de la réunion du Conseil de sécurité du 21 février 2022 sur l’indépendance des « républiques »du Donbass, prélude à l’ « opération spéciale », sont toujours en place. Aucun n’a même changé de poste.  « Depuis le début de la guerre, Poutine ne s’est jamais remis en cause », prévient un ancien de l’administration présidentielle, pour qui la logique jusqu’au-boutiste enclenchée ne permet plus de retour en arrière. « Vivre dans la Russie de Poutine, c’est comme vivre dans un goulag, poursuit-il. Qui, dans un goulag, peut crier contre le chef des gardiens ? Même si une voix libérale osait lui glisser une critique, Poutine ne l’écouterait pas. Il le renverrait en l’accusant d’être influencé par l’ennemi occidental. » Les sanctions de l’Occident ont eu un effetcontre-productif : elles ont décrédibilisé et marginalisé les libéraux dans le complexe jeu d’équilibre dans lequel, tout au sommet, le président est passé maître du consensus entre élites.   Les siloviki, représentants des forces de sécurité omniprésents dans la politique et le business, sont devenus d’autant plus puissants qu’avec le conflit en Ukraine, le complexe militaro-industriel, leur secteur clé, s’est transformé en principal moteur de la croissance économique. Mais Vladimir Poutine veille à l’étanchéité entre les centres de pouvoir. « Poutine déteste que certains se mêlent des décisions d’un secteur qui ne leur revient pas », explique un journaliste bien connecté.   Ainsi, les grandes décisions économiques continuent de revenir à Elvira Nabioullina, présidente de la Banque centrale, économiste libérale qui a dû ravaler ses convictions personnelles pour rester fidèle au Kremlin. Si elle n’a aucunement son mot à dire sur les affaires militaires, elle peut être assurée que le président ne laissera pas les siloviki imposer leurs vues sur les taux d’intérêt et l’inflation. « Pour beaucoup, la guerre a été un choc similaire à une explosion nucléaire. Face à l’onde de choc, ils se sont construit des murs, poursuit cette source. Sans penser aux effets radioactifs à terme. » </text>
	

	<text titre="ILIA IACHINE «En Russie, il n'y pas d'élections mais du théâtre de mauvaise facture»" date="2024 03 15T00:00:00" journal="Libération" auteur="recueilli par veronika dorman" annee="2024" mois="3" jour="15" journal_clean="Libération" keywords="mauvaise, président, chef, lui, poutine, appelés, élections, russie, russes, presque, urnes, vladimir" langue="fr"> partir de ce vendredi, les   A   Russes sont appelés aux urnes pour plébisciter le président sortant et inamovible chef d'Etat, Vladimir Poutine. En face de lui, presque personne. Il ne fait plus semblant, pas plus qu'il n'a fait campagne, cette fois encore moins que les précédentes, ne se donnant même pas la peine d'annoncer sa candidature. Le vote va durer trois jours, en partie par voie électronique, ce qui ouvre de nouveaux horizons pour la fraude électorale. Après deux années d'une guerre qui irrite et fatigue de plus en plus la population russe, et bien que sa réélection n'était en rien menacée, le chef du Kremlin a eu besoin néanmoins de neutraliser l'homme qui, même derrière les barreaux au fin fond de l'Arctique, continuait d'incarner la promesse d'un autre avenir, d'une Russie «normale», en paix avec le monde. Alexeï Navalny est mort le 16 février et l'opposition russe a été décapitée. Avant de mourir, l'opposant avait eu le temps de lancer un appel au vote contestataire - «Midi contre Poutine» -, incitant les mécontents à se rendre dans les bureaux de vote le dernier jour, dimanche à midi pile, et de voter nul. C'est tout ce qui reste pour l'heure à ceux qui refusent d'être confondus avec un pouvoir et un homme qui ne les représentent pas et mènent en leur nom une guerre qu'ils abhorrent. Petit geste qui demandera un immense courage, les autorités ayant déjà prévenu que tout rassemblement suspect sera assimilé à un acte extrémiste. Ne pas baisser les bras, surmonter sa peur, tenir tête au rouleau compresseur de l'Etat -c'est le message qu'adresse aux Russes, depuis une autre prison, un autre opposant fameux, convaincu que «contrairement à ce que prétend Poutine, seule une petite minorité de Russes soutiennent la guerre». Ilia Iachine, 40 ans, a commencé sa carrière politique presque en même temps que Vladimir Poutine, il y a plus de vingt ans. Actif depuis 2001 au sein du mouvement de jeunesse du parti d'opposition Iabloko et compagnon de route de Boris Nemtsov, l'opposant assassiné en 2015 sous les murs du Kremlin, Ilia Iachine se fait un nom pendant les manifestations anti-Poutine de 2011, au même moment que Navalny, son compagnon de combat et ami. Avec une poignée d'opposants, Iachine parvient en 2017 à se faire élire aux conseils de quartier à Moscou. Quand la Russie lance son offensive contre l'Ukraine, le 24 février 2022, Iachine décide de rester en Russie, malgré les risques encourus, convaincu que c'est la seule façon de lutter. En décembre 2022, il est condamné à huit ans et six mois de colonie pour diffusion de «fausses informations» sur l'armée russe «motivé par la haine et l'inimitié politiques». C'est la peine la plus lourde jamais prononcée en vertu de cet article. Le seul élément constitutif d'infraction dans l'affaire est un stream sur sa chaîne YouTube, début avril, dans lequel il relate, images à l'appui, les exactions commises sur les civils ukrainiens à Boutcha. «Je ne crois pas qu'il soit possible de rester un homme politique russe en étant en dehors de Russie. Depuis la prison, c'est possible, depuis l'étranger non», nous écrivait-il dans une lettre en 2023. Depuis la mort d'Alexeï Navalny, Ilia Iachine s'est hissé à la funeste première place de figure de l'opposition la plus connue dans les geôles russes. Libération lui a posé des questions, auxquelles il a répondu par écrit depuis sa cellule. Un document exclusif.
Qu'attendez-vous des «élections» de cette fin de semaine ? Dans quel état est le pays ? Tout le monde comprend que ce ne sont pas de véritables élections qui décident de la destinée du pays, mais une pure formalité. Même les sociologues officiels du Kremlin notent que ce scrutin présidentiel n'est pris au sérieux que par 1 % de la population. Poutine n'a autorisé l'enregistrement que de trois autres candidats, des «sparring-partners» dont les noms ne disent absolument rien à la grande majorité des électeurs. Et dont aucun n'a mené de campagne présidentielle, ne critique le régime, n'organise d'observation dans les bureaux de vote, et, naturellement, ne convoite la victoire. Bref, il n'y a pas d'élections, mais une production théâtrale de mauvaise facture, avec des décors vétustes et des acteurs médiocres à la solde de Poutine. La société semble désemparée. Personne n'était préparé à une guerre aussi longue et sanguinaire, qui a détruit les concepts habituels de stabilité et d'ordre. Ni à un durcissement si rapide du régime policier qui interpelle désormais pour un like sur les réseaux sociaux, des boucles d'oreilles de la mauvaise couleur ou des conversations téléphoniques privées sur des sujets tabous. Contrairement à ce que prétend Poutine, seule une petite minorité de Russes soutiennent la guerre. La grande majorité de la population, même si elle ne proteste pas, par conformisme et instinct de survie, ne fait que s'adapter aux conditions nouvelles, en essayant de survivre à la guerre comme à une catastrophe naturelle.   Que la guerre s'arrête le plus vite possible est sans aucun doute la première demande de la société envers le pouvoir. C'est à cet endroit précis que surgit une profonde rupture sociale. Poutine est décidé à continuer la guerre, coûte que coûte, prêt à dépenser toujours plus d'argent public et à sacrifier toujours plus de vies humaines. La société, elle, bien qu'elle garde le silence, attend exactement le contraire : la fin des opérations militaires, un règlement pacifique du conflit et la normalisation de la vie. Plus le conflit armé durera, plus profonde deviendra la faille. La lassitude de la guerre aura inévitablement de lourdes conséquences pour le pouvoir. Si bien sûr, dans l'année qui vient, l'Occident ne livre pas l'Ukraine à Poutine à l'issue de négociations en coulisses, si le front ne s'écroule pas et si l'armée russe ne rentre pas en vainqueur dans   Odessa, Kharkiv et Kyiv Quels sont les moyens de résis- tance qui subsistent aujourd'hui en Russie ? La lutte principale est pour les esprits de mes concitoyens. Même d'ici, de derrière les barreaux, je vois combien de Russes ne sont pas d'accord avec ce qui se passe et sont irrités par le pouvoir. Mais ceux-là ne se considèrent pas comme une majorité, ni même comme une force significative, leur volonté en est paralysée. Le Kremlin, lui, manipule la conscience du peuple, en imposant le mythe d'un soutien général à la guerre, en atomisant la société, en décourageant toute interaction civile et activité politique indépendante. C'est à cela qu'il faut résister en premier lieu : construire des liens sociaux, créer des réseaux de bénévoles, s'unir, s'entraider. Au durcissement des répressions, il faut répondre par un renforcement de la solidarité. Aux assassinats et arrestations des leaders d'opposition, par la formation de structures horizontales, impossibles à décapiter. Actuellement, aux prix d'immenses efforts, Poutine essaye de consolider autour de lui la bureaucratie, les forces de l'ordre et les élites économiques. Mais une telle concentration ne peut pas durer éternellement, le système finira par se relâcher et défaillir. Et c'est à ce moment-là que la société civile doit être prête à des actions décisives pour casser le jeu de Poutine. Qui peut forcer Poutine à arrêter la guerre avec l'Ukraine ? Seule l'armée ukrainienne peut arrêter Poutine en Ukraine. Pas les suppliques des dirigeants occidentaux, ni les manifestants avec des pancartes, encore moins une politique d'apaisement. Seulement la riposte sur le champ de bataille. Et l'armée ukrainienne en est capable, à condition d'être équipée d'armes modernes et de suffisamment de munitions. Poutine le sait très bien, c'est pourquoi il fait tant d'efforts pour diviser l'Occident sur l'aide à apporter à l'Ukraine. Son calcul est simple : motivés par le Kremlin, les populistes européens commenceront à bloquer l'aide de l'UE à l'Ukraine, tandis que Trump reviendra au pouvoir aux Etats-Unis, et en tant que businessman aguerri, troquera l'Ukraine pour quelque chose ; pendant ce temps, les habitants des pays occidentaux, lassés des effets d'une guerre enlisée, exigeront de leurs dirigeants qu'ils négocient la paix avec Poutine. Qui, en Russie, soutient la guerre ? Une minorité militariste, obsédée par l'impérialisme et l'idée d'une revanche après la chute de l'URSS. Ces gens-là se trouvent dans le mainstream de la propagande poutinienne et sont très bruyants, mais en réalité beaucoup moins nombreux qu'il n'y paraît. Même eux passent leur temps à se plaindre, sur les réseaux, que le peuple russe refuse de combattre, ne soutient pas assez le front, rejette les objectifs de «l'opération spéciale», tandis que les hommes ne s'engagent dans l'armée que pour l'argent. Malgré tous les efforts de Poutine pour déchaîner l'hystérie patriotique, sa guerre avec l'Ukraine n'est pas devenue la guerre du peuple. Poutine s'est sérieusement trompé dans sa stratégie intérieure. Depuis son arrivée au pouvoir en 2000, il a méthodiquement dépolitisé la société russe. Il y avait une sorte d'accord social entre le Président et son peuple: Poutine garantissait le pouvoir d'achat et une certaine amélioration des conditions de vie grâce aux pétrodollars, les Russes, eux, renonçaient à leurs droits civiques et à leur activisme politique. Mais en 2022, Poutine a déchiré de ses propres mains ce contrat social, en commençant une guerre massive. Il ne reste plus rien de la stabilité d'antan. Sauf que pour une grande offensive impérialiste, il faut une tout autre base aux relations entre le pouvoir et la société. Dans l'idéal, il faut une société totalitaire, contaminée par l'idée impérialiste, dont les membres sont prêts à mourir en masse pour le chef et ses slogans. Or Poutine a élevé une société de consommation. Pour pousser les hommes des provinces russes à aller sur le front, il faut les motiver non pas avec des idées mais avec de l'argent et des bénéfices sociaux. Ou envoyer des taulards en leur promettant la liberté et, là encore, de l'argent.   Comment vous sentez-vous ? Je ne vais pas mentir: moralement, je suis, évidemment, abattu. Depuis la mort de Navalny, j'ai une boule dans la gorge et suis submergé par la tristesse. Ce n'est pas qu'un camarade que j'ai perdu, mais un ami proche, que je connaissais depuis un quart de siècle. Mais ma motivation pour continuer le combat est plus forte que ma peine. Je me suis juré à moi-même de ne pas baisser les bras, ne pas avoir peur et de continuer à défendre ma position. Avez-vous peur pour vous- même ? Honnêtement: oui, bien sûr. Je suis tout à fait conscient Suite page 4   Suite de la page 3 que moi aussi j'irrite le Kremlin puisque je ne me suis pas tu après mon arrestation et que je profite de chaque audience au tribunal, en présence du public et de la presse, pour ouvertement désigner Poutine comme un criminel de guerre. Je critique l'agression russe contre l'Ukraine et exige le retrait de l'armée russe du territoire ukrainien. Aux yeux du Kremlin, je suis un ennemi, par conséquent me tuer ou me laisser en vie relève du pragmatisme politique et non pas de la morale ou de la loi. Mais j'essaye d'être plus fort que ma peur. Comment expliquez-vous le moment choisi pour se débarrasser À LA FIN, C'EST POUTINE QUI GAGNE 112,3 millions de Russes sont appelés aux urnes de ce vendredi à dimanche. Dans les territoires ukrainiens annexés illégalement par Moscou, un scrutin est en cours depuis février. En général, entre 70 et 80 millions d'électeurs votent. En 2018, le taux de participation s'élevait à 67,5 %. Les résultats seront connus dimanche soir et le «nouveau» président Vladimir Poutine sera officiellement intronisé en mai. Outre le vainqueur déjà connu, trois autres candidats ont été autorisés à se présenter. Poutine a gagné les présidentielles de 2000, 2004, 2012 et 2018. Interdit de se présenter pour un troisième mandat consécutif en 2008, il s'était fait nommer Premier ministre par Dmitri Medvedev. Depuis, il a modifié la Constitution et peut donc concourir à encore deux scrutins après celui de 2024.   de Navalny ? Je suis convaincu que ça a été une opération planifiée. C'est la façon dont Poutine affirme son pouvoir personnel. Dans la Russie d'aujourd'hui, le processus politique ressemble aux règles qui régissent une structure mafieuse. Le chef mafieux ne tire pas son pouvoir d'un scrutin, mais assoit son leadership par la violence physique et les représailles contre ses concurrents. Il en va de même pour Poutine, qui se débarrasse de ceux qui l'ont défié. Ainsi de la destruction, dans les airs, de l'avion du patron des Wagner, Evgueni Prigojine, qui s'était rebellé. Maintenant Navalny. C'est limpide : le meneur de la bande criminelle du Kremlin a ouvertement montré à la société, aux élites, et à l'Occident, qu'il était prêt à annihiler quiconque questionne son statut.   Quelles pourraient être les conséquences de la mort d'Alexeï Navalny -pour le Kremlin, pour la société en Russie, pour l'opposition en dehors de Russie ? Poutine s'est débarrassé de son opposant le plus populaire, mais l'a rendu immortel par la même occasion. Navalny restera dans l'histoire comme un symbole de résistance civile et antiguerre. Après cette tragédie, la société russe, elle, s'affranchira peut-être enfin de la peur et commencera à faire preuve de volonté dans la lutte contre la tyrannie. J'ose espérer que pour l'opposition russe, la mort de Navalny aura un effet de dégrisement. Tous les désaccords et petites querelles doivent reculer à l'arrière-plan. Les conflits interminables au sein de l'opposition doivent céder la place à des actions collectives, une coopération raisonnée, un engagement dévoué au démantèlement du régime de Poutine.   Et pour les autres prisonniers politiques en Russie ? Les prisonniers politiques sont ceux qui sont dans la plus grande zone de risque. Christo Grozev [journaliste pour le site d'investigation Bellingcat, ndlr], qui enquête sur la mort de Navalny, en s'appuyant sur ses sources, dit que le Kremlin se prépare à une nouvelle vague de répression et que Poutine peut commencer à tuer les dissidents russes, comme des otages, un par un, pour forcer l'Occident au dialogue, à ses conditions à lui. Je prends ces propos très au sérieux et je m'inquiète surtout pour   Vladimir Kara-Murza, que les services spéciaux ont déjà tenté d'empoisonner par le passé et qui est actuellement détenu dans des conditions qui relèvent de la torture, similaires à celles de Navalny.   Chaque prisonnier politique décide individuellement comment survivre en prison. Il n'y a pas de règle universelle. Les uns essayent de ne pas entrer en conflit avec le système, pour minimiser les risques. Et nous sommes obligés d'accepter une telle position. Les autres, au contraire, essaient, même derrière les barreaux, de demeurer des voix indépendantes contre la guerre et la dictature, en défendant publiquement leurs convictions. Personnellement, cette voie m'est plus proche, même si je sais quels dangers j'encours. ? </text>
	

	<text titre="Jusqu'où peut aller Poutine ?" date="2024 03 15T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2024" mois="3" jour="15" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="nucléaire, vladimir, poutine, guerre" langue="fr"> Robin Korda   Mercredi encore, il laissait planer le spectre d'une guerre nucléaire. « D'un point de vue militaro-technique, nous sommes bien sûr prêts », lâchait Vladimir Poutine dans cet entretien accordé à la chaîne Rossia 1 et à l'agence de presse Ria Novosti. Et d'insister : « Les armes existent pour pouvoir les utiliser. » L'élection présidentielle russe s'ouvre ce vendredi. Le premier et sans doute unique tour se clôturera dimanche. Le stade Loujniki, à Moscou, doit accueillir un maître du Kremlin triomphal dès le lendemain. Vladimir Poutine s'est chargé depuis longtemps d'ôter tout suspense au scrutin. Il n'a pas fait semblant d'être inquiet, sans meeting ni débat télévisé.
« Les régimes autoritaires ne répondent à aucun marketing électoral, analyse Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales. Les dictateurs cherchent avant tout à se légitimer. Il est nécessaire, dans un monde de communication, d'apparaître avec les sacrements de la légitimité populaire. » En 2018, l'ancien lieutenant-colonel du KGB, les services secrets soviétiques, avait réuni 76,69 % des voix.   Des tranchées d'Ukraine à la Maison-Blanche, le monde s'interroge désormais sur les limites que trouvera un règne amorcé il y a vingt-cinq ans. Nommé Premier ministre en 1999, l'homme de 71 ans aurait dû se retirer cette année, la législation russe n'autorisant pas un président à effectuer plus de deux mandats consécutifs. Il a signé, en 2021, une loi préparée par ses soins lui permettant de se présenter deux fois encore.  Trente-sept ans au pouvoir ?Ces élections successives l'amèneraient en 2036, l'année de ses 84 ans. Sa domination s'étirerait sur trente-sept ans - un empire plus long que ceux d'un Staline, d'un Franco ou d'un Mao Zedong. Seuls trois candidats fantoches se présentent aujourd'hui contre lui : Leonid Sloutski, Vladislav Davankov et Nikolaï Kharitonov. Le 29 février dernier, ils applaudissaient avec chaleur leur prétendu rival lors de son discours à la nation...   Ce jour-là, Vladimir Poutine dessine devant l'Assemblée fédérale, les deux chambres du Parlement russe, les priorités officielles de son prochain mandat. « Une famille avec de nombreux enfants doit devenir la norme », plaide-t-il notamment. La question ukrainienne est vite expédiée. Des dirigeants ouvrent la porte à l'envoi de troupes au sol ? « Les conséquences de telles interventions seraient tragiques », prévient-il, évoquant « une menace réelle [...] de destruction de la civilisation ».   « L'idée de Poutine a toujours été de démontrer que la Russie existe en tant que puissance incontournable, souligne Bertrand Badie. Il a les moyens de se faire entendre parce qu'il a l'arme nucléaire et qu'il entretient la mythologie du peuple russe. Mais il n'a pas les moyens de bouleverser l'ordre mondial. Son jeu n'est pas un jeu de conquérant. » Interviewé par le journaliste américain Tucker Carlson, proche de Donald Trump, début février, Poutine avait réfuté toute velléité « en Pologne, en Lettonie ou ailleurs ».   Directeur de recherche à l'Iris, Jean de Gliniasty a été ambassadeur de France à Moscou de 2009 à 2013. « Tant que Vladimir Poutine n'aura pas obtenu la neutralisation de l'Ukraine, c'est-à- dire la certitude que l'Otan en restera loin, il maintiendra sa pression », prévoit l'auteur de « France, une diplomatie déboussolée » (Éd. l'Inventaire, 2024). Le président russe peut compter sur des millions de réservistes mobilisables, sur fond de propagande et d'incitations financières à prendre les armes. Mais le temps joue contre lui, la classe moyenne pâtissant nécessairement de l'effort de guerre.  Un mois après la mort de NavalnyLe conflit en Ukraine a surtout amené à une reconfiguration diplomatique. En 2017, Emmanuel Macron, nouvellement élu, recevait Poutine sous les ors du Grand Trianon à Versailles. Le président russe doit maintenant traiter avec la Chine, l'Iran, la Corée du Nord, l'Inde et les pays arabes, dessinant l'entente de ce que les observateurs appellent parfois le Sud global.   « Poutine n'a pas d'alliés, tempère Jean de Gliniasty. Il a des partenaires d'opportunité. Ce sont des gens qui trouvent un intérêt momentané à travailler ensemble. » Pour preuve, au début des années 2000, le président russe esquisse un tournant pro-occidental, à la recherche de capitaux pour doper son économie. Il accueille en ami George W. Bush à Moscou. Dans le « Financial Times », Laurent Fabius et Hubert Védrine, alors ministres de l'Économie et des Affaires étrangères, écrivent que « l'heure est venue pour l'Union européenne et les autres pays de réévaluer leurs relations avec son pays ». Jean de Gliniasty sourit : « Poutine considérait que de bonnes relations avec l'Occident permettaient à la Russie d'atteindre ses buts nationaux. Et puis, quand c'est devenu impossible, il a eu recours aux méthodes que l'on connaît... »   C'est l'ultime question que pose la réélection du président de la Fédération de Russie. Jusqu'où dévalera sa pente autoritaire ? Evgueni Prigojine a perdu la vie dans le crash de son avion d'affaires en août. Le sulfureux chef militaire à la tête du groupe Wagner avait lancé un début de mutinerie quelques semaines plus tôt. Le plus sérieux dissident russe, Alexeï Navalny, est, quant à lui, décédé dans une geôle sibérienne le 16 février. Un mois jour pour jour avant le rendez-vous des urnes. </text>
	

	<text titre="« Il ne faut pas sous-estimer la capacité d’adaptation du régime russe »" date="2024 03 16T00:00:00" journal="La Croix, no. 224" auteur="recueilli par pierre sautreuil" annee="2024" mois="3" jour="16" journal_clean="La Croix" keywords="russe, répression, sous-estimer, capacité, régime, faut, d’adaptation, n’est" langue="fr"> Dans un contexte de répression accrue, quel est le sens d’une élection pour le régime russe ?
Il ne faut pas lire cet événement comme une élection mais un référendum. La question n’est pas de choisir entre différentes offres politiques mais de confirmer et légitimer Vladimir Poutine comme leader de la patrie, chef de guerre et incarnation de la nation sur le très long terme. Ce qui compte, c’est le taux de participation et le pourcentage de voix obtenues. Le reste n’a pas d’importance.   Comment la guerre a-t-elle changé l’équilibre des pouvoirs en Russie ?   Avant la guerre, on présentait volontiers Poutine comme l’arbitre suprême de groupes d’intérêts, les différentes « tours » du Kremlin. Aujourd’hui, seules deux tours subsistent. D’une part, le parti de la guerre, composé de l’armée, du renseignement, de la police et autres structures de force. Eux prônent la guerre à outrance avec l’Occident, la conquête totale de l’Ukraine, la mobilisation complète de la société. D’autre part, une « tour technocratique », que je ne qualifierais pas de modérée, mais qui tient à préserver la société et l’économie du poids de la guerre. Dans les discours, on a souvent l’impression que c’est le parti de la guerre qui l’emporte. Mais en pratique, on voit que l’administration présidentielle ne cède pas aux demandes de nouvelle mobilisation. Il y a donc encore différents espaces politiques dans le système. Et ce clivage est dynamique. Ces deux dernières années, on a vu le parti de la guerre gagner en influence, en particulier quand la situation militaire était difficile. Mais on a aussi observé des moments d’accalmie, où le régime se recentrait sur l’économie et les problèmes du quotidien. Il n’est pas exclu qu’à l’avenir, ce segment de l’État reprenne le dessus.   Comment a évolué le rôle de Poutine à la tête de ce système ?   Je pense que Poutine a moins à jouer ce rôle d’arbitre, il règne de manière encore plus absolue. D’abord car les tensions au sein de l’élite ont diminué. Ensuite, parce que les élites économiques sont devenues plus dépendantes de lui qu’avant, du fait de la rupture des liens avec l’Occident. En ce sens, les sanctions ont aidé le régime. Enfin, la mutinerie d’Evgueni Prigojine a restreint le système d’externalisation à des groupes comme Wagner. Poutine sait qu’il doit tolérer en partie une forme de discours anti-élite, mais son message a été entendu : quand on passe la ligne rouge, la répression s’abat.   Comment la guerre a-t-elle redistribué les ressources économiques en Russie ?   La guerre fait pleuvoir les commandes sur l’ensemble du complexe militaro-industriel russe. Cette manne change les équilibres entre les pouvoirs, mais aussi entre les régions. Des régions industrielles déprimées bénéficient soudainement de commandes publiques et d’embauches.Il y a un réordonnancement global de l’économie russe. Les gagnants sont ceux qui ont des liens avec la rente politique et économique du régime, ceux qui font partie de la chaine militaire, ceux qui savent faire du business avec l’Asie, et contourner les sanctions. Les perdants sont ceux qui étaient liés à l’Occident et au secteur des hautes technologies.   Vous qualifiez la participation à la guerre de « nouvelle carte du parti ». C’est-à-dire ?   Participer à la guerre est un gage de patriotisme et de loyauté au régime, plus important que la compétence. Cela ouvre des portes pour des postes dans l’administration, dans l’éducation nationale, et en politique. Au moins 600 000 personnes ont déjà participé à la guerre, souvent des hommes entre 30 et 50 ans avec peu de perspectives. Ceux qui en reviennent se retrouvent avec le titre de vétéran, extrêmement prestigieux en Russie. Il y a donc un ascenseur social qui se met en place avec la guerre. Au point que, parmi les engagés volontaires de 2023, on trouve des membres de la classe moyenne qui y voient une occasion de gravir les échelons de la société.   Cela signifie-t-il que le régime devient dépendant de la poursuite de la guerre ?   Oui. Tout un pan de la population a désormais intérêt à la poursuite de la guerre. Par ailleurs, la paix comporte un risque pour le régime, qui ne pourra plus se légitimer en prétendant agir contre une menace mortelle. Cependant, je pense que le régime pourrait s’en sortir avec une pirouette discursive : dissocier « opération militaire spéciale » et « guerre avec l’Occident ». Il est tout à fait possible que Poutine gèle la guerre sur le front, mais continue d’affirmer que la Russie est en confrontation existentielle avec les pays occidentaux, dans une logique de guerre froide qui maintiendrait d’importantes commandes à l’industrie de défense. Il ne faut donc pas sous-estimer la capacité d’adaptation du régime. Malgré la guerre, il est à chaque fois parvenu à renvoyer des signaux pour dire aux Russes que la situation allait se normaliser. Et ça marche plutôt bien. La preuve : de nombreux exilés sont revenus en Russie. Les milliers de Russes qui ont rendu hommage à Alexeï Navalny sont une minorité. </text>
	

	<text titre="Tatiana Kastouéva-Jean Poutine cherche à convaincre de sa maîtrise totale du système" date="2024 03 16T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2024" mois="3" jour="16" journal_clean="Le Monde" keywords="lieu, président, système, poutine, convaincre, mars, russie, cherche, électorale, vladimir, maîtrise, candidat" langue="fr"> Une « opération électorale spéciale » a lieu en Russie du 15 au 17 mars. Le président sortant, Vladimir Poutine, est en effet le candidat principal à sa propre succession. Dans un système sans alternative politique, il obtiendra certainement un score triomphal, qui dépassera son résultat de 2018 (77 % des suffrages). Grâce à la réforme constitutionnelle conduite en 2020, il lui sera possible de briguer deux autres mandats présidentiels, jusqu’à 2036.   Deux ans après le début de l’invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine se montre très confiant : l’armée russe peut se targuer de la prise de la bourgade ukrainienne d’Avdiïvka, l’économie affiche une croissance de 3,6 % en dépit des sanctions occidentales, aucun des membres de l’élite n’a déserté, l’opposition est décapitée et la société reste insensible aux pertes humaines élevées au front.
Le scénario de ces « élections » est pourtant le plus verrouillé de toutes les procédures électorales que la Russie a connues depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir. Les techniques de manipulation sont rodées et de nouvelles viennent enrichir cet arsenal, comme le vote électronique dans environ un tiers des régions russes. Comme à son habitude, le président sortant ne daigne pas participer aux débats avec les trois autres candidats fantoches. Peu connus du public russe, ces derniers sont issus des partis parlementaires alignés sur la politique du Kremlin. Signe de loyauté, ils n’iront pas faire campagne dans les « nouveaux territoires », ces régions ukrainiennes annexées, où les images mettent en scène des personnes âgées à côté d’hommes armés et cagoulés qui accompagnent les urnes mobiles pour le vote anticipé. L’Union européenne a déjà fait savoir que le vote dans ces territoires, dont l’intégralité n’est même pas contrôlée par Moscou, ne sera pas reconnu.  Failles et déboiresLa mascarade électorale peine à intéresser les Russes à cause de l’absence de toute intrigue. Le rapport récent de l’association de surveillance électorale Golos, officiellement dissoute, décrit une campagne particulièrement terne. Néanmoins, le Kremlin y tient. A la différence de l’Ukraine, où – conséquence de la loi martiale – l’élection présidentielle a été reportée sine die, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait fait savoir plusieurs mois avant la tenue des élections qu’elles auraient bien lieu à la date prévue et dans le respect de toutes les procédures formelles prévues par la loi russe.   Il ne faut pas s’en étonner. Un régime politique autoritaire « personnaliste » a besoin d’une reconfirmation régulière de la légitimité et de la popularité de son leader. Poutine tout-puissant cherche l’acclamation de la population et de ses élites. D’autant que son système a affiché diverses failles depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, tant par la piètre qualité de l’information fournie par les différents services spéciaux au président, convaincus de la possibilité de prendre Kiyv [le nom ukrainien de Kiev] en trois jours, que par les déboires de l’armée russe.   Plus récemment, l’intérêt pour les candidats antiguerre Iekaterina Dountzova et Boris Nadezhdine, écartés de la course présidentielle, ou le nombre de personnes venues déposer des fleurs sur la tombe de l’opposant Alexeï Navalny ont laissé entrevoir toute une partie de la société russe, réduite au silence depuis deux ans. Pensons aussi aux protestations de ces femmes de mobilisés qui réclament le retour de leurs maris et de leurs fils du front, que le Kremlin tente d’intimider ou de coopter. Enfin, l’été dernier, la mutinerie d’Evgueni Prigojine [mort en août 2023] a mis en doute la loyauté des élites et de l’armée.   Or la machine électorale implique des dizaines de milliers de personnes pour l’obtention du résultat final : membres de l’administration présidentielle, gouverneurs, employeurs des établissements publics, jusqu’aux simples membres des commissions dans les bureaux de vote. Un scrutin qui se déroule sans accrocs à tous les niveaux ferme la porte aux spéculations sur la réalité du contrôle exercé par Poutine et sur la loyauté de la population ; il a pour vocation de convaincre et de s’autoconvaincre de la maîtrise de tous les rouages du système. Tel est le premier enjeu de ce plébiscite.  « Midi contre Poutine »Les observateurs peuvent bien spéculer sur le taux de participation et sur le candidat qui arrivera deuxième, derrière Poutine ; cela n’a pas d’importance. Il ne s’agit en réalité que d’une question de dextérité technique. Impossible à contrôler, le vote électronique – fortement encouragé par les autorités – servira de variable d’ajustement. Seule l’action « Midi contre Poutine » (qui consiste à venir voter en personne le dimanche 17 mars à midi pour tout candidat autre que Poutine), lancée par l’opposition en exil, pourrait gâcher quelque peu la fête ; mais il y a fort à parier que les débordements seront prévenus soit par la répression, soit par un encadrement strict mais sans violence, comme pendant l’enterrement de Navalny.   Le deuxième véritable enjeu réside dans la validation des choix stratégiques faits par le président russe et l’obtention d’une carte blanche pour la suite. Après le grand concert du lendemain des élections, qui coïncidera avec la célébration du dixième anniversaire de l’annexion de la Crimée, Vladimir Poutine aura les mains encore plus libres qu’auparavant. La plus grande incertitude pour les mois à venir concerne la probabilité d’une nouvelle vague de mobilisation partielle, que les autorités tentent d’éviter, tant celle de septembre 2022 s’est révélée impopulaire et source de déstabilisation. Elle est cependant indéniablement nécessaire, car l’étendue du front et le niveau élevé des pertes humaines ne permettent pas de percée militaire à l’heure actuelle ; or la victoire sur l’Ukraine – et par ricochet sur l’Occident – reste l’objectif central de Poutine, comme l’attestent récemment plusieurs discours et interviews.   Sur le plan politique, on peut facilement anticiper que la promotion agressive de l’agenda conservateur et la persécution des voix dissonantes à l’intérieur du pays (et probablement des opposants à l’étranger) resteront à l’ordre du jour. Le système Poutine va continuer à colmater les dernières brèches libérales du pays et, ce faisant, à se scléroser lui-même, dissimulant ses fragilités sous du béton. </text>
	

	<text titre="Les autres fronts de Vladimir Poutine" date="2024 03 18T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24748" auteur="barotte, nicolas" annee="2024" mois="3" jour="18" journal_clean="Le Figaro" keywords="poutine, moldavie, frontière, français, vladimir, otan, ukraine" langue="fr"> Moldavie, « la prochaine sur la liste »   Coincée à la frontière de l'Otan entre la Roumanie et l'Ukraine en guerre, la Moldavie serait « la prochaine sur la liste » , dit un diplomate français. Vu de Moscou, l'ancienne République soviétique appartient à la zone d'influence naturelle de la Russie. Elle est aussi le théâtre du plus ancien conflit gelé du continent depuis la sécession de la Transnistrie en 1992. Environ 1 500 soldats russes sont stationnés dans la région frontalière et font peser un risque militaire, notamment en raison d'importants dépôts de munitions. Début mars, le président français Emmanuel Macron a rappelé la position européenne, qui demande le retrait « des forces illégalement stationnées sur le territoire moldave ». Pour l'instant, un équilibre fragile semble toutefois tenir entre Tiraspol et Chisinau. Mais depuis que la présidente de Moldavie, Maia Sandu, a engagé le processus pour faire adhérer son pays à l'Union européenne, les attaques hybrides ont redoublé contre Chisinau. La Moldavie est la cible d'une « ingérence » russe qui « augmente à mesure que » le pays progresse « vers l'intégration dans l'Europe » , a-t-elle déclaré début mars. Profitant de la corruption, du poids d'oligarques liés à la Russie et de la présence de minorités russophones, Moscou cherche à maintenir la Moldavie dans l'instabilité, à défaut de contrôler le pays. Début mars, Vladimir Poutine a ainsi reçu à Sotchi Yevgenia Gutsul, la gouverneur de Gagaouzie, une province russophone du pays qui bénéficie d'un statut spécial. L'élection présidentielle de 2024 laisse craindre aux Occidentaux des tentatives d'ingérence pour installer à Chisinau un régime favorable au Kremlin.
Les pays Baltes, pression à la frontière de l'Otan   En février, la police russe a émis un mandat d'arrêt contre la première ministre estonienne Kaja Kallas. La dirigeante est accusée par Moscou d'avoir porté atteinte à des monuments rendant hommage aux soldats soviétiques... La manoeuvre fait partie de la pression exercée par la Russie contre les pays Baltes, anciennes républiques de l'URSS. L'Estonie, la Lettonie et la Lituanie comptent des minorités russophones que le Kremlin a déclaré être prêt à défendre. En janvier, l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), qui suit le conflit ukrainien quotidiennement, assurait que la Russie rodait son discours pour justifier une possible escalade dans les pays Baltes. L'enjeu est aussi territorial avec l'enclave de Kaliningrad, dont la Lituanie est frontalière. Dans son dernier rapport, le renseignement estonien s'est inquiété du renforcement de la posture militaire de la Russie près de sa frontière. « Le risque d'une attaque militaire directe contre l'Estonie demeure faible cette année mais la situation sécurité en Europe et le long de la frontière estonienne dépend de la capacité de l'Ukraine à repousser l'agression russe » sur son territoire, assure le VLA.   Arménie, l'alliée « trahie »   Dans le conflit qui opposait l'Arménie à l'Azerbaïdjan, à propos de l'enclave du Haut-Karabakh, Moscou jouait le rôle de protecteur d'Erevan et de garante du statu quo. Quelque 3 000 soldats russes stationnent en Arménie pour des missions de « maintien de la paix » dans cette région frontalière du Caucase. Mais cette alliance a fait long feu, après la victoire militaire de l'Azerbaïdjan en 2020 que la Russie n'a pas empêché. Après avoir dénoncé une trahison, le premier ministre Nikol Panichian a engagé l'automne dernier un processus de rapprochement avec l'Europe. Le ministre des Armées français Sébastien Lecornu s'est rendu en février en Arménie pour concrétiser un partenariat de défense. Cette semaine, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a prévenu que si l'Arménie claquait la porte de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), cela causerait un « dégât irréparable » aux liens entre les deux pays.   Géorgie, le mythe du « deuxième front »   Depuis août 2008, les troupes russes occupent les régions d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud en Géorgie, à la frontière russe. 4 000 soldats s'y trouvent toujours. Avec cette invasion censée protéger les minorités russophones, Moscou entendait dissuader les velléités de Tbilissi de se rapprocher de l'Occident. La population géorgienne y est aujourd'hui toujours largement favorable. Mais le gouvernement prorusse installé récemment à Tbilissi y est réfractaire et tente de retarder le processus. Le Conseil européen a toutefois accordé à la Géorgie en décembre le statut de candidat à l'adhésion à l'Union européenne. La Géorgie reste pour la Russie « un autre terrain dans sa confrontation avec l'Occident » , écrit le journaliste Régis Genté dans une note pour l'Ifri. « Depuis le printemps 2022, le (parti) Rêve géorgien, créé à la fin de l'année 2011 par Bidzina Ivanichvili, affirme continuellement que les pays occidentaux veulent ouvrir un « second front » militaire en Géorgie, après celui de l'Ukraine » , ajoute-t-il. Bidzina Ivanichvili, l'homme le plus riche de Géorgie, est soupçonné d'entretenir des liens étroits avec le Kremlin.   Afrique, le terrain de jeu des mercenaires russes   Depuis plusieurs années, Moscou étend son influence en Afrique, profitant du rejet de l'Occident, et principalement de la France, dans les anciens pays colonisés. Pour prendre pied sur le continent, Moscou s'est dissimulé derrière la société militaire privée Wagner, dirigée par Evgeni Prigojine, jusqu'à sa mort en 2023. Les mercenaires ont mené une stratégie d'infiltration et de guerre hybride en Libye, en profitant de la guerre civile, mais aussi, au Mozambique, en Centrafrique, au Mali... Dans ce pays, environ 1 500 mercenaires soutiennent la junte de Bamako. Au Sahel, il s'agissait de contester l'influence de la France, fragilisée par l'enlisement de l'opération Barkhane et lestée par le passé colonial. En 2022, les mercenaires avaient par exemple tenté de faire accuser les militaires français d'exactions à Gossi en mettant en scène un faux charnier. En échange d'accès aux ressources des pays, Wagner offre sa protection aux juntes militaires qui prennent le pouvoir dans les capitales. Wagner « est dans une logique de prédation » , soulignait il y a plusieurs semaines une source militaire française. Après la mort de Prigojine, la structure s'est rebaptisée Africa Corps. Les Russes « sont devenus plus visibles » , observait il y a quelques jours une source bien informée. L'automne dernier, des combats ont opposé des forces spéciales ukrainiennes à des mercenaires de Wagner au Soudan.   Syrie, la porte d'entrée au Proche-Orient   La guerre civile en Syrie avait permis à Moscou, en apportant son soutien au régime de Bachar el-Assad, de prendre position au Moyen-Orient. Outre contester l'influence occidentale, il s'agissait aussi pour la Russie de s'assurer le contrôle du port de Tartous : pour la marine russe, obsédée par l'accès aux « mers chaudes » l'emprise est stratégique. Grâce au port de Tartous, la Russie peut assurer des missions de soutien logistique. Environ 4 000 soldats russes seraient toujours présents en Syrie dont une vingtaine d'avions. Les accrochages entre les appareils russes et américains sont fréquents. Le maintien d'une présence militaire en Syrie pose « des maux de tête » à Moscou, assure l'institut Carnegie dans une note parue en octobre : alors que le conflit en Ukraine s'est enlisé, Moscou s'est installé dans une position de dépendance vis-à-vis de l'Iran, qui lui fournit des drones. L'influence américaine n'a pas réduit par ailleurs. « La position de la Russie en Syrie est encore loin d'être critique, mais certains défis sont inévitables. La Syrie a non seulement échoué à devenir une base sûre pour les troupes russes, mais elle génère de plus en plus ses propres crises, même si elles restent localisées » , note l'institut   Arctique, la nouvelle frontière   Le réchauffement climatique va permettre l'ouverture de nouvelles voies maritimes dans l'océan Arctique. Pour la Russie et ses ports situés au-delà du cercle polaire, notamment dans la région de Mourmansk, où se trouvent les bases des sous-marins nucléaires, l'enjeu est stratégique. Dès lors, la rivalité est devenue croissante dans le Grand Nord entre l'Otan et Moscou. En 2021, la flotte du nord russe est devenue un district militaire à part entière . « Ces dernières années, la Russie a nettement intensifié ses activités militaires dans la région, établissant un nouveau commandement pour l'Arctique, rouvrant des centaines d'anciennes bases militaires datant de l'ère soviétique ou en construisant de nouvelles, notamment des aérodromes et des ports en eaux profondes, et se servant de la région pour tester ses systèmes d'armes innovants » , a dénoncé le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg en août 2022. L'Alliance, qui surveille aussi l'activité chinoise dans l'océan Arctique, s'inquiète de voir le Grand Nord devenir dans les prochaines années un nouveau théâtre de conflictualité. </text>
	

	<text titre="Vinogradov : « Le système se prépare à une guerre longue »" date="2024 03 18T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24748" auteur="barluet, alain" annee="2024" mois="3" jour="18" journal_clean="Le Figaro" keywords="système, élection, guerre, mikhaïl, présidentielle, vinogradov, résultats" langue="fr"> Le politologue Mikhaïl Vinogradov, président du centre d'études politiques de Saint-Pétersbourg analyse pour Le Figarole déroulement et les résultats de l'élection présidentielle.  LE FIGARO. - Poutine réélu, y a-t-il des changements à attendre ?Mikhaïl Vinogradov - En Russie, de nombreux postes n'ont pas changé de titulaires depuis longtemps : le chef de l'administration présidentielle depuis 2016, les ministres de la Défense et de l'Intérieur depuis 2012, le directeur du FSB depuis 2008, et le ministre des Affaires étrangères depuis 2004. Il y a une certaine stagnation. Mais les autorités partent du principe qu'en période d'événements extrêmes, toute réorganisation inciterait à se pencher sur les problèmes internes, réduisant ainsi l'attention portée aux actions militaires. Même la « rébellion » de Evgueni Prigojine l'année dernière (l'ancien chef des mercenaires de Wagner, tué dans l'accident suspect de son avion en août 2023, NDLR) , n'a pas entraîné de changement au niveau du ministre de la Défense ou des « structures de force ». Ces dernières années, l'idéologie officielle a promu la thèse selon laquelle les principaux problèmes ne sont pas internes, mais plutôt externes - dus aux actions de pays inamicaux. Des changements dans l'équipe dirigeante, y compris du premier ministre, peuvent éventuellement intervenir. Mais on s'attend plutôt à des remaniements mineurs. Il n'y a pas de signes d'une correction sérieuse de la trajectoire politique.
À quoi va ressembler le cinquième mandat de Poutine ?Malgré la rhétorique présidentielle, il est difficile de parler d'une nouvelle énergie ou d'une atmosphère de changement. Cela s'applique également à la situation militaire. Durant la campagne électorale, il y a bien eu une tentative d'offensive russe, mais on ne s'attendait pas à ce qu'elle donne des résultats ambitieux à court terme. Il n'y a pas non plus eu de signes dans le sens du compromis. Une partie des responsables russes anticipent l'inévitabilité d'une guerre prolongée. Comme les intentions et les objectifs n'ont pas été clairement énoncés par le pouvoir, celui-ci conserve la possibilité d'interpréter n'importe quel résultat obtenu comme un succès suffisant pour envisager la paix. Rien n'indique toutefois que les autorités soient prêtes à cela dans un avenir proche. Le système s'adaptera à tous les scénarios, à une guerre longue, comme à une paix rapide.  Comment s'est déroulée la campagne ?Les élections en Russie sont en grande partie une procédure technique et formelle qui se déroule dans une arène politique très réglementée. La campagne électorale actuelle n'a pas suscité d'intérêt particulier de la part du public. Selon certains sondages, seulement 1 % des personnes interrogées ont qualifié les élections d'événement de la semaine. Pour les autorités, les élections sont un moyen de confirmer leur vision du monde, car elles sont convaincues que leur politique est largement soutenue et que l'élection suscite beaucoup d'intérêt.  L'élection a-t-elle été « contrôlée » ?Le vote électronique permet une « mobilisation administrative » qui donne aux autorités (administrations et entreprises), la possibilité d'amener les gens aux urnes et de prévenir les tentatives de « trahison ». Bien sûr, on peut voter pour n'importe lequel des candidats. Mais nombre d'électeurs sont convaincus que les autorités peuvent surveiller leur vote. C'était particulièrement le cas pour ceux dont les revenus dépendent de l'État (retraités, fonctionnaires, etc.). Ils pensent que leur employeur attend d'eux qu'ils se rendent aux urnes et votent pour Poutine - même si cela n'est pas dit directement.  Quel rôle a joué la guerre dans le vote ?C'est tout d'abord un argument pour les autorités afin de légitimer les résultats en affirmant qu'il n'y a pas d'autre issue, parce qu'il y a une guerre et que tout le monde est uni. En réalité, il n'y a peut-être que 10 % à 20 % des électeurs pour lesquels ce thème est un argument de vote.  Une nouvelle vague de mobilisation va-t-elle être annoncée ?Le succès relatif du recrutement de combattants contractuels a repoussé cette question. L'idée même d'une nouvelle vague de mobilisation est impopulaire dans la société. Il n'y a pas de signes d'une annonce proche de mobilisation. </text>
	

	<text titre="Enquête sur des compagnies militaires privées" date="2024 03 20T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="catherine pacary" annee="2024" mois="3" jour="20" journal_clean="Le Monde" keywords="wagner, mercenaires" langue="fr"> Documentaire - Leur fonds de commerce est le chaos : les mercenaires. Certains sont sans foi ni loi, comme les Wagner. D’autres, sociétés militaires privées, ont des règles à respecter (comme ne pas se trouver en situation de combat). Les équipes de Martin Weill, reporter pour « Quotidien » (TMC), se sont rendues sur un de leurs sites d’intervention, près de Goma dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), pour enquêter.   Un conflit ethnique y oppose l’armée congolaise et les rebelles, soutenus par le Rwanda voisin, depuis trois décennies, explique la voix off. Pendant quinze jours, ces équipes ont suivi et filmé deux vétérans français et deux Roumains en contrat avec l’armée congolaise. Ils en rapportent un reportage exceptionnel, d’abord sur les motivations de ces hommes prêts à risquer leur vie – deux Roumains mourront pendant le tournage.
Ensuite sur les opérations menées, notamment le survol par un drone d’un camp rebelle, et l’entretien avec le colonel roumain Horatiu Potra. « Les gouvernements devraient être bien contents qu’une société européenne soit là, qui ne soit pas Wagner », dit-il.   Le reportage au Nord-Kivu sert de fil rouge au documentaire, qui revient sur l’histoire des mercenaires depuis leur apparition, il y a près de quatre mille ans, en passant par la « légende » Bob Denard, à l’origine de la loi antimercenariat de 2003. A l’aide d’images d’archives et de témoignages d’experts, la tuerie du 6 septembre 2007 à Bagdad est également décryptée, au cours de laquelle les Blackwater d’Erik Prince tuent dix-sept civils.   Sans règles, lui, à respecter, le Groupe Wagner peut se déployer, en Afrique centrale, au Sahel et, depuis 2018, en Centrafrique, en séduisant les populations locales et en massacrant. « Il y a des actes de torture, des corps calcinés dans des fourmilières », relate Daphné Benoit, correspondante défense de l’AFP. Puis le film détaille le parcours du patron de Wagner, Evgueni Prigojine.   Sa mort marque le début d’une guerre d’influence, fondée sur le mensonge. « Wagner a un ennemi très clair, c’est l’Occident », affirme Ksenia Bolchakova, journaliste franco-russe et Prix Albert-Londres 2022. Des vidéos de Wagner inondent les réseaux sociaux de contenus antifrançais : dans un dessin animé, des têtes de mort articulent « Nous sommes les démons de Macron » avec une voix de Dark Vador ; un Français est représenté en rat, avant de finir au barbecue. Résultat : des drapeaux français brûlés.  Un modèle « obsolète »Un nouveau palier est franchi à Gossi, au Mali, en avril 2022, avec la découverte d’un prétendu charnier après le repli de l’armée française. « Le massacre est attribué par Wagner aux forces françaises », explique Ksenia Bolchakova. Jusqu’à ce que l’armée française publie une vidéo montrant des Russes enterrer des cadavres.   Après la Centrafrique, ce sont le Burkina Faso, le Mali et le Niger qui passent dans la sphère russe, rappelle Martin Weill. « Notre modèle français est devenu obsolète » , estime Peer de Jong, ancien colonel et auteur. N’y voyons là… « Rien de personnel, on fait ça pour l’argent », peut-on lire sur l’écusson des Wagner. Dans le contexte géopolitique et électoral actuel, ce film apporte des clés de compréhension indispensables. </text>
	

	<text titre="Les marchés financiers russes résistent au terrorisme islamiste" date="2024 03 26T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24178" auteur="nessim ait-kacimi" annee="2024" mois="3" jour="26" journal_clean="Les Echos" keywords="moscou, russe, attentats, terroristes, financiers, marchés" langue="fr"> Comme lors des attentats terroristes dans le métro de Moscou en mars 2010, les marchés financiers russes ont fait preuve de résilience après les attaques contre la population russe vendredi. Revendiquées par l'Etat Islamique (EI), elles ont fait 137 victimes dont 3 enfants, lors de l'attaque du Crocus City Hall dans la capitale. La Bourse de Moscou a clôturé lundi sur une baisse d'à peine 0,1 %. Cette année, elle progresse de 5 % et s'inscrit 5 % au-dessus de son niveau d'avant la guerre en Ukraine.
Sur les changes, le somoni, la monnaie du Tadjikistan, dont 4 assaillants présumés arrêtés sont originaires, a peu réagi. Cette devise de l'ancienne république soviétique suit encore de près l'évolution de la monnaie russe. La baisse du rouble a été limitée à 0,5 % contre le dollar (92,7 roubles) ou l'euro (100,4 roubles). Ce repli est trois fois moindre que celui enregistré lors de la marche sur Moscou en juin dernier par Evgueni Prigojine, le chef de Wagner, mort le 23 août dans un crash d'avion.   Le renminbi chinois, monnaie du principal partenaire commercial de la Russie, a gagné jusqu'à 2,2 % lundi par rapport à son homologue russe avant de ramener son gain à 0,7 %. Les volumes sur le rouble étant inexistants en dehors de Russie, la banque centrale peut davantage contrôler les mouvements de sa monnaie sur son marché local dominé par les banques comme Gazprom Bank. Malgré le gel d'une partie de ses avoirs, la Banque de Russie a toujours les moyens de contenir une éventuelle baisse plus prononcée du rouble.   Elvira Nabioullina, la présidente de la Banque de Russie, ne s'est pour l'instant pas prononcée sur les attentats. Son institution ne s'est pas encore jointe cette année au mouvement global de baisse des taux d'intérêt dans le monde. Ils restent fixés à 16 % depuis décembre du fait d'une inflation encore trop élevée (7,7 %) par rapport à sa cible de 4 %. La hausse des prix avait ralenti en décembre et janvier mais elle est repartie à la hausse en février, alors que l'activité accélère. Les marchés anticipent un statu quo pendant plusieurs mois. La banque centrale n'a pas fait de commentaire sur l'éventuel effet des attentats terroristes sur l'économie russe (consommation, épargne) et sa politique monétaire. ﻿  Axe Pékin-Moscou contre le dollarCette année, le dollar progresse de 3,7 % à 93 roubles alors que l'euro est stable autour de 100 roubles. Le yuan qui est devenu la principale monnaie étrangère du marché des changes en Russie, a progressé de 2 % par rapport au rouble en 2024. Depuis la guerre en Ukraine, les échanges commerciaux entre la Russie et la Chine ont bondi. En 2023, ils ont atteint un record de 240 milliards de dollars, en hausse de 26 % par rapport à 2022. Dans le cadre des sanctions et des appels à la dédollarisation pour les contourner, les deux pays veulent renforcer l'utilisation de leurs deux monnaies pour leur commerce et flux financiers. La Chine peut payer son pétrole en roubles et la Russie ses voitures, son électronique ou les autres biens achetés à son partenaire chinois, en renminbis. La monnaie chinoise est 18 % au-dessus de sa moyenne de ces cinq dernières années par rapport au rouble, ce qui alourdit la facture des importations chinoises en Russie.   Nessim Aït-Kacimi </text>
	

	<text titre="Escroquerie Un marchand d'armes chinois débusqué par une fraude aux SMS" date="2024 03 27T00:00:00" journal="Libération" auteur="par emmanuel fansten" annee="2024" mois="3" jour="27" journal_clean="Libération" keywords="gigantesque, yin, gamme, espionnage, matériel, examen, armes, chinois, français, mis, sms, vendu" langue="fr"> Interpellé à Genève, extradé et mis en examen à Paris, Yin N. est accusé d'avoir vendu du matériel d'espionnage haut de gamme à des aigrefins français impliqués dans une gigantesque fraude téléphonique. Révélations sur une affaire qui inquiète les autorités.   Officiellement, il s'appelle Kevin Yin et travaille comme vendeur pour un obscur fabricant chinois de luminaires.
Une couverture commerciale banale qui s'accommode mal de son extrême discrétion, ses profils numériques multiples et ses incessants déplacements internationaux, que ce soit aux Etats-Unis, en Espagne, au Mexique, au Pérou, au Japon ou encore au Tchad. En réalité, ce Chinois   E de 45 ans, dont la véritable identité est Yin N., commercialise du matériel de surveillance et d'espionnage haut de gamme.   Son nom d'emprunt est apparu incidemment en France en marge d'une gigantesque affaire d'arnaques aux faux SMS. Entre fin 2022 et début 2023, plusieurs centaines de milliers de personnes ont vu leur numéro de téléphone piraté, avant de recevoir des messages frauduleux attribués à l'Assurance maladie ou d'être contactés par de faux conseillers bancaires. Si de telles escroqueries sont devenues monnaie courante ces dernières années, celle-ci s'appuie sur un mode opératoire encore inédit. Toutes les coordonnées des victimes ont en effet été aspirées grâce à un Imsi-catcher, un outil espion très prisé des services de renseignement, qui permet de collecter tous les numéros de téléphone portable dans un rayon d'environ 200 mètres (l'Imsi est un numéro identifiant unique contenu dans la carte SIM).   NQUÊTE   Pour piéger leurs cibles, les escrocs avaient installé un de ces appareils dans le coffre d'une voiture et se contentaient de rouler à faible allure dans des quartiers parisiens fréquentés afin d'aspirer le plus grand nombre de numéros possible. Les deux principaux suspects, Abdoulaye K. et Mohamed M., avaient fondé un an plus tôt la société Scion Data Agency, basée à Neuilly (Hauts-de-Seine), qui se présentait sur son site comme un acteur du «marketing digital» grâce à «l'envoi de SMS de masse» et revendiquait une base de données de 20 millions d'utilisateurs. En garde à vue, ils ont expliqué qu'ils n'avaient jamais acheté d'Imsi-catcher, mais seulement un «cell broadcaster». «Techniquement, c'est totalement différent, s'est défendu l'un d'eux. L'Imsi-catcher sert à intercepter, alors que le cell broadcaster sert à envoyer de la donnée». La nuance n'a pas vraiment convaincu le juge d'instruction.   MISSILES ET DRONES D'ATTAQUES En épluchant les comptes de cette boîte, les enquêteurs du 1er District de police judiciaire (DPJ) ont rapidement isolé un virement suspect de 18430 euros vers le compte d'un certain Kevin Yin, identifié alors comme le point de contact de plusieurs sociétés technologiques chinoises à l'étranger. Sa véritable identité, Yin N., va être transmise aux autorités françaises par l'agent de liaison de la police de New York (NYPD) à Paris. Dans le mandat d'arrêt international émis dans la foulée contre lui, les magistrats français soulignent l'«extrême mobilité» du citoyen chinois. Ils pointent des «faits d'une particulière gravité concernant la vente d'armes ou de matériels très intrusifs à la vie privée» et insistent sur le «risque préoccupant de prolifération» de tels outils en France et en Europe. Un danger d'autant plus élevé, soulignent-ils, «compte tenu du conflit armé en Ukraine».   Longtemps insaisissable, le mystérieux vendeur natif de la métropole de Ji'an, dans le sud-est de la Chine, a finalement été interpellé en mai 2023 à Genève alors qu'il s'apprêtait à prendre un vol pour Toronto, au Canada. Détail troublant, les autorités suisses s'interrogent à l'époque sur ses liens éventuels avec l'entreprise Wagner, un des bras armés de la Russie jusqu'à la disparition de son fondateur, Evgueni Prigojine, en rébellion contre Vladimir Poutine. La milice privée est suspectée d'avoir utilisé des Imsi-catchers en Centrafrique.   Extradé en France, Yin N. a depuis été incarcéré à la prison de Fresnes et mis en examen pour - entre autres- «escroquerie en bande organisée», «accès frauduleux dans un traitement automatisé de données», «perturbation d'émission hertzienne» et «utilisation non autorisée de fréquence». Dans ses bagages, les policiers ont mis la main sur quatre clefs USB, trois téléphones portables, deux passeports chinois, neuf cartes bancaires et un permis de conduire péruvien. Mais aussi une carte de visite au nom d'Armortech, une société spécialisée dans la vente d'armes de guerre, parmi lesquelles des drones d'attaque, des systèmes de missiles sol-sol et autres systèmes d'armement high-tech.   Face au juge d'instruction, Yin N. a commencé par se présenter comme un simple vendeur de «luminaires LED», avant de reconnaître travailler depuis deux ans pour Think- well, une entreprise basée à Shenzhen qui fournit des «systèmes de contrôle et de surveillance pour la police chinoise». Parmi ses autres commanditaires, il évoque pêle- mêle des établissements pénitentiaires, des sapeurs pompiers, mais aussi des entreprises privées. «Dès que ces clients ont des besoins, nous sommes susceptibles de leur vendre du matériel, précise Yin N. Il y a aussi bien des particuliers que des organismes étatiques, mais les particuliers représentent une proportion moindre.» Interrogé sur l'utilisation systématique, et par nature suspecte, d'un pseudonyme lors de ses échanges commerciaux, le vendeur chinois botte prudemment en touche. «Kevin Yin n'est pas forcément moi, justifie-t-il. C'est un compte qui peut être utilisé aussi bien par moi que par le patron et par toutes les personnes travaillant dans la société, c'est un compte générique.» Même chose pour les multiples messages WhatsApp attribués à son numéro. «C'est un point de contact utilisé par de nombreux commerciaux, il n'y a pas que moi.»   «PAS ENCORE TRÈS AU COURANT» Si sa société est autorisée à commercialiser ce type de technologies ultrasensibles, selon lui, c'est parce qu'elle posséderait des «connexions au sein des responsables politiques» chinois. «Ce sont des relations qui permettent la vente de ces systèmes», insiste-t-il. Depuis un an, Thinkwell se serait d'ailleurs lancée dans l'exportation de ces produits, en particulier en Amérique latine, au Nigeria et en France, où le salarié revendique deux clients. «Nous ne sommes pas encore très au courant des réglementations des pays auxquels nous pourrions exporter, concède-t-il. Pour l'utilisation de notre matériel, nos clients doivent se conformer aux lois des autorités locales. Il faut qu'il y ait une autorisation officielle du pays. On demande que l'autorisation soit légalisée par le consulat de Chine à l'étranger. En cas d'utilisation illégale, nous déclinons toute conséquence.» Yin N. se montre en revanche beaucoup plus flou sur la nature exacte des produits vendus. Il évoque simplement des systèmes qui permettent de «diffuser des informations dans des zones blanches où il n'y a pas de connexion» et de «publier des annonces en urgence», par exemple en cas de catastrophe naturelle. Une technologie qui serait également utilisée pour diffuser des messages publicitaires dans des «foires automobiles». Soit ce que permet un «cell broadcaster», le dispositif évoqué en garde à vue par l'un des dirigeants de Scion Data Agency. Rien d'illégal selon lui. Le ressortissant chinois assure même n'avoir jamais entendu parler des Imsi-catchers, malgré la promotion de ce produit sur le site de sa société, avec photos et vidéo de présentation. «Je ne connais pas la technique de cet appareil», bredouille celui qui se targue pourtant d'être «technicien en informatique».   UN ÉNIGMATIQUE «GRAND RESPONSABLE» Problème: les investigations ont démontré qu'il s'était bien rendu à Paris en janvier 2023. Officiellement dans le seul cadre d'un «voyage commercial» destiné à «voir le marché des luminaires». Sauf que son téléphone a borné à côté de celui d'un des deux Français mis en examen pour leurs fraudes aux faux SMS. Au cours des mois précédents, ces derniers lui avaient demandé par messagerie électronique de leur fournir un appareil permettant d'intercepter les communications électroniques.   Et plusieurs documents ont confirmé depuis que Yin N. leur avait bien vendu deux Imsi-catchers utilisés en région parisienne. Un autre de ces appareils a été saisi à bord d'une fausse ambulance qui sillonnait la capitale. Outre leur caractère illégal, ces outils sont hautement nocifs pour la santé de leurs utilisateurs, qui se retrouvent exposés à des valeurs d'ondes quarante fois supérieures à la limite autorisée, selon l'Agence nationale des fréquences (ANFR).   Face aux preuves accumulées, Yin N. a fini par admettre avoir vendu des «échantillons» aux dirigeants de Scion Data Agency. «Scion n'a pas dû avoir l'autorisation mais mon patron était d'accord pour envoyer le matériel», s'est-il défendu. Avant de citer à plusieurs reprises ce dirigeant énigmatique présenté comme le «grand responsable», un dénommé Fan Z., qui déciderait de tout et posséderait des relations haut placées au sein des institutions. Aucun lien formel n'a depuis été établi entre les deux hommes. Mais des relations plus étroites sont apparues entre le vendeur chinois et ses clients français. Sur la carte de visite de Yin N. apparaissent ainsi plusieurs adresses postales, dont une à Neuilly-sur-Seine, qui n'est autre que celle de Scion Data Agency. Contacté par Libération, son avocat n'a souhaité faire aucun commentaire. L'enquête judiciaire, elle, est encore loin d'être terminée. Selon nos informations, au moins cinq Imsi-catchers étaient utilisés par l'équipe française, dont trois sont toujours dans la nature. ? </text>
	

	<text titre="Dimitri Minic Les Russes semblent condamnés à subir la chasse aux menaces imaginaires du Kremlin" date="2024 03 28T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="Unknown" annee="2024" mois="3" jour="28" journal_clean="Le Monde" keywords="imaginaires, menaces, menace, chasse, kremlin, subir, russes, croyant, terrorisme, menaces_imaginaires" langue="fr"> Certains veulent nous arracher un morceau “plus gros”, d’autres les aident. Ils les aident, croyant que la Russie(…) constitue toujours une menace pour quelqu’un.(…) Le terrorisme n’est, bien entendu, qu’un moyen d’atteindre ces objectifs. » Ce sont par ces mots si révélateurs que Vladimir Poutine a commenté, le 4 septembre 2004, la prise d’otages dans une école de Beslan [ville russe du Caucase] par des terroristes et séparatistes tchétchènes, ayant fait environ un millier de victimes.   Si l’on devait retenir une erreur commise par l’Occident dans sa relation avec la Russie, c’est de ne pas avoir assez prêté attention ou pris au sérieux les discours du Kremlin et des élites politico-militaires russes. Le discours anti-occidental, paranoïaque et virulent de Poutine à Munich en 2007 n’était, de ce point de vue, pas une rupture. Les croyances et les idées n’ont jamais vraiment changé depuis 1991. L’analyse des discours et des archives aurait permis à l’ « Occident » d’éviter bien des surprises.
Ce qui est remarquable dans la politique russe postsoviétique, comme le démontrent les réactions du Kremlin, des élites politico-militaires et des médias russes à l’attentat du Crocus City Hall à Moscou, n’est pas l’imprévisibilité, mais la continuité, celles des élites dirigeantes et de leurs cadres cognitifs, en partie façonnés par l’époque soviétique. En accusant presque immédiatement l’Ukraine, et donc l’Occident, d’avoir commandité l’attentat, alors que l’organisation Etat islamique [au Khorassan, filiale afghane de l’EI] l’avait clairement revendiqué et que Washington, malgré l’hostilité ambiante, avait eu l’altruisme de prévenir Moscou de l’imminence de l’attaque.   Poutine ne fait pas de pari, il agit de façon prévisible et cohérente avec une ligne traditionnelle chez les élites politico-militaires, dont il est une émanation. Premièrement, ces élites ont des croyances et un mode de pensée profondément enracinés et historiques qui les incitent à penser que l’Occident, radicalement hostile et omnipotent, se trouve derrière tout événement déstabilisant. Tendance à nier le hasard et la contingence, raisonnements déterministes et impression que les phénomènes sont interconnectés et souvent dissimulés… Pour les élites politico-militaires russes, l’individu est forcément manipulé : ou bien il est l’objet des manigances des ennemis de la Russie, ou bien il est ramené dans le droit chemin par l’Etat, soi-disant pour son bien. En outre, les acteurs ont parfois recours à des théories du complot pour expliquer les contradictions et éviter de remettre en question leurs croyances centrales : ici, l’idée qu’un Occident hostile assiège et souhaite détruire la Russie.  Terrorisme « artificiel »Deuxièmement, cela fait bien longtemps que ces élites sont persuadées que le terrorisme en Russie est piloté par l’Occident, qu’il soit tchétchène ou étranger. Les récents propos de Poutine n’en sont qu’une illustration. Elles ont même fini par théoriser les actes terroristes comme une composante des guerres modernes, en croyant que Washington et ses « vassaux » avaient « stratégisé » le terrorisme, à travers des stratégies indirectes. L’Occident devrait d’ailleurs commencer à s’inquiéter de l’imitation potentielle par la Russie de ces prétendus procédés. Pour ces élites, le terrorisme « artificiel » ne concerne d’ailleurs pas que la Russie : l’Occident l’aurait diffusé et manipulé en Bosnie et au Kosovo dans les années 1990, ainsi que durant le « printemps arabe », singulièrement en Syrie, et ensuite avec l’EI.   Il y a bien sûr une utilisation opportuniste de ces croyances à des fins de politique intérieure et dans le cadre de la guerre en Ukraine : l’attribution du crime à l’Occident permet de ne pas disperser les forces et de ne pas brouiller la ligne idéologique – « the West versus the Rest » [l’Occident contre le reste du monde] –, de ne pas diviser la société russe – multiconfessionnelle et multiethnique –, de maintenir l’intégrité territoriale de la fédération, mais aussi d’éviter un procès en incompétence qui serait d’autant plus mérité que l’Occident avait prévenu la Russie. De ce point de vue, une des raisons qui expliquent l’incapacité de Moscou à empêcher cette menace réelle est précisément la concentration des services de renseignement sur des menaces imaginaires qui obsèdent les élites russes : l’Ukraine, l’Occident et les prétendus ennemis de l’intérieur. Nul doute que cet attentat permettra au Kremlin d’aggraver les termes de la lutte à mort que mène Moscou contre l’Ukraine et l’Occident, à l’intérieur comme à l’extérieur.  L’Occident et ses créaturesPour toutes ces raisons, la sincérité et l’« authenticité » de la motivation religieuse, l’indépendance et l’agentivité des terroristes islamistes ont tendance à être minimisées ou niées. Ainsi, si Poutine n’a pas contesté que les exécutants étaient des terroristes islamistes, il est avant tout obnubilé par de prétendus commanditaires cachés, et donc par les vrais auteurs de la tuerie. Pourtant, l’EI ne manque pas d’arguments propres pour viser Moscou : en plus d’être un pays chrétien et d’avoir une relation privilégiée avec [son ennemi] l’Iran, la Russie a combattu des moudjahidine en Afghanistan, en Tchétchénie, en Asie centrale, en Syrie ainsi qu’au Sahel.   L’instinct de tchékiste [de Tchéka, l’ancêtre du KGB], les croyances et le mode de pensée des élites politico-militaires russes, dont Poutine est une émanation, incitent ce dernier à estimer que le « scénario » est suspect : la Russie est un pays multiconfessionnel fondé sur l’harmonie des communautés ; Moscou a constamment cherché une solution « juste » au Proche-Orient ; en outre, l’attentat a été commis pendant le ramadan. Le raisonnement est simpliste : « A qui profite le crime ? » Qui a « intérêt » à déstabiliser la Russie ? Les dirigeants russes ont une réponse toute faite, « évidente », à ces questions. L’identité et les motivations des auteurs importent peu : en coulisse, l’Occident et ses créatures sont les « clients » qui tirent les ficelles. Tout cela rappelle la façon dont Vladimir Poutine qualifiait les rebelles tchétchènes : des terroristes sans « obédience idéologique ou religieuse » qui ont « souillé les principes basiques de l’islam » et, surtout, qui ont imposé « une oppression de l’extérieur » à la Tchétchénie, dont ils se servent pour « humilier » la Russie.   La population russe semble condamnée, pour un temps au moins, à subir la chasse aux menaces imaginaires du Kremlin ainsi qu’au spectacle d’un Etat soi-disant puissant sacrifiant la sécurité des Russes sur l’autel des lubies historiques de ceux qui le contrôlent. Le régime russe continue d’être, comme l’« opération militaire spéciale » et le coup de force d’Evgueni Prigojine [cofondateur du groupe Wagner, mort le 23 août 2023] l’avaient déjà illustré, le principal producteur d’instabilité pour sa propre survie. </text>
	

	<text titre="Le chaos des guerres superposées" date="2024 03 28T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="par gilles paris" annee="2024" mois="3" jour="28" journal_clean="Le Monde" keywords="poutine, guerres, vladimir, d’une, février" langue="fr"> Dans le discours prononcé le 29 février devant l’Assemblée fédérale de Russie, avant sa reconduction pour un cinquième mandat présidentiel lors d’une parodie d’élection, Vladimir Poutine s’en était pris une nouvelle fois au « soi-disant Occident » et aux Occidentaux. « Ils veulent reproduire en Russie ce qu’ils ont fait dans de nombreux autres pays, dont l’Ukraine », avait-il assuré : « Semer la discorde chez nous et nous affaiblir de l’intérieur. » Le terrorisme international n’avait été évoqué qu’une seule fois – et encore, au passé.   Moins d’un mois plus tard, le maître du Kremlin peut compter sur des médias aux ordres pour tenter de faire entrer l’attentat dévastateur perpétré le 22 mars dans une salle de concert de la banlieue de Moscou par l’organisation Etat islamique au Khorassan (EI-K) dans la seule case prévue pour les menaces : celle qui induit nécessairement une implication de l’Ukraine.
Ce bain de sang constitue pourtant un rappel dramatique de la résilience d’une idéologie qui a survécu à la destruction du « califat » installé au Moyen-Orient dans les espaces en déshérence d’Etats affaiblis par des guerres civiles nées de leur barbarie, en Syrie, ou des conséquences d’une invasion étrangère, en Irak. Le djihadisme est totalement indifférent au nouveau cours de l’histoire ouvert le 24 février 2022 avec l’invasion de l’Ukraine décidée par Vladimir Poutine.   Le retour de la guerre conventionnelle entre Etats sur le sol européen a remis en branle de lourds mécanismes d’alliances stratégiques et de remobilisation d’une industrie de la défense européenne atrophiée par plus de trois décennies d’illusion de paix perpétuelle et de doux commerce, pendant lesquelles les conflits armés se limitaient souvent à l’envoi de forces spéciales contre de lointaines milices. L’invasion de l’Ukraine, comme ultérieurement la guerre à Gaza, a aussi mis en évidence l’isolement d’un camp occidental face à un ensemble de pays résumé imparfaitement par l’expression « Sud global », convaincu que les principes du premier sont à géométrie variable.  Un problème redoutableL’attentat du 22 mars superpose à ces lignes de fracture une grille d’analyse qui n’en a que faire. Une publication de l’organisation Etat islamique (EI), Al-Naba, avait résumé en 2022 l’agression russe à une « guerre entre croisés » pendant qu’une autre de la franchise qui a revendiqué l’attaque terroriste de Moscou, Voice of Khurasan, renvoyait dos à dos « l’Amérique (…) ,un ennemi furieux de l’islam au siècle dernier », et « la Russie », qui « n’a pas montré qu’elle était différente ».   Cette juxtaposition pose un problème redoutable. Parmi les derniers attentats revendiqués par l’EI-K figure ainsi celui qui a été perpétré le 3 janvier, en Iran, contre la foule venue rendre hommage à l’ancien commandant de la Force Al-Qods du corps des gardiens de la révolution, Ghassem Soleimani, tué à Bagdad, en 2020, par une frappe américaine. Il s’agissait de l’opération terroriste la plus meurtrière en Iran (quelque 90 morts) depuis la révolution de 1979, alors que celle visant la salle de concert russe a été la plus sanglante (139 morts) depuis deux décennies.   Si une coalition contre cette franchise de l’EI devait rassembler ceux qu’elle a ciblés, elle réunirait, outre la République islamique, les talibans afghans, Moscou et Washington, soit des régimes que tout oppose. Autant dire qu’elle n’est pas près de voir le jour, alors que la meilleure parade aux capacités de nuisance de l’EI reste multilatérale, avec d’autres moyens que ceux de la guerre conventionnelle qui siphonnent déjà les budgets militaires.   Près d’un quart de siècle s’est écoulé depuis que Vladimir Poutine, deux semaines après le 11-Septembre, professait sous les ovations du Bundestag allemand, à l’occasion d’une visite à Berlin, sa volonté de participer à « une lutte déterminée, mondiale et soigneusement coordonnée contre le terrorisme ».   Les Etats-Unis ont eu beau prévenir publiquement, au début du mois de mars, la Russie de l’imminence d’une attaque, Moscou n’a voulu y voir qu’une « provocation ». Car la coordination d’hier a cédé aujourd’hui la place à la compétition entre grandes puissances dans laquelle la lutte contre le terrorisme international est reléguée à la périphérie.   C’est notamment le cas en Afrique, où l’éviction annoncée des Etats-Unis de leur base d’observation stratégique au Niger, qui leur permettait de mesurer en temps réel l’état des forces de la nébuleuse djihadiste présente au Sahel, pourrait être le préalable à un déploiement de l’Africa Corps, la société de sécurité qui a pris le relais du Groupe Wagner après la disgrâce et la mort de son chef, Evgueni Prigojine, en 2023.   Cette compétition ne se déroule pas dans un cadre ordonné de blocs, comme ce fut le cas pendant la guerre froide. L’heure est, au contraire, aux désordres alimentés par des plurilatéralismes d’opportunité, à géométrie variable, qui pénalisent les centres potentiels au bénéfice de puissances intermédiaires. Le retour du trumpisme à la Maison Blanche y ajouterait l’affaiblissement des alliances occidentales par un mentor étatsunien tenté par le fantasme d’une Amérique forteresse.   Ces désordres font le jeu des groupes djihadistes, ces acteurs « non westphaliens », selon la formule du spécialiste du djihadisme Hugo Micheron dans un entretien, publié le 25 mars par la revue de géopolitique Le Grand Continent, car ils y gagnent des marges de manœuvre.   Comme l’illustre le sort des anciens soldats de l’EI détenus dans l’est de la Syrie par des milices kurdes pro-occidentales, elles-mêmes sous la menace constante des troupes d’une Turquie pourtant membre de l’Alliance atlantique, la collision des conflictualités produit une algèbre géopolitique qui additionne les ennemis sans jamais en retrancher. </text>
	

	<text titre="Poutine durcit son régime, son offensive en Ukraine et ses menaces envers l'Europe" date="2024 03 28T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24757" auteur="lasserre, isabelle" annee="2024" mois="3" jour="28" journal_clean="Le Figaro" keywords="hiver, poutine, ancien, monde, régime, europe, ukraine" langue="fr"> Dans un essai très remarqué intitulé Winter Is Coming (« l'hiver approche » , une référence à la série Game of Thrones), l'ancien champion du monde d'échecs Garry Kasparov avait annoncé, en 2015, le froid glacial qui allait s'abattre sur la Russie de Vladimir Poutine. Depuis février 2022, les vents noirs de l'hiver sibérien soufflent à pleine puissance sur l'Ukraine. Ils menacent aujourd'hui d'atteindre l'Europe, alors que la « réélection » de Vladimir Poutine et l'attentat à Moscou revendiqué par Daech annoncent un nouveau durcissement du régime.  « Après l'élection russe et avant les élections américaines, le Kremlin a six mois pour prendre des initiatives militaires ou diplomatiques et pousser son avantage en Ukraine pendant que les Américains seront paralysés et incapables de bouger pour cause de campagne électorale. Il faut craindre une réorientation stratégique de la politique russe » , prévient un haut diplomate français. La période n'a sans doute jamais été aussi dangereuse et incertaine depuis l'invasion de l'Ukraine. Les signaux d'un durcissement du régime russe, en effet, se multiplient depuis la reconduction entachée de fraudes de Vladimir Poutine au Kremlin, qui donne une énergie nouvelle et décuplée au président russe.
À Moscou, les nouvelles arrivent souvent par les hommes de main du président. Sergueï Choïgou, le ministre de la Défense, a ainsi annoncé la création de deux nouvelles armées et de trois formations, dont 14 divisions et 16 brigades. Dans une lettre cautionnée par Vladimir Poutine, le président de la Douma Viatcheslav Volodine a proposé, comme le relate l'historienne Galia Ackerman dans Desk Russie, un programme de « désoccidentalisation » de la Russie avec nationalisation accrue des industries et de « souverainisation » de la science et de la culture en les mettant sous tutelle de l'État. Il promet aussi une « solution » au problème de l'opposition. Le rétablissement de la peine de mort a également été inscrit à l'agenda parlementaire. Et pour la première fois, Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, parle de « guerre » et non plus d' « opération spéciale » en Ukraine. « Le durcissement est en quelque sorte consubstantiel au pouvoir de Vladimir Poutine » , rappelle l'ancien diplomate Michel Duclos dans une excellente étude coécrite avec Camille Le Mitouard pour l'Institut Montaigne. En arrivant au pouvoir en 2000, Vladimir Poutine avait rétabli la puissance des services de sécurité, relancé la guerre en Tchétchénie et mis au pas les oligarques. Après son retour au pouvoir en 2012, il avait accentué la répression, arrêté les opposants, durci le contrôle des médias et condamné Alexeï Navalny à la prison. «On doit s'attendre à ce que la main du pouvoir s'appesantisse sur tout mouvement de contestation au fur et à mesure que la poursuite de la guerre se traduira par de nouvelles baisses du niveau de vie de la population et de nouveaux recrutements pour l'armée » , préviennent les deux auteurs.   L'attentat du Crocus Hall à Moscou risque d'accentuer encore cette tendance à l'intensification. Comme pendant la rébellion du patron de Wagner, Evgueni Prigojine, en août 2023, les failles du système de sécurité russe, à moins qu'elles n'aient été organisées par les services eux-mêmes, sont apparues au grand jour. L'obsession du pouvoir à lier l'attentat à l'Ukraine annonce-t-elle une nouvelle mobilisation et un durcissement du verrouillage interne ? Dans un autre article pour l'Institut Montaigne, Michel Duclos redoute « que les frappes russes en profondeur sur les infrastructures ukrainiennes se mettent à viser directement, au nom de la loi du talion, les populations civiles ». Il s'attend aussi à une politique de répression accrue sur le plan intérieur, « dans la mesure où le financement de la guerre va entrer dans une phase plus difficile, alors que pour la première fois depuis 2000, les crédits militaires sont supérieurs aux dépenses sociales dans le budget russe ».   La manière dont le FSB accuse les Occidentaux d'avoir « facilité » l'attentat de Moscou laisse aussi présager une intensification du conflit avec l'Occident et particulièrement avec l'Europe. À Paris, on craint notamment que les cyberattaques menées par la Russie, jusque-là réalisées par des groupes criminels ou semi-criminels, prennent un caractère militaire et étatique. « Quelle que soit l'issue du conflit, celui-ci risque de déboucher sur une confrontation de longue durée avec l'Ouest ou du moins avec l'Europe, que la Russie soit incitée à exploiter un éventuel succès ou qu'elle veuille se venger d'un éventuel recul... » poursuit Michel Duclos. Pour Vladimir Poutine, la « guerre perpétuelle » représente une « assurance-vie ».   Parce qu'elle a basculé rapidement dans l'économie de guerre, l'industrie militaire russe tourne aujourd'hui à plein régime, tandis que les usines européennes ont à peine accéléré les cadences et que les forces ukrainiennes manquent d'hommes et de munitions. «Aujourd'hui, la Russie produit plus de chars que l'Europe. Elle a sans doute la capacité de poursuivre la guerre jusqu'en 2027-2028 » , prévient le spécialiste Gustav Gressel dans une table ronde de l'European Council on Foreign Relations. L'aide en drones, en missiles et en obus fournie par l'Iran et la Corée du Nord à la Russie ne ralentit pas. En Europe, «les stocks ont été vidés, mais nous n'avons pas encore la capacité de produire. Les États-Unis et l'Union européenne ont cru que la guerre durerait moins longtemps. Il n'y a pas eu d'anticipation industrielle» , poursuit Gustav Gressel. Les spécialistes sont unanimes : en cas de possible défection américaine si Donald Trump est réélu en novembre, l'Europe ne sera sans doute pas capable de prendre le relais auprès des Ukrainiens et de compenser l'aide militaire de Washington. Vladimir Poutine le sait. C'est l'une des raisons qui motive son durcissement actuel, vis-à-vis de l'Ukraine comme de l'UE.   Certes, les pays européens ont pour la plupart ouvert les yeux et commencé à se réarmer. «La guerre en Ukraine constitue un tournant pour l'Europe de la défense. C'est la confirmation que l'Europe ne progresse que dans les crises, quand elle a le couteau sous la gorge» , analyse Charles Fries, le secrétaire général adjoint du Service européen d'action extérieure de l'UE à l'occasion d'une journée organisée par la Fondation Schumann et l'Inalco. Après une longue période d'ambiguïté, Emmanuel Macron a opté pour la fermeté en affirmant que l'Europe ne devait pas s'imposer de limites pour empêcher la Russie de gagner, pas même celle qui consisterait un jour à envoyer des « troupes » en Ukraine. « Face à la Russie, nous devons être prêts au pire. Même le ministre de la Défense italien, Guido Crosetto, considère que le président français a eu raison d'ouvrir une ambiguïté stratégique » , affirme le député LR Jean-Louis Thiériot, vice-président de la commission défense de l'Assemblée nationale, qui l'a rencontré récemment.   Mais les faiblesses et les lacunes de l'Europe sont nombreuses : manque de coopération entre États membres, manque de commandes passées aux industriels, trop nombreux achats de matériels de défense hors UE, difficulté à enclencher l'économie de guerre. Au colloque de l'Inalco et de la Fondation Schuman, le président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée, Jean-Louis Bourlanges, identifie trois défis que l'Europe se doit de relever rapidement si elle veut pouvoir faire reculer à temps la tempête qui souffle depuis Moscou. Un défi géopolitique : « Dans ce monde de confrontation, un monde multipolaire avec beaucoup d'agressivité, cette période nous oblige à reprendre le travail, le sac à dos » , dit-il. Un défi idéologique : « Nous sommes sortis du monde heureux où nous croyions que nos valeurs étaient universelles. Mais nous sommes de moins en moins nombreux à y croire. » Il pointe aussi la « tentation d'inertie » américaine qui pourrait accompagner une réélection de Donald Trump et la possibilité d'une « dissociation de la communauté atlantique ». « Aurons-nous la capacité de nous défendre seuls ? », s'interroge le député centriste. Enfin, le défi de la rapidité : « La paix autorise la lenteur, la guerre exige la rapidité. » Mais les procédures de l'UE sont longues et complexes. « Le vainqueur de cette guerre sera celui qui saura faire du temps un allié » , prévient un responsable français.   Dans cette année de tous les dangers, si l'Ukraine joue sa survie, l'Union européenne, qui entend la guerre frapper à ses portes pour la première fois depuis plusieurs décennies, joue son avenir. «Si les États-Unis la lâchent, l'Europe se retrouvera dans une zone de préguerre. Or, sans révolution des esprits, on ne pourra pas relever le défi» , prévient James Sherr, spécialiste du think-tank estonien International Centre for Defence and Security, au colloque de l'Inalco. Dans ce combat, les pays d'Europe ne peuvent plus compter sur l'appui des pays du « Sud global » , qui penchent du côté de Moscou. Le défi est aussi économique. Surtout pour la France, dont le déficit public vient de connaître un dangereux dérapage. Jean Dominique Giuliani, président de la Fondation Schuman, le souligne : « Le défi russe est aussi important que celui qu'ont dû affronter les pays fondateurs après la Seconde Guerre mondiale. » </text>
	

	<text titre="Avec le Sénégal, un avenir incertain" date="2024 04 10T00:00:00" journal="Les Echos, no. 24188" auteur="Unknown" annee="2024" mois="4" jour="10" journal_clean="Les Echos" keywords="économiques, sénégal, président, élection, france, bassirou, diomaye, liens, faye" langue="fr"> Le nouveau président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a fait campagne sur la promesse d'une « rupture » et de la renégociation des liens économiques et politiques avec la France. Son élection ouvre une période d'incertitude dans les relations entre les deux pays, dans le contexte de la propagation d'un « sentiment antifrançais » en Afrique de l'Ouest. Sans attendre la proclamation des résultats définitifs de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron a adressé au nouveau président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, « ses voeux de réussite » sur le réseau social X et s'est d'avance « réjoui de travailler avec lui. »
Un geste d'apaisement envers son homologue sénégalais dont le parti, le Pastef, n'a pas ménagé ses critiques contre la France ces dernières années.   Les relations entre le Sénégal et la France sont au coeur du projet du nouveau pouvoir en place : Ousmane Sonko, chef de l'opposition et mentor politique de Bassirou Diomaye Faye, appelle de longue date à renégocier les liens économiques entre les deux pays et dénonce le « néocolonialisme » de la France au Sénégal. En juillet 2021, il avait attaqué frontalement l'ancienne puissance coloniale : « Sept siècles de misère faits de traite humaine, de colonisation et de néocolonisation, cela suffit. Il est temps que la France nous foute la paix. »Ces propos, et plus globalement le projet politique porté par son parti, lui avaient valu d'être dépeint comme « antifrançais », même si le chef de l'opposition s'en était défendu.  Soupçons d'ingérenceAutre point de crispation envers la France : les soupçons d'ingérence de l'Elysée dans les affaires du pays. Tout au long du processus électoral chaotique, marqué par le report de l'élection présidentielle, une partie de l'opinion sénégalaise accusait Paris de protéger le président Macky Sall, réputé proche de l'Elysée.   Sur les réseaux sociaux, certains le décrivaient comme la « marionnette » ou le « valet » de Paris.   Au-delà des mots et des slogans, certaines enseignes françaises ont récemment été violemment attaquées dans les rues de Dakar.   En 2021 et en 2023, lors des manifestations en faveur de l'opposant sénégalais Ousmane Sonko, des magasins Auchan et des stations-service Total avaient été pillés. Les images, abondamment relayées par les médias et les réseaux sociaux, avaient choqué une partie de l'opinion et des ressortissants français dans la capitale sénégalaise.  Main tenduePour autant, le Sénégal n'est ni le Mali ni le Niger, où des putschs militaires ont installé au pouvoir des juntes qui ont cessé brutalement tout lien de coopération avec la France. Dès le soir de son élection, Bassirou Diomaye Faye l'a rappelé en annonçant que le Sénégal resterait « le pays ami et l'allié sûr et fiable pour tout partenaire qui s'engagera, avec nous, dans une coopération vertueuse ». Une main tendue pour un partenariat « gagnant-gagnant », pour reprendre les mots du nouveau président, qui semblait s'adresser entre autres à la France.   Bassirou Diomaye Faye devra donner des gages à son électorat, sur le sujet du franc CFA par exemple, considéré par une frange de la population comme un « instrument de domination » et une « relique coloniale », il aura également à composer avec les liens étroits, notamment économiques, qui unissent historiquement le Sénégal et la France.   D'après le Trésor français, La France est le premier investisseur au Sénégal, et son premier partenaire commercial. Les exportations françaises vers le Sénégal atteignent 968 millions d'euros en 2022, en hausse de 17,8 % par rapport à 2021.   Le Sénégal est par ailleurs le troisième client de la France en Afrique subsaharienne, derrière l'Afrique du Sud et la Côte d'Ivoire. Il reviendra au nouveau chef de l'Etat de rééquilibrer ce partenariat économique : les échanges commerciaux entre les deux pays se sont élevés à 1.059 millions d'euros en 2022, selon les Douanes françaises, et l'excédent commercial en faveur de la France s'établit à 877 millions d'euros.  La stratégie du KremlinDans le domaine militaire, la France suivra également avec attention les premières décisions de Bassirou Diomaye Faye : 350 militaires sont actuellement basés à Dakar, pour assurer notamment la formation des soldats des pays de la région.   Après les putschs au Mali et au Niger, la France avait dû quitter précipitamment ses bases et exfiltrer son personnel sur injonction des nouvelles autorités. Actuellement, aucune décision ne semble aller dans ce sens au Sénégal, même si Paris affirme que « toutes les propositions seront étudiées. »Enfin, la diplomatie française scrutera particulièrement les liens que le nouveau pouvoir choisira d'établir avec la Russie, qui ne cache pas sa volonté d'affaiblir la France dans ses anciennes colonies.   S'il n'explique pas entièrement le ressentiment d'une partie des Sénégalais envers l'ancienne puissance coloniale, le rôle de la Russie dans l'agitation du « sentiment antifrançais » n'est pas négligeable. Certains influenceurs, comme le Franco-Béninois Kemi Seba, qui avait brûlé un billet de 5.000 francs CFA à Dakar et qui attaque régulièrement la France et l'Occident sur les réseaux sociaux, entretiennent des liens démontrés avec le pouvoir russe. Kemi Seba avait d'ailleurs admis en 2020 ses liens avec l'ancien patron de la milice Wagner Evgueni Prigojine.   Pierre Favennec </text>
	

	<text titre="Niger : Mohamed Bazoum, président otage et oublié" date="2024 04 24T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24780" auteur="thréard, yves" annee="2024" mois="4" jour="24" journal_clean="Le Figaro" keywords="président, fin, niger, chef, mahamadou, otage, général, tiani, bazoum, dernier, junte, issoufou, mohamed" langue="fr"> Trop, c'est trop. Ils n'avaient guère de doutes mais les dernières images montrant Mahamadou Issoufou célébrer la fin du ramadan, le 9 avril dernier, avec le général Tiani, le chef de la junte nigérienne, a fini de les révolter. C'est bien lui le traître. Il prétendait être le mentor et l'ami de son successeur au pouvoir, mais c'est désormais une certitude : c'est lui qui a téléguidé la chute de Mohamed Bazoum. Et c'est bien à cause de lui que le président du Niger, démocratiquement élu le 21 mars 2021, croupit dans un réduit de la résidence présidentielle, à Niamey. En ce jour de l'Aïd el-Fitr, comment Mahamadou Issoufou a-t-il pu s'afficher tout sourire avec le patron des putschistes, son numéro deux, le général Mody, proche des Russes, et Mahamane Ousmane, un opposant de toujours ? Et ce à quelques mètres seulement de là où est enfermé le président déchu. Neuf mois après le coup d'État du 26 juillet 2023, les cinq enfants de Mohamed Bazoum et les compagnons de route qui lui sont restés fidèles lancent un cri d'alarme. Ils redoutent que leur père ou ami tombe dans l'oubli. Ils demandent sa libération. Et ils veulent que la vérité éclate à la face des Nigériens et du monde entier. À Paris, Abidjan, Niamey, Lomé, Cotonou et Abuja, d'où qu'il parle, aucun d'entre eux ne veut s'exprimer nominativement, à visage découvert. Pour des raisons évidentes.
Mille motifs peuvent expliquer ce putsch puis cette séquestration à l'issue inconnue. La montée d'un violent sentiment antifrançais en Afrique, et notamment au Sahel, est bien sûr avancée. Mohamed Bazoum ne s'est jamais caché de sa proximité avec la France. Lors d'un discours prononcé à Niamey en novembre 2021, il affirmait crânement n'éprouver « aucun complexe à revendiquer » son « amitié » avec Paris. Mais, selon l'un de ses proches, « c'est aussi la jalousie de voir applaudir sa gouvernance par les Occidentaux qui a motivé ses ennemis intérieurs à le chasser du pouvoir ». Sa façon de contenir les groupes djihadistes, de promouvoir l'éducation des filles, de lutter contre la corruption, de nourrir de grandes ambitions économiques gênait, ne plaisait pas à tout le monde. Ni à l'ex-président Issoufou, qui a dirigé le pays pendant dix ans avant lui, ni au général Tiani, que ce dernier avait nommé à la tête de la garde présidentielle. L'entourage du captif de Niamey rappelle d'ailleurs que le putsch a eu lieu la veille du Conseil des ministres qui devait porter PetroNiger sur les fonts baptismaux. Cette nouvelle société, destinée à l'exportation de l'or noir, aurait mis de l'ordre dans un secteur juteux sur lequel le clan Issoufou était suspecté d'avoir la haute main. Au pouvoir, Mohamed Bazoum avait aussi fait le ménage dans la haute administration. Certains cadres ont été condamnés à des peines de prison.   Ces derniers jours, l'inquiétude est encore montée d'un cran dans la famille Bazoum avec l'arrivée des Russes au Niger. Le 10 avril, une centaine de soldats instructeurs ont débarqué, par Iliouchine II-76, avec un important et sophistiqué matériel militaire. Les hommes de l'ex-milice Wagner, rebaptisée « Africa Corps » depuis la mort d'Evgueni Prigojine, ont eu droit à l'ouverture du journal de la télévision d'État. Au terme d'un entretien qu'ils ont eu le 26 mars, le général Tiani et Vladimir Poutine ont décidé que Moscou renforcerait son aide et installerait un système de défense anti-aérienne sur le territoire nigérien. « Déjà, nombre de bâtiments officiels, indique un diplomate béninois, ont été placés sur écoute. C'est l'oeuvre d'une petite vingtaine d'agents russes installés à Niamey depuis quelques semaines, dans la villa Diouf, résidence des dirigeants étrangers de passage. Les Russes s'imposent en force alors que les Américains, eux, sont priés de déguerpir. »L'accord de coopération militaire liant le Niger et les États-Unis a été dénoncé en mars par la junte. Un sévère camouflet pour la Maison-Blanche et ses 1 100 soldats présents sur la base d'Agadez. Washington pensait avoir évité le vent du boulet qui avait chassé les forces françaises à la fin de l'année dernière et obligé Sylvain Itté à fermer son ambassade. « C'est la preuve que la France n'est pas le seul pays rejeté par les putschistes, ajoute un économiste togolais, très pessimiste sur l'évolution politique de l'Afrique de l'Ouest. Toutes les nations occidentales sont déclarées indésirables, au Niger comme de plus en plus dans tout l'espace sahélien. L'heure est grave. » Auteur d'un rapport, Matt Gaetz, élu républicain de Floride, a récemment pris la parole au Congrès pour déplorer l'aveuglement de la Maison-Blanche face au chaos nigérien.   Dernier président civil du Sahel, Mohamed Bazoum, 64 ans, est un homme au caractère solide. S'il a été écarté du pouvoir, il a toujours refusé de remettre sa démission. Il n'est pas comme Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK » , ou Roch Christian Kaboré. Sans s'opposer, le président malien, en 2021, puis son homologue burkinabé, en 2022, ont capitulé face aux putschistes de leur pays. « Bazoum, lui, a résisté, résiste et, ses proches en sont convaincus, résistera. » Sa droiture et la sincérité de ses engagements le font parfois passer pour un candide. D'origine arabe, issu de la tribu nomade des Oulad Souleymane - ultra minoritaire au Niger -, il a l'habitude d'affronter les vents contraires et d'endurer les critiques aux relents racistes. Démocrate acharné, Mohamed Bazoum a dû franchir bon nombre d'obstacles avant de se faire accepter et élire dans un pays où les considérations ethniques restent déterminantes. L'avant-veille de son investiture, en 2021, il avait échappé à une tentative de coup d'État, stoppée par Tiani, celui-là même qui l'a renversé plus tard. Intellectuel structuré, bon orateur, ancien professeur de philosophie et syndicaliste, il n'est pas un débutant en politique. Il est donc armé pour faire front.   Sa vie de reclus, Mohamed Bazoum la passe dans le quartier Plateau, à Niamey. Plus précisément dans l'aile arrière de la résidence du chef de l'État, située au coeur du camp militaire de la garde présidentielle censée le protéger. C'est à cet endroit, au premier étage, qu'il est retenu en otage avec son épouse Hadiza, depuis le 26 juillet 2023, par le général Tiani, ex-chef de la garde. Le couple dispose d'un salon, d'une chambre, d'une cuisine et d'une salle de bains. Ce petit appartement, éclairé par d'étroites fenêtres, était auparavant occupé par leur fille Zazia. Fidèles en toutes circonstances depuis des années, leurs deux cuisiniers, Abdoulaye, d'origine touareg, et Mahrouf, un Haoussa, ont tenu à rester avec eux.   Privé de téléphones portables, le couple Bazoum essaye de passer le temps en faisant du sport, en regardant la télévision branchée récemment - notamment les programmes d'histoire - et en lisant beaucoup. Deux fois par semaine, les mercredi et samedi, leur médecin personnel vient leur rendre visite. Dûment fouillé à son arrivée par les gardes de service, il leur apporte médicaments, livres et provisions alimentaires achetés en ville par une soeur de la première dame. D'après les informations obtenues par leurs enfants, les Bazoum gardent le moral : « Ils sont en bonne forme physique, même s'ils ont été victimes de violentes crises de paludisme et que leur logement est infesté d'insectes. » Depuis neuf mois, ils n'ont jamais pu sortir de leur « prison » !   En octobre dernier, la junte a accusé les Bazoum d'une tentative d'évasion. Le scénario a été présenté aux médias comme « un plan de déstabilisation » du Niger fomenté par des puissances étrangères. Vers 3 heures du matin, dans la nuit du 18 au 19 octobre, le couple présidentiel aurait pris place avec ses deux cuisiniers dans une voiture banalisée avant de monter dans deux hélicoptères, en direction du Nigeria. « Cette supercherie a été montée de toutes pièces, déclare un proche, pour salir un peu plus la France aux yeux de la population et montrer l'efficacité des forces armées nationales. » Lesquelles sont pourtant à la peine pour contenir les assauts des groupes djihadistes qui tuent les villageois et circulent dans tout le Sahel, notamment dans la zone dite « des trois frontières » , entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso.   Si quatre cousins de Mohamed et Hadiza Bazoum, militaires de métier, sont encore derrière les barreaux à Niamey, les enfants du couple vivent actuellement pour la plupart en France. Issu d'un premier mariage du président, Lucas, quadragénaire, est l'aîné. Viennent ensuite trois filles : Zazia, à la tête d'une fondation de sauvegarde des animaux au Niger, se trouvait en vacances à Paris au moment du putsch ; Hinda, expert-comptable, vient d'avoir un enfant avec son mari tchadien, qu'elle va rejoindre prochainement aux États-Unis ; Haoua, quant à elle, est chercheuse en biologie dans un hôpital. Le dernier de la fratrie, Salem, 22 ans, était de passage à Niamey quand il a été fait prisonnier avec ses parents. Étudiant à Paris, il était en transit avant de rejoindre Dubaï. Il est resté enfermé à leurs côtés pendant cinq mois puis a été envoyé par la junte, début janvier, au Togo. À Lomé, il vivait sous un régime de résidence surveillée, mais a été autorisé, la semaine dernière, à rejoindre le Moyen-Orient.   De tous les pays de la Cédéao (Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest), le Togo est celui qui entretient les meilleurs rapports avec les putschistes du Mali, du Burkina et du Niger, ainsi qu'avec Moscou. Le président Faure Gnassingbé, plus ancien chef d'État en exercice de la région à 58 ans, aime volontiers jouer le médiateur en compagnie de Robert Dussey, son influent ministre des Affaires étrangères. Pourraient-ils obtenir un jour, sinon leur retour au pouvoir, la libération de Mohamed et Hadiza Bazoum ?   Leurs enfants n'osent y croire. La décision, mi-décembre, de la Cour de justice de la Cédéao ordonnant aux autorités de fait du Niger la restauration de l'ordre constitutionnel et la « libération immédiate et sans condition »du président séquestré est restée lettre morte. Une victoire judiciaire à la Pyrrhus. Même si, selon Seydou Diagne, l'un des avocats de Bazoum, la Cour a « condamné, pour la première fois, des autorités militaires qui, avec leur coup d'État, ont violé les principes de convergence constitutionnelle de la Cédéao ». Quant aux accents guerriers de certains pays membres de l'organisation - Côte d'Ivoire et Sénégal notamment - pour déloger les putschistes, ils ont vite été étouffés. À l'inverse, fin février, la Cédéao, tout en réclamant une nouvelle fois la libération des otages, a levé les sanctions les plus lourdes qu'elle avait imposées au Niger : gel des avoirs de l'État, fermeture de l'espace aérien et des frontières, interdiction de procéder à des transactions financières régionales...   La famille Bazoum et ses soutiens ont constitué un commando d'avocats. Aux côtés du Sénégalais Seydou Diagne, le coordinateur, bataillent d'arrache-pied Moussa Coulibaly, l'ancien bâtonnier du Niger, le Mauritanien Brahim Ebety et Florence Loan, première femme bâtonnière de Côte d'Ivoire. L'avocat new-yorkais Reed Brody, surnommé le « chasseur de dictateurs », qui vient d'écrire La Traque de Hissène Habré(Karthala), les a rejoints. Cette équipe de choc vient de déposer un recours auprès du groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire.   Il n'empêche, l'impatience grandit. L'angoisse gagne les esprits chez les proches du président nigérien : son immunité levée, il pourrait être condamné pour complot, haute trahison et apologie du terrorisme, le 10 mai, à l'issue d'une parodie de procès organisée par la junte. D'Abidjan, un ancien ministre ivoirien accuse les organisations internationales, notamment africaines, d'abandonner Mohamed Bazoum et sa femme à leur triste sort. « On ne peut pas compter sur elles ni sur les Américains qui n'ont rien compris, dit-il. Au Niger, il y a non-assistance à peuple en danger, car il ne faut pas croire que la population soutient la junte ! Seuls quelques Européens, comme Emmanuel Macron ou Josep Borrell, le ministre des Affaires étrangères de l'Union européenne, ont pris la mesure de la gravité de la situation. C'est aussi la défense de la démocratie qui se joue aujourd'hui à Niamey. Si on admet que c'est cela l'enjeu en Ukraine, pourquoi ça ne le serait pas aussi en Afrique ? » </text>
	

	<text titre="La chute du vice-ministre de la Défense russe" date="2024 04 25T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24781" auteur="barluet, alain" annee="2024" mois="4" jour="25" journal_clean="Le Figaro" keywords="défense, services, vice-ministre, russe" langue="fr"> Sans états de services militaires mais bien présent dans le carnet mondain et surtout connu pour son train de vie luxueux, le vice-ministre russe de la Défense a fini par rejoindre, avec fracas, la rubrique judiciaire. Timour Ivanov, 48 ans, a été arrêté mardi soir dans son bureau et inculpé de « prise de pots-de-vin à grande échelle » , un crime passible de 15 ans de prison. Un complice présumé, Sergueï Borodine, visé par les mêmes accusations, a également été placé en détention provisoire.   Mercredi, le vice-ministre, responsable de l'ensemble de la gestion immobilière et des travaux de la Défense, est apparu, en uniforme, dans la cage en verre réservée aux détenus, selon des images publiées par la justice russe, avant d'être placé en détention à la prison de Lefortovo. Selon les enquêteurs, il aurait fait partie d'un schéma de corruption dans le cadre de « la réalisation de travaux contractuels et de sous-traitance pour les besoins du ministère de la Défense».
Dépenses mirobolantes   L'homme nourrit de longue date le soupçon d'avoir détourné massivement des fonds grâce aux « méga-travaux » dont il avait la responsabilité : la reconstruction de la ville ukrainienne de Marioupol, ravagée par l'invasion russe en 2022, l'érection de la cathédrale des forces armées dans le « parc Patriot » , près de Moscou, le développement du cosmodrome de Vostochny, en Extrême-Orient russe - un gouffre financier -, ou l'ouverture de seize centres médicaux du ministère de la Défense durant le Covid. Mais l'affaire est aussi politique, puisqu'elle vise un très proche du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, que Timour Ivanov secondait déjà alors que celui-ci était, brièvement, en 2012, le gouverneur de la région de Moscou.   Voilà plusieurs années que Timour Ivanov et son épouse Svetlana attirent l'attention par leurs multiples propriétés immobilières, leurs fêtes incessantes et leurs dépenses mirobolantes, en bijoux, haute couture et vacances à Courchevel ou Saint-Tropez. Le vice-ministre « ne ressemblait pas à un militaire, portait un manteau valant des millions de roubles et empestait un parfum très cher à des kilomètres à la ronde », témoigne un journaliste du « pool » défense au site d'information Viortska (« mise en page »). Marié en 2009, le couple passe chaque année un mois sur la Côte d'Azur. De 2013 à 2018, il aurait dépensé 850 000 euros pour louer villas de luxe et yachts et pour l'achat d'une Rolls-Royce Corniche « pour les vacances » (outre celle qu'il possède déjà à Moscou), selon une enquête menée en 2022 par la Fondation contre la corruption (FBK) d'Alexeï Navalny.   D'après le médiaViortska, les centaines de milliers d'euros déboursés par Svetlana pour l'achat de produits de luxe l'auraient été par des sociétés tierces. Selon la FBK, il s'agirait notamment d'entreprises ayant ensuite été impliquées dans la reconstruction de Marioupol. Une séquence quelque peu surréaliste de l'enquête video de la FBK montre Timour Ivanov inspectant la ville en ruines et s'enthousiasmant des chantiers en cours : « Ici, il y aura un nouveau quartier moderne ; ici, des jardins d'enfants et des écoles... » Les voyages en Europe de sa femme et ses visites aux bijouteries de la place Vendôme se seraient poursuivis après le début de la guerre en Ukraine, comme en témoignent des vidéos publiées sur YouTube. Les enfants du couple vivent à Londres, à Paris et au Mexique.   Règlement de comptes   Mais, à l'été 2022, le couple annonce son divorce - décision qualifiée de « fictive » par plusieurs sources d'investigation pour lesquelles cette initiative aurait seulement visé à prémunir Svetlana Ivanov des sanctions, américaines et européennes. Celles-ci frapperont effectivement son mari, fin 2022. Svetlana Ivanov, elle, n'est pas touchée par ces mesures et se serait depuis rendue à nouveau en Europe.   En 2019, le magazine Forbesclassait Ivanov parmi les « siloviki  » (les membres des « structures de force  »), les plus riches de Russie. En pleine guerre en Ukraine, il est désormais le plus haut responsable du ministère de la Défense derrière les barreaux. Pourquoi maintenant ? « Personne ne l'aurait arrêté seulement pour corruption. Tout le monde au Kremlin était au courant. Poutine a donné l'ordre après qu'il a été convaincu qu'il s'agissait d'une trahison d'État. (...) Les pots-de-vin ne sont que la partie publique de l'accusation », croit savoir le site Telegram Vajnié Istorii (« histoires importantes »), affirmant citer des sources proches du FSB, les services de sécurité.   Les soupçons de haute trahison ont été écartés par le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, autre habitué des fêtes du couple Ivanov. Les regards se concentrent surtout sur le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, 68 ans, considéré comme très proche de Poutine, mais dont la cote au Kremlin est régulièrement annoncée à la baisse. « C'est un coup dur pour Choïgou, surtout à la veille de l'investiture »de Vladimir Poutine, prévue le 7 mai, consécutivement à sa réélection, lors de la présidentielle des 15-17 mars dernier, évoque une source du ministère de la Défense, interrogée par Viortska. Un nouveau gouvernement doit être annoncé courant mai. D'autres sources évoquent aussi un règlement de comptes entre « siloviki ». Timour Ivanov était de longue date dans le collimateur du GRU, les services de renseignements de la Défense, eux-mêmes réputés proches du défunt Evguéni Prigojine, qui traitait le vice-ministre de « voleur de trésor ». </text>
	

	<text titre="Poutine limoge son ministre de la Défense" date="2024 05 13T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2024" mois="5" jour="13" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="choïgou, poste, poutine, russe, kremlin, russie, sergueï, maître" langue="fr"> Ami de Poutine ? éminence grise ? La longévité du ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou (photo), en poste depuis 2012, a fait couler beaucoup d'encre en Russie. Le maître du Kremlin a pourtant choisi dimanche de se séparer du sexagénaire aux cheveux grisonnants lors d'un remaniement surprise en profondeur.   Sergueï Choïgou a été limogé dimanche soir par Vladimir Poutine, quelques jours après l'investiture du président russe pour un cinquième mandat au Kremlin et après plus de deux ans de conflit en Ukraine. Il reste cependant dans le cercle rapproché du président russe puisqu'il devient secrétaire du Conseil de sécurité, poste occupé jusque-là par Nikolaï Patrouchev, qui est démis de ses fonctions, selon un décret publié par le Kremlin. Choïgou sera remplacé par Andreï Belooussov, qui occupait jusqu'à présent la fonction de premier vice-président du gouvernement russe. Considéré par certains en Russie comme responsable des déboires de l'armée de Poutine en Ukraine, Sergueï Choïgou était dans le viseur du chef de Wagner, Evgueni Prigojine, lors de sa rébellion en juin 2023. Des rumeurs lui prêtaient également des problèmes de santé. Alors qu'il apparaissait régulièrement aux côtés du maître du Kremlin à la télévision, sa disparition momentanée en mars 2022 avait fait réagir en Russie.L. P. </text>
	

	<text titre="Poutine limoge Choïgou" date="2024 05 13T00:00:00" journal="Aujourd'hui en France                Edition Principale" auteur="Unknown" annee="2024" mois="5" jour="13" journal_clean="Aujourd'hui en France" keywords="poste, choïgou, poutine, russe, kremlin, ministre, russie, sergueï, maître" langue="fr"> Ami de Poutine, éminence grise ? La longévité du ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou, en poste depuis 2012, a fait couler beaucoup d'encre en Russie. Le maître du Kremlin a pourtant choisi ce dimanche de se séparer du sexagénaire aux cheveux grisonnants lors d'un remaniement surprise en profondeur, quelques jours après l'investiture du président russe pour un cinquième mandat au Kremlin et après plus de deux ans de conflit en Ukraine.   Il reste cependant dans le cercle rapproché du président russe puisqu'il devient secrétaire du Conseil de Sécurité, poste occupé jusque-là par Nikolaï Patrouchev, qui est, lui, démis de ses fonctions, selon un décret publié par le Kremlin.
Un remplaçant sans bagage militaireChoïgou sera remplacé par Andreï Belooussov, qui occupait jusqu'à présent la fonction de Premier vice-président du gouvernement russe. Considéré par certains en Russie comme responsable des déboires de l'armée de Poutine en Ukraine, Sergueï Choïgou était notamment dans le viseur du chef de Wagner, Evgueni Prigojine, lors de sa rébellion en juin 2023. Malgré une série de revers humiliants pour les troupes russes en Ukraine en 2022, après l'offensive initiale du 24 février de cette année-là, Vladimir Poutine avait maintenu sa confiance envers Sergueï Choïgou, en dépit des critiques d'une partie de l'aile va-t-en-guerre de l'armée.   Des rumeurs prêtaient également des problèmes de santé à Sergueï Choïgou. Alors qu'il apparaissait régulièrement aux côtés du maître du Kremlin à la télévision, sa disparition momentanée en mars 2022 avait fait réagir en Russie. Ce remaniement intervient d'ailleurs au moment où l'armée russe avance dans la région ukrainienne de Kharkiv, quelques jours après avoir lancé un assaut terrestre, et accentue sa pression dans le Donbass, autour de Tchassiv Iar. « Choïgou continuera à travailler dans ce domaine, qu'il connaît bien, qu'il connaît très bien de l'intérieur, avec ses collègues et ses partenaires sur son ancien lieu de travail », a rapidement justifié le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, cité par les agences russes.   Sergueï Choïgou incarnait la stabilité des différents gouvernements sous Vladimir Poutine, tout comme le chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, qui conserve son poste de ministre des Affaires étrangères.  Une succession de changementsAndreï Belooussov, son remplaçant, a une formation d'économiste et aucun bagage militaire. Il était premier vice-président du dernier gouvernement depuis 2020 et un des principaux conseillers économiques de Vladimir Poutine ces dernières années. Le futur rôle de Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de Sécurité depuis 2008 et avant cela patron du FSB, puissants services de sécurité russes, sous les deux premiers mandats de Vladimir Poutine au Kremlin, sera lui communiqué « dans les prochains jours », a précisé par ailleurs Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin.   Le patron du renseignement extérieur (SVR), Sergueï Narychkine, conserve, lui, ses prérogatives, ainsi que le chef du FSB, Alexandre Bortnikov. Les représentants de la Douma d'État et du Conseil de la Fédération, les deux chambres du Parlement russe, doivent entériner ce lundi et mardi ces changements, une formalité tant elles sont dominées par Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, en l'absence de toute opposition tolérée. </text>
	

	<text titre="Moscou accroît sa présence en Libye, au désarroi des Occidentaux" date="2024 05 13T00:00:00" journal="Le Monde" auteur="frédéric bobin" annee="2024" mois="5" jour="13" journal_clean="Le Monde" keywords="stratégique, présence, occidentaux, moscou, forme, russe, paramilitaires, déjà, afrique, libye" langue="fr"> Pièce par pièce, l’édifice stratégique ébauché par Moscou en Afrique du Nord se consolide. La présence russe en Libye, déjà tangible à partir de 2019 sous la forme d’unités de paramilitaires (ex-Groupe Wagner), connaît depuis le début de l’année une brusque accélération qui n’a pas échappé à des Occidentaux frappés d’impuissance. « La Russie transfère des militaires et combattants russes vers la Libye depuis trois mois », conclut une note publiée vendredi 10 mai par All Eyes on Wagner.   Ce collectif international d’enquête sur les réseaux russes en Afrique ajoute que « la livraison d’équipements et de véhicules militaires de la Syrie vers la Libye constitue l’aspect le plus visible de [cette] implication accrue». Citant le chiffre de 1 800 Russes désormais déployés à travers le pays, All Eyes on Wagner relève que deux bâtiments de la marine de Moscou (des navires de débarquement) partis de la base navale syrienne de Tartous ont gagné le 8 avril le port de Tobrouk en Cyrénaïque.
Photos à l’appui, le collectif d’enquêteurs affirme qu’en ont été déchargés des véhicules et des armes, tels des mortiers 2S12 Sani ou des véhicules blindés de transport BTR et BM. Il s’agirait de « la cinquième livraison » de ce type à Tobrouk en quarante-cinq jours. Des sources diplomatiques occidentales sollicitées par Le Mondeconfirment cette montée en puissance russe dans cet Etat charnière d’Afrique du Nord, jonction du Machrek et du Maghreb.  « L’augmentation concerne plus le matériel que les hommes », nuance toutefois un diplomate d’un Etat européen. Ces derniers mouvements en Libye, ajoute-t-il, s’inscrivent dans « une percée globale russe » qui vise à « installer des gouvernements pro-Moscou partout en Afrique de l’Est comme en Afrique de l’Ouest.  Il ne manque plus que le Tchad pour couper l’Afrique en deux ». Lequel Tchad fait, lui aussi, l’objet de convoitises empressées de la part de la Russie.   Si la Libye est cruciale dans cette offensive africaine, c’est qu’elle opère comme plate-forme de projection de matériel et d’hommes vers les Etats voisins : le Soudan en guerre civile, le Niger et le Mali – et plus au sud le Burkina Faso –, dirigés par des juntes proches du Kremlin, et potentiellement le Tchad. Le nœud stratégique de ce nouveau dispositif se situe à Djoufra, district libyen localisé à 350 kilomètres au sud du golfe de Syrte, où matériel et hommes arrivent de Tobrouk avant d’être réacheminés vers les théâtres régionaux convoités par Moscou.   La grande nouveauté est que « l’Etat russe n’a plus peur de montrer son implication directe en Libye », relève Jalel Harchaoui, chercheur associé au Royal United Services Institute for Defence and Security Studies. Lorsque Wagner s’est introduit en 2019 en Libye en épaulant l’autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal dissident Khalifa Haftar – l’« homme fort » de la Cyrénaïque (Est) – dans son vain assaut sur Tripoli, Moscou était dans le déni officiel. Cette ère est révolue alors que le vice-ministre de la défense russe, Iounous-bek Evkourov, a déjà effectué quatre visites à Benghazi, la base politique et militaire de Khalifa Haftar, depuis août 2023.  Défi politiqueCe maréchal libyen, qui a instauré en Cyrénaïque une autorité parallèle au gouvernement de Tripoli, s’est lui-même déplacé fin septembre à Moscou, où il a rencontré Vladimir Poutine. Depuis lors, la présence russe est devenue plus ostensible à mesure que la branche africaine de l’ex-groupe de mercenaires Wagner, décapité par la disparition en août 2023 de son chef, Evgueni Prigojine, était reprise en main par le ministère de la défense de Moscou sous le nouveau label d’Africa Corps.   Face à cette poussée russe en Libye, l’alarme sonne dans les chancelleries occidentales, qui cherchent en vain la parade. Outre le risque de dissémination de l’influence de Moscou dans la périphérie régionale, les Etats-Unis comme l’Europe sont confrontés à deux défis. Le premier est de voir s’enraciner une présence militaire russe sur le littoral sous la forme d’une base navale, à Tobrouk ou à Syrte, qui ferait peser une menace directe sur les forces de l’OTAN en Méditerranée. Syrte représenterait un scénario cauchemardesque pour les Occidentaux dans la mesure où la cité, située à la jointure de la Cyrénaïque (Est) et de la Tripolitaine (Ouest), n’est éloignée des côtes de la Sicile que de 600 kilomètres.   Le projet d’une base russe à Syrte est d’ailleurs un vieux dessein que Moscou avait échoué à imposer à Mouammar Kadhafi dans les années 2009-2010. La ville est aujourd’hui sous le contrôle du maréchal Haftar, à l’ombre duquel les paramilitaires russes s’activent localement à l’occasion de manœuvres militaires aux côtés de l’ANL, ont constaté les chercheurs d’All Eyes on Wagner. Lors d’un exercice le 16 mars, des systèmes russes antiaériens Pantsir ont été exhibés sur la base aérienne de Ghardabiya, à l’orée de Syrte.   L’autre défi est plus politique. Car, au-delà de ses emprises militaires en Cyrénaïque (Tobrouk, Syrte) et dans le Fezzan méridional (Tamanhint, Brak Al-Shati), Moscou se livre à un activisme diplomatique tous azimuts, y compris à Tripoli – ville censée être plutôt sous la tutelle des Turcs –, où son ambassade a rouvert fin février. Le nouvel ambassadeur, Aydar Aghanin, parfait arabophone, multiplie les rencontres avec le personnel politique libyen de toutes les obédiences.   En combinant actifs militaires et capital diplomatique, la Russie engrange des ressources pour l’avenir. « Moscou risque fort de s’affirmer comme un conciliateur, l’interlocuteur privilégié des factions libyennes » , anticipe Jalel Harchaoui. Pire encore, comme les flux migratoires en provenance du Soudan comme du Niger traversent des régions contrôlées par le maréchal Haftar, donc de facto par les paramilitaires russes, Moscou renforce à terme sa main vis-à-vis de l’Union européenne.p </text>
	

	<text titre="Poutine limoge son ministre de la Défense, Sergueï Choïgou" date="2024 05 14T00:00:00" journal="Le Figaro, no. 24796" auteur="colling, julian" annee="2024" mois="5" jour="14" journal_clean="Le Figaro" keywords="choïgou, poutine, ministre, russie, vladimir, sergueï" langue="fr"> De Moscou aux capitales occidentales, nombreux sont les observateurs de la Russie et autres « kremlinologues » qui tentent de prédire les décisions de Vladimir Poutine. Ce dernier a encore prouvé que c'était quasiment impossible, en prenant tout le monde par surprise une fois de plus.   Cette fois, c'est davantage la temporalité de l'oukase présidentiel qui surprend. Car le limogeage de Sergueï Choïgou, ministre de la Défense pendant douze ans, n'est pas une surprise en lui-même. Le politicien de carrière, qui n'avait pas prévu de se retrouver le 24 février 2022 propulsé à la tête d'une structure chargée d'envahir son voisin ukrainien, était très contesté par les corps de l'armée russe depuis le début de l'invasion. 
L'échec de la « blitzkrieg » envisagée par Moscou, l'incapacité à obtenir une victoire éclair, lui sont en effet mécaniquement retombés dessus, même s'il n'était pas directement en charge des opérations. Impopulaire au sein des cercles ultrapatriotiques également, Choïgou s'est toujours vu reprocher son profil de civil pas issu du sérail militaire.   Celui qui fut dans une autre vie partenaire de pêche et de vacances dans la taïga de Vladimir Poutine, était néanmoins parvenu, contre toute attente, à conserver son poste pendant plus de deux ans. Même au plus fort de la tempête, en pleine mutinerie du groupe Wagner d'Evgueni Prigojine en juin 2023, et alors que l'armée russe piétinait comme jamais sur le front, Choïgou avait tenu bon.   ?Le chef du Kremlin a fini par officiellement limoger l'homme de 68 ans, un dimanche soir autour de 22 heures. Poutine, qui aime se draper d'un costume formaliste, a attendu l'inauguration officielle de son cinquième mandat - c'était mardi dernier - pour écarter Choïgou à la faveur d'un remaniement ministériel qui porte par ailleurs le sceau de la stabilité chère au leader russe.   Si son limogeage s'est fait attendre, Choïgou ne s'est cette fois pas sauvé des eaux. Contrairement à ce qu'on pouvait penser, « rien n'a été oublié, écrit l'expert du centre Carnegie Alexandre Baunov. La tentative de coup d'État de Prigojine notamment, n'a pas été effacée des mémoires  ».??Peu importe que les positions de l'armée russe se soient objectivement renforcées ces derniers mois : Choïgou était, tôt ou tard, condamné. Car c'est pendant son mandat qu'a germé la mutinerie menée par feu le patron de Wagner. Il a également laissé sous ses yeux des généraux de premier ordre comme Sergueï Sourovikine se rapprocher de Prigojine. Cela ne lui aura sans doute pas été pardonné.   Autre épisode récent et capital : l'arrestation fin avril de l'un de ses plus proches collaborateurs, le vice-ministre Timour Ivanov, qui était, depuis 2016, une sorte de superintendant de l'armée russe, chargé des infrastructures, du logement des soldats ou encore des compensations versées aux familles. Son arrestation pour prise de pot-de-vin « de très grande envergure » , à hauteur de plus de 1 milliard de roubles selon le comité d'enquête russe, a fait grand bruit et annoncé la chute de la maison Choïgou.   Un économiste pour successeur   Au-delà du très lourd bilan humain, les critiques les plus virulentes de Prigojine et des « Z-blogueurs » contre Choïgou et son ministère se cristallisaient autour de la corruption et du vol, selon eux généralisés depuis longtemps dans l'armée russe. Parallèlement, de nombreuses familles endeuillées se sont plaintes de la lenteur ou de l'absence de compensations. En autorisant l'arrestation d'Ivanov, connu pour son train de vie grossièrement luxueux, et en débarquant Choïgou, le Kremlin souhaite semble-t-il nettoyer ce système vérolé et remettre de l'ordre dans le secteur de la défense.   À la place de l'homme de réseaux et de clans Sergueï Choïgou, Vladimir Poutine a nommé, encore à la surprise générale, un profil justement opposé, bien que lui aussi issu du monde civil. Il s'agit de l'économiste Andreï Belooussov, conseiller économique du président depuis 2013 et ancien ministre du Développement économique, entre autres hautes fonctions. Le technocrate de 65 ans, pas libéral pour autant, est surtout connu pour être un économiste « keynésien » , partisan de l'interventionnisme de l'État et d'une certaine planification dans l'économie. Il est également pieux, réputé intègre et travailleur.   Belooussov était déjà chef du département économique du cabinet du premier ministre à l'époque où ce poste était occupé par... Vladimir Poutine (2008-2012). La logique derrière sa nomination ? Pour Poutine, qui inscrit la guerre dans le temps très long et prépare graduellement depuis 2023 les esprits russes à une nouvelle identité d'État basée sur la confrontation perpétuelle avec l'Occident, la guerre se gagnera avant tout via la production militaire et le dirigisme économique.??Belooussov, qui faisait déjà partie d'une commission du Conseil de sécurité russe visant à adapter industrie et économie russes à l'effort de guerre, aura donc la tâche de superviser la transition de la Russie à une totale économie de guerre. Elle est en fait déjà largement entamée et a permis, via une explosion de la production militaire, à amortir les sanctions et préserver la croissance russe. Partout dans le pays désormais, on travaille en priorité pour fournir à l'armée russe ce dont elle a besoin - des usines de machines-outils ou de drones à celles du textile, des petites et moyennes entreprises en passant par les centres d'innovation high-tech de Moscou, Kazan ou Novossibirsk.   Belooussov est d'ailleurs l'auteur d'une feuille de route sur la « souveraineté technologique de la Russie » à l'horizon 2030, comme le rappelait la journaliste économique et spécialiste du pouvoir russe Farida Roustamova. En résumé : le ministère de la Défense russe, qui a vu son budget gonflé jusqu'à 6,7 % du PIB cette année, se voit replacé sous le signe du sérieux et du management économique efficace.?   Limogé avec les honneurs dus à son statut, Sergueï Choïgou se voit replacé à un poste honorifique, mais pas anodin, celui de patron du Conseil de sécurité russe. Il y remplacera le « cardinal gris » de Poutine et faucon Nikolaï Patrouchev. Surtout, ayant logiquement tissé de nombreux liens dans le secteur, Choïgou prendra place dans les directoires du Service fédéral pour la coopération militaro-technique et de la Commission du complexe militaro-industriel russe. </text>
	

	<text titre="Surprise au Kremlin : Vladimir Poutine débarque le ministre de la défense Sergueï Choïgou" date="2024 05 14T00:00:00" journal="La Tribune (France), no. 7865" auteur="latribune.fr" annee="2024" mois="5" jour="14" journal_clean="La Tribune" keywords="poste, choïgou, armée, poutine, russe, offensive, kremlin, défense, ministre, vladimir, région, sergueï, ukrainienne" langue="fr"> Alors que l'armée russe est à l'offensive dans la région ukrainienne de Kharkiv, Vladimir Poutine a limogé le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou, en poste depuis 2012. Ceci, à l'occasion d'un remaniement surprise en profondeur, quelques jours après l'investiture du président russe pour un cinquième mandat au Kremlin et après plus de deux ans de conflit en Ukraine. Sergueï Choïgou est remplacé par Andreï Belooussov et devient secrétaire du Conseil de Sécurité, poste occupé jusque-là par Nikolaï Patrouchev, qui est lui démis de ses fonctions, selon un décret publié par le Kremlin. Le chef du Kremlin a proposé de conforter Sergueï Lavrov à la tête du ministère des Affaires étrangères et Valeri Guerassimov devrait rester à son poste de chef d'état-major des forces armées russes.
Lieutenant proche de Vladimir Poutine et l'un des visages de l'assaut russe en Ukraine, Sergueï Choïgou n'aura donc pas survécu aux critiques sur sa gestion du conflit La position de ce fidèle de longue date du pouvoir russe était précaire depuis des mois et avait été encore davantage affaiblie ces dernières semaines par des accusations de corruption visant un de ses anciens vice-ministres.   Autrefois auréolé de ses succès dans des missions sensibles, Sergueï Choïgou, 68 ans, est aujourd'hui honni par une bonne partie des partisans de l'offensive russe en Ukraine. Pour eux, il est le responsable des difficultés de l'armée russe, en cachant notamment à Vladimir Poutine l'étendue des pertes sur le terrain et l'inaptitude des commandants.   C'est lui, et non Vladimir Poutine, qui était visé directement en juin 2023 par la rébellion de Wagner : « Ce salaud sera arrêté », lançait Evguéni Prigojine avant d'envoyer ses hommes vers Moscou. Pendant les 24 heures de la crise, Sergueï Choïgou était resté introuvable, suscitant les railleries de nombreux combattants sur le front.  Il a servi sous une douzaine de Premiers ministresOriginaire de la région reculée de Touva en Sibérie, Sergueï Choïgou est l'un des très rares Russes non-ethniques à avoir occupé un poste gouvernemental de haut niveau après l'effondrement de l'URSS. Commençant sa carrière politique dès l'époque soviétique, il déménage à Moscou en 1990, où il prend à sa charge le ministère des Situations d'urgence, devenant l'un des responsables politiques les plus populaires du pays en gérant accidents d'avions et tremblements de terre. Servant sous une douzaine de Premiers ministres, il quitte le ministère des Situations d'urgence en 2012 pour être nommé gouverneur de la région de Moscou, puis ministre de la Défense la même année. Depuis, il semblait incarner la stabilité des différents gouvernements sous Vladimir Poutine, tout comme le chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, en poste depuis 20 ans. Il est alors nommé général malgré son absence d'expérience militaire de haut niveau et chargé de poursuivre la modernisation de l'armée russe, vêtu d'un uniforme qu'il ne semble plus quitter. Aux avant-postes du conflit en Syrie, où Moscou intervient à partir de 2015 pour sauver son allié, le président Bachar al-Assad, il préside aussi à l'opération qui permet aux forces russes de prendre le contrôle de la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014. Après le lancement de l'assaut russe en Ukraine en février 2022, sa popularité s'effondre à mesure des revers de son armée, empêtrée dans des problèmes logistiques et de commandement, forcée de se retirer de plusieurs secteurs du front.   Les signes d'approbation se tarissent : Sergueï Choïgou en est réduit à marmonner des rapports lors de rencontres avec le chef du Kremlin, quand il n'est pas relégué dans un coin pendant que le président supervise une vidéoconférence. Le conflit avec Evguéni Prigojine n'a fait que s'envenimer au fil des mois, sans qu'aucune intervention publique de Vladimir Poutine ne vienne sauver son fidèle ami. Dans une vidéo incendiaire publiée juste avant sa rébellion il y a près d'un an, le patron de Wagner accusait sans détour Sergueï Choïgou et son ministère d'être responsables du conflit avec l'Ukraine, après avoir &quot;trompé&quot; le président russe sur la réalité de la menace représentée par Kiev.   « La guerre était nécessaire à une bande de salauds pour qu'ils montrent à quel point ils sont forts. Pour que Choïgou devienne un maréchal », lançait alors le chef du groupe Wagner.   Un proche en prison   Cette annonce intervient moins de trois semaines après que la décision de la justice russe de placer en détention provisoire un vice-ministre de la Défense, Timour Ivanov (48 ans), arrêté pour corruption et dont le train de vie avait été dénoncé en 2022 dans une enquête de l'organisation de l'opposant Alexeï Navalny. Un cas rare d'arrestation et de poursuites judiciaires graves au plus haut niveau de l'appareil militaire russe. En poste depuis 2016, Timour Ivanov est placé en détention préventive jusqu'au 23 juin, dans l'attente de son procès.   Il est inculpé de « prise de pots-de-vin à grande échelle », un crime passible de 15 ans de prison. Les mêmes accusations ont été portées contre un complice présumé, Sergueï Borodine, également placé en détention provisoire. Timour Ivanov était chargé du BTP au sein du ministère de la Défense, notamment de travaux dans des installations militaires. Selon les enquêteurs, il a fait partie d'un système de corruption dans le cadre de « la réalisation de travaux contractuels et de sous-traitance pour les besoins du ministère de la Défense. »   En 2019, le magazine Forbes Russie avait désigné Timour Ivanov comme étant l'un des membres de l'appareil sécuritaire russe les plus riches de son pays. Selon Forbes, ce diplômé en mathématiques et en cybernétique a fait une grande partie de sa carrière dans le domaine de l'industrie atomique et avait rejoint en 2012 l'équipe de Sergueï Choïgou, quand celui-ci était le gouverneur de la région de Moscou.   Il avait ensuite suivi, toujours selon Forbes, Sergueï Choïgou après sa nomination au poste de ministre de la Défense, qu'il occupe toujours actuellement. Par le passé, en particulier dans les années 1990 et 2000, après la dislocation de l'URSS, l'armée russe avait été éclaboussée par de multiples scandales de corruption ayant conduit à plusieurs reprises à de sévères peines de prison. </text>
	

	<text titre="Avec son remaniement, Poutine renforce une économie de guerre" date="2024 05 14T00:00:00" journal="l'Humanité" auteur="vadim kamenka" annee="2024" mois="5" jour="14" journal_clean="l'Humanité" keywords="président, nouvelles, poutine, économie, défense, ministre, andreï, nominations, économiste, belooussov" langue="fr"> Russie Le président a informé dimanche le Parlement des nouvelles nominations gouvernementales et administratives. La principale concerne le ministre de la Défense : l'économiste Andreï Belooussov remplace Sergueï Choïgou.En ce début de cinquième mandat, le président russe multiplie les annonces sur la composition du gouvernement et de son administration. Dans la soirée du 12 mai, Vladimir Poutine a ainsi présenté au Conseil de la Fédération (Chambre haute, l'équivalent du Sénat) plusieurs nominations qui doivent désormais être validées par les députés de la Douma (Chambre basse, l'équivalent de l'Assemblée), ces 13 et 14 mai. Malgré les spéculations autour d'un potentiel départ de Sergueï Lavrov du ministère desAffaires étrangères, c'est finalement Sergueï Choïgou qui a été remplacé par Andreï Belooussov au ministère de la Défense.
« placer des gens de confiance »  À 65 ans, cet économiste de formation, qui n'aurait jamais servi un seul jour dans l'armée, faisait déjà partie du précédent gouvernement depuis 2020 au poste de premier vice-président. Andreï Belooussov fait partie des proches de Vladimir Poutine. À l'origine d'une partie des orientations et des programmes économiques, il a été l'un de ses principaux conseillers, jusqu'à occuper brièvement le poste de ministre du Développement économique entre mai 2012 et juin 2013. Dans les portraits réalisés par la presse russe, deux qualificatifs reviennent : « honnête » et « très croyant ».   Cette nomination s'inscrit dans le mouvement lancé depuis plusieurs années au sein des administrations par Vladimir Poutine. Des technocrates, des économistes comme Andreï Belooussov, Mikhaïl Michoustine, Denis Mantourov, Alexandre Novak ont été nommés afin de renouveler l'appareil d'État. « Elle révèle aussi (une volonté) de placer des gens de confiance et moins politiques, juge un journaliste du site Novaïa Gazeta. Avec le Conseil de sécurité nationale et un cercle proche, Vladimir Poutine garde la main sur les grandes orientations stratégiques du pays. Ses ministres appliquent les programmes et les objectifs fixés. » La nomination de Belooussov au ministère de la Défense est à lier au maintien du général Valeri Guerassimov à la tête de l'état-major. En plein conflit avec l'Ukraine, ce dernier est chargé des opérations militaires.   Andreï Belooussov a quant à lui pour mission de développer une politique industrielle de défense et un contrôle plus étroit des dépenses militaires (117,2 milliards de dollars), notamment après les scandales de corruption qui ont eu lieu. L'une des principales craintes des autorités russes reste de connaître une situation similaire à celle qui avait prévalu au mitan des années 1980, lorsque la part des dépenses consacrées à la défense et à la sécurité avait trop lourdement pesé sur l'économie.   « approfondir les relations avec la chine »  Alexandre Gabuev, le directeur du centre Carnegie pour l'espace Russie-Eurasie, voit une autre explication à ce remaniement : « Il s'inscrit dans une volonté d'approfondir les relations avec la Chine, de maintenir une coopération sur le long terme et de développer des échanges dans le domaine de l'industrie de la défense. Poutine a nommé au sein de ce gouvernement des personnalités de haut niveau ayant une solide expérience des relations sino-russes avant son déplacement à Pékin. Andreï Belooussov qui aura pour mission d'améliorer la gestion économique du ministère de la Défense devra notamment collaborer avec la Chine », note-t-il.   Sergueï Narychkine, le responsable du renseignement extérieur (SVR), et Alexandre Bortnikov, qui dirige les services de sécurité russes (FSB), demeurent à leur poste. Après douze années au ministère de la Défense, Sergueï Choïgou, qui fait également partie du premier cercle de Vladimir Poutine, devient pour sa part secrétaire du Conseil de sécurité nationale. Affaibli par l'affaire Prigojine et le scandale de corruption qui a frappé son adjoint Timour Ivanov, Sergueï Choïgou n'obtient pas « une promotion, mais on ne peut pas dire que ce soit une honte, ni même une punition. Il dispose avec son poste au Conseil de sécurité d'une fonction influente et de capacités très intéressantes », estime le politologue Fiodor Kracheninnikov, interrogé par le site russe Novaïa Gazeta Europe. Il garde les privilèges d'un ministre et dispose d'un poste important proche du président, selon d'autres médias.   Ces décisions confirment que la victoire en Ukraine demeure l'objectif premier du mandat de Vladimir Poutine, qui s'achèvera en 2030. Les élections législatives de 2026 constitueront un premier test politique pour ces choix stratégiques et ces nouvelles nominations. </text>
	

	<text titre="À la place du fidèle Choïgou, un économiste russe à la défense" date="2024 05 14T00:00:00" journal="La Croix, no. 42918" auteur="benjamin quénelle" annee="2024" mois="5" jour="14" journal_clean="La Croix" keywords="choïgou, militaire, poutine, moscou, fidèle, c’est, russe, défense, place, vladimir, économiste, l’opération, qui" langue="fr"> Moscou   De notre correspondant   C’est la surprise du dimanche soir de Vladimir Poutine qui, à peine investi, a remanié à la marge son gouvernement. L’un des visages de « l’opération militaire spéciale » du chef du Kremlin en Ukraine, Sergueï Choïgou, part pour mieux rester. Dans un jeu de chaises musicales encore inachevé, le ministre de la défense, âgé de 68 ans, fidèle parmi les fidèles du président et aux commandes de l’armée depuis près de douze ans, a été démis de ses fonctions. L’étoile de Sergueï Choïgou avait déjà pâli à l’occasion de la rébellion menée par le chef de la milice Wagner, Evgueni Prigojine, l’an dernier, qui l’avait visé personnellement.   Mais par ce dominical décret présidentiel, le voilà nommé à un autre poste clé : Sergueï Choïgou prend la tête du conseil de sécurité, où il remplace Nikolaï Patrouchev, 72 ans, pour qui aucune nouvelle position n’a pour le moment été rendue publique. Un chamboulement tout en équilibre, comme sait l’orchestrer Vladimir Poutine au cœur du système des « siloviki », ces hommes forts des services de sécurité qui, ces dernières années, ont pris le pouvoir à Moscou, à la fois politique et économique.   C’est donc Andreï Belooussov qui se trouve nommé à la tête du ministère de la défense. Personne ne s’y attendait : cet économiste, premier vice-premier ministre jusque-là, n’est pas un militaire, il n’a pas de passé connu dans les services de sécurité. Mais cet ancien ministre du développement économique puis conseiller du Kremlin a, au fil des ans, acquis une place de choix dans le cercle restreint de Vladimir Poutine. Il a la réputation d’être un manageur intègre et efficace, mais aussi d’être un dur. Il a d’ailleurs été sanctionné par l’Union européenne dès le début de « l’opération militaire spéciale » en Ukraine, en février 2022. En 2014, il a été le seul issu du cercle économique du président, groupe pourtant réputé pour être plutôt libéral, à soutenir l’annexion de la Crimée.  « L’une des nominations les plus extravagantes de Vladimir Poutine est celle de cet économiste keynésien qui va ruiner sa réputation de libéral,analyse Andreï Kolesnikov, expert de la fondation Carnegie, l’un des rares politologues critiques du Kremlin encore présents à Moscou. Il va désormais passer pour un complice de la guerre. Mais c’est important pour Vladimir Poutine de s’assurer que les énormes sommes d’argent dépensées pour la guerre ne soient pas volées. » Allusion à l’affaire Timour Ivanov : ce vice-ministre russe de la défense, adjoint de Sergueï Choïgou chargé des projets de construction militaire, a été récemment arrêté et emprisonné dans l’attente d’une enquête et d’un procès pour corruption.   Le train de vie de Timour Ivanov avait été dénoncé dans une enquête de l’équipe d’Alexeï Navalny, le plus célèbre des leaders de l’opposition mystérieusement décédé en prison en février dernier. Son arrestation confirme indirectement les luttes de clans entre « siloviki ». De quoi jeter le trouble sur les coulisses de « l’opération spéciale » du Kremlin en Ukraine. Car, au-delà des récents succès militaires sur le front, c’est tout un vaste système de détournement de fonds qui émerge et pourrait, en cascade, provoquer de nouvelles arrestations.   Andreï Belooussov, qui souffrira d’un manque de crédit auprès des militaires, aura désormais pour mission de faire le ménage au ministère de la défense. Sa nomination n’a pas été annoncée par le Kremlin mais par le Parlement, à qui il revient désormais de l’approuver. Une formalité dans un système où les deux assemblées législatives sont, de facto, devenues de simples chambres d’enregistrement des décisions de l’exécutif en près d’un quart de siècle de pouvoir exercé par Vladimir Poutine. Tout le système est mis devant le fait accompli car la nomination de Sergueï Choïgou au conseil de sécurité a quant à elle déjà été actée par un décret du président. </text>
	

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